22/10/2014

LIVRE COMME L'AIR

livre-banc.jpgC’est un promeneur de livres. Cela fait des années qu’il ne lit plus. Mais il continue d’acheter des bouquins, d'en emprunter en bibliothèque pour les balader. Il ne supporte pas de voir des livres prisonniers d’une étagère, serrés comme des boîtes de conserve, en proie à des quantités d’acariens sans scrupule et sans culture. Quand les trois semaines réglementaires de prêt sont écoulées, plutôt que de les ramener, il préfère les brûler puis disperser leurs cendres...

Il a fait l’acquisition d’une vieille poussette qui lui permet de charger quelques dizaines d’ouvrages. Au parc, il les étale sur un banc, il les ouvre, les feuillette, leur donne de la lumière. Le vent caresse leurs pages...

À la maison, il n’a plus de place pour personne tant il y a de livres. Des voisins étonnés de ne plus voir sa parentèle ont fini par avertir la police qui a dressé le constat suivant : il avait fait disparaître les membres de sa famille qui n’avaient plus supporté sa passion.

En prison, il s’occupe des livres, c’est le bibliothécaire des lieux. Plusieurs fois par jour, aux heures de préau, on le voit pousser sa vieille poussette (qu'on lui a autorisé d’introduire dans l’établissement). Les détenus l’encouragent de leurs cris quand il passe sous la fenêtre de leurs cellules. Il ne tourne pas la tête vers eux, il ne pense qu’aux livres, au bien qu’il leur procure.

20/10/2014

CINQ HISTOIRES-BULLES

Les rêves prémonitoires

Chaque nuit, il rêvait de ce qui se passerait dans la journée suivante. 

Une nuit, il rêva de rien. 

Mais il ne réussit jamais à se réveiller. 

 

bulle.jpg

 

Le bruit de l’eau

J’aime le bruit de l’eau qui fuit.

Mais j’aime davantage le bruit de l’eau que je torture entre mes doigts pour tentative d’évasion. 

 

4391-bulles-d-air-WallFizz.jpg

 

La bulle

A quatre-vingt-six ans, cet homme découvrit, en prenant un comprimé effervescent, que ce qu’il aimait boire, ce n’était pas de l’eau pétillante mais de l’eau légèrement pétillante. Heureux comme un égaré qui dans le désert a trouvé une source, il vécut les derniers mois de sa vie comme dans une bulle.

 

bulle.jpg

 

Le départ

Pour retenir son homme, cette femme redessinait les pièces de leur logement à coups de cloisons, repeignait les murs, changeait les installations sanitaire et électrique.

Mais au fond d’elle, elle savait que son homme partirait.

Elle nettoyait, elle récurait, elle faisait polir de la cave au grenier.
Elle corrigeait la décoration du salon du sol au plafond.

Elle ornait les murs de tableaux, de posters, de tapisseries.
Mais elle savait que son homme partirait….

Elle fit aménager une bibliothèque neuve,  un salon de musique, elle déposa un repose-pied devant la télévision, un repose-plat devant l’ordinateur.

Mais elle savait que son homme partirait...

Elle acheta un nouveau lit avec une literie bleue, sa couleur préférée, des peluches en forme de panthère, son animal préféré, et un oreiller ergonomique à ses initiales.

Pendant trente ans elle avait fait toutes les transformations possibles en se fiant à son intuition d'épouse, de femme d'intérieur. 

En sachant qu'un jour son homme partirait avec la maison.

 

maison-bulle-meilleure-photo-reflet_435351.jpg

 

L'infini

Ce jour-là, au comble du bonheur, cette femme afficha un grand, un immense, un infini sourire. Dont, il faut bien dire, on ne vit jamais la fin. 

 

520a502dee5e0-femme-bulle-chewing-gum.jpg

19/10/2014

PENSÉES COMPOSÉES de Gaëtan FAUCER

Les fossoyeurs sont des techniciens de profondeur.

 

 

Mieux vaut un bon demi qu’un demi bon.

 

 

On ne se souvient pas de son avenir.

 

 

Au musée de la chaise, il n’y avait plus une place pour s’asseoir.

 

 

Notre planète terre est aussi notre planète mère…

 

 

Oser le roser dosé !

 

 

Elle fait des bêtises…la reine des connes.

 

 

osaueGwjoZ6jLdIeXo4sEsuxScs.jpg

 

 

Je préfère l’indifférence à la pitié.

 

 

L’achat n’est pas la femelle du chat.

 

 

Rose est là ?

 

 

La pendule n’est pas la femme du pendu.

 

 

Tous les maux ne s’écrivent pas.

 

 

Mozart a eu très tôt de bonnes notes.

 

 

Il y a souvent un truc qui cloche dans les églises…

 

 

2100.jpg

 

  

Le ceinturon est rarement carré.

 

 

C’est bien de jeter un pavé dans la mare…tant qu’on ne vise pas un canard !

 

 

La gastronomie, c’est l’étude de l’univers culinaire.

 

 

Les petites coupures provoquent parfois de grands saignements.

 

 

Le chien est le meilleur ami de l’homme… et l’homme, qui l’aime ?

 

 

Soupe et vin.

 

 

La planète des songes.

 

 

Pens%C3%A9e-Frizzle-pourpre-A.jpg

 

 

«La roue tourne.», disait le bourreau à Cartouche.

 

 

Après le nettoyage à sec, il y a les banques à sec.

 

 

Nous les hommes savon pas assez…

 

 

Les pompes à eau ne sont pas toujours des chaussures aquatiques.

 

 

Après avoir écrit le Banquet, Platon eut une indigestion.

 

 

Je préfère le bas tissé…au baptisé.

 

 

Je crois, je crois, je crois…après on s’étonne qu’il termine sur une croix !

 

 

pensee-1.jpg

  

 

Vierge Marie…au moins, on connaissait son signe astrologique.

 

 

«La profession de foi.»…Je ne connais pas ce métier.

 

 

La télé est l’autel de la pensée unique.

 

 

Je rêve de voir un arc en ciel gris.

 

 

L’univers est si vaste que même Dieu s’y perd.

 

 

L’actrice narcissique à son réalisateur : «Film et moi.»

 

Mozart prenait pas mal de notes.

 

 

Photo%20gaetan%20bela.be.jpg

 Gaëtan FAUCER est dramaturge, poète et nouvelliste. C'est surtout le théâtre qui l'inspire sous toutes ses formes. Plusieurs de ses pièces ont été jouées dans divers lieux théâtraux de Bruxelles.

Sa pièce, Sous le pont, dans une mise en scène d'Amandine Carlier sera jouée à la Péniche Fulmar du jeudi 11 au samedi 13 décembre 2014.

Sa page sur le site de l'AREAW (copier/copier le lien):

http://areaw.org/gaetan-faucer/

11:17 Écrit par Éric Allard dans Auteurs invités | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

18/10/2014

DERNIÈRES LECTURES

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

23022_1277968.jpeg"LE COEUR QUI COGNE" d’Yves NAVARRE (Flammarion, 1974)

Qui parle encore de cet écrivain des années 80, fêté par un Goncourt (« Le jardin d’acclimatation ») et aujourd’hui sérieusement oublié ?Doc-E1-.jpg

Dommage car il y a dans ses romans la vertu de la franchise et l’atout des analyses sociétales. Ici, la bourgeoisie est dépecée, ouverte à vif, au sein d’une famille qui se déglingue tout doucement, dans le jeu des envies, des jalousies, des héritages.

On admire les portraits et « le cœur » cogne vraiment : pourquoi tant de détresse au lieu de la tendresse ?

*

9782070145355.jpg

"TEMPÊTE" de Jean-Marie Gustave LE CLEZIO (Gallimard, 2014) réunit deux clezio_postcard.jpgnouvelles où les femmes sont mises à l’honneur. Ces « femmes de la mer » du Japon qui sont des pêcheuses d’ormeaux et qui plongent, depuis toujours, pour vivre. Les hommes, venus de loin, débouchent sur cet univers, avec les lourdeurs de leur sexe et les inquiétudes inhérentes aux personnages de l’auteur nobélisé.

La description de la nature et des rapports humains, d’une vérité criante, nous plonge dans l’intimité de ces personnages de chair et d’âme.

*

9782709637954-G.jpg

« ELÉCTRICO W» d’Hervé LE TELLIER (J.C. Lattès, 2011) est l’un de ces romans où Lisbonne éblouit, avec ses personnages en quête du passé et de l’amour. Deux amis, Vincent et Antonio, arpentent le Bairro Alto et d’autres rues de la Baixa, éclusent des sangres, en recherche de confidence. L’enquête est autant psychologique que policière, et nous suivons avec intérêt les déambulations des deux personnages dans cette ville devenue mythique, à force de port, de collines et d’électrico de l’enfance.

14:49 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

15/10/2014

MARTIAL SAL de LUTGEN-LA-NEUVE N’A JAMAIS ÉCRIT DE SA VIE !

auclairdelalune.gifMartial Sal, 37 ans, n’écrit pas, il n’a jamais écrit de sa vie. Nous l’avons rencontré chez lui.

 - Nous sommes à Lutgen-la-Neuve en compagnie de Martial ce 15 octobre 2029 dans la périphérie nord de la ville en pleine canicule automnale.

Martial Sal, c’est un pseudonyme, je présume. 

 - Tout à fait. Je ne tiens pas à décliner ma véritable identité, c’est trop difficile à assumer au quotidien.

 - On vous comprend. Depuis quand n’écrivez-vous plus? 

- Je n’ai jamais écrit !

- Jamais ? Pas même une publication ?

-   Aucune ! Pas le moindre aphorisme, le moindre haïku.

-  Nous ne pensions pas que c’était si grave. Votre cas n’en est que plus intéressant. Vous êtes suivi?

- Oui, médicalement et psychologiquement depuis qu’on s’est aperçu que je n’écrirais jamais.

-   Une épreuve pour vos parents? 

-    Oui, terrible. Maman est rentrée au couvent quand elle l’a appris, la veille de la parution de son cent quarante-troisième ouvrage.

- Et votre père?

- Papa avait écrit le premier tome de son autobiographie qui s’arrête à l’âge de ses quinze ans. Il n'a plus pu continuer, il n'imaginait pas relater ma naissance, le traumatisme de mon anomalie... Et il n'était pas doué pour la fiction, ou l'affliction, si vous voulez. Puis il n’a plus écrit que des préfaces : deux mille trois cent quarante-huit. Et une postface malheureuse. De son propre aveu, il n’était pas fait pour l’écriture de postface. De plus, il a tenu à ce que les titres des ouvrages préfacés figurent tous sur sa pierre tombale. Je ne vous dis pas le nombre de pierres tombales qu’il a fallu graver. Toute une allée.

- Des frères et des sœurs?

- Oui, tous poursuivent une brillante carrière littéraire commencée très jeune par des romans bébé. Un d'eux est pressenti pour le Nobelge. Ils ne veulent plus me voir.

- On les comprend. Bien que vos parents n'étaient déjà plus une exception durant votre enfance, ne pensez-vous pas que le fait qu'ils écrivaient a pu vous éloigner de l’Écriture, de l’Art en général ?

- Non, c’est congénital. Une grave maladie. La plupart des cas diagnostiqués dans le monde ont pu être soigné par des Résidences d’écriture au Grand Temple de la Poésie de Mandchourie ou sur la Côte Littérale Sud de Madagascar, des séances d’Atelier d’écriture intensifs avec les animateurs les plus réputés de la planète. J’ai reçu des éditeurs du monde entier qui m’offraient des ponts d’or. J’ai même été en Résidence d’écriture sur la Lune…

- Et? 

-  Même au clair de la Terre, pas le moindre mot au bout de ma plume.

Pour tous nos lecteurs écrivains, pouvez-vous nous raconter la journée-type d’un non écrivain ?

- Je me lève tous les jours à six heures. Je me douche à l’eau Google. Je prends mes deux cafés Clooneysso avec un toast à la gelée d’insectes. Je glisse dans mon bureau où, de 7 heures à 12 heures exactement, je n’écris pas. Les bons jours, après ma sieste, je recommence à ne pas écrire de 15 h à 17 heures. Et parfois, le soir, je n’écris pas aussi.

- Fabuleux!

- Et, de plus, vous n’êtes ni peintre, ni musicien, ni comédien ?

- Non, rien de tout cela. Je n’en tire aucune fierté. C’est ainsi.

- Certains ont pensé que vous étiez au service d’une puissance extra-terrestre, que vous communiquiez avec elle par des moyens supranumériques. Vous avez plusieurs fois été accusé de haute trahison à l’Etat Wallon par Fadila Laanan, la Présidente à vie ?

Oui, j’ai fait douze ans d’internement en camp de redressement poétique.

- Cela vous a fait du bien?

-  Je passais mes journées à recopier les quatre mille sept cent cinquante-trois opuscules de la Grande Fadila.

-  Qui ne vous ont pas guéri...

- Pas du tout.

- Les livres de La Grande Fadila ne sont pas écrits par elle, vous saviez , mais par des écrivains qu’elle soutient par des subventions à l’écriture massives… Au fond, elle est comme moi.

- On ne veut rien savoir!

- À une époque, c’étaient les anticonformistes, les rebelles qui écrivaient... Vous pensez que ce n’est plus le cas?

- Ce n’est plus le cas depuis longtemps. Aujourd’hui, ce sont ceux qui n’écrivent pas, les insoumis.

- Ce propos n’engage que vous. Nous nous désolidarisons d’un pareil propos, vous le comprendrez aisément. Parlons d’autre chose, de vos loisirs... Pendant la période des prix littéraires, que faites-vous ?

Je pars en vacances.

- Vous êtes autorisé à quitter le territoire réel?

- Oui, j’ai un passe-droit depuis que je suis allé sur la Lune. Entre nous, les autorités favorisent la méthode douce en espérant encore… Moi non !

- Vous avez pensé mettre fin à vos jours ?

- Bien des fois.

- Qu’est-ce qui vous a arrêté ?

- L’amour…

-  L’amour  d’un Transgenre, d’un Animal de compagnie, de la Terre-qui-se-meurt, de la Lutte-anti-Soda, de la culture bibliologique ?

- Seulement l’amour de la non-écriture. 

 

features_moon.jpg

12/10/2014

SQUELETTES AU HARAS de Jean-Philippe QUERTON (Cactus Inébranlable éditions)

squelettes-couverture-26082014.jpg?fx=r_550_550Piquant-fondant

Des aphorismes aux petits oignons qui m’ont fait penser à certains mets qui mêlent les saveurs et les valeurs, le croquant au moelleux... On parlera plutôt ici de piquant-fondant, de cru et de cuite.

De tendresse sous une couche de mordant.

La première partie du livre s’intitule Top chef et on n’oublie pas que Jean-Philippe Querton est l’auteur par ailleurs des Trésors de la cuisine du Hainaut mais aussi de quelques romans au titres alléchants comme Mortelle Praline ou Le poulet aux olives.

Il écrit : En matière de cuisine asiatique, je suis riz thaï et je le reste.

ou

L’amnésique ne mange que des légumes oubliés.

Avec un titre qui donne le ton, et des dessins de squelettes spirituellement légendés, on trouvera forcément du trépas dans ce recueil mais de la mort narguée, considérée plus en partenaire de vie qu’en adversaire.

Je n’ai pas envie de mourir mais cela ne me déplairait pas de crever.

Et des calembours joliment appelés variations homophoniques :

On ne parle pas assez de l’embarras de l’anchois.

Se faire cracher dessus, une déclaration de glaire ?

Sans compter les sections Livrés à domicile, Pipeule ou le Tour du monde en 80 mots qui régaleront  les amateurs d’onomastique:

Steve Jobs est mort. Mauvaise nouvelle pour les chômeurs.

Si l’Empire ottoman, en qui peut-on avoir confiance ?

La réflexion, le sens du monde comme il va infiltrent l’ensemble du bouquin, avec des coups de patte aux politiques et des signes de la main aux réprimés, aux laissés-pour-compte. De façon décalée, car nul pensum ici.

Mais on peut par exemple méditer longtemps sur : Un pauvre, c’est forcément quelqu’un qui a été volé.SDC10029.jpg

Ou sur :

 La faim dans le monde, c’est vraiment un problème de satiété.

Squelette au haras comprend (c'est son côté Scarlett) sa part de sexe mais de sexe habile.  :

En panne décence elle se balade nue.

Quand elle dit qu’elle a des problèmes de pointe, ne jamais regarder ses seins.

Des moments de tendresse aussi, comme des arrêts de suspension des hostilités : J’aimerais pouvoir consoler les saules pleureurs.

Et un lot d'aphorismes désopilants, notamment ceux sur le gille de Binche ou le Mur des Lamentations…  

J’ai aussi apprécié les neuf(s) Contes à la con (qui m’ont fait penser à certains textes de Raymond Roussel) amenant dans un fauteuil des phrases du genre : la traversée de la mangue à la nage, cinquante nuances de craie ou (mon préféré) l’amant d’Arine Napoléon.

Ceux qui pensaient que l’auteur était en retrait derrière l’éditeur (du Cactus Inébranlable) en seront pour leurs frais. Beaucoup de délicatesse dans ce recueil, et des choix assumés : Le cactus pique et ne s’excuse pas.

Pour terminer, il y a cette page touchante de remerciements aux personnes (une cinquantaine) qui feront l'honneur de festoyer le jour de ses funérailles... s'ils sont encore là, précise-t-il. Allez, promis, Jean-Philippe, on se fera semblant. 

Éric Allard 

 90 pages, 7€

Pour en savoir plus sur  ce titre, la collection des P'tits Cactus et les Cactus Inébranlable éditions (copier/coller le lien):  http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/pages/acheter-nos-livres/catalogue/squelettes-au-haras.html

18:14 Écrit par Éric Allard dans Lu et approuvé | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

GRAND CRU BIEN COTÉ d'Éric DEJAEGER (Cactus Inébranlable éditions)

grand-cru-couverture-1.jpg?fx=r_550_550Le Dejaeger nouveau est arrivé!

Le Dejaeger nouveau est arrivé. Et c’est un Grand cru bien coté.

Entre mauvais esprit assumé, autodérision (la contrepèterie du titre, par exemple) et coups de griffe salvateurs contre ce qui, pour résumer, (s’)est institutionnalisé, nécrosé, on se dit que l’auteur porte bien et haut ses thèmes de prédilection ainsi que ses irréflexions - comme il les appelle.

C’est lapidaire, rageur mais justifié.

Et on rit souvent, pour ainsi dire une fois par page.  

On applaudit aussi, des deux mains. Et ce n’est pas bien car ça ralentit notre lecture, il faut sortir de ce mauvais pas car on voudrait tourner la page, s’esclaffer à nouveau.

Jugez plutôt.

Hyperactif : fouteur de rien.

Du neuf chez les SM : le fist de pute.

Zoophilie : une bossue amoureuse d’un dromadaire.

Plus j’avance en âge, plus je suis soul âgé.

Oui, j’ai cinquante balais. Ca va encore plus vite pour faire le ménage.

Une page sur deux est consacrée à des listes, qualifiées par ailleurs de potachères. Et j’ai trouvé que dans ce recueil touffu (80 pages bien fournies), couillu mais aussi pointu, Éric prolongeait par ces listes l’art de l’aphorisme.

Les cycloperies (« le cyclope insomniaque ne ferme vraiment pas l’œil de la nuit ») et les animaux-valises valent le détour mais ce sont surtout ses listes de suffixes et préfixes (qu’on devrait faire lire à l’école) qui poussent la langue dans ses retranchements, dans ce qui la sous-tend peut-être, dans ses pulsions, dirait-on si on parlait un peu le Freud ou le Lacan.

Dans ce qu’elle ne peut pas dire et qu’Eric révèle.
Il y a des subtilités, des rémanences d’une liste à l’autre, elles assurent le liant, telles ces particules élémentaires qu’on retrouve avec plaisir d’une liste à l’autre : le nécron (particule disparue avant d’avoir existé), le théon (particule têtue qui tente de se créer sans jamais y parvenir), le cacon (particule irrécupérable), le le procton (particule découverte par un trouduc) et j'en passe.

Quelques exemples d'autres trouvailles:image.jpg?w=620

Fast fucking : coït éclair.

Nécrotte : fèce devenue poussière.

Hydramaturge : auteur de drames à l’eau de rose.

Cacocola : soda imbuvable.

Proctuor : ensemble de huit musiciens pétomanes.

Enfin, une liste à ne pas manquer pour étudiants pressés, la liste de résumés de dix grands classiques de la littérature.

ULYSSE de James Joyce: l’histoire d’un gars qui essaie de rentrer chez lui sans GPS.

DON QUICHOTTE de Miguel de Cervantès: l’histoire d’un gars allergique à la farine.
Il y a aussi MOBY DICK, L’ETRANGER, LES CHANTS DE MALDOROR…

Allez, on essaie avec GRAND CRU BIEN COTÉ d’Éric Dejaeger : l’histoire d’un gars qui ne prend pas au sérieux la vie qu’on veut lui faire croire.

Éric Allard

90 pages, 7€

En savoir plus sur le site des éditions du Cactus Inébranlable (copier/coller le lien):http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

 

15:14 Écrit par Éric Allard dans Lu et approuvé | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

KYOTO + 3 SOEURS, par Denis BILLAMBOZ

Kyôto

  

Cerisiers en fleurs

Jeune fille en fleur

Kawabata bonheur

  

Tradition bafouée

Artisanat boudé

Yasunari désabusé

  

Temples rutilants

Forêts luxuriantes

Kawabata exubérant

  

Touristes pressés

Production banalisée

Yasunari excédé

  

Fêtes rituelles

Kimono traditionnel

Kawabata solennel

  

Kyôto est à Kawabata

Kawabata est à Kyôto

Pour l’éternité

 

20070504.MAG000000433_15794_1.jpg

 

Trois soeurs

  

Trois sœurs

Trois cœurs

Trois destins

Trois chagrins

Trois sœurs

Trois malheurs

  

 Trois sirènes

Trois écrivaines

Trois talents

Qui hurlent dans le vent

Trois misères

Pour Jeanne Eyre

 

Trois jeunes fées

Trois proies épiées

Par la mort vorace

Sans pitié pour leur grâce

Trois statues de grès

Pour Agnès Grey

  

Charlotte, Emily, Anne

Divines Brontë

 

260px-Painting_of_Bront%C3%AB_sisters.png

11:36 Écrit par Éric Allard dans Textes de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

11/10/2014

NOUVELLES LATINOS

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

A travers cette publication, je voudrais mettre en valeur deux auteurs latino-américains trop peu connus en Europe malgré toute l’étendue de leur talent. J’avais eu, avant la lecture de ces deux nouvelles, l’opportunité de lire un roman de chacun d’eux et j’avais apprécié la qualité de leur plume. Je voudrais aussi mettre en évidence un genre littéraire, la nouvelle, que je présente trop rarement, c’est un genre qui a ses exigences et un réel intérêt pour les lecteurs. Enfin, je voudrais saluer le travail de cette petite maison d’édition lyonnaise, Zinnia Editions, qui publie ces nouvelles dans des petits formats agréables à lire et faciles à transporter même dans la plus petite des poches. Des tout petits formats pour découvrir de grands auteurs.

 

Image.ashx?imageID=-AHgVUAYI0Smlt9k4SAAuwBALLES PERDUES

Alberto BARRERA-TYZKA (1960 - ….)

Une petite maison d’édition lyonnaise, Zinnia Editions, a remarqué l’un de mes commentaires sur un livre d’Alberto Barrera Tyszka et m’a proposé la lecture de deux nouvelles de cet auteur. « Balles perdues » est la première de ces deux nouvelles, elle évoque la disparition d’un brave citoyen vénézuélien sans histoire lors d’une manifestation contre le pouvoir. C’est dans le journal télévisé que sa famille le voit tomber sous les balles de la police mais ne peut le retrouver ni à la morgue, ni dans les hôpitaux de la ville, il est introuvable malgré toutes les recherches qui sont entreprises. La télévision s’intéresse bientôt à cette disparition tant pour dénoncer les violences policières que pour accabler les contestataires qui manipulent son épouse pour discréditer le pouvoir.Alberto-Barrera.jpg

Instrumentalisée par les médias, la famille implose, certains membres rallient la cause des insurgés, d’autres restent fidèles aux gouvernants mais quand les télévisons étrangères se manifestent avec des contrats fort lucratifs, les opposés se rejoignent. Alberto Barrera Tyszka nous montre, à travers le jeu pervers des médias, la faiblesse des êtres ayant acquis rapidement une grande notoriété, capables de se faire de l’argent sur le dos d’un des membres de leur famille dont on ignore s’il est mort ou disparu, son corps n’a jamais été retrouvé, il pourrait même être toujours en vie quelque part où personne ne serait aller le chercher. Une nouvelle comme une leçon de morale qui dénonce la faiblesse des hommes toujours prêts à marcher sur des cadavres pour accéder à une certaine reconnaissance, à un certain pouvoir, et les médias artisans de toutes les manipulations qui peuvent servir la cause de ceux qui les possèdent ou les financent.

Une belle édition, une bonne idée, ces petits formats faciles à lire et à transporter dans une poche pour découvrir rapidement des auteurs inconnus et en l’occurrence des auteurs d’Amérique latine dont cette maison s’est fait la spécialité.

 

taxi.jpgTAXI DRIVER SANS ROBERT DE NIRO

Fernando AMPUERO (1954 - ….)

Dans le joli catalogue de Zinnia Editions, j’ai trouvé cette nouvelle de Fernando Ampuero, l’auteur péruvien dont j’ai lu il y a déjà bien des années un roman que j’avais apprécié, « Caramel vert », elle raconte la vie d’un chauffeur de taxi qui est obligé de travailler de très longues heures pour payer les soins nécessaires pour son fils atteint d’une maladie invalidante. En maraude la nuit dans les rues de Lima, il rencontre un collègue qui lui propose une combine immorale pour gagner beaucoup plus d’argent sans faire beaucoup d’efforts. Son éthique lui interdit de telles pratiques mais nécessité fait loi, alors, pensant à son gamin handicapé, il plonge dans l’arnaque et gagne rapidement un peu plus d’argent qu’auparavant. Rongé par le remord et assailli par les scrupules, il décide d’abandonner cette combine bien peu recommandable mais la chance ne lui est pas favorable, son ami surgit à l’instant où il allait laisser filer une affaire trop facile à réaliser et le convainc qu’il est particulièrement doué pour ce genre d’embrouilles. fernando.jpg

Ampuero est actuellement une des grandes voix de l’Amérique latine, avec cette nouvelle il montre une image des grandes villes latino-américaines, peut-être moins violente que celle de New-York exposée dans « Taxi Driver », il dénonce plutôt toute la misère de ce continent livré à la débrouillardise pour faire face à la maladie et à la misère en général. Et quand nécessité fait loi, l’immoralité et le cynisme prennent vite rang de valeurs.

http://www.zinniaeditions.com/

10:36 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

08/10/2014

NOTRE VIE et autres poèmes à effacer

La mélancolie, c'est le bonheur d'être triste.

Victor Hugo

 

Notre vie

 

Notre vie ne vaut pas les cent mille crayons

qu’il a fallu tailler pour faire tenir sur sa pointe

le capitalisme

 

Je te gomme tu me ratures la banque efface

toutes les traces

 de notre plèbe

 

8862892-pr-s-d-une-gomme--effacer-sur-fond-blanc.jpg

 

L'inspiration

 

L’inspiration descend du train

on l’attend sur le quai

avec des pelles et des marteaux

 

pour lui faire oublier

tous les retards

de construction

 

si elle avait su elle n’aurait jamais quitté

son chantier

mais il se peut toujours

 

que sans crier gare

on la ramène à la frontière 

de la mélancolie 

 

8862892-pr-s-d-une-gomme--effacer-sur-fond-blanc.jpg

 

La place des amours

 

Ma mère sait bien où je cache mes amours

derrière la porte du grenier par beau temps

devant la cave à vin quand il pleut

 

Mais jamais je ne dirai

dans quel passé ma mère a remisé

le souvenir de mon père

 

 

8862892-pr-s-d-une-gomme--effacer-sur-fond-blanc.jpg

 

 

On n'écoute pas

 

On n’écoute pas aux portes de l’affluence

le bruit que fait la joie sourde

en sautant sur une mine de solitude

 

On repeuple la terre

de présences passagères

qui feront de l’amour

  

un mode embarrassant du silence

 

8862892-pr-s-d-une-gomme--effacer-sur-fond-blanc.jpg

 

L'escalier 

 

la pie plie les pages

le chien en fait des boules

qu’il donne aux fourmis

 

de la haute maison

 

pendant que les mots roulent

du grenier à la cave

en faisant de chaque phrase

 

un escalier en colimaçon

 

8862892-pr-s-d-une-gomme--effacer-sur-fond-blanc.jpg

 

Le porte-manteau

 

on n’accroche pas une femme

au porte-manteau du désir

sans l’avoir portée

au moins une nuit

 

il se peut qu’un étranger

l’ayant entendue parler bas

dépose sur toute sa chair

l’étendue de son cri

 

 

8862892-pr-s-d-une-gomme--effacer-sur-fond-blanc.jpg

 

Mes trous de nez

 

Profitant du temps sec

je me suis enfoncé

dans mes trous de nez

 

Deux trous de nez

c’est grand bien plus grand

qu’on ne le pense

 

Je suis là depuis longtemps

j’observe les allées et venues

des uns et des autres

 

J'attends maintenant

avec une nasale impatience

de m’éternuer

 

 

8862892-pr-s-d-une-gomme--effacer-sur-fond-blanc.jpg

 

 

Mon corps

 

mon corps me plonge

dans le désarroi

 

aucune reine en magasin

pour exposer en vitrine

 

mes morceaux de chair

en couronne mortuaire

 

aucune cliente pour se défaire 

de l'idée de moi

 

 

 

8862892-pr-s-d-une-gomme--effacer-sur-fond-blanc.jpg

 

Le beau travail

 

le marteau frappe l’eau

le clou enfonce la mer

 

tant que dure 

la ligne de l’horizon

 

ensuite seulement l’ouvrier peut  

se reposer sur son travail

 

8862892-pr-s-d-une-gomme--effacer-sur-fond-blanc.jpg

 

Le départ

 

Mon père marche sur la pointe des pieds

de ma mère

 

pour rejoindre en silence

la chambre aux souvenirs

 

où ils se remémorent à grands rires 

l'instant précis d'où je suis parti

 

8862892-pr-s-d-une-gomme--effacer-sur-fond-blanc.jpg

 

avant d'écrire

 

avant d’écrire

arrose ta prose

et vérifie tes vers:

on n’est jamais

assez prudent!

  

avant d’écrire

prends l’air

et rends le vent

léger

 comme la plume:

on n'est jamais 

assez effacé!

 

 

 

c12871_1.jpg

 

16:34 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

05/10/2014

LES POÈMES de SUDPRESSE

51VgJ3cN2NL._SY300_.jpgDans Structure du langage poétique (Flammarion, 1966), Jean Cohen montre que mettre en vers libre un entrefilet de journal, cela ne suffit pas pour faire de la poésie.

Hier, sur la Nationale sept 
Une automobile 
Roulant à cent à l'heure s'est jetée 
Sur un platane 
Ses quatre occupants ont été 
Tués. 

Il s'en explique comme suit:

« Evidemment, ce n'est pas de la poésie. Ce qui montre bien que le procédé à lui tout seul, sans le secours des autres figures, est incapable d'en fabriquer. Mais, affirmons le, ce n'est déjà plus de la prose. Les mots s'animent, le courant passe, comme si la phrase, par la seule vertu de son découpage aberrant, était près de se réveiller de son sommeil prosaïque. » 

Il faut reconnaître que cela y ressemble et, même, ne diffère que très peu, sinon d'une certaine poésie, de certains poèmes cherchant à brouiller la frontière entre prose et poésie.

Nous ne procéderons pas cette fois à l'exercice inverse qui consisterait à mettre en poésie de la prose au risque de constater la disparition de toute poésie.

Les article sont tirés d'un site de SudPresse et couvre la période de ce début d'été 2014. Aucune modification autre que la mise en vers et en strophes (ou parfois l'introduction du marqueur poétique & en place du "et" d'origine) n'a été opérée au sein des articles. 

E.A.

 

MISE EN VERS D'ARTICLES

de 

logo_header_SP.gif

POÈME 1

 

Vendredi vers 1h30 du matin,

Ginny Griffith 

a décidé d’en finir

avec une araignée  

 

Prenant son briquet,

cette habitante de Hutchinson (Kansas)

met le feu à des serviettes de toilette

et balance le tout

dans la tanière de la bête.

La méthode a été radicale

puisqu’un incendie s’est déclaré

dans l’habitation.

 

Il a fallu cinq camions de pompiers

pour le maîtriser.

Les pompiers ont prévenu la police

qu’il y avait eu plusieurs départs de feu

et donc

qu’il pouvait s’agir d’un incendie criminel.

 

 

*****************

 POÈME 2

 

Vendredi,

une professeur de l’école libre

du Touquet,

dans l’implantation de la Marlière,

a décidé,

sans l’aval de sa direction,

 

soulignons-le,

 

de coller,

sur le pull d’enfants âgés de 4 à 5 ans,

un papier

sur lequel était spécifié

que les parents avaient encore

des factures impayées.

 

 

****************

POÈME 3

 

Le drame s’est joué à Motta Visconti près de Milan (Italie)

samedi soir.

Carlo Lissi a fait des galipettes

avec son épouse sur le canapé familial

tandis que les enfants dormaient

dans la chambre.

Puis il a pris un couteau dans la cuisine

&

a poignardé

à de nombreuses reprises,

finissant par l’égorger.

Ensuite, il s’est rendu

auprès de ses enfants

&

les a tués.

 

Le père de famille s’est lavé

& changé,

puis il a rejoint

un café

pour assister

au match Italie-Angleterre à la Coupe du Monde.

En rentrant, il a appelé la police,

expliquant qu’il venait

de découvrir

les trois cadavres.

 

 

****************

 POÈME 4

 

Dimanche

peu avant 11 heures du matin,

Trois hommes encagoulés

 & munis d’armes de poing

ont fait irruption

dans le commerce

en présence d’une soixantaine de clients.

 

Les auteurs n’ont pas hésité

à tirer un coup de feu en l’air

& à faire coucher les victimes

au sol

afin de se faire remettre

le contenu de la première caisse.

 

Les truands ont pris la fuite

à bord d’une Opel Astra

conduite par un quatrième complice

qui les attendait

à l’extérieur du magasin.

 

 

************************

 POÈME 5

 

La scène se déroule

dimanche dernier.

Alors qu’il se balade dans les rues d’Omaha,

dans le Nebraska (Etats-Unis),

en début de soirée, Tom White découvre sur le banc

 deux célébrités.

 

À droite, le chanteur des Beatles Paul McCartney,

en représentation dans la région ;

à gauche, Warren Buffett,

un homme d’affaires américain de la région

& quatrième plus grosse fortune du monde.

 

En tout, les deux hommes forment

une fortune de plus de 60 milliards de dollars…

Tom ne s’est donc pas privé d’immortaliser le moment

en prenant un selfie devant le banc

où les deux hommes étaient assis. 

 

 

********************

 POÈME 6

 

En rentrant du travail hier,

vers 18 heures,

l’homme avait déjà bu

quelques verres.

 

Il se dispute avec son épouse

à cause d’une machine à coudre

& d’un tas de linge

qui traîne au rez-de-chaussée.

 

Plus tard dans la soirée,

l’homme part avec ses filles

pour faire un tour de voiture.

En revenant, vers 23 heures,

il monte dans la chambre et trouve sa femme

 

«  tranquillement installée au lit

 en train de lire un bouquin  »

alors qu’elle ne lui a toujours pas préparé ses tartines

pour le lendemain.

Ni une ni deux, l’homme attrape

son épouse par les cheveux

et la projette contre le mur.

 

Il s’empare ensuite de son ordinateur portable

& lui lance à la figure.

L’épouse reste inconsciente

jusqu’à minuit et, à son réveil, le menace

de porter plainte.

 

****************

 POÈME 7

 

Ashik Gaval, un Indien de 17 ans,

avait depuis plus d’un an et demi

des douleurs dans la bouche.

L’adolescent avait tellement mal

qu’il s’est décidé à quitter son village

pour rejoindre la métropole la plus proche, Mumbai,

en espérant trouver un médecin

lui permettant de trouver la cause de son problème.

 

Les médecins à l’hôpital JJ de Mumbai

ont alors découvert une étonnante malformation :

il souffrait en fait d’un « odontome complexe »,

qui a causé la formation de multiples dents

à partir d’une seule gencive.

 

L’adolescent a donc dû être opéré

et au moment où la gencive a été coupée,

toutes les dents sont tombées

les unes après les autres…

Les dentistes en ont retrouvé 232 !

Les médecins pensent même

qu’il s’agit d’un record du monde…

 

 

****************

 POÈME 8

 

Le certificat médical

a donné la puce à l’oreille

aux gardiens de prison.

Selon ce document,

André Silva de Jesus (35 ans)

ne pouvait pas être passé

aux rayons X

car il est porteur d’un pacemaker.

 

Ils l’ont donc fouillé

avant de le laisser

entrer dans l'établissement.

 

Ils ont découvert dans son anus :

deux téléphones portables,

deux batteries,

une pince,

cinq clous,

huit lames de scie,

cinq clous et quelques autres babioles.

 

Les gardiens de la prison de Ribeiro das Neves

 ont appelé

 leurs collègues de la police militaire

 pour immortaliser ce record.

 

On ignore

à quel détenu était destiné

cette boîte à outils.

 

 

**********************

POÈME 9

 

Dans la nuit du 21 au 22 mai dernier,

le corps massacré d’un homme

de 82 ans

a été retrouvé dans son salon,

avenue du Maréchal Foch à Longwy.

 

Son épouse,

Gezala, âgée de 71 ans

errait, hagarde, devant la maison,

couverte de sang et de lambeaux de peau.

 

Gezala aurait assommé son mari à l’aide

d’un pilon à épices,

avant de lui arracher le cœur,

le nez

et les parties génitales.

 

Comble de l’horreur :

elle a cuisiné

l’ensemble des restes de son mari

avant de les jeter aux ordures.

Elle ne les aurait toutefois

pas consommé.

 

  

**********************

 POÈME 10

 

Lundi dernier

Cet ouvrier de 54 ans

affecté au magasin

– il chargeait et déchargeait les camions –

a pris son service

le plus normalement

du monde.

 

Il était 6h30 lundi

lorsqu’il est arrivé sur le site Browning

appartenant à la FN.

Là, il a déposé son sac

avec son repas de midi

à son poste,

puis il s’est changé

pour endosser

sa tenue de travail.

 

Comme chaque matin,

il a échangé quelques mots

avec ses collègues

avant de se diriger vers le magasin

où il a pris une arme de chasse

et les munitions qui vont avec.

 

Il est ensuite sorti de l’atelier

en passant par le volet du quai de chargement.

 

Un itinéraire qui a intrigué

une de collègues.

Cette dernière se dirigeait vers le volet pour vérifier

que tout allait bien

lorsqu’une détonation a retenti.

Le quinquagénaire venait de mettre un terme

à ses jours

sur le parking réservé aux camions.

 

 

********************

 POÈME 11

 

Devan Serpa (29 ans)

qui rêve de faire carrière

comme modèle et comme comédienne


a été arrêtée par la police de Morgan City.

 

Elle est suspectée

d’avoir tiré à plusieurs reprises

dans les rues de cette ville de Louisiane

 le 27 juin dernier.

 

Deux véhicules avaient été endommagés.

Une balle avait pénétré

dans une maison,

mais sans faire de victime.

 

Alors qu’elle est au poste

pour la prise d’empreinte,

la photo d’identité judiciaire et la consultation de ses antécédents,

Devan Serpa a dévoilé ses parties intimes

au policier présent.

 

Il l’a donc arrêtée à nouveau,

pour obscénité cette fois.

Depuis lors, elle croupit en prison. 

et va pouvoir enrichir

son book avec une nouvelle photo…

celle de l’identité judiciaire.

 

 

*********************

 POÈME 12

 

Anne Doubler (30 ans)

a été surprise en fâcheuse posture

par son mari,

rentré plus tôt

avec leur fils âgé de 4 ans.

La mère de famille a été arrêtée

pour des faits présumés

de pédophilie.

 

En arrivant chez lui,

cet habitant de Sioux Falls (Dakota du Sud)

a découvert sa femme

complètement nue…

avec trois jeunes garçons dans la même tenue.

Deux sont âgés de sept ans

& le troisième

a dix ans.

 

Le mari a immédiatement

prévenu la police.

 

 

*********************

 POÈME 13

 

La technologie

était en test

lors de la dernière Coupe des Confédérations :

elle est encore balbutiante

pour cette Coupe du monde

mais les douze stades du Mondial 2014 au Brésil

 

seront équipés

 

de la technologie vidéo Goal-Control 4-D,

qui doit permettre

de savoir en temps réel

si un ballon

a franchi ou pas

la ligne de but.

 

 

*********************

 POÈME 14

 

Lundi dernier,

alors qu’il rejoignait

son domicile,

 

Anthony,

un Bizétois de 21 ans

s’est fait aborder par deux jeunes

 

à vélo

qui lui ont demandé

une cigarette.

 

Le jeune homme

n’avait même pas

encore eu le temps de répondre

 

quand 6 autres jeunes

ont approché de lui

pour l’agresser sans raison.

 

 

********************

 POÈME 15

 

Cette nuit vers 3h du matin,

un camion a heurté la berme centrale

de la E19,

 

à hauteur de Nivelles (direction Bruxelles),

renversant sur la route

 

une importante quantité

du gravier

qu’il transportait.

 

Le trafic est ce matin

fortement perturbé :

plus de 2 heures perdues

 

dans des bouchons

d'une vingtaine de kilomètres.

 

 

********************

 POÈME 16

 

« Envoyez-nous au septième ciel ! »,

c’est le message

que David et Laurent

ont voulu transmettre

à nos Diables

rouges.

 

Et on peut dire

qu’ils y ont mis les formes :

les deux Liégeois membres

du Skydive de Spa

ont sauté dans le vide

à 4.200 mètres d’altitude

 

pour déployer

un drapeau de la Belgique

dans les airs !

 

 

*********************

 POÈME 17

Su Liyu  était en train

de travailler  dans un champ.

Lorsqu’une branche d’arbre

gêne son passage,

elle la repousse mais

celle-ci vient s’enfoncer

dans sa nuque.

 

À 70 ans,

elle marche

10km

jusqu'à l'hôpital

avec une branche d'arbre

enfoncée

dans la nuque.

 

 

********************

 POÈME 18

 

Le meurtrier cannibale

était venu rendre visite

à son ex-compagne

et lui avait donné

de l’argent

pour qu'elle sorte 

s'acheter de l'alcool

 

A son retour,

elle a hurlé

en découvrant son nouveau compagnon,

Mbuyiselo Manona, 62 ans,

baignant dans son sang

et son «ex» attablé en train

de découper le cœur de la victime.

 

Ce sont des voisins

au comble de l’affolement et de l’horreur

qui ont donné l’alerte et prévenu les policiers.

 «Sur place, ils ont trouvé le suspect,

un Zimbabwéen, occupé

à manger un cœur humain

avec un couteau et une fourchette»

 

sudpresse_sign_v.jpg

16:36 Écrit par Éric Allard dans Sac à malice | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

04/10/2014

D'ILS ET D'AILES de Pascal FEYAERTS

185522_orig.jpg

Titre : D’ILS ET D’AILES
Auteur : FEYAERTS Pascal 
Illustrations : Derry TURLA
Préface : Eric ALLARD
Format : 14 x 20 cm
Nombres de Pages : 59 pages 
4 illustrations couleur sur papier Canson 160 gr
Prix TTC : 16 euros
ISBN : 978-2-930498-50-8 
Parution : septembre 2014

 

 

DEUX EXTRAITS

C’est une petite femme dans une robe trop grande avec des manches trop courtes et des rêves qui dépassent par endroits.  Seul le sable la devine. Elle porte en elle le poids des fenêtres qui l’habitent. Tout ce qui luit n’est pas dehors, elle ne le sait que trop. Elle nous regarde de l’intérieur de peur de nous rencontrer. Elle fuit le présent contigu et le futur imparfait, et craint la lumière comme le feu couvant une passion non assez instruite. Elle aime au ralenti car la lenteur la rassure.

(L’inquiète)

Je connais un ange qui a égaré ses ailes, et je sais l’oiseau dont le chant s’est rompu.  C’était un jour où le ciel en outrage de mille éclairs criait sa rage comme un homme hurle à l’amer. Si d’aventure vous rencontriez cet ange, dites-lui que j’ai retrouvé ses ailes et le chant de l’oiseau, qu’ils cohabitent comme on s’aime dans l’attente de cieux plus cléments.

(L’Ange)

 

Comment porter un « verbe de lumière » au-dedans de soi pour faire voir ce que l’on voit, et faire entendre notre voix ?
Car, comme l’écrit Porchia, « personne n’est lumière de soi-même ». 
À la limite, faible lueur...

Les personnages que Pascal Feyaerts présente sont en attente d’un don de temps. Ils sont dans une antécédence d’être, prêts à (re)naître sous le regard d’autrui — ou de quelque chose.

Ce qui fait le sel et la grâce de ces textes, c’est aussi leur écriture, avec les écarts apportés au déroulement attendu de la phrase, les infléchissements de son cours comme si les mots, par un effet de clinamen, rompaient l’ordre de la prose pour produire des étincelles de poésie. Sous l’écorce verbale affleure la sève des images.

Pascal Feyaerts est un « homme de songe », selon la belle expression de Bachelard, un rêveur qui ausculte le monde depuis son intérieur percé d’ouvertures multiples. 
Il porte ses regards loin et haut par l’embrasure des fenêtres pour mieux éployer ses paysages de mots.

Ses petits poèmes en prose surprennent à chaque lecture, appelant à des revisites nombreuses. Comme des papillons, ils captent notre attention par l’un ou l’autre détail, une tournure de phrase ou de pensée, un charme indéfinissable. On tente alors de les saisir mais ils traversent nos filets aux mailles trop lâches.

Ne reste de leur passage qu’un subtil frémissement d’ailes, comme un haussement de ton du réel, une augmentation d’être, un persistant éclat, une échappée hors des voix coutumières de l’Archipel Poésie...

Extrait de la préface d’Éric ALLARD

 

93bbc2_13b217bcf11f5a3fa479c6d1b2902e29.jpg_srz_195_270_85_22_0.50_1.20_0.00_jpg_srzPrésentation de l'auteur par Derry Turla

L’auteur écrit pour diverses revues littéraires, et a publié un recueil de poèmes en prose en 2001.

Il aime à fréquenter les cercles littéraires, et a notamment été membre du "Grenier Jane Tony" et du "Cercle de la Rotonde".

Pascal a été repris dans l'anthologie "La nouvelle poésie française de Belgique" en 2009 (Le Taillis Pré). 2010 le voit finaliser un spectacle musico-poétique avec la violoniste et compositrice Marielle Vancamp : "Sur un nuage".

En 2012 sort conjointement «L’amour en Lettre Capitale» et «Nouvelles en quête d'(h)auteur». Pascal Feyaerts est membre de l’Atelier ACG-ART, groupement artistique fontainois, et expose parfois ses dessins, essentiellement au fusain et à la craie.

Toujours fidèle à son univers intimiste, complexe et ample, proche de la biographie, où la femme est portée ou transportée dans ses rêves selon ses propres critères, Pascal nous entraîne vers un questionnement de l’existence, sans conclusion aucune.

 

185522_orig.jpgLIENS UTILES (copier/coller les liens)

Le livre sur le site des éditions LE COUDRIER:

http://lecoudrier.weebly.com/ils-et-dailes-d.html

Un article de SudPresse:

 http://pascalfeyaerts.blogspot.be/

Le blog de Pascal Feyaerts

http://pascalfeyaerts.blogspot.be/

Le blog de Derry Turla

http://derry-turla.blogspot.be/

17:19 Écrit par Éric Allard dans Avis de parution | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

TROIS UNIVERS – PASOLINI – MALMSTEN – FAUCER

leuckx-photo.jpgPar Philippe LEUCKX 

(à paraître dans FRANCOPHONIE VIVANTE,

trimestriel – mars 2015)

 

 

 

9782757836163.jpgPasolini, qu’on ne présente plus - PPP : Pier Paolo Pasolini - né en 1922, assassiné en novembre 1975, a trouvé, au-delà de sa mort restée en large part inexpliquée, des thuriféraires de premier ordre : Laura Betti et Marco Tullio Giordana, en Italie, René de Ceccatty, en France. De Ceccatty a souvent traduit et/ou présenté l’œuvre de Pasolini. En outre, il lui a consacré, il y a quelques années, une biographie fameuse, dans la collection dirigée chez Gallimard par Gérard de Cortanze. Le voilà de nouveau au travail – précis, méticuleux, soucieux de l’original – de traduction d’inédits, tirés, nombreux de l’œuvre immense du poète. Selon René, la poésie de PPP est sûrement la branche maîtresse d’une production multiple en cinématographie, essai et critique, par ailleurs remarquable.

Adulte ? Jamais rassemble, en 368 pages d’une présentation juxtalinéaire italien/français, de larges fragments d’onze recueils qui s’échelonnent de 1941 à 1953. Les poèmes traduits s’accompagnent d’une préface éclairante, qui resitue les enjeux de la poésie dans le contexte pasolinien, d’une belle photo-portrait de couverture (datant du festival de Venise en septembre 1962), enfin d’annexes chronologiques, bien utiles dans cette vie italienne bien remplie.

La qualité du regard pasolinien, qu’il soit poète frioulan ou italien, est tissée d’observation du monde de l’humain, d’acuité, d’intelligence hypersensible, de cœur, sans jamais verser dans le pathos ni dans l’emphase ni dans le forcé. La voix est douce, généreuse, mais tout autant décapante sur un réel à restituer au plus juste. L’engagement est total : la prise de risque signifie pour lui perception vraie d’un monde, accueil et description, et analyse. L’émotion n’enlève rien aux atouts critiques, ethnographiques et esthétiques. Cette quadruple approche du monde romain, de l’enfance en terre frioulane, des populations laissées-pour-compte, dans l’univers impitoyable des borgate (lumpen-prolétariat que le poète découvre dès son arrivée à Rome en 1950, chassé de Ramuscello pour une affaire de mœurs) nous vaut de beaux poèmes, d’une inspiration « touchée par la grâce ». Jamais rien de pesant dans ces vers qui murmurent ou enchantent l’amour, dans ces textes qui relatent l’autobiographique sans le plomber, dans cette langue qui du journal intime tire les plus beaux accents de vérité.

Et le titre de l’ensemble s’éclaire :

Adulte ? Jamais. Jamais : comme l’existence

Qui ne mûrit pas, reste toujours verte,

De jour splendide en jour splendide.

Je ne peux que rester fidèle

À la merveilleuse monotonie du mystère.

Voilà pourquoi, dans le bonheur,

Je ne suis jamais abandonné. Voilà

Pourquoi dans l’angoisse de mes fautes

Je n’ai jamais atteint un remords véritable.

Égal, toujours égal à l’inexprimé,

À l’origine de ce que je suis. (p.257)

« Talus plus âpres », « cheveux peignés au son des cloches », « dans un cœur tendre que j’arrache au rêve », autant d’images qui révèlent une âme, apte à saisir les lumières qui pleurent, qui blessent, qui peuplent les confins (l’un des titres de recueils).

Évidemment, René a raison de hausser cet univers poétique au statut essentiel de l’opus incontournable. Le lyrisme est lucide, avec des éclats de pure beauté, d’ardeur décrite sans jugement moral, sans doute dans le même esprit d’accueil des réalités du monde d’un Saba, qui ne voyait aucune hiérarchie dans nos actes, nos comportements, dans nos jugements, comme si toutes les matières du réel, les plus « nobles », les plus familières, les plus triviales, les plus vitales, les plus secrètes étaient à égalité.

Pier_Paolo_Pasolini2.jpg

Le poète décline ses amours, ses solitudes, ses fêtes, les exclusions dont il fut victime, ses proches (ses croix : la mort du frère, véritable crucifié d’une trahison des communistes), ses regards : que de poèmes sur cette exploration préci(eu)se des Choses (autre titre) !

« L’ombre heureuse des fêtes » plane sur ce beau recueil, qui résonne loin, qui ne s’épuise pas, qui favorise de multiples approches : sensitives, intellectuelles, paysannes, autobiographiques, esthétiques, éthiques… Ce qui ne nous étonne guère d’un auteur complexe, érudit, lyrique, imagier et moraliste (au meilleur sens du terme, c’est-à-dire, qui nous grandit), fidèle à la vérité à dire.

 

 

**

Electre_978-2-87505-167-7_9782875051677?wid=210&hei=230&align=0,-1%0ALes « frictions » que Rodrigo M. Malmsten publie chez Maelström sous le titre Auguste ou Jenny la Rouge sont une forme de théâtre renouvelé, hardi, ardent, d’une violence sans cesse au cœur des deux personnages, facettes complémentaires d’un être promis à un destin tragique.

Deux figures qui se connaissent de longtemps (trente années de coexistence plus ou moins pacifique) et qui prennent le temps de se redécouvrir, portés au-delà d’eux-mêmes, pour inciser un réel décidément mal connu, mal torché. Se connaît-on jamais ? Peut-on décemment voir de l’autre autre chose qu’une vision déformée, déformante ?

Le risque est là : la connaissance des âmes, des corps, des sexes n’échappe pas à certaines frontières, ces lisières où le plaisir, la chair et leurs contraires s’échangent, s’annihilent.

Les dialogues mordent le réel, laissent au lecteur de noires « impressions » comme des taches d’existence.

photo1.jpg

Un vrai regard, certes. Celui d’un poète, d’un metteur en scène, d’un comédien, né en Argentine, habile à tresser, dans cet univers théâtral, les fluides essentiels de nos contradictions : quête et répulsion, amour et déchirement. Bergman, Ionesco ne sont pas loin : entre cris, absurdité et sens du tragique.

 

**

476550_1.jpegGaëtan Faucer (1975-) est essentiellement un dramaturge, mais il écrit aussi des scénarios et des poèmes.

Plusieurs titres, « Off », « Divines soirées » ont été évoqués. Plusieurs éditeurs (Chloé des Lys, Novelas) ont accueilli ce théâtre assez noir, dont j’ai déjà dit tout l’intérêt, dans le juste fil d’une dramaturgie existentialiste sartrienne. « Huis-clos » a de toute manière influencé durablement le jeune auteur. Parmi la trentaine de pièces, quelques-unes ont connu de belles représentations à Bruxelles, et « Notre Saint-Valentin » reprend cette année la route des planches, après le beau succès de 2013 (Péniche Fulmar, e.a.).

 On ne connaissait pas le nouvelliste.

Le noctambule suivi de Bandeau noir, un petit livre soigné , propose deux récits, que l’on verrait bien aussi adaptés au théâtre, tant les décors ont cette frappe scénographique. La première nouvelle nous mène dans un cimetière d’étoiles ou de tombes. Le narrateur s’y débat comme un poisson dans l’eau. Sa solitude trouve là un véritable dérivatif à de mornes moments. Ici, au milieu des tombes, il se sent vivre, revivre.

AVT_Gaetan-Faucer_1900.jpeg

L’autre texte explore lui aussi un milieu marginal, pour tout dire interlope. Un comédien d’ImageX se retourne vers un son passé, sans doute guère glorieux de comédien X, mais quelle métamorphose s’annoncerait-elle ? Change-t-on de peau ? De corps ? Le passé serait-il un tag éprouvant, dont on ne peut se délester. À l’occasion d’une embauche, nouveau point de départ, l’antihéros se répand en réflexions amères…quoique l’espoir pointe aussi une nouvelle voie…Sait-on jamais ?

Les deux nouvelles, en dépit de leur brièveté, consignent, une fois de plus, les mêmes préoccupations existentielles d’un auteur happé, entre beauté et noirceur, par les prestiges de la solitude et de la communauté espérée comme un baume.

Bientôt un roman ?

 

Pier Paolo Pasolini, Adulte ? Jamais, Points, 2013, 368 p., 11,20€.

Rodrigo M. Malmsten, Auguste ou Jenny la Rouge, Maelström, compact 31, 2013, 56p., 6,00€.

Gaëtan Faucer, Le noctambule suivi de Bandeau noir, Edilivre, 2014, 34p., 9,00€.

12:41 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

02/10/2014

400 000 VISITES

400000.jpg

WIKIPEDIA nous apprend que les 400 000 articles ont été atteints avec "Neuropathie" le 27 novembre 2006 à 11 h 12. 

Le Monde du 5 décembre 2013 nous dit que de l'ADN humain vieux de 400 000 ans a été reconstitué sur un os découvert sur le site préhistorique espagnol d'Atapuerca... 

Sur LES BELLES PHRASES, les 400 000 visites ont été atteintes hier soir sur le texte SOS SOSIES.

2550 billets divers pour 2070 jours de fonctionnement.

MERCI au Visiteur Inconnu du blog (et surtout à son coach en communication et à son psychiatre) venu en moyenne 200 x PAR JOUR depuis la création du blog il y a 69 mois.

Autrement dit, une fois environ toutes les 8 minutes. Quelle abnégation!

Foin de chiffres, MERCI plus sérieusement aux auteurs invités, morts ou bien vivants - en espérant qu'ils le restent longtemps.

Ainsi qu'aux fidèles CHRONIQUEURS LITTÉRAIRES DU SAMEDI, Denis BILLAMBOZ et Philippe LEUCKX qui récidivent chaque semaine et à tour de rôle depuis bientôt cinq ans. Ensemble, ils totalisent plus de 240 chroniques. 

merci-magnet.jpg

14:40 Écrit par Éric Allard dans Partage | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

01/10/2014

SOS SOSIES

Paul%2BMcCartney%2BIn%2BWax.jpgJ’ai loué deux sosies de McCartney. On menaçait de les expulser du chômage. Deux pour le prix d’un Lennon.

L’un ressemble au chanteur des Beatles première époque, l’autre, plus défraîchi, au McCartney de dans dix ans. Le plus jeune est Noir mais pas trop, une sorte de mixte de McCa et Michaël – j’ai l’impression de revoir Say Say Say.

Je rebats les oreilles de l’un la journée (à propos des Fab Four, des Wings, de Linda, Stella ou du végétarisme), et, comme je suis insomniaque, je fais avec l'autre la nuit des blinds tests et des quiz spécial McCa.
Je les entretiens aussi de Charleroi qu’ils découvrent au sortir de l'aéroport. Ils ont peur en se rapprochant du centre mais je leur dis qu’il n’y a plus de raison, et que, grâce à une équipe dynamique, la ville change. Les grands graffitis les rassurent ou pas. Je leur explique qu'il n’y a plus moyen de circuler, d'atteindre le centre, donc qu’on reste en dehors de la ville et qu’on l’aime d’autant plus. C'est le côté kafkaïen de la Cité.

Je leur dis que c’est un peu comme Liverpool mais ils ne sont pas forts en géographie européenne, ils confondent avec Libramont. La foire agricole, les sosies de Benoît Lutgen…
Un jour que je me baladais avec l’un d’eux, j’ai rencontré une échevine dont je ne retiens jamais le nom. On a sympathisé. Elle n’a pas reconnu tout de suite de qui mon compagnon était le sosie et je dois dire que, moi-même, j’ai mis du temps à remettre le sosie de Paul Magnette. 
Elle a dit qu’à la Ville, on en a tout un stock, qu’on les sort à toutes les célébrations et le jour du conseil communal car le vrai, on ne le voit plus. On dit même que celui qui œuvre à Namur, c’est une contrefaçon.

J’ai discuté d’un point du futur conseil relatif à la consommation d’eau des locataires fictifs de la Sambrienne.

À ce stade, nos Paul n’y comprenaient plus goutte et ils sont restés à baragouiner entre eux voire plus si affinités.

Beatles_Madame_Tussauds,_London.jpg

J’ai invité l’échevine à mon appart' où elle a examiné dans le détail mon compteur d’eau mais pas seulement. Au matin, on a eu toutes les peines du monde à remettre la main sur les faux jumeaux. Ils étaient déjà à l’aéroport, prêts à rentrer au siège social de SOS SOSIES situé dans un paradis fiscal. On les a finalement laissé passer les contrôles en comprenant qu’on ne pouvait plus les récupérer, ils étaient trop loin…

Quant au vieux sosie, il s’était aventuré dans le centre-ville pour faire la manche avec des semblants de Van Cau et de Cariat, d’autres pittoresques figures de l’histoire carolo, et il s’était fait ramasser par la police. Grâce à un copain flic avec lequel on a fait les cent coups dans notre jeunesse, j’ai pu le faire libérer.

Je l’ai conduit à l’aéroport sans un mot, j'étais furax. Il paraissait encore dix ans de plus, si bien qu’il ressemblait davantage à Keith Richards qu’au moindre Beatle.

Mon échevine extrayait, elle, de son 4x4 quatre sosies démagnétisés. On s’est fait un rapide signe de la main en souvenir de notre nuit hydraulique. Elle était pressée, elle avait conseil communal en soirée.

Moi, j’avais réunion des McCaliques Anonymes. J’avais bien des choses positives à raconter...

Bientôt, je pense, je pourrai me passer de sosies dans ma vie de tous les jours et chercher hyperactivement un emploi de chanteur des rues.

199681-les-facetieuses-grimaces-de-paul-637x0-2.jpg

////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////

/////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////

14:15 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

29/09/2014

WE LOVE PATRICK JUVET !

juvet_6.jpgAu printemps 2015 sortira chez Universal Music un album hommage à Patrick Juvet lactarisé par Benjamin Biolait et intitulé We love Patrick Juvet!

De grands noms de la chanson française et même internationale revisiteront les titres les plus célèbres du Grand Suisse. 

Pascal Nègre, directeur général d'Universal Music France, se réjouit déjà:" Il y avait trente ans que j'en rêvais. C'est en train de se réaliser. L'album sortira au printemps. Janis Joplin, Jimi Hendrix, Jim Morrison auraient aimé chanter ses chansons, j'en suis sûr. Paul McCartney a refusé, c'est un grand regret mais il sera sur l'album hommage à Mireille Mathieu (NDLR: il chantera Mille colombes). David Bowie a reconnu avoir été interpellé par l'influence qu'il a eue sur le jeu de scène du Suisse. Franck Sinatra aimait beaucoup La Musica et Mickaël Jackson avait enregistré une version de We love america, qu'on ne retrouve plus... Patrick est raviii. Dans la foulée il sortira un album de nouvelles chansons enregistrées avec ses amis de la Croisière Age tendre & Tête de bois: Michelle Mort, Hervé Leonard, Philippe Vilard, Jacques Charbi , Philippe Monty La Compagnie du Splendid et le Grand Orchestre Créole... J'espère qu'il pourra en vendre quelques centaines car c'est un peu le capitaine Fracasse de sa génération bateau."

En exclusivité, voici les noms pressentis avec les titres qu'ils interpréteront.

Charles Aznavour (avec Liza Minelli): Swiss Kiss

Patrick Juvet avec Claude François pour un duo virtuel: Le Lundi au soleil

Dave: Où sont les femmes?

Hubert-Félix Thiéfaine: Rêves immoraux

Patrick Bruel: Au même endroit, à la même heure

Arthur H: La Musica

Pascal Obispo: Sonia

Thomas Fersen: Je vais me marier, Marie

Alain Delon (avec Hélène Ségara): Toujours du cinéma

Christophe: Les bleus au coeur

Jean-Louis Murat: Rappelle-toi Minette.

Gérard Manset: Faut pas rêver

Alice Cooper: Au jardin d'Alice

Céline Dion: Magic

Lady Gaga: Lady Night

Johnny Halliday, Eddy Mitchell & Dick Rivers: We love America

Pour patienter, voici une sélection de quelques titres originaux...


BONUS

27/09/2014

DIALOGUE DE SOURDS + L'ÉNARQUE, par Denis BILLAMBOZ

Dialogue de sourds

  

- Tu as regardé la télé hier soir ? 

- Oui, ils sont vraiment nuls 

- Surtout celui qui a un nom de Boer dans l’équipe de Hollande 

- Montebourg ? 

- Non, un non de boer pas un nom de bled 

- Je ne vois pas 

- Ah, j’y suis Van der Nieuwenhuizen

- Mais je ne le connais celui-là, il est ministre de quoi ? 

- Il n’est pas ministre, il est ouvreur 

- Ouvreur de quoi ? 

- Mais tu as regardé quoi ?

- Ben une émission politique, je ne sais pas son nom

- Ah je comprends moi j’ai regardé le rugby

 

planet10.jpg

 

L’énarque

  

Costume sombre

Cravate stricte

Lunette de notaire

Il trône à la tribune

Prêche la bonne parole

Assène sa vérité

Dicte sa morale

 

Moi, j’ai perdu le fil

De sa bonne parole

Je n’écoute plus son blabla

Ce discours formaté

Je le connais par cœur

Il n’y a rien de nouveau

Dans la langue de bois

  

Mais lui on l’écoute

Il est énarque

Il a toujours raison

  

 une-affaire-d-ena,M16159.jpg

19:14 Écrit par Éric Allard dans Textes de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

NOUVEAU MONDE

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Aujourd’hui, je propose deux textes très différents mais deux textes qui évoquent, chacun à sa façon, la création d’un nouveau monde dans les grandes plaines de l’Amérique centrale là où se sont rencontrés les Amérindiens et toute une flopée de «traîne-la-prairie », d’émigrants, fuyant chacun une misère ou cherchant un eldorado quelconque pour prospérer et faire fortune ou simplement pour survivre. Deux livres qui auraient pu servir de point de départ au scénario d’un des multiples westerns qui ont passionné toute une génération de cinéphiles éblouis par les exploits de cowboys mais peu réceptif au sort réservé aux Indiens. Il est donc bon de lire des livres comme ceux-ci sur ce sujet pour rééquilibrer la balance par trop défavorable aux Indiens considérés seulement comme « les mauvais » dans ce genre de films.

 

9782743625832.jpgFAILLIR ÊTRE FLINGUÉ

Céline MINARD (1969 - ….)

Dans ce récit Céline Minard lance ses mots dans une chevauchée fantastique, une chevauchée héroïque, à la manière de John Ford lançant ses cowboys et ses indiens à la conquête de l’Ouest sur les traces d’Henry Hatahaway. Elle réinvente les westerns que j’ai connus quand j’étais adolescent, qui m’emportaient vers des horizons que je ne connaissais pas, vers un monde nouveau. Chaque page de ce livre fait surgir un cowboy aux airs de John Wayne ou de Robert Mitchum ou des Indiens sosies d’Anthony Quinn. Sous sa plume, la vaste plaine désertique s’anime, les cowboys se rencontrent, pactisent, échangent, se truandent, se dépouillent mutuellement, s’écharpent, s’entretuent,… , - il est souvent plus facile de suivre les bottes ou les chevaux que leur propriétaire car ils changent trop souvent - les indiens épient, observent, découvrent, s’entre-tuent eux aussi, se font rouler, se vengent …, la plaine est en effervescence, tout se petit monde a besoin d’un lieu pour se ravitailler, pour se reposer, pour se défouler, pour se ressourcer … le campement devient un caravansérail à la mode américaine, un agglomérat de cabanes, de bicoques, un ramassis de tous les vices de la planète, une ébauche de rue, les prémices dune ville.

A travers sa geste épique l’auteure décrit comment la rencontre, avec les peuplades autochtones, de tous ces « traîne-la-plaine » fuyant tous quelque chose qu’ils n’avoueront jamais, ou cherchant satisfaire des appétits qu’ils n’ont pu combler ailleurs, constitue l’acte de naissance réel d’une nouvelle société, la civilisation du Far West, pas seulement le Far West des westerns mais aussi le Far West qui est encore inscrit dans les gènes des nombreux habitants de ces régions du centre de l’Amérique pour qui la carabine ou le pistolet est encore une prothèse indispensable. Elle nous montre comment les Indiens ont reçu cette culture envahissante : « Ils avaient acquis et adopté le cheval en moins de deux générations, ainsi que les armes à feu et tout ce qui était susceptible de leur simplifier la vie » sans savoir qu’ils recevaient en même temps des microbes que leur organisme ne connaissait pas. Le pragmatisme des Blancs, leur appétit, leur avidité ne s’étaient pas dilués dans les grands espaces, bien au contraire : « Il se mit à rêver au commerce, à la diversité des denrées et des objets qui passent de main en main, à la valeur qu’ils acquièrent en changeant de civilisation, aux désirs prétendument variés et innombrables qu’il faut satisfaire ». Le cadre était campé l’Ouest virginal pouvait entrer dans la civilisation de la Grande Amérique des marchands.

6345354-les-premieres-pages-de-faillir-etre-flingue.jpg

Avec ce récit, Céline Minard réinvente le western épique, celui qui existait avant que les Italiens renversent la bouteille de sauce tomate dans les bobines et me détournent définitivement du genre.

Elle chevauche désormais aux côtés de Dorothy M Johnson ou de Jack Schaeffer dont les romans ont fourni la matière à de nombreux scénarios de grands westerns à succès. Si un jour, elle émigre en Amérique, elle sera vite classée dans la liste des écrivains des grands espaces, ceux qu’on appelle les écrivains du Montana qui pourrait être le cadre de ce récit. Le texte de Céline n’est pas seulement une folle épopée, frisant la parodie, dans les plaines du Far West comme le chantait Yves Montand, c’est aussi un texte d’une grande richesse littéraire, excellemment documenté, dont le rythme ne fléchit jamais courant les pages comme les chevaux courent la plaine même s’ils changent souvent de cavalier.

Et si le roman avait encore un avenir ?

 

9782253166603-T.jpgLA MALÉDICTION DES COLOMBES

Louise ERDRICH (1954 - ….)

Louise Erdrich fait partie des écrivains dits du Montana, ceux qui ont écrit sur les grands espaces américains à la suite des fondateurs de l’école de Missoula, elle a des origines indiennes Objiwé et son œuvre est fortement imprégnée d’indianité comme on peut le constater dans ce texte qui raconte la rencontre des pionniers et des Amérindiens dans le Dakota du Nord à la fin du XIX° siècle et la difficile cohabitation entre ces deux peuples malgré un métissage qui a réuni de nombreuses familles générant ceux qu’on a appelés « les bois-brûlés », métis indiens-français car les Norvégiens et les Allemands ne se mélangeaient pas.

Le récit se déroule dans deux temps différents : à la fin du XIX° siècle quand les colombes envahissaient encore le pays, dévastant les récoltes et s’en prenant même aux individus dans une frénésie hitchcockienne, et à partir de la fin des années soixante quand la petite fille, Evelina, de Mooshum, l’ancêtre rescapé d’un lynchage d’indiens accusés à tort de l’assassinat d’une famille de pionniers, rapporte les différentes variantes des histoires plus ou moins réelles que son grand père lui raconte sur ces temps mémorables. D’autres narrateurs prennent le relais de la jeune fille relatant d’autres histoires, ou la même histoire sous un angle différent, pour, en assemblant tous ces récits, reconstituer l’aventure de cette poignée de familles qui a donné naissance à la petite ville de Pluto quelque part entre Fargo et Bismarck dans le Dakota du Nord, si elle existe ou a existé. Dans ce roman polyphonique, Louise Erdrich fait vivre quelques familles d’Indiens, de métis, et de pionniers, français principalement, qui ont participé à la fondation de cette petite ville, et qui, aujourd’hui, la voient disparaître peu à peu, mourir en marge de la civilisation.

L’auteur décrit toutes les étapes de la création de cette ville qui pourrait être n’importe quelle autre ville de cette région : l’épopée héroïque, trop peut-être, la spoliation des indiens, la spéculation, l’exploitation des territoires, le mélange, le métissage, la création des réserves ghettos et finalement le déclin. La fondation d’un peuple rude, rugueux, violent, issu d’une sélection naturelle encore récente et accoutumé à la concurrence quotidienne pour survivre et s’enrichir.

C’est aussi l’histoire de quelques individus profondément marqués par leurs origines mêlées et par le grand événement qui a marqué la région en 1896, le lynchage de quatre Indiens injustement accusés du massacre d’une famille de pionniers. Cet événement tragique concerne toutes les familles impliquées dans le récit, chacun a un lien de sang avec les coupables ou les victimes et même souvent avec les deux camps tant les arbres généalogiques emmêlement leurs rameaux.

« Maintenant que certains d’entre nous ont mélangé dans la source de leur existence culpabilité et victime, on ne peut démêler la corde », celle qui a servi pour le lynchage et enserre encore tout le groupe dans ses nœuds.

C’est aussi la confrontation entre deux peuples, les Amérindiens chassés de leurs terres et les pionniers blancs à la recherche de nouveaux espaces pour implanter des fermes, acquérir des terrains et spéculer sur la création de villes prospères. Les Amérindiens vivent très mal la perte de leurs terres. « J’ai vu que la perte de leurs terres était logée en eux pour toujours ». C’est une des parties de la question indienne que l’auteur met en exergue car, ayant elle-même des origines indiennes, elle évoque, dans ce texte, l’indianité : la culture, les croyances, les mœurs indiens et surtout la conception indienne de l’humanité très sensible au monde du rêve et de l’au-delà par opposition au pragmatisme des pionniers ne s’intéressant qu’à l’aspect réel et concret de ce qui peut satisfaire leur intérêt immédiat.

Louise-Erdrichs-The-Round-010.jpg

Pour être un bon roman, ce livre comporte peut-être trop d’actions, de digressions, de personnages, d’aventures, d’anecdotes, etc..., il ne laisse pas suffisamment de place, d’espace, pour les idées et la réflexion. Ce texte manque d’une véritable cohérence soutenant le thème général commun à tous les différents récits qui le composent en ne s’agrégeant, hélas, pas très bien. Par exemple, l’auteur aurait pu suivre plus fidèlement les tribulations du violon accompagnant une bonne partie de la fondation de ce peuple bâtard qui n’a jamais pu totalement résoudre le problème de ses origines mêlées et conflictuelles, et qui cherche dans un retour vers ses origines autochtones une solution à une certaine dégénérescence mercantile éloignant les individus de leur humanité fondamentale. Le lecteur aurait eu ainsi « un fil rouge » pour le guider dans ce texte un peu tortueux. Ce livre se présente donc plus comme une accumulation de récits un peu hétérogènes que comme une polyphonie constitutive de l’épopée d’un peuple, de la création d’une société originale née de la rencontre de deux ethnies très différentes, peut-être trop différentes pour en un faire un peuple uni, conquérant et prospère.

12:43 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

25/09/2014

Pierrette PIERREQUIN publie son PREMIER APHORISME.

ecrivain.jpgPierrette Pierrequin de Pont-de-Loup publie son premier aphorisme. Nous l’avons rencontrée.

-         Vous écrivez depuis longtemps ?

-          J’ai toujours écrit.

-         Pourquoi publier seulement à l’âge de 22 ans ?

-         Je ne me sentais pas encore prête. Je voulais proposer quelque chose d’abouti au lecteur.

-         Votre recueil intitulé L’aphorisme comporte un seul aphorisme. Que raconte-t-il ?

-         L’histoire d’un couple qui s’égare dans une ville à la nuit tombée. Chacun des protagonistes rencontre une femme dont il tombe amoureux. Quand ils se retrouvent au petit matin, ils se racontent leur rencontre et se persuadent qu’ils ont rencontré la même femme. En fait, cette femme…

-    Tout ça en un aphorisme ?

-         Oui.

-         Vous avez mis combien de temps pour l’écrire ?

-         Une minute et toute une vie.

-         Vous l’avez écrit en résidence d’écriture ?

-         Non, j’en avais fait la demande. Mais elle m’a été refusée. Au profit d’un candidat haïjin qui voulait écrire son premier haïku au Japon. Dommage, j’aurais aimé allé écrire mon premier aphorisme dans les pays de l’Est.

-         Pourquoi l’Est ?

-         C’est de là que vient le vent... 

-         Je comprends.

-         Alors, je l’ai écrit à Ostende. Ensor, Arno...

-         Bien sûr.

-         Des lectures sont prévues ?

-         Oui, par Michel Riccoli à l’Intime Festival ?

-         Michel Piccoli, vous voulez dire ?

-         Non, Riccoli, c’est mon homme. Il est boucher mais il lit très bien. Pas de façon hachée (elle rit).

-         Vous avez beaucoup d’humour.

-   On me le dit souvent. Michel est un peu voyant aussi. Il lit dans la viande de cheval. Le Poète est Voyant, vous savez (elle prend un air inspiré). Oui, la viande de cheval renvoie bien l’avenir. Mieux que la viande de veau…

-         Et il voit comment votre avenir ?

-         Il le voit en Viandée (elle rit, il faut l’arrêter.) C’est l’intime festival tous les jours, nous nous aimons depuis que je suis petite.

-         Vous vous êtes connus à l’école ?

-   Comment vous avez deviné. Oui, il venait livrer la viande pour la cantine. Je suis tombée amoureuse de lui au premier regard. C’est lui qui m’a fait lire mon premier aphorisme.

-         De Chavée, Scutenaire, Mariën ?

-         Non, de Riccoli.

-         Ah, il écrit ? Il a déjà publié ?

-         Oh un petit livre il y a cinquante ans, au sortir de ses études. Je le relis souvent.

-         On le trouve encore ?

-         Uniquement aux Puces Électroniques.

-         On va rappeler le titre de votre ouvrage et le nom de la maison d’édition.

-         Oui, L’aphorisme aux éditions de L’aphorisme, c’est facile à retenir (elle rit).

-         Un ouvrage de Pierrette Pierrequin.

-         Un  pseudo, en fait. Je m’appelle Doriane Dostoïevski. Mais c’est trop difficile à retenir. 

 Un ouvrage à lire de toute urgence, entre deux pages d’un des longs romans de la rentrée.

21/09/2014

LE TROU NOIR

supermassive_black_hole.jpegMon frère a disparu dans un trou noir.
Cela fait rire mon pharmacien qui ajoute toujours « Comme c’est troublant » en pastichant Louis Jouvet dans Drôle de drame.

« Trou noir, trou noir, comme c’est troublant. »
Pourtant c’est vrai, avant de disparaître, mon frère a écrit noir sur blanc : Je suis dans un trou noir ! Je me suis dit que le trou noir permettait encore d’écrire. Il doit comprendre une salle où on peut, comme qui dirait, transcrire ses dernières impressions.

Depuis, des voisins qui voyagent partout dans le monde l’ont vu ici ou là. Suivant les positions du trou noir, il doit remonter à la surface du monde visible avant de disparaître à nouveau. Mais il n’a plus le temps de m’écrire…

Comme je crains d’être l’objet du même prodige ou d’une malédiction familiale (maman et mon oncle ont fini, eux, par se perdre), je prends des anxiolytiques. Le trou noir me guette, je le sens bien. Je vais tomber dedans un de ces jours. Il n’y a qu’à la pharmacie où je me sens en sécurité ; tous ces médicaments qui m’entourent, me protègent… Et le rire du pharmacien, ses bons mots, sa bonne humeur coutumière…

L’autre jour, il est mort, il s’est flingué.

J’ai été en partie rassuré : « Au moins, il n’avait pas été absorbé par un trou noir. »

21:07 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

20/09/2014

10 HISTOIRES VRAIES de SOPHIE CALLE

sophie-calle.jpg

 

Le nez

J’avais quatorze ans et mes grands-parents souhaitaient corriger  chez moi certaines imperfections. On allait me refaire le nez, cacher la cicatrice de ma jambe gauche avec un morceau de peau prélevé sur la fesse et accessoirement me recoller les oreilles. J’hésitais, on me rassura : jusqu’au dernier moment j’aurais le choix. Un rendez-vous fut pris avec le docteur F., célèbre chirurgien esthétique. C’est lui qui mit fin à mes incertitudes. Deux jours avant l’opération il se suicida.

8607_img1.jpg

 

Le strip-tease

J’avais six ans et j’habitais rue Rosa-Bonheur chez mes grands-parents. Le rituel quotidien voulait que je me déshabille tous les soirs dans l’ascenseur de l’immeuble et arrive ainsi nue au sixième étage. Puis je traversais à toute allure le couloir et, sitôt dans l’appartement, je me mettais au lit.

Vingt ans plus tard, c’est sur la scène d’une baraque foraine donnant sur le boulevard Pigalle, que je me déshabillais chaque soir, coiffée d’une perruque blonde au cas où mes grands-parents qui habitaient le quartier viendraient à passer.

Calle-Strip-tease-79.jpg

 

La lame de rasoir

Je posais nue, chaque jour, entre neuf heures et midi. Et chaque jour, un homme assis à l’extrémité gauche du premier rang me dessinait pendant trois heures. Puis, à midi précisément, il sortait de sa poche une lame de rasoir et, sans me quitter des yeux, il lacérait méticuleusement son dessin.

Je n’osais bouger, je le regardais faire. Il quittait ensuite l’atelier, abandonnant derrière lui ces morceaux de moi-même. La scène se renouvela douze fois. Le treizième jour, je ne vins pas travailler.

d8bae9e6.jpg

 

Les chats

J’ai eu trois chats. Félix mourut enfermé par inadvertance dans le frigidaire. Zoé me fut enlevée à la naissance d’un petit frère que j’ai haï pour cela. Nina fut étranglée par un homme jaloux qui, plusieurs mois auparavant, m’avait imposé l’alternative suivante : dormir avec le chat ou avec lui. J’avais choisi le chat.

images?q=tbn:ANd9GcScZUbFXoIWkqjkn8Sk_86guj2U11bIgG_ebk4_2g1O5rm_haLL

 

La cravate

Je l’ai vu un jour de décembre 1085. Il donnait une conférence. Je le trouvai séduisant. Une seule chose me déplut : sa cravate aux tons criards. Le lendemain je lui fis parvenir anonymement une discrète cravate marron.

Quelques jours plus tard, je le croisai dans un restaurant : il portait ma cravate. Elle jurait avec sa chemise. Je décidai alors de lui envoyer, tous les ans, pour Noël, un vêtement à mon goût.

Il reçut en 1986 une paire de socquettes grises en soie, en 1987 un gilet noir en alpaga, en 1988 une chemise blanche, en 1989 des boutons de manchette, en 1990 un caleçon à motif de sapins de Noël, rien en 1991, et en 1992 un pantalon de flanelle grise. Le jour où il sera totalement vêtu par mes soins, j’aimerais le rencontrer.

sophiecalle067.1192705524.thumbnail.jpg

 

Le cou

Il souhaitait me photographier avec son Polaroïd. Lorsque l’image parut, une ligne rouge barrait mon cou. Je ne voulus pas que ce cliché finît en des mains étrangères. Je demandais à le garder et me tins sur mes gardes dans les jours qui suivirent. Deux semaines plus tard, la nuit du 11 octobre, un homme tenta de m’étrangler dans la rue et me laissa inanimée sur le trottoir.

sophie-calle-06.jpg

 

Les seins miraculeux

Adolescente, j’étais plate. Pour imiter mes amies, j’avais acheté un soutien-gorge dont je ne tirais évidemment aucun avantage. Ma mère, qui exhibait fièrement un buste resplendissant, et ne manquait jamais l’occasion de faire un mot d’esprit, l’avait surnommé soutien-rien. Je l’entends encore. Durant les années qui suivirent, tout doucement, ma poitrine prit du relief. Mais rien de bien excitant. Et subitement, en 1992 – la transformation s’opéra en six mois -, elle s’est mise à pousser. Seule, sans traitement ni intervention extérieure, miraculeusement. Je le jure. Triomphante mais pas vraiment surprise, j’ai attribué la performance à vingt ans de frustration, de convoitise, de rêveries, de soupirs.

tumblr_moo5qzCwNw1qaxnilo1_500.jpg

 

L’amnésie

J’ai beau regarder, jamais je ne me souviens de la couleur des yeux des hommes, ni de la taille, ni de la forme de leur sexe. Mais j’ai pensé qu’une épouse se doit de ne pas oublier ces choses-là. J’ai donc fait un effort pour combattre cette fâcheuse amnésie. Maintenant, je sais qu’il a les yeux verts.

calle.jpg

 

La girafe

Quand ma mère est morte, j’ai acheté une girafe naturalisée. Je lui ai donné son prénom, et je l’ai installée dans mon atelier.

Monique me regarde de haut, avec ironie et tristesse.

5235539529_2260413081_z.jpg

 

La vue de ma vie

La fenêtre de ma chambre donne sur une prairie. Dans cette prairie, des taureaux. Des pique-bœufs les accompagnent. Sur la gauche, les branches d’un saule pleureur. Au loin, une rangée de frênes et de tamaris. Des aigrettes, une cigogne parfois… Rien de remarquable, et pourtant, ce pré rayonne. Je ne saurais compter les heures passées à le regarder à travers la moustiquaire. Ce pré, cadré par la fenêtre, est l’image que mon regard aura le plus photographiée. La vue de ma vie.

sophie-calle-20625_1.jpg

Les textes sont tirés du livre DES HISTOIRES VRAIES de Sophie CALLE paru aux éditions ACTES SUD

Les photos sont pour la plupart visibles dans le livre.

Sophie CALLE est née en 1953 à Paris.

sophie_calle.jpg

22:31 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

CAMAR(A)DE de Yannick TORLINI

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

ob_522037_is-couv-torlini.jpgPar glissements, par sens superposés, par glissades de sens, en de longues phrases qui portent sens, Torlini réussit à brasser ce que les deux thèmes du mot-valise-titre mettent en évidence : la mort au bout du compte pour tout être aimé, sensible.

Par assauts de lucidité, le poète dévide une philosophie de vie qui le pousse à retenir toutes les aspirations, toutes ces « respirations » du monde, le vivre, le jouir.

Les images, les domaines qu’elles soulignent, foisonnent, démultiplient la vision :

camarade crasse ta semelle qui au dessin parcourt ton ombre crasse (l’ombre de ) camarade, ta semelle au vent de douleurs, ne cesse le trajet au vent ta fatigue extrêmisée jour finissant + attente

Les ellipses, les ruptures de constructions sont nombreuses et sollicitent nos sens :

et rien d’autre que la respiration : enfin la. respiration (pas de). ni ce désert que tu nommes cors arase. rien d’autre que : la respiration dans. la respiration, camarade.

Cette poésie tire parti des silences, des blancs, des mots ressassés et d’un rythme très personnel, déjanté, déchiqueté pour dire, se dire.

LEVURE-5-PANORAMA-YANNICK-TORLINI.jpg

Ce recueil annonce un beau travail sur la langue et la gravité de thèmes proches de l’auteur. Le poète fore, loin, répète, relaie, relie, ose des ponts sévères entre les mots et crée un réseau, certes difficile, complexe, où le lecteur se sent dans un risque de tous les instants, comme s’il redécouvrait sa propre langue, neuve, originale, décrassée des lieux communs.

Yannick TORLINI, CAMAR(A)DE, éditions Isabelle Sauvage, 2014, 88p., 14€.

Pour découvrir les éditions Isabelle Sauvage:

http://www.lautrelivre.fr/editeur/isabelle-sauvage

12:22 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

18/09/2014

UNE LIAISON FATALE

Goldplated-Staples.jpgCet homme n’avait jamais ressenti un sentiment aussi fort. Ce n’était pas pour un animal ou pour une injustice, ou pour la misère d’autrui. Non, cet homme eut un coup de foudre pour une agrafe.

Elle n’était pas à lui. On ne tombe pas amoureux de ce qu’on possède.

Elle était si fine, si élégante, si stylée, pour tout dire. Il aurait tout donné pour elle mais il n’avait plus rien à donner. Elle reliait un tas de documents le concernant mais comment dérober cette agrafe, se l’approprier jusque dans sa chair ?

L’homme, dans un élan incontrôlé, une poussée d’amour, brutalisa l’employé de police derrière son bureau de police et arracha l’agrafe à son bagne. Mais il ne réussit pas à franchir la porte du commissariat avec son butin, une suite de balles l’en empêcha qui le figèrent, comme qui dirait, à jamais.

Six balles, tout un barillet, qui s’enfoncèrent dans plein d’organes encore sains, bousillant tout sur leur passage non annoncé.

Il mourut rapidement, avec cette agrafe furieusement aimée qu’il tenait dans sa paume si fort serrée qu’elle resta accrochée à sa peau jusque dans la terre où on l’inhuma.

Il en est ainsi des grandes et fugaces amours...

Ses précédents coups de cœur pour des enclumes, marteaux, tenailles, couteaux de boucher… n’avaient été fatals que pour leurs propriétaires qui s’étaient idiotement interposés entre les objets de sa fougue et lui. 

21:00 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

16/09/2014

TROIS POÈMES À CROQUER

fraise-10ml.jpg

Fraise

 

Le mot fraise

À lui seul

Crée une île rouge

 

Avec tes lèvres

Pour unique radeau

Cheminer sur l’eau

 

Abattre la pirate

Qui est en toi

Pour gagner ta bouche

 

Hisser le drapeau blanc

D’un baiser 

Lent comme un abordage

 

 

1393198921.jpg

 

 

Manger

 

 Tu veux me manger

Tu ne dis pas quand

Ni dans quel restaurant

 

Je vais te faire grossir

J’ai beaucoup de calories

Et la viande trop blanche

 

A force de manque de soleil

J’ai de la graisse

Et je manque de grâce

 

Sinon dans mes rêves

Mes désirs de ballerine

Enfouis dans mes cerfs-volants

 

Aurai-je le temps de goûter tes lèvres 

Je risque de passer bien vite

De ton palais à ton œsophage

 

Tu veux me manger

Mais as-tu faim vraiment

Ou c’est pour passer le temps

 

Allez, je m’habitue à l’idée

De m'étaler dans ton assiette

A côté d’une belle serviette

 

D’une table bien rangée

Et j’imagine - tu es si délicate -

D’un portrait de moi en pied 

 

Tu veux me manger

Tu ne dis pas quand 

J’attends tes dents !

 

 

6501283-macro-close-up-of-a-beautiful-female-mouth-eating-a-fresh-strawberry.jpg

 

 

Les solidarités monstrueuses

 

On a dû te dire

Que la solidarité est sérieuse

Entre gens de bonne compagnie

 

Quand tu es entrée

Dans la chambre aux plaisirs

Un sourire au bord des lèvres

 

Quel bonheur de lire Sade

Entre les jambes d’une bayadère   

Sans savoir rien de son trépas !

 

On a dû te dire

Que la solidarité est monstrueuse

Entre gens de mauvaise compagnie

 

Quand tu es sortie  

De la chambre aux horreurs

Un filet de sang au bord des lèvres

 

Mais on va dans la vie

Sans apprendre ce genre de choses

Qu’aucune école n’en saigne

 

Si bien que la mort vous cueille

Toujours au seuil de l’innocence 

Avec des rêves à peine ouverts

 

 

dyn010_original_150_210_pjpeg_2528066_ea0f0c9aaa45c110b05c3f64fe8c71f4.jpg

16:39 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire, Bad romance | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | |

14/09/2014

EXPOSITION Salvatore GUCCIARDO à VILLE 2 à CHARLEROI

10670280_10204356311729271_7871477072506967649_n.jpg?oh=067edf863226f5673fbe3abad766a05f&oe=548A10BD

Salvatore GUCIARDO exposera une centaine de tableaux

dans le centre commercial VILLE 2 de CHARLEROI

du 15 au 27 septembre 2014.

 

On pourra, de plus, découvrir le peintre au travail  les mercredi 17/9 - vendredi 19/9 - samedi 20/9 - mercredi 24/9 - vendredi 26/9 et samedi 27/9 entre 10 et 19 heures.

10515361_10204171645552732_9128730564324519728_o.jpg

 http://www.salvatoregucciardo.be/

http://www.ville2.be/

21:08 Écrit par Éric Allard dans Rendez-vous | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

MON QUARTIER + ENNUI ENNUIS de Denis BILLAMBOZ

 Mon quartier

  

Il était beau mon quartier

Il chantait des airs inconnus

Il était brun, il était blond

Il sentait bon l’aventure

  

Il a perdu ses couleurs

Il est triste, il est sombre

Les corbeaux hantent ses rues

Il pue l’intégrisme à plein nez

  

Seule la blanche des dealers

Accroche son sourire

Dans ce monde obscur

De la religion trop pure

 

Tout le monde a peur

Chacun se cache

Sous une barbe

Sous un voile

  

Il était gai mon quartier

Il est triste mon quartier

Il était vivant mon quartier

Il sent la mort mon quartier

 

maison-de-banlieue.jpg

 

Ennui ennuis

  

Le temps passe

            lentement

Se délasse

                   tranquillement

Se prélasse

                douillettement

 

Je vois le ciel

   pâlir

J’entends la pluie

               S’enhardir

Je m’ennuie

            A mourir

 

Encore un jour

             De grisaille

Un autre jour

             Sans travail

Mon amour mon amour

                      Je suis sur la paille

  

daniel-bouzard-portrait-banlieue.jpg

Photos de Daniel Bouzard

http://www.galerie-photo.com/daniel-bouzard.html

14:20 Écrit par Éric Allard dans Textes de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

13/09/2014

POLYNÉSIE PERDUE

images?q=tbn:ANd9GcT_ddUXkAkJvfBlFHp20RLKL0hSoL621ZyrfNYbwvC0D9TCtbkJ6OLdfApar Denis BILLAMBOZ

En 2011, au Salon du livre de Paris, l’année où l’Océanie était à l’honneur, j’ai acheté quelques livres de littérature polynésienne bien trop méconnue en Europe et notamment en France métropolitaine. J’ai déjà eu l’occasion de présenter quelques-unes de ces acquisitions, aujourd’hui, je voudrais consacrer ma publication à deux auteurs qui ont ardemment milité pour défendre leur culture et leurs traditions ancestrales sévèrement agressées par l’intrusion des mœurs et de la culture des colonisateurs et des puissances anglo-saxonnes Nous regardons toujours ces îles paradisiaques avec des yeux de touristes émerveillés, nous pourrions l’espace d’une lecture essayer de comprendre ce que ressentent les autochtones devant l’invasion des Occidentaux.

 

Pambrun_5.jpgLE BAMBOU NOIR

Jean Marc PAMBRUN (1953 – 2011)

Ce livre a, pour moi, une petite histoire, je l’ai acquis au Salon du livre de Paris 2011 des mains mêmes de la fille de l’auteur décédé seulement une quinzaine de jours avant l’ouverture de cette manifestation. J’ai donc lu ce texte avec une émotion particulière. Il raconte environ vingt années de la vie d’un jeune Tahitien en neuf chapitres rapportant chacun un événement particulier dans un temps et un lieu à chaque fois différent.

Ce jeune Tahitien a quitté son île pour découvrir le monde, s’ouvrir aux autres, rompre le confinement insulaire. Au Quartier Latin à Paris, à l’Ecole Nationale des Beaux Arts, il suit sans grande conviction des cours de dessin, il ébauche une esquisse qu’il ne sait pas terminer, il préfère refaire le monde avec ses amis ou l’amour avec la rousse Agathe puis avec sa compatriote Miri. Il est très engagé contre la France colonialiste, capitaliste et fabricante des bombes nucléaires testées dans sa région. La virulence de ses positions provoque la perte de sa bourse d’étude, il rentre donc au pays où il devient un architecte reconnu, viveur, qui s’écarte progressivement de son idéal. Il voulait que son pays ait une autre image que celle véhiculée par les agences de voyages et autres vendeurs de séjours de rêve et que ces concitoyens cessent de s’agiter dans une gesticulation revendicative qui ne faisait pas avancer leur cause. Lui défendait un retour aux valeurs originelles et authentiques à travers l’architecture des maisons traditionnelles pour retrouver l’art de vivre des anciens et le vrai lien qui unit le Polynésien à son sol.

Le texte raconte la vie de ce héros qui s’écoule entre ses rêves prémonitoires et la transcription sur son esquisse des événements annoncés quand ils ont été vécus. Cette esquisse devient ainsi le fil rouge de sa vie et, quand elle sera devenue tableau, il aura trouvé le chemin de son existence. Mais avant de trouver ce chemin, il devra affronter sa destinée, ou ses convictions personnelles, seul contre tous, sa famille, son ami et employeur, ses collègues de manifestations, les pouvoirs publics et même Gaston Flosse et Oscar Temaru, les deux grands rivaux politiques du Territoire.

Photo-JMarc-2006-2008-640x480.jpg

Un livre militant, politique, engagé jusqu'à la caricature, où l’on retrouve les messages habituellement diffusés dans presque tous les textes revendicatifs des indépendantistes de tous les territoires injustement occupés et des manifestants hostiles au nucléaire. Le héros est un combattant convaincu, prêt à tout sacrifier, y compris sa famille, pour défendre l’intégrité de son île mais un combattant hypersensible à la faiblesse lacrymale affirmée.

Au bout de son engagement, il découvre la corruption institutionnalisée au plus haut sommet du Territoire par des hommes qu’il n’hésite pas à citer et que nous connaissons jusqu’en métropole. Par un long plaidoyer, il invite ses concitoyens qui acceptent sans vergogne aucune de brader leurs traditions et leurs valeurs ancestrales pour adopter un mode de vie importé par le pays colonisateur, à se méfier du temps qui défait tout : l’amitié, le couple, la nature, … quand on ne respecte pas le passé pour construire le futur. La vie n’est que ce temps entre le rêve prémonitoire et la transcription sur l’esquisse de l’architecte.

Mais comment relier le héros, le narrateur et l’auteur ? Comme le narrateur cite nommément certains hommes politiques, on peut décemment penser qu’il est de connivence avec l’auteur dont les idées ne sont peut-être pas totalement étrangères à celles du héros. Mais comme Jean Marc Pambrun est décédé, il ne pourra plus jamais nous éclairer.

 

Hiro_Isidore.jpgPOÈMES DU TEMPS

Isidore HIRO (1947 - ….)

Ce court recueil de poèmes est introduit par la généalogie et une biographie de l’auteur car « c’est notre façon traditionnelle de procéder : celui qui va parler se présente, dit d’où il vient, qui sont ses ancêtres, qui il est. Il n’y a pas d’anonymat chez nous (en Polynésie) ». Isidore Hiro nous rappelle ainsi le lien très fort qui unit l’homme à sa terre, on doit se présenter en disant d’où l’on vient et d’où viennent ses parents. Il n’écrit pas spécialement pour faire œuvre de littérature mais surtout pour rappeler aux Polynésiens, ceux de Moorea notamment, où il est né et où il est revenu pour terminer sa carrière et vivre sa retraite, qu’ils appartiennent à un peuple qui a une terre, une langue, une culture et qu’ils sont en train d’abandonner tout cela devant la modernité apportée par ceux qui se sont approprié cette terre qui ne leur appartient pas. C’est une leçon de bonne conduite polynésienne. « Puisse ces textes redonner courage et espoir à ceux qui luttent pour conserver leur identité et donner ou redonner à d’autres le goût de leur culture et de leur langue si précieuses et irremplaçables ».

Le temps est aussi une grande préoccupation de l’auteur, « j’ai écrit pour parler du Temps : l’ancien temps, le temps présent et le temps à venir… » car le temps est immuable, seuls, les hommes changent et en Polynésie, ils ne changent pas pour la bonne cause, pour la défense de leur identité.

2243015485_84d903a9be.jpg

« Ô, toi le temps,

Tu es toujours le même

Dans les temps anciens,

Hier,

Aujourd’hui,

Demain et après demain,

Et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps. »

La modernité a envahi la Polynésie comme elle a submergé le reste du monde et Isidore Hiro cherche à stigmatiser cette déviance :

« C’est ainsi… C’est l’époque moderne.

C’est le temps des bradeurs de terres, des voleurs de terres »

C’est aussi le temps de l’inquiétude et de l’angoisse, le temps du désespoir mais peut-être aussi le temps de tout changer, de renouer avec la tradition de tout récurer pour que vive le peuple mäôhi.

« Ma culture en train de sombrer dans l’oubli,

Mon identité mäôhi en train de s’anéantir,

Le nom de mes ancêtres en train de s’effacer,

C’est l’époque du grand nettoyage. »

Ce recueil a été écrit en 1999, publié en 2000 en langue tahitienne et réédité en 2009 en version bilingue tahitien et français. Je l’ai acheté au Salon du livre de Paris, l’année de l’Océanie.

11:45 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

11/09/2014

SADE, SAND, SANDRA, SANDRARS...

55916892.jpgCet écrivain qui ne savait pas lire recopia toute sa vie avec application et à l’exemple du Pierre Ménard de Borgès des manuels d’écriture complets. 

Au bout de sa vie d’écrivain, sa bibliographie imposante comprenait, à côté de romans jeunesse fameusement niais, des Andriat, Anouilh, Andouille, Barthes, Bataille, Batman, Char, Charneux, Chardonne, Chardonneret, Camus, Carroll, Colette, Céline, Dion, Drillon, Dumas, Duras, Ducasse, Faulkner, Flaubert, Faudel, Djian, Giono, Gide, Ginette,  Janvier, Juin, Juliet, Kafka, Kessel, Kerviel, Lamartine, Lharmonica, Larbaud, Larbin, Maurois, Mauriac, Mauricette, Norge, Nothomb, Nizan, Néant, Ormesson, Orsenna, Onrmessa, Pascal, Pagnol, Panini, Ping, Ponge, Pons, Pilate, Proust, Prost, Ronce, Ronsard, Rousseau, Rosset, Roussette, Sartre, Sade, Sand, Sandra, Sandrars, Tardieu, Toulet, Tournier, Tour & Taxis, Vian, Vialatte, Violette, et j’en invente…

Quand on l’attaquait sur le peu d'originalité, la légèreté de certains de ses modèles et l’éclectisme outrageant de sa propre oeuvre, il répondait que pour la  créativité, la fantaisie et l’improvisation, il avait bien assez avec sa vie de tous les jours.

09/09/2014

LA POSITION DE L'AUTEUR au moment de la dédicace

 La certitude est le savoir du sot

Georges Elliautou

 

signing.jpgCet auteur en séance de dédicaces a le geste sûr. Ni trop appuyé, ni trop relâché. L’axe de la tête formant avec la ligne du buste un angle de 33°. Le geste du tireur à l’arc appliqué au livre ! Il sait où il va, il sait ce qu’il a à dire et comment le dire. C’est qu’il a l’habitude de dédicacer dans toutes les foires & kermesses, dans toutes les librairies & boutiques…

On vient de loin pour le voir faire. On le prend en photo, on le filme, sous toutes les coutures, on veut l'angle de vue inouï pour le répercuter sur les réseaux sociaux. On lit religieusement ce qu’il a griffonné sans toujours comprendre son écriture de chiotte, ou de médecin, c’est selon. Ce n’est pas la graphie qui compte chez l’auteur en dédicaces, on l’a compris, mais la position, la façon de se positionner en tant qu’écrivain.

Cette façon même de porter le regard sur le livre avant de s’en emparer, de tourner la couverture, d'effleurer sans prendre. Sans parler de son entrée sur l’aire de dédicaces, sa manière de plier la chaise à sa volonté de s’asseoir, cette façon de regarder par-dessus ses lunettes d'écriture entre bienveillance et mépris pour s’informer du prénom du dédicataire, ce sans livre qui n'a jamais dédicacé.

On l’a même écrit : « Décomposition d’un geste parfait » s’est vendu à quelques centaines d'unités d’exemplaires. On a oublié de qui il était sinon qu’il portait sur l’auteur en dédicaces, tel qu'on est arrivé à le qualifier.

Les ateliers d’écriture de cet auteur sont très courus. On y rencontre des écrivains confirmés mais qui doutent toujours, se demandant pourquoi on les lit, ainsi que des auteurs aspirants qui rêvent de dédicacer. Tous répètent et répètent, absorbés par leur projet un rien démesuré, trop vaste pour eux.

Les esprits chagrins disent que les participants singent le geste du maître, qu’ils n’auront jamais son maintien pénétré, sa technique infaillible, son style inimitable et, pour tout dire, la classe de cet auteur en dédicaces que le monde littéraire envie.

Non content d’être l’auteur en dédicaces le plus admiré de sa région, cet homme qui ne craint pas les défis toujours plus subtils a décidé de devenir l’auteur qui, en interview, déclare avec le plus de conviction – et sans rire: « mon livre, mon éditeur, mon œuvre… »

Agnes OBEL

3257177_89e2db34-3cf8-11e3-a866-00151780182c_640x280.jpg

Agnes OBEL est née au Danemark en 1980. Son premier album, Philharmonics, est sorti en 2010, le second, Aventine, en 2013.

Influencée musicalement par Debussy, Ravel, Satie mais aussi par Joni Mitchell, Elliot Smith ou Roy Orbison, elle déclarait en 2010 à Télérama: "La musique orchestrale ou symphonique ne m'a jamais spécialement intéressée. J'ai toujours été attirée par les mélodies toutes simples, presque enfantines. (…) J'ai d'ailleurs mis longtemps avant d'écrire des textes, les airs que j'aime me semblent déjà raconter une histoire, projeter des images."

Deezer session

1. Run Cried The Crawling 

2. Aventine à 5'26 

3. Chord Left à 9'51 (instrumental)

4. Fuel to fire à 12'20


PHO12265c54-bb44-11e3-a96d-bba10eb9eb3f-805x453.jpg

agnes.jpg

 http://www.agnesobel.com/

11:06 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles!, Scandinavian Songs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |