06/07/2015

BOUDDHA

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Cet homme aimait le mot Bouddha. Il aimait le dire mais surtout l’écrire. Ce h succédant à 2 d lui donnait la chair de poule. Sur des pages et des pages il l’écrivait sans relâche comme on arpente une montagne ou un désert. Des milliers de Bouddha bout à bout !

Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha Bouddha...

Un jour, à force d’écrire Bouddha, il connut l’éveil après s’être assoupi de fatigue. 

Puis il se mit à écrire zenzenzenzezenzenzenzenzenzenzenzenzenzenzen...

 

15:35 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

05/07/2015

ECRIRE suivi de MOTS TUS, par DENIS BILLAMBOZ

Ecrire

  

Ecrire ?

Pourquoi ?

Pour qui ?

 

J’ai écrit

Bien ? Mal ?

Je ne sais

 

Publier ?

Pourquoi ?

Pour qui ?

 

Serai-je lu ?

En ai-je envie ?

Puis-je affronter le lecteur ?

  

Questions inutiles

Les éditeurs m’ignorent

Qu’importe

 

De toute façon

Je n’ose

Montrer ma prose

 

Alors ?

J’écrirai encore

Pour moi !

 

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Mots tus

  

Je déborde de mots

Et ma page reste blanche

Je n’ai aucun maux

A graver sur la planche

 

Mes amours sont heureuses

Sans être passionnées

Mes amitiés sont joyeuses

Sans être exaltées

 

Je n’en veux pas à la terre entière

Je ne veux pas refaire le monde

De mes douleurs je sais me satisfaire

J’accepte que la terre reste ronde

 

Je ne sais que faire de mes mots

Je ne sais que leur confier

Je mène la vie des gens normaux

Qui n’ont rien à raconter

 

C’est ce que pensent mes amis

Mais mes grandes douleurs sont muettes

Et pour ne pas déclencher un tsunami

Je range mes mots dans ma musette

 

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Les peintures sont de VAL D'OFF 

14:41 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

04/07/2015

LES CHANSONS DE LA PLUIE

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15:00 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

QUELQUES REVUES POUR ENTRER EN ÉTÉ...

leuckx-photo.jpgpar Philippe Leuckx

 

 

 

Le numéro seize de la revue de l’Association des Ecrivains Belges de langue française (A.E.B) Nos Lettres, propose, sur le thème « Ombres et lumières des mots », une quarantaine de pages de contributions des membres. De Frank Andriat à Anne-Marielle Wilwerth, des poèmes, des proses, des extraits de romans, bref de quoi nourrir et illustrer le sujet de devoir « imposé » auquel ont répondu 50 écrivains.

L’ « escalier en tourterelle » de Guy Beyns ou les mots inventés par un enfant requis par l’ombre des choses.

Philippe Remy-Wilkin évoque le « double mouvement » du balancier : entre ombres et lumières, ce qui « libère et qui encage ».

Jean-Loup Seban, dans une langue très dix-huitième, propose à son héroïne : « Un soir soyez pensive, un autre plus frivole », selon l’humeur et la couleur du moment.

Françoise Pirart tisse des ombres sur une pelouse de rencontre.

Chez Noëlle Lans, « la phrase est habillée de clair-obscur », et d’évoquer à son propos le « Yin et le Yang ».

Danielle Gerard voit dans les mots et leurs lumières un espace de vitraux, en « éclats », « dans un enchevêtrement » de « douces consonances ».

Claude Donnay « libère des lucioles au cœur de l’obscur, qui n’éclairent que des chemins de traverse ».

Dans sa langue de poète philosophe, Jean-Michel Aubevert entend nous rappeler à la source des mots, de la parole, de l’écriture « qui rouvre les livres ».

Le numéro fait la part belle à l’hommage rendu au poète et critique Jean Dumortier, disparu il y a peu, figure fidèle du monde de la poésie qu’il écrivait, commentait, honorait par sa généreuse action à l’Association, au Grenier Jane Tony, à l’A.R.E.A.W.

La revue s’achève par le compte rendu précis des dernières Soirées des Lettres. A l’honneur : Laurence Bertels, Claire-Anne Magnès, Barbara Flamand, Raymond-Jean Lenoble, Jean-Marc Rigaux, sous la « férule » experte et attentive de Jean-Pierre Dopagne.

Le site de l'AEB & de Nos Lettres

*

220px-Paul_Van_Melle.jpgTrois livraisons d’Inédit Nouveau de l’infatigable Paul Van Melle, secondé par son épouse Jacqueline, peuvent donner le tournis tant la matière critique des livres lus et des poèmes commentés (par les petites notices) par le maître de céans semble intarissable. Comment fait-il ?

Bref, dans le n° 271 de novembre-décembre 2014, Van Melle accueille des poètes qui aiment le verset, la strophe, qui la rime, qui le thème noble (le Jour des morts). L’humour de Jacques Ferlay, « le mur de la honte » de Micheline Debailleul, trois très beaux poèmes de Michel Cosem…

« Sommeil, autre versant de la cécité » de Philippe Fouche-Saillenfest (poète français né en 1941), que je découvre.

**

Le n°272 de janvier-février 2015 met en couverture la bonne bouille rieuse de Michel Butor, manière pour Van Melle de rédiger un petit édito sur les mouvements littéraires du XXe (qu’est devenu, selon moi, le nouveau roman ? qu’en reste-t-il ?). Résurgence d’Eric Cuissard évoque Duras et son « Hiroshima, mon amour ». Un texte d’une très jeune Belge, Andréa Taos, décline une description précise d’ « arbres (qui) montaient au soleil/ comme des dieux… » ou de « nudité de la femme-rivière ». Auteur à suivre, que Van Melle a l’art de dénicher. Comment fait-il ? Denis Emorine parle de « frémissement du vent » intérieur.

Comme toujours de très nombreuses notes de lectures (Modiano, Comtesse de Noailles, Tom Lanoye, Pessoa…)

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Sous l’égide de Cendrars, le numéro 273 de mars-avril 2015 rend hommage au grand poète Marcel Hennart (il a perdu son Eurydice) et plus généralement à ces compagnes obscures, invisibles, cachées des poètes.

Le voyage, « l’heure obscure de la nuit » de Jean Hautepierre, les textes incisifs d’une poétesse roumaine, Stella Vinitchi Radulescu, qui « se lave les cheveux dans la lumière du soir », et dont « la blessure prend la forme d’un arbre séché », ou encore cette « guetteuse dans les airs » de Gisela Hemau (poète allemande)…il y a matière et poésie à dégoter au fil des trente-deux pages classiques (A4).

*

donnay.jpgDites trente-trois  ! Soit le n° du dernier BLEU D’ENCRE, revue qui existe depuis juin 1999, qui ne paraît que deux fois l’an, aux solstices, qui est restée fidèle à son format A5, à ses collaborateurs réguliers et à la poésie, de tous horizons, de toutes les langues, puisque, depuis le premier numéro, la revue de Claude Donnay ouvre aux traductions de l’italien, de l’arabe…

Le numéro 33, en effet, profite des traductions du professeur Salah Ben Amor pour nous faire connaître les voix de Lana Almajaly , d’Imen Diabel, de Marwa Halawa, d’Oumeima Ibrahim, de Suzanne Ibrahim, de Bissen Kayrbik et de Qamar Sabri Aljassem, paroles de Jordanie, de Bahrein, de Syrie.

Les poèmes français du Maroc (Ken Noucha ou Khalid El Morabethi), de Suisse, de France ou de Belgique (l’inouï Besschops) ne sont pas en reste.

Voilà une revue qui prend une juste mesure du monde, en donne des signes, des échos :

« on raconte qu’un enfant a perdu un bras près de la clôture de l’automne » (S.Ibrahim – Syrie)

« la faim a fait sortir le loup meurtri du bois…tandis que l’enfant indolent/ coupe les mains des fous pour en faire des bouquets » (Ivan de Monbrison – France)

« plus près ou loin je connais la voix de ton amour » (Nawal Qarmoua – Maroc)

« devant le ciel et la mer

je vois des bleus distincts des lambeaux d’horizon

de quoi aimer le bruit du vent et de la plume

et ce contact infime de l’un vers l’autre

que l’on nomme l’écriture… » (Pierre Warrant – Belgique) 

Des lectures (par N.Doyen, G.Paris, Ph.Lx) mettent en lumière Philippe Besson (« Vivre vite »), Frédéric Vitoux (« Les désengagés »), Michel Bourçon (« Jean Rustin »), Olivier-Léon Terwagne (« Soleils sur le Nihil »), José Havet (« Nuit frontière ») et Stéphane Georis (Timoteo Sergoï en poésie) pour « Le triomphe du saltimbanque ».

BLEU D'ENCRE, revue & éditions

12:44 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

02/07/2015

LE VIOLON PISSE SUR SON POWÈTE d'ÉRIC DEJAEGER (Les Carnets du Dessert de Lune)

156634007.jpgAntimanuel de poésie

S’il y a un enseignement à tirer de ce recueil moquant la poétique attitude, c’est que tout poète qui se croit poète n’est pas poète. Ou encore que le poète n’est jamais celui qu’on croit.

Que l’état de poésie ne se décrète pas, qu’il y a des effets de poésie créant, à force, leur powète mais pas de poésie pure, innée, attendue, de poésie-Dieu incarnée en un seul être p(r)o(phét)ique.

Je m’arrête là au risque de faire croire que je serais critique de po(w)ésie…

Mais attention, c’est subtil, ne pas se dire poète pour l’être néanmoins n’est pas non plus gagné.
Vous aurez compris qu’à ratiociner de la sorte on se prend la queue des vers dans les pieds du poème et qu’ il vaut mieux savourer ces excellents aphorismes pour rire du powète et, pourquoi pas, de soi-même, en appréciant au passage la manière dont ils sont tournés et pour quoi, pour qui. Pour le bonheur du lecteur, ce qui constitue bien le plus sain but à atteindre quand on se pique d’écrire, de la poésie ou autre chose.

Jugez plutôt !

Le powète qui se confine dans la powésie manque d’imagination.

Le powète ose traverser quand le feu est rouge : il sait, lui, qu’il est immortel.

Ce n’est pas parce que le powète prend son pied que la rime est bonne.

Quand le powète s’endort, les étoiles en profitent pour souffler un peu.

Pleine Lune ! Les powètes vont surpowéter !

Le powète rêve d’être maudit, mais pas de son vivant.

Etc. 

 À noter la qualité de conception de cet ouvrage publié par Les Carnets du Dessert de Lune qui tient dans une main, avec en couverture un collage d’André Stas, Le poète écorché. Un antimanuel à glisser cet été dans votre bagage pour dépowéter un maximum! 

Éric Allard

Liens utiles

Les Carnets du Dessert de Lune

Pour commander le livre

Le blog d'Éric DEJAEGER 

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Éric DEJAEGER & André STAS

12:07 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

29/06/2015

IBÈRES D'ANTAN

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

J’ai eu l’occasion de lire ces deux textes et j’ai eu l’idée de les rapprocher même s’ils sont très, très, différents, non pas pour faire un quelconque parallèle sur le plan littéraire mais seulement pour vous inviter à partager mon intérêt pour la littérature espagnole préfranquiste. Après la mort du Caudillo, une jeune littérature espagnole produite par toute une génération de jeunes écrivains tous plus talentueux les uns que les autres nous a un peu fait oublier qu’avant que la chape de plomb écrasant les lettres ibériques, il existait une très belle littérature espagnole que nous avons presque tous oubliée. C’est pour lui rendre hommage et pour rappeler son lustre que je publie aujourd’hui ces deux textes de deux très grands auteurs.

 

dona_perfecta__roman_-9783746660165_xxl.jpgDONA PERFECTA

BENITO PEREZ GALDOS (1843 – 1920)

Encore un texte qui aurait pu servir de livret à un opéra dont Don José (eh oui) pourrait être le ténor qui aime la soprane, Rosarito, et qui essaie de l’enlever malgré tous les efforts déployés par le baryton, pour une fois en jupon, la mère de la belle, Dona Perfecta.

Au XIX° siècle, Don José Rey, jeune ingénieur, se rend chez sa tante Dona Perfecta, dans une bourgade imaginaire perdue au fond de la Castille, pour faire la connaissance de sa belle cousine Rosarito avec laquelle son père et sa tante voudraient le marier. Mais bien vite, sous la pression du chanoine confesseur de la tante, le jeune ingénieur dévoile ses idées modernes et commet des maladresses dans les lieux de culte. La tante, très religieuse, va alors manigancer toutes les combines possibles pour écarter sa fille du jeune diplômé trop peu respectueux de la religion et des coutumes locales, à la grande joie du chanoine qui voit ainsi se libérer la voie d’un mariage entre la riche héritière et son propre neveu. « Il finit par se sentir si étranger, pour ainsi dire, dans cette ténébreuse cité de chicane, d’antiquailles, de jalousies et de médisance, … »

Toutefois, le jeune homme ne désarme pas et mijote un plan machiavélique pour arriver à ses fins et enlever la belle qui est toute aussi amoureuse que lui. Mais ce plan déclenche des réactions en série qui provoquent la tragédie que tous les lecteurs attendent depuis le début. « Les gens ont ici les idées les plus arriérées sur la société, la religion, l’Etat, la propriété. »

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Une histoire linéaire, simple comme une tragédie grecque, écrite dans une langue claire et précise avec un style très classique qui rend la lecture très aisée. Une histoire au romantisme un peu dégoulinant. Une histoire qui met en évidence l’obscurantisme religieux qui régnait à l’époque en Espagne, sous la double domination de relents de l’Inquisition (« Nous lui arracherons sa passion ou plutôt, son caprice, comme on arrache une jeune herbe qui n’a pas encore eu le temps de prendre racine… ») et de la persistance de certains us et coutumes hérités de l’étiquette imposée par les Bourbon. L’auteur a aussi voulu mettre en évidence le manque d’ouverture de la classe dirigeante espagnole qui n’a rien fait pour qu’il soit le titulaire du premier Prix Nobel de littérature, décerné en 1901, qui lui était apparemment destiné, et la collusion entre une administration partisane accrochée aux privilèges ancestraux et l’Eglise catholique attachée à l’image que la célèbre Isabelle lui avait fabriquée. Sans omettre la faiblesse humaine capable des pires manigances pour satisfaire ses ambitions et envies de pouvoir.

Ce roman est également un avertissement sur la manipulation des foules qu’il est facile de mettre en émoi pour atteindre des objectifs personnels mais qu’il est ensuite moins aisé de maîtriser. Un avertissement prémonitoire, le livre a été écrit en 1876, que les Espagnoles ne semblent pas avoir entendu : « … l’Espagne, n’en doutez pas, va connaître des scènes pareilles à celles de la Révolution française, où des milliers de prêtres d’une grande piété ont péri en un seul jour… »

 

Gomez-De-La-Serna-Ramon-Gustave-L-incongru-Livre-586722522_ML.jpgGUSTAVE L'INCONGRU

RAMON GOMEZ DE LA SERNA (1888 – 1963)

Pour présenter les quarante-trois brèves aventures cocasses, bizarres, absurdes qui constituent la vie de Gustave, Roger Lewinter, dans la quatrième de couverture, parle de roman cubique … où interviendrait la quatrième dimension, je lui fais totalement confiance car j’ignore complètement ce que peut-être un roman cubique. Je peux seulement confirmer que les bizarreries et autres absurdités et incongruités ne manquent dans ces brefs récits bien plus drôles que tragiques.

Gustave est né prématurément dans une loge de l’opéra, premier signe d’une enfance et d’une jeunesse atypiques, carrément incongrues. Gamin précoce et débrouillard il est déjà le héros de mille situations cocasses et bizarres. Devenu adulte, il est très courtisé par les jolies femmes qui peuplent tous les récits et possède pour principal talent celui de se défiler devant des mariages ou alliances qu’ils ne jugent pas forcément bienvenus ou du moins trop précoces.

Pour ce jeune rentier coureur de jupons qu’on dirait échappé de l’œuvre de Proust, la vie est beaucoup plus aisée que celle des héros proustiens, il se rapprocherait plutôt d’un autre optimiste béat qui se sort de toutes les situations scabreuses avec lesquelles il se retrouve aux prises ; il évoque sans conteste, Saïd Abou Nahs, l’optimiste d’Emile Habibi dans « Les circonstances étranges de la disparition de Saïd Habou Nahs, l’Optimiste ». Avec la différence toutefois que le personnage d’Habibi est plus pathétique, plus à prendre au second degré pour pénétrer les malheurs des musulmans chassés d’Israël. Gustave, lui, est un optimiste heureux et fort aisé de toutes les aventures incongrues qui lui arrivent. Il pensait : « Tout est ici bas aussi incongru que ma propre existence, mais les autres ne veulent point s’en persuader ni permettre qu’il en soit ainsi. Et pourtant y a-t-il rien de plus léger que l’incongruité, rien qui repousse davantage cette idée de responsabilité qu’ils se sont inventée ? »

L’incongruité est la manifestation de son destin qui l’entraîne toujours dans des situations bien peu ordinaires qu’il subit toujours avec résignation, la vie n’est qu’incongruité, il ne lui arrive que des choses incongrues, bizarres, mais jamais dramatiques, que le hasard lui distribue avec une grande générosité. La vie n’est guidée que par ce hasard facétieux qu’il faut accepter avec bonne humeur. « Il était le dissolvant de toutes les lois de la vie qui se brisaient, se brouillaient, s’isolaient et se dénouaient sitôt que Gustave s’interposait ».

C’est Valéry Larbaud qui a introduit Gomez de la Serna en France, qui l’a dit, je lui laisse donc la responsabilité de cette affirmation que je cite à mon tour même si elle parait incongrue à certains : « Les trois plus grands écrivains de ce siècle sont Proust, Joyce et Ramon Gomez de la Serna ».

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17:05 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de DENIS BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

28/06/2015

CHANTEUSES d'aujourd'hui & de demain (4): NATALIE PRASS

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NATALIE PRASS est née en 1986 en Virginie. Elle a sorti cette année son premier album, Natalie Prass, produit par Matthew E. White avec lequel elle avait formé un groupe quand elle était au lycée.   

 

Née en Virginie il y a 28 ans, Natalie Prass vit à Nashville, mais les fastueuses orchestrations de son premier album ressuscitent et citent la soul de Memphis et du label Stax, avec ses cuivres grandioses et ses cordes capiteuses. Ecoutez donc la ballade exquisément mélodramatique, "My Baby Don't Understand Me", ou l'ombrageuse rengaine "Bird Of Prey".

Le disque de Prass est produit par l'hirsute Matthew E. White dont l'album "Big Inner" aux couleurs  country-soul-gospel avait séduit les amateurs, en 2012, par l'élégance de ses arrangements. Ici, le producteur virtuose se passe même quelques fantaisies kitchs. Certaines évoquent la période orchestrale de Scott Walker ("Christy"). D'autres rappellent les sucreries de Phil Spector sur "Death of a Ladies' Man" de Leonard Cohen. 

Fabrice PLISKIN (Nouvel Obs)

 

Après avoir achevé sa croissance les pieds dans l’eau à Virginia Beach, la chanteuse s’est installée pour ses études à Nashville (Tennessee), se rêvant encore en Dionne Warwick plutôt qu’en chanteuse country. A l’écoute de son album, on se demande où elle était passée toutes ces années, quand nous devions revenir vers Dusty Springfield ou Harry Nilsson pour panser les ruptures. Natalie Prass les écoutait beaucoup elle aussi, mais elle était simplement au service des autres, notamment au clavier pour Jenny Lewis. Enfin, elle a pris sous le bras ses bluettes parfois cruelles pour les travailler avec son ami songwriter Matthew E. White dans son studio à Richmond, en Virginie. (…)

Dans la belle tradition soul, la douceur de sa voix apaise des textes qui atteignent parfois des sommets de violence émotionnelle («Brise mes jambes car elles veulent marcher jusqu’à toi»). Elle ne flirte jamais avec le ridicule, même sur un thème aussi rabâché et essentiel que les amours contrariées. L’implorant Why Don’t You Believe in Me se refuse au second degré, on n’y retrouvera pas le brin de cynisme airbag fréquent dans les textes d’autres auteurs. Ce titre convoque aussi une rythmique reggae, si bien qu’on croirait entendre un nouveau hit de la Jamaïcaine Susan Cadogan. Pour son premier concert à Nashville, Natalie Prass avait même fait monter sur scène à ses côtés un ensemble reggae devant un poster d’Isaac Hayes.

Charline LECARPENTIER (Libération)

 

Puissant et délicat, composé de pop-songs pétulantes (Bird of Prey), de ballades soul pigeonnantes (My Baby Don’t Understand Me) et de mélodies aériennes que l’on jurerait taillées pour des comédies musicales (Christy ou It Is You, déjà repérée par la pub), ce premier album est un ravissement qui assume pleinement son anachronisme : « Je suis insensible aux hallucinations de la mode, j’ai toujours rêvé de faire une musique intemporelle, j’écris surtout des chansons que j’aimerais écouter. »

Christophe CONTE (Les Inrocks)


 

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21:19 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

26/06/2015

MÊME PAS PEUR #2 spécial CONSOMMATION

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Avec les contributions de…

Pour les dessins, collages, montages, photo-montages Thomas Burion, Bruno Carbonnelle, André Clette, Gérard Collard, Benjamin Dak, Philippe Decressac , Éric Dejaeger, John Ellyton, Marc Fernandez, Karim Guendouzi, Stéphane Janlier, Kanar, Raphaël Livingstone, Théo Poelaert , Samuel, « Samuel, Dulieu et Sana », Sondron , Stiki, Vince, Dominique Watrin, Yakana , Yannick Brie.

Pour les textes Manuel Abramowicz, Éric Allard, Massimo Bortolini, André Clette, Denys-Louis Colaux, Alessandra d’Angelo , Claude Demelenne , Nathalie Dillen, Olivier Doiseau, Christian Duray , Georges Elliautou, John F. Ellyton, Gaëtan Faucer, Bernard Hennebert, Florian Houdart, Sylvie Kwaschin , Dr Lichic, Meursault, Michel Majoros Jean-Loup Nollomont, Luca Piddiu, Jean-Philippe Querton, Mickael Serré, Laurent d’Ursel, Étienne Vanden Dooren, Dominique Watrin.

Pour s’abonner à MÊME PAS PEUR : 

Pour la Belgique : verser 20 € (pour les 5 prochains numéros) sur le compte IBAN BE28
0017 5410 1520 au nom de MÊME PAS PEUR en précisant en communication : Abonnement MPP à partir du numéro ... + votre adresse.
 

Pour la France : envoyer un chèque de 25 € (pour les 5 prochains numéros) à l’ordre de Jean-Philippe Querton à Cactus Inébranlable, 38 rue des Croisons - 7750 Amougies (Mont de l'Enclus) - Belgique. En précisant l’adresse d’envoi du magazine et le numéro à partir duquel vous souhaitez être abonné.

Pour les autres pays, contact via memepaspeur.lejournal@gmail.com

########

Le numéro 2 est disponible dès le 27 juin 2015 chez tous les bons libraires !

Même pas peur, le site

Même pas peur sur Facebook

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14:03 Écrit par Éric Allard dans Avis de parution | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

24/06/2015

ON EST ENCORE AUJOURD'HUI de VÉRONIQUE JANZYK

onlit_31BIS_2D_1024x1024.png?v=1420893139Comme au cinéma

Ce n’est pas un récit de vie, mais un récit de deuil que nous donne à lire Véronique Janzyk, une histoire d’amitié et de regard, donc une histoire de cinéma, qui se prolonge par-delà la mort d’un des protagonistes.

À la suite d’une rencontre avec un homme anxieux, ex-alcoolique, psychologue versé dans les récits de vie, la narratrice organisatrice de la conférence où  l’homme va intervenir se lie d’amitié avec lui. Rien de sexuel entre eux car l’homme est marié depuis peu. L’un et l’autre ont besoin d’une présence pour mieux voir, partager ce qu’ils ont vu, approfondir leur connaissance du cinéma et d’eux-mêmes.

« Cela nous plaît infiniment de voir nos vies prises en tenaille entre littérature et cinéma. »

Ils installent leur dispositif qui consiste, au début, à se voir une fois en semaine pour voir un film puis en parler autour d’un verre. Cet homme fait bientôt partie du quotidien de la femme. Il est associé aux films, à l’histoire du cinéma, à la vie des personnages et des acteurs.

L’homme meurt, devant la télé, en famille, à la moitié du récit qui nous est rendu. Et la narratrice doit se démerder avec cela : les funérailles, sa vie propre, avec sa fille, et les tuiles, comme ce vol qui les prive de tout le matériel électronique d’enregistrement. Mais aussi les rencontres éphémères du quotidien qui sont autant de signes, ou d’interrogations sur ce qu’elle a vécu avec lui.  

Il s’agit pour la narratrice de garder davantage le lien avec l’homme qu’une trace – qui va aller en s’estompant - mais l'espoir de le revoir, tout en continuant à vivre, aller voir des films, et, on le devine, à écrire. 

L’homme, parfois, quand il a bu seul, erre dans la ville, il marche, il parle en marchant, il « perd la notion du temps jusqu’à ce que le temps se rappelle à lui sous la forme d’une question : On est encore aujourd’hui ? »

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Comme à l’accoutumée, Janzyk pratique l’écriture avec une rare retenue ; ce qui l’intéresse dans sa vie et celle des autres, ce n’est pas l’anecdotique, les faits marquants, les pourquoi, les comment, les déballages et les introspections tapageurs, c’est l’entre-deux, ce qui ne se dit pas, ce qui est à la source, ce qui pousse de l’avant et parfois freine, et qu’elle découvre au hasard d’une journée, à l’improviste, puis qu’elle tente d’exprimer avec une rare délicatesse.

Ce sont les tropismes chers à Nathalie Sarraute, ces "mouvements indéfinissables aux limites de notre conscience et à l'origine de nos gestes, de nos paroles, de nos sentiments", la sous-conversation, ce qu’on ne dit pas et qu’on ne dira jamais, ce qui se tient en-deçà du verbal, qu’elle travaille, puis qu’elle rend avec componction.

Et c’est touchant à force de justesse, comme un « bon film », une œuvre principalement faite d’images, forte et fragile à la fois, comme en dehors du temps mais à la pointe du réel.

Éric Allard

Le livre sur le site des Onlit-éditions

Interview Livres & vous: Véronique Janzyk

18:53 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ, Véronique JANZYK | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

HICHAM IMANE DÉMISSIONNE DE LA PRÉSIDENCE DE LA SAMBRIENNE pour se lancer dans l'art contemporain

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Fort du choc provoqué par la tranchée de la honte auprès de ses amis politiques qui font mine de s’indigner d’une situation qu’ils ont laissé perdurer, Hicham Imane, qui projetait depuis longtemps de se lancer dans l’art contemporain, franchit le pas et saute dans l’inconnu, chaussé de ses seyantes bottes vertes qui seront désormais sa marque de reconnaissance dans le monde artistique, où le paraître importe autant que l’être.

Oui, j’ai toujours pensé faire de l’art comme on fait son jardin, creuser mon trou dans le domaine.... Christo, Arne Quinze sont mes modèles... Des ouvriers, des conducteurs d'engin de chantier courageux m’ont suivi dans ma première réalisation qui a connu le succès que l’on sait. Et me suivront désormais, où que j’aille, quoi que je fasse... Ils ont aimé contribué à une œuvre qui a du sens, une résonance dans les médias. D’habitude ils creusent pour creuser, sans appétit, sans qu’on leur porte le moindre égard; ici, pour la première fois, on s’intéresse à ce qu'ils font, à ce qu'ils pensent... Mais la politique trop longtemps m’a retenu dans les allées du pouvoir, hors des sentiers battus... Le goût de venir en aide à autrui, de lever les barrières entre les communautés, d'abriter le sans-abri… Le burn-out me menaçait…

Nous lui avons demandé quels étaient ses projets immédiats, quels lieux il comptait maintenant ceinturer de tranchées.  

La Ville Basse de Charleroi, où prend forme le projet Rive Gauche, j’y ai pensé, mais cela risque d’être pléthorique. Puis c'est très difficile d'accéder au centre-ville... Alors je mènerai mes pelleteuses en dehors de Charleroi, jusqu'à l’étranger. On me demande partout. Grâce à moi, Charleroi est à nouveau connu dans le monde! D'abord, il y aura le champ de bataille de Waterloo, qui rappellera ainsi les lieux de la Bataille de l’Yser. Puis ce sera le Parlement européen, le Parthénon, des lieux symboliques... Rien ne m’arrêtera, pas même Éric Massin... C’est fort, je me sens porté par une force souterraine vers de hautes destinées... Je vais être sans cesse sur les routes, pour rallier les destinations de mes futures performances, je vais connaître la vie des Gens du Voyage et le son des guitares manouches...

C’est un homme visiblement heureux de quitter une vie ainsi qu'une activité où il était pris en tenaille entre ses aspirations artistiques et les contraintes de la realpolitik que nous avons laissé. En espérant qu’il pourra prendre son envol, sans chuter dans un de ses travaux, ce qui serait dommage pour tous les fidèles qui le suivent et croient en lui. 

21/06/2015

C'EST LOUCHE suivi de ROUSSE, par Denis BILLAMBOZ

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C’est louche

  

Elle louche

De la bouche

C’est louche

  

Elle prend sa douche

En babouche

C’est louche

  

Pas farouche

Elle ouvre sa couche

C’est louche

  

Elle découche

Avec un manouche

C’est louche

 

Figé comme souche

Je ne la touche

C’est louche

 

Fine mouche

Elle fait la fine bouche

Attend la bonne touche

 

Le gars pas louche

Qu’elle mettra dans sa couche

Pour le bouche-à-bouche

 

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Rousse

 

Elle était rousse

Comme la brousse

Que le soleil éclabousse

 

Elle projetait le feu

De ses cheveux

Aux yeux de tous les gueux

 

Elle allumait le regard

Des pauvres gars

Qu’elle laissait hagards

 

Elle attisait les braises

Cachées dans leurs braies

Pour qu’ils la baisent

 

Elle était incendie

Elle était envie

Elle était la vie

 

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19:04 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

20/06/2015

AUTOUR DE TROIS LIVRES

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

Rien de commun entre ces trois lectures. Un classique de la littérature américaine de 1960. Le dernier Prix Plisnier. Des nouvelles d’un auteur que je découvre. Trois manières d’entrer en lecture.

**

33090_1532990.jpegNE TIREZ PAS SUR L'OISEAU MOQUEUR d’Harper LEE (1926) , que le Livre de poche publie sous le n°30617 (un volume de 448p., 6,60€), que couronna en 1961 le fameux Prix Pulitzer, a tout du roman qu’il faut avoir lu, commenté et aimé. C’est, par ailleurs, quasi le seul livre d’un auteur à qui on réclama sans cesse de s’exprimer, ce qui la lassa. Le thème, pour un roman de fiction de 1960, est brûlant, alors que la question des droits civiques et de la condition de la communauté noire agite les débats. Un avocat blanc, Atticus Finch, est chargé de défendre en Albama un Noir, accusé d’avoir violé une Blanche. L’histoire est relatée par sa fille Scout, âgée de neuf ans. Elle a un frère Jem et nous sommes dans les années 30. L’enfant narrateur, au cœur de l’enfance, de ses découvertes, de ses relations, de ses mystères, voit tout, enregistre les réactions d’une communauté marquée au sceau de la suspicion, du racisme, des préjugés. C’est aussi l’occasion pour les deux frère et sœur d’entrer littéralement dans ce monde interdit de ce qui n’est plus le foyer familial : la rue, la propriété de Radley, bien étrange et attractive, les mauvaises langues, la cour de justice où les enfants assistent illégalement au procès de Tom Robinson.

Les personnages de Calpurnia , la servante noire des Finch, d’Atticus, décidé une fois pour toutes à braver les interdits, à honorer son métier d’avocat envers et contre tous (entre autres la famille de la victime et surtout la figure d’un père, Bob Ewel), des enfants, dotés d’une maturité exceptionnelle, donnent à ce roman fraîcheur, vérité et prolongent longtemps les plaisirs d’une lecture qui prend par la main le lecteur, en lui indiquant sans doute la voie éthique à suivre, puisque le monde est injuste, et que, décidément, il faut changer les choses .

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L’Alabama de l’époque ne sort, certes pas, grandi de la narration : les pressions, les intérêts, les mentalités ancrées dans un déni d’égalité des citoyens, marquent très fort le destin des personnages et éclairent le fatalisme d’alors. A quoi bon s’enquérir de justice, quand il est si facile de maintenir le cap, les habitudes, le confort de pensée ? C’est peut-être aussi l’une des leçons du livre : on est toujours le sectaire d’un autre, victime, fragile, et la prise de conscience doit être sans cesse agissante, à l’instar de ces réactions humaines d’enfants écoeurés par une non-application du droit.

***

victor_normal.jpgLES PROFONDS CHEMINS de Françoise HOUDART (un quinzième roman chez Luce Wilquin, 2013 ; honoré du Prix Plisnier 2014 ; 304p., 22€) deviendra sans doute un classique de la littérature belge francophone. Autour de la peinture d’un artiste bien vite oublié, et pourtant au talent fort, original, peintre, graveur, Victor Regnart (1886-1964), né à Elouges (Borinage), Françoise Houdart a construit un beau roman de mémoire et de restitution. Pourquoi un artiste perd-il aussi vite la réputation, la notoriété, alors qu’il a fréquenté les meilleures Académies, partagé le quotidien d’autres grands artistes ? Là est toute la question, que le roman tente d’éclairer de multiples façons, pour un artiste aux multiples facettes. La narration, dès lors, est tissée de plusieurs voix, qui vont, chacune, donner de l’artiste élougeois une « vision », « une lecture » de son parcours. Car il y a eu parcours, et quel parcours ! Avec ses pairs Louis Buisseret et Anto Carte, Regnart a, dès le début du siècle, été une figure artistique honorée, puisqu’en 1907, il obtient le Deuxième Grand Prix de Rome de gravure. Il deviendra professeur à l’Académie des Beaux- Arts de Mons, et même son directeur, en fin de parcours.

Il a voyagé, peint en Bretagne, fait le voyage de Paris avec un autre grand ami, Arsène Detry, qu’il croise parfois dans le train qui le conduit d’Elouges à Mons.

Regnart n’a qu’un seul modèle, Marie, cousine germaine qu’il a épousée, et les deux forment un couple indéfectible de loyauté, de bonheur intime. En effet, Victor n’aime guère quitter sa femme, son chez soi, sa mère Célénie. Les gloires parisiennes ne le tentent guère même s’il en gardé une image de femme, croisée lors d’une soirée très (trop) mondaine du Montparnasse des années vingt, Kiki.

Le monde « profond » des chemins balisés par la patience, son art, son intimité qu’il protège des autres, son atelier discret, son amour pour Marie, entraîne Victor sur la voie tout doucement lucide pour lui qui comprend tout d’un délaissement certain auprès du public, de la critique, de l’histoire de l’art. Il aura vécu à l’ombre, parce que l’ombre lui convenait beaucoup mieux que la pleine lumière des reconnaissances, et ce, en dépit d’un grand talent de peintre, de graveur. Ses portraits, ses nus, ses paysages, sa lumière n’avaient sans doute rien à voir avec les bousculements de l’histoire de l’art pictural des années vingt. Le classicisme aussi avait davantage convaincu Regnart.

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Si le roman est si sensible à nous lecteur, c’est sans doute parce que l’on sent très proche cette belle figure d’artiste honnête, soucieux de son art et de ne pas y déroger, quel que soit le motif. Les descriptions très naturalistes d’une époque (entre 1907 et 1932, début des grandes grèves minières), des courettes, si souvent peintes par Regnart, les voix et témoignages qui donnent de l’artiste un bel éclairage, font que ce roman échappe à toutes les ficelles narratives habituelles pour donner du personnage central une vision humaine, chaude, poétique d’un art si difficile. Un roman de mémoire restituée avec brio et vérité.

***

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Les six nouvelles de François HARRAY, PETITES CRISPATIONS JUVÉNILES (Editions Traverse, 104p., 10€), frappent par leur caractère culotté sur des thèmes tels que le sexe, l’amour homosexuel, les initiations amoureuses. Ce nouvel auteur, par ailleurs versé en histoire de l’art et photographie, relate des chroniques sulfureuses et chaudes, ici ou ailleurs, dans un Maroc de « palmiers dansants » (c’est le titre de la dernière nouvelle). Sans fausse pudeur, ces nouvelles assez guibertiennes (« La mort propagande »), racontent par le menu les rencontres de Gabriel, ses ébats avec ses amants, ses déconfitures, sa soif de vivre et de brûler la vie à cent à l’heure. L’humour noir n’est pas absent, et l’un des récits, « Petite chronique d’un jeune tueur », entre littéralement dans la conscience ou l’absence de conscience d’un jeune homme délirant, qui a brisé tous les tabous. Un livre coquin, déjanté, bien écrit, à ne pas mettre entre toutes les mains, et s’il peut choquer, il a pour lui d’assumer par toute une série d’aspects une ethnographie de la vie amoureuse.

Le site de François Harray

14:26 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

19/06/2015

CHRISTIAN CLAVIER REFUSE DE FAIRE NAPOLEON à WATERLOO 2015 faute de place de parking pour sa Jaguar

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Franck Samson, l'avocat français qui devait incarner Napoléon lors de la reconstitution grandeur nature de la célèbre bataille, jette l'éponge après un différend survenu hier avec un de ses généraux et la police belge. L'acteur Christian Clavier, qui tourne les Visiteurs 3, a été sollicité pour remplacer l'avocat au pied levé, fort du rôle de Napoléon qu'il incarna pour la télévision française il y a une dizaine d'années. Il a refusé en des termes peu flatteurs pour notre illustre contrée.

J'en ai marre des terrils qui poussent un peu partout. Puis, quelle idée de planter un Lion au-dessus d'un d'eux. C'est môôôôccche! A Namur, j'ai craint à tout moment de voir surgir Le Gloupier et sa bande d'énergumènes. Je ne me déplaçais jamais sans mon parapluie, m'attendant à une pluie de tartes... Puis je n'aurai pas de place pour garer ma Jaguar XJ au pied de la butte. Et je ne tiens pas à marcher au milieu de tous ces  puants spectateurs avides de reconstitution historique, de costumes militaires d'époque et de bruits de canon... Pouaahhhhh!

Par contre, on a appris que le comédien Pierre Richard, qui se trouvera dans la région pour faire déguster son vin, et qui ne se déplace qu'en bicyclette, a accepté bien volontiers d'incarner un des tombeurs de l'Empereur, le feld-maréchal von Blücher. 

 

18/06/2015

Melchior Wathelet est l'auteur des divulgations des questionnaires d'examen

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Dans la soirée, Melchior Wathelet s'est rendu au Parlement avec tous les questionnaires d'examen des épreuves certificatives externes. Il a confié aux journalistes avertis de sa venue, par une fuite, sans doute, qu'il s'ennuyait comme un humaniste mort à Xperthis, société active, comme on ne le sait pas, dans le domaine de l'informatique pour le secteur de la santé, où il est administrateur délégué depuis le 10 avril 2015.

"Vous ne savez pas le bien que ça me fait de revoir le parlement et vos têtes de journalistes ébahis. Je me suis dit que c'était une façon de faire tomber Joëlle pour quelle me rejoigne à la direction de l'entreprise. Elle me manque, vous ne savez pas comment elle me manque... J'ai fait de la politique grâce à elle  et je veux qu'elle stoppe la politique grâce à moi."

Un avion qui passait au-dessus de la rue de la Loi lui a tiré un large sourire. Maintenant qu'on l'a revu, avec sa barbe de trois jours et demi, on se rend compte combien il nous manque aussi, même si, il faut le reconnaître, on l'avait complètement oublié, Melchior Junior.

17/06/2015

SCHOOL FICTIONS (IV)

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Jours blancs... Des cours de sauvetage de l'Enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles seront organisés.

 

L'examen de santé nerveuse de Joëlle Milquet ayant été divulgué, son parti a décidé de la supprimer.

 

 

Une étude récente du Cécéf (Centre pour l'Egalité des Chances d'Evasion Fiscale) signale qu'une Ministre de l'Intérieur en charge des prisons qui devient Ministre de l'Education en charge des épreuves externes transporte immanquablement dans ses cartons le virus de la fuite.

 

 

Dans cette école sponsorisée par Facebook, les élèves choisissent leurs questions par like. La réussite de l'étudiant à son examen se mesure au prorata des commentaires reçus. 

 

 

A l'Ecole du Futur, il y a trente-trois salles consacrées aux nouvelles technologies mais pas une seule bibliothèque.

 

 

Le robot-professeur peut-il accepter sur Facerobot ses élèves automates?

 

 

La prof de langue m'écrit avec les lèvres.

 

 

Au programme de musique populaire, le rockabilly sera obligatoire et non le punk au grand dam des quelques profs miraculeusement survivants du no future.  Les inspecteurs ne se sont pas encore prononcés sur le caractère nécessaire du mouvement hip hop hippie yé-yé.

 

 

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Le professeur préféré

Ce directeur accédait à toutes les demandes de son professeur préféré. Cependant, quand celui-ci décida de se faire héliporter sur le toit de l’établissement, le directeur tiqua. Quand il prépara un voyage de fin de cycle sur la lune, il lui tira la tête pendant une demi-heure. Quand il entreprit une excursion sur les lieux du Big Bang – qu’il avait identifiés précisément, à seulement dix-huit années lumières (une aubaine) du centre spatial scolaire  -, le directeur refusa catégoriquement. Alors, le professeur de sciences supranaturelles fit venir le délégué syndical en combinaison rouge fluo qui mit en avant le programme de cours en immersion dans les multivers de l’école concurrente et leur laboratoire en exploration de trous noirs: à moitié convaincu, le directeur accepta de mauvaise grâce.

 

 

 

Ce professeur de retraitement des feuilles mortes d’examen réalise de délicates lampes de chevet qui servent à éclairer les étudiants de la deuxième session.  

 

 

 Tout désigné 

Manque de pot, cet éminent professeur de physicomathbiochimianglaisnéerlatingrechinoiscreligionmoralecom-

municationnelledelalittératurepsychologiqueetgestiondefichiersrelatifs-àlalégislationsocialesténographiqueetgalénique était tout désigné pour donner le futur cours de citoyenneté. Sauf qu’il n’avait pas la moindre notion de philosophie, confondait Nietszche avec une variété de chat sauvage acquise par le parc Pairi Daiza pour chasser les souris transgéniques, Hegel avec la dernière exoplanète transformée en neuroletptique spatial pour astronaute bipolaire et pensait que Sören Kierkegaard était le nouveau mannequin scandinave ayant enregistré Gigi l’amoroso en vieil anglais pour l’émission de téléréalité Les Enfoirés à Vérone.

 

 

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À l’École du feu, les professeurs ont la flamme. Dans les autres écoles, ils ont la flemme.

 

 

La prof de communication ne me dit plus rien.

 

 

A l'Ecole de directeurs sportifs, le recteur est un ancien arbitre et son secrétariat, un groupe de go-go girls

 

 

 

Les tapis de prière

Cette école est encombrée de tapis de prière. Dans les classes, les couloirs, les salles de prof, au préau, au secrétariat et dans le bureau du directeur, on ne fait que prier…

Les étudiants, pour que les professeurs donnent cours ; les enseignants pour que les apprenants reprennent goût à l’étude ; le secrétariat pour continuer à fonctionner, le directeur pour que jamais le P.O. socialiste n’apprenne la débauche religieuse dans laquelle est tombé son établissement.  

 

 

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Cette prof d’histoire confond les dates de nos rendez-vous avec les batailles napoléoniennes, et je suis conduit à me présenter en bicorne au champ d’amour de nos luttes amoureuses.

 

 

 

À l’Ecole de la grande vitesse, les savoirs filent dans tous les sens et les étudiants sont armés de filets à compétences électroniques qui retiennent (quand tout fonctionne bien) jusqu’à quinze pour cent des matières émises.

 

 

 

A l’Ecole expérimentale, les professeurs sont à l’essai; les étudiants les testent.

 

 

 

Dans ce temple silencieux du savoir, les professeurs se déplacent en chaussons.

 

 

 

Fort étamé par des décennies d’enseignement, ce professeur fut désigné pour donner le cours de politesse.

 

 

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A l’Ecole de l’apesanteur, les compétences astronautiques sont volages.

 

 

 

Dans cette école, chaque enseignant possède son arbre à étudiants dont il prend grand soin de septembre à juin où a lieu la récolte pour qu'il puisse disposer durant les vacances d’un beau lot d’étudiants à croquer.

 

 

 

Chaque année, le secrétariat affiche le nom du professeur le plus méritant, le plus proche de  la direction et, chaque année, sans surprise, c’est le délégué syndical qui a cet honneur. Ses collègues sont fiers d’avoir, à la majorité, choisi comme défenseur le meilleur enseignant du collège.

 

  

 

A l’école de la prison, on apprend l’évasion. Dans la prison de l’école, on instruit l’enfermement.

 

 

Cet enseignant, persuadé que ses étudiants savaient la matière qu’il devait enseigner, redoutait leurs questions à la façon d’un examen. Il traquait tant qu’à la moindre question tracassière il perdait tous ses moyens. Les jambes dans le coton, la face livide, les yeux révulsés, il fondait en larmes puis sortait en courant dans le couloir rejoindre le bureau de la directrice qui était par ailleurs sa mère.

 

 

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Un enseignant qui passe son temps à patiner dans la cour a sa classe partie en vacances de neige.

 

  

Dans l’Enseignement de Promotion Spatiale, les professeurs sont des ovnis.

 

 

 C de la phrase !

La craie ne crisse que si on s’en sert.

Le cri n’écrase que si on s’enterre.

L’écrit ne crée que si on en tire un livre (et encore).

La croix ne craque que si le bois est mort (et mal cloué, et Jésus lourd à porter).

Les crocs canins ne craignent que les câlins crânes des chats crevés.

Les cornes caprines ne font cocus que les boucs crochus.

Le con de la couillonne ne crâne qu’au coin d’un cunnilingus à cran.

L’écrou, lui, ne croît qu’autour du boulon qui visse et meurt (et ressuscite en microsillon qui crachote)… 

 

 

 

Monsieur Le Directeur,

Je comprends votre émoi après ce qui s’est passé. Et sachez combien notre honte est grande.

Mais sachez aussi que je m’engage à payer tous les frais de blanchisserie des professeurs (non nommés) qui vous escortaient ce jour-là à la veille de votre émouvant discours de fin d’année dans votre beau complet lie-de-vin.

Je ne sais pas quelle moustique a piqué Noël, d’habitude si courtois, si attentionné, si bon élève, surtout en cinéma d’auteur. C’est la faute à tous ces réseaux sociaux qui colportent de vilaines images et produisent un mauvais exemple sur notre jeunesse, nous qui avons lu tout BHL (et maintenant Michel Onfray).

Je ne sais pas ce qui s’est passé dans la tête de cet enfant qui revoyait avec nous les anciens épisodes de Thierry La Fronde.  Pour sa peine, il lira chaque jour des vacances une page de BHL (et au moins un paragraphe d’Onfray et même une ligne rouge de Badiou) et il écrira dix mille fois au moins : Je n’entarterai plus mon directeur, ce grand homme de notre enseignement, le jour de la proclamation des prix, dans son beau costume lie-de-vin. 

PS. Voudriez-vous bien nous faire parvenir par retour de courriel le texte du discours  que les circonstances nous ont empêché d'entendre. Il figurera en bonne place dans notre bibliothèque auprès des œuvres de BHL (et de Michel Onfray).

 

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à suivre

11:11 Écrit par Éric Allard dans HISTOIRES d'ÉCOLE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

14/06/2015

FOLKEUSES/ROCKEUSES d'aujourd'hui et de demain (3): NADINE SHAH

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Nadine SHAH est une chanteuse britannique de 26 ans qui a sorti 3 albums depuis 2012. Le dernier, sorti en avril 2015, s’intitule Fast Food.

 

 « Un chant vibrant digne de PJ Harvey, des incantations sorcières dans la veine de Patti Smith, un faux air de Frida Kahlo et des guitares vaudoues héritées de Nick Cave... Nadine Shah, 26 ans, évoque une pythie rock postmoderne. En 2013, cette songwriteuse virtuose dévoilait Love Your Dum And Mad, un premier album électrique, qui, comme son nom l'indique, traitait de la folie. Deux ans plus tard, elle distille sa poésie noire sur le voluptueux Fast Food « Des histoires d'amour Kleenex, instantanément gratifiantes, mais émotionnellement malsaines. » Ce disque ardent a vu le jour à Londres, à l'issue « d'une période d'écriture fiévreuse ». « Je me suis recluse dans ma chambre avec beaucoup de gin et ma guitare. » Ses grandes sources d'inspiration ? Scott Walker et Nina Simone, Emir Kusturica, Italo Calvino, Gustave Courbet et... Frida Kahlo (…) »

 Eleonore Colin (Télérama)

 

A écouter ce rock à l’énergie brute et ce chant terriblement troublant, on pourrait croire Nadine Shah retranchée du monde, romantique perdue dans ses idées, confinée dans une médiathèque où Nick Cave côtoie PJ Harvey… Elle est tout le contraire : de Fool à Big Hands, de Nothing Else to Do à Stealing Cars, l’ensemble de ce Fast Food, dont la production de Ben Hillier (Depeche Mode, Blur) n’a rien de gras ou d’indigeste, touche au plus intime et prend possession de l’âme de l’auditeur.

En dix compositions ambitieuses avec cordes et chœurs possédés, Nadine Shah exorcise en effet ses déboires sentimentaux et fait de ce deuxième album un carnet de souvenirs à la fois fragile et hautement séduisant, porté par une froideur de cathédrale et une mélodicité bien plus affirmée que sur le précédent Love Your Dum and Mad (2013).

Maxime Delcourt (Les Inrocks)

 

 «  (…) A des fins pédagogiques, on stipulera que Nadine Shah est une musicienne et chanteuse basée à Londres, d’origines norvégienne (mère) et pakistanaise (père). Passées les manœuvres d’approche dans un club jazzy de la capitale britannique, elle marque ses premiers points en sortant deux EP qui lui valent divers avis laudatifs. Puis, sur les brisées d’iceux, ce Love Your Dum and Mad auquel on confesse une certaine addiction.

Ménageant ses effets dans des tonalités sombres, l’objet exhale un lyrisme bridé, traversé par une douleur plus proche de la colère que du geignement, y compris lorsque la garde semble baissée (le vibrant Dreary Town). Parfois majestueuse (les cinq minutes imparables de Runaway), mais aussi bouleversante, l’affaire, produite par Ben Hillier (Depeche Mode, Blur), privilégie le piano et la guitare, que surmonte une voix grave s’imposant d’emblée comme un élément dramaturgique essentiel dans le dispositif. Et pour qui réclamerait des repères généalogiques, on glissera le nom des caryatides Marianne Faithfull et Patti Smith, plus celui assez évident de PJ Harvey («découverte a posteriori», jure l’infante, qui ne s’en déclare pas moins «fan absolue»). Conjugué au présent, son port noble la rapprocherait - au moins dans l’esprit - des Sophie Hunger, Sharon Van Etten ou Anna Calvi.

Avant d’être attirée, adolescente, par les lumières de la ville, Nadine Shah a grandi dans une maison au bord de la mer «où il faisait bon jouer sur la plage». Mais à écouter aujourd’hui chanter celle qui dit chérir Scott Walker, Nina Simone, Frida Kahlo et Dostoïevski, on pressent que son regard était déjà plus fasciné par les rouleaux que par l’étale. (…) »

Gilles Renault (Libération)

 

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Fast Food

19:38 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

13/06/2015

LUMIÈRE NOMADE de Philippe LEUCKX doublement primé.

5f6034c6-e0fc-11e3-9861-5a72a6fd8fe4_web_scale_0.154321_0.154321__.jpg.h380.jpgLe Prix de Littérature Gauchez-Philippot est organisé par le Secteur Littérature de la Province de Hainaut et est décerné par la Ville de Chimay.
Dimanche 14 juin, après la  traditionnelle dépose de fleurs au pied de la plaque commémorative de Maurice Gauchez, la Roulotte théâtrale proposera, en la salle des mariages de l'Hôtel de Ville de Chimay, un spectacle intitulé: "Maurice Gauchez, un poète dans les tranchées". La cérémonie officielle de remise du Prix sera suivie du verre de l'Amitié.

Philippe Leuckx  est un écrivain et critique belge né à Havay (Hainaut), le 22 décembre 1955. Après des études de lettres et de philosophie, il a consacré son mémoire de licence à Marcel Proust avant d'enseigner au Collège Saint-Vincent à Soignies.

Poète, critique, il collabore à de nombreuses revues littéraires francophones (Belgique, France, Suisse, Luxembourg) et italiennes. Il a publié aux Dossiers L sept monographies consacrées à sept poètes belges. Il tient des rubriques habituelles dans plusieurs revues (Poésie Panorama du Journal des poètes; Bleu d'encre; Francophonie Vivante; Diptyque; revues électroniques Sources et Encyclopédie de la Francophonie), et a préfacé des plaquettes aux éditions Clapàs (ouvrages de Kiesel, Counard, Roland), aux Editions Le Coudrier (Anne Bonhomme, Claude Donnay), M.E.O.(Arnaud Delcorte). Il a participé à diverses anthologies : Jeunes poètes francophones de Belgique, Mille poètes, mille poèmes brefs, Le Carnet et les Instants n°100, L'Arbre à paroles n°100, Le Non- Dit n°80, Piqués des vers, Espace Nord, La poésie française de Belgique/ Une lecture parmi d'autre, Recours au poème. Il commente la littérature et le cinéma sur des sites et blogues ( recours au poème, texture, pres loin, poezibao, la république des livres, clopineries,rien ne te soit inconnu, Les Belles Phrases...). En outre, on peut lire ses poèmes dans de nombreuses revues papier et sur différents blogues (lese-art reMue, etatscivils...).

Lumière nomade (Poésie, 2014) est un recueil de 56 pages, préfacé par Monique Thomassettie. On y trouve la lumière, l’ailleurs, des impressions, des images de voyage avec Rome comme fil conducteur.  L’écrivain a déjà publié une vingtaine de recueils même s’il a débuté sur le tard. "J’écris des textes depuis l’âge de 8-9 ans. Mais j’ai été longtemps insatisfait de ce que j’écrivais. Ce n’est donc qu’à 38 ans que j’ai envoyé mon premier poème et naturellement j’en ai envoyé d’autres ensuite. Car je voulais que mes textes aillent plus loin que dans mes tiroirs."

Françoise Delmez du Servive Littérature de  Dialogue@Hainaut

Le même recueil avait déjà reçu l'an passé le Prix Robert GOFFIN.

lumiere-nomade-1c.jpgQUELQUES LIENS

Lumière nomade (+ Ce qu'ils en ont dit) sur le site des éditions M.E.O.

La lecture de Joseph Bodson sur le site de l'AREAW

La lecture de Lucien Noullez sur Recours au poème

Ma lecture sur Les Belles Phrases

 

 

14:35 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

GRANDE MAISON

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Une grande maison, c’est l’immeuble où Alaa El Aswany rassemble les différentes composantes de la société locale pour expliquer comment l’Egypte est en train de se transformer en un pays de plus en plus radical où la liberté n’est plus qu’un vieux souvenir empreint de nostalgie. C’est aussi une grande propriété sur les hauteurs de Beyrouth où Charif Majdalani installe une famille de riches propriétaires qui connait le déclin au cœur des événements politico-religieux qui bouleversent le Moyen-Orient depuis des décennies. C’est dans les deux cas, une façon de raconter, à travers les heurs et malheurs d’une micro société, une tranche de l’histoire de tout un peuple et d'un pays en pleine ébullition.

 

CVT_LImmeuble-Yacoubian_7523.jpegL'IMMEUBLE YACOUBIAN

Alaa  EL ASWANY (1957 - ….)

Sur la terrasse de ce vieil immeuble qui symbolise l’Egypte des temps heureux, avant la révolution des militaires, quand «l’Egypte ressemblait à l’Europe. (qu’) il y avait de la propreté, de l’élégance. (Que) les gens étaient polis, respectueux, (que) personne ne dépassait jamais les limites », El Aswany installe un échantillon de la population de l’Egypte actuelle pour dresser un tableau de ce pays en pleine dérive. Il y a là le vieux dandy, tout droit échappé d’un roman d’Albert Cossery, coureur de jupons, icône du quartier, qui représente l’Egypte d’avant la révolution, l’Egypte européanisée, carrefour des cultures et religions méditerranéennes ; des affairistes louches, trafiquants véreux, issus de l’environnement du pouvoir, prêts à tout vendre y compris leur âme et leur femme ; un jeune frustré, brillant mais rejeté parce qu’il n’est que le fils du concierge, qui incarne la radicalisation de la partie la plus pauvre de la population qui se réfugie dans un islam rigoriste et conquérant et quelques femmes aussi maltraitées que l’écrit Nawal El Sadawi, l’écrivaine féministe égyptienne, notamment dans « Ferdaous, une voix en enfer ».

Ainsi à travers de courtes histoires qui font intervenir alternativement les différents protagonistes de ce roman, l’auteur nous montre comment fonctionne la société égyptienne avec toutes les corruptions possibles, les trafics d’influence, le népotisme, et toutes les combines imaginables sous l’œil intéressé du pouvoir central qui prend sa part au passage et garantit le sort de tous les affairistes véreux qui jouent honnêtement le jeu en versant une partie de leurs revenus douteux aux dirigeants corrompus.

«Bien sûr, il y a des peuples qui se révoltent mais, de tout temps, l’Egyptien a baissé la tête pour manger son morceau de pain… Le peuple égyptien est le plus facile à gouverner de tous les peuples de la terre. Dès que tu prends le pouvoir, ils se soumettent à toi ». Mais une certaine partie de la population, celle qui se sent la plus humiliée, se réfugie dans les rangs des religieux dont le discours et les actes deviennent de plus en plus violents pour séduire cette jeunesse sans espoir qui ne rêve que d’abattre le pouvoir en place.

Et, dans cette société tiraillée entre un pouvoir totalitaire acoquiné avec les mafieux et des religieux fanatisés, manipulés par des émirs aux ambitions illimitées, les femmes essaient de survivre en supportant le harcèlement sexuel au quotidien, les violences conjugales, les mariages de convenance et la répudiation à la première occasion. « On épouse une femme pour sa beauté, pour sa fortune et pour sa religion. Mais c’est la religion qui l’emporte », jamais par amour.

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Le tableau peint par El Aswany est bien pessimiste et on comprend aisément qu’il a dû subir quelques pressions après la publication de ce roman. L’Egypte qu’il nous présente, à la croisée entre les reliques dépravées d’une Egypte au passé fastueux et l’Egypte violente et obscurantiste des combattants de l’islam, ne laisse que peu d’espoir à la jeunesse et confine ceux qui n’ont pas droit au gâteau de la corruption dans une vaine nostalgie d’un temps où le pouvoir n’appartenait pas à l’armée et où il n’était pas compromis avec les trafiquants et les affairistes douteux. « Abdel Nasser a enseigné aux Egyptiens la lâcheté, l’opportunisme, l’hypocrisie… » On sent bien que l’auteur a lui aussi la nostalgie de cette Egypte moins corrompue, plus libérale, plus tolérante où cohabitaient les religions et les nationalités, où l’amour, même homosexuel, était encore possible. Une société qui n’était pas fondée sur l’exclusion et la ségrégation : le pouvoir rejetant ceux qui ne sont pas de sa caste, la religion combattant ceux qui ne croient pas ou croient autrement, la population qui marginalise ceux qui sont différents et les habitants de la terrasse qui veulent protéger leur petit territoire sans réelles raisons, seulement parce qu’il faut bien avoir un pouvoir envers les autres.

 

9782757800775.jpgHISTOIRE DE LA GRANDE MAISON

Charif MAJDALANI (1960 - ….)

L’histoire de Wakim, « intermédiaire », affairiste, de religion chrétienne orthodoxe, commence à la fin du XIX° siècle quand il fuit avec son frère Selim dans le Mont-Liban, ils quittent Marsad où ils ne sont plus en sécurité, les musulmans refusent de transiger à l’amiable et veulent en découdre avec le clan Nassar. L’origine du différent n’est pas très clair, Wakim traite de nombreuses affaires, la religion peut s’en mêler, à Beyrouth les conflits intercommunautaires ne sont pas rares. Il se réfugie, au milieu des fermiers maronites, dans la campagne proche, à Ayn Chir, où il va rapidement constituer une jolie fortune en introduisant la culture des orangers, et inventer, selon le narrateur, celle des clémentines, deux productions agricoles qui n’étaient pas encore pratiquées, à cette époque, dans cette partie du Liban. Après avoir connu une période particulièrement faste au début du XX° siècle, le clan Nassar connait des temps difficiles quand, en 1916, les Ottomans décident de bannir la famille de Wakin, pour sympathie avec l’ennemi, en expédiant Wakim avec son épouse et ses plus jeunes enfants en Anatolie où il vivra deux années très pénibles dans un milieu particulièrement hostile. Revenu à Ayn Chir en 1918, le clan reconstruira sa splendeur mais déclinera rapidement plus en raison de querelles intestines que de difficultés liées au contexte général.

A partir de bouts de confidences, parfois arrachées aux membres de sa famille, de témoignages fragmentaires et aléatoires, de quelques documents, le narrateur tente de reconstituer son lignage en imaginant les zones restant incertaines, « rien ne dit que les choses ne se sont pas véritablement passées comme ça ». Cette saga familiale est en fait un condensé de l’histoire du Liban de la moitié du XIX° siècle à l’aube de la deuxième guerre mondiale, une façon de montrer comment un peuple pluriel composé de musulmans sunnites et chiites, de bédouins nomades, de chrétiens maronites ou orthodoxes de rite grec ou syriaque et de quelques autres peuplades comme les Juifs et les Européens, vivant côte à côte, dans un calme relatif, en échangeant de temps à autres quelques horions et mêmes quelques décharges de leurs vieilles pétoires, a pu prospérer sans difficultés majeures mais en laissant cependant apparaître les fractures qui allaient devenir des fossés entre ces diverses communautés. Une façon aussi de montrer que les lignes de fracture n’existaient pas qu’entre les communautés, qu’elles étaient déjà béantes au sein des clans où les appétits et les ambitions pouvaient provoquer des conflits brutaux et générer des haines pérennes.

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L’auteur raconte plus qu’il écrit comme un conteur volubile, très volubile, construisant son récit avec de longues phrases coulant comme le Jourdain en période d’étiage, emportant le lecteur dans la légende du clan Nassar « encombrées d’histoires et d’anecdotes qui ne sont que des faits secondaires auxquels pourtant on attribue la cause d’événements graves, exactement comme, dans la mythologie, on attribue à l’enlèvement d’une femme les dix ans de la guerre entre Troie et la Grèce ».

13:59 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de DENIS BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

11/06/2015

DÉLICES DE CHLOÉ

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KLÔ PELGAG, de son vrai nom, Chloé Pelletier-Gagnon, nous apprend Wikipedia, est née en 1990 au Québec. Elle a sorti en 2013 un album, L'alchimie des monstres, qui continue de faire des vagues en Francophonie.

Sur Télérama, on peut lire ceci qui caractérise bien ses textes et ses interprétations: " Elle défend bec et ongles sa propre originalité, avec un mot d’ordre, presque une obsession, « ne pas faire de la chanson conventionnelle ».

Tout est question de mots puisque, au fond, c’est d’abord et avant tout de la chanson qu’elle propose, avec ses histoires intrigantes, son piano mélodique, sa voix souple, sa façon de mettre les textes en scène et en musique. Sur scène, elle y ajoute une dimension théâtrale, entre tension dramatique et drôlerie absurde. Un univers fantasmagorique. Le personnage fait mouche, autant que les chansons. "

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Le site de KLÔ PELGAG

18:27 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

08/06/2015

IL N'Y A PLUS RIEN de Léo FERRÉ

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Il n'y a plus rien figure sur l'album du même nom paru en 1973. C'est le premier album symphonique de Léo Ferré.

 

 

Écoute, écoute... Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure, avec le sable qui se remonte un peu, comme les vieilles putes qui remontent leur peau, qui tirent la couverture.

Immobile... L'immobilité, ça dérange le siècle.
C'est un peu le sourire de la vitesse, et ça sourit pas lerche, la vitesse, en ces temps.
Les amants de la mer s'en vont en Bretagne ou à Tahiti...
C'est vraiment con, les amants.

IL n'y a plus rien

Camarade maudit, camarade misère...
Misère, c'était le nom de ma chienne qui n'avait que trois pattes.
L'autre, le destin la lui avait mise de côté pour les olympiades de la bouffe et des culs semestriels qu'elle accrochait dans les buissons pour y aller de sa progéniture.
Elle est partie, Misère, dans des cahots, quelque part dans la nuit des chiens.
Camarade tranquille, camarade prospère,
Quand tu rentreras chez toi
Pourquoi chez toi?
Quand tu rentreras dans ta boîte, rue d'Alésia ou du Faubourg
Si tu trouves quelqu'un qui dort dans ton lit,
Si tu y trouves quelqu'un qui dort
Alors va-t-en, dans le matin clairet
Seul
Te marie pas
Si c'est ta femme qui est là, réveille-la de sa mort imagée

Fous-lui une baffe, comme à une qui aurait une syncope ou une crise de nerfs...
Tu pourras lui dire: "T'as pas honte de t'assumer comme ça dans ta liquide sénescence.
Dis, t'as pas honte? Alors qu'il y a quatre-vingt-dix mille espèces de fleurs?
Espèce de conne!
Et barre-toi!
Divorce-la
Te marie pas!
Tu peux tout faire:
T'empaqueter dans le désordre, pour l'honneur, pour la conservation du titre...

Le désordre, c'est l'ordre moins le pouvoir!

Il n'y a plus rien

Je suis un nègre blanc qui mange du cirage
Parce qu'il se fait chier à être blanc, ce nègre,
Il en a marre qu'on lui dise: " Sale blanc!"

A Marseille, la sardine qui bouche le Port
Était bourrée d'héroïne
Et les hommes-grenouilles n'en sont pas revenus...
Libérez les sardines
Et y'aura plus de mareyeurs!

Si tu savais ce que je sais
On te montrerait du doigt dans la rue
Alors il vaut mieux que tu ne saches rien
Comme ça, au moins, tu es peinard, anonyme, Citoyen!

Tu as droit, Citoyen, au minimum décent
A la publicité des enzymes et du charme
Au trafic des dollars et aux traficants d'armes
Qui traînent les journaux dans la boue et le sang
Tu as droit à ce bruit de la mer qui descend
Et si tu veux la prendre elle te fera du charme
Avec le vent au cul et des sextants d'alarme
Et la mer reviendra sans toi si tu es méchant

Les mots... toujours les mots, bien sûr!
Citoyens! Aux armes!
Aux pépées, Citoyens! A l'Amour, Citoyens!
Nous entrerons dans la carrière quand nous aurons cassé la gueule à nos ainés!
Les préfectures sont des monuments en airain... un coup d'aile d'oiseau ne les entame même pas... C'est vous dire!

Nous ne sommes même plus des juifs allemands
Nous ne sommes plus rien

Il n'y a plus rien

Des futals bien coupés sur lesquels lorgnent les gosses, certes!
Des poitrines occupées
Des ventres vacants
Arrange-toi avec ça!

Le sourire de ceux qui font chauffer leur gamelle sur les plages reconverties et démoustiquées
C'est-à-dire en enfer, là où Dieu met ses lunettes noires pour ne pas risquer d'être reconnu par ses admirateurs
Dieu est une idole, aussi!
Sous les pavés il n'y a plus la plage
Il y a l'enfer et la Sécurité
Notre vraie vie n'est pas ailleurs, elle est ici
Nous sommes au monde, on nous l'a assez dit
N'en déplaise à la littérature

Les mots, nous leur mettons des masques, un bâillon sur la tronche
A l'encyclopédie, les mots!
Et nous partons avec nos cris!
Et voilà!

Il n'y a plus rien... plus, plus rien

Je suis un chien?
Perhaps!
Je suis un rat
Rien

Avec le coeur battant jusqu'à la dernière battue

Nous arrivons avec nos accessoires pour faire le ménage dans la tête des gens:
"Apprends donc à te coucher tout nu!
"Fous en l'air tes pantoufles!
"Renverse tes chaises!
"Mange debout!
"Assois-toi sur des tonnes d'inconvenances et montre-toi à la fenêtre en gueulant des gueulantes de principe

Si jamais tu t'aperçois que ta révolte s'encroûte et devient une habituelle révolte, alors,
Sors
Marche
Crève
Baise
Aime enfin les arbres, les bêtes et détourne-toi du conforme et de l'inconforme
Lâche ces notions, si ce sont des notions
Rien ne vaut la peine de rien

Il n'y a plus rien... plus, plus rien

Invente des formules de nuit: CLN... C'est la nuit!
Même au soleil, surtout au soleil, c'est la nuit
Tu peux crever... Les gens ne retiendront même pas une de leur inspiration.
Ils canaliseront sur toi leur air vicié en des regrets éternels puant le certificat d'études et le catéchisme ombilical.
C'est vraiment dégueulasse
Ils te tairont, les gens.
Les gens taisent l'autre, toujours.
Regarde, à table, quand ils mangent...
Ils s'engouffrent dans l'innommé
Ils se dépassent eux-mêmes et s'en vont vers l'ordure et le rot ponctuel!

La ponctuation de l'absurde, c'est bien ce renversement des réacteurs abdominaux, comme à l'atterrissage: on rote et on arrête le massacre.
Sur les pistes de l'inconscient, il y a des balises baveuses toujours un peu se souvenant du frichti, de l'organe, du repu.

Mes plus beaux souvenirs sont d'une autre planète
Où les bouchers vendaient de l'homme à la criée

Moi, je suis de la race ferroviaire qui regarde passer les vaches
Si on ne mangeait pas les vaches, les moutons et les restes
Nous ne connaîtrions ni les vaches, ni les moutons, ni les restes...
Au bout du compte, on nous élève pour nous becqueter
Alors, becquetons!
Côte à l'os pour deux personnes, tu connais?

Heureusement il y a le lit: un parking!
Tu viens, mon amour?
Et puis, c'est comme à la roulette: on mise, on mise...
Si la roulette n'avait qu'un trou, on nous ferait miser quand même
D'ailleurs, c'est ce qu'on fait!
Je comprends les joueurs: ils ont trente-cinq chances de ne pas se faire mettre...
Et ils mettent, ils mettent...
Le drame, dans le couple, c'est qu'on est deux
Et qu'il n'y a qu'un trou dans la roulette...

Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir

Te marie pas
Ne vote pas
Sinon t'es coincé

Elle était belle comme la révolte
Nous l'avions dans les yeux,
Dans les bras dans nos futals
Elle s'appelait l'imagination

Elle dormait comme une morte, elle était comme morte
Elle sommeillait
On l'enterra de mémoire

Dans le cocktail Molotov, il faut mettre du Martini, mon petit!

Transbahutez vos idées comme de la drogue... Tu risques rien à la frontière
Rien dans les mains
Rien dans les poches

Tout dans la tronche!

- Vous n'avez rien à déclarer?
- Non.
- Comment vous nommez-vous?
- Karl Marx.
- Allez, passez!

Nous partîmes... Nous étions une poignée...
Nous nous retrouverons bientôt démunis, seuls, avec nos projets d'imagination dans le passé
Écoutez-les... Écoutez-les...
Ça rape comme le vin nouveau
Nous partîmes... Nous étions une poignée
Bientôt ça débordera sur les trottoirs
La parlote ça n'est pas un détonateur suffisant
Le silence armé, c'est bien, mais il faut bien fermer sa gueule...
Toutes des concierges!
Écoutez-les...

Il n'y a plus rien

Si les morts se levaient?
Hein?

Nous étions combien?
Ça ira!

La tristesse, toujours la tristesse...

Ils chantaient, ils chantaient...
Dans les rues...

Te marie pas Ceux de San Francisco, de Paris, de Milan
Et ceux de Mexico
Bras dessus bras dessous
Bien accrochés au rêve

Ne vote pas

0 DC8 des Pélicans
Cigognes qui partent à l'heure
Labrador Lèvres des bisons
J'invente en bas des rennes bleus
En habit rouge du couchant
Je vais à l'Ouest de ma mémoire
Vers la Clarté vers la Clarté

Je m'éclaire la Nuit dans le noir de mes nerfs
Dans l'or de mes cheveux j'ai mis cent mille watts
Des circuits sont en panne dans le fond de ma viande
J'imagine le téléphone dans une lande
Celle où nous nous voyons moi et moi
Dans cette brume obscène au crépuscule teint
Je ne suis qu'un voyant embarrassé de signes
Mes circuits déconnectent
Je ne suis qu'un binaire

Mon fils, il faut lever le camp comme lève la pâte
Il est tôt Lève-toi Prends du vin pour la route
Dégaine-toi du rêve anxieux des biens assis
Roule Roule mon fils vers l'étoile idéale
Tu te rencontreras Tu te reconnaîtras
Ton dessin devant toi, tu rentreras dedans
La mue ça ses fait à l'envers dans ce monde inventif
Tu reprendras ta voix de fille et chanteras Demain
Retourne tes yeux au-dedans de toi
Quand tu auras passé le mur du mur
Quand tu auras autrepassé ta vision
Alors tu verras rien

Il n'y a plus rien

Que les pères et les mères
Que ceux qui t'ont fait
Que ceux qui ont fait tous les autres
Que les "monsieur"
Que les "madame"
Que les "assis" dans les velours glacés, soumis, mollasses
Que ces horribles magasins bipèdes et roulants
Qui portent tout en devanture
Tous ceux-là à qui tu pourras dire:

Monsieur!
Madame!

Laissez donc ces gens-là tranquilles
Ces courbettes imaginées que vous leur inventez
Ces désespoirs soumis
Toute cette tristesse qui se lève le matin à heure fixe pour aller gagner VOS sous,
Avec les poumons resserrés
Les mains grandies par l'outrage et les bonnes moeurs
Les yeux défaits par les veilles soucieuses...
Et vous comptez vos sous?
Pardon.... LEURS sous!

Ce qui vous déshonore
C'est la propreté administrative, écologique dont vous tirez orgueil
Dans vos salles de bains climatisées
Dans vos bidets déserts
En vos miroirs menteurs...

Vous faites mentir les miroirs
Vous êtes puissants au point de vous refléter tels que vous êtes
Cravatés
Envisonnés
Empapaoutés de morgue et d'ennui dans l'eau verte qui descend
des montagnes et que vous vous êtes arrangés pour soumettre
A un point donné
A heure fixe
Pour vos narcissiques partouzes.
Vous vous regardez et vous ne pouvez même plus vous reconnaître
Tellement vous êtes beaux
Et vous comptez vos sous
En long
En large
En marge
De ces salaires que vous lâchez avec précision
Avec parcimonie
J'allais dire "en douce" comme ces aquilons avant-coureurs et qui racontent les exploits du bol alimentaire, avec cet apparat vengeur et nivellateur qui empêche toute identification...
Je veux dire que pour exploiter votre prochain, vous êtes les champions de l'anonymat.

Les révolutions? Parlons-en!
Je veux parler des révolutions qu'on peut encore montrer
Parce qu'elles vous servent,
Parce qu'elles vous ont toujours servis,
Ces révolutions de "l'histoire",
Parce que les "histoires" ça vous amuse, avant de vous intéresser,
Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit qu'il s'en prépare une autre.
Lorsque quelque chose d'inédit vous choque et vous gêne,
Vous vous arrangez la veille, toujours la veille, pour retenir une place
Dans un palace d'exilés, entouré du prestige des déracinés.
Les racines profondes de ce pays, c'est Vous, paraît-il,
Et quand on vous transbahute d'un "désordre de la rue", comme vous dites, à un "ordre nouveau" comme ils disent, vous vous faites greffer au retour et on vous salue.

Depuis deux cent ans, vous prenez des billets pour les révolutions.
Vous seriez même tentés d'y apporter votre petit panier,
Pour n'en pas perdre une miette, n'est-ce-pas?
Et les "vauriens" qui vous amusent, ces "vauriens" qui vous dérangent aussi, on les enveloppe dans un fait divers pendant que vous enveloppez les "vôtres" dans un drapeau.

Vous vous croyez toujours, vous autres, dans un haras!
La race ça vous tient debout dans ce monde que vous avez assis.
Vous avez le style du pouvoir
Vous en arrivez même à vous parler à vous-mêmes
Comme si vous parliez à vos subordonnés,
De peur de quitter votre stature, vos boursouflures, de peur qu'on vous montre du doigt, dans les corridors de l'ennui, et qu'on se dise: "Tiens, il baisse, il va finir par se plier, par ramper"
Soyez tranquilles! Pour la reptation, vous êtes imbattables; seulement, vous ne vous la concédez que dans la métaphore...
Vous voulez bien vous allonger mais avec de l'allure,
Cette "allure" que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière,
Et quand on sait ce qu'a pu vous coûter de silences aigres,
De renvois mal aiguillés
De demi-sourires séchés comme des larmes,
Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer votre visage,
Je me demande comment et pourquoi la Nature met
Tant d'entêtement,
Tant d'adresse
Et tant d'indifférence biologique
A faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères,
Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaires
Jusqu'aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire,
Dans votre grand monde,
A la coupe des bien-pensants.

Moi, je suis un bâtard.
Nous sommes tous des bâtards.
Ce qui nous sépare, aujourd'hui, c'est que votre bâtardise à vous est sanctionnée par le code civil
Sur lequel, avec votre permission, je me plais à cracher, avant de prendre congé.
Soyez tranquilles, Vous ne risquez Rien

Il n'y a plus rien

Et ce rien, on vous le laisse!
Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez,
Nous, on peut pas.
Un jour, dans dix mille ans,
Quand vous ne serez plus là,
Nous aurons TOUT
Rien de vous
Tout de nous
Nous aurons eu le temps d'inventer la Vie, la Beauté, la Jeunesse,
Les Larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles,
Le sourire des bêtes enfin détraquées,
La priorité à Gauche, permettez!

Nous ne mourrons plus de rien
Nous vivrons de tout

Et les microbes de la connerie que nous n'aurez pas manqué de nous léguer, montant
De vos fumures
De vos livres engrangés dans vos silothèques
De vos documents publics
De vos règlements d'administration pénitentiaire
De vos décrets
De vos prières, même,
Tous ces microbes...
Soyez tranquilles,
Nous aurons déjà des machines pour les révoquer

NOUS AURONS TOUT

Dans dix mille ans.

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Pays-Âges de Léo Ferré, un beau site consacré à l'artiste

07/06/2015

MON TRAIN DE VIE suivi de MA POUPÉE, par Denis BILLAMBOZ

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Mon train de vie

 

Mon train ralentit

Il a perdu son élan

Il ne sait que faire

De son fer

Il déraille

Son cholestérol

Sa triglycémie

Débordent

Il quitte sa voie

Il a besoin de médicaments

De repos

Le pauvre TGV

Est devenu TER

Bientôt il sera bon

Pour la voie de garage

 

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Ma poupée

 

Des yeux pétillants

Un sourire attendrissant

Des bras et des jambes

Qui gigotent fébrilement

 

Elle m’a conquis

Ma petite poupée

Elle m’a soumis

En esclavage

 

Demain elle sera femme

Hôtesse otage

Du monde infâme

Que je lui laisse en héritage

 

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18:00 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

SCÈNES ROMAINES de Philippe LEUCKX

I

Il y a, dans "Fellini/Roma", une scène emblématique de la vie conviviale, en plein air (all' aperto) : à même la rue, accolées à des immeubles populaires, une série de tables dressées pour la cena, dans le brouhaha des tramways qui frôlent les convives d'un soir, des conversations qui s'entrechoquent, soudain l'apparition d'une beauté surmaquillée qui part en chasse au milieu des tables et guigne déjà sa prochaine victime consentante. Entretemps, le jeune provincial éberlué, tout frais arrivé dans ce quartier populaire, partage une table avec une famille époustouflante de réalisme : la mère prend d'assaut le jeunet timide, en suçant avidement ses coques, la fillette chante des refrains salaces, le mari plongé dans l'assiette joue les figurations...Roma, version 1938/1939...rappel de l'arrivée de Federico, venu de Rimini, pour s'installer dans la capitale et commencer son petit bout de chemin cinématographique (pigiste, scénariste...)


 

II

Les immeubles populaires (condominio, Ina-Case), HLM ou HBM, taudis (tuguri, catapecchie des borgate - banlieues - ) peuplent les films néoréalistes, et bien sûr, les premières réalisations de Bolognini, Fellini, Monicelli, Pasolini... "Le notti di Cabiria", "I soliti ignoti", "La notte brava" (littéralement "la nuit blanche", traduit par "Les garçons"), "La dolce vita", "Accatone", "Mamma Roma" jouent de ces décors, perdus dans des terrains vagues, blocs gris dans la nuit, perspectives sur des rues vides, pavées, aux confins de la grande ville, loin des quartiers bourgeois... Une séquence de "La dolce vita" découvre Anouk Aimée et Mastroianni obligés de passer sur des planches pour atteindre un immeuble non desservi par l'égouttage.


 

III

La caméra virevoltante. A la grue, Scola, dans la scène inaugurale de l'admirable "Una giornata particolare" (1977), donne de l'intérieur de l'immeuble populaire, sis entre via Baracca et Viale V. Aprile (quartier nord, du côté de Pza Bologna), une vision générale saisissante avant de s'approcher d'Antonietta, affairée dans sa cuisine. Procédé que son maître De Sica avait utilisé pour pointer, dans la foule anonyme des retraités manifestant, l'antihéros "Umberto D"(1951), tourné également dans les rues populaires de Rome.


 

IV

Le touriste ne connaît de Rome que ce que les guides peuvent lui intimer de voir. Je sais, les incontournables romains (Colosseo, San Pietro, Santa Maria Maggiore, Laterano, via Appia, B. San Clemente, Forums, Campidoglio, Mercati di Traiano...) Ira-t-il, jusqu'aux portes, jusqu'à la muraille d'Aurélien, jusqu'au cœur de Monte Mario? Poussera-t-il jusqu'à découvrir, en bus COTRAL, la Villa Adriana ou quelques banlieues lointaines (Val Melaina...)?

Le Tibre vibre d'une lumière étrange, lorsque, soir venu, du Trastevere ou de Cairoli, ou du Pont Saint-Ange, le promeneur goûte une autre Rome que celle souvent montrée, plus familière, plus réelle sans doute que les chromos faciles, si souvent reproduits. Il ira flâner, à cette heure un brin mélancolique, entre chienne, louve, du côté de Coronari ou de Chiesa Nuova, à cette heure où les amateurs de skate ordonnent à l'église de prendre de moins grands airs, puisqu'il se fait tard et que les bus, plus rares, cinglent l'air romain en freinant soudain dans le soir.

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V.

"La giornata balorda" de Mauro Bolognini (1960, en français "ça s'est passé à Rome", que l'on eût pu traduire par la journée "bizarre", la "drôle" de journée, ou la "foutue journée") consacre une longue séquence initiale au dévoilement d'une cour intérieure d'achélème romain, avec galeries, escaliers, linges qui relient les travées...Un petit air de Corviale - avant la lettre, puisque Corviale date de bien plus tard -, vu en contre-plongée. Mauro, à deux reprises, dans "Bubu" (1971) et dans "Libera, mio amore" (1974), balaiera sa caméra sur des cours intérieures. Pour le deuxième titre cité, en une plongée presque abstraite sur un rectangle sombre, une souricière.


 

VI

Un souvenir de piazza Zama, tout près de la voie ferrée en contrebas, via Caulonia, où habitait alors mon ancienne élève, C.Bn devenue enseignante via Fea, à la Sapienza. Un vieil immeuble, un peu déglingué, comme on en voit dans tant de films italiens. Au deuxième étage, un carreau brisé. Si mon souvenir est bon, elle occupait un appartement au troisième.

C. n'y était pas. J'avais marché depuis via Omero. Une bonne trotte, au-delà des portes. Mais quel plaisir de marcher dans Rome, léger, avec une clé en poche, un moleskine, quelques euros, sans but, rien que le plaisir de humer l'air du temps, la fatigue des chemins, la poussière des rencontres.

Aux confins, la lumière est autre, et le dépaysement, pour moi venu des aires cossues des académies étrangères, entre Villa Giulia et Parioli, assuré de laisser mes pas sur des trottoirs moins bien entretenus d'une Rome plus familière, plus proche.

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VII

La quiétude s'apprend sans doute Villa Borghèse, Villa Giulia. Les promeneurs, venus de piazzale Flaminio et de viale Washington, ont suivi les petites allées qui montent vers via Omero, en surplomb sur la Galleria Nazionale d'Arte et au loin, sur quelques autres académies étrangères perchées dans Parioli, apprennent là à savourer quelque silence entre les arbres. Ici, après l'Egypte, juste avant l'Olendese et la Romania, l' Academia Belgica. Entièrement restaurée depuis 2005/2007, l'Academia offre sa façade en briques plates à la romaine, sa sobriété, et des jardins en pente.

Plusieurs séjours dans cet endroit de rêve, pour qui veut flairer les humeurs de Rome, m'ont nourri pour longtemps d'images, de rencontres, d'heures paisibles où écrire va de soi, en vivant là, au milieu d'autres résidents et pensionnaires, en revenant là après tant de courses dans Rome : cheminements et découvertes.

Je me souviens de la terrasse, le soir, ouvrant l'espace romain, affûté de pins parasols.

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VIII

Via Bodoni. Testaccio, magnifiquement évoqué par la Morante dans "La storia". Quartier du Mattatoio. Populaire en diable. Des rues très rectilignes, des immeubles à l'identique, à quatre étages, avec cour intérieure et persiennes vertes.Souvent, j'ai écrit sur l'un des bancs disposés, au 101, au 103, avec les rumeurs quotidiennes, les vélos déposés le long des murs, le linge étendu, les allées et venues, le ronflement de sieste d'une vieille, la vie d'un condominio, tout au bout de la ville.

 

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06/06/2015

LA GIORNATA BALORDA ("Ça s'est passé à Rome") de Mauro BOLOGNINI

5f6034c6-e0fc-11e3-9861-5a72a6fd8fe4_web_scale_0.154321_0.154321__.jpg.h380.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

326360_poster_scale_188x250.jpgDixième film de Mauro Bolognini (1922-2001), « La giornata balorda » (« Ça s’est passé à Rome »), tourné en 1960, relate la journée d’un chômeur romain, Davide Saraceno, vingt ans, en quête d’un boulot pour subvenir aux besoins de sa « nouvelle famille » : il a eu, avec une très jeune fille de la cité, Ivana, un fils. Le voilà devant de nouvelles responsabilités, lui, le coureur invétéré. Le voilà donc dans les rues de Rome, à la recherche d’un mot, d’une recommandation. Le voilà, contraint à quémander des rendez-vous, à frapper aux bonnes portes. Entretemps, il retrouve des idylles, Marina, fait de nouvelles rencontres, Sabina, Freya. Reçoit un premier contrat qui le mène jusqu’à la mer…

Tiré de « Racconti romani » de Moravia, le scénario de Pier Paolo Pasolini et du romancier déroule en trois unités classiques (une seule journée d’errance, de quête, dans un même lieu – une Rome élargie aux banlieues lointaines -) l’histoire de quelques personnages pour la plupart soumis à une vie précaire. Davide et Ivana, trop jeunes parents, loin de la ville, dans un grand ensemble gris.

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Du matin au soir, de la chemise repassée par la mère à l’enfant prélevé de son couffin, Davide parcourt les rues, emprunte le bus, roule en camion, aborde les jeunes et belles filles, entretient l’idylle avec Marina, prête à tout pour lui porter assistance, et la journée passe…

Bolognini aime les perspectives ouvertes : ces grandes étendues qui explorent les routes vers la mer, les bois bordant le rivage, ces ponts d’autoroute presque vide, ces rues boisées d’une Rome guère signalée comme urbs aeterna. A part le portique de Porta Portese, presque rien ne peut indexer qu’on est à Rome.

Comme dans « La notte brava », réalisé l’année précédente, le maestro a réuni une kyrielle d’acteurs français et italiens : Jean Sorel tient le rôle de Davide, jean à l’américaine, dégingandé, souple comme une anguille ; Isabelle Corey ; Léa Massari, aussi belle que dans « L’avventura » joue de ses yeux et de sa silhouette ; Rik Battaglia, tout frais sorti des péplums les camionneurs ; Paolo Stoppa…

L’entretien de Jean Gili avec Bolognini (in « Le cinéma italien », 10/18) révèle que le cinéaste a souvent manié la caméra seul et à l’épaule pour des prises de vues étonnantes (comme celles de la séquence inaugurale de La giornata balorda).

Le noir et blanc, les thèmes sociaux et psychologiques, la mise en scène précise et rigoureuse font de cette œuvre un beau surplomb sur des années difficiles.

Quelques séquences retiennent particulièrement l’attention : la scène d’amour sur les toits (vraiment la seule qui montre au loin « la machine à écrire » de Vittorio Emanuele) ; la bague du mort que Davide sans scrupule lui prélève ; la villa « riche » perdue dans les sables d’un rivage …

L’un des grands films d’un cinéaste à qui l’on doit « La viaccia » (1961) ; « Un bellissimo novembre » (1969) ; « Metello » (1970) ; « Bubu » (1971) ; « Per le antiche scale » (1974) ; « Libera mio amore » (1975) ; « La grande bourgeoise » (1975) ; « L’héritage » (1976)…

 

La bande-annonce 

Un extrait 

Le film complet (en version originale)

13:58 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

02/06/2015

L'APPROCHE

jpg_Peau.jpgCet homme approcha si fort cette femme qu’il ne la vit plus. Et dut soudain reculer, comme pris d’épouvante. Pour s’exalter ou reprendre ses esprits. Il était à la fois dans les airs et dans le désert, et il ne voyait plus qu’une plage de peau, ce mélange de sable et d’azur. Il lui aurait fallait cent  bouches au moins pour jouir de la merveille convoitée, tirer un profit immédiat sensuel, même si c’était là une vilaine pensée, égoïste, hyperbolique et bassement prosaïque. Mais était-ce un rêve ou un jeu télévisé, ou une rencontre programmée? Il ne savait pas faire marche arrière! Il était au cœur de la beauté et ne pouvait rien faire, rien. Alors, il battit des poings, des pieds, cracha, hurla, tonna, pesta et perdit en un éclair l’être qu’il avait mis toute une vie à approcher.

16:30 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

31/05/2015

FOLKEUSES d'aujourd'hui & de demain (2): LAURA MARLING

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Laura Béatrice MARLING est née en 1990 dans le comté de Hampshire en Grande-Bretagne. Son cinquième album, Short movie, vient de sortir.

Elle n’a qu’un quart de siècle et pourtant, déjà, le relief de celles qui ont traversé moult épreuves. Laura Marling est aussi douée que complexe… Mais on se souvient aussi de formidables compositions folk, qui l’avaient placée en descendante légitime de Judee Sill (allez réécouter les merveilles que sont ses anciens titres Ghosts ouFailure…). La musique de Laura Marling lui ressemble, tantôt si lumineuse et authentique quelle fait passer toutes ses contemporaines pour des beatniks en toc, tantôt raide…

Short Movie, son (déjà) cinquième album, s’ouvre sur une chanson nickdrakienne jusque dans la couleur de ses guitares sans la voix féminine, ce titre pourrait être le sien. De False Hope à Don’t Let Me Bring You down ou Gurdjieff’s Daughter, optant ensuite pour une enveloppe plus électrique, Laura Marling dévoile une facette plus rugueuse, moins hippie – aurait-elle, même, pris Chrissie Hynde pour modèle ?

Si l’Anglaise a évolué, c’est parce quelle a bien failli ne jamais sortir de nouveau disque. Installée à Los Angeles depuis deux ans, Laura Marling a interrompu sa carrière de musicienne pendant plusieurs mois, ne trouvant plus de sens à sa démarche. Ce Short Movie qui a finalement suivi confirme que ceût été une vraie perte pour le paysage folk, désormais au sens large, contemporain.

Johanna Seban (Les Inrocks)

 

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Précoce. L'épithète allait comme un gant à Laura ­Marling, prodige du folk britannique révélée à 16 ans. Et lui va toujours aussi bien, huit ans plus tard, à l'heure où paraît son cinquième album, Short Movie, impressionnant de fraîcheur mais aussi de maturité. Un parcours sans faute, d'une constance digne de PJ Harvey, évoluant disque après disque, ne suivant que son instinct de musicienne exigeante et de parolière analytique.

Depuis les carnets de bord de ses déceptions sentimentales d'adolescente, la jeune femme, plus solide que sa frêle silhouette au teint diaphane le suggère, a acquis avec l'âge la distance pour s'observer afin de ne pas tomber dans la redite ou, pire, sombrer. Elle est apparue, donc, en 2007, égérie des deux formations marquantes du mouvement « nu folk » qui balaya l'Angleterre, Noah and the Whale et Mumford & Sons

(…)

Admiratrice de Joni Mitchell, mais plus encore de Ryan Adams (« son Heartbreakerne cesse de me bouleverser »), Laura Marling a « fait le tour des chansons sur les garçons », pour creuser une passionnante veine plus existentielle. Si ses textes introspectifs inspirés des préceptes de Jodorowsky ou de Gurdjieff (« chercher sa vérité en entretenant le mystère et la magie de l'existence ») servent toujours un chant mélodieux aux échos parfois de Chrissie Hynde, Marling les projette à présent avec l'appui de l'électricité.

« La guitare électrique a plus de force, remplit mieux l'espace et produit des surprises, des sons incontrôlés. Elle me force à chanter avec plus de présence, à jouer avec ma voix. » Ecueil pour tant de folkeux acoustiques, la mue permet à Marling de gagner en intensité, en authenticité. « Apprendre à se comprendre soi-même est indispensable… à condition de ne pas basculer dans l'autocomplaisance. » Pour l'heure, on en est loin.

Hugo Cassavetti (Télérama)

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Le site officiel de LAURA MARLING

21:20 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

29/05/2015

LE TFE dans LA LITTERATURE: de Confucius à Fernand Raynaud

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Nous étions à l'Etude, quand le Proviseur entra suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son TFE.

Gustave Flaubert / Incipit de Madame Bovary

Le monde repose sur trois choses : l’étude, le TFE, la charité du professeur.

Siméon le Juste

Le travail de fin d’études pense. La paresse de fin d’études songe. 

Jules Renard, Journal

Le TFE, c’est la santé… Mais à quoi sert alors la médecine du TFE.
Pierre Dac

Le TFE est la plaie des classes qui boivent.

Oscar Wilde

Le TFE est pour les hommes un trésor.

Esope

Remets à demain ton repas, mais pas ton TFE.
Proverbe kurde

Jours de TFE, seuls jours où j’ai vécu.

Alfred de Musset

Je ne crois pas au génie, seulement au dur TFE. 

Michel Petrucciani

Le TFE est la prière des esclaves, la prière est le TFE des hommes libres.

Léon Bloy

Je n’aime pas le TFE mais j’aime ce qui est dans le TFE l’occasion de se découvrir soi-même.

Joseph Conrad / Au cœur des ténèbres

Le propre du TFE, c’est d’être forcé.

Alain / Préliminaires à la mythologie

C’est dans le TFE d’une vie que réside la véritable séduction

Picasso

Le talent sans TFE n’est qu’une sale manie.

Anonyme

Sachez vous éloigner car, lorsque vous reviendrez à votre TFE, votre jugement sera plus sûr.

Leonard de Vinci

Faire la moitié du TFE, le reste se fera tout seul.

Jean Cocteau

Tout ce que nous sommes est l’aboutissement d’un TFE séculaire.

Ernest Renan

Le génie commence les beaux ouvrages, mais le TFE seul les achève.

Joseph Joubert

Seul le TFE peut nous consoler d’être nés.

Miguel de Unamuno / Le sentiment tragique de la vie

C’est par le TFE que l’homme se transforme.

Louis Aragon / Article dans l’humanité

Si le TFE était une si magnifique chose, les riches en auraient gardé plus pour eux.

Bruce Grocott

Aime le TFE et hais le pouvoir et ne te fais pas connaître aux dirigeants.

Anonyme

Le TFE éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin.

Voltaire/ Candide ou l’optimisme

Le TFE , une malédiction que l’étudiant a tranformée en volupté.

Emil Cioran / Sur les cimes du désespoir

Le TFE n’est pas la vie. TFER sans cesse rend fou.

Charles De Gaulle / Les Chênes qu’on abat

L’étudiant qui veut réussir son TFE doit commencer par aiguiser ses matières.

Confucius / Entretiens

T.F.E., T .F.E, p’têt’ qu’y pensent qu’à téléfoner dans l’enseignement.

Fernand Raynaud

 

 

Vils Remerciements à Mademoiselle Evene pour ces citations empruntées à son T.F.E. en cours sur le T.F.E.

11:47 Écrit par Éric Allard dans HISTOIRES d'ÉCOLE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

28/05/2015

TOUT ME GONFLE de LORENZO CECCHI

J’allais très bien avant. Un petit pet de temps en temps que je pouvais facilement contrôler, comme tout le monde. Rien d’irrépressible comme maintenant, rien de comparable en quantité non plus, ni en fréquence.

Tous s’éloignent de moi. Ma vie est devenue un cauchemar, tourne en eau de boudin. Mes enfants n’osent plus m’approcher. Si la moindre pression s’exerce sur mon ventre à l’occasion d’une embrassade affectueuse, ils savent qu’ils seront lourdement sanctionnés, immédiatement embaumés de vapeurs fétides. La maisonnée me tient à distance avec application et je dois prendre mes repas loin des miens. L’amour marital, l’amour filial, lesquels rendaient compatissants mon homme et mes rejetons au début, se sont à présent mués en agressivité, en hargne même. Je comprends. Leur colère est à la hauteur des efforts qu’ils ont consentis pour me supporter durant les mois écoulés. Ils ont attendu que cela passe, mais mes flatulences ont eu raison de leur patience. Aucune amélioration à ma triste condition et à la leur non plus, du coup n’est intervenue. Oui, vraiment, je comprends leur aversion à mon égard.

Je me retrouve à présent souvent seule, mise en quarantaine, confinée à la véranda, quand Jean-Luc, Mélanie et Edgard sont à la maison. S’ils doivent accueillir leurs copains, les enfants m’en préviennent et me font clairement entendre que mon absence en l’occurrence serait non seulement bienvenue, mais constituerait un plus dont ils me sauraient gré. Dit comme ça, on pourrait croire qu’ils y mettent quelque forme pour me ménager. Que voulez-vous, c’est la maman qui parle… En fait, il n’en est rien. « Fous le camp, maman ! » intiment-ils. « Casse-toi ! » Voilà comment ils me parlent désormais. Je les surprends à m’appeler entre eux « la puante ». T’as vu la puante aujourd’hui ? Encore là, la puante ? Tu sais où elle est la puante ?

J’ai perdu tout droit en ma maison. Mon époux, qu’aucun collègue ou connaissance de ne vient plus saluer, ne me traite pas mieux. La famille, la belle-famille ? Aux abonnés absents. De nouveau, je vous assure, je comprends.

T’as des problèmes d’égouttage, Jean-Luc ? Excuse-moi de te le dire, mais ça sent mauvais chez toi.

La fois suivante, la dernière…

C’est toujours pas arrangé les odeurs qui remontent des tuyauteries ? Comment vous faites pour tenir ?

Ma vie sexuelle ? N’en parlons pas. Nous avons tout essayé, Jean-Luc et moi, jusqu’à nous entourer de bâtons d’encens nous n’avons pas osé les bougies parfumées… . De toute façon, c’est dans la tête que cela se passe et Jean-Luc n’est plus motivé. Mes émanations contemporaines à ses mouvements lui coupent tous ses effets et c’est la débandade. Il se réfugie alors dans la chambre d’amis. Il fuit. Mon homme se taille. Il fiche le camp, vous entendez ! Bah, tout fout le camp ! Bref, je veux mourir.

Tout cela a commencé en septembre. Une seule élève sur les trois que compte la classe de terminale, présentait la défense de son travail de fin d’études. Après, c’était la quille et elle pouvait commencer une belle carrière d’enseignante de la langue française. Mais, problème, le jury la descend en flammes et lui colle un 25/100. Elle doit tout recommencer : stages pédagogiques, examens théoriques et mémoire de fin d’études. L’infortunée Patricia téléphone à son paternel pour lui annoncer son échec dans l’ultime ligne droite, ce qui, évidemment, déçoit au plus haut point le brave homme qui se voyait déjà disposer d’un budget familial accru, l’autonomie financière prochaine de sa fille ne faisant aucun doute vu le manque cruel de maîtres que connaît actuellement l’enseignement.

 Monsieur C., me demande alors audience par courriel pour conférer avec moi à propos de l’avenir de son rejeton. Comme je ne réagis pas dare-dare, il m’envoie un rappel, puis fait intervenir le chef de cabinet du ministre de l’enseignement supérieur qui me somme de répondre fissa au bon contribuable. Ce que je fais, en cliquant sur « répondre » trois jours seulement plus tard, en m’excusant de n’avoir pas saisi l’urgence de sa requête.

Le mec pique une colère en interprétant le sens du message comme une grave entorse au respect qui lui est dû. Voilà t’y pas qu’il nous fait une grossesse nerveuse, l’arsouille. Je vous livre ci-dessous les textes des courriers électroniques échangés, du plus ancien au plus récent et, si vous y comprenez quelque chose quelle mouche le pique ? –, vous êtes fortiches. Moi je n’ai pas compris son courroux, ni l’acharnement qu’il mettra ensuite à me pourrir la vie.

       De : Cerna Lori [mailto:cernal@skynet.be]

       Envoyé : mardi 8 septembre 2009 20:03

      À : 'jpeda@swing.be'

       Objet : Échec Patricia HEPB

      

       Chère Madame la Directrice,

J’apprends, avec tristesse, que ma fille Patricia va redoubler sa troisième et (pensais-je) dernière année dans votre établissement.

Étant moi-même agrégé et ayant enseigné plus de dix ans, je voudrais afin de l'aider à terminer ses études, m'entretenir avec vous et les autres intervenants qui pourraient me soutenir dans cette tâche. Vous comprendrez que savoir ce qui cloche peut être pour moi précieux. Vous savez, comme moi, le coût d'un échec pour la communauté et pour les parents...Voulez-vous m'indiquer par retour quelques dates qui vous conviendraient pour un rendez-vous

Certain d'une prompte et favorable réponse, agréez, Madame, mes salutations distinguées

Cerna, Lori.

 

________________________________

            De : Cerna Lori [mailto:cernal@skynet.be]

       Envoyé : jeudi 10 septembre 2009 16:32

       À : 'hep@swing.be'

       Objet : TR : Échec Patricia HEPB Madame Peda

      

Madame Peda,

        Veuillez trouver, ci-dessous, le message que je vous adressai mardi passé lequel est resté sans réponse. Peut-être l'adresse est-elle erronée et que vous ne l'avez pas reçu ? Je réitère donc, sur l'adresse de votre école. Je sais que vous en prendrez connaissance.

Veuillez, je vous prie, répondre à ce mail par retour et accéder à ma requête. Si vous n'en voyiez pas l'utilité, soit parce que ma demande vous paraît incongrue ou encore pour toute autre raison, veuillez me le faire savoir.

        Respectueusement vôtre.

Lori Cerna.

________________________________

 

       De : Juliette Peda 

       Envoyé : vendredi 11 septembre 200918:09

       À : 'Cerna Lori'

       Objet : RE : Échec Patricia HEPB Madame Peda

      

       Monsieur,

        J'ai effectivement reçu un mail de votre part.

Le même jour me parvenait un recours de votre fille contestant ses résultats, ainsi qu'une copie de lettre à vous adressée et émanant d’un certain monsieur Pautroux, inconnu à l'école, qui émettait des commentaires à propos de l'équipe pédagogique qui a évalué le travail de Patricia.

J'ai peut-être mal compris en pensant que le recours vous engageait ainsi que votre fille dans une attitude de contestation plus que dans une logique de discussion pour que Patricia améliore son travail.

En ce cas, ma réponse à votre mail ne me paraissait plus de première urgence.

Toutefois, si vous souhaitez me rencontrer dans une optique constructive, je suis bien entendu prête à vous recevoir. Notre entrevue pourrait avoir lieu mercredi 16 en fin de matinée ou jeudi 17 après 15h.

        Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

 

Juliette Peda

Haute École Pédagogique de Bourdelles

_____________________________

De : Cerna Lori [mailto:cernal@skynet.be]

    Envoyé : vendredi 11 septembre 2009 22:00

       À : 'Juliette Peda'

Objet : RE : Échec Patricia HEPB Madame Peda

      

Chère Madame Peda,

Ce mail pour vous remercier d’avoir répondu ce 11 septembre à mon courriel du 8 dernier dans lequel je sollicitais une entrevue avec vous et les membres de votre équipe à même de m’éclairer et, de la sorte, pouvoir aider ma fille Patricia qui se trouvait ce jour-là dans un état psychologique proche du désespoir après la proclamation des résultats. 

Vous n’avez pas réagi tout de suite, ce que je puis comprendre, or ma fille devait décider de faire recours ou non dans le délai bref de trois jours, comme prévu par le règlement de l’école, après avoir pris connaissance de la décision de votre jury.

Et donc le recours n’était, comme visiblement vous ne l’avez pas compris, qu’une précaution administrative. Cela ne changeait en rien l’aspect « constructif » de ma démarche. Là où l’on détruit, il faut bien reconstruire…

Il est vrai, que Patricia, a cru bon avec mon accord, de motiver son recours en joignant à sa lettre l’avis de Jean-Albert Pautroux car celui-ci, étant inspecteur dans l’enseignement secondaire, cela pouvait, pensait-elle, pensions-nous, accréditer sa démarche comme étant légitime et raisonnable. Qu’il ne soit donc pas connu dans votre établissement ne doit, je pense, en aucune façon, le dispenser de faire les commentaires qu’en tant que professionnel de l’éducation il a cru bon d’émettre. Le corporatisme ne me semble déplacé en l’occurrence. D’autres personnalités éminentes (Docteurs et autres agrégés, dont je suis) ont donné satisfecit avant dépôt, au T.F.E.[1] de Patricia.

Vous me proposez Madame deux dates de rendez-vous, mais à la condition, si j’ai bien compris, que l’optique soit « constructive ». M’imposer de la sorte une ligne de conduite préalable ne m’agrée guère.

 Et, c’est vrai, qu’à la réflexion, je ne pourrai peut-être pas m’empêcher d’être impertinent en même temps que « constructif » en vous posant certaines questions que vous pourriez trouver irrespectueuses comme, par exemple : Comment peut-on expliquer le taux de réussite remarquable et même exceptionnel de zéro pour cent ? Comment est-il possible qu’une trentaine d’élèves commencent un cycle d’études et nul n’en sort ? Avez-vous, Madame, hérité de la lie de la terre pour avoir dans votre école autant de crétins (congénitaux ?) ? N’est-il pas léger d’arrêter des gens en dernière année (si peu : trois) alors que des emplois leur étaient proposés dans des écoles qui les ont accueillis en tant que stagiaires ? N’est-il pas raisonnable de tenir compte de contingences collatérales comme le coût d’une année d’études pour la communauté et les parents, la problématique du chômage des jeunes, le déficit énorme des finances publiques (dont je suis un modeste contributeur, aux finances pas au déficit !), avant d’ajourner les rares rescapés ?

Vous le voyez, Madame, on peut avoir l’esprit positif et garder un sens critique minimum qui peut vous amener à être polémique, ce que vous n’avez pas l’air d’apprécier (enfin je le sens comme cela dans votre mail).

Je vous propose donc ceci, Chère Madame Peda : si le recours introduit invalide les résultats et entérine la réussite de ma fille, alors, la date du 17 courant après 15 heures, disons 15 heures trente, me conviendrait parfaitement et j’aurais, ainsi, l’insigne honneur de vous connaître ; si, au contraire, les résultats étaient confirmés, il me semble plus raisonnable de n’envisager entre nous qu’une rencontre aléatoire, laquelle serait, j’en suis convaincu, d’un immense intérêt.

Recevez, Madame, mes salutations distinguées.

Cerna L.

 

Qu’est-ce que je vous disais : un caractériel, psychorigide à tendance paranoïaque, obsessionnel. Dans pareil cas, le mieux c’est de laisser pisser le mérinos, tourner la page et oublier.

Oui mais …, j’aurais dû m’en douter, le gars ne lâche pas prise et veut en découdre. Il rameute tous ses potes en leur demandant de relayer un courriel qu’il a envoyé au Ministre-Président, pas moins. Évidement, on se pose la question de savoir comment il se fait que la section de la Haute École que je dirige puisse avoir de si piètres résultats et je dois me justifier. La tutelle m’envoie l’inspecteur général, Lancelot, qui en bon chevalier examine le cas de la fille Cerna, pour en référer. Rien à redire, les cotes sont justifiées et le frustré reçoit en réponse que tout est en ordre et que s’il continue, il pourrait se voir poursuivi pour diffamation.

Rien n’y fait, il réplique et diffuse à la cantonade ses textes polémiques aux allures du « J’accuse » de Zola : un roquet infatigable malgré le ventre mou que le système lui oppose. La mauvaise pub m’atteint. L’on persifle, l’on se gausse derrière mon dos.

Les collègues de notre concurrente, l’École Libre Normale de Bourdelles, ont vent de l’affaire. Tous ont la gentillesse de m’encourager à faire le gros dos et tous se montrent solidaires. Où irions-nous, si le premier troufion venu qui conteste nos appréciations était pris sérieusement en considération ? Et puis même si la moindre crédibilité lui était accordée, il est vrai que nous sommes intouchables. Nous avons tout pouvoir in fine de décider du destin des étudiants. Et si la Cerna changeait d’établissement, ce qu’elle va sans doute faire, pour se diplômer, l’esprit de corps fera le reste. Il se trouvera toujours quelqu’un pour laver l’affront. Comment ? La pédagogie, bien sûr ! L’arme fatale, la pédagogie. On peut descendre qui on veut avec la pédagogie même si les rapports de stages sont bons. Il suffit de prétendre que la manière d’enseigner de l’impétrante n’est pas conforme à celle préconisée par notre établissement. La monnaie de sa pièce, au gros con !

N’empêche, tout ça me tracasse. Je suis moi aussi parent. Quoi qu’on en dise, c’est l’avenir d’une jeune femme, laquelle aurait pu être ma fille, qui était en jeu et il est vrai également qu’on manque cruellement d’enseignants. Que l’on sanctionne les étudiants s’ils n’ont pas la fibre et s’ils sont stupides, quoi de plus normal ? Mais les faire aller jusqu’en terminale et puis crac, on les tue, cela me turlupine. Mais qu’y puis-je ? Les profs attribuent les points qu’ils veulent. Moi, je ne suis que l’œil de l’administration.

J’ai dit à Jean-Luc, un soir en rentrant, que ma journée n’avait pas été terrible et que je recevais des copies de mails qu’un père frustré faisait circuler et que cela me gonflait.

Mes ennuis gastro-intestinaux ont commencé peu après. Cela s’est aggravé avec la parution d’un article dans un petit canard extrémiste qui stigmatisait l’école en titrant :

« 100% d’échecs à la Haute École ! »

 D’accord c’est un journal de rien du tout à tirage confidentiel connu pour ses positions extrémistes, mais le texte s’est retrouvé aux valves de l’école et relayé par les étudiants. Ça se marre ferme, ils tiennent leur vengeance les petits salauds !

Cela m’a gonflé…

 La nuit, je fais des cauchemars affreux, seule dans mon lit. J’enfle tellement que je m’envole comme une montgolfière. J’ai beau essayer de m’agripper, je finis par lâcher prise. J’atteins des hauteurs vertigineuses et je vois ma maison de la taille d’un tout petit point. Puis, je lâche un pet terrible à me dévisser l’anus qui me fait, par réaction, prendre une vitesse de missile tournoyant. Ma ville disparaît, le pays, le monde, tout s’évanouit et je sais que je finirai en orbite pour toujours. Pour le bien de l’humanité, il faut réduire les gaz à effet de serre et m’exclure du monde.  Je tourne et des milliers de gros ballons m’escortent et virevoltent, au gré des pets qu’ils lâchent à leur tour. Il s’agit de collègues : des pédagogues. Que des péteurs.

 



[1]Travail de Fin d’Études

 

Lorenzo-Cecchi-c.jpgLORENZO CECCHI est né à Charleroi le 6 juillet 1952 de Dante et Graziella, tous deux venus d’Italie.

Agrégé de sociologie de l’ULB, marié à une Hollandaise et père de quatre enfants, Lorenzo Cecchi a été enseignant, animateur de maison de jeunes, directeur de centre culturel, promoteur des spectacles au National, administrateur de sociétés, ou encore commissaire d’exposition. Durant dix ans, il a enseigné la philosophie de l’art à l’académie des Beaux-arts.

Lorenzo Cecchi a encore été chanteur et harmoniciste du groupe « Too late blues band » en compagnie notamment de William Dunker. Il est enfin devenu écrivain. Son premier roman, Nature morte aux papillons au Castor Astral (2012) a été sélectionné pour le Prix Première de la RTBF, le prix Alain-Fournier, ainsi que les prix Saga Café et des lecteurs du magazine « Notre Temps ».

Sa page sur ONLIT Editions

12:01 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | | |

26/05/2015

LE SALON DES CHANSONS DE L'AUTOMOBILE

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21:21 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

UN AMOUR DE PETITE VOITURE

41rIST9Oy%2BL._SY300_.jpgLa petite voiture rouge de la dame… Elle n’est plus de première jeunesse mais elle blinque, elle rutile comme au premier jour. Elle doit passer au car wash régulièrement. Elle n’est pas haute, son toit est à hauteur d’estomac, il faut s’abaisser très fort pour pénétrer en elle. Elle est ponctuée de blanc : des lignes blanches, des calandres blanches, ses rétroviseurs sont blancs. Son toit est en partie blanc. Au fond, n’est-elle pas plus blanche que rouge ? Mais l'intérieur est rouge, d'un rouge grenat accueillant. Il faudrait entamer une étude géométrique, mettre des spécialistes de la peinture auto sur le coup. Elle est garée là, tout près, quand je veux, le peux la voir, il suffit que j’écarte le rideau. Elle donne envie de la toucher, de passer la main sur toute l’étendue de sa carrosserie, sur son capot et sur ses vitres douces. On a envie de la prendre dans ses bras ; à une certaine distance, c’est possible, c’est même vraisemblable. Mais ce qui est vraisemblable est-il vraiment possible ? Pourquoi la prendre dans ses bras? Dans mes bras, je la porterais où, pour en faire quoi ? Tout à l’heure, la dame viendra la reprendre et l’emportera. Je resterai avec le souvenir de son véhicule devant chez moi. Je porterai une rose rouge ou des petits cailloux blancs le soir en souvenir de sa chère présence. En attendant le lendemain matin. 

Un jour, si je lui demande, est-ce que la dame me prendra de même dans sa petite voiture rouge (et blanche) pour que je dorme près de sa voiture? Dans le garage, il y aura bien une petite place pour moi… 

11:45 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

25/05/2015

CHRONIQUES

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

9782253003380-T.jpg?itok=9CF1IrdLHugo HORIOT, L’EMPEREUR, C'EST MOI, Livre de poche n°33660,

Paru en 2013, à l’Iconoclaste, ce récit autobiographique qui rend compte des aléas d’un parcours d’autiste, vécu dans la chair, dans la difficulté, dans l’engagement et dans la résistance peu commune d’un enfant, devenu aujourd’hui artiste, comédien et écrivain, est aujourd’hui disponible en poche.

Julien Hugo Horiot a senti combien l’état d’autiste a libéré en lui, au-delà des souffrances, des rejets, des blessures, du déni par les autres, une gamme de possibilités, une volonté inouïe pour en sortir et créer. Julien a donné vie à Hugo, et ce ne fut pas aisé. Julien a dû céder la partie, consentir à une autre éclosion de soi.Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2013-04-07-%C3%A0-10.22.171.png

L’enfant d’hier, célébré – le mot n’est pas trop fort - par le livre admirable de sa mère, Françoise Lefèvre, « Le petit prince cannibale » (Actes Sud, 1990, Goncourt des Lycéens), a volé de ses propres ailes, s’est débarrassé de tous ses liens contraignants pour oser. Les épisodes qui relaient cette métamorphose sont émouvants et consignent, presque comme une injonction à toujours se battre pour progresser, une exceptionnelle énergie vitale qui a poussé Julien à endosser la peau d’Hugo.

Trente ans après les faits, Françoise Lefèvre clôture ce beau livre, en rendant hommage à « L’enfant des abîmes » qu’elle a mené au plus loin, en dépit de tout.

Est-il besoin de dire que c’est un livre essentiel ? 

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5124eYefWPL._SY344_BO1,204,203,200_.jpgLe remarquable « LIVRE DES CHRONIQUES» (BIEN SÛR QUE TU TE SOUVIENS DE MOI) d’Antonio LOBO ANTUNES (Points n°1131), restitue un Lisbonne des années d’enfance et d’adolescence de l’auteur, dans le quartier périphérique de Benfica, et des séquences plus récentes où l’homme mûr se souvient, vit le poids du temps. L’humour dévastateur et l’hyperréalisme des situations et des notations donnent à l’ensemble un parfum mi-amer mi-nostalgique d’une densité exemplaire. Les qualités stylistiques visuelles de l’écrivain portugais sont telles que les scènes vivent sous nos yeux et que les personnages, étonnants, décalés, pittoresques ou ordinaires, peuplent ces fragments de vie, avec le poids des réalités vécues.

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Lobo Antunes n’a pas son pareil pour moquer des usages, relayer les dimanches de « gêne, d’inquiétude », de « malaise », et, parfois, l’évocation de ce qui est définitivement perdu – un décor ravagé ou absent, une part du paysage d’enfance – ranime en nous une indéfectible mélancolie. Là, le narrateur atteint des sommets et rappelle qu’écrire est aussi manière de ressusciter – en dépit du temps, en dépit du ton adopté, et malgré toutes les pesantes contraintes – un passé enfoui, encore plein de gens et de choses, qu’on a aimés.

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9782930607535.gifRéédité par Les Carnets du Dessert de Lune en 2014, « CHRONIQUES DES FAITS » du regretté et excellent Pierre AUTIN-GRENIER, était paru en février 1992 à L’Arbre (dirigé alors par Jean Le Mauve).

Illustré de quelques vignettes très inventives et très colorées de Georges Rubel, le recueil a pour but aussi d’assurer la « chronique » même fantastique de faits, de « restaurer la mémoire » des choses, dans un esprit et dans un style qui ne sont pas, au fond, si éloignés d’un André Hardellet, quand il magnifie par l’inventivité le réel le plus ordinaire. Autin-Grenier réussit à nous plonger dans des énigmes ordinaires, liées à des situations toutes simples, mais qui génèrent incertitudes, flottements, doutes. L’auteur magnifie lui aussi la vie, rameute « le devoir d’oser ». La poésie est partout : dans ce journal « imprimé sur du papier jauni par le temps », dans les interrogations incessantes qui nous poussent à ne pas accepter la vie comme telle.CVRSGgXS8ShYgAjY05LNBzl72eJkfbmt4t8yenImKBVvK0kTmF0xjctABnaLJIm9

« La brèche dans les broussailles s’était élargie » et l’aventure, comme chez Hergé, comme chez Pirotte et Dhôtel, entre autres, peut commencer, au coin de la rue, au coin de la page.

 

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corbusier.pngChroniques poétiques aussi chez Jean-Marie CORBUSIER qui, au Taillis Pré, propose un nouvel ensemble poétique, « LA LAMPE D'HIVER ».J-M%20%20Cobusier.JPG?itok=WQNu0EDm

Ici, le vers se fait bref, les mots calculés au cordeau ou ramassés en distiques veulent suggérer des constats, des éclats, des fragments, et parfois, il faut peu pour suggérer l’image :

Au fond du mur

la pierre rayonne

On attend serré

que la chaleur monte

on va d’un mot à l’autre

Le poète, à la tâche, sait que « la lumière saigne », que son écriture accompagne « biffures », « griffures/rapides » et qu’écrire ne « rompt » pas « le nœud du jour ».

18:40 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |