22/05/2015

FOLKEUSES d'aujourd'hui et de demain (1/4): JESSICA PRATT

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Jessica Pratt est une auteure-compositrice californienne née en 1987. Elle a sorti deux albums dont On your own love again en 2015.

« Est-ce parce que ses collines du Laurel Canyon y accueillirent le siècle dernier la papesse Joni Mitchell quon trouve aussi à Los Angeles la chanteuse Jessica Pratt? Même jeunesse que Laura Marling elle a 27 ans et même don pour ressusciter une tradition seventies. Son deuxième album, On Your Own Love Again, aligne neuf comptines surannées qui parlent couramment la langue de Crosby, Stills & Nash son Game That I Play n’aurait pas détonné en face B de Guinnevere, sa Strange Melody va même jusqu’à piquer les chœurs typiques du trio.

Avec aussi Vashti Bunyan comme marraine, mademoiselle Pratt a agencé un disque qui s’écoute au coin du feu, et ne conserve rien du troisième millénaire. Que Joanna Newsom et Flo Morrissey se méfient : le podium de princesse folk est déjà bien occupé. »

Johanna Seban (Les Inrocks)


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Jessica PRATT

12:35 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

19/05/2015

LÀ-HAUT, LÀ-BAS

9804873033_97767be698_b_d.jpgCette chevelure qui mesure la moitié d’une femme. Halée par une main invisible sur un chemin de rêve (là, qu’y ferais-tu ?). Qui la recouvre à demi sans avoir besoin d’autre chose, d’autre robe. Des jambes qu’on imagine dans le prolongement, comme une langue bifide et luisante à une gorge prise.

Et dans ce renversement d’image, les dents adorables des orteils à la perpendiculaire de la surface de chair qui fait arrogamment face au regardeur ou délicieusement se retourne sur deux moitiés de lune maintenues en équilibre et en beauté par une ligne d’ombre absolue (là, qu’y ferais-tu ?). Aux ongles teints qui attirent l’attention malgré eux comme des touches de couleurs dans un ciel de traîne (là, qu’y ferais-tu ?). Hâlée, oui, comme cette peau pimentée de grains de  beauté. Avec une bouche si large qu’elle découpe le visage à l’horizontale, le blesse et le magnifie (là, qu’y ferais-tu ?). Une épaule découverte où glisse la bretelle fine d’un soutien-gorge cachant une poitrine suave à n’en pas douter (là, qu’y ferais-tu ?). Au verso d'une longue plage de peau descendant vers la mer.

Des yeux baignant dans une aube calme, comme ayant rassemblé le brun des grains dans leurs prunelles, le beau brun des bronzages de mots au soleil des pages ensoleillées. Pour un prêt à tempérament à un taux scandaleusement bas résille dans une banque d’images inviolables (là, qui ferais-tu ?). Un front semblable à un champ de blé impressionniste s’étendant de la ligne d’horizon du regard jusqu’à la frange d’épis de cheveux en bataille qui s’ébattent comme des chiennes avides d’une main caressante et floue. Des cils et des sourcils bien taillés comme des haies minuscules, légèrement courbées, suivant l’inclinaison des phares et des fards (là, qui ferais-tu ?).
Paysage à la fois serein et en attente de tourment, de tournants. Lignes courbes, en mal d’envol, terrassées dans le ciment d’une chair absorbante et nue. Et rien n’a encore été dit de ces endroits monstrueux et paradisiaques à la fois, aux confins de zones sourdes aux appels de même que sous-exposées aux regards autres que ceux des aigles et des chouettes. Ces hauts volumes comme ces failles profondes... (là qu’y ferais-tu ?).

  - Je rêverais en craignant les réveils, les sonneries amères du réel. Je crèverais toutes les couches de nuages de l’instant pour accéder à l’astre d’un printemps éternel et radieux, et si haut dans le ciel. J’inclurais la lune dans les ronds des lassos de l’oeil et des triangles de peau humide comme des voiles de caravelle. J’avancerais tel un égaré sans me soucier des ornières de boue vers une source de sable mouillé à souhait. Je dévalerais la pente des plaisirs. J’engrangerais des sensations et des senteurs, des sentiments pour mille ans puis je m’évanouirais, je disparaîtrais dans la cendre de mes feux pâles, dans le ventre de ma terre pour me souvenir à jamais de ces minutes volées à la course des planètes (mais là qu’y ferais-tu ?)

  - Je tomberais indéfiniment. Encore et toujours vers un temps d’avant la naissance du désir, assurément.

 

La photo est de Stephen D. Colloun, 1955

12:19 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songes | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | |

17/05/2015

PLUME D'ANGE de Claude NOUGARO

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Texte de: Claude NOUGARO, musique de: Jean-Claude VANNIER

Date de l'enregistrement: 1977

 

Vous voyez cette plume ?
Eh bien, c'est une plume...d'ange.
Mais rassurez vous, je ne vous demande pas de me croire, je ne vous le demande plus.
Pourtant, écoutez encore une fois, une dernière fois, mon histoire.

Une nuit, je faisais un rêve désopilant quand je fus réveillé par un frisson de l'air.
J'ouvre les yeux, que vois-je ?
Dans l'obscurité de la chambre, des myriades d'étincelles...Elles s'en allaient rejoindre, par tourbillonnements magnétiques, un point situé devant mon lit. 
Rapidement, de l'accumulation de ces flocons aimantés, phosphorescents, un corps se constituait.
Quand les derniers flocons eurent terminé leur course, un ange était là, devant moi, un ange réglementaire avec les grandes ailes de lait.
Comme une flèche d'un carquois, de son épaule il tire une plume, il me la tend et il me dit :

" C'est une plume d'ange. Je te la donne. Montre-la autour de toi.
Qu'un seul humain te croie et ce monde malheureux s'ouvrira au monde de la joie.
Qu'un seul humain te croie avec ta plume d'ange.
Adieu et souviens toi : la foi est plus belle que Dieu. "

Et l'ange disparut laissant la plume entre mes doigts.
Dans le noir, je restai longtemps, illuminé, grelottant d'extase, lissant la plume, la respirant.
En ce temps là, je vivais pour les seins somptueux d'une passion néfaste. 
J'allume, je la réveille :
" Mon amour, mon amour, regarde cette plume...C'est une plume d'ange! Oui ! un ange était là... Il vient de me la donner...Oh ma chérie, tu me sais incapable de mensonge, de plaisanterie scabreuse... Mon amour, mon amour, il faut que tu me croies, et tu vas voir... le monde ! "
La belle, le visage obscurci de cheveux, d'araignées de sommeil, me répondit:
" Fous moi la paix... Je voudrais dormir...Et cesse de fumer ton satané Népal ! "
Elle me tourne le dos et merde !

Au petit matin, parmi les nègres des poubelles et les premiers pigeons, je filai chez mon ami le plus sûr. 
Je montrai ma plume à l'Afrique, aux poubelles, et bien sûr, aux pigeons qui me firent des roues, des roucoulements de considération admirative.
Je sonne.
Voici mon ami André.
Posément, avec précision, je vidai mon sac biblique, mon oreiller céleste :
" Tu m'entends bien, André, qu'on me prenne au sérieux et l'humanité tout entière s'arrache de son orbite de malédiction guerroyante et funeste. À dégager ! Finies la souffrance, la sottise. La joie, la lumière débarquent ! "
André se massait pensivement la tempe, il me fit un sourire ému, m'entraîna dans la cuisine et devant un café, m'expliqua que moi, sensible, moi, enclin au mysticisme sauvage, moi devais reconsidérer cette apparition.
Le repos... L'air de la campagne... Avec les oiseaux précisément, les vrais !

Je me retrouvai dans la rue grondante, tenaillant la plume dans ma poche.
Que dire ? Que faire ?
" Monsieur l'agent, regardez, c'est une plume d'ange."
Il me croit ! 
Aussitôt les tonitruants troupeaux de bagnoles déjà hargneuses s'aplatissent. Des hommes radieux en sortent, auréolés de leurs volants et s'embrassent en sanglotant.
Soyons sérieux !
Je marchais, je marchais, dévorant les visages. Celui ci ? La petite dame ?
Et soudain l'idée m'envahit, évidente, éclatante... Abandonnons les hommes ! Adressons-nous aux enfants ! Eux seuls savent que la foi est plus belle que Dieu.
Les enfants...Oui, mais lequel ?
Je marchais toujours, je marchais encore. Je ne regardais plus la gueule des passants hagards, mais, en moi, des guirlandes de visages d'enfants, mes chéris, mes féeriques, mes crédules me souriaient.
Je marchais, je volais... Le vent de mes pas feuilletait Paris...Pages de pierres, de bitume, de pavés maintenant.
Ceux de la rue Saint-Vincent... Les escaliers de Montmartre. Je monte, je descends et me fige devant une école, rue du Mont-Cenis. 
Quelques femmes attendaient la sortie des gosses. Faussement paternel, j'attends, moi aussi.
Les voilà.
Ils débouchent de la maternelle par fraîches bouffées, par bouillonnements bariolés. Mon regard papillonne de frimousses en minois, quêtant une révélation. 
Sur le seuil de l'école, une petite fille s'est arrêtée. Dans la vive lumière d'avril, elle cligne ses petits yeux de jais, un peu bridés, un peu chinois et se les frotte vigoureusement.
Puis elle reprend son cartable orange, tout rebondi de mathématiques modernes.
Alors j'ai suivi la boule brune et bouclée de sa tête, gravissant derrière elle les escaliers de la Butte.
À quelque cent mètres elle pénétra dans un immeuble. 
Longtemps, je suis resté là, me caressant les dents avec le bec de ma plume.
Le lendemain je revins à la sortie de l'école et le surlendemain et les jours qui suivirent.
Elle s'appelait Fanny. Mais je ne me décidais pas à l'aborder. Et si je lui faisais peur avec ma bouche sèche, ma sueur sacrée, ma pâleur mortelle, vitale ? 
Alors, qu'est-ce que je fais ? Je me tue ? Je l'avale, ma plume ? Je la plante dans le cul somptueux de ma passion néfaste ?
Et puis un jeudi, je me suis dit : je lui dis.
Les poumons du printemps exhalaient leur première haleine de peste paradisiaque. 
J'ai précipité mon pas, j'ai tendu ma main vers la tête frisée... Au moment où j'allais l'atteindre, sur ma propre épaule, une pesante main s'est abattue. 
Je me retourne, ils étaient deux, ils empestaient le barreau 
" Suivez nous ".

Le commissariat. 
Vous connaissez les commissariats ?
Les flics qui tapent le carton dans de la gauloise, du sandwich... 
Une couche de tabac, une couche de passage à tabac.
Le commissaire était bon enfant, il ne roulait pas les mécaniques, il roulait les r :
" Asseyez vous. Il me semble déjà vous avoir vu quelque part, vous. 
Alors comme ça, on suit les petites filles ?
Quitte à passer pour un détraqué, je vais vous expliquer, monsieur, la véritable raison qui m'a fait m'approcher de cette enfant. 
Je sors ma plume et j'y vais de mon couplet nocturne et miraculeux.
- Fanny, j'en suis certain, m'aurait cru. Les assassins, les polices, notre séculaire tennis de coups durs, tout ça, c'était fini, envolé !
Voyons l'objet, me dit le commissaire. 
D'entre mes doigts tremblants il saisit la plume sainte et la fait techniquement rouler devant un sourcil bonhomme.
- C'est de l'oie, ça... me dit il, je m'y connais, je suis du Périgord
Monsieur, ce n'est pas de l'oie, c'est de l'ange, vous dis je !
Calmez vous ! Calmez vous ! Mais vous avouerez tout de même qu'une telle affirmation exige d'être appuyée par un minimum d'enquête, à défaut de preuve.
Vous allez patienter un instant. On va s'occuper de vous. Gentiment, hein ? gentiment. "

On s'est occupé de moi, gentiment.
Entre deux électrochocs, je me balade dans le parc de la clinique psychiatrique où l'on m'héberge depuis un mois.
Parmi les divers siphonnés qui s'ébattent ou s'abattent sur les aimables gazons, il est un être qui me fascine. C'est un vieil homme, très beau, il se tient toujours immobile dans une allée du parc devant un cèdre du Liban. Parfois, il étend lentement les bras et semble psalmodier un texte secret, sacré.
J'ai fini par m'approcher de lui, par lui adresser la parole.
Aujourd'hui, nous sommes amis. C'est un type surprenant, un savant, un poète.
Vous dire qu'il sait tout, a tout appris, senti, perçu, percé, c'est peu dire.
De sa barbe massive, un peu verte, aux poils épais et tordus, le verbe sort, calme et fruité, abreuvant un récit où toutes les mystiques, les métaphysiques, les philosophies s'unissent, se rassemblent pour se ressembler dans le puits étoilé de sa mémoire.
Dans ce puits de jouvence intellectuelle, sot, je descends, seau débordant de l'eau fraîche et limpide de l'intelligence alliée à l'amour, je remonte.
Parfois il me contemple en souriant. Des plis de sa robe de bure, il sort des noix, de grosses noix qu'il brise d'un seul coup dans sa paume, crac ! pour me les offrir.

Un jour où il me parle d'ornithologie comparée entre Olivier Messiaen et Charlie Parker, je ne l'écoute plus.
Un grand silence se fait en moi. 
Mais cet homme dont l'ange t'a parlé, cet homme introuvable qui peut croire à ta plume, eh bien, oui, c'est lui, il est là, devant toi !
Sans hésiter, je sors la plume.
Les yeux mordorés lancent une étincelle. 
Il examine la plume avec une acuité qui me fait frémir de la tête aux pieds.
" Quel magnifique spécimen de plume d'ange vous avez là, mon ami.
Alors vous me croyez ? vous le savez !
Bien sûr, je vous crois. Le tuyau légèrement cannelé, la nacrure des barbes, on ne peut s'y méprendre. 
Je puis même ajouter qu'il s'agit d'une penne d'Angelus Maliciosus.
Mais alors ! Puisqu'il est dit qu'un homme me croyant, le monde est sauvé...
Je vous arrête, ami. Je ne suis pas un homme.
Vous n'êtes pas un homme ?
Nullement, je suis un noyer.
Vous vous êtes noyé ?
Non. Je suis un noyer. L'arbre. Je suis un arbre. "

Il y eut un frisson de l'air. 
Se détachant de la cime du grand cèdre, un oiseau est venu se poser sur l'épaule du vieillard et je crus reconnaître, miniaturisé, l'ange malicieux qui m'avait visité. 
Tous les trois, l'oiseau, le vieil homme et moi, nous avons ri, nous avons ri longtemps, longtemps...
Le fou rire, quoi !

Le site de Claude NOUGARO

Le site de Jean-Claude VANNIER 

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18:15 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes (poésie) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

15/05/2015

MÉRIDIENNES d'Arnaud DELCORTE et Brahim METIBA

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Impressions, soleil levant...

La méridienne est d’abord un trait qui indique le midi solaire, une sorte de ligne du temps.

De Casablanca à Dakla en passant par Marrakech et Essaouira sans perdre de vue le ciel innombrable, Arnaud Delcorte note les variations du temps et du tendre, de la lumière du soleil marocain sur la peau des autochtones tandis que Brahim Metiba photographie des visages qui se prêtent volontiers à la prise de vue ou des marques de présence humaine menacée par la grande chaleur (pompes à bière et à eau, verres vides, torses nus). Avec justesse, ils posent leurs mots et leurs images et les font résonner, surenchérir de connivences.

Le poète est attentif aux sensations de tous ordres (olfactif, auditif, et bien sûr visuel) qu’il note par fragments et qui tombent parfois comme des haïkus.

L’embonpoint ne me fait pas peur

J’aspire à la douceur

D’un coussin d’années

Delcorte écrit le désir mais ce désir porté par le sentiment ou, du moins, une prévenance presque douloureuse envers l’autre.March%C3%A9+Po%C3%A9sie+2013+013.JPG

La peau d’ambre du sentiment

Souterraine nos désirs

C’est un désir fou qui, s’il n’est pas rencontré, ou bien refoulé, génère un « état d’inexistence » du corps rendu à sa solitude. L’homme, alors, se doit à tout moment d’être aux aguets, comme en temps de guerre car sa vie se joue au « jeu furtif des illuminations » dans un incessant duel entre le monde et lui : il ne doit manquer aucune bataille, la victoire peut se jouer sur un regard. « L’aurore la plus soyeuse «  peut se transformer en « aube noire » et, sous de « traîtres tropiques », le « grain épais d’une peau mate » révéler « des tatouages de cendre ».capture-d_ecc81cran-2015-03-14-acc80-10-55-32.png

Poitrine imberbe sur torse de rayons

Indulgence solaire d’un garçon de salle

Mais la nature embrasée de lumière dispense ici et là des "poussées de savoir", qu’il faut savoir recueillir, ou questionner « pour embrasser / la chair même du voyage». Sous le soleil de midi, tout est réflexion, éclats de pensée.

Car sur la corne douce de l’Afrique

Fleurissent les nénuphars de l’esprit.

Attention portée aux paysages, comme à ce vent « arraché au désert » vécu comme une délivrance permanente « aux plaies de soleil »… « dans un pays où il pleut deux jours par an », une revanche de l’air sur la chaleur durant les « maigres caravanes d’évasion ».

Une photographie présente les mots «  JOUR ET NUIT » imprimés sur une sorte de panneau d’interdiction. Comme si la séparation du jour et la nuit, bien que proscrite, impossible dans les faits, pouvait cependant être dépassée par la force de l’imaginaire, ce mot de liaison ET en opposition à la signalétique.

Elle est à l’image de ce recueil qui brave les lignes de forces imposées aux hommes pour delivrer une vision poétique, claire comme une solaire réponse aux interrogations du ciel et de l’existence, lumineuse comme le surgissement d’un souvenir entre les nébulosités du temps.

À noter que Philippe Leuckx signe une nouvelle fois une belle préface dans laquelle il trouve les bons mots pour présenter la singularité de ce recueil dans l’œuvre poétique d’Arnaud Delcorte.

Le recueil en commande sur le site des éditions M.E.O.

11:29 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

10/05/2015

Les NUITS de La CHANSON

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19:27 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

09/05/2015

MA NUIT suivi d'INSOMNIE de Denis BILLAMBOZ

Ma nuit

 

Noire

                                             Elle colle aux doigts

          Impénétrable

                                           Elle éteint les yeux

      Inquiétante

                                                 Elle étouffe les bruits

      Elle m’isole

                                           Dans ses ténèbres

            Elle m’enferme

                                              Dans son absence

                Elle est mon amie

                                       Ma maîtresse

                   Elle est mon refuge

                                         Mon autre moi

               Elle m’emportera

                                                 Sur son cheval noir

      Voir la lune

                                                         Sa compagne d’infortune

 

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Insomnie

  

Bière blanche

Nuit blanche

  

Poudre blanche

Nuit blanche

  

Galbe d’une hanche

Nuit blanche

  

Fête blanche

Nuit blanche

  

Page blanche

Nuit blanche

 

Encre blanche

Page blanche

 

Nuit blanche

Journée blanche

Misère noire !

 

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23:09 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

ÇA PIQUE!

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Tout le monde le sait depuis toujours, les cactus, ça piquent et c’est sans doute pour cette raison que Jean Philippe Querton a ainsi baptisé, un mot qu’il ne doit pas beaucoup apprécier, sa petite maison d’édition qui publie principalement des livres qui grattouillent, qui chatouillent, qui démangent, qui dérangent, … Pour ma chronique de cette quinzaine, j’ai décidé de rendre hommage à cette petite maison courageuse et engagée qui a fait de la littérature un art de vivre, et de bien vivre, en défendant la liberté sous toutes ses formes, surtout celle de dire ce que l’on pense quand on a envie de le penser. A tout seigneur tout honneur, je vous propose donc un titre du maître des lieux, Jean Philippe Querton lui-même et un autre d’un des flibustiers qui fait partie de sa joyeuse troupe : Georges Elliautou.

 

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Jean Philippe QUERTON (1960 - ….)

Je sors encore tout ébouriffé de ce recueil d’aphorismes, avec Querton ça décoiffe, il dit les choses comme elles sont ou comme il les pense sans détours, sans fausse pudeur, sans circonvolutions inutiles et superfétatoires. Il traque l’absurdité, jongle avec les incongruités vocabularistiques et les occurrences littéraires étonnantes ou désopilantes. Anarchiste gourmet, amateur de bon vin comme des belles filles et des bons mots, Il empile les aphorismes, les calembours, les idées saugrenues pour dénoncer la bêtise ambiante, le bon sens oublié, pour le simple plaisir de faire des bons mots, pour narguer le bourgeois bien pensant, pour épater ses amis… J’ai souri, j’ai pouffé, j’ai ri, je me suis délecté, j’ai trouvé ce recueil bien trop petit, je suis arrivé à la fin bien trop vite. J’avais encore envie de déguster, de me régaler, de me marrer…

Mais je me console en me disant que la collection créée par Jean-Philippe Querton, « Les p’tits cactus », dans sa propre maison « Cactus inébranlables éditions » me fournira encore de jolis textes jubilatoires et d’autres bons mots. L’auteur-éditeur a en effet regroupé au sein de sa maison un équipage capable d’affronter n’importe quel temps. « Ce groupe et ce quarteron possèdent un savoir-faire limité et expéditif, mais ils ne voient et ne connaissent la nation et le monde que déformés au travers de leur frénésie. Leur entreprise ne peut conduire qu'à un désastre national… ». Euh, non Mon Général, vous vous trompez de troupe, celle de Querton n’a rien à voir avec ce quarteron de généraux, ce ne sont que des joyeux drilles qui ne pensent qu’à vivre et à bien vivre en faisant rire les autres pour leur rendre la vie plus agréable !2c68a58d-d4f8-4d33-9198-1121774ae027_original.jpg?maxheight=380&maxwidth=568&scale=both&format=jpg

Faites comme moi, en zigzaguant entre les squelettes (les illustrations sont judicieusement choisies), cette cure de bonne humeur, buvez à la source de jouvence - « pour ce que rire est le propre de l’homme » disait le poète - et dégustez les épisodes loufoques du « conte à la con », avant de vous recueillir devant l’épitaphe du maître des lieux :

« Dans le fond de mon verre de Chimay bleue, traîne une certitude : celle qu’un jour, il y en aura une dernière.

Alors, pour éviter de boire l’ultime, je me précipite vers la suivante.

Et ça marche.

La preuve ! »

 

ssds-couverture-18082014.jpg?fx=r_550_550SANS ME SOUCIER DE DESCENDRE DU SINGE

Georges ELLIAUTOU

Ce recueil d’aphorismes est comme ce livre que l’auteur glisse dans son recueil, il « descend de son rayon, s’approche de la fenêtre, ouvre ses pages, respire le grand air de la vie », de la vie avec toutes ses contradictions, ses contraintes, ses aberrations, ses stupidités, ses turpitudes, … tous ses travers que l’auteur dénonce à coups de mots, de bons mots. Les aphorismes d’Elliautou ne sont pas obus qui explosent et détruisent, non, ils sont plus insidieux, plus subtiles, ils piquent, griffent, infectent, polluent, insinuent, dénoncent toute la connerie de notre bonne société, Ils sont comme un bon verre de Bergerac : ils sont chics, leur robe brille et scintille sous le soleil, leur arôme est fin et subtile mais attention ils peuvent empoisonner, ou au moins faire tourner la tête. Et, quand ont les boit, il faut les déguster, ils peuvent séduire, flatter, tout en râpant un peu les joues juste pour se faire mériter. Celui que ne se méfiera pas tombera alors dans leurs rets où il restera prisonnier pendant un certain temps.arton12-123x150.jpg

« La page vierge s’offrit au poète », il la prit pour dénoncer les bondieuseries qui voilent « la femme pour violer sa liberté », les militaires qui « dès la fin de la guerre … préparèrent la suivante », les couples conventionnels qui « se marièrent un jour de suie » et les despotes qui « très sournoisement … rayèrent la liberté des tablettes ». Il abusa aussi de son obligeance servitude pour commettre quelques exploits rhétoriques, quelques calembours sur tout et n’importe quoi, ou presque, et une petite gâterie sous forme de brèves de comptoir.

Et avec lui chantons « jusqu’à plus soif des chansons à boire » !

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Le site des Cactus Inébranlable éditions

La page Facebook du Cactus

04/05/2015

Carine-Laure DESGUIN aux MURMURES DES MUSES

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Où? Au Muséum Régional des Sciences Naturelles de MONS, rue des Gaillers, 7. 

Lecture vivante d'extraits de RUE BARAKA, l'adaptation théâtrale de son roman, par le BOX THÉATRE.

LIENS UTILES

La page Facebook consacrée à l'événement

En savoir plus sur Carine-Laure DESGUIN

En savoir plus sur le BOX THEÂTRE

Site et localisation du Musée régional des Sciences Naturelles

Les lecteurs de cette troisième édition des MURMURES des MUSES : Marip Listorti, Amélie Godenir, Vincent JADOT et C-Bastien Slow-ack. Dans une mise en voix d'Eric Serkhine.

12:07 Écrit par Éric Allard dans Rendez-vous | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

03/05/2015

PER NØRGÅRD par Joaquim HOCK

1016933_10203647558768042_1732520199585549345_n.jpg?oh=183d5c49ea3fa33f3876c7285819e85e&oe=55CBCADFParler au sujet de la musique, c'est comme danser au sujet de l'architecture disait Frank Zappa... ou quelqu'un d'autre, les sources varient. Je vais néanmoins tâcher à la demande d'Éric Allard de partager ici quelques idées au sujet de la musique classique contemporaine. Ce terme ne veut pas dire grand-chose sans doute et j'éliminerai sans pitié ce problème en en décrivant mon sujet comme la musique "écrite" (non improvisée donc) de tradition européenne depuis 1945... Les courants esthétiques, les luttes des anciens et des modernes, des post- et des néo- n'étant jamais passionnantes je m'attacherai avant tout à des personnalités et à leurs œuvres , à des créateurs pour qui la nouveauté, le fait de proposer quelque chose de neuf passe avant tout le reste. Pas de suiveurs, pas d'imitateurs.

Ceux que cela intéresse  trouveront facilement en tapotant avec leur petits doigts musclés sur le clavier de leurs ordinateurs pourquoi les zélateurs de John Adams goûtent rarement les constructions sonore d'Helmut Lachenmann ou comment les bouleziens canal historique aimeraient pendre le dernier postmoderne avec les tripes du dernier landowskien...

   Parmi les compositeurs les plus originaux des 50 dernières années je choisirai aujourd'hui de dire quelques mots au sujet du Danois Per Nørgård (né en 1932). Légende vivante dans son pays natal,  on ne peut pas dire qu'il bénéficie d'une célébrité à la hauteur de son talent dans nos contrées... c'est bien dommage car il n'a rien de provincial ni rien d'un épiphénomène. Très productif (il a plus de 300 œuvres à son catalogue) il construit depuis les années 50 une œuvre dense où la recherche, la nouveauté ne font jamais de l'ombre à l'expression.

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   Influencé d'abord bien sûr par les maîtres nordiques (Sibelius, Nielsen) il se tourne ensuite vers les avant-gardes de son temps (sérialisme) mais découvre vite ce qui sera l'une de ses marques de fabrique, à savoir la technique de "série infinie". Le but de cette petite chronique n'étant pas de faire un exposé musicologique,  je laisse aux curieux le soin de faire quelques recherches à ce suets s'ils veulent comprendre en détail pourquoi Nørgård a été novateur, je me bornerai à dire que cette technique lui a permis de créer de nombreuses œuvres dont le style est très vite reconnaissable, des œuvres qui n'auraient pu être écrites que par lui, et c'est sans doute le plus important pour un artiste digne de ce nom.

   Sa musique me fait penser à un voyage dont les péripéties ne lasseraient jamais, à un parcours fait de surprises, d'humour, d'aventures curieuses... Sonorités incongrues (il n'utilise pourtant presque que les instruments de l'orchestre traditionnel), rencontres improbables, bourrasques de vent, paysages sombres, voire lugubres, soudain éclairés d'aurores boréales, éclairs, scintillements, puis chutes dans des gouffres insondables. Noirceur atroces suivie de joie  mélancolique...

   Je citerai trois œuvres qui me touchent particulièrement.  D'abord Terrains Vagues (2001), pour orchestre. Le titre est emprunté à un poème de Victor Hugo. Les référence littéraires sont fréquentes chez  Nørgård. Il a composé un opéra d'après Guillaume Apollinaire (Nuit des hommes)  un autre d'après l'épopée de Gilgamesh et se réfère souvent à l'écrivain et peintre schizophrène suisse allemand Adolf Wölfli. Ce dernier est d'ailleurs une de ses influences majeure en dehors du monde musical depuis les années 80.

   Dans Terrains vagues, le vague et le précis cohabitent comme souvent dans ses œuvres. On pourrait rapprocher cela de ce qu'a fait Ligeti dans  sa pièce Clocks and Clouds.  Je ne peux résister à parler de paysage sonore, de panorama où l'oreille cherche un point d'appui toujours précaire, comme l'œil qui chercherait à saisir un événement fugace, une ombre qui disparaît à peine entrevue.

   Sa troisième symphonie, de 1972-75  (il en a composé huit à ce jour) est considérée comme l'une de ses œuvres majeures et c'est d'évidence quelque chose d'assez inouï. Si seulement les programmateurs et les chefs d'orchestres avaient plus de goût pour la découverte...  Tant sur le plan poétique que technique, on est là devant quelque chose de magistral. Le travail sur la polyphonie est particulièrement novateur et personnel.

 Pour terminer, je citerai aussi l'œuvre chorale Wie ein Kind (1979/1980-1996) sur des textes de Rilke et d'Adolf Wölfli. Parmi ses nombreuses pièces pour chœur, celle-ci se détache comme l'une de celles qui va le plus directement toucher l'auditeur. Les techniques non conventionnelle (cris, chuintements, exhortations...) ne sont jamais gratuites et servent les textes de façon admirable. Son goût pour la confrontation du lisse et du rugueux, de l'âpre et du doux est particulièrement visible ici dans le choix des deux poètes. Wölfli le fou, le proscrit, l'interné, le délirant et Rilke, le plus élégiaque mais aussi le plus respecté et le plus établi de poètes de langue allemande du 20ème siècle.

 

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Joaquim HOCK est peintre, écrivain

et bien d'autres choses encore... 

Découvrez son univers sur son blog et sur Facebook 

21:37 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUE MUSICALE de JOAQUIM HOCK | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

02/05/2015

MÊME PAS PEUR d'en finir avec le travail

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Extraits de l'éditorial de Jean-Philippe Querton:

"Dans le sillage de Monod qui affirme que l'utopie, ce n'est pas l'irréalisable, mais l'irréalisé, sans doute serait-il bon de repenser un monde débarrassé de son pire fléau: le travail. Le travail emmerde autant ceux qui qui en ont que ceux qui n'en ont pas, voilà sans doute ce qui le caractérise d'une manière éminemment paradoxale. (...)

Mais bordel de nom de dieu, quand en finira-t-on de cette obligation schizophrénique qui place les individus dans l'obligation de chercher ce qui n'existe pas, du moins en suffisance pour tous? De la droite ultra-libérale à la gauche pure et dure en passant par les syndicats, on n'a qu'un mot à la bouche: travailler! (...)

Dans ce numéro 1 de MÊME PAS PEUR, nous avons l'ambition de nous moquer du travail, de nous foutre de la gueule de ceux qui le placent au pinacle des valeurs parce que nous pensons qu'il existe des modèles alternatifs, des modèles qui proposent de limiter l'obligation de travailler pour celles et ceux qui veulent consacrer leur vie à l'art, à la culture, au jardinage, à l'éducation de leurs enfants, à la vie associative et à l'épanouissement personnel... sans pour autant se trouver coupés de moyens de subsistance et de dignité.

Sonnez trompettes, résonnez tambours, le travail va s'en prendre plein la tronche." 

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Le journal de 16 pages est vendu au prix de 3€.

Il est distribué dans plus de 950 points de vente en Wallonie et à Bruxelles

Ils ont contribué au # 1 de MÊME PAS PEUR:

Pour les textes : Manuel Abramowicz, Éric Allard, Styvie Bourgeois, André Clette, Denys-Louis Colaux, Éric Dejaeger, Martin Delbar,  Laurent d’Ursel, Georges Elliautou, Bernard Hennebert, Florian Houdart, Sylvie Kwaschin, Dr Lichic, Richard Lorent, Anne Löwenthal, Michel Majoros, Meursault, Milly Milo, Jean-Philippe Querton, Mickaël Serré, Nicolas Simon, Michel Thauvoye, Étienne Vande Dooren, Dominique Watrin.

Pour les dessins, collages, photos : Sandro Baguet, Bavi, Massimo Bortilini, Thomas Burion, André Clette, Benjamin Dak, Slobodan Diantelevic, Philippe Decressac, Éric Dejaeger, Vincent Dubois, Karim Guendouzi, Dominique Jacquemin, Kanar, Théo Poelaert, MickoMix, Rafagé, Jacques Sondron, Dominique Watrin, Yakana. 

 

POUR S'ABONNER

Pour la Belgique : verser 20 € (pour les 5 prochains numéros) sur le compte IBAN BE280017 5410 1520  au nom de MÊME PAS PEUR en précisant en communication : Abonnement MPP + votre adresse.

Pour la France : envoyer un chèque de 25 € (pour les 5 prochains numéros) à l’ordre de Jean-Philippe Querton à Cactus Inébranlable, 73, rue Georges Desmet, 9600 Renaix – Belgique. En précisant l’adresse d’envoi du magazine.

 

QUELQUES LIENS

MÊME PAS PEUR, le site

MÊME PAS PEUR, la communauté sur Facebook

MÊME PAS PEUR #1 au jt de RTL

MÊME PAS PEUR #1 sur le site de la RTBF

MÊME PAS PEUR #1 dans LE COURRIER PICARD

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19:02 Écrit par Éric Allard dans MÊME PAS PEUR | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

30/04/2015

SCHOOL FICTIONS (III)

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Ce professeur de gifs animés donne inlassablement la même séquence de cours.

 

 

Dans le bus pédagogique, je monte, je valide ! C’est-à-dire je cautionne la séquence d’enseignement qui m’est dispensée. L’avantage de ce type d’enseignement, c’est qu’on descend où on veut, après avoir actionné la sonnerie ou parfois l’alarme. Si je kiffe, je pousse jusqu’au dépôt. Si je superkiffe, je refais le trajet deux, trois fois sur la journée. Et tous les autres jours de la semaine… Je reçois bien évidemment un titre de transport pédagogique au terme d’une course réussie. 

 

 

Ce professeur avait fait installer des plaques inclinées ornées de clous et autres dispositifs anti-étudiants dans sa classe. L'économe, averti, lui accorda le budget nécessaire pour parfaire son projet. 

 

 

Ce professeur qu’on voyait errer dans les couloirs de son établissement avait choisi la recherche plutôt que l’enseignement : il était en quête de sa vocation d’enseignant perdue depuis longtemps…

 

 

Les inspecteurs des robots-professeurs n’ont pas un programme à la hauteur.

 

 

Cette prof promettait à l’étudiant qui avait bien travaillé de raconter en fin de cours un bout de sa vie. Beaucoup préféraient encore travailler mal… 

 

 

Pendant son cours de géo, le prof ne supporte aucune histoire.

 

 

Chaque année, au village, on organisait le concours du meilleur enseignant.

Quelle ne fut pas sa surprise quand, consultant la page Facebook de SudPresse, ce directeur constata que le gagnant faisait partie de ses enseignants. Tout à sa joie, il appela sa secrétaire qui, dévisageant la photo du gagnant, fut bien obligée de tempérer le bonheur de son supérieur : « Ce n’est pas un de nos enseignants, Edmond [elle l’appelait par son prénom car c’était par ailleurs son mari]  mais le jardinier de l’école »

 

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En guise de TFE, cet étudiant remit tout un roman : il rata son année mais entama une belle carrière d’écrivain. Que ses examinateurs relirent en poche au moment de leur - tardive - retraite (avant, ils ne faisaient que lire des TFE).

 

 

Cet enseignant était comme absent dans une école inexistante et, quand il prenait les présences, pour apporter un peu de réel, il était bien obligé de constater qu’il n’y avait personne à ses cours pas plus que dans les couloirs vides de l’établissement fantoche.

 

 

Avant, quand on voyait un prof en baskets et en short, avec l’air chagrin de quelqu’un qui a perdu son sport ou sa coupe, on savait que c’était le prof de gym. Maintenant on ne sait plus bien.

 

 

Dans le grand théâtre du savoir, des passionnés  rencontraient des assoiffés de connaissances, chacun passait indifféremment de la scène à la salle. Aucun intermédiaire n’officiait entre eux, aucune circulaire, aucun programme, aucun horaire, aucun système d’évaluation, aucun directeur, aucun inspecteur, aucun ensemble articulé de compétences… Les cours étaient gratuits et la satisfaction d’apprendre comme celle de dispenser un modeste savoir constituait l’unique mais incomparable récompense.

 

 

À l’École de l’air, le tableau n’est pas volant, non, ni les craies taillées dans les nuages, mais le professeur vise les étoiles et les étudiants ont des ailes.

 

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Le prof de la géographie de Binche et le prof de l’histoire de l’orange dans le folklore local s’associent chaque année en février pour donner un module consacré au Carnaval.

 

 

À l’École de la triche, il est interdit de ne pas tricher.

 

 

La Journée Porte Fermées de cet établissement scolaire eut tellement de succès que le préfet décida de la prolonger indéfiniment.

 

 

Le professeur d’aphorismes fait des phrases trop longues.

 

 

Ce professeur de langues ne donne jamais cours en immersion plus de trois minutes sans protections auditives : au-delà de ce temps, le tapageur babillage entre les poissons peut causer des dommages irrévocables.

 

 

L’école à eau

Dans cette école, toutes les salles de cours ont été transformées en piscine. Les professeurs de maths, par exemple, donnent cours théorique sur les gradins mais n’ont  pas peur de se mouiller lors des séances d’aquamaths. Les couloirs ont été aménagés en canaux et les transferts d’une classe à l’autre se font à la nage.

Le secrétariat se tient sur une plate-forme dans le hall en forme de fontaine.

C’est une école-pilote diligentée par un staff de pédagogues en maillot alliés avec des ingénieurs en hydraulique étudiants les mécanismes d’un athénée à eau. Le préfet pratique la pêche sous-marine et il passe la majorité de son temps de bain sous l’eau habillé en homme grenouille à arpenter les couloirs de son établissement nautique.

 

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-     Professeur de langues mortes, ça parle avec les morts ?

-     Oui, les anciens morts.

 

  

-        Le prof de chauffeurs de bus vient en train et le prof de conducteurs de trains vient en bus, c’est normal ?

-        Il ne faut pas généraliser! le prof de maçonnerie, il ne vient pas en maison et le prof de plomberie, il ne vient pas en salle de bain!

-        C’est vrai mais je n’ai jamais vu un prof de mécanique venir autrement qu’en voiture et un prof de menuiserie arriver sans au moins un meuble à faire réparer...

 

 

Le professeur de religion scientifique et le professeur de morale mathématiques s’associeront à la rentrée prochaine pour donner le cours tant attendu de technicité des idées en champ d’opinions magnétiques.

 

 

Dans cette école, la salle des profs se trouve dans la cave à vin de l’établissement.

 

 

Dans cette autre école, tous les  professeurs ont dû suivre un stage de langue des signes : la directrice est sourde-muette.

 

 

Le prof raseur s’étonne du bas niveau de sa classe.

 

 

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Ce professeur qui, à l’instar du John Keating du Cercle des poètes disparus haranguait les étudiants lors de son cours de poésie de Michel Houellebecq se ramassa méchamment en montant sur un banc datant de l’époque du film. Il donne désormais cours en chaise roulante et doit reconnaître qu’il a auprès des jeunes générations d’étudiants plus de succès qu’en singeant Robin Williams. Maintenant on le prend volontiers pour le milliardaire handicapé d’Intouchables et on l’écoute à nouveau religieusement quand il entonne son Ô capitaine mon capitaine de Whitman ou lance du fond de son siège de lyriques Carpe diem. Comme quoi les mélos servent tout autant l’enseignement mainstream que les enseignants comédiens dans l’âme

 

 

À l’Université du Quatrième âge, les étudiants sont interdits de tripoter leur déambulateur pendant les cours.

 

 

Monsieur le Directeur,

Pour compléter la collection de craies du professeur de l’histoire des espaces et de la géographie du temps, toute la famille s’est mobilisée. A chaque voyage dans l’espace-temps, nous lui rapportons du nouveau matos. Cela prend sur nos heures de sommeil et nos jours de congé. Mais depuis qu’il a démarré une collection de pécés du monde entier spatio-temporel, nous ne savons pas si nos moyens financiers déjà rabotés par les multiples collections mises en place par les enseignants passés et futurs nous permettront d’encore l’aider comme auparavant.

Veuillez nous excuser par avance pour nos économies d’autant plus que cet enseignant modèle n’a pas manqué de signaler par une note dans le journal de classe que vous partagiez le même engouement pour ses collections bidons.

Bien à vous.

 

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20:24 Écrit par Éric Allard dans HISTOIRES d'ÉCOLE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

25/04/2015

MES MOTS MOCHES suivi de LES MOTS REBELLES / Denis BILLAMBOZ

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Mes mots moches

 

Mes mots moches

Je les dépose

Au fond de ma poche

Ils reposent

Avant que je les décoche

A ceux qui osent

Comme des cloches

Dire des choses

Qui reprochent

Qui imposent

 

Dans ma sacoche

Ils s’ankylosent

Et s’effilochent

Alors je les expose

Aux fantoches

Qu’ils indisposent

Petites choses

Dures comme roche

Belles comme rose

Fortes comme mailloche

 

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Les mots rebelles

 

Euh… euh…

Les mots s’accrochent

Euh… euh…

Ils refusent le désordre

Euh… euh…

Ils font la grève du zèle

  

Le propos est confus

Le discours est touffu

Le message est incompréhensible

Les auditeurs sont insensibles

 

Ils simulent l’attention

Ecoute avec affectation

Mais ils sont partis ailleurs

Dans un monde meilleur

  

Personne n’a suivi

Tous partagent son avis

Chacun lui donne son accord

Il est midi, il est temps de clore

 

Les mots sont têtus

Pour être entendus

Ils exigent le respect

Et refusent l’à peu près

  

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+ de dessins de Thomas Broome avec des mots 

21:35 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

24/04/2015

FIN DE VIE

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Un sujet incontournable en littérature comme dans de nombreux autres domaines, j’ai choisi, pour cette publication, de le confier à deux écrivains qui l’ont traité sous deux angles bien différents : Antonio Barrera-Tyzkabrillant auteur vénézuélien insuffisamment connu en Europe et Sophie Cadalen auteure française qui a abordé le sujet de façon très charnelle comme si la mort la dévorait elle-même. Barrera-Tyzka explore l’espace mal défini qui existe entre le médecin et son patient, au moment où le praticien doit affronter la dure réalité et la dévoiler à celui qui doit la subir. Sophie Cadalen situe son récit encore plus près de la mort, quand celle-ci a pris possession de l’être aimé et prive celui qui survivra de tout ce qu’il partageait avec celui qui s’en va. Deux textes qui nous mettent en face de notre devenir.

 

31KPesIGTML._SY344_BO1,204,203,200_.jpgLA MALADIE

Alberto BARRERA-TYZKA (1960 - ….)

« Nous avons tous le droit de savoir que notre vie a un terme fixé, une date limite ; de savoir quand et comment nous mourrons ». Le docteur Andrès en a toujours été convaincu et, pourtant, lorsqu’il reçoit le résultat des analyses de son père, il a du mal à les accepter et n’arrive pas à lui dire qu’il à un cancer déjà bien installé et que sa vie est fortement hypothéquée. Andrès qui a perdu sa mère dans une catastrophe aérienne quand il n’était encore qu’un enfant, a fait longtemps des cauchemars sur la disparition de cette mère adulée. Et, pour lui faire oublier les affres de la mort, son père l’avait emmené pour un petit séjour sur une île, il projette alors de refaire ce voyage avec son père pour lui dire la vérité. Mais que cette vérité est dure à dire.

Pendant ce temps, son assistante est harcelée par un hypocondriaque que le docteur ne veut plus voir, elle décide finalement de tenter de le rassurer, alors s’installe une relation épistolaire entre ce pseudo patient et cette assistante qui n’a aucune formation médicale. Cette correspondance électronique crée une sorte de parallèle entre la maladie qu’on ne peut pas révéler et la maladie qu’on ne peut pas faire admettre. Le dialogue autour de la maladie est bien difficile à construire et reste souvent un discours vide, un exercice d’hypocrisie.AVT_Alberto-Barrera-Tyszka_795.jpeg

Ce livre d’une grande simplicité, n’élude rien de la maladie et de la mort, il énonce les choses avec vérité mais aussi avec sensibilité et pudeur, comme Le bateau-phare de Blackwater de Colm Toïbin, dans un style d’une grande fluidité. Il pose notamment cette question fondamentale du droit de savoir ou du droit de ne pas savoir, est-ce une règle ? Est-ce que ça peut faire partie d’un diagnostic propre à chaque malade ? Il semble facile d’énoncer des principes quand il s’agit de patients habituels mais il est beaucoup plus difficile de les appliquer quand il s’agit des siens.

Barrera Tyszka, explore cet espace flou qui existe entre le malade et le médecin, cet espace où l’on est déjà, peut-être, dans la maladie mais pas encore dans la médecine ou plus dans la médecine mais déjà dans l’accompagnement à la fin de vie. Et, le docteur Andrès cherche sa place de médecin et de fils qui n’a pas dit tout ce qu’il voulait dire à son père, qui ne sait pas dire ce qu’il faudrait, peut-être, lui dire maintenant et qui regrettera certainement ce qu’il n’aura pas dit à ce père qu’il croyait connaître mais dont il ignore tant de choses. « La maladie détruit aussi les mots ».

L’auteur n’élude ni la question de l’euthanasie, ni le problème du choix des malades qu’il faut soigner, ou non, selon leur espérance de survie et rappelle, surtout, au lecteur que « Ce qui différencie l’homme des autres espèces, c’est que l’homme est le seul animal qui sait qu’il va mourir. » Et, le docteur Andrès sait bien qu’après son père, il sera le premier sur la liste familiale à affronter la dernière épreuve de la vie. Même si on est médecin, il n’est pas facile d’aborder cette épreuve sans angoisse et avec sérénité

« Pourquoi avons-nous tant de mal à accepter que la vie soit un hasard ? »

 

tu-meurs-522773.jpgTU MEURS

Sophie CADALEN (1966 - ….)

Eros contre Thanatos, l’amour contre la haine, l’espoir contre la résignation, Sophie Cadalen réédite le livre qu’elle a publié en 2003 pour raconter l’épreuve que son héroïne, elle-même peut-être - « j’admettais être un charognard qui se servirait du moindre événement significatif, tragique ou poétique, pour en nourrir son imaginaire et en tirer quelque chose qui parfois s’appellerait un roman » - doit affronter quand son mari découvre qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau. « Celle qui y dit « je » était l’interprète de mon urgence, de mon impératif à consigner les derniers instants d’une vie qui disparaît, les progrès d’une maladie qui a gagné la partie ».

Avec une écriture à la mesure de cette dramaturgie, dense, intense, riche qui court sur la page comme pour consigner dans l’urgence tout ce que cette femme ressent, tout ce qu’elle est en train de perdre, toutes les frustrations qui l’attendent et toutes celles qu’elle supporte déjà, Sophie Cadalen nous offre une grande page d’émotion, de douleur à partager, de compassion à offrir. C’est un très beau texte qui explore cet espace que la pudeur et l’inhibition empêchent toujours d’évoquer : toutes les frustrations qui attendent les femmes qui se retrouvent seules, privées de celui qu’elles ont aimé, de celui qui leur a donné le plaisir auquel elles ont droit et qu’elles n’éprouveront peut-être plus.photo-3-143211-XL-120652_L.jpg

L’auteure évoque cette lutte implacable entre l’épouse légitime et l’autre, « L », la maîtresse, la tumeur, elle qui prend inexorablement possession de celui qu’elle aime, qu’elle ne veut pas perdre, qu’elle n’accepte pas de voir partir au bras de cette maîtresse implacable et déloyale. Elle est dans le refus, elle ne veut pas croire à une issue fatale, elle n’accepte pas la dégradation, elle reproche à son mari de la laisser, de l’abandonner. Elle se sent la victime de ce combat fatal avant de finir par accepter son sort, sa solitude, son abandon et de se muer en vestale gardienne de la dernière demeure de son mari en pleine décrépitude.

Cette histoire m’a évidemment ramené à la mémoire ce livre du romancier espagnol Miguel Delibes, Cinq heures avec Mario, que j’ai lu il y a bien longtemps, il raconte la nuit qu’une femme passe aux côtés de la dépouille de son mari pour lui énumérer tous les reproches qu’elle a accumulés contre lui au cours de leur existence commune. L’héroïne de Tu meurs accable elle aussi son mari, elle lui reproche de l’abandonner, de ne plus lui donner le plaisir qu’il lui donnait avant, de se décomposer, de la laisser seule mais ce texte est aussi un grand roman d’amour parce que cette femme, à travers ce qu’elle reproche et regrette, met en évidence tout ce que son mari lui donne, lui a donné et pourrait encore lui donner s’il se débarrassait de l’autre, celle qui le phagocyte et l’emporte. « Mon amour tourne et rôde autour de ta mort, il fait mine de déguerpir, d’abandonner la partie, de se divertir d’un autre homme. C’est une feinte inutile. Je t’aime ».

Difficile de croire que l’auteure n’a pas connu une aventure de ce genre car son texte est trop charnel, sa douleur trop palpable, sa frustration trop sexuelle et son désir trop brûlant. La mort a été sa compagne un jour ou l’autre, elle semble en connaître la réalité, « je les déteste, ces irruptions d’un monde à côté du nôtre, cette prétendue réalité qui fuit devant l’unique vérité : celle de la mort ».

21:58 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de DENIS BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

20/04/2015

D'UN SILENCE À L'AUTRE: ANTONIONI vu par HAENEL

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LE SILENCE EST UNE FORME DE PENSÉE

Dans l'église San Pietro in Vincoli, à Rome, où la statue du Moïse de Michel-Ange continue de lancer sur le monde ce regard de colère qui impressionnait tant Freud, lequel essayait à chacune de ses visites de « tenir bon face au regard courroucé et méprisant du héros » (et se repliait finalement dans la pénombre pour échapper à son jugement), il existe un écriteau, traduit en plusieurs langues. En voici la version française : « Il est interdit de stationner devant la statue de Moïse pour donner des explications au groupe. »
Freud aurait sans doute apprécié l'ironie involontaire de cet écriteau. Au fond, il vaut mieux ne pas se trouver en face du Moïse, il ne faut surtout pas rester devant lui, et encore moins ouvrir la bouche. Cet écriteau, dans sa naïveté policière dit une vérité sur la statue : croiser le regard du Moïse vous coupe la parole.
J'écoutais Moïse et Aaron, le grand opéra de Schoenberg sur l'aphasie, quand j'ai repensé à l'écriteau de San Pietro in Vincoli. Pour triompher de toutes les épreuves auxquelles la pensée est exposée, Moïse affirme qu'il faut un Dieu à Israël, mais Israël n'en veut pas, d'où sa colère. Je me demandais à quoi s'adresserait aujourd'hui la colère de Moïse, sinon à la destruction même de la pensée, à ce ravage qui destine les corps à l'inexistence politique.
Si Freud redoutait tellement le regard du Moïse, c'était parce que Michel-Ange a sculpté dans le marbre l'instant où il découvre la vulgarité de son peuple : son regard semble bondir, il se jette, écrit Freud, sur la « populace » (dans la traduction de Marie Bonaparte, il s'agit de « racaille »).
Et puis j'ai pensé au Regard de Michel-Ange, un film d'une quinzaine de minutes de Michelangelo Antonioni, où celui-ci vient regarder la statue du Moïse. Antonioni monte les marches de l'église pour dévisager la statue — pour « tenir bon » face à Moïse, comme disait Freud. Une série de champs-contrechamps silencieux concentre l'échange de regards : qui regarde qui ? — et depuis quel secret ? On sait qu'Antonioni, suite à un accident cérébral, avait perdu la parole. On sait que Moïse ne parlait pas : sa bouche était « lourde », dit la Bible. C'est un héros du silence : « Ma langue est raide, je sais penser mais non parler », dit le Moïse de Schoenberg. Ce que donne à voir ce film, c'est un transfert de silence.
Alors, d'un silence à l'autre, qu'est-ce qui se passe ? De quelle nature est le passage entre le Moïse de Michel-Ange et son homonyme antonionien ? Est-ce le Moïse de Michel-Ange qui offre quelque chose à Antonioni, ou celui-ci qui fait de son mutisme une offrande ? La transparence inquiète de cet échange convoque dans sa mélancolie des figures immémoriales : sans doute Antonioni vient-il à la fois saluer la beauté et annoncer sa sortie, comme si, une fois son parcours artistique bouclé, il s'agissait encore de s'exposer au verdict de l'art, à la terrible endurance de son regard : rencontrer son propre silence dans le marbre, c'est se mesurer à l'énigme de la transfiguration.
« Tenir bon » face au Moïse de Michel-Ange consiste ainsi à avoir parcouru l'expérience même de l'art jusqu'à extinction de ses possibilités, et — comme Lacan le dit du héros —, à ne pas céder sur son désir. Le face-à-face avec les œuvres est l'histoire même du temps : c'est le lieu de la transfiguration, c'est-à-dire du monde à venir — c'est la grande politique. Quand Freud pense à Moïse, il y pense contre la Loi. Quand Schoenberg pense à Moïse, il y pense contre Hitler. Quand Antonioni pense à Moïse, il y pense contre quoi ? Sans doute contre l'Italie — contre la dévastation politique et culturelle de l'Italie.
L'aphasie d'Antonioni est historiale : c'est une manière d'endurer la destruction de l'Italie — de lui répliquer. Il n'y a plus rien à dire face au ravage organisé dans ce pays ; Antonioni en a vécu les conséquences de la manière la plus extrême : l'Italie lui a ôté la parole. Comme Moïse face à l'idolâtrie de son peuple, Antonioni, à la fin de sa vie — et d'une manière peut-être plus profonde encore que Pasolini, plus énigmatique — défie les Italiens. Son  silence est une forme de pensée : c'est un avoir-dit glorieux.
On sait que le temps du regard est contrôlé par la société ; c'est par l'enregistrement que le contrôle s'exerce. La grande ironie d'Antonioni — la puissance de sa fragilité —, consiste à mettre son corps en travers de la surveillance ; car s'il existe quelque chose qui échappe à celle-ci, c'est le silence. Les sphinx sont le contraire des spectres. Les sphinx pensent, ils ne sont pas repérables.  
Cette rencontre entre Antonioni et Moïse est un acte secret. En lui se concentre quelque chose de décisif, que Schoenberg avait entrevu : la parole, politiquement, ne tient plus ; ce qui doit se dire passera par le silence. Dans la rencontre entre Antonioni et Moïse, il en va ainsi de la transmission même de la pensée. La transmission de pensée s'accomplit en silence à travers le temps ; c'est la véritable histoire.

Yannick HAENEL, texte repris en partie dans un chapitre de Je cherche l'Italie

Les chroniques italiennes de Haenel sur le site de Philippe Sollers



Le film sur Vimeo

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Michelangelo Antonioni en 5 minutes chrono

 

Rétrospective et exposition Antonioni à la Cinémathèque française, par Olivier Père

CHER ANTONIONI, la lettre adressée au réalisateur par Roland Barthes et parue dans les Cahiers du cinéma de l'été 1980

381652_300x300.jpegExtrait:  "Un autre motif de fragilité, c’est paradoxalement, pour l’artiste, la fermeté et l’ insistance de son regard. Le pouvoir, quel qu’il soit, parce qu’il est violence, ne regarde jamais : s’il regardait une minute de plus (une minute de trop), il perdrait son essence de pouvoir. L’artiste, lui, s’arrête et regarde longuement, et je puis imaginer que vous vous êtes fait cinéaste parce que la caméra est un œil, contraint, par disposition technique, de regarder. Ce que vous ajoutez à cette disposition, commune à tous les cinéastes, c’est de regarder les choses radicalement, jusqu’à leur épuisement. D’une part vous regardez longuement ce qu’il ne vous était pas demandé de regarder par la convention politique (les paysans chinois) ou par la convention narrative (les temps morts d’une aventure). D’autre part votre héros privilégié est celui qui regarde (photographe ou reporter). Ceci est dangereux, car regarder plus longtemps qu’il n’est demandé (j’insiste sur ce supplément d’intensité) dérange tous les ordres établis, quels qu’ils soient, dans la mesure où, normalement, le temps même du regard est contrôlé par la société : d’où, lorsque l’œuvre échappe à ce contrôle, la nature scandaleuse de certaines photographies et de certains films : non pas les plus indécents ou les plus combatifs, mais simplement les plus « posés »." R.B.

15:04 Écrit par Éric Allard dans Les beaux films | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

19/04/2015

LECTURES PRINTANIÈRES

5f6034c6-e0fc-11e3-9861-5a72a6fd8fe4_web_scale_0.154321_0.154321__.jpg.h380.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

5121FTR2M5L._SY344_BO1,204,203,200_.jpgClaude LOUIS-COMBET, BLESSE, RONCE NOIRE

(José Corti, Les Massicotés, 2004, 128p., 8€.)

Un classique d’un des plus grands écrivains francophones vivants (avec Quignard, Michon, Ernaux, Lefèvre, Sallenave, Mauvignier, Enard, Adam…). Claude Louis-Combet, aujourd’hui un peu plus de quatre-vingts ans.

Un livre de feu, urgent et incisif, incendiaire. Un récit fictionnel sur base d’une histoire bien réelle : la relation fusionnelle, incestueuse des frère et sœur TRAKL. Le grand public ne connaît que le poète Georg, décédé en 1914. Sa sœur Gretl achèvera son destin trois ans plus tard.Claude_Louis_Combet.jpg

Dans une prose somptueuse (peu d’écritures aussi prégnantes, aussi atmosphériques dans le sens d’une description décantée de toute une série de lieux, d’aires de connaissance intime), Claude Louis-Combet cerne et serre cette relation interdite, cachée, clandestine, qui tournera à la catastrophe.

Le titre, Blesse, ronce noire, est à l’aune de la violence incessante qui anime ces pages : violence de la relation, de sa description précise, de ses effusions. La quête amoureuse, sensuelle et sexuelle dans un bois qu’on traverse est un des sommets de la littérature érotique, par la charge émotionnelle, qui monte à l’instar de l’escalade des deux amants, à travers bois, feuillages et ronces. La ronce noire évoque, par ailleurs, le triangle de soie noire du sexe de Gretl.

 

ginsburg_reference.gifNatalia GINZBURG, LA ROUTE QUI MÈNE À LA VILLE,

(Denoël, coll. Empreintes, 2014, 128p., 11, 90€)

Ce roman, paru la première fois en 1942, dont la brièveté pourrait paraître facile, concentre les atouts d’une littérature profonde, dense, proche de ce qui deviendra école néo-réaliste (avec des auteurs comme Pavese, Fenoglio, Cassola, Soldati), mêlant avec une rare maestria l’histoire locale, l’évolution des mœurs et la description hallucinante de réalisme d’un petit village, et d’une ville proche, lieu des mirages et des réalités.

Le grand art de Natalia Ginzburg, résistante, envoyée avec son mari Leone en relégation comme Pavese, Levi, est de nous raconter l’histoire par le biais de son anti-héroïne Delia, amoureuse d’un petit-cousin, objet des convoitises d’un fils de bourgeois, éprise de liberté, ce qui donne à ce roman sans âge un parfum d’années bien postérieures, où la femme, la jeune fille accèdent à un certain rôle social – ce que ne connurent guère leurs devancières.

Comme chez Pavese, le terreau social, rural brille par une description quasi ethnographique des usages, du qu’en-dira-t-on, des fausses et vraies rumeurs, de la mainmise d’une morale de préservation des filles…Natalia-Ginzburg.gif

Nini, Giulio : deux noms d’homme pour cette Delia, deux parcours, celui de l’amour, de la clandestinité, celui aussi du devoir, de l’obligation sociale et des convenances.

L’acuité de la vision familiale (Delia a une flopée de frères et sœurs, dont la libre Azalea, que l’on traiterait aujourd’hui de dévergondée duplice) ne débouche cependant pas sur une noirceur totale. La vie s’en va ainsi, difficile, illusoire, compromise, mais quelque porte s’ouvre dans les grisailles coutumières.

Ce roman d’une jeune romancière, de vingt-cinq ans, est une totale réussite psychologique et sociale.

17:50 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

14/04/2015

Petites HISTOIRES D'ÉCOLE (II)

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A force de ne pas se faire voir, est-ce que l’inspecteur disparaîtra des mémoires scolaires ?

 

 

A l'Ecole du suicide, quand tu t'effondres à l'examen, il vaut mieux que ce soit du haut du bahut.

 

 

Mon fils veut devenir professeur :

-      De quoi ? je lui demande 

-      De rien, comme toi.

 

 

On raconte que le directeur des programmes de cette télé du savoir est un ancien inspecteur.

 

 

On ne voit plus cet enseignant en trous noirs, on craint qu’il ait changé d’orientation ténébreuse en cours de disparition.

 

 

La vie privée du professeur, sa femme, sa belle-mère, ses enfants, sa maîtresse, ses ennuis domestiques, ses prochaines vacances n’intéressent, il faut le savoir, l’étudiant que dans la mesure où cela lui permet de passer une petite heure tranquille. 

 

 

Cette prof fondait en larmes à chaque fin de cours à l'idée de la disparition de son public éphémère, d’autant plus quand les applaudissements avaient été nourris. Elle se consolait, cela dit, dans les cinq minutes avec l’arrivée des spectateurs de la séance suivante.

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Enseignement transversal

Quand il neige dans la classe, ce prof de maths requiert le calcul du nombre moyen de flocons tombant par minute. Le prof de français demande une description rapide d’un flocon de son choix. Le prof de langues vivantes traduit flocon, neige et classe pourrie dans la langue qui justifie son salaire. Le prof de couverture envisage son licenciement. Le prof d’électricité couvre les fils de raccordement...

 

 

Ce professeur enseigne sur un nuage à des étoiles récalcitrantes. Parfois il descend avec la pluie pour dispenser un cours particulier à une pâquerette ou l’autre.

 

 

Ce prof qui donne cours à des robots depuis trente ans les trouvait beaucoup plus intelligents et plus studieux au début de sa carrière.

 

 

 

-         C’est quoi, professeur, papa ?

-          Je cherche la définition depuis trente-cinq ans.

-     Mais tu vas trouver, papa, c’est pour ça que tu es professeur...

 

 

- Professeur d’anglais, c’est un professeur qui a traversé la Manche ?
- Oui, et qui peut expliquer clairement aux habitants de la côte pourquoi il est aussi trempé même s’il n’a pas plu.

 

 

-   Le prof de géographie, il n’a pas besoin de GPS ?

- Non, pas à l’intérieur de l’école.

 

  

-    Le prof de politesse, il dit bonjour à ses élèves en arrivant ?

- Uniquement s’il a obtenu son diplôme avec une grande distinction.

 

 

-         Quand on est professeur, c’est pour toute la vie ?

-    Maintenant, oui.

 

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Dans cette école de parents d’élèves, les réunions d’enfants ont lieu les mercredi après-midi.

 

 

Un enseignant qui traîne dans les couloirs a peut-être perdu tout espoir de rencontrer l’élève idéal...

 

 

Cet enseignant désignait au début de l’année un étudiant par classe pour chauffer la salle de cours avant sa prestation : applaudissements, gestuelle adaptée à la séquence d’apprentissage. Cris & rires accompagnaient ainsi tous les moments forts de la classe et amélioraient conséquemment l’image que cet enseignant se faisait de lui-même.  

 

 

Cet enseignant criait son cours. Quelle idée aussi qu’avait eue ce conseiller en éducation de faire classe dans un dancing pour motiver les étudiants de terminale ! 

 

 

Ce professeur de cinéma plantait toujours ses champ/contrechamp.

 

 

Ce professeur jouait fort bien de la craie sur le tableau noir et les enfants étaient nombreux à venir se régaler de ses concerts de toutes les couleurs.

 

 

Ce délégué syndical en burn-out  interdisait à ses étudiants  toute manifestation de bonne humeur.

 

 

Ma mère vient toujours me reprendre à l’école. Après que j’ai donné mon cours, elle est là à m’attendre, et nous repartons main dans la main jusqu’à la maison. Même si mon cartable est plus lourd que lorsque j’avais cinq ans, elle tient toujours à le porter. 

 

 

On a découvert dans l’ordinateur de ce prof de l’Université du Troisième âge des photos à caractère gérontopornographiques.


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Ce directeur a naturellement désigné son professeur le plus vache pour donner le module consacré au lait (son débit, son beurre).

 

 

Ce professeur de briquets-tempête a accepté de remplacer à brûle-pourpoint le professeur en lampes-torches parti précocement en fumée le week-end dernier.

 

 

 

A l’Ecole de l’air, c’est deux heures de colle au sol par avion crashé. 

 

 

Dans les nuages des tableaux noirs il m'arrive encore de voir mon père me faire la leçon.

 

 

A l’Université du troisième âge, on ne peut pas redoubler plus de trois fois avant de mourir.

 

 

Ce professeur donnait un cours parfait devant une classe parfaite dans un lieu parfait au sein d’une société parfaite. (J’ai été obligé d’écrire ça, pour rétablir l’équilibre mais j’ai peut-être exagéré.)

 

 

Monsieur le directeur,

Mon fils ne reconnaît pas son prof de maths de sa prof de français. L’un écrit des nombres en toutes lettres et l’autre, des lettres en nombre. Le prof de math écrit les chiffres de la crise en grec et la prof de français fait des phrases oblongues. Le prof de maths poétise la géométrie de la femme. La prof de français qui tient sa ligne verbalise le langage binaire de l’homme. Veuillez, je vous prie, mettre bon ordre à ce micmac avant que tout le monde ne souffre, comme moi, de synesthésie chronique.

 Bien à vous.

 

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Toutes les photos, sauf la première, sont  des photographies de tableaux de labos de physique quantique. Elles ont été prises par le photographe Alejandro Guijarro. 

14:30 Écrit par Éric Allard dans HISTOIRES d'ÉCOLE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

13/04/2015

UN LIVRE PAR JOUR

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   Il y a cinq ans, au moment de son arrêt soudain, cet écrivain publiait deux livres par semaine. Son lectorat s’était accoutumé à ce tempo. Certains lecteurs avaient arrêté de travailler pour se consacrer à la lecture de ses livres ; d’autres, leurs études, trouvant superflu toute autre activité que celle de lecteur de cette œuvre ; d’autres encore, parvenant difficilement à suivre le rythme tout en poursuivant une existence sociale normale firent appel aux services d’un psy à distance, car se déplacer sur les lieux de son cabinet prenait par trop sur leur temps de lecture.

  L’étonnement, pour ne pas dire l’onde de choc, fut considérable quand du jour au lendemain sa décision tomba. On déplora une vague de suicides. Seul, finalement, un lecteur désoeuvré, ayant tenu quelque temps à coups de relectures, s’était fait brûler sur un bûcher composé des livres de son écrivain fétiche.

   Durant un mois, un effet comparable à celui que de son temps avait suscité Salinger ou Pynchon fut constaté. Puis, après six semaines, plus vite qu’on ne l’aurait espéré, on oublia cet écrivain dispensable. Jusqu’à ce qu’il y a trois mois, dans une relative indifférence, il se remette discrètement à publier un livre par mois, puis deux, puis trois… On redécouvrait ainsi la somme de ses anciens livres qui faisait impression, effet de masse, de manche, d’avalanche, poussant les nouveaux sur le devant de la scène littéraire, toujours avide de phénomènes de foire. Plus que de véritables écrivains, difficiles à lire, qui faisaient avancer la littérature. Aujourd’hui, il est revenu au rythme de parutions d’avant son arrêt.

   Lors de l’interview qu’il donnée à la faveur de son improbable retour, il a déclaré n’avoir pas, il y a cinq ans, pris toute la mesure de la cadence infernale de publications qu’il s’était fixée mais que, maintenant, après avoir eu le temps de recharger ses batteries, de renouveler son stock, comme la mer recule loin pour mieux revenir, il pourrait désormais, et dans un délai fort court, parvenir au tempo tacatacatact espéré de parution d’un livre par jour. Les éditeurs se frottent les mains et la courbe de la production éditoriale est repartie à la hausse.

RETOUR AUX OURS...

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Le retour aux ours des abeilles ne s'est pas fait sans miel. 

E.A.

La chanson de l'ours / Charles Trenet

Le massacre de la même chanson par... Salvatore Adamo

BONUS

12:17 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songes, Les seules phrases | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

12/04/2015

RÉFORME INFORME suivi de CHÔMAGE / Denis BILLAMBOZ

Réforme informe

  

Grande ébullition

Les régions sont en fusion

Vaines discussions

Oiseuses démonstrations

Folles élucubrations

Grande confusion

Totale incompréhension

  

Dissolution

Constitution

Fusion

Absorption

Vaste question

Dont nous débattions

 

Bouillie de réflexions

Infusion de région

Improbable potion

 

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Chômage

  

Nez rouge

Joues rouges

Yeux rouges

Litre de rouge

Au fond d’un bouge

  

Pas d’courage

Plus la rage

Débrayage

Largage

Chômage

 

Sans envie

Ramolli

Avachi

Détruit

À vie !

 

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11:04 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

AMOURS CONTRARIÉES

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Thème tellement récurent en littérature que je n’ai pas pu le contourner éternellement, il a bien fallu que je le propose au moins une fois et, pour cette occasion, j’ai choisi des auteures peu médiatisées, des femmes venues des confins méridionaux ardus de l’Europe du sud, d’Albanie et de la Basilicate, des femmes qui ont connu ces civilisations austères, rigides, fermées qui ne réservaient aucune place aux femmes. Bessa Mytiu invite des femmes à raconter leurs histoires d’amours impossibles comme Silvana Minchella témoigne avec des femmes qu’elle a tirées de son histoire personnelle sans qu’elles aient réellement exister. Toutes ont été malmenées et n’ont pas pu vivre les amours dont elles rêvaient.

Bessa-Myftiu.jpgAMOURS AU TEMPS DU COMMUNISME

Bessa MYFTIOU (1961 - ….)

Un hymne, une ode, une incantation à l’amour absolu celui qui emporte tout, embrase les cœurs et les corps sans se préoccuper de quelconques préjugés. Coincée par une grève à l’aéroport de Rome Fiumicino, trois Albanaises qui se rendent au mariage d’une amie commune, décident de se confier leurs histoires d’amour pour tuer le temps.

Anila raconte son histoire de femme divorcée qui tombe amoureuse d’un beau Kosovar qui ne l’épousera jamais parce qu’au Kosovo un homme n’épouse pas une femme qui a déjà connu un autre homme, une femme non vierge. Elle séduit alors le frère que cet homme s’est donné selon la tradition balkanique et entame avec lui une longue histoire à rebondissements qui la poursuivra jusqu’en Allemagne. « Au Kosovo, c’est la famille qui prime. Au Kosovo, on respecte les poètes s’ils respectent les coutumes. Au Kosovo, l’individu n’est pas encore né. »

Dina raconte ses relations avec ses amoureux qu’elle plaque pour ne pas souffrir, avant qu’eux la laissent tomber comme ses amants abandonnaient régulièrement sa mère. Elle ne peut cependant pas échapper à la séduction d’un beau jeune homme beaucoup plus jeune qu’elle qui ne veut pas l’épouser pour ne pas anéantir sa famille. « On finit toujours par trouver ce qui nous ressemble, si on suit la voix du cœur. »

Monda raconte comment, à cinq ans, elle était déjà convaincue qu’elle épouserait son beau cousin mais qu’à l’adolescence on lui a fait comprendre que c’était impossible. Le beau cousin ne peut pas non plus épouser l’amie de sa cousine qui est affligée de l’opprobre de la bourgeoisie qui colle encore à sa famille. « Tu ne veux pas détruire ma carrière pour les yeux d’une fille pareille ! »1681e28a-3507-11e0-b2b7-e38cf01276be.jpg

Des histoires d’amours tortueuses, rocambolesques, qui osent parler de sexe et de libération sexuelle, d’amour libre et du droit des femmes à disposer de leur cœur, de leur corps et de leur sexe. Des amours passionnels, absolus, magnifiques, violents, dévastateurs, comme on n’en écrit plus, des amours qui ne sont pas faits pour durer, seulement pour embraser. Des amours qui finissent toujours par rattraper ceux qui avaient succombé et qui croyait avoir oublié. « La mort même s’est retirée du champ de bataille, s’inclinant devant un amour qui avait résisté à tout : au régime politique, à la famille, à la maladie et au … temps. »

Malgré le titre de l’ouvrage, Ce n’est pas le communisme le principal accusé, même s’il n’est pas pour rien dans toutes les difficultés que rencontrent ces amoureux, il est un élément de contexte comme un autre pouvoir, une religion, ou n’importe quelle croyance aurait pu l’être. Ce qui est mis en cause, à mon avis, c’est beaucoup plus la tradition balkanique ancestrale qui pèse, à cette époque, encore très lourdement sur les êtres et les familles, instaurant un code de convenances et de pratiques inflexibles et incontournables. Il est paradoxal de constater que ce pays, l’Albanie, premier pays officiellement athée au monde, est un pays où la morale est l’une des plus rigoureuses et des plus contraignantes. Le pouvoir a épousé les règles de la tradition, de la famille, du parti, pour définir les fameuses « convenances » qui régentent tout dans la société albanaise.

Dans ce texte écrit directement en français - l’auteure réside désormais en Suisse – le narrateur n’hésite pas, dans un style vif, alerte, enflammé même, à allumer les feux de l’amour au risque de sombrer dans la grandiloquence plus que dans le lyrisme et le romantisme. Peu importe, ces amours tumultueux, dévastateurs, qui ne sont pas fait pour durer mais qui peuvent détruire, nous emportent dans un monde un peu fou. « Mais je trouve que les fous, ce sont les autres, ceux qui n’aiment rien ni personne ! »

 

ob_9374d4_les-louves.pngLES LOUVES

Silvana MINCHELLA

Les Louves, des femmes qui ont souffert dans leur chair, dans leur corps, dans leur sexe, dans leur cœur et dans leur âme, se rebiffent sous la plume de leur chef de meute, la narratrice, qui n’est peut-être autre que la réunion des ses diverses femmes en un seule : une jeune Italienne du sud, mariée, trop tôt, de force par son père, à un homme âgé, un peu dérangé, moins pauvre que lui, qui honore sa jeune épouse comme un animal monte sa femelle, une femme habitée par ses contradictions cherchant ses émois de jeunesse dans le corps d’une jeune amoureuse récemment décédée, une femme qui croit en la réincarnation, une femme qui pense que notre monde se prolonge probablement ailleurs.

A travers quatre récits très différents, qui peuvent, en s’assemblant comme les pièces d’un puzzle, raconter l’histoire des femmes, celles que Silvana aurait connues ? Probablement l’histoire de la femme qu’elle est aujourd’hui ? Peut-être aussi, l’histoire des femmes maltraitées, humiliées, considérées comme du bétail en Italie du sud, pas très loin du pays décrit par Carlo Levi. Un texte pour dire le malheur de ces femmes, leur triste condition, leur soumission de bêtes de somme et d’animaux reproducteurs dans une société patriarcale, superstitieuse, inculte, soumise à la religion et à l’aristocratie terrienne. Le Christ semble bien s’être arrêté à Eboli.minchellatete.jpg

Mais la révolte sonne et les Louves montrent leurs crocs et leurs griffes, elles veulent sortir du cycle rituel : soumission, interdit, désir insatisfait, révélation hors des lois sociales, religieuses et familiales, punition, vengeance. Elles veulent avoir droit au plaisir et à la liberté de l’esprit, du cœur et du corps, elles sont prêtes à remonter le temps pour retrouver la jeunesse, l’effervescence des sens, en refusant le temps qui passe, l’échéance inéluctable. Elles croient en la réincarnation, la possibilité d’un autre monde, d’un monde ailleurs rendant la mort beaucoup moins définitive et laissant l’espoir de vivre encore … ailleurs … autrement.

Un texte dur qui évoque l’Italie du sud, celle de Carlo Levi, avec ses sols rocailleux et son soleil accablant, un texte qui raconte un peuple austère, sévère, surtout avec les femmes, qui fait passer sa dignité et son image avant toute autre chose, un texte où la mort est omniprésente, inquiète, fait peur, mais les Louves la contournent en croyant à autre chose, à un autre monde où le droit au plaisir, le refus de toutes les conventions religieuses, sociales, ethniques, familiales… la liberté du cœur, du corps et de l’âme seraient les seules conventions.

Entre le confort de la fidélité et l’extase du plaisir, entre la satisfaction du cœur et l’effervescence du corps, Silvana hésite, «cachant sa vulnérabilité sous un maquillage étudié », elle balance, mais elle ne veut pas croire au hasard, la vie est programmée, organisée, tout est prévu. Peut-être ? On dirait cependant que ce petit livre est empli d’une douleur longtemps tue, d’une frustration jamais oubliée. Silvana, l’eau de tes yeux, celle de l’aigue-marine, n’éteindra jamais le feu qui brûle dans tes mots.

10:37 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de DENIS BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

10/04/2015

C'EST LE MÊME DÉCOR de Carine-Laure DESGUIN

C-est-le-meme-decor--couverture.jpgTrois nouvelles écrites par Carine-Laure DESGUIN à partir de trois phrases de Marguerite DURAS, à l'occasion du centenaire de l'écrivaine.

Extrait de la quatrième de couverture:

      Dans une préface, presqu’une psychanalyse, Eric Allard dit de ces textes échos : « De Duras à Desguin…Quelque chose se passe…Carine-Laure Desguin assimile les mots à de la matière ductile qui n’engagent pas comme des paroles, qui ne sont l’instrument d’aucune idée…Il y a de la chanson, de la mélopée dans les histoires de Duras et les présents textes de Carine-Laure Desguin...

            ….A l’issue du second texte, on lit cette phrase: « S’il n’y avait ni la mer ni l’amour, personne n’écrirait des livres. » Et personne ne serait là pour les lire, pour prolonger, recommencer sans fin le cycle de l’écriture qui, de Duras à Desguin, dans l’intervalle de leurs textes, dans ce qui les réunit par-delà le temps dans le même décor, saisit le lecteur dans le cercle heureux, revivifiant des mots. »

En savoir plus ici sur le blog de Carine-Laure

On peut commander le livre en version numérique ou en version papier sur le site d'Edilivre

En attendant un entretien autour Duras, voici une présentation du livre et de l'auteure sous forme de questions-réponses.

 

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21:39 Écrit par Éric Allard dans Avis de parution | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

LES ECLABOUSSURES et autres poèmes, illustrés par des encres de Didier GOESSENS

Eric Allard                                             Didier Goessens   

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Les éclaboussures 

tombé dans l’œil
un regard se noie
 
sur les cils
des gens voient
sans pouvoir agir
 
des éclaboussures 
d’images

Voir les autres poèmes avec les encres ici sur le blog de Denys-Louis Colaux - que je remercie vivement pour l'heureux appariement.

Denys-Louis COLAUX1

Denys-Louis COLAUX2

Le blog de Didier GOESSENS

Didier GOESSENS sur ARTactif

21:26 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

09/04/2015

UNE ÉTUDE SCIENTIFIQUE LE RÉVÈLE : LES HOMMES POLITIQUES SE PARLENT!

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Une récente étude scientifique diligentée par Philippe Mettens (qui a découvert la politique le week-end dernier) le démontre : les hommes politiques se parlent, à l’intérieur de leur parti et, même, d’un parti à l’autre. Aussi surprenant que cela puisse paraître, on a pu décoder leur message sibyllin pour le profane. Ils disent, en termes plus sommaires certes : Bonjour!... Quelle place occuperas par rapport à moi dans telle liste aux élections prochaines ?... Quelle chance a le Parti de participer aux prochains gouvernements ? Entre les élections, il leur arrive même d’échanger avec des politiciens d’’autres partis. Ils disent : Salut!... Quelles chances avons-nous de collaborer ensemble lors d’un prochain gouvernement?... Comment pourrons-nous évincer tel parti de la future coalition?

Par ailleurs, leurs échanges n’ont pas encore pu être décryptés, tellement c’est confus, contradictoire, ambivalent et, pour tout dire, inepte.

L'ex-chef de la politique scientifique a déclaré : Au state actuel de la Recherche scientifique, la science avoue son ignorance, elle est incapable de vérifier si les hommes et femmes politiques peuvent dire autre chose que ce que la ligne du parti leur impose. Même si ces fragments de langage expriment à coup sûr une forme de pensée sommaire, on ne peut pas savoir si l'homme et la femme politique sont capables d'une pensée élaborée, d'une autre action que de celle (se) représenter...

Les partis actuels semblent aussi dans l’impossibilité de trouver de nouvelles idées : ils font ainsi appel à leurs militants, dans le même état général d’abêtissement, cherchant en permanence sur les réseaux sociaux des sujets sur lesquels s’indigner pour se forger une opinion... 

07/04/2015

UN POÈME RISOTTO

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Des Pâques à la kippa

Sur un crâne d'oeuf

Bien garni

  

Et Zappa à la mandoline

Qui râpe de la Mozzarella

Dans un vase de Chine

 

Des haricots princesse

À la sauce moutarde qui monte

Au nez du prince petit pois au raifort

 

Marre reine sur son trente-et-un

De roi d’étang épousseté

De sa poussière de trente carpettes

 

Du vent dans les sandales

D’un Mandala tout dérangé

Sur le chemin perdu de l’éveil

 

Ma plume acide assise sur une punaise

En chaise porteuse renversée

Par un couple de marteaux piqueurs

 

Et tous les cui-cui du zoo d’Anvers

Qui font boui-boui près du porc

Au groin-groin qui pousse au péché de mer

 

Faire fi-fi du fric pour faire rebelle

À la noix écrivain gaucho qu’on hue hisse

À la place de l’académicien argentin à cheval

 

Bla-bla et Belles lettres en carrosse

Qu’on trempe porte dans le vain du sommeil

Pour rivaliser (fenêtre) avec le royal rêve

 

Pendant que des nuages tombent

      Des cimetières de pluie, de pattes et de pages femelles

      Dans un livre d’huîtres, d’ail et de rivières

 

Tout ça pour faire semblant d’avoir

Ecrit un poème risotto qui (peut-être) servira

D’âme-son (et lumière) au prochain Téléappât 

 

10:55 Écrit par Éric Allard dans SAC À MALICE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

06/04/2015

PEDESTRIAN AT BEST and other songs / Courtney BARTNETT

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"La côte d’amour pour l’Australienne Courtney Barnett n’a pas cessé de grimper vers de logiques sommets : la demoiselle est sans doute l’une des parolières et songwriter les plus drôles et les plus passionnantes à avoir surgi ces dernières années.
Très nirvanesque, “Pedestrian At Best”, est sans doute la chanson plus musclée, la plus bruitiste d’un album excellent de bout en bout, de chanson en chanson, d’histoire en histoire." 

Thomas Burgel (Les Inrocks)



CourtneyB-2013.jpgCourtney Barnett, songwritrice de haut vol, par Christophe Conte 

" (...) Musicalement, Courtney concède une admiration de principe pour les aînées Patti ou PJ, tout en évitant d’étalonner ses chansons sur les leurs, citant plutôt par protectionnisme les gloires locales que furent les Saints, Died Pretty et surtout The Go-Betweens, elle qui possède avec les derniers un goût des mélodies sucrées-acides (Don’t Apply Compression Gently) et économes en esbroufes inutiles.(...)  "

 

Courtney Barnett, ballades rock d'une branleuse cool, par Stéphane Deschamps

" (...) Courtney Barnett chante des ballades de branleuse et du rock’n’roll en tongs. On y entend l’influence du rock des sixties (les Kinks, le Velvet Underground, Neil Young), du proto-punk hippie des Modern Lovers (première période), et d’une multitude de groupes indés américains des années 90.

Rien de nouveau, mais de la fraîcheur, de l’énergie solaire, des loopings mélodiques et une voix addictive de chipie laconique, qui évoque la fille cachée de Jonathan Richman et Chan Marshall, la fille qui habite en face, de l’autre côté de la rue, dans une petite ville près de la mer, où il ne pleut jamais. Dans le livret de son album, la facétieuse Courtney Barnett a dessiné et nommé neuf types de chaises. En oubliant les deux qui vont bien avec l’amour qu’on lui porte : la chaise haute et la chaise longue. "

Le site de Courtney

 

19:08 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

05/04/2015

TU ES RICHE DE TOUTES LES GOUTTES DE PLUIE de GÉRALDINE ANDRÉE

3401.jpgÀ la claire fontaine des mots

Géraldine Andrée met en relation l’eau et l’air à l’aide des fleurs et des feuilles, ces emblèmes du végétal pour, au gré de ses poèmes, tisser entre les éléments de précieuses correspondances. La goutte, par exemple, est aussi bien d’eau, de son, de temps ou de lumière…  En sachant que, chez elle, air et eau sont les vecteurs de la lumière, cette forme de feu.

Et le sang est dans le temps comme le temps nous traverse.

Ce n’est pas Moi qui traverse le Temps (…), non, c’est le Temps qui me traverse et vieillit / Et moi je reste à jamais intacte, / vivante.

Elle appréhende les éléments par ce qui les met en mouvement, ce qui révèle leur existence.

Mobiliser l’un des acteurs du système vivant, c’est mettre en branle une mécanique qui va toucher l’âme, remuer les sentiments, la sensation créant l’affect, ranimant le dur désir de durer cher à Eluard. 

On a l’impression que ces deux vers qui démarrent le Green de Verlaine, elle aurait pu les faire siens :

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.

      Même si, par une sorte de pudeur ou souci de ne pas faire usage d'un mot trop        commun, elle n’emploie guère le mot cœur.

Géraldine pratique une poésie légère et grave à la fois. Dans le sens où elle atteint à une forme de gravité à force de légèreté (im)matérielle. Elle travaille l’à peine né / de la Pensée, le soupir comme le murmure, ce qui attente au silence, comme l’eau [qui] coule / dans la théière ou la cuillère [qui] tinte /  contre la tasse.

On devine un passé toujours présent, pesant mais près de s’effacer devant chaque instant nouveau car porteur d’avenir, d’une félicité qui laissera des traces si elle est saisie pleinement (dans un moment d’éveil), dans toutes ses composantes…
Le bonheur est un tout mais qui peut tenir dans des riens de l’existence, ainsi que ces brins de thym bleu [qui] étoilent l’eau du bouillon ou l’odeur des haricots  qui cuisent doucement dans l’eau, qu’elle collecte comme autant de trésors.

C’est une poésie zen, au sens fort du terme, qui n’attend rien de l’instant et qui pour cela est pure surprise. Jusque dans les chutes de ses poèmes, qui même si elles viennent dans une infinie douceur, font en nous vibrer une corde au diapason de la grâce.

Ces textes qui, jusque dans leur graphisme, tombent à la vitesse de l’attraction poétique opèrent une action de simultanéité entre l’écrivaine et son lecteur, de l’ordre du partage, de la communion… Comme si on lisait, comme si on percevait, ce qu’a éprouvé Géraldine au moment où elle l’a écrit. C’est une poésie sans intermédiaire, qu’on boit à la fontaine de l’écrit comme une eau bienfaitrice, identique et différente la fois, à laquelle on sait qu’on pourra toujours venir se ressourcer.   

Un premier recueil aussi parfait que possible jusque dans  la conception de couverture et le choix de son titre. 

Éric Allard 

Le livre sur le site des éditions Almathée

17:04 Écrit par Éric Allard dans Avis de parution, LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

03/04/2015

CRASH / Régis JAUFFRET

  9782070355686FS.gif  Les avions de ligne ne tombent pas souvent. On pourrait piloter pendant dix siècles sans connaître de problème majeur. Mais, comme le deuxième moteur vient de prendre feu, je me dis que je vais finir ma carrière dans les eaux tièdes du Pacifique. Je tiens mollement le manche à balai, la moindre crispation risquerait de provoquer chez moi une crise d’angoisse ou de tétanie. Mon cerveau n’a jamais été si solide, je suis insomniaque depuis l’âge de sept ans, et je collectionne les dépressions nerveuses comme d’autres les voitures anciennes, ou les boîtes de Vache qui rit. La compagnie n’en a jamais su, elle ignore aussi que j’ai souvent envie de grimper tout en haut du ciel jusqu’à l’implosion dans la stratosphère, tant je rêve de quitter définitivement la Terre pour aller me saouler la gueule avec les anges. Mais avant le décollage j’ai pris des neuroleptiques, ce genre de fantasme ne me traverse pas l’esprit.

   De toute façon, l’avion perd de l’altitude. D’une voix rendue désinvolte, presque gaie, par mon accent chantant qui sent la garrigue, j’avertis les passager que la compagnie indemnisera leurs familles. Le copilote est pâle, le jeune navigateur pleure dans ses mains en coquille. La porte du cockpit est verrouillée, mais je vois sur l’écran de contrôle que de l’autre côté stewards et hôtesses se débattent avec les passagers en proie  la panique. Ils les supplient d’ouvrir les portes avant le crash, afin de tenter leur chance en se jetant dans le vide dès que l’appareil fera du rase-mottes au-dessus de l’océan. Pour partir la conscience tranquille, je m’emploie à les rassurer de mon mieux.

-         Le personnel demeure à votre disposition.

-         Une collation va vous être servie.

   Mais personne ne m’écoute. Tout le monde est compressé autour des hublots, et hurle en regardant la mer dont on distingue avec netteté l’écume des vagues.  J’abandonne les commandes, je m’empare de la bouteille de gin que j’ai achetée au free-shop, et je la vide précipitamment en éclaboussant les instruments de bord. A la réflexion, j’aurais volontiers vécu cinquante ans de plus, mais mourir tout de suite a quelque chose d’apaisant, un peu comme préférer au dernier moment se coucher tôt un 31 décembre, au lieu d’aller réveillonner avec des amis décidés à s’amuser coûte que coûte, âprement, jusqu’au matin.

 

in Microfictions, Régis Jauffret (Gallimard, 2007), disponible en Folio (1040 pages): 

AVT_Regis-Jauffret_130.jpegLivre monstre, Microfictions rassemble cinq cents histoires tragi-comiques comme autant de fragments de vie compilés. 

"Sans parler de «nouveau roman» ou de «nouveau nouveau roman», je pense que la littérature ne doit pas avoir peur de faire évoluer les genres. Je pense aussi que chaque histoire prise individuellement n’est pas un cinq centième du livre, de même qu’une foule est plus que la totalité des individus qui la composent. C’est pour moi la définition du roman : à la base, la fiction, elle-même faite de personnages, dont l’ensemble forme une foule. Alors disons que Microfictions c’est une foule en particulier, qu’on aurait rencontrée un jour, par hasard, vers cinq heures du soir." Régis Jauffret

Régis Jauffret: "La méchanceté, c'est la santé" (son entretien avec Jérôme Garcin à l'occasion de la sortie de son nouveau livre, Bravo, chez Gallimard) sur le site du Nouvel Obs 

Pierre ARDITI lit Un vulgaire cancer d'ouvrier, extrait des Microfictions.

11:38 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

02/04/2015

Quelques MOMENTS MUSICAUX...

Un MOMENT MUSICAL est une pièce de musique généralement courte, pour un seul instrument (WIKIPEDIA) 

Franz SCHUBERT (1797-1828) a composé 6 Moments musicaux entre 1823 et 1826

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Le moment musical n°3 (Air Russe), allegro moderato, en fa mineur, interprété par David Fray

Le moment musical n°3, Andantino, en la bémol majeur par David Fray

 

 

 Serge Rachmaninov (1873-1943) a composé 6 moments musicaux en 1896

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Le moment musical n°4, presto, en mi mineur par Nikolai Lugansky

 

Le moment musical N°2, allegretto, en mi bémol mineur, par Nikolai Lugansky

 

Moritz Moszkowski (Breslau, 1854- Paris, 1925) a écrit 4 moments musicaux 

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Le moment musical n°2 en fa majeur par Christopher Langdown

 

D'autres compositeurs ont composé des moments musicaux, comme Jacques Castérède (né en 1925) - 3 moments musicaux d'après Corot -, Krystyna Moszumanska-Nazar (née en 1922 en Pologne) - un moment musical pour violoncelle seul -, Avner Dorman (né en 1975 à Tel Aviv)... 

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Les mains de Serge Rachmaninov

21:15 Écrit par Éric Allard dans Les belles musiques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

01/04/2015

LE SOURIRE et autres MOMENTS d'AMOUR

Le sourire

 

Tes lèvres s’étirent

On dirait que c’est sans fin

Aux commissures

Je lis comme des rides

 

Et tu continues de parler

Comme si de rien n’était

Comme si l’accident de regard

N’avait fait aucune victime

 

Dans cette blessure

Qui découpe le visage

Et lui fait verser

Le sang d’un sourire

 

Je veux déposer

L’offrande d’un baume

L’arrêter, quel affront !

Mais la plaie est trop vive.

 

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Le goût et la vue

 

Tes yeux ne sont qu’yeux

Tes lèvres ne sont que lèvres

Dans cet entre-deux troublant

Fait d’air et de givre

 

Par-ci par-là un nez une frange

Un front volontaire

Où va la main le bras le corps

Et la déroute de mes pensées ?

 

Tes yeux sont des lèvres

Tes lèvres sont des yeux

À les observer

Je me perds et désespère

 

D’unir la bouche et le regard

Les dents des images

Avec la vue de ta langue, 

D’écrire un poème à la hauteur

 

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Tes seins

 

Tes seins sont graves

Ils me pèsent

De les soulever

Jusqu’à mes lèvres

 

Je plaisante

Ils sont si bien élevés

Que dans mes mains

Ils volent à mes baisers

 

Et parfois s’envolent

Ces lourds oiseaux zélés

Sans que je puisse les garder

À portée de mes jeux

 

Je peine à les retrouver

Où nichent-ils donc alors ?

Dans la ramure d’un malandrin

Dans la feuillée d’une bonne fée

 

Dans le ciel des amours échappées

Dan le jardin de ses prétendants ombreux

Ou bien tout simplement 

Dans la cage dorée de mon coeur épris ?

 

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Dans l’air

 

Je t’écris ce poème dans l’air

Du temps

Qui s’espace

À mesure des heures

 

Tu le déposes un instant

Sur ton épaule

Où il prend

La bonne odeur de ta peau

 

Puis l’horizon se fane...

D’un juste pétale

Je clos ta bouche

Ouverte sur ma nuit

 

Avant que tu ne répondes

À ce que dit l’ombre

À la forme parfaite

Qui dans la lumière tombe

 

Sans casser

Ta beauté

Dans la blancheur

D’une âme

 

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MOMENT D'AMOUR (essai de définition d’après le moment d’une force) : Le moment d’(un) amour par rapport à un instant donné est une grandeur sentimentale traduisant l’aptitude d’une sensation à faire tourner, (re)démarrer un système amoureux à partir de ce point, appelé pivot.

14:38 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

31/03/2015

(S)C(H)OOL SONGS

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(La Maison piano est une école de musique dans une université à Huainan en Chine.)

 

LES (IN)CONTOURNABLES 

 Le surveillant général par Serge Lama 

 

QUELQUES AUTRES...

 

10 CHANSONS qui n'aiment pas l'école sur le site des Inrocks

The PIXIES - VAMPIRE WEEK-END - THE LIBERTINES - THE CLASH - KANNYE WEST - MORISSEY - THE SMITHS - THE WHITE STRIPES - BELLE AND SEBASTIAN - ANIMAL COLLECTIVE 


 

21:46 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |