14/12/2014

IL Y A QUELQUE CHOSE DE COMPTÉ DANS L'AIR par Philippe LEUCKX

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Il y a quelque chose de compté dans l'air. Qui broie. Efface. C'est un tumulte léger au cœur. Parfois, juste un repli.
Souvent une souffrance.

 

 

 

Je connais à peine le nom de la lumière. A peine son écho au cœur.
Je sais seulement l'heure où elle m'appartient, quand les rumeurs fondent.
Elle résiste sous l'ombre qui la cueille en silence.

 

 

 

Parfois, le soir venu, s'aiguise quelque crainte égarée. L'ombre a ses rumeurs. Les rues leurs cernes et leurs lueurs.

 

 

 

La nuit couvre les murs d'épaules fugaces. Sans doute l'air lève-t-il à plus de sérénité, maintenant que les voix se sont retirées et que seul le vent nous range parmi les ombres.

 

 

 

Il manque le bleu des profondes nuits, encavées au cœur
La surprise d'un simple poème cousu de silences.
Le vœu d'une parole pour qui ne peut l'entendre.

 

 

 

Photo: "Lumière d'hiver" de Benjamine Scalvenzi

13/12/2014

LECTURES DIVERSES, LECTURES D'HIVER

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002060587.jpgCOMMENT J'AI VIDÉ LA MAISON DE MES PARENTS (Pointsde Lydia FLEM est un essai autobiographique de première importance. Une véritable psychanalyse des lieux intimes, des poids, des regrets, des souvenirs familiaux.

Là où la suprématie des objets à ranger, à classer, à éliminer joue aussi son rôle de révélateur émotionnel, l’écrivain belge dévoile les ressorts de ces attachements qui font de toute vie un réservoir d’objets et de médailles de toutes sortes.

Une archéologie familière a donc lieu sous nos yeux et l’auteur brave tous les tabous du conservatoire d’office. De quoi pourra-t-on se séparer sans déparer le souvenir ?Lydia-Flem-Photo-HV.jpg

C’est l’occasion de rappeler passé, filières familiales et de remonter les généalogies cachées dans les recoins et les carnets.

Ce beau livre de mémoire vive s’ancre loin dans la matière intime et nous force à rameuter tant d’émotions souvent cachées sous le flot des bibelots, dans l’haleine des derniers souffles et des mots qu’on n’a pas dits.

 

 

***

 

couv61206800.gifLE FEU de Henri BARBUSSE (Folioplus) reste l’insurpassable document sur les terribles tranchées du premier conflit mondial.images1.jpg

Le mémorialiste rappelle à lui lieux, tensions, personnages pour décrire, au plus juste, l’indicible, l’horreur quotidienne, les vermines, les bouillies infectes, les blessures.

Les troupes, ballottées d’un site à l’autre, trouvent vie et ampleur dans ce livre où se croisent les destins les plus communs comme les plus extraordinaires. Chaque individu émerge avec sa langue, ses tics, ses humeurs, et la beauté terrible du livre y puise une authenticité de haut vol.

Ce livre a la force de l’histoire et l’inventivité des romans vrais. Il est à conseiller à tous ceux qui veulent autre chose que les clichés et les poncifs d’un conflit, qui est ici haussé au statut de la tragédie imparable.

21:12 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

10/12/2014

LES ÉLASTIQUES

date-elastique.jpg   Quand les élastiques ont commencé à me coller, j’aurais dû m’inquiéter, prendre mes distances.

   Mais je trouvais cela sympathique. (J’ai la manie de trouver le monde sympathique.)

   Après un moment, j’étais devenu une sorte d’arbre à élastiques. Je l’ai compris le jour où dans un magasin des vendeuses sont venues s’approvisionner en fils sur moi pour faire tenir ensemble Dieu sait quoi. Ma vision était désormais conditionnée par les élastiques (je voyais la vie en asiatique) et je pesais une fois et demi mon poids. J’ai consulté un spécialiste qui m’a dit que je devais me débarrasser de cette fourmilière avec un puissant élacticide.

   Je n’oublierai jamais le jour où eut lieu l’opération. Des millions d’élastiques moururent. Mais leurs descendantes ne me le pardonnèrent pas. J’eu beau donner des conférences dans leur habitat respectif pour expliquer mon geste, un geste de survie, en somme... J’étais devenu l’ennemi numéro un, l'objet d’attaques de bandes élastiques incessantes.

   Comparée à mon épreuve, celle de BHLastic face aux assauts répétés du Gloupier fut une sinécure. D’ailleurs, ayant pris connaissance de mon supplice journalier, l’auteur de La Barbarie à visage élastique s’était fendu d’un article dans sa revue La Règle du jet, à laquelle Le Gloupier est secrètement abonné, ce qui valut un dernier entartage géant du réalisateur du Jour et l’Astic auquel cette fois il ne résista pas malgré les efforts conjugués d’Ariélastique Dombasle et d’Alain Delombre pour l’extraire d’une montagne de crème.

   Depuis, à l’instar de Salman Rushtic, je fuis les milieux élastiques et me contente d’habiter des lieux mous, sans vie et sans rebond. Je m’encahoutchoute. Au moindre mouvement suspect, je tressaute encore à l’élastique et m’effondre au plafond de mon étroit logement. On me recueille en latex. Pour tout dire, j’ai gardé par-delà toutes ces aventures une amitié inaltérable avec un rusé et rude élastique qui me donne encore assez de plaisir pour ne pas penser à m’envoyer en l’air.

 

16:39 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

08/12/2014

Le discours de Patrick MODIANO, Prix Nobel de Littérature 2014

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 " Un romancier a souvent des rapports difficiles avec la parole... Un romancier est plus doué pour l'écrit que pour l'oral... Il a l'habitude de se taire... Il a une parole hésitante à force de raturer ses écrits... Seule la lecture de ses livres nous fait entrer dans l’intimité d’un écrivain et c’est là qu’il est au meilleur de lui-même et qu’il nous parle à voix basse sans que sa voix soit brouillée par le moindre parasite. "


L'intégralité du discours est à lire notamment ici 

22:11 Écrit par Éric Allard dans Partage | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

NEW ORLEANS en quelques chansongs

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22:11 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

07/12/2014

ACADIENS... CAJUNS + NEW ORLEANS par Denis BILLAMBOZ

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Acadiens…cajuns

  

Ils étaient partis Acadiens

Occupants indésirables

D’un pays par eux façonné

Pour être jetés Cadiens

Sur les terres instables

D’un marais inhospitalier

Je les ai rencontrés Cajuns

Hôtes amicaux et affables

N’ayant jamais oublié

Leurs lointains cousins

De la patrie natale

Dans la liesse retrouvés

Désormais Américains

Citoyens respectables

Ils appellent notre amitié

Sous la statue d’Evangeline

Icône inaltérable

D’un peu peuple « dérangé »

 

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New Orleans

  

Souffle gars

Souffle ta musique

Pour ceux qui sniffent

Dans les rues

 

 

Souffle gars

Souffle tes trilles

Pour ceux qui cuvent

Dans les bars

 

 

Souffle gars

Souffle tes rips

Pour ceux qui dorment

A la belle étoile

 

 

Souffle New Orleans

Souffle ton blues et ton jazz

Pour ceux qui oublient

Leur misère sous tes cieux

 

 

Souffle steamer

Souffle ta vapeur

Pour raconter aux touristes

L’histoire du Mississipi

 

 

Souffle ta musique

Souffle ta vapeur

Souffle ta brise fraîche

Pour que Katerina plus jamais ne souffle

 

 

Illustration: L'Arrivée des Acadiens en Louisiane par Robert DAFFORD

17:56 Écrit par Éric Allard dans Textes de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

LA RÉSURRECTION DE FABIOLA et les premières conséquences politiques

fabiola_belga.jpg?maxheight=380&maxwidth=568&scale=both&format=jpgLe dimanche, elles se rendirent au château de grand matin [avec quelques autres] en apportant les gaufres de Bruxelles qu'elles avaient préparées. Elles entrèrent au château, et découvrirent que la bière avait été ouverte mais elles ne trouvèrent pas le corps de Fabiola de Mora y Aragón.  Comme elles ne savaient que penser de cela, voici que deux hommes, Mgr Leonard et Saint Nicolas, leur apparurent, habillés de vêtements resplendissants.
Saisies de frayeur, elles tenaient le visage baissé vers le sol. Les hommes leur dirent: «Pourquoi cherchez-vous parmi les mortes celle qui est vivante? Elle n'est pas ici, mais elle est ressuscitée. Souvenez-vous de ce qu'elle vous a dit, lorsqu'il était encore à Madrid: Il faut que le Femme de Baudouin soit livrée entre les mains des Bruxellois en liesse & en grève, qu'elle meurt un vendredi cinq et qu'elle ressuscite le troisième jour.»
Elles se souvinrent alors des paroles de Fabiola.
À leur retour du tombeau, elles annoncèrent tout cela à ceux du onze rue de La Loi et à tous les autres. Celles qui racontèrent cela aux ministres étaient Jacqueline Galant, Marie-Christine Maerghen et Christine Defraigne et les autres femmes qui étaient avec elles.
Mais ils prirent leurs discours pour des absurdités, ils ne crurent pas ces femmes.
Cependant, Charles se leva et courut au Château du Stuyvenberg. Il se baissa et ne vit que la bière ouverte et les gaufres de Bruxelles encore chaudes ; puis il s'en alla chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé. Il répudia Jan Jambon, Théo Vrancken et même Olivier Chastel. Charles démissionna et prit sa carte au CDH où il milite maintenant en faveur de la présidence de Benoît Lutgen à la Région Wallonne ainsi qu’à la Fédération Wallonie-Bruxelles.

 

Article rédigé avec l’aide du stagiaire Luc, doué pour les Écritures.

06/12/2014

UN DOUX LIT POUR LES INTÉGRISTES

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Au Bengladesh comme au Pakistan, les conflits locaux et les guerres de libération ont créé des conditions très favorables à l’instauration d’un intégrisme religieux très rigoureux et très vindicatif, ceux qui ont souffert sous les potentats locaux ou sous la botte des envahisseurs anglais, indiens et pakistanais notamment, veulent leur revanche et trouvent souvent le moyen de l’obtenir en ralliant les forces constituées par les ultra religieux qui promettent plus d’égalité sur terre et la rédemption dans l’au-delà. Un thème qui replonge hélas au cœur de l’actualité avec les conflits sanguinaires qui enflamment le Moyen-Orient et assassinent des innocents qui n’avaient que le tort de croire encore à certaines limites dans l’inhumanité.

 

9782264052957.JPGLA SAISON DES MANGUES INTROUVABLES

Daniyal MUEENIDDIN (1963 - ….)

Au cœur du Pakistan, entre Lahore et Islamabad, après l’indépendance et la partition, à travers une série de nouvelles, l’auteur raconte la geste de la richissime famille KK Harouni et de ses très nombreux serviteurs. Une galerie de portraits hauts en couleurs et en saveurs pour mettre en scène tous les vices qui corrompent cette société de grands féodaux qui n’a pas su gérer l’héritage britannique et qui a préparé le lit des intégristes.

La corruption est déclinée sous toutes ses formes : collusion, trafics et abus d’influence, concussion, pression de toutes sortes, et tout ce qui est nécessaire pour maintenir cette caste féodale aux pouvoirs au détriment des petites gens qui voient leur situation se dégrader de jour en jour sous l’œil parfaitement indifférent de ces barons hautains et inaccessibles. Même l’amour et les mariages ancillaires ne permettent aucunement de franchir les barrières entre les castes, l’ascenseur social est définitivement grippé. « Ma famille n’est rien, Je n’ai qu’à obéir ». Mais, le danger frappe à la porte de ses seigneurs anachroniques, les nouveaux enrichis de la filière industrielle les contestent de plus en plus sérieusement et menacent de les reléguer dans les champs de l’histoire.images?q=tbn:ANd9GcQ5zv2WkLArlkxOClnus96ajvHBHFhN6EeHx7rEtJ16Bqv2grDcrQ

On dirait que l’auteur, sujet pakistano-américain, cherche à pointer le doigt sur cette caste qui a accaparé fortune et pouvoir, sans jamais se préoccuper de son peuple, sombrant dans une décadence irréversible où même les histoires d’amour ne sont plus possibles. Roméo et Juliette n’ont pas plus de chance à Lahore ou Islamabad qu’à Vérone et Mueenuddin nous fait bien comprendre que la passion n’est qu’un état éphémère, un luxe, qu’il faut vite déguster avant que la réalité rattrape le rêve.

L’ambition et l’espoir n’appartiennent pas à ce monde, seule la résignation est envisageable, il ne faut pas vivre au-dessus de sa caste pour ne pas attirer le malheur. « Il lui avait donné de quoi vivre au-dessus de son état et de quoi espérer, trop d’ailleurs ».

 

1344001-gf.jpgUN BON MUSULMAN

Tahmina ANAM (1975 - ….)

Sohail et Maya, un frère et une sœur très proches, sont séparés une première fois quand la guerre pour l’indépendance du Bengladesh éclate, Sohail prend les armes pour libérer son pays de l’emprise pakistanaise et Maya rejoint les services sanitaires pour soigner les blessés et notamment les femmes victimes de maltraitances et de viols de la part des soldats ennemis. Elle les aide à se reconstruire et souvent à se débarrasser de l’enfant ennemi qu’elles portent et que personne ne veut, pas plus le chef charismatique de l’Etat en construction, que la société en général et que les familles en particulier.

Le roman de Tahmima Anam raconte le chemin de ce frère et de cette sœur que les événements ont séparés, ces deux routes parallèles qui se sont brusquement écartées après la fin de la guerre d’indépendance et qui se rejoignent quand la femme de Sohail décède et que Maya retrouve son frère pour l’accompagner dans son deuil. En 1977, Maya est partie brusquement pour un long périple et finalement se fixer dans un dispensaire où elle a aidé les femmes victimes de grossesses à répétition et souvent très seules au moment de l’accouchement. Elle sauve ainsi de nombreuses vies pour compenser, pense-t-elle, celles qu’elle a détruites en aidant les femmes violées par l’ennemi à avorter. Quand elle rentre à Dacca, en 1984, elle ne reconnait pas on frère qui a sombré dans un islamisme ultra rigoriste totalement contraire à leur mode de vie antérieur et fondamentalement opposé à sa lutte pour l’émancipation des femmes. Elle essaie alors de le sauver de cet enfermement dans une posture religieuse obscurantiste mais il se réfugie dans les contraintes que lui imposent sa pratique et les missions qui lui sont confiées. Maya pense pouvoir sauver la famille de l’enfermement dans la religion en prenant en charge l’éducation du fils attardé de son frère mais celui-ci l’interne dans une madrasa où il est mal traité. Le frère se réfugie dans un religion qui relègue les femmes au rang des utilités reproductrices alors que la sœur livre un véritable combat contre les hommes qui détruisent les femmes sous des prétextes les plus fallacieux. « Au début, tout va bien, mais vient un jour où leur égo se fragilise et vous devez passer le reste de votre vie à les serrer dans vos bras pour qu’ils se sentent mieux. Et là c’est votre vie à vous qui devient merdique ».

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Ce roman c’est l’histoire de la fondation du Bangladesh, un pays neuf, nouveau, révolutionnaire, qui a combattu la tutelle du Pakistan et qui s’est transformé en une dictature religieuse encore plus contraignante que l’occupant pakistanais. Cette histoire est racontée en deux temps qui se confondent souvent : au début des années 1970, après la victoire, quand les combattants sont rentrés victorieux mais beaucoup moins nombreux qu’au départ, souvent blessés et toujours très marqués dans leur être par les atrocités qu’ils ont vécues ; et vers les années 1984 et 1985 quand Maya est revenue à Dacca après le décès de l’épouse de Sohail. Tout a basculé dans la guerre, les amis ne sont plus comme avant, la ville a été transformée. Maya veut reprendre la lutte en écrivant dans un journal révolutionnaire alors que le frère digère les horreurs de la guerre dans la lecture du Coran. Toute la difficulté de construire une nation unie avec un peuple bi ethnique fortement marqué par deux religions très opposées.

Comment reconstruire un peuple soudé avec des êtres détruits par les horreurs de la guerre, stigmatisés par le poids de la culpabilité, Sohail n’a pas tué que des ennemis, Maya a participé à de nombreux avortements. Ils sont à l’image de ce peuple à la dérive que seuls la religion, la dictature, l’exil et la recherche de l’argent frivole semble pouvoir guider. Ces deux destinées, ces deux combats contraires, que tout oppose, pourront peut-être retrouver une route commune, un avenir possible quand tout ce qui a été tu sera dit, quand justice sera faite et qu’on pourra pardonner ou condamner.

Pour sûr un livre intéressant qui évoque de très belle manière, dans une construction ambitieuse, l’accouchement d’un pays nouveau à travers la destinée de ce frère et de cette sœur, seul regret, le texte qui s’égare parfois dans des péripéties qui ne concernent pas vraiment le sujet fondamental du livre et qui rendent ainsi le récit un peu lourd et un peu brouillon. L’auteure aurait gagné à rester plus strictement concentrée sur son sujet principal, la construction littéraire du texte et la forme parabolique du récit suffisaient à constituer l’originalité de ce roman sans y ajouter quelques digressions plus encombrantes qu’enrichissantes.

13:01 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

05/12/2014

DES PILES DE PILULES

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J’ai des piles de pilules

et pas la moindre pastille

pour voir clair dans ma nuit.

 

Du cachet, c’est cher

et je suis pauvre  

en comprimés de lumière.

         

         Réduit à me médicamenter

 chez le marchand d’images,

                 le trafiquant de reflets.          

 

Celui qui change

la poudre aux yeux

          en cire de bougie.

 

Enfin, je me mire

tel un cierge droit 

sous un feu de regards obliques.

 

Prêt à m’effondrer

comme un château de boîtes 

dans le miroir de la pharmacie.

 

           Pilules-Bouche-Medicaments-Cuillere-314x175.jpg

09:33 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

04/12/2014

LA LITTÉRATURE ENTRE DEUX PORTES

didacticiel-livre-feuilles-mortes-img.jpgOn relève chaque mois la disparition d’au moins quarante-cinq genres littéraires. Heureusement, il en naît régulièrement de nouveaux. La-littérature-entre-deux-portes, genre apparu cet été mais qui connaîtra, on l’imagine, son pic de notoriété cet hiver, n’est pas le moins singulier et certainement un des plus attachants. L’avantage sur les genres apparus récemment est qu’on peut la pratiquer sans planche de surf, avec des chaussures de marche normales mais surtout en charentaises. Elle se pratique rapidement, sèchement, avec un minimum d’effusion dans toute habitation modeste; c’est une littérature à portée des moins nomades. Je participe au mouvement.

Elle ne nécessite pas de s’attabler dans la même pièce mal aérée pendant de longues et ennuyeuses heures. Il s’agit d’échanger un haïku, un texte très bref ou un aphorisme entre les portes du salon et de la cuisine, de la chambre à coucher et de la salle de bain, de la cuisine et de la buanderie, sur le palier des waters. C’est comme souvent de la littérature consanguine qui se pratique entre écrivains de la même espèce. On rit, on ricane, on se plaint, on se lamente, on se moque, on se vante, on se vilipende, on se monte en épingle, on se pique, on se coupe de tout, on s’imagine ensemble sur les sommets (au grenier) ou plus bas que terre (à la cave) et ça noue les liens (avant de les dénouer sur un coup de tête, comme dans toutes les familles).

La-littérature-entre-deux-portes a déjà son prix d’automne qui sera évidemment décerné sur un Seuil venteux, peut-être enneigé, après un discours vite écrit, vite dit, et devant un public restreint, d’happy few conscient de vivre une expérience des limites, comme une flambée aussitôt éteinte qu’allumée. Un feu de Lettres mortes. Déjà je lorgne vers la littérature des grands espaces, de l’autre côté de mon jardin où m'adressent de grands signes des écrivains en parka ou boubou, coiffés d'un Stetson ou d'un chèche, cavalant sur un splendide étalon ou un vulgaire chameau...

01/12/2014

LA PROLIFÉRATION DES HISTOIRES

641239-un-robot-conteur-d-histoires.jpgCet écrivain publiait de façon exponentielle. Comme tout le monde, il avait commencé par un ouvrage. Puis deux la seconde année, quatre la troisième, huit la quatrième. Au bout de sa huitième année d’écriture, il en était à cent vingt-huit publications… Dans cet enchaînement terrible, il ne savait où donner de la tête, où puiser son inspiration. Il se replia sur lui-même et écrivit sur toutes les parties de son corps des histoires organiques, évidemment morcelées, qui parurent en épisodes de plus en plus rapprochés…

La mort le délivra de cette spirale infernale.

Mais après sa disparition, dans l’année qui suivit parurent sous son nom d’autres ouvrages poursuivant la série. On comprit que les auteurs du monde entier s’étaient réunis par-delà les frontières devenues, il est vrai, obsolètes (obsolettres ?), pour poursuivre le travail entrepris. Et que bientôt il n’y aurait plus sur terre assez d’humains pour servir cette œuvre colossale et dévorante. Viendrait le temps où il faudrait faire appel à des robots qui, eux-mêmes, seraient vite dépassés malgré la capacité numérique d’ordinateurs de plus en plus puissants. Avant qu’un jour, pas si lointain, la bulle romanesque n’éclate avec la fable du monde et l’affolement de tous les compteurs d’histoires.

28/11/2014

TROISIÈME SALON du LIVRE de CHARLEROI

Avec le soutien du Bourgeon (www.bourgeon.be), la Bibliothèque Marguerite Yourcenar sous la houlette de Serge Budahazi vous invite à son troisième salon des auteurs et éditeurs, L'Alchimie du livre.

Cette année, présence de Colette Nys-Mazure, d’Arnaud de la Croix et, en invité d’honneur, Jean-François Füeg !

Nouveauté : présence de plusieurs illustrateurs dont Laurent Dubois et d’un graveur, Marc Hubert ! Dans les deux salles du château, une cinquantaine d’auteurs et d’éditeurs…

Où ? Bibliothèque Marguerite Yourcenar, place Albert 1er, 38, à 6030 Marchienne-au-Pont
Facilité de parking
Quand ? Le dimanche 30 novembre entre 11 heures et 18 heures

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Avec Pascal Feyaerts, Carine-Laure Desguin, Carine Geerts, Pierre-Paul Nelis, Eric Allard, Salvatore Gucciardo, Alain Magerotte, Georges Roland, Claude Danze, Daniel Gaye, Micheline Boland, Louis Delville, Anne Lamot, Jean Destrée, Alain Bustin, Sandra Dulier, Rolande Michel, Nathalie Wargnies, Sandra Di Silvio, Pierre-Armand Cajot, Les Editions Azimuts Les Editions Le Coudrier, Les Editions Memogrames, Les Editions Mehari

 

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Quelques photos... signées Pierre Paul Nélis, Nathalie Wargnies, Carine-Laure Desguin.

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À l'année prochaine! 

20:02 Écrit par Éric Allard dans Rendez-vous | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

SOMMES-NOUS / Alain BASHUNG


Retour sur la genèse de Fantaisie Militaire

16:33 Écrit par Éric Allard dans Hey, man! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

23/11/2014

DOUZE POÈMES AU PAIN ET À L'EAU

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Sommes-nous la sécheresse
Sommes-nous la romance

 Jean Fauque & Alain Bashung

 

Au pain et à l’eau

 

Tu m’a mis

Au pain et à l’eau

 

J’avais trop de toi

Dans mes manières

Mes façons de penser

 

En me regardant

Tu me voyais

Tel que j’aurais vomi

 

Si j’avais mangé trop

De tes seins de ta peau

 

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Dans mon sirop

 

Tes doigts dans mon sirop

Martyrisent les fruits

De mon abnégation.

 

Vers quel animal cours-tu

Dans la jungle qui défait ses failles

Comme un regard se vide ?

 

L’ombre attachée à ton squelette

Rejoint la terre molle

Des apparences.

 

Striée de blanc

Une joue se confond

Avec un amas de silence.

 

Sans peine je pénètre

Le mécanisme de tes sucreries.

Le goût des autres me désole.

 

Et je fonds dans les cils

Qui en permanence

Surveillent tes regards

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Matières

 

Dans la valise du mort

Je découvre un passeport

En os de touriste.

 

À la grille du cimetière

Je fais cuire un cuistre

Avec des branches de squelette.

 

Dans l’église sèche

Je marque d’une pierre blanche

L’autel en papier mâché

 

Qu’un croyant désinvolte

En habit de tabac vert

Fume jusqu’à la crémation.

 

Avant de m’envoler

Pour l’autre bout du monde

Sur l’aile d’un abbé prometteur.

 

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Un poisson merveilleux


Quand elle écrase sur ma bouche

Un poisson merveilleux

 

Je rentre dans ma chambre

Où sur les murs j’ai punaisé

 

Des images de mer édentées

Des gâteaux de ses vieux cheveux.

 

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Le noyau

 

Quand le noyau

Coule

Dans le fleuve

 

Le noyé

Avale

La tasse

 

Mais où passent

Le fruit,

Et les secours ?

 

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Les beaux massacres

 

Avec une guerre par heure

Mes journées étaient devenues

Une bénédiction.

 

Ma vie un songe de soldat

Et je comptais les morts

Comme on effeuille les fleurs.

 

En redoutant déjà

La fin des hostilités,

L’armistice et les palmes,

 

Les décorations à la boutonnière,

Les cérémonies de prestige,

Ma place dans la grande histoire.

 

Mais j’avais pris soin de commettre

Quelques beaux massacres

Tout à fait minutieux

 

Qui m’assureraient, la paix revenue,

L’opprobre de chacun,

Une impunité de chaque instant.

 

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La température

 

Elle faisait bouillir

Dans ma bouche

Des baisers.

 

Elle prenait la température

Avec ses seins

Avec ses doigts de pied.

 

C’est plus chaud qu’un soleil

Qu’une échauffourée,

Disait-elle en grillant.

 

Mais tu vas brûler,

On va s’éteindre

Réciproquement.

 

Alors, c’était l’hiver

Mais les cheminées

Restaient brûlantes.

 

On jouait aux pompiers

Avec nos lances

Avec nos langues encore mouillées.

 

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Quelqu’un

 

Entre elle et lui

Quelqu’un installa

Une ceinture de sel.

 

Ils échangèrent

Par cette voie

Salaisons et baisers.

 

Sur la transaction

Quelqu’un prenait

Une commission.

 

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La maison de ton visage

 

Dans la maison  de ton visage

J’entre par la bouche

Je souffle par le nez

 

Je regarde par les yeux

Je sors par les oreilles

En rappel jusqu’à tes lèvres

 

Puis, du menton,

Je me jette sur tes seins

Je dévale je dévale

 

Je fais halte sur ton nombril

Je triangule et me circonférencie

Fatigué et heureux

 

Tes longues jambes

Me tentent bien

Et l’extrémité de tes pieds

 

Mais il me faut remonter

Pour être, à la fermeture des paupières,

Au chaud dans tes méninges.

 

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 Ta bouche

 

Ta salive

Sur ma peau

Ce reflet luisant

De ce qui sort de ta bouche

Sur ce qui m’appartient

En propre.

 

Et si tu es gentille,

Tu me cracheras au visage

Et je n’essuierai pas

Ces baisers esseulés

Qui sècheront

Comme ton amour.

 

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Tous mes chats

 

Tous mes chats

Ne réussissent pas à rassasier

De griffes ta peau.

 

Du sang coule en abondance

Des plaies trop étroites

Pour ménager un passage.

 

Alors l’éléphant de la dernière chance

Piétine un miaulement

Dans un éclat de lumière barbare. 

 

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Dans mes nuages


J’ai des choux

Dans mes nuages

Des choux à la crème solaire

 

Que j’étale

Sur la surface du ciel

 Pour le faire pommeler.

 

E.A. 

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18:06 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

BRUXELLES en chansons

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+

BRUXELLES EST UN VILLAGE de Claude SEMAL

(seulement les paroles, malheureusement)

 

17:29 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

BRUXELLES + VOYAGE FUTILE, par Denis BILLAMBOZ

Bruxelles

  

Place de Brouckère

Place Sainte Catherine

Place de la Bourse

Grand-Place

Bruxelles me tends ses places

M’attire dans ses tavernes

Où mes amis m’accueillent

Bière

Moules

Frites

Moules-frites

Bière

Bière encore

Bruxelles chancelle

Les livres attendront

Ce soir c’est fête

Fête à Bruxelles

Faite avec mes amis

 

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Voyage futile

  

Je manquais d’entrain

Je devais mon rompre mon train-train

J’ai pris le train

  

Le TGV pour la capitale

Une évasion vitale

Pour ma santé mentale

 

J’aime les halls de gare

L’odeur du départ

Les voyageurs qui s’égarent

  

J’aime traîner à l’hôtel

Vautré dans la flanelle

Sans penser à la bagatelle

 

J’ai flâné dans les avenues

A perte de vue

J’ai respiré les rues

 

Je n’ai rien fait

Je me suis distrait

J’étais satisfait

 

Voyage inutile

Evasion puérile

Satisfaction futile

 

Petit plaisir de la vie

 

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12:19 Écrit par Éric Allard dans Textes de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

22/11/2014

ROMANTISME GERMANIQUE

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Oui, je sais, ces textes sont d’un autre temps, dépassés, surannés mais mon Dieu comme ils sont beaux, je regrette qu’on n’écrive plus aujourd’hui des textes romantiques qui ne soient pas mièvres, sirupeux ou dégoulinants de bons sentiments bafoués. Je suis allé vers Zweig par curiosité et il est désormais fiché en moi comme l’un des maîtres du panthéon de mes auteurs préférés; plus je le lis, plus je l’apprécie, plus son talent m’enchante et me subjugue, et Keyserling fut une bien belle découverte, je crois que je retournerai vers lui à une prochaine occasion que j’espère pas trop lointaine car ses œuvres n’encombrent plus les rayons des bibliothèques. Quel plaisir de lire cette langue certes un peu vieillie mais tellement belle!

 

9782246098638FS.gifLA PITIÉ DANGEREUSE

Stefan ZWEIG (1881 – 1942)

Dans une ville de garnison, aux confins de l’Autriche et de la Hongrie, un jeune officier désargenté est invité chez un grand bourgeois local, croyant montrer son savoir vivre, il invite la fille de la maison à danser sans savoir qu’elle est infirme des jambes. Mortifié par sa gaffe et sa fuite précipitée du bal, il envoie des fleurs à la jeune paralysée qui lui pardonne cette invitation malencontreuse. Il devient rapidement un habitué de la maison où il apporte un rayon de soleil, la jeune fille l’apprécie beaucoup et le père manifeste de plus en plus d’intérêt à son égard sans qu’il se rende compte que la pitié qu’il éprouve pour la jeune fille et son vieux père l’aspire progressivement dans un piège qui se referme inexorablement sur lui. Croyant bien faire, il laisse abusivement la jeune fille et son père penser qu’elle guérira bientôt mais la frêle enfant ne se contente pas d’une promesse de guérison, elle exige aussi ce qu’il ne veut pas lui donner même s’il fait mine de lui céder.

Ce texte est évidemment une histoire d’amour d’un romantisme exacerbé, digne des amants de Mayerling, d’une tragédie grecque, un regard sur le handicap et le droit à l’amour pour ceux qui sont différents, mais c’est surtout une réflexion profonde sur la pitié et l’art de la prodiguer et plus généralement sur la vérité et l’usage qu’on peut en faire. Que peut-on dire ? A qui ? Quand ? Comment ? Toutes ces questions restent en suspens.

Ce roman est le seul achevé par Stefan Zweig, j’avoue que je préfère ses textes courts malgré la grande qualité de celui-ci, il domine brillamment son sujet même s’il a tendance à chahuter le lecteur en le bousculant trop souvent entre espoir et désespoir absolu. La situation est éclaircie mais non, elle s’assombrit, le processus est trop récurrent et tend à alourdir le récit. Mais quand on lit du Zweig, on ne se lasse pas, on regrette seulement, si comme moi on n’est pas germaniste, de ne pas pouvoir le lire en version originale surtout quand le traducteur utilise des formules qui semblent un peu hasardeuses. Tout dans cette histoire concourt à l’objet du livre qui est une vaste démonstration à facettes multiples, aucun événement ne figure par hasard dans le texte, chacun étaie, explicite, la vison, la théorie, les impressions,… de l’auteur.AVT_Stefan-Zweig_3326.jpeg

Ce texte a une autre dimension, plus large, il a été écrit juste avant la guerre de 1939/1945 - publié en 1939 - et son intrigue se situe juste avant l’autre guerre, celle de 1914/1918, et, bien évidemment, ce n’est nullement un hasard. Stefan Zweig adresse à travers cette histoire d’amour un message prémonitoire annonçant les événements apocalyptiques qui pourraient, selon lui, survenir. La jeune paralytique est à l’image de l’empire autrichien de 1914 englué dans son passé et ses traditions, dirigé par un vieil empereur cacochyme et l’auteur nous laisse penser que l’Autriche de 1939 n’est pas plus apte à faire face à la montée des dangers qui pointent à l’horizon de l’histoire. Le contexte historique de l’écriture du roman, comme le contexte de l’intrigue, l’époque où la psychologie progressait à pas de géants à Vienne, pèse lourdement sur le roman. Les personnages qui gravitent autour de la jeune fille sont presque tous des faibles qui ont cédé à des compromissions de diverses natures pour préserver leur confort, leur avenir, leur image, leur situation… On pourrait voir dans cette histoire d’amour non seulement un message prémonitoire mais aussi une dénonciation de la faiblesse des dirigeants, et de la société en général, qui ont laissé les barbares s’emparer du pouvoir. Les relents antisémites qui empestent le récit, étaient déjà fort nauséabonds en 1914 et l’étaient peut-être encore plus en 1939, Stefan Zweig ne pouvait plus respirer cette odeur, il avait déjà fui ailleurs et songeait peut-être à quitter définitivement ce monde de barbares.

 

514V62W9V2L._SY344_BO1-204-203-200_.jpgCOEURS MULTICOLORES

EDUARD VON KEYSERLING (1855 – 1918)

Aux confins de la Prusse et des Pays baltes, en Livonie, au tournant du XIX° et du XX° siècle, le vieux comte Hamilkar Wandl-Dux reçoit son ami le professeur et sa famille au milieu d’une cour de jeunes gens joyeux et plus ou moins amoureux de sa jeune et jolie fille, Billy, âgée de dix-sept ans seulement. Le plus empressé est sans doute le cousin Boris, un aristocrate polonais, qui parvient à convaincre la jeune fille de s’évader du château pour le suivre dans un grand amour. Mais, la belle comprend vite que son amoureux s’abîme dans un romantisme exacerbé et mortifère qui pourrait les conduire à jouer une nouvelle version de la scène funeste interprétée à Mayerling quelques années auparavant par Rodolphe et Marie. Elle parvient à s’échapper et à rejoindre le château où elle doit affronter sa famille et les conséquences de ses actes.

Une belle histoire d’amour champêtre, triste à mourir comme le quatuor à cordes de Schubert : « La jeune fille et la mort », une histoire d’amour empreinte d’un romantisme suranné qui dépeint une société décadente, une civilisation d’un autre temps, un monde en voie de transformation, une classe sociale en cours de disparition. L’auteur connait les événements de son temps et évoque non sans une certaine nostalgie une époque où les princes se tuaient pour l’amour d’une belle, il raconte cette histoire comme on déguste une dernière friandise en finissant le paquet. Le vieux comte a bien compris que son époque était révolue, que la nouvelle génération ne possédait pas les mêmes vertus que la sienne, qu’un temps s’était écoulé et ne reviendrait plus. « Ils sont incapables de vivre. On ne peut pas leur confier cette chose que nous nommons la vie. Une femme de chambre qui se laisse séduire par un palefrenier et s’enfuit avec lui sait ce qu’elle veut, mais ceux que nous élevons, …, sont de petits fantômes ivres qui tremblent du désir de s’échapper et qui, une fois dehors, ne peuvent plus respirer ». Les aristocrates ont capitulé, les masses laborieuses sont prêtes à leur prendre le pouvoir.Keyserling-H-075.JPG

On pourrait croire ce livre triste par ce qu’il raconte une histoire triste mais l’auteur ne sombre pas dans un romantisme désespéré, il croit en un autre monde, « la mort, cher professeur, …, reste pour nous incompréhensible parce que nous la mesurons à l’aune de la vie ». Ce que la belle Billy avait bien compris, elle contemplait « avec des yeux fiévreux le coucher du soleil avec dans son sourire le même impérieux espoir ».

Quel plaisir de pouvoir lire de temps en temps ces vieilles histoires empreintes d’un romantisme germanique débordant et de déguster ces textes écrits dans la belle langue que nous ne trouvons plus très souvent dans les textes qu’on propose à notre lecture. « Le tragique est triste, mais triste comme ses yeux, triste mais magnifique, plus beau que tout ce qui est gai ».

12:21 Écrit par Éric Allard dans Chansons pour les vacances | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | |

LE PREMIER COLLOQUE SINGULIER ENTRE CHARLES MICHEL ET BART DE WEVER

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    Comme chaque samedi depuis la nouvelle législature, le Premier Ministre a rencontré ce samedi 3 janvier 2015 à l’Hôtel de Ville d’Anvers le Président De Wever pour le premier  colloque singulier de l’année. 

    Rien n’est censé filtrer de l’entretien mais ce dont ont parlé les deux hommes est sur toutes les lèvres: 

-         Le transfert des cendres d’Yvan Mayeur  à Anvers après son assassinat par un policier bruxellois ivre durant les fêtes de fin d’année pour leur dispersion dans le port ;

-         Le calendrier de la décapitation de la famille royale, par ordre de succession au trône (pour une fois, Laurent sera privilégié, on parle même d’une grâce qui lui sera accordée en échange de la présidence de la Fondation des Crevettes Ostendaises) ;

-         La programmation des Joyeuses Entrées dans les villes du Pays du couple Jan Jambon & Théo Vrancken, nouveaux bourgmestres de Brussel en alternance.

-         La question de l’exil de Paul Magnette et du gouvernement wallon à Lille ;

-          Jean-Claude Marcourt, toujours en fuite, refoulé à coups de pierre de la Fédération des Entreprises Wallonnes où il n’a pu trouver refuge, blessé et rendu plus dangereux encore ;

-         La destruction par le feu de la forêt ardennaise dans lequel s’est réfugié Benoît Lutgen et une partie de son cabinet ;

-         La nomination de Jean-Marc Nollet au poste de président du protectorat flamand de la région photovoltwallique.

     Autant de sujets sur lesquels, à la sortie de sa rencontre avec le président, Charles Michel s’est montré « serein et résolu », comme à son habitude. À la question de savoir s’il ne craignait pas un changement de premier ministre au cours du trimestre, il a déclaré qu’il avait toute la confiance du président et qu’il conduirait toutes les réformes qu’il avait promis de mener lors du colloque singulier du 24 décembre 2014 à minuit.

     Quand on lui a demandé quel sort il réservait au bouillant Denis Ducarme passé au PTB après avoir été invité, le jour de la Saint Nicolas, pour un lavage de cerveau idéologique déguisé en dégustation de vin bulgare en provenance des caves de Ceaucescu, Charles Michel a déclaré qu’il faisait confiance dans les purges de son Nouveau Pays et que Jean-Charles Luperto, nouveau transfuge du MRVA après avoir été lavé de tout soupçon dans les affaires de mœurs pour lesquels il avait été soupçonné, remplacerait avantageusement le félon dans son rôle de porte-parole.

     C’est avec un large sourire (popularisé avant les fêtes par l’humoriste François Pirette, désormais pitre officiel de la prison de Saint Gilles) qu’il s’est engouffré à l’arrière de son  véhicule après qu’on lui eut retiré les menottes de sécurité (Bart de Wever ne supportant plus la vue de mains libres) qui l’ont hélas empêché de nous donner une poignée de main franche et amicale.

19/11/2014

LES AUTEURS AU SOMMET par Gaëtan FAUCER

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Boileau et La Fontaine ne buvaient pas que de l'eau...

 

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Quelques mots passants sont de bonnes nouvelles 

 

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Jean Racine tes vers tragique

 

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La Bruyère enfumait Malherbe.

 

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La Bruyère avait également la main verte !

 

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Rimbaud, l'infatigable balladeur !

 

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Eric à l'art de mener ses belles phrases.

 

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Stendhal devait aimer le jambon de Parme.

 

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Victor Hugo le boss

 

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Et dire que la Martine ne m'excite pas du tout...

 

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Baudelaire et ses mots dits.

 

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Un mari vaut d'âges...

 

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Les mousquetaires descendent du mât !

 

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Mallarmé était bien armé de maux.

 

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Verlaine et ses vers en soi.

 

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Madelaine proustine sous la dent !

 

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Quelle misère dans ce zoo là !

 

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Balzac était honoré de sa comédie humaine.

 

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Montaigne aimait les vacances à la mer.

 

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L'important c'est d'être constant disait Oscar à Benjamin.

 

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Il se rendait souvent au bal Musset.

 

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Villon n'était pas un crétin de Troyes.

 

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Chateaubriand était peut-être végétatien...

 

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Quand Alfred Jarry eût bu jusqu'à la lie.

 

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"Les Fourberies imaginaires" de Molière

 

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Et Pagnol qui adulait les chiens !

 

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Sartre ne voyait pas grand chose, malgré qu'il aimait Beauvoir !

  

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Jean Marais chantait souvent coq tôt !

  

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Confucius et son compagnon là haut dessus.

  

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Sartre a écrit les Mains sales de ses propres mains.

 

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par Gaëtan FAUCER 

La page Facebook de Gaëtan Faucer

Faucimage

Sa pièce "Sous le pont" sera jouée à la Péniche Fulmar Milleneufcenttreize 

les 11, 12 et 13 décembre.

Avec Jean-Pierre Wallemacq et Amandine Carlier

15:24 Écrit par Éric Allard dans Les beaux aphorismes | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | |

16/11/2014

AU SALON DE L'APHORISME

 

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Au Salon de l’Aphorisme, l’invité d’honneur est un auteur de contes brefs.

 

 

Au Salon de l'Aphorisme, les exposants jouent à la courte phrase.

 

 

 Au Salon de l'Aphorisme, rien de textuel.

 

 

Chaque année, le Prix Grain de Sel récompense un auteur d’aphorismes.

 

 

J’ai connu un auteur d’aphorismes qui sla(lo)mait entre les virgules.

 

 

La Nuit de l’Aphorisme sera courte ! *

 

 

L’auteur d’aphorismes policiers ne s’embarrasse pas d’intrigue, il va droit au crime.

 

 

Le grand regret de ce Nobel de littérature est de ne pas avoir réussi à écrire un seul aphorisme.

 

 

L’auteur d’aphorismes policiers ne peut pas piffer l’auteur d'aphorismes de science-fiction, de même que l’auteur d’aphorismes sans queue ni tête fait flipper l’auteur d’aphorismes autotome.

 

 

Cet auteur d’aphorismes de science-fiction situe l'action  de ses micro-récits dans la minute suivante.

 

 

En mathématiques, les aphorismes s’appellent des théorèmes.

 

 

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À l'issue de l’Académie Scutenaire, les vingt participants devront avoir écrit un aphorisme à quarante mains.

 

 

Les aphorismes érotiques peuvent provoquer un frémissement d’érection.

 

 

Quand l’auteur d’aphorismes donne sa langue au chat, il n’est pas loin de commettre un tweet.

 

 

Quand l’auteur d’aphorismes sera grand, il sera romancier. 

 (Attention toutefois aux généralités : un auteur d’aphorismes peut-être romancier à ses heures éperdues.)


 

Les auteurs d’aphorismes qui se la pètent se feront embiscuités

 

 

Le vert absinthe des auteurs d’aphorismes académiques.

 

 

Un aphorisme anarchiste dans le discours royal.

 

 

Un aphorisme noyé dans un roman-fleuve.

 

 

Le jet d'encre du fouteur d'aphorismes tient dans un dé à coudre.

 

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On ne sait pas de quel bon mot vient ni vers quel roman bref va l’auteur d’aphorismes, sa maxime accomplie.

 

 

J’ai vu un auteur d’aphorismes s’abreuver à une sourcelettre.

 

 

César aurait compressé les aphorismes de Picabia en une phrase tarabiscotée.

 

 

Le vers solitaire est-il à l'origine de tous les aphorismes ?

 

 

J’ai fait les poches d’un mot-valise avant son embarquement pour un roman au long cours.

 

 

Je connais plus d’un auteur d'aphorismes qui vous emmène loin avec ses mots-valises.

 

 

Raccourci, l’auteur d’aphorismes donne encore une épitaphe.

 

 

On peut penser que chez certains auteurs d'aphorismes le point final est un coup d'arrêt qu'ils imposent à leur imagination débordante. 

 

 

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Dans cette célèbre lignée d’auteurs d’aphorismes, on trouvait un romancier pendu à une branche pourrie de l’arbre généalogique.  

 

 

Le nègre de l’auteur d’aphorismes n’est tout de même pas clair.

 

 

L’auteur d’aphorismes reverse tous ses droits d’auteur dans le tronc de la petite chapelle où il allume des cierges avec ses phrases de bout de chandelle.

 

 

Cet auteur d’aphorismes attribue à ses écrits des titres plus longs que ses phrases.

 

 

L’auteur d’aphorismes qui, à chaque parution, utilise les services d’un préfacier et d’un postfacier n’en fait-il pas trop ?

 

 

Les pensées médicales de Pierre Doc

 

Les pensées théâtrales de Pierre Dux

 

Les pensées nobles de Pierre Duc

 

 

À l'atelier d'écriture d’aphorismes, il suffit d’un bon mot pour lancer la séance.

 

 

De moins en moins de chercheurs d’aphorismes travaillent dans les mines de crayons ; les nouveaux arpentent le net à l’aide d’un clavier et d’une tablette.

 

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Tous les auteurs d’aphorismes qui usent de mots d'oiseaux ne volent pas dans les plumes des romanciers.

 

 

Lors des lectures publiques, avez-vous remarqué que les auteurs d’aphorismes sont moins mots dits que les auteurs de romans ou de poèmes tholoméens ?

 

 

Il ne faut pas prendre chaque phrase d’un auteur  ordinaire pour aphorisme comptant.

 

 

L’auteur d’aphorismes n’aime pas développer, il est généralement tout d’une pièce.

 

 

Pourquoi l’auteur d’aphorismes roulerait-il forcément en Mini-Morris ? C’est complètement Peugeot comme réflexion. 

 

 

Tous les moteurs d’aphorismes ne baignent pas dans l’huile de virelangue.

 

 

Connaît-on beaucoup d'auteurs d’aphorismes se prénommant Maxime ?

 

 

Il n’y pas d’emphrase chez l’auteur d’aphorismes.

 

 

Chaque soir, l’auteur d’aphorismes lit, pour l’endormir, un apophtegme à son enfant en détachant bien toutes les lettres.

 

 

Un auteur d’aphorismes célèbre : « J’ai peur que mon fils ne tombe dans l’écriture de roman. »

 

 

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Cet auteur d’aphorismes possède des fonds de tiroirs de phrases inachevées.

 

 

J’ai connu plus d’un lecteur d’aphorismes sourd aux appels de sirènes des romanciers.

 

 

Le lecteur d’aphorismes n’est pas obligé de retenir un aphorisme pour comprendre le suivant. 

 

 

J’écris raroman des aphorismes.

 

 

Contrainte oulipienne 1 : écrire un aphorisme avec tous les signes de ponctuation. 

 

Contrainte oulipienne 2: écrire un roman dune seule phrase sans sappeler Beauregard (J’aime), Emond (La danse du fumiste), Enard (Zone), Guyotat (Eden, Eden, Eden & Tombeau pour 500 000 soldats) Hrabal (Cours de danse pour adultes et élèves avancés), Sénécal (Contre Dieu), Simon (L’herbe), Sollers (Paradis)…

 

 Contrainte oulipienne 3 : écrire un seul bon aphorisme.

 

 

L’auteur d’aphorismes est-il un éjaculauteur précoce ?**

 

 

L'auteur d'aphorismes vit un enfer quand il en est réduit à écrire sur des Post-Styx.

 

 

On n’écrit pas impunément des aphorismes, on le paiera un jour d’un roman-fleuve.

 

 

Dans l’écriture d’aphorismes, il n’y a pas que des millimaîtres. *

 

 

Bref, j’ai écrit un aphorisme !

 

 

 Éric ALLARD (jusqu'à preuve du contraire)

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 * D'après une idée et un projet de Jean-Philippe Querton, éditeur de la collection des P'tits Cactus qui propose à petit prix des recueils de maîtres de l'aphorisme contemporains, qu'on retrouve également sur le net (blogosphère & Facebook) dans leur production régulière - voir ci-dessous.

La collection des P'tits Cactus (liens à copier/coller):

http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

Les momoqueurs 2014 de Jean-Philippe QUERTON:

** Dans lesquels on peut lire cet aphorisme dont j'ai dû involontairement m'inspirer après l'avoir lu:  "Les auteurs d’aphorismes sont les éjaculateurs précoces de la pensée. » (JpéQ)

http://jeanphilippequerton.e-monsite.com/pages/momoqueurs/aphorismes-2014.html

Les irréflexions d'Éric DEJAEGER:

La page Facebook de Paul GUIOT:

Edouard NICOLAS

Blog: http://fleursmusicolores.skynetblogs.be/

Page Facebook: https://www.facebook.com/Edouard44?fref=ts

La page Facebook de Jean-Louis MASSOT:

https://www.facebook.com/jeanlouis.massot?fref=ts

La page Facebook de Pierre DESAGRE:

https://www.facebook.com/pierre.desagre.3?pnref=story

La page Facebook de Jean-Philippe GOOSSENS:

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La page Facebook de Massimo BORTOLINI:

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La page Facebook de Georges ELLIAUTOU:

https://www.facebook.com/profile.php?id=100007384306920&fref=ts

L'AUTOFICTIF d'Éric CHEVILLARD qui, sur son site, propose quotidiennement depuis 2007 trois brèves:

http://l-autofictif.over-blog.com/

Et, sur ce blog, les aphorismes de Denis BILLAMBOZ, Gaëtan FAUCER...

15/11/2014

LES AVENTURES DE MORDICUS de Paul EMOND

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

large.jpgAux inventives éditions MaelstrÖm paraissent les « Aventures de Mordicus » de l’académicien belge, dramaturge et prosateur Paul Emond (1944-).

En petites saynètes et tableaux où l’humour fait des merveilles, le romancier raconte les aventures désopilantes d’un petit personnage, construction de langage, au nez fort long, au physique peu avenant et qui, durant tout le livre, multiplie les quêtes et forcément les échecs.

Ce récit m’a fait penser aux contes de Paul André, par leur habileté langagière, leur caractère ludique et enjoué.

L’écriture tire parti de toute une série d’effets et la narration – Mordicus est le narrateur – sa logique d’un style, tissé de situations prises au pied de la lettre et d’un langage qui génère des surprises et une forme de suspense.

On retrouve là l’intérêt de l’auteur pour les jeux linguistiques et les expériences littéraires : rappelez-vous « La danse du fumiste » (constitué d’une seule phrase).

Les titres des divers épisodes qui constituent le livre donnent assez l’atmosphère déjantée d’un ouvrage, magnifiquement illustré par Maja Polackova, qui pourrait s’adresser aux amateurs de contes dits merveilleux :

Mordicus écoute Madame Tartine

Mordicus va chez la grande-duchesse

Mordicus rêve à l’avenir et danse

Le sous-titre donné par l’auteur correspond parfaitement : Histoires plaisantes et à dormir debout et le lecteur s’y retrouvera avec délectation.

Paul Emond, Les Aventures de Mordicus, 2014, 116p., 13€.

http://www.fiestival.net/menu-principal/tous-les-livres-des-fiestivals/213-les-aventures-de-mordicus-de-paul-emond.html

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15:27 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

13/11/2014

Un selfie du robot Philae

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Un premier selfie du robot Philae qui, à peine débarqué sur la comète67P/Churyumov-Gerasimenko, a trouvé un emploi de pompiste dans une station Total. On attend avec impatience les premières images attestant d'une forme de vie lumpertienne dans la station.

APHORISMES de Denis BILLAMBOZ

Il était heureux

Il était amoureux

Il était amourheurheu

 

 

@@@

 

 

Il travaillait en Allemagne

Il venait en France

Dépenser son argent de Boche

 

 

@@@

 

 

Les partenaires locaux

Ne sont pas forcément

Des associés lowcoast

 

 

@@@

 

 

Il avait perdu la boule

En jouant à la pétanque

Elle avait perdu une poule

En jouant avec l’abbé Tang

Ils étaient perdus dans la foule

Au bord de l’étang

 

 

@@@

 

 

Il était submergé

Il ne pouvait pas émerger

Il se contentait d’émarger

 

 

@@@

 

 

Il faisait des frasques

Dans un zoo du Pays Basque

Le gibbon de Bayonne

 

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Le pays était en souffrance

On lui avait administré

Des médiocres

 

 

@@@

 

 

Pour son film muet

Il avait invité Fred Astaire

Juste pour embrasser Esther

 

 

@@@

 

 

Depuis qu’elle était plus corpulente

Elle était encore plus lente

 

 

@@@

 

 

Un assassin sain

N’est pas pour autant un saint

 

 

@@@

 

 

Il achetait du pétrole

De la Mer Noire

A Bakou

Pas cher

 

 

@@@

 

 

Il était smart

Il avait un QI d’endive

Un chic con quoi !

 

 

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Sa bourse était dégonflée

Elle manquait d’air

Plate comme une bouse

 

 

@@@

 

 

Dans un bar échangiste étranger

La langue peut-être un barrage rédhibitoire

 

 

@@@

 

 

Il avait un coup dans l’aile

Il n’obtint rien d’elle

 

 

@@@

 

 

Le pochtron s’installa au fourneau

Cuisina une tarte aux poireaux

Un plat de potirons

Un vrai repas de poivreau

 

 

@@@

 

 

Croire la promesse d’un politicien

Confier ses économies à un banquier

C’est comme laisser une pucelle à un Cauchon

 

 

@@@

 

 

Il voulait visiter l’Ecosse

Elle aimait les Corses

Ils sont partis dans les Causses

 

@@@

 

 

Certains Canadiens

Trouve que la Dion

Elle vole bas !

 

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11:06 Écrit par Éric Allard dans Textes de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | |

10/11/2014

PRÉSIDENTS DE TOUS ORDRES

president-groland1.jpgLe président de l’Ordre des Chasseurs de sorcières a posé en photo, un pied sur la dépouille d’Arielle Dombasle.

 

Le président de l’Ordre des Chevaliers serpents tient la rampe.

 

Le président de l’Ordre des Professeurs de gymnastique a accepté de cesser toute activité physique pendant son mandat. Il n’a rien déclaré à propos de la reprise éventuelle de son activité psychique.

 

Le président de l’Ordre des Professeurs de mathématiques a dérivé de sa trajectoire d’homme de Lettres, le jour où il a fait une croix sur Racine et cru aux signes cartésiens.*

 

Le président de l’Ordre des Professeurs d’araméen peine toujours à se faire comprendre.

 

Le président de l’Ordre des Écrivains humoristiques n’a pas besoin d’écrire pour être drôle.


Le président de l’Ordre de l’Alphabet a fait son b.a-ba.

Le président de l’Ordre des Acteurs pornographiques de la Vie Politique accepte les pires humiliations de la population.

 

Le président de l’Ordre des Médecins serait mort d’INAMItion.

 

Le président (pressenti) de l’Ordre des Timides n’a pas osé poser sa candidature.

 

Le président de l’Ordre des Gilles orange a pris le melon.

 

Le président de l’Ordre des Retardataires n’est toujours pas arrivé !

 

Le président de l’Ordre des Grands Abstèmes n’est pas encore aviné.

 

Le président de l’Ordre des Pédophiles en culottes fourbes à a déposé une gerbe au pied du Manneken Pis.

 

Le président de l’Ordre des Créateurs de régimes amaigrissants a serré trop de minces pendant sa campagne…

 

Le président de l’Ordre des Fossoyeurs a promis de creuser la question de sa propre crémation.

 

Le président de l'Ordre des exhibitionnistes conteste avoir été président de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

 

La présidente de l’ordre des Épilées a dû montrer chatte blanche pour entrer au club échangiste.

 

 

Le président de l’ordre des Invertébrés a déclaré vouloir le démantèlement de l’ordre des Vertébrés.

 

Le président de l’Ordre des Chauffeurs de salles de spectacle lançait trop de pétards Pirette.

 

Le président de l’ordre des Présidents de CPAS deviendra-t-il Président du PS ?

Le président de l’Ordre des Mouvements Réformateurs Féodaux siège-t-il dans un c(h)astel ?

 

Pourquoi le président de l’Ordre des SDF refuge-t-il un toit ?

 

Le président de l’Ordre des Électeurs anonymes n’a plus voté depuis mille neuf cent quatre vins.

 

Le président de l’Ordre des Nains aphones n’a pas récolté une voix.

 

Le président de l’Ordre des Roteurs professionnels tourne à trois cents rots à la minute.

 

Le président de l’Ordre des Routiers lympha(tiques) roule en tracteur.

  

Le président de l’Ordre des Violeurs diminués possède une prothèse pénienne.

 

Le président de l’Ordre des Chauvelus , bien qu’il vienne de fusionner deux mouvements, ne crâne pas.

 

Le président de l’Ordre des Carnivores a été jeté au Lion de Waterloo par des végétaliens anti-jeux du cirque.

 

Le président de l’Ordre des Végétaliens est au centre d’un double scandale : on a découvert des coquilles d’œuf cuit dur dans sa poubelle en peau de vache.

 

Le président de l’Ordre des Amnésiques est toujours en campagne.

 

Le président de l’Ordre des Obèses a promis de désobèsir.

 

Le président de l'Ordre des Amoureux dans le pré était une vache à lait.

 

Le président de l’Ordre des Polygames contribuera aux mesures d’économie du gouvernement en se séparant de son épouse la plus ancienne.

 

Le président de l’Ordre des Hémophiles anonymes a arrêté de saigner pour montrer l’exangue.

 

Le Président de l’Ordre des Écrivains sirupeux a reçu le Prix Groseille.

Le président de l’Ordre des Écrivains qui écrivent avec leurs pieds a reçu le prix Gros Orteil.

Le président de l’Ordre des Écrivains m’as-tu-lu a reçu le Prix Gros Œil.

Le président de l’Ordre des Écrivains vampiriques a reçu le Prix Gros Ail.

 

Le président de l'Ordre des Écrivains empiriques a obtenu un Prix à l'essai. 

 

Le candidat à la présidence l’Ordre des Auteurs de pensées a été prié de passer son Dac d’abord.

 

 E.A.

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* Règle des signes de Descartes pour estimer le nombre de racines réelles positives d'un polynôme (copier/coller le lien): http://ljk.imag.fr/membres/Bernard.Ycart/mel/pf/node19.html

 

14:45 Écrit par Éric Allard dans Les seules phrases | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

09/11/2014

L'ENTERREMENT / Paul VERLAINE & Paul GUIOT


L’enterrement

Je ne sais rien de gai comme un enterrement !

Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille,
La cloche, au loin, dans l’air, lançant son svelte trille,
Le prêtre en blanc surplis, qui prie allègrement,

L’enfant de chœur avec sa voix fraîche de fille,
Et quand, au fond du trou, bien chaud, douillettement,
S’installe le cercueil, le mol éboulement
De la terre, édredon du défunt, heureux drille,

Tout cela me paraît charmant, en vérité !
Et puis, tout rondelets, sous leur frac écourté,
Les croque-morts au nez rougi par les pourboires,

Et puis les beaux discours concis, mais pleins de sens,
Et puis, cœurs élargis, fronts où flotte une gloire,
Les héritiers resplendissants !

Paul VERLAINE (1844-1996), Poèmes saturniens (1866)

Musique et interprétation de Paul GUIOT

Les photos sont de Pierre DESAGRE

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16:08 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes (poésie) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

MICROBE n°86 et son MI(NI)CROBE

Le 86e numéro du Microbe est paru ! Il a été concocté par Thierry Roquet.

Au sommaire : 

1843382685.jpgÉric Allard
Hélène Dassavray
François-Xavier Farine
Cathy Garcia
Cécile Glasman
Perrin Langda
LNouille Martienne
Fabrice Marzuolo
Murièle Modély
Patrick Palaquer
Jany Pineau
Jean-Philippe Querton
Thierry Radière
Mark SaFranko
Marlène Tissot
Illustrations : Francesco Pittau

 

199638249.jpg

Les abonnés « + » ont reçu le Mi(ni)crobe 45 signé Jason Heroux : Guide pour garder les poulets en ville (bilingue anglais/français). Traduit par Eric Dejaeger

Pour tous renseignements, contacter Éric Dejaeger via son blog (copier/coller le lien): http://courttoujours.hautetfort.com/

ou Paul Guiot via sa page Facebook.

 

 

 

Le blog de Thierry ROQUET, avec de nombreux textes inédits à découvrir suivant une présentation plaisante (copier/coller le lien):

http://moritchum.blogspot.be/

15:50 Écrit par Éric Allard dans Avis de parution | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

08/11/2014

ÉNIGME SUR TOILE

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

La lecture de ces deux livres dans la même période m’a incité à choisir le thème de la peinture pour ma chronique de ce jour car je suis toujours très sensible à cet art surtout quand il est utilisé dans la littérature. Je trouve que certains, comme nos deux auteurs, savent très habilement tisser des liens entre oeuvre picturale et fiction littéraire qui se complètent souvent très heureusement. Pour une fois nous suivrons peut-être plus des peintres, Honoré Fragonard et la famille Bruegel en l’occurrence, que des écrivains mais nous n’oublierons cependant pas les deux auteurs qui les ont mis en scène.

 

le-triomphe-de-la-mort-bruegel-gf.jpgLE TRIOMPHE DE LA MORT

Patrick WEILLER ( ? - ….)

Il était joli ce livre, il a attiré mon regard, je l’ai empoigné, la une de couverture évoquait Bruegel, un peintre, en fait une famille de peintres, je l’ai feuilleté, il parlait de la peinture de l’Âge d’or de la Flandre, il avait donc beaucoup d’arguments pour me séduire, alors je l’ai choisi et je l’ai lu très vite, dès le lendemain. Je n’ai été ni déçu ni comblé. Le livre est présenté comme un polar qui se déroule dans le milieu de l’art et plus spécialement dans le milieu restreint des marchands de tableaux qui s’intéressent aux petits maîtres flamands mais l’intrigue policière se résume à très peu de choses, même pas le tiers du livre, donc ceux qui aiment les belles enquêtes avec des limiers rompus à toutes les combines pour déjouer les assassins les plus retors seront certainement déçus. Moi, je me suis consolé avec tout ce que j’ai appris sur la vaste famille Bruegel, j’en connaissais deux ou trois qui avaient magné le pinceau avec agilité mais le récit en dénombre au moins cinq qui sont présentés dans un arbre généalogique bien pratique pour comprendre le fonctionnement de cette large phratrie. J’ai aussi voyagé avec le héros dans les plus grands musées d’Europe et chez les galeristes les plus célèbres même s’ils sont purement fictifs, leurs affaires ressemblent certainement à celles des marchands d’art des grandes capitales européennes.p1030202.jpg?PHPSESSID=4fc2877335f7e3f04722e5d64da81fbd

Ainsi j’ai accompagné le héros, contacté par la police après l’assassinat d’un marchand d’art parisien bientôt suivi par le meurtre d’un autre marchand à Londres et d’un troisième à nouveau à Paris, qui remarque que ces meurtres figurent tous les trois dans un tableau attribué à un Bruegel et recopié en plusieurs exemplaires par ce même Bruegel et même par un autre membre de la famille. La police, évidemment, ne veut pas suivre l’artiste dans son hypothèse pas assez cartésienne mais le héros, marchand d’art avisé tout comme les trois victimes, a l’œil affuté, peut-être encore plus affuté que le nez des policiers chargés de l’enquête à Londres, Paris et Stockholm.

Un moment de détente agréable seulement troublé par l’usage un peu agaçant de formules toutes faites, de mots du jargon déjà beaucoup trop utilisés, d’un vocabulaire un peu trop banal pour parler d’art et surtout des maîtres flamands.

 

470-355-10256476_758295404236277_7017642108187345719_n.jpg?no_crop=1LE VERROU

Laetitia KERMEL ( ? - ….)

Elle était jeune, elle était belle, elle était riche, un peu libertine, « à vingt cinq ans, elle avait déjà tout ce qu’on peut espérer de la vie » mais il y avait quelque chose qui clochait, « elle n’aimait rien tant que la solitude et la pluie, elle qui était toujours si entourée, et sous le plus ensoleillé des ciels ». Elle avait fait de sa passion, le tatouage, un métier, un art qui lui valait une réputation flatteuse. Mais elle restait en suspens entre mélancolie et euphorie, elle avait parfois l’impression d’être affectée de schizophrénie, elle ressentait toujours l’absence de sa famille, anéantie dans une catastrophe aérienne, malgré la bienveillance et l’amour complice de sa grand-mère qui l’avait recueillie et partageait toujours sa vie dans une grande maison des environs d’Aix-en-Provence.

Un jour, une rencontre avec un homme encore séduisant transforme radicalement cette vie hésitant entre solitude et frénésie en l’entraînant dans une folle cavale parsemée de cadavres de plus en plus horribles. L’inconnu lui demande de lui tatouer le dos, un dos qui a été sévèrement marqué par le fouet, la jeune fille voit dans les stigmates de la flagellation des lignes qui lui rappellent une œuvre de d’Honoré Fragonard dont elle possède une gravure, « Le verrou ». Elle décide alors d’orner à jamais le dos de cet homme d’une copie de cette œuvre mais ce projet n’aboutira jamais, sa maison est incendiée et sa grand-mère se consume dans le brasier. Elle comprend vite qu’il ne s’agit pas d’un accident mais d’un meurtre lié vraisemblablement à la gravure qu’elle voulait tatouer. Elle fuit alors vers Paris mais les cadavres jonchent son parcours et ses poursuivants la cernent de plus en plus près. Elle comprend avec l’aide de son ami Berlinois qu’elle a pêché dans une boîte branchée de la capitale allemande, que la solution de cette aventure se trouve sur le tableau lui-même et dans l’histoire de ce tableau.

Avec cet opus, Laetitia Kermel livre un polar historique haletant, l’intrigue qui implique aussi bien Louis XV et la du Barry que Fragonard et Choiseul et que les milieux libertins de l’époque, est tout à fait crédible. La culture générale de l’auteure est assez complète pour retenir les lecteurs férus d’histoire et de peinture mais aussi ceux qui se délectent dans le dénouement des conjurations les plus inextricables. J’ajouterai que ce livre montre bien que l’histoire se construit aussi avec des personnages qui n’en avaient parfois pas plus l’ambition que la vocation et qu’elle peut s’écrire de différentes façons.

Un bon moment de lecture sur la plage ou à l’ombre d’un arbre bien feuillu pour meubler quelques heures de vacances tout en étoffant sa culture générale.

 

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11:41 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

05/11/2014

L'ASPIRATEUR DE MES RÊVES

767707_9.jpgMon vieil aspirateur résistait. Il était d’avant l’époque de l’obsolescence programmée. Alors, je le maltraitais, je lui faisais subir les pires outrages dans l’espoir qu’il passât de vie bruyante à trépas silencieux, qu’il me fichât la paix et me permît d’acheter le Dyson cinetic de mes rêves.

Comme mon vœu ne se réalisait pas, j’allai un jour d’automne le remiser au fond du jardin près de la cabane aux outils, une longue affection m’empêchant d’aller le conduire au parc à conteneurs. (Je n’imaginais pas le moment de la séparation, à moins de l’avoir préparée pendant des heures avec mon psy.)

Cela faisait trois jours que je m’en étais éloigné quand j’appris, un matin très tôt, à la radio, que toute ma région voire davantage avait disparu de Google Earth, sans qu’on en connût la cause exacte, un des effets sans doute du réchauffement climatique, déclara le speaker avant de se réjouir du temps exceptionnel qu’il faisait pour la saison. Une catastrophe sans précédent.

Je n’avais rien entendu, rien remarqué pendant mon sommeil profond! Je regardai dehors pour constater le désert environnant, l’absence de tout repère habituel.

Pris d’un pressentiment, j’avisai mon aspirateur au bord du cratère. Son sac était énorme, et c’était  peu dire. Je me dis que cela prendrait du temps pour tout ressortir et tout remettre en lieu et place. Et mon psy qui ne répondait pas au téléphone, sans doute aussi soufflé que moi par la nouvelle.

11:58 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

01/11/2014

RELIRE CARCO - LES INNOCENTS

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX 

 

 

 

carco-innocents.jpgDu poète de « Mortefontaine », du romancier populiste et poétique de « Jésus la Caille » ou de l’extraordinaire « L’homme traqué », qui, dès 1922, annonce l’existentialisme, on croit connaître tous les atouts. Voici quelqu’un qui prend plaisir à parler de Paris, de ses Apaches, du petit monde des banlieues, qui décrit avec beaucoup de gouaille et d’à-propos le monde des bars, des fameux zincs où se dessinent les projets interlopes.

Le poète romancier, admiré par Aragon (son fameux poème du lendemain de la mort de Carco, en mai 1958), réussit, sans lourdeur, à évoquer la vie des petites gens dans ce roman de 1916, « Les innocents ».220px-Francis_Carco_Meurisse_c_1923.jpg

On retrouve là tous les ingrédients d’un univers, certes bien oublié, celui des petites frappes, des bandes de voyous des années 10 et 20, les trafics obscurs de personnages encore plus obscurs.

Milord, Melle Savonnette et quelques autres s’appliquent à vivre, mal, petitement. Ils se croisent, se séparent et ne s’oublient pas. Certains restent en province, d’autres s’enferrent dans un Paris brumeux.

Le roman résonne des passions mal contenues, dérisoirement maîtrisées et l’humanisme de Carco colore la grisaille des lieux et de l’intrigue. En descriptions fidèles à un naturalisme zolien, le romancier de « Brumes » et de  « L’homme de minuit » conte les vies toutes simples et la prégnance (dans le droit fil de « L’homme traqué ») des souvenirs impérissables. Il faut coûte que coûte que Milord, ce jeune gars de vingt ans, retrouve cet amour perdu, quitte à rompre toutes les amarres parisiennes.

La modernité de l’écriture, très vive, empreinte de l’argot du milieu, donne à ce roman d’atmosphère la valeur documentaire des premiers films qui traçaient de la « Zone » un portrait très réaliste (ceux de Georges Lacombe, par exemple).

A redécouvrir donc, comme d’autres livres de leur auteur (« L’Equipe », parmi une vingtaine).

16:50 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

31/10/2014

RIVAGES INTIMES de Thierry RADIÈRE & Marc DECROS (éd. Jacques Flament)

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Traité de savoir-écrire à l'usage de ceux qui doutent

Les textes de ce livre parlent d’écriture en train de se faire, d’une communication tissée entre deux êtres qui s’aiment et se servent des mots comme de caresses. (« Mots après mots, nous nous caressons. »)

On n’évite rarement, entre amis, entre amants, cette jalousie qui porte sur les productions artistiques, ce déni face, en l’occurrence, à l’écrit d’autrui qui traduit une part de son invisibilité. Il n’est pas question de ça ici.

« J’ignorais, avant que cela ne m’arrive, que l’on puisse être autant attaché au manuscrit de la femme que l’on aime. »

Et de donner une possible explication à ce sentiment:

« Je crois qu’il était lié au plaisir de lire enfin la prose de tes gestes et paroles. »

 

Le premier texte qui naît, qui lève sous nos yeux, à la faveur d’un printemps, est dirigé vers l’autre, dans une attention de tout instant à autrui qui aboutira, plus tard dans l’année, au texte voulu, rêvé, comme fabriqué ensemble, tel un enfant de papier.

« Il faut que tu écrives toi aussi un livre sur tout ce que tu me dis… » 

Double mouvement de l’écriture qui protège (« en écrivant on se sent moins piétiné ») et fragilise quand  « on sait que l’on va être lu ». Mais on écrit pour « faire de ses émotions des totems à toute épreuve. », pour se rendre moins vulnérable.Même si la partie n’est jamais finie, toujours à recommencer...


Phrase après phrase, un premier texte avance (« À petits pas, nous avançons »), en soutien de la progression de l’autre, comme si la réussite totale ne pouvait être que mutuelle, conjointe. 

« J’essaie de te redonner du courage en m’emboîtant dans ton désespoir. »

Il faut plusieurs fois tomber à deux pour arriver à bon port dans une embarcation commune.

 

Radi%C3%A8re-Thierry-e1406018153430.jpgTraité de savoir-écrire à l’usage de ceux qui doutent, de ceux qui luttent contre le doute, ce livre peut se lire comme un poème en prose, un journal d’écriture, un art poétique.

Le narrateur incite sa compagne à ne pas se poser la question du style, « cette obsession bien française » qui peut rebuter le débutant, mais à poursuivre dans sa voie avec le seul but de l’honnêteté en point de mire.

Ce livre au format carré fait se répondre sur des doubles pages texte et image. Des angles droits pour fixer le cadre où vont se rejoindre dans l’espace du texte mouvements intérieurs et agressions extérieures. Thierry Radière écrit de longues phrases qu’on imagine soumises au tumulte du monde. Elles vont jusqu’au bout de leur respiration contre vents et matières.

 

J’ai fait l’expérience. Après lecture linéaire de l’ouvrage, je suis revenu picorer phrases (à gauche) et image (à droite). Les possibilités de combinaison et de réflexion sont infinies. Ils sont rares, les ouvrages de ce genre, à ménager de tels parcours entre rigueur et escapade.

Les photos, parlons-en, en noir et blanc de rivages prises sur Decros-Marc.jpgdifférentes côtes européennes par Marc Decros sont magnifiques. Elles font, mais subtilement, écho au texte en regard. Mais qu’on les voie avant, pendant ou après la lecture des textes, elles les creusent dans le sens de la rêverie. Elles présentent souvent, dans une nature sauvage, un élément signalant un passage ou une présence vivante, mais non identifiable. Le photographe n’attente pas à l’intimité des personnes qu’il photographie. Comme si les images nous rappelaient, ce qui n’est jamais absent du récit qu’on est en train de lire, à la permanence des choses de la nature dont se nourrit le couple d’écrivains à l’œuvre.

 

« Ecrire, et tu le sens déjà, c’est se rapprocher d’autrui dans une autre dimension que celle où vivre ne suffit pas. »

C’est en ces termes que s'achève ce recueil singulier au titre convenant parfaitement aux deux formes d’expression rassemblées ici, pour un voyage intérieur qui emporte le lecteur dans son périple d’images et de phrases.

Vers la fin, le narrateur note à l’intention de sa compagne: « Tu as écrit un texte atypique et c’est dans ce genre que tu excelles. »

Et on pense que ce qu’on vient de lire, comme les autres écrits de Thierry Radière, est justement cela : atypique. Sans référence aux influences subies, forcément nombreuses, tellement l’auteur a malaxé la langue avec son intérieur pour produire une matière unique. Celle qui fait la marque des écrivains honnêtes au style propre.

Éric Allard

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Thierry Radière sur la page des éditions Jacques Flament (copier/coller le lien):

http://www.jacquesflamenteditions.com/thierry-radiere/

11:56 Écrit par Éric Allard dans Lu et approuvé | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |