Les Belles Phrases Textes courts, poésie et chanson, plaisirs de lecture...
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Les textes pour lesquels le nom de l'auteur n'est pas signalé sont de moi. Les textes d'auteurs invités sont répertoriés dans les catégories: "Les belles phrases", "Les beaux vers" ou "Les beaux haïkus".
Éric ALLARD
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AVIS AUX LECTEURS
Si vous rencontrez des « belles phrases », par leur forme ou leur sens, des phrases qui vous séduisent, des phrases possédant une singularité, un style (même si c'est de n'en avoir pas - « Le style, écrivait Jules Renard, c'est l'oubli de tous les styles), constituant un paragraphe, un passage que vous avez envie de faire partager, elles prendront place sur ce blog, avec vos coordonnées.
Repères
« Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi sonore.»
Gustave FLAUBERT ////
"Le vers est partout dans la langue où il y a rythme." Stéphane MALLARMÉ ////
« Le seul endroit où je peux réellement me poser est un endroit imaginaire : c'est le langage. »
Mahmoud DARWICH ////
"Être poète n'est pas une ambition que j'ai. C'est ma façon à moi d'être seul."
Fernando PESSOA ////
"Plus j'interviens physiquement dans la langue, plus j'ai la sensation de vivre."
Pierre GUYOTAT ////
"Pourquoi certain écrit-il? Parce qu'il n'a pas assez de caractère pour ne pas écrire." Karl KRAUS ///// "Je crois profondément que le désir d'écrire vient comme une nécessité en soi et que le verbe "écrire", comme "respirer", s'entend d'abord comme intransitif." Catherine MILLET
PORTRAITS CROISÉS
Si, au fil de vos lectures, vous croisez des portraits de personnages - masculins, féminins ou transgenres -, ne manquez pas de les relever et de me les adresser.De préférence des portraits « amoureux ».
L'Histoire du poème
Le poème est né, au bas mot (Obama?), il y a quinze milliards d'années, c'est-à-dire bien avant le Big Bang. (Mais ça, même les frères Bogdanov l'ignorent). Une théorie tend d'ailleurs à démontrer qu'il serait à l'origine de l'univers. Depuis, on s'en doute, le poème a connu mille métamorphoses et autant de péripéties, dont ce blog rendra compte, parmi les plus récentes et les plus extraordinaires.////
Plus gaiement, c'est un Art poétique déguisé, un questionnement saugrenu sur les limites du genre poétique, une folle tentative de l'épuiser.
Nouveaux métiers
Les révolutions (industrielle, socialiste, numérique) passent, la Crise, les guerres perdurent et des métiers trépassent. Heureusement d'autres professions apparaissent qui nourrissent l'homme à défaut de toujours l'émanciper. Pour l'avenir de nos bourses, soyons attentifs à ces nouveaux métiers qui feront le Grand Bazar de demain.
Partage
« L'impossibilité où nous sommes de dire la vérité, quand même nous la sentons, nous fait parler en poètes, raconter les aventures de notre esprit et vérifier qu'elles sont comprises pas d'autres aventuriers, communiquer notre sentiment et le voir partagé par d'autres êtres sentants. » Jacques RANCIÈRE
Le roman d'un blogueur
Le roman d'un blogueur est un feuilleton qui sera posté à raison d'un épisode par semaine.
MINI MAL
Du mini mal car il faut - parfois - éviter les mots qui plombent les dits courts et garder les grands maux pour la fin.
20-11-2009
Panne de songes
L’autre nuit, au beau milieu d’un somme, je suis tombé en panne de songes. Pas l’ombre d’une miette d’esprit onirique accrochée à la voûte céleste. Et encore trois bonnes heures de sommeil à tenir. J’ai appelé Rêve Assistance pour qu’on m’envoie un p’tit rêve de secours, de quoi finir la nuit en douceur. La ligne était occupée, elle devait crouler sous les demandes. En dernier recours, angoissé comme jamais à l’idée de passer une fin de nuit blanche, j’ai sonné à mon psy que j’ai sorti d’un cauchemar. Il m’a remercié et m’a envoyé trois pillules-ondes par la voie des airs qui, heureusement, n’était pas aussi encombrée que le Numéro rêve. J’ai dormi comme un trou noir jusqu’au matin où, en me levant, j’ai découvert le cadavre d’un songe écrasé sous un pied du lit. Il avait dû par mégarde se coincer un membre en tombant de ma nuit. Mais il n’était pas mort, non. Il possédait de quoi faire une pensée creuse d'excellente tenue pour les longues heures de veille à venir.
Automne malade et adoré Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies Quand il aura neigé Dans les vergers
Pauvre automne Meurs en blancheur et en richesse De neige et de fruits mûrs Au fond du ciel Des éperviers planent Sur les fixes nicettes aux cheveux verts et naines Qui n’ont jamais aimé
Aux lisières lointaines Les cerfs ont bramé
Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs Les fruits tombant sans qu’on les cueille Le vent et la forêt qui pleurent Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille Les feuilles Qu’on foule Un train Qui roule La vie S’écoule
Les sanglots longs Des violons De l'automne Blessent mon coeur D'une langueur Monotone.
Tout suffocant Et blême, quand Sonne l'heure, Je me souviens Des jours anciens Et je pleure;
Et je m'en vais Au vent mauvais Qui m'emporte Deçà, delà Pareil à la Feuille morte.
Extrait du premier recueil de poèmes de Verlaine, Poèmes saturniens, paru en 1866 et tiré à 491 exemplaires, alors qu'il était âgé de 22 ans. Il regroupait des textes de jeunesse. On apprend que 20 ans plus tard, le tirage n'était toujours pas épuisé.
C’était un temps à ne pas mettre un chien dehors, un temps tout pourri. On le raccommoda, on l’orna de bouquets de soleil, de fragrances estivales, de tresses de fleurs. Enfin, il fut un temps convenable, on put le sortir par la main dans de longues et enivrantes promenades forestières. Mais il se lassa et se couvrit bientôt de vilaines averses, d’une cape de grisaille et d’un manteau de vent. On le remisa dans un coin du globe où il est désormais impossible d’y mettre les pieds et où il fait une dépression carabinée qui tient à distance les météorologues les plus avertis. M'en fiche, c'est le temps que je préfère.
Tous les 2 ne se ressemblent pas. Certains, dans leur graphisme, tendent vers le 1, d’autres tirent vers le 3 et il y en a qui se cassent vers le 7 ou poussent la coquetterie jusqu’à faire le 9. Mais il existe des 2 dont on se dit quand on les voit qu’ils sont de vrais 2, des 2 tout ce qu’il y a d’exemplaire, de deux durs, des deux bien droits. Parmi ceux-là, à bien y regarder, avec un détecteur de chiffre parfait, on remarque qu’il n’y en a jamais 2 semblables.
Pierre Autin-Grenier ; Peter Bakowski (bilingue) ; Jean-Marc Couvé ; co errante ; Théophile de Giraud ; Éric Dejaeger ; Anna de Sandre ; Romain Fustier ; Jan Oskar Hansen (bilingue) ; Jason Heroux (bilingue) ; Virginie Holaind; Amandine Marembert ; Thierry Roquet.
Les illustrations sont de Diana Magallon et Jeff Crouch.
Le 22e Mi(ni)crobe: Voyage à la roue voilée, de Pierre Soletti.
Pour tous renseignements, contacter Éric Dejaeger:
"Il [Bergotte] mourut dans les circonstances suivantes : Une crise d'urémie assez légère était cause qu'on lui avait prescrit le repos. Mais un critique ayant écrit que dans la Vue de Delft de Ver Meer (prêté par le musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu'il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu'il ne se rappelait pas) était si bien peint qu'il était, si on le regardait seul, comme une précieuse oeuvre d'art chinoise,d'une beauté qui se suffirait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terre, sortit et entra à l'exposition. Dès les premières marches qu'il eut à gravir, il fut pris d'étourdissements. Il passa devant plusieurs tableaux et eut l'impression de la sécheresse et de l'inutilité d'un art si factice, et qui ne valait pas les courants d'air et de soleil d'un palazzo de Venise ou d'une simple maison au bord de la mer. Enfin il fut devant le Ver Meer, qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur. " C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune". Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l'un des plateaux, sa propre vie, tandis que l'autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu'il avait imprudemment donné la première pour le second. "Je ne voudrais pourtant pas, se dit-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition. "
Il se répétait : "Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune." Cependant il s'abattit sur un canapé circulaire ; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l'optimisme, se dit " C'est une simple indigestion que m'ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n'est rien. " Un nouveau coup l'abattit, il roula du canapé par terre, où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort."
De 1975 à 1977, David Bowie est à Berlin avec Iggy Pop, il compose trois albums, Low, "Heroes" et Lodger. La chanson Heroes a été écrite par Bowie et Eno, elle raconte l'histoire de deux amants qui se retrouvent à l'ombre du Mur.
L'enfant avait placé une vaste caisse au milieu de la chambre et, depuis quelques heures déjà, il naviguait ainsi, brassant le vide, dévisageant l'horizon enfui dans le mur, le tapis figurant l'océan, la caisse un voilier de fort tonnage. Vers six heures, comme chaque soir à cette heure, le père rentra du travail. Il pénétra dans le salon, il eut le temps de désapprouver l'idée de son fils, il atteignit à cet instant le tapis, coula à pic et se noya.
Rostropovitch joue Bach à Berlin le 11 novembre 1989
"J’ai joué des Suites de Bach, les plus joyeuses pour célébrer l’événement. Mais je ne pouvais pas oublier tous ceux qui avaient laissé leur vie sur ce mur en essayant de le franchir. J’ai donc joué la sarabande de la deuxième suite à leur mémoire, et j’ai remarqué un jeune homme qui pleurait », Mstislav Leopoldovitch Rostropovitch.
Prélude, allemande, courante, sarabande, menuet et gigue de la Suite n°1 pour violoncelle seul de Bach (en 1991)
Etendant les mains hors du lit, Plume fut étonné de ne pas rencontrer le mur. «Tiens, pensa-t-il, les fourmis l'auront mangé... » et il se rendormit.
Peu après, sa femme l'attrapa et le secoua
« Regarde, dit-elle, fainéant ! Pendant que tu étais occupé à dormir, on nous a volé notre maison. » En effet, un ciel intact s'étendait de tous côtés. « Bah, la chose est faite », pensa-t-il.
Peu après, un bruit se fit entendre. C'était un train qui arrivait sur eux à toute allure. « De l'air pressé qu'il a, pensa-t-il, il arrivera sûrement avant nous » et il se rendormit.
Ensuite, le froid le réveilla. Il était tout trempé de sang. Quelques morceaux de sa femme gisaient près de lui. «Avec le sang, pensa-t-il, surgissent toujours quantité de désagréments ; si ce train pouvait n'être pas passé, j'en serais fort heureux. Mais puisqu'il est déjà passé..." et il se rendormit.
- Voyons, disait le juge, comment expliquezvous que votre femme se soit blessée au point qu'on l'ait trouvée partagée en huit morceaux, sans que vous, qui étiez à côté, ayez pu faire un geste pour l'en empêcher, sans même vous en être aperçu. Voilà le mystère. Toute l'affaire est là-dedans.
- Sur ce chemin, je ne peux pas l'aider, pensa Plume, et il se rendormit.
- L'exécution aura lieu demain. Accusé, avez-vous quelque chose à ajouter ?
- Excusez-moi, dit-il, je n'ai pas suivi l'affaire. Et il se rendormit.
extrait de Un certain Plume (1930) , de Henri Michaux (Poésie Gallimard)
L'album-concept de Lou Reed est sorti en 1973. Mais il ne sera joué sur scène, lors d'une tournée mondiale, qu'en 2006-2007. Julian Schnabel la filme sur une durée de quelques jours pour le film sorti l'an passé.
D'après les indications des instruments de bord, le vaisseau approchait des limites supposées de l'univers. Le pilote, un astronaute chevronné, s'attendait à tout. À tout sauf ce qu'il aperçut un peu trop tard. Il ne put empêcher son engin spatial d'aller s'écraser contre le mur de briques.
Il construisit un mur dans son village, cela lui prit des années. Fort de son succès, il en construisit d’autres, et toujours plus rapidement, si bien qu’il devint un expert ès murs, plusieurs fois décoré pour sa puissante contribution au quadrillage de tous les territoires de son département. À sa retraite, comme désoeuvré et en mal d’honneurs, il monta un mur dans son jardin puis dans cour et enfin dans sa maison. De mur en mur, il fut bientôt isolé et privé d’eau et de nourriture puis d’air. Retranché derrière ses remparts, il finit par s’éteindre dans son dernier refuge, loin du monde et des commémorations en cascade de la chute de ses différents murs.
Comme la voiture traversait le bois, il la fit arrêter dans le voisinage d'un tir, disant qu'il lui serait agréable de tirer quelques balles pour tuer le Temps. Tuer ce monstre-là, n'est-ce pas l'occupation la plus ordinaire et la plus légitime de chacun? - Et il offrit galamment la main à sa chère, délicieuse et exécrable femme, à cette mystérieuse femme à laquelle il doit tant de plaisirs, tant de douleurs, et peut-être aussi une grande partie de son génie.
Plusieurs balles frappèrent loin du but proposé l'une d'elles s'enfonça même dans le plafond; et comme la charmante créature riait follement, se moquant de la maladresse de son époux, celui-ci se tourna brusquement vers elle, et lui dit: "Observez cette poupée, là-bas, à droite, qui porte le nez en l'air et qui a la mine si hautaine. Eh bien! cher ange, je me figure que c'est vous." Et il ferma les yeux et il lâcha la détente. La poupée fut nettement décapitée.
Alors s'inclinant vers sa chère, sa délicieuse, son exécrable femme, son inévitable et impitoyable Muse, et lui baisant respectueusement la main, il ajouta: "Ah! mon cher ange, combien je vous remercie de mon adresse!"
Toute la malice de Brigitte Fontaine qui s'exprime dans ces deux chansons du début de sa carrière, au thème semblable, celui de la réification des rapports humains.
Je t’ai faite avec une tête, deux bras, une jambe (mais une grosse), trois seins (mais petits), un corps aux divines proportions plus un nombril en or (il faut ce qu’il faut) et même un cœur (avec des flèches) et tout (peau mains lèvres sexe) ce qui permet d’aimer à tort et à travers. Puis je t’ai couchée sur le papier et j’ai attendu, attendu et attendu encore : tu ne m’aimais toujours pas. J’ai fait appel à un expert, j’ai téléphoné partout, j’ai consulté internet, j’ai même lancé un appel à témoins. Enfin j’ai compris ce qui n’allait pas : j’avais utilisé une feuille de papier à cigarette et je t’avais fumée, trop content d’avoir enfin réalisé la femme de mes rêves. Tu m’as quand même, c’est vrai, donné un brin de plaisir.
À force de se faire traiter de gros son, il décida de suivre un régime hautes fréquences. On le revit ensuite aminci, effilé comme un son neuf, un simple sifflement de vent dans l’air coupant du matin.
Mais certains s’inquiétèrent pour sa survie. N’allait-il pas devenir un ultra-son, seulement perceptible des dauphins et des chauves-souris ? On lui demanda de retourner à son état initial, ce qu’il fit sans rechigner, il avait un bon fond d’ondes.
Il fut le plus gros son jamais entendu, même des éléphants, qui s’en servirent pour battre le rappel de leurs femelles égarées. Il fit les beaux jours du spectre sonore, un vrai bruit d’appel, fort couru des acousticiens. On l’entendit partout, si bien que mes oreilles n’en purent plus.
Un sale jour, armé d’un silence à cran d’arrêt, je le réduisis à néant et l’enterrai dans le cimetière des musiques sérielles. Aux côtés de la tombe dédiée auxsons inconnus d’une œuvre récemment disparue de Pierre Boulez.
C’est une autre plage Un antre Les traces fraîches Sur le sable blanc Témoignent
D’estuaires où les pyromanes Inscrivaient les sillages de poudre La pythonisse y lit Les épreuves Le hasard insulaire
C’est une autre plage Un ventre Sur le sable blanc Des serpentins de viscères Se déroulent
En méduses violines L’escadron De leurs ombrelles contractiles Mentionne Les tribulations reculées Les méharées pluvieuses
C’est une autre plage Une ancre Les vaguelettes mouillées Sur le sable blanc Enjambent
Un confluent De cataractes melliflues Et d’huîtres perlières L’écume turbulente y consigne Le récif de Scylla Les perditions
C’est une autre plage À l’ornière de tes reins La pègre bouillante des années Ressurgit en alluvions arrachées Aux obsessions Et engorge et submerge Mes entrelacs vasculaires Du venin De mon temps usé
Quelques livres lus de cet auteur, à commencer par La pensée sauvage, qui chaque fois ont été des lectures mémorables, des ouvertures de pensée, des éclaircissements.
Voici deux liens
Claude Lévi-Strauss, le goût de l'autre. Par Nathalie Crom. Sur Télérama.fr:
Elli et Jacno ont la cote pour l'instant. Après la reprise, moins convaincante, de leur Je t'aime tant par Indochine, voici celle, crépusculaire, d'Amoureux solitaires, interprété, comme on s'en souvient, de façon sautillante par Lio en 1980.
Dans le supplément au n°21 de REFLETS WALLONIE BRUXELLES - LA PENSÉE WALLONNE, la revue de Joseph Bodson:
Des amis, Salvatore GUCCIARDO avec un texte intitulé "Charleroi la battante" qui signe aussi l'illustration de couverture, Éric DEJAEGER avec un épisode de Maigros, Pierre SCHROVEN avec un texte sur Charleroi, Jacques VIESVIL avec des extraits de Val de Sambre.
Mais aussi des contributions de Jean-Luc WAUTHIER, Louis MARCELLE, Raymond DRYGALSKI, Max VILAIN, Jean DELAHAUT, Willy BAL, Armand DELTENRE, Émile LEMPEREUR, Jean-Luc FAUCONNIER, Pol BOSSART, Roseline GILLES-RENIER, Rémi BERTRAND et Claude-Jean DEBECQ.
Je participe à ce numéro avec un texte intitulé Gens (extra)ordinaires.
Adresse postale:
Joseph Bodson - rue de la Mutualité, 109 - 1180 Bruxelles.
Spécial Halloween: DEAD MAN'S BONES / My body's a zombie for you
"Le groupe, comme les cinéastes Dogma, a choisi de s’imposer un hallucinant règlement intérieur, qui donne à cette musique sa fulgurance, son instinct, son inédit : jamais plus de trois prises ; pas de guitares électriques ; pas de métronome ; obligation pour le duo de jouer tous les instruments, même si c’est la première fois ; nécessité d’une chorale d’enfants… Tout ceci, au strict service d’une beauté un peu sauvage, récalcitrante, dérangée : un sortilège dont on ressort passablement ébranlé – mais qu’il est doux d’être ainsi secoué, purifié. Car on vous le garantit : jamais vous ne passerez un Halloween aussi délicieux, aussi terrifiant qu’en compagnie de ce squelette." J-D Beauvallet (Les Inrocks).
Trouver des macchabées dans sa cave, au grenier, dans le placard à balai, derrière son canapé ou encore sous le bureau, quoi de plus normal. Mais dans le lit où on est mort, il faut vraiment avoir fait quelque chose qu’on ne devait pas. Alors elle chercha quel os intime de son squelette elle avait bien pu laisser sous la couette pour rameuter autant de zombies.
Le tueur de temps est un métier pour glandeurs et ex-fonctionnaires. Le tueur de temps se contente de rester immobile mais ce n’est pas une obligation, c’est seulement plus spectaculaire : il trucide l’air de rien et sans que jamais personne n’y trouve à redire.
Il tire profit du contexte, ennuyeux à souhait. Ainsi on verra l’assassin d’instants perpétrer ses crimes en vitrine des magasins ou sur une estrade montée dans la travée centrale des centres commerciaux. La cliente odorante d’Ici Paris XL, le promeneur de chiens de fantaisie, le préretraité de l’enseignement, le chômeur en fin de droit, le demandeur d’asile en attente d’expulsion, l’évadé de la maison de repos, l’écrivain en mal d’inspiration, le futur suicidé de France Télécom (ou Peugeot ou Thalès ou…), l’employé irradié d’Areva ou d’Electrabel, l’élect(rocut)eur déçu de Paul Magnette, le père désoeuvré de Charles Michel, l’ancien colleur d’affiches recyclables des Verts assisteront ainsi en toute impunité à l'exécution en place publique.
L'assassin peut saler ses meurtres, ne pas se contenter d’une étiration en bonne et due forme, en torturant l'instant, en prolongeant ses souffrances au-delà des convenances temporelles. Il sera rétribué par les nombreux sponsors suisses qui le soutiendront dans ses horribles séries. Enfin, il sera jugé par une cour spéciale qui siégera dans une salle en forme d’horloge. Il écopera en général d’une peine égale au nombre d’instants assassinés.
Je suis content que vous soyez venu. Ça fait si longtemps que je suis seul. Asseyez-vous là, quelque part, si vous trouvez une place. C’est petit, chez moi.
Au mur de sa chambre, elle a laissé ses Titi. Elle collectionnait les Titi, vous savez, ce canari de cartoon, ce canari d’un jaune à faire mal aux yeux, paraît qu’y en a qui sont allergiques à ce jaune. Elle a laissé ses Titi quand elle est partie et je reste là, seul, comme un Grosminet triste, avec mes moustaches de gros chat paisible.
Ça ne vous ennuie pas si je reste allongé sur mon lit, les doigts croisés ? Je suis si fatigué. Allongé sur mon lit, les doigts croisés, j’ai un peu l’allure d’un mort, non ? Comme quelqu’un qui rendrait son dernier souffle, qui partirait pour son dernier voyage. Pour le repos éternel, comme on dit.
Je me souviens de son premier souffle d’enfant, elle était née la nuit. Une âme neuve qui brillait parmi les étoiles. Elle était née l’hiver, la neige tombait cette nuit-là. Et je twistais sur ma chaise, dans la salle d’attente de la maternité. À cette époque, les pères n’assistaient pas à l’accouchement. Quand une infirmière est venue me la présenter, mon visage s’est éclairé. C’est comme ça qu’elle a dit, l’infirmière : votre visage s’est éclairé. Je portais la barbe, alors, pas seulement la moustache. Et les cheveux longs, comme à l’époque. Le Christ. Souvent, ils me comparaient au Christ. Un Christ un peu triste – c’est vrai, je n’étais pas riant. Mais là, face à ce souffle neuf, mon visage s’est ouvert, et j’ai souri. Comme un ange sur une cathédrale.
Et puis, pour faire court, j’ai été maladroit. Avec sa mère. Pourquoi s’emporter pour une porte qui claque, pour un verre brisé au cours d’une vaisselle, pour un tintinnabulis ?
À chaque fois elle s’énervait, pour faire court, à chaque fois, je voulais crier plus fort. Vous avez autre chose à faire que d’écouter l’histoire de ma vie. Un connard fini, mais là, LE connard fini, elle disait.
Parfois, nous sortions, tout de même, nous avons eu de bons moments. Un Perrier citron au café Randaxhe à Liège, chacun dans sa bulle. Toujours chacun dans sa bulle, et la poussette entre nous. Il est réveillé, disait la dame avec sa canne, parlant du bébé. Et la bulle se brisait. Nous repartions, poussant notre poussette. Cahin-caha.
Les années ont passé, la petite a grandi. À chaque anniversaire, je lui achetais un Titi. Pour sa collection. Et puis, elle est partie. Sa mère. Sa fille par la main. Elle a claqué la porte. J’ai senti un courant d’air frais. Tintin, les Titi.
Alors, maintenant, parfois, je viens m’allonger sur son lit. Parmi les Titi jaunes et les angelots kitsch. Et je croise les doigts. Ça porte bonheur, paraît. Oui, je croise les doigts, mon souffle dans la nuit. Quelque part entre les étoiles, il m’arrive de sourire.
Voilà, vous savez tout. Je vous l’ai dit comme ça, tout simplement, comme j’aurais parlé à un inconnu. Comme ça, tout simplement, pourquoi dire plus ? Tu es grande assez pour remplir les blancs. Tu es grande assez pour comprendre. Et si tu veux, nous pourrons prendre un peu de temps, une autre fois. Si tu as le temps.
Jeanne Blanchard, issue du milieu rural, se marie avec un homme que lui présente son père. À trente ans, elle est veuve et doit subvenir seule aux besoins de ses trois garçons, endosser le rôle du mari et partir travailler à l’extérieur. Elle entre au service d’un curé qui doute de sa foi et trouve du réconfort auprès d’elle. On est au début du vingtième siècle, elle est enceinte de lui, doit le quitter et placer dans une famille d’accueil l’enfant qu’elle ne reverra jamais. Tels sont les faits mis dans la bouche de Jeanne mais avec l’art du récit et des mots justes propre à Daniel Charneux.
Mais allons y voir de plus près.
Cela commence par un Ave Maria. Jeanne a trente-deux ans quand elle met au monde Marguerite, l’âge qu’aura sa fille à la fin de son existence de mère frustrée. Trois fois mère, sans avoir jamais ressenti l’impression de l’être vraiment : « J’avais trente-deux ans, C’était mon quatrième enfant, et je croyais que je n’étais pas encore une mère. Pas une maman. » « Et j’ai donné la vie à une fille, à une future épouse, à une future maman. » A qui elle va donner le nom de son mari décédé : « Pas le nom du père, non. Pas le nom du père. »
Elle ne réalisera pas avec son quatrième enfant son souhait d’une maternité accomplie. Pas plus qu’avec ses garçons, il ne lui sera accordé le privilège de suivre son évolution. Daniel Charneux parle de la maternité, plus particulièrement du rapport mère-fille. Marguerite n’appellera jamais sa mère biologique « maman », pas plus qu’elle ne lui sera un jour redevable du don qu’elle lui a fait car l’existence bien sûr est un cadeau empoisonné.
Mon père, dit Jeanne du prêtre qui lui donnera une fille. « Il aurait pu être mon père et c’est ainsi que je le voyais, vraiment, au début. » La propre mère du curé est morte en lui donnant le jour. Plus tard, il adorera la Sainte Vierge. Il finira pas s’interroger sur le sens de cette « vie », toujours écrite en italiques dans le roman car le mot est « trop fort » pour Jeanne. Comme si la vie était un virus, une maladie dont il fallait se débarrasser d’une génération à l’autre.
Cette problématique de la maternité avait déjà été traitée ailleurs dans la bibliographie de l’auteur, notamment dans « Norma roman » où Charneux nous contait l’existence - prolongée jusqu’à nos jours - de Marilyn Monroe, cette impossible mère, cette fille à jamais. Soulignons que dans NorMA roMAN, on trouvait déjà MAMAN. Et Jeanne, le féminin de Jean, n’est-il pas le prénom le plus proche du « je » ? Maman Jeanne, c’est un peu l’auteur aussi ; enfin, la projection d’une part de lui-même, les prénoms choisis par les écrivains aidant ceux-ci à créer des liens forts avec leurs personnages même si on devine que sans cela cette histoire touche de près l’auteur.
Le souvenir d’enfance marquant rapporté par Jeanne est celui où elle se cache pour susciter la crainte de sa mère et être appelée, sauvée, tirée de l’anonymat. Jeanne attend d’être appelée « maman », d’être élue mère par la fille qu’elle a elle-même nommée à la naissance. Au-delà de cette relation particulière, il est question d’appel. Ainsi que « le coucou qui appelle au printemps », comme pour conduire Jeanne vers le Salut. L’attente de l’appel est aussi un phénomène actuel, symptôme en ces temps d’hyper communication d’un malaise plus profond, celui peut-être d’un appel d’une autre dimension, d’ordre spirituel ou simplement interpersonnel. Ainsi l’être qui vous appelle connaît votre existence ou éprouve le besoin d’une aide, d’un partage. Toutes questions que soulève ce récit aux multiples résonances.
Daniel Charneux a écrit, si on se réfère au récit de Flaubert, son « Histoire simple » mais il ne faudrait pas la réduire à une simple histoire. À le lire bien, on voit qu’il s’interroge sur une société au fond matriarcale, de laquelle le mâle est exclu, réduit à un rôle de fécondateur, de simple chroniqueur des épopées matrimoniales.
Marguerite, que Jeanne a eue à trente-deux ans, coupera son existence en son milieu. Il y a chez Daniel Charneux ce goût de la symétrie, des nombres qui déchirent et déchiffrent, des histoires bouclées, qui recommencent ad libitum car toute « vie » réclame un éclaircissement et l’écriture ou, en l’occurrence pour Jeanne, la parole sont de ces moyens de réflexion, de retour sur l’anecdotique, qui donnent à certains faits singuliers, choisis pour leur caractère emblématique, valeur d’universalité. E.A.
Le comebacker revient toujours ! Même absent, il est celui dont on guette le retour, dont on sait qu’il va revenir. C’est la valeur sûre de l’entreprise, du secteur privé ou public : il n’y en a plus d’autres. Il est là sans être là. Absent, on pressent son retour. Et présent, on sait qu’il va disparaître à nouveau mais bien vite se repointer, avec l’accord des syndicats, la bénédiction des patrons, le soulagement des cellules d'aide à la réinsertion. Le comebacker se situe à n’importe quel niveau de l’ascenseur social : cadre, employé, ouvrier, manœuvre… Même parmi les chômeurs, on trouve des comebackers : ceux qui perdent leurs allocations et qui les retrouvent au terme d’un stage d’attente ou d’une préformation.
Le comebacker doit préparer son retour. Un emploi trop tard et son public perdrait patience, il quitterait derechef la période d’attente et il se retrouverait le job dans l’eau.
Le comebacker joue contre l’oubli. Comme un vieil acteur, un animateur de télésur le retour, combien de comebackers sont réapparus au mauvais moment, dans un environnement social modifié, en marge de leur public ; ceux-là on fait un flop et on ne les revit jamais.
L’activité de comebacker est la plus difficile qui soit mais, quand elle est bien menée, elle procure à ceux qui la pratiquent et leurs inconditionnels une joie sans commune mesure dans les corps de métier stabilisés et, on va dire, passablement ringardisés.
Désolé pour les amateurs d'Isabelle Boulay ou Julia Migenes et les oubliées. Ou encore Axelle Red, Geri Halliwell, Cindy Lauper, Sophie Ellis Bextor, Tigs de Chew Lips ou Annie Lennox mais ces dernières ne sont pas garanties pure rousse et je ne voudrais pas subir les foudres de Jean-Philippe Ducart de Test achats pour publicité mensongère.
Merci à Raphaël P., Charles B., Jules B. d'A. et Guillaume A. pour leur texte.
À signaler cet article: L'évolution du statut des femmes rousses du XIXème siècle à nos jours
Je pris pour maître, un jour, une rude Maîtresse, Plus fauve qu'un jaguar, plus rousse qu'un lion ! Je l'aimais ardemment, - âprement, - sans tendresse, Avec possession plus qu'adoration ! C'était ma rage, à moi ! la dernière folie Qui saisit, - quand, touché par l'âge et le malheur, On sent au fond de soi la jeunesse finie... Car le soleil des jours monte encor dans la vie, Qu'il s'en va baissant dans le coeur !
Je l'aimais et jamais je n'avais assez d'elle ! Je lui disais : « Démon des dernières amours, Salamandre d'enfer, à l'ivresse mortelle, Quand les coeurs sont si froids, embrase-moi toujours ! Verse-moi dans tes feux les feux que je regrette, Ces beaux feux qu'autrefois j'allumais d'un regard ! Rajeunis le rêveur, réchauffe le poète, Et, puisqu'il faut mourir, que je meure, ô Fillette ! Sous tes morsures de jaguar ! »
Alors je la prenais, dans son corset de verre, Et sur ma lèvre en feu, qu'elle enflammait encor, J'aimais à la pencher, coupe ardente et légère, Cette rousse beauté, ce poison dans de l'or ! Et c'étaient des baisers !... Jamais, jamais vampire Ne suça d'une enfant le cou charmant et frais Comme moi je suçais, ô ma rousse hétaïre, La lèvre de cristal où buvait mon délire Et sur laquelle tu brûlais !
Et je sentais alors ta foudroyante haleine Qui passait dans la mienne et, tombant dans mon coeur, Y redoublait la vie, en effaçait la peine, Et pour quelques instants en ravivait l'ardeur ! Alors, Fille de Feu, maîtresse sans rivale, J'aimais à me sentir incendié par toi Et voulais m'endormir, l'air joyeux, le front pâle, Sur un bûcher brillant, comme Sardanapale, Et le bûcher était en moi !
" Ah ! du moins celle-là sait nous rester fidèle, - Me disais-je, - et la main la retrouve toujours, Toujours prête à qui l'aime et vit altéré d'elle, Et veut dans son amour perdre tous ses amours ! " Un jour elles s'en vont, nos plus chères maîtresses ; Par elles, de l'Oubli nous buvons le poison, Tandis que cette Rousse, indomptable aux caresses, Peut nous tuer aussi, - mais à force d'ivresses, Et non pas par la trahison !
Et je la préférais, féroce, mais sincère, A ces douces beautés, au sourire trompeur, Payant les coeurs loyaux d'un amour de faussaire... Je savais sur quel coeur je dormais sur son coeur ! L'or qu'elle me versait et qui dorait ma vie, Soleillant dans ma coupe, était un vrai trésor ! Aussi ce n'était pas pour le temps d'une orgie, Mais pour l'éternité, que je l'avais choisie : Ma compagne jusqu'à la mort !
Et toujours agrafée à moi comme une esclave, Car le tyran se rive aux fers qu'il fait porter, Je l'emportais partout dans son flacon de lave, Ma topaze de feu, toujours près d'éclater ! Je ressentais pour elle un amour de corsaire, Un amour de sauvage, effréné, fol, ardent ! Cet amour qu'Hégésippe avait, dans sa misère, Qui nous tient lieu de tout, quand la vie est amère, Et qui fit mourir Sheridan !
Et c'était un amour toujours plus implacable, Toujours plus dévorant, toujours plus insensé ! C'était comme la soif, la soif inexorable Qu'allumait autrefois le philtre de Circé. Je te reconnaissais, voluptueux supplice ! Quand l'homme cherche, hélas ! dans ses maux oubliés, De l'abrutissement le monstrueux délice... Et n'est - Circé ! - jamais assez, à son caprice, La Bête qui lèche tes pieds !
Pauvre amour, - le dernier, - que les heureux du monde, Dans leur dégoût hautain, s'amusent à flétrir, Mais que doit excuser toute âme un peu profonde Et qu'un Dieu de bonté ne voudra point punir ! Pour bien apprécier sa douceur mensongère, Il faudrait, quand tout brille au plafond du banquet, Avoir caché ses yeux dans l'ombre de son verre Et pleuré dans cette ombre, - et bu la larme amère Qui tombait et qui s'y fondait !
Un soir je la buvais, cette larme, en silence... Et, replongeant ma lèvre entre tes lèvres d'or, Je venais de reprendre, ô ma sombre Démence ! L'ironie, et l'ivresse, et du courage encor ! L'Esprit - l'Aigle vengeur qui plane sur la vie - Revenait à ma lèvre, à son sanglant perchoir... J'allais recommencer mes accès de folie Et rire de nouveau du rire qui défie... Quand une femme, en corset noir,
Une femme... Je crus que c'était une femme, Mais depuis... Ah ! j'ai vu combien je me trompais, Et que c'était un Ange, et que c'était une Ame, De rafraîchissement, de lumière et de paix ! Au milieu de nous tous, charmante Solitaire, Elle avait les yeux pleins de toutes les pitiés. Elle prit ses gants blancs et les mit dans mon verre, Et me dit en riant, de sa voix douce et claire " Je ne veux plus que vous buviez ! "
Et ce simple mot-là décida de ma vie, Et fut le coup de Dieu qui changea mon destin. Et quand elle le dit, sûre d'être obéie, Sa main vint chastement s'appuyer sur ma main. Et, depuis ce temps-là, j'allai chercher l'ivresse Ailleurs... que dans la coupe où bouillait ton poison, Sorcière abandonnée, ô ma Rousse Maîtresse ! Bel exemple de plus que Dieu dans sa sagesse, Mit l'Ange au-dessus du démon !
Me voici devant tous un homme plein de sens Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut connaître Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour Ayant su quelquefois imposer ses idées Connaissant plusieurs langages Ayant pas mal voyagé Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie Blessé à la tête trépané sous le chloroforme Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul pourrait des deux savoir Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre Entre nous et pour nous mes amis Je juge cette longue querelle de la tradition et de l'invention De l'Ordre de l'Aventure Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu Bouche qui est l'ordre même Soyez indulgents quand vous nous comparez A ceux qui furent la perfection de l'ordre Nous qui quêtons partout l'aventure Nous ne sommes pas vos ennemis Nous voulons nous donner de vastes et d'étranges domaines Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues Mille phantasmes impondérables Auxquels il faut donner de la réalité
Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières De l'illimité et de l'avenir Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés Voici que vient l'été la saison violente Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps O Soleil c'est le temps de la raison ardente Et j'attends Pour la suivre toujours la forme noble et douce Qu'elle prend afin que je l'aime seulement Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant Elle a l'aspect charmant D'une adorable rousse Ses cheveux sont d'or on dirait Un bel éclair qui durerait Ou ces flammes qui se pavanent Dans les roses-thé qui se fanent Mais riez de moi Hommes de partout surtout gens d'ici Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire Ayez pitié de moi
Aux éditions GROS TEXTES.
100 textes courts qui sont autant de contes brefs sur les aventures d'un narrateur imaginaire en phase avec son époque. Illustration de couverture: Salvatore Gucciardo
« Écrire des chansons, ce n'est pas une activité prestigieuse. Vous ne construisez pas des cathédrales, vous construisez de petits abris." ////
"Je n'ai jamais fait de grande distinction entre ce qu'on appelle la poésie et la chanson."
Leonard COHEN
L'art, la vie
"L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art." Robert FILLIOU /////
"Art: Continuation de la vie par d'autres moyens." Gérard GENETTE