01/08/2015

DU COTE DE CHEZ MAELSTRÖM : Ô BILLES OH POESIE

images?q=tbn:ANd9GcQGymCFMRz1P7GYP_9eNrNsxB2X-airHgAeX5GNRBFLdNk_dLHVpar PHILIPPE LEUCKX 

Diversifiant ses collections, Maelström propose, à côté de ses fameux « booklegs», une collection de « romans » aux couvertures colorées, une série « compact » sous format carnet, une autre en noir et blanc réservée à la poésie (grand format et volume plus épais).

Parmi les dernières parutions, pointons deux écritures de jeunes poètes, assez originales dans la mesure où elles dérogent aux codes aujourd’hui en faveur dans nombre de poèmes contemporains : signifiant à tout crin, ressassement lexical, topiques saturés (exemple : l’anaphore), minimalisme desséchant, poésie « vaguement » philosophique, poésie parlée (avec des « ça » à pleuvoir !)…

Et heureusement !

Voilà deux livres de poésie, très différents pourtant.

***

large.jpgL’écriture de Kenny Ozier-Lafontaine (Paul Poule sur les réseaux d’écriture) dans « billes » explore « le ciel blessé », métaphore d’une enfance douloureuse, puisque toutes les enfances le sont dans la mesure où , dit-il, « c’est mourir à tout bout de champ ». L’écriture, légère, tout en étant incisive, apprécie les brefs poèmes, les assertions poétiques, les maximes personnelles, quelques aphorismes vraiment bienvenus, un style entre haïku repensé et gouttes philosophiques de bon aloi :

pour combler le vide

entre la langue et le ventre-ciel

il avait marché,

il savait d’expérience

qu’il était plus aisé de convaincre une lumière dans l’aube

de rebrousser chemin

que de dissuader le vent d’emporter

quelques grammes d’oiseaux

 

j’ai vu la neige venir recoudre la blessure de l’eau

 

réapprovisionner

le ciel en visages

le ciel est la conséquence d’une étoile blessée au bleu…arton262.jpg

Le ciel, les nuages, les couleurs, et surtout le silence des gestes, de l’écriture, de la perception du monde, sont au cœur de cette poésie aérienne, don d’images pures et tellement partageables !

Aucune faute de goût, aucune lourdeur ne viennent déparer un très bel ensemble : on est surpris d’apprendre que ce livre est un deuxième recueil de poésie (après « Fils de la nuit », chez le même éditeur) tant la maîtrise du vers, des images, tant la souplesse et la fluidité de la petite musique de Kenny Ozier-Lafontaine coulent de source, à l’instar d’un corps libre.

Kenny OZIER-LAFONTAINE, Billes, Maelström, 2015, 130p., 13€.

Le livre sur le site des éditions Maelström

***

374.2.jpgDéjà sept livres de poésie au compteur d’Arnaud Delcorte (1970). Après deux livres au Chasseur abstrait, trois à l’Harmattan, un livre cette année chez M.E.O. (un très beau « Méridiennes »), le voici avec « ô ».

Un petit « maelström compact » de quatre-vingts pages pour en découdre avec les thèmes chers du poète : le voyage porteur et cet amour des hommes, la lumière « méridienne », le culte des titres brefs pour relayer sans doute cette pulsion des désirs, par pudeur contenue en tercets tressés de sèves et d’amours.

Après « éden », « ogo », « écume noire », la brièveté des titres rejoint l’écriture, non contrainte, mais corsetée volontairement dans l’appareillage du bref. Dire beaucoup dans l’étroite mesure de versets ou de haïkus. Il y a, chez Delcorte, quelque chose de très oriental, et à la fois de très physique, dans ces écritures du désir (que peu peuvent nommer) sensuel, celui de l’autre miroir, très nu dans l’injonction faite au lecteur de partager sans complaisance sans voyeurisme ces instants suspendus dans l’effraction du plaisir :March%C3%A9+Po%C3%A9sie+2013+013.JPG

 

La douleur du départ

Un battement

Et rien que tes traces dans le bleu

Je préférerais mourir d’abstinence

Que de traduire l’amour

Sous d’autres latitudes

 

Nos mains détiennent l’aveu de solitude

Nos yeux

D’intrigants lendemains

Sous le ventre enceint des hommes

Un nuage

…ou promesse

À accomplir

Si le poète, et l’homme, réapprend « l’incandescence de ta chair », « la mer vouvoie nos errements », il lui faut « dériver dans le jour » pour asseoir le rythme, la marche, le goût des choses simples, « la bouche enivrée », une sensualité reconquise, où lèvres, regards, frémissements dessinent une carte du tendre, en toute liberté, sous la bannière de ces poètes orientaux, Tagore ou Mishima, convoqués pour la juste cause : dire dans le creux du poème « c’est là », « nous sommes » vivants , à « l’appel de l’instant ». Belle et juste philosophie un brin hédoniste.

Dans une écriture, qui, de livre en livre, resserre ses enjeux, quel bonheur de lire :

Mon amour dort

Autour de nous

Une couette de vent

Bashô n’est pas loin.

Arnaud DELCORTE, Ô, Maelström, 2015, 80 p., 8€.

Le livre sur le site des éditions Maelström

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10:38 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

30/07/2015

Cécile de France: "Désormais, je me méfie de mon dentiste..."

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21:35 Écrit par Éric Allard dans COMPRESSIONS d'INFOS | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

DEUX HOMMES ET UNE ARMOIRE de ROMAN POLANSKI

Deux hommes et une armoire est sans doute le plus connu et récompensé des courts-métrages que Roman Polanski a réalisés avant de tourner son premier long métrage, Le couteau dans l'eau, en 1962, le seul long d'ailleurs à avoir été tourné dans sa langue natale.

Le film est tourné en trois semaines à Sopot, une station balnéaire près de Gdansk et Polanski vise un prix au festival du court-métrage expérimental de l'exposition universelle de Bruxelles en 1958 (Roman a 25 ans) où il obtiendra la Médaille de Bronze.
Ce film sera le premier d'une collaboration artistique avec le pianiste et compositeur de jazz polonais, Krzysztof Komeda. 

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Lire l'analyse du film par Alexandre Tylski sur le site concacré à Polanski

LE FILM 

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Les génériques des films de POLANSKI

(dont une collaboration avec Jean-Michel Folon pour le méconnu Quoi? en 1972)

La chanson du Couteau dans l'eau 

Le film de Polanski / Yves Simon

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ROMAN POLANSKI, Le SITE 

12:56 Écrit par Éric Allard dans Les beaux films | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

LA PERTE

18072007154924.jpgQuand on possède beaucoup de maisons, il ne faut pas s’étonner qu’on perde une porte. D’autant plus quand on voyage beaucoup en l’emportant dans ses bagages. Et puis allez savoir où on l’a laissée, dans quel hall d’hôtel, dans quelle remorque de véhicule, sur quel parking désert ? Les portes ne se retrouvent pas d’un quart de tour de loquet magique. Il faut fouiller dans sa mémoire, parfois jusque dans l’enfance, au moment où on regarde par la boîte aux lettres et où l’amour des portes vous prend pour ne plus vous lâcher. Une porte, c’est beau, c’est attaché à un lieu, une habitation ; si on l’aime, forcément, on va vouloir l’extraire de son contexte, l’arrachement sera douloureux mais le plaisir de la possession est à ce prix. Si on est doué de ses dix doigts et muni d’un bon tournevis, on peut réussir l’opération sans douleur de dos: ni la porte ni son encadrement ne souffriront. Puis on emporte la porte avec soi, elle vit ce qu’une porte ordinaire ne connaîtra jamais, des aventures extraordinaires, faire connaître de telles émotions à une porte n’a pas de prix. J’aime les portes, toutes les portes !

C’est une passion égale à celle qu'éprouve un homme hétérosexuel pour les femmes. Banal, en somme. Evidemment des portes comptent plus que d’autres et ce sont celles-là avec lesquelles on veut partager un bout de chemin, lui faire découvrir d’autres horizons, lui faire goûter à la liberté des portes. Épuiser la relation. C’est beau et grand comme tous les envoûtements. J’ai aimé des portes puis je ne les ai plus aimées, je les ai rendues intactes, ou presque, à leurs résidence propres avec des larmes de portes, de grosses larmes qui perlaient aux trous des serrures quand je les replaçais dans leur encadrement.

Mais celle à laquelle je pense ici, comme vous peut-être, l’Unique porte, je l’ai perdue. Ou elle est partie avec un autre amateur de portes. Je l’ai longtemps cherchée avant de me faire une raison. Où qu'elle parte, on ne se fait pas à la perte d’une porte, d’autant plus quand c’est la première fois que ça vous arrive. Jusque là, c’est vous qui les laissiez, en les ramenant sagement, presque avec des manières, avec l’espèce d’élégance de lourdaud qui vous caractérise. Et puis là, soudain, c’est elle qui vous quitte, ou qui s’arrange pour rester en plan, se faire oublier. Car certes une porte n’est pas munie d’une intelligence indépendante et c’est ça qu’on aime chez les portes, comme chez certains êtres, cette impossibilité à décider et de remettre sa vie entre vos mains jusqu’à sa propre mort s’il le faut. Jusqu’à sa disparition. Cela n’empêche pas la porte d’avoir une intelligence, des chambranles et des charnières, de son bois intérieur - pour les portes traditionnelles -, une intelligence intuitive, on va dire, un peu retorse, mais une intelligence quand même.

Je vous dis tout ça au cas où sur votre route vous retrouveriez une porte esseulée, une porte en dehors de ses gonds, une porte comme une autre mais une porte toute seule, sans espoir d’intégration. Une porte sans résidence fixe. Je vous le demande de tout mon cœur meurtri d’amoureux dépité d’une porte, ramenez-la moi ! En échange je vous donnerai toutes les fenêtres du monde si vous aimez les fenêtres comme moi j’aime les portes. Je vous en prie. 

10:41 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

29/07/2015

LA TOURNÉE DES GRANDS LUC

Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2015-01-06-%C3%A0-14.38.15.pngChaque été, je me prépare à faire la tournée des grands Luc. J’imagine déjà, à l’issue du voyage, le nombre de selfies à poster sur mes réseaux sociaux préférés et la notoriété que ça me rapportera. Puis je me ravise, je me dis que non de nom, les grands Luc, c’est trop grand, trop vaste, trop intense pour moi. Je dois me préparer psychologiquement, je ne suis pas encore prêt, non. Je remets cela à l’automne, à l’hiver, et je fais dans ma tête la tournée des moyens Jean-Achille, des très moyens Jean-Anatole et des quelconques Jean-Jean. Mais j’entends les voix des grands Anton des très Grands John et des trop grands Björn-Björn me demander la raison de mon omission. Serai-je raciste, pire antiscandinave ou russophobe, ou inconcevable : non laïque, apolitique ou, pour tout rire, partisan d’une crasse immobilité. Je crie NOOOON, vous n’avez rien compris. J’ai juste envie de faire la tournée des petits Pier, des petits Saul et des petits Jack et je dormirai sur la descente de livre,  s’il y en a, ou dans le lit avec la bonne, surtout si elle se prénomme Eva, Edwarda, Evangelina, j’ai depuis toujours un faible pour les prénoms féminins en e & en a.

12:01 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

28/07/2015

L'IMPARFAIT NOUS MÈNE de Philippe LEUCKX (Editions Bleu d'Encre)

leuckx-imparfait.jpgTrouées de mémoire

Philippe Leuckx écrit cette heure entre chien et loup où le temps s’allège, dépose les armes du jour pour lire la paix dans la lenteur des visages,  où ce peu de ciel en nous s’allie à la rumeur de la ville, où le temps prétend à la beauté…

C’est l’heure de la journée où l’enfance pousse ses souvenirs, où, à la faveur du vent du soir, le cœur resserre ses branches...

Le corps placé entre jour et nuit est aspiré par le passé où l’imparfait nous mène.

On est en retard sur soi. On y laisse des parts d’ombre.
Il s’agit alors, tel un marin sous la menace du crachin, de mener son embarcation, en se servant de tel mot (qui) lève et sert notre mémoire, sans prêter le flanc au chagrin, sans verser dans le passé. C’est tout un art de l’esquive et de la maîtrise du vent.

De temps à autre, quelque chose échappe, écrit le poète.leuckx-photo.jpg

Il s’agit tout autant de répondre aux questions que posent l’arbre, le vent au sujet de nos racines propres, de remonter sans s’égarer à la source de son propre sang.

À mieux lire notre passé, comprend-on, l’avenir sera plus lisible, on verra mieux le temps qu’il reste comme si le fond de ciel s’aiguisait à force d’être lu. Pour réussir à goûter l’aube sans souci de nuit...

Dans la seconde partie du recueil, le sang court et les poèmes s’allongent, les vers font place à des phrases, la narration s’immisce à la vue des photos à la sépia corrodée d’un vieux grenier. Mais c’est la même langue du souvenir qui est travaillée pour dire la terre des parents, ou par exemple le prosaïsme de « l’incompréhensible bagarre entre deux compères » dans le compartiment d’un train de nuit qui nous rappelle la violence journalière, enfouie…

C’est dans la terre que le narrateur cherche la lumière.

Sur les lieux de l’enfance, le souvenir prend forme humaine et visages familiers.

Alors le monde s’éclaire de ces trouées de mémoire.

Tout reste à vivre, à relire.

Philippe Leuckx parle la langue de la poésie, propre à chacun de nous, à quelque profondeur qu’on l’y a laissée. Il faut savoir y revenir, quitte à abandonner pendant cette plongée le langage parlé, tout fait, celui des actualités et des superficialités du cœur. Si on saisit ce temps, on apprend sur soi, on lit dans son propre cœur comme dans un livre ouvert. De Philippe Leuckx évidemment.  

Éric Allard

Le recueil (56 pages, 10 €) est paru aux éditions Bleu d’encre, dans une nouvelle et maniable édition papier au visuel attrayant.

BLEU D'ENCRE le site

BLEU D'ENCRE sur Facebook

Philippe LEUCKX sur Wikipedia

13:59 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

VERS UNE INTERDICTION COMPLÈTE DES MINIONS DES RÉSEAUX SOCIAUX...

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Un monde virtuel sans Minions, est-ce encore possible?

Contre ce qui s’assimile très fort à une invasion des écrans, de nombreuses associations de défense d’usagers des Réseaux sociaux ont interpellé le Premier Ministre Charles Michel qui, face à la contestation, a promis de prendre dès la rentrée prochaine le problème à bras-le-corps :
« Moi aussi, je souffre beaucoup de l'omniprésence des Minions, je ne les supporte plus du tout ! Il faut avoir le courage de lutter contre cette épidémie et le gouvernement dans son ensemble, dès septembre, se retroussera les manches… Nous irons progressivement pour ne pas heurter les internautes déjà contaminés. Nous procéderons d’abord par quotas et des cellules de soutien psychologique seront mises en place pour venir en aide aux populations fragilisées.

Un numéro vert (ou bleu ou rouge, peu importe) sera ouvert. Mais il ne faut pas se voiler la face, nous allons vers une interdiction totale de cette plaie  pour décembre. Le gouvernement est confiant et moi aussi ! »
Nous avons félicité un Premier Ministre plus déterminé que jamais (d’autant plus que toute l’opposition pour une fois approuve son action) pour cette mesure de salubrité publique avant de lui souhaiter d’heureuses vacances sous un ciel bleu débarrassé de toute minionerie.

 

Lien vers la pétition pour la suppression de tous les Minions

www.jesuispourlegénocideprogrammédetouslesMinionssansexce...

27/07/2015

AMITIÉS GLACIALES

bloc-de-glace-pas-cher.pngJ’ai eu de nombreux amis glaçons mais je connus mes plus longues amitiés avec des blocs de glace. Des blocs de glace bien assis sur leur base. Le temps qu’ils fondent, qu’ils se fassent oublier, des tas d’émotions passaient entre nous. Sans commune mesure avec les amitiés caniculaires faites de sueurs et de chaudes larmes.

L’amitié n’est pas faite pour durer, la plupart du temps on cherche à prolonger ou à trouver en vain la raison d’un coup de cœur amical, bref et intense comme un coup de froid. Cela finit par tourner au vinaigre ou à rancir pour une histoire d’argent, de sexe ou de prestige personnel. Alors, avec un cube ou un bloc de glace, on voit l’amitié bien solide fondre sur pied et disparaître dans le caniveau. On peut l’entreposer au réfrigérateur si l’on veut méditer sur sa décomposition, la laisser en l’état et la faire péricliter en temps voulu. Avec du sel, on prolonge l’agonie. Avec du poivre, on la pimente. Avec de l’alcool, on s’en console.

Comme en amour, il suffit d’essuyer le lieu des effusions ou, s’il fait très chaud, d’attendre que ça sèche. Si on a été minutieux, on peut faire un time-lapse des différents stades de la déconfiture ou un cliché moderne. Cela a un effet revigorant, le selfie, comme le montre la cryothérapie. La glace sur la joue, la glace dans le cou ou dans le cul, ça régénère. Comme vous le sentez, les amitiés glaciales peuvent prendre diverses formes ou, en substance, divers états. Du solide au liquide en s’évaporant parfois par le gazeux, le gros clash bien foireux, une amitié triphasée, électrique, pour tout dire, qui vire au pétage de plombs.

À la fin d’une amitié pour laquelle on s’est mouillé, saigné aux quatre veines ou carrément foutu, on sait qu’il suffit d’un tour dans la glacière pour réaccoucher d’une émolliente amitié qui partira vite en grandes eaux. L’amitié, un bébé banquise ?

13:18 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

26/07/2015

LES MALADES ET LES MÉDECINS d'Antonin ARTAUD

MTE1ODA0OTcxNTQ0NDQ2NDc3.jpgLa maladie est un état.
La santé n’en est qu’un autre,
plus moche.
Je veux dire plus lâche et plus mesquin.
Pas de malade qui n’ait grandi.
Pas de bien portant qui n’ait un jour trahi, pour n’avoir pas voulu être malade, comme tels médecins que j’ai subis.
 
J’ai été malade toute ma vie et je ne demande qu’à continuer. Car les états de privation de la vie m’ont toujours renseigné beaucoup mieux sur la pléthore de ma puissance que les crédences petites-bourgeoises de :
LA BONNE SANTÉ SUFFIT.
 
Car mon être est beau mais affreux. Et il n’est beau que parce qu’il est affreux.
Affreux, affre, construit d’affreux.
Guérir une maladie est un crime.
C’est écraser la tête d’un môme beaucoup moins chiche que la vie.
Le laid con-sonne. Le beau pourrit.
 
Mais, malade, on n’est pas dopé d’opium, de cocaïne ou de morphine.
Et il faut aimer l’affre
                                 des fièvres,
la jaunisse et sa perfidie
beaucoup plus que toute euphorie.
 
Alors la fièvre,
la fièvre chaude de ma tête,
— car je suis en état de fièvre chaude depuis cinquante ans que je suis en vie, —
me donnera
mon opium,
— cet être, —
celui,
tête chaude que je serai,
opium de la tête aux pieds.
Car,
la cocaïne est un os,
l’héroïne, un sur-homme en os,
 
                            ca i tra la sara
                            ca fena
                            ca i tra la sara
                            ca fa
 
et l’opium est cette cave,
cette momification de sang cave,
cette raclure
de sperme en cave,
cette excrémation d’un vieux môme,
cette désintégration d’un vieux trou,
cette excrémentation d’un môme,
petit môme d’anus enfoui,
dont le nom est :
                         merde,
                         pipi,
con-science des maladies.
 
Et, opium de père en fi,
 
fi donc qui va de père en fils, —
 
il faut qu’il t’en revienne la poudre,
quand tu auras bien souffert sans lit.
 
C’est ainsi que je considère
que c’est à moi,
sempiternel malade,
à guérir tous les médecins,
— nés médecins par insuffisance de maladie, —
et non à des médecins ignorants de mes états affreux de malade,
à m’imposer leur insulinothérapie,
santé
d’un monde
d’avachis.


 
24022_1120544.jpeg Et sur FLORILÈGE

Anthologie
de la Poésie
de langue française
(1300 - 1984)

 

Choix des textes
et conception :
C. Tanguy

12:31 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

MAL'ARIA de Paul VERLAINE

verlaine.pngÊtes-vous comme moi ? — Je déteste les gens qui ne sont pas frileux. Tout en les admirant à genoux, je me sens antipathique à une foule de peintres et de statuaires justement illustres. Les personnes douées de rires violents et de voix énormes me sont antipathiques. En un mot, la santé me déplaît.

J’entends par santé, non cet équilibre merveilleux de l’âme et du corps qui fait les héros de Sophocle, les statues antiques et la morale chrétienne, mais l’horrible rougeur des joues, la joie intempestive, l’épouvantable épaisseur du teint, les mains à fossettes, les pieds larges, et ces chairs grasses dont notre époque me semble abonder plus qu’il n’est séant.

Pour les mêmes motifs j’abhorre la poésie prétendue bien portante. Vous voyez cela d’ici : de belles filles, de beaux garçons, de belles âmes, le tout l’un dans l’autre : mens sana... et puis, comme décor, les bois verts, les prés verts, le ciel bleu, le soleil d’or et les blés blonds... J’abhorre aussi cela. Êtes-vous comme moi ?

Si non, éloignez-vous.

Si oui, parlez-moi d’une après-midi de septembre, chaude et triste, épandant sa jaune mélancolie sur l’apathie fauve d’un paysage languissant de maturité. Parmi ce cadre laissez-moi évoquer la marche lente, recueillie, impériale, d’une convalescente qui a cessé d’être jeune depuis très peu d’années. Ses forces à peine revenues lui permettent néanmoins une courte promenade dans le parc : elle a une robe blanche, de grands yeux gris comme le ciel et cernés comme l’horizon, mais immensément pensifs et surchargés de passion intense.

Cependant elle va, la frêle charmeresse, emportant mon faible cœur et ma pensée évidemment complice dans les plis de son long peignoir, à travers l’odeur des fruits mûrs et des fleurs mourantes. 

product_9782070755875_195x320.jpgextrait de Les Mémoires d'un veuf, 1886

Découvrez Paradis des albatrosL’objectif de cette réserve naturelle lyrique est de mettre en valeur la poésie classique de langue française par des textes soigneusement présentés et une navigation facile et sobre à travers l’équivalent d’un livre de 15000 pages que l’amateur de poésie pourra parcourir.

 

25/07/2015

PRÉVISIBLE

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Deux livres majestueux par l’ampleur de leur récit, les événements qu’ils embrassent, les leçons qu’ils véhiculent. Deux livres qui essaient de nous dire que les catastrophes qui se sont abattues sur l’Europe au milieu du XX° siècle étaient peut-être prévisibles. Deux livres pourtant extrêmement différents : un récit historique, presqu’une biographie d’un personnage central de l’histoire de l’Allemagne anti-nazie et un roman fleuve ancré dans les affres de la guerre civile espagnole. Mais, in fine, deux livres qui brassent les événements qui ont conduit l’Europe dans le plus grand malheur qu’elle a connu depuis son origine, analysant comment deux peuples se sont laissé conduire vers le pire comme s’il était la seule solution possible à ce moment de leur histoire.

 

9782757832226.jpgDANS LA GRANDE NUIT DES TEMPS

Antonio MUNOZ MOLINA (1956 - ….)

En 1936 à New York, Ignacio Abel, brillant architecte madrilène nourri aux sources du Bauhaus, fuit la guerre d’Espagne en acceptant une invitation comme professeur dans un collège et comme architecte pour la construction de la nouvelle bibliothèque de cet établissement. Dans le train qui le conduit vers Rhineberg où est installé ce collège, il se remémore les derniers mois qu’il vient de vivre, l’explosion de son couple, la disparition de sa maîtresse, la guerre qu’il a traversée sans chercher à y prendre part, la liquidation de son ex-professeur d'allemand, la femme qu’il a abandonnée, ses enfants, ses amours, ses amis, sa carrière. Mais il recherche surtout Judith Biely, la maîtresse qui l’a laissé tomber à Madrid avant qu’il quitte son pays pour rejoindre les Etats-Unis, et croit la voir dans toutes les jolies femmes évoquant vaguement sa silhouette.

Dans ce vaste récit, Antonio Munoz Molina propose une intrigue plutôt maigre et franchement banale : les pérégrinations d’un intellectuel délaissant son épouse pour une femme plus jeune qui le laisse en plan parce qu’il ne fait pas un choix clair et définitif, sur fond de situation politique déliquescente conduisant l’Espagne vers la tragique guerre civile de 1936. Une histoire banale mais une construction savante, une suite de tableaux, des morceaux de vie, des bribes de souvenirs, qui reviennent à la mémoire du narrateur comme des associations d’idées laissant le soin au lecteur de replacer les pièces de ce puzzle dans le bon ordre pour reconstituer les aventures de ce trio rituel et les événements qui ont agité l’Espagne à cette époque. Il y a dans la vie de ce couple partant à vau-l’eau qui, de toute façon, ne pouvait plus durer très longtemps car les deux époux venaient de milieux trop différents, comme une parabole de l’Espagne coupée en deux parties trop différentes pour faire une seule nation rassemblant un peuple uni.

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Antonio Munoz Molina

On peut diviser ce livre en deux parties : une première où les tribulations du trio prennent la place principale du récit, en utilisant la situation politique et sociale en Espagne comme toile de fond de cette intrigue, jusqu’au moment ou ce trio explose, le mari quitte son épouse, l’épouse tente de se suicider et la maîtresse délaisse son amant ; et une seconde partie où l’agitation devient de plus en plus belliqueuse entraînant le pays vers une situation de guerre civile qui devient alors le sujet principal du récit. L’auteur promène ainsi son héros sur tous les théâtres de ce conflit protéiforme pour bien faire comprendre au lecteur ce que fut cette guerre imbécile conduite par des incompétents veules et sanguinaires, plus capables de fusiller des citoyens sans défense que d’organiser un semblant d’armée pour combattre le fascisme ; républicains et fascistes se rejoignant dans la même sauvagerie belliqueuse sans espoir de trouver une solution acceptable pour les populations martyrisées.

Une lecture très affûtée des événements, une lucidité jamais prise en défaut par une quelconque pollution politique, un recul toujours suffisant pour interpréter les faits et les comportements avec la plus grande sagacité. Le récit se déroule presque uniquement dans le clan des républicains et donne tort sans réticence aux fascistes mais n’arrive pas à donner raison aux républicains qui ne sont bons qu’à brailler en défilant bruyamment et faire des rodomontades n’impressionnant que les pauvres citadins cherchant seulement à survivre ; miliciens et autres combattants sont tout à fait incapables d’organiser le moindre pouvoir armé pour conduire une véritable lutte contre les forces du mal.

« Je ne crois pas que l’histoire aille dans une direction, ni qu’on puisse construire le paradis sur terre. Et même si c’était possible et que le prix à payer était un grand bain de sang plus la tyrannie, cela me semble trop cher payé ».

C’est aussi une description de l’opposition entre deux Espagne : celle du sud traditionnelle, catholique, conservatrice, attachée aux privilèges anciens, l’Espagne des grands propriétaires aristocratiques et des chefs militaires ; et celle du nord, plus moderne, industrielle, ouvrière, républicaine, ouverte aux idées nouvelles. L’Espagne de la famille de sa femme issue de l’aristocratie contre celle de sa famille disparue : son père mort sur un chantier, sa mère devenue concierge pour payer son éducation. Un raccourci pour expliquer en partie les origines du conflit qui a ensanglanté l’Espagne en 1936.

Et une conclusion acide et désabusée : la révolution ne mènera jamais à rien, la victoire de n’importe lequel des deux camps ne peut que conduire l’Espagne dans le néant, seule une véritable entente politique pourrait réconcilier les deux camps mais les antagonismes sont bien trop forts pour que cela soit possible.

« Chacun justifie comme il peut les comportements dont il a honte. Les seuls qui ne soient pas coupables, ce sont les innocents sacrifiés, et on ne veut pas non plus être l’un d’eux. »

Difficile de parler de chef d’œuvre comme beaucoup l’on fait, du moins dans la traduction française, pour évoquer ce texte long, long, trop long, lent, lent, lourd, l’histoire progresse bien plus lentement que les événements décrits ce qui provoque, pour certains lecteurs, un décalage entre le récit et la réalité historique laissant une partie de l’intensité de celle-ci dans la bataille.

Une certaine emphase, quelques maladresses dans certaines phrases pourtant souvent fort bien construites, effet de la traduction peut-être qui n’a pas toujours lésiné sur l’utilisation des qui, que, qui… et qui a parfois aussi cassé le rythme et la musicalité de certains passages.

Au début, j’ai eu aussi un peu de difficulté à faire la différence entre le narrateur et le héros, j’ai même eu l’impression que le narrateur était le héros et que le roman était écrit à la première personne, il m’a fallu un peu de temps pour mesurer la distance qu’il y avait entre les deux.

Malgré ces petits défauts, c’est tout de même un grand livre, la maestria de l’auteur dans la conduite de son récit est tout à fait remarquable, sa lucidité et son impartialité politique sont impressionnantes mais avec deux cents pages de moins ce serait certainement un chef d’œuvre, à trop vouloir embrasser…

 

product_9782070443307_195x320.jpgHAMMERSTEIN ou L'INTRANSIGEANCE

Hans Magnus ENZENSBERGER (1929 - ….)

« A travers l’histoire de la famille Hammerstein on retrouve et l’on peut montrer, ramassés sur un très petit espace, toutes les contradictions et tous les thèmes décisifs de la catastrophe allemande ». C’est ce qu’Hans Magnus Enzensberger affirme et prouve à travers ce livre magistral, plus qu’une biographie, pas tout à fait un essai, presque de l’histoire mais surtout pas un roman, l’auteur s’en défend, plutôt un récit pour rappeler qui était Kurt von Hammerstein, quel fut le rôle et le sort de sa famille avant et pendant la Deuxième Guerre Mondiale. En tout cas, un effort pour comprendre ce personnage si particulier et la place qu’il a occupée dans les événements qui ont agité cette période funeste de notre histoire.

C’est un ouvrage très documenté, l’auteur a fait des recherches très importantes y compris dans certaines archives russes qui n’ont été accessibles que pendant une courte période en 1989 et a rencontré de nombreux témoins, vivant encore, qui lui ont confié des documents inédits. Ses sources pléthoriques, lui ont permis d’enrichir son livre d’une riche iconographie : nombreuses photos, tableau généalogique, annexes comportant un index et une importante bibliographie.

Pour conduire sa démonstration, Enzensberger a, en dehors de la narration habituelle, eu recours à d’autres processus littéraires : la glose, des réflexions personnelles pour évoquer ce qui ne peut pas être démontré, le « dialogue avec les morts » pour essayer de débusquer la vérité enfouie dans les tréfonds de l’histoire et des documents avérés purement et simplement recopiés dans le texte.

Kurt von Hammerstein est né dans le Mecklembourg, en 1878, dans une vieille famille aristocratique désargentée, il a fréquenté, dès 1888, l’école des cadets de l’armée car son père n’avait pas les moyens de lui en payer une autre. Après avoir épousé une fille d’une famille noble plus fortunée que la sienne, il devint le père de sept enfants dont trois filles qui ont joué un rôle important dans les mouvements communistes et sionistes avant la guerre, pendant peut-être et même après. Il a fait une carrière militaire rapide et brillante avant de parvenir à la fonction la plus importante de l’armée allemande, celle de chef de l’armée de terre, qu’il occupait quand Hitler devint chancelier.

Il vivait sans fortune et même, à certaines époques dans une réelle pauvreté dont sa famille pâtit. Il n’aimait pas la politique et ne voulait pas y être mêlé mais les événements l’ont contraint à prendre des décisions qui n’auraient pas dû relever du pouvoir militaire. Il était l’homme de Kurt von Schleicher, ministre des armées rapidement éliminé par Hitler, avec lequel il avait partagé une bonne partie de son parcours militaire.

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Hans Magnus Enzensberger

Stratège talentueux, visionnaire génial, il avait horreur du travail inutile, de la paperasserie, « Il était génial, futé, nonchalant y compris dans son allure, très critique, facilement pessimiste (flemmard)… » Il aurait même précisé : « Celui qui est intelligent et en même temps paresseux se qualifie pour les hautes tâches de commandement, car il apportera la clarté intellectuelle et la force nerveuse de prendre les décisions difficiles ».

Il avait horreur d’Hitler et de sa bande de sicaires, il n’a pas voulu collaborer avec le nouveau chancelier demandant rapidement sa mise à la retraite mais il est toujours resté très présent dans la vie politique allemande à travers son engagement dans l’opposition aux nazis. Il devait succéder à Hitler après la conjuration de juillet 1944, le cancer lui évita de connaître le désastre de cette conjuration, l’emportant dès avril 1943. Mais la famille, toujours déterminée dans l’opposition au nazisme, poursuivit son œuvre, on connait bien l’engagement des filles, autant que le permet la connaissance de l’action souterraine dans laquelle elles sont toujours restées, mais on connait moins la participation des fils à la conjuration contre Hitler. On sait seulement que Ludwig y participa et que les trois frères durent vivre dans la clandestinité pour échapper à la mort. La famille est restée toujours très digne et discrète dans l’action comme dans le deuil, « Ils ont simplement fait ce qu’ils devaient faire ».

L’histoire de cette famille énigmatique, atypique, résolue, déterminée, inaccessible à la peur (« la peur n’est pas une vision du monde », affirma Kurt von Hammerstein en quittant ses fonctions pour ne pas cautionner l’action d’Hitler) est une excellente façon d’aborder l’histoire de l’Allemagne en marche vers son grand désastre. Dans la République de Weimar, en pleine déliquescence, l’Allemagne n’avait plus qu’une alternative : le bolchévisme pur et dur ou le national socialisme, avec la guerre civile pour seule porte de sortie possible. Hammerstein a refusé de lancer l’armée dans la bataille pour ne pas provoquer la guerre civile, laissant la porte ouverte à Hitler qui n’a pas mis longtemps pour se faufiler dans l’espace ainsi libéré. Il pensait que l’armée n’était pas suffisamment fiable, qu’Hitler disposait d’un fort appui populaire même s’il semblait plus fort en discours qu’en action. Il était aussi convaincu que les pays de l’Ouest n’avait pas su négocier avec l’Allemagne pour éviter qu’elle se jette trop facilement dans les bras des soviétiques avec lesquels elle a collaboré très étroitement pour reconstruire une armée efficace. « Qu’est-ce que vous croyez qu’il se passait en Allemagne, à l’époque ! La politique intérieure n’était qu’un tas de ruines ! De sales affaires de politique partisane ! Crimes et bêtises ! Si cela n’avait tenu qu’à moi, j’aurais fait tirer sur les nazis dès août 1932 ! » Encore une citation à méditer…

Dans ce texte, Hans Magnus Enzensberger semble vouloir attirer l’attention des gouvernants et des peuples sur les erreurs qui ont été commises entre 1920 et 1940 afin qu’ils ne les reproduisent pas, certains passages de son livre, sortis de leur contexte, pourraient très bien illustrer notre actualité politique, économique et sociale. Avons-nous bien entendu ce message ? J’en doute …

La responsabilité du peuple allemand n’est nullement esquivée par Hans Magnus Enzensberger qui relaie Hammerstein dans sa critique : « Puisque le troupeau de moutons que sont les Allemands a élu un tel Führer, qu’ils le paient jusqu’au bout ». Et l’auteur d‘ajouter : « Il ne fallait pas épargner cette expérience aux Allemands, sinon jamais ils ne deviendraient moins bêtes ».

Voilà des éléments qui me permettent de progresser vers la réponse à cette question qui m’obsède depuis si longtemps, mais il faut se méfier, c’est quoi la vérité ? L’auteur pose cette question car la vérité sur cette période nous ne la connaîtrons jamais, nous devrons éternellement évoquer le désastre et l’horreur sans réellement savoir qui a fait réellement quoi.

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Kurt von Hammerstein avec Hitler

20:30 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de DENIS BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

24/07/2015

MÉANDRES de Salvatore GUCCIARDO

104246695.pngL’art, l’âme et la lumière

Alchimie spirituelle, métaphysique de l’être, théorie de l'évolution de Teilhard de Chardin... sont quelques-unes des philosophies ou disciplines auxquelles Méandres emprunte des éléments pour déployer son univers poétique particulier.
Le recueil alterne une narration poétique en prose (en caractères romains) avec des parties versifiées (en italique), telles des chants portées par diverses voix
Il est formé de sept sections : L’alpha, Apocalypse, Abysses, Les feux de la torpeur, Collage , Omega et Révélation.

Dans L’alpha,  on assiste au chaos originel où matière et esprit sont confondus, où l’indistinction domine, où les choses de l’âme ne sont pas clairement identifiées par défaut de lumière spirituelle.
Tout n’est que vision entremêlée et sons désaccordés
Une baleine blanche va figurer le lien entre le monde abyssal et le monde visible.

Dans Apocalypse, le monde festoie, jouissant de tous ses sens à profusion mais dans l’ignorance de l’Etre. Nous sommes les otages de quelques chimères, lit-on.

Le retable d'Issenheim Grünewald est avancé pour  introduire la figure d’un Christ martyr et salvateur au Jardin des Oliviers. Il s’agit d’une image emblématique de la vision apocalyptique marquée par la lourdeur des âmes.

Le monde reste dévasté. Mais l’être cherche une issue… L’espérance demeure !

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Dans Abysses, l’âme est nue et va conduire aux profondeurs insondables de l’être pour approcher le mystère invisible tapi au fond de l’inconscient.

Dans Les feux de la torpeur, on recherche un grain de lumière de même qu’on est à l’affût d’un messie qui emporterait l’homme et la femme vers les hauteurs.

L’entreprise est hasardeuse et ardue, elle prend la forme d’un labyrinthe en forme de poulpe aux nombreux tentacules.

Pour aboutir, elle devra prendre en compte l’expérience humaine sur plusieurs générations en visant la concorde au-delà des divergences et en tirant toute son énergie d'une force cosmique.
Je vis à l’intérieur d’un arbre qui a 2OO 000 ans d’existence, ses racines alimentent mon âme.

Dans Collage, on fixe les contours des formes de leurs volumes avant de les coller dans un esprit de cohérence en harmonisant les couleurs.  C’est l’idée de l’Artiste organisateur du chaos en cosmos sur la grande toile de l’univers. L’homme n’est pas absent du tableau. Il est peint debout, face à la mer.

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Dans Oméga, la nuit a fait place au jour, à la pleine lumière. Le palais dédaléen est à présent une demeure accueillante. C’est le règne de l’aurore source de vie et de joie.

Dans Révélation, on est dans l’Olympe, la demeure des êtres célestes où un être plus lumineux que les autres est révélé. Le narrateur assistant à ce spectacle pense à tous les humains encore dans l’obscurité, à la dérive ou consacrant leur vie à des plaisirs éphémères, servant aveuglément un dieu de la consommation… Il connaît une sorte de grâce, de félicité, qui lui fait dire :

Notre moi profond existait pour s’élever vers les hauteurs, pour communier avec les sphères… 

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Habile dispositif ouvert à plusieurs interprétations, Méandres ne s’apprivoise pas en une seule lecture et se complète des peintures de l’artiste (au nombre de quatre) qui accompagnent ce parcours pour donner une vision de la condition humaine et cosmique qui a à voir avec l’art, l’âme et la lumière et à laquelle chacun donnera l’interprétation qu’il veut selon son vécu, ses références artistiques et culturelles. Un second recueil (après Lyrisme cosmique en 2011) qui nous fait entrer plus avant dans l’univers si singulier de l’artiste avant tout poète, des mots et des images.

Éric Allard

Le recueil bilingue est préfacé par Joseph BodsonLa seconde partie contient la traduction en italien par Maria Teresa Epifani Furno. 

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Le site de Salvatore Gucciardo 

Le site des éditions Chloé des Lys

14:46 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

22/07/2015

LE ROI PHILIPPE DÉCLARE QUE MANGER DES FRITES TOUS LES JOURS, CE N’EST PAS BIEN...

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Fort du succès remporté dans l’opinion publique et dans les médias traditionnels par son discours du 21 juillet, le Bon Roi Philippe a décidé de multiplier les apparitions télévisuelles en les portant à cinquante par an.

Tous les vendredis à dix-neuf heures, sauf les deux premiers vendredis du mois d’août, période de congé royal sacrée, le Roi Philippe administrera ses bons conseils au citoyen lambda (et bêta) à la Télévision Nationale.
Il rappellera ainsi qu’il ne faut pas dépasser la vitesse autorisée, qu’il ne faut pas boire quand on prend le volant pour ne pas tuer son voisin ou sa façade en rentrant trop rapidement son véhicule dans le garage, et qu’il faut utiliser un parapluie quand il pleut pour ne pas attraper le rhume et faire augmenter le taux d’absence au Travail et vider les caisses de la Mutuelle.
Il rappellera entre autres mises en garde l’usage strict du tri sélectif des déchets non radioactifs et l’interdiction d’assister à des combats de coq sans gilet pare-ergot.  Que manger des frites bien grasses plus d’une fois par semaine, ce n’est pas bon pour la santé, ou que coïter sans capote peut apporter de graves maladies d’autant plus quand c’est avec un ou une SDF non reconnu(e) par un centre d’accueil agréé par Maxime Prévot.
Les petits princes sont très heureux de l’initiative de leur paternel qu’ils verront plus souvent à la télé qu’au Palais royal. Ils espérènt même qu’il fera bientôt un disque de rap avec Annie Cordy et un vrai film avec des effets spéciaux et Jean-Claude Van Damme déguisé en Stromae.

Le Bon Prince Philippe a aussi tweeté que tweeter avant le petit déjeuner pouvait entraîner une dépendance réelle au réseau de microblogging.

Il a enfin déclaré que la Bonne Reine Mathilde délivrerait chaque samedi matin sauf les deux premiers vendredis du mois d’août, période de congé royal sacrée, ses conseils mode & beauté sur la Chaîne Privée Nationale.

21/07/2015

BON ANNIVERSAIRE CHARLOTTE !

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Née le 21 juillet 1971, Charlotte Gainsbourg occupe la scène musicale et cinématographique depuis 1984, année de son premier rôle au cinéma dans le Paroles et musique d'Elie Chouraqui. Fille chérie de Serge et de Jane, elle apparaissait alors fragile, hésitante, répondant par des Je ne sais pas aux questions pressantes des journalistes soucieux d'en savoir plus sur sa parentèle et sa vision de la vie... Trente ans plus tard, elle a montré sa force tranquille en creusant un sillon peu évident au départ, plus au cinéma peut-être que dans la chanson pour afficher aujourd'hui à son compteur artistique plus de quarante films et cinq albums. Mais dans quelque domaine qu'elle se produise, elle réussit par une pudeur exquise à maintenir à l'intérieur une palette d'émotions riches et de sentiments rares qui sert ses talents d'interprète majeure.

 

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1981

1985

 1986

1986

1988

1996

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1996

2001

2005

2006

2009

2009

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2011

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Serge Gainsbourg & family par Tony Franck

21:30 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

OPHÉLIE FONTANA DOIT INTERROMPRE LE COMMENTAIRE DU DEFILÉ pour cause de fou rire

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Comme les années précédentes, Ophélie Fontana devait commenter le défilé militaire et civil du 21 juillet pour la RTBF. Tout se passait comme d'habitude entre amorces de plaisanteries tous azimuts d'Ophélie Fontana et informations des consultants quand la journaliste a commis trois lapsus consécutifs.

Elle a parlé du "grand château de la Reine" à propos de son couvre-chef. Elle a dit: "Le Prince Laurent s'est assoupli" pendant que le onzième personnage de l'Etat dans l'ordre de la succession au trône fermait les paupières, et enfin: "Les militaires ont toujours de beaux engins"... Elle a alors été prise d'un fou rire qu'elle n'a pas ensuite réussi à maîtriser. Les consultants, de plus en plus mal à l'aise, ont bien tenté d'assurer seuls la suite du reportage jusqu'au moment où le réalisateur de l'émission a décidé de la remplacer. Deux grands gaillards l'ont sortie du plateau hilare en la prenant sous les épaules pendant que sa remplaçante, Tatiana Silva, sur place avec Jean-Louis Lahaye pour un enregistrement spécial de leur Bêtisier, a meublé en commentant l'état du ciel au-dessus de la capitale et en donnant la météo des prochaines heures...

Des images et des propos qui, heureusement, feront le miel de l'émission favorite des grands enfants que nous sommes restés.

19/07/2015

COULEURS suivi de COULEURS FUTURES par Denis BILLAMBOZ

Couleurs

 

Et jaune et rouge

Et bleu et vert

Brillent et scintillent

 

Et rouge et jaune

Et vert et bleu

Poudroient et chatoient

 

Et jaune et rouge

En un mélange

Croque l’orange

 

Et bleu et vert

Dans la cuvette

Joue à la violette

 

Et joue les couleurs

Pour le bonheur

De tous les barbouilleurs

 

Larmes de joie

Flaveurs de délice

Saveur du plaisir

 

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Kandinsky, Jaune, rouge, bleu, 1925

 

Couleurs futures

  

Peste brune

Peste noire

Péril jaune

Armée rouge

Vague bleue

Vague rose

Marée noire

Marée marine

 

Elle est en couleur notre histoire

Couleurs de déboires

On nous laisse le noir

Comme seul espoir

 

On a perdu la peinture

Pour teinter notre futur

Pour le faire reluire

Notre avenir est obscur

 

Mais nous serons meilleurs

Si nous trouvons dans les fleurs

Toutes les couleurs

De notre bonheur

 

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Rothko, Rouge lumineux sur noir, 1957

18:18 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

18/07/2015

RETOUR AUX CLASSIQUES : GAVINO LEDDA ET HENRI CALET

Leuckx-Philippe_450_px.jpgpar Philippe LEUCKX

Quoi de commun, allez-vous dire entre Ledda le Sarde et Calet, l’amoureux des rues de Paris et de ses souvenirs ?

L’enfance, sans doute, réserve pour l’un et pour l’autre, de morsures indélébiles et de pépites. Forer dans l’enfance brute, indécente, sauvage, misérable du Sarde ; puiser dans le grenier à souvenirs au fil des façades et des rues parisiennes. Et retrouver une poésie unique, portée par une langue, des émotions et un don d’enfance, inaltéré.

**

R150091027.jpg« Padre Padrone » de Gavino Ledda (1938) fut lors de sa parution un coup de tonnerre dans les lettres italiennes, par la nature même du livre, une autobiographie sans concession, âpre et roborative à l’image des paysages et de la culture de leur auteur, un petit berger sarde de Siligo. Le succès fut amplifié par la Palme d’or attribuée aux frères Paolo et Vittorio Taviani pour leur adaptation de l’œuvre romanesque, en 1977.

Qu’un petit pasteur inculte, endurci par les hivers passés à la montagne, par la dure éducation d’un père borné, seulement préoccupé par le devenir de sa petite exploitation, qu’un petit pasteur analphabète et coupé du monde jusqu’à l’âge de vingt ans, soit devenu écrivain, relève du miracle. Cet enfant, sans autre langue que celle de la nature sauvage bruissante et des animaux domestiques, va accomplir un saut étonnant dans la culture jusqu’à devenir linguiste et professeur d’université !

Incroyable mais vrai.

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Des pacages de son père à sa formation « radio-monteur » à l’armée (Caserne de Sienne), de la montagne de Baddevrustana à l’université, que de chemins (en croupe de Pacifico, âne bâté) d’épines, de misères, de coups (le père tortionnaire), d’apprentissages (c’est un musicien, ce Gavino), que de rencontres (et ces amis qui lui apprennent les rudiments d’une langue pour lui étrangère, l’italien ; Toti, Ottavio, d’autres lui apprennent le sens de l’amitié) !

Ce livre, d’une initiation rare et courageuse, exprime avec une infinité de nuances les avatars d’un paysan inculte pour devenir ce qu’il est aujourd’hui. Ni esbroufe ni complaisance : le juste regard sur un monde qui se donne, se rétracte, offre, reprend, explore, propose.

Une leçon, vraiment !

(Gavino Ledda, Padre Padrone, L’éducation d’un berger sarde, Gallimard, coll. Témoins, 1977, 240p. traduction de l’excellent Nino Frank)

**

cvt_Les-grandes-largeurs_4074.jpegIl est des auteurs marginaux, en France comme ailleurs. Toujours à côté des modes, dans des marges thématiques et/ou formelles. Des écrivains buissonniers, qui savent humer l’air du temps, et restituer toute sa saveur. Ecrivains au rang desquels je place Vialatte, Hardellet, Gadenne, Nucera, Cabanis…

Et Calet, bien entendu. Nomade à Paris ou ailleurs, fureteur comme Izis, Doisneau, Bianciotti ou Hardellet des petits coins de Paris. Observateur légèrement ironique des faits perçus, divers et autres personnels. Henri Calet (1904-1956), auteur d’une bonne quinzaine de romans, récits et autres balades. Quelques titres : « La Belle Lurette », « Fièvre des polders », « Le tout sur le tout », « L’Italie à la paresseuse », « Les deux bouts », « Les murs de Fresnes » et « Les grandes largeurs ».

Ce dernier titre date de 1951. « Les grandes largeurs » sont ces avenues qui attisent et attirent le jeune Calet. Celles des beaux quartiers de l’ouest, alors qu’il vient d’un sud populaire, bien différent. Aussi, il est plusieurs Paris, selon Calet. Ces « Balades parisiennes » (sous-titre) offrent l’avantage de combiner l’exploration minutieuse de la capitale et les souvenirs de l’auteur au fil des rues, des plaques commémoratives sur les façades. Le promeneur festif ou décalé, l’observateur narquois, le poète de l’ordinaire et des coins négligés le rapproche de Fargue, cité à plusieurs reprises. Quand un piéton de Paris rencontre un autre promeneur !

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Le père, la mère, la misère de l’enfance, les petits bonheurs, les usages disparus, les rues diverses que Calet a habitées, la maladie de la mère, les terrains vagues autrefois occupés par des lieux de plaisance…tout fait farine au moulin de la mémoire. Une mémoire précise, poétique, nostalgique, avec ce grelot du perdu, et cette voix singulière, économe, pudique, très moderne d’un auteur ultrasensible, qui voit, enregistre et relate sans aucune distorsion.

Un très beau livre. Digne du « Piéton de Paris » de Fargue (1932-1939) ou des travaux de Perec. Et un guide idéal pour redécouvrir un Paris parfois méconnu.

(Henri Calet, Les grandes largeurs, L’Imaginaire/Gallimard n°133, 2008, 110p., 5€)

20:51 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

RIMBAUD À CHARLEROI

« Ce sonnet daté d’octobre 1870 trouve sans doute son inspiration dans un épisode vécu : la fugue qui, à l’automne de cette année-là, conduit le jeune Arthur Rimbaud de Charleville à Douai en passant par la Belgique. On pourrait le définir comme un « poème de route », qui conserve le souvenir d’une halte dans une auberge. Il évoque un moment de bien-être où quelques plaisirs simples suffisent à donner le sentiment du bonheur. » 

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Au Cabaret-Vert

cinq heures du soir

 

Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.
− Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. − Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

− Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure ! −
Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse
D'ail, − et m'emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.



Octobre 70.


 

Un hommage en chanson par le groupe Ablaze

Texte de Carine-Laure Desguin; musique d'Ernest Hembersin 

 

Rimbaud à Charleroi par André Guyaux, un reportage d'ACTU-tv

 

QUELQUES LIENS

Arthur Rimbaud et sa fugue de 1870

Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir (1870)

Le passage de Rimbaud et Verlaine à Charleroi en 1872

Le Cabaret-Vert ferme les portes de la mémoire (2001)

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12:26 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes (poésie) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

16/07/2015

LE BATEAU IVRE d'ARTHUR RIMBAUD

Le Bateau ivre est un poème écrit par Arthur Rimbaud en 1871 alors qu'il était âgé de 17 ans. 13-570752.jpg

LE BATEAU IVRE

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'œil niais des falots !

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et des lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
− Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
− Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
O que ma quille éclate ! O que j'aille à la mer !

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.


20:09 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes (poésie) | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | |

Les Lettres du Harar d'Arthur Rimbaud

lettres-du-harar-3341613-250-400.jpgLettres d'un exilé

Voici un Rimbaud vivant qui parle à la première personne dans ces lettres qui nous conduisent d'août 1880, date de son arrivée à Aden, au 9 novembre 1891 (veille de sa mort), alors qu’amputé d'une jambe et atteint d’un cancer, il envoie un courrier en vue de partir pour Suarez.
Régulièrement dans ses missives adressées à sa mère et à sa soeur restées à Charleville, il leur dit son impossibilité de se fixer quelque part, de mener désormais un vie sédentaire. L'auteur des Illuminations n’aura eu de cesse, depuis sa première fugue à Paris en 1870, à l'âge de 16 ans, de mettre de plus en plus de distance entre Charleville et lui, quitte à y revenir, comme pour bien éprouver ce qui l'en sépare toujours davantage. Une fuite en avant qui se révélera suicidaire, scellant un parcours hors norme mais qui ne vaut, on s'en rend bien compte, que par l’écriture.
Il s’ennuie beaucoup dans le Harar, loin de tout raffinement intellectuel (mais il ne lit apparemment que des manuels techniques), où il exercera quantité de boulots (négoce de café, vente d’armes, photographies.) censés lui rapporter de l'argent et lui ménager plus tard, au pays, une retraite, avec femme et enfants. Des obligations militaires, le froid qu’il craint, l'absence de relations le retiennent effectivement de rentrer...
Tout au long de ces lettres, son style reste impeccable, évoquant par moments celui de ses proses poétiques, et lorsqu'il relate la maladie qui l’atteint à la jambe, son séjour à l'hôpital, ses premiers pas avec béquilles après l'amputation, ce sont de grandes pages qu'il nous donne.

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Loin des interprétations en tous genres qui ont couru sur sa vie et le sens de ses écrits, sa correspondance nous rend l'homme qui a enregistré au présent des faits que d'autres organiseront en destin. On a voulu faire coïncider une écriture inouïe avec une existence, alors que ce que ce qui marque à cette lecture, c'est que l'écriture de Rimbaud et sa vie furent dissociées.
Et voilà qui est rassurant ! Rimbaud ne fut pas cet aventurier fou d’espace et d’activités qui aurait, à partir d'un moment, joué sa vie contre l'écriture mais un homme presque ordinaire incapable de choisir entre des obligations de vie familiale dictées par la société de son temps et une impossibilité viscérale à rester en place.
Extrait de la lettre 15 juillet 1891, envoyée de Marseille: « Je passe la nuit et le jour à réfléchir à des moyens de circulation : c’est un vrai supplice ! Je voudrais faire ceci et cela , aller ici et là, voir, vivre, partir : impossible, impossible au moins pour longtemps, sinon pour toujours ! Je ne vois à côté de moi que ces maudites béquilles : sans ces bâtons, je ne puis faire un pas, je ne puis exister. Sans la plus atroce gymnastique, je ne puis même m’habiller ; je suis arrivé à courir presque avec mes béquilles , mais je ne puis monter ou descendre des escaliers, et, si le terrain est accidenté , le ressaut d'une épaule à l’autre fatigue beaucoup. J’ai une douleur névralgique très forte dans le bras et l’épaule droite, et avec cela la béquille qui scie l'aisselle, - une névralgie encore dans la jambe gauche, et avec tout cela il faut faire l’acrobate tout le jour pour avoir l'air d'exister. »

Éric Allard, 2002.

19:55 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

Les LETTRES DU HARAR de RIMBAUD par GÉRALDINE ANDRÉE

9782253131212-T.jpg?itok=kpW-bUKrJ'ai relu très tard dans la nuit (jusque trois heures du matin) les lettres d'Arthur Rimbaud de Harar et de Marseille, lettres à mon sens tout aussi importantes que son oeuvre poétique.

Et je suis frappée par cela : si le poète est désormais élevé au rang de mythe, avec tout le côté éthéré que ce mythe implique, ces lettres révèlent l'incarnation, la prison du poète dans sa chair, l'envers même de la Poésie, du feu du Soleil que le Poète a tant célébré.

Tout au long des lettres du Harar, ce ne sont que jérémiades sur les négociations, l'argent à trouver, les voyages à faire, la rudesse du pays et les difficultés d'adaptation :

"Il m'est tout à fait impossible de quitter mes affaires, avant un délai indéfini. Quand on est engagé dans les affaires de ces satanés pays, on n'en sort plus. Je me porte bien, mais il me blanchit un cheveu par minute. " (lettre à sa mère du 21 avril 1890).

Et puis, ce sont les détails anatomiques de la maladie :

les varices apparentes à la jambe droite ("achète-moi un bas pour varices" demande Arthur Rimbaud à sa mère dans sa lettre du 20 février 1891), l'amaigrissement, la perte d'appétit, le "dessus du genou (qui) a gonflé, la rotule (...) empâtée, le jarret (...) pris, la douleur jusqu'à la cheville et jusqu'aux reins", le voyage jusqu'à Zeilah "dans une civière couverte d'un rideau", soulevée pendant quinze jours par des porteurs marchant à pied dans les rocailles et le sable, les nuits d'insomnie sous la pluie avec pour seule protection "une peau abyssine", l'obligation de creuser un trou de ses mains "près du bord de la civière, pour aller à la selle sur ce trou" ensuite comblé "de terre".

Puis, à l'arrivée, jeté sur le sol par des porteurs épuisés, le poète râle (à la fois de colère et d'agonie) en imposant à chaque porteur une amende dont le détail est écrit en guise de note en bas de page :Rimbaud-voyage-ret.jpg 

"Mouned-Souya 1 th
Abdhullahi 1 th
Abdhullah 1 th
Baker 1 th".

Enfin la narration dans ces lettres de Marseille de ses chutes en béquille, des névralgies à l'épaule et des douleurs dans son autre jambe, la menace de devoir accomplir son service militaire dans cet état : "Que peut faire au monde un homme estropié ? Et encore à présent réduit à s'expatrier définitivement !" écrit Arthur Rimbaud à sa soeur Isabelle dans sa lettre du 24 juin 1891.

Je trouve ces lettre fascinantes car elles évoquent le côté humain du mythe Rimbaud, homme comme les autres avant de faire partie de la constellation du ciel poétique : corps souffrant et chair prisonnière du Réel.

Lui qui pensait que la Poésie ne pouvait dire et dépasser le Réel et que, par conséquent, il valait mieux se taire, il a réussi - je pense- à dire dans ces lettres l'indicible réel.

Les lettres s'achèvent sur ces phrases ultimes adressées au Directeur des Messageries Maritimes dans cette lettre écrite au bord de la mort (9 novembre 1891) :

"Envoyez-moi donc le prix des services d'Aphinar à Suez. Je suis complètement paralysé : donc je désire me trouver de bonne heure à bord. Dites-moi à quelle heure je dois être transporté à bord..."

Phrase inachevée, ouverte, dans son silence, sur le rêve qu'il lui est possible d'atteindre, une fois le Réel vécu, dépassé... enfin !

Rimbaud termine "sa trajectoire terrestre" le 10 novembre 1891.

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Sources: Arthur Rimbaud ; Oeuvres complètes; Le Livre de Poche

Géraldine Andrée vient de publier 3401.jpg

TU ES RICHE DE TOUTES LES GOUTTES DE PLUIE

aux éditions Almathée.

Une lecture du recueil sur ce blog

15:26 Écrit par Éric Allard dans les beaux livres | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | |

15/07/2015

COMME DES CHIFFONNIERS

bataille-de-cintres-validc3a9e.jpgDans ce placard, les cintres en viennent aux tringles.

Ils tombent veste, pantalon, costume trois pièces, robe, manteau de zibeline ou petite laine et se battent comme des chiffonniers. Quand on ouvre la porte, tout est sens dessus dessous: tiges tordues, lac de loques et boules de naphtaline explosées...

Cintres en forme de scie contre cintres boomerang, cintre en arc contre cintres triangulaires, cintres à pinces contre cintres pliables, cintres en forme de noeud contre cintres papillons, cintres à paillettes contre cintres spartiates, cintres en fil de fer contre cintres en bois...

On pense à une guerre entre flamants roses et coqs de bruyère, eurocrates et tsiprasiens, partisans du piétonnier bruxellois et opposants au Mayeur...

On repasse au fer rouge les cintres de combat, on les met à l’isolement dans des cocons de soie, les tympans dans le coton…

Il est alors temps de se vêtir d’effets froissés, de chemises plissées à pleurer pour en découdre avec le monde textile.

Quant à la penderie, elle remue son vide dressing et suspend ses rêves de garde-manger à un croissant de lune en forme de crochet de boucher.  

13:50 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

14/07/2015

CHANTEUSE DE FOLK et de ROCK d'aujourd'hui & de demain (5): TORRES

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TORRES, de son vrai nom Mackenzie Scott, est née en Georgie il y a vingt quatre ans et sort son premier album, Sprinter

A ceux qui regretteraient l’absence un peu trop prolongée de nos divas douloureuses préférées, de Catpower à PJ Harvey, on proposera un très efficace produit de substitution, qui pourrait lui même devenir addictif. En attendant un nouvel album en mai, on se vautre avec volupté et peur au ventre dans le Strange Hellos de Torres, sorte de blues décharné, psalmodié ou hurlé par une voix maîtresse de ses explosions, de ses décharges. C’est d’une cruauté, d’une patience qui transforme la torture en délice : pas étonnant que Rob Ellis (PJ Harvey, justement) œuvre dans l’ombre de la peste de Nashville, aux côtés du grand Adrian Utley de Portishead.

JD Beauvallet (Les Inrocks)

Mackenzie Scott, alias Torres, possède un don : cette fille sait faire deviner, par une simple mélodie ou un riff brutal, l’étendue de ses démons. Née dans l’Etat sudiste et rigide de Géorgie, l’Américaine de 24 ans a été adoptée par la prof de catéchisme de sa mère biologique, a connu une crise mystique, a enregistré deux albums puis a fini par déménager à Brooklyn – comme tout le monde.

Un chemin qui serait chaotique, ou pas loin du n’importe quoi, s’il n’était ici traduit en musique, imprégnant l’atmosphère d’orage de Sprinter, où le tonnerre gronde façon Courtney Love (Strange Hellos) et les guitares se brisent sur une batterie martiale (Sprinter). A la tempête rock succèdent des moments d’apaisement, plus proches du trip-hop de Portishead. "Je voulais qu’on entende clairement mes racines conservatrices du Sud, mais aussi un son futuriste et planant." Le mariage est improbable, mais gagnant.

Johanne Wolf (Grazia)

Ce qui rend Sprinter unique par rapport à la myriade de chanteuses compositrices enregistrant des albums solos est sa beauté ; non pas une beauté stérilisée et symétrique mais une beauté émotionnelle et brute. Scott délivre un message personnel de façon si intense qu’elle semble ne chanter que pour vous un peu comme Perfume Genius, Waxahatchee ou Sharon Van Etten. Mais la différence clef sera qu’elle est à même de canaliser anxiété, colère et regret dans un univers parfaitement mis en relief par sa musique et sans que celle-ci ne devienne morne ou ennuyeuse. Il est rare qu’une artiste ouvre ses blessures et nous en récompense d’une nouvelle peau, c’est pourtant la cas de Torres/Scott avec ce fantastique album.

Rock-décibels


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TORRES

20:55 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

13/07/2015

LA LECTRICE DURANT L'AMOUR

a-green-couch.jpg?w=700&h=&crop=1Ma lectrice ne cille pas pendant l’amour. Son livre papier (elle a horreur des liseuses électroniques !) ne quitte pas ses mains dans le prolongement de ses avant-bras disposés à la perpendiculaire des arrière-bras, qu’elle soit couchée en position fœtale, assise les jambes écartées ou à genoux comme en prière, suivant  les diverses opérations de charme auxquelles je suis occupé. A force, sans savoir le titre du livre qu’elle lit, je peux, au goût de sa peau et de ses diverses excrétions, deviner le genre de littérature qu’elle est en train de dévorer et parfois même l’auteur du jalousé volume tenu entre ses tendres phalanges.

Je rivalise d’ingéniosité, de succions, d’intromissions et de caresses expertes, pour l’extraire de son occupation favorite mais faut-il croire que je m’y prends comme un manche ou que je ne lui fais aucun effet. Pour m’en assurer, j’ai un jour fait appel à un hardeur professionnel (de l’Est et à bas prix) qui ne lui a  visiblement pas tiré plus de satisfaction que moi. Et même à une femme, par ailleurs poétesse à succès et réflexologue aux pieds affolants. Mais le résultat était sensiblement semblable (ou semblablement sensible). Cela a, vous le devinez aisément, raffermi mon ego et comme donné du cœur à l’ouvrage pour entreprendre d'arracher de sa bouche fruitée autre chose qu’un genre de soupir de lassitude ou de pâle soulagement en guise du cri d’extase escompté quand je terminais ma petite cuisine érotique sur son adorable table de travail. Certes elle gémissait (en bonne génisse des maisons d’éditions) mais c’est sans bien savoir si sa réaction était due au livre qu’elle digérait à petite dose ou à mes caresses et baisers divers. 

Ayant fini par me lasser de ces expérimentations qui me laissaient plus déconfit que franchement repu, j’ai entrepris d’écrire un livre qui lui procurera certainement plus de plaisir que les activités d’amour cent fois recommencées en pure perte d’énergie créatrice. En attendant, je continue de chercher le sujet rêvé entre ses cuisses et ses fesses, tous lieux qui, je l’espère, m’inspireront favorablement dans cette nouvelle et combien légitime quête.  

11:44 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

11/07/2015

MA CAMPAGNE

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Ma campagnec’est comme celle de Pierre Jourde, celle de mes ancêtres, celle où j’ai mes racines, celle ou j’ai laissé mes souvenirs d’enfance et mes phobies juvéniles. Ça peut-être aussi celle de Christine Van Acker, celle que j’ai choisie pour m’éloigner de la fébrilité de la ville, celle où je dois me faire accepter, celle que mes amis me reprochent implicitement d’avoir adoptée. On a tous quelques gènes chthoniens au plus profond de notre être qui nous ramènent à la campagne que nos ancêtres habitaient dès l’origine du peuplement de la planète et nous ressentons tous d’une façon ou d’une autre un certain tropisme pour cette campagne originelle et fondatrice.

 

jourde-la-prc3a9sence1.jpg?w=208&h=300LA PRÉSENCE 

Pierre JOURDE (1955 - ….)

Quand l’auteur est entré dans cette maison auvergnate que les Jourde et les Roughol se transmettent de père en fils depuis des générations, où l’évier en émail avait remplacé l’évier en pierre taillée, où la cuisinière trônait sous la cheminée, là où l’âtre conservait la chaleur du foyer, j’ai eu un peu l’impression d’entrer dans la maison de mon enfance ou dans n’importe quelle autre de mon village des plateaux jurassiens. J’ai aussi grimpé dans ces greniers qui hébergent la nostalgie, gardiens des rites, des joies et des peines, des outils-prothèses, des outils-membres, des outils-greffons prolongements de bras voués au travail de la terre.

Et, avec lui aussi, J’ai parcouru la forêt, senti ses odeurs, ressenti son humidité, éprouvé la souplesse du sol sous le pas et palpé sa sensualité à fleur d’écorce.

Je me souviens aussi de ces angoisses d’enfant quand le noir étend son royaume sur l’ensemble du monde, qu’il noie tout sous son manteau opaque, que les fantômes sortent des placards et qu’ils se déguisent, en clowns souvent, pour prendre possession des lieux qui furent les leurs. Car, la nuit est le royaume du passé, le temps qu’on abandonne à ceux qui ne sont plus et qu’on a relégués dans la chambre du fonds, cette chambre du fonds qu’il y a dans toutes les maisons de campagne et que nous avons transposée dans nos têtes, dans notre subconscient qui héberge tous ces fantômes et fantasmes qui s’avancent déguisés.

Ces maisons ne sont pas d’innocentes constructions, elles sont le domaine de ceux qui y ont vécu depuis plusieurs générations, celle du grand père tutélaire qui n’a jamais voulu reconnaître l’enfant qui est devenu le père de l’auteur, qui a abandonné les lieux pour monter à la capitale et y faire fortune. Tout le village se souvient, ici, les gens sont soupçonneux, méfiants, ils voient tout et savent tout, ce tout qui se transmet de bouche à oreille et qui constitue l’histoire du hameau, sa mythologie, sa légende.

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Et lui, il transporte cette angoisse partout ou il dort seul, il a peur de l’inconnu qui se cache derrière de banals objets, il a peur de ce qu’il ne comprend pas. Il a au fond de lui, ce gène qu’avaient déjà nos ancêtres dans leur caverne, qui les avertissait du danger en leur inculquant la peur de ce qu’ils ne connaissaient pas. Peur salvatrice qu’il retrouve au fond de la mine d’antimoine qui comme la caverne ancestrale abrite les peurs et protège de l’inconnu.

Tout cela dans un très beau texte qui ramène l’homme au niveau de l’être primitif qu’il est encore dans son inconscient, qui réduit le temps qui sépare les êtres, qui n’emmène pas les absents mais, au contraire, les ramène la nuit quand tout est noir, ce temps du jour et de la nuit qui oblige l’homme à vivre dans un dédoublement du moi réel et du moi rêvé. Il faut bien avoir une conscience suffisante pour avoir conscience de cette inconscience qui hante nos neurones pour qu’on n’oublie pas notre passé et d’où nous venons, de notre caverne, de notre maison, de notre terre, de notre sol et que nous sommes le fruit d’une histoire, d’une légende, d’une mythologie que personne n’écrira jamais.

 

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Christine VAN ACKER (1961 - ….)

« Ici », c’est là où… non, non, « Ici » ce n’est pas là, c’est « Ici », ici où l’auteure et son conjoint se sont installés à la campagne dans la partie la plus éloignée de la capitale belge, aux confins de la France et de la Belgique, en Gaume, pour fuir les trépidations de la grande ville et profiter du calme de cette région très rurale. Mais à la campagne le calme devient vite l’ennui, l’ennui qui tient lieu de stress pour ses citadins transplantés qui se muent progressivement en « rurbains », les gens du monde urbain qui ont choisi de vivre avec les ruraux. Une transplantation qui ne s’effectue pas si aisément qu’on le pense a priori, il faut faire face à l’étonnement des autochtones qui veulent toujours s’assurer que vous vous plaisez bien « Ici » et qui sont rarement convaincus par les assurances que vous essayez de leur apporter, et à l’inquiétude des amis de la ville qui ne comprennent pas que vous vous éloigniez de la culture et du confort de la métropole.

« Ici », même si on profite des produits naturels, il faut apprendre à se satisfaire d’un confort rustique et vivre avec la méfiance des voisins car tout le monde se connait, « les poules gardent leur coq à l’abri des autres poules libres, sans l’enclos du mariage ». « Ici » on se contente de peu, l’émulation n’existe pas, « certains jeunes gens,…, se résignent, dès la moindre difficulté scolaire, à suivre le chemin déjà balisé pour eux », dans un monde immuable, figé, qui n’a pas encore goûté aux joies de l’imprévu.

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J’ai ouvert ce livre comme une fenêtre sur ma campagne natale où les mœurs sont assez semblables à celles de cette campagne belge, j’ai baigné immédiatement dans l’ambiance que l’auteure a découverte et qu’elle dépeint avec son écriture vive, alerte, malicieuse. Pour justifier son choix et convaincre ses amis qu’elle n’est pas perdue pour la civilisation, elle a recourt à l’autodérision, l’ironie et l’humour, sans délaisser une perspicacité acérée et sans concession pour les citadins hautains et les campagnards un peu balourds. Les citadins riront, les ruraux riront aussi mais pas pour les mêmes raisons.

« Dans le creux de cette vallée, nous nous sommes déposés au fond de nous-mêmes », «la vie était dure, les alcools forts, le profit petit », mais le bonheur peut être dans le pré pour ceux qui écrivent pour tuer l’ennui.

14:12 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de DENIS BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

09/07/2015

" J'aurai longtemps vécu sans savoir grand-chose de la haine..."

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En 1953, Nicolas Bouvier (à gauche sur la photo) rejoint en Fiat Topolino son ami Thierry Vernet à Belgrade. « Nous avions deux ans devant nous et de l’argent pour quatre mois. Le programme était vague, mais dans de pareilles affaires, l’essentiel est de partir.(….) On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. »

Un voyage qui se terminera, pour Bouvier du moins, fin 1956 à Marseille, son ami l’ayant quitté au bout d’un an et demi de voyage pour rejoindre sa fiancée à Ceylan. Et qui lui aura permis d’accumuler de la matière pour plusieurs livres. De 1958 à 1961, il s’emploie à mettre au point son texte, à le retravailler sans cesse, à partir des notes de voyage et des lettres qu’il a envoyées à ses parents et amis. Le premier tirage de L’Usage du monde intervient en 1964 sous le signe des éditions Droz.

Pendant leur dix-huit mois de compagnonnage, ils auront traversé une partie de la Yougoslavie, de la Turquie, de l’Iran et du Pakistan y compris un séjour de six mois à Tabriz
Ils se séparent à Kaboul et Bouvier continue seul vers l’Inde...

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Les livres de Kerouac (Sur la route - le rouleau original) et de Bouvier présentent d’évidentes analogies; tous deux narrent des périples en voiture à quelques années d’intervalle, tous les deux cheminent en compagnie d’un ami, d’une sorte d’alter ego, tous deux inaugurent un nouveau genre littéraire, quelque part entre la relation de voyage et le roman, cette indécision quant au genre pratiqué ayant d’ailleurs ralenti  la publication (même si pour Bouvier, c’est le refus de Gallimard d’imprimer le livre avec les 48 dessins de Vernet qui l’a poussé à publier le livre à compte d’auteur sous le nom des éditions d’un ami de collège qui avait repris la maison paternelle) pour devenir ensuite des romans cultes.

L’écriture, stylisée, dix-neuvièmiste de Bouvier s’attache davantage aux lieux et aux personnages traversés, produisant de tableaux et des portraits pittoresques, elle ne creuse pas les psychologies ni n’explicitent l’amitié entre les jeunes gens. Alors que Kerouac s’attache beaucoup à décrire le monde vu par Neal Cassady, son ami, avec une écriture (qui garde la vitesse inhérente à son sujet) rendant davantage le mouvement que la vie pendant les étapes. Les dernières pages de L’usage du monde, narrant, à mesure que les ennuis mécaniques s'accumulent en réclamant de longs jours d'immobilisation, les affres du voyage, commencé sur un mode plus apaisé, mobilise davantage l'attention du lecteur.
Pour le dire autrement, l’écriture de Bouvier est plus journalistique, celle de Kerouac plus romanesque.   
 

La route de Macédoine… La route d’Anatolie… Route d’Ankara… Route d’Ordu… Route de Miandoab… Route de Tabriz…Route de Mianeh… Route de Kazvin… Route d’Ispahan… Route de Chiraz… Route de Yezd… Route de Kerman… La route de Kaboul… Route de Mukur… La route du Khyber…. sont quelques unes des routes qu’ils ont traversées et qui sont mentionnées en tête de chapitre.

E.A.

(Re)lire la splendide lecture de Sur la route par Philippe Leuckx 

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EXTRAIT

J’aurai longtemps vécu sans savoir grand-chose de la haine. Aujourd’hui j’ai la haine des mouches. Y penser seulement me met les larmes aux yeux. Une vie entièrement consacrée à leur nuire m’apparaîtrait comme un très beau destin. Aux mouches d’Asie s’entend, car, qui n’a pas quitté l’Europe n’a pas voix au chapitre. La mouche d’Europe s’en tient aux vitres, au sirop, à l’ombre des corridors. Parfois même elle s’égare sur une fleur. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, exorcisée, autant dire innocente. Celle d’Asie, gâtée par l’abondance de ce qui meurt et l’abandon de ce qui vit, est d’une impudence sinistre. Endurante, acharnée, escarbille d’un affreux matériau, elle se lève matines et le monde est à elle. Le jour venu, plus de sommeil possible. Au moindre instant de repos, elle vous prend pour un cheval crevé, elle attaque ses morceaux favoris : commissures des lèvres, conjonctives, tympan. Vous trouve-t-elle endormi? elle s’aventure, s’affole et va finir par exploser d’une manière bien à elle dans les muqueuses les plus sensibles des naseaux, vous jetant sur vos pieds au bord de la nausée. Mais s’il y a plaie, ulcère, boutonnière de chair mal fermée, peut-être pourrez-vous tout de même vous assoupir un peu, car elle ira là, au plus pressé, et il faut voir quelle immobilité grisée remplace son odieuse agitation. On peut alors l’observer à son aise : aucune allure évidemment, mal carénée, et mieux vaut passer sous silence son vol rompu, erratique, absurde, bien fait pour tourmenter les nerfs – le moustique, dont on se passerait volontiers, est un artiste en comparaison.

Cafards, rats, corbeaux, vautours de quinze kilos qui n’auraient pas le cran de tuer une caille; il existe un entre-monde charognard, tout dans les gris, les bruns mâchés, besogneux au couleurs minables, aux livrées subalternes, toujours prêts à aider au passage. Ces domestiques ont pourtant leurs points faibles – le rat craint la lumière, le cafard est timoré, le vautour ne tiendrait pas dans le creux de la main – et c’est sans peine que la mouche en remontre à cette piétaille. Rien ne l’arrête, et je suis persuadé qu’en passant l’Ether au tamis on y trouverait encore quelques mouches.

Partout où la vie cède, reflue, la voilà qui s’affaire en orbes mesquines, prêchant le Moins – finissons-en…renonçons à ces palpitations dérisoires, laissons faire le gros soleil – avec son dévouement d’infirmière et ses maudites toilettes de pattes.

L’homme est trop exigeant: il rêve d’une mort élue, achevée, personnelle, profil complémentaire du profil de sa vie. Il y a travaille et parfois il l’obtient. La mouche d’Asie n’entre pas dans ces distinctions-là. Pour cette salope, mort ou vivant c’est bien pareil et il suffit de voir le sommeil des enfants du Bazar (sommeil de massacrés sous les essaims noirs et tranquilles) pour comprendre qu’elle confond tout à plaisir, en parfaite servante de l’informe.

Les anciens, qui y voyaient clair, l’ont toujours considérée comme engendrée par le Malin. Elle en a tous les attributs : la trompeuse insignifiance, l’ubiquité, la prolifération foudraoyante, et plus de fidélité qu’un dogue (beaucoup vous auront lâché qu’elle sera encore là).

Les mouches avaient leurs dieux : Baal-Zeboub (Belzébuth) en Syrie, Melkart en Phénicie, Zeus Apomyios d’Elide, auxquels on sacrifiait, en les priant bien fort d’aller paître plus loin leurs infects troupeaux. Le Moyen-Age les croyait nées de la crotte, ressuscitées de la cendre, et les voyait sortir de la bouche du pécheur. Du haut de sa chaire, saint Bernard de Clairvaux les foudroyait par grappes avant de célébrer l’office. Luther lui-même assure, dans une de ses lettres, que le Diable lui envoie ses mouches qui “ "conchient son papier” ".

Aux grandes époques de l’empire chinois, on a légiféré contre les mouches, et je suis bien certain que tous les Etats vigoureux se sont, d’une manière et de l’autre, occupés de cet ennemi. On se moque à bon droit – et aussi parce que c’est la mode – de l’hygiène maladive des Américains. N’empêche que, le jour où avec une esquadrille lestée de bombes DDT ils ont occis d’un seul coup les mouches de la ville d’Athènes, leurs avions naviguaient exactement dans les sillage de saint Georges.

Nicolas BOUVIER

Les dessins de L'usage du monde, par Thierry VERNET

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08/07/2015

LE RONFLEMENT

femme8.jpgIl était tellement amoureux de cette femme qu’il aimait l'entendre ronfler. 
Les nuits qu’il passait avec elle, il ne dormait pas pour écouter ce son à mi-distance de la trompette de Jéricho et du saxo de Coltrane. Cette cadence de respiration nocturne...

Il l’enregistrait et repassait l’enregistrement pendant tout le temps qu’il était séparé d’elle. Il avait demandé un congé sans solde pour cela. Il s'était toujours senti une âme de musicien.

C’est ce qu’il avait d'abord aimé d’elle, son ronflement. Un ronflement de rêve.

Elle était thérapeute en sophrologie et elle s’était endormie pendant la séance où il était venu consulter pour des problèmes d’insomnie.

14:42 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

06/07/2015

BOUDDHA

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Cet homme aimait le mot Bouddha. Il aimait le dire mais surtout l’écrire. Ce h succédant à 2 d lui donnait la chair de poule. Sur des pages et des pages il l’écrivait sans relâche comme on arpente une montagne ou un désert. Des centaines de Bouddha bout à bout.

Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha...

Un jour, à force d’écrire Bouddha, il connut l’éveil après s’être assoupi de fatigue. 

Puis il se mit à écrire zenzenzenzezenzenzenzenzenzenzenzenzenzenzen...

 

15:35 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

05/07/2015

ECRIRE suivi de MOTS TUS, par DENIS BILLAMBOZ

Ecrire

  

Ecrire ?

Pourquoi ?

Pour qui ?

 

J’ai écrit

Bien ? Mal ?

Je ne sais

 

Publier ?

Pourquoi ?

Pour qui ?

 

Serai-je lu ?

En ai-je envie ?

Puis-je affronter le lecteur ?

  

Questions inutiles

Les éditeurs m’ignorent

Qu’importe

 

De toute façon

Je n’ose

Montrer ma prose

 

Alors ?

J’écrirai encore

Pour moi !

 

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Mots tus

  

Je déborde de mots

Et ma page reste blanche

Je n’ai aucun maux

A graver sur la planche

 

Mes amours sont heureuses

Sans être passionnées

Mes amitiés sont joyeuses

Sans être exaltées

 

Je n’en veux pas à la terre entière

Je ne veux pas refaire le monde

De mes douleurs je sais me satisfaire

J’accepte que la terre reste ronde

 

Je ne sais que faire de mes mots

Je ne sais que leur confier

Je mène la vie des gens normaux

Qui n’ont rien à raconter

 

C’est ce que pensent mes amis

Mais mes grandes douleurs sont muettes

Et pour ne pas déclencher un tsunami

Je range mes mots dans ma musette

 

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Les peintures sont de VAL D'OFF 

14:41 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

04/07/2015

LES CHANSONS DE LA PLUIE

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15:00 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |