25/05/2013
La fracture
par Denis BILLAMBOZ
« La France est l’esprit de mon âme. L’Algérie est l’âme de mon esprit. » Combien sont-ils comme Jean Amrouche, grand poète kabyle francophone, frère de Taos que j’ai déjà présentée dans cette rubrique, à avoir rêvé d’une dualité complémentaire entre la France et ses anciennes colonies du Maghreb ? Des milliers au moins, des millions peut-être ? Mais le rêve n’est jamais devenu réalité, la fracture semble irréductible. Au cours des derniers mois, j’ai eu l’occasion de lire un livre de Jules Roy, ami de Jean Amrouche et de Camus, évoquant cette fracture et un livre de Mustapha Tlili, un Tunisien émigré, regrettant lui aussi la fatalité de cette rupture inéluctable, définitive et dommageable pour tous. Avant la fin de sa vie, vers le milieu des années quatre-vingt-dix, Jules Roy a fait un dernier pèlerinage en Algérie pour se recueillir sur la tombe de ses parents et amis, et Mustapha Tlili situe son récit en 1992, ces textes peuvent donc être lus dans la continuité pour constater comment les deux auteurs voyaient la situation à cette époque.
Adieu ma mère, adieu mon cœur
Jules Roy (1907 – 2000)
C’était un 2 novembre, quand les gens vont fleurir les tombes des leurs, en 1994 ou en 1995 ou une autre année au début de cette décennie, il ne se souvient plus exactement, que Jules Roy, au soir de sa vie, en a eu marre de ne pas pouvoir, lui aussi, fleurir la tombe de sa mère et de tous ceux qu’il a laissés dans des cimetières algériens, il décida donc, sous le coup de la colère, de retourner dans son pays natal malgré tous les dangers que cela représentait à cette époque là.
Et c’est ainsi qu’il retrouve Alger, Alger la blanche, Alger la putain, transformée par trente années d’indépendance et une guerre civile qui ne voulait pas dire son nom mais bien visible dans les rues envahies de policiers en armes et obstruées de barrages. Le FIS, le GIA, les islamistes, les barbus, les ninjas rivalisaient de violences et de cruauté, massacrant à tours de kalachnikovs des innocents sans raison, pour des raisons futiles et même simplement pour le symbole qu’ils pouvaient représenter à leurs yeux. Les journalistes et tous les représentants de la moindre once de culture occidentale étaient des victimes de choix. Alger et sa région étaient devenus le terrain de jeux mortifères des ninjas et des barbus qui rivalisaient de cruauté et de sadisme.
La première et certainement la dernière fois que Jules Roy a pu se recueillir, sous la protection de la police, sur la tombe de sa mère et des siens après l’indépendance. Un dernier pèlerinage avant la fin de sa vie pour retrouver sa mère, son vrai père, celui qui lui a donné son nom, son frère consanguin, son frère utérin, l’oncle Jules, la grand-mère, la famille, les amis et Meftah celui qu’on n’entendait jamais mais qui était toujours là quand on avait besoin de quelqu’un. Et surtout des souvenirs, un afflux de souvenirs, issus de l’enfance, de l’adolescence, des événements, de l’indépendance, de la fracture, des erreurs, des honneurs, du deuil jamais fait.
Un océan de nostalgie, un voyage dans le temps où l’Algérie était française, dans la famille de Jules Roy, dans l’histoire des relations franco-algérienne, dans un pays prospère où les colons méprisaient, le plus souvent, les autochtones où un fossé séparait déjà les deux communautés. Camus avait choisi sa mère au détriment de la justice, Jules Roy a choisi la justice, sa mère méprisait les bicots, « les troncs de figuiers », il s’excuse sur sa tombe de lui avoir donné tort mais il ne pouvait pas la suivre dans ces errements, il avait vu la guerre en Indochine et avait alors décidé d’abandonner l’armée sans cependant accabler ses compagnons d’armes. Les Arabes ont participé aux deux grandes guerres mais ont toujours été traités avec condescendance et mépris, la réconciliation et la fraternité n’ont jamais été possibles. Les deux communautés vivaient, et vivent encore, un amour impossible, une passion dévorante, une cohabitation et une séparation tout aussi impossibles. « Elle avait tort, ma mère, d’accabler les Arabes avec les mots qu’on employait dans toute ma famille et chez presque tous les colons d’alors. »
Avec son écriture brève, rapide, précise, juste Jules Roy nous lègue, en héritage, dans ce livre-testament, un bilan synthétique d’un demi-siècle d’histoire franco-algérienne où le peuple algérien ne trouva jamais la paix car, comme disait sa mère : « Ils jouissent de voir le sang couler ». Le testamentaire pense, lui, que la responsabilité de la dégradation du pays incombe prioritairement à la colonisation, aux colons et au pouvoir corrompu qui a pris la suite. Il veut croire en un autre avenir même s’il a vu ces jeux morbides qui dévastent le pays et trouvent leur prolongement dans les violences de nos banlieues. La présence prégnante dans ses souvenirs de Camus, Amrouche et quelques autres intellectuels qu’il a fréquentés, quand il était jeune en Algérie, l’incite à plus d’optimisme. Camus lui a fait découvrir l’homme arabe, il lui a appris qu’« ils ont comme nous… », il disait « Camus m’a appris la justice, Amrouche m’a appris à écrire. »
Mais voilà, au début des années quatre-vingt-dix, quand Jules Roy accomplissait son pèlerinage, les extrémistes musulmans s’étaient dressés contre le pouvoir corrompu et, ensemble, ils s’étaient livrés à la destruction de ce qui restait du pays après la guerre d’indépendance et les exactions qui en ont découlé. Ce pays qui était un véritable joyau et qui devait devenir un état riche, a été vidé de tout ce que l’Occident lui avait apporté, même l’instruction, les Islamistes ont ajouté les ruines aux ruines, l’obscurantisme à l’ignorance, la cruauté à la violence. « Pour les imams du FIS, les femmes existent pour fabriquer des futurs chômeurs que Dieu emploiera à tuer ceux qui ne se conforment pas aux préceptes de la religion. » Et, un jour « Dieu montrera qu’Il est puissant et le seul Dieu, et les machines volantes, réduites en monceaux de ferrailles brûlantes avec passagers et pilotes carbonisés, chanteront la gloire du Tout-Puissant. »
Un instant tenté par l’OAS afin d’éviter la fracture définitive, Jules Roy a fait le pari de l’humanisme espérant que Français et Algériens pourront un jour proclamer comme Jean Amrouche, le poète : « La France est l’esprit de mon âme. L’Algérie est l’âme de mon esprit. »
Un après-midi dans le désert
Mustapha Tlili (1937 - ….)
Un après-midi, en 1992, comme chaque fin de mois, dans un bled aux confins du Sahara, Sam le facteur reçoit le sac de courrier qui apporte des morceaux de vie dans ce trou que le désert ronge lentement mais sûrement, des bouts de vie mais aussi des subsides venus de l’étranger pour faire vivre une population ruinée. Il trie et ouvre les lettres qu’il devra distribuer, et souvent lire, à tous les vieux appauvris vivant encore dans ce coin perdu, abandonné par les Européens (l’instituteur, le facteur, les gendarmes, les légionnaires) et déserté par les jeunes qui vont chercher fortune ailleurs.
Aujourd’hui, Sam le facteur reçoit une lettre de Petit-Frère, le rebelle qu’on croyait mort, un courrier qui pourrait mettre un point définitif à une histoire qui s’est déroulée en 1957 et qui fait remonter beaucoup de souvenirs à sa mémoire, des souvenirs qu’on lui a racontés, datant d’avant sa naissance, en 1947, après le départ des combattants du désert ; des souvenirs de son enfance avec Petit-Frère, en 1955, avant que celui-ci poursuive ses études dans la capitale puis à l’étranger ; des souvenirs de la vie dans ce village isolé où se nouent des amours, des passions, où se règlent des comptes, où s’écrit un autre avenir pour ses naufragés des confins du désert. Des souvenirs aussi de l’histoire d’Hafnawi, seul survivant d’une grande famille de bédouins décimée par la famine de 1947, qui s’est imposé par la force aux légionnaires et par la séduction à l’hôtelière et à toute la colonie européenne ; il est l’acteur principal des événements qui pourraient trouver leur dénouement définitif dans la missive reçue par Sam qui la cache dans son bureau sans l’ouvrir.
Un roman en forme de parabole de l’histoire de la Tunisie depuis la fin de la dernière guerre mondiale dans un huis clos installé aux confins du désert nord-africain par un auteur ayant lui-même connu l’exil. Un huis clos qui rassemble tout ce qui composait la Tunisie pendant cette période : les Européens arrogants et méprisants mais vecteurs d’instruction et de modernisation, garants de la paix ; le village de La Source et le douar ; les dictateurs et leurs sicaires, loin là-bas à la capitale ; les frères extrémistes comme Petit-Frère ; les exilés comme l’Américain, frère de Petit-frère, qui a fait le choix de l’instruction à l’étranger (comme l’auteur) ; ceux qui se fossilisent au pays comme Sam le facteur et les femmes veuves ou abandonnées ; le juif ; les affairistes chinois et le seul qui est peut-être à sa place, celui qui affirme la pérennité de l’Afrique désolée, souffrante mais toujours vivante, celle des peuples premiers en osmose avec la nature, le bédouin qui a survécu à la catastrophe, au mépris et aux intrigues des blancs et aux luttes pour le pouvoir. Une parabole de l’affrontement entre les colons et les autochtones, entre les indigènes favorables au pouvoir et les extrémistes révoltés et violents, de l’Afrique livrée aux envahisseurs et de l’Afrique permanente des peuples premiers. Enfin, une parabole de l’Afrique du nord qui s’effrite, rongée par le désert, comme ce village qui se vide par les extrémités, les vieux qui meurent et les jeunes qui partent.
Un morceau de l’histoire d’un pays au nord du Sahara, les lieux ne sont jamais nommés, en Tunisie probablement, terre natale de l’auteur, raconté par un narrateur, lui aussi exilé, qui laisse la parole à Sam le facteur pour évoquer les événements contemporains du récit et à Hafnawi le bédouin pour parler des faits plus anciens.
Une évocation de tous les malheurs qui accablent régulièrement ce pays ; une pointe de nostalgie pour la paix et le calme qui régnaient dans ces villages perdus quand les Européens y apportaient la culture, l’instruction et un certains confort ; une manière de déplorer les errements des dictateurs et l’obscurantisme des extrémistes qui ont conduit les indigènes à choisir trop souvent entre l’exil, comme l’Américain, et le terrorisme, comme Petit-Frère ; une façon de déplorer la dépendance financière du pays par rapport à l’étranger et finalement un regret très fort de constater que l’affrontement religieux est devenu inéluctable entre musulmans et chrétiens. « Depuis plus d’un demi-siècle, sous nos yeux effarés, un monde meurt inexorablement et un autre naît et n’en finit pas de naître… Et domine… les esprits et les consciences, une violence qui semble sans fin. Comme hier, elle oppose, hélas !, musulmans et chrétiens. Et hier comme aujourd’hui, ce sont des individus innocents qui font les frais de ces vicissitudes de la fortune. »
Finalement un regard pessimiste sur l’Afrique du Nord, malgré la présence intemporelle des peuples premiers, un regard empreint de désillusion, de résignation, de fatalité et d’acceptation de la catastrophe qui revient sans cesse envahissant même le texte.
17:05 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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24/05/2013
Les yeux & la voix de Marie LAFORÊT
14:53 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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Deux femmes
Femme-yeux
À mesure qu’elle vieillissait, cette femme se dépouillait de tous les traits de son visage. Ne restait que ses yeux. Le bleu intense et un peu douloureux, un peu vide de ses yeux. On découvrait que tout son corps avait été au service de son regard, qu’il n’avait eu pour fonction que mettre ses pupilles à l’avant-plan, qu’après cette apothéose il n’avait plus lieu d’être et pouvait disparaître puisque subsisterait toujours l’éclat admirable et un rien inhumain de ses grands yeux. Comme une mer infinie affranchie de la règle de la terre et des marées.
Les plus belles épaules *
Ma femme possède les plus belles épaules du monde. C’est pour cela que je l’ai choisie. Deux merveilleuses épaules qui n’encadrent nul corps, nulle tête, et cela n’a rien d’horrible, au contraire. Telle une sculpture d'Arp ou de Brancusi, la forme de ses épaules est si parfaite, leur surface si lisse, qu’elles suffisent à mon bonheur. Plusieurs femmes ont tenté de m’arracher à elles, des femmes-genoux, des femmes-ventre, des femmes-bouche et, même, un jour, une femme-cou. Mais je suis resté attaché à ces demi-globes durs et soyeux. Il faut dire que ma femme cumule d’autres charmes : tapies au creux de ses deux magnifiques demi-lunes sont lovées des aisselles duvetées pareilles à des nids d’oiseau. J’ai beaucoup de chance.
* extrait de Penchants retors, E. Allard, Ed. Gros Textes.
11:42 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes, Penchants retors | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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23/05/2013
Georges Moustaki (1934-2013)
16:57 Écrit par Éric Allard dans Hey, man! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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22/05/2013
La danse de la réalité / Alexandre Jodorowsky
Un bel entretien avec A. Jodorowsky, 84 ans, qui présente son dernier film, La danse de la réalité, à Cannes. On apprend d'ailleurs qu'il en prépare un autre. Il s'explique entre autres choses sur sa filiation avec Fellini...
http://plancreateur.wordpress.com/2013/05/22/jai-mis-pres...
Un article de Télérama:
http://www.telerama.fr/festival-de-cannes/2013/le-grand-r...
11:29 Écrit par Éric Allard dans Les beaux films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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L'homme au bouquet de fleurs / Maxime Leforestier
11:28 Écrit par Éric Allard dans Hey, man! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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21/05/2013
Le bouquet
Cet ex-fleuriste composait des bouquets d’yeux qu'il vendait, cela va sans dire, à un prix exorbitant. Car combien d'énucléations pour une seule gerbe.
Au début, il pratiquait comme un boucher, retirant la vie à un corps pour deux pauvres mirettes, quel gâchis ! Ensuite, il acquit de l’expérience et de la délicatesse: il parvint à énucléer sans trucider, se contentant d’aveugler. On peut vivre sans voir, quand même ! N'emmagasine-t-on pas assez d'images pour ensuite, si on perd la vue, deviner, imaginer, rêver d’autant mieux qu’on sait qu’on brille ailleurs.
Par ses propres yeux arrangés en bouquets aux iris irisés et aux paupières-pétales dans les bleu cil, vert turquoise ou marron violacé. Que s'offrent, l’œil ému, humide, à la Fête du Crime des assassins transis, se remémorant toujours avec nostalgie leur premier meurtre. On peut alors se réjouir d’avoir été l’artisan d’une œuvre et d’une entreprise de consolation sans précédent.
11:30 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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20/05/2013
Une fille rock & glamour...
17:09 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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Un privé à bas bilan / Éric Dejaeger
On en reparle bien vite!
Pour commander:
http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/
Pour participer sur Facebook à l'évènement de la sortie du livre:
https://www.facebook.com/events/487312311342559/
Un privé à bas bilan, Éric Dejaeger, Cactus Noir #7, 230 pages, ISBN 978-2-930659-12-1, 15 €

14:55 Écrit par Éric Allard dans Avis de parution | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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19/05/2013
Microbe: "La revue si petite et si légère qu'elle pourrait un jour décoller"

Entre plage et pluie, un numéro de saison qui réchauffe autant qu'il secoue.
Des aphorismes piquants, se jouant des mots et des pensées toutes faites, de Dr. Lichic ("En hiver j'ai des céphalées. Moralité: Hiémal à la tête") et de Georges Elliautou ("Dès la fin de la messe, on s'empresse de faire une transfusion sanguine au Christ qui n'arrête pas de donner son sang.")
Des poèmes en vers de Pedini, Garcia, Maine, Vidal, Ellyton, Couvé, Riet, Sanfilippo, Birnbaum et du Canadien anglophone Jason Heroux comme des chansons perverties dont on aurait tordu les sons et le sens. Deux petites fictions blasphématoires de Louis Mathoux
Un texte touchant, entre imaginaire et réalité, de Raymond Penblanc autour d'une noyade. Et, pour finir, la confrontation entre un chat à moitié sauvage et un lecteur qui ressemble fort à Éric Dejaeger...
Sans oublier trois collages forcément iconoclastes d'André Stas.
E.A.
Au sommaire du Microbe n° 77, on retrouve donc :
Daniel Birnbaum - Jean-Marc Couvé - Éric Dejaeger - Georges Elliautou - John F. Ellyton - Cathy Garcia - Jason Heroux - Dr.Lichic - Antoine Maine - Louis Mathoux - Jean-Baptiste Pedini - Raymond Penblanc - Morgan Riet - Salvatore Sanfilippo - Philippe Vidal
Les collages sont signés André Stas.
10 # + 5 Mi(ni)crobes pour 17 € (en Belgique) et 22 € pour l'Europe.
Sans les mi(ni)crobes, c'est 5 € moins cher.
Si vous êtes intéressé(e), contactez Éric Dejaeger via son blog:
15:02 Écrit par Éric Allard dans Avis de parution | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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LOIN DU MONDE de Sébastien AYREAULT (éd. Au Diable Vauvert)
L’adieu à l’enfance
Loin du monde de son enfance, Sébastien Ayreault (qui vit à Atlanta) signe un premier roman papier* très remarqué par les médias, et non des moindres. Il raconte les dix ans de David Serre à Cholet dans un milieu modeste, entre un père démonstratif et une mère plus avare de sa tendresse.
« On habitait loin du monde. Tellement loin, me semble-t-il, que le monde lui-même ne savait pas qu’on existait. Sûr qu’on n’allait pas devenir grand-chose en restant là, mais sûr aussi qu’on s’en foutait. »
Lui aime Tintin ; son père, Johnny. Il dépeint un milieu social, une région de France et un âge de passage qui, à plus d’un titre, va être particulièrement marquant. Entre petite sœur à venir et père sur le départ pour la ville en quête d'un nouvel emploi, il découvre en vrac et avec la violence des premières fois la brutalité des copains, l'obsession des filles, que le Père Noël n'existe pas... Cela pourrait être convenu et nous rester étranger si Ayreault ne nous donnait pas à vivre sa vie ou, à tout le moins des éléments, comme étant la nôtre, les nôtres. D’emblée on suit les personnages sans se demander quels rapports véritables ils entretiennent avec l’auteur. Il nous plonge au plus près des émotions, qui vont du rire aux larmes en passant par les frayeurs propres à cette période de l’existence, au moyen d’une écriture souple faite de phrases concises, qui font mouche.
Le roman se termine par un coup d’arrêt brutal. Comme l’enfance quand elle cesse pour chacun d’être vécue comme telle et s’inscrit dans un temps mental qui prendra, pour certains, la forme d'une nostalgie plombante, pour d’autres, la forme d’une énergie vitale féconde. La fin du récit appelle une suite. Ce sera le cas, apprend-on. Ce premier roman est donc le volet d’une trilogie qui normalement retracera la vie de David Serre, calquée sur celle d’Ayreault, à intervalles de dix années, et qui paraîtra chez le même éditeur, Au Diable Vauvert. À suivre, donc.
Eric Allard
Quelques liens (parmi de nombreux) vers des critiques du roman:
http://www.lexpress.fr/culture/livre/loin-du-monde_120550...
http://www.lefigaro.fr/livres/2013/01/09/03005-20130109AR...
http://blog.epagine.fr/index.php/2013/02/la-voix-de-sebas...
...
Sébastien Ayreault chez StoryLab:
http://www.storylab.fr/Auteurs/Sebastien-Ayreault
Sébastien est aussi auteur-compositeur et interprète.
Voir son blog =) http://ayreault.blogspot.be/
12:21 Écrit par Éric Allard dans Lu et approuvé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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18/05/2013
Il y a leçon des hauts murs / Philippe Leuckx
I
La maison menacée
L’on a détruit le porche et l’âme
Le cœur pend aux plafonds
Comme des entrailles éventrées
L’escalier meurt
Entre des barreaux
Et je plonge vers les fonds
II
Leçon des hauts murs
Un peu bravaches tout de même
Nos gestes qui courent la lumière
Comme on poudrerait
Le visage d’un mort
Et ce vin d’ombre
Sous le cœur
III
Je m’efface
C’est le soir
Il reste un peu de nous aux façades
D’écaille
Je consens à l’obscur
Qui nous perdra
Là où se perd l’étoile
IV
Et l’air a l’argile
D’une rumeur éparse
On vient coller
Aux portes
Un cœur bien trop grand
V
On revient des lisières
Des abris
Des sentes claires
Que n’a-t-on espéré dans le coin
Métissé d’ombres ?
On allait à contre-sang
Noyer nos nœuds et nos chagrins
Et les mots
Cortège à notre doute
VI
Avec le soir avance l’espèce de patience
Qui s’ose dès vent tombé à l’heure de la louve
Avec l’herbe encore chaude sous la main
Et le corps placé entre jour et nuit
Dans la caresse des roses
Dans l’instance des pertes
VII
Il y avait vent et temps au milieu de la sente
On avançait à rebours de l’enfance
Les fleurs au cœur
Mas rien n’épuise autant que le regard qui fouille
On est parfois en retard sur soi
On vit d’ombre
VIII
L’air trempe un bout de chiffon vers le ciel
On n’a rien vu du reste
L’enfance a de claires allées
Qui jardine pousse le vent
Les murs de la ville ont d’étonnants parages
Et les mots ont pour eux l’ombre des arbres
IX
Le bleu dépasse le vert les branches le soir
Décante ce qu’il reste d’air
Les promeneurs ont l’espace devant
L’on sait peu de chose l’on fait peu de cas
De ce qui tombe entre les pans les murs
La vie cède ses ombres à l’heure qui mène
P.L.
(inédits 2013)
Derniers titres de Philippe Leuckx
- Au plus près, 2012, Ed. du Cygne (F).
- Déambulations romaines,(en collaboration), 2012, Ed. Didier Devillez.
- Quelques mains de poèmes, 2012, L'arbre à paroles.
- Dix fragments de terre commune, 2013, La Porte (F), à paraître.

11:26 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Philippe LEUCKX, Les beaux textes (poésie) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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17/05/2013
XXIème Cabaret poétique au Périscope à Lyon
A l'initiative de Frédérick Houdaer (ci-contre), CE DIMANCHE 19 MAI, à 17h, au PÉRISCOPE (13 rue Delandine 69002 LYON, métro Perrache, entre les deux prisons vides ou ce qu’il en reste !), le XXIème Cabaret poétique réunira Éric DEJAEGER (ci-dessous), Michaël GLUCK, Claire RENGADE & Anna de SANDRE.
Entrée GRATUITE (sous réserve d’une inscription pour l'année au Périscope de 2 €, si vous ne l’avez pas déjà souscrite).
Des photos des Cabarets précédents :
http://houdaer.hautetfort.com/animateur-du-cabaret-poetiq...
Quatre articles consacrés au Cabaret Poétique :
http://laurentcachard.hautetfort.com/archive/2012/01/08/e...
http://houdaer.hautetfort.com/archive/2010/12/13/un-artic...
http://houdaer.hautetfort.com/archive/2011/05/23/la-scene...
http://paulinecatherinot.kazeo.com/external/http://enceph...
Pour participer à l'évènement sur Facebook:
10:42 Écrit par Éric Allard dans Rendez-vous | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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La bise au pied
Cette collègue a de si beaux pieds que, lorsque je la vois, je ne lui fais pas la bise, je lui empoigne les orteils et, si elle veut me serrer la main, je tiens à baiser le dessus de son pied. Ainsi, j’alterne les plaisirs. Cela la fait rire. Sans parler, pour répondre à mon salut amical, de l’excitation à la voir se déchausser bien qu’elle soit toujours légèrement chaussée, même en hiver.
L’embêtant, c’est que ça va vite, très vite. Je ronge mon frein le reste de la journée, à ressasser mon action du matin. Je suis comme un loup en cage jusqu’à ce que je la revoie. Parfois, elle est pressée et, comme à tout le monde, elle me tend une joue distraite. J’enrage. Mais j’ai pris à son insu une courte vidéo de son pied avec mon portable. Onze secondes de pur bonheur, que je me repasse tous les soirs en cachette et qui me porte, vous vous en doutez, aux nues.
Les photos tirées de la vidéo ornent les murs de mon bureau. Habilement exposées parmi celles, nombreuses, des pieds de ma femme qui n’y voit que du feu parmi tous ces clichés, bien semblables pour une profane, quand elle vient me présenter ses nouveaux talons aiguilles. Mais les pieds de ma moitié ne sont plus ce qu’ils étaient. À force d’opérations esthétiques, ses pieds trop tendus ont perdu toute expression. On dirait les pieds d’une statue. Le soir, je ne leur rends plus hommage avec autant d'empressement que jadis.
09:57 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes, Penchants retors | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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16/05/2013
Foot fetish
Ma femme pratique le striptease du pied dans une boîte pour monomanes, retraités de la marche, vieux amateurs de Sandie Show. Elle a commencé par travailler chez Bata Shoes: à force de voir les pieds des autres, cela lui a donné l’envie d’exhiber les siens et elle ne s’est plus arrêtée. Mais pas question de lui voir un orteil dès qu’elle est rentrée, elle traîne dans des paires de chaussettes de laine ficelées aux mollets… même quand on fait l’amour.
Un jour, n’y tenant plus, le menton orné d’une barbe postiche, et chaussé d’une paire de lunettes noires, je me suis rendu sur son lieu de travail. J’ai apprécié son art de l’effeuillage, qui met autant de temps à dévoiler l’objet des convoitises que si elle enlevait tout ; une experte, pour sûr !
Je suis rentré avec une trique du feu de Dieu et, lors de son retour, ça n’a pas manqué, j’ai à toute force voulu voir son pied nu. Elle m’a traité d’obsédé, m’a dit qu’elle ne voulait pas qu’on lui rappelle le boulot à la maison et m’a envoyé me faire voir. Pendant la nuit, j’ai franchi le pas, j’ai déchiré sa chaussette et violé son peton droit. Depuis, elle est en incapacité de travail pour trois mois et me fait une tête de voûte plantaire. M’en fiche, j’ai pris quantité de clichés de son pied sous toutes les coutures avant de passer à l’acte.
Extrait de Penchants retors, Éric Allard, éd. Gros Textes
18:37 Écrit par Éric Allard dans Penchants retors | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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Un relais
Un post récent, celui de mes dix petits poèmes, relayé avec bonheur sur le blog de Denys-Louis Colaux avec un texte d'introduction. Merci!
http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/archive/2013/05/1...
Le blog généreux de Denys-Louis COLAUX, avec ses nombreux coups de coeur littéraires, musicaux et artistiques, toujours richement illustrés.
17:48 Écrit par Éric Allard dans Blog buster | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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Les petites incivilités (liste non exhaustive)
casser une patte à un connard
tordre le clou à un marteau
pisser dans l’œil du cyclone
faire le poirier sur un fraisier
attaquer une petite bielle avec un vilebrequin
se faire prendre en Laurette (en plein congrès du PS)
faire l’aumône dans la nue (et ne récolter que des nuages)
marcher à quatre potes en filles indiennes
rire des endimanchés un lundi aux mains gantées
marquer un but dans sa propre cause
loucher avant d’être marié (avec un(e) opticien(ne))
écraser un moustique de couleur
faire un oeuf coulant avec le blanc cou d’une autruche
manger l’herbe haute d’une girafe
croquer un homme politique sans goût ni tête
craquer une amulette
donner un titre vain à un noble vide
détricoter l’ancien pull marine d’Isabelle Adjani, la lainer
chanter du Léo Ferré avec la voix de Mireille Mathieu, l’aliéner
danser du Jean-Louis Murat avec le déhanché de Christophe Maé, le mater
couper l’auréole à une sainte
copier l’aréole d’un sein
femeniser son torse nu d’inscriptions tripales
huiler les mains de son fesseur (et ses doigts au cas où)
solariser les enfants des lointaines galaxies
masquer son plaisir de bien ranger sous des ahanements d’arrangeur bêta.
réunir dans l’évier les instruments d’une sédition contre le lave-vaisselle
peindre avec les pieds le portrait d’un réflexologue plantaire
estomaquer une esthéticienne avec Les Anges de la réalité
aveugler son voyant avec un avenir électrique
augmenter le volume de sa radio des poumons jusqu’à la tumeur
mélenchoniser son auditoire
laisser vallser le PSG sur les Champs Elysées
laisser barjoter les dernières frigides
échanger un livre pour rire du roi de Deborsu contre une météo pourrie de Trullemans
faire le don d’un organe en chocolat à un futur transplanté du foie
cracher dans la soupe des relations bouillonnes
s’inciviliser sans s’isoler
magnettiser les syndicats
écha(faud)uder l’atmosphère
poétiser dans le désert (culturel)
achever un installateur de panneaux solaires tombé dans le panneau des certificats verts
garder un rire sous le coude pour taper du poing sur le sable avant de rendre la mer responsable de l’absence de goût de l’eau potable
...
09:40 Écrit par Éric Allard dans Sac à malice | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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14/05/2013
DIX PETITS POÈMES
la poésie
parfois la poésie coule de source
loin des fleuves du dire
dans les bocaux de la littérature
les poissons des mots flottent
entre deux phrases
parfois la poésie se couvre de prose
c’est qu’il va pleuvoir
toutes sortes de choses
c’est qu’il va falloir
rentrer sa muse
c'est une maladie
c’est une maladie qui se refile
de père en fils
comme une épidémie
aucun médecin
aucun traitement
ne peut la contenir
sinon la mère
avec le sirop de ses seins
et le lait de sa folie
dans les musées
dans les musées
les visiteurs
ne posent pas de questions
aux femmes explosées
en petits morceaux
de peinture
ils lèchent la peau
écaillée
en découvrant
toutes les réponses
que pose la nudité
à la beauté ensanglantée
la piste
le ciel s’allonge dans mon lit
en déposant ses nuages
sur l’oreiller
parfois
des avions légers
atterrissent au milieu de la nuit
je ne me lève pas
pour évacuer la piste
des rêves
la traversée
d’une seule envolée
traverser l’azur
puis tomber amoureux
d’une terre sans espace
où la vue seule
aurait la vie sauve
tandis que court à sa perte
la ligne d’horizon
les égalités
l’homme ne vaut pas le rat
la femme ne vaut pas la souris
à quoi bon alors
toutes ces histoires d’égalité
entre rongeurs ?
ne pas jouir
pour ne pas
sortir
de la volupté
par la petite porte
du plaisir
essais & terreurs
j’ai bien essayé de manger
mon père et ma mère
mais ce sont des légumes
et je suis un indéfectible carnassier
j’ai bien essayé de manger
un fantôme
mais c’est bien inconsistant
à part les draps, c’est du vent
à l’enterrement
à l’enterrement
du soleil
pas un chat
à la ronde
pas une queue
de radis
pas une goutte
de pluie
on aurait dit
la fin du monde
avant d’écrire
ne te prononce pas
tire au jugé
tue s’il le faut
pousse au crime
en silence
masque ton envie
de commettre un massacre
12:15 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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12/05/2013
JUNIP: 2 titres
Junip est le groupe du Suédois José González. Le groupe vient de sortir son second album.
"(...) C’est probablement là que réside la force de Junip, dans cette façon de sauter avec une cohérence inouïe du baggy au kraut, du folk aride à la pop en arc-enciel. Quand il ne s’agit pas de proposer tout ça à la fois sur un même titre, comme sur l’inaugural et majestueux Line of Fire, qui n’a pas déchaîné les réseaux sociaux pour rien. “Le songwriting reste très frustrant pour moi, conclut González. Il y a toujours un moment dans la chanson où je ne parviens pas à faire ce que je voudrais. Je ne suis jamais pleinement satisfait.” Johanna Seban (Les Inrocks)
19:19 Écrit par Éric Allard dans Hey, man! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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Un homme et une femme, soirée poétique à Cook And book
Une soirée rien que pour vous avec des femmes auteures qui assument et assurent leur plume. Carine Geerts, Silvana Minchella et Murielle Lona en mode sensuelle, romantique, révolutionnaire. - Elles seront accompagnées d'hommes : des poètes Gaëtan Faucer et Éric Allard et des chanteurs : Epolo et Angelo. Cette fois, présence d'une lectrice: Tatiana Marinof.
- Soirée à thème, gratuite dans la bonne humeur et les belles rencontres.
- "Après nous partageons un verre, nous mangeons ensemble si vous le souhaitez. Nous espèrons de tout coeur vous voir et vous revoir . " Silvana, Carine & Murielle.
- Où? Dans l'espace SERRE, Cook and Book - Avenue Paul Huysmans, 251 - 1200 Bruxelles (Woluwé-Saint-Lambert)
- Quand? Le mercredi 15 mai à 19 heures.
- http://www.cookandbook.com/
12:43 Écrit par Éric Allard dans Rendez-vous | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |
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11/05/2013
Lana Del Rey / Young & beautiful (clip)
16:23 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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Tout sur le fiEstival MaelstrÖm ReEvolution (jusqu'au 12 mai)

Le programme détaillé d'un fiEstival unique!
13:48 Écrit par Éric Allard dans Rendez-vous | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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Histoires d'eau noires
par Denis BILLAMBOZ
Deux auteurs depuis longtemps disparus, deux auteurs presque contemporains mais qui n’avaient rien en commun, sauf peut-être ces deux courts textes qui évoquent des histoires d’eau, des histoires de mer souvent déchaînée, hostile à la gent humaine. Un milieu idéal pour le romancier qui voudrait regarder l’homme aux limites de l’humanité quand presque plus rien ne le relie à ses contemporains, quand son esprit commence à divaguer sous l’effet de la solitude, de l’éloignement, du confinement au milieu d’une étendue sans frontières apparentes.
La vague de l’océan
Ambrose Bierce (1842 – 1913)
Ambrose Bierce c’est l’écrivain éponyme qui a donné son titre, « Le vieux gringo », au livre que Carlos Fuentes lui a consacré pour essayer de raconter la vie qu’il aurait pu avoir après avoir disparu en voulant rejoindre les guérilleros mexicains de Pancho Villa. Et j’ai lu ce petit recueil de quatre nouvelles, « La vague de l’océan », juste pour lever un coin du voile recouvrant encore, en ce qui me concerne, la vie et l’œuvre de cet écrivain aventurier qui a participé à la Guerre de Sécession.
Quatre nouvelles, quatre récits de mer, quatre fables loufoques mêlant l’humour le plus noir aux scènes burlesques et macabres : un capitaine jette ses passagers par-dessus bord pour alléger son bateau en train de couler, un équipage tire au sort celui qui empêchera les autres de mourir de faim, … mais trois textes seulement reliés par un personnage récurrent, le Capitaine Abersouth, gros lecteur devant l’éternel privilégiant toujours ses livres aux navires qu’il fait naviguer entre les pages de ce recueil.
Un texte évidemment daté, fluide et pétillant, empreint de verve, des phrases qui coulent allègrement comme d’amples vagues apaisées qui viennent mourir mollement sur la plage. Des récits qui pourraient trouver leur place dans la correspondance échangée par Louis Sepulveda et Mario Delgado Amparain dans « Les pires contes des frères Grim » ou au voisinage immédiat de l’histoire de phare racontée par Rachilde dans «La tour d’amour ».
Ce recueil est peut-être aussi un aperçu, un raccourci, de la vie qu’Ambrose Bierce a menée, une vie pleine d’aléas ou le hasard gouvernait souvent le sort, où ceux qui décidaient des combats, des guerres, à conduire, du sort des hommes n’étaient pas souvent les plus capables, où finalement le vent de l’aventure poussait inéluctablement le voyageur au gré de son souffle comme il l’a toujours fait et le fera toujours.
La Tour d’amour
Rachilde (1860 – 1953)
« Ho ! Hisse ! Hisse en haut ! » Jean le Maleux est très fier et très heureux, il a été choisi pour seconder le gardien du phare d’Ar-Men, là-bas tout au bout de la Chaussée de Sein, au bout du monde, là où les éléments liquides luttent avec férocité contre les reliquats de roche qui encombrent encore le passage des flots déchaînés. Là où les bateaux viennent se fracasser les nuits d’orage, semant leur cortège de cadavres dans le dédale des récifs.
Et, là, Jean le Maleux découvre son patron, son seul compagnon, un reliquat d’humanité qui se fossilise dans le phare sans jamais retourner à terre, reclus sur ce bout de roc où des bâtisseurs acharnés ont réussi à dresser une tour, ayant rompu a jamais avec les hommes, ayant même perdu son alphabet. Et, Jean, au contact de cet être fruste, découvre la solitude, celle qui peut rendre fou quand le vent chante et hurle dans la lanterne. Même le retour à terre n‘apporte aucune joie, les filles sont trop volages et l’alcool rend malade et fait perdre la tête. Alors, l’homme se retrouve seul face à lui-même et perd progressivement son humanité dans cet univers de violence où les éléments tiennent le sort des vivants dans leur souffle infernal.
« C’est la tour d’amour » qui ne connut jamais les femmes, bien qu’un secret semble peser sur le passé de ce phare ajoutant l’angoisse de l’inconnu à la douloureuse frustration causée par le manque de tendresse et d’amour. « On ne pense plus au péché. On ne songe plus au plaisir. » On ne connaît plus les limites, les mœurs peuvent se déchaîner comme les éléments, de toute façon personne jamais ne saura …
Rachilde nous offre, dans ce court roman, une grande page sur la solitude, la frustration, la limite de l’homme perdu aux confins de l’humanité là où les éléments ont vaincu toute vindicte humaine dans un infernal déluge de vent et d’eau, dans une langue envoutante qui se déchaîne au rythme des éléments, qui chante comme le poète quand la mer se calme et qui jargonne comme un vieux marin un soir de cuite quand il faut évoquer ce reliquat d’humanité qui toujours résiste face aux éléments.
11:11 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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10/05/2013
Come on + I want to be loved
Le 10 mai 1963...
face A
face B
22:38 Écrit par Éric Allard dans Hey, man! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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Echelle de Richter de l'écrivain
Petite échelle personnelle de la considération de l'écrivain en tant qu'être social.
1- (Micro) Ecrivain pas encore publié
C'est très bien. Formidable. Rien de plus beau... mais va chercher un vrai travail. Aucune reconnaissance à espérer. Dans l'esprit des gens, ne pas être édité est synonyme de n'avoir pas de talent. Vous écrivez? C'est génial! Et vous êtes publié? Non... alors vous faites quoi dans la vie?
2- (Très mineur) Ecrivain publié à compte d'auteur
Très risqué. Mieux vaut passer directement du 1 au 3 ou rester au 2. Argumenter que Proust et Gracq ont commencé en étant publié à compte d'auteur n'y fera rien. Mépris du monde de l'édition, dédain des libraires... pas grand-chose à attendre de cela.
3- (Mineur) Ecrivain publié à compte d'éditeur
C'est ce qu'on attend d'un écrivain. Première reconnaissance mais début du parcours de combattant. Vous vaudra toujours le questionnement irrité de votre maman qui ne comprendra pas pourquoi, lorsqu'elle va à la Fnac, les premiers exposés sont Musso et Levy et pas vous !
4- (Léger) Ecrivain dont on parle dans la presse régionale
Vous vaudra l'estime de vos voisins et un regain d'intérêt de la part de vos proches. Hélas, peu efficace au niveau des ventes, surtout si vous êtes coincé entre l'inauguration d'une foire à la saucisse et une bourse aux vêtements à Pellouailles-les-vignes...
5- (Modéré) Ecrivain dont on parle à la radio
Vos amis sont surpris et contents de vous avoir entendu au moment où ils trempaient leurs krisprolls beurrés dans leur bol de café. L'estime commence à se muer en quelque chose qui ressemble à de la fierté.
6- (Fort) Ecrivain passant à la télévision locale
La fierté se transforme en admiration. Les gens vous reconnaissent dans la rue. Sympathique mais toujours pas de file d'attente à vos séances de dédicaces.
7- (Majeur) Ecrivain dont on parle dans la presse nationale
On vous prend enfin au sérieux. On cesse de vous demander sans cesse si vous vivez de votre plume et si à part ça vous avez un « boulot sérieux ». Début du cercle vertueux. Comme on parle de vous, on a encore plus envie de parler de vous. Début d'une notoriété importante. On commence à acheter vos livres plus par curiosité de découvrir un nouvel écrivain prometteur que pour faire plaisir au fils de la voisine.
8- (Important) Ecrivain qu'on voit sur les grandes chaînes de télé
Véritable séisme. Peu importe la valeur intrinsèque de votre ouvrage, il va se vendre et vous allez vite devenir le meilleur ami de votre éditeur, de vos libraires et, d'ailleurs, de tout le monde. Vous allez devoir vous mettre sur liste rouge et avoir un deuxième profil sur Facebook où vous utiliserez un pseudo uniquement pour vos amis intimes et les fidèles lecteurs de votre blog.
9- (Exceptionnel) Ecrivain qu'on a vu à la télé, mais qui vient de mourir
Le top du top, mais curieusement ce sera le seul statut (avec le 2) que vous ne serez pas pressé d'atteindre.
Marc Lefrançois
Voir son blog: Journal d'un écrivain
http://www.marclefrancois.net/
16:17 Écrit par Éric Allard dans Humour, Partage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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Au suivant / Brel, Scott Walker & Charlie Winston
15:11 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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08/05/2013
Deux histoires de salle d'attente
En attendant
Pour agrémenter l’attente de ses patients, ce praticien avait prévu des attractions. Chanteurs, jongleurs, acrobates... se succédaient pendant le temps des visites. Quand leur tour venait, c’était au médecin d’entrer en scène déguisé en clown ou en dompteur de phoques. Les jours de grande affluence, l'homme faisait disparaître son officine ou, en habit de lumière, encornait un taureau imaginaire. Il n’était pas rare que le patient, ravi, repaie pour un parcours complet. Tout cela n’allait pas sans une augmentation d’honoraires couvrant les prestations des artistes. Mais on ne va pas chez son médecin tous les jours non plus.
Une accueil glacial
La salle d’attente de ce spécialiste était frigorifique. Plusieurs épaisseurs de vêtement n’étaient d’aucun secours; il eût fallu aussi des moufles, un passe-montagne, des écharpes, de la fourrure... Très vite, menacés d’hypothermie, ils oubliaient les maladies reléguées au rang de maux mineurs dont ils souffraient et pour lesquels ils étaient venus consulter.
Enfin, une fois la porte du cabinet franchie, ceux qui avaient bravé le froid étaient immédiatement envoyés en chambre froide pour l’abattage où on les dépeçait, on les découpait avant d’accrocher les bons morceaux à des crocs et de livrer les bas morceaux aux chiens.
Cet homme était un boucher.
11:05 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |
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07/05/2013
Les vélos de Bourvil
Texte de Le vélo, un sketch de Bourvil:
http://www.paroles2chansons.com/paroles-bourvil/paroles-v...
Bourvil parle du vélo utilisé dans Les cracks d'Alex Joffé (1968)
12:59 Écrit par Éric Allard dans Les beaux films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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À vélo
À vélo, je lis, je ris, je vis. À vélo, je vocalise, je chante Montand, Dassin, Bourvil. À vélo, je pianote sur mon Iphone, j’adresse des textos à Philippe Gilbert & Rodrigo Beenkens, je tactilographie. À vélo, je liste mes envies. À vélo, je bouffe des lasagnes bio, je végète, je vététise. À vélo, je ronge mon frein, je développe des virus, j'éternue, je m'éternise. À vélo, je prie Dieu dans les descentes, sur les pavés. À vélo, je me balade, je balaie l’air, j’epoussette le vent, je ventile mes poils. À vélo, je m’enivre, je bois du petit lait, je suis vache, je fais des bouses. Mais ça en gêne certains. En auto, je klaxonne à tout rompre, je fais des queues de poisson rouge. Je dépasse les deux roues en leur faisant un doigt d’honneur. J’écarte plus d’un cycliste sur mon véloce passage, je les envoie dans les bas-côtés, ils font des bonds et de la place. Ainsi, lorsque j’enfourche à nouveau ma bicyclette, la piste cyclable est libre. Je peux rouler comme un Merckx.
10:53 Écrit par Éric Allard dans Sac à malice | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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06/05/2013
Noir et blanc / Brigitte Bardot
11:37 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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