LES BELLES PHRASES

  • CONTES ESPAGNOLS de LORENZO CECCHI

    couverture-contes-espagnols-1.jpg?fx=r_550_550Littérature fine

    Neuf contes drôles, exquis, intelligents !

    Dans L’andalouse, avec un petit a, un homme amateur de sauce andalouse se plaît à croire que la compagne d’un ami (il reçoit le couple chez lui) qui le soigne d’une blessure à l’arcade sourcilière causée par une prise de bec avec cet ami est espagnole parce qu’elle s’appelle Conchita…

    La femme de la nouvelle suivante, une Espagnole de souche, elle, se dispute avec son mari lors du vernissage d’une expo de Bram Bogart à Bruxelles où elle est venue le rejoindre avant que le narrateur, en habile séducteur, ne parvienne à approcher la bouillante épouse humiliée qui ne pensera qu’à se venger…

    La Chevrolet mêle un souvenir d’enfance et un différend entre deux voisins, un Italien sans voiture et un Espagnol ayant troqué sa vieille Skoda contre une rutilante Chevrolet.

    La der des ders, peut-être la nouvelle la plus originale de l’ensemble, par sa forme épistolaire, met en scène une ultime discussion vive et virtuelle entre deux hommes aux egos surdimensionnés qu’une relation amicale ancienne unit par-delà la distance qui les sépare.

    Le gastronome est un régal de mots et de mets qui pose un questionnement sur l’inclination à la nourriture quand elle prend certaines proportions…

    Les deux nouvelles suivantes, au-delà des anecdotes rapportées, dressent un parallèle entre le monde de l’entreprise d’hier (dans VRP), fonctionnant sur le mode du paternalisme, et d’aujourd’hui (dans Drink d’adieu), basé sur le combat économique sans merci et le manque de considération dont sont l’objet les employés. On retrouve là la veine autobiographique de Cecchi à l’œuvre depuis Nature morte aux papillons, son premier roman paru au Castor Astral, qui sait si bien s’appuyer sur ses expériences personnelles pour en tirer des histoires fortes emplies d’humanité et d’autodérision.

    Les deux dernières nouvelles, Spanish Jazz Project et Gesualdo, rendent hommage à leur façon à deux musiciens, Carlo Gesualdo et Michel Mainil, un musicien de la fin de la Renaissance et un saxophoniste de jazz belge toujours bien vivant.

    L’ultime nouvelle du recueil, dans une merveille d’écriture concise et raffinée, raconte le premier mariage de Carlo Gesualdo da Venosa, noble napolitain de la fin du XVIème siècle par ailleurs musicien de madrigaux et de musique religieuse alors que Naples est dirigée par un vice-roi nomme par le roi d’Espagne. Le prince se montrera d’une cruauté sans égale quand il devra laver son honneur sali par l’adultère de son épouse commis avec un duc espagnol. Dans la quatrième de couve,  il est justement conseillé d'écouter, pour l'apprécier autrement, la musique de Gesualdo pendant et après lecture de la nouvelle. 

    Les allusions à la culture ibérique sont toujours subtiles, c’est la cerise sur le gâteau de ce repas littéraire en neuf plats, goûteux et délicats à souhait, pour palais fins, exclusivement.

    Ce neuf bouquet de nouvelles qui a, en partie, trouvé place sur ce blog l’été dernier, est remarquablement illustré par Jean-Marie Molle, fondateur du groupe Maka, dans des tableaux judicieusement composés des éléments cruciaux de chaque récit.

    Éric Allard

     

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

    Ma lecture d’Un verger sous les étoiles de Lorenzo Cecchi

    Ma lecture de Nature morte aux papillons de Lorenzo Cecchi

    Le site de Jean-Marie Molle

    La page de Michel Mainil

     

    Lisa Rosillo (Vocal)
    Michel Mainil (Sax)
    Alain Rochette (piano)
    José Bedeur (Double Bass)
    Antoine Cirri (Drums)

    Ave dulcissima Maria
    Sacrae Cantiones, Liber Primum 1603
    Vox Luminis
    Eglise de Minimes, Bruxelles - Bozar
    Oct 2013
    Zsuzsi Tóth, Sara Jäggi, Kerlijne van Nevel
    Barnabás Hegyi, Raffael Höhn
    Philippe Froeliger, Robert Buckland
    Olivier Berten, Tomás Lajtkep
    Pieter Stas, Lionel Meunier (artistic direction)

  • IMPALA de MARIE-THÉRÈSE CARLIER

    impala.jpgSur le fil du temps

    Marie-Thérèse Carlier a écrit trente poèmes qui, à l’instar des pique-bœufs se nourrissant des parasites vivant dans le pelage de l’impala, cette antilope africaine, allègent l’humain de ce qui contamine l’existence mais lui donne aussi son prix : souffrances et affres dues au temps qui passe, injustices, solitude et indifférence…

    La poétesse dit la conscience de vivre en équilibre sur le fil du temps, à la pointe du présent, entre un passé qui se languit et un horizon inatteignable. Et souffre de se sentir inapte à broyer les malheurs.

    Dans Sur terre…, elle dresse un parallèle juste et touchant entre le petit et l’aïeu, tous deux aux extrémités du chemin de la vie.

    Elle aspire à une sorte de conversion du plomb en or, à la victoire sur les tous les maux, au triomphe du bien sur les faiblesses.

    Comment transcender le mal en substance divine ?

    Comme l'impala, elle est toujours sur le qui-vive, volontiers proie mais prête au combat pour défendre son droit à l'existence. carliermttete.jpg

    Les poèmes témoignent de tout ce qui altère la joie de vivre, en des vers austères comme en phrases légères, en des chants parfois désespérés (je suis ramasseuse de larmes), en des odes à l’espérance, à l’imaginaire et au don de soi (je veux donner/ je veux aimer..), pour le plaisir propre (dans l’amour physique) ou pour venir en aide à autrui.

    Mais dans ce monde aliéné, il existe des poches de résistance, des lieux de résilience qui nous conduisent à poursuivre l’aventure. Marie-Thérèse Carlier dit bien le caractère duel du sang, cellules rouges de la vie, mais signe aussi, quand il s’écoule du corps, d’une fin prochaine.

    Le sang coule en nous, hors de nous,

    Invalidant sa propre résilience.

    Et elle ne manque pas de rappeler que le don de sang est don de vie.

    La panne d’écriture, le défaut d’inspiration sont assimilés à une impuissance à vivre tant l’écriture a pris de l’importance pour elle qui dit, à l’instar d’un Pierre Michon, que la muse commande, que le roi  vient quand il veut… Dans  le poème intitulé Renaissance elle lance : Ah ! Ma muse, où étais-tu ? Et cherche à définir sa nature : mage entre deux mondes, le réel et l’imaginaireCar les mots sont voués à apaiser les maux comme les meurtrissures de son âme… Car la poésie est à la fois une science et une passion.

    En somme, voici un recueil délivrant un diagnostic amer sur l'état de l’humanité et qui donne à parts égales des raisons de désespérer comme de croire mais qui surtout procure, si on sait les percevoir et en faire bon usage, des remèdes pour supporter les maux, une médication peut-être plus forte que le mal, plus passionnante et vivace aussi.

    Éric Allard

    Le livre sur le site de Chloé des Lys

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: Dernières feuilles d'automne

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Pour clore la rentrée littéraire 2016, j’ai lu trois recueils : un recueil de poésie de Bernard Bretonnière, un recueil de textes courts de Jacques Morin et un recueil de nouvelles de Thierry Radière. Un programme qui ressemble à un « mélange », un programme qui avait beaucoup de saveur, je suis un adepte de l’alternance des genres pour ne pas saturer mes neurones. Les deux premiers ouvrages ont été édités par Les carnets du dessert de lune de Jean-Louis Massot et le dernier est édité aux éditions Tarmac de Jean-Claude Goiri. Une surprise pour moi, j’ignorais que Jacques Morin partageait son temps entre l’édition et l’écriture et que Thierry Radière avait édité chez lui. Les auteurs et éditeurs de talent finissent toujours par se rencontrer.

    Les lectures d’automne sont terminées mais la pile des livres pour la nouvelle année est déjà ébauchée avec deux livres de Le Dilettante et un de Chloé des Lys. Et, d’autres lectures sont déjà projetées… 2017 sera certainement encore riche en lectures et commentaires.

     

    s189964094775898902_p818_i1_w792.jpegBernard BRETONNIÈRE

    DATÉS DU JOUR DE PONTE

    Les Carnets du dessert de lune

    Pour parodier la chanson, «Il est libre Max », on pourrait dire que dans la poésie « il est libre Bernard », il use et abuse même de cette liberté jusqu’à répéter les mots qu’il aime comme s’il suçait des bonbons par poignées. Il écrit des vers aussi libres que son jugement vis-à-vis de ses contemporains et en premier lieu de ceux qui se disent poètes sans l’être vraiment, il leur préfère clairement ceux qui le sont sans jamais s’en vanter.

    « Rares les femmes

    qui seraient un remède à l’amour.

    Nombreuses les lectures remèdes à la poésie ».

    « Ceux-là qui sont poètes ès attitudes ès attributs

    ne veulent pas ce que je veux ».

    Dans ce recueil, Bernard Bretonnière a rassemblé une cinquantaine de poèmes (à vue de nez) tous datés du jour de la ponte par le poète lui-même, mais si le jour et le mois sont bien précisés, l’année, elle, ne l’est pas, il est donc préférable, pour dater ces textes, de se référer à l’âge de Pauline, la fille chérie du poète, la petite dernière, qui n’a que quelques mois au début du recueil pour atteindre au moins huit ans à la fin. Ainsi dûment datés, comme les œufs de l’élevage de mon village natal, les poèmes de Bretonnière pourraient constituer, selon le préfacier, Jean Pierre Verheggen, une sorte de journal intime ou peut-être, selon moi, une éphéméride à la mode du poète. Un journal ou une éphéméride qui évoque très largement la famille, le lignage, le père, le fils, la fille, l’épouse, Reine, la difficulté d’être le fils de ou le père de…

    « Fils ignorant honteuxBretonniere.png

    qui en sait tellement moins que son père »

    Et quand on parle de filiation, on ne peut évidemment pas cacher le temps qui s’écoule inexorablement comme le dit le poète avec beaucoup d’élégance :

    « Ce soir nous sommes réunis

    Guiseppe…

    peu importent les identités particulières mais je comprends

    brutalement ce soir

    que nous allons devenir

    bientôt

    de vieux messieurs j’en suis abasourdi. »

    Ceux qui n’apprécient que la poésie classique trouveront peut-être que Bernard Bretonnière s’autorise une bien large portion de liberté mais tous les autres se régaleront, goûtant notamment les belles répétitions assonantes glissées par le poètes dans ces textes :

    « Ce type donc

    moi

    et d’être là

    celui-là

    cet étrange étranger

    rendu là … à ce point là … »

    « Rue de Sèze Hôtel de Sèze chambre seize

    ça ne s’invente pas ».

    Il est libre Bernard, il prend la vie à bras le corps, il jette les mots pour le dire à pleine voix et à répétition, entouré de ceux qu’il aime et qui l’aiment, sa famille, ses amis, sans jamais oublier tous ceux qui l’ont ravi avec leurs mots, écrivains incontournables ou auteurs talentueux mais insuffisamment reconnus, tous amis des lettres, des mots et des vers.

    Le livre sur le site des Carnets du Dessert de Lune

     

    s189964094775898902_p816_i1_w1181.jpegJacques MORIN

    CARNET D'UN REVUISTE DE POCHE

    Les Carnets du dessert de lune

    Jacques Morin, comme cela lui arrive parfois, est passé de l’autre côté de la page, son nom n’est caché ni au début ni à la fin de ce tout petit recueil, il figure en gros caractères à la une, à la place habituellement réservée aux auteurs, tout cela est parfaitement normal puisque c’est bien lui qui a écrit les textes qui figurent dans ce recueil. Une façon de dire qu’il sait lui aussi écrire des textes de qualité, qu’il n’est pas seulement un intermédiaire entre les auteurs et les lecteurs, qu’il est lui aussi un écrivain au sens le plus plein du terme.

    Et si Morin prend la plume ce n’est pas seulement pour dire que le métier de revuiste est un métier ingrat, aussi méconnu que le terme qui le désigne, un métier exigeant, à chaque numéro l’aventure recommence avec les mêmes incertitudes et les mêmes contraintes calendaires, un métier de passionné qui digère des piles de livres, de recueils, de revues, un métier de kamikaze qui risque à chaque numéro de se faire incendier par des lecteurs ne partageant pas ses avis, par des auteurs s’estimant trop peu soutenus, par d’autres auteurs non retenus pour la publication, blessés au plus profond de l’ego qui leur sert souvent de talent. Non, je ne crois pas que c’est pour se plaindre que Morin a écrit ce petit recueil, je crois que c’est pour allumer un signal d’alarme, pour informer la communauté des auteurs que la revue, la sienne, l’excellente publication « Décharge » qui déniche les meilleurs poètes, pourrait un jour disparaître avec lui. « Il se demande comment elle fera sans son dévouement exclusif ». Ca ressemble à un appel à l’aide, un hameçon lancé pour pêcher celui qui aura la même passion que lui et qui fera vivre encore la revue et ceux qui y publient leurs œuvres.

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    On pourrait croire que Morin est peu désabusé, insuffisamment reconnu, un peu aigri de ne pas avoir, comme un éditeur courtisé, son « écurie » d’écrivains. Non, je crois que Morin est seulement un passionné de lecture, « Lire et parler d’un recueil lui donne grande satisfaction », un passionné qui entre dans l’intimité des auteurs après avoir lu seulement quelques lignes de leur plume. C’est un jouisseur qui voudrait partager sa passion, comme je le fais moi-même en lisant ses lignes et en laissant ces quelques mots sur leur auteur. Je ne voudrais tenter aucune comparaison, je ne suis pas à la hauteur, je voudrais seulement dire que je connais le frisson de l’amoureux des livres qui découvre encore un livre de plus dans sa boîte aux lettres, un livre de plus à mettre en haut de la pile déjà chancelante, un livre de plus à glisser dans un petit trou du programme de lecture, un livre à lire dans le train, dans la salle d‘attente chez le médecin, dans un bar, … partout où il est possible de grappiller un peu de temps.

    Que Jacques Morin se rassure, le revuiste est un maillon essentiel de la chaîne du livre, c’est un naisseur, c’est très souvent lui qui, le tout premier, voit l’auteur inconnu avec son petit poème, son petit texte, l’auteur qui un jour sera célèbre. Combien de grands écrivains ont commencé par livrer leurs premiers essais à un journal ou une revue ? Tous ou presque ! Un jour Thierry Radière m’a dit que j’étais un passeur de textes, j’aimerais bien, les vrais passeurs de textes sont les revuistes comme Jacques Morin qui, à chaque publication, remettent sur le métier de nouveaux textes révélant de nouveaux auteurs.

    Le livre sur les site des Carnets du Dessert de Lune

     

    b0188f_882e9364f3934ad189c3c622807c4118~mv2_d_1447_2552_s_2.webpThierry RADIÈRE

    À UN MOMENT DONNÉ

    Editions Tarmac 

    Un nouveau Radière, arrivé quelques jours après le Beaujolais nouveau, c’est toujours une aventure. Ces derniers mois, il y a déjà eu un « texte qui pourrait être le roman d’un professeur oubliant son aigreur professionnelle dans un amour un peu tardif, un essai sur le temps qui fuit, sur la mémoire et ce qu’elle représente et aussi un cours de lettre sur la compréhension et l’interprétation des beaux textes », un « tout petit recueil de textes très courts ! Des images, des souvenirs qui se précipitent, des souvenirs des parents qui vieillissent, blanchissent, se tassent et finissent par abandonner sur terre les restes de leur corps usé. Une bouffée de souvenirs odorants… » et un recueil de « poèmes de résilience, poèmes d’espoir, poèmes d’amour, poèmes pour oublier ». Pour cette énumération, sans vergogne aucune, je me suis cité moi-même en relisant mes derniers commentaires concernant les publications de Thierry Radière. C’est un peu prétentieux mais ça permet de ne pas s’emmêler les doigts sur le clavier de ce commentaire du dernier Radière, récemment publié, que je viens de refermer.

    Cette fois le poète, essayiste, romancier a choisi la plume du nouvelliste pour livrer un recueil de six nouvelles qui racontent toutes un moment de la vie où tout peut basculer, où le pire peut-être envisager, où l’esprit et l’imagination fonctionnent à très haute fréquence pour chercher dans le passé ce qui pourrait permettre de comprendre ce qui est en train d’arriver et ce qui en découlera de façon peut-être inexorable, définitive, où tout ce que l’on redoute depuis la première angoisse est en train d’arriver, de vous arriver. Qui n’a pas été saisi d’une panique irraisonnée en constatant qu’il a perdu ses enfants de vue et qu’il ne parvient pas à les situer ? Nous tous lecteurs avons connu cet instant où l’imagination en quelques fractions de secondes construit une multitude de scénarii tous pires les uns que les autres.images?q=tbn:ANd9GcQAV6wPsfgfpnTs5zf9LnmeZ0mDFwqMTWusjeV3l84j11E6bTzuXA

    Le cycliste qui déboule d’on ne sait où et se retrouve brusquement sur le capot de votre voiture sans que vous n’ayez rien vu ni compris, l’accident tant redouté est brutalement arrivé, le cycliste est mort, le chauffeur devient chauffard, tout un monde s’écroule… mais peut-être que le cycliste n’est pas mort …

    Les enfants qui, malgré l’interdiction parentale, s’aventure trop loin de la plage, la sœur qui ne peut pas revenir vers la rive, le frère qui se sent coupable jusqu’au plus profond de lui et qui fait l’autruche, tétanisé par une panique paralysante…

    L’enfant qui ne comprend pas ce qui arrive, qui regarde en l’air et qui brusquement se retrouve au fond du trou où il pourrait disparaître à jamais…

    L’enfant qui n’a pas le droit de regarder la télé mais qui comprend bien le film que ses parents regardent en entendant la bande son et en construisant le reste avec son imagination, puisant au plus profond de ses souvenirs pour essayer de construire ce passage qui le conduira de sa prime enfance à son statut d’adulte en devenir.

    La maman qui ne peut pas dire le nom de la boisson qu’elle préfère, le premier trou de mémoire, l’affolement en pensant au premier signe, au tout premier symptôme d’une maladie tellement redoutée.

    Le narrateur et l’adolescent coincés dans un ascenseur en panne qui paniquent chacun à leur façon, envisageant le pire et essayant de l’oublier.

    Six situations que Thierry Radière analyse finement, six situations où tout change, peut changer, pourrait changer, six instants potentiellement définitifs, six instants qui compteront à jamais dans la personnalité de ceux qui les vivent, dans cette personnalité qui se construira ainsi jusqu’à ce que, « à un moment donné » l’événement définitif se produise réellement pour mettre un terme à ce qui fut leur existence, leur vie. Le nouvelliste a utilisé les armes de l’essayiste pour essayer de comprendre ses instants décisifs qui condensent l’essentiel d’une vie ou, peut-être, que l’essayiste a déguisé son propos sous forme de nouvelles plus accessibles aux lecteurs qui ont tous vécu l’une ou l’autre, au moins, de ces situations. Je ne sais, à chacun sa lecture !

    Pour moi, ce recueil s’insère parfaitement dans ce qu’écrit Thierry Radière, depuis un certain temps au moins, depuis qu'il a écrit qu’« à la fin », « à un moment donné », « il faudra bien du temps », il faudra bien prendre un bout de temps, « quand on a(ura) compris que l’existence allait être un combat à mener seul contre le monde », pour comprendre ce qu’est la vie, comment elle se construit et comment elle s’achève.

    Le livre sur le site des Éditions Tarmac

  • LES REVERS DE DANCOT

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

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    Comme il y a du linge de corps, il y a des poèmes de corps, pleins de peaux, de sens, de caresses, d'aveux physiques. Le grand garçon, avec un cœur gros comme ça, n'en finit plus de faire bouillir sa cuve à poèmes, sous son crâne chauve.

    Voilà donc des textes où "ta peau à l'éphémère", où "tes lèvres", "rien que les ombres tuméfiées de l'enfance", "des larmes allaitées des tristesses de l'enfance" brillent, sans une once de cérébralité, mais gorgées à plein de sensualité jamais voyeuse, qui tremble dans les mots d'un vrai poète, qui ne sait pas "comment vivre en hiver", fragile au bout de ses longues jambes, qui ne sait guère "essuyer tes larmes".dancotpierre.jpg

    J'aime beaucoup ces poèmes "d'une infinie tendresse", de "peaux tendres", et ces "cendres un peu froides sur le bout de tes doigts".

    L'ami sait dire qui "se réveillent d'un amour usé", "qui se donnent en silence".

    La langue, ici, calque au plus près les mouvements des corps, des cœurs, des sens, "sur les bords de la nuit", puisque "Ecrire est un baiser infini sur notre ignorance".

    Ce sixième livre ne répète pas les autres, mais enfile des évidences, celles qu'on porte sans gants, sur sa peau, à caresser l'absence ou la présence de l'autre.

    Qui reconnaît sans gêne sans honte ses faiblesses l'écrit avec une timidité d'ado qui se cherche, tout entier dans la beauté des gestes qu'il n'a pas encore blessés d'habitude et de lourdeur.

    Un beau livre, frémissant, nu comme un corps désiré près de soi.

    Pierre Dancot, Les revers de la nuit, Éléments de langage, 2016, 48p., 12€. Beaux dessins couleurs de Florence Mathieu

    Le livre sur le site de l'éditeur

  • TAKE FIVE (II)

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    XI


    Chaque nuit je cherche

    le lait de l’enfance

    Tous les seins sont bons

    pour assouvir ma quête

    de lumière

     

     

    XII

     

    J’ai ta langue d'abeille

    dans l'oreille

    des bruits de bris d’élytres et de miel

    quand je broie de plaisir

    tes baisers

     

     

    XIII

     

    J’aime ta figure

    de figue fraîche

    dans l’olive de ton regard

    et tes yeux en amande

    que je mange pour voir

     

      

    XIV


    La nature pesait alors son poids

    d'oiseaux et de prairies

    Je soulevais des montagnes

    pour cueillir une lueur

    sur le fil de l’aube

     

     

    XV

     

    Le cœur rasé de près

    je sens les veines noyer

    le peu de sens qu’il me reste

    pour mener mon chemin

    à l’orée de tes jours

     

      

    XVI


    Sur le dos d’une tortue

    je fais le voyage de la lenteur

    qui de va de ma naissance

    à ma mort

    à la vitesse de l’éclair

     

     

    XVII

     

    Dans ma valise

    j’ai mis le voyage

    avec le train, l’avion et la marche à pied

    Puis j’ai choisi l’étoile

    qui me perdra

     

     

    XVIII

     

    J’ai bu ton sang

    dans un pot en grès

    Il n’était pas si bon

    sa robe n’était pas si belle

    que dans un verre à pied

     

     

    XIX

     

    À la déchirure de tes lèvres

    sous mes baisers-rasoirs

    j’ai compris que ton cœur

    ne résisterait pas

    à la force de mes sentiments

     

      

    XX

     

    Miroir où bouillent

    les apparences

    Le lait de ton reflet

    déborde sur ton teint

    L’œil à la coque coule 

      

     

    Lire Take Five I 

    à suivre

  • QUELQUES TEXTES de PAUL COLINET

    AVT2_Colinet_1248.jpegPAUL COLINET

    Paul Colinet est né le 2 mai 1898 à Arquennes et est mort à Forest le 23 décembre 1957.

    Ami des Magritte, Scutenaire, Mesens ou Dotremont, il décrivait ses œuvres comme comme un "petit catalogue buissonnier de secrets plaisirs".

    Paul Willems, son neveu, auquel Colinet lui enverra au Congo dès novembre 49 quand Willems une revue manuscrite avec de nombreux dessins et intitulée Vendredi qui comportera 100 numéros rassemble ses écrits dans 4 volumes édités chez Lebeer Hossmann en 1989. Pour la petite histoire, Colinet a entretenu une liaison avec Georgette Magritte qui aura pour conséquence un refroidissement des relations entre les deux amis.

    Voici comment son ami Louis Scutenaire le présente dans la préface qu'il a consacrée à ses Oeuvres " ...30 années durant Paul Colinet a poursuivi dans l'obscur une entreprise poétique dont la témérité n'a été approchée que par Lao-Tseu. Par lui, le langage éclate, renaît, à la fois bonheur, violence et révélation, écrasement du langage méthode-outil, du langage déjà exsangue mais déjà mortifère. D'une sûreté incomparable, l'oeuvre de Colinet par son humour, abolit les plus étonnantes réussites du genre. Si nous sommes joyeux de son ludisme, nous savons que son nom est virulence tendre. Né en 1898 sous le signe du taureau dans le village picard d'Arquennes, de parents vivant des carrières de pierre, Paul Colinet perdit son père très jeune, dut quitter l'école pour gagner son pain pendant qu'il étudiait la comptabilité, ce qui le conduisit à devenir le plus expert des fonctionnaires de l'administration d'un faubourg de Bruxelles. Ce n'est pas là le moindre étonnement ressenti en face de ce personnage étrange qui à la fois résolvait les difficultés bureaucratiques les plus abstruses et "écoutait aux poutres"! Il est mort en 1957. "

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    Paul Colinet et Louis Scutenaire 

     

    Les textes ci-dessous sont extraits du volume comprenant les Choses vraies et des Textes divers.

     

    LA MAGIE NOIRE

    Les couleurs montantes du désir triompheront-elles de ce petit cercle fascinant qui commande encore aux noires étreintes de la lumière ?

     

    LA PERSPECTIVE AMOUREUSE

    Ici, tout est conformé à l’impatience du regard : une brèche à la mesure du cœur rapide, une feuille à la mesure du présent.

     

    LE POÈTE

    Il se mettait fermement en-tête de dire l’impossible. C’est ainsi qu’il lui arrivait parfois de dire quelque chose.

     

    LA PARABOLE

    La maison blanche est toute noire. La maison noire est toute blanche. Elles habitent la même fable. Elles ont le génie de se ressembler.

    Leur nom est patience. Elles méditent leur paysage. Elles s’ouvrent en se fermant.
    Elles sont parées d’elles-mêmes. Elles vivent l’une dans l’autre. Elles retiennent de fortes étoiles. Elles ne se déplacent jamais.

     

    AVIS
    Le violoncelliste-amateur Adhémar Duranty fera éclater son instrument en public dimanche prochain, 1er courant, au Salon des Vrais Amis, Place Emile Vandervelde.

    Gonflage de l’appareil à 8 heures.
    L’éclatement est prévu pour 8h30.
    Les débris de l’instrument seront distribués gratuitement à l’assistance.

    Tous les amateurs de belle musique sont invités à assister à la séance.
    Place pour tous ! Qu’on se le dise.

     

    ANTONINE, LA PLUS-QUE-LENTE

    Taisons surtout, taisons encore un peu, pour toute la vie, le nom d’Antonine, celle qui n’est reconnue qu’à demi, la trop incomplète petite Antonine, si immensément agrandie par les fastes de sa lenteur.

     

    LA POINTURE EXACTE

    Pour trouver chaussure à son pied, un gandin avisé achète le Manuel du Parfait Serrurier.

    Muni d’un trousseau de clés, il inspecte toutes les espèces de serrures, sauf celles qui n’en valent pas le pène.

    Pour les fausses serrures, il utilise l’index de la main.

    Pour les serrures sèches, il se sert d’un arrosoir de poche.

    Voici l’itinéraire : la serrure élue donne le chausse-pied, le chausse-pied, l’onguent, l’onguent, le baril, le baril, l’enfant.

     

    DERNIERE MINUTE

    Le président honoraire de la Société Chorale des Faux Jetons de Flémalle-Haute vient d’envoyer à l’Académie Culinaire de Namur un mémoire fournissant une explication du phénomène observé sur la plaine des manœuvres de Stettin, à savoir le non-dépassement de quoi que ce soit au-delà du niveau de la table rase. Ce phénomène viendrait, selon le correspondant, du fait que la tour édifiée au milieu de la plaine de manœuvre est souterraine.

     

    LE DÉSIR D’Y ALLER

    Il désirait y aller. Il le désirait copieusement. Il le désirait d’une manière continue et parfois même légèrement intermittente. Il désirait vraiment y aller. C’était un désir comme un autre, ni plus ni moins, mais c’était un réel désir. Il désirait y aller et il ne désirait ne pas y aller. Il resta cloué net sur place par son violent désir. Quel désir ? demandera-t-on. Réponse : l’important et l’irremplaçable, sans plus, désir d’y aller.

     

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    Paul Colinet par Magritte

     

    LA POUPÉE

    Il y a des petits oiseaux de chatouilles dans le jeu de billes de son ventre.
    Il y a des bouquets de petits chats dans ses jolis yeux.

    Elle tient dans ses mains des murmures, des rubans, des anneaux, des myosotis.

     

    NOUVELLES

    Qu’il y avait une panthère de pluie dans les blés.
    Qu’il y avait dans le boîtier la boucle noire d’une Elvire.

    Qu’avec des cailloux l’avare rembourrait son canapé.

    Qu’une main mendiante mouillait son petit navire.



    PORC HERMAPHRODITE

    Animal utilisé dans les miroiteries pour le nettoyage à la Rubens des glaces de siège embuées.
    L’œuf du porc hermaphrodite contient un petit miroir rond très recherché pour l’étude des phases de la lune.

    LE SOLEIL LA NUIT

    Sous une maison de soleil

    où l’on entre par la fenêtre

    une servante aux yeux vermeils

    en chantant adore son maître

     

    Ses yeux éclairent son miroir

    cajolé d’ailes qui sont fées

    et qui font tourner sans les voir

    des moulins de blonde fumée.

     

    Et le maître est l’or du sommeil

    et la servante c’est la Reine

    mariés du miroir et pareils

    aux images de haute laine.

     

    ÉTROIT
    Ici, le moisi, la chouette,

    l’angle, l’opaque, les dents,

    l’album à coquillages,

    le biseau, la rouille, le sel…

     

    Ici, le mur, le destin,

    le poing, la cadence lente,

    le tapis rongé par les mites,

    la pourpre, l’iode, les os…

     

    Ici, l’hiver fendu qui saigne,

    le cellier amer, le broc froid,

    l’acide, le dur, le sec, le peigne,

    l’estragon et l’envie.

     

    BAISERS DANS LE COU

    Kiokk pou kioo pou

    Amm fiouré dyoli dyoutchel

    Kiokk pou kokkiokk / piopou

    Ammiou souffiour édyioli djèl / aïlou…

     

    Kiokk pou

    Kiokk poukakinn ammabaïon

    Kiokk a dje stoûr a dje stoûr

    A djè stoûr a djok vioukou-oû

     

    Tchoukiokk a kiokkk

    Tchoukiokk a kiokk

    Ioum fiarfinnail a ioum a ioû

    Tchoup kiokokk

    Tchioup klokla kiokk

    Kiokk poû !

    Fiarfinn Fiarfinn Fiarfinnailloû…

     

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    Scutenaire et Colinet en 1950

     

    LA CHANSON DU PETIT CROCODILE À VAPEUR

    Sucre-toi

    wa-wa-wa

    sucre-toi la p’tite gaufrette

     

    Sucre-toi

    wa-wa-wa

    sucre-toi sur tous les toits

     

    L’HOMME

    L’homme à table était assis.

    L’homme à table était à pied.
    L’homme à pied était en voiture.
    L’homme en voiture était dans son lit.
    L’homme dans son lit était au loin.
    L’homme au loin était debout.
    L’homme debout était à genoux.
    L’homme à genoux était présent.
    L’homme présent était disparu.
    L’homme disparu était vivant.

     

    Moulin à café musical

    La partition se compose de 50 à 60 grains de café (pour la bonne cause) (une grande mesure).
    L’exécutante ne met pas le moulin entre les jambes, vu l’emplacement de la manivelle. Elle le pose en amazone sur ses genoux. Dès qu’elle tourne, la partition descend, moulue, à l’intérieur de l’instrument.
    Sur l’air joué par le moulin, l’exécutante,-si elle a plus de 80 ans, c’est-à-dire si elle est venue nous tenir compagnie avant la guerre franco-allemande de 1870, - chante ce refrain à la fois triste et encourageant :

    « Tourner ma viole

    Ma viole c’est mon gagne-pain

    Si je n’avais pas ma viole

    Je d’vrais mourir de faim « 

     

    *

     

    Ces miroirs savants qui feignent d’oublier les blessures astucieuses de leurs angles. Leur mémoire émane en ronds enchantés.

    Il faudra encore beaucoup de lignes amoureuses, de couleurs secrètes, d’objets endormis dans leurs ombres avant que la peinture ne devienne invisible comme la parole.
    Ici, les portes sont ténues et tremblantes qui s’ouvrent sur les régions sans âge du fond des yeux.

    Et voici qu’animant ces courbes et ces songes, éclairant ces nuits faites de regards, de l’autre côté des tableaux, c’est note voix, la plus lointaine, qui nous appelle.

     

     

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  • MAUX D'AUTEURS D'AUTOMNE

    faire-s%C3%A9cher-des-feuilles-dans-un-livre-01.jpgBonnes feuilles de septembre, lettres mortes de décembre.

     

     

    Cet auteur qui écrit sans sous-texte crashe tous ses livres.

     

     

    Je connais un grand écrivain humaniste qui n’a jamais mis les bras dans une embrassade.

     

     

    Les auteurs sans profondeur se tournent volontiers vers le fiel.

     

     

    J’aime retourner la plume des poétesses pour écrire sur leur peau des poèmes de caresse éphémère. 

     

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    Toutes les poétesses en dessous rose n’écrivent pas pour la Bibliothèque verte. (non à l’amalgame)

     

     

    De commun accord, cet écrivain et son éditeur se donnèrent la mort en même temps, d’une manière que le bon sens nous interdit de relater ici, quand ils apprirent que les subsides à l’écriture et à la publication leur étaient supprimés, les bourses à l’écriture suspendues et les résidences d’auteur à l’étranger ramenées à dix kilomètres de leur domicile dans un camping pourrave du Fonds des Lettres.

     

     

    Mon éditeur aime me caresser la main quand j'écris. Cela ne me dérange pas car j'écris mes livres avec les pieds.

     

     

    L’amour d’un éditeur pour un de ses auteurs a-t-il des limites de tirage ?

     

     

    Le pataphysicien est au physicien ce qu’est le rêveur à l’astronome.

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    Tous les critiques d’opéra n’écrivent pas des livrets d’opérette. (non  l’amalgame

     

     

    Je ne parviens pas à terminer mes phrases… Je ne deviendrai jamais un auteur d’aphorismes accompli.

     

     

    Sur la place de la sémiologie, on roule dans tous les sens.

     

     

    Il faut repasser les textes au fer du dire pour lisser la ponctuation.

     

     

    Tous les romanciers de gare ne méprisent pas les poètes du ballast. (non à l’amalgame)

     

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    Lors des J.O. littéraires de la page de Cabourg, ce grand lecteur de Proust a battu son record du 110 lignes points-virgules en moins de 10 secondes.

     

     

    Cet auteur en miettes raconte dans une accumulation d’opuscules en tout genre son incroyable dispersion littéraire.

     

     

    Chantre de l’autocritique, cet auteur a écrit sur ses livres ses plus beaux livres.

     

     

    Au jeu des métaphores, la poésie est une flambeuse.

     

     

    Cet auteur au sommet de la littérature jeunesse se voit déjà décerner le Nobel des lycéens.

     

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    Les muses ont bien changé ; elles ne courent plus les mues.

     

     

    Le crash-texte mesure la résistance des écrits aux accidents littéraires.

     

     

    - Un lieu d’écriture privilégié, un endroit qui vous inspire ?

    - La salle de bain de mon éditrice.

     

     

    Pour couper court aux rumeurs de prose proustienne qui courait à propos de ses premiers textes, Céline n'hésita pas à frapper du point sur la phrase...

     

     

    Il faut toujours tenir ses proverbes.

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    Les écrivains qui ont toujours un livre sur le feu ont-ils une muse si ardente ?

     

     

    À près de soixante ans balais, cet écrivain ne peut pas s’endormir avant que sa vieille maman ne lui ait lu quelques pages d’un de ses propres livres.

     

     

    De la muse ivre avant toute couperose.

     

     

    Ecrire, c’est donner aux autres des raisons de croire en l’écriture.

     

     

    Quand il eut achevé d'écrire, il se planta la plume dans le crâne. 

     

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    E.A.

    À suivre...

  • A FRÉQUENTER DES BOITEUX, ON FINIT PAR BOITER.... de LORENZO CECCHI

    À feu mon ami Maître Bernard Lessinnes, boiteux sublime

     

    Freddy n’avait aucune chance de s’en sortir. Un de ces quatre, un œil encadrerait son image derrière une croix et une balle le cueillerait. Quand ? Où ? Dans le parc Dunant pendant qu’il promènerait le chien ? Dans le parking du supermarché ? Ailleurs ? Freddy n’en savait fichtre rien. Après tout, peu lui importaient les modalités, il espérait seulement ne pas être flingué en présence d’Arthur, son gamin, ou de Lisa, sa femme. Tout ce que Freddy savait, c’est qu’il y aurait droit. Norman ne pardonnait pas. Norman ne pardonnait jamais. Il tenait la vie de Freddy entre ses mains. Le vrai pouvoir, c’est ça : disposer de l’autre corps et âme. Et Norman possédait ce pouvoir.

    Depuis un mois, chaque matin, il se levait après une nuit d’insomnie, convaincu qu’il avalait son dernier petit déjeuner. La peur le rendait taiseux et Lisa, le croyant surmené, était aux petits soins. Elle lui pressait des oranges et l’obligeait à ingurgiter une gélule, un complexe de vitamines et de minéraux. Ces attentions exaspéraient Freddy, mais il ne réagissait pas et se prêtait de bonne grâce à ces simagrées. C’était le moins qu’il pût faire : après tout, Lisa n’était-elle pas une veuve en sursis ? Si seulement il avait pu s’agir de surmenage… Putain, avec ses vitamines il serait bientôt un cadavre à la santé rayonnante ! Quel gâchis !

    Mais qu’est-ce qui lui avait pris ? Pourquoi avait-il détourné une partie des recettes ? Pourquoi, surtout, en avait-il prélevé une part plus importante que d’habitude, mettant ainsi la puce à l’oreille de Norman ? La colombienne avait légèrement augmenté, mais à quantité d’achat égale, depuis un petit temps, le crédit des comptes au Panama, non seulement n’avait pas suivi en proportion, mais avait sensiblement diminué. Or, dans ce business-là, pas question de soldes. D’accord, la crise sévissait. Elle n’épargnait personne, les camés non plus a fortiori. Mais, même si la clientèle réduisait sa consommation de blanche et se rabattait sur des ersatz moins chers (des molécules de synthèse bidouillées dans des labos clandestins de plus en plus nombreux), la baisse des rentrées ne se chiffrait quand même pas à trente pour cent.

    Quel con il avait été ! Restituer le blé ? Pour ça, pas de problème : il n’avait rien dépensé, son train de vie n’avait pas changé d’un poil. Les sacs hermétiques planqués dans la citerne contenaient tout le pognon qu’il avait chouravé au passage, d’abord petit à petit, ensuite, récemment, en plus grosse quantité, négligeant toute prudence. Mais, même s’il récupérait son fric, Norman, pour préserver son autorité, devait sévir, il n’avait pas le choix.

    Il avait convoqué Freddy. Il l’avait reçu dans la cuisine. Quand Norman recevait dans la cuisine, c’est que l’affaire était grave. Freddy en était conscient. Derrière lui, Arsène le maintenait aux épaules. Freddy n’avait pas moufté. Inutile. L’ouvrir n’aurait fait qu’attiser la colère de Norman : il était découvert, pris la main dans le sac, point. Il avait dit « bonjour » d’une voix tremblotante, c’est tout. Norman touillait dans une casserole et lui tournait le dos.

    — Ça manque de sel, commenta-t-il en réponse au salut et en suçant son index imbibé de sauce. Le sel de l’Himalaya que tu m’as offert pour mon anniversaire sale moins que le sel de mer. T’es d’accord ?

    — Hé bien…

    — Ta gueule, Freddy, je n’ai pas fini ! T’as remarqué qu’il y a une date de péremption sur le flacon ? Une date de péremption sur du sel qu’a au moins un milliard d’années ! Savent pas quoi inventer… C’est y pas dingue ça, Freddy, une date de péremption sur un flacon d’sel, hein Freddy ?!

    — Heu…

    — Ta gueule, putain ! Je ne le répéterai plus. Ferme ta grande gueule !

    — …

    — Toi, par contre, tu t’es salé. Et bien salé, mon cochon ! T’as deux jours à partir de dorénavant pour me rendre mon fric. Fais gaffe que rien ne manque. Rien, pas un foutu billet. Tu connais le montant, c’est toi l’boulier. Maintenant, fous le camp ! Arsène, reconduis monsieur le comptable de mes deux. Enlève-le de ma vue. Dehors bordel ! Y va m’gâcher mon dîner.

    Freddy avait explosé en sanglots dans l’ascenseur qui le ramenait au rez-de-chaussée. Arsène n’avait pipé mot. Ils étaient pourtant de vieilles connaissances. La sentence, sans être vraiment explicite (pas besoin), avait été prononcée. Elle était sans appel. Arsène le savait. Freddy aussi. Il se savait perdu, effacé, définitivement : aucune échappatoire possible. Dorénavant, il était en sursis, le compte à rebours était enclenché. Au sortir de l’ascenseur, un monte-charge plutôt, il s’écroula. Ses jambes ne le tenaient plus. Arsène n’esquissa pas le moindre geste pour lui venir en aide. Du haut de son mètre nonante, il l’avait considéré un instant avec mépris puis avait hurlé, rageur :

    — Lève-toi, lopette, ou je te traîne dehors par les couilles !

     

    */*

     

    L’homme était épuisé. Il ne vivait plus. Il avait remboursé Norman et attendait la mort, recroquevillé dans sa maison. La mort, il en était venu à la souhaiter, me confia-t-il. L’attente était devenue insupportable. Il ne dormait plus du tout et la colite lui tordait le ventre sans relâche. Sa femme était partie, emmenant leur fils avec elle. Du reste, il avait tout fait pour qu’elle le quitte, pour sa sécurité et celle de l’enfant ; un poids en moins dans le lourd fardeau qu’il lui fallait porter. Il passait son temps sur le qui-vive à guetter l’arrivée de son exécuteur. Il ne sortait plus et se nourrissait de pizzas livrées par porteur. Jamais le même fournisseur, par précaution. Il n’en pouvait plus.

    Pendant des années Freddy avait payé mes honoraires, de la main à la main pour la plus grande partie. La clientèle de Norman me rapportait beaucoup. Je connaissais Freddy en comptable fringuant, toujours de bonne humeur et nous avions pris l’habitude, après chaque transaction, de partager un déjeuner ou un verre de bière au Charly’s, près de l’entrepôt qui abritait les activités légales de Norman & Co, import-export, pas loin de la Justice de Paix de Marchienne- au- Pont. Freddy n’était plus que l’ombre de lui-même. Disparu, l’homme avenant, à l’humour fin ; la peur le dévorait de l’intérieur et ses yeux vitreux et humides, posés fixement sur moi tandis qu’il parlait, faisaient penser à ceux d’un vieillard en fin de parcours. Que pouvais-je pour lui à la fin ? En quoi pourrais-je lui être utile ? Un ex- avocat d’affaires, dans ces cas-là, ne peut pas grand-chose, pour ne pas dire rien du tout.

    Pour le soulager quelque peu, je lui promis d’intercéder en sa faveur. J’irais trouver Norman. Mes paroles semblèrent le rassurer : il quitta mon cabinet en meilleure forme qu’il n’y était entré. Enfin, c’est ce qu’il me sembla : sa démarche me parut plus assurée et il avait repris des couleurs. Quand il avait refermé la porte du cabinet en suppliant : « Vous promettez, maître ? Je peux y compter ? Promis ? Promis ? », j’avais levé le pouce et avais déclaré un brin désinvolte :

    — Les choses ne sont jamais aussi graves qu’il y paraît, croyez-moi Freddy. Je m’en occupe, soyez tranquille, je m’en occupe.

    Je ne sais pourquoi, mais ma promesse, toute rhétorique au départ je l’avoue, lancée comme ça, sans intention véritable d’y donner suite, se mua, par une étrange alchimie intérieure, en résolution ferme.

    Petit à petit, après le départ de Freddy, l’idée de respecter ma parole s’était, comment dire ?, à mon corps défendant, insinuée en moi jusqu’à devenir obsédante. Malgré mes efforts, je ne pus m’en débarrasser et je me mis alors à gamberger. Je passai toute la soirée et la nuit ensuite à réfléchir à la façon d’entreprendre Norman pour l’infléchir en évitant qu’il prenne le mors aux dents et m’associe à Freddy pour un aller simple dans l’au-delà. Ma tête bouillonnait. Me mêler de l’affaire était pour le moins imprudent, je ne le savais que trop, mais c’était l’occasion, et l’idée m’enflammait, de plaider à nouveau une cause, comme dans mes jeunes années, comme au temps où j’exerçais le noble métier d’avocat, avant de m’occuper d’ingénierie financière, ma seule activité désormais.

    J’avais quitté le Barreau de Charleroi juste à temps pour éviter les foudres du Bâtonnier, intrigué par quelques-unes de mes interventions peu conformes à la stricte déontologie. Depuis belle lurette, je ne travaillais plus que pour des délinquants en col blanc ou carrément des malfrats. Norman était l’un d’eux et, de loin, le plus dangereux. J’étais passé maître (mot qui maintenant m’arrachait la bouche à peine évoqué) en montages savants pour blanchir le fruit des trafics. Le fric seul motivait mes actions et cela me satisfaisait amplement. Aucun état d’âme n’avait obscurci mon quotidien, avant ce jour-là, le jour où je reçus Freddy.

    À la vue du comptable défait, penaud, tellement pitoyable, quelque chose en moi s’était réveillé. Du tréfonds de mon être, le désir de porter secours au pauvre bougre s’était mis à grandir inexorablement. Intervenir était périlleux, mais pour me donner du courage, je ne cessais de me répéter que le jeu en valait la chandelle. N’était-ce pas là une dernière chance que m’offrait le destin de me racheter, de recouvrer ne serait-ce qu’un peu de ma dignité galvaudée au fil du temps, au gré des malversations auxquelles je m’étais si longtemps associé ? Le cynisme, qui m’avait protégé jusque-là comme une armure, se fissurait, craquait de partout. Une éclosion nouvelle, rédemptrice, se produisait en moi. J’en suffoquais d’exaltation. Grâce à Freddy je redeviendrais humain, innocent, comme avant, avant de côtoyer ces salauds.

    Aux petites heures du matin, au terme de ma réflexion, ma décision était prise, irrévocable : je braverais le danger en héros, je me confronterais à Norman. La fatwa sur le comptable, mon ami Freddy (oui, en toute sincérité, c’est en ami que je le voyais désormais), devait être levée et je m’y emploierais de toutes mes forces, advienne que pourra.

    Pendant deux jours j’écrivis ma plaidoirie. Je me mirais en pied devant un grand miroir et m’enregistrais afin de juger des effets produits tant par mes gestes que par mes intonations. Je travaillai et retravaillai mon discours en prenant bien soin qu’aucun mot, aucune phrase ne puisse être pris comme offensant ou interprété comme une menace. J’avais bien envisagé le chantage un moment, faire état d’hypothétiques connaissances compromettantes que le comptable déchu serait à même de produire devant les autorités judiciaires, mais j’abandonnai très vite l’option. Trop risqué, Norman pouvant s’avérer imprévisible ; les psychopathes le sont tous.

    Ma ligne de défense adopterait un mode conciliant, inutile de jouer les téméraires. Je considérai le fait que Norman n’avait pas encore fait exécuter Freddy. Bientôt quatre mois étaient passés et… rien. Et s’il lui pesait d’appliquer la sentence ? Et si mon intervention lui fournissait l’excuse d’y surseoir ou, mieux encore, de passer carrément l’éponge ? C’était possible. Mais, si tel était bien le cas, il faudrait toutefois ménager une sortie honorable à Norman pour sauver la face, qu’il ne soit pas soupçonné de faiblesse par le milieu. Oui, mais quelle sortie ? Je n’en avais aucune idée au moment d’entrer dans la cuisine et, bien que mécréant, je m’en remis à la Providence.

    Norman m’écouta. Au fil du temps, je m’étais pris d’amitié pour Freddy, expliquai-je et, le voir en si piètre posture m’avait convaincu d’intercéder en sa faveur. Les mots, répétés devant la glace, s’enchaînaient empreints d’émotion sincère. Je conclus comme suit :

    — Épargnez, mon ami, Monsieur Norman. Vous-même, je crois, aviez pour Freddy une certaine sympathie. Peut-être même, comme votre serviteur, éprouviez-vous pour lui de l’amitié. Il est vrai qu’il a trahi votre confiance et cela, entre amis, c’est inadmissible. Mais le dommage a été réparé, l’argent vous a été rendu. Évidemment, reste le préjudice moral, la trahison... Cela mérite-t-il la mort ? Ne peut-on trouver une autre solution, une punition plus… humaine ? Je vous en prie, faites preuve de clémence, Monsieur Norman. N’est-ce pas l’apanage des grands, des rois, des empereurs, de se montrer magnanimes ?

    Norman cessa de remuer dans la casserole. Il me fixa longuement puis, s’adressant à Arsène :

    — Merde ! Ça c’est un pote ! Tu ferais ça pour moi, Arsène ? Tu prendrais le risque, comme l’avocat, de te mouiller en venant à ma rescousse, sachant ce qu’il pourrait t’en coûter ?

    Puis, se retournant vers moi, il m’invita à m’approcher en agitant l’index et dit :

    — Eh ben, l’avocat, tu me coupes la chique ! L’amitié, y a que ça de vrai ! Sérieusement, là, tu me la coupes! Goûte ma sauce, l’avocat. Bonne, n’est-ce pas ?

    Sans un mot, j’acquiesçai en branlant du chef. Intérieurement, je bouillais, je tremblais. Je faillis m’évanouir dix fois, aux prises avec une incommensurable terreur. Miraculeusement, j’arrivai à me contrôler lorsque Norman reprit :

    — OK, tu m’as convaincu. Mais il faut payer. Tu le sais bien, c’est la règle. J’épargne Freddy et je t’épargne aussi. Mais faut payer… Arsène, va chercher Freddy. Oui, l’avocat, Freddy est à côté. Quand t’as pris rendez-vous, j’ai pris mes précautions, au cas où… Mais t’es fortiche, l’avocat… Deal : la vie sauve contre une balle dans le genou droit pour ton client et toi. Tu prends ?

     

    */*

     

    J’ai repris mes activités après une longue convalescence. Freddy et moi étions dans le même hôpital. Nous avons été très bien soignés. Norman y a veillé. Freddy a maintenant rejoint mon officine d’affaires et m’assiste pour les aspects comptables des dossiers. Nous nous rendons presque chaque jour au Charly’s pour déjeuner ou boire une bière. Nous boitons tous les deux… et de la même jambe évidemment. Quelque fois, quand on se dandine côte à côte, qu’on se balance à l’unisson, il nous arrive d’éclater de rire et je m’exclame : « Putain, mon Freddy, ce fut une belle plaidoirie, une putain de vraie belle plaidoirie ! »

     

    Cette nouvelle de Lorenzo CECCHI vient d'être publiée dans la toute nouvelle revue du Barreau de Charleroi, Le Juste Pli.

     


    couverture-contes-espagnols.jpg?fx=r_550_550LORENZO CECCHI
    vient de faire paraître CONTES ESPAGNOLS aux Cactus Inébranlable Éditions, 9 nouvelles illustrées par Jean-Marie Molle (dont certaines sont parues sur ce blog l'été dernier).

    En début d'année est sorti son roman UN VERGER SOUS LES ÉTOILES aux Éditions du CEP.

     

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: LES POÈTES AUSSI

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    La rentrée littéraire est close depuis quelques semaines maintenant, désormais il faut lire tous les livres empilés à côté du bureau sans oublier bien sûr les poètes qui ont été, eux aussi, très présents à l’occasion de cette rentrée. En ce qui me concerne, j’ai eu notamment l’occasion de lire les deux recueils ci-dessous à la suite l’un de l’autre et je conseille vivement à tous ceux qui veulent les lire, et même aux autres, de les aborder dans cet ordre. D’abord l’excellent recueil de Fabien Sanchez qui laisse sourdre une souffrance poignante mais sublime et ensuite le non moins intéressant recueil de Christophe Bregaint qu’on dirait désespéré, dévasté, par la souffrance d’un ami qui n’est certainement pas le précédent auteur mais sait-on jamais ? La magie des lettres relie parfois les êtres les plus éloignés.

     

    s189964094775898902_p819_i1_w1653.jpegFabien SANCHEZ

    DANS LE SPLEEN ET LA MÉMOIRE

    Les Carnets du dessert de lune

    Fabien, c’est terrifiant ! Je n’ai pas envie que tu peuples ta solitude en ayant l’enfant que tu jamais eu,

    « de l’enfant que tu n’as jamais eu

    de la petite fille à laquelle

    tu ne raconteras jamais d‘histoires

    de la solitude dans les jardins publics

    parmi les enfants des autres ».

    Je n’ai pas envie que tu oublies ton passé dans un avenir radieux, que tu noies ta nostalgie dans un présent petit bourgeois,

    « Cette manie de regarder en arrière

    dans le rétroviseur de l’âme

    carburer à la nostalgie

    le plein de super pour la marche arrière »

    Je voudrais que tu restes le chômeur désœuvré, sans avenir, qui n’arrive même plus à laisser filer son temps, je voudrais que tu restes le gamin bohème qui a parcouru trop tôt les chemins de la vie et épuisé trop vite les illusions qu’elle suggère,

    « j’avais dix-sept ans

    et mon cœur connaissait trop de chansons

    les lits des filles m’étaient inaccessibles

    je dormais sur le bitume ».

     

    Je voudrais que longtemps encore tu écrives des vers qui racontent l’histoire d’un père parti trop tôt et d’un fils jamais devenu père, des histoires écrites avec le jus de tes tripes, la bile amère de ton âme et l’encre de ton désespoir.

    « ah maudit gosse, et sale bonhomme

    moi chômeur longue durée,

    lui poète à ce qu’il parait

    tous deux traînent misères, traîne fumée ».

    Mais, même si tu es, comme tu le dis : « Je suis devenu celui qu’enfant je n’aurais pas vu », j’espère de tout mon cœur que « la possibilité du retour » que tu évoques dans ton « Intro », te permettra un jour d’écrire à l’imparfait avec le même talent, la même tristesse, le même désespoir des vers de la même intensité, portant une émotion aussi troublante, provoquant une compassion aussi vive. Et que tu trouves un chemin possible pour sortir ta vie du cul de sac dans lequel elle semble enfermée, sans jamais y laisser ton talent. J’espère aussi que l’œil d’Olivia HB sera encore sollicité pour apporter un supplément de vie à tes poèmes car ses photos participent à l’ambiance et à l’empathie que ce recueil dégage.

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    Fabien Sanchez, en compagnie de Roland Jaccard 

    Le livre sur le nouveau site des Carnets du Dessert de Lune

     

    s189964094775898902_p817_i1_w1653.jpegChristophe BREGAINT

    ENCORE UNE NUIT SANS RÊVE

    Les Carnets du dessert de lune

    « Une nuit sans rêve » c’est très décevant mais « encore une nuit sans rêve » c’est carrément désespérant et ce titre correspond très bien à l’atmosphère du recueil de poésie présenté par Christophe Bregaint. Christophe, c’est le préfacier du recueil de poésie de Fabien Sanchez que je viens de lire, un recueil qui dégage une souffrance et une douleur infinies. A coups de vers très courts, juste deux ou trois mots, Bregaint rythme ses poèmes qui expriment la fragilité, le désespoir et le désarroi d’une tierce personne qu’il semble accompagné sur le chemin de sa douleur, comme s’il scandait, sur la pédale de la grosse caisse de son groupe, un vieux rock and roll immortalisé par un de ces chanteurs mythiques qu’il doit, à mon avis, encore admirer. Le désespoir et le désarroi des Jimmy Morrison, Kurt Cobain, Freddie Mercury et autres rockeurs maudits planent sur ce recueil comme les corbeaux volent au-dessus des champs de bataille.

    Dès les premiers mots le recueil exprime la fragilité : « Un homme / A été // Jeté / Dehors// Hors/ De / Sa quiétude… ». Cet homme est un ami, ou peut-être l’auteur lui-même mais je ne le crois pas, il s’adresse à cet autre par le tu. « Tu as glissé / Le long de la paroi… ». « La ligne / De ta petite mort / S’est détraquée… ». « C’est arrivé / Tu t’es perdu… ». Ainsi les vers racontent le destin de celui qui s’est brisé, perdant progressivement tout espoir de redevenir ce qu’il a été. « Ton histoire / N’a pas toujours été / Ainsi // Sans issue… », « Tout est devenu / Tellement vulnérable… »ob_ec68f4_srt.jpg

    L’auteur se souvient, s’apitoie, se lamente, sait que plus rien ne sera comme avant, il pleure comme un vieux blues dans le lamento de Billie Holyday. Il n’a plus le courage de laisser croire à ce « tu » qu’il y a un espoir, seul reste le désarroi. « Ton désarroi / Est plus grand que / ton refuge… Tu ne fais plus la différence / entre / Le besoin et / Le manque // Entre la peine et le désespoir ». A la fin de ce recueil que j’ai lu comme une histoire tragique, comme un chant désespéré, que j’ai écouté comme un rock éthéré, déboussolé, déjanté, il ne reste plus qu’un texte minimum, mais un texte minimum qui prend aux tripes, qui bouleverse tant les mots sonnent juste, tant le désarroi est palpable.

    Le livre sur le site des Carnets du Dessert de Lune

  • POMME croque LA CHANSON FRANÇAISE à belles dents !

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    Dans ses premières chansons tirées de son EP qui comprend En Cavale, J’suis pas dupe, Sans toi, Jane et John avec sa série de clips bucoliques (et pour les textes, Alma Forrer, Vianney, Victor Roux, Siméo…), Pomme, 20 ans, réinvente l’amour, avec fraîcheur et lucidité, avec une prescience de tout temps... L’amour et ses versants anguleux, l'amour et ses contreforts périlleux, l’amour quand on y accède, l'amour quand on en revient... L'amour quand on vient de le toucher et l'amour quand il s’éloigne... Ce sentiment singulier sur lequel le corps mental repose et l'existence tient.

    Avec sa voix aux accents Joan Baezien, elle porte haut les mots, là où la douleur pointe, aiguise les sensations essentielles, là où le coeur saigne, là où les préjugés se brisent sur des ouvertures sentimentales inouïes en un point de vue inédit qui soudain embrasse la beauté et refoule dans les lointains toute la noirceur du monde.

    Écouter Pomme, c'est mordre à pleines dents dans la vie telle qu'elle est. E.A.





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    Pour mieux connaître la chanteuse

    L'EP En cavale Sur iTunes

  • MICHEL SARDOU VOTERA GEORGES MARCHAIS AUX PROCHAINES PRÉSIDENTIELLES

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    On s’en étonnera à peine dans le contexte actuel où n’importe qui soutient n’importe quoi du moment que le n’importe quoi exprime une opinion bien sentie et tout à fait à côté de la plaque à propos de l’influence de l’immigré sur le bien-être social de l’indigène lambda, l'enracinement national de l'amour du prochain, le travail et le Wifi pour tous, et le rejet de toute forme de libéralisme: Michel Sardou votera Georges Marchais aux élections présidentielles prochaines. 

    C'est un Michel Sardou tout sourire, limite hilare qui nous a reçus, comme dopé par une injection massive de communisme, et à l'opposé de l'image un peu austère qu'il a longtemps donnée.

    On ne m’a jamais compris. Faut croire que beaucoup de gens de Gauche n’ont pas accès au second degré. Le temps des colonies, par exemple, si ce n’était pas pour me moquer des colonisateurs… Ne parlons pas des autres degrés, ha ! ha ! ha ! J’ai toujours beaucoup de mal à rire mais là, j’y vais de bon cœur...

    Vous savez que je ne bois plus. Comme Renaud. Moi, j’ai arrêté l’eau. Je ne bois plus que mon pastis pur. Je ne voulais pas faire des textes aussi plats que lui. On y jetterait un mot savant qu’il rebondirait à l’infini sur la surface de ses dernières paroles, ha ! ha ! ha !

    Je reviens d’une tournée des bistrots avec Didier Wampas qui est vraiment super ha ! ha ! ha ! Vous savez qu’il est fan de mes chansons, et qu’il m’en a même consacré une. Lavilliers a eu les Fatals picards. Moi j’ai eu Wampas. Renaud n'a plus personne pour le chanter, lui, sinon Sirkis et Bénabar, ha! ha! ha! Et maintenant Fillon.

    Mais cela nous éloigne un brin du sujet pour lequel vous êtes venu m’interviewer. (Il se racle la gorge, prend un air grave et ancien, comme s'il allait entonner Le France devant les ouvriers des chantiers navals du Havre et déclare : ) Je voterai Georges Marchais aux Présidentielles de 2017. Je ne vois pas qui à l'extrême-gauche pourrait lui ravir la place de candidat. Mélenchon? Mais le soutien de la mère Bardot va le griller complètement...

    Oui, j’ai mis un peu de temps à me rallier au personnage Marchais. Mais je trouve qu’il était gonflé de défendre le bilan indéfendable de l’URSS pour pouvoir continuer à prendre ses vacances au bord de la Mer Noire dans les espaces réservés à la Nomenklatura, en jetant des cartes de parti au petit peuple roumain. J’aime encore bien, comme vous savez, cette forme de cynisme-là, de foutage de gueule du prolétaire…

    Ni Fillon, ni Hollande, ni la grognasse de Le Pen ne me feront changer d’avis. Ce sera Marchais sinon moi, ha ha ha !

     

  • KATHARSIS de MELISSA COLLIGNON

    m.jpgL'amour monstre

    Le meurtre de Marie Scalo a été filmé, posté et vu abondamment sur le site de son frère jumeau, Mathias, www.katharsis.be, qui stigmatise les auteurs d'incivilités. Ce qui apparaît comme un crime crapuleux donne lieu à une enquête menée par deux inspecteurs, Jolaway et Dordolo, auxquels on s’attache vite.  Beaucoup pensent alors que c’est Mathias le coupable, notamment Nina, la meilleure amie de Marie, qui ne supportait pas son frère et avait observé son côté manipulateur. Comme dans toute enquête, les soupçons vont porter sur divers protagonistes proches des jumeaux et l’auteure, Melissa Collignon, va nous balader habilement au gré de son montage rapide qui alterne les scènes et les époques, les personnages et leurs travers.

    Mais le point aveugle du roman, pour reprendre la terminologie de Javier Cercas dans son essai sur la littérature récemment paru chez Actes Sud, c’est la relation ambiguë, sombre et insondable, réflexive au premier sens du terme, qui lit les deux jumeaux.

    Au centre du roman, écrit Cercas, se trouve une question sans réponse, une énigme non résolue, un point aveugle (…) à travers lequel le roman voit (…), le roman parle (…), une fissure à la fois minuscule de sens et source principale du sens.

    Le second roman de Melissa Collignon (après L'Avalant), très bien conduit, minutieusement écrit et haletant, ménage son lot de surprises mais n’épuise jamais cette relation obscure qui fonde le récit et que la disparition de la sœur vient en quelque sorte interrompre, presque par accident, comme pour épargner au lecteur de plus terribles révélations...

    Et faire réfléchir in fine sur la notion de morale et de responsabilité.   

    Ce n’est pas la moindre réussite de ce roman que de n’avoir pas épuisé le type de lien qui unit ces jumeaux-là, de l’avoir remarquablement fait émerger sous forme de récit à la conscience du lecteur, un moment certainement épouvanté par ce qu’il entrevoit, pour aussitôt replonger le point aveugle dans les ténèbres dont, sans le subterfuge littéraire que constitue le roman à suspense, ce mal insensé, cet impensé de la vie (on pense à la littérature du mal de Bataille et à l’interdit de l’inceste), n’eût pu être mis en lumière.

    Un livre qui, sous les dehors du jeu de cache-cache inhérent au genre du  polar et du thriller, fait le lecteur s’affronter à ses démons en lui donnant à voir tout le spectre des choses humaines, tout en lui offrant les moyens de surmonter ses peurs et fascinations, et presque d’en rire.   

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Éditions Dricot

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  • Sur quelques mesures du Pacte d'Insuffisance...

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    En vertu du nouveau décret des titres et fonctions, et dans le cadre du Pacte pour un enseignement d'Insuffisance,

    le prof de violoncelle pourra donner cours de chiffres & ablettes;

    le prof de violence pourra faire pénitence jusqu’à la retraite;

    le prof de clics et de claques sonores pourra donner cours de téléphone fixe;

    le prof de tics et de tocs pourra donner cours de grimaces libres;

    le prof d’abdomen de baleine & de nombril de babouin pourra donner cours de cous de girafe & de clous de girofle;

    le prof de feu de broussaille pourra donner cours d’incendie de forêt et disposer en permanence d’une boîte d’allumettes;

    le prof d'inventaire sur la toile pourra donner libre cours à son goût pour l'infini;

    le prof de langue des lignes pourra donner cours de formes de bouche;

    le prof de peinture sur piano pourra jouer lors de la fancy-fair du pianocktail cher à Vian;

    le prof de révolution française pourra donner cours de monarchie parlementaire;

    le prof d’étude du costume des dieux pourra donner cours déguisé en laïc sectaire;

    le prof d’incertain pourra donner tous les cours (comme dans l’ancien décret);

    le prof de regard tendu pourra donner cours de courte vue,

    le prof de littérature abusive pourra donner cours de harcèlement textuel;

    le prof de vieux corsets pourra donner cours de lingerie fine;

    le prof de muraille de Chine pourra donner cours de maçonnerie;

    le prof de lâcher-prise pourra donner cours de saut à l’élastique;

    le prof de grosse ripaille pourra donner cours de festin assisté par ordinateur;

    le prof de ressemelage industriel pourra circuler en sandales dans l’école;

    le prof de discussion de couloir pourra animer le conseil de classe;

    le prof de magie noire pourra jeter des sorts à la demande de la direction;

    le directeur d’établissement pourra faire le Gille en dehors des périodes de carnaval et jeter des confettis sur les membres du personnel qui ne porteront pas de masque autre que leur maquillage;

    le prof d’interdiction d’écrire à la craie pourra utiliser la souris verte du tableau écologique;

    le prof d’étude de cas rares pourra donner cours de n’importe quoi (comme dans l’ancien décret);

    le prof de fabrication de cercueils pourra se faire incinérer dans le préau;

    le prof d’une-deux-une-deux… pourra donner cours de gymnastique binaire;

    le prof de petit doigt fourchu pourra enseigner le cours d’évolution de la poignée de main à travers les âges;

    le prof de tir au pistolet sur les hot-dogs pourra donner cours de chien de fusil;

    le prof de consommation de poudre blanche pourra en livrer au préfet de discipline uniquement en cas d’extrême fatigue;

    le prof de conduite d’images pourra donner cours de transport de miroirs;

    le prof de thermométrie pourra vérifier la température de la prof de chimie organique quand elle bout;

    le prof d'analyse de cérumen d’ouate d’oreille pourra donner laboratoire du bruit;

    le prof de clowneries pourra prêter son nez rouge pour cacher le sien au prof de conduite au volant en état d’ivresse;

    le prof d’île déserte pourra donner cours dans le jacuzzi de la secrétaire de direction;

    le prof de mirage pourra se déclarer absent même quand il est là (comme dans l’ancien décret);

    le prof de coordination mélancolique pourra partir en dépression quand il le veut;

    le prof d'électricité industrielle pourra donner cours de soufflage de bougie;

    le prof de marche arrière pourra foncer dans le mur du temps;

    le prof de sculpture en beurre bio pourra - exceptionnellement - donner cours de margarine appliquée au tartinage de pain bis; 

    le prof d’utilisation du buvard en période de rupture de stock des stylos-bille ne pourra - en aucune façon - donner cours avec un porte-mine.  

    Etc. Etc. 

     

    En cas de pénurie d’enseignants, il tombe sous le sens que tous les professeurs cités (et comme dans l’ancien décret) pourront indifféremment prendre la place d’un autre.

  • LES AVENTURES DE BILLY de MARCELLE PÂQUES et CATHERINE HANNECART

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    Un ours pas comme les autres

    Billy est l’ours en peluche de Clara. Un jour, sa mère, comme toutes les mères momentanément exaspérées par leur enfant, pique une colère et jette la peluche par la fenêtre. C’est l’hiver et Clara craint tellement que Billy ne prenne froid qu’elle sort pour le récupérer. Mais la porte de la maison familiale se referme derrière elle, ce qui la condamne à mourir de froid dans la neige si n’intervenait pas une bonne fée pour donner à cette histoire un tour heureux et tendre.Marcelle.jpg

    C’est la première des quatre histoires que nous narre Marcelle Pâques avec un art consommé de conteuse et de grand-mère (le livre est dédié à ses cinq petits enfants).
    Dans la seconde, Billy, de nouveau investi des pouvoirs que lui a conférés la fée, va aider un jeune prince à être heureux pour régner plus tard avec bonheur sur son peuple. Dans la troisième, l’ours magique a pour mission de permettre à une école d’invalides de gagner une épreuve de créativité. Dans la dernière aventure, Billy retrouve Clara devenue une dame âgée et lui donne une idée pour occuper son temps après une opération qui l’empêche d’exercer son métier de médecin.

    Billy, on l’aura compris, est un ours réparateur de chagrins et dispensateur de joie. Ce livre à lire à des enfants ou à leur faire lire donne à imaginer d’autres histoires de Billy et ce n’est pas le moindre mérite des deux auteures de ses jours, Marcelle Pâques pour le texte enchanteur, et Catherine Hannecart pour les nombreux dessins offrant par ailleurs une palette diversifiée de ses talents d’illustratrice. 

    Le texte et les illustrations ont été remarquablement mis en espace par Marie Campion sur une cinquantaine de pages de format A5 en paysage propice à la lecture et la rêverie.

    Un cadeau de Saint Nicolas ou de Noël tout trouvé en cette période de fêtes enfantines à venir.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Editions Chloé des Lys

    Le blog de poésie de Marcelle Pâques

     

  • Tweets & mail

    Quand je me suis fait trop de tweets, j'ai envie de m'envoyer un mail.

     

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  • Le nombre-voyant

    Le nombre-voyant lit dans les stats la faillite des chiffres.

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  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: CACTUS SORT SES PIQUANTS (suite)

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

    Comme je l’avais annoncé, fin octobre, je propose aujourd’hui une nouvelle série de trois recueils édités dès la fin de l’été par Jean-Philippe Querton et son équipe de Cactus inébranlable. J’aurai ainsi présenté six des sept titres édités par le grand spécialiste des textes courts, des aphorismes, de l’acrobatie « vocabularistique », par celui qui perpétue le surréalisme belge. Aujourd’hui, j’ai mis sur mon podium : Dominique Saint-Dizier, Alain Helissen et Thierry Roquet, tous trois de grands manipulateurs du langage et de artistes du vocabulaire.

     

    couverture-indocile-heureux.jpg?fx=r_550_550Dominique SAINT-DIZIER

    INDOCILE HEUREUX

    Cactus Inébranlable

    Dominique Saint-Dizier est selon son éditeur « auteur-plasticien » et j’ai ressenti ça dans ma lecture, j’ai eu l’impression qu’il utilisait l’écriture comme un complément aux arts plastiques, ou vice-versa, il emploie l’écrit là ou les arts plastiques ne peuvent pas évoluer. Comment décrire cette situation autrement que par des mots :

    « Mes pensées sont à ce point glaciales que, lorsque je les formules par écrit ou de vive voix, les mots frissonnent ».

    Ca lui est d’autant plus facile qu’il manie les mots avec une adresse confondante :

    « Sans entrejambe impossible de prendre son pied ».

    En quelques mots, il dessine un tableau saisissant, hilarant, désopilant qu’il serait difficile de rendre avec une telle fulgurance par n’importe quel autre moyen. Le court est l’une des flèches du carquois d’où il tire ses traits acérés. « Je cultive l’art du disparate, de l’ « émiettage », de la formule lapidaire car incapable de longue haleine ». C’est lui qui le dit même s’il a emprunté la formule à Jules Renard. Il se souvient également qu’il est un graphiste et qu’il peut faire dire aux lettres autre chose que ce que l’alphabet leur a confié.

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    « Un homme embarrassé avec un R indécis et un R inquiet ».

    L’air de rien, les « R » prennent un sens tout autre que celui que les écrivains lui confient habituellement. Mais quelle que soit la forme et le sens qu’il cherche à donner aux lettres et aux mots, son esprit très acéré décoche des flèches d’une étonnante précision, en quelques mots il confond l’entendement conventionnel, bouleverse les codes de la communication et de la pensée. L’absurde est son royaume, il nous convainc que le non sens pourrait bien être le moteur de la pensée.

    « Fils unique cherche désespérément âme sœur en vue mariage ».

    « Si la banque du sperme était cotée en bourse, les actionnaires se feraient des couilles en or ».

    Un ensemble de pensée et de réflexions qu’il consigne dans ses notes, carnets, brèves de comptoir, etc … un véritable gisement de bons mots, un bain de bonne humeur mais aussi des textes d’une grande qualité littéraire comme si le fait de disposer de plusieurs cordes à son arc l’obligeait à la plus grande exigence dans l’exercice de chacun de ses arts. Et, comme l’auteur, ne résistez pas à la tentation de vous jeter

    « Impossible de résister à la tentation de me coucher quand un lit m’accueille à draps ouverts » dans cet océan de bonne humeur qui vous ouvre ses vagues accueillantes.

     

    ob_2b86aa_couv-des-lettres-de-la-voie.jpgAlain HELISSEN

    DES LETTRES DE LA VOIE LACTÉE

    Cactus Inébranlable

    Alain Helissen nous invite à lire un recueil d‘aphorismes la tête dans les étoiles et les pieds bien sur terre pour comprendre ce qui se passe là-haut sans oublier tout les sottises que nous commettons régulièrement ici bas. Pour nous convaincre, il a choisi de nous faire visiter la partie de l’alphabet qui a été nécessaire à l’écriture de la « Voie Lactée », les huit lettres indispensables pour poser cette expression sur le papier. Il se livre, comme le dit son éditeur, à « une dérive textuelle librement désorganisée », à une variation sur les huit lettres de l’alphabet qu’il a choisi de mettre en évidence, un exercice qui me fait penser aux travaux de Philippe Jaffeux sur l’alphabet et à ce que dit sa biographe Béatrice Machet : « « J’aime à triturer le langage, ce qui me permet de donner la parole à qui ne l’a jamais mais aussi à qui parle une autre langue, qu’elle soit poétique ou étrangère c’est un peu la même chose ». Alain Helissen, lui, prend notre langue mais la détourne habilement pour nous lui faire dire ce que nous n’osons peut-être pas lui faire dire mais surtout ce que nous en voulons pas entendre : notre propre puérilité, nos dérives, nos contradictions, … et toutes les drôleries qui en découlent.

    J’ai choisi, le plus subjectivement possible, quelques exemples pour vous faire saliver et vous donner envie de voler dans les étoiles de ce recueil.

    L’O de la vOie Lactée

    « Optimiser son espérance de vie en renonçant à tous les vices et se tuer accidentellement sur une route qui promettait d’être longue. »

    « Opérette n’est qu’une petite opération de rien du tout, pas de quoi en faire tout un Opéra ! »

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    La Voie Lactée bat de l’ « L »

    « Lapider la femme adultère ou bien l’envoyer en pénitence sur la Voie Lactée avec juste 10 dollars en poche et 3 rations de survie. Le choix lui parut cruel. »

    « Légalement la Voie Lactée n’est ni une piste cyclable ni une autoroute mais seulement une représentation partielle de l’infini. »

    Le « V » de la Voie Lactée

    « Vaccin n’arrêtera pas la rage du renard à vouloir s’introduire dans le poulailler. »

    « Vieillir en fût de chêne, pas de quoi en faire un tonneau ! »

    Pour qui sonne le « A »

    « Abri de fortune abrite surtout l’infortune. »

    « Aplanir la bosse à Nova pour danser sans risque de culbute. »

    La Voie Lactée prend le « T »

    « Tanguer dangereusement sur une mer démontée sans avoir la notice pour la remonter. »

    « Tarder à mourir peut sauver la vie. »

    C son tour

    « Cadet de mes soucis, il eut tôt fait de rattraper ses aînés et me colla aux basques jusqu’au bout de la route. »

    « Causer c’est remplir le vide de mots vides pour déjouer le néant. »

    E aussi veulent vivre

    « Eborgner un cyclope par un tir à l’aveugle pour le moins chanceux. »

    « Echanger sa collection de timbres-poste contre un char Leclerc Delune récupéré à Maubeuge après la seconde guerre mondiale. »

    Point sur le « I »

    « Idiot qui croit que l’eau de là est meilleure que l’eau d’ici. »

    « Inconnue au firmament, cette étoile attira l’attention en allumant ses feux de détresse. »

    Il vaut mieux en rire… mais seulement après avoir vu et revu les illustrations d’Emelyne Duval sans lesquelles ce recueil ne serait pas complet, des dessins naïfs, candides, détournés par un élément incongru qui leur donne air aussi absurde que les commentaires qui accompagnent.

    Le blog d'Alain Helissen

     

    couverture-l-ampleur-des-astres.jpg?fx=r_550_550Thierry ROQUET

    L’AMPLEUR DES ASTRES

    Cactus Inébranlable

    Thierry Roquet, poète éponyme, d’une rue parisienne plus connue pour ses bars et ses fêtards que pour ses belles lettres, a pour une fois déserté le terroir des vers pour s’adonner aux textes courts, aux aphorismes et autres jeux sur les mots, au creux de ce recueil, j’ai même déniché un joli zeugme : « Je vais noyer mon chat et mon chagrin » (j’en ai peut-être laissé filler d’autres). Il a eu l’excellente idée de prendre la précaution de placer ce premier recueil sous la bénédiction d’un expert en la matière, l’héritier des Scutenaire, Sternberg et autres surréalistes belges, Eric Dejaeger. « C’est vraiment, mousseusement et chaleureusement que je tiens à remercier Eric Dejaeger pour sa lecture et ses encouragements. » Ainsi adoubé par le maître, il avait mis les meilleurs atouts dans ses pages pour que notre lecture commence sous les auspices les plus favorables.

    Je ne connais pas Thierry Roquet mais, d’après ses textes, je l’imagine narquois, rusé, matois, observant avec ironie ses concitoyens se débattant gauchement contre tous les petits tracas du quotidien en se gardant bien de leur adresser le conseil qu’il réserve à ses lecteurs : pour se débarrasser des ennuis et des fâcheux, « Il faut voir les choses en face, attendre qu’elles se retournent et leur foutre un grand coup de pied au cul ». C’est pourtant tellement simple !467795819.2.jpg

    Lui, on ne sait pas comment il se débrouille avec la vie même s’il laisse traîner quelques indices, il semble courageux, « Il est passé sous six lances et n’a même pas hurlé », en éveil ,« 24 heures sur 24 – Je vis au jour le jour, surtout la nuit » et toujours prêt à affronter l’ennemi, « Fort comme un chêne – Glander, c’est résister à l’occupation ». Tout ça n’est qu’hypothèses récoltées dans un tas de mots auquel l’auteur sait faire dire ce qu’il veut bien nous faire croire, il sait bien que les mots sont espiègles et joueurs. Nous retiendrons cependant cette sentence qui semble beaucoup plus crédible : « L’amour est trop sérieux. Moi, j’ai beaucoup d’humour à donner ».

    Et nous l’accompagnerons quand il fera son « Retour vers l’avant – je vais retourner dans le passé pour que mes arrière-pensées deviennent des pensées », des pensées pas trop sérieuses évidemment des pensées pleines d’humour comme il l’a promis lui-même.

    Pour un essai c’est un coup de maître, Dejaeger a bien jugé et il a fort bien fait d’accompagner ce recueil jusqu’à son édition, nous l’en remercions chaleureusement et pourquoi pas … « mousseusement » en levant notre pinte à sa santé.

    Le blog de Thierry Roquet

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    Les trois livres sur le site des Cactus inébranlable Editions

  • TROIS ÉCLATS TOUTES LES VINGT SECONDES de FRANÇOISE KERYMER

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=e59f8e24a29f4dab82583f4fcfd36556&oe=58CAEEF1par NATHALIE DELHAYE

     

     

     

     

    9782709646567-X_0.jpg?itok=QqtNcCZ0Mise au vert

    Deux mois d'été sur l'Ile de Sein, ça vous dit ?

    Eh bien pour Emma, Parisienne, c'est un exil forcé qu'elle doit subir, en compagnie de son jeune fils, Camille, enfant précoce, ou peut-être atteint du syndrome d'Asperger, on ne sait pas précisément.
    Mère et fils arrivent donc sur cette île en tous points hostile, et Emma se résigne à s'installer dans la maison que son mari leur a louée, avec formelle interdiction de quitter l'île, sinon...
    Ce début laisse dubitatif et mille questions se posent.

    Jour après jour, le petit Camille veut explorer l'île de Sein et tous ses trésors. Sa mère n'a aucune emprise sur lui, et bien que lui ayant fixé certaines limites, il ne pense qu'à les dépasser.
    Emma découvre les habitants, la restauratrice du coin chez qui elle prend ses habitudes, et qui a la manière de faire avec son enfant difficile, un pianiste compositeur assez énigmatique qu'elle a du mal à cerner, et le Capitaine du bateau qui fait la navette entre l'île et le continent.

    J'avoue m'être ennuyée à la lecture de ce livre, le démarrage fut très long, la deuxième partie du livre m'a plus intéressée, toutefois avec une fin trop prévisible. La jeune maman vivra sur cette île une grande remise en question, et son petit y aura découvert des tas de nouveautés qui alimenteront sa soif de savoir.

    L'écriture n'est pas désagréable, de nombreuses touches de couleurs et des notes de poésie parsèment ce roman, mais ne me semblent pas assez structurées afin de permettre une lecture limpide et un emportement qui, je pense, était recherchés par l'auteur.

    Le livre sur le site des Éditions Jean-Claude Lattès

    Disponible aussi en Pocket

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    Françoise Kerymer

  • TAKE FIVE

    La conservation de l'élégie

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    Un acte vaut cinq dires.
    Henry IV

    En chaque sens sont les cinq autres.

    Juan Ramon Jimenez

     

     

    I

     

    Sur un de tes doigts de pied

    j’ai collé un riche sparadrap

    pour le reconnaître

    dans la foule des pieds de plage

    sains et pauvres

     

     

    II

     

    Depuis que mon père est mort

    il ne reconnaît plus les jambes des femmes

    Par contre il peut dire sans se tromper

    quelle racine de fleur ou d’herbe bonne

    lui fait du rentre-dedans

     

     

    III

     

    Inutile de se mirer

    dans le miroir

    si on n’a pas lavé sa face avant

    sept fois au moins avec l’eau

    de ses propres reflets

     

     

    IV

     

    Ce perroquet caca d’oie

    ne me dit rien qui vaille

    la peine d’être rapporté ici

    En revanche cet ara rouge et bleu

    parle d’or et de peinture

     

     

    V

     

    J’ai enfermé dans ma boîte à musique

    cinq notes violette 

    Puis je l’ai enterrée

    au cimetière des automates

    sur une chanson lente

     

     

    VI

     

    J’ai dit tout ce que je savais

    sur le théorème d’incomplétude de Gödel

    mais c’était sans compter

    sur le chat de Schrödinger dans sa boîte

    qui me regardait d’un œil morne

     

     

     

    VII

     

    Dans la soute du Navire night

    il y a mon étoile

    celle que j’ai décrochée

    lors de mon voyage en apesanteur

    dans la profondeur de tes rêves

     

     

    VIII


    J’ai moins que tout autre

    le droit de posséder mon corps

    d’user de lui en félon en locataire

    même si j’ai besoin parfois de réchauffer ma vie

    à sa flamme vive

     

     

    IX

     

    J’ai bu le café fort de tes joies

    avec le thé un peu amer de tes jambes.

    Je peux maintenant goûter

    toute la chaleur de la tasse

    qui tient entre tes hanches

     

     

    X


    La poésie vient à celui

    qui en éprouve le goût et l’envie

    Ne dites pas que vous l’aimez

    quand vous pensez seulement

    à vous vautrer dans ses vers !

     

     

    à suivre

  • LECTURES D'AUTOMNE, par PHILIPPE LEUCKX

     Philippe LEUCKXleuckx-photo.jpg

     

     

     

     

     

    9782343094335f.jpgLIGNES DE TERRE

    Pierre SLADDEN 

    L'Harmattan

    Ce deuxième recueil de l’auteur – le premier est paru en …1996 – révèle un talent précis pour joindre mots et sensations.

    De brefs poèmes en hommage à la terre, le lecteur prélève des pépites comme « L’homme ne survivra que par sa terre » et nombre de passages où les éléments tissent une poésie de l’essentiel :

    « Boire debout le vent

    Sur le cœur cette fraîcheur

    Qui aspire la joie »

    D’un léger toucher, cette poésie n’élude aucune de nos questions sur le devenir, sur cette « mort qui pourrit dans la terre », sur « l’infinie réserve » des choses.

    Un sens du haïku : « Dépris de toute ombre/ Se plaire à se perdre/ Dans l’arbre blanc criblé de bleu » ajoute aux qualités du poète né en 1945.

    Pierre SLADDEN, Lignes de terre, L’Harmattan, 2016, 76p., 12,50€.

     

    *

    couverture-icare.jpg?fx=r_550_550LA RECHUTE D'ICARE 

    MICHEL DELHALLE

    Cactus Inébranlable Editions

    Delhalle manie l’aphorisme comme l’on raconte des blagues. Ça tire dans tous les sens et les jeux de sens font le reste :

    « Myope comme un serpent à lunettes »

    « Le fossoyeur se tue à la tâche »

    « C’est toujours le militaire qui casque »

    « Qui vieillit se met en veilleuse »

    À coups d’absurde ou de sens de l’à-propos, l’auteur dévoile un sûr métier d’une langue parodique et inventive.

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    Michel DELHALLE, La rechute d’Icare, Cactus Inébranlable, 2015, 76p., 7€.

     

    *

    couverture-les-hamsters....jpg?fx=r_550_550LES HAMSTERS DE L'AGACEMENT

    Francesco PITTAU

    Cactus Inébranlable Editions

    L’auteur, entre aphorismes et micro-récits, déroule son sens de la dérision, de la moquerie et l’inventive écriture qui, en quelques mots, dézingue la réalité.

    Parfois la poésie affleure : « Dans ses moments de grande solitude, il égrenait les fourmis de la cour ».

    Dans l’ensemble, les notations sont d’humour noir ou absurdes : « Les murs raillent et les gardes rient ».

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    Ce qui le définit le mieux, peut-être : « Tous les matins, il mettait du fiel sur son pain ».

     

    Francesco PITTAU, Les Hamsters de l’agacement, Cactus Inébranlable, 2016, 102p., 9€.

     

    *

    s189964094775898902_p816_i1_w1181.jpegCARNET D'UN PETIT REVUISTE DE POCHE

    Jacques MORIN

    Les Carnets du Dessert de Lune

    Douze textes seulement composent ce « Carnet » où Jacques Morin, excellent revuiste, décline son métier de « gardeur de revue » et révèle son goût du travail forcené.

    Oui, « la revue est un genre ingrat ».

    Oui. Mille fois.MORIN-Jacques-200px.jpg

    « Le revuiste travaille sans cesse sur le temps »

    « Il n’a que deux yeux, une main et du temps compté »

    Jacques MORIN, Carnet d’un petit revuiste de poche, Les Carnets du dessert de lune, 2016, 22p., 5€.

     

    *

    OCCASIONI / OCCASIONS

    Bruno ROMBI

    Ismecalibri

    « J’ai faim de la vérité du pain » éclaire une quarantaine de poèmes, en version juxtalinéaire italien/ français, parmi les derniers de leur auteur, né en 1931.

    L’amour de son île natale (La Sardaigne), l’amitié honorée ou trahie, l’appréhension des fins entourent cette poésie d’une attentive douceur, prégnante comme l’air ou « le néant/ au premier souffle du vent ».

    Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Telles sont les questions qui innervent cette langue (« je n’ai cueilli aucune nouveauté/ sur les lèvres de la rue ») et de grands poètes, Neruda, Senghor,

    hélés par le poète, l’accompagnent dans ce parcours lucide, éclairé des armes de la poésie pure :

    « Efface avec une énorme éponge blanche

    les bleus gravés sur ton cœur »

    ou

    « Que je respire plus fort

    en ouvrant grand les poumons

    pour n’être plus qu’air »

    Bruno ROMBI, Occasioni/Occasions, Ismecalibri, 2016, 72p., 12€. Traductions de l’italien par Monique Bacelli.

  • LE JOURNAL DÉLIRE TIRE LA SORNETTE D'ALARME!

    Après une enquête auprès des auteurs de la littérature jeunesse, l’insignifiant journal Délire de François-Bernard Pinel signale que* 83% des auteurs de ce genre utilisent des muses de moins de douze ans, 16,5% des muses entre douze et dix-huit ans et le reste, soit 0,5 % seulement, des muses adultes mais considérablement liftées ou aux photos particulièrement retouchées.

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    Les écrivains de littérature générale, de plus en plus minoritaires, s’indignent et réclament une réglementation stricte au motif qu’ils doivent, eux, écrire leurs livres avec des muses âgées, fatiguées, usées et abusées dans leur jeunesse par un excès de travail payé des vignettes et autres chromos dérisoires et qui, une fois atteints l’âge de la maturité, ne peuvent plus voir un auteur classique en peinture.

    Une désaffection qui touche toute la littérature générale** au point que la célèbre académie suédoise envisage dès l’an prochain le Prix Nobel unique de la Littérature Jeunesse.  

    Une question si grave qu’elle a conduit le magazine de diététique de la Première, Digestion à la Une, à consacrer un sujet à cette nouveau fléau des Lettres:

    Est-il bien convenable que pour la fabrication de leurs livres, les écrivains de la littérature jeunesse emploient des muses mineures ?

     

    * Des chiffres tout à fait non fiables car communiqués par l’Institut de Statistique de la Littérature Oulipienne

    ** L'Institut International de Pataphysique enregistre un nombre croissant de burn-out chez ses laborieux laborantins contraints, pour ses expériences scientifico-littéraires, d'utiliser des solutions imaginaires frelatées, des produits de réemploi présentant de sérieux risques d'allergie à la littérature générale.  

  • DANIEL CHARNEUX, INVITÉ D'HONNEUR DU 5ème SALON DU LIVRE DE CHARLEROI

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    Daniel Charneux est l’invité du Cinquième Salon du livre de Charleroi.

    Daniel Charneux, c’est d’un point de vue littéraire sept romans, deux recueils de haïkus, un recueil de nouvelles, un essai-variations et des contributions diverses sous forme de nouvelles, de poèmes, de conférences…

    C’est aussi avant tout une sensibilité, un univers romanesque et une écriture singulière sanctionnée notamment par un Prix Plisnier (pour Norma roman) et une accession en finale du Prix Rossel (pour Nuage et eau, prochainement réédité dans la collection Espace Nord).

    Daniel Charneux écrit des biographies de personnages fictifs ou ayant existé, que ce soit François Lombard, le promeneur de Liège de Comme un roman fleuve, Jean-Pierre Jouve,  l’arpenteur assassin de la Creuse d’Une semaine de vacance, Jean-Baptiste Taillandier, le psychologue revenu de tout de Trop lourd pour moi, Jean Aimar, le créateur du site gensheureux.be de Recyclages, Maman Jeanne du roman éponyme, Thomas More, le créateur de l’Utopie de son essai-variations, le moine haïkiste Ryokan de Nuage et eau ou la Marilyn Monroe de Norma roman (prix Plisnier).

    Ce faisant, à l’instar de Flaubert avec Emma Bovary, tous ses personnages réels ou fictifs, pris dans le prisme et le temps de l’écriture, deviennent lui, disent presque malgré lui des choses de son être profond. Chacun de ses personnages entreprend peu ou prou une quête de soi à travers les masques, les identités de substitution qu’ils se sont construits au fil de leur existence, les images qu’ils ont pu donner d’eux-mêmes, les mauvais clichés, pourrait-on dire.

    Ainsi, la Marilyn de Charneux, qu’il imagine ayant vécu jusqu’à aujourd’hui, se cherche au-delà des photos qu’on a prises d’elle, elle recherche derrière la surface des images son être propre, son âme, cette entité propre à fabriquer un corps plus vaste, imaginaire, et non plus soumis au diktat de la ressemblance. En coupant le trop visible par le scalpel du verbe, Norma laisse place à ce qui n’a pas prise à l’œil, à ce qui s’y dérobe et reste en retrait, en deçà du regard, de la machine à illusion, et que seul le filet du langage peut saisir. 

    Au cours de cette quête existentielle, les personnages interrogent leur passé, accumulent les je me souviens, ils se remémorent leur passé afin de retrouver, avec le temps perdu, leur moi véritable même s’ils sont conscients qu’ils n’atteindront jamais l’être ultime de leur identité qui n’est que chimère.

    Les personnages de Charneux ont le goût du bonheur, une avidité courageuse à être heureux qui les fait échapper aux tentations faciles du nihilisme. Si parfois ils renoncent ou se laissent mourir, commettent l’irréparable, c’est par désespoir de l’avoir perdu, non parce qu’ils traîneraient un dégoût de vivre depuis la naissance…

    Daniel Charneux, en écrivant des romans du je (est un autre), livre des romans-monde qui interrogent, décortiquent les mythologies de l’époque dans laquelle ils sont tenus d’évoluer.

    Chez Charneux, le monde est rempli de signes qui relient les faits entre eux ; ce n’est pas un monde vide, mais c’est le seul monde sensible et donc intelligible possible, au-delà duquel il n’y a rien, et c’est peut-être pour cela qu’il constitue, ce monde, la seule opportunité de paradis pour l’homme. 

    Lire Daniel Charneux, c’est donc se reconnecter à cette fibre essentielle, nourrie de tous les sens - que la société, les pouvoirs ont intérêt à tenir à l’écart - de l’homme, souvent accablé par le doute, le repli sur soi et la violence, pour retrouver l’aptitude à la joie, à l’imagination libre, à créer des relations heureuses, riches à la fois d’une histoire revisitée et réceptive aux offres du futur. Pour le plus grand bonheur du monde et de ses occupants.

    Éric Allard

    Lien vers la page Facebook du Cinquième Salon du Livre de Charleroi

    Le site de Daniel Charneux

  • UN JOUR

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    à Leonard Cohen

     

    Un jour

    Je marcherai avec une canne

    Et un chapeau

    Je n’aurai plus peur de rien

    Car je saurai que je vais mourir

    Je saluerai les chiens et les souffrants

    La flamme de la bougie et l’offrande du bûcher

    Les dernières feuilles de l’arbre d’automne

    Qui s’accrochent à une chimère

    Et les femmes à la nudité enfouie

    Sous leur manteau de saison

    Les insolents et les bas-de-plafond

    Les renards et les agneaux

    Les traces d'un sourire sur les lèvres du mourant

    Les fragments de silence arrachés au cri

    Les fausses lumières et l’éclat d’une litanie passée

    Les voitures qui roulent au Diesel

    Et les derniers souffles du temps

    La ligne des ténèbres rongeant l’horizon

    Les centrales au charbon et les éoliennes fatiguées

    Et les moineaux qui rêvent de pinson

    Je murmurerai à peine le nom d’une aimée

    Emportée par le vent de novembre

    Sur l’air d’une vague chanson

    Avec des chœurs à pleurer

    Des filles aux bouches à se damner

    Répéteront mes paroles vaines

    Et je fixerai une dernière fois leurs traits

    Dans une ébauche de poème voué à l’oubli

    Je n’aurai plus envie de rien

    Je ne posséderai plus rien

    Je n’ambitionnerai plus rien

    Car je saurai qu’il faut en finir

    Avec l’idée d’existence

    L’innocence du petit jour

    La clairvoyance du soir

    Le sang pérenne des destinées

    Un jour

    Je marcherai avec une canne

    Et un chapeau

     

  • L. COHEN (1934-2016)

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    "Chaque fois que j'atteins le fond du desespoir, je me mets a sourire" L. Cohen


  • CINQ POÈMES TRISTES de MARCEL THIEU

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    Un homme

    S’est

    Jeté

    Sous

    Le

    Train

    De voyelles

    A E I Oh

    Dit la femme

    Quelle belle

    Tête

    Il

    Avait

    En la voyant rouler

    Sur le ballast...

    Hue !

    Dit le paysan

    À son cheval

    Un instant

    À

    L’arrêt

    Un fer

              en

                     l'air

    On n’a pas que ça

                       à

                  lire

    !

      

    *

     

     

    J’ai perdu

    Mon titre

    De transport

    Ou bien

    Je l’ai égaré

    Vais-je sauter

    Du train

    Ou bien

    Tuer 

    Le receveur?

     

    *

     

    Suis-je triste

    Ou bien

    Désespéré ?

    Dit le pinson

    Qui peine

    À retrouver

    Son chant

    Dans le

    Poème

    Éclat

    É

     

    *

     

    Dans la nuit

    Mon rêve est tombé

    Si bas

    Que 

    Pour le

    Relever

    J'ai dû 

    Demander de l'air

    Au vent 

    Qui balayait

    Ma

    Vie

    Depuis

    Que

    J'étais né

     

    +

     

    - Je suis

    MO

           R

               T

    Mais je vous écris

    EncORe….

     

    - Merde

    Merde

    Merde

    Merde Merde Merde Merde Merde Merde Merde

    On ne sera donc

    Ja

    Mais dé

    Bar    

                  rrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr

    A

    Ss

    EZ

    De

    LUI !

     

     +++

     

    Marcel Thieu a peu écrit et c’est tant mieux. Il écrivait des poèmes très tristes qu’heureusement aucun éditeur n’a lus. Sinon, ému par leur ton et par leur forme, il les aurait publiés.

    Après avoir écrit ces cinq poèmes restés trop longtemps inédits, il s’est pendu. On n’a pas retrouvé la corde ni le corps. Cette nuit-là, il y avait du vent qui a dispersé les cendres. Car sa veuve a tout brûlé en mettant le feu à son bureau. À ses dires, ce sont les plus beaux poèmes de son aimé.

    Connaissant mon goût pour les poèmes très tristes aux formes innovantes, elle me les a envoyés pour que je les dépose sur le net. Ses dernières volontés accomplies, elle a tenu à disparaître aussi... dans un endroit de rêve avec les petites économies de Marcel.

    Le titre est un compromis entre la proposition de sa veuve (Tristesse) et la mienne (Cinq poèmes).  

     

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE: Ceux qui ne font pas la une

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

    Dans ma rentrée littéraire, j’ai aussi lu des livres qu’il faut un peu chercher pour avoir le plaisir de les lire, des livres qui ne font pas la une des médias, qui ne s’entassent pas en hautes piles chez les libraires, qui n’envahissent pas les rayons des supermarchés, et pourtant ce sont d’excellents textes qui méritent bien que je vous les présente. Tout d’abord un livre d’un auteur immensément connu mais qu’on a un peu oublié, qu’on ne lit plus assez, le poète Charles Péguy dans un essai, ce qui est assez original, intitulé « L’argent ». Ensuite, un petit recueil de poésie de Thierry Radière dont j’ai déjà parlé ici mais que je cite à nouveau car il écrit d’excellents textes tant en prose qu’en vers, « Il faudra bien du temps » est le titre de ce dernier recueil.

     

     

    1540-1.jpgL’ARGENT

    Charles PÉGUY

    Louise Bottu Editions

    Les différentes crises qui ne sont que les épisodes d’une même et profonde dépression qui affecte l’économie mondiale depuis la fin des Trente Glorieuses, ramènent cet essai de Charles Péguy sur l’argent au cœur de l’actualité. Ce texte publié en 1913, juste avant le conflit mondial qui sera fatal à son auteur, nous rappelle que ce grand affrontement est aussi l’aboutissement d’une grande effervescence sociale et économique. Il serait donc profitable de méditer ce que Péguy pensait à cette époque avant de se projeter dans un avenir bien incertain.

    En essayant de comprendre les arguments de Péguy, j’ai eu l’impression de me retrouver dans certains cours d’histoire, juste après 68, où des professeurs très politisés essayaient de faire entrer les idées, les événements, les mouvements de pensée,… dans des grilles de lecture prédéfinies permettant de justifier leur propre engagement politique. J’ai eu ainsi la très nette impression que l’auteur se servait de sa propre expérience, de son vécu personnel, pour construire une théorie pouvant servir de fondation à une action politique capable de sortir le monde de la situation dans laquelle il était englué en 1913.

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    La théorie de Péguy est très audacieuse, elle cherche à combiner les forces et les idéaux des deux institutions les plus puissantes du pays : les hussards noirs de la République et l’Eglise, deux institutions idéologiquement diamétralement opposées mais, d’après Péguy, complémentaires dans leur mission. Je n’oserai aucun jugement sur cette théorie, je me contenterai de constater ce que l’auteur a écrit et chacun, après la lecture de cet essai pourra se faire sa propre opinion. Beaucoup sont ceux qui ont cherché à comprendre Péguy mais tous ont eu des avis différents ce que le préfacier explique dans une note : « on tourne sur tous les modes autour de l’insaisissable Péguy, nationaliste, libertaire, catholique, socialiste, anticlérical, dreyfusard, réactionnaire… »

    Dans cet essai, Péguy fait l’apologie d’un temps où le travail n’était pas une vulgaire marchandise, où il était souvent un art, où il n’avait pas encore connu les transformations liées au productivisme et à la rentabilité, … Il a connu l’artisanat dans sa famille et le travail qu’il prétend noble. « Travailler était leur joie même, et la racine profonde de leur être. Et la raison de leur être ». Il présente le travail comme un mode de vie, le travail pour le travail, pour le travail bien fait, pour l’honneur, pas pour l’argent ou un quelconque avantage.

    Mais les temps ont changé, très vite changé et les valeurs ont été bouleversées. « Le monde a moins changé depuis Jésus-Christ qu’il n’a changé depuis trente ans ». Avec la révolution industrielle, une nouvelle classe s’est fortement renforcée : la bourgeoisie a pris le pouvoir, tous les pouvoirs. « C’est parce que la bourgeoisie s’est mise à exercer un chantage perpétuel sur le travail de l’homme que nous vivons sous ce régime de coups de bourse et de chantage perpétuel que sont notamment les grèves ». Et il enfonce fermement le clou : « Tout le mal est venu de la bourgeoisie. Toute l’aberration, tout le crime. C’est la bourgeoisie capitaliste qui a infecté le peuple ».

    Péguy rêve de ce temps où « On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait. » « On ne gagnait rien, on vivait de rien, on était heureux ». Ce temps où l’argent n’était pas le maître du monde mais seulement le fruit du travail pour vivre, l’argent qui est nécessaire à la vie en société mais pas le maître du monde. « L’argent est plus honorable que le gouvernement, car on ne peut pas vivre sans argent, et on peut très bien vivre sans exercer un gouvernement. L’argent n’est point déshonorant, quand il est le salaire, et la rémunération et la paye, par conséquent quand il est le traitement. Quand il est pauvrement gagné. Il n’est déshonorant que quand il est l’argent des gens du monde. »

    Il conviendrait donc de revenir vers ce temps où l’argent n’avait pas, selon l’auteur, encore pourri le monde. Ce temps où les « hussards noirs de la République » se contentaient d’enseigner ce qu’il leur rappelle vertement : « Apprenez-leur donc à lire, à écrire et à compter. Ce n’est pas seulement très utile. Ce n’est pas seulement très honorable. C’est la base de tout », estimant que, depuis un certain temps, ils auraient failli à leur mission essentielle pour plus s’intéresser à la politique et au syndicalisme.

    Le modernisme sous l’impulsion de la bourgeoisie aurait perverti la société. « Le modernisme est un système de complaisance. La liberté est un système de déférence. Le modernisme est un système de politesse. La liberté est un système de respect ». Il conviendrait donc de revenir à des valeurs ancestrales pour oublier toutes les turpitudes crées par l’argent trop facile. La figure emblématique de cette perversion est Jaurès qui l’accuse de tous les maux notamment de celui de la capitulation sous toutes ses formes. Péguy, fils d’artisan pauvre, pur produit de l’Ecole normale, pense que le travail à la mode artisanale, l’enseignement intègre et honnête sans pollution politique, le retour aux valeurs traditionnelles pourraient sauver le pays. C’est sa vision même si elle n’est pas forcément très judicieuse, très pertinente, ni totalement empreinte de justice et d’égalité, chacun jugera et appréciera. En attendant, Louise Bottu a eu diablement raison de nous rappeler que Péguy n’était pas qu’un poète un peu oublié.

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

    Radi%25C3%25A8re1.jpgIL FAUDRA BIEN DU TEMPS

    Thierry RADIÈRE

    Décharge/Gros Textes

    En exergue à ce recueil Thierry a mis cette citation de Lao Tseu : « Savoir se contenter de ce que l’on a : c’est être riche. » et étrangement, à ma grande surprise, cette pensée profonde, je l’ai lue très récemment dans un livre que m’a conseillé Thierry lui-même, une citation que le héros de ce roman, « Ma vie palpitante », de Kim An-rae, fait sienne pour supporter la lourde maladie qui l’accable à jamais. Fruit de ce fameux hasard, si souvent invoqué en littérature, ou hasard un peu téléguidé ? Peu importe, je retiendrai que cette maxime de Lao Tseu marque tout autant le roman de Kim An-rae que les poèmes de Thierry Radière.

    Toute la poésie de ce recueil semble empreinte d’une douleur non dite, d’un fardeau à porter, d’une pointe d’amertume.

    « la pluie dévale dans la rigole

    nous venons de parler de bonheur

    j’ai une arrête en travers de la gorge »

    sa-poesie-est-une-douce-melancolie.jpg?itok=d4MlkMu2

    Le poète cher cherche alors à trouver l’oxygène qui lui manque dans les mots, dans la musique de son texte, pour transcender sa douleur et vivre le bonheur qu’il a sous la main sans penser au lendemain.

    « si nous volons tous les deux

    dans notre coin d’enfant

    je rêve de te rencontrer

    légère heureuse donnant

    la main à ton père rien que

    pour te voir avec lui »

    Et comme Aerum, le héros du roman coréen, il cherche à attraper les mots pour les glisser dans ses vers très libres, très doux, très tendres, emplis d’une musique légère pour charmer sa tendre épouse et a sa fille adorée.

    « c’est ce que je voulais

    qu’il me reste

    écrire écrire que ça

    n’en finisse pas

    j’ai tout préparé »

    Poèmes de résilience, poèmes d’espoir, poèmes d’amour, poèmes pour oublier. L’écriture est un doux refuge pour le poète et peut-être une thérapie.

    Le site de Décharge/Polder

  • CE QUE, S'IL FALLAIT CROIRE, JE CROIRAIS AVOIR ÉTÉ de DENYS-LOUIS COLAUX (Ed. Jacques Flament)

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    ALORS, IL FAUT QUE JE VOUS DISE…

    Je n'ai pas l'habitude d'être dithyrambique avec mes auteurs, de peur d'être accusé de rabatteur, de proxénète littéraire voulant placer ses filles, d'éditeur rigolo totalement partial usant de son aura facebookienne pour hisser des incompris vers les sommets héroïques de la gloire éphémère. Donc, je n'en rajoute jamais car, au fond, non seulement je suis partie prenante mais en plus, je n'ai pas la vérité universelle et mes choix littéraires ne sont pas nécessairement partagés par le plus grand nombre. Y a qu'à voir la liste des best-sellers pour se rendre compte que je fais dans la différence et souvent à l'opposé des profils bancables.
    Mais il en est quelques-un(e)s, chez moi (qui se reconnaîtront, mais je ne citerai pas de nom pour n'oublier personne) qui mériteraient pourtant d'être autrement plus reconnus qu'ils ne le sont et qui me font souvent pester face au manque de discernement récurrent de ceux qui sont censés nous les mettre en lumière.
    Je m'égare et me calme avant de m'énerver, ce n'est pas bon pour mon cœur de sportif vieillissant !
    Bref ! Il faut quand même que je vous dise que j'ai entre les mains le livre du siècle, et qu'il faut vraiment, vous qui me faites l'honneur de me suivre, vous le procurer sans coup férir.

    Bon, c'est vrai, j'ai des circonstances atténuantes.
    Colaux, Denys-Louis de son prénom – comme Crousse, Maray et Sanchez – sont des compagnons d'édition de longue date, puisque déjà trente ans avant que Sarkozy ne décide de se recommander derechef à une population sclérosée et amnésique, Colaux faisait paraître dans les pages d'un mystérieux magazine littéraire belge (que je publiais alors en toute bonne foi), des "Pages d'amour" que d'aucuns devraient lire pour comprendre ce qu'aimer veut dire (va falloir que je redemande une nouvelle fois au gaillard de republier ce morceau d'anthologie !). C'est dire si l'homme est persévérant, voire pugnace, voire peu rancunier. 
    Et même si rien ne l’indispose comme l’avis (favorable ou insupportable) des gens sur ses écrits, il faut que je vous dise que Colaux est un magicien, un David Copperfield de la libre inspiration, un collectionneur de "Lièvres de jade" (avec Allard), un chercheur d'art et de mots unique, un passeur d'émotions, un piroguier de l'âme à zone tempétueuse, un élément respectable, unique et ô combien appréciable dans le paysage morose actuel. 
    Il faut lire Colaux comme on lisait Baudelaire naguère. Avec envie, enthousiasme et nécessité. Parce qu'il est plus que nécessaire à notre époque de remettre à l'ordre du jour la belle ouvrage dans des pays (l'Hexagone et son voisin ledit plat) où l'on consacre sur l'autel du talent de bien piètres brûlots et objets de papier sans âme.

    Le dernier livre de Colaux, que j'ai l'honneur de publier, c'est beau comme des cris d'enfants dans un cimetière de Prague sous le soleil, comme le cul de la Vénus de Milo à travers un vitrail de Samuel Coucke, comme les "Larmes de Jacqueline" au violoncelle et c'est savoureux et mousseux comme une trappiste bleue de Chimay bien fraîche qui se répand dans un verre ballon. Ça s'étale et exhale. Colaux vous prend par la main, vous apprend à être curieux, à être intelligent, à penser avec intelligence, raffinement, discernement et une grande liberté. Une pépite dans un tas de sable. Je me répète : un vol d'albatros dessus la morne mer ambiante. 
    Et nom de Dieu, je défie n'importe quel chroniqueur littéraire digne de ce nom qui aura ce livre entre les mains de ne pas en sortir étourdi. Il y a bien trop d'abrutis médiatiques qui occupent la chaire médiatique, pour qu'une fois, une seule fois, vous ne vous laissiez aller à vous repaître, messieurs dames, et sans tarder, d'un authentique Sancho Quichotte dont vous me direz des nouvelles. Son amour des femmes et la phosphorescence de ses mots éclairent définitivement, à la façon des vers luisants dans la nuit chaude, les bassesses obscures de l'ordinaire.

    Jacques Flament, éditeur enthousiaste

     

    1172878073.jpgLe livre sur le site de l'éditeur

    Le blog personnel de Denys-Louis Colaux

    Les coups de coeur artistiques de Denys-Louis Colaux

     

  • LES MOIGNONS (V): DE PRÈS, DE LOIN...

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    L’école dans les étoiles

    Malgré les extraordinaires progrès des engins spatiaux de ramassage scolaire, en cette rentrée 2046, pour se rendre à l’école sur cette étoile entièrement vouée à l’éducation, les étudiants mettaient chaque journée de classe quand même encore trois ans (quand la route n’était pas encombrée).

     

     

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    Ascendants atomiques

    Quand mon père était encore jeune, il allait cueillir des champignons nucléaires sur l’atoll de Bikini. C’est là qu’il rencontra ma mère qui avait un physique accordé aux maillots deux pièces. Ils mélangèrent leurs nucléons pour former un noyau radioactif. Je n’ai aucun souvenir de mes père et mère emportés très vite par une leucémie express qui ne leur a pas permis de voir pousser le légume que je suis devenu, à la peau mousseuse couverte d’excroissances d’un beau blanc faisant penser à de délicats bolets.

    Mais quand je vois les femmes en burkini qui s’accouplent avec des hommes en uniforme et képi sur les plages de nos littorals, je n’ose imaginer l’état de leur descendance…

     

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    Je bois

    Je bois tout ce qui se boit. Des chutes de gouttière, des cuves de mazout, des piscines d’eau chlorée. Des rivières d’encre, des mers de sable, des coulées de lave brûlante. Je n’arrête pas de boire et de plus en plus. Surtout quand j’ai avalé des planètes et une grosse étoile.

     

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    De près, de loin...

    Ce peintre voulait rendre la nature au plus près. Mais la nature se rebellait et le refoulait à quinze cents mètres au bas mot de la surface du sol. D’où il ne pouvait plus bien détailler la complexion des fourmis rouges ni des pétales de rose. D'où il peint depuis la nature du ciel et des étoiles, de laquelle il s’est sensiblement rapproché. 

     

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    Centre-ville

    Une fois le centre-ville vidé de ses occupants, il n’y eut plus qu’à le charger massivement de matière fissile, d'os hautement comestible et d’attirer les chiens, tous les chiens éoliens de la périphérie.

     

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    École du soir

    Il n’est pas rare de voir cette prof d’analyse de rêve donnant cours dans une école du soir passer la nuit avec un étudiant à vérifier les conclusions de l’une ou l’autre expérimentation onirique pratiquée in vivo.

     

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    Briser la glace

    Je  déteste les gens qui veulent illico briser la glace. Puis, quand on veut reprendre ses distances, on a toutes les peines du miroir

     

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    L’homme qui ne supportait pas les déplacements

    L’homme qui ne supportait pas les déplacements ouvrit une agence de voyages.

     

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    Des puits et puis après

    Les œuvres de cet artiste ne sont faites que de puits. De puits et toujours de puits. C’est un artiste sériel qui cherche la profondeur.

     

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    Le ciel des étoiles

    - J’aime le ciel des étoiles tatouées de ton dos, dit l’explorateur de la peau.
    - J’ai aussi des araignées cachées, dit le corps à moitié découvert.

     

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    Une mouche

    Je suis une mouche qui s’est posée sur ta bouche, on connaît le refrain. L’air de rien, je me suis introduit à l’intérieur où j’ai eu le temps de me mêler à ta salive, de sentir le contact de tes dents, la douceur de tes gencives… Tout cela a fabriqué les armes de mon massacre.

    Et tu rejeté mon cadavre comme un malpropre même si j’ai eu le temps de connaître la force de ton souffle mêlée à ton crachat. Si je t’ai dégoûtée autant c’est parce que tu ne me connaissais pas.

    Mais comment aurais-je pu me faire connaître de toi autrement ?

     

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  • JEUX DE MOTS, JEUX D'AMOUR d'ANNA GOLD

    41ALSGK99-L._SX352_BO1,204,203,200_.jpgLes jeux de l’amour et du hasard épistolaire

    La consonance entre le mot  « mot » et le mot « maux » a sans doute conduit inconsciemment écrivains et lecteurs francophones à envisager la littérature sous l'angle du casse-tête ou bien de la complainte, de la confession, de l'analyse sentimentale... 

    Dans ces trois nouvelles épistolaires, écrites sous la forme d’un échange de lettres, et non de mails, pour redonner au temps de l’attente sa dimension romanesque, Anna Gold joue sur le suspens ainsi créé pour faire appel à notre imaginaire et susciter notre intérêt. Qui ne s’éteint pas tout au long de la lecture et est récompensé chaque fois d’un bel effet de surprise.
    Dans la première lettre de la première nouvelle éponyme déposée sur le pare-brise de la voiture d’un homme qui s’adonne au sport dans une salle dévolue à l'entretien physique du corps, une femme manifeste son désir de nouer une correspondance à distance avec lui…  
    Si l’échange de lettres qui va suivre laissera peut-être deviner à certains le nœud de l’intrigue, la dernière missive, elle, fera certainement mouche par son caractère soudain et particulièrement touchant.

    Dans la seconde nouvelle, Des maux d’amour, une vieille aristocrate tente de renouer dans une suite de lettres qui restent d’abord sans réponse le lien avec sa fille qu’elle n’a plus revue depuis vingt ans après que la jeune femme a fui le château familial... Là aussi, les deux lettres qu’elle recevra feront s'effondrer, tel un château de cartes, toutes les illusions d’une existence.

    La troisième nouvelle, Les enjeux de l’amour, met en correspondance deux  hommes. Un homme d’aujourd’hui, dépassé par les changements de règle en vigueur dans les relations homme-femme où la gent féminine aurait pris l'ascendant, et un « spécialiste des femmes » italien dont nous ne dévoilerons pas l’identité ; le premier va quémander les conseils du second à travers les siècles…

    Les trois nouvelles s'inscrivent dans la continuité de l’œuvre, surtout théâtrale (les lettres ne sont-elles pas le lieu d’une mise en scène d’un sentiment, d’une manœuvre d’approche?), d’un Marivaux au motif que les époques n’altèrent pas l’amour : les sentiments, les émotions, les sensation traversent les âges, seuls les codes changent au fil du temps et ce, sans entraver les constantes qui ont établi les fondements de l’amour.

    La maison d’édition a particulièrement soigné l’enveloppe de ce recueil de lettres d’autant plus qu’il reste malgré ce traitement d’un prix très abordable. Outre ses qualités intrinsèques, il constituera à coup sûr un excellent présent pour, à l’occasion d’une fête ou l’autre dont l’époque est friande, renouer le lien avec un être cher dont on est sans nouvelles ou réinstaurer ce type de communication à distance, beaucoup moins usité à l’ère des messages électroniques, qui permet un retour aux jeux par trop négligés de la séduction et du hasard.

    Éric Allard

    Le livre sur le site de l'éditeur

    Le site d'Anna Gold

  • MAUX D'AUTEURS, VICES DE LECTURE et autres calamités littéraires

    ce4b0a3ecd200b530dd358a732519b19.jpgToutes les auteures en jupe courte n’écrivent pas de la littérature majorette !

    (non à l'amalgame)

     

     

    La plume de l’Oulipien est toujours d’équerre.

     

     

    L’abus de lipogrammation pourrait conduire à l’extinction des Lettres.

     

     

    Entendons-nous bien, dit ce libraire à l’auteur, j’accepte de vous présenter dans ma librairie si vous promettez ce jour-là de ne lire vous-même aucun extrait de votre livre.

     

     

    La littérature, je m’en branle, a déclaré cet enseignant résolument plus onaniste que romaniste.

     

     

    La littérature prime jeunesse devrait enfin penser à commercialiser des livres en peluche et à développer une ligne d’auteurs tout doux au toucher…

     

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    Cet éditeur hanté par le t ne publie que des aureurs.

     

     

    Ma mère, avec sa grandeur d'âme, a refusé le Nobel de Littérature pour ne pas faire de l’ombre à mon père qui, une semaine plus tôt, venait de remporter le Prix Marchepied-Trissotin.

     

     

    Tous les écrivains qui roulent au volant d'une soucoupe volante grise n’écrivent pas de la science-fiction plombante.

    (non à l'amalgame) 

     

     

    Le rêveur au carré rêve qu’il rêve, l’écrivain au carré écrit qu’il écrit, l’écrivain rêveur au carré rêve qu’il publie.

     

     

    Un auteur sans livre auquel ne manque qu'un éditeur...

     

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    Cet auteur très prolifique publie un gros volume sobrement intitulé: BIBLIOGRAPHIE. À paraître du même, le très attendu: FUTURES PARUTIONS.

     

     

    Toutes les poétesses légères ne sautent pas au cou du premier éditeur velu. (non à l’amalgame)

     

     

    - Un secret d’écriture, une manie d’écrivain ?

    - Je ne peux écrire qu’en martyrisant mon éditeur.

     

     

    J’écris des calligrammes en forme de poème.

     

     

    J’écris vit puis je me barre.

     

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    La conservation de l’aphorisme : rien n’excède deux lignes, rien n’est développé, tout se joue dans un mouchoir de mots.

     

     

    Le directeur de publication des Éditions du Nuage pâle ne supporte pas l’éditeur des Nuées blanches, on ne mélange pas la littérature amérindienne avec la littérature spectrale.

     

     

    J’aime mieux ton bec-de-lièvre que mes livres écorchés.   

     

     

    Cet écrivain de l’entrejambe ne peut pas voir en peinture le chroniqueur du trou-du-cul, on ne mélange par le général et le particulier.

     

     

    Tous les auteurs en culotte courte n’écrivent pas de la littérature jeunesse ! (non à l'amalgame)

     

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    Cet écrivain de métier aspire à la retraite afin de se consacrer tout entier à l’enseignement.

     

     

    Tous les écrivains à la noix ne cassent pas une patte à un canard de critique littéraire. (non à l’amalgame)

     

     

    Pas un jour sans cent lignes!, se dit cet écrivain en herbe déjà rebelle collé en retenue.

     

     

    Tous les chats d’écrivain ne s’appellent pas Bébert (non à l’amalgame)

     

     

    Un stylo s’est ouvert la mine avec son capuchon: préparez vos buvards !

     

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    à suivre...

    E.A.