03/09/2015

Présentation de MÉANDRES de Salvatore GUCCIARDO à la Bibliothèque Marguerite Yourcenar

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J'aurai le plaisir de présenter, avec la complicité de Serge Budahazi, Salvatore Gucciardo en tant que poète pour son recueil bilingue (français/italien) Méandres sorti chez Chloé des Lys, préfacé par Jospeph Bodson et traduit en italien par Maria Teresa Epifani Furno.

Cela se passera le jeudi 10 septembre 2015 à 19 heures dans le beau cadre du Château de Cartier de Marchienne-au-Pont qui abrite les locaux de la bibliothèque communale. 

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Quelques lectures de Méandres...

Ma lecture de Méandres 

"Alchimie spirituelle, métaphysique de l’être, théorie de l'évolution de Teilhard de Chardin... sont quelques-unes des philosophies ou disciplines auxquelles Méandres emprunte des éléments pour déployer son univers poétique particulier. (...)

Habile dispositif ouvert à plusieurs interprétations, Méandres ne s’apprivoise pas en une seule lecture et se complète des peintures de l’artiste (au nombre de quatre) qui accompagnent ce parcours pour donner une vision de la condition humaine et cosmique qui a à voir avec l’art, l’âme et la lumière et à laquelle chacun donnera l’interprétation qu’il veut selon son vécu, ses références artistiques et culturelles. Un second recueil (après Lyrisme cosmique en 2011) qui nous fait entrer plus avant dans l’univers si singulier de l’artiste avant tout poète, des mots et des images." E.A.

Méandres par Jean-Paul Gavard-Perret (sur le site de Traversées)

"Gucciardo ne cesse d’oxygéner la distance qui sépare l’homme – en ses miels et sels obscurs – du cosmos. Il balaie l’horizon noir, opte pour la lumière en faisant le tri dans des « sentiments entremêlés » envahis de chiendent et autres mauvaises herbes au sein des profondeurs de l’être. En effet, à l’heure de leur départ de quelle étroite blessure se souviendront les hommes s’ils ne font que se laisser bercer sous les laves du ciel ? Le poète se rappelle ainsi au bon souvenir de ceux qui ne cultivent que l’image matérialiste emmagasinée dans leur cervelle. Le poète – en Salvatore donc en sauveur – en rappelle le miaulement macabre et les miasmes.(...) " J.-P.G.-P.

Méandres par Pierre Schroven (sur le site de Traversées)

"Rythmés par le souffle du cosmos, ces poèmes insolites voire mystérieux tentent de transmettre une vision lumineuse et joyeuse du monde ; mieux, ils fondent l’espoir dans le désespoir ambiant et mettent en joue une réalité dont le destin n’est écrit nulle part. 

Au détour de chaque page, Gucciardo se risque aux frontières de l’inconnu, dissipe les certitudes du quotidien, traque ce que la vie dissimule et considère celle-ci dans son infinité ; bref, il cherche à percevoir le chant originel de l’univers pour renouveler sa vision du monde et dépasser l’ombre d’une vie sans cœur.

Méandres est une ode à la vie dans ce qu’elle a de merveilleux mais aussi de plus sauvage, mouvant et mystérieux." P.S.

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Le site de Salvatore Gucciardo 

18:49 Écrit par Éric Allard dans Avis de parution, Rendez-vous | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

02/09/2015

UN PEINTRE DE CAISSIÈRES

Caissi%C3%A8re.jpgC’était un peintre de caissières. Avec l’accord du gérant, il s’installait d’un côté puis de l’autre des caisses et peignait les caissières au travail. Leur nez, leurs yeux, leurs leur front, leurs mèches, leurs mains… Le peintre, lors des changements de côté,  emportait son matériel et traversait la ligne des caisses comme une frontière. Un moment, il se retrouvait vivant la vie d’un exilé, honni et loué à la fois. Sur le point d’être abattu (par une partie de la clientèle) ou acclamé, porté aux nues tel un héros (par l’autre partie), puis quand on le voyait se remettre au chevalet, peiner à terminer son portrait, tout le monde était unanime pour dire qu’il ne se différenciait pas du reste du monde, peinant à la tâche pour un quignon de pain vendu à la boulangerie du supermarché.

Il peignait les caissières sur leur lieu de travail mais il ne s’arrêtait pas là. Il les peignait faisant leurs courses (où c’était le moins cher), dans leur cuisine (préparant à manger pour leur famille), repassant, tricotant, piquant à la machine (et dans leurs doigts), dormant (sur un coin de table ou dans leurs draps), pendant leur toilette ou pendant l’amour (avec le consentement du compagnon, mari ou amant)… Ses toiles étaient appréciées qui s’achetaient à la sortie du magasin, dans l’espace commercial où il possédait un stand. Fort de son succès (il reversait une grosse commission au gérant par ailleurs marchand d’art), il fut appelé à peindre les allées du magasin, des rayons pleins, des caddies vides, des produits entiers et des étiquettes de produits qui se vendirent dans toute la chaîne mondiale de supermarchés de cette enseigne. Il vendait tant qu’il put s’acheter un magasin, puis un autre et encore un autre de telle sorte qu’il n’eut plus le temps de peindre le moindre tableau... 

Parfois on voit ce gérant de cette nouvelle chaîne de magasins bioniques devant les caisses machinales comme dans le vague, comme regardant au loin la mer disparue des caissières, se les figurant à nouveau sur la plage désormais déserte où ne subsistaient plus que des souvenirs d’images enfouies dans le sable synthétique de la peinture automatique.  

15:40 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

31/08/2015

Un homme se coupe du monde pour fuir le puissant lobby des éditeurs

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Maxime Verseau, 37 ans, a choisi de s’isoler dans un dôme de 10 mètres de diamètre au milieu de nulle part. Il n’aura plus de contact avec le monde pendant des mois et s’alimentera uniquement de nourriture déshydratée. Pour se prémunir de tout contact avec l’extérieur il portera aussi un scaphandre.

A la veille de son aventure, Maxime Verseau a déclaré sur son blog : « J’étais la proie du puissant lobby des éditeurs qui voulaient absolument me publier même si je n’ai encore écrit aucun livre. Mais comme je n’exprimais aucune envie d’écrire et encore moins de publier, j’avais attiré leur attention en tant qu’objet de curiosité. Je précise ici que je ne donnerai aucune interview au risque que mes paroles fassent l’objet d’une publication. Mais le pire, je dois le reconnaître, c’était, à force de sollicitations intérieures comme extérieures, et un début de thérapie, le désir de plus en plus lancinant de m’auto-publier... »

Fasciné depuis toujours par Mars et la conquête spatiale, Maxime rêve toutefois, nous a-t-il confié en secret, d’une publication sur la planète rouge.

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30/08/2015

MÊME PAS PEUR #3 spécial RENTRÉE

L'Ecole, il vaut mieux en rire qu'en pleurer. Ce qui n'exclut pas la réflexion. 
A la veille de la ruée vers les savoirs (et les diplômes qu'ils délivrent), découvrez pour 3 € seulement le nouveau numéro du journal satirique belge.

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MÊME PAS PEUR, le # 3 en vente partout dès le 29 août, un numéro spécial rentrée, réglons nos comptes avec l'enseignement !
Mais on n'y parle aussi de l'accueil des réfugiés, des centrale nucléaires, de la dette grecque, du journalisme d'investigation, de Paul Magnette et les chroniques habituelles: Couille Molle a des choses à dire (André Clette), Les contes qu'on nous raconte (Sylvie Kwaschin), L'observatoire bruxellois du clinamen (Dr Lichic), la chronique de Dominique Watrin, Un peu d'honneur (Juste un doigt alors) de Louis-Denys Colaux, Le dico des mots qui fachent (Maz).
Le tout sur un ton impertinent, voire carrément insolent... et des dessins qui ne le sont pas moins !
Dans ce numéro des textes de: Manuel Abramowicz, Éric Allard, Thomas Burion, André Clette, Denis-Louys Colaux, Éric Dejaeger, Olivier Doiseau, Laurent d’Ursel, Georges Elliautou, Sylvie Kwaschin, Fabian Lecomte, Dr Lichic, O.Q. Paye, Théo Poelart, Jean-Philippe Querton, Mickaël Serré, Dominique Watrin.
Des dessins, collages, photos, photomontages de: Thomas Burion, Bruno Carbonnelle, Philippe Decressac, Delescaille, Mehdi Dewalle, Kanar, Livingstone, Théo Poelart, Mickaël Serré, Samuel, Sondron, Sticki, Dominique Watrin.

Extrait de l’éditorial de Thomas Burion

(...) L’école est devenue cet incubateur du monde merveilleux du libéralisme économique, supposé former des avatars compétitifs, polyvalents, performants, jetables comme les futurs intérimaires qu’ils seront ! Et tant pis pour les filières supposées improductives comme les langues anciennes, les cours d’histoire ou d’arts plastiques (…) Et tant pis pour les filières techniques et professionnelles, bassins de décantation de l’échec scolaire dévolus aux loosers de l’enseignement général.

Entre marketing scolaire et technophilie onéreuse, les objectifs fondamentaux de l’école passent au second plan : d’abord le fric, puis l’image et éventuellement un peu d’éducation au sens le plus humaniste du terme. Diriger une école ne nécessite plus d’être pédagogue, mais bien d’être gestionnaire. Un timonier de navigation à courte vue. Il faut gérer son image, compter ses sous ! Décrypter les décrets qui fleurissent chaque année ! Affronter les lobbies des parents-consommateurs, des représentants d’entreprises, et pire encore, se coltiner des syndicalistes jamais contents (à juste titre, en ce qui me concerne) ! Plus le temps ni les moyens d’avoir une vision, un projet à long terme. (....)

 

Extraits:

"Il y a trois sortes d'enseignants: ceux qui prennent des antidépresseurs, ceux qui picolent et ceux qui, les plus nombreux, ont changé de métier."
Éric Dejaeger

Dans les 20 sujets de formations continuées selon Dejaeger: 
"Se faire insulter lors d'une réunion de parents tout en restant impassible (voire zen)"

"Baffer un élève en classe sans laisser de trace et continuer, sans stress, à transmettre des savoirs."

"Expliquer à l'inspection que votre avis de terrain est aussi bon que leur avis de bureau."

...

Courts extraits de l'abécédaire de Denys-Louis Colaux

U.L.M.: Université Libre de Mont-sur-Marchienne.

Leçon: Séance d'enseignement furieusement accrochée à sa cédille.

Grec (et latin): langues mortes menacées d'assassinat

Littérature: Choix académique d'oeuvres faisant rempart aux vrais livres.

Bulletin: oblitération du sujet scolaire, marquage du cheptel, faire-part de décès.

...

Même pas peur, le site

Même pas peur sur Facebook


18:44 Écrit par Éric Allard dans MÊME PAS PEUR | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

AU GRÉ DU SORT

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous proposer deux textes qui évoquent le sort, ce fameux sort qui organise des coïncidences souvent bien utiles aux romanciers, notamment à certains auteurs de romans policiers, en panne d’imagination. Pascale Hugues a dévoilé tout ce que le sort a manigancé pour lui donner deux grands-mères nées et décédées la même année et dont la vie a connu d’autres similitudes. En feuilletant les éphémérides des événements extraordinaires, Didier Da Silva a, lui, constaté certaines coïncidences et en a tiré une réflexion toute personnelle sur le rôle que le sort peut jouer dans la vie. Alors le sort n’est-il qu’une forme du hasard ?

 

51uHwc4vMUL._SX306_BO1,204,203,200_.jpgMARTHE ET MATHILDE

Pascale HUGUES (1959 - ….)

"Mes grands-mères s’appelaient Marthe et Mathilde. Leurs prénoms commençaient par les deux mêmes lettres. Elles étaient nées la même année, en 1902… elles moururent l’une après l’autre en 2001. A quelques semaines d’intervalle, tout au début du nouveau siècle et à la veille de leur centième anniversaire."

Marthe et Mathilde traversèrent le XX° siècle côte à côte d’un bout à l’autre », à Colmar que Marthe ne quitta que pendant la deuxième guerre mondiale, elle était Alsacienne mariée à un ancien militaire français alors que Mathilde était la fille d’un Allemand installé en Alsace avec sa femme belge francophone. Quand elles étaient enfants, les deux femmes habitaient le même immeuble, elles firent connaissance à l’âge de six ans et le hasard qui fait si bien les choses, ne faillit pas à sa tradition en voulant que le fils de Marthe épouse la fille de Mathilde et qu’ils deviennent les parents de Pascale l’auteure de cette histoire de ses grands-mères.

Tout ce texte ne serait qu’une accumulation de coïncidences plus surprenantes les unes que les autres si cette histoire ne se déroulait pas en Alsace où ces deux femmes furent successivement allemandes jusqu’en 1918 puis françaises de cette date à 1940, à nouveau allemandes l’espace de la guerre et de nouveau françaises depuis 1945 jusqu’à leur décès. Leur histoire échappe ainsi à la seule tradition familiale pour devenir le symbole de tout un peuple balloté de part et d’autre d’une frontière mouvante au gré des guerres qui ensanglantèrent la planète. Marthe se souvient comment les Allemands étaient, pendant la Grande, devenus durs et sévères avec les populations françaises, et Mathilde, elle, n’a pas oublié comment les Français avaient chassé, entre 1918 et 1921, les familles allemandes influentes.

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Ce livre écrit pas une journaliste n’est peut-être pas très littéraire, il s’attache plus à faire vivre ces deux femmes au destin parallèle malgré des origines et des personnalités très différentes faisant de tout ce qui les séparait des atouts pour construire une part de vie commune. Il fallut beaucoup de tolérance à Marthe, la bonne provinciale simple et pragmatique, pour accepter les caprices et la supériorité intellectuelle de Mathilde à l’arbre généalogique riche de plusieurs nationalités et peuplé de personnalités importantes. Il fallut aussi beaucoup de résignation et de courage à Mathilde pour supporter son statut de « boche » et accepter de vivre dans une ville trop petite pour ses rêves de grandeur.

Cette histoire qui n’est pas tout à fait parallèle car Mathilde y occupe plus de place que Marthe, sans doute que son rayonnement intellectuel a plus fasciné sa petite-fille que la simplicité bon enfant de

Marthe, est un excellent rappel et peut-être même plus car dans nos écoles on ne nous a jamais parlé des expulsions en Alsace, de la francisation forcée, de l’interdiction de parler français ou allemand selon le lieu et l’époque, que certains enfants devaient parler une langue à la maison et une autre à l’école… La France s’est beaucoup glorifiée d’avoir ramené l’Alsace dans le giron de la patrie gauloise mais n’a pas tout dit sur les méthodes employées et sur les douleurs subies par les populations. Et certainement que les Allemands n’en ont pas dit plus quand ils ont rattaché l’Alsace à la grande nation germanique. Cette histoire est aussi un exemple de tout ce que les peuples installés aux marches des nations ont dû subir, subissent encore pour certains, lors des conflits armés entre ces nations : dans les Sudètes, en Silésie, dans le Memel land, etc… et aujourd’hui encore à l’est de l’Ukraine, en Moldavie à l’est du Dniepr, dans l’imbroglio caucasien…

Ce texte nous rappelle qu’à cette époque, notre belle république auréolée de sa belle devise où trône fièrement l’Egalité, « classe ses enfants, il y a les légitimes, les tolérés, les adoptés, les rejetés et les Boches ». N’oublions jamais !

DASILVA-COUVERTURE.jpgL’IRONIE DU SORT

Didier DA SILVA (1973 - ….)

Si ce livre n’était pas écrit par Didier Da Silva, je ne suis pas sûr que je l’aurais lu jusqu’au bout même si je suis habituellement plutôt persévérant et tenace. A la lecture des premières pages, j’ai eu un peu l’impression que l’auteur avait feuilleté une pile de vieilles éphémérides où il aurait relevé quelques coïncidences qui sont absolument incontournables quand on considère la population de la planète dans son ensemble. Mais les phrases bâties comme des châteaux classiques, tout en longueur, harmonieusement rythmées, où tout a une fonction architectonique, rien n’étant concédé à une quelconque décoration superflue, ces phrases que l’on ne peut mesurer qu’à l’aune de la page, m’ont séduit par leur rythme, leur musique, l’eurythmie qu’elle dégage. Cet Hardouin-Mansard de la phrase méritait bien une lecture attentive, il faut qu’elle le soit car son texte est un entrelacs d’événements très variés : créations artistiques remarquables (romans, poésies, symphonies, opéras, films, …), crimes les plus sordides, naissances, décès, rencontres,… de personnages célèbres ou appelés à le devenir, faits divers retentissants, grandes premières, innovations révolutionnaires, tout un entrelacs d’événements qui, pour un historien, constitue une part de la matière première de ses études. Son travail peut s’expliquer par celui qu’il prête à l’un de ses très nombreux héros :

« … depuis que l’homme pense il rapproche des faits sans lien apparent et trouve le joint avec, le plus souvent, une facilité déconcertante, une fois configurées les données d’un système les signes s’attirent comme des aimants, pour ainsi dire spontanément : il faut seulement veiller à ne pas l’élargir trop, le système, car il perdrait à proportion de sa pertinence : à considérer le tout évidemment que tout se tient, la belle affaire, mais alors le charme se rompt, les coïncidences n’en sont plus et le trouble fait place à l’incompréhension. »

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Même si je n’ai pas très bien compris l’objet de ce livre, si ce n’est la volonté de montrer la grande agitation qui anime perpétuellement l’humanité et la nature et le nombre incalculables de coïncidences qu’on pourrait déceler en épluchant méticuleusement les éphémérides, je considère, en ce qui me concerne, que ce texte est avant tout un grand exercice de jonglerie lexicographique, une savante construction d’un fastueux édifice littéraire, un paysage dessiné et aménagé par un Le Nôtre des jardins littéraires avec une foison de mots oubliés, savants ou banals artistiquement dispersés en des bosquets en forme de phrases longues comme les allées d’un parc.

Ce texte est court mais très dense et le lecteur qui pensera en sortir en une heure ou deux de lecture risque fort de sérieusement se tromper car il est particulièrement dense, quelques paragraphes seulement pour l’ensemble du livre, et se réfère à un nombre impressionnant de sujets et de connaissances. Soit Didier Da Silva est le Pic de la Mirandole de notre époque, soit il a travaillé très sérieusement sa culture générale pour arriver à produire cette œuvre qui in fine m’a impressionnée tant par la qualité de sa rédaction que par l’encyclopédisme de l’auteur.

18:43 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de DENIS BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

29/08/2015

LE VIOLON PISSE SUR SON POWÈTE d'Eric DEJAEGER

images?q=tbn:ANd9GcTYeIh_40eQ3e8tELt15eqoVFgVmbu_6gtmnNmzQGe9_DBBSkgxIQpar Philippe LEUCKX

 

 

 

af1dc543.jpgJamais en retard d'une phrase incisive ni d'un aphorisme qui claque, Éric Dejaeger (1958, de nombreux livres depuis les années 90, fondateur de deux revues "Ecrits vains", puis "Microbe") poursuit son petit bonhomme de chemin de poète potache donnant la leçon à tous ces "powètes" qui ont le cou plus gros que leurs pauvres vers et se donnent vivants de fulgurants piédestals.

En matière de pied-de-nez à la bienséance et d'insolences bien senties à l'adresse de ces auteurs-qui-s'y-croient-que-ça-n'en-est-pas-possible, le poète Dejaeger dégaine à petis jets continus de bien plates vérités (certain(e)s s'y reconnaîtront sans peine, opacifié(e)s dans leur satut privilégié d'auteurs pour public réduit (Dejaeger ne va pas pour eux au-delà de cinq présences aux soirées poétiques).

Il faut lire ces petites rosseries qui ne lui feront peut-être pas que des amis (quoique). Cathalo et quelques autres ont déjà donné dans le genre, et, au fond, c'est salubre quand un vrai poète jette un oeilleton sur le genre qu'il pratique pour alerter des dérives.

Un petit recueil salutaire, dont voici quelques pépites pour la route :

"Le powète rêve d'être maudit,

mais pas de son vivant"

ou

"Tout powète se sent de taille à écrire

un powème-fleuve"

ou encore

"Quand le powète pète dans sa

clarinette, ça ne fait que du vent"

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Éric Dejaeger, Le violon pisse sur son powète, Les Carnets du Dessert de lune, couverture (très belle) d'André Stas, 2015, 24p., 6€.

Pour commander le livre

Les Carnets du Dessert de Lune

Le blog d'Éric Dejaeger

12:27 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

28/08/2015

Variations sur LE COURS DE RIEN

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Pour réussir au cours de rien, il suffira de ne pas connaître grand-chose.

 

Les cours de remédiation au cours de rien se donneront pendant les heures creuses.

 

Ceux qui échoueront au cours de rien seront des moins que rien.

Ceux qui réussiront au cours de rien seront (évidemment) des bons à rien.

 

Le cours de rien est un cours du degré zéro. 

Le cours de rien est appelé à s'oublier très vite. À moins qu’on se remémore pendant longtemps son vide abyssal...

 

Le cours de rien est à l'étude et le restera. 

 

Le prof de cours de rien est toujours absent de la grille horaire.

 

La chaise du professeur de cours de rien restera à jamais vide.

 

Le cours de rien pourra  être donné par un sans cours fixe.

 

Le cours de rien s’inscrit dans le cadre de l’Ecole de la faillite.

 

La réussite au cours de rien donnera accès au cycle de cours de presque rien.

 

L’enseignant qui réussira à motiver sa classe pendant cinq minutes au cours de rien sera nommé inspecteur à vie (sans possibilité de rétrogradation) et ministre de l'enseignement par intérim.

 

 

Au programme du cours de rien, les vide-poches des cours de religion, morale et citoyenneté.

 

Les professeurs de cours de rien devront attester de leur totale ignorance en la matière.

 

Le local où aura lieu le cours de rien ne pourra exhiber aucun signe distinctif de savoir sinon une simple photo de Joëlle Milquet.

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L’angoisse du professeur de cours de rien devant les pages blanches de son cahier de matières vues...

 

 

Cours de rien EN CONSTRUCTION: risques d'ornières et de béances intellectuelles.

 

Pourra-t-on suivre le cours de rien en horaire décalé?

 

Les recours de rien n'aboutiront nulle part.

 

S’ennuyer au cours de rien ouvrira peut-être des perspectives philosophiques ou poétiques…

 

« Il y a une place dans chaque cerveau pour le cours de rien » (extrait du document pédagogique relatif au cours de rien en cours de rédaction révélé par Edward Snowden sur ordre de Moscou)

 

Compétence 1: L’étudiant sera capable de dessiner un point sans faute d’orthographe avant de l’effacer sans qu’il demeure le moindre signe de ponctuation.

Compétence 2 (en cours de rédaction): L’étudiant sera capable de…

 

Se présenter au cours de rien sans matériel scolaire sera une obligation.

 

Parler de tout au cours de rien sera gravement sanctionné.

 

Au cours de rien, les épreuves écrites ne se distingueront pas des épreuves orales ; dans le grand vide de l’espace verbal du cours de rien, on ne distingue par la parole de l’écrit.

 

PRÉREQUIS: Connaître par cœur la chanson On verra (« Rien à foutre de rien ») de Nekfeu.

COMPÉTENCE FINALE : Suivre le cours de rien jusqu’à la source du vide. 

 

Pourra-t-on dire que le cours de rien est vide d'intérêt?

19:33 Écrit par Éric Allard dans HISTOIRES d'ÉCOLE | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

25/08/2015

RENTRÉE LITTÉRAIRE: AQUALAND, le nouveau roman de Michel HOUELLEBECQ

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Moins d’un an après la parution de Soumission, le nouveau roman de Michel Houellebecq met en scène un parolier de chanson qui décide d’en finir dans un parc d’Aqualand durant le mois de juillet. Il entre avec un cutter et envisage de s’ouvrir les veines au haut du Niagara, un toboggan frôlant la verticale, avant de se noyer dans une eau mêlée de son sang mais, la file d’attente étant trop longue, il est pris d’un besoin naturel. En se rendant aux toilettes, il glisse et est victime d’une commotion cérébrale. Semi-conscient, il revit les pires moments de sa vie tout en observant l’agitation propre à ce genre d'endroit entre le bain et les latrines...

AFP - Michel Musso, cet auteur d’un livre aux éditions Horizontale seulement remarqué par la critique puis qui peine à se faire éditer et devient nègre de parolier pour Maître Gims, Kendji ou Zaz, c’est un peu le négatif de Michel Houellebecq ?

Une possibilité de Michel Houellebecq, plutôt. Je n’ai rien contre les paroliers de chanson, on retient leurs œuvres plus longtemps que celles des écrivains… 

AFP- Plusieurs de vos textes ont été mis en musique. Mais aimeriez-vous écrire des chansons pour un artiste ?

Amélie Nothomb si elle chantait, je trouverais amusant qu’elle n'interprète pas ses propres textes. Ou Philippe Sollers qui a une très belle voix… J’aimerais faire chanter quelques actrices porno. Je rêve d’Ovidie susurrant un de mes textes avec un featuring de Beigbeder…

AFP – Quand Michel Musso s’effondre dans les toilettes, personne ne lui vient en aide…

S’il avait été terroriste, on l’aurait ranimé pour le faire parler. Un parolier de chanson qui s’effondre n’intéresse personne, il n’est plus dangereux. Il n’a plus rien à révéler… Il s’en va au son d’une ritournelle…

AFP – Le Space navigator et autres toboggans du site font penser au grand toboggan de La Cité des femmes. D’ailleurs le couple de connaissances en vacances dans le Midi que rencontre sur place Michel Musso s’appelle aussi Snaporaz.

M.H. - En effet, ce film de Fellini qui a été mal accueilli par les milieux féministes met en scène un homme déboussolé dans cette nouvelle donne sexuelle qui s’est mise en place dans les années 70… 

AFP - Votre roman met en scène des gens demi-nus mais presque tous maladroitement tatoués avides d’eau et de soleil alors qu’un exhibitionniste handicapé est poursuivi par la sécurité dans une scène burlesque…

M.H. - C’est le lieu de la glisse par excellence. Tout le reste est superflu, ou subordonné à l’action de glisser, de se fondre à l’élément aquatique, corps et âme. Et proprement. Sans excès. Les gens tatoués donnent des images basiques à voir qui se substituent au vide de leur peau qui les effraie…

AFP – Etes-vous tatoué ? Quel sujet de tatouage aurait vos faveurs ?
Une page d’Huysmans ou de Balzac. Cela dit, j’ai une lectrice qui s’est fait tatouer ma tête sur une fesse, c’est joliment fait, elle m’a envoyé la photo…

AFP - Quel sera votre prochain livre ?
Un recueil d’idées de roman tenant chacune en deux ou trois pages. L’idée de roman vous épargne de longues heures de lecture et du papier. Une prequel de L’histoire de l’œil de Georges Bataille me tente assez. Ou encore un recueil de mes interviews, certains disent que c’est ce que je fais de mieux…

AFP- À Aqualand, quelle est votre attraction préférée?
Je n’y suis jamais allé. L’idée même d’y mettre les pieds me fait avaler un Xanax. Dans un verre de Glenfiddich.

Michel Houellebecq, Aqualand (Editions Flammarion), 156 pages, 14 €.

24/08/2015

J'AI GAGNÉ AU TERCET!

1.

Tant que tu attendras d’autrui

La félicité

Elle ne viendra pas

 

2.

Où placer les mots

Pour qu’ils rapportent

Un poème ?

 

3.

Je joue sur ta joue

En attendant

Tes baisers

 

4.

Il ne suffit pas d’un souvenir

Pour forcer le passage

Entre passé et présent

 

5.
Je dissous ma peur de mourir

Dans mon indifférence à vivre

Mais il reste des morceaux

 

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6.
Le temps ne s’arrête pas chez nous

Si nous n’avons pas préparé sa venue

Et aussi son tombeau

 

7.
La pluie ramène les odeurs

Qu’on croyait perdues

Et que le temps emporte

 

8.

Nous sautons d’une cicatrice

À l’autre

Sans connaître la blessure.

 

9

Mes pleurs s’arrêtent

Au bord du chagrin

Plus loin je risquerais de me trouver

 

10.

Je me tue à dire tu

Tue-moi !

Manquerait plus que tu t’exécutes

 

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11.
L’œil dans les champs de vision

Sauve des regards

De l’absolue cécité

 

12.

J’oublie parfois que j’ai tué

Quand je marche sur ton cadavre

Comme sur un chemin d’espérance

 

13.
Dans le lit de la gare

Dort un train

Avec ses wagons de rêve

 

14.

Sous la pierre de chaque corps

Du sang pourrit

Dans la carrière humaine

 

15.

Sur quelles planète-lèvres

Vis-tu donc pour croire

Que les baisers disent l’amour ?

 

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16.

Je lis sur les lèvres

Des femmes

Les plus beaux livres

 

17.

J’ai fait prisonnier le quidam

Qui voulait m’enfermer

Dans le monde

 

18.

Qui craint les crabes

Ne connaît pas les seiches

Ni le peur de la page d’encre

 

19.

La petite boule du souvenir

Réveille dans ma gorge

Un mal de vivre insupportable

 

20.

Je m’allonge dans le sable

Comme un rêve

Dans la mer du sommeil

 

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21.

J’ai une vie qui rassure

Avec des grands murs

Et un gouffre au milieu

 

22.
Une odeur de ténèbres

C’est la fête entre les jambes

De la lumière

 

23.

Je prie pour que le vent

Chausse des bottes

Qui montent jusqu’aux nuages

 

24.
Dans l’herbe du petit jour

Je pense à ton sexe

Et je cueille l’orchidée de la nuit

 

25.

Sur le chemin de l’histoire

J’ai déposé les petits cailloux

De ma vie

 

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26.

Sans me le dire

Tu as grandi dans mes yeux

Jusqu’à ce que je ne voie plus que toi

 

27.

Une femme s’ouvre à l’oiseau

De son besoin de voler

Et l’oiseau enlève son déguisement d’oiseau

 

28.

Je vomis du vent, docteur

Est-ce que c’est grave

Pour le ciel et la terre ?

 

 29.

Au haijin

L’auteur de tercets montre 

Son trois d’honneur

 

30.
A l’auteur de tercets

Le haijin dit :

Tu resteras toujours un couillon !

 

 

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 À suivre...

 

E.A. 

11:52 Écrit par Éric Allard dans J'ai gagné au tercet! | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | |

23/08/2015

CHOUCHOU suivi de SOLITAIRE par Denis BILLAMBOZ

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CHOUCHOU

 

Chouchou

Je me douche

  

Attends

La mi-temps

 

Chouchou

Je me couche

  

Un moment

Juste un instant

  

Chouchou

Y a une mouche

 

Fais du vent

En chantant

 

Chouchou

Embrasse-moi sur la bouche

  

Le temps

De me laver les dents

  

Chouchou

Je me touche

 

J’entends

Je sens

 

Oh mon petit chat

Tu dors déjà

 

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SOLITAIRE

 

Joue contre-jour

Jour après joue

Joue après jour

Jour contre joue

 

Jouer pour jouer

Jouer pour jouir

Jouet pour jouer

Jouet pour jouir

  

Parée d’un bijou

Elle a osé un jeu

Avec son joujou

Jeu pas pour deux

 

Plaisir sans joie

Plaisir dégoût

Plaisir sans émoi

A jeter à l’égout

17:39 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

EN FINIR AVEC EDDY BELLEGUEULE d'Edouard LOUIS

images?q=tbn:ANd9GcQRP5_UmX4xjl_VU5ebmOG-iuliH_atxjb8qFj28zM5yGoEyQktErXthVkpar Philippe LEUCKX

 

 

 

louis_eddybellegueule_345865328_north_607x.jpgVingt et un ans pour cet auteur qui sur la page de couverture fait coexister pseudonyme et patronyme réel.

Un premier roman pour cet étudiant à Normale Sup, largement autobiographique et l’histoire en est assez effrayante.

Eddy a des manières de fille, parle comme une fille, est très vite catalogué, moqué, molesté, frappé pour être différent. L’auteur a à son endroit toutes les appellations que d’autres lui ont gentiment appliquées : tapette, tapiole, tantouze, crouille…

Bien sûr, le milieu n’est pas en reste : il n’y a pas que les petits pairs méchants, la famille, les voisins, les villageois de ce bled de Picardie, aussi, en remettent une fameuse couche. Bled où tout est sale, vieux jeu, rompu de réflexions traditionnelles et conventionnelles en matière de sexualité et de conformité.

Le tableau est croquignolet, et serait assez caricatural s’il n’y avait cette âme d’enfant différent qui pointe ses ailes et essaie, expériences désastreuses après d’autres du même acabit, de se désengluer le corps de la poisse du réel : les rejets, les moqueries, la composition (faire comme si), la fuite, puisqu’à un moment, ce sera la seule solution : quitter cet univers d’enfermement…

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Des épisodes dramatiques ponctuent ce témoignage : entre autres, l’acharnement de deux garçons dans les couloirs retirés de l’école, qui soumettent le jeune Eddy à une violence régulière ; la difficulté incessante pour le jeune à s’intégrer dans le monde, tant il manque de repères affectifs…

On louera la qualité quasi ethnographique des descriptions d’un milieu défavorisé, d’un malaise existentiel de l’enfance différente, l’écriture au scalpel de ce qui blesse, corrompt, outrage, incise. Là est sans doute l’essentiel de ce que le jeune auteur a souhaité transmettre.

Le « roman autobiographique » a suscité nombre de polémiques journalistiques, et la famille décrite a renié en bloc les portraits peu flatteurs laissés par Edouard Louis de la famille d’Eddy Bellegueule, nom qu’il a renié. Pour en finir avec un passé trop lourd ?

Edouard LOUIS, En finir avec Eddy Bellegueule, Seuil, 224p., 2014, 17€.

15:43 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

07/08/2015

MAGDALENA SISTERS

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

La littérature irlandaise a mis ses pieds dans les pas de Peter Mullan dont le film a connu un grand succès. Dermot Bolger et Claire Keegan ont ainsi choisi de traiter l’adoption dans les deux textes présentés ci-dessous, Bolger a franchement évoqué les fameuses Magdalena sisters et leur rôle dévastateur, en Irlande, à l’occasion des naissances adultérines, alors que Claire Keegan a choisi la manière plus allusive pour parler de l’adoption. Ces deux textes posent, à un moment où ce sujet fait débat, le problème de la paternité et de la maternité : la filiation génétique est-elle supérieure à la filiation affective ? Ces deux lectures permettront à tous ceux qui se posent cette question de trouver des éléments de réponse ou au moins d’ouvrir des pistes de réflexion.

 

1640306_6_2eec_couverture-de-l-ouvrage-de-dermot-bolger-une_987c9ab0e462f9df7c0a130effc4545c.jpgUNE SECONDE VIE

DERMOT BOLGER (1959 - ….)

Ce livre écrit une première fois en 1993 est directement influencé, selon l’auteur lui-même, par le vote, en 1990, de la loi autorisant les enfants abandonnés et les mères privées de leur bébé à lancer officiellement des recherches pour retrouver qui leurs parents, qui leur enfant né hors mariage. L’auteur a croisé, alors qu’il allait poster son manuscrit, trois survivantes de la blanchisserie des Sœurs de la Madeleine, les fameuses Magdalena Sisters qui ont fourni le thème et le titre du célèbre film de Peter Mullan. Le thème central de ce livre est donc l’adoption, l’intrigue du roman se tisse autour de l’histoire d’une mère célibataire – qui pourrait faire partie de la longue liste des Magdalena Sisters - à qui on a arraché son bébé à la naissance et de celle de son fils, deux histoires, deux vies, comme deux lignes parallèles qui n’auraient jamais dû se croiser mais qu’un coup du sort, un accident totalement imprévisible, parfaitement aléatoire, a dévié de leur trajectoire respective rendant leur convergence possible.Dermot-Bolger-c.-Fran-Veale2.JPG

A Dublin, Sean, un photographe, est victime d’un accident de voiture, son cœur s’arrête pendant un bref instant pendant lequel il est spectateur de la scène de l’accident et témoin d’autres événements surgis du fond de sa mémoire. Il revoit ainsi un visage qui le hante jusqu’au fond de ses rêves, jusque au bout de sa convalescence et même encore après. A Coventry, Lizzy, une vieille Irlandaise victime d’un cancer en phase terminale se souvient de la vie qu’elle a menée avant de fuir en Angleterre et d’y fonder une famille, une vie qu’elle a toujours gardée secrète, une vie douloureuse de mère adultère très jeune à qui on a arraché son enfant pour le confier à une famille adoptive. Ses filles et leur conjoint la croient folle car elle est convaincue que le garçon bleu, le bébé qui avait des yeux bleus, va venir la chercher.

Son accident a changé la vie de Sean, il est hanté par ce qu’il a vu, par ces visages connus ou non qui semblent vouloir l’entraîner vers des lieux qu’il aurait fréquentés dans un autre temps. Il ne peut résister à cette attirance et comprend qu’il faut qu’il cherche sa mère génétique qu’il n’a jamais connue et qu’il a même cachée aux autres pour ne pas être le mouton noir, celui qui a été adopté. Tout le roman n’est que cette longue quête qui entraîne Sean sur les routes d’Irlande, sur les pas d’inconnus qu’il a cru reconnaître lors de son arrêt cardiaque, sur des pistes à peine esquissées par des indices infimes.

Ce livre est, à l’image du film de Peter Mullan, un violent réquisitoire contre les pratiques irlandaises à l’endroit des mères adultères et de leurs enfants illégitimes. Il dépeint sans aucune concession la douleur ressentie aussi bien par les mères que par les enfants et l’hypocrisie cynique des familles et du clergé, principaux acteurs de ces drames atroces où violences et cruauté se disputaient la vedette. Il donne la parole aux victimes : aux mères écrasées par la honte, le remords et la culpabilité, et aux enfants stigmatisés, marqués au fer de la honte pour le reste de leurs jours. Il dit aussi l’impossibilité de parler, d’évoquer ce drame, l’obligation de vivre toute sa vie avec cette chape de plomb déposée sur leur tête sans vergogne par une société archaïque, cloîtrée dans son passé, terrorisée par sa religion. Il veut aussi rendre hommage à ces pauvres femmes qui souvent « s’étaient simplement trouvées en travers du chemin de leurs proches, sœurs trop laides pour être mariées ou tantes considérées comme bizarres… », des êtres traités moins bien que des animaux qu’il fallait cacher.

Même si ce texte comporte quelques longueurs et que la quête du héros emprunte parfois des routes encore plus sinueuses que celles qui serpentent dans le comté de Laois, il dépeint bien cette Irlande qu’on aime pour sa magie mais aussi cette Irlande si souvent outrancière, cruelle et implacable qui a parfois si mal aimé ses enfants. Malgré toute cette douleur, l’auteur est allé, au bout de sa quête, de son calvaire, de l’émotion qui imprègne certains passages pour accepter son sort dans un grand élan de résilience. Un livre qui n’a certainement pas été réécrit, comme le précise l’auteur, par hasard, le film de Mullan est passé par là et le grand débat sur la filiation qui a eu lieu en France n’y est peut-être pas pour rien non plus même si la traduction date de 2012. Alors la filiation génétique prévaut-elle sur la filiation affective et éducative ? Chaque lecteur trouvera peut-être sa réponse dans ce livre.

les-trois-lumieres-2579582-250-400.jpgLES TROIS LUMIÈRES

CLAIRE KEEGAN (1968 - ….)

Encore un bon texte venu d’Irlande où les belles feuilles poussent aussi drues que le trèfle dans les prairies, un texte un peu elliptique, allusif, qui décrit un monde en équilibre précaire, un moment de la vie d’une fillette où tout va basculer, à travers ce que voit et comprend cette gamine qui va, au cours d’un été, sortir de l’enfance. « La Pétale », comme l’appelle le mari de la famille où elle est accueillie, fait partie d’une nombreuse fratrie appartenant à un couple de pauvres fermiers irlandais qui parvient difficilement à nourrir toute sa marmaille, aussi quand un nouveau bébé s’annonce pour le début de l’automne, il décide de placer, pour la durée de l’été, une de leur fille chez d’autres fermiers plus fortunés qui n’ont pas ou plutôt plus d’enfant.ClaireKeegan.jpg

La fillette qui n’est pas encore pubère au début de l’été, débarque dans cette famille comme un potache entre pour la première fois dans un pensionnat. Elle est très intriguée, elle découvre un confort qu’elle ne connait pas, elle essaie de ne pas mal faire pour ne pas déranger, pour être acceptée et pour ne pas infliger la honte à ses parents. Elle est surtout surprise de l’amabilité et de l’affection qu’elle reçoit de la part de ses hôtes, on comprend bien qu’elle n’est pas habituée à un tel traitement chez elle. Mais progressivement, ses sens s’éveillent, sa gêne et son appréhension s’effilochent, elle perçoit mieux se qui se trame autour d’elle, ce que personne ne dit ou ce qu’on évoque qu’à demi-mots sans jamais l’exposer réellement. Elle comprend, et nous avec elle, que cette famille en apparence si équilibrée, si attentive, si affectueuse, a elle aussi ses failles et ses secrets même si elle refuse de l’avouer. Quand viendra la fin de l’été, elle aura fait un grand pas vers la maturité, elle n’aura pas tout compris ce qui est tu dans cette famille mais elle aura découvert des sentiments et des comportements qu’elle ne connaissait pas jusqu’alors.

C’est un tout petit livre que nous propose Claire Keegan, un roman pour l’éditeur, une grande nouvelle pour certains lecteurs, peu importe, c’est un joli texte que j’ai bien aimé car l’auteur s’est contenté de n’écrire que ce que la fillette ressent et c’est au lecteur, à partir de ce matériau, de reconstituer l’histoire qu’elle a vécue au cours de cet été qui l’a vue sortir de l’enfance pour devenir une adolescente. Il y a une grande finesse dans la manière dont l’auteure conduit son récit, elle nous donne juste ce qu’il faut, juste ce que la fillette peut comprendre, pour que nous construisions l’histoire qu’on pense avoir devinée. Nous n’aurons certainement pas tous bâti la même histoire mais peu importe, ce qui compte, c’est ce que la fillette a ressenti et ce qu’elle est devenue.

18:23 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de DENIS BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

06/08/2015

LES FEUX et autres poèmes

LES FEUX

 

A l’appel du miroir

Je me vois te regarder 

Venir dans le sillage

D’un reflet

 

Toute droite

Dans une forêt de cyprès

Sur l’escalier d’un tronc

Monte la sève des images.

 

L’air qui te remorque

M’accroche à ta grâce

Au cœur de la lampe

L’ampoule te dessine

 

Mes cils tournoient

Dans l’orbite de l’œil 

Tu renvoies le monde

À son être obscur et lent

 

Comme une myopie

De baleine taupe échouée

Seul ton corps encore grandit

Dans le jour déclinant

 

Qui adresse à ta peau

Et son dedans d’organes 

Des signes

Comme des éclairs

 

Allumant

Tous les feux du visible

 

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UNE NUIT

 

Nul nuage

A l’entour de ta bouche

Pour couvrir

Le bruit de l’eau

 

Nul mot

Né de la phrase

Pour couper

L’ombilic du silence

 

Nulle marche

Dans l’escalier

Pour calmer

La montée du temps

 

Nulle porte

D’hôtel défunt

Pour nourrir

La langue des morts

 

Si ce n’est une nuit

Pendue à tes dents

Pour un ciel grand

Comme un ossuaire

 

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VERBES EMPLOYÉS AVEC POUR

 

C’est pour découvrir

L’envers du rêve

Que des fous à lier

S’arriment à tes lèvres

 

C’est pour marquer

Ta langue de baisers

Que des pommes lourdes

Chutent des arbres

 

C’est pour narrer

L’histoire de l’hiver

Que des champs de silence

Tombent dans le temps

 

C’est pour compiler

Des bouts de cire odorante

Que des cierges roses

Flambent dans ta chair

 

C’est pour protéger

Ton corps de la sourde chaleur

Que des mains sans nombre

Déroulent ta nudité

 

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EN ALLANT

 

De souffle en souffle

Ton odeur

 

De parfum en parfum

Ta lumière

 

De flamme en flamme

Ta rivière

 

De mer en mer

Ton histoire

 

De temps en temps

Ta venue

 

Pour faire comme si

Exister se pouvait

 

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CINQ ACTES SANS CONSÉQUENCE

 

J’ai tiré ta prière

Vers mes mains

Quand l’aube à petits feux

Alimentait le jour

 

J’ai secoué ta fièvre

Dans mes frissons

Quand le vent fouettait

L’arbre mort de tes os

 

J’ai brisé tes cheveux

Avec le fer du vent

Quand les pierres de lune

Dans le sang du soir coulaient

 

J’ai caché tes fleurs

Dans les bulbes des clochers

Quand les bouquets vomissaient

Leurs senteurs d’encens brûlé

 

J’ai caressé tes heures

Avec le frottoir du couchant

Quand les fenêtres pour se soulager

Cassaient des lumières avec du  verre

 

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LA FABRIQUE DE PARAPLUIES

 

Je ne m’autorise pas

À parler du soleil

Quand il fait brûlant

Ni de l’amour

Quand il est entre tes mains

 

Quand je cherche le bonheur

Entre tes jambes

Mes paupières sont closes

Et s’il pleut quelque part sur la terre

Je ne veux pas le savoir

 

Je l’apprendrai bientôt

Tout en restant à l’abri

En caressant ta chair

Entre les astres et les nuages

De ton ciel pleureur

 

Dans ta fabrique de parapluies

Je suis le contremaître

Chargé de vérifier

L’ouverture des baleines

À la verticale du mât

 

Tu me paies dûment, c’est vrai

En averses roses et mauves…

De ton anneau coulissant

Le long de la tige

Je suis fan, familièrement parlant

 

Mais je ne m’autorise pas

À parler du soleil

Quand il fait brûlant

Ni de l’état de ton désir

En dehors de l’entreprise

 

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L’HOMME OBJET

 

Je suis l’homme objet

De toutes les inattentions

Mon corps pleure

Au lieu de s’écarter

Au lieu de s’espacer

 

Trente mille

Années-lumière au moins

Ne m’ont pas séparé

De l’astre

Enfanteur de temps

 

J’allège j’allège

Dit le conducteur de carrosse

À la reine qui ne cesse

De se dévêtir sous les coups

De badine de l’amant

 

La lune, elle, espère

Un rayon gamma

Une gamme de sphères

À la hauteur

De son la

 

Tant mieux

Si personne ne voit

Où je mets les doigts

Pour atteindre

L’atelier brûlant

De tes joies

 

Me consumer ?

Ça non, pas avant

Que j’aie pu voir

Tes lignes chanceler

Ta chair flamber

Dans le bougeoir d’un baiser

 

Je suis l’objet

De toutes les inattentions

Néanmoins quelques regards

Se tournent en clignant

Vers les cendres

Qui pâlissent mes lèvres. 

 

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VU DU TRAIN

Du train je n’ai vu que

Le tunnel

Un mot par rail

Une phrase par gare

 

 

Un avion perdu

Dans un port de guerre

Une espèce de lettre

En guise de voyage

 

Une feuille de sucre

Sur la voie ferrée

Un navire de lait 

Dans un café noir

 

Un passage à niveau

Gardé par des éléphanteaux

Avec des barrières

Aux allures de trompe

 

Du train je n’ai vu que

Le tunnel

Un mot par rail

Une phrase par gare

 

Un roman entier

Qui attendait sur le quai

La locomotive d’un éditeur

Avec ses wagons de lecteurs

 

Et ma vie dressée

Au garde-à-vous

Quand l’étoile du berger

Fait bouillir le ciel

 

Et des livres de glace

Pour conserver l’été

Quand le poème est passé

De l’ombre à la lumière

 

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LA FOLIE

 

La folie vient dans mes mots

Dans mes tempes

Elle écrit le livre de mes jours

 

Elle repousse l’œil

À la limite du regard

Quand la lune allume les mémoires

 

Tout s’assèche le désir

Vire au désert

Je m’amuse des mirages

 

Au soir le ciel espère

Un appel des étoiles

Mais l’air sent la mer

 

Avec mes ongles

Je racle le sol d’un soleil

J’ai du jaune dans la tête

 

Du sable plein les paupières

La raison ma folie sage

La folie ma raison sauvage

 

Elles disent mon nom

A la neige qui va fondre

A la rivière qui s’écoule

 

À la branche et au feu

A la braise et à la cendre

Au temps sec qui reste et se fendille

  

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À LA MER

 

A la mer j’ai demandé le fleuve

Au fleuve j’ai demandé la rivière

A la rivière j’ai demandé la source

 

Au temps j’ai demandé la vie

A la vie j’ai demandé le rire

Au rire j’ai demandé la joie

 

A la sève j’ai demandé l’arbre

A l’arbre j’ai demandé le bois

Au bois j’ai demandé le feu


Au ciel j’ai demandé l’oiseau

A l’oiseau j’ai demandé l’aile

A l’aile j’ai demandé l’envol

 

Il suffisait de demander

  

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E.A.

11:34 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

05/08/2015

L'EMPREINTE IRONIQUE de PIERRE TRÉFOIS (éd. Gros Textes)

l-empreinte-ironique-de-pierre-trefois.jpgLeçons de savoir-vivre et de savoir-écrire

Les traits d’esprit de Pierre Tréfois sont irrigués par la culture latine, la peinture, la grande musique et la belle littérature, celle qui se mérite, et c’est ce qui fait leur force, leur spécificité. J’ai pensé notamment à Perros ou à Kraus en les lisant mais Tréfois cite aussi Chamfort, La Rochefoucauld, Schnitzler ou Cioran bien sûr.

Ici,  le jeu de mots est subordonné au contexte et ne plane pas au ciel des Lettres comme un pantin désarticulé, en manque d’ancrage existentiel ou culturel. Les références sont nombreuses :  Marx, Musil, Montaigne, Marais, Bach, Beethoven, Bloch, Poussin, Monterverdi, Beckett, Claude Simon…

Autrement dit, ces réflexions poussent dans une terre riche et elles portent loin,  profond. Ce sont des leçons de savoir-vivre et de savoir-écrire.

Mes phrases partent au large, débonnaires trois-mots en route vers l’autre rebord du monde. C’est depuis 1492 qu’elles me font le coup, en revenant, de temps à autre, voir comment ça se passe ici…

trefois.jpgPierre Tréfois fustige les paroles qui volent car sans poids et, par voie de conséquence, ceux qui écrivent comme ils parlent, aux écrits volatils. Pour se ressourcer au verbe, il se hisse, écrit-il, dès six heures dans le dictionnaire pour n’en redescendre qu’à la nuit tombée.

Il fait aussi preuve d’une modestie qui n’est pas la face cachée d’un narcissisme, et même d’auto-dénigrement, mais comment pourrait-il en être autrement face aux œuvres qui nous dépassent et nous survivront quand on mesure ce qui nous en sépare. Mais elles sont aussi un onguent. On peut s’en couvrir contre les attaques des médiocres.

Ses manques, ses propres défauts, il les pointe de manière si aiguë qu’ils deviennent piquants pour les autres.

Chaque matin, mon miroir me reflète trouble.
Sa vue baisse…

Les mots comme on le voit le couvrent et le gardent d’un désespoir qui, autrement, pourrait lui être fatal. Il écrit dans l’ombre des phares (de la littérature et des arts)des pensées qui éclairent nos vaines destinées et repousent la nuit de nos insuffisances.

La préface, excusez du peu, est signée Jean-Pierre Verheggen.

Mais lisons et écoutons plutôt! 

Les étoiles se plaignent régulièrement de pandémies d’astérisques.

 

Je voudrais tant te voir en chair et en os.
Pour la chair, je suis pressé.

Pour les os, pas tellement.

 

Je déteste les riches, les hôtels 4 étoiles, le caviar, les Roll’s Royce,…

Bref, j’ai des dégoûts de luxe.

 

On se remet d’une rupture, d’un décès.

Mais d’une déception…

 

Narcisse et ses fins de moi difficiles.

 

D’homme à femmes, je suis devenu homme à fables.

D’Eros à Esope : le changement dans la continuité.

 

Mais arrêtons là et laissons-en pour ceux qui, en se procurant cet ouvrage, découvriront l’autoportrait d’un fin lettré qui écrit comme il vit, avec distinction.

Éric Allard

L'empreinte ironique, Gros textes, 2015, 64 pages, 8 €.

Illustration de couverture: Michou Malagoli

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Le livre sur Babelio

Gros Textes le site

Gros Textes le blog

ROUGE RÉSIDUEL d'André DOMS & Pierre TRÉFOIS 

TROPIQUE DU SURICATE de Pierre TRÉFOIS

16:35 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

SCÈNES ROMAINES (suite) de PHILIPPE LEUCKX

IX

Parfois, une cuisante nostalgie. De ne pas être là. D'être passé trop vite. D'avoir mal vu. Entre. Puisqu'il faut voir au-delà de ces grilles, de ces persiennes de la via Bodoni. Oui, c'était au 98 ou au 100, de toute façon presque identiques ces condominio. J'errais là, les après-midi, après avoir happé un peu d'air frais du côté du Mattatoio (Les anciens abattoirs du Testaccio). Ce sont des moments que je ne peux oublier. Ne pas oublier. La qualité de l'air. La lumière qui tombait sur les bancs dans la cour intérieure de l'immeuble. Le vert des persiennes. Je n'en revenais pas d'être là, à Rome, moi le petit paysan d'un bled à la frontière. De ces errances, il me reste, oui, la densité de l'air des méridiennes, quand le moindre souffle s'entend, quand la chaleur colle aux murs et que vous êtes là, dans un silence de témoin qui observe et tend à son cœur de petites choses banales, comme le ronflement d'une vieille, vous tombant dessus, parce que les persiennes penchées laissent venir à vous ces rumeurs de sieste. Parfois, oui, une trop cuisante mélancolie.

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X

Gare de Garbatella. Quartier excentré. La nuit enveloppe la petite place. Des cageots du marché traînent. Je vais rentrer à l'academia, parcouru des secousses implacables de la perte. Tu ne verras plus cette place, cette lumière, cette pauvre lumière, cette heure manquante, ce vide en toi qui la fait plus impérieuse. Toi, le promeneur indécis, vacant. Toi, l'errant stradale. Aucun touriste ne vient là et qu'y ferait-il, sinon s'engager à n'y voir que de pauvres murs. Ce jour-là, tu as repris un métro, puis le 95, ce fameux autobus qui va des partisans à Washington, pour t'abandonner au pied d'Omero, lorsqu'il va falloir dans le noir complet sinuer entre les arbres, avec ce cœur qui bat tout de suite un peu plus vite, cette petite peur du marcheur nocturne, aux pas pressés, embroussaillés de crainte.

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XI

Pour Gianluca Molinari, Bruno Bevacqua, Nero Christian Ledda , Muflone, Stefania Russo...

Au 61 de via M*, j'étais accueilli comme un frère, un frère beaucoup plus âgé, venant là, dans l'étroite cuisine, discuter, échanger, boire un vin italien, humer le temps de Rome, fenêtre ouverte. Je nous revois, le soir, après un petit repas improvisé, les bonnes pâtes que nous étions, entre italien et français, au beau milieu de ma langue de l'autre, forcément baragouinée, avec les mots des partages, l'été, le juillet qui brûle encore le soir, et l'invite déjà à revenir parmi eux, et l'escalier que je descends pour rejoindre Buenos aires ou Margherita, reprendre le 3 vers Thorwaldsen, et cet escalier est présent dans le vide inouï qui me fait écrire huit ans après, dans l'exacte pression des mots et des émotions.

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XII

Passé le Gazomètre, on est tout de suite dans une autre ville. Ostiense. Centrale Montemartini. Où sont passés les touristes, qui filent par flopées devant la machine à écrire? Peu viendront jusqu'ici voir ce que sont devenus les grands marchés généraux, les avenues presque vides... Eppure... Les grandes statues au beau milieu des machines, ça vous offre pour sûr un vrai chambardement des idées toutes faites en matière de muséographie. Humer les petites mosaïques du Jardin de Salluste, là, dans ce musée où de rares visiteurs prennent la juste mesure - sans jeu de mot - de la grandeur de Rome.

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XIII 

Tu vas au Parco Mellini, tout au bout de Trionfale, quand tu te diriges vers le Monte Mario, et qu'il te semble quitter la Rome du centre, ses agitations, ses places à touristerie, quand pour trouver un belvédère éblouissant de magnitude, tu prends le bus qui monte, monte, tourne, tourne, passe devant des hôtels de choix, des demeures cossues, monte, grimpe jusqu'à atteindre ces parcs à chiens, puisque eux sont interdits de trottoirs donc de crottes, puisque, contrairement à nos villes sales de déjections, Rome parque ses chiens pour notre plus grand bonheur de sandales. Le Parc Mellini est une splendeur perchée, l’un des surplombs de choix avec le Gianicolo et le Pincio.

Mais qui , sincèrement, va aussi loin, alors que la foule se masse à des endroits stratégiques : Colosseo, Vatican, Machine à écrire, Quirinale, Trevi et Navona… ?

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Découvrez Les SCÈNES ROMAINES de I à VIII

ON SE CALME!

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11:02 Écrit par Éric Allard dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

04/08/2015

BARRES, BOULES, BOLS & BULLES

« Les gens, tout de même. »

 Jean-Philippe Toussaint (Monsieur)

 

BARRES

Cet homme très grand voyait des barres asymétriques partout.

D’où son mode de déplacement alambiqué qui faisait la joie de enfants.

Après une thérapie lourde, il ne vit plus que des barres parallèles, ce qui améliora considérablement sa démarche et son existence. Mais fit moins rire les enfants.

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BOULES

Depuis l’enfance, cet homme fait les yeux ronds devant toutes les boules.  De terre, de glace, de chair, de viande, de verre, de pétanque… Avant de les lécher.  

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BOLS

Cet homme aimait les bols qui ne sont au fond que des demi-boules. En céramique ou en plastique. Parfois en inox. Dans lesquels on boit, on pisse ou on régurgite. On peut aussi les faire servir de seins, de fesses ou de grandes oreilles. Cela dit, ils ne font pas longtemps illusion dans ces dernières fonctions.

On peut les faire servir de porte-voix si on parle de loin, de saladier si on mange seul, d’instrument de coiffure ou de chant (écoutez le chant du bol tibétain !) si on fait une retraite. 

On peut aussi boire la tasse avec pour diminuer l’amertume du breuvage, se dégoûter d’une chose en la servant à ras bord à défaut de bottes.

Le bol frappé avec douceur attire la chance (et réjouit l’ouïe), il permet de prendre l’air avec modération. Il faut donc éviter d’en manquer.

Voilà pour les bases d’une bonne connaissance des bols. 
Mais cet homme aimait tant les bols qu’il poussa plus loin et entreprit un master en bologie. Il devint ingénieur bologiste et a tant à faire maintenant que parfois il se demande s’il n’aurait pas eu plus de bol à s'enticher des mugs.

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BULLES

Cet homme ingénieux autant qu’impécunieux espérait rallier la lune au moyen d’une simple bulle. Mais ou bien il était trop lourd ou bien il utilisait du mauvais savon. Si bien que pendant tout un temps il ne s’éleva pas plus haut que le plafond de sa salle de bain puis pétait. Du moins, son engin. Même à l’air libre, il ne dépassait pas le premier étage.

Enfin, il se procura la recette pour fabriquer des super bulles (eau, liquide vaisselle & sucre).

Un soir de vaisselle lavée, il décolla et monta haut, très haut…

Mais c’était sans compter sur les chasseurs de bulles qui gardent la lune.

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E.A.

14:51 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

03/08/2015

ELEK BACSIK, guitariste et violoniste de jazz (1926-1993)

415ty6l%2BoSL._SL252_.jpgELEK BACSIK est un guitariste et violoniste de jazz né à Budapest en 1926 et décédé à Glen Ellyn 1993 aux Etats-Unis. Sa fille vient de lui consacrer une biographie (Elek Bacsik, un homme dans le nuit par Balval Ekel, éd. Jacques Flament, 2015).  

 

Voici une petite sélection de ses enregistrements disponibles sur le net.

Avec Michel Gaudry et Serge Gainsbourg  en 1964, chez les parents de celui-ci, pour l'enregistrement d'une émission de la télévision belge.

L'album de 1962

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En 1964, pour l'émission Age tendre et tête de bois. Grâce à la méthode d'enregistrement audio de re-recording, Bacsik peut jouer de cinq instruments (contrebasse, batterie, violon et guitares). 

 

En 1963, sur ce titre et tout l'album Gainsbourg confidentiel, un des meilleurs de Gainsbourg

Laetitia 

Elek Bacsik signe ici la musique

L'album de 1963

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En 1963, sur l'album"Elek Bacsik / Guitar Conceptions" avec  Elek Bacsik (g), Maurice Vander (org), Guy Pedersen (b), Daniel Humair (ds)

 

"Cette chanson est restée inédite jusqu'à la parution en 1998 du pack 2CD "Pour vous ... Mes Plus Belles chansons" incluant ce morceau erronément intitulé 'La fermeture glissière". Titre probablement enregistré lors des sessions de l'album "12 nouvelles chansons de Bassiak" (1966) et laissée de côté.

Écrite par Serge Rezvani, alias Bassiak. Avec Elek Bacsik à la guitare et Michel Gaudry à la contrebasse. Arrangements d'Elek Bacsik." 

 

en 1964 avec Sacha Distel, Boulou Ferré et Baden Powel

  

en 1974 au violon

D'autres titres de 1963...

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 ELEK BACSIK sur WIKIPEDIA

19:04 Écrit par Éric Allard dans Les belles musiques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

ELEK BACSIK, UN HOMME DANS LA NUIT de BALVAL EKEL (éd. Jacques Flament)

image164.jpgVoix à l’unisson

En 2009, à quarante-six ans, l’auteure du livre découvre qu’elle est la fille d’Elek Bacsik. Elle découvre le nom du père dans les archives du Festival de Jazz de Juan-les-Pins à l’occasion duquel, sa mère, en vacances sur les lieux, l’a rencontrée et aimée. Elle apprend de la même façon son décès seize ans plus tôt, en 1993 aux Etats-Unis, alors qu’elle-même avait trente ans.

Elle naît ce jour-là à elle-même car jusqu’alors elle a été déconsidérée, niée par sa famille en tant que le fruit d’un amour non légitime. Après avoir, comme elle le reconnaît, « par amour pour ses bourreaux forgé cette histoire, véritable cercueil de (sa) personnalité ».

Elle écrit aussi de manière touchante: « Je ne suis pas très civilisée, j’ai toujours besoin d’appréhender le monde avec mon corps, peut-être parce que j’ai passé beaucoup de temps à m’autoriser des émotions plutôt que des sentiments. »

Très vite, à des particularités physiques propres au père et à sa fille de quatre ans, elle reconnaît sa filiation avec le musicien hongrois d’origine rom.

Elle se met auprès des gens qui l’ont connu, avec lesquels il a travaillé, en quête d’anecdotes et de photos. Elle alterne les chapitres consacrés à Elek avec ceux où elle rapporte ce que ce travail littéraire singulier change dans sa vie. On suit à la fois chronologiquement la vie du musicien et les transformations qui s’opèrent chez sa seule fille, celle qui raconte, qui rapporte comme une groupie, écrit-elle, ce qu’elle est devenue. Elle découvre le jazz et parle des disques de son père avec une maîtrise étonnante, celle du cœur certainement. Parce qu’elle ne s’intéressait pas avant à ce genre musical. Le jazz qu’elle définit comme suit : « Le jazz donne tous les plaisirs, celui de la familiarité avec le thème que l’on connaît déjà et celui de la découverte, de l’inattendu. Une musique brillante parce qu’elle est extrêmement élaborée, mais aussi un moment où le musicien devenu compositeur, se met en danger. » 

Elek Bacsik apparaît aux côtés de Gillespie, Gainsbourg, Jane Moreau, Barbara ou Nougaro avant de s’exiler aux Etats-Unis où il jouera même dans l’orchestre d’Elvis Presley et sortira des disques sur son seul nom, comme il l’a aussi fait en France. C’est toute un époque qui défile et un milieu qui est dépeint avec justesse.

Mais ce qui est doublement émouvant dans cette biographie pas comme les autres, c’est qu’on assiste à deux naissances en miroir.

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Au moment où elle écrit sur son père, lui confère une existence à rebours, en reliant tous les points et toutes les époques de son parcours, l'auteure accède aussi à l’écriture qu’elle s’était jusque là refusée, à une exception près.

Dans la relation de la vie d’Elek qu’elle fait, elle commence à la troisième personne, passe ensuite à la deuxième pour terminer, dans les derniers chapitres qui traitent à la fois de l’enfance et de la fin de vie du père, par dire je, par parler à sa place. Elle lui donne une voix après avoir retracé sa voie. Elle fait correspondre sa voix propre avec la sienne, de telle sorte qu’on ne sait plus bien à la fin du livre qui parle, qui écrit. C’est d’ailleurs le père qui achève le livre avec les mots que lui a prêtés sa fille.

Rencontre manquée dans la vie réelle qui aura lieu vingt-deux ans plus tard après le décès du père dans les pages de ce livre qui apporte aussi à Miri, la fille de l’auteure, auquel le livre est dédié, un témoignage vibrant sur son grand-père maternel.

Ce livre, recommandable à plus d’un titre, se clôt par les témoignages des proches consultés en guise d’épitaphe où tous s’accordent sur la gentillesse d’Elek et son talent.

Éric Allard

Balval Ekel, Elek Bacsik, un homme dans la nuit, Jacques Flament Editions, 196 pages, 15€.

Le livre sur le site de l'éditeur

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12:34 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

02/08/2015

DEBORDEMENT suivi de PAROLES EN L'AIR, par Denis BILLAMBOZ

Débordement

 

Je suis rempli de motsiinstallationurbaine_rivieredelivres_c_aliciamartinthumb_0.jpg

Et je n’ai rien à dire

J’ai trop de mots

Ils m’étouffent

Ils m’asphyxient

 

Je les sue

Je les pleure

Je les bave

Je les pisse

Je les éjacule

 

Je les jette sur la feuille

Je les abandonne en vrac

Je pisse de la copie

J’écris un livre

Un livre à succès

 

 

 

Paroles en l’air

 

Il a pris la parole2705399776_4.gif

                           Il pérore

Ses mots s’envolent

                           Dans le désordre

Ils carambolent

                           Comme lutins retors

En folle farandole

                          Qui déborde

Ils s’affolent

                         Se tordent

Se dérobent

                         Sèment le désordre

Propulsent la parabole

                         Dans le décor

Déforment les paroles

                        Les dévorent

Altèrent les symboles

                        Comme des butors

 

Les membres n’ont rien compris

                        Les membres ont approuvé

Les membres n’ont pas d‘avis

                       Les membres ont voté

Il a pris la parole

                       Ils n’ont pas compris

Il a péroré

                       Ils ont voté

Ainsi va le monde

                       En une folle ronde

14:59 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

01/08/2015

DU CÔTE DE CHEZ MAELSTRÖM : Ô BILLES OH POESIE

images?q=tbn:ANd9GcQGymCFMRz1P7GYP_9eNrNsxB2X-airHgAeX5GNRBFLdNk_dLHVpar PHILIPPE LEUCKX 

Diversifiant ses collections, Maelström propose, à côté de ses fameux « booklegs», une collection de « romans » aux couvertures colorées, une série « compact » sous format carnet, une autre en noir et blanc réservée à la poésie (grand format et volume plus épais).

Parmi les dernières parutions, pointons deux écritures de jeunes poètes, assez originales dans la mesure où elles dérogent aux codes aujourd’hui en faveur dans nombre de poèmes contemporains : signifiant à tout crin, ressassement lexical, topiques saturés (exemple : l’anaphore), minimalisme desséchant, poésie « vaguement » philosophique, poésie parlée (avec des « ça » à pleuvoir !)…

Et heureusement !

Voilà deux livres de poésie, très différents pourtant.

***

large.jpgL’écriture de Kenny Ozier-Lafontaine (Paul Poule sur les réseaux d’écriture) dans « billes » explore « le ciel blessé », métaphore d’une enfance douloureuse, puisque toutes les enfances le sont dans la mesure où , dit-il, « c’est mourir à tout bout de champ ». L’écriture, légère, tout en étant incisive, apprécie les brefs poèmes, les assertions poétiques, les maximes personnelles, quelques aphorismes vraiment bienvenus, un style entre haïku repensé et gouttes philosophiques de bon aloi :

pour combler le vide

entre la langue et le ventre-ciel

il avait marché,

il savait d’expérience

qu’il était plus aisé de convaincre une lumière dans l’aube

de rebrousser chemin

que de dissuader le vent d’emporter

quelques grammes d’oiseaux

 

j’ai vu la neige venir recoudre la blessure de l’eau

 

réapprovisionner

le ciel en visages

le ciel est la conséquence d’une étoile blessée au bleu…arton262.jpg

Le ciel, les nuages, les couleurs, et surtout le silence des gestes, de l’écriture, de la perception du monde, sont au cœur de cette poésie aérienne, don d’images pures et tellement partageables !

Aucune faute de goût, aucune lourdeur ne viennent déparer un très bel ensemble : on est surpris d’apprendre que ce livre est un deuxième recueil de poésie (après « Fils de la nuit », chez le même éditeur) tant la maîtrise du vers, des images, tant la souplesse et la fluidité de la petite musique de Kenny Ozier-Lafontaine coulent de source, à l’instar d’un corps libre.

Kenny OZIER-LAFONTAINE, Billes, Maelström, 2015, 130p., 13€.

Le livre sur le site des éditions Maelström

***

374.2.jpgDéjà sept livres de poésie au compteur d’Arnaud Delcorte (1970). Après deux livres au Chasseur abstrait, trois à l’Harmattan, un livre cette année chez M.E.O. (un très beau « Méridiennes »), le voici avec « ô ».

Un petit « maelström compact » de quatre-vingts pages pour en découdre avec les thèmes chers du poète : le voyage porteur et cet amour des hommes, la lumière « méridienne », le culte des titres brefs pour relayer sans doute cette pulsion des désirs, par pudeur contenue en tercets tressés de sèves et d’amours.

Après « éden », « ogo », « écume noire », la brièveté des titres rejoint l’écriture, non contrainte, mais corsetée volontairement dans l’appareillage du bref. Dire beaucoup dans l’étroite mesure de versets ou de haïkus. Il y a, chez Delcorte, quelque chose de très oriental, et à la fois de très physique, dans ces écritures du désir (que peu peuvent nommer) sensuel, celui de l’autre miroir, très nu dans l’injonction faite au lecteur de partager sans complaisance sans voyeurisme ces instants suspendus dans l’effraction du plaisir :March%C3%A9+Po%C3%A9sie+2013+013.JPG

 

La douleur du départ

Un battement

Et rien que tes traces dans le bleu

Je préférerais mourir d’abstinence

Que de traduire l’amour

Sous d’autres latitudes

 

Nos mains détiennent l’aveu de solitude

Nos yeux

D’intrigants lendemains

Sous le ventre enceint des hommes

Un nuage

…ou promesse

À accomplir

Si le poète, et l’homme, réapprend « l’incandescence de ta chair », « la mer vouvoie nos errements », il lui faut « dériver dans le jour » pour asseoir le rythme, la marche, le goût des choses simples, « la bouche enivrée », une sensualité reconquise, où lèvres, regards, frémissements dessinent une carte du tendre, en toute liberté, sous la bannière de ces poètes orientaux, Tagore ou Mishima, convoqués pour la juste cause : dire dans le creux du poème « c’est là », « nous sommes » vivants , à « l’appel de l’instant ». Belle et juste philosophie un brin hédoniste.

Dans une écriture, qui, de livre en livre, resserre ses enjeux, quel bonheur de lire :

Mon amour dort

Autour de nous

Une couette de vent

Bashô n’est pas loin.

Arnaud DELCORTE, Ô, Maelström, 2015, 80 p., 8€.

Le livre sur le site des éditions Maelström

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10:38 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUES de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

30/07/2015

Cécile de France: "Désormais, je me méfie de mon dentiste..."

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21:35 Écrit par Éric Allard dans COMPRESSIONS d'INFOS | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

DEUX HOMMES ET UNE ARMOIRE de ROMAN POLANSKI

Deux hommes et une armoire est sans doute le plus connu et récompensé des courts-métrages que Roman Polanski a réalisés avant de tourner son premier long métrage, Le couteau dans l'eau, en 1962, le seul long d'ailleurs à avoir été tourné dans sa langue natale.

Le film est tourné en trois semaines à Sopot, une station balnéaire près de Gdansk et Polanski vise un prix au festival du court-métrage expérimental de l'exposition universelle de Bruxelles en 1958 (Roman a 25 ans) où il obtiendra la Médaille de Bronze.
Ce film sera le premier d'une collaboration artistique avec le pianiste et compositeur de jazz polonais, Krzysztof Komeda. 

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Lire l'analyse du film par Alexandre Tylski sur le site concacré à Polanski

LE FILM 

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Les génériques des films de POLANSKI

(dont une collaboration avec Jean-Michel Folon pour le méconnu Quoi? en 1972)

La chanson du Couteau dans l'eau 

Le film de Polanski / Yves Simon

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ROMAN POLANSKI, Le SITE 

12:56 Écrit par Éric Allard dans Les beaux films | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

LA PERTE

18072007154924.jpgQuand on possède beaucoup de maisons, il ne faut pas s’étonner qu’on perde une porte. D’autant plus quand on voyage beaucoup en l’emportant dans ses bagages. Et puis allez savoir où on l’a laissée, dans quel hall d’hôtel, dans quelle remorque de véhicule, sur quel parking désert ? Les portes ne se retrouvent pas d’un quart de tour de loquet magique. Il faut fouiller dans sa mémoire, parfois jusque dans l’enfance, au moment où on regarde par la boîte aux lettres et où l’amour des portes vous prend pour ne plus vous lâcher. Une porte, c’est beau, c’est attaché à un lieu, une habitation ; si on l’aime, forcément, on va vouloir l’extraire de son contexte, l’arrachement sera douloureux mais le plaisir de la possession est à ce prix. Si on est doué de ses dix doigts et muni d’un bon tournevis, on peut réussir l’opération sans douleur de dos: ni la porte ni son encadrement ne souffriront. Puis on emporte la porte avec soi, elle vit ce qu’une porte ordinaire ne connaîtra jamais, des aventures extraordinaires, faire connaître de telles émotions à une porte n’a pas de prix. J’aime les portes, toutes les portes !

C’est une passion égale à celle qu'éprouve un homme hétérosexuel pour les femmes. Banal, en somme. Evidemment des portes comptent plus que d’autres et ce sont celles-là avec lesquelles on veut partager un bout de chemin, lui faire découvrir d’autres horizons, lui faire goûter à la liberté des portes. Épuiser la relation. C’est beau et grand comme tous les envoûtements. J’ai aimé des portes puis je ne les ai plus aimées, je les ai rendues intactes, ou presque, à leurs résidence propres avec des larmes de portes, de grosses larmes qui perlaient aux trous des serrures quand je les replaçais dans leur encadrement.

Mais celle à laquelle je pense ici, comme vous peut-être, l’Unique porte, je l’ai perdue. Ou elle est partie avec un autre amateur de portes. Je l’ai longtemps cherchée avant de me faire une raison. Où qu'elle parte, on ne se fait pas à la perte d’une porte, d’autant plus quand c’est la première fois que ça vous arrive. Jusque là, c’est vous qui les laissiez, en les ramenant sagement, presque avec des manières, avec l’espèce d’élégance de lourdaud qui vous caractérise. Et puis là, soudain, c’est elle qui vous quitte, ou qui s’arrange pour rester en plan, se faire oublier. Car certes une porte n’est pas munie d’une intelligence indépendante et c’est ça qu’on aime chez les portes, comme chez certains êtres, cette impossibilité à décider et de remettre sa vie entre vos mains jusqu’à sa propre mort s’il le faut. Jusqu’à sa disparition. Cela n’empêche pas la porte d’avoir une intelligence, des chambranles et des charnières, de son bois intérieur - pour les portes traditionnelles -, une intelligence intuitive, on va dire, un peu retorse, mais une intelligence quand même.

Je vous dis tout ça au cas où sur votre route vous retrouveriez une porte esseulée, une porte en dehors de ses gonds, une porte comme une autre mais une porte toute seule, sans espoir d’intégration. Une porte sans résidence fixe. Je vous le demande de tout mon cœur meurtri d’amoureux dépité d’une porte, ramenez-la moi ! En échange je vous donnerai toutes les fenêtres du monde si vous aimez les fenêtres comme moi j’aime les portes. Je vous en prie. 

10:41 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

29/07/2015

LA TOURNÉE DES GRANDS LUC

Capture-d%E2%80%99%C3%A9cran-2015-01-06-%C3%A0-14.38.15.pngChaque été, je me prépare à faire la tournée des grands Luc. J’imagine déjà, à l’issue du voyage, le nombre de selfies à poster sur mes réseaux sociaux préférés et la notoriété que ça me rapportera. Puis je me ravise, je me dis que non de nom, les grands Luc, c’est trop grand, trop vaste, trop intense pour moi. Je dois me préparer psychologiquement, je ne suis pas encore prêt, non. Je remets cela à l’automne, à l’hiver, et je fais dans ma tête la tournée des moyens Jean-Achille, des très moyens Jean-Anatole et des quelconques Jean-Jean. Mais j’entends les voix des grands Anton des très Grands John et des trop grands Björn-Björn me demander la raison de mon omission. Serai-je raciste, pire antiscandinave ou russophobe, ou inconcevable : non laïque, apolitique ou, pour tout rire, partisan d’une crasse immobilité. Je crie NOOOON, vous n’avez rien compris. J’ai juste envie de faire la tournée des petits Pier, des petits Saul et des petits Jack et je dormirai sur la descente de livre,  s’il y en a, ou dans le lit avec la bonne, surtout si elle se prénomme Eva, Edwarda, Evangelina, j’ai depuis toujours un faible pour les prénoms féminins en e & en a.

12:01 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

28/07/2015

L'IMPARFAIT NOUS MÈNE de Philippe LEUCKX (Editions Bleu d'Encre)

leuckx-imparfait.jpgTrouées de mémoire

Philippe Leuckx écrit cette heure entre chien et loup où le temps s’allège, dépose les armes du jour pour lire la paix dans la lenteur des visages,  où ce peu de ciel en nous s’allie à la rumeur de la ville, où le temps prétend à la beauté…

C’est l’heure de la journée où l’enfance pousse ses souvenirs, où, à la faveur du vent du soir, le cœur resserre ses branches...

Le corps placé entre jour et nuit est aspiré par le passé où l’imparfait nous mène.

On est en retard sur soi. On y laisse des parts d’ombre.
Il s’agit alors, tel un marin sous la menace du crachin, de mener son embarcation, en se servant de tel mot (qui) lève et sert notre mémoire, sans prêter le flanc au chagrin, sans verser dans le passé. C’est tout un art de l’esquive et de la maîtrise du vent.

De temps à autre, quelque chose échappe, écrit le poète.leuckx-photo.jpg

Il s’agit tout autant de répondre aux questions que posent l’arbre, le vent au sujet de nos racines propres, de remonter sans s’égarer à la source de son propre sang.

À mieux lire notre passé, comprend-on, l’avenir sera plus lisible, on verra mieux le temps qu’il reste comme si le fond de ciel s’aiguisait à force d’être lu. Pour réussir à goûter l’aube sans souci de nuit...

Dans la seconde partie du recueil, le sang court et les poèmes s’allongent, les vers font place à des phrases, la narration s’immisce à la vue des photos à la sépia corrodée d’un vieux grenier. Mais c’est la même langue du souvenir qui est travaillée pour dire la terre des parents, ou par exemple le prosaïsme de « l’incompréhensible bagarre entre deux compères » dans le compartiment d’un train de nuit qui nous rappelle la violence journalière, enfouie…

C’est dans la terre que le narrateur cherche la lumière.

Sur les lieux de l’enfance, le souvenir prend forme humaine et visages familiers.

Alors le monde s’éclaire de ces trouées de mémoire.

Tout reste à vivre, à relire.

Philippe Leuckx parle la langue de la poésie, propre à chacun de nous, à quelque profondeur qu’on l’y a laissée. Il faut savoir y revenir, quitte à abandonner pendant cette plongée le langage parlé, tout fait, celui des actualités et des superficialités du cœur. Si on saisit ce temps, on apprend sur soi, on lit dans son propre cœur comme dans un livre ouvert. De Philippe Leuckx évidemment.  

Éric Allard

Le recueil (56 pages, 10 €) est paru aux éditions Bleu d’encre, dans une nouvelle et maniable édition papier au visuel attrayant.

BLEU D'ENCRE le site

BLEU D'ENCRE sur Facebook

Philippe LEUCKX sur Wikipedia

13:59 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

VERS UNE INTERDICTION COMPLÈTE DES MINIONS DES RÉSEAUX SOCIAUX...

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Un monde virtuel sans Minions, est-ce encore possible?

Contre ce qui s’assimile très fort à une invasion des écrans, de nombreuses associations de défense d’usagers des Réseaux sociaux ont interpellé le Premier Ministre Charles Michel qui, face à la contestation, a promis de prendre dès la rentrée prochaine le problème à bras-le-corps :
« Moi aussi, je souffre beaucoup de l'omniprésence des Minions, je ne les supporte plus du tout ! Il faut avoir le courage de lutter contre cette épidémie et le gouvernement dans son ensemble, dès septembre, se retroussera les manches… Nous irons progressivement pour ne pas heurter les internautes déjà contaminés. Nous procéderons d’abord par quotas et des cellules de soutien psychologique seront mises en place pour venir en aide aux populations fragilisées.

Un numéro vert (ou bleu ou rouge, peu importe) sera ouvert. Mais il ne faut pas se voiler la face, nous allons vers une interdiction totale de cette plaie  pour décembre. Le gouvernement est confiant et moi aussi ! »
Nous avons félicité un Premier Ministre plus déterminé que jamais (d’autant plus que toute l’opposition pour une fois approuve son action) pour cette mesure de salubrité publique avant de lui souhaiter d’heureuses vacances sous un ciel bleu débarrassé de toute minionerie.

 

Lien vers la pétition pour la suppression de tous les Minions

www.jesuispourlegénocideprogrammédetouslesMinionssansexce...

27/07/2015

AMITIÉS GLACIALES

bloc-de-glace-pas-cher.pngJ’ai eu de nombreux amis glaçons mais je connus mes plus longues amitiés avec des blocs de glace. Des blocs de glace bien assis sur leur base. Le temps qu’ils fondent, qu’ils se fassent oublier, des tas d’émotions passaient entre nous. Sans commune mesure avec les amitiés caniculaires faites de sueurs et de chaudes larmes.

L’amitié n’est pas faite pour durer, la plupart du temps on cherche à prolonger ou à trouver en vain la raison d’un coup de cœur amical, bref et intense comme un coup de froid. Cela finit par tourner au vinaigre ou à rancir pour une histoire d’argent, de sexe ou de prestige personnel. Alors, avec un cube ou un bloc de glace, on voit l’amitié bien solide fondre sur pied et disparaître dans le caniveau. On peut l’entreposer au réfrigérateur si l’on veut méditer sur sa décomposition, la laisser en l’état et la faire péricliter en temps voulu. Avec du sel, on prolonge l’agonie. Avec du poivre, on la pimente. Avec de l’alcool, on s’en console.

Comme en amour, il suffit d’essuyer le lieu des effusions ou, s’il fait très chaud, d’attendre que ça sèche. Si on a été minutieux, on peut faire un time-lapse des différents stades de la déconfiture ou un cliché moderne. Cela a un effet revigorant, le selfie, comme le montre la cryothérapie. La glace sur la joue, la glace dans le cou ou dans le cul, ça régénère. Comme vous le sentez, les amitiés glaciales peuvent prendre diverses formes ou, en substance, divers états. Du solide au liquide en s’évaporant parfois par le gazeux, le gros clash bien foireux, une amitié triphasée, électrique, pour tout dire, qui vire au pétage de plombs.

À la fin d’une amitié pour laquelle on s’est mouillé, saigné aux quatre veines ou carrément foutu, on sait qu’il suffit d’un tour dans la glacière pour réaccoucher d’une émolliente amitié qui partira vite en grandes eaux. L’amitié, un bébé banquise ?

13:18 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

26/07/2015

LES MALADES ET LES MÉDECINS d'Antonin ARTAUD

MTE1ODA0OTcxNTQ0NDQ2NDc3.jpgLa maladie est un état.
La santé n’en est qu’un autre,
plus moche.
Je veux dire plus lâche et plus mesquin.
Pas de malade qui n’ait grandi.
Pas de bien portant qui n’ait un jour trahi, pour n’avoir pas voulu être malade, comme tels médecins que j’ai subis.
 
J’ai été malade toute ma vie et je ne demande qu’à continuer. Car les états de privation de la vie m’ont toujours renseigné beaucoup mieux sur la pléthore de ma puissance que les crédences petites-bourgeoises de :
LA BONNE SANTÉ SUFFIT.
 
Car mon être est beau mais affreux. Et il n’est beau que parce qu’il est affreux.
Affreux, affre, construit d’affreux.
Guérir une maladie est un crime.
C’est écraser la tête d’un môme beaucoup moins chiche que la vie.
Le laid con-sonne. Le beau pourrit.
 
Mais, malade, on n’est pas dopé d’opium, de cocaïne ou de morphine.
Et il faut aimer l’affre
                                 des fièvres,
la jaunisse et sa perfidie
beaucoup plus que toute euphorie.
 
Alors la fièvre,
la fièvre chaude de ma tête,
— car je suis en état de fièvre chaude depuis cinquante ans que je suis en vie, —
me donnera
mon opium,
— cet être, —
celui,
tête chaude que je serai,
opium de la tête aux pieds.
Car,
la cocaïne est un os,
l’héroïne, un sur-homme en os,
 
                            ca i tra la sara
                            ca fena
                            ca i tra la sara
                            ca fa
 
et l’opium est cette cave,
cette momification de sang cave,
cette raclure
de sperme en cave,
cette excrémation d’un vieux môme,
cette désintégration d’un vieux trou,
cette excrémentation d’un môme,
petit môme d’anus enfoui,
dont le nom est :
                         merde,
                         pipi,
con-science des maladies.
 
Et, opium de père en fi,
 
fi donc qui va de père en fils, —
 
il faut qu’il t’en revienne la poudre,
quand tu auras bien souffert sans lit.
 
C’est ainsi que je considère
que c’est à moi,
sempiternel malade,
à guérir tous les médecins,
— nés médecins par insuffisance de maladie, —
et non à des médecins ignorants de mes états affreux de malade,
à m’imposer leur insulinothérapie,
santé
d’un monde
d’avachis.


 
24022_1120544.jpeg Et sur FLORILÈGE

Anthologie
de la Poésie
de langue française
(1300 - 1984)

 

Choix des textes
et conception :
C. Tanguy

12:31 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

MAL'ARIA de Paul VERLAINE

verlaine.pngÊtes-vous comme moi ? — Je déteste les gens qui ne sont pas frileux. Tout en les admirant à genoux, je me sens antipathique à une foule de peintres et de statuaires justement illustres. Les personnes douées de rires violents et de voix énormes me sont antipathiques. En un mot, la santé me déplaît.

J’entends par santé, non cet équilibre merveilleux de l’âme et du corps qui fait les héros de Sophocle, les statues antiques et la morale chrétienne, mais l’horrible rougeur des joues, la joie intempestive, l’épouvantable épaisseur du teint, les mains à fossettes, les pieds larges, et ces chairs grasses dont notre époque me semble abonder plus qu’il n’est séant.

Pour les mêmes motifs j’abhorre la poésie prétendue bien portante. Vous voyez cela d’ici : de belles filles, de beaux garçons, de belles âmes, le tout l’un dans l’autre : mens sana... et puis, comme décor, les bois verts, les prés verts, le ciel bleu, le soleil d’or et les blés blonds... J’abhorre aussi cela. Êtes-vous comme moi ?

Si non, éloignez-vous.

Si oui, parlez-moi d’une après-midi de septembre, chaude et triste, épandant sa jaune mélancolie sur l’apathie fauve d’un paysage languissant de maturité. Parmi ce cadre laissez-moi évoquer la marche lente, recueillie, impériale, d’une convalescente qui a cessé d’être jeune depuis très peu d’années. Ses forces à peine revenues lui permettent néanmoins une courte promenade dans le parc : elle a une robe blanche, de grands yeux gris comme le ciel et cernés comme l’horizon, mais immensément pensifs et surchargés de passion intense.

Cependant elle va, la frêle charmeresse, emportant mon faible cœur et ma pensée évidemment complice dans les plis de son long peignoir, à travers l’odeur des fruits mûrs et des fleurs mourantes. 

product_9782070755875_195x320.jpgextrait de Les Mémoires d'un veuf, 1886

Découvrez Paradis des albatrosL’objectif de cette réserve naturelle lyrique est de mettre en valeur la poésie classique de langue française par des textes soigneusement présentés et une navigation facile et sobre à travers l’équivalent d’un livre de 15000 pages que l’amateur de poésie pourra parcourir.