29/07/2014

DIX DIALOGUES sans conséquences

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Les forces 

-          Si je meurs, tu m’aimeras davantage ?

-          Pourquoi dis-tu ça ?

-          Plus je perds des forces, plus on me trouve belle !

-          Tu es sûre ? On va voir. Perds des forces !

(un temps)

-           Voilà, c’est fait !

-          Incroyable !

 

 

La patate et la pitta

- Tu es pataphysicien aussi ?

 - Non, pittaphysicien, et encore.

-  Quelle drôle d’idée !

-  La patate, non, vraiment.

-  Même en frites ?

-  Moi et les sciences…

 

 

Le silence et le bruit
- Le silence, il n’y a que ça de tel.

- Le bruit, mon ami, il n’y que ça de vrai.

- Je ne veux rien entendre.

- Il faut nourrir son oreille !

- Pas même un soupir…

- Quelle absence de tumulte !

 

 

Trente ans
- Vous avez mis combien de temps pour l’écrire ?

- Au bas mot, trente ans.

- Quelle rapidité, je ne mets jamais moins de cinquante ans.

- Et je n’écrivais pas tous les jours !

- Il ne faut pas demander…

- Si j'avais travaillé journellement, vingt ans maximum, et il était emballé.

 

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M le Maudit

- Vous ne pouvez plus le supporter ?

- Depuis le temps qu’il me tape sur les nerfs.

- Combien de temps, au fait ?

- 17 nuits !

- Et il n’est toujours pas mort ?

- Ce matin, au pied de mon lit. On l’enterre à midi.

 

 

La photo

- C’est vous en quatrième de couverture ?

- C’est ma photo, oui.

- J’aimerais l’avoir !

- Il vous faudra emporter le livre avec.

- Quand j’aime une photo d’auteur, je suis prête à lire le livre qui va avec.

-  C’est rassurant.

 

 

La neige, les nuages

- Quand il neige, il y a des nuages ?

- Comme quand il pleut.

- Je n’ai jamais fait attention.

- La prochaine fois qu’il pleut, regardez !

- J’ai toujours un parapluie au-dessus de moi.

- Il ne faut pas avoir peur de se mouiller.

 

 

Une forte demande

- Vous me mettrez deux kilos d’aphorismes.

- De  blancs? Des noirs? Des rouges ?...

- Du moment qu’ils se lisent.

- Je viens de recevoir une nouvelle variété...

- Ils sont bariolés. Puis on les dirait mal dégrossis.

- C’est de la production industrielle, cette saison littéraire la demande a été si forte…

 

 

 Dans ma tête

- M. Dafalgan, je suppose ? Moi, c’est M. Nurofen

- Je ne vous avais pas reconnu, vous avez changé d'excipient!

- Qu’est-ce qui vous amène ? La même migraine, je suppose.

- Quelle perspicacité, M. Suppositoire.

- Ne vous moquez pas, s’il vous plaît, nous sommes appelés à batailler ensemble.

- Je suppose.

 

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14:42 Écrit par Éric Allard dans Très brèves rencontres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

27/07/2014

Paolo FRESU & Omar SOSA

Paolo Fresu (trompette), Omar Sosa (piano) & Jacques Morelenbaum (violoncelle). Peintures d'Omar Ortiz.

 

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Paolo Fresu & Omar Sosa

19:52 Écrit par Éric Allard dans Les belles musiques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

26/07/2014

Sur TROIS RECUEILS de Rolf DOPPENBERG & Patrice DURET

P.Leuckx.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

« Arithmétique des hirondelles », « Sauter nu dans le Styx », « Uriance », soit trois collaborations de deux amis suisses, autour des thèmes de la nature et des éléments. Une grande sensibilité unit ces deux voix, complices dans l’entretien subtil avec l’eau, la montagne, les mythes requis par une culture tissée de Grèce, d’Alpes profondes. En poèmes brefs (des quintils, des sizains), les deux poètes tissent le réel, jouent du vent, décèlent les « voix », les « souffles ». L’on sent la nuit passée à la fraîche, « le corps engourdi » après l’observation des astres, « la nuit « , « le pré noir ».

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La dextérité à décrire « la montée des ombres », l’extrême attention à restituer des moments vécus : « le val au couchant », « la contrée des cimes s’est inscrite en vous » : une grande empathie emporte ces textes, partageables tout en étant discrets et fermes comme des expériences uniques de pure poésie.

Rolf et Patrice se complètent, alternent les voix, les styles, proches dans cette vision de « l’eau dans la poitrine », de cette « vie à pleines gorgées », de ce « qui gorge l’arbre de nos artères ».

C’est un très beau travail duel sur la source même de leur poésie : pourquoi s’unissent-ils pour en conjoindre les effets ? L’amitié dense ? Le partage des mêmes terres ?

Nombre de textes évoquent la pureté des jaillissements, la semence, le feu, « les graines » en préparation, la sève ; nombre de vers exaltent ce feu des mots porteurs et ce désir qui s’inscrit en pleine nature. Tout un travail sur le regard et le corps trouve ici voix et densité :

voix à travers ruelles

le cours du corps

sentier sous les chênes

le sous-sol s’unit au ciel

parer les coups du sort

accourt l’encore

et l’hirondelle du lointain

L’ouverture à une nature qui vivifie, tramée de « pulsion de patience » et de « poussière alluviale des mots » porte ces livres au statut d’un « parfum musqué/ haut des collines » : marque de création de deux poètes frères, à l’âme paysagère, profonde.

Les trois livres sont édités au Miel de l’Ours, Genève, 2013-2014.

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En photo, Patrice Duret qui dirige Le Miel de L'ours depuis 2004.

http://www.mieldelours.ch/page1.php (copier/coller le lien)

15:05 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

23/07/2014

Jean-Pierre GEORGES

Georges-JP-200_px.jpgJean-Pierre Georges vit à Chinon où il est né en 1949. Il est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages. 

 

Le poisson rouge, à l’abri de deux fléaux majeurs : l’ennui et la rage de l’expression.

Jean-Pierre Georges, L’éphémère dure toujours, Tarabuste, p. 100.  +

Victime d’une conversation il doit s’aliter.

Jean-Pierre Georges, Le moi chronique, Les Carnets du Dessert de Lune, p. 32.

Le désir, un bien grand mot, c’est l’envie qui manque.

Jean-Pierre Georges, L’éphémère dure toujours, Tarabuste

Dilemme : le fusil ou le travail.

Jean-Pierre Georges, Le moi chronique, Les Carnets du Dessert de Lune

Septembre en fait des tonnes. C’est une éruption de bleu pur sur un canal, une apothéose de lumière que criblent les grands platanes penchés sur l’eau. C’est de tout côté éboulis de douceur, débauche d’harmonie.

Jean-Pierre Georges, Aucun rôle dans l’espèce

Je ne peux pas voir un chat dans la rue sans ressentir une complicité ethnique.

Jean-Pierre Georges, L’éphémère dure toujours

Que des bonnes questions, aucune réponse. Il faudrait que je m’astreigne à des mois — des années ! — de diète de lecture, que je trouve la force de me soustraire à la stérile intelligence des livres... pour que jaillissant de moi ou du ciel, de la terre ou du sang, ou même de nulle part, une étincelle annihile à jamais toute question et toute réponse.

Jean-Pierre Georges, L’éphémère dure toujours

Je suis né étranger au monde et j’ai regardé, impuissant, le film de ma vie. Tombereaux d’ennui ou richesses miroitantes ?... Je ne sais toujours pas ce qui m’échut. Une seule certitude : j’ai violemment haï le travail.

Par instinct — ou par bêtise — je n’ai rien « construit ». Par facilité et paresse j’ai tout fonctionnarisé, mensualisé : santé, confort, amour, amitié, écriture. J’étais un timide, je suis devenu un tiède. Je ne sais plus ce que c’est de souffrir.

Cela en mon pouvoir je jetterais mon sexe au premier chien qui passe. Car plus qu’une complication, c’est une plaie cette guérilla avec le ventre. Installé dans la pérennité de l’attente vaine, je forme un vœu sin-cè-re : je voudrais que ma femme soit heureuse.

Jean-Pierre Georges, « Sin-cè-re », Trois peupliers d’Italie, Tarabuste

Est-ce possible qu’il n’y ait rien à ce point, et que ce soit si lourd... Je suis découragé. J’ai un cerveau d’après exode lexical, y rencontrer ne serait-ce qu’une virgule tiendrait du miracle. Aucun mot ne se présente à mon esprit. Je prends sur l’étagère un livre que j’ai écrit, le feuillette et reste incrédule devant certaines petites proses pas si mal troussées. Je n’en reviens pas. Je dois renoncer définitivement à l’écriture. Je suis donc libre. Mais n’ayant malheureusement rien prévu de tel pour ma vie.

 

Il faut se fixer des idéaux atteignables quand on ne saute pas deux mètres cinquante en hauteur de vue.

Jean-Pierre Georges, L’éphémère dure toujours, Tarabuste

36 ans aujourd’hui, lundi de Pâques. Âge équinoxial ; maintenant mes jours vont raccourcir.

Jean-Pierre Georges, Car né, La Bartavelle

La vie est plus longue que large.

Jean-Pierre Georges, Le moi chronique, Les Carnets du Dessert de Lune

Que ferait-on si l’on ne devait

exister qu’à ses propres yeux

rien pardi

Jean-Pierre Georges, Je m’ennuie sur terre, Le Dé ble

Je ne sais plus que verser des larmes sur chaque journée perdue, sur du temps enfui que je devrais pourtant retenir dans ma passoire de poète.

Jean-Pierre Georges, Aucun rôle dans l’espèce, Tarabuste

Chaque instant apparu du fond de l’éternité foudroie d’innocence le pèlerin du temps.

Jean-Pierre Georges, L’éphémère dure toujours, Tarabuste

Quel que soit le nombre de jours qui te sépare d’une chose, la chose arrive. Voilà ce qui. Ce matin. Me rend maussade. Un jour n’est rien de plus qu’un accès au jour suivant ; tu avances d’un cran dans la file d’attente. De temps en temps c’est ton tour, pour l’amour, pour l’hôpital, pour la joie ou la déconfiture, la chance ou l’accident stupide. Inutile de se réjouir ou de s’affliger, c’est le sort commun. Tu refais la queue pour autre chose. Quand tu n’acceptes pas ce pitoyable pointage, cela s’appelle le suicide. Plus jeune la pensée du suicide me rassérénait : j’étais libre puisque je pouvais me tuer. Aujourd’hui je choisis librement de pointer, car au fond l’héroïsme n’est pas mon fort.

Jean-Pierre Georges, Aucun rôle dans l’espèce, Tarabuste

Printemps difficile : je ne fais pas ma montée de sève.

Jean-Pierre Georges, Le moi chronique, Les Carnets du Dessert de Lune,

On vise la réalité, et puis finalement on tire n’importe où.

Jean-Pierre Georges, L’éphémère dure toujours, Tarabuste

Le vent dans les peupliers, le réglage se fait de l’intérieur.

Jean-Pierre Georges, L’éphémère dure toujours

Une chose arrive

qu’on n’attendait plus

on l’accueille avec une réserve

bienveillante et cosmique

non sans penser aux désirs de feu

qui parfois nous ont ravagés

et n’ont eu comme les étoiles

qu’une pauvre durée de vie

Je mène deux pages de front

car ce n’est pas la vie qui est belle

c’est sa représentation

Jean-Pierre Georges, Je m’ennuie sur terre, Le Dé bleu

J’aimerais, une fois dans ma vie, une secousse paroxysmique.

Jean-Pierre Georges, Car né, La Bartavelle

— Mais moi monsieur, je travaille !

— Bien sûr, que pourriez-vous faire d’autre...

Jean-Pierre Georges, L’éphémère dure toujours, Tarabuste

Pour tromper son vide, battre son plein.

Jean-Pierre Georges, Le moi chronique, Les Carnets du Dessert de Lune

Il est rare qu’un homme puisse regarder une journée entière, du lever au coucher, sans céder au besoin irrépressible de l’acte. Non seulement ne pas y céder mais s’en défendre absolument : ne rien faire du tout. Ne pas sortir bien sûr, écarter toute tentation ludique ou culturelle ou utilitaire, ne voir personne. Quelque chose comme tenir compagnie aux heures, pour voir ce qu’il y a quand il n’y a rien. Cela en toute liberté, hors claustration clinique ou carcérale. J’y parviens pour ma part assez bien. — Y aurait-il dans cette assertion comme une bravade... — Eh, sans parler d’une expérience de l’extrême, l’affaire mérite attention. Appartenir à l’espèce la plus agitée qui soit et ne plus bouger : défi immense que je suis presque seul à relever par la seule volition, entre deux mictions, un repas frugal sur un coin de table et une fermeté quasi héroïque face à toute sollicitation érotogène.

Jean-Pierre Georges, Aucun rôle dans l’espèce, Tarabuste

Toutes ces citations sont tirées de l'excellent DICTIONNAIRE DE CITATIONS (par mots, par auteurs) suivant : http://www.farreny.net/dictionnaire/

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9782930607016_1_75.jpgRéédition aux CARNETS DU DESSERT DE LUNE: 

LE MOI CHRONIQUE de Jean-Pierre GEORGES

Poésie Grand Format

  • 132 pages, 20X 14 cm, 200grammes 
  • 15€

Le lecteur de Jean-Pierre Georges ne sait pas toujours s'il doit rire ou pleurer et c'est là le don de l'artiste ès poésie, s'il nous remue beaucoup, s'il nous secoue, jamais le poète de l'ennui ne nous ennuie. Offrez-vous Le moi chronique et les oeuvres complètes dans la foulée, parlez-en autour de vous, faites-en cadeau à vos proches, à vos lointains, vous ne le regretterez pas... (Valérie Rouzeau)

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14:59 Écrit par Éric Allard dans Avis de parution, Les belles pensées | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

21/07/2014

LES dix-sept PENSÉES de SAINT BEURK

400_F_24082540_12LDRi17aQFLZs12Iph9Br8yRcFoluIc.jpgChristophe Beurk (parfois orthographié Beurck), de son vrai nom André Laspalette, a vécu à la fin du XXème siècle. Il a été canonisé par lui-même entre octobre 1995 et le 1er avril 1997 dans un endroit tenu évidemment secret mais qui pourrait bien être situé dans l’extrême est de la Belgique (non, il n’était pas communiste, ce qui a, il faut dire, nui considérablement à sa reconnaissance du vivant des Grands Communistes). Aucune vidéo de l’événement n’existerait, peut-être deux ou trois Polaroïds déteints. Certains intellectuels avancent même l’hypothèse qu’il aurait pu l’être dans la langue de Goethe. Les plus téméraires affirment même que Joseph Ratzinger aurait pu lui servir de conseiller.

Beaucoup d’incertitudes comme on le voit sur le parcours de ce singulier écrivain qu’on aimerait, sans oser - au risque de s’attirer la foudre bien moulue des puristes -, qualifier de fantasque. Des témoignages récents comme ceux du controversé Jean-Marie Tinck (un temps tueur du Brabant, aujourd'hui humoriste) l’aurait aperçu sortant récemment d’un Delhaize mais il ne sait plus pas où.

Christophe Beurck serait aujourd’hui âgé entre 69 et 73 ans s'il n'avait pas, comme annoncé dans un mot vague retrouvé sur le lac où il où il a disparu mis fin à ses jours par absorption de trop d'eau par unité de temps. Il n’aurait pas voulu de descendants pour se consacrer tout entier à son œuvre qui, quoique brève (12 à 17 aphorismes), vaut, mais on se le demande toujours, la peine d’être lue.

 

          1. Marcher sur les autres, se reposer sur soi.

        

       2.  Malgré les formes du miroir, l’Image durera.

  

       3. Tituber, c’est ruer dans les bars.

 

       4. Le jour en fuite a été repris au crépuscule avant d’être exécuté.

 

        5. Un rein de perdu, dix (au moins) de retrouvés.

      

         6. Faute de soleil, asperge-toi de crème solaire.

(variation due à un de ses émules enseignant au chômage) : Faute d’école, asperge-toi de crème scolaire.

           7. Enchâssez le naturel, il reviendra en tableau.

(repris dans l’Encyclopédie de la peinture à l’art traître en 3 pages et demie)

Et commenté longuement, sur plus de trois cent pages, dans l’édifiant ouvrage de Jean-Baptiste Botul, Tombeau de BHL.

 

         8. Ce que j’aime dans les nuages, c’est leur devenir orageux.

(variante par un de ses épigones grantauteur de Roman jeunesse : Ce que j’aime dans les nuages, c’est leur devenir pluvieux.)

 

    9. Donnez-moi un évier et je nettoierai le monde.

 

         10. Le travail de seuil commence dès qu’on ferme la porte.

 

         11. Malgré Celan, Cioran est mort de mort naturelle.

 (Repris dans L’Abrédé d'Histoire générale des Grands Roumains autres que Vlad l’empaffé de Transylvanie, édité par les Pittaphysiciens Anonymes de la Roumanie imaginaire.)

 

     12. Ma mère m’appelle sur mon portable tout neuf pour me demander comment on fait pour envoyer des textos.

(ceci constitue le dernier aphorisme  authentifié par le Collectif oulipien du Sud Hainaut ; il est daté du 21 juillet 2000, à moins qu’il ne s’agisse d’un fragment de son journal, hypothèse avancée récemment par un membre insignifiant du très influent (et amplement subsidié) Observatoire des Ecrits Apocryphes Sans La Moindre Importance)


Un doute plane toujours au-dessus de ces cinq aphorismes qui seraient, s’ils ne sont pas de Christophe Beurck, de Marion Laspalette, la demi-sœur aînée d’André qui rêva toute sa vie de consacrer sa vie à l’écriture pour faire la nique à sa moitié de frère qu’elle jalousait secrètement (autant qu’elle l’adorait, relire la touchante lettre, quoique barbante et par moments incompréhensible, du 5 juin 1963 au soir « à mon frère papouille »).

13. On peut nourrir à n’importe quel âge son premier ânon.

 

14. C’est quoi le félin pluriel de cougar ?

 

15. Un oculiste qu’on paie à l’œil ne trouvera jamais monture à son pied (il pourrait bien finir cordonnier). 

 

16. Quand je me bougie, je vois trente-six chandelles.

 

17. Tromper l'ennui avec le désespoir. 

(variante éloignée dans le temps: la pomme d'Adam était une désespoire.)

 

Marion Laspalette prévoit la sortie d’un micro recueil aux éditions Moi aussi je veux compter (trente-six lecteurs) dans la littérature sous le pseudo de Georges Cendre (paix à son âne).

 

par Éric Laspalette (neveu probable d'André, fils et non moins éditeur de Marion)

 

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15:23 Écrit par Éric Allard dans Mes notes Wikipedia | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

20/07/2014

20 ANS en chanson

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Ferré, 1961 (pour la version originale) 

Zebda, 2009 en hommage à Ferré

Moustaki pour Reggiani, 1967

Aznavour, 1965

Johhny, 2013

Bachelet, 1987 (avec une citation de Ferré)

Aubert, 2012 

Zazie, 2013

Amel Bent, 2009

IAM, 2013

Lalanne, 1979

Manu Galure, 2008

Placebo, 2004

Berthe Sylva (1885-1941), 1935

BONUS: Bref, j'ai 20 ans!

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21:55 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

J'AVAIS 20 ANS + LA BELLE VIE, par Denis BILLAMBOZ

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J’avais vingt ans

  

J’avais vingt ans

Je faisais la fête

J’étais insouciant

Demain était loin

 

J’aurais du travail ... un jour

Après avoir aimé les filles

J’épouserais ma princesse

Je lui bâtirais son nid d’amour

 

Il a vingt ans

Il craint demain

Il pense à sa carrière

Il prévoit sa retraite

  

Il a peur du chômage

De manquer d’argent

De ne pas séduire la fille

Qui lui donnerait un fils

  

S’il avait la foi

Il entrerait au couvent

Il éviterait le chômage

Et la maladie sans nom

  

N’écoute pas les augures

Courtise la vie

Comme une princesse

Et elle t’aimera comme un roi

 

 

Logo-LaBelleVie.jpg

  La belle vie

  

Elle est belle la vie

La vie que j’ai eue

  

Elle était belle la vie

La vie que je n’aurai plus

  

J’ai aimé

J’ai été aimé

 

J’ai choyé

J’ai été choyé

  

J’ai joui

J’ai fait jouir

  

Un jour je partirai

Le cœur léger

 

Elle est belle la vie

La vie que j’ai eue

 

 

12:04 Écrit par Éric Allard dans Textes de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

18/07/2014

CROISIÈRES EN MÉDITERRANÉE

billamboz.jpegpar Denis BILLAMBOZ

En cette période estivale où des millions de touristes se ruent dans les immeubles flottants qui sillonnent la Méditerranée chargés du fond de la cale aux étages les plus élevés de terriens en mal d’émotions maritimes, j’ai eu envie d’évoquer les croisières et les ports méditerranéens tels que les ont découverts deux grands écrivains de la première moitié du vingtième siècle : Evelyn Waugh et Francis Carco. A travers le récit d’une croisière qui ressemble en tous points à son voyage de noce, l’Anglais nous montre le côté face de la Méditerranée à cette époque et, dans un reportage sur les bas-fonds des ports de la Grande Bleue, Francis Carco nous dévoile le côté pile… celui qui est le moins voilé. Deux récits qui, fondus en un seul, pourraient constituer un documentaire historique incontournable sur ce sujet.

 

9782228884556.jpgBAGAGES ENREGISTRÉS

Evelyn WAUGH ( 1903 – 1966)

Selon la préface de William Boyd, en hiver 1928, Madame Waugh, Evelyn, Elle-Evelyn pour la différencier de Lui-Evelyn, tombe malade victime d’une rubéole, le jeune couple décide alors de faire une croisière en Méditerranée pour que la jeune femme puisse se rétablir plus rapidement. Ils obtiennent la possibilité de voyager gratuitement en promettant en échange que Lui-Evelyn écrive un récit de voyage valorisant le bateau et la croisière. La croisière est en fait un véritable désastre, le couple se défait, Elle-Evelyn est malade et le retour en Angleterre est pénible. Lui-Evelyn s’isole alors pour terminer un ouvrage en cours et entreprendre la rédaction du récit de voyage qu’il a promis à l’armateur.

Waugh raconte ainsi une croisière qu’il aurait faite seul mais qui est en fait la croisière qu’il a faite peu de temps auparavant avec son épouse, se livrant à un exercice de dédoublement en se glissant dans la peau de l’ami du couple avec lequel il voyage et qui représente le couple qu’il formait avec son épouse lors de la précédente croisière.

Son voyage commence par Paris puis s’oriente vers la Méditerranée, à Monte-Carlo, pour se poursuivre sous forme d’une croisière vers Naples, Catane, Haïfa, Saint Jean d’Acre, Port-Saïd, où il abandonne le navire pour suivre le jeune couple dont la femme doit se faire soigner à terre, comme lui a abandonné la croisière précédente, dans ce même port, pour faire soigner sa femme atteinte d’une pneumonie. Il reprend la mer, comme il l’avait reprise précédemment avec son épouse, pour la Méditerranée occidentale avant de retrouver son navire, le Stella Polaris, à Malte tout comme il l’avait fait avec son épouse lors de leur croisière.

Evelynwaugh.jpegSon mariage ayant explosé au retour de leur périple en mer, Waugh raconte son voyage à travers la Méditerranée en romançant un peu l’histoire pour laisser le couple qu’il formait avec Elle-Evelyn un peu en dehors du récit. D’une plume critique, acerbe, sarcastique, il décrit le monde déjà frelaté à cette époque du tourisme de masse qui se rue en troupeau dans les ports de la Méditerranée. Son regard est celui d’un Anglais convaincu de la supériorité de son pays : c’est toujours mieux en Angleterre ou éventuellement moins mal quand on ne peut pas dire que ça y est bien. Ces descriptions restent tout de même un excellent témoignage sur le monde puéril des croisières à la fin des années vingt et un regard acéré et lucide sur les grands ports du Bassin Méditerranéen qui a, aujourd’hui, valeur historique. Un regard que Francis Carco confirmera sept ans plus tard en visitant surtout les clandés. Sa description des métropoles, de leurs habitants, de leurs coutumes, de leur patrimoine est riche et précise, il s’appuie beaucoup sur un guide touristique célèbre à son époque, celui de Bedacker qu’il site abondamment. Il raconte un temps que nous avons peut-être oublié ou qu’il n’a pas vu comme ceux qui nous en ont parlé dans les décennies suivantes, un monde méditerranéen beaucoup plus homogène, beaucoup moins divisé, beaucoup moins éclaté, beaucoup moins déchiré, un temps où, par exemple, le racisme n’existait pas à Alger, si on le croit.

Dans ce premier récit de voyage, Il n’est en rien un explorateur, pas plus qu’un découvreur, il est simplement un observateur et un témoin de son temps qui a laissé son regard en héritage. « J’ai appelé ce livre Bagages enregistrés pour la simple raison que tous les endroits que j’ai parcourus lors de ce voyage ont été largement visités et décrits ».

 

$(KGrHqF,!p8FG5n7rq03BR4tZ1fKQQ~~60_35.JPGLA DERNIÈRE CHANCE

Francis CARCO (1886 – 1958)

Un journaliste, l’auteur qui pourrait être Carco lui-même, raconte son périple sur le pourtour de la Méditerranée pour enquêter sur la prostitution, le trafic des femmes et, plus généralement, sur tous les trafics imaginés par la pègre. Du Pirée à Marseille en passant par Athènes, Smyrne, Istamboul, Beyrouth et Tunis. Il dresse un état des lieux du « milieu » dans ces différentes villes où il rencontre ses contacts, ex-connaissances, relations et autres truands en exil qui ne sont plus les bienvenus dans leur pays d’origine, mais aussi des policiers chargés de surveiller les activités de ces drôles de citoyens.

C’est à une grande balade dans les bas-fonds de ces villes portuaires que nous invite Carco pour visiter les bars, dancings, restaurants, maisons de passe ou bordels tous plus sordides les uns que les autres. Il dépeint avec le même talent le tripot le plus miteux, la rue la plus répugnante que les paysages les plus somptueux du Proche et Moyen-Orient. Ses portraits sont absolument magnifiques : vieilles putes en fin de parcours, vieux maquereaux désargentés, policiers arrogants, trafiquants rutilants comme des œufs de Pâques, …

Francis_Carco_Meurisse_c_1923.jpgMais ce n’est pas sans une certaine nostalgie qu’il arpente ces lieux de perdition car le milieu semble voué à sa fin prochaine. « Dans chaque port, la police veille et, si habiles que soient certains coquins internationaux, force leur est d’admettre que la longue et déconcertante impunité dont ils ont scandaleusement joui, est bien près de finir ». Dans ce roman, Carco essaie de nous faire comprendre qu’un monde se meurt et qu’un autre est en train de naître, n’oublions pas que ce livre a été publié en 1935 dans des temps de fortes turbulences partout en Europe. Il a bien senti que ce monde, et pas seulement celui de la pègre, était en cours de mutation mais les mutations qu’il pressentait ne sont pas forcément celles qui se sont produites. Les putes qu’il a croisées jouaient leur dernière chance dans ces rades à matelots, comme les maquereaux jouaient leur dernière carte dans ses bas-fonds sordides, comme la Turquie jouait sa dernière chance avec les Jeunes Turcs au pouvoir, comme le monde jouait une dernière carte avant de voir le plus terrible conflit jamais vu s’abattre sur l’ensemble de la planète. Carco n’était pas un bon prophète mais il a bien senti que quelque chose n’allait plus, qu’un monde s’effritait qu’il faudrait bien un jour trouver une solution pour reconvertir les putes, recaser les maquereaux qui se tournaient déjà vers la drogue et canaliser toutes les énergies qui ne pensaient qu’à exacerber les nationalismes montants. « De quelle nature seront les réactions que soulèveront à sa mort les successeurs du Ghazi (Kemal) ? »

Un livre plein de nostalgie, un livre d’avertissement aussi, « Il avait parlé pour les hommes de son espèce de « la dernière chance » qu’ils jouaient contre les règlements et les idées nouvelles ». Et, aussi, une réflexion sur l’éphéméréité des choses de ce monde….

« Dernière chance ! Dernier va-tout ! Banco ?... Perdu !

20:32 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

16/07/2014

LE TUEUR et MOI

 1332422242-436.jpgJ’avais repéré le criminel chez la libraire. J’ai le flair pour ça.

À sa sortie, je lui emboîtai le pas dans toutes les enseignes de la rue commerçante. Je le suivais dans les files, je ne le laissais pas prendre du champ, il ne devait pas m’échapper. Après la librairie, il se rendit à la poste. A la poste, il déposa un petit colis. Qui pouvait contenir un doigt, un gros doigt ou une petite main à moins que ce ne soit un poignet, un simple poignet bien coupé avec un grand couteau tranchant comme je les aime.

Et après la poste, ce fut la pharmacie, où il demanda des anxiolytiques. Le crime, quoi qu’on dise, vous met sur les nerfs. Même si on fait du massage de chakras et qu’on absorbe les contenus de boîtes entières de produits bio, le crime reste éprouvant, sec, tuant.
Après la pharmacie, il se rendit chez la boulangère, il acheta des glacés. (Tous les acheteurs de glacés ne sont pas des criminels, cela dit). Chez la bouchère, je le vis fort énervé ; normal, il sentait le sang. Moi aussi, le sang me mettait mal à l’aise, j’attrapais vite des maux de ventre, des nausées, des vertiges. Le tueur me lâcha. Cela se fit dans un éclair. Il devait posséder des super pouvoirs...

Enfin, après son passage, toutes les femmes moururent, c’était un tueur de femmes en série; ça aussi, je l’avais pressenti. Il ne s’était présenté qu’à des commerces où servaient des femmes.

(J’ai toujours aimé les vendeuses, les serveuses, les femmes en uniforme de travail, cela me sécurise, leur féminité est comme mise à distance. Elles sont confinées à un rôle, elles se prêtent à tous les fantasmes…)

Il ne les a pas tuées en ma présence, non. Quelques heures ou jours après. Mais c’est tout comme. Je ne vis plus aucune ces femmes une autre fois. Quand, quelques jours plus tard, je revins sur les mêmes lieux, plus rien n’était pareil. On me dira que c’est la règle : après un meurtre, plus rien ni personne n'est pareil. Je ressentis un fort sentiment d’étrangeté. J’eus beau me consoler en redoublant mes exercices à des barres trouvées ici et là et en écrivant des haïkus, je sentais que je n’allais pas bien.

(Oui, pour me calmer, je fais de la sculpture de rue et j’écris des haïkus.)

 

Filet pur de porc -

la vision d’un corps couché

beaucoup tailladé

 

dans le muscle un nerf -

ne manquait plus qu’une empreinte

pour me compromettre

 

éncucléé l’astre

ne verra plus que d’un œil

la lune crever

 

Je rendis visite à l’infirmerie près de chez moi, mais l’infirmière n’était plus là. Plus trace du tueur en série non plus, il avait dû filer une fois ses forfaits accomplis.

Je trouvai qu’il était temps que je me rende à la police où une policière avenante dans un uniforme seyant prit note de ma déposition.  Je me dis que si le tueur m’avait précédé en cet endroit, sûrement qu’il l’aurait assassinée. Elle avait de la chance; je lui ai dit. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue car après mon arrestation, je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles. Personne n’a cru à ma version du tueur filé dans les files.

On a pris ça au pire pour une lubie, un montage de toutes pièces. On veut rendre des services, puis vous prend pour un malade. On devrait généraliser à tout le monde social la sculpture  de rue et la pratique assidue du haïku, la vie et les relations humaines en seraient grandement facilitées.

 

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12:01 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | |

15/07/2014

FEU! CHATTERTON: L'incendie dans la chanson

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" FEU! CHATTERTON, c’est l’héritage de Bashung ou de Ferré propulsé dans le sillage de The XX ou de LCD Soundsystem. Cinq Parisiens, emmenés par les textes déjà fondamentaux et la présence inouïe d’Arthur leur leader charismatique et ultra-contemporain, posent en quelques titres les bases du rock français à venir." Pierre Siankowski (Les Inrocks)




13:27 Écrit par Éric Allard dans Hey, man! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

14/07/2014

DOUZE QUATRAINS TROIS-QUARTS

On ne dort pas avec Dieu

comme on dort avec une femme

même si l’oreiller de l’âme

repose sur la tête du ciel

  

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Ma mère m’appelle sur mon portable

pour m’inviter à déjeuner au cimetière : 

« Non, maman, ce n’est pas aujourd’hui

qu’on exhume papa »

 

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L’océan panique

à la vue d’une femme :

« Comme elle est immense

 et comme je suis laid ! »

 

 

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Je triture tes lèvres

je me dis qu’avec elles

on pourrait faire

 une maison de plaisir

 

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Ma mère achète

deux ou trois produits à la fois

Mon père prend toute la place

dans le réfrigérateur

 

 

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 Mon boucher plaît à ma mère

surtout sa viande de cheval

qui faisait les délices de mon père

quand il galopait encore

 

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Si je pouvais regarder en toi

je ne le ferais pas

je me contenterais de ta nudité

 qui est plus profonde

 

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Je décore

de la croix du sperme

les poitrines

 des femmes conquises 

 

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Le train le tram le bus

me regardent dans les yeux

J’aime ces instants intenses

 avant le choc technique

 

 

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On a dépendu le poète

de l’arbre à mots

Sur sa branche

 des vers avaient pris racine

 

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Avant d’écrire

régurgite ton présent

(ne mâche pas

 tes mots)

 

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Ne changez pas ma police,

dit ce caractère,

sinon je ne réponds

plus du texte

  

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Croquer le bruit

pour atteindre

 au noyau du silence.

 

 

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17:17 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

12/07/2014

IRRÉSISTIBLES chanteuses BRÉSILIENNES

 Maria BETHANIA (1946). Elle est la soeur de Caetano VELOSO


Elis REGINA est née en 1945 et décédée en 1982 à l'âge de 36 ans.

Gal COSTA (1945)

Rita LEE (1947)

Beth CARVALHO (1946)

Nara LEAO est née en 1942 et décédée en 1989 à l'âge de 47 ans.

Astrud GILBERTO (1940). Elle a été l'épouse de Joao GILBERTO. 

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Marisa MONTE (1967)

Maria GADU (1986)

CIBELLE (1978)

CÉU (1980)

Vanessa DA MATA (1976)

Fernanda TAKAI (1971)

Mallu MAGALHAES (1992)

Gaby AMARANTOS (1978)

LURDEZ DA LUZ 

TIÊ

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15:29 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles!, L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

LENT NOIR d'Erwann ROUGÉ

P.Leuckx.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

Le terrible dans ces poèmes de Rougé n’est pas seulement dans le titre, qui suggère tout à la fois le noir de houille de l’enfance, et la férocité qui va avec certaine enfance salie, et la vague de fureur chasseresse d’hommes violents, et la « langue déchir(é)e » des victimes, et les placards de l’horreur, de l’enfermement.

Il y a plus encore dans ce livre, où les vers se répandent sur la page, déchiquetés, structurés, décalés, il y a le désir de dire le nu plus nu que le nu, l’acide en gorge, l’œil délavé, la « haine », « leur haine », « la langue noire », qui ne renonce pourtant pas, au milieu de la traque.

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Ce livre peut se lire comme un récit d’enfermé/évadé/pourchassé. Un enfant ? Un adulte ? Une ombre ? L’histoire ne le dit, ne se termine pas, elle recommence et hausse le ton juste pour éclairer l’universel. Le lecteur suit au présent l’acharnement à vivre de quelqu’un qui est happé, violenté, suivi, traqué.

la fatigue d’oiseaux dans la bouche

ce temps pris au trou

lent écoulement

halètement de l’autre

tu étouffais de tristesse

avaler l’air les champs la dune

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En lisant cet admirable livre, j’ai songé plus d’une fois à toutes les blessures d’enfances truffautiennes, pasoliniennes et autres. Les coups, quatre cents et autres. D’enfants souillés par l’existence, le mépris, les haines ordinaires…

Toujours faire le guet résonne à la dernière page de cet opus comme l’apologue du pauvre, toujours alerté, sans cesse en alerte, comme la bête traquée qui flaire le danger, bête ou écrivain ou enfance battue, la même vigilance au bout des mots, la même et terrible exigence de dire au plus nu le vrai.

Magnifique Rougé.

L’arbre à Paroles, coll. Résidences, 2014, 66p., 10€.

-----------------

L'ouvrage sur le site de L'Arbre à Paroles (copier/coller le lien)

http://maisondelapoesie.com/index.php?page=lent-noir---erwann-rouge

15:29 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

07/07/2014

IRRESISTIBLES chanteurs BRÉSILIENS

D'AUJOURD'HUI

Rodrigo AMARANTE

"Troubadour « lost in translation » entre son Rio natal et son Los Angeles d’adoption, ce Caetano Veloso version hipster, ami de Devendra Banhart, noie son spleen en trois langues sur une guitare sèche et dans une mer de réverbérations et de chaloupements mélancoliques. Son folk minimaliste, sa voix suave et nue à la langueur désincarnée ont un charme vénéneux."


Lucas SANTTANA

"Le chant est suave mais les platines sont toujours à portée de main de ce guitariste sampleur. Neveu de Tom Zé et petit génie pionnier du tropicalisme digital, il déconstruit l’héritage afro-brésilien pour réassembler chanson acoustique, musique classique, hip-hop, funk, dub et électro pointue. Le tout avec une approche ludique qui n’entame en rien son exceptionnelle musicalité. C’est dire comme on attend son nouvel album, qui sortira à la rentrée sur le label No Format."

Seu GEORGE

"Sa voix grave et ironique au charme ravageur, son débit mitraillette nous ont fait complètement craquer quand il a sorti son premier album solo, Cru, il y a dix ans. Sur ce disque de « musique pour barbecue » (le barbecue est une institution au Brésil) sorti en 2011, le charismatique chanteur marie sa verve jubilatoire avec l’esprit soul des seventies, sur un mélange de funk, de samba et de rock ultra festif. Aujourd’hui, Seu Jorge tourne avec l’Orchestra Imperial (également rejoint en live par Rodrigo Amarante ou la chanteuse Thalma de Freitas), un big band ultra populaire de samba gafieira très rock édité récemment par le label Mais Um Discos (le disque Fazendo as pazes com o swing)."

Commentaires de Télérama

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D'HIER & D'AUJOURD'HUI

Caetano VELOSO

"1967, cette chanson a permis aux Brésiliens de découvrir le mouvement musical du Tropicalisme. Avec cette composition, l’objectif de Veloso était de composer une "marcha" de carnaval qui inclurait des éléments de la culture pop de l’époque."


Jorge BEN

"1963, premier succès de Jorge Ben, Mas que nada fait également partie de ces musiques brésiliennes que l’on ne peut n’avoir jamais entendue. Le chanteur nous y invite à danser pour oublier toutes les mauvaises surprises de la vie. Un conseil facile à suivre, tant la musique est entraînante."


Chico BUARQUE

"1971, Chico Buarque raconte l’histoire d’un ouvrier du bâtiment, sa dernière journée de vie, de sa sortie de la maison jusqu’à la chute fatale qui entraîne sa mort. Par ce biais, Buarque dénonce l’aliénation des travailleurs dans le monde capitaliste."


Tom ZÉ

est "un compositeur et multi-instrumentiste, et l'un des principaux bâtisseurs du mouvement tropicaliste dans les années 60. Retombé dans l'oubli après le pic du mouvement, il est redécouvert par David Byrne dans les années 90." 


Gilberto GIL

"1967,  c’est toute une histoire que raconte Gil dans cette chanson, celle de deux amis, José et Joao. La spécialité du premier est de s’amuser, celle du second de toujours se retrouver pris dans des bagarres. Un week-end, au parc, ils rencontrent Juliana. José en tombe amoureux. Lorsqu’il voit sa bienaimée avec Joao, il devient fou de jalousie et tue le couple."

 

 

Joao GILBERTO

"1958, ce tube mondial, repris par de nombreux chanteur, est l’une des chansons les plus marquantes de la Bossa Nova. Rien à dire : juste écouter et savourer."


 "1958, l’acte de naissance de la Bossa Nova. Les paroles sont de Vinícius de Moraes et la musique d’Antonio Carlos Jobim."

Antonio Carlos JOBIM


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Joao Gilberto, Caetano Veloso & Gilberto Gil


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Les commentaires des chansons sont de Amélie Perraud-Boulard (Le petitjournal.com)

 ...

21:03 Écrit par Éric Allard dans Hey, man!, L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

05/07/2014

LA FILLE EN BLEU + JAUNE ET JEUNE, deux textes de Denis BILLAMBOZ

La fille en bleu

  

Son ciel était gris

Son monde était triste

Elle n’avait que l’or

Des boutons d’or

Pour colorier les présages

Blottis dans les nuages

  

Elle n’avait que le rouge

De sa bouche

Pour peindre le soleil

De son ciel

Elle n’avait plus de bleu

Elle l’avait mis dans ses yeux

  

Au creux de son coeur

Dans le flot de ses humeurs

La fille aux yeux bleus

Dissimulait le feu

Qui coulait dans son sang

Embrasant ses sentiments

  

L’or des boutons d’or

Brillait sur son corps

A sa bouche un brasier

De rouge incendié 

Elle se consumait

D’amour insatisfait

 

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Jaune et jeune

 

Soleil jaune brille

Vin jaune pétille

Carpe jaune frétille

Fleurit jaune jonquille

 

Court jeune fille

Court jaune fille

  

Le jaune scintille

Le jaune pétille

Le printemps titille

L’amour émoustille

  

Court jaune fille

Court jeune fille

 

Le bonheur choit en vrille

Rit jaune la fille

 

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21:19 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

ÉROTISME LITTÉRAIRE

images?q=tbn:ANd9GcSqoFWkTnAa8xWM2oeMf3cm1vrvA2Md68WoJgygRWB5uornoHjPMVT4SQIpar Denis BILLAMBOZ

Deux textes très différents pour évoquer l’érotisme en littérature, tout d’abord un texte très récent d’Anne Bert racontant la difficulté de vivre une vie sexuelle avec ses fantasmes et ses prétendues déviances pour ceux qui ne figurent parmi la population dite normale, et, ensuite, un texte déjà daté et désormais classique de Viollette Leduc, égérie de la libération sexuelle au milieu du siècle dernier. L’occasion aussi de constater que le sexe a été souvent prétexte à l’écriture de bien beaux textes.

 

9782363260161FS.gifS'INVENTER UN AUTRE JOUR

ANNE BERT

« Elle aimait Mozart et les Beatles », non, non, je me trompe de love story, elle aimait un acteur et les beaux textes, surtout sa façon de réciter ces beaux textes, mais elle perd, suite à un accident, la possibilité d’atteindre l’orgasme et se venge cruellement sur le responsable de cet handicap. Tom a été abusé par sa tante, il en a gardé un profond dégoût pour les femmes sauf celles qui se décomposent à l’approche de la mort et qu’il accompagne dans leur dernier souffle. L’homme-chien a tout perdu, il vit avec son chien, dans la marge, il refuse même les avances d’une bourgeoise qui veut vivre avec lui son fantasme d’étreindre un SDF. Madame devient veuve mais ne peut se séparer de son mari, elle se donne à un autre sur sa tombe pour perpétuer leurs gestes d’amour. Accro à l’image d’une rue qu’une fille transmet chaque matin sur son blog avec un petit message, il découvre avec surprise que cette femme virtuelle aurait pu être plus réelle pour lui. Odile tombe dans les rets d’un voyeur en cédant à ses exigences et y prend un réel plaisir.

Dans ces six nouvelles Anne Bert met en scène des personnages qui ne vivent pas leur sexualité comme la majorité des femmes et des hommes qui déambulent dans les rues, ils vivent le handicap ou dans la marge, préfèrent la morbidité, la nécrophilie, le fétichisme ou la virtualité, tous ont des désirs, des fantasmes, des envies sexuelles comme la majorité des êtres humains. Le fil rouge qui relie ces histoires, plus morbides qu’érotiques, est ce besoin qu’on tous les handicapés, paumés, déviants (ou présentés comme) d’avoir et de vivre une sexualité même si elle est différente de celle des autres.

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Ces textes pourraient figurer dans le catalogue n’importe quel éditeur, ils ne sont jamais indécents seulement durs, cruels, charnels, sensuels, ils disent des mondes qu’on n’aime pas voir, pas regarder, les monde de la marginalité et de la différence qui choquent nos penchants bien pensants. Le talent d’Anne Bert lui permet de nous emmener au fond d’histoires difficilement supportables mais tellement réelles, des histoires comme les médias en relatent quotidiennement. Son écriture fluide, forte, violente quand il le faut, sensuelle si c’est nécessaire, lui permet d’explorer les mondes les plus glauques sans jamais sombrer dans la sordidité ni la répugnance. Elle nous montre seulement que la sexualité est une fonction charnelle, physiologique, psychique et finalement vitale qui ne concerne pas que les starlettes et les bellâtres dénudés qui s’exhibent dans les magazines ou sur la Toile mais tout le monde même les moches, les handicapés, les malades, les pauvres, … et que les fantasmes peuvent planter leurs racines là où on ne l’aurait jamais cru. Les phéromones peuvent entraîner dans leur danse endiablée, comme dans un ballet de Walpurgis, tous les êtres sexués sans aucune préférence, l’amour est pour tout le monde même si certains disent le contraire et en font même une religion.

 

violette-leduc-le-taxi-.jpgLE TAXI

VIOLETTE LEDUC (1907 -1972)

« Nous sommes deux orages pris l’un dans l’autre ».

Dans un taxi qui roule à travers Paris deux amants racontent les ébats charnels qui les agitent en un long dialogue d’une centaine de pages. Un dialogue construit sur des répliques courtes, un texte sensuel, érotique, poétique, arachnéen, jamais vulgaire, ni grossier. Juste un long poème en prose dialoguée, une ode à l’amour charnel, à l’amour fusion, fusion des corps, des esprits et des sens, un transport au-delà de la raison, au-delà de passion même, une immersion dans l’amour dévastateur qui emporte tout sur les déferlantes du plaisir et dans les délices des élans partagés.

Un texte beau, un dialogue élégant, qui voudrait emmener le lecteur à bord de ce taxi qui navigue comme un bateau ivre sur le pavé parisien, comme Violette Leduc sur les passions qui ont enflammé sa vie.

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« - Pénétrez mes étoffes. Je suis en velours, je suis en soie.

- Je vous enveloppe. Précieuse, je vous couvre de toiles d’araignée, est-ce assez léger ?

- Revenez…

- Enfermez-moi dans votre coffret.

- Si vous venez.

- J’ai seize ans.

- J’ai quatorze ans.

- Aurons-nous des frissons ? »

15:56 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

03/07/2014

DANS MA TÊTE et autres poèmes décérébrés

Dans ma tête

 

Ma mère et mon père ont élu domicile

dans ma tête

Ils ne font pas de bruit se montrent discrets

D’ailleurs à certaines heures

je pourrais les croire ailleurs

au cœur au foie ou dans les talons

 

Personne ne sait qu’ils sont là

si je ne le faisais pas remarquer

parfois

pour dire quelque chose d’intéressant

qui focalise l’attention sur mes cheveux

enfin ce qu’il y a sous le peu qu’il m’en reste

  

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Dans les majuscules

 

Dans les majuscules

je ne me vois pas

 

Où je me sens bien

c’est dans les minuscules

 

D’ailleurs je me demande

si je ne vais pas supprimer

 

toutes les majuscules

de mon texte

 

Si je meurs avant faites-le

pour moi s’il vous plaît

 

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Dans ma tête (2)


Si ça cogne dans ma tête

c’est que maman est en rogne contre papa

 

Et qu’ils boudent tous les deux dans leur coin

en faisant les cent pas ou en tapant des pieds

 

pour je ne sais quoi

 

Si ça cogne dans ma tête

c’est que maman a tué papa sur un coup de tête

 

Et qu’elle se demande maintenant

quelle robe elle mettra pour l’enterrement

 

et avec quoi

 

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Le côté droit


Egarez vous sur le côté droit

de votre cerveau

 

là où il y a la place pour

l’évasion le rêve la liberté

 

le parking est gratuit aussi

de ce côté-là

 

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Les filles

 

J’aime les filles qui ont une frange

une queue-de-cheval une raie sur le côté

un chignon coque plutôt qu’un chignon sophistiqué

des nattes des couettes des boucles des mèches

 

J’aime les filles qui ont des cheveux

lisses bouffants en cascade couleur neige

mais n’allez pas croire que je pinacle sur

les filles qui ont la boule à zéro

 

parfois c’est la même

 

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les migraines de mon père

 

mon père a toujours eu la migraine

je disais que c’était depuis la mort de son frère

d’une appendicite quand il était petit

je pensais que ça passerait je minimisais

comme on minimise les maladies de ses proches

quand ça lui prenait c’était pour la journée

il se battait contre son mal de tête

c’était souvent le samedi ou le dimanche

jamais la semaine où il travaillait à l’usine

comme si ça ne se faisait pas de prendre congé pour ça

des amis étaient morts au travail par accident

ça il ne voulait pas laisser sa vie sur son lieu de travail

d’ailleurs il a pris sa pension dès qu’il a pu

pour bien profiter du reste de sa vie

puis le mal de tête l’a quitté c’était bien dû au travail

boulot très tôt tramway dodo

(il apprendrait à conduire quand il serait retraité)

un bifteck de cheval au soir quand il rentrait

la télé le jardin le bricolage pour améliorer la maison

à table les histoires avec ses chefs

les contremaîtres lèche-cul les ingénieurs incompétents

sa façon de ne pas chercher d’avancement

ni par les passe-droits ni par le travail supplémentaire

cette obsession d’avoir son temps de travail qui ne débordait pas

sinon sans doute par la migraine

l’usine rognait par là sur son temps libre

elle avait trouvé une faille ouverte dans l’enfance et s’y était engouffrée

par la migraine l’usine gagnait quelques heures

elle empiétait sur le territoire privé d’un de ses salariés

l’usine par la étendait son domaine d’exploitation

l’usine avait semé des petites graines de migraines

 des petites graines de mort douce dans la terre dure de sa tête

 

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18:36 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | |

02/07/2014

Anna-Maria Martinez dans la BACHIANA BRASILEIRA n°5 de VILLA-LOBOS


14:23 Écrit par Éric Allard dans Les belles musiques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

MANU THOREAU entre inspiration poétique et agacement


14:18 Écrit par Éric Allard dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

30/06/2014

DIX POÈMES pour ne pas faire carrière en poésie

Amicalement vote

 

en période électorale

je vote toujours pour moi

qui ne me suis présenté

qu’une seule fois

 

par la tête comme il se doit

au suffrage universel de ma mère

qui a quand même dû pousser pas mal

 pour débourrer l’urne natale 

 

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ma mère s’invite dans mes poèmes 

 

ma mère s’invite dans mes poèmes

depuis qu’elle a perdu mon père

et secoue les branches de la solitude

à la recherche d’un peu de temps

 

ma mère s’invite dans mes poèmes

que je n’accroche plus aux arbres

depuis que mon père a coupé

les feuilles qui le séparaient du vent.

 

 

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Printemps

 

la jacinthe fleurit

du pollen s’égare

sur les quais

 

tandis que j’argumente

dans ma tête

pour un navetteur

 

qui n’en a cure

du théâtre

de ma nature

 

je me dis qu’on peut

cesser de vivre

si un seul être

 

vous refuse sa place

dans les transports en commun

 côté vitre sale

 

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L’ur(i)ne

 

On ne retrouve pas d’urine

dans les urnes

ou alors c’est très rare

et fort désopilant

 

C’est que le dépouillement

a pris du retard

et que le président 

n’a pas pu se retenir 

 

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Ce qu’on aime dans la poésie

 

ce qu’on aime dans la poésie

c’est le peu de mots

c’est le peu

c’est le

c’est

c’

c’est

c’est le

c’est le peu de mots

 répartis sur dix-sept syllabes

 

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Tout ce que je fais

Tout ce que je fais, fuit

tombe dans l’inconsistance

 

Alors je ne bouge plus

je me recroqueville

 

Les gens qui passent

ne me regardent pas

 

Même quand ils déposent

une pièce en forme de cœur

  

dans le vide de ma sébile

 

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Le culte à la mer

 "Il n'est pas nécessaire de vivre, il est nésessaire de naviguer." Pompée

 

Je voue un culte à la mer

pas à la vague qui n’est que brindille

dans l’océan de la prairie

 

Je l’habille de vert et de jaunes

je l’orne de fleurs de pissenlits

je navigue d’une rive à l’autre

 

en évitant les ronces et les orties

les rats des champs et les souris de mer

 les fils de fer barbelés formés de poissons-scies

 

 

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Les trous

 

Régulièrement

je rebouche les trous

que ma mère fait sur la plage

 

quand la marée est trop basse

pour recouvrir ses souvenirs

 

 

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Je n'ai pas fait carrière

 

Je n’ai pas fait carrière

             dans la poésie

ni dans les affaires

             de cœur

 

Je n’ai pas fait salière

              dans la poivrière

ni dans les affaires

                de table

 

Je mourrai sur une chaise

en récitant du Machin Chose

pour ne pas froisser les draps

 de la littérature comme il sied

 

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Le cheval

 

Le cheval pardi

Le cheval parti

Comment s’appelait-il encore ?

 

Ronflant du Toril

Mirador du Levant

Petit-galop de Printemps ?

 

Le cheval pardi

Le cheval parti.

Mais c’était une jument !

 

Tu aurais dû

Tu aurais pu

La monter plus souvent.

 

images?q=tbn:ANd9GcRN7MPY59hDunWlRdYqptQ5J_BhjqS6Pv1zmBehab9EpgKfj5Jo 

avant d’écrire

préviens tes muses que tu arrives

 avec un paquet de mots

13:24 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

28/06/2014

PARLER ETRANGEMENT de Ritta BADDOURA (éd. L'arbre à paroles)

Leuckxok.jpgpar Philippe LEUCKX 

 

 

Quand un poète personnifie à ce point la langue, quand un poète se met à dévider, à propos de cette langue poétique, une litanie tout à la fois d’hommages et de rétentions, l’on peut se dire que l’écrivain tient parole, a un souffle, l’exprime, use de la langue, non par futilité, mais pour en découdre avec un réel pesant. La guerre, les armes, l’enfance enténébrée sont quelques-uns des thèmes de ce « Parler étrangement », langue en prose qui, le plus souvent, prend les mots au pied de la lettre, les soumet à un écrémage particulier et à une logique qui ne l’est pas moins :

Pourquoi parler d’autres langues si ce n’est pour réapprendre encore et encore à parler

à dire à se souvenir à identifier à construire à marcher

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L’humour rosse, la terrible culpabilité des placards de l’enfance, où l’on se cache, où l’on enfouit la langue, ou où l’on perd pied et langue, donnent à ces textes une coloration assez sombre et aigüe et celle qui écrit est une jeune poète libanaise :

Mon pied a glissé

Je suis tombée dans le poème

Darwich, le poète palestinien éclaire de sa présence ce livre tout empreint de « langue natale », de « disparition » du fait des armes et de la peur.

Alors, que reste-t-il quand les constats dénoncent une réalité insupportable, quand la gorge a peine à retenir les mots – pourtant gonflés de nécessité - ?

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La poésie sert à échapper, selon notre auteure, à l’étouffoir des murs, des gestes, des situations assises et immobiles, dans la crainte et l’angoisse.

Les francs-tireurs ne tirent pas sur les petits parfois

ou

Tous les matins pour ouvrir nos yeux

Et que le pain se lève

Nous avançons sur la corde du temps en faisant bien attention de ne pas trébucher sur les cadavres que les femmes étendent avec le linge

Cette jeune voix a l’intensité de l’aveu et celle de la détermination – coûte que coûte.

Ritta Baddoura, Parler étrangement, L’arbre à paroles, coll. If, 2014, 94p., 10€

11:47 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

27/06/2014

Human Nature: Miles & Michaël

Miles 

Michaël 

21:03 Écrit par Éric Allard dans Hey, man! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

26/06/2014

PUISQUE L'AUBE EST DÉFAITE d'Aurélien DONY (éditions M.E.O.)

puisque-l-aube-est-defaite-aurelien-dony-9782930702896.gifLe saltimbanque des feuilles mortes

« L’aube est morte ce matin », écrit Aurélien Dony.

Mais encore : « Et si le jour s’efforce au matin sur la plaine

D’accoucher d’un soleil, ça n’en vaut pas la peine. » 

Faut-il déplorer de devoir vivre dans une nuit perpétuelle ou s’en réjouir ? Le poète de Puisque l’aube est défaite en tire joie.   

D’autres textes de ce jeune poète, de vingt ans au moment de la rédaction du recueil et qui habite Dinant (sur la route de Charleville…), cultive cet art des ténèbres, des plaisirs du soleil à jamais éteint.

On pourrait penser que c’est faute de n’avoir pas encore vécu ce dont il brûle par ailleurs de connaître (la passion amoureuse, toutes les ivresses comme toutes les gloires) que le poète aspire à un monde sans lumière naturelle. Pour qu’éclosent d’autres lumières, ses propres illuminations après sa saison en enfer ? (« À l’aube de mes nuits j’attendrai mes aurores »). Parce qu’il ressent la nécessité de vivre beaucoup pour apprendre à mourir (« Mourir n’est pas grand-chose pour l’homme qui a vu ») ? Mais non, en tant que poète déjà affirmé, fort de ses pressentiments littéraires, il ne fera jamais qu’imposer sa fiction à son expérience, comme le fait dire Roth à l’un des personnages de Tromperie.

L’univers poétique de Dony, « saltimbanque des feuilles mortes » et « portier des râteaux » m’a fait penser à ces vers d’une chanson de Brel : « Je sais déjà  à l’entrée de la fête / la feuille morte que sera le petit jour ». Brel qui disait qu’à 16-17 ans déjà, « on a eu tous ses rêves »…

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Ce recueil bienvenu est témoin qu’ Aurélien Dony maîtrise toutes les formes d’écriture poétique, dont il devra toutefois se délivrer pour trouver les siennes propres. Car ce livre fourmille de formulations heureuses, de notations sensibles ou pénétrantes.

C’est toujours émouvant de lire une jeune poésie qui contient déjà en germe tout ce qu’elle donnera sous des formes inventées, dans des aventures livresques futures, mais en restant fidèle à sa terre d’élection verbale, ses obsessions natives comme ses désespérances folles.

Éric Allard

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Le recueil sur le site des éditions M.E.O. (copier/coller le lien)

http://www.meo-edition.eu/aube-defaite.html

Aurélien Dony à La Maison de la Poésie de Namur lors de la présentation de son recueil le 22 juin 2014.


11:20 Écrit par Éric Allard dans Lu et approuvé | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

24/06/2014

LE PIPI BLEU et autres coquineries

Le pipi bleu

Quand elle découvrit qu’elle faisait pipi bleu, elle pensa à tout le bénéfice qu’elle pouvait tirer de cette opportunité. Après l’annonce qu’elle fit paraître dans le journal local pour pratiquer l’ondinisme, nombreux furent les candidats qui se pressèrent sous elle. Mais quand son urine quitta la teinte azur, elle perdit tous ses clients et dut penser à gagner sa vie comme toutes celles qui font pipi jaune.

 

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Les cuisses de Constance

Il en avait souvent entendu parler et, quand enfin il put contempler les cuisses de Constance, il dut bien se l’avouer : elles différaient bien peu des cuisses de Garance ou d’Hortense voire même de celles de Philomène, leur dame de compagnie, toutes cuisses sur lesquelles on se répand trop vite en coulées d’impatience, en particules de tendresse…

 

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L’allumette

Il avait une bite fine comme une allumette. L’idéal pour la Fée clochette mais, à défaut, il la mettait dans les narines des filles, à la jointure de leurs doigts de pied, dans le creux de leurs oreilles… C’était de mille applications étonnant beaucoup la gent féminine qui, de toutes manières, continuait d’user des grosses pour les entrées conventionnelles.

 

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Une solide réputation

Dans le métier, Maguy Star avait acquis une solide réputation. Elle avait débuté jeune, s’était faite toute seule. Et puis, du jour au lendemain, le ras-le-bol, le burn-out. Fini les gang bang, fist fucking, bondage, bukkake, gokkun, cum shot et autres creampie. Micheline Pousse (de son vrai nom) ne voulait plus entendre parler de ces mots anglais ou japonais et milita activement pour la francisation des expressions étrangères dans la porno sphère. C'est à elle aussi qu'on doit le retour en force d'expressions anciennes comme (la mythologique) faire pleurer le cyclope ou (les religieuses) faire mousser le créateur ou prendre l’hostie à la chapelle mais aussi (les légumineuses) défriser la chicorée ou piquer l’ail dans le gigot ou encore, façon intermittent du spectre large, prendre l’entrée des artistes. 

 

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La vendeuse d’épices

C’était une vendeuse d’épices un peu magicienne sur le marché matinal. Suite à une rupture des relations commerciales entre l’Est et l’Ouest, la route des Indes fut coupée. Par un tour de force dont elle avait le secret, elle dévia l’ancienne voie vers  quelques coins ombragés de son corps où, depuis, tous les marchands et   marchandes du royaume viennent avec plaisir s’approvisionner.  

 

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Photos de Lee Miller par Man Ray

12:11 Écrit par Éric Allard dans Sac à malice | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

22/06/2014

The lady in red / Chris De Burgh


14:25 Écrit par Éric Allard dans Hey, man! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

HISTOIRE EN COULEUR + LA FILLE EN ROUGE, deux textes de Denis BILLAMBOZ

Histoire en couleur

(Sur une vieille chanson de Guy Béart)

  

« Elle est en couleur mon histoire

Il était blanc, Elle était noire… »

Que non Guy le blanc et le noir

Ne sont pas couleurs qu’on peut voir

  

Moi j’ai mis un arc-en-ciel

Dans mes ritournelles

Pour dire aux jouvencelles

Comme elles sont belles

  

Le rouge de la honte

Le bleu de la stupeur

Le jaune du rire

  

Le violet du frisson

Le vert de la rage

L’orange de la gourmandise

  

Elles sont en couleurs mes histoires

Ni blanches, ni noires

Aux couleurs du matin ou du soir

Aux couleurs de l’espoir et du désespoir

 


 

La fille en rouge

  

Lèvres rouges

Joues rouges

Parure rouge

Escarpin rouge

  

Elle voulait séduire

Le gars tout en cuir

Qui préféra s’enfuir

Avec un autre cuir

  

Remplie de rage

Elle regagna sa cage

Arracha son corsage

Et ses dessous peu sages

  

Entièrement dévêtue

Elle était nue

Ses illusions perdues

De l’histoire la cocue

  

Belle enfant

Il n’est pas souvent

Très prudent

De passer au rouge

 

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12:35 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

21/06/2014

MES VIEUX POLARS

images?q=tbn:ANd9GcSqoFWkTnAa8xWM2oeMf3cm1vrvA2Md68WoJgygRWB5uornoHjPMVT4SQIpar Denis BILLAMBOZ

Aujourd’hui, séquence nostalgie, j’ai ressorti deux vieux polars comme j’aurais voulu en lire des piles quand j’étais adolescent mais, à cette époque, on ne nous laissait pas facilement accéder à cette littérature prétendue sulfureuse. Depuis, nous avons largement compensé cette frustration et nous avons même eu le plaisir d’apprécier les films tirés de nombre de ces romans, c’est un réel plaisir pour moi de vous proposer deux maîtres de ce genre de polar : l’Anglais James Hadley Chase et l’Américain Ed McBain. Sûr que vous serez nombreux à partager ce moment de nostalgie avec moi.

CVT_Du-gateau_8972.jpegDU GÂTEAU!

James HADLEY CHASE (1906 – 1985)

En vidant une vieille bibliothèque, j’ai exhumé ce polar ancestral qui ressemblait comme un frère à ceux qu’on ne voulait pas me laisser lire quand j’étais adolescent sous prétexte que c’était violent et immoral, sans me dire que c’était aussi peut-être un peu trop osé. Mais Dieu, combien ces qualificatifs ont vieilli aujourd’hui, une forte inflation a frappé tous ces adjectifs qui conduisaient directement ces bouquins vers l’enfer des bibliothèques et vers l’Index du Saint Office.

Ce polar paraitrait aujourd’hui bien innocent à nos enfants, et il l’est effectivement, même si on y tue un peu trop sans parfois de réelles raisons mais il faut bien des cadavres pour avoir des tueurs à rechercher. Et, dans cette histoire, il n’en manque pas, un tueur sans scrupule et glacial abat tout ce qu’il l’empêche de faire ce qu’il veut, ou doit, faire selon l’angle sous lequel on considère la situation. Il s’est notamment engagé à exfiltrer (j’abuse un peu, ce mot n’existait sans doute pas quand Chase a écrit ce livre) de prison un voleur de haut vol qui aurait commis un casse géant dix-huit ans plutôt et qui serait le seul à savoir où est planqué le magot. L’affaire est évidemment périlleuse mais le gangster devrait être à la hauteur … s’il n’était pas flanqué d’incapables. Une bonne grosse histoire qui tient à peu près debout à coup d’invraisemblances, de coïncidences, d’incohérences mais la vie n’est pas qu’un long fleuve paisible, il faut bien quelques incongruités, quelques coups de pouce du hasard et quelques bizarreries pour construire une existence crédible.

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Chase ne faillit pas à son habitude, il met en scène des paumés qui veulent sortir de leur médiocrité, ou de leur vie médiocre, en gagnant beaucoup d’argent rapidement pour vivre tranquillement ou pour flamber lamentablement. Mais la morale reste sauve car l’argent mal acquis ne profite jamais et les mal intentionnés n’arrivent pas forcément à leurs fins. Toutefois, l’auteur parvient tout de même à nous arracher un brin de pitié pour ces pauvres bougres qui n’ont pas forcément choisi le mauvais côté, ils sont peut-être tout bêtement tombés là par le plus pur des hasards ou par une satanée malchance.

Un moment de nostalgie, un retour vers le temps des gangsters qui ont fait l’actualité quand on n’était encore que des mômes et qui participaient aussi au mythe de l’Amérique qui, à cette époque, nous fascinait.

 

61637956.jpegMOURIR POUR MOURIR

Ed McBAIN (1926 – 2005)

« Deux personnes vont mourir dans cette rue, aujourd’hui ». Qui ? Alphie, ce brave garçon qu’une bande de petits voyous essayant de jouer aux durs du quartier, veut supprimer pour une raison digne de « West Side Story» pour adolescents boutonneux ? Ce pauvre matelot à la recherche d’un peu de tendresse après une nuit de bordée mal digérée ? Un de ces policiers qui cherchent à déloger le caïd du quartier retranché dans sa chambre transformée en chambre forte ? Ou peut-être tout simplement ce pitoyable voyou meurtrier et agresseur de vieilles dames ? Mais, « …. Il faut que ça reste moral, …. Le méchant ne peut pas gagner. Le crime ne paie pas. Sans ça, la censure ne laisse pas sortir le film ». Peut-être … ?

Ed tricote un bon petit suspens dans ce polar de série dont le genre a eu son heure de gloire dans les années « soixante » et qui meuble si bien, encore aujourd’hui, un voyage en train ou en avion…

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Mais, c’est aussi un peu plus qu’un polar, c’est aussi cette question lancinante sur la limite si ténue entre le bien et le mal, de quel côté de cette frontière tomberont les gamins élevés dans ces rues du 87° district ? Et, pour quelle raison ? Près de cinquante ans avant que nos banlieues s’enflamment, Ed McBain pose déjà les bonnes questions même s’il voit les choses de façon un peu manichéenne et qu’il laisse une belle place à l’espoir toujours possible.

13:30 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

19/06/2014

LUMIÈRE NOMADE de Philippe LEUCKX (éditions M.E.O.)

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Livre nomade

Le titre de ce recueil est porteur d’un beau concept qui, on le verra, touche aussi au livre.

Lumière nomade que celle qui s’a-juste à chaque rue romaine, que le poète ressent comme autant de voix aimées. Cette lumière qui, suivant les différents moments du jour, de l’aube (« cette lumière cinglante de gouache unie ») au coucher (« cette lumière qui tombe en dentelles »), conditionne l’apparition du verbe, la remémoration.  

La ville, comme souvent chez Leuckx, est aérienne, traversée de rues et de rumeurs; elle assure le lien entre ciel et terre, entre passé et présent.

L’espace de la ville est mis en concordance avec le temps.

Surtout les murs, linéaires, « qu’on longe comme sa vie », se prêtent aux métaphores temporelles. 

« Ce petit pan de mur aux groseilles qui m’ouvre en deux le passé... »

« Les murs anciens où grimpent les souvenirs »

Les murs n’ont pas seulement des oreilles ; « Les murs se parlent ». C’est le lieu poétique du chemin et de la parole.

Le temps leuckxien est un temps lié, parcouru d’ombres, d’ondes de souvenirs, qu’il s’agit de recueillir par le biais des mots en liaison avec une lumière propre, providentielle et hasardeuse.

« Sache tenir au souvenir comme à une souche. » lit-on. Et à la lumière comme à une source, est-on en droit d'ajouter.

Si on se perd dans un endroit, on se perd dans le temps, dans les « plis de l’espace », là où « nos années dérivent »...

leuckx-photo.jpgLa tâche poétique va consister, « au gré des mots, de la parole », à convertir  ces pertes de temps en « perles de temps ». Le poème dont « on ne sait presque rien » sinon qu'« on naît presque avec lui » désenfouira les souvenirs blottis dans le sable des jours.

Tâche incertaine, mais qu'on ressent comme nécessaire, soumise au gré des parfois, à laquelle s’attelle le « traceur d’aube, traqueur d’ombre », toujours intranquille,  donc pessoien, qu’on peut sans risque d’erreur identifier au poète voire à l’homme.  Car sa « langue n’en aura jamais fini avec le temps.»

Autrement mieux dit : « Les mots sont toujours cette patience ajournée, une lumière qui troue certains doutes, quand le noir descend à plus d’encre encore. »

C’est à Rome que le poète rêve d’un livre nomade qui « accueillerait toutes les rencontres, la canicule, les hauts murs, la muraille, les parcs, les ruelles oubliées, les quartiers désertés, le soleil sur la périphérie, les places, les églises. »

Ce livre envisagé fait penser au projet de Livre de Mallarmé mais comme confiné aux aventures du soleil et d’une ville qui aurait les dimensions d'une existence.

Et l’humain dans tout cela ? Autant d’ombres et d’énigmes à déchiffrer, « des silhouettes qui se déplacent comme des calligraphies » derrière les fenêtres ou par les rues, qu’on « aimera déjà (…) d’avoir perdu », et dont « on ne saura presque rien »…

Le recueil glisse, d’une page à l’autre, de la prose, certes poétique, au poème en vers, à moins qu’il ne s’agisse encore de phrases. C’est dire si Leuckx interroge aussi la forme et l’histoire du poème, qu’il adapte subtilement à son propos.

Dans Mythologies, Barthes écrit (à propos du visage de Garbo) :

 « Le masque n’est qu’addition de lignes, le visage, lui, est avant tout rappel thématique des unes et des autres. »

Dans me même ordre d’idées, on peut dire que Philippe Leuckx a écrit un livre-visage, où, d’un poème à l’autre, des thèmes se répondent, convoquant tous les sens, en un brassage mélodique de quarante-sept textes. Lumière nomade est, pour le dire simplement, un beau livre sincère et secourable à lire à relire comme un visage aimé, « si proche, si lointain », dans  « l’air et les parfums du soir », « avec ce peu de vent / et d’espace ouvert » sur les pages d'une vie.

Éric ALLARD

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LUMIERE NOMADE, préfacé par Monique Thomassettie, 54 pages, 12€ a obtenu le Prix Robert Goffin. 

Le recueil sur le site des éditions M.E.O (extraits, ce qu'on en dit, présentation de l'auteur...):

http://www.meo-edition.eu/lumiere-nomade.html (copier/coller le lien)

Philippe Leuckx lors de la présentation de son recueil au Marché de la Poésie de Namur le dimanche 22 juin 2014. 


11:04 Écrit par Éric Allard dans Lu et approuvé | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

14/06/2014

JOURNAUX D'ÉCRIVAINS: Annie ERNAUX et Éric FAYE

images?q=tbn:ANd9GcQPGLLKGReAB0Jyz6WKZn2Xf9rdvLc3itc4x56rZ10CBwCpt5HGZYnywFwpar Philippe LEUCKX

 

 

 

annie-ernaux-regarde-les-lumic3a8res.gifAnnie Ernaux, que « La Place », « Journal du dehors » ou autres « Les Années » ont rendue célèbre, et à juste titre, tant on adhère à cet univers aigu, entre remémoration familiale, acuité sociologique pour percevoir l’autre et écriture splendide de densité vraie, publie au Seuil son journal d’Auchan.

Le temps d’une année, à raison d’une visite tous les 4 ou 6 jours, l’écrivaine a pris l’hypermarché comme lieu, thème et écriture d’une exploration sociologique. Décrivant au plus près les décors, les intervenants (clients, caissières), les comportements, retranscrivant dialogues et faits divers, Annie Ernaux poursuit son travail d’ethnographie du quotidien.

C’est Cergy, son lieu de vie, bien sûr, c’est Trois-Fontaines, c’est Auchan, avec ses verrières reflétant d’un côté les nuages, et de l’autre son aspect funèbre et désolant.

Rien n’échappe à l’acuité foncière de celle, qui depuis « La place », n’a cessé de penser à la sienne, face aux autres, parallèlement aux autres, dans la vie des autres. En cela, faire paraître ce volume mince mais si essentiel dans la collection « Raconter la vie » prend sens et légitimité. Qui d’autre qu’Annie – à la tristesse insigne qui vous prend à la gorge, que j’ai vue à Bruxelles, lors d’une Foire du livre, si belle et si mélancolique, dont la beauté des livres se lit sur son visage, cœur dévasté, empreint d’une dignité exemplaire et forcément partageable – pouvait parler de ces vies communes, quotidiennes, banales dans un hypermarché qui réglemente les vies, les contraint, les révèle à leur extrême pauvreté ?

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 Pour Ernaux, l’hypermarché, autant que l’école, cloisonne, sépare, tout en livrant une part de découverte. On ne lit pas Ernaux impunément, comme on lirait un roman – allons, ne soyons pas méchant, disons de cette romancière Nothomb -, on lit la vie sous le style unique – phrases courtes, incisives, qui n’enjolivent jamais, mais décodent sans cesse les réalités multiples -, avec un regard de photographe sensible. En 64 pages, elle réussit l’exploit de photographier au plus juste les structures d’une grande surface, par paliers, blocs, étages, en rappelant les règles d’une société basée sur le profit, le consumérisme galopant, les invectives, les interdictions : Auchan ne cède en rien ni sur le matraquage à la consommation ni sur la portion congrue réservée à la presse de qualité ni sur le régime imposé aux travailleurs. Annie débusque au plus vrai ce à quoi sert ce grand commerce sous verrière : à contenir tous les désirs, à les voir prospérer en étalages, en montagnes de produits.

Mais, au-delà du profil économique dressé, c’est l’humain qui prime chez elle : dire le peu vécu par les gens du peu économique, dire la souffrance de ce qui n’est pas possédé, évoquer ce croisement impossible de certaines tranches de la population au sein de l’hyper, donner à voir l’ordinaire de nos vies, ramassées sur des attentes, des manques, des envies, des gestes. Jamais, l’auteur ne juge. Elle décrit, observe, cite des chiffres, se réfère à la presse, analyse, rappelle, rameute le passé pour éveiller à la connaissance du présent, saisit les données d’apparition, d’émergence des grandes surfaces et de leur impact sur la vie des Français dans un lieu circonscrit, connu, longtemps fréquenté.

Les anecdotes sont si prégnantes qu’Ernaux les élève au statut de scènes inoubliables. Miracle d’une écriture qui ne banalise jamais mais fait écho de sens et de cœur avec les personnes rencontrées d’un côté ou de l’autre des caddies. On retient la caissière craintive de perdre son emploi pour un contrôle ou le caissier tout content d’échapper à la corvée fatigante des mises en rayons ou l’anonyme perdu avec son cabas de désolation ou les fameuses caisses automatiques qui donnent l’impression d’être sans cesse surveillés…

Au-delà des petits faits, on n’est pas loin de la dénonciation d’Aubenas (à propos des boulots précaires), on assiste à « l’extension de mon univers intime » d’un auteur qui prend place et corps et cœur dans l’univers dématérialisé et si matérialiste d’Auchan. Les enfants, les mères, les femmes, comme chez Aubenas, trouvent ici une place de choix. A leur éviction, à leur misère, à leur rôle trop souvent dicté par le passéisme, Annie Ernaux répond d’une salve de réflexions sur le sort, sur leur dignité à recueillir au sein du réel, et, les mots-clés de son univers romanesque trouvent ici une forte justification : les origines, la mère, l’enfant, la place, le rassemblement , la vie « qui se déroule », la terrible « humiliation infligée par les marchandises » aux plus indigents (qui doivent sans cesse calculer le moindre euro pour survivre) éclairent le parcours remarquable d’un écrivain qui n’écrit pas pour faire commerce ni une littérature facile mais pour révérer la vraie vie des autres.

 *

Malgr%C3%A9%20Fukushima.%20Eric%20Faye.jpg?1393413247« Malgré Fukushima », sous-titré « Journal japonais », qu’Eric Faye (1963) donne à lire chez Corti, résonne très fort aussi du poids de l’expérience intime et voyageuse. Le voyage, au Japon, répétitif, attendu, vénéré, offre à l’auteur les occasions rêvées d’évoquer lieux, climats, rencontres, découvertes géographiques, senteurs, atmosphères et humeurs, quatre mois durant, le temps d’un séjour à la Villa Kujoyama, à Kyoto.

Sa fascination pour la culture japonaise, déclinée en théâtre, cinéma (ah ! Ozu), littérature romanesque et poétique (de Bashô à Oseki, en passant par Mori Ogai et les contemporains…), marionnettes, masques, vignettes visuelles, îles et ports, donne matière et densité à ce journal des périples et des rencontres. Les longues et lentes distances parcourues d’une grande île à l’autre, les moyens de transports, le quotidien des passages et des transhumances, la vérité des scènes (comme cet hôtel privilégié réservé pour une somme modique ; l’agacement devant les pertes de temps ; les craintes de voir une amie de la Villa perdre son travail…) : on frôle sans cesse les nœuds d’une expérience qui se veut tout à la fois originale, précise, précieuse, unique : il faut, qu’à l’image d’un Bouvier ou de tout grand voyageur, Lacarrière, par exemple, l’auteur puisse tirer un profit exemplaire de ses nombreux déplacements dans un pays où il faut sans cesse décoder les atouts ( on n’est pas loin de Barthes ni de son Empire des signes).

Le petit livre, profondément, chapitre après chapitre, au fil des saisons, s’insinue dans notre propre expérience qu’il nourrit : on retrouve avec adoration cette figure du cinéaste Ozu et la place qu’occupe « Voyage à Tokyo » dans l’histoire du cinéma et des spécialistes comme les 358 filmologues interrogés par Sight&Sound pour établir la liste des dix meilleurs films de tous les temps (à ce propos, une petite erreur de Faye :le film d’Ozu n’est pas classé premier mais troisième lors du classement de 2012).

On découvre aussi l’intérêt de certains grands traducteurs, comme Yoshikawa, qui s’est attelé à la traduction de toute « La Recherche ».

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C’est avec mélancolie que l’on quitte ce beau témoignage des voyages intérieurs d’un écrivain doué pour signaler la vie insolite à quelques milliers de kilomètres de son Limousin natal.

Le livre est si riche de références, de parcours, de vignettes photographiques (qui accompagnent le lecteur et le guident), de descriptions du réel japonais, que le lecteur prendra plaisir à le relire.

Une intime sensation des quatre éléments traverse la lecture et avec Eric Faye on traverse sous la pluie un pays enchanteur, parfois rugueux, parfois ancré dans une géographie des beautés orientales, parfois si éloigné d’une modernité dispensée en images d’Epinal.

Le grand voyageur parle très bien des us, des coutumes, des ports brumeux, du Bunraku d’Osaka, des fêtes, des lieux pour cinéphiles (hommage à « L’île nue » de Shindo…), de la solitude du voyageur, et parfois, de son inexpérience et des séquelles de tout voyage mal organisé. En quoi, lucidité et expérience tissent ici une matière d’apprendre et de retourner aux essentiels : la vie, l’autre et l’intense désir du voyage.

 

* Annie Ernaux, « Regarde les lumières mon amour », Seuil, 80 p., 2014, 5,90€.

* Eric Faye, « Malgré Fukushima », Corti, 160p., 2014, 19€.

11:30 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

12/06/2014

LITTLE DRAGON 4x

Little Dragon est un groupe de musique électronique originaire de Göteborg en Suède formé en 1996 de 4 personnes dont la chanteuse, Yukimi Nagano. Ils ont sorti 4 albums.

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16:15 Écrit par Éric Allard dans Scandinavian Songs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |