LES BELLES PHRASES

  • JACQUES RIVETTE (1928-2016)

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    De nombreux livres et films dispensables sortent et des films et des livres qui resteront passent momentanément inaperçus...

    Ce fut le cas de L'AMOUR FOU et peut-être de OUT 1 de Jacques RIVETTE, le plus méconnu des cinéastes de La Nouvelle Vague qui s'est éteint à l'âge de 87 ans.

     

    Son parcours retracé dans cet article du Monde signé Isabelle Régnier

    Des témoignages d'amis et de gens ayant travaillé avec lui: Bonitzer, Ogier, Glenn, Comolli, Téchiné...

    Le témoignage de Jeanne Balibar, comédienne de deux des derniers films de Rivette


    L'AMOUR FOU lentement...


    L'AMOUR FOU en (Gérard) Courant...


     

    L'histoire d'OUT 1, le film colossal de Jacques Rivette par Jean-Marc Lalanne

     



     

    Une interview de Jacques RIVETTE aux INROCKS en 2007 à l'occasion de la sortie de NE TOUCHEZ PAS LA HACHE avec Jeanne Balibar et Guillaume Depardieu


     

    10 FILMS EMBLÉMATIQUES de Jacques RIVETTE

     

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  • LES LIÈVRES DE JADE, une lecture d'ERIC DEJAEGER

    1224676647.jpgC'est pas moi qui l'dis...

    c'est Éric DEJAEGER sur son blog.

     

     

     

     

  • L'INAPERÇU et autres historiettes scolaires

    La séance d’information

    L’enseignant n’a pas existé de tout temps.

    L’enseignant est une invention de l’homme.

    Avant l’homme, il n’y avait pas d’enseignement, pas de préfet de discipline, pas de salle ni de conseil de classe et pas la moindre réunion de parents.

    Depuis l’homme, il y a des apprenants et des apprentissages, il y a des compétences et des pédagogues chargés de les concevoir, et des inspecteurs de l’enseignement chargés de les faire appliquer, des points à gagner, des points à remettre et des points de suspension dans la répartition des attributions et la rétribution des enseignants


    Arrivé à ce stade de sa prise de parole, le délégué syndical ne voyait plus quoi dire. Il sentait bien qu’il s’était laissé emporter, par son discours et son public, et que s’il poursuivait son raisonnement, il devait passer sa fonction au bleu. Alors qu’il était rouge. Jusqu’au sang.

     

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    Une remarque

    Avez-vous déjà remarqué qu’en cas de visite de professeur par un inspecteur ou un directeur, ceux-ci se placent au fond de la classe comme les mauvais élèves ?

    En revanche, ce sont eux qui réclament le journal de classe du professeur et le notent à leur façon.

     

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    L’inaperçu

    Cet enseignant parvint à passer inaperçu durant toute sa carrière. Il dut user certes de quelques ruses pour ne point se faire remarquer en conseil de classe ou en réunion des parents. En n’intervenant pas ou bien toujours dans le sens voulu par les autorités, il réussit ce tour de force. Jamais heureusement on ne le cita en exemple, jamais non plus il ne prétendit à une fonction distinctive, de chef de couloir ou d’administrateur de hall d’entrée. En fin d’année, on ne lui apportait jamais de présent.

    (Mais aurait-il supporté toute forme de reconnaissance ?)

    Il prit sa retraite sans bruit, sans qu’on se rendît compte de son départ puis de son absence. Maintenant que la mort l’a pris, sans faire de  bruit, c’est comme s’il n’avait jamais existé. Et vous ne me direz pas le contraire, vous qui apprenez à l’instant qu’il a vécu.

     

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  • L'AMOUR À L'ELASTIQUE

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     Comme des lyres, je tirais les élastiques
    De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

     Arthur Rimbaud

     

    Avec des élastiques, je dessine tes yeux, tes lèvres… Puis j’étire, j’étire… Et tes yeux, et tes lèvres plissent à l’infini. Avec les dents, je fais vibrer la ligne de tes yeux, de tes lèvres et j’entends un son de guimbarde qui me scotche, me caoutshoote : cils en sursis, gencives incisives, narine prise en sandwich entre deux lignes de coke, oreilles aux aguets et seins aux aréoles assassines…

    Ton corps, je l’écoute alors me raconter ce que je veux qu’il me dise. À ta guise je vois et je mords ta langue, je bois et j’avale tes larmes. Ton âme est ma loi et ta peau régit mon cœur. Foin de tralala et de courbes tendant vers leur asymptote. Tu es mon pic, mon Puy du Fou, ma putain de colline de tendresse. Je mesure mes frondes à l’aune de ton front, la longueur de mes plongées à la profondeur de ton con.

    Je dois distendre les liens car c’est trop fort et je devine que tu crains pour l’avenir de notre liaison. Si elle se rompt, elle entraînera l’éclatement de nos espérances et ce n’est pas beau, pas bien ragoûtant des morceaux d’imaginaire éparpillés parmi un amas mou de désirs distendus.

  • LES LIÈVRES DE JADE, une lecture de CLAUDE DONNAY

    1224676647.jpgBien curieux livre que ce livre d'Allard et Colaux, les bien-nommés. Livre à deux ou à quatre mains, selon les goûts de chacun, mais livre unique, chassé-croisé de morceaux choisis, parfumés à toutes les senteurs de la lune. Un vrai régal pour nos papilles littéraires.
    Quatre belles parts de quinze textes, Colaux-Allard-Colaux-Allard, un "double récit en miroir", comme le dit Allard dans son liminaire. Les poètes parlent et se parlent au "Café du Mont" ou sur la "Lune", les points de vue alternent, se chevauchent, complices et amusés.

    Que de joie, de jubilation dans ces textes en prose, truffés de réflexions savoureuses, où l'humour et le respect s'allient à une philosophie fulgurante.
    "La beauté n'est pas conçue à l'échelle de l'homme, à qui un escabeau suffit, un tabouret parfois" (Colaux).
    Allard croise Colaux qui croise Allard, et les deux croisent la Lune, croisent la Femme. Et ces entrecroisements accouchent d'une langue gourmande aux relents rabelaisiens, une langue savoureuse, truculente même.
    "Mais c'est du bêta quatre étoiles, un nectar de trouduc, une ambroisie, cette clenche !" (Colaux)
    Ce livre - Les lièvres de jade – emporte, décolle et file droit dans l'espace, à la manière de "l'astronef en forme de nautile" d'Allard. Les compères rencontrent la femme, multiple et fantasmatique, charnelle et diaphane, "cartomancienne" et "gourgandine", la femme avec son corps présence, son corps jouissance, où s'enfoncer pour se perdre et se révéler, sous la lune, sur la lune, "distante, distraite, sinon indifférente aux sons et aux regards".
    Les femmes et la lune sont liées indissolublement. "Les femmes sont des enfants de la Lune. Elles sont ses filles, ses visages, sa faune et sa flore. Ses fantômes. Elles en sont l'exacte métonymie", dit Colaux.
    Les femmes accompagnent, "les sylphides et les naïades" (Allard), les mères et les filles, et les admirer, les regarder vivre apaise. Comme Seiji qui aime "regarder des femmes endormies" (Allard), qui ont "baissé les armes".
    Toutes ces femmes qui nous hantent et nous habitent, "Les femmes qui comptent et les femmes à déchiffrer (…), Les femmes déchues, les femmes adoubées (…),Les femmes-roman, les femmes-poème" (Allard)

    Ce livre à deux voix m'a enchanté l'âme, ce dialogue – qui n'en est pas un – évoquant la femme et la lune, chante surtout l'amitié poétique, le partage d'une même connivence pour la langue, les mots qui fondent dans la bouche et dans le cœur. Les deux poètes belges nous livrent un recueil coloré au surréalisme et à la verve chatoyante. Ce compagnonnage littéraire me rappelle ces époques révolues où les poètes et les artistes rimaient ensemble autant qu'ils ripaillaient et aimaient les femmes aux cuisses douces et blanches comme la lune d'hiver.

    Qu'ajouter encore pour terminer que ce par quoi j'ai commencé : ce livre de Colaux et Allard est un bijou finement ciselé, un régal pour tous les sens, une gourmandise qui chauffe la langue, un plaisir de lecture comme on en voudrait plus souvent. Chapeau bas, Messires Poètes !

    Claude DONNAY 

    RESSAC, le dernier livre de Claude DONNAY par chez M.E.O., présentation & notes de lecture

    En savoir plus sur  LES LIÈVRES DE JADE et comment le commander

     

  • MES REGRETS, MES ERREURS, MES ERREMENTS...

    1649499_3_f181_nicolas-sarkozy-en-visite-dans-une-ecole-de_558f0a77751d5ee69978c87eec41be6f.jpgLe directeur de cet athénée de province, candidat à sa propre succession, avait appris par son chef de la communication (l’économe en chef) que son taux de popularité baissait parmi les enseignants. Il fit alors paraître avec l’aide d’un nègre (le prof de gym, reconnu pour posséder la plus belle plume de l'établissement) un livre titré : « Mes regrets, mes erreurs, mes errements… » Que, généreux, il fit distribuer dans tous les correspondanciers.

    Dans le bouquin, il regrettait de s'être rendu, le jour de sa nomination au poste de principal, chez Robert la frite* avec son équipe de campagne puis d'avoir passé trois jours sous la saharienne du chef de la section locale du PS de Goutroux** à boire de l’Eau de Villée*** alors qu’il avait annoncé une retraite à l’Abbaye de Maredsous. Il regrettait la photo tweetée le soir même, nu de dos certes, où on le devinait en train de tremper son sexe dans une Leffe à douze degrés sans se brûler, puis d’avoir, pour montrer ses neuves compétences en maçonnerie, voulu ériger un mur de trois mètres de haut sans ciment ni truelle qui, en s’effondrant, avait décapité le chef de la section (hasard ou nécessité, le chef de section, vieille gloire du socialisme de papa était devenu la bête noire des jeunes loups du Parti). Il regrettait amèrement (lui qui n’aimait que Franck Michaël et Claude Michel****) sa liaison avec Carla Bruna, la prof d’espagnol qui karaok(et)ait du Julio Iglésias et du Kendji Girac les soirs de Portes Ouvertes ainsi que d’avoir pris les silences du proviseur***** pour des signes d’approbation mais, plus que tout, il se reprochait d’avoir traité de fils de pute, un étudiant qui avait refusé de le saluer et qui s’avéra être le fils de la Directrice-Générale-des-Enseignements-de-la-Région.

    Pour rallier les profs récalcitrants, on lui conseilla de faire signer la préface par la déléguée syndicale, poétesse à ses heures qui ne jurait que par Maïakovski (Maria qui ? lui demandaient des collègues peu sensibles à la poésie russe, et auxquels elle répondait invariablement: Marie Aréna******), qui lui écrivit, ma foi, un seyant avant-propos qui donnait presque envie de se taper l’insignifiant libelle.

     

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    *Célèbre friterie de Charleroi connue internationalement depuis cinquante ans et désormais menacée par les rats

    **Modeste mais sympathique bourgade hennuyère aux fosses septiques dangereuses.

    ***Alcool wallon à base de fruits parfois rehaussé de bière blanche et fabriqué dans le village de Ragnies

    **** Autre chanteur italo-belge, ayant gommé ses origines, à ne pas confondre avec Claude-Michel Schönberg (l’ex-mari de Béatrice, actuelle épouse de Jean-Louis Borlöö) qui a connu son heure de gloire dans les années 70

    *****Préfet de discipline, chez nos amis français

    ******Chanteuse socialiste de salle de bain du début du XXIème siècle 

  • L'HOMME QUI MARCHAIT DANS SES RÊVES de DENIS BILLAMBOZ - Épisode 18

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    FIN DE L'EPISODE PRÉCÉDENT

    Je n’arrive pas à croire ce que j’ai vu, j’a l’impression d’avoir fait un rêve.

    - Et pourtant, nous avons bien visité un musée.

    - Un musée un peu particulier tout de même !

    - Un peu.

    - Dans ces galeries, j’ai compris une chose que je n’avais pas bien saisie jusqu’à ce jour : les grandes œuvres littéraires existent parce qu’elles ont été lues et commentées.

    - Evidemment !

    - Donc, il n’y a pas de littérature sans lecteurs ni critiques.

    - Et c’est peut-être aussi pour ça que ce musée a été créé pour que, quoi qu’il arrive, ces œuvres puissent toujours être remises en circulation et préservées de l’oubli. Un autodafé, peut brûler les livres mais ne pourra jamais en rien altérer une lecture !

    - Et dire qu’il y a peut-être des chefs-d’œuvre qui n’ont jamais été lus ou peut-être tout simplement trop mal lus.

    - Sans doute !

    - Un texte qui ne rencontre pas ses lecteurs, ou au moins un lecteur important qui est entendu par d’autres, n’existe pas ou seulement pour son créateur.

    - Eh oui !

    - C’est triste ! Il faudrait faire un jour un cimetière des œuvres littéraires mortes nées.

    - C’est une idée, mais tout écrivain croit forcément que son œuvre finira bien par vivre.

    - Quelle vanité !

    ÉPISODE 18

    Ils étaient ainsi parvenus à peu près au terme de leur méditation sur la littérature quand ils arrivèrent devant l’hôtel où il était descendu. Après les quelques civilités d’usage et quelques remerciements un peu plus chaleureux, ils se séparèrent car il voulait, sans plus attendre, déguster la lecture qu’on lui avait proposée de choisir au musée.

    Il rejoignit donc sa chambre sans passer par le bar comme il le faisait souvent quand il était en séjour hôtelier et s’allongea sur le lit pour lire en toute quiétude le texte qu’il avait ramené, une lecture de « L’ombre du vent » de Carlos Ruiz Zafon. Et après avoir lu quelques lignes seulement, il plissa encore plus les rides de son front, écarquilla les yeux et eut du mal à croire ce qu’il lisait. Ce texte ressemblait furieusement au commentaire qu’il avait écrit lui-même après sa lecture de ce roman, et qu’il avait ensuite confié à quelques amis pour le publier sur leur blog ou site Internet.

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    « Je ne me souviens pas d’avoir dévoré un livre avec une telle voracité, je me suis jeté dessus comme un affamé. «Avant même d’avoir pu m’en rendre compte, je me retrouvai dedans, sans espoir de retour. » Et, pourtant ce roman n’est sans doute pas le meilleur que j’ai lu mais il a un côté si fascinant et l’auteur à un tel talent pour empêcher le lecteur de poser ce livre qu’il est difficile de ménager quelques pauses pour s’alimenter avant d’en avoir avalé les cinq-cent-vingt-cinq pages. »

    Apparemment, c’était bien le texte, mot à mot, qu’il avait écrit, si sa mémoire ne le trahissait pas, mais il se souvenait bien, il l’avait relu il y a peu. Bon, ce propos liminaire était tout de même suffisamment banal pour qu’un autre ait pu écrire le même.

    « Tout au long de cette lecture, j’ai pensé à Pascal Mercier et à son « Train de nuit pour Lisbonne », le héros de Ruiz Zafon, comme celui de Mercier, découvre, par hasard, un livre qui va complètement chambouler sa vie et même celle de son entourage. Un bouquiniste de Barcelone fait découvrir, à son fils, le cimetière des livres perdus et lui demande, selon la tradition, de choisir un livre dont il aura le plus grand soin. Le héros de Mercier avait, lui, trouvé un livre par hasard chez un autre bouquiniste, à Berne, qui lui en avait fait cadeau. »

    Là, il devenait de plus en plus convaincu que c’était bien son texte qui se trouvait là. Comment expliquer qu’un autre lecteur qui aurait commencé son commentaire de la même façon que lui, ait lu, lui aussi, lu le même livre de Pascal Mercier et ait fait le même parallèle ? Impossible ! Surtout que ce parallèle ne brillait pas particulièrement par sa luminosité et qu’aucun lecteur ne l’avait imaginé dans tout ce qu’il avait pu consulter jusques à maintenant au sujet de ce roman.

    « Je ferai grâce à Carlos de ces concessions car son livre est comme un opéra de Verdi emporté dans une grande envolée épique qui emmène le lecteur dans un monde de rêves, de fantasmes et d’émotions dont il émerge difficilement. Et il a un tel amour des livres qu’il traite avec une véritable sensualité, qu’on ne peut que l’aimer. Je pensais que si j’avais découvert tout un univers dans un seul livre inconnu au sein de cette nécropole infinie, des dizaines de milliers resteraient inexplorés, à jamais oubliés. Je me sentis entouré d’un million de pages abandonnées, d’univers et d’âmes sans maître, qui restaient plongés dans un océan de ténèbres pendant que tout le monde qui palpitait au-dehors perdait la mémoire sans s’en rendre compte, jour après jour, se croyant sage à mesure qu’il oubliait. »

    Quand il eut pris connaissance de la conclusion, il eut la certitude que ce texte provenait bien de sa plume et il resta tout ébaubi, estomaqué, inquiet même, comment ce texte avait-il pu atterrir dans ce musée improbable au cœur de Barcelone ? Il fallait qu’il trouve l’explication sinon cette question l’obsèderait à tout jamais. Il se sentit comme pris en otage par cette découverte, comme s’il faisait partie d’une conspiration à laquelle il ne comprendrait rien, pas plus la fin que les moyens. Il commença à transpirer, il lui arrivait quelque chose de pas très normal, quelque chose d’irrationnel, quelque chose qui allait changer le cours de sa vie, quelque chose….


    O Flower of Scotland When will we see Your like again,

    Mais d’où venait ce vieux chant écossais, l’hymne du pays du Whisky ?

    Il adorait cette vieille chanson populaire qui fédère les Ecossais dans les grands moments, surtout quand un stade entier la chante avec la ferveur séculaire qui soude ces vieux guerriers contre l’ennemi héréditaire, le perfide Anglais.

    Il n’avait pas encore compris qu’il avait somnolé en attendant le match de rugby et qu’il avait été réveillé par la prestation vocale des spectateurs du stade de Murayfield qui insufflaient toute leur énergie aux quinze gaillards qui allaient en découdre au cours de cette partie contre leurs ennemis les plus chers. Il reprit ses esprits au moment où le chant s’éteignit, juste avant que les Anglais célèbrent leur souveraine comme s’ils avaient besoin de sa protection pour affronter la détermination des gaillards du nord qui jamais ne seront définitivement soumis.

    Il n’était pas un grand amateur de sport, ou plutôt plus un amateur de sport, car plus jeune il avait suivi avec un certain intérêt les grandes épreuves où la France avait l’occasion de se mettre en évidence. Mais, le dopage qui avait envahi bien des disciplines, pour ne pas dire toutes, les facéties des milliardaires du football qui sont tout juste capables de se comporter comme des galopins dans la cour d’une école maternelle, la place démesurée prise par l’argent dans tous les sports un peu médiatiques, etc… l’avait détourné de ce qui n’était plus un jeu mais seulement un enjeu financier. Toutefois, il avait gardé une affection un peu particulière pour le rugby, « ce sport de gentlemans pratiqué par des voyous » comme disait… Il ne savait plus qui. Par simple nostalgie peut-être, il se souvenait qu’adolescent il écoutait, à la fameuse TSF, les matchs de rugby et qu’il avait imaginé ce jeu avant de le découvrir quand la télévision avait enfin atteint son village. Il avait donc construit sa propre légende avec ses propres héros qu’il n’avait jamais vus, dont il connaissait seulement le nom et les qualités, la vitesse de Darrouy, l’élégance d’André Boniface, le rayonnement tutélaire de Lucien Mias, la puissance et la prestance d’Amédée Domenech, … tous ces gaillards, il ne les avait jamais vus jouer mais il avait construit, avec eux, comme une mythologie que les commentateurs télévisés et les journalistes spécialisés allaient nourrir.

    Et donc, aujourd’hui, il avait conservé une certaine ferveur pour ce sport qui n’avait pas encore réussi à se dépouiller de tous ses rites et traditions et qu’on célébrait plus qu’on ne le pratiquait. Bien sûr, la légende n’était plus qu’une légende, elle ne s’écrivait plus, elle se racontait le soir au café après les matchs pour oublier les défaites et les prestations laborieuses des équipes actuelles. Même la victoire n’était pas toujours belle aujourd’hui, mais il restait toujours ces stades capables de chanter des hymnes presque religieux avec une ferveur séculaire. Tant qu’il resterait un peu de ce décorum et qu’il y aurait des potes pour évoquer la légende et les dieux du stade, il resterait amateur de ce sport qui glissait lentement mais sûrement sur la même pente que tous ceux qui avaient vu l’argent les emporter dans une spirale infernale. Le rugby laverait certainement bientôt, lui aussi, des capitaux venus de pays ou ce sport est tout aussi méconnu que la provenance des capitaux qui irriguent certaines autres disciplines.

    En attendant, il allait tout de même supporter les Ecossais dans leur éternel combat contre les envahisseurs pour les renvoyer, au moins symboliquement, par-dessus le mur d’Hadrien mais, il craignait, qu’une fois de plus, ces fiers combattants subissent la dure loi des Anglais et que la Princesse Ann doive encore les réconforter avant de rejoindre la capitale. Mais ce ne serait qu’une bataille de plus de perdue, l’espoir de gagner la prochaine ne mourrait jamais et les spectateurs ne s’en prendraient pas à leurs représentants sur la pelouse, ils se réfugieraient dans les bars pour raconter une fois de plus la légende des vieux guerriers, noyer leur déception dans la bière et le whisky et, après, ils chanteraient comme seuls savent le faire les Ecossais, les Irlandais et les Gallois quand ils sont à bout de force et d’arguments dans leur combat contre l’Anglais.

    Il avait bien, lui aussi, mérité sa petite mousse et il se dirigea vers le frigidaire où il avait entreposé quelques provisions pour tenir tout un match.

    Le combat avait tenu toutes ses promesse, les Ecossais avaient été vaillants, comme il se doit, mais les Anglais, une fois de plus, avaient été les plus forts et avaient remporté la fameuse Calcutta Cup, un des plus vieux trophées sportifs existants que les Anglais et les Ecossais se disputent chaque année à l’occasion de leur rencontre dans le Tournoi des VI nations. Il n’éteignit pas immédiatement la télévision qui diffusa alors un bulletin d’information presque exclusivement consacré aux événements de Tunisie. Il regarda ce reportage avec attention car il semblait que le monde arabe était en train d’allumer une mèche qui pourrait remettre en cause l’équilibre de la planète et, du moins, contribuer à solder définitivement le XX° siècle pour écrire une nouvelle page dans le grand livre de l’histoire de l’humanité.

    Il remarqua qu’il y avait de nombreuses femmes, voilées ou non, parmi les manifestants qui s’exposaient aux armes de la police et il eut une pensée émue pour ces femmes africaines, noires ou maghrébines, qui supportaient depuis si longtemps tous les maux et calamités qui s’abattent régulièrement sur ce continent maudit. Il voyait dans cette participation un grand motif d’espoir qu’il appelait depuis longtemps en disant à chaque occasion que les femmes étaient certainement les plus capables de tirer l’Afrique de son ornière.

    Et il pensa à toutes ces femmes qui avaient pris la plume, comme d’autres prennent un fusil, pour monter au front et défendre leur statut, leur pays, leur culture, leurs convictions. Il laissa sourdre de sa mémoire ce vieux rêve qu’il avait déjà fait plusieurs fois, de réunir, en un cercle improbable, en raison de leur âge différent, quelques femmes de lettres et de caractère remarquable pour donner un sens à la civilisation maghrébine. Plus il avait lu leurs œuvres, plus il était convaincu qu’elles détenaient une vérité que personne ne voulait voir et qui pourtant contenait des clés importantes pour l’avenir de cette région.

    Il aurait volontiers convié à cette réunion la Marocaine Yasmina Chami-Kettani, les Algériennes : Taos Amrouche, incontournable icône de la Kabylie, Assia Djebbar, l’académicienne, Malika Mokeddem qui avait côtoyé les hommes qui marchent perpétuellement dans le désert et la Tunisienne Colette Fellous qui pourrait représenter la communauté juive qui a dû quitter l’Afrique du Nord. Elle aurait ainsi l’occasion de renouer avec un peuple avec lequel elle avait vécu plus souvent en harmonie qu’en hostilité. De toute façon, il fallait ouvrir le cercle pour que toutes les idées puissent y pénétrer et rompre avec la sclérose ambiante. D’autres pourraient, elles aussi, apporter leur contribution à ce grand cahier des idées à mettre en œuvre pour que demain soit meilleur dans ces pays qui ont tout pour construire un paradis terrestre.

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    Taos Amrouche parlerait certainement la première non seulement en raison de son ancienneté mais surtout pour faire valoir son expérience, elle, la Kabyle chrétienne qui a été obligée de se réfugier en Tunisie pour pouvoir vivre sa religion et acquérir la culture qu’elle souhaitait posséder pour affirmer sa vraie personnalité. Cet exil ne fut pas sans douleurs et sans déboires mais elle a tracé un chemin qui pourrait servir à bien des filles de son pays pour sortir de la sous-culture dans laquelle elles ont été souvent maintenues. Ce n’est pas Malka Mokeddem qui dirait le contraire tant elle a vécu avec rage la séparation d’avec l’institutrice qui lui enseignait la route du savoir et qui avait été remplacée par des jeunes gens qui confondaient bien volontairement religion et éducation pour maintenir plus aisément les femmes dans l’obscurité d’une croyance bien mal interprétée.

    Assia Djebbar qui a conquis ses lettres de noblesse parmi les académiciens français, et belges aussi, sait bien ce que l’éducation pourrait apporter à toutes ces femmes du Maghreb mais elle serait là aussi pour rappeler que, dans la dure guerre de l’indépendance, les femmes n’ont pas été absentes et qu’elles ont, elles aussi, payé leur tribut par le sang et la douleur. Et Chami-Kettani qui pourrait appeler à la rescousse bien des filles qui ont déjà confié leur malheur à leur plume, témoignerait pour rappeler que les femmes n’ont pas toujours reçu le traitement qu’elles méritaient, même au sein de leur propre famille, et que leur statut ne devait pas être inférieur à celui de leurs frères.

    Colette Fellous pourrait, à son tour, parler des femmes de la communauté juive qui avait connu un si grand rayonnement dans cette région du nord de l’Afrique, qui ont dû, avec leur famille, abandonner leur terre natale pour fuir un conflit dont elles n’avaient pas réellement compris tous les enjeux. Chassées sur les routes et les mers pour des raisons qui souvent leur échappaient et auxquelles elles ne pouvaient apporter aucune solution, victimes parmi les victimes de cet imbroglio colonial et post colonial, elles n’étaient, une fois de plus que les souffre-douleurs de tous ceux qui voulaient s’accaparer le pouvoir, le territoire et toutes les richesses qui en découlaient.

    Bien sûr, elles ne seraient pas toujours d’accord entre elles ces femmes au caractère trempé, cuit sous le soleil impitoyable de l’Afrique, comme l’acier le plus rigide, inoxydable, inaltérable, elles s’opposeraient certainement sur certains points mais elles mettraient, pour sûr, en commun des valeurs fondamentales comme le respect des êtres humains en commençant par les plus faibles, les enfants et les femmes, qui, trop souvent, ne comptent pas encore dans ces sociétés revenues vers des comportements trop primaires. Elles apprendraient à tous ces assoiffés de pouvoir qu’il faut d’abord nourrir son enfant et sa femme avant de regarder ce qui se passe chez le voisin pour essayer de lui prendre sa part. Elles leur rappelleraient que Dieu, quelle que soit la forme sous laquelle on le vénère, ne peut pas avoir incité les humains à s’attaquer à leur prochain surtout pas aux plus faibles. Elles leur montreraient qu’en partageant les fruits de leur pays la vie serait belle pour tout le monde car, même si le climat était parfois un peu trop excessif, ce pays était malgré tout fort généreux.


  • UN PETIT GOÛT DE SAKÉ

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Dans ma dernière chronique j’évoquais le Japon traditionnel et immuable à travers la voie du thé, et, aujourd’hui, après avoir lu deux romans, bien français, de la dernière rentrée littéraire, je voudrais évoquer un Japon bipolaire écartelé entre une riche tradition et une modernité prometteuse d’une nouvelle richesse. Marc Pautrel s’inspire de la vie du célèbre cinéaste Ozu et évoque son souhait de conjuguer la tradition japonaise avec la modernité extérieure dans un roman au goût nippon. Et Delphine Roux livre, elle, un roman au fort relent japonais pour mettre en scène un frère et une sœur qui incarnent l’un la tradition et l’autre la modernité. Tradition et modernité : les deux thèmes de cette chronique évoqués par des Français dans des romans au goût nippon.

     

    ozu-marc-pautrel-roman.jpgOZU

    MARC PAUTREL (1967 - ….)

    C’est le second livre que je lis à l’occasion de cette rentrée littéraire qui fleure bon la littérature japonaise, Delphine Roux m’a enchanté avec « [Kokoro] » et Marc Pautrel m’a ravi à la lecture de ce texte inspiré de la vie du grand cinéaste nippon Yasujirô Ozu né à l’aube du XX° siècle à Tokyo sa ville de toujours, celle qui préféra à toutes les autres, même les plus belles et les plus grandes, comme Kawabata resta amoureux toute sa vie de Kyoto. Dans un texte découpé en chapitres courts comme un film est découpé en scènes et en plans, Pautrel raconte ce qui aurait pu être la vie de ce géant du cinéma japonais reconnu à l’étranger alors qu’il était mort depuis longtemps déjà.

    Le 1° septembre 1923, Ozu est à son bureau dans les studios de cinéma où il travaille quand le fameux tremblement de terre du Kantô qui détruisit une grande partie de Tokyo, secoue la ville pendant quatre longues minutes. Il échappe à la mort mais la ville et ses studios sont la proie des flammes pendant deux jours entiers. Ozu se reconstruit, comme la ville, et refait sa vie de cinéaste qui prend une nouvelle saveur avec la naissance de son neveu qui, hélas, décède bien trop vite pour le grand malheur de la famille. Et, sa vie continue avec la même alternance de deuils et de catastrophes violents et douloureux et de périodes de reconstruction. A travers cette existence, on peut voir un symbole de la précarité de la vie au Japon toujours exposé aux cataclysmes : tsunamis, tremblements de terre, décès de tous ceux et tout ce qu’on aime. « Mais le Japon est le Japon, il se reconstruit sans cesse, … » et lui recommence à faire des films car il faut procurer des émotions aux spectateurs pour qu’ils surmontent ces événements destructeurs. « Je veux que le spectateur ressente la vie » répète-t-il chaque fois qu’on l’interviewe.

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    Comme Kawabata encore, il est fasciné par le spectacle des cerisiers en fleurs, il éprouve de fortes émotions devant les miracles que la nature met en scène tout aussi joliment dans certains quartiers de Tokyo qu’à Kyoto. Cette émotion, il voudrait la capturer pour la mettre dans ses films et l’offrir aux spectateurs qui, comme lui, subissent toutes les catastrophes que le Japon endure régulièrement. A cette fin, il créée avec son complice Noda, son fidèle scénariste, un style bien personnel qui ne fait pas immédiatement l’unanimité. Son regard sur le Japon contemporain ne fait pas plus l’unanimité. « Les japonais pensent qu’il montre un pays trop occidentalisé et les Occidentaux trouvent qu’il montre la quintessence du Japon traditionnel ». Ozu a compris à travers les épreuves de sa vie que le Japon est éternel, qu’il renaitra toujours de ses cendres mais que, pour revivre encore plus fort, il devra s’en donner les moyens en utilisant les techniques mises au point par les Occidentaux.

    Il faudra attendre la fin de sa vie pour que l’Académie japonaise reconnaisse son talent, bien après les spectateurs qui lui ont fait un triomphe longtemps avant, et il faudra attendre encore plus longtemps, après sa mort, pour que le monde découvre ses œuvres et lui réserve un accueil enthousiaste. Je ne sais pas si Marc Pautrel est très fidèle à la biographie d’Ozu mais il a su, à travers un excellent texte, sobre, clair, épuré, nous faire ressentir toutes la violence des émotions que ce géant du cinéma a pu ressentir tout au long de sa trop courte vie, il est décédé le jour de son soixantième anniversaire, pour nourrir ses films. Je pense que de nombreux lecteurs se souviendront de « Voyages à Tokyo » qui a connu un réel succès en France comme partout ailleurs. Et, le livre de Marc devrait, lui aussi, connaître un joli succès car l’auteur a su décrire les émotions et motivations du cinéaste dans un texte aussi passionnant qu’un bon roman.

    Le site des éditions Louise Bottu

     

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    DELPHINE ROUX (1974 - ….)

    Delphine Roux n’est pas japonaise, elle est une bonne française, et pourtant, quand je suis entré dans son livre, j’ai vérifié le nom de l’auteure et sa biographie car j’avais réellement l’impression de lire un roman nippon, son texte m’en rappelait d’autres écrits par des écrivains venus eux, à coup sûr, du Japon. Dans un magnifique texte tout de concision, de précision, dépouillé, épuré, construit sur des chapitres très courts qui ne révèlent au lecteur que ce qui est absolument nécessaire pour comprendre la belle histoire qu’elle nous dévoile dans une subtile progression, même si on se doute de l’épilogue de cette histoire très morale.

    Le narrateur, Koichi, et sa grande sœur Seki ont perdu leurs parents quand ils étaient encore enfants, ils ont été élevés par leur grand-mère qu’il a fallu placer dans une maison de retraite quand la vieillesse a altéré ses facultés. Seki et Koichi vivaient en parfaite harmonie jusqu’à ce que la grande sœur devienne « une jeune femme moderne, dans l’écho des titres des magazines, dans la maîtrise du visible. Elle dit que je devrais faire comme elle, me bouger. Que je serais certainement mieux dans mes baskets. Ses conseils amplifient mes silences. Mes baskets et moi, je crois, nous entendons joyeusement ».

    Seki incarne le Japon moderne, conquérant, le dragon qui terrorise tous les industriels occidentaux, alors que Koichi représente le Japon traditionnel et immuable, celui qui reste impassible devant les événements les plus inquiétants. « J’ai tout gardé. Seki voulait tout jeter, J’ai tout gardé ». La grande sœur voulait brader le passé pour plonger plus vite encore dans un avenir où l’efficacité, la vitesse, la productivité, l’enrichissement ont valeur de vérités absolues. Koichi refuse cette vie trépidante et puérile et s’incruste dans son passé pour vivre avec sa grand-mère, « J’étais bien à vivre chez grand-mère. J’évoluais à son rythme, en douceur, dans la métrique de ses rituels ». Le frère et la sœur s’éloignent jusqu’à ce que la sœur succombe à la pression dans une dépression nerveuse. Alors le frère décide d’entrer en action.

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    Ce thème d’un Japon bipolaire déchiré entre un avenir ultra moderne, ouvert sur le monde, et la tradition ancestrale des ancêtres figée dans le passé est récurent dans la littérature nippone actuelle, Delphine Roux connait certainement très bien cette littérature et elle s’y blottit avec bonheur. Elle use, dans son texte, de la même concision que celle qu’elle met dans la bouche de la grand-mère qui se réfugie dans le silence pour manifester son refus de finir sa vie dans son mouroir. « Quand j’entre dans sa chambre, elle m’accueille avec des lalala, des hoho. Ca veut dire bienvenue mon petit Koichi, je suis contente de te voir, tu m’as manqué ». Le lecteur devra lui aussi développer les mots de l’auteure pour déguster toute la saveur de ce texte.

    Un vrai petit bijou de littérature française à la sauce japonaise.

    Le livre sur le site des éditions Picquier

  • UNE VISITE DE L'INSPECTRICE

    realite-revisitee-maitresse-ecole-sexy.jpgLors de la visite de l'inspectrice, il n’y avait plus de place dans la classe. Alors elle s’assit sur un banc et on vit ses longues jambes gainées de bas. Consciente des regards des étudiants et du professeur inspecté, elle en dévoila davantage. Le directeur qui l’accompagnait était confus mais il n’osait pas intervenir. Il faisait fonction et craignait un rapport négatif de l’inspectrice en cas de remarque désobligeante. Il ne se risquait pas du coin de l’œil à jouir du spectacle; un directeur non nommé n’est pas aguerri (il ne dit pas ce qu’il pense, il ne fait pas ce qu’il dit). Elle enleva son tailleur et sa jupe sous le regard médusé de chacun. On n’avait jamais vu ça, le directeur en avait des sueurs. Si ça s’apprenait, s’il redevenait enseignant, si chaque jour il devait à nouveau affronter la classe… ! Le prof inspecté respirait mais il soupçonnait une ruse, tout ça n’était pas normal. Enfin, l’inspectrice dégrafa dans le même mouvement son soutien-gorge et fit glisser sa petite culotte, debout maintenant sur un banc. Le professeur inspecté n’avait d’yeux que pour la blancheur de ses fesses ainsi mise au jour dans la lumière toujours trop crue des néons scolaires. Alors, la sonnette retentit. Longuement, trop longuement. D’habitude la sonnette s’arrêtait mais cette fois non. D’un geste las, le professeur qui avait compris stoppa la sonnerie de son réveil.

    À l’école, dès la première heure de cours, la porte s’ouvrit. C’est le directeur qui la poussait en déclarant : Voici votre inspectrice ! Le professeur reconnut la dame du rêve. Il n’y avait plus de place dans la classe, alors elle s’assit sur un banc…

     

    En 2011, un collectif d'enseignants publie un calendrier de professeurs nus pour lutter contre le dépouillement de l'école

  • LA FRESQUE

    Au premier jour du congé de printemps, ce professeur de dessin artistique, avec l’accord de sa direction, commença une fresque à la craie sur tous les tableaux de cet établissement de l’Éducation-Sans-Chaise (où il enseignait, debout, depuis trois décennies). C’était son grand œuvre, son plafond de la Chapelle Sixtine, il y mit tout son cœur, tout son talent, longtemps retenu par les vicissitudes de son activité d’aide à la Jeunesse de table.

    Mais la veille de la rentrée, le directeur reçut l'ordre de faire effacer tous les tableaux par le personnel d’entretien suite à l’annonce de la visite surprise de la ministre de tutelle en pleine campagne de réappropriation de son image (en lambeaux). Encore un peu et elle arrêtait définitivement la politique de la chaise vide !

    Le peintre en bâtiment scolaire occupé aux finitions s'opposa et jura même qu’on devrait lui passer sur le corps. Lui d’habitude si conciliant montrait les poings, maculés de craies de toutes les couleurs.

    Le directeur, convoqué sur les lieux, comme un commissaire du peuple venu rétablir l’ordre, le fit avec le prof de maths armé de son fusil de chasse.  Muni d’un porte-voix (l’artiste était devenu inapprochable), le directeur lui intima l’ordre de quitter les lieux et lui promit d’obtenir à la rentrée les classes de générale qu’il souhaitait – et des tabourets en nombre.

    Au prof de maths, le chef d'établissement promu chef d'armée déclara qu’il n’en serait rien mais qu’il fallait assagir la bête, la rendre confiante pour qu’il lâchât (c’était lâche, oui) prise. Quand il s’avéra que l’homme, sous l’emprise de la drogue de l’art, ne renoncerait pas, le directeur se tourna vers le prof de maths qui, avec une seule balle (il était bon tireur) entre les deux yeux du rénagat, mit fin aux rêves de gloire du professeur chargé de mission. A l’art, nul enseignant n’est tenu !

    Pour ce qui est des cours de dessin, le prof de maths qui savait tracer un rond et quelques polygones (inscrits dans un cercle) ferait l’affaire car il avait besoin de périodes supplémentaires pour s'acheter des boîtes de cartouches.

    Ainsi l'affaire fut entendue, tous les tableaux effacés et le pupitre du maître d'ouvrage dédoré. Le directeur garda seulement le tableau figurant le portrait de la ministre de tutelle dessinée à son avantage (au début de sa carrière politique voire à la fin de ses études secondaires) qui ne manquerait pas d’admirer le savoir-faire des enseignants et apprenants de cette sombre école d’art et essai.  

     

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  • LES HAUTS MOTS

    - Sale butte

    - Fils de mont !

    - Mont de brin!

    - Crétin des Alpes!

    - Espèce de promontoire !

    - Belvédère de mes fesses!

    - Eminence de mes deux!

    - Gourde de côte !

    - Lécheur de contrefort !

    - Conne de colline !

    - Putain de piton ! 

    - Pine de puy ! 

    - Tête d’éperon !

    - Trou de Ballon d’Alsace ! 

    - Foutre de calotte glaciaire !

    - Face de crête !

    - Enculeur de faîte !

    - Peigne-col !

    - Trou d’haut !

    - Pointe-à-Pitre !

    - Sac d’Aiguilles du midi !

    - Défrisé du dessus !

    - Mou du culmen ! 

    - Mouche du dôme !

    - Pinacle à pédoncule !

    - Dégénéré du sommet !

    - Arrêtons de culminer, voulez-vous?

    - Oui, approfondissons!

    - Crevasse!

    - Cervelle d'abysse!

    - Cul-de-basse-fosse!

    - Oubliette de pouacre!

    - Précipice de malheur!

    - Cavité d'opérette!

    - Trou de souffleur!

    - Tronche de crabe des profondeurs! 

    - ...

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  • SIGNATURE DES LIEVRES DE JADE à LA LIBRAIRIE D'LIVRE DE DINANT

    Quelques photos de la signature des Lièvres de Jade à la librairie D'LIVRE de Dinant le samedi 23 janvier 2016....

    Photos de Louise Bourgeois et de Carine-Laure Desguin.

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    POUR COMMANDER LE LIVRE

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  • L'HOMME QUI MARCHAIT DANS SES RÊVES de DENIS BILLAMBOZ - Épisode 17

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    FIN DE L'ÉPISODE PRÉCÉDENT

    Il aimait ces amours occasionnelles qui n’avaient pas le goût de l’habitude, ils fréquentaient plusieurs femmes qui savaient toutes qu’elles faisaient parti de sa tendresse plurielle et qui l’acceptaient bien car, elles aussi, avaient d’autres sources de plaisir, l’une d’entre elles étaient même mariées. Et ce petit goût de transgression et d’interdit mettait un peu plus de piment dans ces amours occasionnelles.

    Le moment n’était pas aux plaisirs charnels, il fallait penser présentement aux plaisirs de la bonne chair et préparer rapidement un repas digne de sa réputation.

     

    ÉPISODE 17

    Il était arrivé la veille à Barcelone où il avait rejoint Pepe Carvalho, encore un policier, mais les policiers connaissent bien leur ville, ce sont eux qui savent où trouver toutes les choses les plus insolites, les personnes les plus extravagantes, les activités les plus marginales et tout ce que personne d’autre ne peut vous montrer dans une ville, tout ce qui ne figurera jamais dans les dépliants touristiques, tout ce qu’un curieux veut voir et savoir. Pepe, c’était déjà un vieux policier qui avait usé quelques paires de semelles sur le bitume des Ramblas, du Bario Chino ou d’autres quartiers tout aussi mal famés. Il avait dénoué tant d’affaires qu’il connaissait tous les endroits les plus secrets du port à la colline de Monjuich.

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    Pour cette première journée, il ne lui avait pas proposé de marcher sur les traces de Jean Genet, mais il lui avait, curieusement pour un flic, parlé de littérature, de livres, de lectures, il voulait l’emmener dans une visite un peu particulière. Il lui proposait de découvrir le cimetière des lectures oubliées, un lieu qu’il n’imaginait même pas et qu’il n’arrivait pas plus à concevoir. Ils marchèrent pendant un bon moment, s’enfonçant dans les ruelles d’un quartier que les rénovations urbaines n’avaient pas encore atteintes, où l’hygiène n’était pas encore un problème prioritaire. Il y avait bien longtemps qu’il avait perdu la notion de l’orientation et qu’il ne savait plus du tout où il pouvait bien être, quand, à l’angle d’un grand hangar à l’air triste et fatigué, Pepe ouvrit une porte qu’il n’avait même pas remarquée. Son compagnon lui demanda de passer devant afin qu’il puisse refermer hermétiquement cette porte qui semblait bien mystérieuse et réservée aux seuls initiés. Il franchit donc le seuil et attendit patiemment que le policier en ait terminé avec la procédure de fermeture de la porte qui semblait toute aussi mystérieuse que l’existence même de cette ouverture. Le hangar, ou du moins ce qui semblait être un grand hall, un grand volume en tout cas, était si sombre qu’il ne distinguait rien, il ressentait seulement cette fraîcheur habituelle aux locaux qui restent éternellement clos et une franche odeur d’humidité mâtinée de moisis. Quand le policier l’eut rejoint, il lui empoigna le coude et le guida un instant jusqu’à ce qu’il trouve un interrupteur qu’il actionna pour donner une pâle lumière jaunâtre qui n’éclairait que vaguement des rayonnages alignés en longues rangées comme les gondoles d’un hypermarché géant.

    Ils avancèrent encore pendant quelques minutes dans une ces longues allées avant que Pepe s’arrête devant ce qui ressemblait à une cabine de contremaître dans une vieille usine désaffectée et frappe sur les toiles d’araignée qui recouvraient généreusement les vitres ou plutôt ce qu’il en restait. Ils attendirent un instant et des pas traînants se firent entendre avant que la poignée de porte grince lugubrement et que l’huis s’écarte juste assez pour que celui qui avait ouvert la porte puisse glisser un regard mais pas plus.

    - Pas de souci Vazquez, c’est moi, Pepe, le poulet !

    - Qu’est-ce que tu fais là en pleine journée ? Grogna une voix sourde qui évoquait le tabac et le vin de mauvaise qualité.

    - J’ai un ami, un gars sûr, qui connait très bien les livres et qui en joue encore mieux, je voudrais lui faire découvrir notre musée, si tu veux bien ?

    - Un gars vraiment sûr, ton ami ?

    - Encore plus que moi, amigo !

    - Bon, tu connais les règles, s’il y a un problème, c’est pour toi !

    - Sans souci Vazco ! Ne t’inquiète pas, tout est correct !

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    Le gardien de cette sépulture qui semblait encore plus mystérieux que le musée lui-même, tendit, par la porte tout juste entrebâillée, une clé antédiluvienne qui semblait avoir été arrachée des mains d’un quelconque Saint Pierre dans une église de province. Pepe saisit l’objet et remercia son ami en l’assurant que la visite ne durerait pas plus d’une heure. Ils poursuivirent leur excursion jusqu’à une nouvelle porte fermant un grillage qui semblait plus destiné à clôturer un camp d’internement qu’à délimiter un espace de stockage dans un hangar. Le policier fit jouer la clé dans la serrure et ouvrit la porte qui donnait sur de nouvelles rangées de rayons qui semblaient particulièrement bien remplis mais, toutefois, de façon assez inégale, certains étant surchargés, d’autres étant plus maigrement garnis.

    « Avant d’aller plus loin, il faut que je t’explique à quoi sert ce musée et sa raison d’être », l’avertit Pepe. « Ici, tu vas trouver, chose étrange, des lectures, oui je dis bien des lectures et non pas des livres. Les livres on peut les brûler, les lectures jamais. Et tu sais tout aussi bien que moi que l’histoire de l’Espagne a été plutôt animée au cours des siècles et notamment au milieu du dernier et il n’était pas toujours bien vu de dire, ou bien simplement de laisser penser, qu’on avait lu tel ou tel livre que le régime en place n’approuvait pas forcément. Certains ont donc fait brûler leurs livres mais ils ne savaient comment se débarrasser de leurs lectures, alors un petit groupe de Barcelonais a eu cette idée : créer un musée où l’on pourrait dissimuler ses lectures en toute quiétude pour pouvoir les récupérer un jour quand le vent aurait tourné. Et ce petit groupe d’amis c’est progressivement élargi avec les enfants des fondateurs et quelques passionnés des livres particulièrement sûrs. »

    « Cette société secrète mais tout à fait inoffensive et même particulièrement pacifiste pense qu’en agissant ainsi, elle œuvre à la préservation du patrimoine littéraire espagnol et qu’elle mettra à la disposition des générations à venir un regard particulier sur les livres tels qu’ils ont été lus au moment de leur dépôt dans ce musée ». Il écoutait ébahi, ébaubi, il ne comprenait pas ce que Pepe lui racontait, il lui fallut un long moment de réflexion pour ingurgiter ce qu’il venait d’ouïr et l’assimiler, le mettre en ordre dans son cerveau et enfin comprendre où il était sans trop savoir ce qu’il y faisait. Pour lui permettre de s’imprégner de ce qu’il venait d’apprendre, le policier lui précisa qu’à la fin de la visite, il pourrait choisir une lecture et l’emmener avec lui, c’était une tradition, une forme de bienvenue et un peu, aussi, une invitation à rejoindre la société pour ceux qui se sentiraient concernés par ce projet.

    Comme ils avaient promis d’effectuer une visite assez rapide, Ils commencèrent leur exploration. Les lectures étaient classées par ordre alphabétique des auteurs et, lui, il s’arrêtait devant les piles de lectures qui concernaient des livres qu’il avait lus récemment et dont il se souvenait suffisamment pour comparer ses impressions avec celles qui étaient déposées sur les rayonnages. Et, ainsi, il s’arrêta une première fois devant le rayon d’Elia Barcelo qui n’était pas très garni, l’ouvrage était encore récent, mais il constata que les lectures déposées étaient fort divergentes, que tous les lecteurs avaient bien du mal à s’accorder sur les dédales de la vie de cet orfèvre et que son secret resterait encore bien enfoui pour un certain nombre de dépositaires. Il avança un peu et se retrouva devant le rayon de Ramon Chao qui était certes espagnol mais avait plutôt, à son sens, contribué à la littérature française surtout à travers la lecture qu’il consultait et qui concernait le voyage effectué avec un train restauré par les musiciens et amis de la Mano Negra, le groupe de son fils Manu. Mais, peu importe, la lecture appartient à tout le monde quand les livres sont diffusés dans le public, et les lecteurs font autant le livre que les écrivains, il suffisait de visiter ce musée pour s’en rendre compte.

    Il put ainsi, cheminant le long des rayons, découvrir d’autres lectures dont il se souvenait suffisamment pour confronter son avis avec ceux des lecteurs membres de cette curieuse société secrète. Une bouffée de vent marin, fleurant bon les fleurs et les fruits tropicaux, l’avertit qu’il approchait de la lettre « L » où il pourrait bien rencontrer des lectures d’au moins une des œuvres de Carmen Laforet et, en effet, l’île et ses démons avait eu un succès certain auprès des dépositaires. Plus loin, Manuel de Lope en avait, lui aussi, obtenu un non négligeable mais, là encore, les opinions divergeaient et glissaient souvent sur le terrain politique, il préféra donc ne pas trop s’attarder car s’il connaissait assez bien la guerre civile espagnole ; il n’en savait pas assez sur les arcanes du conflit au niveau local et sur ses incidences dans les relations entre les diverses composantes de la société. Il s’éloigna donc rapidement pour marquer une pause plus conséquente devant la pile de lectures d’un gros livre de Manuel de Prada qui avait généré une montagne de dépôts où la diversité une fois de plus avait relégué l’unanimité au rang des figurants. Il se souvenait de ce livre impressionnant, passionnant, mais tellement touffu, plus broussailleux qu’une prairie laissée à l’abandon et au reboisement anarchique.

    Un peu plus loin, il fut fort surpris de découvrir quelques lectures d’un livre de Wanda Ramos qui était pourtant bien une Portugaise, de plus née en Angola, mais il est vrai qu’elle avait écrit au moins une histoire qui se déroule en Espagne, en Galice plus précisément. En parlant de lecture lusitanienne, il se prit à rêver d’une pile de lectures de romans de Lobo Antunes ou de Saramago, quelle pagaille cela aurait fait, quel mélange détonnant d’impressions il y aurait eu sur les rayons ! Confronter des lectures de Lobo Antunes, tout comme des lectures de Saramago, cela n’aurait certes pas manqué de piment mais il doutait qu’un tel musée puisse exister à Lisbonne, Porto ou même Coimbra. Il ne put cependant s’empêcher d’y rêver et d’imaginer les lecteurs errant entre les lignes, et même parfois entre les mots, de Fado Alessandrino ou du Dieu manchot. Un spectacle hallucinant qui lui échappait mais qu’il devinait cependant très haut en couleur, baroque et burlesque à la fois.

    Et c’est avec ce grouillement de lecteurs courant en tout sens à la recherche des personnages ou des idées dans ces romans hors normes qu’il arriva devant la petite pile de lectures du livre de Manuel Rivas, le Crayon du charpentier, qui n’avait pas, lui, reçu le succès qu’il méritait, il en gardait cependant un bon souvenir. Il passa donc au suivant qui n’occupait pas un rayon mais presqu’une travée entière avec pour seuls matériaux de l’ombre et du vent. Il décida donc devant une telle profusion, de faire valoir son droit au choix d’une lecture en en prélevant une de cette accumulation. Il en choisit une qui ressemblait au souvenir qu’il avait de celle qu’il avait faite et qu’il avait consignée dans un commentaire qu’il avait confié à son site internet préféré. Il mit donc précieusement cette lecture dans sa poche intérieure pour la lire tranquillement à l’hôtel, après cette visite qui maintenant tirait à sa fin. Juste le temps de jeter un petit coup d’œil aux quelques lectures des Héros de la frontière d’Antonio Soler qui, lui aussi, aurait mérité un peu plus de considération de la part des lecteurs. Pepe le rejoignit subrepticement et exhiba sa montre comme pour lui faire comprendre que le temps imparti à cette visite était épuisé et qu’il convenait maintenant de se diriger vers la sortie. Il avait un peu perdu le sens de la réalité, il était dans un autre monde avec ses fantômes qu’il considérait un peu comme ses amis, les auteurs, lecteurs, héros, tous fondus dans une même famille fantastique et trop réelle pour être vraie. Il suivit donc docilement son guide sans bien réaliser encore qu’il redescendait des étoiles et qu’il fallait qu’il s’apprête à fouler le sol dur et aride de la vie quotidienne sur la terre de nos ancêtres.

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    Ils quittèrent cet étrange local en silence et marchèrent pendant un certain temps, il n’avait pas encore réellement émergé de l’autre monde qu’il venait de quitter et Pepe respectait son mutisme et son indisposition après le choc émotionnel qu’il venait de subir. L’air frais venant des terres le ramena progressivement à sa réalité terrestre et il s’adressa alors au policier :

    - Je n’arrive pas à croire ce que j’ai vu, j’a l’impression d’avoir fait un rêve.

    - Et pourtant, nous avons bien visité un musée.

    - Un musée un peu particulier tout de même !

    - Un peu.

    - Dans ces galeries, j’ai compris une chose que je n’avais pas bien saisie jusqu’à ce jour : les grandes œuvres littéraires existent parce qu’elles ont été lues et commentées.

    - Evidemment !

    - Donc, il n’y a pas de littérature sans lecteurs ni critiques.

    - Et c’est peut-être aussi pour ça que ce musée a été créé pour que, quoi qu’il arrive, ces œuvres puissent toujours être remises en circulation et préservées de l’oubli. Un autodafé, peut brûler les livres mais ne pourra jamais en rien altérer une lecture !

    - Et dire qu’il y a peut-être des chefs-d’œuvre qui n’ont jamais été lus ou peut-être tout simplement trop mal lus.

    - Sans doute !

    - Un texte qui ne rencontre pas ses lecteurs, ou au moins un lecteur important qui est entendu par d’autres, n’existe pas ou seulement pour son créateur.

    - Eh oui !

    - C’est triste ! Il faudrait faire un jour un cimetière des œuvres littéraires mortes nées.

    - C’est une idée, mais tout écrivain croit forcément que son œuvre finira bien par vivre.

    - Quelle vanité !

     

  • ARCHIPELS... CE QU'IL NOUS FAUT DE LATITUDE de NATHALIE WARGNIES

    archipels-ce-qu-il-nous-faut-de-latitude.jpgInvitation au voyage

    Archipels, c’est plus qu’un recueil de textes, ce sont aussi des photos d’Ikrok sur des installations sensibles qui évoquent l’ici et l’ailleurs (malle couverte de timbres-poste, pierre, bouilloire, chaussure imprimées, cartes & mots…) créées par Nathalie Wargnies qui ont donné lieu à une exposition et un spectacle.
    Dans Archipels, carnet de voyage intérieur dans ce quotidien qui est le plus merveilleux des voyages, Nathalie Wargnies précise d’emblée que tout est vrai et qu’elle s’adresse à nous à l’authentique.

    Colette Nys-Mazure parle dans sa préface de terre immédiate pour exprimer cet espace dans lequel nous sommes nés et duquel émergent quelques villes, Tournai, Bruxelles, Paris, en manière des ports d’attache, de points de rayonnement.
    Le livret est découpé en trois sections de dix textes chacun qui empruntent au vocabulaire de la cartographie et du voyage pour dépeindre les différentes faces d’une sensibilité.wargnies-nathalie.jpg

    Nathalie Wargnies a l’âme aventureuse et le verbe voyageur. Ses mots sont des véhicules chargés de la connecter à l’autre, le voisin, le lecteur. Elle ne se pose pas en auteure maîtresse d’une parole mais engage un dialogue avec le lecteur, convié au partage des émotions et de ses nouvelles.

    Le train m’emporte

    Mais c’est moi qui ai des ailes.

    Sa capacité mentale de transport est plus forte que les moyens mécaniques inventés par l’homme pour se déplacer.

    Ses itinéraires entre fugues et aquarelles sont aussi bien musicaux qu’imagés.

    Cela évoque la formule de Korzybski : « la carte n’est pas le territoire. », dont s’est inspiré Houellebecq pour son roman. Il y a la vie puis ce qu’on en dit, ce qu’on en fait en termes d’imagination et de rêve, pour multiplier les circuits de liaison.

    Archipels, c’est aussi bien un relevé des états des lieux des affects qu’un cadastre des états d’âme. Afin de mieux situer sur une carte du tendre les différents lieux d’élection du coeur, afin sans doute de programmer des déplacements futurs et des modes de rapprochement…

    Dans La jolie modèle, peut-être mon texte préféré du recueil, elle se demande à quoi songe la femme qui pose : elle n’est plus ici / elle s’est évadée. Notamment dans le passé.

    L’arrêt sur image auquel elle convie une individualité (arbre, oiseau) l’autorise à une vive mobilité spirituelle, à des échappées dans le monde de l’imaginaire qui lui-même influe sur le réel.

    Ce qu’elle exprime par ailleurs par ces mots :

    Je suis de toutes mes terres
    mes frontières sont nomades

    Les arbres sont de ces lieux, de ces tropismes qui se placent entre racines et frondaisons, entre terre et ciel, et mêlent à la fois sédentarité matérielle et esprit de fugue.

    Lire dans cet ordre d’idée le beau poème, le plus long du recueil, Arboretum, à propos d’une promenade dans un parc où elle écrit :

    On devrait tous avoir

    Un arbre remarquable

    Dans sa vie

    (…)

    Qui nous inviterait

    À nous élever vers la lumière.

    À lire Archipels, on comprend que les recueils de poésie eux-mêmes, tous les livres, sont des avions de papier, des oiseaux de pensée raccordant l’une à l’autre les insularités que nous figurons tous. Des invitations aussi bien que des incitations à tous les voyages.

    Un recueil à hauteur de femme, d’être humain conscient de vivre dans un ensemble d’îles reliées entre elles par les mots et les possibilités innombrables de partage.

    Éric Allard

    Le livre sur le site de l'éditeur (éditions Delatour)

    Le site de Nathalie Wargnies

    LE DIMANCHE 24 JANVIER 2016 à 16 h AU CENTRE CULTUREL DE FRAMERIES: présentation par le Box Théâtre de son recueil, "Constellation d'un enfant à naître", lectures vivantes et interview de l'auteur.

     

  • LA MAISON DU FEU

    photo-3316997-XL.jpg"Le feu vient de l'amour

    et l'amour naît de la vie."

    Jacques Higelin

     

    Cet homme avait couvert tous les murs de son logement de posters de son aimée. Dans la cave, figuraient des photos agrandies de ses pieds, plante et orteils, de son cou-de-pied. Dans le hall et tout le rez-de-chaussée, des images de ses jambes jusqu’au nombril, grossi dix fois. Aucune photo licencieuse toutefois, mais il avait eu accès à des photos en tenue de plage. Au premier étage, l’étage des chambres et de la salle de bain, s’étalaient l’arrondi des épaules, la plénitude de la gorge légèrement couverte, la naissance subtile des seins... Enfin, au grenier, pour couronner l’ensemble en une sorte d’aura protectrice, son visage en un bel ovale encadré de cheveux auburn d’où rayonnaient ses yeux et ses lèvres, sous un front de majesté.

    Car personne ne devait savoir son visage, c’était une femme mariée, la femme d’un autre.

    Du matin au coucher, il vivait avec elle, sous ses traits et comme dans sa peau, il caressait les murs tapissé de ses photos. Il eût aimé reproduire sur la façade son corps d’un seul tenant, qu’on eût pu dire en voyant sa propriété, c’est la maison de ***, la demeure du fou d’amour de ***.

    Un jour, la maison s’enflamma, très vite et amplement; les pompiers furent appelés mais ne purent sauver l’homme mort dans son sommeil, qu’on trouva recroquevillé par l’action du feu, le corps carbonisé. Un des hommes du feu crut reconnaître le visage de son épouse dans la débauche de flammes qui embrasait tout l’immeuble. Mais il se dit que non, ce n’était pas possible, c’était sans doute le fait que sa femme l’obsédait parce qu’elle lui échappait… En rentrant, sentant encore le brûlé, il lui dit qu’il avait cru voir son visage dans la maison d’un quidam, elle ne releva pas. Comme depuis plusieurs semaines, elle demeura muette mais elle se dit qu’il était grand temps qu’elle détruisît toute trace de son ancienne liaison.

     

  • RESSAC de CLAUDE DONNAY (éditions M.E.O.)

    51zg-BwUxAL._SX343_BO1,204,203,200_.jpgLe glaneur de lueurs

    Cinquante textes de prose comme on l’aime, riche en images et en lignes de fuite poétiques.

    Court tout au long de l’ouvrage l’idée que la lumière est ce qui permet le regard.

    Non seulement la lumière physique, faite de photons ou de corpuscules, mais la lumière qui atteint l’essence des choses et donne sens à l’existence.

    Le soleil est au cœur de l’ombre. Toute une vie en filigrane qu’il nous appartient de mettre en lumière.

    Dans cet ordre d’idée d’une lumière vivifiante, souhaitée, recherchée, la nuit figure le temps suspendu, le rappel de la mortalité, ce qui est privé de reflets.

    La mer est le lieu de l’opacité, du repli et de la germination, du sommeil et du rêve. Et le corps habite un soleil nourri de tous les cris de notre âme. La mer est en communication directe avec le ciel, qu’elle reflète à sa surface : mer et ciel partagent des circuits secrets de visibilité, des espaces enchantés.

    Peut-on choisir sa patrie dans le chant d’un oiseau ?

    Le ressac, c’est aussi bien ce que la vie, la lumière donne et reprend, ce qu’il en reste en termes de traces.

    Dans cette cosmologie, Claude Donnay relève ce qui est animé, pourvu d’une âme et de mouvement, dans cet incessant flux et de reflux entre ce qui vient au jour puis s’en va. Il est le poète des jeux, souvent tragiques, entre le jour et la nuit, entre ténèbres et flamboiement, le recueilleur d’écume, le glaneur de lueurs, l’analyste éclairé des ombres portées.donnay-web-paysage.jpg

    La mer porte mon âme, la mer porte mon ombre dans un sac d’écume.

    Le son, le toucher, les autres sens sont davantage sollicités en l’absence de lumière, pour rendre conte de ce qui est caché, replié, momentanément ombragée avant d’advenir à nouveau, de revenir sous les feux du  jour ou d’un regard.

    Tout renaît dans le regard posé, qui lave et ressuscite.

    Ceci est une lecture, un chemin de lecture parmi un labyrinthe de possibles interprétations de l’ouvrage. Chacun, à lire Ressac, tracera son propre parcours, y trouvera sens, bienfaits multiples et réconfort, à n’en pas douter. 

    On marche pour sortir du puits où on une main aveugle nous a jetés.

    Et on avance (…) jusqu’à l’aube d’un regard. 

    L'illustration de couverture est de Zoé Donnay.

    Éric Allard

    Le livre sur le site de l'éditeur (avec d'autres lectures)

    La revue et les éditions BLEU D'ENCRE de Claude DONNAY sur Facebook

  • L'HOMME QUI MARCHAIT DANS SES RÊVES de DENIS BILLAMBOZ - Épisode 16

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    FIN DE L'ÉPISODE PRÉCÉDENT

    Il n’était pas venu à Venise pour rencontrer la police où visiter une fois de plus la cité sur l’eau mais juste pour voir un écrivain qui vivait dans le delta du Pô et qui voulait lui raconter une étrange histoire. Comme il échafaudait ce projet de croisière autour de la botte italienne, il avait reçu un courriel d’Eraldo Baldini, un écrivain qu’il avait rencontré lors d’un de ces nombreux voyages dans la cité des doges, qui lui parlait d’une affaire qu’il avait découverte récemment mais qui concernait des événements qui remontaient à la période mussolinienne. Il lui avait alors fait part de son projet et lui avait proposé de se retrouver un soir dans cette ville pour évoquer plus longuement ce triste épisode de la vie des paysans dans les marais du delta. Et, ce soir, il mangerait ensemble, décidément ce voyage n’était qu’un rallye gastronomique, il pourrait bientôt éditer un guide à l’usage des touristes gourmands en voyage en Italie. 

    ÉPISODE 16

    Le bateau accosta après toute une série d’habiles manœuvres et, comme il avait choisi une bonne place à la proue, il était près de la passerelle de débarquement ce qui lui permit de descendre parmi les premiers passagers. Eraldo Baldini put ainsi l’accueillir sans le chercher longuement dans la foule des touristes et autres voyageurs. Il lui proposa de l’emmener dans un quartier de Venise peu connu des touristes où il y avait encore des petits restaurants principalement fréquentés par les indigènes et notamment les pêcheurs qui essayaient de trouver encore du poisson dans les eaux bien polluées du golfe. Il n’avait pas retenu leur table mais dans ces quartiers, les restaurants affichaient rarement complet et, en effet, ils trouvèrent aisément deux couverts sur la terrasse dominant un petit canal où ne pouvaient s’aventurer que des gondoles et des petits bateaux autorisés à fréquenter ces venelles de la lagune. Depuis le départ de cette croisière, il ne se nourrissait presque que de poisson et, ce soir encore, il ne faillirait pas à ce qui était devenu comme une tradition gastronomique, il mangerait du poisson accompagné d’un vin blanc du Lac de Garde et suivi d’un morceau de parmesan et d’une gourmandise quelconque pour rafraîchir la bouche avant le café. Mais, en attendant le repas, Eraldo Baldini proposa de boire, en guise d’apéritif, un verre d’Asti qui n’aurait pas pour mission de leur ouvrir l’appétit qu’ils avaient suffisamment grand mais simplement de les désaltérer agréablement. Ils échangèrent une conversation badine, parlant de choses et d’autres, des musées qu’ils avaient visités, des églises qu’ils n’avaient pas encore visitées, des livres qu’ils avaient lus ou qu’ils aimeraient lire, des films que l’écrivain avaient vus mais que lui ne verrait certainement jamais considérant son peu de goût pour ce que certains appellent le septième art. Et, après un délai qu’il avait jugé convenable, Eraldo Baldini aborda le sujet qu’il voulait partager avec lui.

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    - C’était avant la guerre, quand j’étais encore un jeune médecin, on m’avait confié une mission dans la plaine du Pô, une région infestée de moustiques, accablée de chaleur et d’humidité, l’air était irrespirable et les enfants mouraient de la malaria dans des proportions inconnues jusque là en Italie. Dans le seul petit village où j’étais affecté, quarante gamins étaient décédés de cette triste maladie en un temps assez court. Cela semblait bien étrange malgré les conditions sanitaires assez précaires et le climat sévissant dans le secteur.

    - Effectivement !

    - C’était d’autant plus étonnant que plusieurs responsables de services médicaux étaient décédés sans explication particulière et sans raison clairement définie.

    - Encore plus étonnant !

    - Et, même le curé avait décidé de quitter le village sans motif particulier ou du moins sans motif connu des habitants.

    - De plus en plus étrange !

    - Quand je suis arrivé, les gens me fuyaient, tournant les talons à mon approche, changeant de direction en me voyant avancer à leur encontre ou rentrant précipitamment dans leur maison quand ils apercevaient ma silhouette au bout de leur rue. L’atmosphère semblait encore plus asphyxiante que l’air ambiant. Et pourtant cette région je la connais comme le fond de ma poche, j’y suis né, j’y ai grandi, je ne l’ai quittée que pour terminer mes études de médecine à Venise. J’ai eu beaucoup de mal à comprendre ce qui se tramait réellement et je ne l’ai pas franchement compris mais j’ai tout de même une petite idée sur la question.

    - Quelle est cette idée ?

    - Pour bien comprendre, il faut déjà resituer ce problème dans son contexte. Evidemment, on a déjà évoqué les conditions climatiques et sanitaires mais il faut ajouter d’autres paramètres. Ici, ne résident que des gens très pauvres qui ne survivent qu’avec les maigres produits de leur petite exploitation agricole. Les villages sont à l’écart des grands axes commerciaux et assez loin des bourgs et des villes où il y a une vie sociale et culturelle minimum. Ces paysans ne sont pas très cultivés, ils ont appris à lire, ou presque, à l’école locale mais surtout le catéchisme avec le curé qui leur bourrait le crâne avec des prières à force de répétitions et d’intimidations, leur laissant croire que leurs malheurs n’étaient que le résultat de leur manque de piété. Et, pour finir, ces pauvres gens ne vivaient plus leur religion que comme une superstition et ils passaient leur temps à interpréter tous les signes qu’ils croyaient deviner pour faire de nouvelles prières sans chercher à comprendre ce qui se passait réellement autour d ‘eux.

    - Donc, des gens bien faciles à exploiter !

    - Absolument, et c’est là que j’ai quelques doutes que je ne peux hélas pas vérifier ni valider. Il semblait bien facile, pour des gens un peu plus avertis que ces pauvres bougres, de leur laisser croire que la maladie et le décès de leurs enfants n’étaient qu’une fatalité liée à leur impiété et qu’il valait mieux pour eux qu’ils vendent leur lopin de terre et quittent la région. Evidemment les acquéreurs n’offraient que des prix ridicules tout en sachant fort bien que le gouvernement prévoyait un plan d’assainissement de cette plaine qui pourrait un jour porter de belles récoltes. Et voilà comment de belles exploitations se sont constituées et comment de centaines familles bien établies maintenant se sont enrichies.

    - Et, tu n’as rien pu faire ?

    - Eh non, tu sais à époque, les postes importants étaient tous détenus par les membres du parti et, à mon avis, ils n’étaient pas tous innocents. Certains et même beaucoup devaient tremper dans la combine y compris ceux qui diffusaient l’angoisse et ceux qui effaçaient les preuves. Impossible de prouver quoi que ce soit, il ne reste rien dans les archives.

    - Les cochons !

    - Je voulais te parler de ça car, aujourd’hui, ici, tout le monde a oublié ou fait comme s’il avait oublié. Il faudrait témoigner mais sans tomber dans la diffamation et c’est bien difficile.

    - Oui, ce n’est pas facile, mais, en attendant, merci pour cette conversation, j’ai appris des choses encore bien peu agréables ce soir. Décidément, l’humanité ne manque pas de tristes sires !

    - Oui, le monde est une alchimie bien complexe on y trouve le pire et le meilleur !

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    Ils avaient discuté longuement de ce sujet et d’autres tout aussi scandaleux, ils avaient vidé leur écoeurement, ils avaient soulagé leur dégoût et ils avaient bu un plus que de coutume pour ne pas se laisser submerger par cette vague répugnante qui remontait du fond des temps mussoliniens. Il était déjà tard quand ils avaient quitté le restaurant et ils avaient sommeil. Il ne put réprimer un long bâillement et étira vigoureusement ses membres comme pour émerger d’un profond sommeil entretenu un peu trop longuement.

    Il ouvrit enfin les yeux pour sortir totalement de sa torpeur et enfin constater qu’il était bien dans sa chambre à coucher et qu’il avait fait un rêve, un long rêve, bien agréable sous le soleil tendre d’un début de printemps autour de l’Italie. Il ne se souvenait pas de tous les épisodes de ce rêve mais il se souvenait que c’était en Italie, que c’était bien agréable, que le temps était doux et qu’aujourd’hui il était frais et détendu. Les médicaments qu’il avait pris avant de se coucher avaient certainement fait effet, car il ne ressentait plus cette impression nauséeuse qui l’ennuyait la veille et sa tête était maintenant bien claire. Il se souvint brusquement qu’il attendait la visite d’un neveu et d’une nièce qui souhaitaient lui présenter leurs vœux pour la nouvelle année qui venait de commencer. Il fallait qu’il se dépêche car il devait préparer un repas un peu plus étoffé qu’à l’habitude pour ne pas trahir sa légende de « tonton gâteau » qui sait bien recevoir et faire la cuisine.

    Il était heureux de recevoir les deux jeunes qui étaient maintenant un peu plus que des « ados », des jeunes gens qui avaient déjà compagne ou compagnon, plus ou moins régulier, mais qui bientôt passeraient dans le camp des adultes ayant charge de famille même si Monsieur le Maire n’était pas invité, ni même informé. Ces visites le réjouissaient à chaque fois mais elles lui mettaient aussi un peu d’amertume au cœur car s’il avait bien choisi de vivre seul, il regrettait tout de même de n’avoir pas, lui aussi, des enfants qu’il aurait pu prendre par la main pour accomplir un bout de chemin. Et il pourrait aussi, maintenant, espérer avoir des petits enfants et connaître une nouvelle aventure avec eux, avec bien sûr tous les tracas, ennuis et angoisses que cela comporte mais rien ne peut effacer le bonheur laissé par le sourire candide d’un petit enfant que notre monde n’a pas encore perverti.

    Certes, il avait eu des occasions, il aurait pu convoler, il aurait pu vivre en concubinage ou simplement partager un morceau de son existence avec une des filles qu’il avait rencontrées mais les aventures qu’ils avaient connues ne s’étaient pas produites au bon moment, il avait toujours connu des filles intéressantes quand lui avait la tête à autre chose. Soit il pensait qu’il était encore trop jeune pour s’attacher à quelqu’un et qu’il n’avait pas vidé le trop plein d‘énergie hérité de son adolescence, soit qu’il ne se sentait pas à la hauteur de certaines filles qui lui accordaient un peu d’intérêt et qu’il craignait de ne pas être un parti suffisamment intéressant, soit qu’il avait du mal à envisager toute sa vie avec certaines filles qui, elles, l’envisageaient très bien. Mais, surtout, il n’était pas très à l’aise avec les filles et ne savait pas toujours comment les aborder sans risquer d’être totalement ridicule. Il s’était donc réfugié dans une solitude assez confortable dont il ne sortait que pour des petites aventures qu’il écourtait lui-même pour ne pas prendre le risque de se faire éjecter ou de se retrouver dans un ménage qu’il n’aurait pas souhaité. Et il avait fait sa vie comme ça avec des amies qui étaient parfois un peu plus que des amies et qui lui conservaient encore un brin de tendresse suffisant pour passer, à l’occasion, un instant de plaisir partagé. Il aimait ces amours occasionnelles qui n’avaient pas le goût de l’habitude, ils fréquentaient plusieurs femmes qui savaient toutes qu’elles faisaient parti de sa tendresse plurielle et qui l’acceptaient bien car, elles aussi, avaient d’autres sources de plaisir, l’une d’entre elles étaient même mariées. Et ce petit goût de transgression et d’interdit mettait un peu plus de piment dans ces amours occasionnelles.

    Le moment n’était pas aux plaisirs charnels, il fallait penser présentement aux plaisirs de la bonne chair et préparer rapidement un repas digne de sa réputation.

     

    (à suivre)

  • LA VOIE DU THÉ

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Quand j’ai lu « Le livre du thé » de Kakuzô Okakura, déniché dans ma très petite librairie préférée, j’ai immédiatement pensé au livre d’Inoué, « Le maître du thé » lu bien des années au préalable. Ces deux textes évoquent la cérémonie du thé, le sens religieux qu’elle comporte pour les Japonais, et tout ce qu’elle représente pour la pérennité de la culture nippone traditionnelle confrontée aux agressions de la culture internationale importée notamment par les pays occidentaux. Voulant impérativement vous présenter ce sujet, je vous propose donc ma chronique du livre d’Okakura et quelques souvenirs de ma lecture du livre d’Inoué que j’ai rédigés il y a déjà plusieurs années, avant que j’écrive des commentaires plus formels.

     

     

    26425_1599609.jpegLE LIVRE DU THÉ

    Kakuzô OKAKURA (1862 – 1913)

    Okakura est né en 1862, deux ans après l’ouverture de la baie de Tokyo aux étrangers, il a écrit « Le livre du thé » en 1906 quand le Japon connaissait ses premiers succès en s’appuyant, après deux siècles d’isolement, sur les méthodes militaires et industrielles occidentales. Selon l’auteur des préface et postface, Sen Soshitsu XV, « Il souhaitait se faire l’interprète de la civilisation nippone aux yeux de l’Occident … Il entendait remonter le vaste courant de culture asiatique qui prend sa source en Inde et cerner sa contribution potentielle à l’ensemble de la civilisation humaine ». Nourri de la langue anglaise qu’il acquit très tôt dans une famille de grands négociants, des classiques chinois et japonais, il rédigea son texte directement en anglais pour qu’il soit facilement accessible pour les Américains qu’il fréquenta assidûment notamment quand il vécut à Boston.

    Okakura a choisi le cha-no-yu, la cérémonie du thé, « la voie du thé » selon certaines traductions, comme symbole de la civilisation japonaise pour faire comprendre aux Occidentaux que les Orientaux avaient eux aussi des valeurs qui supportaient aisément la comparaison avec les leurs. Il supportait mal la suffisance des Occidentaux refusant de comprendre l’Orient alors que le thé devenait une boisson appréciée de la Russie aux Amériques. Il voulait leur faire admettre que le « théisme » est une véritable mythologie asiatique, apparue en Inde, transplantée en Chine et enfin instaurée sous forme d’un rituel au Japon au XIII° siècle avant d’être définitivement codifiée au XVI° siècle. Que c’est ainsi une forme de religion née du taoïsme, enrichie du bouddhisme et du confucianisme. « La vision d’Okakura s’enracine également dans les valeurs religieuses du bouddhisme, du taoïsme et du confucianisme ».

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    Refermé sur lui-même pendant deux siècles, le Japon a cultivé sa religion, sa philosophie, ses mœurs, sans jamais les confronter à celles d’autres peuples, les approfondissant jusqu’à en tirer la quintessence, jusqu’à en faire non pas une perfection qui est une finitude en soi, mais seulement une aspiration perpétuelle vers la perfection à jamais inaccessible. Okakura explique comment ce rituel dépouillé à l’extrême conduit à travers son raffinement suprême sur la voie de la sagesse, au nirvana, en observant les quatre principes fondamentaux : harmonie, respect, pureté et sérénité. « Le livre du thé » évoque le breuvage, la chambre du thé, la cérémonie, le maître, le rapport avec l’art, l’harmonie avec la nature, la religion, la philosophie, le chemin vers la perfection. « Le Livre du thé… nous rappelle que la beauté des fleurs est – à tout moins – aussi essentielle à l’existence humaine que les plus récentes inventions du confort moderne ».

    « Voir, selon le cha-no-yu, c’est abandonner le verre déformant des coutumes et des jugements sociaux pour percevoir les choses telles qu’elles sont ». « Cela fait près d’un siècle qu’Okakura a rédigé son essai. Le message qu’il renferme n’a rien perdu de sa force, et son impact est sans doute plus grand encore aujourd’hui. Les êtres humains, nous avertit Okakura, doivent apprendre à vivre en harmonie, et à respecter sincèrement toutes les cultures ». Combien ont entendu ce message ? Combien l’ont écouté ? Combien en ont appliqué les enseignements ? … Bien trop peu hélas !

     

    6217_505520.jpegLE MAÎTRE DU THÉ

    Yasushi INOUÉ (1907 – 1991)

    Quand j’ai découvert ce livre il y a une douzaine d’années, j’ai été impressionné par la ferveur avec laquelle le vénérable Inoué nous décrivait la cérémonie du thé ; comme s’il vous voulait nous montrer qu’au-delà du service, cette cérémonie avait une véritable dimension spirituelle qui confine au religieux. Elle apparaît ainsi comme une sorte de sacrifice que l’on pourrait rapprocher de l’eucharistie chez les catholiques.

    Mais, ce livre publié à l’extrême bout de la longue vie d’Inoué, est aussi une forme de testament que le vieux sage cherche à transmettre aux jeunes générations en essayant de leur faire comprendre que les rites ancestraux ont un sens et une signification spirituelle dont le Japon d’aujourd’hui, immergé dans le matérialisme le plus concret, a bien besoin pour assurer son avenir et garantir l’équilibre des jeunes générations menacées par les nouvelles valeurs importées dans les bagages des hommes d’affaires et des capitaines d’industrie.

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                                                                       LES ÉDITIONS PICQUIER 

     

  • LA BANDE-RÔLE

    zouave.jpgZOUAVE 1 - Je suis le zouave 1

    ZOUAVE 2 – Je suis le zouave 2

    ZOUAVE 3 – Faut que ça s’arrête !

    ZOUAVE 4 – Je suis le zouave 4.

    ZOUAVE 3 – Cela ne peut pas continuer à l’infini !

    AUTRES ZOUAVES – D’accord, on arrête le défilé des zouaves !

    METTEUR EN SCÈNE – Tous en scène !

    ZOUAVE 1 - Je suis L’Impolitesse !

    ZOUAVE 2 - Je suis La Mer !

    ZOUAVE 3 - Je suis La Banderole.

    METTEUR EN SCÈNE - Bande-rôle en deux mots. On n’a pas entendu le trait d’union.

    ZOUAVE 4 - Je suis La-Plage-À-Midi.

    METTEUR EN SCÈNE -  Zouave 5 ! Où est le zouave 5 ?

    ZOUAVE 3 - C’est moi, j’ai dit qu’il fallait que ça s’arrête. Je savais pas, moi.

    METTEUR EN SCÈNE - Ce n’est pas grave, on fera avec qui on a.

    Allez, moteur, ou plutôt rideau. Enfin, action !

    ZOUAVE 1 (au zouave 2) - Je l’avais dit qu’on allait au devant des ennuis avec un metteur en scène de cinéma.

    ZOUAVE 2 - Metteur en scène de cinéma, faut voir ! Et dire que j’ai quitté un stand up qui marchait du tonnerre…

    ZOUAVE 1 (mauvaise langue) - Qui tournait en rond, plutôt.

    ZOUAVE 3 - Faut que ça s’arrête, ces messes basses !

    METTEUR EN SCÉNE - Où est l’Acte 1 ?

    ZOUAVE 4 - C’est moi.

    METTEUR EN SCÈNE - Non, vous, c’est l’Acte 4.

    ZOUAVE 3 - Mais qui va faire L’Entr’acte ?

    METTEUR EN SCÈNE – Personne pour faire L’Entracte.
    Tous les actes sont en place ? On peut commencer.

    ZOUAVE 1 - Je suis L’Impolitesse, je rencontre La Mer.

    ZOUAVE 2 - Je suis La Mer… Bafouée.

    ZOUAVE 1 - Merde à Ta Mere !

    ZOUAVE 2 - Qu’est-ce que je vous disais !

    ZOUAVE 3 - Je suis La Plage et je dis que vous êtes un grossier merle.

    METTEUR EN SCÈNE - Mer-le en deux mots. Ou en un, je m’en fous.

    ZOUAVE 1 - C’est moi, L’Impolitesse !

    METTEUR EN SCÈNE - Vous, je vous tiens à l’œil. Et la bande-rôle, qu’est-ce qu’elle f...abrique, la banderole?

    ZOUAVE 3 - Bande-rôle en deux mots.

    METTEUR EN SCÈNE - Chacun son rôle, d’accord ? C’est moi, le metteur en scène.

    ZOUAVE 4 - J’étais parti m’accrocher à l’avion.

    METTEUR EN SCÈNE - Mais l’avion est minuscule! Certes, l’important, c’est la bande-rôle…Toute la figuration est bien inscrite. Et mon nom bien en grand. A côté de celui de notre sponsor.

    ZOUAVE 3 - Oui, tout est là, patron.

    METTEUR EN SCÈNE -  La bande-rôle défile au-dessus de la plage à midi. Mais on ne peut pas la voir, à midi, c’est impossible de regarder le ciel à cette heure, où est l’auteur ?

    ZOUAVE 3, passé assistant - Il n’y a pas d’Auteur!

    METTEUR EN SCÈNE - Le metteur en scène est roi, et l’auteur, c’est moi. Zouave 4, tu joueras le zouave au couchant. Je reprends : la bande-rôle passe. On voit le nom du metteur en scène-auteur...

    ZOUAVE 3 - On ne voit pas le titre, patron ! L’avion est trop loin ou trop petit.

    METTEUR EN SCÈNE - Il n’y a pas de titre. C’est une pièce sans titre. Je l’ai voulue sans titre. C'est une pièce de série. Et arrêtez de me bassiner, j’ai un film publicitaire à tourner !

    ZOUAVE 1 - Tu penses qu’on sera payés pour notre prestation ?

    ZOUAVE 2 - On a quand même dû se priver pour être ici. Moi, je retourne à mon stand up.

    ZOUAVE 1 – Ou plutôt, sit in.

    ZOUAVE 3 - Si je me mettais à la mise en scène...

    ZOUAVE 4 - Et je fais quoi, moi, avec ma bande-rôle?

     

  • COURTS, TOUJOURS d'ÉRIC DEJAEGER

    3947119049.jpgLa vie, vite !

    Voici cent cinquante textes menés tambour battant qui viennent compléter les deux opus parus dans les années 2000 chez Memor de John Ellyton (qui signe ici la préface) et qu’avaient justement salué Jacques Sternberg par ces mots : « Dejaeger m’a immédiatement fait penser à un pro du raccourci, un virtuose de l’ellipse, un rechercheur, non pas des fioritures ou des arabesques, mais plus simplement de la chute finale, du choc imprévu. Ou même du gag brutal ».

    À la lecture de ces nouveaux contes élagués, on se demande si le conte bref façon Sternberg & Dejaeger n’a pas directement à voir avec la mort, si faire court, ce n’est pas interroger l’inévitable brièveté de la vie sinon du caractère cruel de son arrêt. Tant les fins fatales ici se succèdent en un percutant catalogue des disparitions, sur un mode allègre car, en coupant court, Dejaeger tire le jus et le sel de la vie, et c’est forcément doux-amer.

    Dans cette liste d'humour noir résonnent donc en manière de répit, pour reprendre son souffle, des appels à la vie et à une poésie sans afféterie (qui rappellent alors l’auteur des Contes de la poésie ordinaire).de-jaeger.jpg

    On retrouve comme dans les précédents recueils de la trilogie ce goût de railler les usages et usagers des nouvelles technologies, la vaine renommée littéraire ou les tics sociétaux (cette fois, les régimes amaigrissants) et, pour le dire autrement, toutes les formes d’illusion humaine censées masquer le caractère irrémédiable de nos existences comme de nos espérances. En cela, Éric est un signaleur de leurres, un démystificateur aussi bien qu’un fameux réducteur de textes.

    De L’Amélioration au dernier texte intitulé Le Zèle, on aura ainsi parcouru 150 nouvelles jivarosseries; on aura ri, de toutes les couleurs, on aura été surpris, parfois touché, ou, encore, on sera resté coi. Comme dans toute vie qui se respecte. Ou pas.

    Éric Allard

     

    DEUX CONTES BREFS (tirés du recueil)

    LE RETARD

    Il consulta de nouveau sa montre: le train avait maintenant dix minutes de retard. À refaire, il aurait bien pris un oreiller. Le rail sous sa nuque le faisait souffrir.

     

    L'INFUSION

    Il était seul dans l'officine. Il demanda une boîte de camomille. Dès que le pharmacien la lui eut remise, il sortit un revolver muni d'un silencieux et tira deux fois dans le coeur de l'homme. Il se précipita chez lui et se fit une infusion aux propriétés apaisants, la seule à pouvoir calmer sa nervosité chaque fois qu'il trucidait un pharmacien. 

     

    Le livre sur le site de l'éditeur

    Le blog d'Éric Dejaeger

    RETOUR SUR LES DEUX PREMIERS RECUEILS DE LA TRILOGIE

    ELAGAGE MAX d'Éric DEJAEGER (Memor, 2001)

    JIVAROSSERIES d'Éric DEJAEGER (Memor, 2004)

    Mon interview d'Éric Dejaeger en 2004 pour CritiquesLibres.com

     

  • BOWIE & LA LITTÉRATURE

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                                          LES 100 LIVRES PRÉFÉRÉS DE BOWIE  

                    DAVID BOWIE répond au QUESTIONNAIRE DE PROUST

    EXTRAITS

    Le défaut que vous détestez le plus chez les autres

    Le talent

    Votre passe-temps favori

    Ecraser des couleurs sur une toile sans signification

    La qualité que vous appréciez le plus chez un homme

    La capacité à rendre les livres empruntés

    La qualité que vous appréciez le plus chez une femme

    La capacité à roter sur commande

                             

                                                            QUELQUES LIVRES SUR DAVID BOWIE

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  • BOWIE AU CINÉMA

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    Quelques citations de chansons de Bowie au cinéma...

     

    Carax, Reggiani & Bowie


    Lynch & Bowie


    Bertolucci & Bowie


    Tarantino & Bowie


     9 titres de Bowie qui ont marqué l'histoire du cinéma 

    Quelques rôles...

    Bowie en Warhol dans Basquiat


    Bowie incarnant Nikola Tesla dans Le Prestige


    Bowie dans Twin Peaks le film 


                                          9 FILMS avec David BOWIE 

     

  • QUELQUES HAÏKUS de MAYA YAMINNE...

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    En hommage à Maya Yammine, via ce lien un bouquet de ses plus beaux haïkus...

     

    fleurs mortes
    le matin s'occupe
    de lui-même

     

    tombe la nuit
    les lumières du sapin
    dans les yeux du chat

     

    et puis le silence
    pour causer avec mon corps
    de l'huile d'argan

     

    chemin montant
    un moucheron
    me fait la cour

     

    sur un transat vert
    je cherche les mots
    qui me manquent

     

    devant une confiture
    de prunes et de cerises
    ma main hésite

     

    maison close
    un fruit tremble
    imperceptiblement

     

    agenda chargé
    sous ma chemise rouge
    une dentelle noire

     

    fin août
    il s'en va avec mon rouge
    sur ses lèvres

     

    le vent
    un peu plus chaud
    entre mes jambes

     

    canicule
    l'été en moi
    prend feu

     

    ma robe ôtée
    ses mains poursuivent la courbe
    de mes années

     

    à travers les trous
    de son pull écru
    les petits remous de sa peau

     

    où que j'aille
    toujours présente avec moi
    la guerre

     

    si pleine de moi
    la main de mon père
    sur son lit de mort

     

    parfois
    les mains entre les cuisses
    je prie

     

    entre moi et le monde
    le silence
    des coquelicots

  • TROIS NOUVELLES HISTOIRES D'ÉCOLE

    Téléenseignement illégal

    Les cours de cet enseignant étaient systématiquement téléenseignés à titre illégal avant qu’ils soient donnés en première mondiale dans la classe de cet établissement de banlieue. De telle sorte que l’enseignant marri cessa de proposer ses cours aux Oscars de l’Enseignement car c’est de là que venaient toujours les fuites. Les étudiants avaient déjà regardé tous ses cours sur leur tablette avant et ne riaient plus aux passages désopilants.

     

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    Un tri sélectif des déchets

    Cette école pratique le tri sélectif des déchets scolaires. Autrement dit, à la fin de leur cycle, les enseignants sont, suivant les disciplines qu’ils ont loyalement servies, déposés dans des sacs de couleurs. Les enseignants de biologie dans les sacs verts, les enseignants de langue maternelle dans les sacs blancs, les enseignants de pédagogie dans les sacs noirs, les enseignants en hématologie dans les sacs rouges…

    Pour certains enseignants, l’éducateur affecté au tri des déchets peut se tromper de sac et déposer le prof de physique dans le sac dévolu au prof d’éducation physique (en fin de carrière, ils finissent pas se ressembler), le prof de gestion des flux maraîchers dans le même sac que le prof d’économie de marché (tout le monde n’a pas lu Le Capital), le prof d’analyse fonctionnelle avec le prof d’algèbre linéaire (tout le monde n’est pas une flèche en mathématiques), le professeur de langues slaves aux côtés du professeur de langes lavables (l’éducateur affecté par ailleurs à la surveillance des cours de récré n’a plus l’ouïe très fine). Un même grand sac est, pour des raisons évidentes de restriction budgétaire, prévu pour le personnel administratif et le personnel d’entretien. Pour les directeurs en fin de série, et suivant leurs volontés, on distribue équitablement leurs restes dans les différents sacs. Aucun sac n'a été prévu pour les ministres ne terminent jamais leur carrière dans l'Education.

    Tous sont envoyés au centre de retraitement des déchets qui délivre à chaque nouvelle rentrée de frais et émoulus (mais pour longtemps encore sans émoluments) enseignants motivés comme un bataillon de professeurs venus en ligne directe du privé à leur première heure de cours. Chacun, en souvenir de l’enseignant qu’il recycle, arbore à la boutonnière un ruban de la couleur de l’ensemble de profs dont il est trié.

     

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    Des adieux à la scène pédagogique

    Lors de ses adieux à la scène pédagogique, cet enseignant obtint pas moins de 29 rappels et jugea qu’il pouvait alors, pour le trentième, se jeter dans le public bras en croix et entièrement nu. Le réveil fut pénible car, quand il rouvrit les yeux, il découvrit au-dessus de lui, en rang d’oignons et du plus petit au plus grand (comme les Dalton), la ligne dure de ses directeurs lui signifier sa mise à l’arrêt définitive.

    À six mois de la retraite, cet enseignant avait simplement anticipé, dans un accès de délire devenu coutumier, sa sortie alors que, comme d’habitude en ce jour de grève du rail de coke, le local présentait un total de trois personnes éveillées, y compris l’homme d’entretien venu réparer la chauffage une fois de plus déficient.

    Dans le centre de santé mentale où il effectue sa revalidation, l’infirmière de nuit affectée à ses soins lui apporte une écoute flottante lorsqu’il rejoue avec un certain entrain ses plus beaux cours tirés du répertoire de sa longue carrière de school-man-show.

     

    (à suivre)

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    Les dessins ci-dessus réalisés à la craie au tableau pour un concours japonais sont visibles parmi d'autres via ce lien

    Pour lire les précédentes HISTOIRES D'ÉCOLE

      

  • L'HOMME QUI MARCHAIT DANS SES RÊVES de DENIS BILLAMBOZ - Épisode 15

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    FIN DE L'ÉPISODE 14

    - Fin prêt !

    - Bon eh bien mangeons un peu pour nous redonner de l’entrain et ne pas sombrer dans la déprime.

    Ils dégustèrent avec gourmandise la cuisine proposée par l’aubergiste et après avoir bu un café bien serré, décidèrent de faire un petit tour sur les lieux de l’accident pour essayer de mieux comprendre comment ce gamin avait pu échouer sur cette route qui ne mène qu’aux villages côtiers et que n’empruntent que quelques véhicules chaque nuit.

    ÉPISODE 15

    La Sicile qui a assis sa légende sur le trafic, semblait bien voir arriver une nouvelle calamité encore plus odieuse que celles qu’elle connaissait depuis des lustres, le trafic d’organes. Il n’osait pas y penser tant il trouvait ça inhumain, hors de ses conceptions et au-delà de tout ce qu’il pouvait imaginer en matière d’ignominie. Décidément, la nature humaine est bien perverse, elle est capable de s’accommoder de ce qu’on croit être le pire mais qui ne l’est que provisoirement, avant qu’un autre ose quelque chose d’encore plus inconcevable. Son séjour en Sicile fut donc un peu gâché par cette affaire et il eut envie de partir vite pour le continent, laissant à regret son ami à ses investigations en espérant que celles-ci aboutiraient, tout aussi vite, à une mise hors d’état de nuire de tous ces abominables trafiquants.

    De Palerme à Salernes, la traversée lui avait laissé un peu de temps pour lire quelques chapitres de son livre qu’il avait maintenant bien avancé et il commençait à mieux comprendre les dédales de ce roman un peu tortueux d’Umberto Eco. Sur le port de Salernes, un peu à l’écart de la foule des premiers touristes et des gens de la région qui avaient visité leur famille en Sicile, il reconnut Carlo Levi qui agitait sa main en signe de reconnaissance. Il rejoignit vite le grand écrivain qui lui proposa de partir immédiatement pour Eboli où ils auraient bien le temps de prendre un rafraichissement en dehors de la ville déjà bien bruyante en ce début de printemps. Comment refuser une telle proposition, puisque le Christ lui-même s’était arrêté à Eboli, il pouvait bien y faire étape lui aussi. Ils partirent donc à bord de la voiture de Carlo, le voyage n’était pas très long, ils traversèrent une campagne devenant de plus en plus aride au fur et à mesure qu’ils pénétraient à l’intérieur des terres. Comme ils voyageaient vitres baissées, ils pouvaient profiter de toutes les odeurs que le printemps dispersait dans l’atmosphère et qu’une légère brise maritime répandait sur la plaine côtière et sur les premières collines qui annonçaient la montagne centrale.

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    Carlo, lui avait proposé cette visite car il voulait lui montrer la région où Mussolini, l’avait assigné à résidence parce qu’il ne le jugeait pas suffisamment fiable pour rester à proximité des zones sensibles pour le pouvoir. A cette époque, Il ne cachait pas qu’il n’était pas favorable à la dictature imposée par le Duce et manifestait même ouvertement son opposition. La sanction était vite tombée, assignation à résidence dans cette zone reculée de l’Italie où ne résidaient alors que de pauvres paysans arriérés, vivant encore dans un état un peu sauvage, incultes, superstitieux et très méfiants vis-à-vis des étrangers. Lui, le fin lettré, l’homme des grandes villes, le médecin, il avait dû s’adapter à cette vie sauvage, austère, fruste, entouré de rustres. L’aride campagne environnante donnait bien peu de fruits, trop peu pour que ces pauvres hères puissent vendre une partie de leur récolte, récupérer un petit bénéfice et, ainsi, améliorer leur quotidien. Ils se contentaient de survivre en mangeant leur récolte quand elle était suffisante et en jeûnant quand elle était trop maigre, se contenant alors de quelques châtaignes et autres produits de leur cueillette.

    La maladie était un fléau meurtrier, ils n’avaient pas d’argent pour payer le médecin donc il n’y avait même pas de médecins. Il avait pu, avec les quelques médicaments qu’il avait apportés, soigner quelques personnes qui avaient vite retrouvé une meilleure santé et créer ainsi sa légende de guérisseur généreux et désintéressé. Il était devenu une personnalité, un être incontournable, respecté, accueilli partout mais aussi un peu craint, ses pouvoirs inquiétaient ces gens superstitieux qui ne connaissaient rien à la médecine et se limitaient à l’usage de quelques plantes pour se soigner.

    Malgré tout il lui avait fallu un bon bout de temps pour se faire adopter, pour que ces gens renfermés et secrets acceptent de lui ouvrir leur porte et même, plus longtemps après encore, lui offrir un verre de vin râpeux qu’ils produisaient avec leur petite vigne plantée derrière la cabane qui leur servait de maison. Et, avec le temps, l’habitude, les soins dispensés gracieusement, quelques amabilités, quelques conseils avisés, quelques services, il était devenu non pas leur ami mais un élément du paysage humain, quelqu’un qui pouvait leur être utile et qu’il était même agréable de recevoir. La pitié qu’il avait tout d’abord éprouvée s’était peu à peu muée en une forme de considération pour leur condition et puis en quelque chose qui n’était pas franchement de l’amitié mais qui était tout de même une forme d’affection pour cette population fruste mais simple et honnête qui ne trichait et transgressait les lois que par nécessité rarement par vice ou par intérêt spéculatif.

    - Et ainsi au moment de rentrer au pays, votre peine purgée, vous avez éprouvé de la peine à quitter ces gens qui avait fini par vous accueillir comme un des leurs ?

    - Oui, j’avais un certain scrupule à les quitter.

    - On peut le comprendre, mais la vie n’était tout de même pas très gaie dans ce trou perdu.

    - Oui, ce n’était pas la fête tous les jours.

    - Et vous êtes rentré chez vous ?

    - Oui.

    - Et vous avez repris vos activités ?

    - J’ai essayé mais ma place n’était plus là-bas, il fallait que je retourne dans ma campagne, car elle était devenue un peu mienne à force de la parcourir en tous sens.

    - Et vous êtes revenue ici, comme médecin ?

    - Oui, je suis revenu et j’ai ouvert un cabinet médical car, il n’y avait pas assez de médecins dans la région et des gens mourraient de maladies qu’on pouvait soigner en les traitant à temps.

    - Mais, il vous payait comment ?

    - Comme ils pouvaient, quand ils le pouvaient, avec ce qu’ils pouvaient, un peu d’argent, quelques nourritures, un petit service,… il ne faut pas grand-chose pour vivre sainement dans ce pays.

    - Ce n’était pas trop dur ?

    - Non, je ne supportais plus l’hypocrisie, la vanité, les rodomontades, la suffisance, … qu’on trouve trop souvent en ville et qui n’existent pas ici tant la nature vous rappelle vite à la réalité et à l’humilité. Ici, il y a peu de chose, mais tout ce qui existe est vrai, authentique, réel !

    - Vous avez été un véritable saint !

    - Non, un homme simple comme nous devrions tous l’être, je n’ai rien cherché, j’ai vécu simplement en harmonie avec mes voisins, avec la conscience d’avoir rempli la mission qui était la mienne ici bas.

    - Je vous admire tout de même !

    - Inutile !

    - Vous resterez un exemple pour beaucoup même si peu connaissent réellement tout ce que vous avez fait.

    - Je crois qu’il faut que nous changions de sujet car vous allez me béatifier avant la fin de la journée ! Prenons plutôt le temps de chercher une bonne auberge pour passer la nuit après avoir pris un repas dans un restaurant où le patron connaît encore les recettes ancestrales conçues seulement avec des produits du pays.

    - Je vous accompagne puisque vous connaissez le pays.

    Ils reprirent la voiture du médecin, visitèrent des petits villages perdus où le il avait soigné, et souvent sauvé, des personnes malades, accidentées, blessées et où il avait même assisté nombre de femmes dans leur accouchement. Ce voyage qui ressemblait un peu à un pèlerinage prenait une tournure émouvante et rendait plus humains ces petits villages encore miséreux, presque vidés de leur population.

    Ils revinrent vers Eboli et ses maisons serrées les unes contre les autres comme pour mieux se protéger du soleil qui est souvent très violent dans cette région. Et ils firent halte dans une petite auberge qui offrait le gîte et le couvert pour une somme bien modique. Une bouteille de vin clair et frais calma leur soif et les ramena dans un monde plus actuel vers des préoccupations plus concrètes et plus immédiates, il était temps de penser à se restaurer.

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    Le bateau entrait dans le port en contournant la célèbre lagune, le paysage était magnifique, les lumières de Venise scintillaient dans les canaux et les gondoles, vaporetti et autres petits bateaux défilaient agilement le long de la coque du ferry. Il avait pu se glisser à la pointe du pont supérieur et avait ainsi une place privilégiée pour déguster ce spectacle de choix et se rassasier d’images qu’ils classeraient bien vite dans sa mémoire à souvenirs pour pouvoir les faire revivre pendant les mornes journées d’hiver qu’il passait à la maison.

    Il avait quitté Eboli tôt le matin, Carlo Levi l’avait accompagné avec sa voiture dans sa traversée de la botte pour rejoindre Bari où il avait pris le bateau pour Venise. La soirée avait été bien agréable et, avec Carlo, ils avaient évoqué les grands écrivains italiens du sud, Tabucchi, Sciaccia, Varga, di Lampedusa, et bien d’autres encore mais ils en avaient laissé beaucoup de côté tant la liste est longue. Sur le bateau, il avait pu se réfugier dans un coin tranquille, ce n’était pas encore la presse estivale sur le pont, pour lire le reste de son livre qui maintenant le passionnait. Il avait grande hâte à démêler tous les nœuds qu’Umberto Eco avait ficelés pour construire cette intrigue qui courait à travers les siècles en un suspens haletant. Satisfait comme l’est tout lecteur après avoir lu un beau texte ou un livre passionnant, il avait pu manœuvrer habilement pour gagner cette place privilégiée qui lui permettait de se réjouir de cette arrivée à Venise. Une vedette rapide de la police dépassa leur bateau au son déchirant de sa sirène, peut-être était-ce le commissaire Brunetti mais cela il ne le saurait jamais et toute façon il ne connaissait pas ce célèbre policier.

    Il n’était pas venu à Venise pour rencontrer la police où visiter une fois de plus la cité sur l’eau mais juste pour voir un écrivain qui vivait dans le delta du Pô et qui voulait lui raconter une étrange histoire. Comme il échafaudait ce projet de croisière autour de la botte italienne, il avait reçu un courriel d’Eraldo Baldini, un écrivain qu’il avait rencontré lors d’un de ces nombreux voyages dans la cité des doges, qui lui parlait d’une affaire qu’il avait découverte récemment mais qui concernait des événements qui remontaient à la période mussolinienne. Il lui avait alors fait part de son projet et lui avait proposé de se retrouver un soir dans cette ville pour évoquer plus longuement ce triste épisode de la vie des paysans dans les marais du delta. Et, ce soir, il mangerait ensemble, décidément ce voyage n’était qu’un rallye gastronomique, il pourrait bientôt éditer un guide à l’usage des touristes gourmands en voyage en Italie. 

    (à suivre)

  • DEAMBULATIONS SUR LA BUTTE

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

     

    Deux histoires truculentes et désopilantes, comme Le Dilettante en publie souvent, qui se déroulent toutes les deux sur les pentes de la plus célèbre butte de Paris. Un point commun géographique mais aussi message identique car, si l’ironie et la dérision sont les armes communes à ces deux textes, il ne fait aucun doute qu’elles sont tournées vers la même cible : la puérilité de notre société et la stupidité de ceux qui sont chargés de la faire fonctionner.

     

     

    9782842638276.jpgPETITS PLATS DE RÉSISTANCE

    PASCALE PUJOL

    Un livre drôle et amusant qui raconte les tribulations picaresques et truculentes d’une bande de chômeurs chevronnés qui sévit sur les pentes de la plus célèbre butte parisienne, terrorisés par une employée cynique et zélée de l’agence Pôle emploi du quartier bien décidée à les remettre au boulot ou les radier des listes des allocataires. Champions de la débrouille et de l’embrouille, ils inventent les pires carambouilles pour améliorer leur quotidien, ou simplement survivre, sans succomber aux manœuvres de leur tortionnaire, la belle Sandrine, l’employée exemplaire de Pôle emploi.

    La féroce fonctionnaire se laisse cependant attendrir par son plus fidèle chômeur, elle ne le radie pas, elle l’oblige à apprendre le métier de cuisinier, elle a une idée derrière la tête : elle n’envisage pas de torturer du chômeur toute sa vie, elle veut ouvrir un restaurant, elle est passionnée de cuisine, elle a besoin d’un chef. Cette faiblesse passagère va lui faire rencontrer le reste de la bande : un géant noir conseiller spécial des chômeurs égarés, un géant alsacien directeur d’un foyer d’hébergement en cours de cession, un Tamoul génie de la cuisine, une chroniqueuse en sexologie et quelques autres, ils constituent avec sa famille haute en couleur : un mari magouilleur, une belle-mère dévergondée, une fille surdouée et parfaitement amorale, un fils bellâtre efféminé, une micro société où la débrouillardise fait loi tout comme l’absence de scrupule tient lieu de morale.

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    Cette petite troupe développe sa petite affaire tout en s’érigeant en défenseur de la morale et des plus démunis face aux investisseurs peu scrupuleux et très avides d’acquisitions immobilières dans ces rues qui s’embourgeoisent les unes

    après les autres. Une façon de défendre l’identité de ce quartier populaire où le bourgeois s’encanaillait, en préservant des mœurs ancestrales et une certaine idée de la résistance aux dictats de l’administration.

    Ce livre m’a amusé, j’ai bien ri, le style alerte, vif, enjoué de l’auteure valorise les images inventives et colorées, les raccourcis fulgurants, les formules lapidaires qu’elle distribue à longueur de pages. Mais toute cette gouaille sert aussi à montrer l’émergence d’une nouvelle société, fille de la crise, une société qui a appris à se débrouiller sans tendre la main, en allant chercher ce dont elle a besoin là où il est. Dans ce texte, la société trop réglementée semble avoir enfanté une nouvelle forme d’être et d’avoir.

     


    ob_646358_33fd47d76fedbfddd2e566740568ec4dcd7def.pngDE L'INFLUENCE DU LANCER DE MINIBAR SUR L'ENGAGEMENT HUMANITAIRE

    MARC SALBERT (1961 - ….)

    Même si les minibars volent beaucoup moins gracieusement dans le ciel de Cannes que les papillons dans celui de la baie de Rio, ce roman ressemble étonnement à une démonstration du phénomène bien connu de l’effet papillon en expliquant comment un minibar largué par la fenêtre d’un hôtel cannois peut valoir au journaliste, auteur de cette défenestration, une disgrâce qui le conduit du service culturel de son journal à celui des informations générales où, dès son premier reportage, il rencontre malencontreusement la matraque répressive d’un CRS lors de l’évacuation d’un campement afghan sur la Butte Montmartre. Et l’enchaînement des événements ne fait que commencer, Arthur, le journaliste blessé, devient une icône pour tous ceux qui n’aiment pas les CRS et qui sont prêts à défendre toutes les causes qu’ils croient justes, il est entraîné dans une aventure dont il ne maitrise pas les péripéties.

    Sous le prétexte de cet enchaînement d’événements fortuits, Marc Salbert tricote une petite histoire drôle, légère, cocasse qui contraste avec l’ambiance tristounette actuelle, tout en dressant un tableau à la fois acide et amer de la société actuelle, notamment du monde des médias et de l’engagement humanitaire. Il recourt avec adresse et finesse à l’ironie, à la dérision et même à la malice pour narguer ses concitoyens qui sont parfois ses collègues des médias, et dénoncer, comme le fait l’un de ses personnages : « le nivellement par le bas, le triomphe du rien, de l’égoïsme, de la sottise, des fausses valeurs, de l’égalitarisme forcené ».

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    Dans ce texte contemporain écrit dans un langage actuel, avec tout ce qu’il faut d’anglicismes et de formules branchées pour être crédible, l’auteur joue les Modiano de Montmartre en entraînant le lecteur dans les rues, ruelles, escaliers, places, bars, restaurants et salles de spectacles de la célèbre butte en nommant à chaque fois les lieux comme pour l’inviter à les fréquenter. Une balade légère et primesautière qui masque mal la causticité de l’auteur envers tous les travers de notre société, aussi bien les brutalités stupides des forces de police que l’angélisme béat des milieux intellectuels, aussi bien la puérilité des petites querelles individuelles qui pourrissent la vie de chacun que les grandes injustices qui déstabilisent notre monde.

    Une leçon de sérénité et d’optimisme puisée à la source de l’ambiance un peu surannée du rock and roll des années soixante dix, celles du hard rock et des punks mais surtout celles de Led Zeppelin, le groupe fétiche du héros.

                                                           

                                                                Le site du Dilettante

     

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  • DAVID BOWIE, BLACKSTAR FOREVER

    David Bowie: "Le rock n'est plus l'apanage de la jeunesse."

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    BOWIE, 2014




    BOWIE, 2013




                           Clip de THE NEXT DAY en vue directe sur VIMÉO

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    Pour en savoir plus sur BLACKSTAR 

    Blackstar, à quoi ressemble le nouvel album de David Bowie? (sur le site de Télérama)

    David Bowie, à l'âge des collages (sur le site du Monde)

    David Bowie veut créer la surprise avec Blackstar (sur le site du Point)

    Comment les démons de David Bowie ont donné naissance (il y a quarante ans) au majestueux Station to station (par Christophe Conte des Inrocks)

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    Bye bye Mr Bowie!


    DAVID BOWIE, le SITE OFFICIEL 

  • IN MEMORIAM

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    Elisabeth Badinter (6 janvier 2016): "Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe!"

    Certes, Elisabeth Badinter appelle "évidemment" à "combattre au maximum le racisme, l'antisémitisme, le racisme anti-musulman, etc". Mais elle persiste et signe sur l'islamophobie : "Je me suis aperçue depuis quelques années que c'est la phrase clé qui arrête tout et je veux pouvoir, comme beaucoup d'autres, discuter d'une religion, de toutes les religions. Donc je ne veux pas qu'on me ferme la bouche avec ça."

    En février dernier déjà, , Elisabeth Badinter se montrait très dure avec la gauche sur le sujet : "La laïcité, devenue synonyme d’islamophobie, a été abandonnée à Marine Le Pen. Cela, je ne le pardonne pas à la gauche."


     

    Avec l'accord (ou non) de Siné


  • LES LIEVRES DE JADE à la LIBRAIRIE D'LIVRE de DINANT

    Le SAMEDI 23 JANVIER entre 15 heures et 17 heures, Denys- Louis COLAUX et Éric ALLARD signeront leur ouvrage à la LIBRAIRIE DLIVRE de DINANT

    La librairie DLIVRE: 67, rue Grande à 5500 Dinant (tél.: 32(0)82 61 01 90, courriel: contact@dlivre.com)

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    Jacques Flament: « Un instant de clarté fait admettre les jours de suie, les années de fumée. »  Cette phrase extraite du premier mouvement des Lièvres de jade pourrait résumer le sentiment qui fut mien, après avoir mis en page cet ouvrage mémorable de ces deux poètes du plat pays, injustement ignorés dans l'Hexagone. Mais c'est bien connu, nul n'est prophète dans le pays des autres, et encore moins dans celui qui met Levy et Musso sur un piedestal et renie la poésie après l'avoir encensée. Mais tuons dans le terrier toute polémique stérile, Allard et Colaux sont là avec leurs lièvres et leurs sélèn(it)es aventures et c'est du lourd : 123 grammes de prose poétique hilarante. Un bon, très bon moment qu'il ne faut en aucun cas dévoiler a priori, et à ne manquer sous aucun prétexte : du talent à l'état pur et un râble de lièvre sauce moutarde qui monte au nez, à consommer de préférence avec une bière d'abbaye, dont on se souviendra très longtemps."

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    Pour commander le livre sur le site de l'éditeur

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  • Daniel CHARNEUX à la LIBRAIRIE LA PROCURE de TOURNAI

    Le MARDI 26 JANVIER 2015 à 18h30, MORE de Daniel CHARNEUX sera présenté à la librairie LA PROCURE de TOURNAI.

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