24/01/2015

RACKETS DU TEMPS de RIO DI MARIA (éd. L'Arbre à Paroles)

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

dimaria-rackets.gifLa violente métaphore du titre qui nous happe, après l’avoir fait de son auteur – poète belge, né en Sicile en 1946, arrivé en Belgique en 1957, auteur de sept recueils poétiques depuis 1973…- , est à coup sûr l’emblème d’une poésie lyrique, riche d’images, qui attaque en force cette érosion terrible par le temps de toutes les forces vives, jusqu’à éreinter les souvenirs et les figures parentales.dimariario.jpg

Et pourtant, derrière les coups de poing, de colère, que de douceur aussi, et de tendresse, dans ces vers groupés, enchâssés, comme tenus en laisses par la bonté du poète ! Distiques, tercets, quatrains, quintils, sizains, quitte à voir toutes ces formes rassemblées dans certaines pages (30/31..) !

Quatre sections ordonnent le livre copieux (Rackets du temps / Simuler-Dissimuler / Joue contre jour / Instants géniteurs).

De « l’affolante solitude de Maman » à « une passante…dans la lumière », le poète dresse le portrait de nombre de visages, brossés à renfort d’images, de métaphores et d’adjectifs qui puissent en laisser tomber quelque incidente.

Le temps, ce grand dévoreur, ne laisse rien en paix. Il érode lui-même ces images jaunies, ces coups de lumière sur des espaces et des périodes enf(o)uis.

Mais l’écriture veille, l’écriture résiste :

Comment traverser l’émouvante ligne

qui distingue tout ce qui nous sépare

Le chant que l’exil instille dans les textes est d’une vérité vibrante ; un « autre regard » s’est imposé à l’enfant, à celui qui signe, longtemps après, ces poèmes désenchantés et tout à la fois porteurs d’espérances.

Peut-être que les chemins blessés

les ont perdus !

Le père, la mère : hautes figures tutélaires, à la fois cernés dans leur « solitude », et dotés « du vin libre des mystères et du pain dur » ; la misère est passée par là, résiduelle dans ces poèmes d’aujourd’hui.

La langue signifiante porte trace des origines blessées : « briques malades », fenêtre d’où émigrent / graines d’îles à corriger la surface de la mer » et je pourrais souligner la lecture incessante des espaces insulaires : belle Sicile d’hier , traces de toute une vie où « les valises sont prêtes la maison soldée / ici plus rien ne m’appartient », ou « Toute vie possible est restée derrière la fenêtre ». Déchirants fragments d’un départ et sources, beaucoup plus tard, d’une renaissance, au bleu de l’écriture, au clavier : « naissance dans l’autre », dit le poète justement, puisqu’il s’agit de trouver des raisons d’espérer, dans ces champs de l’exil.

Parfois, la réminiscence prend peau proustienne :

J’ai appris à lire

entre machine à coudre lettres interdites

et enclume résistant à tous les coups

de promesses abritées dans la déchirure des lèvres

des livres jamais lus

On comprend dès lors que Au bout des doigts déchirés / foisonnent les frissons de l’enfance / Les fleurs du secret…

L’écriture allitérante assure à ces textes puisés au puits de l’enfance de n’être pas seulement des poinçons du passé mais surtout un chant fluide, apaisant, retissant sans cesse pour nous lecteurs d’anciens usages du temps, quand aujourd’hui résonnent au ventre, au cœur du

poète « le temps / dans le pays qui se disloque » ou « les dernières limites de l’indicible ».

Et puis, « tant de doutes habitent les lèvres » et « tout près de la main s’abat la fête des doigts fêlés » : langue nue s’il en est, déchirante.

Un beau livre de mémoire.

 

RACKETS DU TEMPS de Rio Di Maria (L’Arbre à paroles, 2014, 128p., 12€.

Le recueil sur le site de L'Arbre à Paroles

17:48 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

18/01/2015

DES MILLES FAçONS DE MOURIR suivi de TOURNE LA ROUE, par Denis BILLAMBOZ

Des mille façons de mourir

 

Courir à sa perte

                                      Une autre façon de mourir

Pourrir de l’intérieur

                                     Une autre façon de mourir

Partir pour toujours

                                        Une autre façon de mourir

Sortir de la route

                                     Une autre façon de mourir

Ecrire son testament

                                    Une autre façon de mourir

Fourbir le couteau de l’assassin

                                   Une autre façon de mourir

Sourire kabyle

                                  Une autre façon de mourir

Pétrir une fesse défendue

                                  Une autre façon de mourir

Revêtir un linceul

                                  Une autre façon de mourir

Souffrir mille morts

                                Une autre façon de mourir

Subir un sort fatal

                             Une autre façon de mourir

Mourir pour mourir

                              Une autre façon de mourir

 

Mourir de rire

                            La plus belle façon de mourir

                 Les Mousquetaires de Charlie

                                Vous m’avez fait mourir de rire

 

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Tourne la roue

  

Tourne la roue

La roue de mes jours

La roue de la vie

La roue de la mort

La roue de mon sort

  

Elle dira ma vie

Elle dira ma mort

Ma vie sans lendemain

Ma mort un jour lointain

Ma fin peut-être demain

 

Tourne la roue

La roue de la vie

La roue de la mort

La roue de mes jours

De mes jours comptés

 

J’ai été

Je suis encore

Je serai peut-être

J’aurai été

Je serai à jamais

 

Tourne la roue

 

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17/01/2015

« Y A L'CUL ! »

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

N’en déplaise à « tous les trouble-fête, tous les « agélastes » et autres « caphards », « cagots » et « malagots » de profession » (Rabelais), la littérature n’est pas seulement tragédie, comédie, histoire et autres récits pontifiants et trop sérieux, ce n’est pas le taulier du site qui me contredira, elle est aussi plaisir, rigolade et même un brin perversité, comme dirait Maigros : « Pas oublier l’picole ! Et l’cul ! Sans l’cul, y a… », on le saura jamais, il ne l’a pas dit. En attendant, moi j’ai pioché chez Cactus inébranlable ces deux textes qui ne vous laisseront pas de marbre ou alors je suis très inquiet pour votre santé biliaire. Ne boudez pas votre plaisir, laissez-vous emporter par cette bande de flibustiers des lettres et des mœurs.

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LA SAGA MAIGROS 

Éric DEJAEGER (1958 - ….)

Jarnidieu ! Quelle épopée ! Cette saga des temps modernes qui raconte la geste de l’inspecteur Maigros, flic à Charleroi plus par défauts que par qualités (« engager là où les cons sont facilement acceptés : la police »), et de son escouade de pochtrons qui s’évertuent de ne rien résoudre, se contentant seulement de ramasser un peu de monnaie en pactisant habilement, chaque fois que c’est possible, avec tous les malfaisants qui hantent la ville. L’arrivée d’une nouvelle commissaire divisionnaire carrossée comme Claudia Schiffer, rousse et baraquée comme un deuxième ligne du XV du Trèfle, pochtronne comme un bataillon de sapeur polonais, aussi prude que la majorité de la population des bouges de Pigalle et dotée d’un tarin fleuri des stigmates générés pas ses abus de boisson, va donner une nouvelle dimension à cette épopée « rabelo-bérurénne ».

A travers cent chapitres bien formatés, comme les cent épisodes de la publication numérique qui a servi de base à ce roman, « Lauteur » raconte la geste paillarde et gaillarde de ce commissariat carolorégien qui a établi son PC opérationnel au « Lolotes’s bar » ainsi baptisé en l’honneur de l’antédiluvienne patronne et de ses bons et loyaux services rendus à la police locale. La méthode Maigros a fait ses preuves, elle est étudiée, l’inspection peut conclure : « si je comprends bien, dans votre service, c’est le tabac qui vous permet de fonctionner au mieux … - Ca et l’picole. Pas oublier l’picole ! Et l’cul ! Sans l’cul, y a… » (« Lauteur » ne dit pas la suite).

Il n’est pas nécessaire de lire plus de quelques pages pour comprendre que « Lauteur » n’a pas écrit ce roman en hommage aux vertus de la police locale, ça sent le règlement de compte et l’intolérance congénitale à plein nez. Cette saga s’inscrit plutôt dans la droite ligne des œuvres des grands maîtres que furent François Rabelais, Frédéric Dard et Jean Marc Reiser, Maigros nargue le pouvoir comme Gargantua ou Pantagruel, Baffre et picole comme Bérurier et est aussi cradingue que le Gros Dégueulasse de Reiser. Mais même si ses bougres sont alcolos, dragueurs comme des « verrats en rut (verruts) », cradingues, fourbes et corrompus jusqu’au trognon, ils n’en dégagent pas moins une certaine tendresse, ils symbolisent la classe la plus délaissée, par l’argent et la culture, de la population d’une ville qui a pris la crise du charbon en plein dans la tronche. On sent bien que, malgré tout ça, « Lauteur » aime viscéralement son pays et ses habitants même si ce ne sont que des provinciaux attardés, snobés par les gens de la capitale.

J’ai plongé dans cette saga, comme je m’immergeais jadis dans San Antonio ou Harakiri, je me suis bidonné comme « Lauteur » a dû se tordre en écrivant certains épisodes sur l’écran blanc de ses

nuits blanches mais bien sûr tout le monde n’aimera pas, certains trouveront ça gras, sale, pornographique, libidineux, scandaleux, pervers, etc… Je ne vais pas vous infliger toute la liste des adjectifs qu’ils seraient capables d’accorder à ce texte, je me contenterai de pratiquer comme Rabelais « tellement désireux,…, de sauvegarder l’harmonie et la bienveillante complicité des « buveurs » qu’il a parallèlement exclu tous les trouble-fête, tous les « agelastes » et autres « caphards », « cagots » et « malagots » de profession ». Ainsi entre gens de bonne société nous pourrons rire et ripailler jusqu’à plus soif !

jpeg.ac.cover.21-11-2013.jpg?fx=r_550_550ASSORTIMENT DE CRUDITÉS

Collectif belgo-français

Jean Philippe Querton maître éditeur mais aussi maître queux réputé a réuni une pléiade d’écrivains belges et français, tous plus polissons de la plume les uns que les autres, pour préparer ce bel assortiment de crudités. Il a mis quelques feuilles de salade, de Larouge, mais aussi de la Roquet, des Bourgeois de sapins, une belle tranche d’Allard, un Buisson de crevettes et un Stas d’autres trucs tous plus succulents les uns que les autres, avec un grand Siaudeau car tremper la plume donne soif paraît-il. Il en résulte un met goûteux à souhait, c’est coquin, libertin, salace, dégueulasse, gaillard, paillard, gouailleur, ripailleur, poétique, romantique, touchant, émouvant, vulgaire quand il le faut, trivial juste pour que ce soit crédible mais jamais grossier. Le tout largement assaisonné d’une bonne dose d’humour blanc et noir et même de couleur, d’un zeste de dérision, d’une pincée de cruauté et d’une pointe de finesse, séduit le lecteur le moins gourmand et ne lui laisse que l’envie d’en redemander une ration supplémentaire.

Il faut féliciter tous ceux qui se sont réunis autour du piano pour concocter ce mets délicat, ils n’ont jamais été pudibonds, seulement un peu pudiques même s’ils n’ont jamais hésité à appeler une chatte une chatte ou un cul un cul. Avec eux, on est en bonne compagnie, entre adultes vaccinés qui savent se tenir à table sans jamais biaiser, sans rougir ni même rosir.

Je laisserai ma conclusion à l’une des participantes, Hélène Dessavray, « l’amour est littérature, le sexe est poésie ». Et, comme elle, « j’aime les textes qui vont droit au but, je ne lis pas les avertissements au lecteur et je déteste les préfaces ». Il y a parfois de belles surprises bien crues pas recuites comme on nous en sert trop souvent.

Le site de CACTUS INÉBRANLABLE Éditions

La page Facebook consacrée à l'ASSORTIMENT DE CRUDITÉS (avec de nombreuses photos) 

13:50 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

16/01/2015

BERNARD MARIS économiste humaniste

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Bernard Maris, économiste reconnu, universitaire, écrivain, essayiste, journaliste, a été assassiné le 7 janvier avec plusieurs de ses amis de Charlie Hebdo. Il a été une personnalité marquante de la pensée économique contemporaine ; ses choix iconoclastes l’ont conduit à pourfendre inlassablement l’économie standard et à dénoncer ses impostures.

Acteur et penseur de son temps, dans une société soumise à des évolutions très puissantes depuis les années 1980 et à une crise sans précédent depuis le milieu de la dernière décennie, il s’est attaché, sans relâche à participer à la tâche indispensable de l’examen des idées, des institutions, des pratiques, des discours. Son esprit critique s’accompagnait toujours de propositions fortes."

 

La suite de l'article Bernard Maris, un humaniste, un penseur critique de l'idéologie dominante sur Le Monde.fr

 

"Si quelques économistes ont grâce à ses yeux (Keynes, Sapir, Stiglitz, Méda, Krugman, ou encore Sen), Maris était plus qu’exaspéré par l’obsession des économistes pour le quantifiable et par leur fascination pour les équations. Il écrivait : «les équations lestent la raison raisonnante», et fulminait contre ces économistes-physiciens (Walras, Jevons, Pareto, Edgeworth, Fisher) qui ont donné naissance à l’économie classique en proposant une économie «positive» faite de «lois» et d’équilibres naturels. Bernard Maris oppose trois arguments majeurs à l’utilisation des mathématiques en économie : d’abord, l’économie est dominée par des phénomènes subjectifs, psychologiques, politiques et anthropologiques qui n’ont pas la permanence des phénomènes naturels ; ensuite, les mathématiques formalisent un discours logique dont le contenu, sous couvert de complexité et de technicité, est trop souvent un délire total ou une simple tautologie ; enfin, l’abus de mathématiques inutilement difficiles permet aux économistes de clôturer leur champ, de faire plus sérieux, et d’affirmer leur supériorité sur les «littéraires». «Qui n’a pas compris le côté ludique de l’économie mathématique n’a rien compris à l’économie», a écrit Maris. «Comme les échecs, l’économie «théorique» ne sert à rien, sinon à jouer». Ou encore, moins léger : «Le réel est sale. Il sent le bidonville et la souffrance. La pauvreté, pour tout dire. Les équations permettent de se boucher le nez». Tant pis si nous autres avons parfois besoin d’écrire quelques équations quand on cherche à comprendre où on veut et peut aller… Après tout, est-il légitime que les équations occupent une place énorme et captent notre attention au point d’en perdre le sens de la question elle-même ? Bernard Maris nous oblige donc à une grande discipline dans l’utilisation du formalisme, pour le meilleur !"

L'intégralité de l'article d'Elise Huilery: Petite promenade dans la pensée vivifiante de Bernard Maris est sur le site de Libération.fr

  

 Bernard Maris il y a quelques mois au micro de Jean Cornil au sujet de la laïcité, Freud, Keynes, la Première Guerre Mondiale, Houellebecq, les djihadistes...

 

 

Une interview datant de trois mois dans laquelle Bernard Maris présente Houellebecq économiste (Flammarion) en précisant que "faire de Houellebecq un économiste, c'est aussi honteux que d'assimiler Balzac à un psycho-comportementaliste."

 

14:40 Écrit par Éric Allard dans Les belles pensées | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

13/01/2015

JE SUIS CRAQUELIN

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Depuis quelques jours, un fanatique du craquelin n'ayant pas supporté l'image de son pain préféré en vitrine de plusieurs commerces s'en prend à des pâtisseries. De nombreux éclairs et religieuses ont été gravement endommagés. Un cramique a été explosé. En sortant d'un négoce, l’exalté s'en est pris à un homme avec une baguette, qu'il lui a cassé sur la tête. L'unité de la baguette est définitivement rompue. Une chaîne de supermarchés a demandé en urgence l'appui de l'armée pour surveiller l’entrée de ses magasins. Le photographe de ces photos discutables s'est remis à photographier des femmes nues dont les clichés génèrent, eux, beaucoup plus de likes sur Facebook.

Les bouffeurs de cramique sont sur les dents. Les fabricants ont publié un communiqué: Jamais il n'a été question d'inclure des pépites de sucre dans la pâte du cramique, nous n'avons rien à voir avec ces regrettables incidents.

Le président des boulangers du royaume a déclaré que la responsabilité de ce qui s'était passé était collective: Chacun doit se remettre en cause et bouffer des croissants ou de la brioche.

L'origine de ces maux, a écrit l'éditorialiste du Journal de la Farine, remonte à l'origine du blé. Un romancier célèbre a prétendu que la cause de ces drames découlait de la naissance du feu. Un quidam, ni écrivain ni journaliste, au risque de se prendre des pains, a affirmé haut et fort que c’était la faute au Big Bang. Les milieux proches des amis du Big Bang sont en émoi. On craint des débordements, des atteintes à la théorie de l’Atome primitif. Grichka et Igor Bogdanov ont menacé d’apparaître sous leur vrai visage (ce qui ne pourrait pas être pire, j'en conviens).

Plus grave, un journal populiste a préconisé à sa une que les prisonniers devraient être définitivement interdits de craquelin. Aussitôt des associations de défense des droits d'ingurgiter n’importe quoi sont allées jusqu'à distribuer des biscuits militaires aux visiteurs de prison. 

L'image d'un craquelin  légendée Je suis craquelin est en train de se répandre sur les réseaux de mie. Des puristes de la langue ont fait observer qu’il manquait l’article et que le relâchement des mœurs auquel on assiste désormais est dû à un retour nauséabond à la latinisation du français.

Ma mère est dans tous ses états, à tel point qu'elle a cessé de regarder Cyril Lignac, ce colporteur de recettes haineuses. On a avalé des madeleines en écoutant Joe Dassin chanter Les Petits Pains au Chocolat. Une grande marche boulangère est prévue pour dimanche prochain. J’ai arrêté de mâchouiller des oreilles de porc en écoutant mon chanteur mort préféré pour me prémunir des attentats dans ce secteur alimentaire sensible.

 

20:28 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | |

11/01/2015

Gilles BRULET

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                                                                   à mon frère Cabu

 

Les monstres ont trouvé 

l'homme fondamental

la tête du poème:

 

le roi-enfant de la fourmillière

 

Ils l'ont trouvé par hasard

car les monstres sont ignorants

 

- que le hasard soit maudit - 

 

le roi-enfant ne se cachait pas

il était sûr de sa lumière

il dessinait comme personne

sur le toit de son coeur

 

aimé de la neige

et de la liberté

 

les monstres l'ont trouvé

et ont fait gicler son sang

comme celui d'un moustique

sans savoir que c'était le roi-enfant

 

et maintenant

nous et les monstres

sommes en grand danger de mort

 

car la fourmillière

 

c'est l'humanité toute entière

 

 

Le site de Gilles Brulet

 

15:24 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes (poésie) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

10/01/2015

IL Y A DE L'INNOCENCE DANS L'AIR de DOMINIQUE SORRENTE

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 par Philippe LEUCKX

 

 

 

cover_sorrente100.jpgSous ce titre léger, comme l’écriture de son auteur, se voient rassemblés des poèmes de résidences (celle d’Amay et d’autres lieux), liés aux voyages (le Tibet et ailleurs) et aux impressions qu’ils laissent, traces et lieux.

Sensible aux atmosphères, garant des gens qu’il croise, le poète a le don de recueillir la poudre du réel, « la grammaire des brodeuses », à coup d’encre « sympathique », lui qui « lèche la paroi comme pour prendre langue ».

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Il tutoie le silence, « se souvient », qu’il « neige sur Bruxelles », qu’il suive « cette rive imprononçable », il sait qu’un « vent oublié soudain revient vers moi et me demande :

qui dira/ où poussent les théiers sauvages ? »

Empruntant le style des notes de voyage, l’auteur délivre à la fois la brièveté des vues et la vérité des paysages perçus, sans lourdeur, sans effets d’écriture :

Rien de bien visible dans l’air. Il semble que tous les plis ont été défaits.

Apprendre aux mains à dormir, au regard à projeter son ombre, à la bouche à parler dans un trou d’eau.

Je touche plus près que le plus près

et plisse les yeux pour donner à la vue un autre usage.

Sans doute percevra-t-on dans ces beaux textes une vertu ethnographique, celle de saisir au-delà des apparences « des formes en résonance », « ces gestes entendus », « calligrammes de vent ».

Dominique SORRENTE, Il y a de l’innocence dans l’air, L’arbre à paroles, coll. Résidences, 2014, 118p., 10€.

Le recueil sur le site de la Maison de la Poésie d'Amay

 

18:48 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

07/01/2015

NOUS SOMMES CHARLIE

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Des dénis et des délires, des convictions religieuses, politiques érigées en dogmes idéolologiques, religieux (je crois ceci/cela, donc je pense que), c'est ce qu'on aura beaucoup lu ces derniers jours sur Le Réseau social. Des petites constructions mentales, branlantes, indécentes vu les circonstances, pour abriter ses obsessions... 

Entre (s)cène (biblique et de crime - les 12 premières personnes assassinées comme des porcs sur les lieux de Charlie Hebdo) et obscène - de certaines réactions, s'est posé le problème du voir et du non-voir. Le non-voir attaché à la figure du Prophète comme prétexte de toutes les exactions commises au nom d'une religion. Le vouloir-voir jamais rassasié des tenants des théories du complot. Montrez-moi ces visages que je ne saurais voir masqués, montrez-moi l'invisible, l'incroyable, le tréfonds de mon âme obscure. Le noir des terroristes et le noir des policiers du Raid et du GIGN confondus par certains que l'horreur de l'uniforme a transformé en épouvantails de leurs fantasmes.

L'obscène aussi de ceux qui subrepticement ont laissé entendre et laissent encore entendre que Charlie Hebdo avaient stigmatisé une religion plutôt qu'une autre (alors que l'histoire du journal libertaire prouve le contraire, sauf qu'il y avait urgence en la matière et qu'on ne l'a pas assez compris, assez soutenu) et, donc, qu'ils auraient mérité le sort qui a été réservé à ses membres, dont une femme, psychanalyste et écrivaine.

CHARLIE (et le large courant de sympathie qu'il a généré, déjà en proie ce 11 janvier à des interrogations d'un sous-genre shakespearien: être ou ne pas être Charlie?) a révélé les CHARLOTS de la pensée.

Éric Allard, 11 janvier 2015 

LES 17 VICTIMES DES TERRORISTES

Jean CABUT, dit CABU: 1938- 7 janvier 2015 (75 ans)

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Stéphane CHARBONNIER, dit CHARB: 1967- 7 janvier 2015 (46 ans) 

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Georges WOLINSKI: 1932 - 7 janvier 2015 (81 ans)

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Bernard VERLHAC, dit TIGNOUS: 1957- 7 janvier 2015 (57 ans) 

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Bernard MARIS: 1946 - 7 janvier 2015 (68 ans)

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Philippe HONORÉ: 1945 - 7 janvier 2015 (80 ans)

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                             ElSA CAYAT, la victime féminine des terroristes

Son portrait sur Elle.Fr

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La liste complète des victimes de l'attentat perpétré contre le journal CHARLIE HEBDO.

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Mais aussi Clarissa JEAN-PIERRE, la policière stagiaire de 26 ans tuée à Montrouge

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Les 4 victimes de l'hyper casher: Yoav HATTAB (22 ans), Yohan COHEN (23 ans), Philip BRAHAM (45 ans), François-Michel SAADA (63 ans)

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Les réactions de dessinateurs du monde entier

Les réactions des collègues français 

L'interview de LUZ, l'un des miraculés, à MEDIAPART  

"On était tout seuls depuis un petit moment. Depuis la troisième affaire liée à Mahomet. Toutes ces histoires ont créé tellement de fantasmes sur la dangerosité de l’athéisme de Charlie, son islamophobie. On était juste de joyeux incroyants. Tous ceux qui sont morts étaient de joyeux incroyants. Et là, ils sont nulle part. Comme tout le monde." LUZ

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  Des clowns sans frontières ont été assassinés pour des dessins

(dans cette vidéo: Charb, Cabu, Wolinski et Tignous)


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http://www.charliehebdo.fr/index.html

21:46 Écrit par Éric Allard dans Partage | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

06/01/2015

EN VRAC, les aphorismes de Denis BILLAMBOZ

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Comme dit mon pâtissier

L’opéra ce n’est pas de la tarte

 

 

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Il était clown baudruche

Au cirque Plein d’Air

 

 

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Rumeur

Tumeur

Des mœurs

Douleur

Des cœurs

 

 

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Il voulait gagner des millions

Il a joué à Bigmalion

Il était le plus faible maillon

Il resté comme un couillon

 

 

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Il lui a imposé le voile

Elle a mis les voiles

 

 

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Elle l’a rencontré sur la Toile

Il l’a mise dans ses toiles

 

 

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J’ai envoyé ma lettre

Au Père Noël

Autant en emporte l’Avent

 

 

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Chaque 1° novembre

En mémoire des écrivains disparus

Je lis un texte de Jean Philippe Toussaint

 

 

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Au cinéma les hirondelles

Vont toujours voir

Le retour des six cognes

Les poulets restent entre volatiles

 

 

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Shocking !

Il avait confondu l’Union Jack

Avec l’oignon de Jacques

 

 

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Cette cuillère à œuf

N’est pas à eux

 

 

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Elle était jeune

Elle était belle

Chaude comme la braise

Elle cherchait un bel âtre

Pour abriter sa flamme

 

 

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Parole de canut :

« Chacun pour soie ! »

 

 

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Obtenir un blanc seing

Ne donne pas toujours le droit

De palper un sein blanc

 

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@@@

 

 

Il est né le rurbain

Quand l’habitat urbain

A rencontré l’Eugénie rurale

 

 

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Une large aréole

Comme l’auréole

D’un saint

Sur son sein

 

 

@@@

 

 

Dans sa boutique

Il vendait

Des objets antiques

Mais en toc

 

 

@@@

 

 

L’artisanat dard

Est souvent piquant

Parfois vénéneux

 

 

@@@

 

 

Il voulait battre le record de l’heure

Il surpassa surtout le record de leurres

 

 

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Les corbeaux avaient déclaré

La guerre des freux

 

 

@@@

 

 

Il était le héraut du comte

Il portait son écu

Il était le héros de la comtesse

Il palpait son cul

 

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@@@

 

 

Rouge

Il a vécu ce que durent les rouges

L’espace d’un grand soir

 

 

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Son gynéco lui a mis le pied à l’étrier

… et même les deux !

 

 

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Le burn out

N’a rien à voir

Avec l’exhibition

De l’appareil génital

 

 

@@@

 

 

Elle voulait s’envoyer en l’air

Sans léviter

Il a préféré l’éviter

 

 

@@@

 

 

Il avait beaucoup d’admiration

A son envers

 

 

@@@

 

 

Certains footballeurs

Tirent plus souvent

Aux putes

Qu’au but

 

 

@@@

 

 

Pour certains l’eau mise au pastis

C’est de l’homéopathie

 

 

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Né devin il a fini en bière

 

 

@@@

 

 

Ils l’ont élu pour servir

Il s’est copieusement servi

 

 

@@@

 

 

Son chevalier servant

N’était qu’un chevalier errant

Courant au devant

Des plus beaux devants

 

 

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Son détracteur était lent

Mais puissant

Il carburait au diesel

 

 

@@@

 

 

Elle était à tu et à toit

Avec son couvreur

 

 

@@@

 

 

Elle était noyée

Dans une histoire à dormir debout

Il lui a proposé

Une séance de couche à couche

 

 

@@@

 

 

Un pin peint

Ne ressemble en rien

A un pain peint

 

 

@@@

 

 

Si les Diables Rouges gagnent

Ce n’est pas par hasard

Seulement par Hazard

  

 

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04/01/2015

PAPA et autres poèmes de Sylvia PLATH (1932-1963)

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JE SUIS VERTICALE (28 mars 1961)

 

Mais je voudrais être horizontale.

Je ne suis pas un arbre dont les racines en terre

Absorbent les minéraux et l'amour maternel

Pour qu’à chaque mars je brille de toutes mes feuilles,

Je ne suis pas non plus la beauté d'un massif 

Suscitant des Oh et des Ah et grimée de couleurs vives,

Ignorant que bientôt je perdrai mes pétales.

Comparés à moi, un arbre est immortel

Et une fleur assez petite, mais plus saisissante,

Et il me manque la longévité de l'un, l'audace de l'autre.

 

Ce soir, dans la lumière infinitésimale des étoiles,

Les arbres et les fleurs ont répandu leur fraîche odeur.

Je marche parmi eux, mais aucun d'eux n'y prête attention.

Parfois je pense que lorsque je suis endormie

Je dois leur ressembler à la perfection --

Pensées devenues vagues..

Ce sera plus naturel pour moi, de reposer.

Alors le ciel et moi converseront à coeur ouvert,

Et je serai utile quand je reposerai définitivement:

Alors peut-être les arbres pourront-ils me toucher, et les fleurs m'accorder du temps.

 

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ARBRES D'HIVER

 

Les lavis bleus de l'aube se diluent doucement

Posé sur son buvard de brume

Chaque arbre est un dessin d'herbier - 

Mémoires accroissant cercle à cercle

Une série d'alliances.

 

Plus de clabaudages et d'avortements,

Plus vrais que des femmes,

Ils sont de semaison si simple!

Frôlant les souffles déliés

Mais plongeant profond dans l'histoire -

 

Et longés d'ailes, ouverts à l'au-delà.
En cela pareils à Léda.

Ô mère des feuillages, mère de la douceur

Qui sont ces vierges de pitié?

Des ombres de ramiers usant leur berceuse inutile.

 

 

 

 

 

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ARIEL


Un moment de stase dans l’obscurité.
Puis l’irréel écoulement bleu
Des rochers, des horizons.

Lionne de Dieu,
Nous ne faisons plus qu’un,
Pivot de talons, de genoux ! ? Le sillon

S’ouvre et va, frère
De l’arc brun de cette nuque
Que je ne peux saisir,

Yeux nègres
Les mûres jettent leurs obscurs
Hameçons ?

Gorgées de doux sang noir ?
Leurs ombres.
C’est autre chose

Qui m’entraîne fendre l’air ?
Cuisses, chevelure ;
Jaillit de mes talons.

Lumineuse
Godiva, je me dépouille ?
Mains mortes, mortelle austérité.

Je deviens
L’écume des blés, un miroitement des vagues.
Le cri de l’enfant

Se fond dans le mur.
Et je
Suis la flèche,

La rosée suicidaire accordée
Comme un seul qui se lance et qui fonce
Sur cet œil

Rouge, le chaudron de l’aurore.

 

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DAME LAZARE

 

Je l’ai encore refait

un an parmi dix

j’y suis arrivée -

 

comme un miracle ambulant, ma peau

brillante comme un abat-jour de nazi

mon pied droit

 

un presse-papiers

mon linge juif,

sans caractère, magnifique

 

serviette enlevée

o mon ennemi,

est-ce que je fais si peur ?

 

le nez, les orbites des yeux, toute la denture ?

le souffle aigre

s’évaporera en un seul jour.

 

Bientôt, bientôt la chair

le trou de la tombe sera mon chez moi sur moi

et m’aura mangée

 

Et je suis une femme tout sourire

je n'ai que trente ans.

Mourir

Est un art, comme tout le reste.

Je le fais vraiment très bien.

 

Je le fais si bien que cela ressemble à l’enfer

je le fais si bien que cela semble réel

j’imagine que vous puissiez dire elle a un appel.

 

C’est suffisamment facile de le faire dans une cellule

C’est suffisamment facile de le faire et de rester sur place.

C’est le théâtral

 

retour en scène dans le vaste jour

à la même place, avec le même visage, le même cri

amusé et brutal :

 

« Un miracle !"

Cela me met K.O.

Il y a une plainte

 

pour mes cicatrices béantes, il y a une plainte

pour l’audition de mon cœur -

cela ira au bout.

 

et il y a une plainte, une très importante plainte

pour un mot ou un contact

Ou une goutte de sang

 

ou une parcelle de mes cheveux sur mes vêtements.

Et oui, et oui, Herr Doktor,

et oui, seigneur ennemi.

 

Je suis ton opus,

je suis ton objet précieux

le bébé en or pur

 

qui hurle en fondant en un cri perçant

je me tourne et je brûle.

Ne crois donc pas que je sous-estime ta grande préoccupation.

 

Cendre, cendre -

tu as fouiné et remué.

Chair, os, il n’y a rien ici -

 

un gâteau de savon

un anneau de mariage,

un plombage en or.

 

Seigneur Dieu, seigneur Lucifer

fais gaffe

fais gaffe.

 

Jaillissant de mes cendres

je m’élève avec mes cheveux rouges

et je bouffe les hommes comme l’air.


 

LES DANSES NOCTURNES

Un sourire est tombé dans l'herbe
Irrattrapable 

Et tes danses nocturnes où iront-elles
se perdre. Dans les mathématiques ?

De tels bonds, des spirales si pures --
Cela doit voyager

Pour toujours de par le monde, je ne resterai donc pas
totalement privée de beauté, il y a ce don

De ton petit souffle, l'odeur d'herbe
Mouillée de ton sommeil, les lys , les lys.

Leur chair ne tolère aucun contact.
Plis glacés d'amour-propre, l'arum,

Le tigre occupé de sa parure --
Robe mouchetée, déploiement de pétales brûlants,

Tes comètes
Ont un tel espace à traverser,

Tant de froid et d'oubli.
Alors les gestes se défond --

Humains et chauds et leur éclat
Saigne et s'émiette

A travers les noires amnésies du ciel.
Pourquoi me donne-t-on

Ces lampes, ces planètes
Qui tombent comme des bénédictions, des flocons --

Paillettes blanches, alvéoles
Sur mes yeux, ma bouche, mes cheveux --

Qui me touchent puis disparaissent à tout jamais.
Nulle part.

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MOUTONS DANS LA BRUME


Les collines descendent dans la blancheur
Les gens comme des étoiles
Me regardent attristés : je les déçois.

Le train laisse une trace de son souffle.
O lent
Cheval couleur de rouille,

Sabots, tintement désolé--
Tout le matin depuis ce
Matin sombre,

Fleur ignorée.
Mes os renferment un silence, , les champs font
Au loin mon coeur fondre.

Ils menacent de meconduire à un ciel
Sans étoiles ni père, ,une eau noire.

 

 

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COQUELICOTS EN JUILLET

Petits coquelicots, petites flammes d'enfer,
Vous ne faites pas mal ?

Vous tremblez. je ne sais pas vous toucher.
Je mets les mains dans les flammes. Rien ne brûle.

Et cela m'épuise de vous regarder
Trembler comme ça, rouge vifs et froissés comme une bouche.

Une bouche que l'on vient d'ensanglanter.
Oh! petites jupes sanglantes !

Il y a des vapeurs que je ne peux toucher.
Où est votre opium, où sont vos capsules ecoeurantes ?

Si je pouvais saigner, ou dormir!--
Si ma bouche pouvait épouser une blessure pareille !

ou vos sucs distiller pour moi, dans cette capsule de verre,
Une stupeur, un apaisement.

Mais pas de couleur. Pas de couleur.

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LETTRE EN NOVEMBRE


Mon amour, le monde
Tourne, le monde se colore. Le réverbère
Déchire sa lumière à travers les cosses
Du cytise ébourrifé à neuf heures du matin.
C'est l'Arctique,

Ce petit cercle noir,
Ses herbes fauves et soyeuses -- des cheveux de bébé.
L'air devient vert, un vert
Très doux et délicieux.
Sa tendresse me réconforte comme un bon édredon.

Je suis ivre, bien au chaud.
Je suis peut-être énorme,
Si bêtement heureuse
Dans mes bottes en caoutchouc,
A patauger dans ce rouge si beau, à l'écraser.

Je suis ici chez moi
Deux fois par jour
J'arpente ma terre, je flaire
Le houx barbare,
Son fer viride et pur,

Et le mur des vieux cadavres
Je les aime.
Je les aime comme l'histoire.
Puis les pommes d'or,
Imagine --

Imagine mes soixante-dix arbres
Dans une épaisse et funèbre soupe grise
Occupés à retenir leurs balles d'or éclatant,
Leur million
De feuilles métalliques haletantes.

Ô amour, ô célibat.
Je suis seule avec moi,
Trempée jusqu'à la taille.
L'or irremplaçable
Saigne et s'assombrit, gorge des Thermopyles.

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LES ANNÉES


Elles entrent comme des animaux venus de l'espace
Cosmique du,houx aux feuilles épineuses
Qui ne sont pas les pensées du yogi en moi
Mais du vert et de l'obscur si purs
Qu'elles gèlent et se figent.

Ô Dieu, je ne suis pas comme toi
Dans le vide de ta nuit
Où se collent les étoiles, stupides confettis.
L'éternité m'ennuie,
je n'en ai jamais voulu.

Ce que j'aime de toute mon âme c'est
Le piston en action --
A en mourir.
Et les sabots des chevaux,
Leur écume sans pitié.

Et toi, grande Stase --
Qu'y a-t-il de si ,grand dans tout ça !
Est-ce un tigre cette année , ce qui rugit à la porte ?
C'est un Christus
L'atroce

Mors-de-Dieu en lui
Qui se languit de voler, d'en finir ?
Les baies sanglantes sont elles-mêmes, parfaitement immobiles.
Les sabots n'attendent pas.
Au lointain bleu les pistons sifflent.

 

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PAPA (12 octobre 1962)

Ne fais pas, ne fais pas, 
plus jamais, chaussures noires
dans lesquelles j’ai vécu comme un pied
pendant trente ans, pauvre et blanche,
osant à peine respirer ou éternuer.

Papa, j’ai dû te tuer. 
Tu es mort avant que j’en ai eu le temps --
Lourd comme marbre, un sac débordant de Dieu,
grand comme un phoque de Frisco

et une tête dans l’étrange Atlantique
où se déverse grain vert ou bleu
dans les eaux hors du si beau bateau Nauset 
au se déverse grain vert ou bleu
J’ai souvent prié pour te retrouver
Ach, du. 

Dans la langue allemande, dans la ville polonaise
nivelé à ras par les rouleaux
des guerres, guerres, guerres.
Mais le nom de la ville est commun. 
Mon ami polonais

Me dit qu’il y en a une douzaine ou deux.
Aussi je ne pourrais jamais raconter 
où tu avais mis les pieds, tes racines.
Jamais je ne pus te parler.
La langue était coincée dans ma mâchoire.

Cela coince dans le piège des fils de la barbe.
Ich, ich, ich, ich, 
je peux difficilement parler.
Je pensais que tout Allemand était toi
et la langue obscène.

Une locomotive,une locomotive
me déportant comme un juif
Un juif de Dachau, Auschwitz, Belsen.
Je commence à parler comme un juif.
Je pense que je devrais bien être un juif.

La neige du Tyrol, la bière légère de Vienne
ne sont ni pures ni vraies.
avec mes ancêtres tziganes et ma chance bizarre
et mon sac de contrefaçon et mon sac de contrefaçon
je dois être un morceau de juif. 

Toujours je t'ai vénéré
avec ta Luftwaffe, ton charabia
et ta moustache si soignée
et tes yeux d'aryen, d'un bleu d'acier 
Panzer-man, panzer-man, O toi--- 

Pas Dieu mais une croix gammée
si noire qu’aucun ciel ne pouvait glapir au travers
Chaque femme adore un fasciste,
la botte sur le visage, la brute
le cœur de brute comme une brute comme toi.

Tu es devant le tableau noir, papa
dans cette image que je garde de toi,
une crevasse au menton au lieu de ton pied
Mais pas besoin du diable pour cela, non pas moins
que cet homme noir qui

déchire en deux mon joli cœur rouge 
J'avais dix ans quand ils t'ont mis en terre.
À vingt ans j'ai tenté de mourir
et de revenir en arrière, en arrière, en arrière vers toi.
je pensais que les os le permettraient enfin.

Mais ils m'ont chassé du sac
et ils m'ont coincé en moi-même avec de la glue.
Alors j'ai su que faire. 
J'ai fait un modèle de toi
un homme en noir avec l'apparence de Meinkampf 

Et l'amour de la torture et de la baise
et je me suis dit je le dois, je le dois
Ainsi papa, je suis enfin au-delà.
le téléphone noir est hors des racines,
les voix ne peuvent plus se faufiler au travers.

Si j'avais tué un homme, j'en aurai tué deux
Le vampire qui dit qu'il est toi
et buvait toute l'année mon sang.
Sept ans, si tu veux vraiment savoir.
Papa tu peux te recoucher maintenant

Il y a un pieu dans ton cœur noir et gras
et les gens du village ne t'ont jamais aimé
Ils dansent sur toi et te piétinent .
Toujours ils ont su que c'était toi.
Papa, papa, toi salaud
je suis passé au travers.



Traduction des poèmes par Valérie Rouzeau 

Place à Sylvia Plath par Éric Loret (sur Libération.fr) à propos de son Quarto Gallimard 

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Pour découvrir la Sylvia PLATH nouvelliste, quelques très belles nouvelles dans la collection Folio 2€ 

"Elizabeth Minton et son frère Henry, tous deux retraités, vivent une existence faite de rites et de répétition, dans la grande demeure familiale, au bord de l’océan. Henry est pragmatique et égoïste, tandis qu’Elizabeth, irrationnelle et rêveuse, métamorphose son quotidien par la force de son imagination. Cela suffira-t-il à lui procurer le vivifiant sentiment de libération auquel elle aspire ? Entre désespoir lancinant et humour féroce, Sylvia Plath explore avec une justesse qui fait mouche les faux-semblants des relations humaines." 51IY4tK5gtL._UY250_.jpg

 

Une interview datant de 1962 

 

La lune et le cyprès

 

Cette lumière est celle de l’esprit, froide et planétaire,
Et bleue. Les arbres de l’esprit sont noirs.
L’herbe murmure son humilité, dépose son fardeau de peine
Sur mes pieds comme si j’étais Dieu.
Une brume capiteuse s’est installée en ce lieu
Qu’une rangée de pierres tombales sépare de ma maison.
Je ne vois pas du tout où cela peut mener.

 

La lune n’offre aucune issue, c’est un visage morne
D’une blancheur d’os effroyable.
Elle traîne derrière elle l’océan comme un crime obscur ; elle est calme,
Trou béant de désespoir total. J’habite ici.
Deux fois tous les dimanches les cloches ébranlent le ciel −
Huit langues puissantes annoncent la Résurrection.
À la fin, seul vibre le son grave de leur renommée.

 

Le cyprès se dresse alors, gothique.
Aux yeux levés sur lui, il désigne la lune.
La lune est ma mère. Elle n’a pas la patience de Marie. 
Son vêtement bleu laisse échapper chauves-souris et hiboux.
Je voudrais tellement pouvoir croire à la tendresse −
Au visage de cette effigie, adouci par la lueur des cierges,
Qui poserait sur moi son regard bienveillant.

 

Je suis tombée de trop haut. Des nuages fleurissent,
Mystiques et bleus, à la face des étoiles.
Dans l’église les saints doivent être tout bleus,
A frôler les blancs glacés de leurs pieds délicats,
Et leurs mains et leur visage tout engourdis de sainteté.
La lune ne voit rien de tout cela. Elle est chauve, elle est cruelle.
Et le message du cyprès n’est que ténèbres – ténèbres et silence.

        in Ariel, trad. Valérie Rouzeau, Gallimard, 2009, p. 59 et 60

Lecture par Jean-Jacques MARIMBERT 

 

Sylvia PLATH sur Esprits Nomades

230 POÈMES (en anglais) de Sylvia PLATH sont en ligne ICI 

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15:23 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes (poésie) | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

03/01/2015

COMBAT FATAL

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Oui, oui, je sais, je vous ai déjà présenté le livre d’Oriane Jeancourt Galignani mais je ne peux pas passer à côté de ce qui est peut-être une première : reconstituer l’histoire, même si elle est un peu romancée, de Sylvia Plath à travers ces deux ouvrages dans une même publication. Lors de ma précédente publication, je terminais mon commentaire du livre d’Oriane Jeancourt Galignani par cette phrase : « Un texte dans lequel Oriane pourrait conjuguer son talent avec celui de Sylvia mais pour l’affirmer, il faut que désormais je lise « La cloche de détresse ». Donc j’ai lu « La cloche de détresse » et je suis désormais convaincu que les deux auteures peuvent additionner leurs œuvres pour écrire cette tragédie dans une belle page de littérature.

plath-detresse.jpgLA CLOCHE DE DÉTRESSE

Sylvia PLATH (1932 – 1963)

« C’était un été étrange et étouffant. L’été où ils ont électrocuté les Rrosenberg », Esther Greenwood, l’auteure elle-même, une jeune fille de dix-neuf ans, débarque à New-York après avoir gagné, avec quelques autres lauréates, un concours de poésie organisé par un magazine de mode. Elle découvre alors la grande ville, les idoles, les élites, les étudiants des écoles prestigieuses, la vie facile, les soirées mondaines, les frivolités et entrevoit même la possibilité de faire carrière dans une compagnie prestigieuse. Parallèlement, elle se souvient de son enfance qui a basculé quand son père est décédé, de son adolescence, de ses premiers amours, de ses premières désillusions, et de ses premiers échecs.sylvia-plath.jpg

Cette fille qui semble, comme l’auteure, avoir toutes les capacités et tout le talent nécessaires pour entrevoir une belle carrière et espérer un beau mariage sombre brusquement dans la déprime et commence alors un long chemin de croix d’asile psychiatrique en maison de soins plus sordides les uns que les autres. L’idée de la mort l’obsède de plus en plus, elle se sent inutile - « Je me sentais comme un cheval de course dans un monde dépourvu d’hippodromes » -, incapable, rejetée par tous, elle ne trouve pas sa place sur terre. L’idée du suicide germe dans son esprit un jour où elle fait du ski sur une pente trop dangereuse pour elle, « l’idée que je pourrais bien me tuer a germé dans mon cerveau le plus calmement du monde, comme un arbre ou une fleur », alors progressivement elle l’envisage, le prépare, l’essaie, l’élude au dernier moment mais finit tout de même par organiser une vraie tentative qui échoue de peu. Son récit s’arrête là, au moment où elle sort de l’hôpital après le long chemin qu’elle a accompli pour guérir de son suicide et de son désir de mort. Là où Oriane Jeancourt Galignani a repris le récit dans « La mort est un art, comme tout le reste » pour raconter, de manière certes un peu romancée, la longue désescalade qui a conduit Sylvia vers une ultime et fatale tentative de suicide.

Ainsi, dans « La cloche de détresse », Sylvia Plath raconte la grande crise suicidaire qu’elle a traversée quand elle avait à peine plus de vingt ans, en 1953. Elle précise bien que ce texte n’est pas une biographie fidèle, ce n’est que le roman qu’elle voulait écrire depuis longtemps et qu’elle n’arrivait à coucher sur le papier. « Ce que j’ai fait c’est ramasser ensemble des événements de ma propre vie, ajouter de la fiction pour donner de la couleur… cela donne une vraie soupe, mais je pense que cela indiquera combien une personne solitaire peut souffrir quand elle fait une dépression nerveuse ». Ce livre publié en 1963 connait un beau lancement qui lui promet un joli succès, et c’est à ce moment que Sylvia met définitivement fin à sa vie à la grande surprise de ceux qui l’entourent et à l’incompréhension de tous. Elle n’avait pas trouvé la place qu’elle cherchait à vingt ans, sa vie n’était qu’une suite d’échecs, son mari l’étouffait, elle menait une vie difficile, démunie de tout.

La vie de Sylvia est construite autour de deux grands objectifs qu’elle n’arrive pas à concilier, ni même à réussir individuellement, d’une part elle n’accepte pas d’exercer les métiers indignes d’elle qui lui sont accessibles mais refusent d’entreprendre les études nécessaires pour accéder aux métiers qui lui sembleraient supportables et correspondre à son talent. D’autre part, elle ne se considérera pas comme une femme tant qu’elle restera vierge, elle cherche donc l’homme qui la fera femme en étant aussi un mari acceptable, respectueux de sa carrière et de ses ambitions. Un ensemble de contraintes qui compromet sérieusement son avenir et complique la perception de sa vie. « Si c’est être névrosée que de vouloir au même moment deux choses qui s’excluent mutuellement alors je suis névrosée jusqu’à l’os. Je naviguerai toute ma vie entre deux choses qui s’excluent mutuellement». Sa névrose est certainement dans ces contradictions et son incapacité à se donner les moyens de ses aspirations et ambitions.

Ce livre est le récit d’une tentative de suicide perpétrée en 1953 et du cheminement qui a conduit l’héroïne, et certainement l’auteure, à cette douloureuse extrémité, ce n’est surtout pas le récit du suicide de Sylvia Plath qui est survenu en 1963, mais on ne peut bien évidemment pas ignorer ce texte pour comprendre l’acte fatal commis par la poétesse. Entre 1953 et 1963 d’autres événements affecteront sa vie et contribueront certainement aussi à son suicide, notamment son mariage peu heureux avec un écrivain célèbre à l’époque qui ne lui permettait pas de valoriser son talent pour ne pas faire de l’ombre au sien. Déjà en 1953, elle manifestait des penchants féministes, au moins une volonté de voir les femmes s’assumer par elles-mêmes, réussir par leur propre talent, mener une vie aussi libre que celle des hommes : « Je n’acceptais pas l’idée que la femme soit obligée de rester chaste alors que l’homme lui peut mener un double vie, l’une restant pure, l’autre pas ». La suite est à lire sous la plume d’Oriane Jeancourt Galignani, il est bien difficile de dissocier les deux textes pour comprendre la vie et surtout la mort de Sylvia. On peut même penser que la publication de « La cloche de détresse » n’est pas pour rien dans sa décision finale.

L’héroïne, comme l’auteure, ne s’est pas cantonnée dans une vie passive, elle ne s’est pas contentée de constater ses contradictions et d’évaluer ses envies, elle s’est souvent remise en question, a pris des décisions, s’est botté les fesses, « Tu n’arriveras jamais à rien comme ça ! » Elle le savait, elle se le répétait mais elle ne pouvait pas soulever la cloche qui l’enfermait dans son piège. Comme souvent les personnes atteintes de maladie neurologique, l’héroïne a une perception exacerbée et très perspicace de la vie et de tous les petits détails qui peuvent être interprétés pour donner des indications sur les intentions de ceux qui jouent un rôle dans leur existence. Elle sait ce qui l’attend mais ne sait pas l’empêcher, « Pour celui qui se trouve sous la cloche de verre, vidé et figé comme un bébé mort, le monde lui-même n’est qu’un mauvais rêve ».

Et, hélas, on peut interpréter cette phrase prémonitoire comme une belle preuve de cette lucidité et la garder comme conclusion : « Cela me semblait une vie triste gâchée pour une jeune fille qui avait quinze ans de sa vie ramassé des prix d’excellence ».

 

9782226245236g.jpgMOURIR EST UN ART, TOUT LE RESTE AUSSI

Oriane JEANCOURT GALIGNANI

En Angleterre, par une nuit glacée de février 1963, Sylvia Plath organise méticuleusement son suicide tout en prenant soin que ses enfants puissent trouver quelque chose à manger quand ils se réveilleront orphelins. Oriane Jeancourt Galignani prend cette histoire à bras le corps pour reconstituer à sa façon la mort de cette poétesse adulée des féministes, délaissée par son mari, humiliée plus souvent qu’à son tour, mais aussi pour expliquer comment une femme jeune, belle et talentueuse peut arriver à cette ultime extrémité. « Ce roman s’est accordé toute liberté…. S’appropriant l’existence de personnalités réelles ».

En préparant son suicide Sylvia explore toutes les failles qui ont fissuré sa vie et qui se creusent de plus en plus la détruisant complètement : son avortement, l’accouchement de son fils, ses amours, son amour, son grand amour avec Ted Hughes, le poète chéri des médias, « imposteur en goguette », qui s’en va à vau l’eau. Ted conduit sa carrière au détriment de celle de sa femme qui accepte de vivre en retrait pour l’amour de son mari et de ses enfants. « Parce que ta vie restera l’officielle et la mienne l’officieuse ». Elle revoit aussi Bergman et son film, « Au seuil de la vie », sur l’accouchement, la maternité, l’avortement, la stérilité ; elle ressent encore l’humiliation qu’elle a éprouvée quand on lui a refusé ironiquement de publier « La cloche de détresse » ; elle ne peut oublier son père nazi à jamais, profondément antisémite, sa mère qui ne sait pas l’aimer, sa première tentative pour fuir vers un autres monde ; elle revit sa rupture avec la religion le jour des obsèques de son père, le jour du baptême des ses enfants ; elle n’arrive toujours pas à assumer ses origines allemandes, sa parentalité avec les auteurs de l’Holocauste. Toujours l’échec, l’humiliation, les hallucinations qui la pourchassent, elle ne croit plus en elle, elle se trouve laide, indésirable, incapable de séduire, mauvaise mère. Femme bafouée, poétesse dévaluée, mère accablée, fille hantée par les fantômes, sa vie ne vaut plus la peine d’être vécue.

Oriane ne raconte pas la vie de Sylvia, elle la réinvente, elle s’infiltre sous la peau de la poétesse pour nous conduire au cœur du drame de cette femme mille fois humiliée car ce n’est pas seulement la folie qui a tué Sylvia mais surtout la somme des humiliations et des frustrations qu’elle a dû subir. Elle veut, par ce procédé, nous faire ressentir ce que cette femme a subi, ce qu’elle n’a pas pu supporter, ce qu’elle a fui. Sylvia Plath était bipolaire, selon le diagnostique actuel, mais Oriane insiste surtout sur sa vie de fille, sa vie de femme, sa vie d’épouse avec tous les échecs qu’elle a rencontrés dans toutes ses vies. Mais ce livre est avant tout, à mon sens, un grand texte qui se suffirait certainement à lui-même s’il ne fallait pas un prétexte pour assembler les mots, les accorder en musique funèbre, un requiem, pour toutes les femmes poussées vers l’extrême.

Une écriture riche, travaillée, léchée, un récit très maîtrisé, vivant sensuel, agréable à lire, un beau texte, étayé de multiples citations de l’œuvre de la poétesse, qui réinvente une Sylvia acculée à la dernière extrémité, dans un récit cheminant au gré des pensées que la victime a pu avoir tout en ourdissant son ultime plan. Un texte dans lequel Oriane pourrait conjuguer son talent avec celui de Sylvia mais pour l’affirmer, il faut que désormais je lise « La cloche de détresse ».

12:52 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

01/01/2015

BONNE ANNÉE précédé de PÈRE NOËL, deux textes de Denis BILLAMBOZ

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Père Noël

 

Rennes épuisés

Traineau éculé

Le Père Noël est désespéré

Ses poches sont vides

Les traits livides

Il pense aux mains avides

Qu’il ne pourra remplir

Les enfants vont l’agonir

Il préfère fuir

Loin, très loin

Car lui il sait bien

Que c’est la fin

 

Depuis bien longtemps

Il ne croit plus Père Noël d’antan

 

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Bonne année

  

                                  Encore une nouvelle année

                                  Une bonne année

                                         Avec de bonnes guerres

                                         Avec de belles arnaques

                                   Pleine de cruauté

                                   Pleine de cynisme

                                          Les forts triompheront encore des faibles

                                          Les riches ruineront encore les pauvres

 

 

                                   Encore une nouvelle année                                   

                                   Encore une bonne année

                                          Avec des paillettes

                                          Avec des flonflons

                                    Pour occulter la douleur

                                    Pour cacher la misère

                                           Les forts prospéreront encore

                                           Les riches flamberont encore

 

                                     Les pauvres espéreront une bonne santé

                                     Les pauvres rêveront d’être moins pauvres

 

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29/12/2014

LA POP DøRÉE DE THE Dø

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The Dø, c'est un duo formé, en 2005, du Français Dan Lévy et de la Franco-finlandaise Olivia Merilhati. En réunissant dans cet ordre les initiales de leurs prénoms, on obtient le nom du groupe.
A nøter que le ø n'est pas du finnois, comme on pourrait le croire. 

Ils ont sorti leur troisième album à la rentrée 2014, Shake Shook Shaken qui, selon  Chritophe Conte des Inrocks, "secoue la grammaire pop". 

"D"abord à l’oeuvre, poursuit-il, sur des musiques de films et de ballets, notamment chez Carolyn Carlson, leur collaboration n’avait pas forcément vocation à transiter par la sphère pop.

C’est pourtant la commande expresse d’un chorégraphe désirant inclure une chanson à son spectacle qui mettra The Dø au mur et nos tourtereaux à l’ouvrage..."

Dan Lévy parle en ces termes de la conception de l'album:

 “Nous sommes allés au bout de ce qu’on recherchait sur l’avant-dernier album, avec ces couleurs particulières que permettent les instruments “nobles”, leur profondeur très travaillée, leur charme facile. Cette fois, on s’est dit au contraire qu’on allait utiliser les premiers sons venus, les sons d’usine que l’on trouve partout gratuitement, qui sont à la portée de tout le monde. Auparavant je méprisais ce genre de sons, et c’était une contrainte excitante de se dire qu’on allait faire des chansons qui tiennent la route avec des sons de synthés et de boîtes à rythmes que l’on déteste.

"On avait à coeur de faire un album de notre époque, clame Dan. Aujourd’hui, on possède les moyens techniques pour reproduire à l’identique des sonorités des années 60, 70 ou 80, et personnellement j’ai fini par nourrir une véritable allergie vis-à-vis de ces albums rock ou folk dont on ne sait plus s’ils ont été enregistrés l’an dernier ou avant ma naissance.

 "Pour moi, un mec comme Jack White est enfermé dans un siècle qui n’est plus le nôtre, à défendre une conception de la musique qui est complètement périmée. Quand il a débarqué avec les White Stripes, c’était totalement moderne, aujourd’hui il n’y a pas plus passéiste que lui. Je n’ai aucune nostalgie en matière de musique, je n’ai pas envie de refaire les Beatles ou Bob Dylan. J’ai au contraire la conviction que l’on baigne dans une époque où la musique n’a jamais été aussi riche et excitante, et on a voulu que ce disque s’inscrive dans le mouvement présent.”

Les textes sont l'oeuvre d'Olivia. Des mots faits pour sa voix "d'une élasticité vocale s'adaptant à tous les reliefs et à tous les éclairages, à toutes les températures également, de la froideur pure à l'incandescence sexy."

Pour la petite histoire, les deux membres du duo ont été ensemble mais ne le sont plus mais leur musique, comme par contraste, est plus lumineuse qu'avant, tel un air de fête qu'on livre aux autres en manière de réjouissance mais qui conserve ses accents graves, ses notes poignantes dans l'intimité - des sessions acoustiques.  

Ils seront en France en mars et avril 2015 et à Bruxelles, au Botanique, le 15 mai 2015.



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22:18 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs, Live and let play | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

LE CORPS UTOPIQUE de Michel FOUCAULT

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Transcription intégrale de la conférence de Michel Foucault : « Le Corps utopique », conférence radiophonique prononcée le 7 décembre 1966 sur France-Culture. Cette conférence a fait l’objet, avec celle intitulée « Les hétérotopies », d’une édition audio sous le titre « Utopies et hétérotopies » (INA-Mémoires vives, 2004).

Voir aussi Michel Foucault, Le corps utopique, les hétérotopies, Paris, Editions Lignes, 2009.

 

Ce lieu que Proust, doucement, anxieusement, vient occuper de nouveau à chacun de ses réveils, à ce lieu-là, dès que j’ai les yeux ouverts, je ne peux plus échapper. Non pas que je sois par lui cloué sur place – puisque après tout je peux non seulement bouger et remuer, mais je peux le “bouger”, le remuer, le changer de place –,  seulement voilà : je ne peux pas me déplacer sans lui; je ne peux pas le laisser là où il est pour m’en aller, moi, ailleurs. Je peux bien aller au bout du monde, je peux bien me tapir, le matin, sous mes couvertures, me faire aussi petit que je pourrais, je peux bien me laisser fondre au soleil sur la plage, il sera toujours là où je suis. Il est ici irréparablement, jamais ailleurs. Mon corps, c’est le contraire d’une utopie, ce qui n’est jamais sous un autre ciel, il est le lieu absolu, le petit fragment d’espace avec lequel, au sens strict, je fais corps.

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Mon corps, topie impitoyable. Et si, par bonheur, je vivais avec lui dans une sorte de familiarité usée, comme avec une ombre, comme avec ces choses de tous les jours que finalement je ne vois plus et que la vie a passées à la grisaille; comme avec ces cheminées, ces toits qui moutonnent chaque soir devant ma fenêtre ? Mais tous les matins, même présence, même blessure; sous mes yeux se dessine l’inévitable image qu’impose le miroir : visage maigre, épaules voûtées, regard myope, plus de cheveux, vraiment pas beau. Et c’est dans cette vilaine coquille de ma tête, dans cette cage que je n’aime pas, qu’il va falloir me montrer et me promener; à travers cette grille qu’il faudra parler, regarder, être regardé; sous cette peau, croupir. Mon corps, c’est le lieu sans recours auquel je suis condamné. Je pense, après tout, que c’est contre lui et comme pour l’effacer qu’on a fait naître toutes ces utopies. Le prestige de l’utopie, la beauté, l’émerveillement de l’utopie, à quoi sont-ils dus ? L’utopie, c’est un lieu hors de tous les lieux, mais c’est un lieu où j’aurai un corps sans corps, un corps qui sera beau, limpide, transparent, lumineux, véloce, colossal dans sa puissance, infini dans sa durée, délié, invisible, protégé, toujours transfiguré; et il se peut bien que l’utopie première, celle qui est la plus indéracinable dans le coeur des hommes, ce soit précisément l’utopie d’un corps incorporel. Le pays des fées, le pays des lutins, des génies, des magiciens, eh bien, c’est le pays où les corps se transportent aussi vite que la lumière, c’est le pays où les blessures guérissent avec un beaume merveilleux le temps d’un éclair, c’est le pays où on peut tomber d’une montagne et se relever vivant, c’est le pays où on est visible quand on veut, invisible quand on le désire. S’il y a un pays féerique, c’est bien pour que j’y sois prince charmant et que tous les jolis gommeux deviennent poilus et vilains comme des oursons.

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Mais il y a aussi une utopie qui est faite pour effacer les corps. Cette utopie, c’est le pays des morts, ce sont les grandes cités utopiques que nous a laissées la civilisation égyptienne. Les momies, après tout, qu’est-ce que c’est ? C’est l’utopie du corps nié et transfiguré. Il y a eu aussi les masques d’or que la civilisation mycénienne posait sur les visages des rois défunts : utopie de leurs corps glorieux, puissants, solaires, terreur des armées. Il y a eu les peintures et les sculptures des tombeaux; les gisants, qui depuis le Moyen Age prolongent dans l’immobilité une jeunesse qui ne passera plus. Il y a maintenant, de nos jours, ces simples cubes de marbre, corps géométrisés par la pierre, figures régulières et blanches sur le grand tableau noir des cimetières. Et dans cette cité d’utopie des morts, voilà que mon corps devient solide comme une chose, éternel comme un dieu.

Mais peut-être la plus obstinée, la plus puissante de ces utopies par lesquelles nous effaçons la triste topologie du corps, c’est le grand mythe de l’âme qui nous la fournit depuis le fond de l’histoire occidentale. L’âme fonctionne dans mon corps d’une façon bien merveilleuse. Elle y loge, bien sûr, mais elle sait bien s’en échapper : elle s’en échappe pour voir les choses, à travers les fenêtres de mes yeux, elle s’en échappe pour rêver quand je dors, pour survivre quand je meurs. Elle est belle, mon âme, elle est pure, elle est blanche; et si mon corps boueux – en tout cas pas très propre – vient à la salir, il y aura bien une vertu, il y aura bien une puissance, il y aura bien mille gestes sacrés qui la rétabliront dans sa pureté première. Elle durera longtemps, mon âme, et plus que longtemps, quand min vieux corps ira pourrir. Vive mon âme ! C’est mon corps lumineux, purifié, vertueux, agile, mobile, tiède, frais; c’est mon corps lisse, châtré, arrondi comme une bulle de savon.

Et voilà ! Mon corps, par la vertu de toutes ces utopies, a disparu. Il a disparu comme la flamme d’une bougie qu’on souffle. L’âme, les tombeaux, les génies et les fées ont fait main basse sur lui, l’ont fait disparaître en un tournemain, ont soufflé sur sa lourdeur, sur sa laideur, et me l’ont restitué éblouissant et perpétuel.

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Mais mon corps, à vrai dire, ne se laisse pas réduire si facilement. Il a, après tout, lui-même, ses ressources propres de fantastique; il en possède, lui aussi, des lieux sans lieu et des lieux plus profonds, plus obstinés encore que l’âme, que le tombeau, que l’enchantement des magiciens. Il a ses caves et ses greniers, il a ses séjours obscurs, il a ses plages lumineuses. Ma tête, par exemple, ma tête : quelle étrange caverne ouverte sur le monde extérieur par deux fenêtres, deux ouvertures, j’en suis sûr, puisque je les vois dans le miroir; et puis, je peux fermer l’une ou l’autre séparément. Et pourtant, il n’y en a qu’une seule, de ces ouvertures, car je ne vois devant moi qu’un seul paysage, continu, sans cloison ni coupure. Et dans cette tête, comment est-ce que les choses se passent ? Eh bien, les choses viennent se loger en elle. Elles y entrent – et ça, je suis bien sûr que les choses entrent dans ma tête quand je regarde, puisque le soleil, quand il est trop fort et m’éblouit, va déchirer jusqu’au fond de mon cerveau –, et pourtant ces choses qui entrent dans ma tête demeurent bien à l’extérieur, puisque je les vois devant moi et que, pour les rejoindre, je dois m’avancer à mon tour.

 

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Corps incompréhensible, corps pénétrable et opaque, corps ouvert et fermé : corps utopique. Corps absolument visible, en un sens : je sais très bien ce que c’est qu’être regardé par quelqu’un d’autre de la tête aux pieds, je sais ce que c’est qu’être épié par-derrière, surveillé par-dessus l’épaule, surpris quand je m’y attends, je sais ce qu’est être nu ; pourtant, ce même corps qui est si visible, il est retiré, il est capté par une sorte d’invisibilité de laquelle jamais je ne peux le détacher. Ce crâne, ce derrière de mon crâne que je peux tâter, là, avec mes doigts, mais voir, jamais; ce dos, que je sens appuyé contre la poussée du matelas sur le divan, quand je suis allongé, mais que je ne surprendrai que par la ruse d’un miroir; et qu’est-ce que c’est que cette épaule, dont je connais avec précision les mouvements et les positions, mais que je ne saurai jamais voir sans me contourner affreusement. Le corps, fantôme qui n’apparaît qu’au mirage des miroirs, et encore, d’une façon fragmentaire. Est-ce que vraiment j’ai besoin des génies et des fées, et de la mort et de l’âme, pour être à la fois indissociablement visible et invisible ? Et puis, ce corps, il est léger, il est transparent, il est impondérable; rien n’est moins chose que lui : il court, il agit, il vit, il désire, il se laisse traverser sans résistance par toutes mes intentions. Hé oui ! Mais jusqu’au jour où j’ai mal, où se creuse la caverne de mon ventre, où se bloquent, où s’engorgent, où se bourrent d’étoupe ma poitrine et ma gorge. Jusqu’au jour où s’étoile au fond de ma bouche le mal aux dents. Alors, alors là, je cesse d’être léger, impondérable, etc.; je deviens chose, architecture fantastique et ruinée.

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Non, vraiment, il n’est pas besoin de magie ni de féerie, il n’est pas besoin d’une âme ni d’une mort pour que je sois à la fois opaque et transparent, visible et invisible, vie et chose: pour que je sois utopie, il suffit que je sois un corps. Toutes ces utopies par lesquelles j’esquivais mon corps, elles avaient tout simplement leur modèle et leur point premier d’application, elles avaient leur lieu d’origine dans mon corps lui-même. J’avais bien tort, tout à l’heure, de dire que les utopies étaient tournées contre le corps et destinées à l’effacer : elles sont nées du corps lui-même et se sont peut-être ensuite retournées contre lui.

En tout cas, il y a une chose certaine, c’est que le corps humain est l’acteur principal de toutes les utopies. Après tout, une des plus vieilles utopies que les hommes se sont racontées à eux-mêmes, n’est-ce pas le rêve de corps immenses, démesurés, qui dévoreraient l’espace et maîtriseraient le monde ? C’est la vieille utopie des géants, qu’on trouve au coeur de tant de légendes, en Europe, en Afrique, en Océanie, en Asie; cette vieille légende qui a si longtemps nourri l’imagination occidentale, de Prométhée à Gulliver.

Le corps aussi est un grand acteur utopique, quand il s’agit des masques, du maquillage et du tatouage. Se masquer, se maquiller, se tatouer, ce n’est pas exactement, comme on pourrait se l’imaginer, acquérir un autre corps, simplement un peu plus beau, mieux décoré, plus facilement reconnaissable; se tatouer, se maquiller, se masquer, c’est sans doute tout autre chose, c’est faire entrer le corps en communication avec des pouvoirs secrets et des forces invisibles. Le masque, le signe tatoué, le fard déposent sur le corps tout un langage : tout un langage énigmatique, tout un langage chiffré, secret, sacré, qui appelle sur ce même corps la violence du dieu, la puissance sourde du sacré ou la vivacité du désir. Le masque, le tatouage, le fard placent le corps dans un autre espace, ils le font entrer dans un lieu qui n’a pas de lieu directement dans le monde, ils font de ce corps un fragment d’espace imaginaire qui va communiquer avec l’univers des divinités ou avec l’univers d’autrui. On sera saisi par les dieux ou on sera saisi par la personne qu’on vient de séduire. En tout cas, le masque, le tatouage, le fard sont des opérations par lesquelles le corps est arraché à son espace propre et projeté dans un autre espace.

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Ecoutez pas exemple ce conte japonais et la manière dont un tatoueur fait passer dans un univers qui n’est pas le nôtre le corps de la jeune fille qu’il désire : “Le soleil dardait ses rayons sur la rivière et incendiait la chambre aux sept nattes. Ses rayons réfléchis sur la surface de l’eau formaient un dessin de vagues dorées sur le papier des paravents et sur le visage de la jeune fille profondément endormie. Seikichi, après avoir tiré les cloisons, prit en  mains ses outils de tatouage. Pendant quelques instants, il demeura plongé dans une sorte d’extase. C’est à présent qu’il goûtait pleinement de l’étrange beauté de la jeune fille. Il lui semblait qu’il pouvait rester assis devant ce visage immobile pendant des dizaines et des centaines d’années sans jamais ressentir ni fatigue ni ennui. Comme le peuple de Memphis embellissait jadis la terre magnifique d’Egypte de pyramides et de sphinx, ainsi Seikichi de tout son amour voulut embellir de son dessin la peau fraiche de la jeune fille. Il lui appliqua aussitôt la pointe de ses pinceaux de couleur tenus entre le pouce, l’annulaire et le petit doigt de la main gauche, et à mesure que les lignes étaient dessinées, il les piquait de son aiguille tenue de la main droite.”

Et si on songe que le vêtement sacré, ou profane, religieux ou civil fait entrer l’individu dans l’espace clos du religieux ou dans le réseau invisible de la société, alors on voit que tout ce qui touche au corps – dessin, couleur, diadème, tiare, vêtement, uniforme –, tout cela fait épanouir sous une forme sensible et bariolée les utopies scellées dans le corps.

Mais peut-être faudrait-il descendre encore au-dessous du vêtement, peut-être faudrait-il atteindre la chair elle-même, et alors on verrait que dans certains cas, à la limite, c’est le corps lui-même qui retourne contre soi son pouvoir utopique et fait entrer tout l’espace du religieux et du sacré, tout l’espace de l’autre monde, tout l’espace du contre-monde, à l’intérieur de l’espace qui lui est réservé. Alors, le corps, dans sa matérialité, dans sa chair, serait comme le produit de ses propres fantasmes. Après tout, est-ce que le corps du danseur n’est pas justement un corps dilaté selon tout un espace qui lui est intérieur et extérieur à la fois ? Et les drogués aussi, et les possédés; les possédés, dont le corps devient enfer; les stigmatisés, dont le corps devient souffrance, rachat et salut, sanglant paradis.

J’étais sot, vraiment, tout à  l’heure, de croire que le corps n’était jamais ailleurs, qu’il était un ici irrémédiable et qu’il s’opposait à toute utopie.

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Mon corps, en fait, il est toujours ailleurs, il est lié à tous les ailleurs du monde, et à vrai dire il est  lié à tous les ailleurs du monde, et à vrai dire il est ailleurs que dans le monde. Car c’est autour de lui que les choses sont disposées, c’est par rapport à lui – et par rapport à lui comme par rapport à un souverain – qu’il y a un dessus, un dessous, une droite, une gauche, un avant, un arrière, un proche, un lointain. Le corps est le point zéro du monde, là où les chemins et les espaces viennent se croiser le corps n’est nulle part : il est au coeur du monde ce petit noyau utopique à partir duquel je rêve, je parle, j’avance, j’imagine, je perçois les choses en leur place et je les nie aussi par le pouvoir indéfini des utopies que j’imagine. Mon corps est comme la Cité du Soleil, il n’a pas de lieu, mais c’est de lui que sortent et que rayonnent tous les lieux possibles, réels ou utopiques.

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Après tout, les enfants mettent longtemps à savoir qu’ils ont un corps. Pendant des mois, pendant plus d’une année, ils n’ont qu’un corps dispersé, des membres, des cavités, des orifices, et tout ceci ne s’organise, tout ceci ne prend littéralement corps que dans l’image du miroir. D’une façon plus étrange encore, les Grecs d’Homère n’avaient pas de mot pour désigner l’unité du corps. Aussi paradoxal que ce soit, devant Troie, sous les murs défendus par Hector et ses compagnons, il n’y avait pas de corps, il y avait des bras levés, il y avait des poitrines courageuses, il y avait des jambes agiles, il y avait des casques étincelants au-dessus des têtes : il n’y avait pas de corps. Le mot grec qui veut dire corps n’apparaît chez Homère que pour désigner le cadavre. C’est ce cadavre, par conséquent, c’est le cadavre et c’est le miroir qui nous enseignent (enfin, qui ont enseigné au Grecs et qui enseignent maintenant aux enfants) que nous avons un corps, que ce corps a une forme, que cette forme a un contour, que dans ce contour il y a une épaisseur, un poids; bref, que le corps occupe un lieu. C’est le miroir et c’est le cadavre qui assignent un espace à l’expérience profondément et originairement utopique du corps; c’est le miroir et c’est le cadavre qui font taire et apaisent et ferment sur une clôture  – qui est  maintenant pour nous scellées – cette grande rage utopique qui délabre et volatilise à chaque instant notre corps. C’est grâce à eux, c’est grâce au miroir et au cadavre que notre corps n’est pas pure et simple utopie. Or, si l’on songe que l’image du miroir est logée pour nous dans un espace inaccessible. et que nous ne pourrons jamais être là où sera notre cadavre, si l’on songe que le miroir et le cadavre sont eux-mêmes dans un invincible ailleurs, alors on découvre que seules des utopies peuvent refermer sur elles-mêmes et cacher un instant l’utopie profonde et souveraine de notre corps.

Peut-être faudrait-il dire aussi que faire l’amour, c’est sentir son corps se refermer sur soi, c’est enfin exister hors de toute utopie, avec toute sa densité, entre les mains de l’autre. Sous les doigts de l’autre qui vous parcourent, toutes les parts invisibles de votre corps se mettent à exister, contre les lèvres de l’autres les vôtres se mettent à exister, contre les lèvres de l’autre les vôtres deviennent sensibles, devantses yeux mis-clos votre visage acquiert une certitude, il y a un regard enfin pour voir vos paupières fermées.

L’amour, lui aussi, comme le miroir et comme la mort, apaise l’utopie de votre corps, il la fait taire, il la calme, il l’enferme comme dans une boîte, il la clôt et il la scelle. C’est pourquoi il est si proche parent de l’illusion du miroir et de la menace de la mort; et si malgré ces deux figures périlleuses qui l’entourent, on aime tant faire l’amour, c’est parce que dans l’amour le corps est ici.

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 Source de ce texte ainsi que sa présentation.

La conférence radiophonique de Michel Foucault

Une autre conférence de Michel Foucault datée de 1966, Les hétérotopies (science des espaces absolument autres), est lisible ici

On peut l'écouter de la voix même de Foucault sur cette vidéo 

 

LE CORPS UTOPIQUE sur LABOPHILO

18:45 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes, Les belles pensées | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

27/12/2014

PETITE ANATOMIE DE L'IMAGE de Hans BELLMER

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Le désir disséqué

Ce petit livre paru en 1957 reprend les notes qui ont présidé à la confection en 1933 de La Poupée, sculpture singulière, mannequin féminin en pièces détachées qui pouvait prendre des attitudes et se prêter à des contorsions inhabituelles. Il comprend trois parties.

Dans la première partie, « Les images du moi », Bellmer part de l'exemple d'une rage de dents pour montrer qu'à une excitation réelle peut correspondre une excitation virtuelle. S'appuyant principalement sur les travaux de Freud, il éclaire les mécanismes de la représentation d’une réalité interdite ou trop douloureuse pour la conscience. Il montre que tout ce qui relève des opérations pratiquées sur les mots (anagrammes, palindromes,... ) procède d'une transgression fondamentale. Perec s'est servi d'un passage de ce livre, la matérialisation du parcours du ver dans un morceau de bois, pour l'écriture de «La vie mode d’emploi ».
Dans « L’anatomie de l’amour », Bellmer écrit que « l'image de la femme désirée serait prédéterminée par l’image de l'homme qui désire ». Il suppose que le corps désiré de la femme passe par une désarticulation et une recomposition de ses formes, semblable aux opérations en jeu dans la permutation mathématique et les transformations de la géométrie spatiale. « L’homme impose à l'image de la femme ses élémentaires certitudes, les habitudes géométriques et algébriques de sa pensée. » Il donne comme exemple le plus frappant celui du « couple des fesses ovoïdes qui donne l'élan à l’épine dorsale », qu’il assimile au sexe masculin muni de ses deux « attributs ».
Un dessin de Bellmer en propose une illustration saisissante.

« L'essentiel à retenir du monstrueux dictionnaire de l'image, c’est que tel détail, telle jambe, n'est perceptible, accessible à la mémoire et disponible, bref n’est REEL que si le désir ne le prend pas fatalement pour une jambe. L’objet identique à lui-même reste sans réalité. » Cette citation, reprise dans un essai marquant de Annie Lebrun (Du trop de réalité, Stock, 2000), permettait à l’auteure de montrer combien la description « plate » des rapports sexuels qu’on a pu lire dans nombreux livres de romancier(e)s de ces dernières années manquait de « profondeur » et de force évocatrice certaine du fait de cette absence de redoublement du corps décrit, d'un défaut d'imagination de ces auteurs.
Bellmer cite le cas d'un criminel qui "abolit le mur qui sépare la femme de son image » : « Un homme pour transformer sa victime avait étroitement ficelé ses cuisses, ses épaules, sa poitrine d’un fil de fer serré entrecroisé à tout hasard, provoquant des boursouflures de chair, des triangles sphériques irréguliers allongeant des plis, des lèvres malpropres, multipliant des seins jamais vus en des emplacement inavouables ». Ce que peut faire par contre en toute impunité l’artiste Bellmer dans ses dessins érotiques. Et dans quelques-une de ses photos.
Bien que Bellmer dénie à la photographie la capacité de désarticuler le corps féminin de la sorte. Il y aura notamment ensuite Araki mais ses nus, aimablement bondagés, avec des gros liens qui ménagent la chair, et qui finissent par s'inscrire dans des séries attendues ne choquent plus guère. 
Pour qu’il y ait impression forte, évocation durable, dit en substance Bellmer, l’image «doit transformer son objet», métamorphoser «la chose vivante et tridimensionnelle».
Il avance aussi à l’appui de sa thèse la statue de Diane d'Ephèse : « un cône noir hérissé de seins » et cite Baudelaire écrivant : « Glorifier le culte des images - culte de la sensation multipliée. La jouissance de la multiplication du nombre. - L’ivresse est un nombre. Le nombre est dans l’individu. »

Enfin, dans « Le monde extérieur », il poursuit en disant que « par exemple un pied féminin n'est réel que si le désir ne le prend pas fatalement pour un pied. » Après analyse de ses rêves personnels, il avance que c’est le monde extérieur, avec son lot d'impressions, qui permet à une prédisposition subjective de déterminer le choix précis de l’image-souvenir enfouie dans la mémoire, de se projeter sur le réel. Il conclut en disant que lorsque l'intuition et l’imagination mettent en liaison monde extérieur et monde intérieur par le fait du hasard, il se produit une «étrange multiplication de la conscience», un fort sentiment de vérité comme si « ce qui n’est pas confirmé par le hasard n'avait aucune validité ».
Un livre indispensable pour rêver encore, dire et représenter le corps de la femme.

Éric Allard

Le livre sur le site des éditions Allia

CE QUE CACHE L'IMAGE, CE QUE MONTRE LA POUPÉE, une étude de Fabrice FLAHUTEZ

UNICA ZÜRN (l'inspiratrice de la poupée, le modèle de l'artiste) sur YPSILON.éditeur

22:42 Écrit par Éric Allard dans les beaux livres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

POUR QUE TU NE TE PERDES PAS DANS LE QUARTIER de Patrick MODIANO

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

ACH003569413.1413345308.580x580.jpgQuand Modiano, aujourd’hui auréolé du titre de PRIX NOBEL, revisite son enfance, les personnages interlopes d’un passé devenu brouillard, on le suit sans peine sur les traces de ce Jean Daragane, écrivain, presque contraint de renouer avec les années perdues.

Quand un parfait inconnu lui restitue un carnet d’adresses, c’est tout un pan de son enfance que Jean est bien obligé de flairer pour dégoter le vrai, éclairer un peu ces brumes qui environnent les choses, comme des ombres.

Des noms émergent de ces parcours de mémoire : Annie Astrand, Jacques Perrin de Lara, d’autres encore. Et les faits remontent à plus de quarante années, lorsqu’un enfant fut amené à passer par les services d’un Photomaton.

Avec la grâce habituelle pour relater l’improbable, le hasardeux, le flou avec la force d’un réel vécu, le romancier réussit une fois de plus à nous mener là où son art consommé veut nous conduire, dans ces zones insolites de la mémoire, reconstituées à coup de déclics subtils, photos, bouts de papier, adresses et téléphones.Patrick_Modiano.jpg

Exploration de lieux parisiens ou d’Ile-de-France, gravés, retrouvés par le biais d’histoires, de coïncidences heureuses, rappel d’un passé enfoui, traces d’un temps parfois détruit, tels sont les atouts d’un roman qui tire parti d’une prose fluide, tactile, d’une musique attendrie des souvenirs, comme au sein d’une lente remémoration intime dont l’auteur connaît tous les rouages, et ont le lecteur ne soupçonne jamais la mécanique.

Comme toujours, le lecteur se sent de plain-pied avec cet univers, tissé d’une mélancolie intense, vraie, partageable.

Patrick MODIANO, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, Gallimard, 2014, 160 p., 16,90€.

10:54 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

23/12/2014

LE BIC et autres textes très courts

Le Bic

Je contemplais mon nouveau Bic que j’avais gagné à la Loterie du Dilettante quand il m’adressa ce message : Remue-toi si tu veux faire partie des écrivains gagnants ; écris, écris, écris !

J’organisai ma propre tombola dont le premier et unique prix consistait en mon Bic moralisateur. Un écrivain en devenir l’emporta avant de remporter de nombreux prix. J’avais échappé de peu à une fameuse notoriété.

 

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L’oiseau sur sa branche

L’oiseau sur sa branche ne demande pas qu’on le descende. Même si on possédait un Luger, est-ce qu’il nous le demanderait ? Pas sûr ! Alors, à quoi bon envisager une telle ineptie. Finissons-en une bonne fois pour toutes avec cette histoire. Oublions le volatile, et tant pis pour les ligues de vertu littéraire qui ne manqueront pas – on les connaît ! – de se lamenter d’un texte aussi court.

 

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La muse et la météo

Après qu’il eut écouté le bulletin météo qui prévoyait du beau temps, cet homme décommanda sa muse. Et la muse dépitée appela le temps qui lui dit : Ne t’en fais pas, tu finiras bien par trouver un p’tit boulot auprès d’un poète à deux sous. Et pendant que le temps parlait, il oubliait de faire ce qu’il avait prévu de faire…

 

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12:36 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

22/12/2014

LES SIX ANS DU BLOG sans tralala

six-coeur.thumbnail.jpgLES BELLES PHRASES ont SIX ANS! Et déjà quelques enfants...

Plus de 400 000 visites. Avec, même, une recrudescence des visites, ces dernières semaines.

Et deux super collaborateurs, Philippe LEUCKX & Denis BILLAMBOZ qu'on retrouve alternativement chaque semaine pour des chroniques littéraires de qualité.

Anniversaire dans l'intimité cette année, économies budgétaires obligent: ni Charles et ses FEMEN, ni Paul et ses MAGNETTES, ni François et ses VATICANNES, les FACEBOOKIENS occupés ailleurs... n'ont été invités.

MERCIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII aux amis, blogueurs ou non, et visiteurs de longue ou fraîche date... 

20:23 Écrit par Éric Allard dans Partage | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

21/12/2014

DOSSIER L NICOLE MALINCONI par Éric ALLARD

MALINCONI-Nicole.jpgPlusieurs DOSSIERS L, coordonnées par Le SERVICE DU LIVRE LUXEMBOURGEOIS, sont maintenant disponibles en PDF.

Notamment trois parmi les sept rédigés par Philippe LEUCKX, ceux qu'il a consacrés à Michel LAMBIOTTE, Anne BONHOMME et Mimy KINET. 

Pour ma part un des deux que j'ai rédigés, celui sur Nicole MALINCONI, est accessible en cliquant sur son nom.

Tous les dossiers réalisés, disposés par ordre alphabétiques, et disponibles sont ici.

 

15:45 Écrit par Éric Allard dans Partage | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

Lecture de LES CORBEAUX BRÛLÉS par Thierry RIES

1couv_corbeaux.jpgToujours le corps, qui marque le début, puis la fin, puis on ne sait. Y entre le feu dont le poète sonde l’intention jusqu’ à la texture explosive de la peau. Au-delà d’elle, il semblerait que les corps, beaux ou non, ayant brûlé leurs plus petites cendres, se consumerait encore d’un désir, de l’idée d’une chair de femme. Même Icare, dans les mondes allardiens, ne pourrait être que femme. Femme piste d’envol où l’on pourrait tomber de haut, femme dont la géographie vaste s’étale des nourritures journalières aux brillances interdites, abreuve des sources qui dépassent le tangible. Femme de lave et de croyances, femme tribale, d’offrandes et de sangs non jugulés.

Voici peu, après bien des échanges virtuels sur l’écriture, je rencontrai enfin l’homme, lors d’un salon organisé en son fief carolo. Il m’accueillit, me guida et m’entoura d’une amitié vraie qui me toucha ; je parlerais même de douceur si ce terme n’était trop galvaudé. Eric Allard m’offrit un de ses recueils, Les corbeaux brûlés, au titre aussi saisissant que le dessin de couverture de Salvatore Gucciardo.

Je n’étais pas au bout de mes surprises ; dont la première, celle d’une écriture à l’opposé du personnage, ambivalence amusante, mais surtout qui suggère une abondance à creuser, une palette d’envoûtements dont Les corbeaux brûlés auraient survolé la face cachée du corps lunaire, fait de falaises, de vin noir, d’épices, de flammes, toujours, d’eau bénite et de charbons ardents, de blasphème et de chants de romarin.

Eric Allard risque la thématique de la sensualité, dont on a presque trop dit pour surprendre encore, thématique osée aux mots trop souvent éculés au gré de littératures doucereuses, malgré sa beauté intime - mystifiante - qui mérite bien mieux. Lui nous la livre sans expédient ni mièvrerie, sans vulgarité ni retenue. Et va jusqu’à dépasser la frontière peau, secouant le lecteur qui se hasarde en ces terres ranimées, tantôt salées, tantôt grouillantes. Il assigne le verbe qui perce, gicle, déferle : « Le cheval de foudre brûle ses feux dans le sillon de l’aube. Tes fesses chauffent mes nuits jusqu’au soleil »

« …Deux bras comme des ailes et le trois de ton toit pour triturer la lune à gauche. Quatre cartes pour te jouer une mélodie à cordes. Cinq cordes à linge auxquelles pendre les étoiles. Six lunes assassines…. » Et le poème de continuer jusqu’à un milliard, tant l’arithmétique le propulse jusqu’à le conduire dans une sorte de fable délirante, gamme tellement ivre qu’elle n’a d’autre choix que de revenir à l’absolu du zéro.

Le recueil d’Eric Allard ne peut à mon sens se lire sur un seul souffle. Fût-on le plus aguerri des aventuriers, qui peut revenir d’un voyage périlleux sans reprendre son souffle dans un bout de quotidienneté ?

Je ressors à la fois secoué et émerveillé des mondes parallèles d’Eric Allard, comme s’il avait redéfini les limites du corps, à la lisière de ceux des surréalistes. Il suffit d’ailleurs de lire ses titres pour réaliser que l’on n’est guère éloigné de ceux que Paul Nougé élabora pour de nombreuses œuvres de Magritte. Ailleurs, je retrouve Marcel Marien - comment ne pas évoquer ce talent multiple, chantre lui aussi du corps de la femme ? -, à la lecture des Corbeaux brûlés, notamment dans les derniers mots de Secrets de fabrication :

« Dans la confusion la plus totale, je t’enchaînai à un livre et toi à une oeuvre de chair. L’enfant que nous conçûmes fut un monstre de poésie détestable mais poli.  »  Vraiment ? Si poli que cela ? Ce serait sans compter sur l’humour décalé de ce recueil… Cependant, la malice et la bravade y sont d’élégance.

On avance en une grotte primitive, une lueur de chair à la main, tendue puis ravivée par un vent d’animalité. Invisible pour nous, avant que le poète ne l’éclaire d’une torche qui en accroît les parois d’ombres sous un festin de cris. On y débouche en une salle de corps de lumière, de femme, éternellement : « tes cuisses, ces mâchoires de cire vivante, coulent le long de cierges drôles ». on a beau traverser des arènes, des ruelles mortes, des fèves éclatées, des boues, des souterrains de syllabes, des territoires élus, toujours, partout, la femme, reine ou blessure, jamais citée, presque inaccessible à force d’être incarnée. Eros ayant lié pacte avec Hadès, sous l’aile consentante de Gaïa.

Ames trop sensibles, abstenez-vous, ou mieux, jetez-vous dans l’aventure. Eric Allard a joué ici les alchimistes. Vos organes seront mis à vif, dépecés de leur lustre sage, de leur imagerie familière. Moi-même je ne suis plus sûr de rien !

Thierry RIES

 

LIENS UTILES

Thierry RIES sur Arts et Lettres

DE LA SAMBRE à L'ESCAUT,Chemins de traverse, l'anthologie coordonnée par Thierry

La minute de l'artiste: Thierry RIES  (vidéo de présentation d'une minute)

Les CORBEAUX BRÛLES sur le site des EDITIONS DU CYGNE (recueil disponible en version numérique)

14:07 Écrit par Éric Allard dans Les corbeaux brûlés | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

20/12/2014

J'AI VOULU VOIR L'AMÉRIQUE + SUR LE MISSISSIPI / Denis BILLAMBOZ

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J’ai voulu voir l’Amérique

  

Je n’ai vu que quelques arpents

Suffisamment pourtant

Pour voir que tout y est grand

Même les gens sont imposants

  

Chaque ambition trouve sa place

Il y a toujours assez d’espace

Pour caser une nouvelle audace

Peu importe sa surface

  

Les voitures sont moins grosses

Les personnes sont plus grosses

Que dans mes rêves de gosse

Et beaucoup de choses sont fausses

 

L’Amérique est profonde

Comme le nombril du monde

Les campagnes sont fécondes

Ouvertes aux âmes vagabondes

 

Les villes sont trépidantes

La marchandise est abondante

Les foules sont dévorantes

L’Amérique est envoûtante

 

Mais l’Amérique ne marche plus

Elle prend voiture et bus

Elle souffre de tous les abus

Elle étouffe dans le superflu

 

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Sur le Mississipi

  

Sur les rives du Mississipi

Old man river

Vieux marin rêveur

D’un œil assoupi

Regarde les barges

Monstres rugissant

Remontant le courant

Alourdies de leur charge

  

Nostalgique il se souvient

Des majestueux steamers

Soufflant leur vapeur

Chantant leur chemin

C’était un autre temps

Où la trompette de Louis

Chatouillait les ouïes

Ouvertes à tous les vents

  

C’était un autre temps

Le jazz swinguait à bord

Natchez était le grand port

Autant en emporte le vent

 

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ESPIÈGLERIE LITTÉRAIRE

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Je les traite d’espiègles parce que je les connais, sinon je ne me le permettrais pas, ce sont avant tout des grands artistes des lettres et des mots avec lesquels ils savent jongler comme les meilleurs artistes du cirque avec les quilles et autres objets voltigeant dans leurs mains. Mais ils ne sont pas seulement des jongleurs virtuels, ils sont aussi des hommes de lettres qui, à travers les textes les plus concis possibles, savent dénoncer les travers dont notre société actuelle ne manque pas. « Pour ce que le rire est le propre de l’homme » (je ne garantis pas l’exactitude de cette citation de Rabelais mais je me souviens bien de son sens), avec eux rions pour ne pas sombrer dans la noire déprime.

 

couverture.pas.sage.a.l.acte.jpg?fx=r_550_550LE PAS SAGE A L'ACTE

André STAS (1949 - ….)

André Stas jongle avec les mots comme un Diable Rouge avec le ballon rond, il les caresse, les brosse, les détourne, les amortit, leur botte le cul, les envoie en touche, les fait chanter, … pour qu’ils prennent un sens qu’ils ne savaient même pas qu’ils pouvaient avoir. C’est une star de l’aphorisme, un tsar du bon mot qu’il nous sert à tasse débordante pour la grande joie de nos zygomatiques et le plus grand plaisir des esprits un peu tordus, ceux qui ne voient pas les choses comme les autres et qui sont toujours prêts à débusquer l’allusion cachée au creux d’une phrase apparemment banale mais savamment décochée.

Comme un joueur chevronné, il sait, à faux rythme (désolé, il m’a échappé), aborder les thèmes les plus divers sans jamais pourtant nous prendre en traître, il s’est même fendu d’un avertissement : « Les acheteurs de recueils d’aphorismes s’attendent à n’y trouver que des « bons mots ». Qu’ils s’abonnent à L’Almanach Vermot et laissent les poètes distiller leurs « mauvais » dans leur hébétude et, vu l’absence de leur entendement, leur fassent grâce de les dénigrer ». Dont acte ! Et comme il n’est pas égoïste, ni nombriliste, André Stas laisse de la place pour les autres. « Quand on en pond soi-même, parmi les aphorismes des autres, on aime particulièrement ceux qu’on aurait pu (ou bien voulu) commettre. Un peu comme parmi les femmes de nos amis et connaissances on apprécie davantage celles qu’on ne répugnerait pas trop d’honorer ».stas.jpg

L’aphorisme est un art périlleux, « Il y a beaucoup d’édité, mais peu d’élus », « Et – si j’ai bien compris -, plus question de savoir-faire : y a plus que le faire savoir ». Voilà on est désormais convaincu que Stas ne sombrera jamais dans les strass et les paillettes et qu’il saura toujours nous communiquer la recette pour conserver un esprit sain dans un corps à l’abri de la bêtise, du paraître, du snobisme et de la déprime, « On ne parle pas de vague à l’âme dans la maison d’un vieux marin » même d’eau douce.

Je dirais bien à André, si j’osais, que « Ce n’est pas un faible que j’ai pour toi, c’est un beaucoup trop fort », mais voilà je suis timide et je me retiens mais peut-être qu’un jour, à Bruxelles, dans une taverne où les surréalistes aimaient se réunir, il me dira « L’aphorisme se sent chez lui sur un carton de bière ». Et qu’il m’en prêtera deux ou trois comme celui-ci : « Attraper des morpions sur un marché aux prépuces ».

 

dyn006_original_314_500_jpeg_2654383_92d222e4a07f1b162876c943d0e20620.2.jpgPENCHANTS RETORS

Éric ALLARD (1959 - ….)

Par un dimanche pluvieux de mars, réfugiés avec quelques amis des lettres dans cette taverne bruxelloise que fréquentaient Magritte et une bande de surréalistes, « La Fleur en papier doré », Eric Allard m’a offert, en guise de cadeau de bienvenue, le premier livre qu’il a publié, en 2009, « Penchants retors ». Je viens de déguster ce recueil d‘une bonne centaine de textes courts, même parfois très courts, que les surréalistes n’auraient certainement pas reniés même si Eric exhibe plus la réalité qu’on ne veut pas voir plutôt que la réalité invisible que les amis de Magritte voulaient montrer. Dans ces textes, Il manie avec adresse et talent, le paradoxe, la dérision et l’absurdité dans un langage cru, cruel, charnel, toujours juste et ajusté, pour évoquer l’exploration des corps, les rapports conjugaux ou familiaux, les relations amoureuses et sociales mais surtout la sensualité charnelle, la perversion sexuelle à la limite du raffinement là où se niche le délice érotique.allard-300x224.jpg

Mais cette exhibition sensuelle, charnelle, érotique, à la limite de la perversité, cache mal une certaine façon de dénoncer, de stigmatiser, toutes les stupidités de notre société pervertie, la puérilité des pouvoirs, de toute nature, qui polluent notre quotidien, l’incongruité qui encombre sans cesse notre existence. Une manière de nous rappeler que nous avons certainement perdu notre innocence originelle et que nous avons sombré dans le vice et la perversion, victimes de la soif d’avoir, de posséder et de dominer.

Un joli moment de lecture, une gourmandise littéraire - « Depuis que j’ai une maîtresse en chocolat, je mange des caresses chaque fois que je la vois » - où la crudité sexuelle du langage masque bien mal la sensibilité à fleur de peau de l’auteur et un certain fantasme libertaire inavoué. Ce qui est sûr c’est que nous ne pourrons pas reprocher à Eric de s’être livré avec retenue : « Je me suis déshabillé et j’ai tout vidé : foie, pancréas, glaires et graisses ; cœur, sang, bile, colonne sans fin de l’intestin grêle ».

16:32 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

On n'est pas sérieux quand on a 14 ans...

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La Petite Danseuse de 14 ans, Edgar Degas (Musée d'Orsay, Paris), réalisée entre 1875 et 1880

 

14 ANS en 1974 (Éric CHARDEN: 1942-2012)

14 ANS dans les EIGHTIES (Barbara CARLOTTI, née en 1974)

14 ANS en 2014 (Ben MAZUÉ, né en 1981)

14 YEARS, par GUN'S AND ROSES (1991)

 

Le premier poème de Charles Baudelaire écrit à l'âge de 14 ans.

Le porteur de lumière

 

L’on me nomme univers et l’on me dit obscur

Mais qui vient vers moi rencontre mes étoiles,

Et qui m’envoie ses yeux comme on hisse des voiles

Connaitra du passé les rêves du futur.

    

Je sais la terre une île, infantile et enceinte,

Guettant à l’horizon un soleil différent,

Car étant l’univers je suis aussi parent,

Et je sais son désir de se retrouver sainte.


Quand vous me contemplez sachez que je vous vois

Soulever vers mes cieux vos regards pleins d’ivresse,

Et qu’à travers chacun je grandisse sans cesse

Car je serais en vous si vous croyez en moi.

      

 Qui cherche pour changer me trouve au fond de l’âme,

 L’on me nomme univers et l’on me dit sans cœur,

Et si je parais noir ainsi qu’un étrangleur

 C’est pour mieux éveiller votre désir de flamme.

        

Charles Baudelaire (1835)

 

 Julien Clerc, chantant Rimbaud-Ferré

 

15:53 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

14/12/2014

IL Y A QUELQUE CHOSE DE COMPTÉ DANS L'AIR par Philippe LEUCKX

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Il y a quelque chose de compté dans l'air. Qui broie. Efface. C'est un tumulte léger au cœur. Parfois, juste un repli.
Souvent une souffrance.

 

 

 

Je connais à peine le nom de la lumière. A peine son écho au cœur.
Je sais seulement l'heure où elle m'appartient, quand les rumeurs fondent.
Elle résiste sous l'ombre qui la cueille en silence.

 

 

 

Parfois, le soir venu, s'aiguise quelque crainte égarée. L'ombre a ses rumeurs. Les rues leurs cernes et leurs lueurs.

 

 

 

La nuit couvre les murs d'épaules fugaces. Sans doute l'air lève-t-il à plus de sérénité, maintenant que les voix se sont retirées et que seul le vent nous range parmi les ombres.

 

 

 

Il manque le bleu des profondes nuits, encavées au cœur
La surprise d'un simple poème cousu de silences.
Le vœu d'une parole pour qui ne peut l'entendre.

 

 

 

Photo: "Lumière d'hiver" de Benjamine Scalvenzi

13/12/2014

LECTURES DIVERSES, LECTURES D'HIVER

5f6034c6-e0fc-11e3-9861-5a72a6fd8fe4_web_scale_0.154321_0.154321__.jpg.h380.jpgpar Philippe LEUCX

 

 

 

 

002060587.jpgCOMMENT J'AI VIDÉ LA MAISON DE MES PARENTS (Pointsde Lydia FLEM est un essai autobiographique de première importance. Une véritable psychanalyse des lieux intimes, des poids, des regrets, des souvenirs familiaux.

Là où la suprématie des objets à ranger, à classer, à éliminer joue aussi son rôle de révélateur émotionnel, l’écrivain belge dévoile les ressorts de ces attachements qui font de toute vie un réservoir d’objets et de médailles de toutes sortes.

Une archéologie familière a donc lieu sous nos yeux et l’auteur brave tous les tabous du conservatoire d’office. De quoi pourra-t-on se séparer sans déparer le souvenir ?Lydia-Flem-Photo-HV.jpg

C’est l’occasion de rappeler passé, filières familiales et de remonter les généalogies cachées dans les recoins et les carnets.

Ce beau livre de mémoire vive s’ancre loin dans la matière intime et nous force à rameuter tant d’émotions souvent cachées sous le flot des bibelots, dans l’haleine des derniers souffles et des mots qu’on n’a pas dits.

 

 

***

 

couv61206800.gifLE FEU de Henri BARBUSSE (Folioplus) reste l’insurpassable document sur les terribles tranchées du premier conflit mondial.images1.jpg

Le mémorialiste rappelle à lui lieux, tensions, personnages pour décrire, au plus juste, l’indicible, l’horreur quotidienne, les vermines, les bouillies infectes, les blessures.

Les troupes, ballottées d’un site à l’autre, trouvent vie et ampleur dans ce livre où se croisent les destins les plus communs comme les plus extraordinaires. Chaque individu émerge avec sa langue, ses tics, ses humeurs, et la beauté terrible du livre y puise une authenticité de haut vol.

Ce livre a la force de l’histoire et l’inventivité des romans vrais. Il est à conseiller à tous ceux qui veulent autre chose que les clichés et les poncifs d’un conflit, qui est ici haussé au statut de la tragédie imparable.

21:12 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

10/12/2014

LES ÉLASTIQUES

date-elastique.jpg   Quand les élastiques ont commencé à me coller, j’aurais dû m’inquiéter, prendre mes distances.

   Mais je trouvais cela sympathique. (J’ai la manie de trouver le monde sympathique.)

   Après un moment, j’étais devenu une sorte d’arbre à élastiques. Je l’ai compris le jour où dans un magasin des vendeuses sont venues s’approvisionner en fils sur moi pour faire tenir ensemble Dieu sait quoi. Ma vision était désormais conditionnée par les élastiques (je voyais la vie en asiatique) et je pesais une fois et demi mon poids. J’ai consulté un spécialiste qui m’a dit que je devais me débarrasser de cette fourmilière avec un puissant élacticide.

   Je n’oublierai jamais le jour où eut lieu l’opération. Des millions d’élastiques moururent. Mais leurs descendantes ne me le pardonnèrent pas. J’eu beau donner des conférences dans leur habitat respectif pour expliquer mon geste, un geste de survie, en somme... J’étais devenu l’ennemi numéro un, l'objet d’attaques de bandes élastiques incessantes.

   Comparée à mon épreuve, celle de BHLastic face aux assauts répétés du Gloupier fut une sinécure. D’ailleurs, ayant pris connaissance de mon supplice journalier, l’auteur de La Barbarie à visage élastique s’était fendu d’un article dans sa revue La Règle du jet, à laquelle Le Gloupier est secrètement abonné, ce qui valut un dernier entartage géant du réalisateur du Jour et l’Astic auquel cette fois il ne résista pas malgré les efforts conjugués d’Ariélastique Dombasle et d’Alain Delombre pour l’extraire d’une montagne de crème.

   Depuis, à l’instar de Salman Rushtic, je fuis les milieux élastiques et me contente d’habiter des lieux mous, sans vie et sans rebond. Je m’encahoutchoute. Au moindre mouvement suspect, je tressaute encore à l’élastique et m’effondre au plafond de mon étroit logement. On me recueille en latex. Pour tout dire, j’ai gardé par-delà toutes ces aventures une amitié inaltérable avec un rusé et rude élastique qui me donne encore assez de plaisir pour ne pas penser à m’envoyer en l’air.

 

16:39 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

08/12/2014

Le discours de Patrick MODIANO, Prix Nobel de Littérature 2014

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 " Un romancier a souvent des rapports difficiles avec la parole... Un romancier est plus doué pour l'écrit que pour l'oral... Il a l'habitude de se taire... Il a une parole hésitante à force de raturer ses écrits... Seule la lecture de ses livres nous fait entrer dans l’intimité d’un écrivain et c’est là qu’il est au meilleur de lui-même et qu’il nous parle à voix basse sans que sa voix soit brouillée par le moindre parasite. "


L'intégralité du discours est à lire notamment ici 

22:11 Écrit par Éric Allard dans Partage | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

NEW ORLEANS en quelques chansongs

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07/12/2014

ACADIENS... CAJUNS + NEW ORLEANS par Denis BILLAMBOZ

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Acadiens…cajuns

  

Ils étaient partis Acadiens

Occupants indésirables

D’un pays par eux façonné

Pour être jetés Cadiens

Sur les terres instables

D’un marais inhospitalier

Je les ai rencontrés Cajuns

Hôtes amicaux et affables

N’ayant jamais oublié

Leurs lointains cousins

De la patrie natale

Dans la liesse retrouvés

Désormais Américains

Citoyens respectables

Ils appellent notre amitié

Sous la statue d’Evangeline

Icône inaltérable

D’un peu peuple « dérangé »

 

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New Orleans

  

Souffle gars

Souffle ta musique

Pour ceux qui sniffent

Dans les rues

 

 

Souffle gars

Souffle tes trilles

Pour ceux qui cuvent

Dans les bars

 

 

Souffle gars

Souffle tes rips

Pour ceux qui dorment

A la belle étoile

 

 

Souffle New Orleans

Souffle ton blues et ton jazz

Pour ceux qui oublient

Leur misère sous tes cieux

 

 

Souffle steamer

Souffle ta vapeur

Pour raconter aux touristes

L’histoire du Mississipi

 

 

Souffle ta musique

Souffle ta vapeur

Souffle ta brise fraîche

Pour que Katerina plus jamais ne souffle

 

 

Illustration: L'Arrivée des Acadiens en Louisiane par Robert DAFFORD

17:56 Écrit par Éric Allard dans Textes de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

LA RÉSURRECTION DE FABIOLA et les premières conséquences politiques

fabiola_belga.jpg?maxheight=380&maxwidth=568&scale=both&format=jpgLe dimanche, elles se rendirent au château de grand matin [avec quelques autres] en apportant les gaufres de Bruxelles qu'elles avaient préparées. Elles entrèrent au château, et découvrirent que la bière avait été ouverte mais elles ne trouvèrent pas le corps de Fabiola de Mora y Aragón.  Comme elles ne savaient que penser de cela, voici que deux hommes, Mgr Leonard et Saint Nicolas, leur apparurent, habillés de vêtements resplendissants.
Saisies de frayeur, elles tenaient le visage baissé vers le sol. Les hommes leur dirent: «Pourquoi cherchez-vous parmi les mortes celle qui est vivante? Elle n'est pas ici, mais elle est ressuscitée. Souvenez-vous de ce qu'elle vous a dit, lorsqu'il était encore à Madrid: Il faut que le Femme de Baudouin soit livrée entre les mains des Bruxellois en liesse & en grève, qu'elle meurt un vendredi cinq et qu'elle ressuscite le troisième jour.»
Elles se souvinrent alors des paroles de Fabiola.
À leur retour du tombeau, elles annoncèrent tout cela à ceux du onze rue de La Loi et à tous les autres. Celles qui racontèrent cela aux ministres étaient Jacqueline Galant, Marie-Christine Maerghen et Christine Defraigne et les autres femmes qui étaient avec elles.
Mais ils prirent leurs discours pour des absurdités, ils ne crurent pas ces femmes.
Cependant, Charles se leva et courut au Château du Stuyvenberg. Il se baissa et ne vit que la bière ouverte et les gaufres de Bruxelles encore chaudes ; puis il s'en alla chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé. Il répudia Jan Jambon, Théo Vrancken et même Olivier Chastel. Charles démissionna et prit sa carte au CDH où il milite maintenant en faveur de la présidence de Benoît Lutgen à la Région Wallonne ainsi qu’à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

 

Article rédigé avec l’aide du stagiaire Luc, doué pour les Écritures.