19/04/2014

DESCENTE AUX ENFERS DU COTE DE OUISTREHAM

images?q=tbn:ANd9GcQWyPxdF8H3Ma53ns9GgEbSuaRZIG4XE8h4vbUPLar9edZR2g4IWff-q5Apar Philippe Leuckx

 

 

 

 

florence-aubenas---le-quai-.jpgFlorence Aubenas, journaliste réputée, essayiste, raconte dans "Le quai de Ouistreham" une histoire aussi incroyable que celle endossée par Gunther Wallraff avec sa "Tête de Turc" : elle s'est fondue dans la masse silencieuse, muette, de sous-qualifié(e)s du Pôle Emploi de Caen pour dégotter des emplois précaires dans une zone fortement précarisée. L'expérience vécue au quotidien par elle, conservant son identité, se mouvant dans le poste et la pose de demandeuse d'emploi, prête à tout pour suivre formations, stages, sous-salaires et tout ce qui va avec en matière d'aléas, de fatigues, de temps mangé à la vie.

Le reportage, puisqu'il s'agit d'une relation au jour le jour, objective, sobre, hyperréaliste, démonte avec rigueur une société minée par les fermetures, les exclusions, les plans chômage, les précaires conditions de vie de toute une frange de la société (surtout des femmes), la pénibilité des travaux, le mépris ressenti par ces victimes économiques, l'incessant ravalement des conditions de travail jusqu'à l'absurdité de la maîtrise impossible du temps pour soi...

Rien lu d'aussi prenant socialement parlant, humainement parlant depuis le "Gomorra" de Savianio Robbé. La descente aux enfers éprouvée par Florence, dans ce changement de fonction volontaire, parle pour toutes ses collègues de travail, décrivant l'insupportable.

Sur une période assez longue (plusieurs mois), Florence a eu le temps d'expérimenter cette sous-condition de demandeurs d'emplois précaires, éprouvants, mal payés, encore plus mal considérés. Que tout cela se passe en Normandie, en 2009, fait bondir, et le coeur, et la raison. Mais le discours, on le sent, est universel : ce reportage localisé vaut pour tous les pays qui, faute à la mondialisation et à l'ultralibéralisme, considèrent l'humain comme de la piétaille bonne à prendre et à jeter. Le message humaniste, sans forcer, court le long de toutes ces pages. Les vingt chapitres structurent ce livre, le temps de poser le sujet, de relayer les expériences les plus significatives d'une sous-condition. Le beau livre aurait pu s'intituler TRAITE DE LA VIE PRECAIRE.

 

Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham, Points, 256p., 6,50€.

 

14:36 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

LECTURES DE PRINTEMPS (II)

Leuckxok.jpgpar Philippe LEUCKX 

 

 

 

 

 

238.2.jpgSerge DELAIVE, Pourquoi je ne serai pas Français, Maelström.

 

En 28 pages, un essai intelligent, documenté, bien écrit sur une question qui continue à "chipoter" certains Belges rattachistes, essentiellement Liégeois.

Le poète qui signe l'essai est lui-même un Liégeois tout crin mais apte à saisir la chance d'être belge sans oublier d'être européen, en lorgnant sans erreur sur des villes si proches de Liège, qu'elles soient aux Pays-Bas, en Allemagne, au Luxembourg grand-ducal pour exhiber avec doigté et saveur des convictions bien belges, rassuranrtes à l'heure des nationalismes exacerbés ou des séparatismes revanchards.

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M_Serge_No%C3%ABl.jpgSerge NOEL, Passer le temps ou lui casser la gueule, Maelström.

 

Ces "poèmes politiques" (sous-titre du recueil) d'une ampleur lyrique rare aujourd'hui (à l'heure aussi des écritures d'une économie qui frise la sécheresse) secoueront les consciences établies, les moeurs frileuses et les convictions trop vite assises. L'oeil et le coeur de Serge Noël bondissent à chaque injustice, à chaque violence, à chaque dérogation aux droits les plus fondamentaux, comme ici celui d'assumer l'amour des garçons : le long , très long poème - déclaration d'amour à Majid de Tanger est d'une beauté à couper le souffle et la résonance penna-pasolinienne ouvertement revendiquée.

 

Les éditions Maelström =) http://www.maelstromreevolution.org/pages/FRA/home.asp

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PhilippeClaudel.jpgPhilippe CLAUDEL, Parfums, Stock.

 

Ou soixante-trois manières d'évoquer les fragrances, odeurs, parfums, saveurs, relents, humeurs, imprégnations, senteurs liés à des lieux, des circonstances, des rencontres d'enfances et d'après.

Le talent de l'auteur des "Ames grises" explore les nuances sensibles et sensationnistes d'une vie que gèrent les particules, les atmosphères en nous et autour de nous, dans les aires de vie multiples.

Alphabétiquement, d'acacia à voyage, le prosateur inspiré remue les remugles et les ruissellements parfumés : d'une douche partagée après le sport aux humeurs terreuses d'une cave sombre, en passant par celles des corps humés, des activités prolongées au courant des rivières.

L'odeur d'une vieille maison familiale abandonnée dans son chagrin fournit, entre autres, de belles pages consacrées à ce qu'un lieu (Dombasle), à ce que des proches (les parents) ont tissé au coeur d'un homme fait pour le partage et l'effusion sobre. On n'en attendait pas moins d'un créateur sensible à qui l'on doit "Le bruit des trousseaux" sur son expérience partageable des prisons où il donna "cours" pendant plus de dix ans à Nancy.

Une manière aussi de recréer une époque enfuie, à coups de "gauloises", de "foin" ou de "fumier" des fermes approchées, connues et aimées.

Un livre singulier qui restitue nos années, mais d'une autre manière que celle empruntée par Annie Ernaux, et tout aussi convaincante.

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9782742756322.jpgPia PETERSEN, Une fenêtre au hasard, Actes Sud.

 

Rue des Martyrs, Paris. D'une fenêtre, une femme observe la fenêtre de l'appartement d'en face. Et l'histoire commence par meubler ce vide de l'espace par l'arrivée d'un voisin, épié, observé, suivi à l'oeil. Et l'histoire prend consistance et obsession singulière pour cette femme, mal fagotée, sans doute peu avenante, et qui tisse peu à peu sa vie amoureuse pour un inconnu dont elle explore, en voyeuse amoureuse, les allers et retours, les venues dans le cadre rigoureusement analysé d'une fenêtre.

L'hyperréalisme des situations et les plongées psychologiques qui en résultent font de ce livre un morceau d'ethnologie romanesque prenant et saisissant, jusqu'au final qui relève de la pure tragédie.

Un très beau morceau de littérature féminine d'une écrivaine danoise vivant à Paris.

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Hoex-Corinne-Le-Grand-Menu-Livre-894187960_ML.jpgCorinne HOEX, Le grand menu, L'Olivier.

 

Ce premier roman de l'écrivaine, dont j'ai beaucoup aimé les trois derniers recueils (dont les étonnants "Celles d'avant" et "Décollations"), distille ironie, acuité des travers bourgeois et des comportements. La mère forte, patronne de boutique. Le père, fantasque, qui rêve plus vite que la réalité. Un regard d'entomologiste fiévreuse parcourt ces pages sans concession. La mère "bouffeuse de curés", la mémé "avaleuse de religieuses à la crème". Le père ridicule sous ses grands airs et sa rhétorique de vitrine!

Le grand jeu, ce "grand menu" où, comme chez Lainé, la bourgeoisie sort vaincue de ses usages, usée, reliquat de choses à faire, à ne pas faire, et, comme par hasard, la seule restriction à ce "bon ordre", c'est la décapitation symbolique d'un Dieu auquel décemment il n'est point bon de croire!

La cruauté de Hoex restitue une époque, le tout début des années 50, où l'on se refait de la guerre, à coups de belle villa, de beaux rêves, de bonne qui astique tandis que l'on se garde "des mains sales" des travailleurs.

Une écriture d'une sobriété de poète, cinglante, nette, dense, et au rythme intimement construit : chaque coupure relaie les brisures d'un coeur, celui d'une enfant douée pour l'observation de ses proches et de leurs aires d'importance.

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lesfemmesdubraconnier.jpgClaude PUJADE-RENAUD, Les femmes du braconnier, Babel

 

La nouvelliste française propose ici un roman, celui des amours tumultueuses, désinvoltes et sauvages d'un couple mythique de la poésie anglophone des années 50/60 : Sylvia Plath et Ted Hughes.

Ce long roman est une traversée sensible d'une histoire tout à la fois familiale, poétique et intellectuelle d'un couple fragile et fragilisé. Londres et quelques terroirs anglais offrent les décors d'une intime exploration au corps et au coeur des deux protagonistes, ressuscités à renfort d'évocations de la correspondance et des références biographiques.

Le suicide de Plath est à relire à l'aune de ces pages qui décrivent à l'envi une âme féministe, féminine, courageuse et combative d'une époque qui a tendance à reléguer les revendications du deuxième sexe à l'encan des réprobations faciles.

Le réalisme, ici, pointe les ressorts d'une "entreprise" d'écriture, d'une gestion de celle-ci au rythme de la vie parfois corsetée d'imprévus, d'enfants à soigner (dont Sylvia s'occupe avec une rage de bien faire) et d'irrégularités conjugales (Ted est coureur).

Un très beau témoignage sur le "métier de vivre" de deux créateurs plongés dans les aléas de la vie!

12:53 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

17/04/2014

Le bout de la passion

figurine-maries-football-1.jpgBalle au pied, je bois un café crème, je franchis le portillon de la station de métro, je regarde défiler les quais encombrés des stations. Balle au pied, je salue mon chef de service, je m’attable à mon bureau, j’ouvre ma boîte à messages... Balle au pied, je prends l’ascenseur, j’arpente la rue animée du temps de midi, j'utilise l’escalator du centre commercial, je déballe mon chickenburger, je dépose les reliefs de mon repas dans la poubelle murale. Balle au pied, j’ouvre la porte de mon appart’, j’embrasse mes enfants, je débouche une canette devant la retransmission du match. Balle au pied, je monte me coucher, j’écrase un moustique, j’envoie un ultime texto avec le résultat de la rencontre. Enfin, balle au pied, je baise ma femme et je m’endors.

Par amour du football, je me suis fait greffer un ballon de cuir sur le coté extérieur du gros orteil du pied droit.

 

extrait de Penchants retors, Eric Allard (éd. Gros Textes, 2009)

19:07 Écrit par Éric Allard dans Penchants retors | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

15/04/2014

BALLON ROND + GYM, par Denis BILLAMBOZ

Ballon rond

  

File le ballon

Tourne en rond

Fait des bonds

 

Se faufile entre les pieds

Esquive quelques souliers

Contourne un fessier

 

Ne peut éviter une tête

Cogne contre une crête

S’envole comme en fête

 

Il voudrait rester là haut

Où tout est beau

A l’écart des assauts

 

Une grande main

Dans sa niche l’étreint

Il se sent bien

 

Il voudrait rester là

Fuir les débats

Des fiers à bras

 

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Gym

  

Musique

Rondade

Flip

Salto tendu

Pile chute

 

Tour complet

Grand écart

Equilibre

Valse

Souplesse avant

 

Dernière diagonale

Rondade

Flip

Tempo

Vrille

 

Ouf

Sans chute

Ma note ?

Les vaches

Pas généreux !

20:05 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

13/04/2014

Le polar ou la vie

th?id=HN.608000556993675579&pid=1.7- Tu vas l'aimer, le polar?

- Non!

- TU VAS L'AIMER!

- NOOOOON!

- Mais pourquoi?

- Je t'aurai tué avant.

 

11:45 Écrit par Éric Allard dans Très brèves rencontres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

11/04/2014

LA CULTURE AMAZIGH

53e076ecde36b51b1bbe6d7d6172684a?s=50&d=http%3A%2F%2Fme.voir.ca%2Fcommunaute%2Fthemes%2Fbpcom%2Fimages%2Fdefault-dude-50.png%3Fs%3D50&r=Gpar Denis BILLAMBOZ

J’ai voulu à travers ces deux ouvrages rendre hommage à la culture amazigh, plus largement à la culture issue de l’Afrique du Nord antique, celle d’avant toutes les invasions, qui n’est pas toujours considérée à sa juste valeur même en Algérie. Mouloud Feraoun est un pur Kabyle de naissance même s’il s’exprime en français dans ses textes. Quant à Yacine Kateb, ses racines sont peut-être arabes, je ne sais pas très bien, mais l’esprit du texte présenté ici exprime bien le retour aux valeurs ancestrales de la pensée amazigh. Pour l’anecdote, on peut aussi signaler que Kateb faisait chanter l’Internationale en langue amazigh avant la représentation de ses pièces de théâtre.

 

th?id=HN.608005487608464187&pid=1.7LE FILS DU PAUVRE

Mouloud FERAOUN (1913-1962)

Mouloud prête sa plume à Menrad, petit instituteur, pour qu’il raconte son histoire de gamin et d’adolescent né dans un pauvre village de Kabylie où « le riche demeure toujours avare. Le pauvre, tour à tour, nargue ou convoite la misère du riche ».

Né en 1912, Menrad « Fouroulou », un peu, beaucoup même, Mouloud Feraoun lui-même, est le seul garçon de sa famille, il a tous les droits sur ses sœurs comme sur ses cousines. « Je pouvais frapper impunément mes sœurs et quelques fois mes cousines : il fallait bien m’apprendre à donner des coups ! » Il doit devenir un lion pour que la famille domine le village mais, passée la limite de son quartier où il est respecté, il devient un véritable agneau à la merci des attaques des autres gamins du village. C’est un enfant très paisible qui reçoit une éducation virile pour en faire un chef autoritaire.

La vie au village est difficile, la nature n’est pas généreuse, les récoltes sont maigres et les calamités nombreuses, il ne faut pas ménager sa peine ni sa sueur pour faire seulement vivre les siens. Cependant, l’indigence est fièrement supportée, les familles sont pauvres mais cachent leur misère pour conserver leur dignité et se rassembler en un peuple rude et fier qui ne se laisse pas aisément dominer. L’expatriation en France s’impose souvent comme moyen de renflouement des familles ruinées mais les émigrés doivent subir l’humiliation et l’exploitation avant de ramener quelques sous au pays. Le village ne connait pas les castes mais les querelles de familles, au sein des familles ou entre familles, sont nombreuses, elles sont le plus souvent réglées par des arrangements amiables qui n’éteignent jamais les haines ancestrales. « En somme, à Tizi, on se connait, on s’aime ou on se jalouse. On mène sa barque comme on peut, mais il n’y a pas de castes. »

th?id=HN.607998529755218155&pid=1.7Un récit initiatique qui décrit le parcours d’un fils aîné destiné à assurer la pérennité et la puissance de la famille mais qui n’a rien d’un chef viril, rêvant seulement de vivre paisiblement et d’apprendre car l’instruction est, pour lui, la meilleure solution de sortir de sa condition de pauvre paysan cloué à sa terre aride.

Une belle image d’un pays âpre et rugueux où la solidarité, malgré les rivalités familiales, n’est pas un vain mot dans un monde figé dans le temps, dans ses coutumes, ses pratiques et ses traditions. Un monde où la superstition dépasse la raison et même la religion, où le vol est un moyen d’appropriation comme un autre. Et, surtout, un monde où les femmes ont un sort peu enviable, cantonnées dans leur rôle de génitrices et de main d’œuvre gratuite sans aucune compensation. « Fouroulou … recevait ainsi deux fois plus que les autres. Les sœurs n’avaient rien à dire : un frère peut bien céder ce qui revient à son aîné. Tant pis pour elles si elles ne sont que des filles ».

 

nedjma.jpgNEDJMA

Kateb YACINE (19129 – 1989)

Dans ce texte qui s’enroule comme une rapsodie quatre jeunes Algériens trouvent un travail, dans le bled à proximité de Bône, mais le perdent très vite pour cause de violence envers le chef du chantier et de meurtre d’un riche entrepreneur lors du mariage de celui-ci avec la fille du chef molesté. L’un en prison, l’un évadé, l’un lors de discussions sur les bords de la rivière locale, l’autre dans son journal intime, recensent les morceaux de leur histoire personnelle pour reconstituer la vie qu’ils ont menée depuis qu’ils ont quitté leur famille qui vivait paisiblement dans le bled avant que les colons ne déroulent la chaîne de la haine : spoliation, humiliation qui génèrent haine et violence.

Ainsi dans ce récit polyphonique, ils finissent par comprendre qu’ils appartiennent tous au même clan qui s’est divisé en quatre parties et aussi qu’ils ont tous été amoureux de Nedjma, cette fille évanescente, inaccessible, qui symbolise l’Algérie qui n’est pas encore un pays et qui n’est même pas encore en état de devenir un pays : l’allégorie de l’Algérie immature pour prétendre devenir un pays stable et fort.

Kateb_Yacine.jpgDans ce texte un peu hermétique, difficile à pénétrer, mais d’une grande richesse et d’une très forte exigence, qu’il ne faut pas aborder avec notre cartésianisme européen mais plutôt avec la spirale de l’esprit oriental, on trouve un tableau sévère, mais lucide, de cette Algérie qui n’est pas encore un pays et qui n’est même pas en état d’en devenir un. Mais, qu’il faudra bien qu’elle devienne cependant car l’humiliation et la spoliation ont jeté le ferment de la haine et les riches paysans déchus errent en ville où ils perdent leurs rites et leur culture dans une débauche nocive.

«Les fils des chefs vaincus se trouvaient riches d’argent et de bijoux, mais frustrés ; ils n’étaient pas sans ressentir l’offense, sans garder au fond de leurs retraites le goût du combat qui leur était refusé ; il fallut boire la coupe, dépenser l’argent et prendre place en dupes au banquet ; alors s’allumèrent les feux de l’orgie. »

Ainsi, avec son écriture multiforme : de la description à la poésie en passant par la narration et la démonstration, l’auteur montre la décomposition de la société algérienne qui obligera la nouvelle génération à puiser dans les traditions tribales pour retrouver l’unité nécessaire à la reconstitution d’un pays libre et fort. Et au milieu de tout ça, Nedjma est l’icône, le symbole de tout ce que ces jeunes recherchent : l’amour, un travail pour vivre décemment, la liberté, un pays pour les protéger, … mais tout cela semble vouloir se dérober sans cesse comme la belle qu’ils voudraient ravir car le rapt est très présent dans ce livre comme dans les mœurs du peuple décrit par l’auteur.

14:30 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

08/04/2014

DOUZIÈME POESIE VERTICALE de Roberto JUARROZ

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"Le je est toujours un verre brisé. Y-a-t-il un verre entier capable de nous contenir?"

Roberto Juarroz

 

 

Le poème convoque la fumée

pour allumer la lampe.

 

Les feux éteints

Sont le meilleur combustible

Pour les feux nouveaux.

 

La flamme ne s’allume

qu’avec son passé.

 

 

*

 

Tôt ou tard

il faut mettre la main au feu.

 

Peut-être la main pourrait-elle

apprendre d’abord à être flamme

ou bien persuader la flamme

de prendre la forme de la main.

 

Et si les deux échouaient

peut-être la flamme et la main

pourraient-elles se muer en atomes libres

d’une autre clarté.

Ou peut-être simplement

Réchauffer un peu plus l’univers.

 

 


 

 

 

Combien de formes de vision

se sont-elles ouvertes en nous ?

Nous savions qu’une seule ne suffit pas

et presque sans nous en apercevoir

 

nous avons incorporé de nouvelles optiques,

d’insolites rétines,

à cette rude équation

de voir, d’être et de passer.

 

Et maintenant nous ne savons même pas

avec quoi nous voyons ce que nous voyons

Nous ne savons pas davantage

si nous sommes bien ceux qui voyons.

 

 

*

 

Il y a un moment

où l’on se libère de sa biographie

et abandonne alors cette ombre déprimante,

cette simulation qu’est le passé.

 

Il ne faut plus utiliser

la formule mesquine du même,

ni tenter de poursuivre ses conquêtes,

ni gémir aux bifurcations.

 

Abandonner sa biographie

et ne pas reconnaître ses propres données,

c’est alléger la charge pour le voyage.

 

Ou comme accrocher au mur un cadre vide

pour qu’à s’y figer ne s’épuise aucun paysage.

 


 

 

Chercher une chose

c’est toujours en trouver une autre.

Ainsi, pour trouver certaine chose,

il faut chercher ce qu’elle n’est pas.

 

Chercher l’oiseau pour trouver la rose,

chercher l’amour pour trouver l’exil,

chercher le rien pour découvrir un homme,

aller vers l’arrière pour aller de l’avant.

 

La clef du chemin ,

plus qu’en ses bifurcations,

son hypothétique commencement

ou sa douteuse arrivée,

est dans l’humeur corrosive

de son double sens.

 

On arrive toujours,

mais ailleurs.

 

Tout arrive.

Mais à l’envers.

 

 

*

 

Lorsque je manque de lumière,

la lumière me paraît impossible.

 

Lorsque je me trouve hors du poème

le poème me paraît impossible.

 

Lorsque je cesse de te regarder,

tu me parais impossible.

 

Lorsque je perdrai la vie,

la vie me paraîtra impossible.

 

Et si je pouvais ne pas penser,

penser me paraîtrait impossible.

 

Du dehors d’une chose,

cette chose est impossible.

 

Et du dehors de tout,

tout est impossible.

 

Mais il y a une exception :

moi-même, du dedans,

je suis aussi impossible.

 

 

*

 

 

Nous avons aussi trahi l’eau.

 

La pluie ne tombe pas pour cela,

le fleuve ne coule pas pour cela,

la mare ne stagne pas pour cela,

la mer n’est pas présence pour cela.

 

Nous avons une fois de plus perdu le message,

les voyelles ouvertes

du langage de l’eau,

sa transparence palpable et inouïe.

 

Nous ne sûmes pas même

boire la transparence.
Boire quelque chose, c’est l’apprendre.

Et apprendre la transparence, c’est commencer

à apprendre l’invisible.

 

 

 

 

D’où viennent ces images ?
Et où vont ces images ?

 

Nous ne sommes pas un terrain propice

à leur hébergement.

 

Les images paraissent chercher un lieu

où pouvoir s’arrêter

et nous sommes sables mouvants,

lieu de passage, sans plus.

 

Mais alors,

pourquoi les images reviennent-elles ?

 

Nous voudrions aussi nous arrêter

et nous revenons toujours au lieu

où ce n’est pas possible.

 

Nous ne sommes peut-être que d’autres images

semblables à toutes les images

qui peuvent seulement revenir aux images,

bien qu’elles ne puissent pas s’arrêter.

 

 

*

 

 

Nous sommes toujours au commencement,

mais nous aveuglons presque toujours le commencement

par la supercherie d’être quelque chose

ou le simulacre carnavalesque de grandir.

 

Et seul le commencement nous console

de l’aride abandon qu’est la vie.

Le commencement d’un signe, d’une rose,

d’une couleur, de tes mains.

Le commencement de dieu.

 

Oui. La vie n’est que commencement.

Mais aussi dormir, trébucher,

dévaler un chemin,

s’arrêter devant un visage,

penser,

allumer une lampe.

et certainement l’éteindre.

 

Dieu lui-même n’est qu’un commencement.

 

 


 

 

Visages qui s’en vont,

visages qui reviennent.

 

Une seule différence :

la pluie, sur le chemin,

mouille davantage ceux qui reviennent.

 

 

 

*

 

 

Le nombre un me console des autres nombres.

Un être humain me console des autres êtres humains.

Une vie me console de toutes les vies,

possibles et impossibles.

 

Avoir vu la lumière une fois

c’est comme si on l’avait toujours vue.

Avoir vu la lumière une seule fois

me console de ne plus jamais la revoir.

Un amour me console de toutes les amours

que j’eus et que je n’eus pas.

Une main me console de toutes les mains

et même un chien me console de tous les chiens.

 

Mais je crains une chose :

que demain le le zéro parvienne

à me consoler plus que l’un.

 

 

 

 

Un reflet sur le mur me désarme,

comme un oiseau fatigué de ses ailes

ou une fleur qui se repose de ses pétales.

 

Reflet sur un autre mur,

l’homme se repose aussi parfois

des clous éveillés

de son propre cœur.

 

Il doit y avoir encore un autre mur

sur lequel coïncident les reflets,

un mur qui se repose aussi de lui-même.

 

Tout reflet est un repos de la lumière.

 

 

*

 

 

Excès d’écriture.

 

Sur tout il y a quelque chose d’écrit,

que nous ne déchiffrons qu’à moitié.

Tout est palimpseste

qui ne s’efface qu’en partie

et multiplie ensuite ses couches d’écriture.

Le silence lui-même est écrit.

 

Nous ne pouvons

effacer qu’une seule lettre.

Nous ne pouvons pas non plus

ne pas écrire par-dessus.

 

Mais un compromis est possible :

écrire vers l’intérieur.

Là, comparativement,

il y a beaucoup moins d’écrit.

 

 


 

 

Apprendre à descendre marche par marche

et s’arrêter sur chacune

pour regarder l’horizon dès chacune,

et non la marche suivante.

 

C’est ainsi seulement que nous ne tomberons pas ;

chaque horizon nous soutiendra jusqu’à la suivante.

 

Et en descendant la dernière marche,

bien que nous n’ayons plus besoin d’horizons,

cette dernière adoucira la descente

de celui qui préféra observer les horizons

plutôt que de baisser les yeux à chaque pas

de peur de tomber.

Seuls les regards les plus longs

peuvent voir ce qui est le plus près.

 

 

*

 

  

Il y a des appels qui m’appellent pour toi

alors que toi tu ne m’appelles pas.
Tes appels d’hier

qui flottèrent sur l’eau du temps,

tes appels de demain

que demain je n’entendrai peut-être pas,

tes appels que j’invente sans le savoir

lorsque la solitude se fait hargneuse

ou tes appels

qui ne viennent ni de toi ni de moi,

comme s’il y avait entre nous une zone autonome

qui fonctionne pour son propre compte,

une zone que nous aurions créée quasi sans le vouloir

pour qu’elle dise ton nom

et peut-être aussi le mien

sans avoir besoin de nous.

 

De toute manière,

je suis entouré de tes appels sans toi,

comme une île sur la mero

ou une tour dans le vent qui passe.

 

Est-ce que tes appels continueront de m’appeler

lorsque ni toi ni moi ne seront plus ?

 

La bouche vide n’a besoin de personne

pour continuer à appeler.

 TRADUCTION: Fernand VERHESEN

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Roberto JUARROZ est né en Argentine en 1925, il y est mort en 1995. 

Daniel MELINGO est né en Argentine en 1952.

Son dernier album, LINYERA, sur Deezer:

http://www.deezer.com/artist/202596

Rodrigo AMARANTE est né en 1976 au Brésil.

Son dernier album, CAVALO, sur Deezer:

http://www.deezer.com/album/7360125

21:37 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes (poésie) | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

Le souffleur de sens

Dans la lune qui vient sur le seuil de la nuit ou sur le jour qui tombe dans l’eau plus sombre qu’un ciel d’orage, le souffleur de sens affûte ses silences.

Il cloue au mur les mots.

Il sonne les cloches aux chapelles vides.

Il énonce des déchirures sans lambeaux.

Il ne change rien à la façon de dire.

Il saute d’un arbre transparent à son reflet de branches mortes.

Il donne la terre des riches au soleil des pauvres.

Il caresse un cyprès et deux ou trois filles aux jambes d’olivier.

Il plonge avec le plongeur dans le bassin du songe.

Il dure moins qu’une femme aux aguets sur les poumons de son amant en apnée dans le désir.

Il rougit le poisson.

Il met dans la bouche d’un sexe la queue d’une otarie.

Il ne marie pas les enfants de la marée avec le cri des mouettes.

Il déjeune d’un manchot et d’une simple raie.

Il reste en équilibre sur sa faim.

Il ne plie pas le coude pour faire ployer le bras de mer.

Il s’instruit du froid quand le froid le déstabilise.

Il se défenestre pour ne pas crouler sous le poids d’un murmure.

Il prolonge au-delà du ruban le devenir du nœud.

Il s’émeut d’une algue libérée, d’un éclat de miroir dans la chair d’une image.

Il montre la voie de la feuille à l’araignée d’eau.

Il ne change rien à la façon de dire.

Il dure tant que l’aube monte des terres endormies.

Puis il s’arrange avec les voix du dedans pour s’orienter dans l’existence indéfinie.

 

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14:01 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songes | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

07/04/2014

Sens interdits

Dame ouïe

Chaque matin, Dame ouïe vient prendre dans son écuelle sa ration de bruits. Puis on ne la voit plus de la journée, elle roule, avec les bouches de passages, se collète, a-caustique, aux petits tintamarres et les tonnerres de basse fréquence qui finissent par lasser. Ses préférés sont les chuchotements goguenards et les cris percés d’oiseaux qui lui font comme des caresses blafardes sur l’échine, de flous frémissements. La nuit, elle se repaît de silence, comme on fait le plein de pain avant un jour vide de gluten. Au matin suivant, aphone, un chat dans la gorge ?, Dame ouïe est là qui vient manger dans ma main des bruits de paume ouverte sur des poignées de lumière.

 

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 Champs d'yeux

À perte de vue, s’étendent des champs de lunettes. En fait, les lunettes agissent comme des serres. Elles protègent des cultures d’yeux. Qui apprennent à voir le ciel, de jour comme de nuit.

On plante les semences d’yeux au printemps. Et les fruits viennent à maturation début septembre, de façon à contempler au mieux les différentes nuances de brun et d'ocre qui caractérisent l’automne. Avec les blancs, on fait une espèce de neige artificielle qu’on dépose sur les paupières fatiguées lors des longues soirées d’hiver.

Personnellement, j’ai gardé des prunelles ramassées sur ces champs-là. Par nostalgie du pays des yeux, parfois je les remets et je revois toute mon enfance.

 

15:59 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

06/04/2014

IDA... une merveille cinématographique

Leuckxok.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

Pavel Pawlikowski, cinéaste polonais, propose avec IDA une traversée à la fois historique, sociologique et spirituelle.

Anna, novice tout près de prononcer ses vœux au Carmel, est mise en contact avec une tante qu'elle n'a jamais rencontrée, ex-procureur de la République polonais, Wanda Cruz, dite Wanda la Rouge.

La Mère Supérieure donne donc son agrément pour qu'elle puisse, en ville, rencontrer la sœur de sa mère Rosza, qui lui apprend qu'elle est juive, qu'elle ne s'appelle pas Anna, mais Ida Lebenstein, que ses parents sont morts pour leur seule appartenance à la communauté exterminée.

 

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Commence un road-movie qui mène nièce et tante à Piarski, où la tante et la mère ont vécu dans une ferme, occupée aujourd'hui par des Polonais, des voisins d'alors.

Commence aussi ce travail de mémoire et d'enquête sur un passé lourd.

Qu'en quatre-vingts minutes ce parcours puisse se dérouler, entre scènes de couvent, périple en petite voiture cabossée, séquence dans un hôtel-dancing où la novice croise un jeune musicien épris de Coltrane et de son jazz, dérives le long des rues lépreuses, le long des routes vides entre séries infinies de bouleaux....tient du miracle absolu.

Une pureté de vision, celle des visages : de madone pour cette jeune novice, à la coiffe d'impétrante grise, celle des musiques (la tante Wanda adore la musique classique comme elle adore se saouler).

Réflexion autour d'un passé qui s'éclaire (sans jeu de mot) de la lueur de la fable : la tante-pute et la nièce-sainte s'épaulent, s'apprivoisent, finissent par tisser un amour de parentèle.

Le noir et blanc sert admirablement le propos et les deux comédiennes (toutes deux prénommées dans la vie AGATA) incarnent avec pudeur, générosité, vibration les deux personnages principaux.

Les dernières images tracent le vitalisme d'Ida, marcheuse envers et contre tout.

L'un des plus beaux films de ces dernières années.


05/04/2014

LECTURES DE PRINTEMPS

P.Leuckx.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

  

9782710370192FS.gifLA DERNIERE FUGITIVE

de Tracy CHEVALIER

Le roman âpre, nu, sans fioriture, dresse un beau tableau historique : l'arrivée des quakers britanniques en Amérique autour de 1850, individualisée autour de l'attachante figure de Honor Bright, jeune femme venue ici par dépit amoureux, accompagnant sa soeur promise à un quaker installé depuis peu en Ohio.

Les usages anglais (comme cette confection des quilt, édredons rituels, offerts comme trousseau de mariage) trouvent peu d'échos à ces milliers de kilomètres et notre jeune héroïne a bien du mal à s'ancrer en cette terre lointaine, qui lui paraît sauvage, un peu reculée, si peu avenante.

En touches sensibles, la romancière pose son époque, ses faits, ses personnage importants : un beau-frère, une belle-mère revêche, une belle-soeur qui s'affranchit peu à peu de la froideur à l'égard d'Honor. Et les amis trouvent ici une place : la modiste Belle, qui l'engage comme ouvrière de son commerce, l'amie de toujours de l'autre côté de l'océan, à qui Honor écrit des missives assez longues pour "tenir le coup".

Le contrepoint des lettres, entre autres aux parents, de la chasse aux esclaves par le frère de la modiste, puisque ceux-ci désertent les exploitations du sud pour gagner des terres plus pacifiques et humaines (le Canada), et que leur route passe par Oberlin.

Honor, mariée, se fait peu à peu à l'atmosphère austère d'une ferme aux tâches lourdes, se met à traire, à participer aux travaux de l'exploitation, et en profite pour porter aide aux fugitifs noirs.

Le talent de Chevalier éclate dans l'attentive description du temps : tout sonne juste. La boue des villes en construction, la peur des poursuivis, les réserves pour les longs hivers de neige, le terreau pastoral et rural, tissé de carcans (l'église, la réputation, la clôture des mentalités) sont quelques-uns des motifs sur lesquels repose ce beau roman mi-historique mi-social, qui donne de l'Ohio de ces années-là une ethnographie précise, équilibrée et émouvante (sans aucun pathos, bien étranger à l'écriture objective de l'auteur).

***

monnereau-on-s_embrasse.jpgON S'EMBRASSE PAS?

de Michel MONNEREAU

Ce roman de 2007, réédité en poche (J'ai lu), est une belle surprise et une réussite.

Le poète de "Réfractions" relate ici un parcours. Bernard a beaucoup voyagé, après avoir quitté son chez soi, ses parents, sa soeur. L'adolescent a baguenaudé, a vieilli, passant d'un pays l'autre. Et puis, un beau jour, c'est décidé : il rentre. Quitte à trouver froideur, indifférence ou hargne dans une famille quittée, abandonnée, sans beaucoup de cartes postales. La mère et la soeur, le beau-frère, les deux  nièces tentent de "domestiquer", d'apprivoiser ce globe-trotter, revenu ici comme en amnésie, dans une province à peine muée.

L'ironie, le sarcasme, l'inventive langue du narrateur, fort en thème, sont quelques-uns des atouts majeurs de cette chronique familiale, autour de la figure de ce fugueur, insoucieux de ses proches, fils prodigue qui n'aura plus vu son père vivant.

Au-delà du portrait réaliste et nu d'un gars qui en  est revenu de la vie, Monnereau cisèle une langue très originale par ses inventions (très travaillées), apte à restituer une personnalité corsetée par les usages provinciaux. Une vraie découverte.

 

** Tracy Chevalier, La dernière fugitive, Quai Voltaire, 2013, 386 p., 22€.

 ** Michel Monnereau, On s'embrasse pas?, J'ai lu n° 10098, 2013, 192 p., 5€.

11:43 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

03/04/2014

La miroitisation + Les mouvements de la psychanalyse

La miroitisation

Cet homme qui, après un quart d’heure de lecture, se voyait dans le livre qu’il était en train de lire trouva qu’il était temps de consulter... Mais son psy confia qu’il perçait son propre inconscient chaque fois qu’il ouvrait Cinq essais sur la psychanalyse ou L’interprétation des rêves. Au fil des confidences sur sa singularité, notre lecteur apprit que son boucher se distinguait dans la viande de cheval, que son boulanger se mirait dans la farine qu’il pétrissait ou que le visage de son pharmacien se reflétait parfaitement dans le décolleté de son assistante. Après une brève enquête dans divers milieux, il observa que le météorologue se refaisait une beauté à la lumière des cartes climatologiques, que le tableau noir renvoyait l’image sans tache de l’enseignant, que le facteur lisait sa vie dans le courrier qu’il postait, que l'assassin détaillait sa future peine dans le crime qu'il commettait tandis que seul l'enfant léchait la crème sans regarder la glace. Ou, bien sûr, que l’astrologue jaugeait le portefeuille de son client à l’échelle des cartes dorées du ciel. Finalement, cet homme reprit ses lectures, rassuré sur sa normalité et celle de ces concitoyens, faisant, comme tout le monde, avec les reflets obsédants.

 

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Les mouvements de la psychanalyse

Ce psy sportif profite des séances pour s’adonner à ses activités préférées : derby roller autour du canapé, danse du divan, saut au trampoline, exploration de la grotte de Psy, ping-pong verbal, soulèvement de livres de Freud et plongée jungienne en apnée, chandelle reichienne et tai psy chuan...

Le patient, lui, n’a que sa langue à mouvoir, ce qu’il fait avec beaucoup d’adresse et d’endurance, étant donné l’environnement un brin ouf.

 

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20:58 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

31/03/2014

L'INTERVIEW POLITIQUE de l'Abstention

- Vous êtes l'un des grands vainqueurs des élections. Comment vit-on une telle victoire? 

- Tout le mérite revient aux non-électeurs.

- Quels sont vos projets, vos ambitions?

- Faire mieux aux prochaines élections et, à terme, atteindre les 100 %.

- Votre stratégie jusque là?

- Ne rien faire. C'est le meilleur moyen pour progresser quand on est dans l'opposition.

 

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21:35 Écrit par Éric Allard dans Très brèves rencontres | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

DES PRINTEMPS en 14 chansons, 1 ballet & 1 film

Arthur H & Jean-Louis Trintignant

Ferré

Saez

Ferrat

Barbara (d'après un poème d'Eluard)

 

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Darc

Bensé

Anne Sylvestre

Piaf

Béranger

Mara Tremblay

Bélanger

Maria Callas (chante Saint-Saëns)

Simon Keenlyside (chante Debussy)

Pina Bausch (Le sacre du printemps de Stravinsky, 1975)

Le printemps, film muet de Louis Feuillade (1909)

21:29 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

30/03/2014

Printemps + Jour de pluie, par Denis Billamboz


Printemps

 

J’ai ouvert ma fenêtre

Sur une bouffée de bien-être

 

Un effluve floral

Dans l’air matinal

 

Un pépiement

Dans l’azur volant

 

Un bourgeon

Sur mon balcon

 

Une mini jupe

Qui fait la pin up

 

Ce matin

Je ne prendrai pas le chemin

Qui mène au turbin

 

Je prendrai le chemin

Des copains

De l’amour et du vin

 

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Jour de pluie

  

Pleut le ciel

Pleure le soleil

 

Mes yeux ne pleureront pas

Mes yeux ne pleuvront pas

Ils ont lu un livre

Ils en sont ivres

 

Pleut le ciel

Pleure le soleil

 

Mes oreilles ne pleureront pas

Mes oreilles ne pleuvront pas

Elles sont en fête

Elles ont entendu l’aède

 

Pleut le ciel

Pleure le soleil

 

Ma bouche ne pleurera pas

Ma bouche ne pleuvra pas

Elle est gavée

De doux baisers

 

Mon cœur ne pleurera pas

Mon cœur ne pleuvra pas

Il pétille

Il a vu la fille

 

Jour de pluie

N’est pas toujours jour de suie

 

 

12:01 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

29/03/2014

AlCÔVES NIPPONES

images?q=tbn:ANd9GcQ8ZQRh5vCHHCb0oOMtYL07fF9qsYa379z4wfNeuWrnBJVWnBxm1wpar Denis BILLAMBOZ

En lisant le roman de Christine Montalbetti évoquant les étreintes sans passion d’un jeune Français dans un hôtel de Kyoto, comment ne pas penser à cet autre texte de Kawabata lui-même décrivant les étreintes pathétiques de vieux messieurs avec des jeunes femmes profondément endormies pour qu’elles ne  découvrent pas leur impuissance et leur déchéance. Amours sans passion, étreintes froides, le thème semble rapprocher les deux auteurs et pourtant celui de la jeune Française est à mille lieues de celui du grand maître japonais, la froideur méthodique de Christine Montalbetti vient butter sur l’érotisme raffiné de Kawabata. Le Kyoto du héros de « Love hôtel » n’a pas grand-chose à voir avec celui que Kawabata chérissait tant, mais il était intéressant tout de même de rapprocher ces deux textes qui mettent en scène tous deux l’incontournable besoin sexuel que les hommes cherchent à satisfaire jusqu’au bout de leur existence pour croire qu’ils sont toujours en vie.

 

yasunari-kawabata-les-belles-endormies.jpgLes belles endormies

Yasunari Kawabata (1899 – 1972)

Le vieil Eguchi vient pour la première fois dans cette maison où les clients peuvent passer une nuit avec une jeune fille endormie artificiellement qui, ainsi, ne risque pas de se réveiller et de les surprendre dans la déchéance de leur impuissance. Ils peuvent ainsi masquer leurs défaillances tout en satisfaisant leurs maigres désirs sans craindre de souffrir dans leur orgueil de mâle déclinant. Eguchi, lui, n’est pas encore impuissant mais il sent déjà les premiers symptômes de la déchéance envahir son corps vieillissant.

Pour sa première visite, il n’ose pas toucher la belle qu’il observe sous tous les angles et dans les moindres détails susceptibles d’éveiller son émotion et de lui rappeler ses jeunes années et ses anciennes amours. Et puis, Il y aura d’autres filles et toujours cette recherche esthétique dans les détails du corps humain de ces nymphettes pour titiller la sensibilité du vieil homme. Une façon de retarder la mort en essayant de croire encore en ses capacités à séduire et à donner du plaisir ? Une façon d’attendre la mort paisiblement ? Une façon d’appeler la mort en oubliant les outrages de l’âge ? Peut-être aussi un espoir de s’approprier les vertus de la jeunesse étendue à ses côtés ?

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Un petit roman tout d’élégance, de distinction et de pudeur à la façon de Kawabata, mettant en scène des Lolita offertes et fraîches pour vieillards contemplatifs essayant d’échapper à la déchéance annonciatrice de leur fin prochaine. Mais aussi un roman prémonitoire qui annonce sans ambigüité aucune le suicide de l’auteur qui ne voulait pas supporter la vieillesse, les outrages de l’âge et la déchéance. Et qui aurait pu, comme le vieil Eguchi, rêver de mourir près d’une fille qui dort d’un sommeil de mort, par suicide ou par suicide après meurtre, une façon de se familiariser avec la mort, de l’apprivoiser et d’attendre le passage dans l’autre monde avec plus de quiétude. La perversion élevée au niveau d’un art, d’une émotion esthétique ou d’un rite cultuel.

 

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Love hôtel

Christine Montalbetti (1965 - ….)

A Kyoto, un Français a rendez-vous, dans un hôtel d’amour, avec Natsumi, une Japonaise mariée, pour un instant d’ébats loin de toutes les indiscrétions possibles. La jeune femme lui rapporte des histoires que son père lui racontait quand elle était plus jeune. Mais, l’amant a peu de considération pour celle qui partage son étreinte, il pense à beaucoup d’autres choses. Cette aventure érotique semble plutôt être un prétexte à un exercice d’écriture, de descriptions, notamment, précises, méticuleuses, soulignant le moindre détail, dans une langue épurée, étudiée qui sent cependant un peu l’atelier d’écriture. Un bel exercice de style même si l’auteur use abondamment des parenthèses qui lui servent, surtout, à interpeller le lecteur et d’autres effets de ponctuation comme s’il en avait un stock à épuiser impérativement. Le jeune homme décrit sa promenade dans la ville, les lieux qu’il traverse, les endroits où il séjourne, les personnages qu’il rencontre habituellement et les souvenirs d’autres aventures qui lui reviennent en mémoire.

aut-christine-montalbetti.jpgCe texte se présente comme une suite de récits courts, de petites nouvelles, mis bout à bout pour constituer un roman froid dégageant très peu d’émotion, loin de la sensualité dont Kawabata usait dans ses descriptions de Kyoto et encore plus loin de l’érotisme avec lequel le maître décrivait les scènes d’amour. L’auteur accorde toute son attention aux mots, aux adverbes notamment dont il nourrit copieusement son texte.

Le couple s’incruste dans un monde figé, clos, loin de tout, loin de l’agitation extérieure, loin de la civilisation : « Nous sommes englués dans un milieu stable, permanent, dont le décor demeure semblable à lui-même, immuable et constant. » Un monde qui semble n’avoir qu’un présent, aucun avenir et peut-être même pas de passé, une forme de désespoir qui explique peut-être la froideur du texte et son manque d’émotion. Un monde qui réunit, à travers les histoires racontées par la jeune femme,  trois générations de femmes en un même temps, en un même lieu. « Elles sont là toutes les trois, la grand-mère, Natsumi adulte, Natsumi enfant, trois générations qui cohabitent fondues dans un même corps, logées dans l’apparence d’une seule, créature triple, et insaisissable,... ». Une volonté de posséder le passé, le présent et peut-être même l’avenir dans un monde qui n’en aurait pas, un monde qui évoque celui que Volodine précipite dans son chaos.

 

12:51 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

Chansons de cow-boy

Halliday & Mitchell

Arthur H & M

Saule & Winston

Michel Mallory 

MC Solaar 

Montand

Brel (tiré de son second film Le Far West)

Arthur H

Lisa LeBlanc

 

 ***

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Un extrait ici (copier/coller le lien):

http://houdaer.hautetfort.com/archive/2014/03/13/le-cow-boy-de-malakoff-parution-5321541.html

Deux extraits ici:

http://courttoujours.hautetfort.com/archive/2014/03/23/un-peu-de-pub-263-5329770.htm 

12:14 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

28/03/2014

LE COW-BOY DE MALAKOFF de Thierry ROQUET (éd. Le Pédalo ivre, collection Poésie)

1325655420.jpgWestern moderne

Thierry Roquet applique à son quotidien la grille du western de nos enfances. S’il y en a moins qu’avant sur nos écrans, la vie moderne en reste un, c’est indéniable. Il suffit de bien regarder pour voir près de chez soi un saloon, une squaw, un ranch, un fusil du général Custer, des indiens, le cul d’une vache ou même la démarche chaloupée de John Wayne et la dégaine de Robert Mitchum.

Et c’est tantôt hilarant, comme la recherche d’une improbable boulangerie située à l’écart de tout, tantôt touchant quand on perçoit, derrière l’apparente nonchalance des mots et la fantaisie des situations, une réalité de ville fantôme, battue par les vents.

C’est très bien vu et raconté par l’auteur, avec des rires et presque des larmes, selon la technique de la pluie de mots, chère entre autres à Brautigan. Ces mots qui tombent du haut de la page emportent notre émotion, sans qu’on puisse les retenir. Aucun point d’arrêt. Ils tombent à la vitesse des vers courts, et c’est fulgurant comme une averse de printemps. Pour filer la métaphore liquide, on pourrait aussi dire que les poèmes se lisent comme on boit un verre quand on a soif, de poésie bien sûr. Et de tendresse, car il en est question dans ces pages à l’ouest de nulle part, denrée rare dans la littérature et même la poésie.

J’en ai voulu un moment à Thierry, et à son éditeur, Frédérick Houdaer, de n’avoir pas fourni un marque-page personnalisé. Puis j’ai pensé à couper la tranche de l’enveloppe brune (aux couleurs de la superbe couverture imitation papier kraft), qui contenait l’ouvrage, avec les coordonnées postales de l’auteur - qui habite une avenue au nom d’un créateur de dictionnaire. Et c’était le signet idoine. Je me suis aussi dit que ça, c’était une idée à la Roquet et qu’il était fortiche de filer à distance des idées pareilles.

Finalement, je n’ai pas eu besoin du signet même si je le garderai précieusement dans le bouquin car, dès qu’on commence à lire ce gringo-là, on ne peut plus s’arrêter. C’est la « technique » du poème étendue au recueil. Et, cerise sur le gâteau, quand on a terminé la lecture, on n’a qu’une envie : prendre la plume (d’une coiffe d’indien, forcément) pour communiquer d’une façon ou d’une autre le trop-plein d’émotions que ce livre-là a instillé dans votre vie de cow-boy ordinaire, même pas de Malakoff. 

Éric Allard

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Le blog du Pédalo Ivre (copier/coller le lien):

http://www.lepedaloivre.fr/

Le Cow-boy de Malakoff (page Facebook):

https://www.facebook.com/pages/LE-Cow-Boy-De-Malakoff-de-Thierry-Roquet/285329081622749?fref=ts

10:50 Écrit par Éric Allard dans Lu et approuvé | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

26/03/2014

Mon peintre préféré

Mon peintre préféré

Mon peintre préféré ne m’aime pas ! Renoir veut d’autres modèles, plus en chair et en rondeurs.

C’est vrai qu’avec mes cinquante kilos à peine, je suis un oiseau pour Chagall. Lui me portera dans les airs.

 

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Des ratés espagnols

Ma machine à fabriquer des Goya a des ratés : elle produit indifféremment des Gris et des Picasso période cubiste dont je n’ai rien à faire.

Moi, ce sont des Goya et rien que des Goya dont j’ai besoin tout de suite. À la rigueur, un Velasquez ou un Zurbaran.

 

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Pigeon vole

Ce peintre qui n’avait pas le sou mais des pigments, pour contenter les pigeons, peignit des miettes de pain sur une toile qu’il laissa à sécher sur son balcon.

Les volatiles picorèrent et s’en trouvèrent non rassasiés mais bien peinturlurés autour du bec et en bordure des yeux.

 

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11:25 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

25/03/2014

La bouche

images?q=tbn:ANd9GcQ4v16UbaVRH7jPegFEQizXmKcvybHRbDiEyk3JmmRo7lEAvpnNAh ! cette bouche qui ne cessait de me hanter et, pour tout dire, de me suivre partout depuis le matin, je l’aurais volontiers croquée comme une simple paire de lèvres ! Mais je devais lui laisser vivre son destin de bouche, pour savoir quelle morsure elle projetait.

J’aurais pu lui demander de quel visage elle était issue voire de quel entrejambe, et pour quel motif elle s’en était échappé, à moins qu’une entité corporelle, au terme d’une réunion exceptionnelle de son comité d’entreprise, ne lui ait donné son préavis.

Je plaisante, j’aime plaisanter plutôt que de m’accabler à propos des faits étranges qui nous arrivent.

J’en étais là de mes interrogations à son propos tout en vaquant aux activités de mon existence quand la bouche se mit à l’ouvrir, en vomissant (le mot n’est pas trop fort) quantités de vilaines paroles qu’on eût pu assimiler à des injures même si je ne me résolvais pas encore à cette interprétation, comme voulant laisser encore à cette bouche le soin de se racheter.

Je continuais à croire que ce vide me voulait du bien, le plus grand bien qu’une bouche normalement constituée puisse offrir à un quidam. Mais la voix issue de cette bouche n’arrêtait pas son dégueulis de quolibets et, alors que je suis d’ordinaire muet, cantonné à mon quant-à-soi, je lui criai d’arrêter de toute la force dont mon organisme était capable. Mais nulle parole ne sortit de ma bouche car, tout simplement, je n’avais plus de bouche ou, comme vous l’aurez maintenant compris, cette bouche qui me suivait partout était la mienne.

Par mégarde, je l’avais laissée se détacher de ma mâchoire ou, plus vraisemblablement, ma brosse à dents électrique avait subit une malencontreuse accélération sans que je m’en rendisse compte. On ne relève pas en permanence toutes les déprédations qui nous diminuent. On n’a pas non plus toujours un miroir devant soi pour voir ce qui nous manque.

Si à tout moment on avait un tel luxe de prévenances, on ne vivrait tout simplement plus!

14:05 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

24/03/2014

BARRÉ

ClickHandler.ashx?ld=20140324&app=1&c=qtypehosted&s=qtype&euip=213.213.204.75&pvaid=ed980296cadf4832a5b849b5e43489e3&sid=1574131286.3064006154516.1395650595&vid=1574131286.3064006154516.1395499754.4&fct.uid=c8a862312c7d402da293445a3b345636&en=wFwOv0Mq3bQrK4mUr%2bVwtBgooLFrS2MRkY5nxbqb7AI%3d&du=http%3a%2f%2fwww.asca-etiquettes.com%2ftemplates%2fformes%2fPrix%2520barre%2520relief%2520rouge.gif&ru=http%3a%2f%2fwww.asca-etiquettes.com%2ftemplates%2fformes%2fPrix%2520barre%2520relief%2520rouge.gif&ap=19&coi=772&cop=main-title&npp=19&p=0&pp=0&ep=19&mid=9&hash=2B80A66993FD6F2E9F5A9A42725BE528j’aime ce qui est barré

 

le diffuseur sur mon téléphone portable

le mot l’expression la phrase entière sur ma page

le chiffre barré la main barrée la clope barrée

la liberté barrée

la parole tue la vie tue le livre tu

 

la tasse l'iPad l’auto le lotto barrés

l’animal barré le piéton le conducteur l’aviateur barrés

tous les panneaux d’interdiction

 

la croix pour tout dire

pas celle du christ bien trop droite

la croix bien barrée

la croix en forme de croix de Saint André

moi écartelé entre un monde d’aspirations

moi bien frustré

encarté empagé emmuré encollé encordé

mal accordé avec soi-même

et ce qui est autorisé permis encouragé

 

sans foi sans loi 

sans toi sans toi

sans toi

09:42 Écrit par Éric Allard dans Sac à malice | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

23/03/2014

SCHLÖNDORFF ET LA CATHARSIS CINEMATOGRAPHIQUE ou comment se délivrer du poids de cette guerre

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De Volker Schlöndorff, il me reste ces images bouleversantes de la Palme d'or 79, "Le Tambour". Comment mieux métaphoriser cette horreur que par le cri d'un enfant apte à briser du verre?
La guerre est au cœur de "Diplomatie" : le thème de "Paris brûle-t-il?" de René Clément, cette immense surproduction où l'on voyait défiler dans et autour de Paris tout ce que ciné-sur-Tamise ou Boulogne-Billancourt et Franstudio avaient de meilleur, nourrit ce film-dilemme : comment éviter la destruction de Paris tout en évitant les menaces du fou de Berlin? Von Choltitz, gouverneur de Paris et le consul de Suède Nordling , réunis à l'Hôtel Meurice, siège du gouvernorat, argumentent, boivent, jouent au chat et à la souris, le temps d'une nuit blanche. D'une aube à l'éclaircie. Un 25 août 44.
Le temps de verser au compteur des idées : l'esthétique insurpassable d'une ville qui peut périr inondée (comme en 1910), la férocité revancharde d'un Hitler devenu dingue qui rackette ses généraux par des intimidations honteuses, l'inanité des projets, la fin d'un conflit...

 

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Les deux personnages, incarnés par Niels Arestrup (un Choltitz asthmatique, renversant de réalisme pataud) et André Dussolier (un Nordling retors, rusé, psychologue en diable, maniant la vacherie et l'humour rosse), prennent vie dans un salon-bureau qui donne vue sur Paris, qui s'éclaire peu à peu.
L'aspect théâtral (puisque le projet ressort d'une pièce de Cyril Gély) est largement gommé par l'autorité d'une mise en scène fluide, qui joue des intérieurs (table, bureau, bibliothèque...) avec maestria. Du gros plan au tableau d'ensemble, le travail accentue la vérité psychodramatique des échanges. Tout le propos de Raoul Nordling est de faire changer la décision de von Choltitz.
Le suspense, ménagé par le cinéaste des "Désarrois de l'élève Törless", aère un peu la scène des opérations : quelques ciels sur Paris, quelques détours par des couloirs ombreux, des préparatifs sur des toits...
Un beau film, qui allège une responsabilité allemande, devoir à la fois de mémoire et de catharsis véritable. Le cinéaste, né en 1939, a souffert, à l'instar de Wenders et de quelques autres nés après la guerre (Fassbinder...) d'une image effrayante de culpabilité. L'Allemagne n'en finit pas (il suffit d'écouter et de voir la ZDF) de battre sa coulpe.


22/03/2014

TROIS FEMMES POÈTES D’AUJOURD’HUI

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par Philippe LEUCKX

 

 

 

 

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Ewa LIPSKA, poète polonaise de Cracovie, née au terme du terrible conflit mondial, dessine dans « L’Orange de Newton » (1) une quête de la liberté dans un univers marqué au sceau de toutes les incertitudes. Les siècles ont laissé traces et « des tours et des barres paissent/ sur des prairies de pierre ».

« Mon pays erre en la liberté/ Il singe l’Europe » dit-elle encore, comme pour souligner cette fragilité au cœur des choses. Liberté, grand nom à oser, à déclamer, à vivre, quand « la violence luit », quand notre société met aux soldes l’amour, « globalise », quand il faut « camp(er) sur des dates perdues d’avance ».

Le citoyen lambda est devenu victime, prisonnier des usages, une marchandise, un pion d’un jeu qu’il méconnaît, dont on l’abuse, sans cesse.

Dans une écriture, qui fait souvent appel aux références culturelles des années 70/80 (Bergman), à celles d’une poésie féminine de haute qualité (Akhmatova), aux mondes  cernés des « caméras familiales », Lipska rameute les artifices électroniques et médiatiques d’un macrocosme égaré entre « île » et solitude, entre « pub », « marketing », « colonie de pelleteuses » pour mieux leur dénier le moindre crédit.

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Véronique BERGEN (1964), poète, romancière, essayiste, philosophe, saisit le réel à pleines mains pour le triturer, le griffer, lui faire exsuder toute noirceur, tout sang, tout sens. « Griffures » suivi de « La Nuit obstinée » (2) est un catalogue de vers chauffés à blanc, « métaforces » (permettez-moi ce néologisme) de métaphores sanglantes, osées, audacieuses pour livrer sa vision heurtée d’un monde qui exclut la femme, viole la fillette, néglige l’enfant. Nombre d’adjectifs, nombre d’images au génitif, nombre de verbes inventés (rouge-gorger) peuplent un livre qui ne peut laisser indifférent, tant la langue secoue et enjoint à voir l’univers sous l’angle neuf, virulent, violent, sanguin d’une femme qui fait de cet outil une arme de haute lutte. Forces langagières mises à contributions diverses : « chiens  fous/ lapent les étoiles », « saisons/ muselées par Barbe-Bleue », « Le morceau de rêve/ tombé dans les eaux rouges », « La sentinelle/ redonne des rémiges/ à l’aube stérile » etc.

La rébellion siffle, claque, souffle en ces vers lourdement composés, compacts comme des balles, couturés comme des sacs de jute pour nous en cacher l’antre infernal, d’où tout vient, d’où tout part.

Pourra-t-on toutefois préciser que le flot de néologismes et de trouvailles donne parfois le tournis et que certains poèmes se mordent un peu la queue dans l’énoncé d’outrances :

« Mes lèvres s’entrouvrent

offrande au roulement

des dés liquides

que

samouraï de charmes

tu me pokers

en jets glabres et précis »

Poème comique ? Laissons le lecteur juge d’une foison un peu baroquisante ; l’abondance et la qualité ont parfois des revers.

 

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La sobriété, l’économie de moyens, la densité donnent à « L’insensée rayonne » de la Québécoise Diane RÉGIMBALD (3) matière et rayonnement véritable. L’autopsie des corps, des âmes, l’analyse des « parole(s) ouverte(s) », le sourd rappel des « visages » rescapés par le souvenir d’une mort effroyable, la sobre gourmandise (pourrait-on dire) des éléments naturels (« je mange les cristaux de neige/ à pleine main   nuit étoilée étendue ») s’énoncent dans le lignage d’un Mandelstam (notre auteure s’est-elle nourrie de « Tristia » ?).

La mort, la vie, l’inquiétude tracent leurs repères et les poèmes, empreints d’austère présence, convient au partage.

Mais aussi un rayon parfois suggère d’autres présences, invite à espérer sur fond de gouffres.

« Lutter contre la mort », « vivre » disent assez que le propos de la poète s’ouvre sur des possibles, sans se voiler la face.

Un beau livre. Quittons-le sur ce vers : «la lumière avance comme un trouble ».

(1)   E. LIPSKA, L’Orange de Newton, L’Arbre à paroles, 2012, 80 p., 10€.

(2)   V.BERGEN, Griffures  suivi de  La nuit obstinée, maelström compact #30, 2013, 88p., 8€.

(3)   D. REGIMBALD, L’insensée rayonne, L’Arbres à paroles, coll. Résidences, & éditions du Noroît, 2013, 94p., 10€.

 

16:05 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

Les Microbe sortent pour le printemps

2556391261.jpgAu sommaire du MICROBE n°82,

des aphorismes, des contrepéteries, des contes brefs & des poèmes de:

Daniel Birnbaum

Emanuel Campo

David Cizeron

Suzy Cohen

Éric Dejaeger

Georges Elliautou

Ludovic Joce

Jean Klépal

Fabrice Marzuolo

Jean-Jacques Nuel

Jean Pézennec

Thomas Pourchayre

Marie Ramon

Salvatore Sanfilippo

Didier Trumeau

& Philippe Vidal 

Les illustrations sont de Joachim Regout

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Le MI(NI)CROBE intitulé

J'emmerde...

a été écrit par Marlène TISSOT

Pour tout renseignement,

s'adresser auprès d'Éric Dejaeger

via son blog (copier/coller le lien): 

http://courttoujours.hautetfort.com/

 

15:47 Écrit par Éric Allard dans Avis de parution | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

16/03/2014

J'ai honte Léo + Poète maudit, par Denis Billamboz

J’ai honte Léo

 

« Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s’ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes : ce sont des dactylographes » Léo Ferré

 

Léo j’ai voulu chanter tes pieds

En mettant en vers mes plus beaux pieds

Je croyais prendre un super pied

Mais dans le tapis j’ai pris mes pieds

Sur mes doigts j’ai dû compter mes pieds

 

Je n’ai pondu que de pauvres vers

Pas matures encore tout verts

J’avais pris mon projet à l’envers

J’aurais dû boire avant mes deux verres

Pour stimuler mon talent pervers

 

J’ai grande honte ami Léo

Je ne suis que simple dactylo

Ayant pour tout talent la sténo

Devant pour rimer compter ses mots

Te lire sera mon unique cadeau

 

 

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Poète maudit

 

 

Abandonné par ses lares

Occupés par son lardon

Poète était seul à la maison

Vestale  accepta son rancard

Sans aucune appréhension

Il lui parla des floraisons

Qui semblait en retard

Elle comprit défloraison

Elle le traita de vieux cochon

Et de gros connard

 

Poète n’a pas toujours raison

 Quoi qu’en dise Jean Ferrat

 

D.B.

 

 

13:53 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | | |

15/03/2014

SCHIZOPHRÉNIE

images?q=tbn:ANd9GcQ8ZQRh5vCHHCb0oOMtYL07fF9qsYa379z4wfNeuWrnBJVWnBxm1wpar Denis BILLAMBOZ

Voilà un thème que la littérature a abondamment utilisé et je suis très surpris de ne pas vous l’avoir déjà proposé. J’ai donc réuni aujourd’hui deux textes très différents, l’un venu d’Uruguay, l’autre de Slovénie, deux textes qui parlent de choses très différentes sur des fonds eux aussi bien différents, mais deux textes qui utilisent le même thème du double pour expliquer la complexité de la nature humaine et la difficulté d’attribuer la responsabilité d’un événement ou d’un acte particulier à une personne qui n’a peut-être pas agi selon les lois de la raison, ou plus précisément de ce que nous pensons être la raison. Peut-être deux exercices de style mais en tous les cas deux exercices littéraires qui nous invitent à la réflexion et à la remise en question de certaines de nos certitudes.

 

juan-carlos-mondragon-passion-oubli-danastass-L-1.jpegPassion et oubli d’Anastassia Lizavetta

Juan Carlos Mondragon (1951 - ….)

Anastassia Lizavetta a cruellement poignardé son mari, à mort, sans motif apparent et son cousin écrivain qui l’adule, essaie de se glisser dans la peau de sa cousine pour comprendre, et faire comprendre, le pourquoi de ce geste inconcevable. Il va ainsi reconstituer la première journée de la criminelle après son meurtre et va accompagner cette femme qui en fait est double : « ma cousine », femme au foyer sans ambition particulière qui vit son quotidien méthodiquement mais sans enthousiasme et Anastassia Lizavetta, femme frustrée, volage, qui rêve d’aventures sexuelles, de transgression, qu’elle rencontre dans ses rêves non aboutis.

« Ma cousine »,  seulement victime de ses frustrations et illusions perdues ne peut être responsable de ce geste fatal que l’auteur attribue à Anastassia Lizavetta, l’autre femme, qui a connu une vie moins banale semée d’embûches : victime d’un sort dès son enfance, agressée sexuellement par son père, matée par son oncle et obligée d’avorter encore dans l’adolescence. Elle parcourt la ville pour relier tous les lieux qui ont marqué sa vie, pour voir une dernière fois son quartier, sa ville, se sentir encore libre mais aussi jouir d’une dernière aventure possible, se faire quelques petits plaisirs qu’elle ne s’offrait jamais et, pourquoi pas, trouver une solution pour transmettre la responsabilité de son geste sur un autre coupable possible ou au moins se soustraire à sa responsabilité. Celle qui sait qu’elle est responsable et qu’elle n’échappera pas à la sanction et celle qui cherche encore à se défiler, à trouver une solution pour sortir de cette nasse.

thumb115x165__201007301026370.Juan%20Carlos%20Mondragon_c_J%20Foley%20Opale.jpgUn bel exercice de style sur le dédoublement de la personnalité et sur le comportement des schizophrènes sur fond de vie quotidienne dans Montevideo que l’auteur décrit dans ses moindres détails, qui n’est pas la grande ville qu’elle croit être et qui sombre dans la décadence. Dans cette métropole où les pauvres n’ont aucune chance de s’en sortir, où le destin semble avoir fixé à l’avance le sort de chacun comme il a déterminé celui de « ma cousine » et celui d’Anastassia Lizavetta.

Ce pourrait être une très belle lecture mais le style lourd, lent, haché, répétitif, semble laborieux et peu fluide, ce qui gâche un peu le plaisir qu’on pourrait prendre en parcourant cette ville dans les pas de cette femme victime d’une maladie qui l’a rendue criminelle, mais également une lecture qui peut aussi nous interpeller sur la notion de culpabilité et bousculer quelques unes de nos belles certitudes.

 

9782846360722FS.gifAurore boréale

Drago Jancar (1948 - ….)

Le 1° janvier 1938 un homme, d’affaires apparemment, arrive à Marburg an der Donau, Maribor, en Slovénie pour rencontrer un certain Jaroslav et parler de choses importantes concernant l’extension commerciale de leur entreprise. Mais Jaroslav se fait attendre, l’homme s’ennuie à l’hôtel, il déambule dans les rues à la recherche de souvenirs, il a choisi cette ville pour lieu de ce rendez-vous car il y a passé quelques années quand il était enfant.

Erdman, c’est le nom de cet homme d’affaires, c’est du moins ce qu’il prétend être, attend toujours désespérément son contact en se liant aussi bien avec la bourgeoisie marchande qu’avec la lie des bas quartiers de la ville. Il est à l’aise dans les deux milieux, il séduit la femme d’un riche propriétaire tout en festoyant avec les ivrognes et les illuminés qui hantent les bars louches. Ses déambulations et son comportement intriguent de plus en plus ses nouveaux amis et la police locale qui finissent par douter de l’existence de ce fameux Jaroslav. Erdman semble pris dans le piège de cette ville où il ne sait plus quoi faire mais dont il ne peut plus s’évader. Il ne sait même plus qui il est vraiment, « je sais que je dois moi aussi regarder au fond de ma mémoire » pour trouver le lien qui le lie à cette ville, pour se retrouver.

Tout bascule, un soir, quand le ciel s’embrase laissant croire à un gigantesque incendie mais ce n’est finalement qu’une aurore boréale dans laquelle les habitants voient cependant un signe annonciateur de catastrophes à venir. « Dans ce monde qui s’attend à ce que tout, avec l’aide de la science et des bonnes intentions sociales, tende vers la perfection, le mal est une faille. Et cette faille, à ce moment là de l’année 38, avait commencé à s’élargir…. » Alors,  les événements s’enchaînent de plus en plus rapidement pour se cristalliser en un final digne de la violence qui sévit souvent dans les Balkans, dans une sauvagerie qui préfigure des débordements plus contemporains. « L’aurore boréale était l’annonce que le mal allait surgir sous peu. »

Jancar-foto%20Joze%20Suhadolnik.jpg?1144792800Erdman un personnage indéfinissable, bourgeois qu’il n’est peut-être pas, traîne savates des bas-fonds qu’il n’est pas plus mais peut-être un peu les deux. Un personnage double qui intrigue tous ceux qu’il fréquente. Avec ce texte lourd, lent, tortueux, pesant comme l’atmosphère qui règne en Europe centrale à cette époque, Jancar a certainement voulu plonger le lecteur dans cet avant cataclysme où toutes les communautés se resserraient sur elles-mêmes, s’épiaient, se testaient, se provoquaient sans véritablement croire à l’échéance inéluctable. Une image de la société juste avant l’explosion mais aussi une description pathologique du comportement d’un être atteint probablement d’une affection mentale. Une réflexion sur la dualité humaine, les comportements  schizophréniques, la relativité de la réalité apparente et la responsabilité des individus dans une vision manichéenne du monde. « Oui, le cosmos est déchiré entre le bien et le mal, entre l’esprit la matière, entre l’âme et le corps, entre l’ancienne et la nouvelle ère. »

« Quand une aurore boréale s’allume dans l’atmosphère, une agitation curieuse s’empare de l’aiguille de la boussole… »

 

12:09 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

13/03/2014

Les livres sont des médicaments

officine-de-pharmacie.jpgCe jour-là, devant me rendre à la librairie et à la pharmacie, j’avais écrit sur les deux faces d’un post-it mes listes d’achats.  Mais je me trompai et présentai à la pharmacienne la mauvaise face. Je m’en aperçus quand elle m’amena les livres que j’avais prévu d'acheter : de l’Eco, du Calvino, du Buzzati, du Pavese & du Pasolini (j’étais dans ma période italienne) et un guide littéraire sur la péninsule. J’étais étonné certes mais pas autant que lorsque, à la librairie, après avoir là aussi présenté l’autre face de mon post-it (puisque mon autre commande était honorée), le libraire m’apporta bien les Dafalgan, Nurofen, Orofar, Buscopan et un complexe vitaminé inscrits sur le papier.

Je n’étais pas au courant que désormais les deux boutiques proposaient invariablement les deux types de produits. 

11:39 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

11/03/2014

DIX POÈMES qui ne donnent (presque) pas mal à la tête

Le grand feu

 

dans le grand feu

j’ai pris mon pied

 

il était déjà

à moitié calciné

 

heureusement un doigt de pied

demeurait très vivace

 

 *

 

Les obstacles

 

il ne faudrait pas que la lumière

accroche au passage

un signe, un astre, un panda

 

pour y voir à nouveau

il faudrait alors tout réaligner

 

 

 

 

 

 

L’immeuble

 

lécher une bâtisse tout du long

puis avaler l’immeuble

où on a vécu

 

garder de l’endroit

une saveur de béton

une mémoire de pierre

 

une langue porte

sur une fenêtre ivre

dissoudre la rue dans le rêve

 

 *

 

Le monde trouble

 

un zeste de démence

dans le verre de la vie

 

et je vois le monde trouble

de l’enfance

 

comme si j’avais vraiment existé

 

 

 

 

L’eau usée

 

pour me voir

en l’absence de miroir

 

je verse de l’eau usée

dans la paume de la main

 

puis je souffle l’image

 dans le grand bol de l’existence

 

 *

 

Le programme

 

de la naissance

à la mort

tout est trucage

tout est montage

 

d’une suite de mauvais plans

faire un beau film

pour les amis

pour les parents

 

puis fermer

la porte

 et s’enfermer

devant la télé

 

 

 

 

 

Des nouvelles

 

donne moi des nouvelles

de tes yeux

de ta bouche

 

si tu veux

dépose-les

sur ma peau

 

 *

 

L’oiseau


oiseau bleu

du jour

 

entre ciel

& nuages

 

tu t’envoles

vers le soir

 

dans le nid de la nuit

tu ponds un rêve

 

 

  

Passades

 

Je passe en coup de sang

dans tes veines

Je passe en coup de langue

entre tes lèvres

 

Je passe en coup de théâtre

dans tes scènes

Je passe en coup de vent

entre tes dunes

 

pour que jamais plus tu ne dises

que je m’éternise dans ta vie

 

* 

 

Les poèmes ne font pas mal à la tête

Les poèmes sont des problèmes

sans solution

ils ne font pas mal à la tête

 

Ils font du bien comme une équation

qu’on regarderait comme une maison

à un, deux ou trois étages

 

Mais demande-t-on jamais

de méditer sur l’image d’une fonction 

ou la couleur d’un papillon

 

Sur un long calcul ou une page rédigée

dans une langue étrangère

 ou de lire un poème pour le plaisir

 

 E.A.

14:46 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | | |

10/03/2014

TROIS PEINTRES

Un peintre de murs

Ce peintre ne peignait que des murs. Même si ses rêves étaient faits d’horizons dégagés, de grandes étendues vierges se prolongeant à perte de vue, le matin, face à son chevalet, il dessinait des murs et encore des murs.

Des murs de toutes les sortes. Des murs en crépi, des murs de briques, des murs de blocs, des murs de pierres... Si ressemblants que, lors de ses expositions, ses toiles sans cadre se confondaient avec l’environnement et que les visiteurs se jetaient dessus en cherchant désespérément la sortie.

 

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Un peintre incompris

Ce peintre contemporain monomaniaque pei(g)nait à se faire reconnaître. Enfin, sur l’avis judicieux de sa septième épouse, il reprit à soixante-quinze ans passé ses deux mille quatre cent cinquante-sept tableaux de paires de couilles seules pour leur adjoindre autant de bites. L’expo monstre fit le buzz dans le monde de l’art. D’éminents critiques, fort confus, reconnurent après coup n’avoir pas perçu le caractère phallique des boules sommairement déclinées en séries monoton(e)s pendant des décennies.

 

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La peinture invisible

On ne voyait pas, face au chevalet, l’artiste peindre. On observait bien un indéfinissable ballet des outils qui constituait, il faut dire, une intéressante animation. Mais sur la toile, rien n’apparaissait.

Sans savoir si cela était le résultat d'une incroyable arnaque ou une nouvelle œuvre de génie, entre performance et art du vide, de nombreuses galeries accueillirent ses expositions. Des critiques trouvèrent là matière à écrire ce qu’ils voulaient.

Notre homme acquit une réputation internationale, une aura digne d’un acteur hollywoodien ou d’un chanteur de rap reconverti dans la bluette disco revival. On l’invitait pour présenter son travail pendant des talk-shows ou lors de la remise de prestigieuses récompenses. On appréciait son jeu de jambes, les pinceaux allumés qui produisaient de remarquables jeux de lumière en se reflétant dans la palette-miroir, on louait le spectacle de la peinture. Mais sur la toile, rien n’apparaissait.

On ne s’en étonnait plus depuis longtemps. 

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14:21 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | |

09/03/2014

Vu au ciné de ma rue : LA GRANDE BELLEZZA

images?q=tbn:ANd9GcTYeIh_40eQ3e8tELt15eqoVFgVmbu_6gtmnNmzQGe9_DBBSkgxIQpar Philippe LEUCKX

De la beauté, de celle d'une ville qui en a ému tant, il reste beaucoup à dire, quoi qu'en aient dit beaucoup d'artistes, d'écrivains, de musiciens, de rêveurs. Quatre lettres suffisent à l'énoncer R O M A.

Le cinéaste italien Paolo Sorrentino, aidé d'une flopée d'artistes, en tête desquels il faut placer l'acteur de "Gomorra", Toni Servilio, impeccable dans ces habits d'homme mondain qui, au lendemain de son anniversaire, 65 ans bien servis, se remet en question et décide d'explorer, maniant ironie, sagacité, humour noir, les univers de la beauté, dans une Rome décidément dans le vent de la descente, à l'ombre du Colisée, entre néons de bazar, chansons dansantes, personnages de comédie échevelés, excentriques, felliniens pour tout dire.

Ce long film d'une initiation à rebours (l'on propose très souvent le périple initiatique d'un jeune qui fait ses armes en ville), près de deux heures trente d'images de toute beauté, de musiques, d'avancées travellingantes sur un fleuve, sur ou sous des ponts célèbres, nous ramène aux grandes périodes de la cinématographie italienne, grande comédie à l'italienne des Scola, Comencini, Monicelli..., aux fastes déjà dénoncés ironiquement dès 1960 par Federico dans sa Dolce vita.

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Si peu de films daignent aujourd'hui accompagner la beauté : celle des femmes assurément, et notre antihéros mondain les a collectionnées et en fait un catalogue avec son cher ami Romano (joué par Carlo Verdone), celle des ambiances, des atmosphères, des terrasses éclairées le soir sur une ville en suspens (comment ne pas penser à la "Terrasse" de Scola!), celle d'une ville décidément éternelle par ses géologies de beauté (j'emprunte à Sallenave son concept littéraire et historique des strates artistiques de son GUIDE INTIME DE ROME), celle des maîtresses présentes de Toni S...pardon de Jep Giambardella!

On retraverse le passé de l'urbs en suivant des scènes bien contemporaines : on va avec ses personnages dans les boîtes ou palais à la mode, on assiste à des spectacles effrayants de bêtise (ex : la cogneuse de tête le long de l'aqueduc Claudio) ou d'incongruité, on regarde des images désolantes d'une population gagnée par le snobisme ou la mode galopante, comme l'avait déjà montré, dès 1982, le cinéaste Antonioni, avec sa charge douce contre l'aristocratie de "Identificazione di una donna".

Film riche, complexe, presque surchargé de signes, qu'il faudrait voir de nombreuses fois pour en exhumer toute la portée : les dialogues, à eux seuls, valent leur pesant d'or, et l'antihéros assène sa morale de mondain blasé à l'adresse d'une de ses amies d'un groupe soudé, que ses paroles dénouent certes avec une virulence insigne.

Plastiquement, la réalisation est superbe de bout en bout : de vrais tableaux, à la Bolognini ou à la Fellini, comme ces intrusions nocturnes, grâce à un "homme aux clés d'or", dans des palais ou musées (Capitolins), interdits à ces heures au public! L'appariteur a reçu tout un trousseau, symbole de la confiance de l'aristocratie noire de la capitale. 

Comment, dès lors, ne pas songer, devant ces scènes éclairées presque à la bougie, aux fêtes de la "Douceur de vivre"?

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Le film de Sorrenino rameute d'autres films, de splendides images mémorielles cinéphiliques, en crée, assurément, d'autres pour que d'autres films les ramassent, un jour, à leur tour : ainsi en va-t-il des vrais talents qui nourrissent l'imaginaire des spectateurs.

On sort du film, entre splendeur, amertume et lucidité : s'est instillée, quasi à notre insu, cette mélancolie devant le sort de quelques personnages poignants : tel ce Romano, qui quitte l'urbs, où il se sent bien trop corseté; telle autre meurt; telle autre s'en retourne à ses projets; Jep reste là, comme face à cette girafe, incongrue dans un décor des Thermes de Caracalla, qu'un bateleur de ses amis fait disparaître. Métaphore du cinéma, du temps, des espaces de pellicule : qu'est-ce qu'un film à côté de la vie? Une magie? Un décor? L'apparence de la réalité? L'écume? Sorrentino ne répond pas à notre place : il nous laisse adultes, vaccinés, cinéphiles, philosophes, il nous enjoint seulement à penser - ce qui n'est pas le plus détestable à l'heure des films fast-food, aussitôt oubliés que vus!

Un grand film, qui eût mérité la Palme 2013, qui s'est contenté du Grand Prix Spécial du Jury. Sorrentino aussi mal servi que Tarkovsky, hier.

L'oeuvre vient d'être récompensée d'un OSCAR DU MEILLEUR FILM ETRANGER 2014.