21/09/2014

LE TROU NOIR

supermassive_black_hole.jpegMon frère a disparu dans un trou noir.
Cela fait rire mon pharmacien qui ajoute toujours « Comme c’est troublant » en pastichant Louis Jouvet dans Drôle de drame.

« Trou noir, trou noir, comme c’est troublant. »
Pourtant c’est vrai, avant de disparaître, mon frère a écrit noir sur blanc : Je suis dans un trou noir ! Je me suis dit que le trou noir permettait encore d’écrire. Il doit comprendre une salle où on peut, comme qui dirait, transcrire ses dernières impressions.

Depuis, des voisins qui voyagent partout dans le monde l’ont vu ici ou là. Suivant les positions du trou noir, il doit remonter à la surface du monde visible avant de disparaître à nouveau. Mais il n’a plus le temps de m’écrire…

Comme je crains d’être l’objet du même prodige ou d’une malédiction familiale (maman et mon oncle ont fini, eux, par se perdre), je prends des anxiolytiques. Le trou noir me guette, je le sens bien. Je vais tomber dedans un de ces jours. Il n’y a qu’à la pharmacie où je me sens en sécurité ; tous ces médicaments qui m’entourent, me protègent… Et le rire du pharmacien, ses bons mots, sa bonne humeur coutumière…

L’autre jour, il est mort, il s’est flingué.

J’ai été en partie rassuré : « Au moins, il n’avait pas été absorbé par un trou noir. »

21:07 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

20/09/2014

10 HISTOIRES VRAIES de SOPHIE CALLE

sophie-calle.jpg

 

Le nez

J’avais quatorze ans et mes grands-parents souhaitaient corriger  chez moi certaines imperfections. On allait me refaire le nez, cacher la cicatrice de ma jambe gauche avec un morceau de peau prélevé sur la fesse et accessoirement me recoller les oreilles. J’hésitais, on me rassura : jusqu’au dernier moment j’aurais le choix. Un rendez-vous fut pris avec le docteur F., célèbre chirurgien esthétique. C’est lui qui mit fin à mes incertitudes. Deux jours avant l’opération il se suicida.

8607_img1.jpg

 

Le strip-tease

J’avais six ans et j’habitais rue Rosa-Bonheur chez mes grands-parents. Le rituel quotidien voulait que je me déshabille tous les soirs dans l’ascenseur de l’immeuble et arrive ainsi nue au sixième étage. Puis je traversais à toute allure le couloir et, sitôt dans l’appartement, je me mettais au lit.

Vingt ans plus tard, c’est sur la scène d’une baraque foraine donnant sur le boulevard Pigalle, que je me déshabillais chaque soir, coiffée d’une perruque blonde au cas où mes grands-parents qui habitaient le quartier viendraient à passer.

Calle-Strip-tease-79.jpg

 

La lame de rasoir

Je posais nue, chaque jour, entre neuf heures et midi. Et chaque jour, un homme assis à l’extrémité gauche du premier rang me dessinait pendant trois heures. Puis, à midi précisément, il sortait de sa poche une lame de rasoir et, sans me quitter des yeux, il lacérait méticuleusement son dessin.

Je n’osais bouger, je le regardais faire. Il quittait ensuite l’atelier, abandonnant derrière lui ces morceaux de moi-même. La scène se renouvela douze fois. Le treizième jour, je ne vins pas travailler.

d8bae9e6.jpg

 

Les chats

J’ai eu trois chats. Félix mourut enfermé par inadvertance dans le frigidaire. Zoé me fut enlevée à la naissance d’un petit frère que j’ai haï pour cela. Nina fut étranglée par un homme jaloux qui, plusieurs mois auparavant, m’avait imposé l’alternative suivante : dormir avec le chat ou avec lui. J’avais choisi le chat.

images?q=tbn:ANd9GcScZUbFXoIWkqjkn8Sk_86guj2U11bIgG_ebk4_2g1O5rm_haLL

 

La cravate

Je l’ai vu un jour de décembre 1085. Il donnait une conférence. Je le trouvai séduisant. Une seule chose me déplut : sa cravate aux tons criards. Le lendemain je lui fis parvenir anonymement une discrète cravate marron.

Quelques jours plus tard, je le croisai dans un restaurant : il portait ma cravate. Elle jurait avec sa chemise. Je décidai alors de lui envoyer, tous les ans, pour Noël, un vêtement à mon goût.

Il reçut en 1986 une paire de socquettes grises en soie, en 1987 un gilet noir en alpaga, en 1988 une chemise blanche, en 1989 des boutons de manchette, en 1990 un caleçon à motif de sapins de Noël, rien en 1991, et en 1992 un pantalon de flanelle grise. Le jour où il sera totalement vêtu par mes soins, j’aimerais le rencontrer.

sophiecalle067.1192705524.thumbnail.jpg

 

Le cou

Il souhaitait me photographier avec son Polaroïd. Lorsque l’image parut, une ligne rouge barrait mon cou. Je ne voulus pas que ce cliché finît en des mains étrangères. Je demandais à le garder et me tins sur mes gardes dans les jours qui suivirent. Deux semaines plus tard, la nuit du 11 octobre, un homme tenta de m’étrangler dans la rue et me laissa inanimée sur le trottoir.

sophie-calle-06.jpg

 

Les seins miraculeux

Adolescente, j’étais plate. Pour imiter mes amies, j’avais acheté un soutien-gorge dont je ne tirais évidemment aucun avantage. Ma mère, qui exhibait fièrement un buste resplendissant, et ne manquait jamais l’occasion de faire un mot d’esprit, l’avait surnommé soutien-rien. Je l’entends encore. Durant les années qui suivirent, tout doucement, ma poitrine prit du relief. Mais rien de bien excitant. Et subitement, en 1992 – la transformation s’opéra en six mois -, elle s’est mise à pousser. Seule, sans traitement ni intervention extérieure, miraculeusement. Je le jure. Triomphante mais pas vraiment surprise, j’ai attribué la performance à vingt ans de frustration, de convoitise, de rêveries, de soupirs.

tumblr_moo5qzCwNw1qaxnilo1_500.jpg

 

L’amnésie

J’ai beau regarder, jamais je ne me souviens de la couleur des yeux des hommes, ni de la taille, ni de la forme de leur sexe. Mais j’ai pensé qu’une épouse se doit de ne pas oublier ces choses-là. J’ai donc fait un effort pour combattre cette fâcheuse amnésie. Maintenant, je sais qu’il a les yeux verts.

calle.jpg

 

La girafe

Quand ma mère est morte, j’ai acheté une girafe naturalisée. Je lui ai donné son prénom, et je l’ai installée dans mon atelier.

Monique me regarde de haut, avec ironie et tristesse.

5235539529_2260413081_z.jpg

 

La vue de ma vie

La fenêtre de ma chambre donne sur une prairie. Dans cette prairie, des taureaux. Des pique-bœufs les accompagnent. Sur la gauche, les branches d’un saule pleureur. Au loin, une rangée de frênes et de tamaris. Des aigrettes, une cigogne parfois… Rien de remarquable, et pourtant, ce pré rayonne. Je ne saurais compter les heures passées à le regarder à travers la moustiquaire. Ce pré, cadré par la fenêtre, est l’image que mon regard aura le plus photographiée. La vue de ma vie.

sophie-calle-20625_1.jpg

Les textes sont tirés du livre DES HISTOIRES VRAIES de Sophie CALLE paru aux éditions ACTES SUD

Les photos sont pour la plupart visibles dans le livre.

Sophie CALLE est née en 1953 à Paris.

sophie_calle.jpg

22:31 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

CAMAR(A)DE de Yannick TORLINI

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

ob_522037_is-couv-torlini.jpgPar glissements, par sens superposés, par glissades de sens, en de longues phrases qui portent sens, Torlini réussit à brasser ce que les deux thèmes du mot-valise-titre mettent en évidence : la mort au bout du compte pour tout être aimé, sensible.

Par assauts de lucidité, le poète dévide une philosophie de vie qui le pousse à retenir toutes les aspirations, toutes ces « respirations » du monde, le vivre, le jouir.

Les images, les domaines qu’elles soulignent, foisonnent, démultiplient la vision :

camarade crasse ta semelle qui au dessin parcourt ton ombre crasse (l’ombre de ) camarade, ta semelle au vent de douleurs, ne cesse le trajet au vent ta fatigue extrêmisée jour finissant + attente

Les ellipses, les ruptures de constructions sont nombreuses et sollicitent nos sens :

et rien d’autre que la respiration : enfin la. respiration (pas de). ni ce désert que tu nommes cors arase. rien d’autre que : la respiration dans. la respiration, camarade.

Cette poésie tire parti des silences, des blancs, des mots ressassés et d’un rythme très personnel, déjanté, déchiqueté pour dire, se dire.

LEVURE-5-PANORAMA-YANNICK-TORLINI.jpg

Ce recueil annonce un beau travail sur la langue et la gravité de thèmes proches de l’auteur. Le poète fore, loin, répète, relaie, relie, ose des ponts sévères entre les mots et crée un réseau, certes difficile, complexe, où le lecteur se sent dans un risque de tous les instants, comme s’il redécouvrait sa propre langue, neuve, originale, décrassée des lieux communs.

Yannick TORLINI, CAMAR(A)DE, éditions Isabelle Sauvage, 2014, 88p., 14€.

Pour découvrir les éditions Isabelle Sauvage:

http://www.lautrelivre.fr/editeur/isabelle-sauvage

12:22 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

18/09/2014

UNE LIAISON FATALE

Goldplated-Staples.jpgCet homme n’avait jamais ressenti un sentiment aussi fort. Ce n’était pas pour un animal ou pour une injustice, ou pour la misère d’autrui. Non, cet homme eut un coup de foudre pour une agrafe.

Elle n’était pas à lui. On ne tombe pas amoureux de ce qu’on possède.

Elle était si fine, si élégante, si stylée, pour tout dire. Il aurait tout donné pour elle mais il n’avait plus rien à donner. Elle reliait un tas de documents le concernant mais comment dérober cette agrafe, se l’approprier jusque dans sa chair ?

L’homme, dans un élan incontrôlé, une poussée d’amour, brutalisa l’employé de police derrière son bureau de police et arracha l’agrafe à son bagne. Mais il ne réussit pas à franchir la porte du commissariat avec son butin, une suite de balles l’en empêcha qui le figèrent, comme qui dirait, à jamais.

Six balles, tout un barillet, qui s’enfoncèrent dans plein d’organes encore sains, bousillant tout sur leur passage non annoncé.

Il mourut rapidement, avec cette agrafe furieusement aimée qu’il tenait dans sa paume si fort serrée qu’elle resta accrochée à sa peau jusque dans la terre où on l’inhuma.

Il en est ainsi des grandes et fugaces amours...

Ses précédents coups de cœur pour des enclumes, marteaux, tenailles, couteaux de boucher… n’avaient été fatals que pour leurs propriétaires qui s’étaient idiotement interposés entre les objets de sa fougue et lui. 

21:00 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

16/09/2014

TROIS POÈMES À CROQUER

fraise-10ml.jpg

Fraise

 

Le mot fraise

À lui seul

Crée une île rouge

 

Avec tes lèvres

Pour unique radeau

Cheminer sur l’eau

 

Abattre la pirate

Qui est en toi

Pour gagner ta bouche

 

Hisser le drapeau blanc

D’un baiser 

Lent comme un abordage

 

 

1393198921.jpg

 

 

Manger

 

 Tu veux me manger

Tu ne dis pas quand

Ni dans quel restaurant

 

Je vais te faire grossir

J’ai beaucoup de calories

Et la viande trop blanche

 

A force de manque de soleil

J’ai de la graisse

Et je manque de grâce

 

Sinon dans mes rêves

Mes désirs de ballerine

Enfouis dans mes cerfs-volants

 

Aurai-je le temps de goûter tes lèvres 

Je risque de passer bien vite

De ton palais à ton œsophage

 

Tu veux me manger

Mais as-tu faim vraiment

Ou c’est pour passer le temps

 

Allez, je m’habitue à l’idée

De m'étaler dans ton assiette

A côté d’une belle serviette

 

D’une table bien rangée

Et j’imagine - tu es si délicate -

D’un portrait de moi en pied 

 

Tu veux me manger

Tu ne dis pas quand 

J’attends tes dents !

 

 

6501283-macro-close-up-of-a-beautiful-female-mouth-eating-a-fresh-strawberry.jpg

 

 

Les solidarités monstrueuses

 

On a dû te dire

Que la solidarité est sérieuse

Entre gens de bonne compagnie

 

Quand tu es entrée

Dans la chambre aux plaisirs

Un sourire au bord des lèvres

 

Quel bonheur de lire Sade

Entre les jambes d’une bayadère   

Sans savoir rien de son trépas !

 

On a dû te dire

Que la solidarité est monstrueuse

Entre gens de mauvaise compagnie

 

Quand tu es sortie  

De la chambre aux horreurs

Un filet de sang au bord des lèvres

 

Mais on va dans la vie

Sans apprendre ce genre de choses

Qu’aucune école n’en saigne

 

Si bien que la mort vous cueille

Toujours au seuil de l’innocence 

Avec des rêves à peine ouverts

 

 

dyn010_original_150_210_pjpeg_2528066_ea0f0c9aaa45c110b05c3f64fe8c71f4.jpg

16:39 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire, Bad romance | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | |

14/09/2014

EXPOSITION Salvatore GUCCIARDO à VILLE 2 à CHARLEROI

10670280_10204356311729271_7871477072506967649_n.jpg?oh=067edf863226f5673fbe3abad766a05f&oe=548A10BD

Salvatore GUCIARDO exposera une centaine de tableaux

dans le centre commercial VILLE 2 de CHARLEROI

du 15 au 27 septembre 2014.

 

On pourra, de plus, découvrir le peintre au travail  les mercredi 17/9 - vendredi 19/9 - samedi 20/9 - mercredi 24/9 - vendredi 26/9 et samedi 27/9 entre 10 et 19 heures.

10515361_10204171645552732_9128730564324519728_o.jpg

 http://www.salvatoregucciardo.be/

http://www.ville2.be/

21:08 Écrit par Éric Allard dans Rendez-vous | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

MON QUARTIER + ENNUI ENNUIS de Denis BILLAMBOZ

 Mon quartier

  

Il était beau mon quartier

Il chantait des airs inconnus

Il était brun, il était blond

Il sentait bon l’aventure

  

Il a perdu ses couleurs

Il est triste, il est sombre

Les corbeaux hantent ses rues

Il pue l’intégrisme à plein nez

  

Seule la blanche des dealers

Accroche son sourire

Dans ce monde obscur

De la religion trop pure

 

Tout le monde a peur

Chacun se cache

Sous une barbe

Sous un voile

  

Il était gai mon quartier

Il est triste mon quartier

Il était vivant mon quartier

Il sent la mort mon quartier

 

maison-de-banlieue.jpg

 

Ennui ennuis

  

Le temps passe

            lentement

Se délasse

                   tranquillement

Se prélasse

                douillettement

 

Je vois le ciel

   pâlir

J’entends la pluie

               S’enhardir

Je m’ennuie

            A mourir

 

Encore un jour

             De grisaille

Un autre jour

             Sans travail

Mon amour mon amour

                      Je suis sur la paille

  

daniel-bouzard-portrait-banlieue.jpg

Photos de Daniel Bouzard

http://www.galerie-photo.com/daniel-bouzard.html

14:20 Écrit par Éric Allard dans Textes de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

13/09/2014

POLYNÉSIE PERDUE

images?q=tbn:ANd9GcT_ddUXkAkJvfBlFHp20RLKL0hSoL621ZyrfNYbwvC0D9TCtbkJ6OLdfApar Denis BILLAMBOZ

En 2011, au Salon du livre de Paris, l’année où l’Océanie était à l’honneur, j’ai acheté quelques livres de littérature polynésienne bien trop méconnue en Europe et notamment en France métropolitaine. J’ai déjà eu l’occasion de présenter quelques-unes de ces acquisitions, aujourd’hui, je voudrais consacrer ma publication à deux auteurs qui ont ardemment milité pour défendre leur culture et leurs traditions ancestrales sévèrement agressées par l’intrusion des mœurs et de la culture des colonisateurs et des puissances anglo-saxonnes Nous regardons toujours ces îles paradisiaques avec des yeux de touristes émerveillés, nous pourrions l’espace d’une lecture essayer de comprendre ce que ressentent les autochtones devant l’invasion des Occidentaux.

 

Pambrun_5.jpgLE BAMBOU NOIR

Jean Marc PAMBRUN (1953 – 2011)

Ce livre a, pour moi, une petite histoire, je l’ai acquis au Salon du livre de Paris 2011 des mains mêmes de la fille de l’auteur décédé seulement une quinzaine de jours avant l’ouverture de cette manifestation. J’ai donc lu ce texte avec une émotion particulière. Il raconte environ vingt années de la vie d’un jeune Tahitien en neuf chapitres rapportant chacun un événement particulier dans un temps et un lieu à chaque fois différent.

Ce jeune Tahitien a quitté son île pour découvrir le monde, s’ouvrir aux autres, rompre le confinement insulaire. Au Quartier Latin à Paris, à l’Ecole Nationale des Beaux Arts, il suit sans grande conviction des cours de dessin, il ébauche une esquisse qu’il ne sait pas terminer, il préfère refaire le monde avec ses amis ou l’amour avec la rousse Agathe puis avec sa compatriote Miri. Il est très engagé contre la France colonialiste, capitaliste et fabricante des bombes nucléaires testées dans sa région. La virulence de ses positions provoque la perte de sa bourse d’étude, il rentre donc au pays où il devient un architecte reconnu, viveur, qui s’écarte progressivement de son idéal. Il voulait que son pays ait une autre image que celle véhiculée par les agences de voyages et autres vendeurs de séjours de rêve et que ces concitoyens cessent de s’agiter dans une gesticulation revendicative qui ne faisait pas avancer leur cause. Lui défendait un retour aux valeurs originelles et authentiques à travers l’architecture des maisons traditionnelles pour retrouver l’art de vivre des anciens et le vrai lien qui unit le Polynésien à son sol.

Le texte raconte la vie de ce héros qui s’écoule entre ses rêves prémonitoires et la transcription sur son esquisse des événements annoncés quand ils ont été vécus. Cette esquisse devient ainsi le fil rouge de sa vie et, quand elle sera devenue tableau, il aura trouvé le chemin de son existence. Mais avant de trouver ce chemin, il devra affronter sa destinée, ou ses convictions personnelles, seul contre tous, sa famille, son ami et employeur, ses collègues de manifestations, les pouvoirs publics et même Gaston Flosse et Oscar Temaru, les deux grands rivaux politiques du Territoire.

Photo-JMarc-2006-2008-640x480.jpg

Un livre militant, politique, engagé jusqu'à la caricature, où l’on retrouve les messages habituellement diffusés dans presque tous les textes revendicatifs des indépendantistes de tous les territoires injustement occupés et des manifestants hostiles au nucléaire. Le héros est un combattant convaincu, prêt à tout sacrifier, y compris sa famille, pour défendre l’intégrité de son île mais un combattant hypersensible à la faiblesse lacrymale affirmée.

Au bout de son engagement, il découvre la corruption institutionnalisée au plus haut sommet du Territoire par des hommes qu’il n’hésite pas à citer et que nous connaissons jusqu’en métropole. Par un long plaidoyer, il invite ses concitoyens qui acceptent sans vergogne aucune de brader leurs traditions et leurs valeurs ancestrales pour adopter un mode de vie importé par le pays colonisateur, à se méfier du temps qui défait tout : l’amitié, le couple, la nature, … quand on ne respecte pas le passé pour construire le futur. La vie n’est que ce temps entre le rêve prémonitoire et la transcription sur l’esquisse de l’architecte.

Mais comment relier le héros, le narrateur et l’auteur ? Comme le narrateur cite nommément certains hommes politiques, on peut décemment penser qu’il est de connivence avec l’auteur dont les idées ne sont peut-être pas totalement étrangères à celles du héros. Mais comme Jean Marc Pambrun est décédé, il ne pourra plus jamais nous éclairer.

 

Hiro_Isidore.jpgPOÈMES DU TEMPS

Isidore HIRO (1947 - ….)

Ce court recueil de poèmes est introduit par la généalogie et une biographie de l’auteur car « c’est notre façon traditionnelle de procéder : celui qui va parler se présente, dit d’où il vient, qui sont ses ancêtres, qui il est. Il n’y a pas d’anonymat chez nous (en Polynésie) ». Isidore Hiro nous rappelle ainsi le lien très fort qui unit l’homme à sa terre, on doit se présenter en disant d’où l’on vient et d’où viennent ses parents. Il n’écrit pas spécialement pour faire œuvre de littérature mais surtout pour rappeler aux Polynésiens, ceux de Moorea notamment, où il est né et où il est revenu pour terminer sa carrière et vivre sa retraite, qu’ils appartiennent à un peuple qui a une terre, une langue, une culture et qu’ils sont en train d’abandonner tout cela devant la modernité apportée par ceux qui se sont approprié cette terre qui ne leur appartient pas. C’est une leçon de bonne conduite polynésienne. « Puisse ces textes redonner courage et espoir à ceux qui luttent pour conserver leur identité et donner ou redonner à d’autres le goût de leur culture et de leur langue si précieuses et irremplaçables ».

Le temps est aussi une grande préoccupation de l’auteur, « j’ai écrit pour parler du Temps : l’ancien temps, le temps présent et le temps à venir… » car le temps est immuable, seuls, les hommes changent et en Polynésie, ils ne changent pas pour la bonne cause, pour la défense de leur identité.

2243015485_84d903a9be.jpg

« Ô, toi le temps,

Tu es toujours le même

Dans les temps anciens,

Hier,

Aujourd’hui,

Demain et après demain,

Et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps. »

La modernité a envahi la Polynésie comme elle a submergé le reste du monde et Isidore Hiro cherche à stigmatiser cette déviance :

« C’est ainsi… C’est l’époque moderne.

C’est le temps des bradeurs de terres, des voleurs de terres »

C’est aussi le temps de l’inquiétude et de l’angoisse, le temps du désespoir mais peut-être aussi le temps de tout changer, de renouer avec la tradition de tout récurer pour que vive le peuple mäôhi.

« Ma culture en train de sombrer dans l’oubli,

Mon identité mäôhi en train de s’anéantir,

Le nom de mes ancêtres en train de s’effacer,

C’est l’époque du grand nettoyage. »

Ce recueil a été écrit en 1999, publié en 2000 en langue tahitienne et réédité en 2009 en version bilingue tahitien et français. Je l’ai acheté au Salon du livre de Paris, l’année de l’Océanie.

11:45 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

11/09/2014

SADE, SAND, SANDRA, SANDRARS...

55916892.jpgCet écrivain qui ne savait pas lire recopia toute sa vie avec application et à l’exemple du Pierre Ménard de Borgès des manuels d’écriture complets. 

Au bout de sa vie d’écrivain, sa bibliographie imposante comprenait, à côté de romans jeunesse fameusement niais, des Andriat, Anouilh, Andouille, Barthes, Bataille, Batman, Char, Charneux, Chardonne, Chardonneret, Camus, Carroll, Colette, Céline, Dion, Drillon, Dumas, Duras, Ducasse, Faulkner, Flaubert, Faudel, Djian, Giono, Gide, Ginette,  Janvier, Juin, Juliet, Kafka, Kessel, Kerviel, Lamartine, Lharmonica, Larbaud, Larbin, Maurois, Mauriac, Mauricette, Norge, Nothomb, Nizan, Néant, Ormesson, Orsenna, Onrmessa, Pascal, Pagnol, Panini, Ping, Ponge, Pons, Pilate, Proust, Prost, Ronce, Ronsard, Rousseau, Rosset, Roussette, Sartre, Sade, Sand, Sandra, Sandrars, Tardieu, Toulet, Tournier, Tour & Taxis, Vian, Vialatte, Violette, et j’en invente…

Quand on l’attaquait sur le peu d'originalité, la légèreté de certains de ses modèles et l’éclectisme outrageant de sa propre oeuvre, il répondait que pour la  créativité, la fantaisie et l’improvisation, il avait bien assez avec sa vie de tous les jours.

09/09/2014

LA POSITION DE L'AUTEUR au moment de la dédicace

 La certitude est le savoir du sot

Georges Elliautou

 

signing.jpgCet auteur en séance de dédicaces a le geste sûr. Ni trop appuyé, ni trop relâché. L’axe de la tête formant avec la ligne du buste un angle de 33°. Le geste du tireur à l’arc appliqué au livre ! Il sait où il va, il sait ce qu’il a à dire et comment le dire. C’est qu’il a l’habitude de dédicacer dans toutes les foires & kermesses, dans toutes les librairies & boutiques…

On vient de loin pour le voir faire. On le prend en photo, on le filme, sous toutes les coutures, on veut l'angle de vue inouï pour le répercuter sur les réseaux sociaux. On lit religieusement ce qu’il a griffonné sans toujours comprendre son écriture de chiotte, ou de médecin, c’est selon. Ce n’est pas la graphie qui compte chez l’auteur en dédicaces, on l’a compris, mais la position, la façon de se positionner en tant qu’écrivain.

Cette façon même de porter le regard sur le livre avant de s’en emparer, de tourner la couverture, d'effleurer sans prendre. Sans parler de son entrée sur l’aire de dédicaces, sa manière de plier la chaise à sa volonté de s’asseoir, cette façon de regarder par-dessus ses lunettes d'écriture entre bienveillance et mépris pour s’informer du prénom du dédicataire, ce sans livre qui n'a jamais dédicacé.

On l’a même écrit : « Décomposition d’un geste parfait » s’est vendu à quelques centaines d'unités d’exemplaires. On a oublié de qui il était sinon qu’il portait sur l’auteur en dédicaces, tel qu'on est arrivé à le qualifier.

Les ateliers d’écriture de cet auteur sont très courus. On y rencontre des écrivains confirmés mais qui doutent toujours, se demandant pourquoi on les lit, ainsi que des auteurs aspirants qui rêvent de dédicacer. Tous répètent et répètent, absorbés par leur projet un rien démesuré, trop vaste pour eux.

Les esprits chagrins disent que les participants singent le geste du maître, qu’ils n’auront jamais son maintien pénétré, sa technique infaillible, son style inimitable et, pour tout dire, la classe de cet auteur en dédicaces que le monde littéraire envie.

Non content d’être l’auteur en dédicaces le plus admiré de sa région, cet homme qui ne craint pas les défis toujours plus subtils a décidé de devenir l’auteur qui, en interview, déclare avec le plus de conviction – et sans rire: « mon livre, mon éditeur, mon œuvre… »

Agnes OBEL

3257177_89e2db34-3cf8-11e3-a866-00151780182c_640x280.jpg

Agnes OBEL est née au Danemark en 1980. Son premier album, Philharmonics, est sorti en 2010, le second, Aventine, en 2013.

Influencée musicalement par Debussy, Ravel, Satie mais aussi par Joni Mitchell, Elliot Smith ou Roy Orbison, elle déclarait en 2010 à Télérama: "La musique orchestrale ou symphonique ne m'a jamais spécialement intéressée. J'ai toujours été attirée par les mélodies toutes simples, presque enfantines. (…) J'ai d'ailleurs mis longtemps avant d'écrire des textes, les airs que j'aime me semblent déjà raconter une histoire, projeter des images."

Deezer session

1. Run Cried The Crawling 

2. Aventine à 5'26 

3. Chord Left à 9'51 (instrumental)

4. Fuel to fire à 12'20


PHO12265c54-bb44-11e3-a96d-bba10eb9eb3f-805x453.jpg

agnes.jpg

 http://www.agnesobel.com/

11:06 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles!, Scandinavian Songs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

08/09/2014

Sylvie GODEFROID & Salvatore GUCCIARDO à la BIBLIOTHÈQUE M. YOURCENAR de MARCHIENNE-AU-PONT

Vendredi 5 septembre 2014 ont eu lieu les présentations de la romancière Sylvie GODEFROID pour L'Anagramme des Sens (éd. Avant-Propos) par Aurélien Herquel et Marie Desmet de même que la présentation de Salvatore GUCCIARDO par Serge Budahazi et moi-même.

L'exposition des peintures récentes du peintre se tient jusqu'au 24 octobre 2014 pendant les heures d'ouverture de la bibliothèque.

Du 15 au 27 septembre 2014, Salvatore Gucciardo exposera une centaine de toiles dans tout le centre commercial VILLE 2 de CHARLEROI

831257408.jpg

Photo de Derry Turla

 

Présentation de Salvatore Gucciardo

Voici quelques dates pour comprendre l’œuvre de Salvatore.

Salvatore est né en Sicile en 1947.  Le père de Salvatore a travaillé dans les mines limbourgeoises dès 1948. Quand Salvatore a huit ans, en 1955, ses sept frères et sœurs, sa mère et lui-même rejoignent le papa à Waterschei.

À la fin du service du père dans les mines, on est en 58, toute la famille vient vivre à Charleroi.

Hommage a été rendu au père de Salvatore l’année passée à la Maison pour Associations de Marchienne et, il y a une semaine, à Waterschei même.

Pour ces occasions, Salvatore a peint une toile en hommage à son père.

Changement de lieu, de climat, de lumière, de langues en aussi peu de temps, cela marque indéniablement une enfance…

Ici, je cite Daniel Charneux, romancier, qui a écrit ceci à propos de Salvatore : «  Au départ, cet enfant court sur les collines d’Agrigente, au début des années 50 que Nicolas de Staël est en train de peindre (…) Puis, c’est, poursuit Daniel Charneux, le long voyage bateau train, jusqu’à ce pays noir au ciel toujours gris, cette terre mouillée qui s’accomplit en boue. C’est l’immersion dans une autre langue, d’autres murs, d’autres visages. Plus de collines mais des terrils noirs. Plus de mer mais la pluie. Salvatore devient orphelin du soleil. »

Orphelin du soleil, comme c’est bien vu.

De cette perte de la lumière vive, l’enfant puis le jeune Salvatore en restera imprégné. Elle va figurer le but du chemin, ce chemin qu’on rencontre si souvent dans ses peintures.

Mais aussi, comme le dit Salvatore, la lumière est ce qui permet le rêve.

Qui dit rêve, dit nuit, mouvement des astres et sommeil des hommes, un sommeil tout relatif d’où l’esprit n’est jamais absent puisqu’il s’exprime dans et par les rêves.

Qui dit rêve, dit aussi réveil, éveil aux sens et aux sensations nouvelles, voire dans le sens bouddhiste, ouverture à la totalité, à l’unité du monde.

Mais qu’est-ce qu’on voit dans les tableaux de Salvatore ? 

Des paysages lunaires ou extraterrestres.

Des mers et des montagnes. Des collines et des lacs.

Des volcans et des couchers de soleil. Des corps humains et des corps astraux : planètes, soleils, étoiles, comète…

Pour Salvatore, l’homme est assimilable un extra-terrestre, un corps astral tombé du ciel, pour accomplir sa destinée.

Ce n’est pas par hasard que le romancier et critique d’art Thomas Owen qualifia il y a longtemps Salvatore de peintre visionnaire. Quant à Anita Nardon, la critique d’art, elle a pour qualifier ces paysages imaginaires la jolie formule de géographie onirique.

On y trouve donc des hommes et des femmes absorbés dans leurs rêves, aux paupières closes, exhibant leurs muscles pour les hommes – car ce sont des guerriers -, leur nudité pour les femmes… Au niveau des figures, ce sont des triangles et des cercles, subtilement agencés, emboîtés, qui dominent et dont on sait l’importance en géométrie, pour les grands philosophes et mathématiciens grecs - que furent Thalès et Pythagore.

Les Grecs qui ont justement imprégné de leur culture la région de Sicile d’où est originaire Salvatore.

Ainsi que tous les grands peintres, qui ne se satisfont pas, comme la plupart d’entre les peu voyants que nous sommes, de ce qu’ils voient, Salvatore éprouve le besoin de donner à voir autre chose, d’autres images…

Il transforme, au sens propre, le monde.

Mais un peu comme le prestidigitateur, le peintre montre pour mieux cacher, le spectacle qu’il propose dissimule autre chose. Jeu du visible et de l’invisible

C’est particulièrement vrai chez Salvatore qui croit en des forces animant les êtres et les choses, les planètes comme les passions.

Salvatore Gucciardo pratique une peinture fervente  mais pas sectaire, animée certes de forces de l’esprit, de forces cosmiques, si l’on veut, mais qui sont des forces vives, tournées vers la lumière. La lumière qui guide, pas celle qui aveugle.

Anita Nardon encore, dans le livre qu’elle lui a consacré, écrit que « Salvatore Gucciardo a l’âme d’un chercheur et la nature d’un philosophe ».  

Ces tours de passe-passe, il les réalise à l’aide de la poésie.

La poésie, dit Salvatore, est présente sur la surface de la toile, c’est elle qui lui donne son attrait.

C’est intéressant, cette distinction qu’il fait entre surface et profondeur, enfin ce qui n’est pas immédiatement visible, et ce qui va relier par des voies émotionnelles et intellectuelles le peintre au spectateur que nous sommes.

Les éléments que je viens de citer et bien d’autres, cette poésie  présente dans son œuvre plastique, on la retrouve aussi dans son écriture.

Même si aujourd’hui on ne s’attardera pas sur cet aspect de son travail, il faut savoir que Salvatore, depuis le début de sa carrière artistique, s’exprime, tant par la plume que par le pinceau.

Il sortira bientôt un second recueil de poésie.

Il se fait que, très vite, dès ses premiers travaux, Salvatore a été remarqué en tant que peintre. On est dans les années 70 et la peinture figurative n’a plus la cote depuis quelques décennies.

La peinture abstraite, le pop art, les installations sont passées par là…

Mais Salvatore choisit d’entrer dans le monde de l’art et de la peinture par son versant figuratif. Il commence par copier le portrait de Soutine par Modigliani. Deux peintres figuratifs atypiques, des émigrés comme lui.

En Belgique un groupe artistique fait de la résistance depuis 1958, c’est le groupe Fantasmagie, bien nommé quand on connaît l’univers de Salvatore.

Eh bien, cela n’échappe pas à Aubin Pasque, le fondateur du mouvement, qui l’intègre au groupe en 1975.

Salvatore expose à Bruxelles puis à Paris pour ne citer que des lieux emblématiques.

À Paris, ce sera d’abord au Louvre des Antiquaires, en 1984, aux côtés de grands noms de la peinture comme Leonor Fini.

Il côtoie d’autres grands noms de l’art, critiques ou artistes, tels que Jacques Ransy, Marcel Delmotte, Thomas Owen, Jacques Collard pour n’en citer que quelques-uns.

En 1989, Roland Villeneuve, une sommité dans le domaine de la démonologie, qu’il a rencontré quelques années plus tôt, le fait entrer dans son fameux Dictionnaire du Diable.

Ce ne sera là qu’un des nombreux dictionnaires belges et internationaux dans lesquels son nom figurera.

La suite des de distinctions dont il a fait l’objet finirait vite par lasser.

Il a à son actif plus de soixante expositions personnelles et il ne s’agit pour la plupart pas d’expositions confidentielles mais d’expositions couvrant de grands espaces.

Pour ne citer qu’un prix parmi d’autres, on signalera que Salvatore reçoit en 2007 à Paris le prix Européen des Arts Leopold Sedar Senghor pour l’ensemble de son œuvre.

On a affaire à quelqu’un qui déborde - et le mot n’est pas trop fort - d’énergie créatrice, et d’énergie tout court. Ceux qui le connaissent le savent bien, c’est typique, dira-ton, d’un tempérament méditerranéen.

Ce qui ne l’empêche toutefois pas d’être taiseux pendant de longues périodes, c’est qu’il médite alors la conception d’un nouveau tableau ou d’un nouveau poème.

Belle opportunité, pour découvrir des œuvres récentes de Salvatore que cette exposition dans le cadre singulier et chaleureux de la Bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne, espace habité par l’esprit de l’écrivaine et animé de si vivante manière depuis plusieurs années déjà par Serge Budahazi, le conservateur - au sens artistique - des lieux.

Cette dernière période artistique met justement en lumière les atouts et spécificités de Salvatore en relation avec ses problématiques de toujours.

On avait déjà assisté depuis le nouveau millénaire à un éclaircissement de sa palette, avec des couleurs tendant vers les tons de base et à une simplification de ses formes. Pour tout dire à une mise en avant des qualités de géomètre subtil et de coloriste de Salvatore...

Éric ALLARD

 

Quelques photos de Jean-Jacques Richard

10363809_550204325110558_7461650646846483687_n.jpg?oh=5b198513760c4ac78735fd2cb0114337&oe=54CF4DCA

10632571_550204358443888_8247269411500077354_n.jpg?oh=01c1700118678169e2c8c2e22a96235d&oe=5489172D

10646775_550204061777251_7085627515819252378_n.jpg?oh=b77345ba25a1ebb48dcaa830ee4ad5c9&oe=548B43BD&__gda__=1419210245_ff888ea6bbdbdba76beaec51e5a9aa4b

Une photo de Carine-Laure Desguin

DSCN1466.JPG

 Le reportage consacré à la mainifestation sur son blog: 

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-dans-l-espace-du-bourgeon-a-la-bibliotheque-de-marchienne-sylvie-godfroid-et-salvatore-gucciard-124515628.html

L'album de la manifestation (par Derry Turla) est ici:

 http://www.flickr.com/photos/derryturla/14982317408/in/photostream/

[copier/coller les liens]

18:42 Écrit par Éric Allard dans Rendez-vous | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

07/09/2014

Charles MICHEL: "Je vais arrêter la politique."

1596201239_ID3438483_17_charles_dalimonte_2152_024XVR_0.JPG

Charles Michel se sent « psychologiquement et physiologiquement épuisé. »

 

« La politique, c’est usant, je suis un peu à bout, fatigué. C’est un métier qu’il faut faire avec enthousiasme, sinon ça ne marche pas, et là j’en ai marre. Pour moi, c’est devenu un travail…  »

 

Le fils de Louis Michel, 38 ans, bourgmestre de Wavre, membre des Jeunes Réformateurs depuis l’âge de 16 ans, ministre pour la première fois à l’âge de 25 ans et président du Mouvement Réformateur depuis 2011, désire arrêter la politique. Il ne souhaite plus recevoir de dossiers pour le moment et veut se reposer.

 «  Dès la fin de cette année, j’ai bien l’intention de rester chez moi à Bruxelles et de ne rien faire d’autre que le tour de ma personne. Je vais prendre un long break pour rester dans mes pénates, pour bouquiner, pour me promener rue de La Loi et dans le Parc royal, peut-être prolongerai-je jusqu’à la Grand-Place quand il fait beau mais guère plus loin. Le week-end, j'irai peut-être voir Paul Magnette à l'Elysette. », a-t-il déclaré à Sudpresse

 

Charles Michel n’a jamais aimé le monde de la politique qu’il connaît depuis l’enfance :

« C’est papa qui m’a poussé, je voulais faire acteur comme Poelvoorde que j’aime depuis C’est arrivé près de chez vous, ou écrivain comme Alain Destexhe. Après avoir vu le film au moins trois fois, en visite pré-électorale chez une vieille dame, je lui ai fait si peur qu’elle est morte pour le MR et a fini par voter P.S. Encore un peu, et elle prenait sa carte au PTB. »

 

«  La politique, je ne dis pas que c’est fini pour toujours… C’est une large parenthèse. J’en referai sûrement dans trois ou quatre ans… D’ici là, je me contenterai d’être Premier Ministre, c’est déjà bien suffisant ainsi. », a-t-il confié pour terminer l’entretien, visiblement très marqué avec sa barbe de plusieurs jours après deux mois de négociations éprouvantes en vue de constituer un gouvernement avec la NVA.

06/09/2014

VERS LE BORD DE LA NUIT... et autres textes de Philippe LEUCKX

Vers le bord de la nuit, quand la ville dort à peine, le long du fleuve, quand les rumeurs dernières flottent dans l'air chaud, quand le cœur n'est qu'un bond au travers des rues et que le calme apaise les voix éteintes, les ramène au vif des sens. La nuit peut commencer avec les ombres grasses et l'effeuillement des choses, vers les confins.

 

*

 

Une gare désaffectée, quelque part entre un village perdu et un bois oublié. Peut-être sommes-nous venu là, il y a longtemps, en fin d'été, lorsque la lumière et l'air sentent déjà la chute. Nous avons la mémoire d'un banc contre un mur vide. Un enfant s'oubliait le long d'une voie rouillée. Et au loin, la vie semblait si étrangère. Parfois le cœur renoue avec les franges du temps.

 

*

 

On sent venir imperceptiblement la fin de l'été, à la qualité de l'air, à son humide fraîcheur, à cette lumière qui n'est plus celle d'août, à ce rien d'inquiétant quand le soleil est moins chaud contre le mur.
On se sent fléchir mais vers quoi?
On sent quelque chose d'autre advenir, sans notre consentement ni notre approche.
Peut-être, un rien de solitude ou d'effroi, puisque le temps presse sur les joues.

 

*

 

Que ferez-vous des rumeurs de l'été et des longs partages de lumière sur le port?
Que serez-vous sans ces paroles d'êtres frôlés le soir quand l'air unifie et apaise?

 

*

 

On ne sait pas toujours où la lumière pose ses chagrins ni composer avec la nuit. 
On est là appauvri, le corps fondu dans l'ombre.
On vit, à demi confiné dans l'incertitude des heures.

 

pt19944.jpg

LECTURES D'ÉTÉ (II)

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

Murakami dans « Le passage de la nuit » réussit à camper quelques personnages, dans le glissement des atmosphères nocturnes, dans une grande ville. La description des lieux et des personnages intrigue autant qu’elle charme. On retrouve là les qualités du romancier japonais pour un réalisme mâtiné d’insolite.

haruki-murakami-le-passage-de-la-nuit.jpg

*

Lire un classique comme Pouchkine, et un beau livre d’intrigues russes du XIXe comme « La dame de pique » nous plonge dans un temps où l’aristocratie et les bourgeois russes tenaient le haut du pavé. Les histoires contées là semblent sortir d’un imaginaire contrôlé et elles nous dépaysent totalement. Parfois, leur cruauté est aussi terrible qu’une annonce de catastrophe.

la-dame-de-pique-344361.jpg

*

Claude Lanzmann, icône cinématographique de « Shoah », interroge M. Rossel, représentant de la Croix-Rouge invité en 1944 à visiter le camp-modèle de Terenziestad. Les propos font tout l’intérêt de « Un vivant qui passe » : entre recherche documentaire et incompréhension, le stratagème des nazis est mis au jour et éclairé par deux consciences agissantes.

9782070452613FS.gif

*

Quelle merveille d’inventivité que ce « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » de Jonas Jonasson. Le délire est de tous les instants et l’ironie sautillante. Entre polar, récit échevelé et déjanté et description sociologique, ce roman suédois a toutes les qualités d’écriture pour capter l’attention d’un large public, émerveillé par les inventions constantes.

9782266238601.JPG

*

« Hôtel atmosphère » de Bertrand Visage, publication ancienne (1998) est un merveilleux exemple de récit d’anticipation. Trois personnages illustrent les difficultés d’aimer dans une ville rongée par la guerre civile et les difficultés. On est dans un Paris réinventé du milieu du XXIe siècle et l’on y croit. Le romancier a l’art de brosser des « atmosphères » nocturnes et angoissantes.

hotel-atmosphere-64360-250-400.jpg

11:57 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

02/09/2014

LES ENTERREMENTS

Les enterrements

Chaque jour, cet homme enterrait un mot à l'aide d'une brève formule : "Ici repose un mot aimé..." Tout le jour et une partie de la nuit, il choisissait le mot à ensevelir. Cela occupait tout son temps. Au fil des mots et des mois, il passa à la vitesse supérieure et ensevelit une phrase et, quand son humeur s’y prêtait, une page entière. Il comptait enfouir toute la littérature avant sa propre disparition. Il ne regrettait qu’une chose, ne s’être pas plus tôt dévoué à cette tâche louable plutôt que tenter de devenir un grand écrivain.

 

2126718165_small_3.jpg

 

Le cimetière des images

Chaque jour, il enterrait une image après l’avoir choisie dans sa banque. Elle criait certes quand on l’extrayait de son sommeil, elle se retenait aux barreaux du voir. Elle avait encore à faire dans ce monde, croyait-elle. Et il avait pitié d’elle : dans son éloge funéraire, il rendait hommage à ses qualités de composition et de couleurs, à son passé iconique. Puis avait lieu la cérémonie en présence des images proches, des photos cousines, de la grande famille des ombres. Beaucoup d’encre noire était versée. Pas sot, l’ouvrier des images funèbres savait que ce n’était qu’un tirage qu’on inhumait. Il pouvait à loisir revoir l’image morte quand il le désirait, en soulevant une plaque sensible.

 

12:42 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

01/09/2014

APPRENDRE LE MICHEL DRUCKER À L'ECOLE

2009_11_29_Drucker_Musee_grevin.jpgOn se souvient de ce projet de Vincent Peillon en juin 2013 qui avait divisé les divers opérateurs d'enseignement et les syndicats. Ceux-ci, en majorité, auraient préféré qu'on apprenne l'Alain Badiou, un animateur certes moins connu du grand public. Najat Vallaud-Belkacem, la toute nouvelle ministre de l’Education Nationale, vient de remettre ce projet à l'ordre du jour. Elle affirme qu'il pourrait être opérationnel fin septembre.

sans_titre-1.jpg?itok=yGHKCZjc

Retour en arrière. En visite début juin 2013 dans une école élémentaire, l'idéologue du parti socialiste faisait le constat troublant que des enfants de CM2 ne connaissent pas bien leur « Michel Drucker ». Vincent Peillon ayant pris la mesure de l’importance du net et des chaînes du câble, il comprit qu’il lui revenait de sauver la mémoire du plus grand animateur de télévision français tant que celui-ci était toujours en activité.

« Dans 10 ans, avait-t-il confié au Parisien, on n’entendra plus parler de Michel Drucker si on ne fait rien. Alors que Michel Drucker, dans la lignée d’un Guy Lux ou d’un Léon Zitrone a marqué la télévision française, des Rendez-vous du dimanche dans les années 70 à Vivement dimanche en passant par le Champs-Elysées des années 80...  Lui vient alors à l’idée de mettre le présentateur au programme des cours de l’Ecole Élémentaire. Comptant sur la majorité que la Gauche possèdait (toujours) à l’Assemblée, il sait que l’adoption de la loi n’est qu’une question de semaines...

images?q=tbn:ANd9GcQPMFympW3xInhiABYEPpmSrMiy371MYulBb89mKEispbNEw1AmWhR7bwMDans la même interview accordée au Parisien, il déclarait : « Le cours de Michel Drucker remplacera avantageusement le cours de religion. On peut se passer de religion pendant un certain temps ; on ne peut pas se passer longtemps de Michel Drucker. »   

Mediapart avait découvert un documen portant sur le probable programme des élèves de l’enseignement élémentaire à raison de 1h/semaine (pour commencer). Nous le reproduisons ici, assurés qu'il ne subira pas de notables transformations. 

CP : Les ascendants de Michel Drucker

CE1 : La vie de Michel Drucker

CE 2 : Les grandes émissions de Michel Drucker 1. Les émissions du dimanche après-midi 2. les émissions du samedi soir. 3. Les spéciales, les premières émissions etc.

CM1 : Michel Drucker et les sports 1. Le football 2. Le cyclisme  3.L’hélicoptère

CM2 : La descendance de Michel Drucker dans le domaine de l’information et des arts du spectacle 

Des stages de formation au Michel Drucker seront donc organisés durant le mois de septembre à l’intention des futurs formateurs afin qu’ils soient opérationnels début octobre. Le Grand Quizz Michel Drucker aura lieu sur la chaîne du savoir du service public le samedi 4 octobre 2014 en prime time en guise de prétest. La date des examens télévisés n'a pas encore été fournie par le ministère (mais Mediapart enquête), elle devrait se situer en présence de l'animateur vedette à la fin juin 2015. Le gagnant sera l'invité du dernier Vivement dimanche de la saison.

À noter que nombre de voix se sont élevées pour contester ce leadership, parmi lesquelles de très anciens participants d’Intervilles et des déçus de l’arrêt de Taratata. Un sondage commandé par le ministère de l'Education Nationale et portant sur un panel de 999 personnes interrogées sur leur portable et d’une personne sur le vieux fixe de la maison de repos a donné les résultats suivants en réponse à la question Quel est, pour vous, le plus grand animateur français de tous les temps ? 

1. Michel Drucker (23%) 2. Guy Lux (18%) 3. Benjamin Castaldi (12%) 4. Nagui (8 %) 5. Cyril Hanouna (5 %) Puis viennent les Denisot, Pernaut, Ardisson, Zitrone, Foucault, Bellemare, Reichman etc. 

Les étudiants des lycées et collèges pourront à raison de 3 heures/semaine  approfondir (en option seulement) leurs connaissances dans les spécialisations suivantes: L’écrivain (et les nègres de) Michel Drucker, Les chiffres & Michel Drucker, Michel Drucker & la nature, Michel Drucker &  les langues, Michel Drucker dans l’histoire contemporaine européenne...

Dans le même ordre d’idée, et pour anticiper un futur cours Patrick Sébastien dans les années à venir, le texte de la chanson Les sardines ** (en raison des lectures philosophico-sociologiques qu’on peut en faire), qui in extremis a été préférée au Petit bonhomme en mousse (plus légère, il est vrai quoique plus populaire), dans la foulée de la mise au programme d’un examen du bac de J-J Goldman* (en attendant l’étude de la poésie de Christophe Maé et M. Pokora) cette année avec le baudelairien, assez indistinct et, pour tout dire, poétiquement primaire, Là-bas.

Des initiatives, n’en doutons pas, qui feront l’unanimité, en tout cas chez ceux qui trouvent que l’école ne prend pas en compte les différents aspects de la vie actuelle.  

http://www.rue89.com/2013/06/19/bac-pro-francais-cette-an...

** Les sardines de Patrick Sébastien:http://www.youtube.com/watch?v=PA3P1-aSvKQ

 

Le samedi 9 janvier 1988, 3 mois avant son décès, Pierre Desproges commente l'arrivée des artistes au programme de Champs-Elysées...

31/08/2014

SALVATORE GUCCIARDO par Anita NARDON (éd. Art in Belgium)

i66454476._szw270h3500_.jpgUne peinture des confins ardente et apaisée

En 2002, paraissait un livre d’art d’une belle facture, au format très maniable, avec un texte d'Anita Nardon sensible et en retrait dans le sens où, tout en embrassant toutes les virtualités et réalités de l'oeuvre, elle avance des hypothèses sans jamais théoriser. 

Ce texte fournit ainsi tous les éléments pour entrer sans forcer le regard et l’entendement du lecteur dans l’univers de ce peintre singulier et immédiatement reconnaissable : paysagiste de l’infini, portraitiste de l’humaine et douloureuse condition. Elle écrit justement que "Salvatore Gucciardo a l'âme d'un chercheur et la nature d'un philosophe."

D’abord, les éléments biographiques : ce Sicilien, né en 47 à Siculiana, est de Charleroi depuis 1955 où « il vit et se sent chez lui, totalement ». Omniprésent sur la scène picturale, mais aussi revuistique, depuis 1975, l'époque où Aubin Pasque le fait entrer dans le groupe "Fantasmagie" (groupe fondé en 1958), il fut soutenu jusqu’au bout par Stephane Rey/Thomas Owen.

Il fut entre autres l'ami de Marcel Delmotte et de Jean Ransy. En 1984, Roland Villeneuve l'invite à exposer au Louvre des Antiquaires à Paris (ce ne sera pas la seule fois où il sera invité à exposer à Paris) en compagnie de peintres de renommée internationale, notamment Leonor Fini et, en 1989, il l'intègre dans son remarquable "Dictionnaire du Diable". Gucciardo figure aussi dans plusieurs dictionnaires et livre d'art regroupant des artistes belges et internationaux.

Les titres, expos (plus de 50 expos individuelles à l'époque de la parution du livre) et récompenses (depuis, il recevra à Paris en 2007 le Prix Européen des Arts Leopold Sedar Senghor pour l'ensemble de son oeuvre), comme l'écrit Nardon, « ne lui montent pas à la tête", il regarde sereinement sa palette et la surface à peindre » avec le seul souci de poursuivre un travail inlassable « vers les astres de paix ». 

Vingt reproductions (la plupart en couleurs) permettent d'éprouver au fil de la lecture les mots de la critique d'art et de contempler les étendues d'une « géographie onirique » de plus en plus lumineuse - entre les feux d’ocre et les bleus d’eaux – et tournée vers l'aube, exprimant effectivement un sentiment général d'harmonie, un nocturne apaisement comme après un jour de cataclysme. Un monde d’équilibre stable et de formes parfaites comme seuls les astres habilités à naviguer, dans leur course céleste, entre diverses forces gravitationnelles peuvent en donner une belle image. De celles qui peuplent l’imaginaire habité du peintre.

David Lynch a, un jour, déclaré qu’il y a au fond de l’homme plus d'espace que de matière. Ce beau livre en fournit une remarquable illustration.

Éric Allard

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

Le site de Salvatare Gucciardo

http://www.salvatoregucciardo.be/

Salvatore Gucciardo sur le site de l'AREAW

http://areaw.org/gucciardo-salvatore/

SALVATORE-GUCCIARDO-300x225.jpg

15:50 Écrit par Éric Allard dans Les belles peintures, Lu et approuvé | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

APHORISMES de Denis BILLAMBOZ

Je voulais maigrir

J’ai fait un régime

Je n’ai réussi qu’à m’aigrir

  

cross-country.jpg

  

Chaud mage

Cherche emploi

Pour cause de chômage

  

 

cross-country.jpg

 

Son discours était bizarroïde

Tellement creux

Qu’on le disait gras du vide

  

cross-country.jpg

  

Les chants glauques

Des cochons autochtones

Percent ma peur

A longueur de sonotone

  

 

cross-country.jpg 

 

Un fidèle donneur de sang

N’est pas forcément

Un bon donneur de leçon

 

 

cross-country.jpg

 

Un Gabin de Paris

Peut participer

A une Traversée de Paris

Avec un cochon

En guise d’accordéon

  

 

cross-country.jpg

 

Deux roues à plat

J’étais un pneu

Sur la jante

  

 

cross-country.jpg

  

Il voulait rien

Mais où trouver rien

Je n’en sais rien !

  

roue%20de%20bicyclette.jpg%201913.jpg

13:58 Écrit par Éric Allard dans Textes de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | |

30/08/2014

APRÈS L'HORREUR

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

L’actualité toujours aussi violente que nous distille à longueur de journaux les divers médias, m’a incité à vous proposer ces deux textes très différents où j’ai trouvé, outre cette barbarie que l’on n’arrive jamais à imaginer et qu’on croit toujours qu’exception venue d’hommes pris dans une folie destructrice, une approche de ce qui peut se passer lorsqu’on a dépassé le stade de la cruauté la plus ignoble ou de la veulerie la plus abjecte. Que peuvent se dire le tortionnaire et sa victime ? Comment peut se comporter celui qui a vendu sa famille pour sauver les apparences de son honneur ? Hachtroudi héritière d’une lignée de grands humanistes iraniens et Slocombe écrivain qui a osé se frotter à cette question ouvrent des pistes à ceux qui voudraient comprendre comment on peut vivre avec une telle charge sur les épaules.

 

colonel-appat-455-1470743-616x0.jpgLE COLONEL ET L'APPÂT 455

Fariba HACHTROUDI (1951 - ….)

Dans un pays nordique non cité, un officier supérieur iranien, demandeur d’asile, rencontre lors d’un interrogatoire une femme qu’il a connue, sans qu’elle le sache, dans les prisons des ayatollahs. Il était chargé de comprendre comment elle pouvait résister à toutes les tortures et, si éventuellement, elle ne bénéficiait pas de la complicité de certains de ses gardiens. Lors de cet ultime entretien qui décidera de son accueil dans ce pays d’asile, elle est chargée de jouer le rôle de l’interprète. Se noue ainsi une relation complexe qui réunit un complice des tortionnaires et la victime la plus coriace de ces abominables gardiens.

Le colonel, jeune soldat brillant et héroïque de la guerre contre l’Irak, connait une carrière fulgurante qui le conduit dans le saint des saints auprès du « Commandeur », l’ayatollah suprême, pour accomplir des missions de plus en plus stratégiques et de plus en plus secrètes. Mais, quand le « Commandeur » en personne lui demande de devenir le chef de sa garde personnelle, il refuse, il ne gravira pas un échelon supplémentaire dans l’horreur, il a déjà travaillé à la restructuration des prisons, il ne veut pas franchir ce nouveau palier en organisant l’élimination discrète et brutale des opposants. Sous la pression de sa femme, grande scientifique, résistante à toutes les pressions du régime théocratique, il planifie son exil après avoir préparé celui de la détenue la plus sévèrement torturée de la célèbre geôle de Devine où sont rassemblés les prisonniers politiques jugés les plus dangereux.

fariba-hachtroudi-photo-dr.jpg

Dans ce texte à deux voix dense, intense, écrit dans une langue vive, rapide, percutante, Fariba Hachtroudi réunit un duo dont les deux parties ne devraient que se détester et s’agonir mais qui finalement, dans un contexte étranger, presque hostile, arrivent à mettre en commun l’horreur qui les a fait se rencontrer. Le colonel est follement amoureux de la femme qu’il a laissée au pays et qui porte le même non que l’interprète, alors il demande à cette dernière d’intercéder auprès de sa femme pour qu’elle lui pardonne son passé et sa complicité même si elle était passive. Vima l’épouse, Vima la prisonnière torturée, se fondent alors en un jeu de double, de dédoublement, de jalousie, de complicité…

Ce texte, d’une très forte intensité dramatique et émotionnelle, dresse, en quelques pages un portrait décapant du régime des ayatollahs, du sort de ceux qui ne veulent pas les suivre et de la condition de ceux qui ont choisi l’exil où ceux qui n’étaient pas du même côté de la barrière finissent par se comprendre car ils ont connu ce que les mots ne peuvent pas faire admettre aux autres. Ce récit pourrait être aussi un grand roman d’amour mais c’est plutôt un livre qui parle de l’amour comme relation entre les femmes et les hommes et comme moyen de parvenir à ses fins. Il oppose le cynisme froid du scientifique qui ne juge que les faits à la chaleur enflammée du poète qui ne voit que les intentions et les sentiments. Tout un discours sur la dualité entre le mathématicien et le poète, entre le calcul objectif et les sentiments subjectifs, entre la raison et la passion, entre le cerveau et le cœur. Une recherche sur la nature humaine et ses raisons d’agir même dans les démarches les plus odieuses.

Un roman court pour un très grand texte qui démontre une fois de plus que quantité n’est pas forcément qualité, que l’espoir n’est jamais tout à fait mort, que personne ne détient seul toute la vérité et beaucoup d’autres choses encore comme cette pensée qui pourraient évoquer les grands philosophes orientaux : « … les vraies rencontres ne sont qu’instants, magie fugace que l’on appelle bonheur pour donner sens à ce terme ».

 

M.-le-commandant.jpgMONSIEUR LE COMMANDANT 

Romain SLOCOMBE (1953 - ….)

Avant d’évoquer toutes les richesses de ce texte, je voudrais parler du problème de conception qu’il me pose, en effet la note liminaire de l’éditeur - qui fait partie de la fiction - parle d’une lettre adressée par un ancien combattant, académicien, au Commandant de la place militaire d’une sous-préfecture normande. Or le texte que nous possédons ne ressemble pas beaucoup à une lettre mais plutôt à un récit, à un témoignage, à une analyse de la situation de la France déliquescente, déconfite, collaborationniste, … des années trente et du début de la guerre, la lettre étant datée de septembre 1942. Il est en effet bien difficile de concevoir qu’un ancien combattant français, même académicien, puisse apprendre quelque chose à un officier allemand concernant les faits militaires, l’état de la France, les projets de l’Allemagne, etc.… J’ai nettement eu l’impression que l’auteur s’adressait plutôt aux lecteurs et non pas qu’il mettait une missive sous la plume d’un délateur à l’adresse d’un officier ennemi. Et pourquoi précise-t-il qu’il change les noms propres, notamment celui de l’académicien alors qu’il précise qu’il est manchot et officier supérieur en retraite, je parierais qu’il y a eu bien peu de manchots ayant fait une carrière militaire avant de siéger sous la coupole. Ces incohérences littéraires restent plutôt formelles mais ont tout de même pollué ma lecture.

La lettre de délation aurait très bien pu se concentrer, comme une tragédie grecque, sur la dénonciation de la situation créée autour d’un amour impossible sur fond d’antisémitisme exacerbé par le contexte historique. Le vieil académicien ne trouve nulle autre porte de sortie à sa situation personnelle que cette dénonciation veule et infamante. Mais, et je le comprends, l’auteur ne pouvait pas traiter le sujet qu’il a mis en scène, sans évoquer la situation de la France et de l’Europe en général à cette époque si particulière. Son texte est très intéressant mais il ne relève pas du projet annoncé, il relève d’une étude, ou d’une fiction, concernant la situation de la France avant la guerre et des raisons qui l’ont conduite à la grande débâcle qu’elle a connue devant les forces de l’Axe. Ainsi Slocombe explique longuement aux lecteurs, et non à l’officier allemand, les événements, leurs causes et leurs conséquences en une analyse qui serait celle d’un antisémite forcené, une façon de dénoncer cette vision en mettant en évidence tous ses errements, tous ses abus et sa profonde inhumanité.

presse-slocombe-rogn%C3%A9.jpg

L’auteur profite aussi largement de l’occasion pour régler quelques comptes, il n’hésite pas à rappeler, à longueur de pages, le rôle jouué par certains hommes politiques et surtout par certains intellectuels qui se sont fait bien petits après la guerre pour laisser passer la marée de l’épuration et resurgir en pleine lumière quand le temps eut encombré les mémoires d’autres événements plus préoccupants. Mais, à mon avis, le véritable souci de Slocombe était de montrer que ce qui a été abominablement possible l’était toujours, son livre s’adresse bien à la France d’aujourd’hui, tentée de plus en plus par les vieux démons qui l’ont déjà conduite dans l’infamie et la barbarie. L’actualité semble hélas lui donner raison. Le message est clair, dans un style qui rappelle les écrits d’avant-guerre avec des belles phrases harmonieusement construites qui coulent paisiblement même pour dire les pires des horreurs. Cette lettre n’était qu’un prétexte pour formuler ce rappel historique, lancer un appel à la vigilance et dire que le courage n’est peut-être pas de fuir devant les difficultés mais de les affronter avec toute la détermination nécessaire.

12:30 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

29/08/2014

PARTAGE et autres poèmes de Salvatore GUCCIARDO

Ouverture

 

J’ouvrirai tes yeux

Avec délicatesse

Et douceur

  

Afin que tu regardes éclore

Le bourgeon solaire

Dans le jardin d’éden

  

J’ouvrirai ta bouche

Avec ferveur

Et amour

Pour qu’une myriade de colombes

S’envolent vers des lieux agités

  

J’ouvrirai avec emphase

Tes bras inertes

Pour que tu accueilles

Toutes ces âmes

Qui cherchent dans la nuit

Une lueur salvatrice

 

i66652809._szw1280h1280_.jpg

 

Partage

 

Le soleil

Buvait l’eau

De la mer

Pour inonder

L’homme

De sa lumière

 

Lorsque la ligne d’horizon

S’élève

Vers le ciel

L’être s’illumine

Et s’envole

Vers les cimes

 

Vivre dans l’attrait solaire

Pour s’enivrer

De son rayonnement

 

Tout est dans

La luminescence

De la géographie

Dessinée

Par l’écume

Effervescente

 

S’enivrer

De l’astre scintillant

Pour se noyer

Dans la mer

Des délices

 

Filiation azurée

Le reflet maritime

Enivre l’âme

D’une étincelle

Divine

 

Frissons d’émotions

Le miroir lumineux

Sur ma terre

Natale

 

i66652886._szw1280h1280_.jpg

 

Parcours

  

Ornement noir

Sur fond de neige

Le doute

La liberté

L’élan utopique

De l’artiste

  

Exaltation d’idées

Engagement de l’être

Le récit d’un homme

Voué au combat

 

Vie ébranlée par une passion

Cendre et fumée

Cheminement solitaire

Gestation souterraine

La voix du gouffre

Sur la fresque sublime

  

Roulement de tambour

Les yeux écarquillés

Du combattant

Sombre geôle

Narrations épiques

 

L’ombre et le serf

Aux sources

Abyssales

On structure

Le rêve

Dans la lumière

Salvatrice

 

i66652807._szw1280h1280_.jpg

   

Secrets d’âme

  

La voûte du monde

Domine

Les jardins secrets

De l’âme

  

L’être flamboyant

S’expose

Aux tourbillons

Dévastateurs

Du temps

  

Des abîmes

Émergent

De la profondeur

Des eaux

Une armée

De poulpes

  

Une multitude

De corbeaux

Étalent

Leurs lourdes ailes

Au-dessus

Des gorges escarpées

 

En se dirigeant

Vers une lueur

Scintillante

 

Afin d’honorer

La luminiscence

Des noces célestes

 

i66652864._szw1280h1280_.jpg

 

Rêve doré

  

Oscillation émotive

Jaillissement lumineux

La paix dépose

Sur la mousse de la vie

Un frémissement doux

  

Éblouissement instantané

On illumine la chambre

De ses sombres pensées

  

Friselis féerique

Musicalité corporelle

L’oriflamme

Sur la mer des délices

  

Éclat solaire

On se laisse emporter

Par la dérive des eaux

  

Extase du rêve

Boulimie paradisiaque

Le vent du sud

Caresse les rizières

De l’âme

  

On dépose

Sur les fougères

De l’inconscient

Une fine couche

De poussière dorée

Pour égayer

Notre cheminement terrestre

 

i66652801._szw1280h1280_.jpg

Les huiles reproduites sont de Salvatore Gucciardo:

http://www.salvatoregucciardo.be/ 

Salvatore Gucciardo sur le site de l'AREAW

http://areaw.org/gucciardo-salvatore/

i66453103._szw565h2600_.jpg

27/08/2014

FRAGMENTS ÉTOILÉS D'UNE ICONOGRAPHIE, étude sur l'oeuvre picturale de Salvatore GUCCIARDO

par Éric Allard

 

En corps

 

Tu es un frère,

On peut s’entendre

Guillevic (Cercle)

 

   Dans les tableaux de Salvatore Gucciardo, on trouve de nombreux  corps, tant célestes qu’humains. Corps glorieux ou corps en géhenne, parfois mêlés en un magma de chair, tous membres confondus. Corps taillés, cuirassés, prothétisés, pour affronter les dangers de la vie (extra)terrestre...   

   Le corps humain fait souvent « corps » avec un corps céleste qui l’auréole, le protège, le guide ou l’accompagne. Corps humain et corps céleste sont frères car satellites du même soleil, enfants du même « atome primitif ». Ils vont de conserve, unissant leurs orbes, associant leurs sorts, se reflétant, s’imageant dans un même réseau de mots et de figures. La Terre, telle que nous la présente le poeintre, respire, souffle, souffre, se meut et meurt comme un corps organique.

   Ce qui est rond se répond dans la grande famille des cercles : tête, ventre, œil, sein, cul, planète, étoile ... dans une sorte d’inaccomplissement circulaire condamné à se répéter, à se recycler. La spirale, cette courbe fuyante, devient dans La spirale de la vie (huile, 40 x60) demeure du cercle, bulle abritant un site idéal, oeil captant une vision. La muse étoilée (huile, 60x50) évoque une madone aux sphères - qui l’enrobent, l’enrôlent, l’enroulent, l’enserrent dans leurs anneaux. C’est une image exemplaire, presqu’une icône de la plénitude selon Gucciardo, une « muse astrale » comme on en rencontre d’autres dans les oeuvres du peintre. Quand les courbes sont coupées ou « approchées » par des droites, c’est qu’il y a menace, obstacle à éviter. Dans de nombreux dessins de l’artiste et, particulièrement, dans sa série abstraite récente, droites et courbes, triangles et disques s’assemblent en des compositions géométriques dégagées de toute présence de vie.

   Un peu à l’instar des corps sans organes d’Artaud-Deleuze, le corps gucciardien est un corps délivré de ses fonctions organiques, ouvert à  la réflexion, à la spiritualité. C’est un corps parfois enceint, mûrissant dans le ventre ou le cerveau un enfant de chair ou de pensée. On ne marche pas plus qu’on n’use de ses mains, de ses bras dans le monde gucciardien. On vole, mais sans ailes, mû suivant le mode de déplacement des planètes. Comme notamment dans La traversée flamboyante (huile, 100 x 120) où on voit une créature propulsée par une boule de matière.Les visages ornant ces corps ne visent pas, en général, à reproduire une physionomie, ils s’assimilent à des masques exprimant une émotion. Ceux qui les portent (re)jouent l’épopée de l’existence sur un théâtre à l’échelle cosmique.  

   Un chemin figure régulièrement dans un espace du tableau. Peu importe qu’on le foule ou non, c’est un chemin mental, fait de lacets, à l’issue incertaine mais baignée de lumière derrière une paire de collines. L’important est qu’il fasse signe, qu’il fasse sens, indique une direction ; qu’il éclaire et qu’il élève.

i66652941._szw1280h1280_.jpg

Le jugement dernier 120 x 166 - huile

 

Les belles endormies

 

Voie lactée ô soeur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses

Apollinaire (Alcools)

   

   Si on ne voit pas les corps satisfaire des besoins physiologiques, on les voit cependant dormir. Ou plutôt sommeiller. Dans des décors typiques du peintre, de songeuses endormies méditent toutes nues.

   Dans Le souffle du silence (huile, 55x73), la feuille qui s’étale au premier plan en se dorant au soleil rappelle la pose alanguie d’un corps de femme, plus exactement d’un corps de sirène avec son pédoncule caudal, dans un réseau de nervures suggérant l’ossature humaine. À ces grandes courbes répondent, au second plan, celles que forment les monts pyramidaux. Le corps rond d’un soleil dominant prodigue une lumière qui traverse la surface translucide de la feuille...

   Cette composition n’est pas sans évoquer celle de La souche divine (huile, 35x60) ou un corps féminin, vu de dos, s’expose face à un astre déclinant et sous un éclairage crépusculaire où seule l’étendue de la chair tranche par sa blancheur - comme un vestige de la lumière du jour qu’elle aurait emmagasinée et rendrait à la faveur du soir. La femme regarde au loin en direction du couchant...

    Dans La chair intacte (huile, 24x50), on trouve un dispositif semblable. Une femme à la musculature prononcée fait ici face au spectateur. Elle ferme les yeux, comme par discrétion, pour ne pas croiser notre regard, nous empêcher de l’observer sans retenue. Notons aussi qu’elle est sur le chemin, dans une pose malhabile, comme « en plan », en plante, pataude et placide, rivée à son rêve, ayant été dépouillée de tout sauf de sa chair, comme nous laisse à penser le titre du tableau. La chair intacte mais la chair seule. Seule avec sa chair...    

    On pourrait citer aussi Le rêve exquis (huile, 50x60) ou L’harmonie sereine (huile, 30x40) qui cadre à mi-corps une femme ici éveillée, casquée et légèrement parée, guerrière assurément, conquérante et pensive, examinant le terrain parcouru et le territoire encore à prendre. Et d’autres toiles encore...

   Mais la plus emblématique figure du genre est peut-être celle mise en scène dans Le sommeil ardent (huile, 60x50), toile dans laquelle une femme nue, paupières closes, la tête posée sur un genou, d’un sommeil animé, on le suppose, d’une vive activité cérébrale occupe toute la place ou presque de la composition. Nue, cependant qu’elle donne à voir ce que le spectateur veut voir (l’astre fait écho à l’aréole d’un sein tandis que le chemin, signale, par effet de symétrie, une route entre les cuisses) elle peut à loisir nourrir ses songes - qu’elle dérobe de la sorte à la vue. Le spectateur, possiblement engagé sur la voie d’autres rêveries, ne peut se figurer le caractère des visions du modèle. Jeu sur le voir et non voir ; le peintre en tant que peintre ne montre que ce qu’il veut qu’on fixe dans l’instant, renvoyant plus que tout autre artiste à l’invisible, aux projections temporelles (souvenirs et anticipations), aux intérieurs non éclairés qui renferment les secrets et mystères constituant la psyché humaine.

   Le temps est une pensée, une rêverie du soir, écrit Jankélévitch. N’est-ce pas aussi le moment du jour où, dans l’occultisme, le corps astral se manifeste ?

i66652811._szw1280h1280_.jpg

 Le sommeil lumineux 50 x 60 - huile

 

Car né

 

Le terrestre le cède chez moi à la pensée cosmique. (...)

J’occupe un point reculé, originel de la Création, à partir duquel je présuppose des formules propres à l’homme, à l’animal, au végétal, au minéral et aux éléments, à l’ensemble des forces cycliques. 

Paul Klee (Journal)

 

   La naissance du ciel, La naissance de la mer, La naissance d’une étoile, La naissance du monde... Autant de titres de tableaux qui pointent une interrogation constante chez le peintre. Et dont on retrouve le thème, puissamment traité, dans Lyrisme cosmique, le recueil du poète Gucciardo.

   Si le soir est le « moment » du temps, l’espace intersidéral est par excellence son lieu. Le voyage dans le Cosmos vise un retour à des âges passés de l’homme et, par voie de conséquence, à l’origine de l’Univers, à cet instant zéro ou réside la vérité du temps, où tout explose et s’ordonne déjà. Je voyage dans la constellation / pour embrasser / l’éclat du monde, écrit Salvatore Gucciardo. Mais ce n’est pas dans un but morbide, rétrograde, pour rester figé là, mais bien pour se relier à la « source de vie », savoir de quelle lumière on est fait afin d’y puiser matière à éclairer les ténèbres à venir, et rejouer le sort de l’humanité.

    On pourrait en guise de conclusion définir le lieu gucciardien comme étant l’ensemble des points situés à mi-distance du rêve et du réel. C’est un espace de contemplation au sens où Émile Bernard entendait le mot contempler - requérant une opération de l’âme. Le lieu (enchanté, inconnu, vivant...) gucciardien fait de la lumière un objet de culte et des formes figurées les forces à l’œuvre dans l’être. Il est le champ du présent et du possible dans lequel le chemin constitue, on peut le penser, une échappée vers l’extérieur, une voie d’ouverture sur notre monde. 

i66652897._szw1280h1280_.jpg

 L'exaltation réelle 70 x 90 - huile

 

731617184.jpgCet article est paru dans le numéro spécial de Pages insulaires de Jean-Michel Bongiraud de juin 2012 consacré à Salvatore Gucciardo

Le site de Salvatore Gucciardo:

http://www.salvatoregucciardo.be/

10399795_1251432287298_7777845_n.jpg 

18:55 Écrit par Éric Allard dans Les belles peintures | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

Sylvie GODEFROID & Salvatore GUCCIARDO à la Bibliothèque Marguerite Yourcenar

Sylvie GODEFROID & Salvatore GUCCIARDO à la Bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne-au-Pont, c'est le VENDREDI 5 SEPTEMBRE 2014.

J'aurai le plaisir de présenter Salvatore Gucciardo avec Serge Budahazi.

Tous les détails sur l'invitation ci-dessous.

10615478_10204183986701253_2091744929341653457_n.jpg

10615598_10204183988701303_2955941331268885631_n.jpg

18:48 Écrit par Éric Allard dans Rendez-vous | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

MONA! MONA! MONA!

21fda758-2285-11e2-a86b-bedd7f38a993-493x178.jpg

Mona m’apparaît en songe et en réalité. Mona me harcèle ! Pour tout dire, elle se moque de moi. Je le vois à son sourire. Mais que lui ai-je donc fait ? (Je préfère les sourires de Marilyn.) Je cherche et ne trouve pas. Je passe mon passé au peigne fin des souvenirs. Je n’arrive pas à mettre le doigt sur l’événement qui suscite son sarcasme permanent. Je sais que je dois trouver la solution à ce problème, docteur. Mais il me semble que si vous ne dessiniez pas en permanence mon portrait à la sanguine pendant que je vous parle, cela me permettrait de progresser.

13:50 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

26/08/2014

MERCI PROFESSEUR CHORON !

choron.jpg

Georges Bernier (1929-2005) est, en 1960, le cofondateur, avec François Cavanna, du journal satirique Hara Kiri. Il choisit son pseudonyme d'après le nom (la rue Choron) où étaient situés les locaux du journal. En 1988, il adapte pour la télé ses fiches bricolage qu'on peut considérer comme les ancêtres des Tutos, appréciés par la jeunesse. 


30 terribles couvertures de Hara Kiri (copier/coller le lien):

http://wall-mag.com/2012/12/14/30-terribles-couvertures-dharakiri/

17:09 Écrit par Éric Allard dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

25/08/2014

TROP LOURD POUR MOI de Daniel CHARNEUX (éd. Luce Wilquin)

10403621_347001345456755_2874746128249481185_n.jpgNo satisfaction

Jean-Baptiste Taillandier, le narrateur du septième roman de Daniel Charneux, fait le récit des expériences qui ont grevé sa vie, à l’exception des épisodes familiaux qui l’ont nourri, comme s'il démêlait le lin de la laine, en transgressant ainsi un interdit parental. À mesure qu’il témoigne, qu’il se leste des souvenirs d'une vie, il allège son âme. 

Une existence commencée cinquante-huit ans plus tôt entre une mère aimante et un père un peu trop rigide qui cite constamment la Bible. Le garçon, avide de solitude, de contact avec la nature, se tient à l’écart des autres (Je n’étais pas en quête d’adhésion, écrit-il). Il découvre bientôt qu’il est affecté d’une inadaptation au plaisir physique, une anorgasmie.  Ce n’est pas par hasard si (I Cant' Get NoSatisfaction des Stones est une de ses chansons préférées. Il est tout aussi incapable de tomber amoureux et se définit comme un « handicapé du cœur ».

Cela ne l’empêche toutefois pas, bien au contraire, de faire vocation de se consacrer aux autres et, même, il n’est « pas loin de se  prendre pour un saint »...

Il effectuera son service civil en Afrique puis entamera une carrière de psychologue en milieu scolaire. Sa mère meurt quand il n’a pas 25 ans. Suivront les décès de son père et de ses autres ascendants. Pendant le temps de ces disparitions, il trouvera des mères de substitution auprès de femmes réduites à leur fonction maternante, en évitant bien d’accéder aux désirs de ses compagnes d’avoir des enfants avec lui.

L’épisode le plus savoureux confronte Jean-Baptiste Taillandier à une petite communauté bouddhiste qu’il fréquente durant plusieurs années et de laquelle il sortira, comme de ses autres engagements, désenchanté.

Daniel Charneux décrit le trajet d’un homme de la seconde moitié du XXème siècle qui n’aura pas pu donner sa vie pour un être ou pour une cause, trop lucide sans doute ou trop à l’écoute de soi, de ses sensations (un  moment, il deviendra intolérant au bruit), incapable en tout cas de s’oublier (selon son expression) pour quelqu’un d’autre que sa mère. Le narrateur ne mettra pas fin à ses jours, il n’est pas doué pour la tragédie, il choisira une autre forme d’extinction.

Comme souvent dans ses romans, Daniel Charneux évoque avec un luxe de précision sensible, sur le mode du je me souviens, une existence reflet d’une époque, dans laquelle on se projette. Par exemple, le narrateur se souvient de nombre de slogans publicitaires qui ont émaillé sa vie et... les nôtres: Seb c'est bien, Elle a mérité la Woolmark, Les bonnes chaussettes Stem montent jusqu'au genoux...

Mais qu’est-ce qui fait qu’on se sent si proche de Taillandier, le psychologue revenu de tout, sinon de son amour filial et d’une enfance à laquelle le monde n’aura pas pu offrir un terrain où s’émanciper en dehors des structures illusoires de la famille fusionnelle, du travail émancipateur ou de la fraternité humaine seulement présente sur le modèle véhiculé par les réseaux sociaux?

Un livre qui, une fois refermé, ne cesse de nous interroger sur le sens de nos existences absurdes au sens camusien du terme.

Un épisode est représentatif du livre qui se situe au début de la confession. Le narrateur raconte l’épisode  du veau d’or, en confiant qu’il a toute sa vie durant vénéré une idole en toc. Puis, quelques pages plus loin, il date sa conversion au végétarisme (de la même façon qu’il se refusera au plaisir charnel) au moment où il s’est rendu compte qu’il avait mangé du veau qu’il avait vu naître : "On avait donc, pour me nourrir, privé une vache de son petit." Toute sa vie durant, il aura privilégié cette relation fondamentale et n’aura pas pu adhérer à autre sorte de vie, sociale, affective ou religieuse. Lui, le psychologue qui aura consacré une partie de son temps à l’enfance, aura été un homme malade de sa propre enfance. 

Éric Allard 

-------------------------------------------------

main.php?g2_view=core.DownloadItem&g2_itemId=455170&g2_serialNumber=2Le roman sur le site des éditions Luce Wilquin:

http://www.wilquin.com/2014/08/trop-lourd-pour-moi-daniel-charneux/

La page Facebook consacrée à Daniel Charneux écrivain:

https://www.facebook.com/DanielCharneux?fref=ts 

14:21 Écrit par Éric Allard dans Lu et approuvé | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

24/08/2014

KAREN O ~ Ô KAREN !

karen%20o.jpg

Karen Lee Orzolek, née en Corée du Sud en 1988, est la chanteuse du groupe new-yorkais Yeah Yeah Yeahs. Elle a également composé des b.o. de films. Elle a participe au premier album de David Lynch et sort son premier album solo, Crush Songs, en septembre 2014.

 2014

2011 sur l'album de David Lynch (les images sont tirées de Les amours imaginaires de Xavier Dolan)

2011 (bande-son du film Millenium de David Fincher)

2014 (bande-son du film Her de Spike Jonze)

Avec Ezra Koenig (des Vampire Week-end) à la cérémonie des Oscars  

2013

2013

 2009

 

tvsplash_small_title.png

http://www.karenomusic.com/

19:04 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

23/08/2014

UN BEAU ROMAN de Françoise PIRART

P.Leuckx.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

legende-des-hauts-marais-1couvweb.jpg"LA LEGENDE DES HAUTS MARAIS" de Françoise PIRART (Ed. du Jasmin) respire l'aventure, les belles valeurs et la nature au plus près de ses sources. En quatre-vingts pages bien écrites - avec ce sens du souffle, des espaces et du suspense -, l'intrigue nous mène au coeur d'une tribu perdue dans un univers de paludes et de joncs. Le lecteur a le temps d'éprouver les divers personnages qui peuplent ce récit : les amis Armon et Taharn, les vieux de la tribu, Roch et Kerin en tête, Maïra, l'amie d'Armon... On vit au rythme de la chasse, de la nourriture, des espaces traversés, des bêtes qui effraient, de la nuit qui tombe, sans secours. On suit Armon, de l'âge initiatique à celui de l'adulte mûri, dont les valeurs sont toutes celles de la tribu: le sens du devoir, de l'amitié, la bravoure. Et le danger menace, se rapproche et il faut lutter contre ces ennemis. On en capture quelques-uns et les combats avec les autres sont assez sanglants comme toute guerre. L'issue verra peut-être une manière d'éclaircie : qui sait?

images?q=tbn:ANd9GcTJid2nQY835wB-9kCcYMeI2Iihtyo5J9K7IhnwWW8xYUQzO0otGfBkeOL3

Entre roman et mythe, Françoise Pirart a réussi un bel exemple d'histoire à partager, que les grands adolescents, que les adultes savoureront. Les atouts en sont la fraîcheur d'inspiration, le style fluide et cet humanisme âpre que la romancière ressent comme une force, une dignité. La description riche d'une nature fertile et sauvage, les ingrédients de tout récit fondé sur la lutte et l'apprentissage, la quête du sens : tout convie à une lecture aussi féconde que la matière proposée. Les belles illustrations (une douzaine) sont dues à René Follet.

20:10 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

TA SEULE FONTAINE EST LA MER de Thierry-Pierre CLÉMENT

images?q=tbn:ANd9GcQRP5_UmX4xjl_VU5ebmOG-iuliH_atxjb8qFj28zM5yGoEyQktErXthVkpar Philippe LEUCKX

 

 

Thierry-Pierre Clément, dont j’avais apprécié « Les fragments d’un cercle », nous revient avec un très beau recueil. Ta seule fontaine est la mer (à Bouche perdue, coll. Sépia) est une découverte saisissante des éléments, pour un poète qui sent, hume, scrute et ressent. Le ciel, l’air, la lumière passent dans ses textes comme des gages de vérité profonde. Le poète a épuré ses formes et il n’en garde que le suc, les pépites, ces vers corsetés, cette « épure du chemin » comme la célèbre une des sections du livre. Une étonnante douceur innerve ces vers : elle tient autant aux questionnements nombreux qu’aux constats de quelqu’un qui sait parler des bords, du cœur et des lointains.

cl%C3%A9ment-199x300.jpg

Il y a chez ce lyrique modéré, une soif de terres nouvelles, une géographie du frisson, une attente de l’invisible et un regard d’apôtre sur la beauté du monde. Une quête incessante de la soif de l’autre, des infinis, de la liberté.

J’aime beaucoup cette manière de rendre compte d’un réel appelé par le prénom de la grâce :

Nous nous savons mortels

et nous bénissons l’aube.

Nous ne sommes pas aveugles.

Nous voyons plus loin.

Le vent porteur, les mots de passage et de partage accompagnent ce bonheur d’écriture, où chaque mot devient signe de soi, blason de tendresse :

Cœur troué

au plus fragile,

au plus intense –

Dévoration

du feu !

num%C3%A9risation0005.jpg?itok=E5cdkgzk

Thierry-Pierre Clément, Ta seule fontaine est la mer, 2013, 96p., 15€. 

11:53 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

22/08/2014

TRENTE-ET-UN PETITS PLAISIRS IMAGINAIRES mais non pas inimaginables

 pour Véronique Janzyk 

1.     Marcher sur des œufs. Et découvrir que celui qui ne casse pas contient un poussin ou un chaton noir.

2.    Rouler sur l’or des jaunes d’œufs pendant dix secondes baveuses à souhait.

3.    Féminiser son intérieur (de bureau) : un tapis de souris nathalié, une étagère tatianesque, un pot à stylo ayliné, un taille-crayon sandrastique, une corbeille à courrier christinée, un écran isabelle, un buvard laurencien, un sous-main azizasque , un presse-papier élodique…

4.    Coucher du doigt un paysage de son enfance.

5.    Saupoudrer les pierres tombales de son cimetière préféré de carrés de chocolat blancs.

6.    Marauder des mariages sur l’arbre généalogique du voisin.

7.    Soustraire à des littoraux sans pin des plages entières de parasols. 

8.    Laisser pourrir sa mémoire hors d’état de se souvenir.

9.    Ecluser son sas sans l’aval er.

10. Recouvrir de fleurs sauvages le dos nu d’une inconnue.

11.   Recouvrer la raison au seuil du sommeil pour ne pas dormir idiot, défaire un rêve (sans envergure), mansarder ses nuits.

12. Pisser chaque fois qu’on a prié (et réciproquement), plier en quatre son tapis de prières dans un coin de la chambre des tortures.

13. Emprunter, le temps d’une série de Fourier, les nombres de la numérothèque pour chiffrer ses gains à la tombola sensuelle.

14.Bondager une étoile naine avec des cordes de lumière.

15.Donner de l’aube au moulin des journaliers, du vent aux éoliennes des écoliers, de l’atome-fiction aux centrales des politicons.

16. Joconder Mona Lisa jusqu’au plaisir pictural de Leonardo.

17. Warholiser tant qu’il fait moire ses photos de stores sans créer de jalousie.

18. Se faire plus chatte qu’angora, plus sagouin que butor, plus casoar que caïman et plus girafon qu’éléphanteau.

19. Pendre son café à une cuiller le temps d’un sucre lent.

20. Gommer une gamme après l’autre sur la branche-portée de l’oiseau lyre.

21. Briser la glace sans toucher à un poil d’ours de la banquise.

22. D’un coup sobre de sabre, ôter la nuit au jour, la couverture de nuages au ciel, tout ce qui empêche les déesses de se faire entièrement voir.

23. Casser du sucre sur une montagne de sel, tourner de l’œil sur une montagne de cils.

24. Combattre une poule avec une plume d’oie blanche, un poulpe avec une patte de crabe fantôme.

25. Relever de la pluie tombée avec un manche de parapluie.

26. Faire exploser un cœur de pierre contre un mur de sable.

27. Enterrer une nature morte le jour d’un vernissage, arracher l’étoile du peintre.

28. Donner un os à ronger à la populace de ses nerfs, touiller ses gènes dans un bol de spores.

29.Trahir la peau de l’aimé(e) d’un baiser avant de l’envoyer à la caresse.

30.  Achever son œuf d’un son vibrant, mettre un terme bruyant à l’omelette de l’existence.

31. Regarder à travers un anneau de livres la ronde du monde. 

 

10570294_347672322056324_614681134875232282_n.jpg?oh=eb13e958855001298e53cbcefa56ce22&oe=545C1892&__gda__=1415487919_d9bc7393433fbee192f51a526cce7157

  Photo de Daniel Charneux

10:18 Écrit par Éric Allard dans Sac à malice | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |