LES BELLES PHRASES

  • PORC DE TÊTE et autres bêtes couvre-chefs

    chapeau-velours-cochon-8421a-3.jpgAprès la mode antique du pilos, puis des divers bonnets, capuches, casques, casquettes, chapeaux (cloches, claques ou bien classes), coiffes, couvre-chefs, hauts-de-forme ayant orné le crâne de nos ancêtres, parents ou amis au crâne fragile, vint la mode des animaux vivants sur la tête à laquelle, moins par amour des bêtes que par souci de dissimuler une calvitie naissante, je choisis de sacrifier.

    D’abord, je portai une mygale qui orna avantageusement ma tonsure mais, un moment tétanisé par le soleil, le pauvre arachnide fila se réfugier dans le gris de ma couronne capillaire et j’eus toutes les peines du monde à le faire réintégrer la place chauve, tel un migrant de Calais un moment écarté par des murs adventices de la voie rapide filant vers l’Angleterre, ce mirage extra-européen.
    J’optai ensuite pour en guise de calot un cabot, un chien errant, pitoyable mais qui sur mon occiput non moins pitoyable se nomadisa et forma un assemblage fourrure-poil-peau plutôt seyant. De plus, l’animal d’un certain âge trouvait plaisir à voir le monde d’un peu plus haut et à se faire transbahuter aux frais de mes vieilles jambes. Mais il sentait trop le chien et j’en eus bientôt les narines irritées.

    Je portait alors le cochon de lait mais il était si rose et appétissant que je ne résistais pas, en guise d’en cas, d’en prélever les bons morceaux avec mon cutter. Il dépérit vite, et, quand il ne fut plus qu’un squelette, il tomba inanimé.   

    Je le remplaçai illico par un poisson rouge dans son bocal mais, malgré ma maîtrise du transport de tête, de l’eau me tombait constamment par saccades (surtout quand je courais après le bus) sur les yeux et on pensait alors que je pleurais (la séparation d’un être cher) alors que rien de sentimental ne m’affecte jamais. 

    Du poisson, je passai au faucon, connu comme oiseau statique hormis la tête toujours dodelinante et comme à l’affût. Mais un jour qu’un pigeon chiant l’avait passablement énervé, il me planta son bec crochu dans le crâne et j’écopai de dix points de suture sans compter le sang ainsi qu’un bout de cervelle (heureusement inefficient) versés sur la chaussée, qui fit, certes, le régal de quelques rats assoiffés.    

    Je demeurai dans l’ordre des tétrapodes à plumes et portai allègrement pendant un temps un perroquet jaco. Mes contemporains ne cessaient de me coller, en pensant que je leur faisais enfin la conversation alors qu’ils disputaient répétitivement avec le psittacidé qui avait à dire sur tout, tel un commentateur de réseau social pérorant sur l'info politique du jour, et qui ne voyait rien, car le bougre s’était réfugié sous un keffieh à cause de la chaleur à moins qu’il ne se fût converti à une forme de refus palestinien de ses territoires occupés.

    Mes oreilles ne supportèrent plus son charabia et je portai alors fièrement un paon.

    Un paon qui faisait la roue mais, pour rouler à vélo, ce n’est pas jojo. La roue du haut interfère avec les roues du bas, et ça provoque des problèmes de mobilité. Je me fracturai une hanche en tombant et, après six mois de réadaptation, je ne pus plus charger qu’un petit animal. C’est alors qu’on me vit avec une tortue domestique. L’aspect casqué de la chose me fit participer pour la première fois à des manifestations,  tantôt du côté de la police (quand je fus rétribué comme soutien aux forces de l’ordre) tantôt du côté des manifestants (quand je redevins chômeur). Ma tortue prenait bien les coups ; de plus, elle s’accrochait avec ses petites pattes griffues à mes pavillons auriculaires qui furent bien plus décollés après cette période tortueuse.
    Je portai ensuite, dans le désordre, un petit panda communiste (qui chuta, creva et conduisit à un grave incident diplomatique avec la Chine qui menaça d'un désastre économique mon petit royaume), un crocodile dans un sac et même un éléphant adulte à la trompe qui raclait la poussière et aux défenses qui énucluèrent les pare-brises de quelques 4X4.

    La pachyderme acheva de me tasser les vertèbres et, depuis, je ne porte plus qu’un kiné nain qui est beaucoup plus léger, ne sent presque pas, ne parle qu’avec les mains et ne sait pas faire la roue. Aux arrêts, il me palpe avantageusement, me remet les côtes en place, réajuste mon cou, flatte mes épaules. Pendant les courses, il me masse le cuir chevelu, et j’ai la tête pleine d’étoiles ; je cours à nouveau comme un lapin sans tête...

    J’ai, je crois bien, trouvé mon couvre-chef idéal.

  • L’AMPLEUR DES ASTRES de Thierry ROQUET

    couverture-l-ampleur-des-astres.jpg?fx=r_550_550Thierry Roquet, le cosmos et la chasse au court

    Avec la collection des P’tit Cactus de Jean-Philippe Querton qui s’est imposée dans le monde de l’édition francophone belge et au-delà, on sait maintenant que les aphorismes se déclinent suivant différents genres, diverses sensibilités…

    Les dernières livraisons mettent davantage l’accent sur des aphorismes qui disent aussi le quotidien des auteurs, leurs humeurs, à la façon d’un journal intime. Des aphorismes qui ne jouent pas seulement sur les mots mais qui sont aussi l’expression d’une vision du monde, d’une sensibilité unique.

    C’est le cas avec cette dense livraison de Thierry Roquet dont on connaît déjà l’univers poétique singulier et dont on reconnaît ici l’esprit.

    Une partie d’entre ces aphorismes (que l’auteur définit comme une chasse au court) sont d’ailleurs écrits à la première personne et décrivent son quotidien, sa vie de couple et de salarié; ce sont ceux qui m’ont touché le plus tant ils  sont vrais et justes. Sans apprêt et sans illusion mais avec un fond de tendresse pour l’humanité qui caractérise l’auteur.467795819.2.jpg

    Même si ceux où il se joue des mots et de ses maux n’ont rien à envier aux maîtres du genre (Quand un chômeur, il refroidit vite - Douche froide)

    Si les apophtegmes flirtent avec la déprime, la dépréciation de soi, ils sont plus vivifiants que bien des ouvrages de développement personnel et le recueil délivre des sentences définitives sur l’homme (a)social,  comme, entre autres, celle-ci : être soi-même jusqu’au bout, parmi les autres, équivaut à un suicide social (Philosophiquement vôtre).

    Tous se particularisent par le jeu subtil entre le titre dont ils sont affublés (avec l’aide d’Éric Dejaeger, souligne Roquet, auquel le recueil est en quelque sorte dédié) et le (mini)corps de l’aphorisme. Il arrive même que le titre le dépasse…

    Thierry égrène aussi plusieurs rencontres de qualité (entre un reflet et un aveugle de naissance, entre un pervers narcissique et une victime expiatoire…) et quelques promenades nocturnes où le gaillard part promener… sa bite (et qui valent par les remarques savoureuses que lui rétorquent sa chérie).

    Le souci du temps qui passe, la vaine quête de l’identité et autres questions existentielles irriguent ce recueil qui ne s’intitule pas par hasard L’ampleur des astres car tout est par cela mis en perspective avec le vide immense du cosmos.

    Idéal donc pour entrer dans l’univers roquettien par la belle porte des phrases vives et nécessaire pour ceux auxquels manqueraient encore à leur collier de publications du Cow-boy de Malakoff* cette nouvelle perle.

    Un recueil à lire, puis à partager !

    Le chouette dessin de couverture est signé Emelyne Duval

    Éric Allard

     

    Quelques extraits  

    Piqûres & rides

    Fais gaffe, le taon passe.

     

    J’en salive déjà

    Après mon entretien dent-bouche, je vais demander une augmentation de molaire.

     

    Pessimiste-optimiste

    Ca fait un bon moment que je n’ai plus ressenti de coup de déprime et ça m’inquiète un peu.

     

    Origine

    N’oublions jamais d’où nous venons : du trou du cul de la galaxie. Ça dégaze sec ! Et ça vous met des parfums d’étoiles dans les narines!

     

    Vive la Bretagne !

    Lorient est à la pointe de l’Occident.

     

    Fort comme un chêne

    Glander, c’est résister à l’occupation.

     

    Sur les conseils de mon médecin

    J’ai engagé un détective privé pour surveiller ma tension.

     

    Bio ou rien

    Celui qui se cultive tout seul pousse sans doute un peu de travers.

     

    Fauché

    Je n’ai pas les moyens de m’acheter un être cher.

     

    Le livre sur le site des Cactus Inébranlable éditions

    Le BLOG de THIERRY ROQUET

    *Le Cow-boy de Malakoff de Thierry Roquet

     

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: Lectures de la mi-septembre

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

     

     

     

     

     
    cat_1469440173_1.jpgLE JARDIN ARC-EN-CIEL

    Ito OGAWA

    Editions Picquier

    Le mariage et la filiation homosexuels préoccupent les Japonais tout autant que les Occidentaux, dans ce roman, Ito Ogawa expose son point de vue sur ce sujet sans militantisme forcené mais avec une grande ouverture d’esprit, n’éludant aucun aspect de la question. A cette fin, elle constitue une famille atypique : une femme divorcée et son fils, une jeune fille qui ne sait pas encore qu’elle est enceinte, quatre personnes qui, tour à tour, racontent un morceau de la vie qu’elles essaient de construire ensemble.

    Dans une gare de Tokyo, Izumi, mère de famille en cours de divorce, est attirée par une jolie jeune fille, encore lycéenne, qui semble en plein désarroi, elle craint qu’elle cherche à se jeter sous un train et accourt auprès d’elle pour l’en dissuader. Elle l’emmène chez elle pour la rassurer et la convaincre que la vie peut être encore belle pour elle aussi. Une relation sentimentale se noue rapidement entre les deux femmes qui, ne voulant pas d’une histoire d’amour intermittente, décident de vivre ensemble mais pour cela elles doivent quitter la ville car la famille de Chiyoko, la jeune fille, ne supporte pas cette union qu’elle juge préjudiciable à son image et sa notoriété.

    Avec le fils d’Izumi, les deux femmes partent alors pour le pays des étoiles, un coin de campagne perdu au pied de la montagne où elles se réfugient dans un ancien atelier délabré qu’elles arrangent pour le mieux. Petit à petit elles construisent une vie, une vie familiale comme n’importe qu’elle autre famille japonaise. Izumi raconte la rencontre, la fuite, l’installation au Machu Pichu, le nom qu’elles ont donné à ce coin de campagne aussi difficile d’accès que la célèbre montagne andine. Chiyoko raconte, elle, la construction de la famille, le projet professionnel des deux femmes, la possibilité de former un vrai couple. Et les enfants à leur tour prennent la parole pour évoquer, à travers leur regard d’enfant, cette famille atypique, comment ils ont, eux, vécu cette différence et comment ils se projettent dans l’avenir.

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    Ito Ogawa

    A mon sens ce roman n’est pas un livre militant pour une cause quelconque, c’est juste un texte sur la tolérance et l’acceptation. L’auteure nous laisse penser que chacun doit s’accepter comme il est et que chacun doit accepter les autres comme ils sont. « Quoi qu’il arrive l’important c’est d’accepter et de pardonner ». Dans ce texte on rencontre aussi des personnes différentes non seulement par le sexe et les pratiques sexuelles qui sont plus ou moins bien acceptées par leur entourage et la société en général. Ito Ogawa propose une jolie parabole pour expliquer la différence et son acceptation : « Elles (les fleurs) ont beau trouver la teinte de la fleur voisine plus jolie, et l’envier, elles ne peuvent pas modifier à leur guise la couleur qui leur a été dévolue. Alors, il ne leur reste plus qu’à vivre cette couleur de toutes leurs forces ».

    Ce roman est aussi un joli plaidoyer pour la vie familiale qui devrait être accessible à chacun quelque soit son sexe et ses mœurs, l’auteure conseille vivement à celles et ceux qui se sentent rejetés de construire une famille avec celles ou ceux qu’ils aiment. « Vous n’avez qu’à construire une famille à vos couleurs, en prenant votre temps. Parce que les liens du sang ne font pas tout. » Au Machu Pichu, « Une famille, ce n’était pas une question de sexe ou d’âge », c’était de l’amour, des disputes, de la douleur, de l’humiliation, des amis, la maladie et tout ce qui fait la vie de tout un chacun mais peut-être avec un peu plus de contraintes encore.

    Au Japon, l’homosexualité semble être encore moins bien acceptée qu’en Occident, c’est du moins ce qui ressort de ce roman écrit avec beaucoup de finesse et de pudeur, les personnages sont disséqués avec délicatesse jusqu’au fond de leur âme. L’auteure ne prend qu’un parti, celui de la tolérance, de l’ouverture d’esprit, de l’acceptation et du droit de chacun à disposer de son corps et du sens qu’il souhaite donné à son existence. La famille qu’elle a créée n’est peut-être pas très crédible mais elle rassemble en son sein toutes les questions qui ont été soulevées autour de l’union homosexuelle dans des scènes où la description des plus petits détails apporte un supplément de vie.

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

    lesnuits-de.jpgLES NUITS DE WILLIAMSBURG

    Frédéric CHOURAKI

    Le Dilettante

    Sammy écrit des livres mais ils ne se vendent pas, son éditrice ne se gênent pas pour l’éjecter de la maison d’édition en mettant le doigt là où ça fait mal, elle a d’autant moins de scrupules qu’elle comptait bien profiter des charmes du beau quadra qui, hélas pour elle, c’est avéré être homo. « Encore des Juifs, encore des gays ! Je n’en peux plus, Samuel ! Ecoute, tu tournes en rond. Et ce n’est pas crédible ! Qui peut imaginer un seul instant que l’on puisse passer ses journées à prier à la synagogue et ses nuits dans des … backrooms ! » Lassé de sa famille trop juive, blasé de ses déambulations dans les milieux homosexuels du Marais, déçu par ses amis carriéristes, privé de son moyen d‘existence et de moins en moins enclin à chercher un job, Sammy saisit l’opportunité du départ d’un pote vers New York pour, lui aussi, partir vers la Grosse Pomme dans le quartier de Williamsburg dont il savait seulement que Kerouac y avait vécu.

    A Williamsburg, il lui faudra accomplir un pénible parcours initiatique avant de comprendre ce qui cloche dans sa relation au monde actuel, il s’épuisera à faire la plonge dans un restaurant italien, il échouera « au test de la sainteté hassidique et de l’hétérosexualité débonnaire » au contact d’un rabbin intégriste et entre les jambes de sa fille nymphomane avant, un soir d’errance et de désespoir, d’entendra souffler l’esprit de la beat generation, la voix de son gourou de jeunesse, la voie du grand Jack Kerouac. Alors il comprendra qu’une nouvelle classe est entrain de ruiner le monde. « Leur idéologie rance se résumait à une somme syncrétique et bancale de fausses bonnes idées : écologie : éthique, partage, production locale, art en mineur, progressisme sociétal et libéralisme économique honteux. »

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    Frédéric Chouraki

    « Même s’il s’en défendait, Sammy avait toujours jugé le milieu gay de même que la communauté juive avec contemption pour ne pas dire un dédain certain. » Il leur reprochait de faire partie de cette nouvelle classe coupable de conduire l’Occident malade vers une nouvelle phase de déclin, d’appartenir à « cette vermine complaisante pseudo-progressiste et ahistorique qui ne croit que dans la tiédeur et le mélange. »

    Avec ce texte empreint d’une réelle nostalgie du bon vieux temps de la beat generation, de la liberté sexuelle, de la liberté de penser et toutes les autres libertés, du bon vieux temps où le monde n’était pas encore totalement englué dans les notions de profit, de rentabilité et d’égalitarisme mou, Frédéric Chouraki achève son texte par une véritable diatribe à l’encontre de ceux qui nous dirigent.

    Ce livre n’est cependant pas un pamphlet politique, c’est un roman gouleyant, drôle, enrichi de très nombreuses références cinématographies et littéraires, notamment. Un texte écrit avec une écriture actuelle, vive, colorée, gouailleuse comme de l’Audiard ou du Blondin qui aurait macéré dans le bouillon culturel de la Beat Generation assaisonné au sel de la sémantique gay et juive. Il faut connaître au moins un peu le langage juif et des bribes de parisien du Marais pour ne pas laisser échapper toutes les allusions et insinuations glissées par l’auteur.

    N’y aurait-il pas, « dans la marge de la production pléthorique qui encombrait (bre), chaque automne, les tables des librairies, l’espace pour une voix fantaisiste et légèrement anarchique ? »

    Le livre sur le site de l'éditeur

  • GHERASIM LUCA

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    Ghérasim Lucan, de son vrai nom Salman Locker, naît à Bucarest en 1913.
    Il prend part dans les années trente aux activités du groupe surréaliste roumain avec Tristan Tzara, Victor Brauner, Benjamin Fondane, Constantin Brancusi mais n'adhérera jamais au groupe surréaliste français quand il viendra vivre à Paris dans les années 50.

    Toute sa vie, il refusera toutes les idéologies, toute forme de compromission. 

    Il se donne la mort à l'âge de 80 ans en se jetant dans la Seine le 9 février 1994, comme l'avait fait 24 ans avant lui son ami Paul Celan.

    Gilles Deleuze qui écrira sur sa poésie a dit de lui qu'il était le plus grand poète français de son époque.

    Son oeuvre a inspiré toute une poésie de l'oralité parmi lesquels Serge Pey, J.-P. Verheggen, Olivier Cadiot, Christophe Tarkos...

     

    Quelques articles pour en savoir plus:

    Ghérasim Luca, éveilleur des mots dits, par Jean Gédéon

    Gherasim Luca, Paul Celan: un au-delà de la langue dans la langue?, par Sibylle Orlandi

    L'insistance sur l'homophonie chez Gherasim Luca: création poétique et association libre, par Pierrick Brient

     

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    Gherasim Luca disant PASSIONNÉMENT en 1989 

    SON CORPS LÉGER

    Son corps léger

    est-il la fin du monde ?

    c'est une erreur

    c'est un délice glissant

    entre mes lèvres

    près de la glace

    mais l'autre pensait :

    ce n'est qu'une colombe qui respire

    quoi qu'il en soit

    là où je suis

    il se passe quelque chose

    dans une position délimitée par l'orage

    Près de la glace c'est une erreur là où je suis ce n'est qu'une colombe mais l'autre pensait : il se passe quelque chose dans une position délimitée glissant entre mes
    lèvres est-ce la fin du monde ? c'est un délice quoi qu'il en soit son corps léger respire par l'orage

    Dans une position délimitée

    près de la glace qui respire

    son corps léger glissant entre mes lèvres

    est-ce la fin du monde ?

    mais l'autre pensait : c'est
    Un délice

    il se passe quelque chose quoi qu'il en soit

    par l'orage ce n'est qu'une colombe

    là où je suis c'est une erreur

    Est-ce la fin du monde qui respire

    son corps léger? mais l'autre pensait :

    là où je suis près de la glace

    c'est un délice dans une position délimitée

    quoi qu'il en soit c'est une erreur

    il se passe quelque chose par l'orage

    ce n'est qu'une colombe

    glissant entre mes lèvres

    Ce n'est qu'une colombe dans une position délimitée là où je suis par l'orage mais l'autre pensait : qui respire près de la glace est-ce la fin du monde? quoi qu'il en
    soit c'est un délice il se passe quelque chose c'est une erreur glissant entre mes lèvres son corps léger


     

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    LE NERF DE BOEUF 

     

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    PRENDRE CORPS 

    je te flore /

    tu me faune /

    je te peau / je te porte / et te fenêtre /

    tu m’os / tu m’océan / tu m’audace / tu me météorite /

    je te clé d’or / je t’extraordinaire / tu me paroxysme / tu me paroxysme / et me paradoxe / je te clavecin / tu me silencieusement / tu me miroir / je te montre / tu me mirage / tu m’oasis / tu m’oiseau / tu m’insecte / tu me cataracte / je te lune / tu me nuage / tu me marée haute / je te transparente / tu me pénombre / tu me translucide / tu me château vide / et me labyrinthe / tu me parallaxes / et me parabole / tu me debout / et couché / tu m’oblique / je t’équinoxe / je te poète / tu me danse / je te particulier / tu me perpendiculaire / et sous pente / tu me visible / tu me silhouette / tu m’infiniment / tu m’indivisible / tu m’ironie / je te fragile / je t’ardente / je te phonétiquement / tu me hiéroglyphe / tu m’espace / tu me cascade / je te cascade à mon tour / mais toi / tu me fluide / tu m’étoile filante / tu me volcanique /  nous nous pulvérisable / nous nous scandaleusement / jour et nuit / nous nous aujourd’hui même / tu me tangente / je te concentrique / concentrique / tu me soluble / tu m’insoluble / en m’asphyxiant / et me libératrice / tu me pulsatrice / pulsatrice / tu me vertige / tu m’extase / tu me passionnément / tu m’absolu / je t’absente / tu m’absurde / je te marine / je te chevelure / je te hanche / tu me hantes / je te poitrine / je buste ta poitrine / puis ton visage / je te corsage / tu m’odeur / tu me vertige / tu glisses / je te cuisse / je te caresse / je te frissonne / tu m’enjambes / tu m’insupportable / je t’amazone / je te gorge / je te ventre / je te jupe / je te jarretelle / je te peins / je te bach / pour clavecin / sein / et flûte / je te tremblante / tu m’as séduit / tu m’absorbes / je te dispute / je te risque / je te grimpe / tu me frôles / je te nage / mais toi / tu me tourbillonnes / tu m’effleures / tu me cerne / tu me chair cuir peau et morsure / tu me slip noir / tu me ballerine rouge / et quand tu ne haut talon pas mes sens / tu es crocodile / tu es phoque / tu es fascine / tu me couvres / et je te découvre / je t’invente / parfois / tu te livres / tu me lèvre humide / je te délivre / je te délire / tu me délire / et passionne / je t’épaule / je te vertèbre / je te cheville / je te cil et pupille / et si je n’omoplate pas / avant mes poumons / même à distance / tu m’aisselle / je te respire / jour et nuit / je te respire / je te bouche / je te baleine / je te dent / je te griffe / je te vulve / je te paupière / je te haleine / je t’aime / je te sens / je te cou / je te molaire / je te certitude / je te joue / je te veine / je te main / je te sueur / je te langue / je te nuque / je te navigue / je t’ombre / je te corps / je te fantôme /

    je te rétine / dans mon souffle / tu t’iris /

    je t’écris /

    tu me penses

    par Claudine Simon & Elise Dabrowski

    par Arthur H 

     

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    LA DÉRAISON D'ÊTRE

    le désespoir a trois paires de jambes le désespoir a quatre paires de jambes quatre paires de jambes aériennes volcaniques

    absorbantes symétriques il a cinq paires de jambes cinq paires

    symétriques ou six paires de jambes aériennes volcaniques sept paires de jambes volcaniques le désespoir a sept et huit paires de jambes

    volcaniques huit paires de jambes huit paires de

    chaussettes huit fourchettes aériennes absorbées par les

    jambes il a neuf fourchettes symétriques à ses neuf

    paires de jambes dix paires de jambes absorbées par ses jambes c'est-à-dire onze paires de jambes absorbantes

    volcaniques le désespoir a douze paires de jambes douze

    paires de jambes il a treize paires de jambes le désespoir a quatorze paires de jambes

    aériennes volcaniques quinze quinze paires de jambes le désespoir a seize paires de jambes seize

    paires de jambes le désespoir a dix-sept paires de jambes

    absorbées par les jambes dix-huit paires de jambes et dix-huit paires

    de chaussettes il a dix-huit paires de chaussettes dans les

    fourchettes de ses jambes c'est-à-dire dix-neuf paires de jambes le désespoir a vingt paires de jambes le désespoir a trente paires de jambes le désespoir n'a pas de paires
    de jambes mais absolument pas de paires de jambes absolument pas absolument pas de jambes mais absolument pas de jambes absolument trois jambes


     

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    L’ÉCHO DU CORPS

    prête-moi ta cervelle

    cède-moi ton cerceau

    ta cédille ta certitude

    cette cerise

    cède-moi cette cerise

    ou à peu près une autre

    cerne-moi de tes cernes

    précipite-toi

    dans le centre de mon être

    sois le cercle de ce centre

    le triangle de ce cercle

    la quadrature de mes ongles

    sois ceci ou cela ou à peu près

    un autre

    mais suis-moi précède-moi

    séduction

    entre la nuit de ton.nu et le jour de tes joues entre la vie de ton visage et la pie de tes pieds entre le temps de tes tempes et l'espace de

    ton esprit entre la fronde de ton front et les pierres de

    tes paupières entre le bas de tes bras et le haut de tes os

    entre le do de ton dos et le la de ta langue entre les raies de ta rétine et le riz de ton iris entre le thé de ta tête et les verres de tes

    vertèbres entre le vent de ton ventre et les nuages de

    ton nu entre le nu de ta nuque et la vue de ta vulve entre la scie de tes cils et le bois de tes doigts • entre le bout de tes doigts et le bout de ta

    bouche entre le pois de tes poils et la poix de ta poitrine entre le point de tes poings et la ligne de tes

    ligaments entre les pôles de tes épaules et le sud-est de

    ta sueur entre le cou de tes coudes et le coucou de ton

    cou entre le nez de tes nerfs et les fées de tes fesses entre l'air de ta chair et les lames de ton âme entre l'eau de ta peau et le seau de tes os entre la terre de tes artères
    et le feu de ton

    souffle entre le seing de tes seins et les seins de tes

    mains entre les villes de ta cheville et la nacelle de

    tes aisselles entre la source de tes sourcils et le but de ton

    buste entre le musc de tes muscles et le nard de tes

    narines

    entre la muse de tes muscles et la méduse de

    ton médius entre le manteau de ton menton et le tulle de

    ta rotule entre le tain de ton talon et le ton de ton

    menton entre l'œil de ta taille et les dents de ton sang entre la pulpe de ta pupille et la serre de tes

    cernes entre les oreilles de tes orteils et le cervelet de

    ton cerveau entre l'oreiller de tes oreilles et la taie de ta tête entre le lévrier de tes lèvres et le poids de tes

    poignets entre les frontières de ton front et le visa de

    ton visage entre le pouls de tes poumons et le pouls de

    ton pouce entre le lait de tes mollets et le pot de ta

    paume entre les pommes de tes pommettes et le plat

    de tes omoplates entre les plantes de tes plantes et le palais de

    ton palais entre les roues de tes joues et les lombes de tes

    jambes entre le moi de ta voix et la soie de tes

    doigts entre le han de tes hanches et le halo de ton

    haleine

    entre la haine de ton aine et les aines de tes

    veines entre les cuisses de tes caresses et l'odeur de

    ton cœur entre le génie de tes genoux et le nom du

    nombre du nombril de ton ombre


     

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    LA MORPHOLOGIE DE LA METAMORPHOSE

    C'est avec une flûte

    c'est avec le flux fluet de la flûte

    que le fou oui c'est avec un fouet mou

    que le fou foule et affole la mort de

    La mort de la mort de

    c'est l'eau c'est l'or c'est l'orge

    c'est l'orgie des os

    c'est l'orgie des os dans la fosse molle

    où les morts flous flottent dessus

    comme des flots

    Le fou est ce faux phosphore qui coule

    phosphore qui cloue la peau du feu

    aux eaux aux flots de la porte

    alors que la mort de la mort

    de la mort morte et folle

    n'est que le lot le logis de la faute

    qui fausse la logique de loup doux

    de la forme

    de la forme en forme de mot en forme de mort

    en forme de phosphore mort

    qui flotte au-dessus de la fausse forme

    c'est le loup du faux cette forme

    le faux loup qui fait qui ferme

    les fausses portes

    qui coule sous la fausse faute

    et qui fout qui fout qui fouette

    la peau d'eau de la mort

    La mort la mort morte en faux en forme de flot qui flotte au cou de la forme eau forte et phosphore doux âme molle de l'effort de l'or de l'or mou de l'amorphe

    La logique de l'amorphe fouette et foule l'analogie folle elle la fouette dans sa fausse loge qui est en or comme en or comme l'horloge qui orne le logis d'un mort

    Mais le mort le mot d'or d'ordre

    le mot le mot d'or d'ordre

    de la mort de la mort

    c'est mordre c'est mordre les bornes de la

    forme et fondre son beau four dans le corps de la

    femme

    Feu mèche et fouet

    la femme fourchette le refus du monde

    flamme qui monte haut très

    très haut et en or

    hors de l'horloge très elle se montre

    hors de l'horloge des formes très

    et hors du mètre

    qui ferme et qui borne les ondes

    Tache molle aimée et mince mince et mauve sur un faux fond or orange et oblong

    La mort longe le mélange des formes

    mais le mort le faux mort le mot

    le métamort faux

    fausse la métamort fausse et amorphe

    il fausse la métamorphose de la mort

    la morphologie de la mort folle et amorphe

    la morphologie longue longue et amorphe

    mort folle de la faute

    faux fouet de l'effort qui flotte

    reflux d'une horloge qui s'écroule et remonte

    fausse métamorphose d'une vraie porte en or

    et de l'or en faux phosphore

    flou comme les flots du cou

    et rond comme un mètre long long

    comme un mètre de trois mètres blonds

    fou qui montre au clou une fausse orange folle

    et au loup le faux logis de la flûte

    morphologie de la folle de la follement aimée

    de la bien-aimée affolante

    dans sa peau affolante

    la fausse fourchette affolante du phosphore

    analogique et c'est ainsi que la mort est bien morte elle est bien morte la mort la mort folle la morphologie de la la morphologie de la métamorphose de

    l'orgie la morphologie de la métamorphose de

     

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    LA VOIE LACTÉE

    L'atome, la tomate, une simple tomate sur une tige en rage atomique et on peut, si, on le peut si cela vaut vraiment la peine debout, de bouger une bougie dans la bouche de l'homme et la paix,
    la peine de mettre le feu au bout, un tout, un tout petit peu et on peut de nouveau bru brûler au vol, au volcan où le père, perpétuellement à l'affût d'une canne,
    fut à jamais tué d'un coup d'aile, ainsi que la colle, l'acolyte du bourreau, son accolade, mais tout cela délimiterait un peu trop les trois héros de la boue natale et le
    mythe de la proie et de la pomme.

    On sait que la pomme n'est rien, n'est rien d'autre qu'un sein, un symbole du lâchez-pas la chair de la chimère, une chaise atmosphérique et sa chaîne, bol de lait qui
    traîne saoul sous la peau, nuée noyée dans la braise centrale, cent plats portés sur un plateau platonique tonique à la portée d'un manque d'haleine, plateau de
    seins sphériques féeriques, éther, éternellement plantés dans la plaie de l'homme.

    Elle est la fronde tirée sur tout et surtout la frontière de tout, de tout ce qui tousse et tout étouffe, elle bouche l'issue du goût, du gouffre, borne la forme du corps et
    sans fer s'enferme, sue, suce et suffoque.

    Sa chair est sue, sucrée, elle effraie, elle est fraîche, et au contact tact de la tiède, de la tienne, c'est comme une tache dans l'air que ta chair celée se laisse toucher
    par la sienne.

    L'homme et le monde partagent entre eux le ver qui ronge le cœur de la pomme et comme une éponge aux yeux ouverts bien au delà du miel et du mal, le malheur absorbe l'absurde
    surtout sur toute la longueur de sa courbe qui naît, qui naît ailleurs et qui n'est d'ailleurs qu'une formule.

    Et la vie n'est rien, n'est rien en dehors de cette langue, de cette langueur des bornes courbées sous le poids d'une formule.

    Ayant à remplir d'abord la forme d'un sein en chaleur, c'est comme la vipère dans la vie du père que la courbe rampe à la recherche d'une bouche mais celle-ci étant
    privée de dents, son ascendant est la balle, la balance, ainsi le sein est bien obligé de verser son lait dans une autre version de la hantise qui est innée à sa
    néantisation.

    Entourée de sel qui livre sa rage à une salive d'absinthe, entourée de ses lèvres rouges mais absentes, la bouche sans dents boit, lave, voile l'acte de téter, elle
    boit la Voie Lactée comme on lèche ou comme un chien qui aboie.

    L'acte de suer dessus, l'acte d'être déçu au-dessous de soi-même et le sein, le simple fait de vouer, de vouloir ex ex exciter et exercer la succion sur un monde à
    excréter ex à exécrer aidé dé dé et déjà créé, crève le rêve du vampire et le sue, le suce en retour, se retourne souvent contre le
    vampire même, qui expie, expire, essaie et sec et ce qui qui étant, qui est encore pire, ce qui empire encore plus le pis, le pire, c'est qu'en expirant le corps secrète, il
    secrète le secret des mots et des mobiles, le secret de sa mobilité.

    Et c'est dans le noyau du feu foetal, dans le noyau foetal et focal d'une pêche immobile que l'homme noie à jamais le sec, le secret de son péché figé, fixé et
    pétri pétrifié à jamais.

    Ses jambes perdent pied entre la pêche et la pomme et il tombe raide dans un de ces rien du tout, dans un de ces aériens tombeaux du beau où le laid n'est qu'un bien, un but, un
    sein, un simple attribut du mal, du malheur d'être.

    Naître dans son propre tombeau sévit, vire et crève, c'est vivre la vie d'un décapité qui rêve.

    Sa captivité constitue tue à l'aise les œufs qui palpent des pépins et des tétins qui palpitent, les seules thèses qui palpitent dans une tête perdue,
    eperdument suspendue et pendue entre les deux pôles d'une vie subie subite, entre les deux épaules de la victime.

    Dans le même centre excentré excentrique où la vie n'est que l'excès expansif d'une plaie morte, entre les deux tempes d'une tempête viol viol biologique, la tête
    tragique de l'homme loge en même temps deux antithèses tactiques, constantes et amantes, constamment prêtes à centrer leurs tics lubriques sur un sein, à s'entretuer
    sur le sein d'une synthèse réelle et luisante,-réalisant ainsi une sorte d'extase infirme-infinie, seule prothèse coupable capable dessous, de soulager sa panique, sa rage
    logique et sa tourmente.

    Tout état, tout, tout est à tout étage âme, tout est à jamais corps coordonné, donné, ordonné dans un corps et une âme emmurés à jamais
    dans un tout mou et muet, noué, ficelé, scellé à jamais à la roue des torts, des tortures où tout est mutuellement mutilé, déterminé, terminé,
    miné, état, état établi et obstrué, délimité, réglé, bouché et de toutes parts encerclé clef.

    Et pas de clef à la serrure de ce porc, de cette porte, pas de clef et pas de serrure, et si nos sens, si l'innocence tire à faux sur le vide qui l'absorbe, si pour sortir de
    l'absurde on doit d'abord l'aborder et dégorger, égorger l'essence d'une vie qui noue, qui nous borne et nous tente, et forcer les ondes qui ouvrent et qui ferment une porte
    existante, ne pas oublier que les pores, que les portes de prix, de prison, par dix ou par mille parmi nous, dissimulent partout une cour intérieure qui les entoure et les voile comme une
    loi qui se voit et qui se dévoile simultanément à la mort, à la morgue, orgue en orgasme dans tous les organes de lait de l'être, et que celui-ci se complaît dans
    son complexe complet où plaie, plèbe, blé et blessure réfléchissent l'être qui lèche ainsi sa morsure et qui fléchit sous la flèche qui le
    reflète.

    Où où ouvrir les prisons sur la scène du nouveau-né ou sur rien ne veut rien dire sinon défi, défilé creusé dans les cimes, dans les cimetières qui
    sont des berceaux, des os, des seaux de lait enterrés dans la matière d'une matrice d'où on déterre tous les jours le même ver de lait de l'être fou, fourré
    dans ce rien qui est tout, dans ce rien qui s'entoure de toutes parts par lui-même et qui sape, qui s'appelle pomme ou prison.

    Une prison c'est l'être lui-même cloîtré derrière sa clef et son cercle, et comme une louve au rire acre mais fier, l'ouvrir s'aime mieux à l'écart, c'est
    mieux écarter la rupture entre le cri sacré du moi et les griffes de l'autre, c'est à dire un moi, un moyen de sacrifier la créature à quelque chose d'autre, massacrer
    le créateur dans sa créature, et avec les os de l'écho du chaos et dans une sorte de coma de combat entre l'homme et l'atome, la tomate, l'automate, recréer le
    créé et être ainsi par rapt, par rapport à lui, la parade d'un para-être qui surgit et s'insurge à l'intérieur de soi-même comme le coma, comme une
    comète en coma dans le ventre de la terre.

     

    COMMENT S'EN SORTIR SANS SORTIR, un récital fimé en 1989

    Le corps hors du corps, sur un récital de Gherasim Luca, filmé par Raoul Sangla

     

    product_9782070410699_195x320.jpgUNE LARGE SELECTION DE POÈMES DE GHERASIM LUCA

    Gherasim Luca chez José Corti

    Gherasim Luca chez Gallimard 

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  • LES MOIGNONS (III): LA FEMME-TRONC et autres textes démembrés

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    La femme-tronc 

    La femme-tronc a ses adeptes. Rien de plus logique, si on y pense. Quand on fait l’amour à une femme pleine de branches, celles-ci nous ennuient plus qu’autre chose. Le houppier, le feuillage, ce n’est pas ce qu’on vise dans la femme. La ramure empêche plus qu’elle ne favorise l’accession à l’essence de la femme, à son fût. Puis la femme-tronc est moins lourde même si elle vaut son pesant d’organes. La femme-tronc est l’avenir de l’homme des bois.

     

     

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    Le bouquet 

    Je t’ai acheté un bouquet de têtes pressées. Décapitées du matin. Après son travail à l’aube, le bourreau compose des arrangements délicats très appréciés des amoureux fous.

     

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    Fous-moi, fouette-moi !

    Fous-moi, fouette-moi tant que tu peux, je te veux tout en moi!, lui serinait le roi, nu, à quatre pattes, devant son majordome qui peinait à enfoncer à l’intérieur du royal postérieur quoi que ce fût.
    Je ne te plais donc point, lui repartit le roi, l’anus en larme, l’œil injecté d’une vilaine goutte de sang.
    Le fion du Petit Prince m’inspire davantage, reconnut le majordome qui toutefois ne désespérait pas de combler pleinement de même son vieux roi ventripotent.

     

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    L’attente 

    Cet homme attendait le temps à l’abribus depuis une éternité quand un aimable gnome vint lui annoncer que le temps était en grève.

     

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    Flûte ! 

    Flûte j’ai oublié mon pipeau chez le marchand d’instruments à vent, et maintenant le vent est passé !

     

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    Le pélican (à Roland Jaccard) 

    J’ai un bec de pélican, je plonge dans les eaux de la Seine et je rapporte sur les berges des corps de jeunes filles se baignant que j’emporte tel le Roland Jaccard de la Piscine Deligny. Mais elles crient, se débattent, me repoussent et finissent par sauter à l'eau en hurlant que je ne serai jamais Roland Jaccard. On m’enlève mon bec de pélican et on me rejette à ma vie de rat musqué dans les égouts de Paris (qui ne valent pas les palaces de Lausanne) d’où je n’aurais jamais dû sortir.

     

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    Je plais 

    Je plais à mon boulanger comme j’ai plu à ma nourrice. Je plais à ma femme comme j’ai plu à son amant. Je plais à mon père comme j’ai plu à mon prof de gym. Je plais à mon gendre comme j’ai plu à mon banquier. Je plais au temps présent comme j’ai plu au temps jadis. Je plais au ciel comme j’ai plu à la terre entière. Je plais au sang comme j’ai plu à la bière. Je plais au centre comme j’ai plu à la périphérie. Je plais au hasch comme j’ai plu à l’héro. Je plais aux lignes comme j’ai plu aux plans. Je plais aux plantes comme j’ai plu aux pierres. Je plais au soleil comme j’ai plu à la pluie… On ne plaît jamais assez !

     

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    Le volcan 

    Le volcan s’est éteint et ma lave est tombée en poussière. C’était une lave artificielle et un volcan de pacotille. Comme toutes mes éruptions.

     

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    L’armoire 

    J’ai une armoire remplie d’éléphants. Que je n’ai jamais ouverte car je ne saurais quoi en faire. J’ai une peur bleue des trompes grises.

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    Le clou

    Ce sculpteur de clous qui voyait grand en sculpta, une nuit, un qui atteignit la lune. Ensuite, d’un petit coup de marteau, il la cloua au ciel.

     

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    La Femme tronc, peinture à l'huile (30 x 40) de Daniel Wuilmet, 2012

  • IL FAUDRA BIEN DU TEMPS de THIERRY RADIÈRE

    Radi%25C3%25A8re1.jpgLes raccourcis du silence

     

    je ne sais plus si je raconte

    ma vie ou celle d’un autre

    à qui je parle souvent

     

    C’est avec ces mots que s’ouvre le nouveau recueil de poèmes en vers libres de Thierry Radière qui donne le ton sous l’aspect de voix multiples se répondant d’un moi à l’autre du poète. L’écriture, le partage d’histoires et d’émotions servent de lien vital à la création d’un mode de communication plus sensible. C’est à un exercice de présentification que nous invite le poète pour s’ouvrir à notre propre futur comme à l’actualité d’autrui. Pour laisser du silence à l’avenir.  

     

    Thierry Radière s’appuie sur son quotidien et ceux qui le partagent pour, avec les outils de l’imaginaire et de la mélancolie, questionner le monde et formuler ses réponses par l’opération de la poésie.

     

    Très vite, au poème suivant, on y lit en guise d’explication de titre :

    il faudra bien du temps

    de la solitude en barre

    et des sourires forcés

    pour se faire accepter.

     

    L’expression, la connaissance de soi et du monde mettent du temps. Est inconséquent à moins d’être génial le jeune poète qui croit accéder à cette compréhension rapidement, sans l’épreuve de la langue et de l’esseulement.

     

    grandir

    c’est apprendre

    à choisir sa gare

    ou pas

    si les terrains

    sont vagues

    et les destinations

    à inventer

     

    Les emballements d’images, ces visions (qui) pointent des seins,  tombent dans la verticalité du poème en produisant des effets délibérément comiques ou en délivrant de rares émotions.  

     

    je n’aspire qu’à un peu

    d’enchaînement au fil du

    temps l’aiguille tendue

    vers la glissade

     

    Entre immobilité et nuages, dans le flou des jours et des pensées, et les temps capricieux, délivrés des saisons,  à travers sa route de mots et d’échos, Thierry Radière cherche et trouve le raccourci du silence.sa-poesie-est-une-douce-melancolie.jpg?itok=d4MlkMu2

     

    Dans un des beaux poèmes du recueil, le poète avance en haïkus.  Par petites touches, il dessine une avancée, aussi indécise que décisive. Il transforme les balafres de l’existence en notations brèves qui sont autant de tattoos sur la peau du temps.

     

    Un court mais intense recueil qui, par le ravissement de ses expressions, en dit long sur l’existence et sur ce qui la précède ou l’accompagne : l’essence des jours, le sel de nos vies…

     

    Depuis toujours, le poète a composé sa vie en vue de cette tâche noble et exigeante : écrire. Et il nous fait don des images qui composent et éclairent son subtil univers.

     

    c’est ce que je voulais

    qu’il me reste

    écrire écrire que ça

    n’en finisse pas

    j’ai tout préparé

     

    et je récupère le temps

    perdu à croire qu’il

    y aura des trouvailles

    dans l’imaginaire

     

    Paru dans la stimulante collection Polder de Décharge/Gros textes.

    Avec une belle préface de Jean-Christophe Belleveaux et une illustration de couverture de Valérie Mailland.

    Éric Allard

     

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    Comment se le procurer?

     

    Découvrez Sans botox ni silicone, le blog de Thierry Radière

     

  • GEORGE SAND À 20 ANS de JOËLLE TIANO

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=8bdd3b565a7bc9c7fe32f07784ab2d71&oe=587BD4F1par NATHALIE DELHAYE

     

     

     

     

     

    004042461.jpgChrysalide

    Intéressante biographie que nous propose Joëlle Tiano, dans la Collection "à 20 ans" des Editions "Au Diable Vauvert".
    Nous découvrons en détail la jeunesse de George Sand, Aurore encore à cette époque.
    La petite Aurore, élevée à Nohant par sa grand-mère paternelle, grandit partagée entre cette dernière et sa mère, qui est partie vivre à Paris et rejoindre sa première fille, née d'un précédent lit. 
    On ressent dans cette histoire le déchirement qu'a dû connaître la petite fille. Sa grand-mère était très bonne pour elle, mais la mère, lointaine, était magnifiée et adorée.

    Ces influences ont tôt fait de forger à Aurore un certain caractère. De plus, ses origines maternelles modestes et paternelles bourgeoises, voire nobles, devaient être difficiles à concilier. 
    Ce début de vie assez difficile et particulier a dû cimenter pour toujours la volonté de la future George Sand.

    Nous passons en revue son adolescence, sa période mystique, son envie d'entrer au couvent, puis ses multiples prétendants au mariage. 
    Son dévolu se jettera sur Casimir, peu après le décès de sa bonne maman, sa grand-mère. Elle a dû retourner chez sa mère à la suite de ces tristes événements, mais les choses ne se passent pas bien. Elle aspire à fuir cette mère jusqu'à présent quasi inexistante et dont elle se détache de plus en plus. 
    Alors elle épouse le jeune homme, et devient rapidement mère. AVT_Jolle-Tiano-Moussafir_6364.jpeg


    Les années passant, elle se rend compte que cette vie n'est pas faite pour elle, elle a d'autres ambitions, surtout celle d'être indépendante, et va enfin se révéler.

    Ce livre apporte beaucoup d'éléments sur la jeunesse de George Sand. Ces premières années sont révélatrices, on peut retrouver beaucoup d'influences ou de repères dans ce que sera son oeuvre. C'est une belle approche.

    Quelques ouvrages sont cités, souvent "Histoire de ma vie" où l'auteure de ce livre a recueilli certains passages. Mais c'est un livre surtout ciblé sur cette jeunesse singulière, les références bibliographiques sont peu présentes, mais ne manquent pas pour autant. Tout est axé sur la chrysalide qui deviendra papillon.

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  • LE LIVRE DE SA VIE

    amour%20livres.jpegCet homme était tombé amoureux fou d’un livre.

    À la première phrase, il avait compris que c’était le livre de sa vie. Il l’avait lu et relu des dizaines de fois et il n’en restait pas moins épris, raide dingue, bleu de bleu de ce livre. Il pouvait demeurer en admiration devant la première de couverture ou la quatrième ; feuilleter ses pages lui procurait des sensations inouïes. Il restait des heures à contempler sa tranche, la préface, la postface, les pages liminaires, tout le paratexte.

    Pour ses amis, après avoir été un objet de curiosité, le livre était devenu sujet de plaisanterie puis d’agacement. Pour sa femme, un véritable objet de jalousie, un motif de scènes terribles.  Elle en était arrivée à ne plus le voir en peinture, il n’était plus question qu’on y fasse allusion.

    Ses amis (qui avaient trouvé le livre bien ordinaire), ses collègues de bureau (qui n’avaient jamais rien lu), son patron (qui ne comprenait pas qu’on pût s’intéresser à autre chose que lui), sa femme, donc, s’allièrent pour le faire renoncer à cet amour contre nature (il en reste en ce domaine malgré l’ouverture d’esprit extraordinaire, et parfois pittoresque, de ces dernières décennies) et firent tout pour l’éloigner du bouquin chéri.

    Mais l’homme résistait à ces manoeuvres multiples.

    Sur le net, il avait trouvé des extraits du livre en téléchargement libre. Il en cachait des pages dans la maison sous le tapis de sol, dans les vieux jouets des enfants et, au bureau, dans ses classeurs de travail. Il finit par apprendre le texte par cœur comme ces personnages de Fahrenheit 451.

    Mais peut-on aimer par cœur sans revoir jamais l’élu de ses jours, sans toucher ce qui lui tient de support, sans le humer, le parfumer, le caresser, le lécher, le presser contre soi et se presser contre lui, de tous ses pores, jusqu’à verser quelques sécrétions...

    La lecture des phrases, imprimées ou non, était à chaque fois source d’éblouissement et d'un contentement vif non moins qu’intense.

    Le livre, son livre, était un objet et un être, un contenant enveloppant une individualité foisonnante de richesse et de beauté.
    Aujourd’hui, notre homme vit heureux sans femme ni amis ni boulot, en seule compagnie du livre de sa vie dont il ne se lasse jamais comme il se doit avec un amour aussi vif qu'éternel.

     

  • LECTURES D'ÉTÉ

    5f6034c6-e0fc-11e3-9861-5a72a6fd8fe4_web_scale_0.154321_0.154321__.jpg.h380.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

     

     

    9782330014285.jpgPROFANES (Actes Sud, 2014, 288 p.)

    « Profanes » de Jeanne Benameur convoque un nombre restreint de personnages mais réussit à faire d’un décor unique le lieu de mutations et de respirations nouvelles. Un vieux chirurgien du cœur, Octave, décide de terminer ses jours en invitant quatre personnes, trois femmes, un homme, à venir s’occuper de lui, au fil de ses journées, en parfaite alternance. Ainsi, Hélène, Yolande, Béatrice et Marc, peu à peu, se glissent dans la peau de cette étrange villa, pleine de souvenirs et de mémoire. Octave a perdu sa fille, n’en a jamais guéri, séparé de sa femme. Le temps, celui des journées partagées, celui du souvenir âpre, celui des clartés gagnées sur la nuit, à force d’échanges, de poésies (Ocave s’adonne au haïku), le temps est le grand compagnon du vieil homme, tendu cependant, mais fécond comme quelque chose que l’on remporte sur soi, une sombre victoire.

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    Jeanne Benameur

    L’histoire se déroule en peu de jours et laisse en la mémoire du lecteur une richesse insoupçonnée de caractères, de psychologies et de climats. L’écriture, très fine, très poétique, souvent elliptique, maitrise ses champs : on sent l’auteur proche des thèmes qu’elle traite avec une infinie élégance et une aisance douce.

    L’on retiendra longtemps les conciliabules prégnants entre Octave et ses amis du jour ou de la nuit. Voilà un roman intimiste qui plaira aux plus exigeants.

    Un auteur à suivre. Au grand talent.

    Le livre sur le site d'Actes Sud

     

    ***

     

    pluie_jaune-168x281.jpgLA PLUIE JAUNE (Verdier Poche, 2009, 144p.)

    Le livre traduit de l’Espagnol Julio LLamazares est une prodigieuse analyse d’un destin humain, aux prises avec une nature hostile et le Temps, inexorable dévoreur.

    Un homme vit dans un hameau isolé des Pyrénées espagnoles, complètement vidé de ses habitants. Il est marié à Sabina et possède une chienne fidèle.

    Au fil du temps, les habitants sont partis, laissant le village s’effondrer sur lui-même. 

    La mort de Sabina, l’attente épuisante, le lent travail sur lui-même et sur sa mémoire qui peu à peu s’altère, la mort des choses et la perte des liens acheminent le roman vers la déliquescence.

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    Julio Llamazares

    Le lecteur sort de ce livre effrayé par la dose de réalisme et d’étrange que le romancier a pu injecter à sa fiction : tout y est vraisemblable et prégnant, comme toute existence qui se sait presque finie, étouffée par tant de contraintes.

    Un classique envoûtant.

    Le livre sur le site des éditions Verdier

     

    ***

     

    rafale-soseki.jpgRAFALES D’AUTOMNE (Picquier, 2015, 212p.)

    Soseki (1867-1916) l’auteur de « l’Oreiller d’herbes », est mort il y a juste cent ans.

    L’auteur japonais excelle à décrire des personnages englués dans la solitude. Ici, un homme de lettres, professeur déchu, Shirai Dôya, deux jeunes hommes, amis d’études, Nakano et Takayanagi.

    L’écriture est au cœur du roman : Dôya passe toutes ses journées à écrire sans en retirer un avantage pécuniaire ni beaucoup de notoriété. Son ancien élève du secondaire, Takayanagi, veut quant à lui faire de l’écriture sa vie mais n’y parvient guère.

    Dans un jeu de relations amicales d’entraide et de compréhension, les trois personnages de Soseki révèlent l’impitoyable société d’alors, peu amène pour les créateurs littéraires, fascinée par les apparences et la fonction. On sent l’auteur critique de ces usages, dans des descriptions d’un univers attaché à ses convenances.natsume.jpg

    Une grande finesse d’analyse perce les enjeux de cette histoire aigre-douce, dont l’amertume tient surtout à ces parcours d’écrivains de l’ombre, tout à leur art et abandonnés dans une vie qui les ignore.

    Un classique naturaliste, sans doute, dans l’acuité des observations, et par une écriture qui cerne au plus près l’essence de la vie.

    Un auteur à (re)découvrir.

    Le livre sur le site des éditions Picquier

  • LISA HANNIGAN

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    LISA HANNIGAN est née en 1981 en Irlande. Après des titres en duo avec Damien Rice et quelques collaborations, elle a sorti trois albums. Son dernier, paru en 2016, s'intitule At Swim.

    "En pleine lumière, la jeune femme a œuvré pour le cinéma d’animation, s’est improvisée journaliste en mode podcast, a connu la reconnaissance d’un deuxième album double platine. Et quitté Damien Rice. Dans l’intimité, du moins le suppose-t-on, la fille de Dublin (elle interprète ici a cappella un poème de Seamus Heaney) en a croqué des noires et des pas mûres, perdant des proches et un amour, et se liquéfiant dans ces deuils.

    C’est exactement ce que l’histoire d’eau d’At Swim nous raconte : une drôle d’épopée en nage à contre-courant, où l’artiste en bave, certes, mais parvient en onze chansons à sublimer un romantisme récurrent pour offrir tout, et le reste. La finesse extraordinaire à évoquer les gens de peu, le chant bouleversant d’une femme de l’époque, des musiques comme un écrin translucide, et la capacité à rendre compatibles ses différentes racines (grosso modo, Maria Callas prenant le thé avec Piaf sur fond de rock alternatif).

    Ce troisième album, produit par Aaron Dessner de The National, interrompant cinq années de silence en solo, utilise une polychromie bouleversante et met des couleurs dans nos vies à grands coups d’aplats virtuoses, un chant en apesanteur beau à pleurer et une instrumentation subliminale servie par un modeste piano ou quelques percussions. La beauté d’un diamant noir, et l’un des disques de l’année." Christian Larrède (Les Inrocks)

     






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    Lisa Hannigan chante le poète Seamus Heaney*

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    *La lanterne de l'aubépine de Seamus Heaney (Le temps des cerises) par Denis Billamboz

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     LISA HANNIGAN le site officiel

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: 2ème livraison

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

    Après ma première livraison concernant la rentrée littéraire 2016, je vous propose une deuxième sélection de livres comportant deux titres édités par Le Dilettante. Un livre de Sylvie Dazy, « La métamorphose d’un crabe », qui n’a rien de d’une fiction, c’est tout simplement la triste réalité de la vie dans une célèbre prison française. L’autre, « Bonneville », par contre, est une pure fiction dans laquelle Laurent Saulnier raconte un vieux fantasme, celui que de nombreux gamins de ma génération ont eu : conduire une de ces immenses et rutilantes voitures américaines que nous ne voyions qu’au cinéma. Deux textes un peu décalés comme en publie très souvent cet excellent éditeur.

     

    9782842638764FS.gifLA METAMORPHOSE D'UN CRABE

    Sylvie DAZY

    Le Dilettante

    Ni roman, ni témoignage, ce texte c’est l’histoire d’un gars qui incarne la vie d’un crabe, d’un maton, d’un gardien de prison perdant progressivement la petite vie confortable de fonctionnaire qu’il s’est construite à l’ombre des murs de la Santé et l’idéal ethnographique qu’il pensait pouvoir concrétiser au contact des détenus.

    Christo, né à Bapaume, à l’ombre du Centre de Détention, titulaire d’une « inutile licence d’anglais », décide de passer le concours de l’administration pénitentiaire car elle semble bien nourrir son homme et que les gardiens de prison de la ville paraissent plutôt heureux quand ils boivent un coup dans les bistrots du centre-ville. Admis au concours, il est affecté à la Santé où ils trouvent de nombreux « pays » qui l’adoptent vite mais il a du mal à se fondre dans la masse, il est plus intellectuel que les autres, il cherche à comprendre les détenus et leur milieu, il se voudrait l’ethnologue de la centrale. Les autres s’éloignent de lui, son supérieur lui propose alors de passer le concours de brigadier qu’il réussit et devient, en un temps record, un gradé respecté des gardiens comme des détenus.

    Absorbé par le petit prestige qu’il découvre à l’ombre des murs de la Santé, il délaisse son épouse qui l’abandonne, le mettant en difficulté vis-à-vis des ses collègues et surtout des détenus pour qui la perte de la femme est une tare car en milieu carcéral, « …la femme qui part ne prête pas à rire. C’est l’angoisse de tous les prisonniers : un autre homme est entré dans l’arène, profite de votre faiblesse, et puis plus de linge propre, de visites, de mandats. » Il se replie de plus en plus sur lui-même avec son indic comme meilleur ami. Et en prison, « Les alliances ici obéissent à des règles simples : du plus fort au plus fort. »

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    Sylvie Dazy

    Sylvie Dazy a travaillé elle aussi à la Santé comme éducatrice chargée de la réinsertion des prisonniers, elle connait bien l’étendue de la tâche et tous les pièges qu’elle comporte. Elle cherche à décrire, à travers la destinée de ce crabe, la micro société qui se crée à l’ombre des murs des prisons, notamment de celle de la Santé. A contre courant des nombreux auteurs actuels qui dénoncent les difficiles conditions de détention des détenus, elle évoque la situation intenable des personnels qui travaillent au sein de la prison, la ligne ténue qui sépare le détenu du gardien, la violence qui affecte aussi bien l’un que l’autre, les pressions, le chantage, subis des deux côtés des barreaux, l’enfermement qui affecte parfois plus le crabe que le prisonniers. « Toute une grammaire des corps s’apprend à la va-vite, des postures sans dérogation possible font de nous, plus que l’uniforme ou le droguet, un surveillant ou un détenu. »

    Outre les détenus et leurs gardiens, il y a beaucoup de monde en prison, beaucoup de gens et de choses circulent, on trouve tout en prison. « On vit mal en prison, il y a trop de gens en prison, trop de gens non recensés. Tout le monde s’en fout. On vaque. » Et tout le monde est à la merci d’un dérapage. Ainsi, l’auteure dénonce tous les dysfonctionnements du monde carcéral qui transforment des jeunes gens déterminés et idéalistes en maris taciturnes et indifférents... ça sonne tellement juste qu’on a l’impression que l’auteure aurait elle-même partagé un bout d’intimité avec l’un de ces jeunes gens victime de la métamorphose carcérale.

    « La taule, c’est la mort des sens. »

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

    9782842638610FS.gifBONNEVILLE

    Laurent SAULNIER

    Le Dilettante

    Bonnevile, c’est la Pontiac Bonneville 1969 achetée par le père du héros, le narrateur, sur un coup de tête qui lui fit perdre son rôle de chef de famille, sa femme, passionnée par l’élevage des gallinacées, lui ayant, à cette occasion, confisqué la gestion des comptes familiaux. Désormais, la Pontiac, elle est clouée au garage, elle ne roule plus, des pièces sont défaillantes et des pièces de voiture de ce type on n’en trouve pas en France surtout dans la campagne profonde où la famille a trouvé refuge dans une gare désaffectée. Le narrateur, jeune homme baraqué mais inoffensif n’a pas brillé à l’école qu’il n’a pas fréquentée très longtemps, il a vite trouvé un boulot dans une station-service où il se plait bien et travaille assidument.

    Depuis que le père est mort, il vit seul avec la mère au rythme des trains qui ne s’arrêtent plus devant leur gare. Il n’a plus qu’une idée en tête, remettre Bonneville en état pour sillonner les routes du coin. Pour réaliser ce projet il faut de l’argent qu’il n’a pas, après mûre réflexion, il pense que des petits larcins commis dans les belles voitures en stationnement lui apporteraient les fonds nécessaires sans nuire beaucoup aux propriétaires détroussés. Mais voilà, le papillon qui bat des ailes au-dessus de la baie de Rio pour déclencher un ouragan en mer de Chine est de passage par la région, tout part en vrille, rien ne se passe comme prévu. Les événements imprévus et indésirables s’enchaînent les un aux autres prenant une tournure de plus en plus dramatique.

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    Laurent Saulnier

    L’auteur évoque le célèbre inspecteur Columbo, considérant le nombre de cadavres qui jonchent les pages de ce petit roman, j’ai plutôt l’impression d’avoir traversé une série comme Barnaby, une série où l’on ne lésine pas trop sur le nombre de victimes. Bien sûr, il est un peu particulier le jeune homme, il se relève chaque nuit pour s’installer au volant de Bonnevile avec Mister B, un énigmatique passager qui le guide et la belle Julia aux gros seins, la livreuse de carburant. Ensemble, avec Bonneville, ils parcourent la campagne environnante jusqu’au jour où tout foire.

    Ce texte m’a rappelé un roman de Chris Womersley, « La mauvaise pente », j’avais alors écrit « Le roman de deux vies qui ont dérapé lorsqu’un grain de sable s’est coincé dans la mécanique de leur destinée ». Et dans ce texte, la destinée semble avoir pris la même mauvais pente même, même si le roman de Saulnier est beaucoup moins noir que celui de l’Australien, il est plutôt fataliste. C’est l’histoire d’un pauvre gars dont les muscles remplacent, sans qu’il s’en rende bien compte, la cervelle et qui est emporté par des événements qui le dépassent malgré tout ce qu’il entreprend pour remettre le cours de son existence dans le bon sens.

    Les passions de l’enfance peuvent prendre une tournure imprévisible et générer des situations dramatiques comme dans cette histoire presque drôle qui ressemble plus à une parodie de roman noir qu’à un texte réellement noir. Des doux dingues qui partent en vrille n’existent pas que dans les guerres larvées, il peut y en avoir partout même dans les gares désaffectées.

    Le livre sur le site de l'éditeur

  • UNE CELLULE DE RECHERCHE DE MOTIFS DE GRÈVE AU SEIN DU TEC CHARLEROI

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    La coalition syndicale du TEC Charleroi, toujours au fait des nouvelles avancées sociales, vient de former une cellule de recherche de motifs de grève.

    Tous les sujets proposés, sans tabou, seront analysés par la cellule de crise, a déclaré le responsable de la cellule qui tient à rester anonyme.

    La société souhaite rester en tête des sociétés de transports publics totalisant le plus grand nombre de jours de grève dans le monde.

    Les usagers sont priés aussi de participer au beau projet en fournissant des motifs de grève. Pour le départ en grève de vendredi prochain, le motif a été aisé à trouver, et nous remercions la Direction Générale de Caterpillar. Cela tombait à point pour bien commencer notre série et ne pas nous laisser devancer dans la course au record.

    Un retard est vite pris, puis difficilement récupérable. Il faut alors mettte les bouchées doubles. Et il n’est pas certain que l’avenir nous apportera des motifs aussi indiscutables et, pour tout dire, louables. Il faut aussi rester crédible et penser à véhiculer de temps à autre l'usager, pour ne pas perdre tout à fait le contact. J’y veillerai ainsi que tous mes camarades et affiliés.

    Une initiative qui prouve une fois de plus la vivacité d’esprit, le sens de l'innovation et la bonne ambiance qui règnent au sein des délégations syndicales du TEC Charleroi.

  • BADMINBOOK

    ob_94fe69d0f9b8645fd5b1db19b125bfbc_bad-8.jpgAu lieu d’envoyer au pilon ses invendus, cette maison d’édition les adresse à un centre sportif pratiquant le badminbook.
    Ce nouveau sport de raquette fut inventé entre deux rentrées littéraires par Victor Ernest Victor, un pseudo cachant en fait un écrivain éconduit de plusieurs maisons d’édition pour infidélité chronique (il ne supportait pas plus de six mois la vie commune avec un éditeur).

    Il consiste à se servir du livre comme d’un volant ou d’une balle en mousse et de se le renvoyer comme il se doit au-dessus d’un filet (le filet fait partie intégrante du sport, on imagine mal un sport sans filet) tendu transversalement à mi-longueur (comme c'est souvent le cas) du terrain. Le bord supérieur du filet de badminbook est dressé au-dessus du filet de badminton car, comme on le sait, le livre est appelé à voler haut (pas nécessairement loin). Si les échanges sont moins rapides qu'au badminton, ils sont aussi plus consistants (au lu toutefois de la quatrième de couverture des projectiles). Certains livres peuvent être munis de plumes mais risquent alors d'être pris pour des oiseaux et tirés par la critique...

    Le livre, violemment battu (car de moins en moins aimé), s'effiloche, perd de la consistance; l’air traversé prend dans ses feuilles et produit la chute automatique de l'objet volant.

    Il s’agit pour le bon joueur d’estimer pendant la trajetoire l’état de dégradation du livre pour adapter sa frappe et le bon coin du livre à (a)battre. Un joueur bon lecteur n'est pas un avantage car il aura tendance à lire pendant le jeu et la lecture émousse les réflexes moteurs.

    Des tournois sont régulièrement organisés après la remise des prix littéraires où on voit des livres fuser lors de riches échanges mais, surtout, comme il se doit dans ces sports de jambes nues (comme le filet, la jambe nue fait partie intégrante du sport, on imagine mal un sport sans jambe nue), on reluque des cuisses fermes de garçons et de filles et on savoure des cris de gorge rappelant la jouissance des lecteurs ébahis à la lecture d’une phrase orgasmique ou d’un passage exaltant d'un ouvrage ordinaire (non, je rigole).

    Qu’il s’agisse d’un roman minuscule de Michon ou d’une brique de Musso, d’un scénario de Gunzig ou d’un exercice oulipien de Perec, d’un recueil de nouvelles de Pavese ou d’une élucubration de Zemmour, d’un roman proustien ou d’un texte ultra court de Monterros, d’une fiction borgesienne ou d’un essai de Kundera, d’un journal gombrowiczien ou d’une pensée pascalienne, d’une fusée baudelairienne ou d’un pensum sartrien, d'une pièce de Bernhard ou d'un sonnet shakespearien, d'un conte bref de Karinthy ou d'un aphorisme nietzschéen, d'une aventure de Grey ou d'une Histoire de l'Oeil, d'un poème à marteler de Pey ou d'un apophtegme de Lec, du Mahabharatah ou d'un guide du (Matthieu) Ricard,  importe le titre et l'auteur de l’ouvrage, comme on l’aura compris :  au fil des parties, tous les livres deviennent des loques, des compilations de feuillets en accordéon qu’on abandonne au bord du court, pages offertes à l'action du vent marin ou au filet tiédasse d'un air saturé de particules fines.

    Parfois, un ramasseur de livres se prend de pitié pour une page d’un livre sauvé du carnage (comme un mouton de la fête de l'Aïd), relève le titre et, si l’affinité est élective, il télécharge le livre sur une plate-forme de vente en ligne de e-books et d’articles de sport.

  • TRISTES TROPISMES

    Vous-même l’avez dit, vous l’avez affirmé : sans les mots, il n’y a rien. Les mots, c’est la sensation même qui surgit, qui se met en mouvement. 

    Les fruits d'or (1963), Nathalie Sarraute (1900-1999)

     

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    UN SENTIMENT, UN !

    C’est l’histoire d’un sentiment. Il est là, prêt à éclore. Tout est rassemblé pour qu’il arrive sur le théâtre des opérations. Mais il hésite à sortir, à s’arracher au non-dit, à dire son nom, à s’exprimer; il est réservé, il n’a pas été coaché assez, il aurait dû suivre un stage…

    Il attend trop, les circonstances ne sont plus de son côté, il pourrait manquer son tour, d’autant qu’il n’est pas le seul…. D’autres attendent, d’autres poussent, des méchants, des plus tendres, des attentionnés. Ils ont mieux préparé leur venue, ils sont prêts à passer le cap, à fondre sur la scène, à déclamer leur texte… Voilà, ils passent en meute, ils sont nombreux, ils ont le nombre avec eux! C’est leur heure, ils ne vont pas la manquer, eux ! Même si dans la cohue on ne distinguera pas leur singularité, ce n’est pas grave ; l’important, c’est d’arriver, d’être sorti, avec plein d’air dans les poumons, de hurler son être à la face du monde… Les remerciements, les regrets, ce sera pour plus tard, quand la vie sera en passe d’être consumée, qu’on pourra se retourner sur son passé…

    C’est l’histoire d’un sentiment sans histoire ni commencement.

     

    QUELQU’UN

    Prenez quelqu’un. Extrayez-le de sa famille, de son entourage, de ses proches. Faites-lui croire que son cœur est à prendre, que vous voulez son cœur, que vous voulez tout de lui, sans distinction. L’être humain est crédule, il est prêt à croire à ses manques, à la possibilité d’un nouvel avenir. Il vous croit sur parole et abandonne tout pour se retrouver vierge de tout passé, ouvert au possible.
    Quand enfin il comprend la manœuvre, l’escroquerie mise en place, il fait tout pour vous détruire en retour, c’est de bonne guerre. Sa capacité à vouloir vous détruire est phénoménale.

    Vous accusez le coup mais vous perdez des plumes, beaucoup de plumes. Vous pensez même perdre la vie, l’envie d’envol pour l’avoir perdu, lui. La vie pendant un temps ne vous est plus d’aucun secours. Vous aspirez au néant. Car vous vous êtes pris au jeu, vous l’avez aimé, vous avez cru à votre jeu, à vos mensonges…
    Mais vous vous en sortez. Vous émergez à nouveau. Vous êtes intact en apparence. Vous vous étonnez d’être encore de ce monde, d’avoir survécu. Vous fonctionnez tout pareil comme avant. Le corps est fort. Tout marche à nouveau, tous les organes opèrent. Le foie, les reins, le cœur… Les muscles répondent, la libido est intacte. C’est fabuleux, les ressources vitales dont vous disposez ! Vos capacités de réadaptation sont monstrueuses…

    Une fois de plus, vous estimez votre puissance, vous avez foi en votre capacité à être aimé au-delà de tout. À faire ce que mal vous semble et avec quiconque. À donner, à rendre l’espoir. Cela vous suffit pour l’instant.

    Prenez quelqu’un…

     

  • LE BEAU BLEU ÉBLOUI DE LA NUIT

    01dc6c9e8924a32308f822e928bacd5d.jpgLe beau bleu ébloui de la nuit, un poème d'Eric Allard de 1991, est à lire sur l'excellent blog de Stéphane Chabrières, Beauty will save the world

    Et aussi sur Paperblog

  • Les INCENDIÉS d'ANTONIO MORESCO (Ed. Verdier)

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=8bdd3b565a7bc9c7fe32f07784ab2d71&oe=587BD4F1par NATHALIE DELHAYE

     

     

     

     

    les_incendies.jpgDans le chaos du monde

    Charmée par Fable d'amour et La petite lumière, j'ai attendu impatiemment que paraisse ce troisième livre aux Editions VERDIER. J'ai donc ouvert "Les incendiés" telle un enfant qui a reçu de Père Noël le cadeau tant attendu.

    Un homme fuit tout ce qui l'entoure et croise une jeune femme aux dents en or qui lui annonce avoir mis le feu au monde pour lui.
    Cette phrase bien étrange pourrait résumer l'essentiel de l'histoire. 
    Dès les premières pages, on s'aperçoit que le ton a changé. Beaucoup plus sombre, beaucoup plus glauque, ce livre nous entraîne dans le chaos du Monde avec tout ce qu'il a de plus retors. Arrivent la luxure, la perversion, la cruauté, les armes, le sang, la lutte. "Les incendiés" vont mener bataille seuls contre le reste du monde, déterminés et impitoyables. Effrayant, glaçant souvent, ce périple rappelle notre société actuelle, un monde à feu et à sang, dénonce ses multiples dérives. 

    Mais comme c'est du Moresco, quand même, on tourne certes les pages en grimaçant, mais on prête attention à cette femme et cet homme, au couple insolite qu'ils forment, à ce qui les unit, et à l'histoire d'amour naissante. Un amour exclusif, destructeur, une passion effrénée. Les longues scènes sensuelles sont de toute beauté, tantôt réalistes et crues, tantôt empreintes de tant de délicatesses. Le feu, oui, le feu de la passion dans ce qu'il peut avoir de plus ardent, jusqu'au bout, l'homme qui fuit et la femme aux dents en or ne vivent plus que l'un pour l'autre et veulent brûler ensemble, enlacés, soudés. 

    On oublie le conte et la fable, on entre dans le fantastique. Un livre puissant, mais dur,
    une lecture bousculée par la violence, avec en filigrane cet amour exceptionnel, s'offrant en sacrifice, comme si lui seul pouvait sauver le monde.

    Le livre sur le site des Editions Verdier

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  • LORGNER PAR-DESSUS LE MUR CORÉEN

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

    La littérature nord-coréenne n’encombre pas les rayons des librairies, c’est pourquoi je voudrais vous offrir cette chronique composée après la lecture de deux livres écrits par deux auteurs nord-coréens qui ont approximativement le même âge : Bandi, un écrivain contestataire qui a réussi, avec beaucoup de complice, à faire sortir de Corée du Nord ses nouvelles accusatrices et Baek Nam-Ryong, un auteur plus respectueux des consignes gouvernementales qui laisse cependant soupçonner le poids de la pesanteur du régime sur les familles coréennes. Dans les deux cas, un bon témoignage de la vie en Corée du Nord sous le régime des Kim père et fils.

     

    61z11MsvsfL.jpgLA DÉNONCIATION

    BANDI (1950 - ….)

    Le préfacier présente Bandi comme le Soljenitsyne nord-coréen car comme lui, il a fait sortir ses textes de son pays pour dénoncer la cruauté, l’injustice, la cupidité, du régime dictatorial qui y sévit. En coréen Bandi signifie luciole, c’est le pseudonyme choisi par cet écrivain clandestin, vivant toujours dans la partie nord de la presqu’île, qui essaie de faire comprendre au reste du monde l’étendue de la souffrance de son peuple. Son manuscrit se compose de sept nouvelles dénonçant la dictature autoritaire et cruelle du parti unique au pouvoir et toutes les aberrations du régime. Dans un court prologue en vers, il explique sa démarche :

    « Je vis en Corée du Nord depuis cinquante ans,

    Comme une machine parlante,

    Comme un homme attelé à un joug.

    J’ai écrit ces histoires,

    Poussé non par le talent,

    Mais par l’indignation,

    Et je ne me suis pas servi d’une plume et d’encre,

    Mais de mes os et de mes larmes de sang. »

    Ses nouvelles racontent des faits certainement inspirés d’événements qu’il a vécus ou qu’il a connus, c’est un condensé de toutes les misères qui peuvent s’abattre à tout moment, sans réelles raisons, aveuglément, arbitrairement, sur n’importe quel citoyen qui n’est pas ostensiblement protégé par le régime.

    Un vieux cocher qui vient de recevoir sa treizième médaille, abat l’arbre totem qu’il avait planté dans son jardin en souvenir de son inscription au parti, Il vient brusquement de réaliser que sa vie n’a été qu’un leurre, qu’il a sué sang et eau chaque jour espérant des jours radieux qui ne sont jamais venus, alors qu’il ne peut même pas chauffer sa chambre.

    Un couple doit élever un enfant qui a la phobie des portraits de Karl Marx et du dictateur coréen, ils ne pourront pas longtemps cacher cette lourde tare et devront en assumer les conséquences. « Nous préférons tous mourir et oublier la vie d’ici plutôt que de continuer à vivre ce calvaire ».

    Un homme, devenu mineur contre sa volonté, veut retourner au pays voir sa mère qui se meurt mais l’administration lui refuse le titre de voyage nécessaire. Une longue et cruelle épopée commence alors pour lui.

    Une femme subit les pires tourments pour que le mari qu’elle aime, n’apprenne pas l’indignation qui la frappe parce qu’un membre de sa famille est considéré comme ennemi du régime. L’opprobre est héréditaire en Corée du Nord.

    Une vieille femme abandonne son mari et sa petite-fille coincée dans une foule compressée et affamée pour aller chercher des victuailles, elle est rejointe par le cortège du Grand Leader qui l’invite à bord d’une voiture et la place sous sa protection. Elle est instrumentalisée par la propagande gouvernementale alors que son mari et sa petite-fille son piétinée par la foule affamée. Elle culpabilise d’être la vedette d’une cause qu’elle réprouve et qu’elle n’a pas choisie.

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    Tout le monde pleure le Grand Leader décédé, tout le monde feint de pleurer le Grand Leader même ceux qui souffrent cruellement pour une raison plus personnelle. Il est obligatoire de pleurer la mort du Grand Leader. « N’avez-vous pas peur de cette réalité qui transforme les gens du peuple en comédiens hors pair capables de simuler le chagrin à la perfection ? »

    Un technicien de haut niveau est déporté parce que le frère de sa femme a fui au Sud, il travaille comme un forcené pour nourrir la population de la région mais reste le bouc-émissaire qui endossera les incapacités des dirigeants locaux.

    Bandi ne sait pas que depuis longtemps les exactions des régimes communistes totalitaires sont connus de tous, aussi ainsi-t-il vivement pour que nous lisions ses textes en espérant que nous prenions conscience de l’étendue de la souffrance de son peuple.

    « Mais, cher lecteur,

    Je t’en prie, lis-les ! »

    Il n’a pas la plume de Soljenitsyne même si ses nouvelles sont d’excellente facture, il m’a surtout fait penser à quelques auteurs albanais (Helena Gushi-Kadaré, Bessa Myftiu, Ylljet Aliçka,…) qui ont rapportés les exactions d’Enver Hodjai ressemblant étonnamment à celles des Kim père et fils. Les Coréens du sud ont lu ces textes en 2014 et ne sont pas spécialement émus. Je reviendrai sur ce sujet dans une prochaine chronique consacrée à un livre que Benjamin Pelletier a écrit après un séjour d’un an à Séoul. Espérons que l’opinion publique française et européenne sera plus réceptive au message désespéré de cet auteur qui a pris des risques énormes, avec d’autres évidemment, pour nous faire passer ses textes. Accepter la prière de Bandi, lire ses textes, c’est déjà compatir, c’est déjà résister, c’est déjà lutter avec lui et c’est aussi un excellent moment de lecture car ces nouvelles sont très poignantes et très émouvantes.

    « Ce champignon rouge arrachez-le ! Ce champignon toxique, arrachez-le de cette terre, de toute la planète, pour toujours ! »

    Le livre sur le site des Editions Picquier

     

    108856_baek_nam_ryong.jpgDES AMIS

    BAEK NAM-RYONG (1949 - ….)

    « Comment le bonheur des parents peut-il exister sans le bonheur des enfants et de leurs descendants ? » Baek Nam-Ryong posait, déjà en 2011, cette intéressante question qu’on a peu entendue en France lors du récent débat sur les nouvelles formes de famille. Tout ce livre, dans un langage, sobre, clair, dépouillé, expose cette idée centrale en traitant du sujet de la famille, du divorce et de l’éducation des enfants.

    Pour expliciter son avis sur cette question, l’auteur raconte l’histoire du juge Jong qui reçoit dans son cabinet une cantatrice qui veut divorcer, elle veut quitter son mari, tourneur dans une usine, qu’elle a connu quand il est venu installer des machines nouvelles dans l’atelier où elle aussi travaillait à cette époque. Le juge enquête sur la famille pour savoir s’il doit autoriser ce divorce mais surtout pour savoir à qui accorder la garde de l’enfant. Il rencontre ainsi le mari qui lui raconte sa passion pour son métier et comment il a rencontré sa future épouse en lui apprenant l’art du tournage.

    Grâce à son talent, la jeune femme a gravi quelques échelons de l’échelle sociale et ne peut plus supporter que son mari se contente d’un statut de vulgaire ouvrier alors qu’il pourrait suivre des cours pour devenir cadre dans l’entreprise. Le couple se défait progressivement mais l’enfant vit mal le malaise familial ce qui perturbe encore davantage les époux mais aussi le juge pour qui le sort de l’enfant est prioritaire.

    « Le temps avait passé. Il avait vieilli en supportant le mariage et la vie de famille au nom de la réalité, pas pour l’idéal. » Parallèlement à cette affaire, le juge considère l’évolution de son propre couple, son mariage avec une scientifique qui l’abandonne de plus en plus fréquemment avec la charge de surveiller et d’entretenir ses échantillons de plantes qu’elle souhaite adapter dans la région montagneuse d’où elle est originaire. Il confronte les difficultés familiales qu’il a surmontées, et qu’il surmonte encore, à celles de ces deux jeunes qui ne savent pas affronter les aléas de leur existence. Il déploie des efforts considérables pour leur faire comprendre qu’ils peuvent retrouver l’harmonie entre eux et élever leur enfant au sein d’une famille unie et aimante, car si « Les gens ont besoin d’eau, les enfants ont besoin de l’amour de leur père et de leur mère ». Ce texte est un véritable réquisitoire contre le divorce et un plaidoyer en faveur des enfants élevés par leur mère et par leur père, un livre en complet déphasage avec l’actualité nationale et les aspirations de notre société.

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    Ce texte un peu emphatique, un peu candide, un peu moralisateur, plein de pudeur et de retenue contient aussi beaucoup de tendresse et d’humanité. A travers le regard de ce juge donneur de leçon, c’est le fonctionnement de la société nord-coréenne qu’on aperçoit et qui n’est pas conforme aux clichés habituellement véhiculés même si on peut deviner facilement l’emprise du pouvoir sur la vie personnelle, familiale et sociale des citoyens. « Ce que vous avez fait est un crime. Parce que vous avez entravé l’accomplissement des orientations de la révolution et la politique économique de notre Parti ! Je vais vous faire endosser la responsabilité de votre crime. »

    Le livre sur le site des Editions Actes Sud

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  • MÉMOIRE DE FILLE d'ANNIE ERNAUX

    par LUCIA SANTORO

     

    ob_f3b61a_ectac-memoire-de-fille-pae-annie-ernau.jpg« Il y aura forcément un dernier livre, comme il y a un dernier amant, un dernier printemps, mais aucun signe pour le savoir ».

    Le dernier livre d’Annie Ernaux sera-t-il Mémoire de fille ? Cette question s’impose avec force à l’auteur qui vient de fêter ses 76 ans tandis que la nécessité se fait sentir depuis plusieurs années d’écrire sur « la fille de 58 » dont le souvenir la tourmente.

    Voilà plusieurs années qu’Annie Ernaux tente d’oublier ce pan embarrassant de l’histoire de la jeune femme qu’elle a été. Elle nous le livre ici sans fard avec la distance qui lui est coutumière, laquelle donne toute sa puissance à ses récits. Une note d’intention retrouvée dans ses papiers explique sa démarche : « explorer le gouffre entre l’effarante réalité de ce qui arrive, au moment où ça arrive et l’étrange irréalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé ».

    Mais par quel bout prendre ce récit, peut-être l’ultime, qui macère dans les recoins de sa mémoire et de ses carnets intimes ?

    « Aller jusqu’au bout de 1958, c’est accepter la pulvérisation des interprétations accumulées au cours des années. Ne rien lisser. Je ne construis pas un personnage de fiction. Je déconstruis la fille que j’ai été ». C’est donc saisir sans complaisance les aspérités et la brutalité juvénile d’Annie D. car « tout en elle est désir et orgueil ».

    Dans Mémoire de fille, Annie Ernaux replonge dans l’été 1958. C’est à la colonie de S. qu’elle passera sa première nuit avec un homme. Cette expérience bouleversante restera longtemps marquée dans la chair et le sang et aura pour conséquence collatérale de voir s’éteindre les ambitions scolaires de la jeune femme.

    Alors que nous sommes dix ans avant la libération sexuelle, « avoir reçu les clefs pour comprendre la honte ne donne pas le pouvoir de l’effacer ». A 18 ans, Annie D. connaît l’amour, l’impudeur, la flétrissure et l’exclusion mais elle est « fière de ce qu’elle a vécu, tenant pour négligeable les avanies et les insultes ».

    A partir de cette nuit et les deux années qui suivront, une expérience et un savoir nouveau sont acquis qui donneront un grand livre quelque 50 ans plus tard. Annie Ernaux écrit à partir de photos, de lettres écrites à ses amies et d’une mémoire implacable. Mémoire de fille est « en définitive, la démonstration édifiante que, ce qui compte, ce n’est pas ce qui arrive, c’est ce qu’on fait de ce qui arrive ». Une vie, une œuvre.

    Le livre sur le site des Editions Gallimard

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  • TOUTES SORTES DE PROFS

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    Le professeur de religion hispanique est pris pour un dangereux torero.

     

    Le prof d’histoire de l’homme à travers les nages est mort noyé dans sa baignoire.

     

    La prof de gym tonique est très schweppes même quand elle rote.

      

    À l’examen de masticage, il est interdit de chewingumer dans la bouche du voisin.
     

    Le professeur de conduite de la TEC* est toujours le premier à partir en grève.

     

    Le prof de lavage de carreaux aimerait qu’on lui confie le cours de récurage des cœurs.

     

    Ce professeur de dictature en classe a plusieurs génocides d’étudiants sur la conscience.

     

    Le prof d’étude du milieu est parfois borderline.

     

    Le prof de futur assisté par ordinateur est pécéiste.

     

    Le prof de décoration d’intérieur est un maniaque de la propriété.

     

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    Le prof de lattes n’a pas de règles.

    Le prof de lettres a parfois des bons mots.

    Le prof de lutte parle catch.

    Le prof de lottes pêche ses élèves à la ligne.

    Le prof de litres n’a pas toutes ses capacités.

     

    La prof de François voudrait bien enseigner d’autres prénoms.

     

    La prof de sciences du ventre se regarde souvent le nombril.

     

    La prof de simulation d’orgasmes jouit bêtement.

     

    Le prof de philosophie présocratique n’a pas connu Platon.

      

    Le prof de remédiation est un ancien serial doubleur.

     

    Nombre de prof d’arithmétique sont indéchiffrables !

     

    Le prof de car wash militaire est un ancien laveur de jeeps.

     

    Le prof de violon d’Ingres n’a pas de hobby.

      

    Le prof de coupage de cheveux en quatre est un ancien serial coiffeur.

     

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    Le prof d’histoire des réflexions utilise les miroirs du passé.

     

    Le prof d’hydraulique des chiottes fait des vannes pourries.

     

    Ce prof de lutte contre l’oubli n’a aucun souvenir de son mémoire de fin d’études.

    À l’examen de lavage de cerveaux, il est interdit de trépaner.

     

    Au cours de normalité, il faut penser droit.

     

    Le prof de morale électronique a une inconscience de robot.

     

    Le prof de conduite en état d’ivresse a toujours l’air de sortir d’un accident de la route.


    Le prof de méthode de travail ne sait jamais par quoi commencer son cours.

     

    Le prof de coitus interruptus ne termine jamais ses phrases.

     

    Le prof de ponctuation automobile abuse des points de suspension...

     

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    Le prof de tartinage artistique donne cours sur des toasts de glace.

     

    Le prof d’autonomie n’a pas d’interdiscipline.

     

    Le professeur de dynamique des fosses septiques fait des gaz inertes.

     

    Le prof de traitement de cornée a le compas dans l’œil.

     

    Le prof de mathball ne peut enseigner la technique du ballon rond.

     

    Le prof de fist a le bras long, il finira directeur d’une école d’échangisme.

     

    Le prof de tactique du gendarme est un Bourvil.

     

    Le prof d’élastiques finit toujours par s’écraser (au plafond en faisant de vilaines taches).

     

    Le prof de roulette russe n’a jamais les bons revolvers.

     

    Le prof de doigt commun a toujours le majeur de la main droite dressé.

     

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    La prof d’air plane.

    La prof d’art plaît.

    La prof d’or pleure la perte de son vernis.



    Le prof de ratissage artistique est l’ancien jardinier de l’école.

      

    Le prof de cosmétologie interplanétaire est un ancien explorateur du maquillage.

      

    Le prof de management d’entreprise a fini directeur d’école de commerce.

     

    Cette économe en chef a quitté l’enseignement pour prendre la direction de la prison.

     

    Quand ce prof de gym s'envoie en l'air, c'est nécessairement en ballon. 

     

    La prof de relation amoureuse aspire à donner cours de gang bang.

     

    Le prof du Jour attend le Grand soir.

    Le prof du Soir dort tout le jour.

    Le prof de Jour et de Soir n’a plus de vie.

     

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    Le prof de bain douche est un ancien maître nageur.

    Le prof de boulimie est un ancien maître mangeur.

    Le prof d’obstruction est un ancien maître gêneur.

    Le prof de torture vocale est un ancien maître chanteur.

      

    Les prof de H, O , M & M , E peuvent-ils ensemble donner cours d’humanité?

     

    Le prof de Ah, s’il peut donner le cours de Eh avec une dérogation, peut-il donner le module de Oh Eh hein bon? Pas sûr!


    Le prof d’économie de marche-pied donne cours au bas de l'escalier.

     

    Le prof de conduite de drones ne peut pas voir la prof de pilotage de cerfs-volants en voilure.

     

    Même le prof de droit parlementaire ne pourra pas prendre sa retraite plus tôt (sauf s’il fait de la politique).

     

    Le prof de pêche à la baleine de parapluie se prend volontiers pour un Moby Dick de la climatologie.

     

    Le prof de mécanique des fruits a attrapé le melon.

     

    Cette star de la pop éducation est morte d’une overdose d'enseignement à l’âge de 27 ans !

     

    Le prof de conduite d'engins de chantiers a été licencié sans préavis.

     

    Le prof de tous les rêves n’est pas encore levé. 

     

     

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     E.A. 

    * Société de transport wallon qui défend au dépôt une meilleure mobilité de ses usagers

     

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE: 1ère livraison

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

    Voici trois livres parus dès la mi-août dans trois maisons différentes, j’ai eu le plaisir de les lire tous les trois et de les apprécier tout autant bien qu’ils traitent de sujets très différents. Vincent Jolit évoque la danse comme passion pour rompre avec une histoire dont les héros ne veulent plus. Gilles Sebhan nous offre un autre regard sur la journée sanglante pendant laquelle la police massacra la foule au Caire en 2011. Et, Yukiko Motoya raconte comment les petits riens de la vie grippent souvent la mécanique des bonnes relations entre les amoureux, les amis et tous les autres.

     


    couv-un-ours-qui-danse3.jpgUN OURS QUI DANSE

    Vincent JOLIT

    Editions de LA MARTINIÈRE

    Un roman, trois histoires, trois destinées, trois ruptures, trois vies que l’auteur raconte en parallèle, chapitre après chapitre, trois récits qui n’ont rien en commun si ce n’est la danse. Fiodor, enfant de la balle, né à Saint-Pétersbourg, à l’aube du XX° siècle, au cirque Ciniselli, d’un père bourru dresseur de chevaux qui compte bien voir son fils lui succéder un jour mais le gamin ne pense qu’à la danse qu’il a découverte à travers le pathétique spectacle offert par un montreur d’ours et son plantigrade pataud. Franz, jeune bavarois, fils d’une richissime famille d’industriels ayant soutenu le régime nazi pour préserver son immense fortune, cherche à fuir ce monde nauséeux. Françoise, boiteuse, rapatriée d’Algérie avec sa famille, au début des années soixante à Toulon, veuve depuis peu d’un mari falot et peu aimant.

    Trois personnes qui ne se sont jamais rencontrées, trois personnes qui sont nées à des époques différentes dans des pays différents, trois personnes qui ont un rapport très personnel à la danse. Fiodor a découvert la passion, Franz veut fuir une famille qui lui fait honte et Françoise cherche à oublier son handicap. Et pourtant ces trois personnages ont un problème en commun, elles doivent vivre une rupture : Fiodor doit rompre avec le cirque et un avenir assuré pour vivre sa passion, Franz ne veut pas faire partie d’une famille marquée par la honte et l’infamie et Françoise doit changer de vie si elle veut s’assumer malgré sa claudication.

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    Vincent Jolit

    Dans un texte dense, d’une grande empathie, l’auteur emmène le lecteur dans l’introspection de la vie de ces trois individus. Il les plonge au plus profond de leur cœur, de leur âme, de leurs sentiments, de leurs dégoûts, de leurs faiblesses, de leurs forces. Il connait très bien le monde de la danse, assez bien pour en faire le moteur de ce qui peut-être de la renaissance de ces trois êtres en souffrance. Fiodor pourrait exploser dans son art, « Pour lui la danse c’est la vie… Sur scène, lors des répétitions, il retrouve le plaisir, la spontanéité, l’ivresse, une nébuleuse de sensations derrière lesquelles il court depuis sa danse de l’ours. » Franz pourrait oublier le poids que sa famille à mis sur ses épaules. « Il voudrait danser pour se comprendre, danser pour parler de soi et dire des choses sur soi. Des choses qu’il ne sait pas ? Il n’y a pas d’ailleurs, d’autres raisons. » Et Françoise pourrait « Essayer d’être heureuse comme je le suis (elle l’est) ce soir. Danser encore » pour envisager une douce retraite.

    Et pourtant ce livre qui est certainement une ode à la danse, art, moyen de réalisation personnelle, thérapie pour le corps et l’esprit, raison de vivre, est surtout, à mon avis, une leçon de vie. Tout est possible à celui qui ira sans retenue au bout de sa passion, quelle qu’elle soit, pour réaliser ses rêves et trouver sa voie. Et voilà comment avec trois histoires très distinctes l’auteur réussit à construire un véritable roman.

    Le livre sur le site des Editions La Martinière

     

    MartyrsCOUVlight.jpgLA SEMAINE DES MARTYRS

    Gilles SEBHAN

    LES IMPRESSIONS NOUVELLES

    Je ne sais pas si Gilles Sebhan était sur la place Tahrir au Caire, le 28 janvier 2011, quand la police a tiré sur la foule faisant des centaines de victimes, mais on sait que le narrateur à qui il a prêté sa plume pour rédiger ce roman, lui, y était bien. On peut être aussi convaincu que l’auteur connait bien cette ville où il est allé certainement plusieurs fois et qu’il a utilisé ses propres expériences pour mettre en scène ce narrateur venu en ville pour visiter son ami photographe et avec lui découvrir des quartiers méconnus de cette mégapole tentaculaire, arrivant à point nommé pour être plongé dans la révolution égyptienne.

    Le narrateur (Gilles ?) débarque au Caire pour rencontrer son ami photographe, Denis, sous la conduite d’un chauffeur de taxi, Mohamed, beau comme un éphèbe dont il tombe amoureux. Une idylle nait entre le chauffeur de taxi et le visiteur, une idylle qui sombrera quand les émeutes prendront une tournure plus violente et que la police recevra l’ordre de tirer sur la foule, faisant un véritable carnage. Mohamed n’est pas venu au rendez-vous, il n’a pas vu, comme Gilles ( ?), un beau jeune homme s’effondrer sur un pont foudroyé par la mitraille. Les deux amis repoussent leur projet, le narrateur rentre en France où quelques mois plus tard, il reçoit un appel de Denis lui proposant de revenir au Caire pour réaliser un ouvrage sur les martyrs de la révolution.

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    Gilles Sebhan (4 x)

    Espérant secrètement retrouver son amant chauffeur de taxi, il accepte la proposition : Denis fera les photos des martyrs, lui écrira les témoignages recueillis après des familles. Cette fois, c’est Mahmoud, l’ami de Denis, qui les guide à la recherche des familles des victimes qu’ils rencontrent dans des quartiers populaires de la ville qu’ils ne connaissaient pas encore. Ils rencontrent des familles dévastées, des familles honorées d’avoir été choisies par Dieu pour bénéficier de l’auréole du martyr et de la rente versée par le gouvernement, des familles qui inventent peut-être leur martyr, des familles qui rentabilisent au maximum la médiatisation de leur malheur. Toute une population qui laisse les deux amis et leur guide un peu interloqués. L’ami français pense avoir compris l’honneur fait par Dieu aux familles des victimes. « Enfin je le comprenais à la très particulière façon dont ceux qui l’avaient connu en parlaient. Il avait été touché par le doigt de Dieu, pour eux, cela semblait d’une telle évidence. » Et, au bout de la quête des familles endeuillées, il finit par douter du véritable sens du mot martyr attribué à ses jeunes assassinés. « Ces martyrs un peu accidentels, puisque la plupart n’avaient pas milité, seraient peut-être aussi des martyrs pour rien. »

    Dans ce roman un peu iconoclaste, Gilles Sebhan sort des sentiers battus par tous ceux qui ont voulu témoigner à chaud sur cet épisode sanglant de la révolution égyptienne. Il porte un regard différent, le regard d’un homme attiré par la beauté des jeunes autochtones, le regard d’un amoureux plongé dans une émeute à laquelle il ne comprend rien. « A vrai dire, je n’y comprenais pas grand-chose, même les slogans des calicots, je ne pouvais les déchiffrer. Pourtant les rapports entre individus, me semble-t-il, ne m’échappaient pas. » Il voit cette révolution comme une manifestation romantique d’un peuple qui ne peut plus supporter son dictateur et qui le crie dans les rues. Il n’a pas compris tous les enjeux politiques, religieux et sociaux qui guident les belligérants. Il comprendra mieux quand une journaliste française leur expliquera les tenants et les aboutissants de cette révolution, il sera alors profondément écœuré, déçu qu’on ait tué sa révolte romantique et ses martyrs d’un autre temps. « Parfois les révélations qu’elle pouvait nous faire me révoltaient. Sous ses mots s’effondraient mon idée romantique de la révolution. Et nos martyrs devenaient un peu sans cause. »

    Un autre regard sur cette révolution, un regard qui nous incite à considérer la difficulté des rapports entre les hommes empêtrés dans des questions de richesse et de pauvreté, de pouvoir, de corruption, de religion … évoquées souvent avec le seul but de nourrir les intérêts de ceux qui les soulèvent. « Où est-elle cette révolution. Les morts je les vois bien. Mais les changements se font attendre. » Mais aussi, en creux, un plaidoyer pour une société où l’amour serait le guide suprême.

    Le livre sur le site sur le site d'Impressions Nouvelles

     

    1507-1.jpgCOMMENT APPRENDRE À S'AIMER

    Yukiko MOTOYA

    Editions PICQUIER

    Yukiko Motoya a fondé une troupe de théâtre pour laquelle elle écrit et met en scène, son roman est fortement marqué par cette formation dans le monde du spectacle. L’intrigue est construite comme dans un opéra en plusieurs actes évoquant des temps différents dans l’histoire de l’héroïne, même si le nombre d’actes est un peu trop élevé pour un opéra. Des temps qui évoquent les âges de Linde, la femme autour de laquelle l’intrigue se déroule, l’adolescence, les fiançailles, l’effritement du couple, la rencontre avec celui qui pourrait remplacer le mari, le retour à la petite enfance pour comprendre la complexité du personnage, le début de la vieillesse, l’achèvement d’un parcours, le résultat d’une vie un peu ratée.

    Chacune des ces époques est matérialisée, comme au théâtre ou à l’opéra, dans une scène : une partie de bowling, un repas (trois fois), un caprice à la maternelle et une embrouille avec un livreur. Ce roman pourrait être adapté au théâtre d’autant plus que l’auteur décrit les différentes scènes avec une grande minutie, soignant les moindres détails du décor et disséquant les plus petits travers comportementaux des différents acteurs du roman.

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    Yukiko Motoya

    A travers cette histoire, Yukiko Motoya cherche à nous montrer que nos difficultés relationnelles proviennent juste de petits agacements, de vétilles, montées en épingle et qu’il suffirait peut-être juste d’un brin de tolérance et de compréhension pour que tout se passe mieux entre les époux et les amis. Linde s’est séparé de son mari, elle subit ses amis plus qu’elle ne les apprécie, elle se chicane régulièrement avec les livreurs et les commerçants, c’est une brave femme mais aussi une enquiquineuse qui gagnerait à améliorer son comportement, elle le sait et s’énerve de ne pas le faire.

    « A une époque, elle était convaincue qu’un jour forcément elle rencontrerait une vraie amitié, mais voilà bien longtemps qu’elle avait abandonné cette idée. Elle ne connaîtrait jamais ce genre d’amitié fascinante. Ces pitoyables êtres devant elles pensaient certainement la même chose qu’elle ». Une petite leçon de vie en commun qui dit qu’il faut savoir tolérer certains petits travers pour pouvoir vivre en bonne harmonie.

    Ce charmant petit roman, plein de délicatesse bien nipponne appartient à la littérature japonaise actuelle, plus orientée vers l’Occident que vers les traditions ancestrales. Pour preuve je préciserai que plusieurs personnages portent un prénom occidental : Joe, Katarina, Tyler, Sue et que celui de l’héroïne Linde est tirée du titre d’une sonate de Schubert.

    Le livre sur le site des Editions Picquier

     

  • Lecture vivante de textes d'ÉRIC ALLARD par le BOX THEATRE à la BIBLIOTHÈQUE de MARCHIENNE-AU-PONT

    Comme en décembre dernier au Museum des Sciences Naturelles de Mons, une équipe du BOX THÉÂTRE sous la direction d'Eryk Serkhyne Delhaye formée d'Anne Lépine, de Lior Desamory, de Véronique Dubois et de Fabien Sansterre, donnera une lecture vivante de textes d'Eric Allard.

    Cela aura lieu, dans le cadre de la 12e FUREUR DE LIRE,

    le SAMEDI 15 OCTOBRE à 18 heures

    à la BIBLIOTHEQUE MARGUERITE YOURCENAR de MARCHIENNE-AU-PONT (dans le beau cadre du Château Bilquin de Cartier) animé culturellement par Serge Budahazi, avec le soutien précieux de Carine-Laure Desguin.

    La lecture sera suivie d'un verre de l'amitié. L'entrée est gratuite.

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    Le blog du BOX THEÂTRE de MONS

    Le site du Bourgeon

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  • ÉRIC ALLARD, Entre hier et demain, sur L'ARDENT PAYS

    ob_245aa2_sector125216.jpgAndré CAMPOS RODRIGUEZ me fait l'honneur et le plaisir de m'accueillir avec cinq textes inédits dans son ARDENT PAYS.

     

    Pour découvrir le blog et les autres invités (Zéno Bianu, Yves Bonnefoy, Rio Di Maria, Sandra Lillo, Jean-Marie Liénard, Didier-Louis Noregral...):

    L'ARDENT PAYS

     

  • PETITE PLAISANCE de DANIEL SOIL (Editions M.E.O.)

    soil-001.jpgLa petite musique de nos existences

    John Kopp, militant communiste polyglotte d’origine suisse envoyé à Tirlemont pour rallier à la cause les travailleurs étrangers, est accusé de sympathie avec le nazisme pour avoir fréquenté une Allemande lorsqu’il travaillait pendant la guerre pour les machines Singer et faisait alors l’aller-retour entre l’Allemagne et la Belgique. Nous sommes en 45 et il est enfermé au fort de Huy en attendant son procès pour collaborationnisme, quand Léa, sa femme, relate dans une manière de défense sa vie avec lui, et leur fils Steff né en 1939…

    De mars 1945 à octobre 78, quatre voix vont se succéder pour rendre compte de cette relation qui mêle aussi René, l’ami avocat du couple, auquel va s’ajouter à Steff, l’enfant de Léa et John, Anke, la fille de l’amie allemande morte dans un bombardement allié à la fin de la guerre.

    Il s’agit de quatre points de vue, un quatuor de voix, sur une relation singulière mais emblématique du XXème siècle qui réunit des êtres qu’au départ rien ne prédestinait à se faire rencontrer et qui vont composer avec ces facteurs leur petite musique et fonder bientôt une famille élargie, recomposée, dirait-on aujourd’hui, sur le territoire suisse.

    René, l’ami qui les accompagne à l'étranger, apporte de l’apaisement dans ses descriptions des paysages et le mode de vie des habitants. Et de la musique car René aime le bel canto ; c’est le poète, le bon génie de la villa Petite plaisance qui donne sur le lac Léman. Si John continue d’être le raisonneur, l’horloger, l’homme d’action, René est le modérateur, le commentateur bienveillant des faits et gestes des membres de la famille, leur guide dans les choix à opérer pour les faire s’épanouir.   

    C’est un livre sur les grandes lignes de l’histoire qui embrouillent nos destinées, alors que nous aurions tendance à nous en croire les acteurs. Un livre aussi sur l’ambiguïté des choses et les interprétations abusives, qui tendent à simplifier la complexité, tant au niveau historique que dans les relations intimes entre les êtres.

    Au sortir de la guerre, l’opinion s’empresse d’accuser John de sympathie avec le nazisme alors que la réalité est plus subtile et moins définissable en termes manichéens.daniel-soil-pp.jpg

    Sur le plan relationnel, au trio amoureux de départ, quand John pendant le conflit fréquente l’Allemande, va succéder un second trio lors de l’installation à Petite Plaisance en Suisse du couple et leurs enfants avec l’ami de la famille, le placide René.

    Sans que cela ne vire jamais au drame, avec beaucoup de pudeur, les différents protagonistes de cette histoire qu’on pourrait trouver troublée, écrivent leur relation singulière sur le blanc de la ville de Tirlemont et de la neige du paysage alpin. Ils instaurent une autre façon de vivre, qui n’a plus la nation comme visée, ni les relations conjugales classiques comme seul but ; ils défendent leurs opinions sans se préoccuper des frontières affectives classiques ou nationales. Ils ont appris au fil des générations et des coups de l’histoire à être davantage maîtres de leur destin, de leurs lignes de cœur.

    Un beau, un très beau roman !

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Editions M.E.O. (y compris ce qu'en dit la critique)

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  • POÈMES POUR PETITS ENFANTS

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Au pays de Tintin, on nous a appris que les livres s’adressaient aux enfants de sept à soixante-dix-sept ans, je pense qu’il en est de même pour les blogs littéraires qui concernent, je l’espère, même ceux qui ont dépassé l’âge limite. J’en suis même convaincu pour Les Belles phrases qui ouvre largement ses lignes à tous ceux qui savent lire. Après avoir un peu gâté les plus âgés, il devenait donc urgent que je propose une chronique pour les plus jeunes. La publication de deux recueils de poésie à destination des enfants, nous sommes évidemment tous des enfants, respectivement par l’ami Éric, Dejaeger pour une fois, et par Chantal Couliou m’a fourni l’occasion de leur proposer les deux textes ci-dessous.

     

    55183.jpgPOÈMES MIGNONS POUR PETITS CAPONS

    Eric DEJAEGER (1958 - ….)

    Je ne sais lequel a enrichi le document de l’autre, la fille a-t-elle commencé à faire des dessins ou le père a-t-il écrit d’abord les textes ? J’aimerais à croire que la jeune femme, se souvenant des dessins réalistes dans toute leur naïveté, chatoyant des couleurs les plus vives, qu’elle s’appliquait (en tirant la langue ?) à garnir son cahier quand elle n’était encore qu’une gamine haute comme trois pommes, a voulu, par affection envers les petits bouts de sa famille, leur offrir quelques uns de ces dessins revisités par sa main désormais plus rompue au dessin publicitaire (mais la publicité aime tellement les enfants).

    Oui j’aimerais à croire que la jeune femme, un peu par nostalgie, beaucoup par affection, a dessiné ces quelques illustrations que le « pépEric » n’a pas pu s’empêcher d’enrichir de quelques mots dont il a le secret. Des textes évidemment courts, même très courts, comme il les affectionne. Mais ces textes ne sont pas seulement des poèmes pour enfants destinés à les initier aux belles lettres, c’est aussi un grand message d’amour et de tendresse de « pépEric » pour ses petits-enfants chéris. J’ai pensé avec beaucoup de nostalgie en lisant :

    « J’ai des moustaches

    Et je m’en mets partout

    Papa devient fou

    Devant tant de taches »

    A la chanson « La petite Josette » d’Anne Sylvestre que mes enfants ont tellement écoutée quand ils étaient, eux aussi, hauts comme trois pommes. Et, comment ne pas rester ému devant ce joli petit poème, c’est tellement mignon, je suis sûr que les petits enfants de « pépEric » diront un jour :AVT_Eric-Dejaeger_7384.jpeg

    « Le haut-de-forme

    De mon pépé

    Est fatigué

    Il faut qu’il dorme »

    Il ne sert à rien que je m’évertue à parler de tendresse et d’affection « pépEric » à tout dit dans sa conclusion :

    « Mes petits-enfants

    Quand ils seront grands

    Reliront ces lignes

    Trouveront les signes

    De mon affection

    De mon attention

    … »

    COURT, TOUJOURS!, le blog d'Éric DEJAEGER

     

    31E7aoPC71L._SX195_.jpgLE CHUCHOTIS DES MOTS

    Chantal COULIOU (1961 - ….)

    Chantal Couliou présente dans ce petit recueil une trentaine de petits poèmes inspirés par la vie d’un enfant, qu’on dirait un peu solitaire,

    « Inlassablement

    Tu observes le globe

    Et d’un océan à l’autre

    Tu navigues

    Ton père à Sydney

    Ta mère à Brest

    Et toi entre les deux

    -Tiraillé –

    ... »

    qui va à l’école et qui meuble son temps en observant son environnement, les petites choses qui l’entourent :moton207.jpg

    « Dans le square

    La balançoire s’ennuie toute seule

    …. »

    « Dans la cour désertée

    Des mouettes rieuses

    Jouent à la marelle »

    Pour mettre ce petit monde de l’enfant en couleur, pour le faire vivre plus concrètement, Chantal Couliou a confié l’illustration de ce recueil à Charlotte Berghman qui a dessiné ces illustrations aux fraîches couleurs pastelles de l’univers de cet enfant. Elle propose des dessins très sobres, un peu naïfs même, qui évoquent bien l’univers d’un petit écolier rêveur.

    Un joli recueil, frais, et comme l’écrit l’auteure elle-même :

    « Une émotion,

    Teintée de poésie

    Devant ce labyrinthe de couleurs,

    Les mots,

    Impossibles à ordonner

    La parole hésite pour dire

    Cet abandon

    Face à la porte de la peinture.

    Silence »

    Que je respecterai…

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  • LES NOUVEAUX DEVOIRS DE L'ÉCOLE

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    Il ne se passe pas une semaine, un jour sans qu’un homme ou une femme politique, un sociologue, un psychologue, un assistant social, un animateur de mouvement de jeunesse, un chef scout, un quidam ne déclare ce que devrait être, faire ou devenir l’École, ce bien public. Ce qu’on ne réclame plus de l’Armée, de la Famille, de la Justice, de la Santé, de la Science, de l’Administration voire des Eglises, on le réclame toujours, et davantage, de l’Ecole.

    Mise sous pression, l’Ecole qui peine déjà à respecter ses devoirs les plus élémentaires comme à faire fonctionner l’ascenseur social, en perd la tête et ses pauvres membres, qu’on restreint ou allonge à souhait, qu’on fait marcher au pas des politiques successives en petits soldats bien ordonnés de la cause enseignante, suivant des études savamment orchestrées par des conseilleurs tendancieux.

    Voici quelques « doit » et devoirs de vacances supplémentaires guère plus farfelus et plus infondés que ceux qu’on lit ou entend à longueur de temps! Pas sûr que ceux-ci, comme la masse de ceux qu’on lui impute, ne trouvent à s’appliquer dès la rentrée.

     

    L’école doit se tenir droite sans balancer au pas cadencé des circulaires

    L’école doit boire plusieurs litres d’eau de source par jour

    L’école doit s’endormir et récolter le fruit de son éveil

    L’école doit redevenir le lieu pour le luire ensemble

    L’école doit se laver les pieds dans le pédiluve de l’enfance

    L’école doit se savonner entre les orteils

    L’école doit arrêter de se regarder dans un mouroir

    L’école doit arrêter de se masturber

    L’école doit penser le poids pour peser la pensée

    L’école doit tancer ceux qui lancent des tentes à la tête des jeunes bédouins pâles

    L’école doit arrêter de se panser l’esprit avec des bandes enregistreuses un peu folles 

    L’école doit absorber le sang des buvards et des révolutions de ministère

    L’école doit arrêter de manger ses amendes

    L’école doit arrêter de creuser des trachées artères dans le cœur du pouvoir

    L’école doit rester muette et ne surtout rien trahir de son absence de secret

    L’école doit semer le foutre du savoir

    L’école doit se mesurer aux géants du carnaval et aux nains de la politique

    L’école doit se battre entre tambours et trompettes

    L’école doigt d’honneur et auriculaire gauche des syndiqués

    L’école doit faire sa révolution dans un tonneau vide

    L’école doit faire abstraction de ses absurdités

    L’école doit organiser des contrôles antidopages à l’entrée des salles de massage

    L’école doit être bien comprise pour être bien baisée

    L’école doit obéir au bois et au cercueil

    L’école doit fermer des paupières et ouvrir des centres de vocation spéléologiques

    L’école doit changer son fusil d’épaule et son arme de transmission passive

    L’école doit être gratuite l’été et hors de prix l’hiver

    L'école doit arrêter d'être traduite dans la langue du désespoir

    L’école doit être chaude et sentir la craie fondue

    L’école doit jouer tous les rôles quand la mise en pièces est drôle

    L’école doit poser nue dans les magazines scolaires

    L'école doit faire bander les bancs publics de l'assemblée mobilière

    L’école doit pouvoir s’adopter par les étudiants qui en font la demande trois mois à l’avance

    L’école doit instruire correctement sans faire de taches sociales

    L’école doigt d’honneur et index joliment onglé de la prof de sciences naturelles

    L’école doit garantir quarante heures de repos par semaine

    L’école doit surveiller ses enfants quand ils jouent à la mère

    L’école doit être un lieu de refuge et de naufrage

    L’école doigt d’honneur et annulaire de mariage

    L’école doit s’apprendre par cœur à l’école de la mémoire

    L’école doit se conduire comme il faut jusqu’au lieu de l’accident

    L’école doit marcher dans les signes pour ne pas se faire décrier

    L'école doit accueillir dignement le peuple des Pokémon GO dans ses clapiers cyber

    L’école doit respecter le silence des prêtres, des imans et des funérariums

    L’école doit aborder toutes les réponses avant de se poser la question de sa quiddité

    L’école doit donner la priorité de droite aux évaluateurs alarmistes de ses actions fascistes

    L'école doit privilégier la grammaire du coeur plutôt que l'orthographe des mal pensants

    L’école doit régulièrement évaluer le niveau d’huile de son personnel moteur tournant à bas régime

    L’école doigt d’honneur et index pointant du goître

    L’école doit enfin évaluer en permanence ce qui doit être réalisé dans le cadre de son projet éducatif en accord avec les autorités locales et l’état diarrhéique des ponts et chaussées au moment du bombardement au napalm par les forces opposées à la retransmission du culturel sur les chaînes cryptée et les réseaux sociaux des régions concernées par les pertes d’emploi dans l’administration publique et le relèvement du niveau de sécurité des côtes sablonneuses de la femme au climax de son désir en face d’un inspectoriat des enseignements chargé de mesurer son potentiel érotique en période d’examen des compétences de son programme de fécondation in vivo conçu (le programme !) du Saint Esprit de l'IVG de la non reproduction de l’or du savoir dans les mines du travail scolaire obligatoire brûlant ice qui reste du sanctuaire d’apprentissage des pratiques sadomasochistes le plus proche du domicile du préfet de discipline armé comme il se doit d’une verge électronique relié à sa boîte mail par une laisse en cuir blanc qui (at)tache comme jamais et pour toujours l’apprenant lambda à son maître de conférences chargé d’instruire en masse une meute amorphe d’auditeurs muets sur les inconvénients de l’enseignement toutes mortes closes en période d’arrêt momentané d’explosion des connaissances sur les peaux nues des plagistes en reconnaissance de paternité symbolique ou marquant sur les fronts vierges de toute raison d’apprendre en prison le sceau du songe éclairé tel qu’on le lit encore dans les vieux grimoires de la nuit pédagogique déshabitée sans souci de la ponctuation

  • LE CARNET RETROUVÉ DE MONSIEUR MAX de BRUNO DOUCEY

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=2991f2cd597c323972880374d6cc7d06&oe=57C11FCApar Nathalie DELHAYE

     

     

     

     

     

     

    MaxJacob_72dpi-232x300.jpgHommage d'un Poète à un autre Poète

    Max Jacob, Poète, romancier et peintre mort au camp de Drancy le 5 mars 1944, a payé de sa vie ses origines juives. Pourtant, depuis une quarantaine d'années, il avait la foi catholique, après avoir eu des apparitions, et s'était révélé fervent croyant. 
    Quelques jours après son décès, sa libération du camp avait été accordée.

    Et l'on voudrait aujourd'hui m'arrêter comme juif ? C'est aberrant ! Je ne suis jamais allé à la synagogue. D'ailleurs, il n'y en avait pas à Quimper. Le judaïsme ? Mes parents n'étaient pas croyants. Alors quoi ? D'où vient ma singularité ?

    Bruno Doucey nous offre ici un très bel ouvrage, imagine ce que Max Jacob aurait pu écrire dans ses derniers carnets, le bleu, puis le jaune qui ne le quittera pas, même aux heures les plus tragiques. Des notes, des pensées, une réflexion sur ces tristes événements qui sont troublants. Bruno-Doucey-2012_72dpi%C2%A9Murielle-Szac.jpg

    C'est dans le Loiret où le Poète s'est retiré depuis quelques années qu'il commence à consigner dans ces pages ses craintes et ses douleurs. Sa famille a été grandement touchée par de nombreuses arrestations et il est sans nouvelles de ses proches. Il apprend que sa dernière petite soeur a été arrêtée également, et s'en veut d'être encore là, à son âge (67 ans), voudrait prendre sa place et écrit à certains de ses amis afin qu'ils intercèdent en sa faveur. L'homme pourtant ne se voile pas la face, il se fait discret et attend son heure...

    Inquiétude toujours. J'ai écrit à Jean Cocteau, le pressant d'intervenir auprès de Sacha Guitry pour qu'il s'occupe de ma soeur. Je ferai d'autres lettres s'il le faut. C'est un foyer qu'on ne peut laisser sans braise. J'en crève de chagrin, le coeur saigne ! Je n'ai pas le goût à la littérature et suis incapable de travailler. J'écris des lettres aux puissants pour tenter de sauver ma soeur. Des lettres, des lettres, des lettres ! C'est tout ce que je peux faire. 

    Bruno Doucey fait vivre à nouveau ce Poète qui n'avait de cesse de défendre l'écriture, la poésie, convaincu qu'elle serait porteuse d'espoir.
    Au jeune homme qui serait resté près de lui jusqu'à son dernier souffle, l'auteur lui fait dire :

    Ecrire pour ne pas désespérer. Pour rester debout. Pour garder la tête hors de la fosse où sombrent nos corps. Ecrire pour être libre. Tu sais, petit, la poésie est sacrée lorsqu'elle est le fruit de l'urgence. 

    Quelques lettres authentiques de Max Jacob sont retranscrites dans ces carnets, quelques-unes de ses notes aussi, de ci de là, qui sont en totale harmonie avec l'esprit du livre.

    Le bel hommage d'un Poète à un autre Poète.

    Le livre sur le site des Éditions Bruno Doucey

    Une sélection de poèmes de Max Jacob

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  • COLLE EN SCOTCH

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    Elle a un stock de scotch et lui, un stick de colle.

    Lui habite à Philadelphie et elle à Las Palmas de Gran Canaria.

    Un océan les sépare et beaucoup de vent marin.

    Un beau matin, ils décident de se rejoindre...

     

    Ils unissent leurs moyens pour jeter un pont entre les USA et les Canaries.

     

    Depuis qu’ils sont à la colle, d’un côté de l’Atlantique à l’autre

    Quand ils sont en pétard, près de se découdre

    Elle lui reproche d’avoir fait plus que lui pour se rencontrer

    Elle avec tout son stock de scotch et lui avec son simple stick de colle.

     

  • LES MOIGNONS (II)

    Les membres

    Quand j’avais encore des membres, je les oubliais partout. Ce n’étaient pas des membres résistants, j’en conviens. Maintenant que je suis un homme-tronc reconnu, je voudrais encore me débarrasser de membres encombrants et je ne peux plus. Il faudrait toujours penser à garder un bras ou une jambe pour la soif.

     

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    Je cache un taureau

    Je cache un taureau mort sous ma couche qui commence à puer le matador en rut.

     

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    La nature est bien faite

    La nature est bien faite. Si bien que je ne résiste pas à l’aimer, de toutes les forces de mon âme et de mon corps, sans fin et sans relâche jusqu’à ce qu’elle réclame pitié pitié pitié… Et que je l’écrase sous la semelle de mon ego démesuré.

     

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    Les montées

    Quand je monte sur ma mouche, je vois le plafond. Quand je monte sur mon canari, je vois le ciel. Quand je monte sur mon cheval à bascule, je vois mon enfance. Quand je monte sur mes grands chevaux, je vois rouge. Quand je monte sur mon éléphant, je vois mon avenir. Quand je monte sur ton ventre, je vois l’arrondi de tes seins. Quand je monte sur ton dos, je vois le vallonné de tes hanches. Quand je monte sur le champ, je vois les épis dans le vent. Quand je monte sur la terre, je vois les courbes de la lune. Quand je monte sur ta tête, je vois les poils dans tes oreilles. Quand je monte sur la tombe de mon père, je vois tout le cimetière. Quand je monte sur ma mère, je me revois à la naissance. D’où tout est parti pour ne jamais revenir.

     

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    Essuie-morve

    Cet homme était essuie-morve du président. Il épongeait tout ce qui coulait du pédoncule de l’Elu de la nation. Pituite et crottes de nez. Il gagnait bonbon mais moins que les nombreux lèche-cul de la raie publique. Il n’y pas de justice salariale au sommet de l’Etat !

     

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    La rumeur

    Elle bourdonnait à son oreille, elle martelait dans sa tête, elle résonnait au fond de lui… la rumeur grandissante de son extraordinaire nullité.

     

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    L’échange standard

    J’ai un canif qui a beaucoup servi, coupé çà et là des bras et des têtes, des bas et des hauts de tous âges et de toutes conditions. Le seul rémouleur que j’ai connu, j’ai fait mes premières lames sur lui. Alors j'ai passé cette annonce : Cherche à échanger contre canif exceptionnels états de service dague neuve sortie de l’armurier même sans expérience utile. Pour nombreux génocides tranchants en perspective.

     

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    Les amoureux

    La mer amoureuse du vent rêve de tempête. Le ciel amoureux du feu rêve d’orage. La terre amoureuse d'abysses rêve de volcan. Le gueux amoureux de la gueuze rêve de grenadine.

     

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    Le goût et la couleur

    J’ai une mère bleue et un père dont j’ai oublié le goût et la couleur. J’ai un fils noir et une fille dont j’ai oublié le goût et la couleur. J’ai un amant blanc et une amante dont j’ai oublié le goût et la couleur. J’ai une veste verte et un blouson dont j’ai oublié le goût et la couleur. J’ai un kiné rouge et une masseuse à domicile dont j’ai oublié le goût et la couleur. J’ai des cheveux gris et des cheveux blonds dont j’ai oublié le goût et la couleur. J’ai des dents jaunes et des chicots dont j’ai oublié le goût et la couleur. J’ai des points noirs et des points douteux dont j’ai oublié le goût et la couleur. J’ai un cercueil acajou et une pierre tombale dont j’ai oublié le coût et la douleur.

     

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    La littérature est bien faite

    La littérature est bien faite. Si bien que je n’ai pas résisté à l’aimer de toutes les forces de mon âme et de mon corps, sans fin et sans relâche jusqu’à ce qu’elle réclame pitié pitié pitié… Le jour où j’ai commencé à publier.

     

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    Une paresse royale

    Ce roi ne voulait plus travailler. Plus de dîner officiel, plus de voyage à l’étranger, plus d’inauguration d’usine d’armement, plus de discours de Noël, plus de visite aux hôpitaux des militaires blessés sur le terrain.

    Il prôna pour ses sujets la paresse, la déscolarisation, la démilitarisation et l’abolition de la peine de mort. Cela mécontenta les directeurs d’école et de prison, les bourreaux de travail et tout le patronat. Une révolution s’ourdit qui mit à la place un général assassin, hyperactif et connaissant uniquement sa table de multiplication par 10 et la conjugaison du verbe voter au présent de l’impératif.

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  • LE GARDEUR DE FICTIONS

    screen480x480.jpegDans ce régime pratiquant la diète conteuse, le rationnement fictif voire le jeûne onirique, il ne fallait pas (se) raconter d’histoires ! Et si le besoin, conditionné par des siècles de tradition de palabres, était trop pressant, un lieu était dévolu où on pouvait déposer ses fables et récits. Pour lutter profitablement contre l’appétit incontrôlé de fiction, sous la réglementation expresse d’un médecin des âmes du peuple, autrement dit du pouvoir, de la chimère à dose homéopathique (parfois sous forme de sentences lapidaires) étaient administrée dans le seul souci d’une guérison complète et rapide.

    Un homme absolument dénué d’imagination, strict serviteur du matérialisme en vigueur, en était le gardeur, le vigile complaisant comme le scrupuleux boutiquier. Il consignait  avec le zèle d’un classeur les mille et une relations qui lui étaient données comme l’eût fait un magasinier d’armes à feu ou un détaillant d’articles de pêche. Chaque récit possédait son genre particulier, son numéro d'ordre, sa place dans le grand fichier des récits qu’il tenait à jour avec la précision d’un horloger suisse.

    Après quinze ans de garde, notre homme qui n’avait jamais émis une seule pensée fantaisiste, qui ne se souvenait d’aucun rêve, se mit à songer éveillé, à délirer en plein jour, qui plus est, sur le lieu de son travail obligatoire et sous payé. Il prit peur, s’amenda, alla jusqu’à penser remettre sa démission au motif d’une extrême fatigue voire son cas à la grossière justice de son pays.

    Il n’en fit rien finalement; chaque histoire qu’il se narrait prit place dans son catalogue au même titre que les rares pensées apocryphes que des années de redressement avaient limité à la portion congrue, émanant d’esprits fantasques qui s’en délestaient avant de subir leur peine funeste.

    Mais ses inventions prirent une telle ampleur qu’elles excédèrent les lieux qui leur étaient assignés et qu’il finit par les dispenser dans toutes les boîtes mails des citoyens, sorte de samizdat numérique et journalier. Les récipiendiaires les enregistrèrent, d’abord horrifiés par ces déballages verbaux faits d’insanités spirituelles, de divagations iconoclastes, puis peu à peu reprirent goût à la fiction singulière, au grand roman, au récit épique, à la poésie, toutes choses dont le régime ne voulait plus entendre parler, voir circuler sous forme de volumes dûment imprimés.
    Un grand élan national se porta vers la fiction, un besoin d’imaginaire innerva à nouveau la population entière.  

    Mises de la sorte à l'épreuve, face à l'intensité du soulèvement, les plus hautes autorités du pays ne pouvaient plus faire machine arrrière...

    Tergiversant entre une condamnation à mort exemplaire pour le traître ou une reconnaissance triomphale de son activité subversive, somme toute en accord avec l’aspiration des masses au rêve, à l’utopie, les plus hautes autorités optèrent, après maints débats internes, pour cette dernière solution et instituèrent, en grandes pompes comme il se doit, l’ancien gardeur de fictions GRAND ET UNIQUE DISPENSATEUR DE FICTIONS DU PEUPLE ÉCLAIRÉ.