LES BELLES PHRASES

  • LE DILETTANTE OUVRE SON CATALOGUE 2017

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Avec deux ouvrages sortis le 18 janvier 2017, Le Dilettante a ouvert son catalogue pour cette nouvelle année littéraire. Bill D’Isère propose un roman reconstituant le fameux enlèvement d’un transport de fonds dans la région lyonnaise en 2011 en s’intéressant principalement à la personnalité et au parcours de celui qui aurait pu être l’auteur de cet impressionnant détournement. Hélène Couturier quant à elle évoque la condition des femmes toujours amoureuses de leur mari qui cherchent un peu de fantaisie ailleurs.

     

    9782842638894FS.gifTEDDY LE KOSOVAR

    Bill D’ISÈRE

    Le Dilettante

    Lire c’est s’exposer à d’étranges coïncidences. Ainsi, devant effectué un voyage en train assez long, je m’étais muni d’un livre assez copieux, un livre qui relate le vol d’un véhicule de transport de fonds dans la région lyonnaise en 2010, et, en rentrant chez moi, j’apprends que ce jour même, un autre véhicule de la même société transportant cette fois de l’or industriel a été braqué près de Lyon lui aussi. Etonnant non ? J’étais coincé entre l’actualité qui tournait, ce jour, autour du vol de l’or et ma lecture qui me ramenait à la disparition d’un véhicule rempli de billets de banques.

    Bill d’Isère qui n’est pas Bill mais est bien d’Isère, réinvente à sa façon l’affaire du vol de ce véhicule de transport de fonds commis par un employé de la société délestée « un beau jour d’automne 2010 ». La victime ayant purgé sa peine, nous devons éviter d’évoquer tout ce qui pourrait permettre de la reconnaître. Bill consacre peu de pages au déroulement des faits qui sont bien connus maintenant et qu’il est facile de retrouver à travers des livres, films et sites Internet… le sujet a fait couler beaucoup d’encre et de salive et généré une petite montagne d’octets sur les fameux réseaux dits sociaux. Bill concentre principalement son texte sur la personnalité et la parcours de ce jeune homme issu de l’immigration qui, un jour sans raisons apparentes, bascule dans la délinquance, grande par le montant du forfait, plutôt banale par les moyens mis en œuvre.288.jpg

    La première préoccupation de l’auteur a été de transformer son héros en le dotant d’une nouvelle identité, d’un arbre généalogique plus exotique et d’une jeunesse chaotique. Ainsi, le voleur devient Mirosh pour sa mère, Michel pour l’état civil français et Teddy pour la presse et le grand public. Il serait le fruit de l’escapade de sa mère à Cuba. Elle vivait dans l’Albanie très fermée d’Hojda, elle eut la chance de pouvoir participer à un transport présidentiel à Cuba où la douceur des îles, les flèches du soleil, le sang chaud des autochtones l’invitèrent à laisser une large place à la gaudriole. Elle revint donc de Cuba avec une petite graine bien plantée au plus profond de son être. Elle comprit que son avenir en Albanie était très compromis, elle imagina alors un stratagème audacieux pour fuir le pays dans un conteneur de chemises. Arrivée en France, elle fut accueillie comme réfugiée et bientôt mère d’un joyeux bambin qu’elle éleva du mieux qu’elle put jusqu’à ce qu’elle rencontre un nouveau conjoint qui voulait faire le bonheur du gamin contre sa volonté. Commence alors un long cheminement qui conduit directement le môme aux premiers larcins, au chantier de rééducation puis à mille petits boulots tous moins lucratifs les uns que les autres, qu’il dégote surtout grâce tout ce qu’il a appris quand il fréquentait l’école des gitans en quête de quoi vivoter.

    Et puis il trouve enfin un job stable, payé régulièrement : convoyeur de fonds, il travaille consciencieusement jusqu’au jour où définitivement saturé par le comportement des patrons, des riches, de ceux qui ceux qui donnent les ordres et les punitions, il décide de se venger de toutes les humiliations subies en se barrant avec le camion plein de beaux billets de banque. La suite vous la connaissez, le grain de sable qui fait capoter le plan le plus efficace tellement il est simple, la reddition, le jugement, l’appel, la taule sans remise de peine ou presque, la libération mais pas la liberté car dehors les flics le traquent sans cesse, ils veulent trouver les quelques millions qui manquent dans le camion et qu’ils croient qu’il a planqués. Mais Bill, il ne tombe pas dans le piège de la reconstitution, il invente une fin grandiose au nez et à la barbe de tous les flics de France.

    Bill d’Isère a repeint cette histoire très médiatisée aux couleurs de Frédéric Dard dans une ambiance à la Guyard, j’ai pensé à son roman : « Soudure » où les malfrats, comme ceux de Bill sont surtout des victimes du système (le fameux système qui ronge tout le monde et que tous les politiciens veulent changer avant chaque élection) qui profite uniquement à ceux qui possèdent déjà trop pour être tranquilles comme les policiers qui auraient bien pu étouffer les quelques millions qui se sont évaporés avant que la camion soit officiellement retrouvé mais ça c’est Bill qui nous le glisse en douce, entre les lignes, nous on ne sait rien.

    Le livre sur le site du Dilettante 

     

    9782842638795.jpgIL ÉTAIT COMBIEN DE FOIS

    Hélène COUTURIER

    Le Dilettante

    « Combien de fois tu m’as trompé ? » La question est brutale, elle cingle comme un coup de fouet, Mathilde ne l’attendait pas, elle n’a même pas l’intention d’y répondre mais Jo s’acharne, revient à la charge, alors elle ment, comme elle l’a toujours fait, avant de comprendre que son mari essaie de lui faire endosser la responsabilité de leur séparation qu’il va lui annoncer. Elle n’avait pas envie de cette rupture, elle avait trouvé un équilibre entre son mari et ses amants, elle était même restée fidèle pendant huit ans avant de trouver sa vie un peu monotone se lassant de la rigueur de son mari alors qu’elle aime la fête, la nuit, les rencontres imprévues, les émotions fortes.

    Jo veut des comptes qu’elle ne peut même pas lui fournir, elle ne compte pas, elle pourrait tout juste lui raconter ses errances dans les calle barcelonaises, dans le quartier des pakis, des dealers et des prostituées. Et, ce soir, pour éviter de lui répondre, elle part pour une nouvelle odyssée dans ce quartier de la marge où réside son fournisseur, où elle pourrait trouver un homme pour finir la nuit.Couturier.jpg

    Le plume d’Hélène Couturier court aussi vite que les escarpins de son héroïne sur l’asphalte de Barcelone quand elle part en bordée dans les quartiers interlopes à la recherche de stimulants aptes à lui fournir l’énergie et l’excitation nécessaires pour faire la fête jusqu’au bout de la nuit. Mais ce soir, son odyssée n’est qu’une vaine errance, elle réalise alors que son mari lui manque, qu’elle s’en passera difficilement, qu’elle n’est plus la belle jeune femme qu’elle a été, que son potentiel de séduction a diminué et qu’il diminuera encore sérieusement dans les années à venir. Jo voulait des comptes, elle n’avait qu’un conte à lui offrir.

    Ce conte c’est l’histoire de bien des femmes de cinquante ans qui ont été de belles filles, de belles jeunes femmes, des épouses qui ont séduit des hommes élégants, plein de charme, qui ont élevé un ou deux enfants et qui, vers la quarantaine, s’ennuie auprès d’un mari qui essaie de faire carrière et

    qui commence à lorgner vers des femmes plus jeunes. Alors maintenant que le sexe ne conduit que très rarement à la procréation, il peut offrir divers plaisirs avec d’autres hommes, pas forcément toujours les mêmes, pas forcément des amants attitrés, seulement des hommes charmants, attentifs, attentionnés qui n’ont nullement envie de s’attacher à une femme, mais seulement envie de passer de bons moments avec des femmes indépendantes, autonomes, sensuelles, cultivées et très peu encombrantes Des femmes juste pour le plaisir qui cherchent des hommes juste pour le plaisir.

    Ces femmes ne veulent pas pour autant laisser leur amour en déshérence, elles veulent juste séparer le plaisir sexuel de leur vie sentimentale, elles aiment leur homme et leur famille, elles aiment leur job et la vie qu’elle mène, elles voudraient juste que leur homme ne les enferme pas dans le sempiternel dilemme :

    « Trop de morale pas de sexe

    Trop de sexe pas de morale ».

    Un livre qui intéressera bien des femmes mais aussi des hommes, tous ceux qui cherchent à faire la part du sexe dans la vie et dans l’amour et surtout ce que le sexe peut apporter pour sortir de la monotonie qui s’installe progressivement dans presque tous les couples.

    Le livre sur le site du Dilettante

  • L'AUTEUR IDÉAL et autres histoires d'écrivains

    La littérature est une planète habitable
    Éric Chevillard

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    L’ AUTEUR IDÉAL

    Cet éditeur rêvait une fois encore de l’auteur idéal : beau et bon, aimable, humble et doué de tout le talent nécessaire pour remporter un grand prix d’automne quand son rêve devint réalité. L’écrivain était là, bien réel, l'éditeur pouvait le toucher partout et même lire dans ses pensées qu’il rêvait une fois encore de l’auteur idéal…

     

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    LES HÉTÉRONYMES

    Cet écrivain avait tellement d’hétéronymes qu’il ne savait plus qui était qui et qu’il lui arrivait même, en interview, parlant au nom d’un d’entre eux, de pourfendre l’œuvre d’un autre.

     

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    UNE BIBLIOGRAPHIE NAUSÉABONDE

    Son premier roman, La Corbeille, passa inaperçu. La Poubelle fit un four ; La Décharge se révéla un échec cuisant, L’incinérateur, un feu de paille. Heureusement son chef d’œuvre, Déchet Vide Ordure, qui eût enflammé la critique mais brûlé n’importe quel éditeur, est resté inédit.

     

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    UN BARON DES LETTRES

    Cet écrivain qui ne croyait pas à la littérature parvint malgré lui au sommet de la pyramide littéraire et se mit alors aimer le pouvoir des mots. Aujourd’hui qu’il est un baron des Lettres reconnu, secondé par une armée de sectateurs et de conseillers fort payés, il est devenu indétrônable. Même mort depuis longtemps, ses affidés nient la triste réalité et, pour prolonger son souvenir, publient leurs plus beaux livres sous son  nom.

     

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    LA SERIAL LISEUSE

    Cette lectrice préférait le corps des écrivains à leurs livres tant qu’ils étaient vivants. Elle tenait à connaître leur goût, éprouver leur texture, sonder leur profondeur. Après leur mort, qu’elle provoquait, elle lisait autrement leurs ouvrages. Car elle voulait les lire de son vivant à elle. Même si, de la sorte, elle abrégeait leur œuvre mais aussi (à toute chose malheur est bon) leurs dispersion en commentaires oiseux sur les réseaux sociaux.

     

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    L’ÉCRIVAIN BIDON

    C’est le propre de l'écrivain bidon de faire beaucoup de bruit avant que ses livres-poubelles ne soient, à l’aube,  embarqués par les éboueurs.

     

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    LES LIVRES PARLENT

    Un jour, les livres se mirent à parler, à se dire. Ce fut d’abord quelques murmures dans telle librairie de province, dans telle bibliothèque de village, sur tel rayonnage de particulier. Mais la rumeur se propagea : telle une épidémie, elle se répandit à tous les lieux enfermant des livres auxquels on ne put plus accéder qu’avec des écouteurs branchés sur du stoner rock ou muni de protections auditives puissantes. De nombreux libraires et bibliothécaires ainsi que des lecteurs imprudents qui ne s’étaient pas prémunis perdirent l’ouïe. D’autre part, ils peuvent maintenant se rendre aux lectures publiques sans crainte d’être indisposés par la mauvaise diction, l’accent épouvantable de tel premier prix de conservatoire autoproclamé de la lecture à haute voix qu’un brave traducteur en langue des signes rompu aux borborygmes du mal disant convertit en langage nettement plus compréhensible.

      

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    SANS NOUVELLES

    Cet écrivain mégalomane dont le monde littéraire était sans nouvelles depuis sa précédente publication il y a six mois vient de faire une spéculaire réapparition en couverture d’une autopublication de la rentrée littéraire.

     

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    ATTENTION, DANGER !

    Ce libraire prenait soin de délimiter le rayon poésie de sa boutique par des panneaux de danger. Plusieurs fois des lecteurs imprudents avaient été pris d'effroi en constatant l’endroit où ils avaient malencontreusement abouti et leur prise en charge avaient nécessité les soins d’un psychologue spécialisé dans les traumas littéraires. 

     

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    L’OGRE DES LIBRAIRIES

    Dans les librairies de ce pays, les livres vinrent à manquer. On constatait la disparition de rayonnages entiers, parfois même de toute une section. Plus trace soudain des livres de cuisine, des manuels de bien-être, de littérature marclévyesque, de thrillers danbrowniens, de romans feel good, de carnets luisants de mots léchés, d'ouvrages de pataphysique pour les nuls, de recueils de poésie du routard ou de volumes de maths financières. Une enquête initiée par le Fonds des Lettres mais surtout un système de caméras surveillance infaillible conclut à l’existence d’un dévoreur de livres.

    Ce bâfreur restait introuvable malgré une faim gargantuesque qui décimait des librairies entières, plongeant les boutiques de livres papier au bord du dépôt de bilan.

    C’est par hasard, bien des années après la disparition de toute librairie, qu’on retrouva l’ogre, haut et gros comme un Atomium, recouvert d’un manteau de miroirs pour passer inaperçu, explosé par un éclatement stomacal, étendu sur l’esplanade de la Bibliothèque Nationale, d’où par ses monstrueux orifices s’échappait un sang d’encre qui rejoignait par les rues de la ville un fleuve de phrases immondes où des cadavres puants de lecteurs dérivaient depuis des années...

     

    E.A.

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  • BOUDDHA et autres textes mous

    LES MOIGNONS (VII)

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    Bouddha

    Le Bouddha est un homme-tronc comme les autres. Il a fait le deuil de ses membres, de tout mouvement associé, de préhension comme de déplacement. Il a intégré la notion de mouvement: il roule pour lui-même. On ne verra jamais un Bouddha tracer vers le marchand de journaux, vers son bureau ou le club de fitness. Ayant atteint l’éveil en semblant n’avoir pas dormi mille nuits d’affilée, il semble enraciné dans sa position de lotus jusqu’à la fin des temples. Il sommeille assis, il rêve éveillé. S’il s’élève, ce n’est pas de plus de quelques centimètres du sol. Le Bouddha dort et parle en dormant. Il raconte ses rêves et ses rêves font loi. C'est une sorte d’analyste froid, qui note et empoche. Parfois il jette ses membres à qui en veut. Il rit sous cape en voyant ses adeptes essayer de les saisir au vol, prendre toutes les postures de la lévitation.

    Le Bouddha est un homme-tronc comme les autres. Il soigne, il polit ses moignons. Et qu’on ne vienne surtout pas l’empoigner !

     

     

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    Les maîtres

    Le maître des horloges ne maîtrise pas tous les temps. Le maître des clés s’est fait tromper par une serrure. Le maître des ambassades n’a pas prise sur le pays entier. Le maître du suspense se lasse des intrigues. Le maître des bains ne supporte pas les jacuzzis. Le maître des rires ne supporte pas qu'on s'esclaffe. Le maître des enterrements mourra un jour. Le maître des emportements s’est laissé embarquer par le courant. Le maître des accents porte un chapeau. Le maître des identités ne sait plus qui est qui, qui il est, qui quoi qu’est-ce. Le maître des fentes ne connaît pas toutes ses failles. Le maître des peines d’amour souffre d’infidélité chronique. Le maître des textes n’aime pas celui-ci (qui l'en blâmerait?). Le maître de la conduite sans points n’a pas de suspension.

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    Les mers

    Il collectionne les mers, il en a des centaines. Des roses, des vertes, des mal peintes, des bien dessinées. Des rondes, des en cube, des très froides, des toutes chaudes, des qui descendent les montagnes, des qui montent au ciel. Des normales qui font des vagues et de l’écume, des spéciales qui font du lait et des légumes comme vaches ou jardins. Des quelconques en forme d’œuf ou de poire, des plus curieuses en forme de coquilles ou d’autos tamponneuses. Des qui piquent ou qui sonnent, des qui font des peluches ou la fine bouche. Des effacées, des extravagantes, des un peu sottes, des carrément givrées. Des grosses, des fines, des puantes, des parfumées. Mais celle qu’il préférait, c’est sa mer noire aux reflets nacrés, celle qu’il prend au petit déjeuner avec des brassées de pain complet léger et des sucres comme des banquises fondant au soleil.

     

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    La motte

    Quand je pars en exploration dans une motte de beurre, j’en ai pour ma journée. Une motte de beurre, on n’en a jamais fait le tour; il reste toujours quelque chose à découvrir: une pente à descendre, un versant à escalader, un boyau à découvrir, un grain de sel à détailler, une mollesse qui ne ressemble à aucune autre mollesse, un jaune très jaune, un filet zébré tirant étrangement vers le blanc de la crème de lait baratté qui a sa source dans la vache et le fermier qui la  trait avec toute la poigne de l’homme avide de prendre son plaisir là où il s’en trouve. Point à la ligne et retour à la ferme.

     

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    Rêver dur

    Je fais des rêves durs qui font mal à mes nuits. Je dois avoir un problème de transfert onirique. Je devrais changer mon système d’interprétation des songes. Au matin, j’ai des douleurs de crâne, je peine à réaliser que c’est le jour. Je marche sur des fantasmes.  Je piétine des chimères. J’écrase un ou l’autre cauchemar. J’irréalise, je m’illusionne, j’imagine des rêves mous aux claires formes qui glisseraient de la nuit au jour comme une ombre chère. Je pleure, je crie, je suis malheureux comme une pierre mais rien n’y fait. Je fais toujours des rêves durs comme un calcul sur la tombe d’un aérolithe. Comme un moellon sur la stèle d’un galet. Comme une épave de paquebot sur le cénotaphe d’une baleine.

     

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  • BLEU DE BLEU de JEAN MOGIN

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    Quand j’ai besoin de bleu,

    Quand j’ai besoin, de bleu, de bleu,

    De bleu de mer et d’outre-mer,

    De bleu de ciel et d’outre-ciel,

    De bleu marin, de bleu céleste ;


    Quand j’ai besoin profond,

    Quand j’ai besoin altier,

    Quand j’ai besoin d’envol,

    Quand j’ai besoin de nage,

    Et de plonger en ciel,

    Et de voler sous l’eau ;



    Quand j’ai besoin de bleu

    Pour l’âme et le visage,

    Pour tout le corps laver,

    Pour ondoyer le cœur ;



    Quand j’ai besoin de bleu

    Pour mon éternité,

    Pour déborder ma vie,

    Pour aller au-delà

    Rassurer ma terreur

    Pour savoir qu’au-delà

    Tout reprend de plus belle ;



    Quand j’ai besoin de bleu,

    L’hiver,

    Quand j’ai besoin de bleu,

    La nuit

    J’ai recours à tes yeux.

     

     

    Jean MOGIN (1921-1986)

    La Belle Alliance (1963)

     

    QUELQUES CHANSONS BLEUES...




























    LE BLEU KLEIN 

    LE BLEU AU CINÉMA


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  • L'EXAMEN

    image.jpgLe jour de l’examen était arrivé et le professeur était fébrile. C’était un jour d’examen exceptionnel, un de ces jours qui comptent dans une vie.

    Le professeur se tenait à l’entrée de l’amphithéâtre pour accueillir les étudiants. Pour chacun, il avait un mot, une attention. Pour chacun, il savait exactement ce qu’il devait leur dire pour les mettre en confiance, leur donner toutes les chances de réussir leur épreuve. Quand les deux cents étudiants furent installés, leur smartphone fermé, leur matériel sorti précautionneusement de leur étui ou de leur valisette, il alla s’installer au milieu de l’estrade, un peu à côté du pupitre où se tenait le micro et son portable. Il n’était pas nécessaire, cette fois, de parler et, d’une certaine façon, ça l'apaisait: il avait trop souvent jargonné.

    Chaque étudiant savait précisément ce qu’il avait à faire et le fit comme il l’avait répété pendant la période de blocus. Le professeur suivait scrupuleusement leur petit cérémonial personnel pour conjurer le stress; quand il observait un geste mal exécuté, un manquement qui pouvait leur être préjudiciable, il le leur signalait d’un regard appuyé, ou d’un raclement de gorge suggestif. L’étudiant comprenait son erreur et se corrigeait.

    Quand le professeur jugea que plus aucun doute ne subsistait sur le résultat de l’examen - c’était un homme avisé et nanti d’une longue expérience -, il donna l’ordre de départ du concours.

    Les deux cent balles de calibre 9 mm atteignirent toutes sans exception sa tête. C’était la meilleure session de sa vie professionnelle, une épreuve de prestige au final éblouissant qu'il avait eu raison de proposer; la seule aussi qu’il n’aurait pas besoin de corriger.   

     

  • L'ACCORDÉON DU SILENCE d'ANNE-MARIELLE WILWERTH (Éd. du Coudrier)

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    l-accord-on-du-silence-scan-couverture_1_orig.jpgAprès vingt recueils, Anne-Marielle Wilwerth signe ici peut-être son plus beau livre. L’écriture y coule avec grâce, densité, sensibilité, n’hésitant pas à livrer des pans plus méconnus d’un portrait saisi « dans l’encrier de l’avenir », avec ce dosage d’optimisme et de gravité.

    Avec audace et détermination, la poète signale ici un travail raffiné sur soi, sans tapage ni égotisme, livrant failles, « absence de soi-même », puisqu’il faut, dit-elle « déboutonner les inquiétudes », chercher « une vie plus souple ».

    Elle écrit selon sa formule personnelle en peu de vers pour mieux livrer la « paroi poreuse du monde », nous « faire des confidences », tout attentive à ce « poème à naître » comme un enfant qu’on soigne avec délicatesse.

    Qu’elle parle des îles (Ouessant) ou des voyages en « mémoire clandestine », l’auteur se pose des questions sur ces « joies métisses », sur « l’instant tellement palpable ».Anne-Marielle-WILWERTH.jpg

    La fluidité des poèmes (« un poème rampe sous la dune ») chante aussi bien « le chant rassurant de l’océan » que le doute d’avoir « maraudé en vain/ dans le vaste verger marin ».

    Poésie fleurie, dont les images vagabondent librement dans la nasse de notre lecture.

    Nous avons aimé la simplicité des notations (« l’invisible est semeur d’écume »), la petite musique qui honore « félinement » le « blanc », le goût « de la transhumance », « cette nomade liberté » qui enchante ces vers, comme « les joies simples de l’âme », lorsqu’on s’est « dépouillé de soi ».

    En pleine maîtrise, la poète entame un nouveau pan de sa création : bon vent à celle qui sait aussi bien écouter les silences et en faire un nid chaud de poèmes transparents.

     

    Anne-Marielle WILWERTH, L’accordéon du silence, Le Coudrier, 100p., 20€. Illustrations très réussies de Pascale Lacroix. 

    Le recueil sur le site des Éditions du Coudrier

    Bergère du silence, le site d'Anne-Marielle Wilwerth 

  • UNE RÉSIDENCE D'ÉCRITURE BIEN TENUE

    ILLUSTRATION-Fontevraud-residence-1024x577.jpegDans cette résidence d’écriture bien tenue, le soleil est changé tous les matins, la mer est passée au bleu, tous les soirs on vaporise de l’essence de muse dans les chambres pour une bonne oxygénation onirique, de la lecture labellisée est administrée aux résidents que la Société des Gens de Lettres a choisis pour se refaire une santé littéraire sans compter la petite bourse de psychostimulants marqués du paraphe de leur écrivain préféré...

  • NOS AMIES LES (BELLES) POULES par GAËTAN FAUCER

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    La poule aux oeufs dort.

     

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    J'ai découvert un texte sans coquille écrit par une belle poule.

     

     

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    Le documentaire sur la poule à poil est classée X.

     

     

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    Ma poule sans eux est très solitaire.

     

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    La poule au pot n'a pas eu de chance.

     

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    La poule de luxe ne mérite pas la basse cour.

     

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    L'étude de la poule : plumologie

     

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    Ne surtout pas la prendre pour une dinde !

     

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    Prière de ralentir devant un nid-de-poule.

     

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    La poule de mer ne vit pas à la campagne.

     

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    La faisane est une poule gradée.

     

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    La poule d'eau est un genre de poule mouillée.

     

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    La poule cougar aime les jeunes coqs laids.

     

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    Certains coqs abusent un peu trop de cocotte.

     

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    Dans la basse cour, le jeune coq joue au poulet.

     

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    C'est dans les vieilles casseroles que l'on fait les meilleures poules.

     

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    La poule aux yeux d'or.

     

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    La belle poule aime la culture... surtout le maïs.

      

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    Gaëtan FAUCER (un petit poussin)

  • LES GNOUS

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    Je me réveillai avec un e en moins au niveau des genoux. Comme toutes les métamorphoses, celle-ci eut lieu de nuit. C’est une espèce de lourdeur au niveau des jambes qui me fit me réveiller. Heureusement les gnous étaient, tout comme moi, encore endormis.

    Le gnou est un bovidé du genre connochaetes, il est herbivore et , contrairement aux apparences, il s’agit d’une antilope, comme me l’apprenait le site Wikipedia que je consultai vite via mon smartphone après avoir identifié la nature des animaux qui avait pris possession de mes rotules, et pour tout dire, s’étaient substitués à elles.

    En effet, le gnou, de prime abord ne fait pas penser à une gazelle mais à un buffle et il ne sent pas moins fort. C’étaient de petits gnous heureusement et les cornes n’étaient pas trop disgracieuses. Je me dis qu'elles valaient bien les cornes de rhinocéros. Marcher avec des gnous à la place des genoux n’est pas de tout repos, il va sans dire. Et d’abord sortir du lit s’avéra vite casse-gueule, puis descendre les escaliers s’apparenta à de la haute voltige mais ne s’habitue-t-on pas à toutes les sortes de handicaps et ne finit-on pas, même, par en tirer profit?

    Parvenu avec peine dans la cuisine, je pris mon café pour me redonner de l’allant. Je me lavai péniblement car les gnous s’étaient réveillés et réclamaient de l’attention. Il s’agissait maintenant, sinon de les dresser (avec tout le respect, il va sans dire, dû à leur espèce), de modérer leurs ardeurs, de leur faire entendre raison (cela viendrait en son temps). Je leur expliquai comme je pus que j’avais ma vie et même quelques opinions et qu’il n’était pas question que je demeure à la maison à glander.

    Je donnai cours ce matin-là sur la reproduction du ver de terre (hermaphrodite comme chacun sait) à une classe de girafes qui n’eurent d’yeux que pour mes gnous. Puis je rentrai sans repasser par la salle des profs qui sentait l’étable depuis le lot des dernières mutations survenues dans le corps professoral après la succession de désordres en tout genre subis dans le secteur. 

    Dans l’auto, les gnous s'assoupirent, mon métier de malade les avaient mis, bien tassés, sur mes genoux et je pus regagner mon domicile sans ennui. Mais quand je fus arrivé chez moi, passé le seuil, les gnous manifestèrent l’envie de se sustenter, ils n’avaient rien mangé de la journée. J’eus l’impression qu'ils avaient grandi car je dus passer la porte sur les gnous. (Une petite voix me disait bien que j’accumulais bêtement les jeux de mots mais les jeux de mots, c'est parfois l'ultime rempart avant la déraison.)

    Je trouvai ma femme dans la cuisine en peignoir et les chevaux en bataille. Elle me trouvait l’air d’un transfomer et me demanda ce qui m’était arrivé avant que je lui pose la même question. J’ai pris un jour de congé maladie aujourd’hui, me dit-elle sans mettre son propos entre les guillemets d'usage. Je lui répétai alors qu’en effet je ne l’avais pas vue à la direction de l'école durant la journée. Les chevaux sont trop lourds à porter, il me faudra quelques jours d’apprentissage, me dit-elle. Il y a une journée de formation prévue à cet effet ce week-end, lui appris-je après l'avoir lu dans le carnet d'avis réservé aux maîtres animaux.

    Après quoi nous échangeâmes à propos de la politique intérieure comme de l’expulsion de centaines d’ouvriers du bâtiment transformés en bourricots. Mais il était trop tard pour prendre attitude, pour protester contre la marche du monde, pour s’afficher unijambiste ou antispéciste, pour prendre sa carte du parti bête ou du parti ultra littéral (cela viendrait en son temps): les mulets avaient déjà quitté notre cité en direction du port pour le quai d'embarquement où était amarré l'Arche de Noé. 

     

  • TES LÈVRES, L'HIVER

    TAKE FIVE (IV)

    L’usage d’une seule métaphore

    attristerait mortellement

    la neige.

    François Jacqmin

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    Pour sortir

    dans l’hiver

    et marcher sur la neige

    je chausse mes poèmes

    de cinq vers.

     

     

    Dans la blancheur

    absconse

    de janvier

    me souviendrai-je

    de la texture de tes lèvres ?

     

    *

     

    Mon passé s’évanouit

    sous la neige.

    D’un seul cristal de glace

    solidifier

    tout l’avenir…

      

    *

     

    La chute de neige

    n’éteint pas le feu.

    Chaque flocon qui tombe

    entretient le tison

    de l’hiver.

     

     

    La couverture de poudreuse

    suffit à ta peau

    pour se protéger

    de mes baisers

    frileux.

     

    *

     

    Quand il te faut parler

    à l’hiver

    avant toute parole

    exerces-tu tes lèvres

    aux gerçures?

     

    *

     

    L’arbre insensible

    au gel

    ne voit pas

    l’oiseau de neige

    qui grésille sur la branche.

     

    *

     

    Sur ta peau si pâle

    j’imagine des luges

    arrêtées à tes seins

    incapables d’imaginer

    un vertige plus grand.

      

    *

     

    Derrière les paroles embuées

    tes lèvres, l'hiver

    donnent à espérer

    le sauna

    d’un baiser.

     

    *

     

    Le regret de la neige

    ne dure pas.

    Comme toutes les amours

    il laisse place

    à la fonte des espérances.

     

    *

      

    Sur le verglas

    flambant neuf

    du jour

    j’ai brûlé

    un feu rouge.

     

     

  • POUR COMMENCER L'ANNÉE 2017

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

    Première lecture de l’année

    Pour commencer l’année 2017, Philippe Picquier nous emmène, presque de force, en Corée du Nord, en fait c’est Vincent-Paul Brochard, l’auteur, qui nous dirige sur les traces des personnes enlevées et conduites en Corée du Nord contre leur volonté. Une question qui a défrayé l’actualité il y a quelques mois déjà avant que l’ONU condamne cette pratique. Un roman qui pourrait passer pour un témoignage.

     

    9782809712193FS.gifLE PONT SANS RETOUR

    Vincent-Paul BROCHARD

    Editions Picquier

    « Le pont sans retour », c’est celui qu’on ne peut traverser qu’une fois sans espoir de le franchir un autre jour, même très lointain, dans le sens inverse, ceux qui se rendent en Corée du Nord comme ceux qui se rendent en Corée du Sud ne feront jamais le voyage dans l’autre sens. C’est le trait d’union qui unit si mal les deux parties de la péninsule séparées depuis 1953, depuis la fin de la guerre de Corée. C’est le symbole choisi par Vincent-Paul Brochard pour concrétiser le sort de Julie Duval, l’héroïne qu’il met en scène dans ce livre, emmenée par la force et par la ruse en Corée du Nord par des membres d’un groupuscule révolutionnaire japonais réfugié dans ce pays fermé à tous pour échapper à la police nippone.

    En novembre 2002, Kim Jong Il, le dictateur coréen alors au pouvoir, a reconnu que ses services avaient enlevé un certain nombre d’étrangers notamment des Japonais, d’après quelques témoignages de très rares réfugiés, il apparaitrait qu’il y aurait eu quelques Français parmi les personnes retenues de force en Corée du Nord. Vincent-Paul Brochard à travers la fiction qu’il a construite essaie d’expliquer ce qui a conduit les Nord-Coréens à perpétrer ces enlèvements désormais condamnés par l’Organisation des Nations Unies, et l’aberrante logique de ce pouvoir totalitaire, fantasmagorique et erratique.

    Julie Duval constituait une excellente cible pour les activistes chargés de recruter de force des jeunes Françaises pour les besoins des services nord-coréens, elle parlait et écrivait excellemment le Japonais, les liens avec sa famille étaient presque inexistants, il était donc facile pour une jeune Japonaise de l’aborder sous le prétexte d’échanger des cours de conversation française contre des cours de conversation nippone. Julie accepte donc cet échange avec Keiko, les deux filles sympathisent vite et nouent une amitié suffisamment forte pour que la jeune Japonaise propose à son amie de l’accompagner pour des vacances dans son pays natal. Enthousiasmée, Julie accepte mais à Hong Kong le voyage tourne à l’enlèvement et elle se retrouve vite « l’invitée forcée » du groupuscule japonais qui l’a enlevée, dans un camp de formation où on l’endoctrine de force, elle doit acquérir tous les éléments de l’idéologie prônée par Kim Il sung pour asseoir son pouvoir : le Juche.

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    Ayant acquis les fondamentaux de cette idéologie et après être passée par les geôles locales, elle est confinée dans une demeure isolée au fond d’une campagne déserte où elle doit former une jeune Coréenne à la langue, la culture et les mœurs françaises. On lui fait croire que cette élève très douée embrassera la carrière diplomatique et qu’elle servira la cause de la révolution en participant au rapprochement du peuple coréen avec le reste du monde par la diffusion du « kimilsungisme ». Et que ceci facilitera le rapprochement des deux parties de la péninsule. La séparation est pourtant brutale, la jeune Française reste en Corée sous la protection d’un haut cadre du parti et la jeune Coréenne poursuit son parcours révolutionnaire dans la mission qui lui est confiée.

    Vincent-Paul Brochard l’avoue, il y a très peu de documents sur le sujet et pourtant on dirait qu’il a vécu cette expérience lui-même, il connait le fonctionnement de l’administration nord-coréenne comme s’il avait séjourné dans cette partie de la Corée. Il connait aussi remarquablement les problèmes que la Corée du Nord a dû surmonter dans les années quatre-vingt-dix, l’histoire des relations entre le Nord et le Sud, les querelles intestines qui minent le pouvoir, les artifices, les manipulations, les exactions, les mensonges, tout ce que le pouvoir utilise pour faire croire au bien fondé de son action et à la nécessité de soutenir un pouvoir fort et autoritaire pour échapper au diable occidental qui a contaminé le Japon et gangrené la Corée du Sud, tout ce que Bandi a écrit dans les textes qu’il a fait passer sous le mur qui sépare les deux parties de la péninsule.

    C’est donc, plus qu’une fiction, plus qu’un roman d’espionnage, plus qu’une carte postale sur la Corée du Nord que nous propose Vincent-Paul Brochard, c’est presque un essai sur cette république démocratique, seule survivante du communisme du XX° siècle, et son régime qui résiste encore et toujours malgré une conjoncture très difficile et un pouvoir démentiel, à conserver une indépendance insolente, agressive et hautaine qui fait trembler même les états les plus forts.

    Le site des Éditions Philippe Picquier

  • HAÏKUS D'HIVER de NATHALIE DELHAYE

     

    Arbres dénudés

    Oiseaux qui ne chantent plus

    Hiver à deux pas

     

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    *

     

    Figé par le froid

    Le sapin s'offre au soleil

    Pluie de perles d'eau

     

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    *

     

    J'ai vu en songe

    Neige et écume se mêlant

    En ballet ardent

     

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    *

     

    Fins pas sautillants

    L'oiseau perdu dans la neige

    Marque le sol blanc

     

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    *

     

    La lune alanguie

    Abat sur l'étendue blanche

    Son reflet bleuté

     

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    *

     

    Sur l'étang gelé

    Les cygnes se rapprochent

    Amour éternel

     

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    *

     

    Dans la cheminée

    Les flammes ne troublent pas

    Le repos du chien

     

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    *

     

    Les perce-neige

    Bravant les affres du froid

    Sourient au soleil

     

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    *

     

    Les nuages blancs

    Saupoudrent l'épicéa

    De sucre glacé

     

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    *

     

    La terre endormie

    Sous un linceul de flocons

    Guette le printemps

     

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  • POÈMES DU SANG QUI BAT

    Le sang engendre des fantômes

    Carlos Edmundo de Ory (Aérolithes 

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    LE SANG QUI BAT

     

    Le sang qui bat

    bout

    dans mes déveines

     

    Le sang qui bat

    blesse

    les cœurs cadenassés

     

    Le sang qui bat

    taille

    des roses de chair

     

    Le sang qui bat

    lance

    des lames de lumière

     

    Le sang qui bat

    rit

    comme l’éléphant pleure 

     

    Le sang qui bat

    guette

    la néfaste bactérie

     

    Le sang qui bat

    rate

    les sentiments rances

     

    Le sanq qui bat

    gare

    à la voie fermée !

     

    Le sang qui bat

    you

    and me for ever?

     

    Le sang qui bat

    tonne

    comme l’orage éclair

     

    Le sang qui bat

    fouille

    les fonds de langue

     

    Le sang qui bat

    bouche

    les artères fémorales 

     

    Le sang qui bat

    lustre

    le cuir des coeurs

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    LA COUPURE

     

    Avec la bouteille brisée

    du songe

    j’ai coupé

    la racine

    de ton regard

     

    À partir de là

    tu m’as vu trouble

    légèrement rosé

    comme si j’avais bu

    à ta source

     

    Il me restait

    à taillader ta chair

    en un endroit précis

    pour échapper

    au sentiment d’étanchéité

     

    Du sang a coulé

    de tes yeux

    à mes mains

    et j’ai ramassé

    tes pupilles

     

    Il me restait

    à décrire

    le crime

    avec le tranchant

    de ma plume

     

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    L’IMAGE TEMPLE

     

    Couchées

    à demi-nues

    dans la lumière

    de l’aube

    tes lèvres

     

    Ont léché

    le sang

    de mes nuits

    s’écoulant

    entre tes rêves

     

    l'image temple

    du regard

    que des prêtres

    en soutane

    contemplent

     

    Et l’âme du miroir

    brisé

    s’ouvrant

    sur l’autel

    de tes hanches

     

    D’où fuit

    à jet continu

    le sang

    d’un vitrail

    en feu

     

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    Les photogrammes sont tirés du film d'Alain Robbe-Grillet,

    Glissements progressifs du plaisir (1974), avec Anicée Alvina.

     

  • TWEETS, TEXTOS, STATUTS & ROTS D’AUTEURS

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    Tous les écrivains emplumés de la fin de l'année ne sont pas de la revue.

    #Gare à l’amalgame

     

    En 2017, « Trop tweet », mon roman en 140 tweets paraîtra sur le site de microblogage avec une préfacebook de mon e-twitter. Hâte de triturer les vues du titre sur Snapshat !

    #Je pense donc je tweete

     

    Les crottes de lecture de ce critweet se lisent en un clic d’œil.

    #Gazou maudit

     

    Cet éditeur et son auteur fétiche borgnes ont décidé d’arrêter net leurs publications en semi-braille. Et de se remettre à lire l’un pour l’autre à voix haute comme avant qu’ils ne cyclopent le marché éditorial.

     #Riz jaune

     

    Tous les grands auteurs de statuts ne finissent pas par écrire des tweets.

    #Gare à l’amalgame

     

     

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    Pendant la saison des salons et des transports de livres, l'éditeur a bon dos pour ses auteurs. 

    #Vis ma vie d'éditeur

     

    À chaque sortie de livre, ce papa heureux de l'édition se prend en selfie devant sa famille élargie.

    #Jesaisphotographierpuisquejesuisécrivain

     

    Cet éditeur analphabète publie de beaux livres à colorier.

    #Vis ma vie d'éditeur

     

    Cet auteur d'une rare pudeur n'accepte qu'on monte et joue ses interviews sur scène qu'à guichets fermés.

    #Thé, art & autres rizeries

     

    J’écris sur le trapèze et dans les airs

    J’écris au mât chinois et aux anneaux

    J’écris sur la sciure et sur le dos des chevaux

    J’écris dans la gueule du tigre et sur les défenses de l’éléphant

    J’écris dans le cercle de la jongleuse et sur ses dessous de soie

    J’écris sur le nez rouge du clown et sur les genoux du spectateur

    J’écris pour divertir, pour émouvoir, pour faire rire ou bien peur

    De la littérature de cirque avec des mots de la balle

    Qui feront le tour de la piste ou bien du monde

    #Quand j'étais poète

     

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    Cet oiseux sourd aux gazouillis des réseaux sociaux a fini par apprendre le langage des 140 signes.

    #Je pense donc je tweete

     

    Depuis que je n'ai plus de veine avec les éditeurs, je me fais un sang d'encre.

    #Quand j'étais écrivain

     

    Le conseiller littéraire en chef de cet éditeur déconseille tous les auteurs sauf lui-même.

    #Vis ma vie d'éditeur

     

    Mon éditeur ne peut pas me voir en photo de couverture des autres livres que les siens!

    #Vis ma vie d'éditeur

     

    C’est un auteur de précision qui manque sans arrêt son coup. De peu, de très peu. A tel point que si on est mauvais lecteur on peut croire qu’il a mis dans le mille.

    #À vue de texte

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    Cette poétesse n’arrête pas d'écrire sur le dos de ses éditeurs quand, dans le feu de la passion, elle les chevauche.

    #La passion d'écrire

     

    Pour complaire à leurs parents, le fils de cet auteur et la fille de cet éditeur ont été contraints à faire un mariage d’intérêt.

    #Mes parents sont livres morts

     

    En allant de la littérature générale vers la littérature majorette, cet auteur troqua son képi et ses étoiles contre une mini-jupe et un bâton.

    #Littérature transformiste

     

    Ce grantécrivain régional qui aspirait à une gloire posthume disparut le jour même de la mort de Michel Houellebecq, de l’entrée sous la coupole de Frédéric Beigbeder et de l’attribution du Goncourt à Oxmo Puccino pour l’ensemble de son œuvre rappée.  

    #L'Édition de vos régions

     

    J’écris sur mon corps puce des aphorismes insectueux.

    #Aphorismes & tweetineries

     

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    Tous les écrivains (dés)abusés ne finissent pas dans la littérature jeunesse.

    #JehaislaLittératurejeunesse

      

    Entre le tiers et la moitié du livre, je pète un quart. 

    #Littérature à la page

     

    Le renvoi d'ascenseur n'existe dans le milieu littéraire mais bien le rot d'escalier de service.

    #Ton monde littéraire impubliable!

     

    À force d’avoir craché sur les maisons d’édition qui ont du souffle, cet auteur se retrouve à publier ses glaires dans la phtisique édition.

    #L'Édition de vos régions

     

    Tous les tweets ne voyagent pas en vers libres.

    #Je pense donc je tweete

     

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    Seule ombre au tableau de mon inspiration : je ne chanterai jamais les pieds de ma muse qui est une sirène.

    #Muses & autres scies littéraires

     

    Ma mère a lu tous les romans que je lui ai dédiés mais elle refuse toujours de lire le seul poème que j’ai consacré à mon père.

    #Mes parents sont livres morts

     

    La littérature d’avant Lagarde (et Michard)...

    #Littérature à l'école

     

    Même si, à trente volumes lessivés, je vis toujours chez mon éditeur-blanchisseur, je continue de donner mes lignes à laver à ma mère.

    #Mes parents sont livres morts

     

    Page 33, je tousse.

    #Littérature à la page

     

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    Un pet de mot peut-il infester l’air d’un texte ?

    #Je pète donc je suis écrivain #Je suis écrivain donc je (me la) pète

     

    Mesurer la longueur du mot millimètre.

    #Littérature métrique

     

    J’écris que tu écris qu'il écrit que vous écrivez qu'ils s'en contrefichent.

    #Jesaisécrirepuisquejepublie

     

    Ecrire à la belle étoile un poème à décrocher la lune...

    #Quand j’étais poète

     

    Tous les écrivains engagés ne prennent pas la direction d’un journal, d’un parti ou du premier caboulot venu.

    #Gare à l’amalgame

     

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    Avec des tirettes de mots-éclairs, ouvrir des livres de lumière.

    #Quand j’étais poète

     

    Chronométrer le temps mis pour dire le mot seconde.

    #Littérature métrique

     

    Cet écrivain sans langue de bois ne plaît pas aux oiseaux de feu.

    #Quand j'étais poète

     

    L’écrivain de l’eau inonde l’écrivain de la terre, l’écrivain du feu enflamme l’écrivain de l’air sans parler de ce que fait l’écrivain de l’île déserte à tous les autres.

    #Love & publishing

     

    - Avec quoi écrivez-vous : bic, marqueur, porte-plume, crayon?

    - Avec le stylo dont mon éditeur s'est servi pour signer mon contrat d'édition.

    #L'interview vérité

     

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    Cet auteur sans prix aimerait parfois bien coûter plus cher.

    #Littérature sans prix

     

    Cet auteur qui avait souffert de sa passion de la littérature et était mort sous les coups cruels de la critique p(h)arisienne a miraculeusement ressuscité d’entre les mots (de ses livres pilonnés) trois ans plus tard en éditeur tout puissant dans lequel croient des centaines d’écrivains ; il est monté aux cieux et est aujourd’hui assis pour les siècles des siècles aux pieds de de Gaston Gallimard, entre les orteils de Maurice Nadeau, José Corti et Jérôme Lindon.

    #Je crois en l'Éditeur tout puissant

     

    À la fin du texte assassin, je comptabilise tous les mots abattus.

    #Littérature métrique 

     

    Diablerie d’écrit vain : écrire le mot écrire 6 exposant 6 exposant 6 fois.

    #Le diable est dans le verbe 

     

    En prenant le chemin de l’écriture, cet auteur s’égara dans différents genres, s’arrêta sur les contreforts de la poésie où il manqua d’air, fut ébloui par l’éclat de la philosophie où il perdit l’esprit, s'égara dans un grand roman désert, se dispersa dans la critique littéraire, ne monta jamais sur la scène théâtrale, s’allongea dans l’aphorisme, s’énerva dans le commentaire de réseau social, termina sa vie sur une épigraphe légendaire vite effacée par Snapshat.

    #Biopic d'écrivant

     

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    Cet auteur automarrant rit à l’idée même de se relire.

    #Jé(c)ris donc je suis écrivain

     

    Après les mots orage, colère, vengeance, j’aime lire les mots ciel, clémence, pardon.

    #Les beaux mots

     

    Cet auteur du Pays Noir écrit des chefs d’oeuvre en terril.

    #L'Édition de vos régions

     

    Le Prince de la grammaire à la belle syntaxe n’a pas un beau vocabulaire.

    #Les bons mots

     

    Je me tiens à distance des mots quand ils sont dans la bouche d’imbéciles.

    #Les bons mots

     

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    Avec ses mots fuyants, cet auteur souffre le partir.

    #Les bons mots

     

    Quand il eut terminé d’écrire, il se mit enfin à vivre.

    #Write and let down

     

    Tous les auteurs d'aphorismes imbibés n'ont pas les idées gourdes.

    #Marre de l'anal game

     

    J'ai inventé le mot aorptiqperazsps et, jusqu'à preuve du contraire, je suis le seul. 

    #Les bons mots

     

    Combien d’octets pour coder le mot mot ?

    #Littérature binaire

     

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    En se retenant d'écrire longtemps, cet auteur jouit plus fort.

    #La passion d'écrire

     

    Je connais un bibliothécaire aimant la solitude au travail qui emploie de la mort-aux-rats-de-bibliothèque.

    #La fin de la lecture

     

    Ce poète anarchiste fait régner une métrique de vers dans ses sonnets. 

    #Anar gisant

     

    Le président de l'Association des Auteurs Auto-publiés vient de remettre sa démission car il va être publié aux Editions des Auteurs Auto-publiés qu'il vient de créer.

    #L'Édition de vos régions

     

    Cet éditeur novateur a inventé sans le savoir les livres à l'obsolescence programmée.

    #L'Édition du jour 

     

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    Chaque fois que j’ai terminé un livre, je l’enterre dans mon jardin en indiquant sur un mini-écriteau le titre et le nom de l’auteur. Ma bibliothèque est un cimetière de livres dans les allées duquel je fais mes promenades de santé.

    #Write & let down

     

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     E.A.

    Tous les MAUX D'AUTEURS sont ICI!

     

  • PAS LIEV de PHILIPPE ANNOCQUE

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    pas-liev.jpgEt si la réalité

    Je vais essayer de vous parler du livre de Philippe Annocque. Ou pas. 

    De l'inquiétante histoire de Liev, ou Pas Liev, qui m'a désorientée, bouleversée, déstabilisée, gênée, dérangée, émue, contrariée, attristée.

    C'est une lecture peu commune, un étrange remue-méninges qui affecte Liev, ce précepteur venu d'on ne sait où accomplir sa tâche. Surréaliste, ce mot convient. Ou pas. 

    Le cadre, une campagne à faux-plats qui s'étend à perte de vue. Une maison, grande bâtisse isolée semble-t-il, ou pas. Des personnages étranges et une ambiance inquiétante. 

    Ce livre met mal à l'aise. Ou pas. 

    On se surprend à s'attendrir, à sourire, à souffler parfois, à s'agacer de certaines répétitions qui heurtent l'esprit du pauvre Liev. Mille façons d'interpréter, de commenter, de s'énerver face à cet être qui oscille sur ses chaussures à bascule. Je l'ai vu souvent dodelinant de la tête, une petite musique à l'intérieur. Je lui ai souhaité quelques moments de lucidité, ses yeux bien qu'ouverts ne voyaient rien, ses oreilles n'entendaient pas, et les quelques mots qu'il prononçait n'étaient pas ceux attendus, c'est comme si ce personnage vivait dans une autre dimension. 

    Et puis, le dénouement, qui m'a poussée à terminer ce livre rapidement, non pas qu'il me déplaisait, mais il m'intriguait fortement, je voulais savoir...

    Perdu, le Liev, ou pas Liev. Il est mais il n'est pas. Il fait mais n'agit pas. 

    Désarçonnant...

     

    Le livre sur le site de Quidam Editeur

    HUBLOTS, le blog de Philippe ANNOCQUE

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  • BONNE ANNÉE 2017!

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  • DEUX PETITES NOTES APÉRITIVES

    leuckx.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

     

     

     

     

     

    Repose-toi-sur-moi-quand-Joncour-se-fait-tout-petit-devant-une-poupee.jpgUne petite note. "REPOSE-TOI SUR MOI" de Serge JONCOUR (Flammarion) - Prix Interallié 2016 mérité.

    Une rencontre insolite dans un vieil immeuble à cour parisien. Les prémices d'une histoire d'amour tourmentée, romanesque. Le regard décapant et tendre de Joncour donne tout son prix à cette relation intense entre Ludo et Aurore, que tout sépare : origines, métier, aisance, physique..

    En quatre cents pages écrites avec réalisme et style, le lecteur a le temps de s'approprier des destins ordinaires, d'avaler ces pages mues par un suspense qui ne soit pas seulement le fait d'une intrigue à résonance policière mais plus psychologique qu'il n'y paraît.

    Les décors servent bien ce roman enlevé, brillant, hors des sentiers battus de la fiction française. De Paris au Célé en passant par la région parisienne.

    L'auteur -avec une oeuvre riche de douze livres, la plupart publiés chez Flammarion - est bien entendu à suivre. Le parfum de ses livres libère une vraie aura, toute de justesse et de beauté.

    Le livre sur le site de Flammarion

    Les romans de Serge Joncour chez Flammarion

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     *

    51Lt89veHiL.jpgUne petite note. "SUR CETTE TERRE COMME AU CIEL" de Davide ENIA (Albin Michel).

    Le beau livre de Davide Enia, "Sur cette terre comme au ciel", traduit remarquablement par Françoise Brun, est une plongée dans l'histoire sicilienne. Sur trois générations, c'est toute l'histoire des années quarante jusqu'à la fin des années quatre-vingts, par le biais de fous de boxe. Amours, amitiés, fraternité aux combats, morceaux de virtuosité sociale et familiale. Enia, à force de dialogues vifs et tendres, rend bien les tensions du récit, nous entortille dans les mille et une réalités de son roman : Davidù, son oncle Umbertino, Nina, Gerruso, l'ami de toujours, le Paladin, Rosario, le grand-père, la Blonde ont le poids du vécu, des attentes, d'un monde où il faut se battre, pieds et poings.

    Un premier roman , bien construit, alternant les épisodes de la vie du héros Davidù, de son père, mort très jeune, de son grand-père Rosario.

    L'ombre de la mafia et de ses méfaits. La valeur inébranlable de la famille et des amis. La Sicile fière et courageuse.

    Le livre sur le site d'Albin Michel

    Davide Enia sur le site d'Albin Michel

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  • COUPABLE D'AVOIR DANSÉ LE CHA-CHA-CHA de Guillermo CABRERA INFANTE

    51qXhBk%2BKML.jpgTrois danses coupables

    « Il pleuvait. La pluie tombait avec fracas entre les colonnes vieilles et vermoulues. Ils étaient assis et lui regardant la nappe blanche. Il y avait autre chose que l’ennui de la pluie soudaine… »

    Trois fois tandis qu’il pleut dehors un homme déjeune avec une femme dont il nous est fait une remarquable description. Cela se passe à La Havane dans les années 50 ou 60. Dans la première histoire, l’homme et la femme assistent à un rite africain de type vaudou ; dans la seconde, la plus légère, la femme va  d’une certaine façon disparaître sous la pluie. Dans les deux premières histoires, un non-dit relatif à la relation des deux amoureux, quelque chose de l’ordre de l’interdit, est évoqué sans être explicité.

    Dans la troisième histoire, plus politique, vers laquelle tendent les deux premières nouvelles, le narrateur va avoir affaire à un commissaire du peuple venu lui demander d’infléchir la ligne éditoriale de son supplément culturel. Cela nous vaut une démonstration anticommuniste brillante mais risquée pour le narrateur qui joue gros. Il démonte avec humour et brio le vocabulaire révolutionnaire et la paranoïa de type communiste à propos de tout ce qui relèverait de l’impérialisme forcément américain.

    Un épisode sans doute inspiré de la propre expérience de l’auteur qui fonde un journal culturel de 59 à 1961 pour prendre ensuite, en 62, ses fonctions d’attaché culturel en Belgique, manière de l’éloigner de Cuba. Il rompra définitivement avec le régime castriste en 65 pour s’exiler en Espagne puis à Londres. Comme d'autres exilés: Reinaldo Arenas, Severo Sarduy, Zoé Valdés, Eduardo Manet... Comme aussi Abilio Estévez, Guillermo Rosales, Carlos Victoria, José Manuel Prieto, Eliseo Alberto, Karla Suarez… 

    Cabrera Infante dont la « virtuosité n'a d'autres limites que notre disposition à nous laisser entraîner par son écriture dans une fête de l'intelligence, de la grâce et de la sensualité » meurt à Londres en 2005 à l’âge de 75 ans.

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    Guillermo Cabrera Infante et Pedro Almodovar en 1997

     

    Guillermo Cabrera Infante est l’auteur de Trois tristes tigres, son chef d’oeuvre, cité par ailleurs dans la liste des grands romans latino-américains par Javier Cercas dans son essai paru récemment en français sous le titre de Le point aveugle. 

    Ce petit livre s’affirme comme une composition littéraire en trois nouvelles qui chacune correspond à une danse: le rituel de la santeria, le boléro et le cha-cha-cha, né sous le régime de Batista en 51 et duquel on devait par la suite, sous Castro, nécessairement se sentir coupable comme l’exprime avec une belle malice le narrateur de la dernière partie.

    Une lecture vivement recommandée à ceux qui, bien mal informés, se complaisant dans le leurre ou ayant une idée de la liberté d’expression à géométrie variable, ont versé leur petite larme rouge lors du décès du dictateur cubain en parlant d’un système ayant résisté à l’impérialisme américain et qui serait resté vierge de toute dérive totalitaire…

    Éric Allard

     

    5538_1.jpgLe livre sur le site de Folio/Gallimard

    Panorama de la littérature cubaine en France

  • TAKE FIVE (III)

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    XXI

     

    Après le chargement

    des étoiles à la nuit tombée

    on observe

    un fléchissement 

    de la voûte céleste

     

     

    XXII

     

    Sous la tonnelle

    j'ai appris ton nom de fleur

    Sous tes dentelles

    j’ai appris ton nom de feu

    Puis tu m’as embrasé

     

     

    XXIII

     

    Ma mère est certaine

    du chemin que j’ai pris

    pour lui échapper

    D’ailleurs

    elle me rattrape toujours

     

     

    XXIV

     

    Au sortir de la salle de bain

    je te surprends

    une arme blanche dans une main

    et une serviette blanche dans l'autre

    pour éponger mon sang

     

     

    XXV

     

    Cinq princes prétendent

    au trône

    du royaume des sens

    C’est mal connaître ta chair

    anarchique 

     

     

    XXVI

    J’ai tout près

    du sommeil

    ton souvenir endormi

    que ton rêve

    réveille

     

     

    XXVII

     

    Le rose à lèvres

    noir

    écrasé sur ta bouche

    donne à tes baisers

    un goût de fin d’amour

     

     

    XXVIII

     

    Pour ne pas laisser

    s’installer le silence

    fais du bruit

    avec ta vie

    sur le tambour du temps !

     

     

    XXIX

     

    Je recueille

    toutes les formes de l’inceste

    sur une peau

    formée

    de mille lèvres familières

     

     

    XXX

     

    En voyant ton temps

    sur mes mains

    j’ai caressé  

    l’idée

    de t’oublier

     

     

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    à suivre

  • CHANSONS ANGÉLIQUES

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    ANGE: nom masculin

    (latin ecclésiastique angelus, du grec ecclésiastique aggelos, messager de Dieu)

    • Être céleste intermédiaire entre Dieu et l'homme.
    • Personne qui semble douée de toutes les perfections.
    • Personne qui possède au plus haut degré une qualité physique ou morale : C'est un ange de beauté, de douceur.
    • Terme d'affection : Mon ange. Mon petit ange

    Larousse en ligne

     

    Ginette RENO

    COUTURE

    DELPECH

    MURAT

    CLERC chantant Murat

    CLERC chantant Fr. Hardy

    CLERC & CHARLEBOIS

    LAPOINTE

    ADAMO

    NOUGARO


    HIGELIN & BONNAIRE

    VASSILIU

    DUFRESNE

    GAINSBOURG

    Colette RENARD

    DALIDA

    VILARD

    AZNAVOUR

    LES COMPAGNONS DE LA CHANSON

    PIAF

    HALLIDAY

    DISTEL

    BÉCAUD

     

    Rose AVRIL

    France GALL

    Mireille DARC

    LENORMAN

    Nathasha SAINT PIERRE

    INDOCHINE

    CANTAT

    BASHUNG

    ZAZIE

    George MICHAEL

    ETC.

    LE PLUS BEAU FILM D'ANGES

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  • MAUX D'AUTEURS DIVERS

    Tous les livres sont sur le même sujet, l'écriture.

    Marguerite Duras

    On veut faire magie dans les mots. On finit par exceller dans le tour de passe-passe.

    Denys-Louis Colaux

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    Cet éditeur-nez publie des bouquets de poésie...

     

    Avec ses invendus, ce libraire élabore de savants montages que s'arrachent les collectionneurs de compositions littéraires.

     

    Peut-on espérer que cet écrivain incendiaire ira jusqu’à brûler tous ses livres ?

     

    L'éditeur de mes rêves publie pendant mon sommeil mes poèmes à la nuit étoilée.

     

    Ce Lucky Luke de l'écriture fait paraître plus de bouquins qu’il n’en écrit.

     

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    Je connais un auteur de tweets qui est devenu parolier de chants d’oiseaux.

     

    Tous les écrivains pénibles à lire ne sont pas des travailleurs du texte. (non à l'amalgame)

     

    « Le sang d’un éditeur, votre roman noir, s’est écoulé aujourd’hui à plus de trois cent mille litres. Votre éditeur doit être aux anges, lui qui ne voulait pas vous publier… »

     

    Tous les écrits du net ne sont pas écrits par des flous littéraires. (non à l'amalgame) 

     

    Cet éditeur aime la proximité de la langue de son auteure beaucoup plus que son écriture approximative mais comment le lui dire sans la froisser.

     

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    - L’éditeur que vous êtes peut-il définir ce qui, au-delà de leurs nombreuses différences, caractérise tous vos auteurs ?

    - Leur immense amour pour moi.

     

    Quand sa muse a la migraine, le poète fait la tête.

     

    Cet éditeur-nez lorgne les écrivaines en vue.

     

    Je connais un grand écrivain qui ne passe plus les portes des maisons d’édition.

     

    Cet auteur de l'autosatisfiction écrit des livres bien branlants.

     

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    Tous les paramots ne sont pas des persécutextes. (non à l'amalgame)

     

    Dans la vie de Céline, il y a beaucoup points de suspicion...

     

    Ce Lucky Luke de l’édition publie plus de bouquins qu’il n’en lit.

     

    Cet auteur célèbre mais sans revenu augmente sans cesse le prix de ses ateliers d’écriture et de ses prestations scolaires.

     

    Je connais un éditeur un peu ours qui publie des livres en peluche.

     

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    Cet auteur de Littérature jeunesse respecté écrit de la Littérature gore pour gagner sa vie.

     

    J’aimerais tant publier aux Editions des Trois Ouïes, aux Editions des Huit bruits, des Cent Touchers, des Onze mille vues, des Cinq Mille Saveurs … mais j’ai zéro sens de l’écriture.

     

    Je soupçonne cet éditeur confidentiel de s'obstiner à ne pas me publier par crainte du succès littéraire. 

     

    Après une carrière de chroniqueur de faits divers, cet amateur de temps morts devint rédacteur-conseil pour une entreprise de contes funèbres.

     

    Dormir la tête sur un best-seller et faire des rêves d'éditeur. 

     

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    Tous les poètes ne sont pas habiles de leur muse.

     

    Les pisse-copies ne ferment jamais leur brade-texte.

      

    Je refuse les avances sur recette de la femme de mon éditeur de peur de ne plus pouvoir partager la cuisine littéraire de son mari.

     

    Tous mes écrits tournent autour de moi

    Tous mes écrits tournent autour

    Tous mes écrits tournent

    Tous mes écrits

    Tous mes

    Tous

    Tous mes

    Tous mes écrits

    Tous mes écrits tournent

    Tous mes écrits tournent autour

    Tous mes écrits tournent autour de moi

                                                                    (v)autour

     

    Pourquoi vivre encore si c’est pour ne plus écrire un jour ?

     

    Sur sa bière tombale, à l’encre noire sur la mousse, cet auteur fit graver : ci gît un buveur de lettres.

     

    Comme chaque année, je dépose au pied du sapin de mon éditeur un manuscrit vierge de toute brillance. (Quand j'étais écrivain)

     

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    Tous les maux d'auteurs sont ici !

    à suivre...

  • HUIT ANS !

    HUIT ANS, 3200 posts et 540 000 visites! 

    800 livres recensés (par Denis Billamboz, Philippe Leuckx, Nathalie Delhaye, Lucia Santoro & Éric Allard)

    POURVU QUE ÇA DURE... 

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  • LES PAPYRUS OUBLIES de JEAN-POL SAMAIN

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    Aux origines du mythe

    Lors d’un chantier de construction en Israël, un coffre est découvert qui renferme des papyrus. Après un minutieux travail de traduction, l’entrepreneur du chantier au prénom de Mickaèl, qui est le narrateur de la première partie, celle qui se déroule de nos jours, et des chercheurs travaillant pour l’Autorité Nationale des Antiquités d’Israël prennent connaissance du contenu des parchemins.

    Les lignes qu’ils vont lire émanent d’un vieil homme au terme de son existence qui exerce la fonction de charpentier en Judée et dont les premiers souvenirs remontent en l’an 66 avant Jésus-Christ. Il faudra quelques chapitres pour comprendre qu’il s’agit de Yossef, fils de Jacob, et père de Yeshoua (Jésus). Yossef n’a rencontré Myriam de Joachim (Marie) que lorsqu’elle avait treize ans, en 9 avant J.-C. et que lui était déjà bien âgé, veuf d’une première épouse et père de plusieurs enfants dont Jacques et Simon... Un an plus tard, elle donnera naissance à Yeshoua. Yossef meurt en 6 après J.-C. alors que Jeshua n’est encore qu’un tout jeune homme et qui ne saura pas l’immense postérité que connaîtra un de ses fils.

    Outre les révélations et corrections qu’il apporte aux livres de l’évangile - et que je ne rapporterai pas pour ménager la surprise du lecteur -, le récit fait par le vieillard dresse le portrait d’un pays colonisé et dévasté par l’occupant romain qui cherche dans ses traditions des moyens de motiver la révolte du peuple autour de figures historiques à réactiver comme Elie. Le récit nous plonge avec une rare acuité dans la tête et l'époque de Yossef, sans afféteries ou marqueurs contemporains qui auraient dénaturé la pertinence du propos, et nous vivons la vie des Juifs de l’époque sous l’occupant romain et du cruel Hérode, peinant à gagner leur vie comme leur liberté et n’ayant, par exemple, qu'un âne comme seul luxe de transport pour leurs longs déplacements d’une région à l’autre.Gtk_Kr0l.jpg

    Dans le dernier chapitre qui réunit l’entrepreneur et les experts pour ce qu’on pourrait appeler leurs premiers commentaires de lecture, on déplore l’emprise aujourd’hui encore des religions sur les humains et l’usage politique qui en est fait pour faire s'affronter dans des guerres fratricides les croyants et non croyants. On souligne que cette relation des faits, ces "confidences" d’un homme au crépuscule de son existence donnent l’impression d’être transporté dans un monde irréel sorti de notre imaginaire. Les révélations que cet écrit contient remettent par ailleurs en cause le christianisme primitif et expliquent bien des mystères du Nouveau Testament, c’est pourquoi, dans la fiction relatée, le Vatican s’empare des rouleaux pour les enfermer dans la bibliothèque secrète du Saint Siège.

    Ce texte est le fruit d’un long travail d’historien qu’a réalisé Jean-Pol Samain sur la période rapportée et qui a déjà fait l’objet d’un ouvrage intitulé Des Sumériens à Jésus (La Société des écrivains, 2011).

    On aurait aimé en, peut-être, des chapitres alternés pour établir les connexions et résonances entre l’époque de Yossef et la nôtre, en savoir plus sur Mickaèl, le narrateur de la première partie qui se présente comme le découvreur des manuscrits, car lui aussi est un bâtisseur et un père de famille...

    L’avantage toutefois de l’option choisie par Samain, c’est que notre attention n’est jamais distraite du récit du vieillard et qu’on est plongé sans discontinuer dans l’histoire de cet homme presque commun qui, plus par hasard que par volonté, plus en témoin qu’en acteur, va jouer un rôle important dans l’histoire du monde et de la chrétienté.

    Le livre comprend un glossaire très clair d'une vingtaine de pages sur les principaux personnages historiques évoqués.

    Une belle surprise littéraire qui mêle connaissances historiques et art de la narration.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Éditions Poussière de Lune

    Des Sumériens à Jésus de Jean-Pol Samain 

     

  • OLIVIER CHASTEL DANS L’IMPOSSIBILITÉ DE PRÉSIDER LE MR

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    Olivier Chastel s’est déclaré dans l’impossibilité de présider le MR. L’impossibilité de présider le parti du Premier ministre sera effective du 20 au 31 décembre 2016.

    Dans l’entourage d’Olivier Chastel, la nouvelle n’a pas vraiment surpris car des rumeurs sur son état dépressif couraient depuis un certain temps. Ce qui a précipité la décision de l’ancien ministre, ce serait l’information selon laquelle le lendemain des attentats bruxellois, Bart De Wever était présent auprès de Jan Jambon pour une réunion de crise.

    « Moi, aurait-il confié à son chauffeur (son seul et unique interlocuteur actuel) aucun membre du gouvernement ne m’appelle. Le numéro de Charles Michel ne répond jamais et les journalistes ne se déplacent plus quand j’organise une conférence de presse…  Denis Ducarme me snobe et Richard Miller m’ignore. » 

    Depuis le début du mois, Olivier Chastel paraissait absent, il quittait souvent son bureau présidentiel en dehors du passage des techniciennes de surface. Un jour, il allait voir Armand De Decker, même si on lui a disait que ce n’était plus une bonne chose de s’afficher avec lui ; un autre jour, n’écoutant aucun conseil, il se rendait chez Serge Kubla

    Un signe attestant de son épuisement mental : lors de la préparation de sa lettre-vidéo de Noël pour les enfants des membres du Parti, on l’a vu s’effondrer en larmes et s’arracher la fausse barbe du Père Noël dont on l’avait affublé avant de piétiner le bonnet rouge bordé de fourrure blanche caractéristique en en réclamant un bleu et blanc.    

    On comprend dans ces circonstances que son retrait des affaires publiques pendant une dizaine de jours fera le plus grand bien au parti. Armand De Decker lui aurait déjà signalé une ou l’autre bonne adresse d'hôtel aux Kazakhstan où il pourra travailler en toute tranquillité à un nouveau médicament contre la contamination aux idées de la NVA.

    Charles Michel, contacté à l’issue d’une réunion de routine avec Bart De Wever, a déclaré qu’il n’était pas au courant de cette information et nous a demandé de lui refiler le numéro d’Olivier Chastel qu’il avait égaré depuis plusieurs mois… 

     

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     Charles Michel et Théo Francken ignorant Olivier Chastel 

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: Le petit dernier

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Je croyais mes lectures de la rentrée 2016 terminées, j’étais déjà occupé à préparer ma pile de livres à lire pour la rentrée de la nouvelle année quand Les Carnets du dessert de lune a mis en rayon, à la toute fin de l’année, la réédition de « Légende de Zakhor » de Pierre Autin-Grenier. Je m’empresse donc de vous adresser mon commentaire sur ce brillant texte afin que vous puissiez encore vous le procurer pour le mettre au pied du sapin.

     

    s189964094775898902_p823_i1_w640.jpegLÉGENDE DE ZAKHOR

    Pierre AUTIN-GRENIER

    Les Carnets du dessert de lune

    Avant de parler du texte d’Autin-Grenier, il faut dire quelques mots du livre, un recueil d’un format original presque carré (14x16), publié par Les carnets du dessert de lune dans sa collection Pleine Lune. Ce recueil comporte une dizaine de textes courts, des petites nouvelles, publiés en quatre langues dont l’anglais ajouté pour cette édition, c’était bien nécessaire quand on connait le peu d’intérêt des anglais pour les langues qui leur sont étrangères. Et pour être presque complet, il ne faudrait pas oublier le portrait de l’auteur peint par Shahda que l’éditeur a placé sur la couverture, un camaïeu de rouge allant de l’écarlate au carmin en passant par le vermillon et le pourpre et quelques autres nuances encore, un portrait de feu et de sang du plus bel effet.

    En quelques lignes, trois ou quatre petits paragraphes, Pierre Autin-Grenier dresse un cadre, crée une atmosphère, installe une histoire, une histoire qui raconte souvent son pays, le pays où il a vécu entre Lyon et Carpentras. Il parle des chevaux qui galopent dans les prés, des couleurs qui peignent le paysage, des odeurs qui enivrent, des saveurs de ce pays qu’il semble tellement avoir aimé mais aussi de ses habitants avec leurs sentiments, leurs émotions, leurs petits travers… Des personnages toujours modestes et même parfois un peu marginaux, des êtres souvent en butte avec le quotidien que l’auteur dépeint avec une nostalgie tendrement mélancolique.

    L’intensité du texte, sa densité, sa faible longueur n’altèrent en rien la fulgurance des formules : « il disait avoir vu en rêve des fenêtres se jeter dans le vide », l’éclat des images : « c’est toujours le bleu qui prend d’assaut les maisons », la flamboyance du style : « A nouveau il prendra congé et sur les tuiles mouillées du toit miroiteront des morceaux de lune », sans oublier la poésie qui envahit ces courts textes : « Il eût fallu qu’un fleuve en crue entre soudain par une fenêtre et, furieux, vienne s’étrangler sur la table pour qu’enfin nous mesurions l’étendue d’hiver qui nous séparait les uns des autres » et nous pourrions ainsi disséquer les textes de l’auteur, dénichant l’oxymore, le zeugme, l’allitération, la métaphore et bien d’autres formules de style encore mais nous deviendrions alors hérétiques à la parole toujours courte du maître es langage, Alors court faisons sans oublier que le fond de ces textes est peut-être aussi riche que leur forme particulièrement brillante.

    Le livre sur le site des Carnets du Dessert de Lune

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  • LES MONTS CHAUVES et autres textes à la hauteur

    LES MOIGNONS (VI)

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    Les monts chauves

    Elle aime les monts chauves chauds, les brûlants du crâne, les pétant-le-feu-par-la pointe et s’écoulant par les tempes. Elle se fait un œuf sur le plat de la tête d’un de ses amants puis, de la langue, lui décrasse l’occiput, tout le front en contournant les yeux vers les pavillons d’oreille pour lui lécher le cérumen fondu puis descendre vers les trous de nez dont elle siphonne la morve séchée. Elle ne supporte pas d’avoir un sourcil fumé sur la langue ni le contact du gluant de l’œil cramoisi. Elle atterrit par mégarde sur les lèvres qui sont déjà roides. Pouah, fait-elle, en crachant un après l’autre les morceaux de blanc d’œuf qui lui restent de son repas sur les cimes. Les coqs à la coque refroidissent plus vite que les poules à la coule après avoir été chauffés à blanc, surtout s’ils plastronnent au sommet d’un volcan, pouffe-t-elle entre ses dents noircies. 

     

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    Ce que n’est pas la grammaire

    La grammaire n’est pas une dame âgée à la douceur un peu âcre, c’est une jouvencelle au profond décolleté et qui sent la ponctuation.

    La grammaire n’est pas une chanson douce, c’est une plage de hard rock avec une envolée de violons virgules.

    La grammaire n’est pas une vieille chaussette à passefiler sur un oeuf à repriser, c’est un gant de toilette qui vient d’éponger une peau de pêche en suspension.

    La grammaire n’est pas un chien écrasé dans le journal du matin, c’est un fait divers printanier sur le chant exclamatif du pinson.

    La grammaire n’est pas une parenthèse oubliée sur un barrissement d’éléphant, c’est une couverture de velours recouvrant le bruit d’un frottement de brins de balais sur le chabada d’une peau de caisse claire.

    La grammaire n’est pas que fanfreluches, fifrelins & fleurs de cactus entre deux coquilles, elle est aussi aiguilles de pin, pommes d’api et piqûres d’ivres points de crochet. 

     

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    La barbe

    La terre se laisse pousser la barbe depuis toujours. Elle fait aujourd’hui la longueur de dix mille circonférences terrestres. Lors d'un prochain refroidissement climatique, elle pourra s’en servir comme d’un lasso pour attraper un astre de feu.

     

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    L'étang

    Je tends l'étang à la verticale de la raison. Puis j’attends que les poissons du doute tombent. C’est ma technique de pêche aux idées et n’essayez pas de m’en faire changer!

     

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    L'homme qui voulait devenir fou

    L'homme qui voulait devenir fou de bondage s'éprit d'une femme folle à lier. 

     

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    Les citrons

    Avec le presse-agrumes, je presse les citrons de tes seins. Tu en prends ombrage et me désigne d’un doigt de pied sévère la vasque à melons, là, à côté du compotier sur lequel j’ai  déposé mon plantureux postérieur.

     

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    Souffleur de verre du dimanche

    Ce souffleur de verre de la messe du dimanche souffle des vases pieux aux formes catholiques. On les remplit d’eau savonneuse et les enfants du catéchisme lâchent des bulles en forme de Jésus-Marie-Joseph que des tireurs du peloton d'exécution de la messe du dimanche crèvent comme des païens avides de sphères fraîches. Les enfants touchés par les balles adventices donnent leur sang pour l’eucharistie des accidentés de la foi perdant leur croyance à grand flots.

     

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    Le cycle

    Le sang est dans la neige. La neige est dans le cœur. Le cœur est dans le vent. Le vent est dans le ciel. Le ciel est dans la gorge. La gorge est dans la poule. La poule est dans la fleur. La fleur est dans le fusil. Le fusil est dans le songe. Le songe est dans l’oiseau. L’oiseau est dans l'oeuf. L'oeuf est dans le temps. Le temps est dans l’espoir. L’espoir est dans la mer. La mer est dans le seau.  Le seau est dans le vide. Le vide est dans l’espace. L’espace est dans la vie. La vie est dans le sang.

     

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    La disparition de la pensée

    La disparition de la pensée eut lieu en plein jour. A l’insu de tous ceux qui m’aimaient malgré ma bêtise.

     

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    Au sommet de la montagne

    Au sommet de la montagne, il y a une lampe de chevet. Un deltaplane. Un lit à une place. Un tweet de Donald Trump. Un disque de cold wave. Un livre d’opérette. Un texte sans q. Quelque chose pour écrire. Une machette dans la main d’une fille à la langue coupée. Un torero sur un toro. Une mouche froide. Un réfugié suisse. Un alpiniste de paille. Une vache entre deux amis du lait. Une aurore en train de se lever (et qui bâille). Un peu d’eau tombée de la neige (et qui s'est fait mal). Une ballerine aux pieds nus (sur un piedestal). Un chien près de s’envoler. Un permaculteur sur un cheval à bascule. Un bain à bulles. Un tendre mot. Un avilissement. Une planche de salut. Une clé sans porte. Une descente de vessie qui se prépare. Un lanceur d’alerte incendie. Un récupérateur d’échos avec une chambre à air. Une fonte des rêves. Une pipe sans fourneau ni tuyau. Un humoriste au creux de la blague. Un froid de canard. Une moule de Noël. Un fluide glacial. Un début d'aphorisme. Un abcès crevé. Une description sans objet. Un vade-mecum pour spéléologue égaré. Une corde raide et un pendu des hauts-chemins.

     

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    + de Moignons ici 

    à suivre...

  • À UN MOMENT DONNÉ de THIERRY RADIÈRE (Tarmac Éditions)

    b0188f_882e9364f3934ad189c3c622807c4118~mv2_d_1447_2552_s_2.webpMoments d’inertie

    Voici six nouvelles écrites à la première personne pour s’identifier d’autant plus aux expériences vécues, souvent sur le mode de l’angoisse, par des personnages en quête d’un nouveau sens à donner à leur existence.

    Dans L’Intersection, une vieille dame atterrit sur le pare-brise du véhicule du narrateur qui ne l’a pas vu venir mais malgré que la victime soit en bonne santé l’inquiétude du conducteur ne tarit pas…

    Dans L’Océan,  un garçon accompagnant sa sœur cadette dans la mer s’en revient sur la plage tandis qu’il la regarde dériver, incapable de rien faire pour la sauver. Il disparaît dans le sable tandis que sa petite sœur est menacée de se noyer...

    Dans L’Épicerie, un jeune garçon collectionneur de pierres, très rêveur, manque de tomber dans un trou bien réel…

    Dans Le Couloir, la non moins oppressante nouvelle du recueil, un enfant de huit ans qui ne sait pas dormir descend regarder en cachette de ses parents un western derrière la porte vitrée séparant l’étroit couloir du salon où eux-mêmes regardent le film du dimanche soir. Il met en jeu toutes ses ressources mentales pour  remonter le fil de sa mémoire vers l’initial vrai souvenir de sa petite enfance… Le sujet m'a fait penser à L’Aleph de Borges dans lequel un homme a découvert, enfant, la totalité de l’univers sur la dix-neuvième marche de l’escalier étroit menant à une cave.

    À Table, une petite fille demande à ses parents leurs préférences. Ses questions amènent ceux-ci à se replonger dans leur passé tandis que la mère peine à retrouver un mot…

    Dans L’Ascenseur, le homme et un adolescent font face à une panne de l’appareil qui les plonge, qui plus est, dans le noir. Les deux utilisateurs vont à cette occasion faire chacun un pas vers l’autre…Radi%C3%A8re-Thierry-e1406018153430.jpg

    Dans chacune de ses histoires entraînant le lecteur dans une expérience des limites, et qui racontent le franchissement d’un point de bascule, le narrateur est amené à s’interroger sur lui-même, à changer de perspective sur son avenir, à modifier son point de vue sur l’existence et donc la direction à donner à sa vie...
    Face à l’émoi provoqué par la perte de ses repères, ce qu'il craint le plus, c’est de perdre la mémoire, le fil de ses souvenirs, le profil de son histoire. C’est souvent le recours au passé, comme seule marque identitaire, de reconstruction provisoire de soi, qui le soutient dans l’épreuve traversée. Il puise dans le souvenir l’énergie pour affronter l’indicible, l’imprévu, l’accident qui ont arrêté ou fait dévier sa trajectoire. Pour sortir de l'auto-enfermement soudain, de l'aliénation à soi-même. Et la force de rétablir l’équilibre, de reprendre le contrôle de son existence. 

    Dans L’Ascenseur, le narrateur fait appel au souvenir de lecture d’un roman de Jean-Paul Dubois pour gérer la crise d’angoisse consécutive à la panne de l’appareil. Même s’il devra s’assimiler la fiction, l’adapter à la situation vécue pour l’intérioriser, elle aura été son ultime secours en la circonstance, son crampon mémoriel pour ne pas sombrer, et puis poursuivre l’escalade...

    À un moment donné, le temps se suspend, l’enfance n’est jamais loin, en embuscade, avec son lot de spectres, de mystères enfouis et non élucidés, prêts à fondre sur nous comme avant. Devant soi, comme face à une intersection, apparaît l’embranchement des possibles, la conscience de soi reconnectée au passé, avec l’appui de l’imagination, cet organe essentiel, qui nous fait tout repenser. Forts de cette révélation, par l'entremise du verbal intériorisé ou de l'écrit, les moi fictifs ou bien réels de Thierry Radière voient plus clair pour se frayer un chemin davantage personnel dans le chaos du monde. Et l'histoire de leur passage pourra servir d'enseignement pour traverser les ornières de notre parcours de vie, les accidents de notre propre histoire…

    Éric Allard

     

    Le livre sur le site des Editions Tarmac 

    Sans botox ni silicone, le blog de Thierry Radière

     

  • MA VOISINE A HURLÉ TOUTE LA NUIT d'ANNE-MICHÈLE HAMESSE

    couverture-ma-voisine...jpg?fx=r_550_550Nouvelles du temps qui passe et de l’amour qui reste

    Anne-Michèle Hamesse a l’art de l’incipit qui happe, qui fait mouche pour nous emporter dans ses histoires.

    Ce qui frappe à la lecture de ces dix récits, c’est la variété des genres employés, tous unis par une écriture enveloppante, fluide musicale, qui prend les mots dans les rets de ses phrases pour ne plus nous lâcher. 

    Anne-Michèle Hamesse décrit, à l’instar d’Aragon, l’amour qui n’est pas - ou plus - heureux, des êtres, souvent des femmes, au bout du chemin de l’existence qui trouvent toujours à s’émouvoir, au fond, en ayant troqué des plaisirs vifs contre des satisfactions plus abordables, en savourant mieux le temps qu’il reste. Ce sont des nouvelles nostalgiques dans le bon sens du terme, qui accrochent tant de vives émotions en un temps et un lieu donnés qu’elles nous les rendent précieuses et, finalement, inoubliables.

    De ces moments sauvés du tourbillon de la vie et du flux de l’existence, elle fait des histoires à raconter avec un début, un développement et une fin, jamais anodine, toujours surprenante, qui n'excluent pas la poésie ni la sensualité.

    Les récits possèdent souvent un retournement, une déviation par rapport à la conclusion annoncée, qui nous montrent que les choses ne sont jamais aussi simples que telles qu’on les présente, avec des je qui sont des autres et le proche qui se révèle notre reflet dans un miroir. Comme la narratrice de la nouvelle éponyme ou celle de Loterie qui dénigre la pingrerie de sa sœur, ou encore du couple de Pas de deux en vacances de neige dans le Valais Suisse... Effets de symétrie, sens de la permutation.amh.jpg?fx=r_550_550

    Ou bien s’agit de personnages qui retombent sur le sol de leur existence après un envol, un déséquilibre, en (dé)niant parfois ce qu’ils ont appris en traversant les apparences, après un passage par une sentier de traverse ou une voie parallèle comme la Gina d’Intermezzo et la Juliette de La vallée du Kashmir qui croient comprendre que leur homme la trompe mais feront comme si ce de rien n'était; comme Monsieur Perdange qui fête un 80ème anniversaire de rêve ou Judith découvrant le papier gris de son amie Cerise puis l’oubliant, ou encore les spectatrices des films d’amour qui concluent par la voix de l’auteure : « L’amour finit toujours par revenir. Ou alors plus jamais. »

    Un recueil de dix récits que je vous défie d'abandonner avant d’en avoir lu tout, jusqu’à la dernière ligne.

    La photo de couverture est signée Claire Veys.

    Éric Allard

     

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

    Le site d'Anne-Michèle Hamesse

     

  • D'UN SIMPLE JOUR À L'AUTRE d'ALAIN EMERY

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=093c7abf2425dccb84adb6bfab8daa85&oe=58AE6DCApar Nathalie DELHAYE

     

     

     

     

     

    15380358_1298540103536991_109415578429246085_n.jpg?oh=f38cb699ddbedc1ee1553323b36da6de&oe=58BBEF4ARegard de poète

    Alain Emery, nouvelliste, auteur de polars et biographe, s'essaie dans "D'un simple jour à l'autre" à la poésie, plus précisément la prose poétique. Et c'est un pari réussi. 

    Dès les premières pages, on plonge dans son univers nostalgique, très visuel et émouvant. Son amour des gens, de la mer, ses révoltes se succèdent en textes plus ou moins courts, toujours précis, et d'une écriture riche et pleine de poésie. L'auteur pose un regard particulier sur les choses, les personnages, cultive la différence et repère le petit détail qui fera mouche auprès du lecteur, pour partager une émotion, un sourire, une larme à l'oeil, en revisitant son enfance, explorant de vieux souvenirs, honorant sa Bretagne chérie.w210h0xxauteur_cfbd77074c04489e21e3d016dbfe5e12.jpg

    J'ai été charmée par cette parole de poète, chaque texte apporte sa touche de sensibilité, et parfois, très certainement, une note de vécu.

    La mer. Parlons-en. Je suis bien monté sur son dos, quelquefois, quand elle était bonne fille et qu'une soie turquoise s'allongeait d'un bout à l'autre de la baie. Quand il faisait si beau qu'on croyait voir tomber de la côte le sucre des bruyères et des ajoncs.

    Jolie découverte.

     

    Le livre sur le site des Éditions Jacques Flament

    Jack London, un ogre au coeur d'argile d'Alain Emery

  • FOUDRE EN CAVALE de FRANÇOIS DEGRANDE (Bleu d'Encre Éditions)

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    L’art de l’invisibilité

    Dans l’éclairante préface qui introduit à la lecture du recueil, Sorin C. Stan pointe deux des thèmes qui irriguent le recueil, l’aliénation et le dédoublement, qui se déclinent aussi bien dans la figure du double en miroir, de l’inversion du regard ou ce souci de cavaler hors de soi pour éviter les orages intérieurs.

    À la lecture, on réalise que la dualité est ce qui permet de faire diversion, d’échapper aux balles comme à la foudre, de sortir de l’aliénation qui nous mine ; la foudre étant ce qui brise, met en lumière les pièces qui nous constituent pour opérer l’inconscient. Pour voir l’autre bout du monde, il faut des jumelles comme le montre bien de manière métaphorique un des textes du recueil. L’homme voit double tant qu’il ne voit clair pas en lui...

    On devine des blessures d’enfance dues peut-être à cette double enfance de Leforestier (chantée par Julien Clerc), à une double culture, à un sentiment de scission intérieure…

    Nombre de personnages mis en scène ont un secret à cacher. Ils ont des problèmes de vision, avec le temps (qui contraint à la ponctualité et menace de mort) et l’argent (qui les pousse à la mobilité), avec le sommeil (l’enfant qui raffole de la lumière des frelons) et les arbres qui attirent la foudre, et ils visent à se rendre irrepérables sur la carte du tendre et à voir tout, à (se) recomposer comme à réécrire le monde. 

    Le message

    doit être renversé

    pour être compris

    Dans la mythologie grecque, l’orage est l’arme de Zeus qui va vaincre Cronos, le propre père de Zeus. Se rendre invisible, immobile, en pièces, comme la bête à deux dos, nous préserve de ses coups.

    La schizo-

    phrénie reste

    le meilleur moyen

    de se prémunir contre

    la fou-

    dre

    Notons les coupures des mots schio-phrénie et fou-dre, somme toute reliées dans leur division même. 

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    Autre figure mythologique présente en sous-texte, Œdipe, qui fera le sacrifice de la vue après avoir vu clair dans ses ascendants. La ressource de la vision se trouverait-elle dans l’invisibilité, dans le fait de voir au-delà des apparences ?

    En voyant,

    il ne verrait rien.

     

    Tout en ne voyant rien,

    il verrait tout

     

     (…)

     

    C’est bien cela

    mon art !

    Travailler

    avec l’invisible

    La pieuvre, un des très beaux textes du recueil, fait penser à la Méduse dont la chevelure est faite de serpents entrelacés et qui pétrifie tout être qui la regarde. Elle perdra la tête; de son sang naîtra Pégase qui sera ensuite en charge du tonnerre et des éclairs. La pieuvre de Degrande évolue dans la mer mineure et noie dans l’encre amère ses leurres.

    Autant de motifs forts qui conduisent à la réflexion, au sens optique du terme, et au retour sur soi, exprimés dans une langue neuve, vive, construite, avec un sens consommé du conte et de l’ironie, voici de quoi propulser l’auteur parmi les belles voix (car François Degrande est aussi compositeur et interprète) qui vont compter, avec son complice Olivier Terwagne, dans les années à venir.

    Éric Allard

     

    Le livre sur le site des Editions Bleu d'Encre

    Le site de François Degrande

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