25/04/2015

MES MOTS MOCHES suivi de LES MOTS REBELLES / Denis BILLAMBOZ

mes-mots-pleurent.jpg

 

Mes mots moches

 

Mes mots moches

Je les dépose

Au fond de ma poche

Ils reposent

Avant que je les décoche

A ceux qui osent

Comme des cloches

Dire des choses

Qui reprochent

Qui imposent

 

Dans ma sacoche

Ils s’ankylosent

Et s’effilochent

Alors je les expose

Aux fantoches

Qu’ils indisposent

Petites choses

Dures comme roche

Belles comme rose

Fortes comme mailloche

 

Les_mots_de_Melanie_Laurent_Chanteuse_Paroles_En_t-attendant_chanson_integrale.preview.png

 

Les mots rebelles

 

Euh… euh…

Les mots s’accrochent

Euh… euh…

Ils refusent le désordre

Euh… euh…

Ils font la grève du zèle

  

Le propos est confus

Le discours est touffu

Le message est incompréhensible

Les auditeurs sont insensibles

 

Ils simulent l’attention

Ecoute avec affectation

Mais ils sont partis ailleurs

Dans un monde meilleur

  

Personne n’a suivi

Tous partagent son avis

Chacun lui donne son accord

Il est midi, il est temps de clore

 

Les mots sont têtus

Pour être entendus

Ils exigent le respect

Et refusent l’à peu près

  

des-maisons-dessinees-uniquement-avec-des-mots11.jpg

+ de dessins de Thomas Broome avec des mots 

21:35 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

24/04/2015

FIN DE VIE

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Un sujet incontournable en littérature comme dans de nombreux autres domaines, j’ai choisi, pour cette publication, de le confier à deux écrivains qui l’ont traité sous deux angles bien différents : Antonio Barrera-Tyzkabrillant auteur vénézuélien insuffisamment connu en Europe et Sophie Cadalen auteure française qui a abordé le sujet de façon très charnelle comme si la mort la dévorait elle-même. Barrera-Tyzka explore l’espace mal défini qui existe entre le médecin et son patient, au moment où le praticien doit affronter la dure réalité et la dévoiler à celui qui doit la subir. Sophie Cadalen situe son récit encore plus près de la mort, quand celle-ci a pris possession de l’être aimé et prive celui qui survivra de tout ce qu’il partageait avec celui qui s’en va. Deux textes qui nous mettent en face de notre devenir.

 

31KPesIGTML._SY344_BO1,204,203,200_.jpgLA MALADIE

Alberto BARRERA-TYZKA (1960 - ….)

« Nous avons tous le droit de savoir que notre vie a un terme fixé, une date limite ; de savoir quand et comment nous mourrons ». Le docteur Andrès en a toujours été convaincu et, pourtant, lorsqu’il reçoit le résultat des analyses de son père, il a du mal à les accepter et n’arrive pas à lui dire qu’il à un cancer déjà bien installé et que sa vie est fortement hypothéquée. Andrès qui a perdu sa mère dans une catastrophe aérienne quand il n’était encore qu’un enfant, a fait longtemps des cauchemars sur la disparition de cette mère adulée. Et, pour lui faire oublier les affres de la mort, son père l’avait emmené pour un petit séjour sur une île, il projette alors de refaire ce voyage avec son père pour lui dire la vérité. Mais que cette vérité est dure à dire.

Pendant ce temps, son assistante est harcelée par un hypocondriaque que le docteur ne veut plus voir, elle décide finalement de tenter de le rassurer, alors s’installe une relation épistolaire entre ce pseudo patient et cette assistante qui n’a aucune formation médicale. Cette correspondance électronique crée une sorte de parallèle entre la maladie qu’on ne peut pas révéler et la maladie qu’on ne peut pas faire admettre. Le dialogue autour de la maladie est bien difficile à construire et reste souvent un discours vide, un exercice d’hypocrisie.AVT_Alberto-Barrera-Tyszka_795.jpeg

Ce livre d’une grande simplicité, n’élude rien de la maladie et de la mort, il énonce les choses avec vérité mais aussi avec sensibilité et pudeur, comme Le bateau-phare de Blackwater de Colm Toïbin, dans un style d’une grande fluidité. Il pose notamment cette question fondamentale du droit de savoir ou du droit de ne pas savoir, est-ce une règle ? Est-ce que ça peut faire partie d’un diagnostic propre à chaque malade ? Il semble facile d’énoncer des principes quand il s’agit de patients habituels mais il est beaucoup plus difficile de les appliquer quand il s’agit des siens.

Barrera Tyszka, explore cet espace flou qui existe entre le malade et le médecin, cet espace où l’on est déjà, peut-être, dans la maladie mais pas encore dans la médecine ou plus dans la médecine mais déjà dans l’accompagnement à la fin de vie. Et, le docteur Andrès cherche sa place de médecin et de fils qui n’a pas dit tout ce qu’il voulait dire à son père, qui ne sait pas dire ce qu’il faudrait, peut-être, lui dire maintenant et qui regrettera certainement ce qu’il n’aura pas dit à ce père qu’il croyait connaître mais dont il ignore tant de choses. « La maladie détruit aussi les mots ».

L’auteur n’élude ni la question de l’euthanasie, ni le problème du choix des malades qu’il faut soigner, ou non, selon leur espérance de survie et rappelle, surtout, au lecteur que « Ce qui différencie l’homme des autres espèces, c’est que l’homme est le seul animal qui sait qu’il va mourir. » Et, le docteur Andrès sait bien qu’après son père, il sera le premier sur la liste familiale à affronter la dernière épreuve de la vie. Même si on est médecin, il n’est pas facile d’aborder cette épreuve sans angoisse et avec sérénité

« Pourquoi avons-nous tant de mal à accepter que la vie soit un hasard ? »

 

tu-meurs-522773.jpgTU MEURS

Sophie CADALEN (1966 - ….)

Eros contre Thanatos, l’amour contre la haine, l’espoir contre la résignation, Sophie Cadalen réédite le livre qu’elle a publié en 2003 pour raconter l’épreuve que son héroïne, elle-même peut-être - « j’admettais être un charognard qui se servirait du moindre événement significatif, tragique ou poétique, pour en nourrir son imaginaire et en tirer quelque chose qui parfois s’appellerait un roman » - doit affronter quand son mari découvre qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau. « Celle qui y dit « je » était l’interprète de mon urgence, de mon impératif à consigner les derniers instants d’une vie qui disparaît, les progrès d’une maladie qui a gagné la partie ».

Avec une écriture à la mesure de cette dramaturgie, dense, intense, riche qui court sur la page comme pour consigner dans l’urgence tout ce que cette femme ressent, tout ce qu’elle est en train de perdre, toutes les frustrations qui l’attendent et toutes celles qu’elle supporte déjà, Sophie Cadalen nous offre une grande page d’émotion, de douleur à partager, de compassion à offrir. C’est un très beau texte qui explore cet espace que la pudeur et l’inhibition empêchent toujours d’évoquer : toutes les frustrations qui attendent les femmes qui se retrouvent seules, privées de celui qu’elles ont aimé, de celui qui leur a donné le plaisir auquel elles ont droit et qu’elles n’éprouveront peut-être plus.photo-3-143211-XL-120652_L.jpg

L’auteure évoque cette lutte implacable entre l’épouse légitime et l’autre, « L », la maîtresse, la tumeur, elle qui prend inexorablement possession de celui qu’elle aime, qu’elle ne veut pas perdre, qu’elle n’accepte pas de voir partir au bras de cette maîtresse implacable et déloyale. Elle est dans le refus, elle ne veut pas croire à une issue fatale, elle n’accepte pas la dégradation, elle reproche à son mari de la laisser, de l’abandonner. Elle se sent la victime de ce combat fatal avant de finir par accepter son sort, sa solitude, son abandon et de se muer en vestale gardienne de la dernière demeure de son mari en pleine décrépitude.

Cette histoire m’a évidemment ramené à la mémoire ce livre du romancier espagnol Miguel Delibes, Cinq heures avec Mario, que j’ai lu il y a bien longtemps, il raconte la nuit qu’une femme passe aux côtés de la dépouille de son mari pour lui énumérer tous les reproches qu’elle a accumulés contre lui au cours de leur existence commune. L’héroïne de Tu meurs accable elle aussi son mari, elle lui reproche de l’abandonner, de ne plus lui donner le plaisir qu’il lui donnait avant, de se décomposer, de la laisser seule mais ce texte est aussi un grand roman d’amour parce que cette femme, à travers ce qu’elle reproche et regrette, met en évidence tout ce que son mari lui donne, lui a donné et pourrait encore lui donner s’il se débarrassait de l’autre, celle qui le phagocyte et l’emporte. « Mon amour tourne et rôde autour de ta mort, il fait mine de déguerpir, d’abandonner la partie, de se divertir d’un autre homme. C’est une feinte inutile. Je t’aime ».

Difficile de croire que l’auteure n’a pas connu une aventure de ce genre car son texte est trop charnel, sa douleur trop palpable, sa frustration trop sexuelle et son désir trop brûlant. La mort a été sa compagne un jour ou l’autre, elle semble en connaître la réalité, « je les déteste, ces irruptions d’un monde à côté du nôtre, cette prétendue réalité qui fuit devant l’unique vérité : celle de la mort ».

21:58 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

20/04/2015

D'UN SILENCE À L'AUTRE: ANTONIONI vu par HAENEL

antonioni.jpg

LE SILENCE EST UNE FORME DE PENSÉE

Dans l'église San Pietro in Vincoli, à Rome, où la statue du Moïse de Michel-Ange continue de lancer sur le monde ce regard de colère qui impressionnait tant Freud, lequel essayait à chacune de ses visites de « tenir bon face au regard courroucé et méprisant du héros » (et se repliait finalement dans la pénombre pour échapper à son jugement), il existe un écriteau, traduit en plusieurs langues. En voici la version française : « Il est interdit de stationner devant la statue de Moïse pour donner des explications au groupe. »
Freud aurait sans doute apprécié l'ironie involontaire de cet écriteau. Au fond, il vaut mieux ne pas se trouver en face du Moïse, il ne faut surtout pas rester devant lui, et encore moins ouvrir la bouche. Cet écriteau, dans sa naïveté policière dit une vérité sur la statue : croiser le regard du Moïse vous coupe la parole.
J'écoutais Moïse et Aaron, le grand opéra de Schoenberg sur l'aphasie, quand j'ai repensé à l'écriteau de San Pietro in Vincoli. Pour triompher de toutes les épreuves auxquelles la pensée est exposée, Moïse affirme qu'il faut un Dieu à Israël, mais Israël n'en veut pas, d'où sa colère. Je me demandais à quoi s'adresserait aujourd'hui la colère de Moïse, sinon à la destruction même de la pensée, à ce ravage qui destine les corps à l'inexistence politique.
Si Freud redoutait tellement le regard du Moïse, c'était parce que Michel-Ange a sculpté dans le marbre l'instant où il découvre la vulgarité de son peuple : son regard semble bondir, il se jette, écrit Freud, sur la « populace » (dans la traduction de Marie Bonaparte, il s'agit de « racaille »).
Et puis j'ai pensé au Regard de Michel-Ange, un film d'une quinzaine de minutes de Michelangelo Antonioni, où celui-ci vient regarder la statue du Moïse. Antonioni monte les marches de l'église pour dévisager la statue — pour « tenir bon » face à Moïse, comme disait Freud. Une série de champs-contrechamps silencieux concentre l'échange de regards : qui regarde qui ? — et depuis quel secret ? On sait qu'Antonioni, suite à un accident cérébral, avait perdu la parole. On sait que Moïse ne parlait pas : sa bouche était « lourde », dit la Bible. C'est un héros du silence : « Ma langue est raide, je sais penser mais non parler », dit le Moïse de Schoenberg. Ce que donne à voir ce film, c'est un transfert de silence.
Alors, d'un silence à l'autre, qu'est-ce qui se passe ? De quelle nature est le passage entre le Moïse de Michel-Ange et son homonyme antonionien ? Est-ce le Moïse de Michel-Ange qui offre quelque chose à Antonioni, ou celui-ci qui fait de son mutisme une offrande ? La transparence inquiète de cet échange convoque dans sa mélancolie des figures immémoriales : sans doute Antonioni vient-il à la fois saluer la beauté et annoncer sa sortie, comme si, une fois son parcours artistique bouclé, il s'agissait encore de s'exposer au verdict de l'art, à la terrible endurance de son regard : rencontrer son propre silence dans le marbre, c'est se mesurer à l'énigme de la transfiguration.
« Tenir bon » face au Moïse de Michel-Ange consiste ainsi à avoir parcouru l'expérience même de l'art jusqu'à extinction de ses possibilités, et — comme Lacan le dit du héros —, à ne pas céder sur son désir. Le face-à-face avec les œuvres est l'histoire même du temps : c'est le lieu de la transfiguration, c'est-à-dire du monde à venir — c'est la grande politique. Quand Freud pense à Moïse, il y pense contre la Loi. Quand Schoenberg pense à Moïse, il y pense contre Hitler. Quand Antonioni pense à Moïse, il y pense contre quoi ? Sans doute contre l'Italie — contre la dévastation politique et culturelle de l'Italie.
L'aphasie d'Antonioni est historiale : c'est une manière d'endurer la destruction de l'Italie — de lui répliquer. Il n'y a plus rien à dire face au ravage organisé dans ce pays ; Antonioni en a vécu les conséquences de la manière la plus extrême : l'Italie lui a ôté la parole. Comme Moïse face à l'idolâtrie de son peuple, Antonioni, à la fin de sa vie — et d'une manière peut-être plus profonde encore que Pasolini, plus énigmatique — défie les Italiens. Son  silence est une forme de pensée : c'est un avoir-dit glorieux.
On sait que le temps du regard est contrôlé par la société ; c'est par l'enregistrement que le contrôle s'exerce. La grande ironie d'Antonioni — la puissance de sa fragilité —, consiste à mettre son corps en travers de la surveillance ; car s'il existe quelque chose qui échappe à celle-ci, c'est le silence. Les sphinx sont le contraire des spectres. Les sphinx pensent, ils ne sont pas repérables.  
Cette rencontre entre Antonioni et Moïse est un acte secret. En lui se concentre quelque chose de décisif, que Schoenberg avait entrevu : la parole, politiquement, ne tient plus ; ce qui doit se dire passera par le silence. Dans la rencontre entre Antonioni et Moïse, il en va ainsi de la transmission même de la pensée. La transmission de pensée s'accomplit en silence à travers le temps ; c'est la véritable histoire.

Yannick HAENEL, texte repris en partie dans un chapitre de Je cherche l'Italie

Les chroniques italiennes de Haenel sur le site de Philippe Sollers



Le film sur Vimeo

Michelangelo-Antonioni-photo-15358.jpg

Michelangelo Antonioni en 5 minutes chrono

 

Rétrospective et exposition Antonioni à la Cinémathèque française, par Olivier Père

CHER ANTONIONI, la lettre adressée au réalisateur par Roland Barthes et parue dans les Cahiers du cinéma de l'été 1980

381652_300x300.jpegExtrait:  "Un autre motif de fragilité, c’est paradoxalement, pour l’artiste, la fermeté et l’ insistance de son regard. Le pouvoir, quel qu’il soit, parce qu’il est violence, ne regarde jamais : s’il regardait une minute de plus (une minute de trop), il perdrait son essence de pouvoir. L’artiste, lui, s’arrête et regarde longuement, et je puis imaginer que vous vous êtes fait cinéaste parce que la caméra est un œil, contraint, par disposition technique, de regarder. Ce que vous ajoutez à cette disposition, commune à tous les cinéastes, c’est de regarder les choses radicalement, jusqu’à leur épuisement. D’une part vous regardez longuement ce qu’il ne vous était pas demandé de regarder par la convention politique (les paysans chinois) ou par la convention narrative (les temps morts d’une aventure). D’autre part votre héros privilégié est celui qui regarde (photographe ou reporter). Ceci est dangereux, car regarder plus longtemps qu’il n’est demandé (j’insiste sur ce supplément d’intensité) dérange tous les ordres établis, quels qu’ils soient, dans la mesure où, normalement, le temps même du regard est contrôlé par la société : d’où, lorsque l’œuvre échappe à ce contrôle, la nature scandaleuse de certaines photographies et de certains films : non pas les plus indécents ou les plus combatifs, mais simplement les plus « posés »." R.B.

15:04 Écrit par Éric Allard dans Les beaux films | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

19/04/2015

LECTURES PRINTANIÈRES

5f6034c6-e0fc-11e3-9861-5a72a6fd8fe4_web_scale_0.154321_0.154321__.jpg.h380.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

5121FTR2M5L._SY344_BO1,204,203,200_.jpgClaude LOUIS-COMBET, BLESSE, RONCE NOIRE

(José Corti, Les Massicotés, 2004, 128p., 8€.)

Un classique d’un des plus grands écrivains francophones vivants (avec Quignard, Michon, Ernaux, Lefèvre, Sallenave, Mauvignier, Enard, Adam…). Claude Louis-Combet, aujourd’hui un peu plus de quatre-vingts ans.

Un livre de feu, urgent et incisif, incendiaire. Un récit fictionnel sur base d’une histoire bien réelle : la relation fusionnelle, incestueuse des frère et sœur TRAKL. Le grand public ne connaît que le poète Georg, décédé en 1914. Sa sœur Gretl achèvera son destin trois ans plus tard.Claude_Louis_Combet.jpg

Dans une prose somptueuse (peu d’écritures aussi prégnantes, aussi atmosphériques dans le sens d’une description décantée de toute une série de lieux, d’aires de connaissance intime), Claude Louis-Combet cerne et serre cette relation interdite, cachée, clandestine, qui tournera à la catastrophe.

Le titre, Blesse, ronce noire, est à l’aune de la violence incessante qui anime ces pages : violence de la relation, de sa description précise, de ses effusions. La quête amoureuse, sensuelle et sexuelle dans un bois qu’on traverse est un des sommets de la littérature érotique, par la charge émotionnelle, qui monte à l’instar de l’escalade des deux amants, à travers bois, feuillages et ronces. La ronce noire évoque, par ailleurs, le triangle de soie noire du sexe de Gretl.

 

ginsburg_reference.gifNatalia GINZBURG, LA ROUTE QUI MÈNE À LA VILLE,

(Denoël, coll. Empreintes, 2014, 128p., 11, 90€)

Ce roman, paru la première fois en 1942, dont la brièveté pourrait paraître facile, concentre les atouts d’une littérature profonde, dense, proche de ce qui deviendra école néo-réaliste (avec des auteurs comme Pavese, Fenoglio, Cassola, Soldati), mêlant avec une rare maestria l’histoire locale, l’évolution des mœurs et la description hallucinante de réalisme d’un petit village, et d’une ville proche, lieu des mirages et des réalités.

Le grand art de Natalia Ginzburg, résistante, envoyée avec son mari Leone en relégation comme Pavese, Levi, est de nous raconter l’histoire par le biais de son anti-héroïne Delia, amoureuse d’un petit-cousin, objet des convoitises d’un fils de bourgeois, éprise de liberté, ce qui donne à ce roman sans âge un parfum d’années bien postérieures, où la femme, la jeune fille accèdent à un certain rôle social – ce que ne connurent guère leurs devancières.

Comme chez Pavese, le terreau social, rural brille par une description quasi ethnographique des usages, du qu’en-dira-t-on, des fausses et vraies rumeurs, de la mainmise d’une morale de préservation des filles…Natalia-Ginzburg.gif

Nini, Giulio : deux noms d’homme pour cette Delia, deux parcours, celui de l’amour, de la clandestinité, celui aussi du devoir, de l’obligation sociale et des convenances.

L’acuité de la vision familiale (Delia a une flopée de frères et sœurs, dont la libre Azalea, que l’on traiterait aujourd’hui de dévergondée duplice) ne débouche cependant pas sur une noirceur totale. La vie s’en va ainsi, difficile, illusoire, compromise, mais quelque porte s’ouvre dans les grisailles coutumières.

Ce roman d’une jeune romancière, de vingt-cinq ans, est une totale réussite psychologique et sociale.

17:50 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUE de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

14/04/2015

Petites HISTOIRES D'ÉCOLE (II)

Writing-with-chalk-on-blackboard1178.jpg

 

A force de ne pas se faire voir, est-ce que l’inspecteur disparaîtra des mémoires scolaires ?

 

 

A l'Ecole du suicide, quand tu t'effondres à l'examen, il vaut mieux que ce soit du haut du bahut.

 

 

Mon fils veut devenir professeur :

-      De quoi ? je lui demande 

-      De rien, comme toi.

 

 

On raconte que le directeur des programmes de cette télé du savoir est un ancien inspecteur.

 

 

On ne voit plus cet enseignant en trous noirs, on craint qu’il ait changé d’orientation ténébreuse en cours de disparition.

 

 

La vie privée du professeur, sa femme, sa belle-mère, ses enfants, sa maîtresse, ses ennuis domestiques, ses prochaines vacances n’intéressent, il faut le savoir, l’étudiant que dans la mesure où cela lui permet de passer une petite heure tranquille. 

 

 

Cette prof fondait en larmes à chaque fin de cours à l'idée de la disparition de son public éphémère, d’autant plus quand les applaudissements avaient été nourris. Elle se consolait, cela dit, dans les cinq minutes avec l’arrivée des spectateurs de la séance suivante.

tableau-noir-physique-quantique-03.jpg

 

Enseignement transversal

Quand il neige dans la classe, ce prof de maths requiert le calcul du nombre moyen de flocons tombant par minute. Le prof de français demande une description rapide d’un flocon de son choix. Le prof de langues vivantes traduit flocon, neige et classe pourrie dans la langue qui justifie son salaire. Le prof de couverture envisage son licenciement. Le prof d’électricité couvre les fils de raccordement...

 

 

Ce professeur enseigne sur un nuage à des étoiles récalcitrantes. Parfois il descend avec la pluie pour dispenser un cours particulier à une pâquerette ou l’autre.

 

 

Ce prof qui donne cours à des robots depuis trente ans les trouvait beaucoup plus intelligents et plus studieux au début de sa carrière.

 

 

 

-         C’est quoi, professeur, papa ?

-          Je cherche la définition depuis trente-cinq ans.

-     Mais tu vas trouver, papa, c’est pour ça que tu es professeur...

 

 

- Professeur d’anglais, c’est un professeur qui a traversé la Manche ?
- Oui, et qui peut expliquer clairement aux habitants de la côte pourquoi il est aussi trempé même s’il n’a pas plu.

 

 

-   Le prof de géographie, il n’a pas besoin de GPS ?

- Non, pas à l’intérieur de l’école.

 

  

-    Le prof de politesse, il dit bonjour à ses élèves en arrivant ?

- Uniquement s’il a obtenu son diplôme avec une grande distinction.

 

 

-         Quand on est professeur, c’est pour toute la vie ?

-    Maintenant, oui.

 

tableau-noir-physique-quantique-04.jpg

 

 

Dans cette école de parents d’élèves, les réunions d’enfants ont lieu les mercredi après-midi.

 

 

Un enseignant qui traîne dans les couloirs a peut-être perdu tout espoir de rencontrer l’élève idéal...

 

 

Cet enseignant désignait au début de l’année un étudiant par classe pour chauffer la salle de cours avant sa prestation : applaudissements, gestuelle adaptée à la séquence d’apprentissage. Cris & rires accompagnaient ainsi tous les moments forts de la classe et amélioraient conséquemment l’image que cet enseignant se faisait de lui-même.  

 

 

Cet enseignant criait son cours. Quelle idée aussi qu’avait eue ce conseiller en éducation de faire classe dans un dancing pour motiver les étudiants de terminale ! 

 

 

Ce professeur de cinéma plantait toujours ses champ/contrechamp.

 

 

Ce professeur jouait fort bien de la craie sur le tableau noir et les enfants étaient nombreux à venir se régaler de ses concerts de toutes les couleurs.

 

 

Ce délégué syndical en burn-out  interdisait à ses étudiants  toute manifestation de bonne humeur.

 

 

Ma mère vient toujours me reprendre à l’école. Après que j’ai donné mon cours, elle est là à m’attendre, et nous repartons main dans la main jusqu’à la maison. Même si mon cartable est plus lourd que lorsque j’avais cinq ans, elle tient toujours à le porter. 

 

 

On a découvert dans l’ordinateur de ce prof de l’Université du Troisième âge des photos à caractère gérontopornographiques.


tableau-noir-physique-quantique-06.jpg

 

 

Ce directeur a naturellement désigné son professeur le plus vache pour donner le module consacré au lait (son débit, son beurre).

 

 

Ce professeur de briquets-tempête a accepté de remplacer à brûle-pourpoint le professeur en lampes-torches parti précocement en fumée le week-end dernier.

 

 

 

A l’Ecole de l’air, c’est deux heures de colle au sol par avion crashé. 

 

 

Dans les nuages des tableaux noirs il m'arrive encore de voir mon père me faire la leçon.

 

 

A l’Université du troisième âge, on ne peut pas redoubler plus de trois fois avant de mourir.

 

 

Ce professeur donnait un cours parfait devant une classe parfaite dans un lieu parfait au sein d’une société parfaite. (J’ai été obligé d’écrire ça, pour rétablir l’équilibre mais j’ai peut-être exagéré.)

 

 

Monsieur le directeur,

Mon fils ne reconnaît pas son prof de maths de sa prof de français. L’un écrit des nombres en toutes lettres et l’autre, des lettres en nombre. Le prof de math écrit les chiffres de la crise en grec et la prof de français fait des phrases oblongues. Le prof de maths poétise la géométrie de la femme. La prof de français qui tient sa ligne verbalise le langage binaire de l’homme. Veuillez, je vous prie, mettre bon ordre à ce micmac avant que tout le monde ne souffre, comme moi, de synesthésie chronique.

 Bien à vous.

 

tableau-noir-physique-quantique-02.jpg

Toutes les photos, sauf la première, sont  des photographies de tableaux de labos de physique quantique. Elles ont été prises par le photographe Alejandro Guijarro. 

14:30 Écrit par Éric Allard dans HISTOIRES d'ÉCOLE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

13/04/2015

UN LIVRE PAR JOUR

 piles-de-livres-via-lecompte-lise-marie-over-blog-com.jpg

   Il y a cinq ans, au moment de son arrêt soudain, cet écrivain publiait deux livres par semaine. Son lectorat s’était accoutumé à ce tempo. Certains lecteurs avaient arrêté de travailler pour se consacrer à la lecture de ses livres ; d’autres, leurs études, trouvant superflu toute autre activité que celle de lecteur de cette œuvre ; d’autres encore, parvenant difficilement à suivre le rythme tout en poursuivant une existence sociale normale firent appel aux services d’un psy à distance, car se déplacer sur les lieux de son cabinet prenait par trop sur leur temps de lecture.

  L’étonnement, pour ne pas dire l’onde de choc, fut considérable quand du jour au lendemain sa décision tomba. On déplora une vague de suicides. Seul, finalement, un lecteur désoeuvré, ayant tenu quelque temps à coups de relectures, s’était fait brûler sur un bûcher composé des livres de son écrivain fétiche.

   Durant un mois, un effet comparable à celui que de son temps avait suscité Salinger ou Pynchon fut constaté. Puis, après six semaines, plus vite qu’on ne l’aurait espéré, on oublia cet écrivain dispensable. Jusqu’à ce qu’il y a trois mois, dans une relative indifférence, il se remette discrètement à publier un livre par mois, puis deux, puis trois… On redécouvrait ainsi la somme de ses anciens livres qui faisait impression, effet de masse, de manche, d’avalanche, poussant les nouveaux sur le devant de la scène littéraire, toujours avide de phénomènes de foire. Plus que de véritables écrivains, difficiles à lire, qui faisaient avancer la littérature. Aujourd’hui, il est revenu au rythme de parutions d’avant son arrêt.

   Lors de l’interview qu’il donnée à la faveur de son improbable retour, il a déclaré n’avoir pas, il y a cinq ans, pris toute la mesure de la cadence infernale de publications qu’il s’était fixée mais que, maintenant, après avoir eu le temps de recharger ses batteries, de renouveler son stock, comme la mer recule loin pour mieux revenir, il pourrait désormais, et dans un délai fort court, parvenir au tempo tacatacatact espéré de parution d’un livre par jour. Les éditeurs se frottent les mains et la courbe de la production éditoriale est repartie à la hausse.

RETOUR AUX OURS...

3c71e0fa.gif

Le retour aux ours des abeilles ne s'est pas fait sans miel. 

E.A.

La chanson de l'ours / Charles Trenet

Le massacre de la même chanson par... Salvatore Adamo

BONUS

12:17 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songes, Les seules phrases | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

12/04/2015

RÉFORME INFORME suivi de CHÔMAGE / Denis BILLAMBOZ

Réforme informe

  

Grande ébullition

Les régions sont en fusion

Vaines discussions

Oiseuses démonstrations

Folles élucubrations

Grande confusion

Totale incompréhension

  

Dissolution

Constitution

Fusion

Absorption

Vaste question

Dont nous débattions

 

Bouillie de réflexions

Infusion de région

Improbable potion

 

carte-region.png

 

 

Chômage

  

Nez rouge

Joues rouges

Yeux rouges

Litre de rouge

Au fond d’un bouge

  

Pas d’courage

Plus la rage

Débrayage

Largage

Chômage

 

Sans envie

Ramolli

Avachi

Détruit

À vie !

 

Chom-Regions.jpg

11:04 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

AMOURS CONTRARIÉES

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Thème tellement récurent en littérature que je n’ai pas pu le contourner éternellement, il a bien fallu que je le propose au moins une fois et, pour cette occasion, j’ai choisi des auteures peu médiatisées, des femmes venues des confins méridionaux ardus de l’Europe du sud, d’Albanie et de la Basilicate, des femmes qui ont connu ces civilisations austères, rigides, fermées qui ne réservaient aucune place aux femmes. Bessa Mytiu invite des femmes à raconter leurs histoires d’amours impossibles comme Silvana Minchella témoigne avec des femmes qu’elle a tirées de son histoire personnelle sans qu’elles aient réellement exister. Toutes ont été malmenées et n’ont pas pu vivre les amours dont elles rêvaient.

Bessa-Myftiu.jpgAMOURS AU TEMPS DU COMMUNISME

Bessa MYFTIOU (1961 - ….)

Un hymne, une ode, une incantation à l’amour absolu celui qui emporte tout, embrase les cœurs et les corps sans se préoccuper de quelconques préjugés. Coincée par une grève à l’aéroport de Rome Fiumicino, trois Albanaises qui se rendent au mariage d’une amie commune, décident de se confier leurs histoires d’amour pour tuer le temps.

Anila raconte son histoire de femme divorcée qui tombe amoureuse d’un beau Kosovar qui ne l’épousera jamais parce qu’au Kosovo un homme n’épouse pas une femme qui a déjà connu un autre homme, une femme non vierge. Elle séduit alors le frère que cet homme s’est donné selon la tradition balkanique et entame avec lui une longue histoire à rebondissements qui la poursuivra jusqu’en Allemagne. « Au Kosovo, c’est la famille qui prime. Au Kosovo, on respecte les poètes s’ils respectent les coutumes. Au Kosovo, l’individu n’est pas encore né. »

Dina raconte ses relations avec ses amoureux qu’elle plaque pour ne pas souffrir, avant qu’eux la laissent tomber comme ses amants abandonnaient régulièrement sa mère. Elle ne peut cependant pas échapper à la séduction d’un beau jeune homme beaucoup plus jeune qu’elle qui ne veut pas l’épouser pour ne pas anéantir sa famille. « On finit toujours par trouver ce qui nous ressemble, si on suit la voix du cœur. »

Monda raconte comment, à cinq ans, elle était déjà convaincue qu’elle épouserait son beau cousin mais qu’à l’adolescence on lui a fait comprendre que c’était impossible. Le beau cousin ne peut pas non plus épouser l’amie de sa cousine qui est affligée de l’opprobre de la bourgeoisie qui colle encore à sa famille. « Tu ne veux pas détruire ma carrière pour les yeux d’une fille pareille ! »1681e28a-3507-11e0-b2b7-e38cf01276be.jpg

Des histoires d’amours tortueuses, rocambolesques, qui osent parler de sexe et de libération sexuelle, d’amour libre et du droit des femmes à disposer de leur cœur, de leur corps et de leur sexe. Des amours passionnels, absolus, magnifiques, violents, dévastateurs, comme on n’en écrit plus, des amours qui ne sont pas faits pour durer, seulement pour embraser. Des amours qui finissent toujours par rattraper ceux qui avaient succombé et qui croyait avoir oublié. « La mort même s’est retirée du champ de bataille, s’inclinant devant un amour qui avait résisté à tout : au régime politique, à la famille, à la maladie et au … temps. »

Malgré le titre de l’ouvrage, Ce n’est pas le communisme le principal accusé, même s’il n’est pas pour rien dans toutes les difficultés que rencontrent ces amoureux, il est un élément de contexte comme un autre pouvoir, une religion, ou n’importe quelle croyance aurait pu l’être. Ce qui est mis en cause, à mon avis, c’est beaucoup plus la tradition balkanique ancestrale qui pèse, à cette époque, encore très lourdement sur les êtres et les familles, instaurant un code de convenances et de pratiques inflexibles et incontournables. Il est paradoxal de constater que ce pays, l’Albanie, premier pays officiellement athée au monde, est un pays où la morale est l’une des plus rigoureuses et des plus contraignantes. Le pouvoir a épousé les règles de la tradition, de la famille, du parti, pour définir les fameuses « convenances » qui régentent tout dans la société albanaise.

Dans ce texte écrit directement en français - l’auteure réside désormais en Suisse – le narrateur n’hésite pas, dans un style vif, alerte, enflammé même, à allumer les feux de l’amour au risque de sombrer dans la grandiloquence plus que dans le lyrisme et le romantisme. Peu importe, ces amours tumultueux, dévastateurs, qui ne sont pas fait pour durer mais qui peuvent détruire, nous emportent dans un monde un peu fou. « Mais je trouve que les fous, ce sont les autres, ceux qui n’aiment rien ni personne ! »

 

ob_9374d4_les-louves.pngLES LOUVES

Silvana MINCHELLA

Les Louves, des femmes qui ont souffert dans leur chair, dans leur corps, dans leur sexe, dans leur cœur et dans leur âme, se rebiffent sous la plume de leur chef de meute, la narratrice, qui n’est peut-être autre que la réunion des ses diverses femmes en un seule : une jeune Italienne du sud, mariée, trop tôt, de force par son père, à un homme âgé, un peu dérangé, moins pauvre que lui, qui honore sa jeune épouse comme un animal monte sa femelle, une femme habitée par ses contradictions cherchant ses émois de jeunesse dans le corps d’une jeune amoureuse récemment décédée, une femme qui croit en la réincarnation, une femme qui pense que notre monde se prolonge probablement ailleurs.

A travers quatre récits très différents, qui peuvent, en s’assemblant comme les pièces d’un puzzle, raconter l’histoire des femmes, celles que Silvana aurait connues ? Probablement l’histoire de la femme qu’elle est aujourd’hui ? Peut-être aussi, l’histoire des femmes maltraitées, humiliées, considérées comme du bétail en Italie du sud, pas très loin du pays décrit par Carlo Levi. Un texte pour dire le malheur de ces femmes, leur triste condition, leur soumission de bêtes de somme et d’animaux reproducteurs dans une société patriarcale, superstitieuse, inculte, soumise à la religion et à l’aristocratie terrienne. Le Christ semble bien s’être arrêté à Eboli.minchellatete.jpg

Mais la révolte sonne et les Louves montrent leurs crocs et leurs griffes, elles veulent sortir du cycle rituel : soumission, interdit, désir insatisfait, révélation hors des lois sociales, religieuses et familiales, punition, vengeance. Elles veulent avoir droit au plaisir et à la liberté de l’esprit, du cœur et du corps, elles sont prêtes à remonter le temps pour retrouver la jeunesse, l’effervescence des sens, en refusant le temps qui passe, l’échéance inéluctable. Elles croient en la réincarnation, la possibilité d’un autre monde, d’un monde ailleurs rendant la mort beaucoup moins définitive et laissant l’espoir de vivre encore … ailleurs … autrement.

Un texte dur qui évoque l’Italie du sud, celle de Carlo Levi, avec ses sols rocailleux et son soleil accablant, un texte qui raconte un peuple austère, sévère, surtout avec les femmes, qui fait passer sa dignité et son image avant toute autre chose, un texte où la mort est omniprésente, inquiète, fait peur, mais les Louves la contournent en croyant à autre chose, à un autre monde où le droit au plaisir, le refus de toutes les conventions religieuses, sociales, ethniques, familiales… la liberté du cœur, du corps et de l’âme seraient les seules conventions.

Entre le confort de la fidélité et l’extase du plaisir, entre la satisfaction du cœur et l’effervescence du corps, Silvana hésite, «cachant sa vulnérabilité sous un maquillage étudié », elle balance, mais elle ne veut pas croire au hasard, la vie est programmée, organisée, tout est prévu. Peut-être ? On dirait cependant que ce petit livre est empli d’une douleur longtemps tue, d’une frustration jamais oubliée. Silvana, l’eau de tes yeux, celle de l’aigue-marine, n’éteindra jamais le feu qui brûle dans tes mots.

10:37 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

10/04/2015

C'EST LE MÊME DÉCOR de Carine-Laure DESGUIN

C-est-le-meme-decor--couverture.jpgTrois nouvelles écrites par Carine-Laure DESGUIN à partir de trois phrases de Marguerite DURAS, à l'occasion du centenaire de l'écrivaine.

Extrait de la quatrième de couverture:

      Dans une préface, presqu’une psychanalyse, Eric Allard dit de ces textes échos : « De Duras à Desguin…Quelque chose se passe…Carine-Laure Desguin assimile les mots à de la matière ductile qui n’engagent pas comme des paroles, qui ne sont l’instrument d’aucune idée…Il y a de la chanson, de la mélopée dans les histoires de Duras et les présents textes de Carine-Laure Desguin...

            ….A l’issue du second texte, on lit cette phrase: « S’il n’y avait ni la mer ni l’amour, personne n’écrirait des livres. » Et personne ne serait là pour les lire, pour prolonger, recommencer sans fin le cycle de l’écriture qui, de Duras à Desguin, dans l’intervalle de leurs textes, dans ce qui les réunit par-delà le temps dans le même décor, saisit le lecteur dans le cercle heureux, revivifiant des mots. »

En savoir plus ici sur le blog de Carine-Laure

On peut commander le livre en version numérique ou en version papier sur le site d'Edilivre

En attendant un entretien autour Duras, voici une présentation du livre et de l'auteure sous forme de questions-réponses.

 

desguin.jpg

21:39 Écrit par Éric Allard dans Avis de parution | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

LES ECLABOUSSURES et autres poèmes, illustrés par des encres de Didier GOESSENS

Eric Allard                                             Didier Goessens   

a all 1.jpg

Les éclaboussures 

tombé dans l’œil
un regard se noie
 
sur les cils
des gens voient
sans pouvoir agir
 
des éclaboussures 
d’images

Voir les autres poèmes avec les encres ici sur le blog de Denys-Louis Colaux - que je remercie vivement pour l'heureux appariement.

Denys-Louis COLAUX1

Denys-Louis COLAUX2

Le blog de Didier GOESSENS

Didier GOESSENS sur ARTactif

21:26 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

09/04/2015

UNE ÉTUDE SCIENTIFIQUE LE RÉVÈLE : LES HOMMES POLITIQUES SE PARLENT!

a37b19dfad031a098844653fd5832651-1378710890.jpg

Une récente étude scientifique diligentée par Philippe Mettens (qui a découvert la politique le week-end dernier) le démontre : les hommes politiques se parlent, à l’intérieur de leur parti et, même, d’un parti à l’autre. Aussi surprenant que cela puisse paraître, on a pu décoder leur message sibyllin pour le profane. Ils disent, en termes plus sommaires certes : Bonjour!... Quelle place occuperas par rapport à moi dans telle liste aux élections prochaines ?... Quelle chance a le Parti de participer aux prochains gouvernements ? Entre les élections, il leur arrive même d’échanger avec des politiciens d’’autres partis. Ils disent : Salut!... Quelles chances avons-nous de collaborer ensemble lors d’un prochain gouvernement?... Comment pourrons-nous évincer tel parti de la future coalition?

Par ailleurs, leurs échanges n’ont pas encore pu être décryptés, tellement c’est confus, contradictoire, ambivalent et, pour tout dire, inepte.

L'ex-chef de la politique scientifique a déclaré : Au state actuel de la Recherche scientifique, la science avoue son ignorance, elle est incapable de vérifier si les hommes et femmes politiques peuvent dire autre chose que ce que la ligne du parti leur impose. Même si ces fragments de langage expriment à coup sûr une forme de pensée sommaire, on ne peut pas savoir si l'homme et la femme politique sont capables d'une pensée élaborée, d'une autre action que de celle (se) représenter...

Les partis actuels semblent aussi dans l’impossibilité de trouver de nouvelles idées : ils font ainsi appel à leurs militants, dans le même état général d’abêtissement, cherchant en permanence sur les réseaux sociaux des sujets sur lesquels s’indigner pour se forger une opinion... 

07/04/2015

UN POÈME RISOTTO

risotto.jpg

 

Des Pâques à la kippa

Sur un crâne d'oeuf

Bien garni

  

Et Zappa à la mandoline

Qui râpe de la Mozzarella

Dans un vase de Chine

 

Des haricots princesse

À la sauce moutarde qui monte

Au nez du prince petit pois au raifort

 

Marre reine sur son trente-et-un

De roi d’étang épousseté

De sa poussière de trente carpettes

 

Du vent dans les sandales

D’un Mandala tout dérangé

Sur le chemin perdu de l’éveil

 

Ma plume acide assise sur une punaise

En chaise porteuse renversée

Par un couple de marteaux piqueurs

 

Et tous les cui-cui du zoo d’Anvers

Qui font boui-boui près du porc

Au groin-groin qui pousse au péché de mer

 

Faire fi-fi du fric pour faire rebelle

À la noix écrivain gaucho qu’on hue hisse

À la place de l’académicien argentin à cheval

 

Bla-bla et Belles lettres en carrosse

Qu’on trempe porte dans le vain du sommeil

Pour rivaliser (fenêtre) avec le royal rêve

 

Pendant que des nuages tombent

      Des cimetières de pluie, de pattes et de pages femelles

      Dans un livre d’huîtres, d’ail et de rivières

 

Tout ça pour faire semblant d’avoir

Ecrit un poème risotto qui (peut-être) servira

D’âme-son (et lumière) au prochain Téléappât 

 

10:55 Écrit par Éric Allard dans SAC À MALICE | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

06/04/2015

PEDESTRIAN AT BEST and other songs / Courtney BARTNETT

 1courtneybarnettlg.jpg?12841 

"La côte d’amour pour l’Australienne Courtney Barnett n’a pas cessé de grimper vers de logiques sommets : la demoiselle est sans doute l’une des parolières et songwriter les plus drôles et les plus passionnantes à avoir surgi ces dernières années.
Très nirvanesque, “Pedestrian At Best”, est sans doute la chanson plus musclée, la plus bruitiste d’un album excellent de bout en bout, de chanson en chanson, d’histoire en histoire." 

Thomas Burgel (Les Inrocks)



CourtneyB-2013.jpgCourtney Barnett, songwritrice de haut vol, par Christophe Conte 

" (...) Musicalement, Courtney concède une admiration de principe pour les aînées Patti ou PJ, tout en évitant d’étalonner ses chansons sur les leurs, citant plutôt par protectionnisme les gloires locales que furent les Saints, Died Pretty et surtout The Go-Betweens, elle qui possède avec les derniers un goût des mélodies sucrées-acides (Don’t Apply Compression Gently) et économes en esbroufes inutiles.(...)  "

 

Courtney Barnett, ballades rock d'une branleuse cool, par Stéphane Deschamps

" (...) Courtney Barnett chante des ballades de branleuse et du rock’n’roll en tongs. On y entend l’influence du rock des sixties (les Kinks, le Velvet Underground, Neil Young), du proto-punk hippie des Modern Lovers (première période), et d’une multitude de groupes indés américains des années 90.

Rien de nouveau, mais de la fraîcheur, de l’énergie solaire, des loopings mélodiques et une voix addictive de chipie laconique, qui évoque la fille cachée de Jonathan Richman et Chan Marshall, la fille qui habite en face, de l’autre côté de la rue, dans une petite ville près de la mer, où il ne pleut jamais. Dans le livret de son album, la facétieuse Courtney Barnett a dessiné et nommé neuf types de chaises. En oubliant les deux qui vont bien avec l’amour qu’on lui porte : la chaise haute et la chaise longue. "

Le site de Courtney

 

19:08 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

05/04/2015

TU ES RICHE DE TOUTES LES GOUTTES DE PLUIE de GÉRALDINE ANDRÉE

3401.jpgÀ la claire fontaine des mots

Géraldine Andrée met en relation l’eau et l’air à l’aide des fleurs et des feuilles, ces emblèmes du végétal pour, au gré de ses poèmes, tisser entre les éléments de précieuses correspondances. La goutte, par exemple, est aussi bien d’eau, de son, de temps ou de lumière…  En sachant que, chez elle, air et eau sont les vecteurs de la lumière, cette forme de feu.

Et le sang est dans le temps comme le temps nous traverse.

Ce n’est pas Moi qui traverse le Temps (…), non, c’est le Temps qui me traverse et vieillit / Et moi je reste à jamais intacte, / vivante.

Elle appréhende les éléments par ce qui les met en mouvement, ce qui révèle leur existence.

Mobiliser l’un des acteurs du système vivant, c’est mettre en branle une mécanique qui va toucher l’âme, remuer les sentiments, la sensation créant l’affect, ranimant le dur désir de durer cher à Eluard. 

On a l’impression que ces deux vers qui démarrent le Green de Verlaine, elle aurait pu les faire siens :

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.

      Même si, par une sorte de pudeur ou souci de ne pas faire usage d'un mot trop        commun, elle n’emploie guère le mot cœur.

Géraldine pratique une poésie légère et grave à la fois. Dans le sens où elle atteint à une forme de gravité à force de légèreté (im)matérielle. Elle travaille l’à peine né / de la Pensée, le soupir comme le murmure, ce qui attente au silence, comme l’eau [qui] coule / dans la théière ou la cuillère [qui] tinte /  contre la tasse.

On devine un passé toujours présent, pesant mais près de s’effacer devant chaque instant nouveau car porteur d’avenir, d’une félicité qui laissera des traces si elle est saisie pleinement (dans un moment d’éveil), dans toutes ses composantes…
Le bonheur est un tout mais qui peut tenir dans des riens de l’existence, ainsi que ces brins de thym bleu [qui] étoilent l’eau du bouillon ou l’odeur des haricots  qui cuisent doucement dans l’eau, qu’elle collecte comme autant de trésors.

C’est une poésie zen, au sens fort du terme, qui n’attend rien de l’instant et qui pour cela est pure surprise. Jusque dans les chutes de ses poèmes, qui même si elles viennent dans une infinie douceur, font en nous vibrer une corde au diapason de la grâce.

Ces textes qui, jusque dans leur graphisme, tombent à la vitesse de l’attraction poétique opèrent une action de simultanéité entre l’écrivaine et son lecteur, de l’ordre du partage, de la communion… Comme si on lisait, comme si on percevait, ce qu’a éprouvé Géraldine au moment où elle l’a écrit. C’est une poésie sans intermédiaire, qu’on boit à la fontaine de l’écrit comme une eau bienfaitrice, identique et différente la fois, à laquelle on sait qu’on pourra toujours venir se ressourcer.   

Un premier recueil aussi parfait que possible jusque dans  la conception de couverture et le choix de son titre. 

Éric Allard 

Le livre sur le site des éditions Almathée

17:04 Écrit par Éric Allard dans Avis de parution, LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

03/04/2015

CRASH / Régis JAUFFRET

  9782070355686FS.gif  Les avions de ligne ne tombent pas souvent. On pourrait piloter pendant dix siècles sans connaître de problème majeur. Mais, comme le deuxième moteur vient de prendre feu, je me dis que je vais finir ma carrière dans les eaux tièdes du Pacifique. Je tiens mollement le manche à balai, la moindre crispation risquerait de provoquer chez moi une crise d’angoisse ou de tétanie. Mon cerveau n’a jamais été si solide, je suis insomniaque depuis l’âge de sept ans, et je collectionne les dépressions nerveuses comme d’autres les voitures anciennes, ou les boîtes de Vache qui rit. La compagnie n’en a jamais su, elle ignore aussi que j’ai souvent envie de grimper tout en haut du ciel jusqu’à l’implosion dans la stratosphère, tant je rêve de quitter définitivement la Terre pour aller me saouler la gueule avec les anges. Mais avant le décollage j’ai pris des neuroleptiques, ce genre de fantasme ne me traverse pas l’esprit.

   De toute façon, l’avion perd de l’altitude. D’une voix rendue désinvolte, presque gaie, par mon accent chantant qui sent la garrigue, j’avertis les passager que la compagnie indemnisera leurs familles. Le copilote est pâle, le jeune navigateur pleure dans ses mains en coquille. La porte du cockpit est verrouillée, mais je vois sur l’écran de contrôle que de l’autre côté stewards et hôtesses se débattent avec les passagers en proie  la panique. Ils les supplient d’ouvrir les portes avant le crash, afin de tenter leur chance en se jetant dans le vide dès que l’appareil fera du rase-mottes au-dessus de l’océan. Pour partir la conscience tranquille, je m’emploie à les rassurer de mon mieux.

-         Le personnel demeure à votre disposition.

-         Une collation va vous être servie.

   Mais personne ne m’écoute. Tout le monde est compressé autour des hublots, et hurle en regardant la mer dont on distingue avec netteté l’écume des vagues.  J’abandonne les commandes, je m’empare de la bouteille de gin que j’ai achetée au free-shop, et je la vide précipitamment en éclaboussant les instruments de bord. A la réflexion, j’aurais volontiers vécu cinquante ans de plus, mais mourir tout de suite a quelque chose d’apaisant, un peu comme préférer au dernier moment se coucher tôt un 31 décembre, au lieu d’aller réveillonner avec des amis décidés à s’amuser coûte que coûte, âprement, jusqu’au matin.

 

in Microfictions, Régis Jauffret (Gallimard, 2007), disponible en Folio (1040 pages): 

AVT_Regis-Jauffret_130.jpegLivre monstre, Microfictions rassemble cinq cents histoires tragi-comiques comme autant de fragments de vie compilés. 

"Sans parler de «nouveau roman» ou de «nouveau nouveau roman», je pense que la littérature ne doit pas avoir peur de faire évoluer les genres. Je pense aussi que chaque histoire prise individuellement n’est pas un cinq centième du livre, de même qu’une foule est plus que la totalité des individus qui la composent. C’est pour moi la définition du roman : à la base, la fiction, elle-même faite de personnages, dont l’ensemble forme une foule. Alors disons que Microfictions c’est une foule en particulier, qu’on aurait rencontrée un jour, par hasard, vers cinq heures du soir." Régis Jauffret

Régis Jauffret: "La méchanceté, c'est la santé" (son entretien avec Jérôme Garcin à l'occasion de la sortie de son nouveau livre, Bravo, chez Gallimard) sur le site du Nouvel Obs 

Pierre ARDITI lit Un vulgaire cancer d'ouvrier, extrait des Microfictions.

11:38 Écrit par Éric Allard dans Les beaux textes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

02/04/2015

Quelques MOMENTS MUSICAUX...

Un MOMENT MUSICAL est une pièce de musique généralement courte, pour un seul instrument (WIKIPEDIA) 

Franz SCHUBERT (1797-1828) a composé 6 Moments musicaux entre 1823 et 1826

Schubert.jpg

Le moment musical n°3 (Air Russe), allegro moderato, en fa mineur, interprété par David Fray

Le moment musical n°3, Andantino, en la bémol majeur par David Fray

 

 

 Serge Rachmaninov (1873-1943) a composé 6 moments musicaux en 1896

sergei-rachmaninov-russian-composer1.jpg

Le moment musical n°4, presto, en mi mineur par Nikolai Lugansky

 

Le moment musical N°2, allegretto, en mi bémol mineur, par Nikolai Lugansky

 

Moritz Moszkowski (Breslau, 1854- Paris, 1925) a écrit 4 moments musicaux 

images?q=tbn:ANd9GcSsydl0fJq_n5f2H2Bkn1DOHKa4SA5ijlh3gUOLeOEZQLk_LOdX

Le moment musical n°2 en fa majeur par Christopher Langdown

 

D'autres compositeurs ont composé des moments musicaux, comme Jacques Castérède (né en 1925) - 3 moments musicaux d'après Corot -, Krystyna Moszumanska-Nazar (née en 1922 en Pologne) - un moment musical pour violoncelle seul -, Avner Dorman (né en 1975 à Tel Aviv)... 

rachhands.jpg

Les mains de Serge Rachmaninov

21:15 Écrit par Éric Allard dans Les belles musiques | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

01/04/2015

LE SOURIRE et autres MOMENTS d'AMOUR

Le sourire

 

Tes lèvres s’étirent

On dirait que c’est sans fin

Aux commissures

Je lis comme des rides

 

Et tu continues de parler

Comme si de rien n’était

Comme si l’accident de regard

N’avait fait aucune victime

 

Dans cette blessure

Qui découpe le visage

Et lui fait verser

Le sang d’un sourire

 

Je veux déposer

L’offrande d’un baume

L’arrêter, quel affront !

Mais la plaie est trop vive.

 

027-rvb.jpg

 

 

Le goût et la vue

 

Tes yeux ne sont qu’yeux

Tes lèvres ne sont que lèvres

Dans cet entre-deux troublant

Fait d’air et de givre

 

Par-ci par-là un nez une frange

Un front volontaire

Où va la main le bras le corps

Et la déroute de mes pensées ?

 

Tes yeux sont des lèvres

Tes lèvres sont des yeux

À les observer

Je me perds et désespère

 

D’unir la bouche et le regard

Les dents des images

Avec la vue de ta langue, 

D’écrire un poème à la hauteur

 

387644ff0a046763a1.jpg

 

 

Tes seins

 

Tes seins sont graves

Ils me pèsent

De les soulever

Jusqu’à mes lèvres

 

Je plaisante

Ils sont si bien élevés

Que dans mes mains

Ils volent à mes baisers

 

Et parfois s’envolent

Ces lourds oiseaux zélés

Sans que je puisse les garder

À portée de mes jeux

 

Je peine à les retrouver

Où nichent-ils donc alors ?

Dans la ramure d’un malandrin

Dans la feuillée d’une bonne fée

 

Dans le ciel des amours échappées

Dan le jardin de ses prétendants ombreux

Ou bien tout simplement 

Dans la cage dorée de mon coeur épris ?

 

bosom.jpg

 

 

Dans l’air

 

Je t’écris ce poème dans l’air

Du temps

Qui s’espace

À mesure des heures

 

Tu le déposes un instant

Sur ton épaule

Où il prend

La bonne odeur de ta peau

 

Puis l’horizon se fane...

D’un juste pétale

Je clos ta bouche

Ouverte sur ma nuit

 

Avant que tu ne répondes

À ce que dit l’ombre

À la forme parfaite

Qui dans la lumière tombe

 

Sans casser

Ta beauté

Dans la blancheur

D’une âme

 

Muguet-buccal-une-mycose-de-la-bouche-frequente-chez-le-nourrisson_exact441x300.jpg

 

MOMENT D'AMOUR (essai de définition d’après le moment d’une force) : Le moment d’(un) amour par rapport à un instant donné est une grandeur sentimentale traduisant l’aptitude d’une sensation à faire tourner, (re)démarrer un système amoureux à partir de ce point, appelé pivot.

14:38 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

31/03/2015

(S)C(H)OOL SONGS

maisonpianochinemusiquehuainan2.jpg

(La Maison piano est une école de musique dans une université à Huainan en Chine.)

 

LES (IN)CONTOURNABLES 

 Le surveillant général par Serge Lama 

 

QUELQUES AUTRES...

 

10 CHANSONS qui n'aiment pas l'école sur le site des Inrocks

The PIXIES - VAMPIRE WEEK-END - THE LIBERTINES - THE CLASH - KANNYE WEST - MORISSEY - THE SMITHS - THE WHITE STRIPES - BELLE AND SEBASTIAN - ANIMAL COLLECTIVE 


 

21:46 Écrit par Éric Allard dans L'addition des songs | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

30/03/2015

Petites HISTOIRES D'ÉCOLE (I)

15649392-tableau-noir-vide.jpg

 

Il n’y a plus de prof fesseur, se lamente cette ado lectrice de 50 nuances de Grey.

 

Le prof pour inspecteurs : « Ouvrez vos programmes à la page une telle... »

 

 

Le professeur de Cours du Soir qui tombe amoureux d’une de ses étudiantes doit-il passer la nuit avec elle ?

 

 

Dans cette école, à la suite d’une grave pénurie d'enseignants, tous les professeurs furent remplacés par des mannequins. À la fin de l’année, on n’enregistra, par rapport aux années passées, aucun changement significatif dans les résultats.

 

 

On se demande parfois comme un directeur d’établissement scolaire peut vivre au milieu de tant de savoir sans penser à s’échapper pour respirer l’air pur de l’école buissonnière.

 

 

 

Comme les inspecteurs du guide Michelin, les inspecteurs de l'Éducation Nationale ne sont pas reconnaissables et ne déclinent jamais leur identité véritable à tel point qu’on se demande s’ils existent vraiment.

 

 

Certains profs traqueurs ne mangent rien avant d’avoir vu leur premier élève rassasié de leur savoir.

 

 

Ma femme m’a appris hier qu’elle donne cours dans la même école que moi depuis trente ans.

-         Je suis désolé mais quand je suis à l’école, tu sais très bien que je ne pense qu’à mes cours…

 

 

 

Ce professeur érotomane avait eu trente-six liaisons dans l’établissement qui ne comprenait que trente-cinq femmes… Un jour, en manque, il avait pris le jeune professeur de gymnastique dont il avait, pour tout dire, plusieurs fois admiré le corps élancé dans la cour depuis sa classe de sciences naturelles où il enseignait l'accouplement des escargots.

 

 

 

Dans son petit cartable, ce professeur possède toute sa maison. Et pendant ses heures de fourche, il rentre tout entier à l'intérieur pour être comme chez lui.

 

 

15649392-tableau-noir-vide.jpg

 

Quelle idée de programmer les cours d’éveil en fin d’après-midi!

 

Les inspecteurs se marient entre eux et font de beaux programmes.

 

 

Certains soirs, pour tromper son ennui, le directeur de cet établissement de Promotion sociale ferme toutes les lumières et les portes de sortie. Et il déclenche l’alarme incendie...

 

 

Aujourd’hui, le prof tient ses élèves par des élastiques. Ainsi, des années plus tard, quand ils ont quitté son cours, il n’a qu’à tirer le fil de Facebook pour les rappeler au bon souvenir de son savoir.

 

 

Le syllabus de ce professeur d’espionnage tient sur un microfilm.

 

 

L’étudiant qui traîne dans les couloirs est peut-être à la recherche du professeur idéal.

 

 

J’ai toujours rêvé d’avoir une prof comme ma mère. Alors, régulièrement depuis trente-cinq ans que je suis dans l'enseignement, je l’amène dans mes classe aux heures de fourche où je la fais monter sur l’estrade pour raconter sa vie, et je prends des notes.

 

 

En tant qu’instituteur, je ne sais pas si d’ici quelques années, je supporterais mieux les filles à barbe que les garçons moustachus.

 

 

15649392-tableau-noir-vide.jpg

 

Si un jour, Joëlle Milquet devient Ministre de l’enseignement, je change de métier, disait toujours cet ex-collègue… passé depuis au cabinet de la Ministre.

 

 

Ce directeur se faisait régulièrement inspecter par ses professeurs, à tel point qu’il consulta l’inspecteur pour savoir si c’était normal. Celui-ci lui apprit que, par ordre du ministère des étudiants, l’ordre avait été inversé et il donna derechef à vérifier au directeur tous ses documents de ministre.

 

 

Si l’inspecteur écrivait (vraiment), est-ce que ça se lirait ?

 

 

Mes élèves apprécient beaucoup mon travail au tableau noir, dit cet enseignant à son inspecteur : Régulièrement, ils m’envoient des craies pour que je continue.

 

On se demande parfois comment l’inspecteur, le conseiller pédagogique, le psychopédagogue résistent à l’envie de mettre en pratique leurs conseils, leurs hypothèses, leur furieuse envie d’enseigner.

 

 

 

Quand cet enseignant parlait de façon incompréhensible, voyait des complots se tramer contre lui depuis la Maison Blanche ou le Kremlin, et écrivait plus d’une fois par heure BURN-OUT en très grand au tableau noir, la direction, mise au courant, savait qu’elle devait mettre cet enseignant en arrêt de travail pendant au moins une saison. On le remplaçait par un enseignant encore sain d’esprit.

 

 

Monsieur,

Mon fils ne connaît toujours pas bien le code de son robot-professeur. Il change continuellement. Serait-il possible d’éviter ces changements continuels, la carte-mémoire de mon fils arrive à saturation!

En vous remerciant, je vous prie de croire,  Monsieur l'administrateur des robots-professeurs, en l’expression de mes octets les plus respectueux.

 

tableau-noir-avec-la-gomme-%C3%A0-effacer-21971967.jpg

 

à suivre

E.A.

12:29 Écrit par Éric Allard dans HISTOIRES d'ÉCOLE | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

29/03/2015

VERHAEREN, CHARNEUX & LE JAPON

L'intéressant exposé donné le 27 mars 2015 à Mons dans le cadre d'un colloque organisé par la Société des Sciences, des Arts et des Lettres du Hainaut par André Bénit, professeur à l'Université Autonome de Madrid "Emile Verhaeren et Daniel Charneux, fascination hainuyère pour le pays du soleil levant"

Ci-dessous dans une mise en images de Daniel Charneux


  

À lire: Deux ou trois choses sur mon rapport à Verhaeren, par Daniel Charneux

Charneux-Verhaeren.jpg

21:43 Écrit par Éric Allard dans Partage | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

28/03/2015

COCU XÉNOPHOBE suivi de LE GRUTIER, de Denis BILLAMBOZ

Cocu xénophobe

  

Il n’aimait pas son voisin

C’était un étranger

Il avait pourtant couché avec sa voisine

Une étrange beauté étrangère

Il avait fait tout ce qu’il avait pu

Pour qu’il soit reconduit

D’où il était venu

Sans sauf-conduit

  

Allez zou le cocu aux Balkans !

 

D’un air narquois

Sa femme l’observait

Pensant à part soi

Qu’il devrait

En la matière

Rabaisser son caquet

Et se satisfaire

D’un plus discret

  

Allez zou tous les cocus aux balcons !

 

Il eut ainsi limité le risque

A un vulgaire rhume

Bien de chez nous

 

 

la-grue-du-marais-poitevin-poster.jpg?1348830624

 

Le grutier 

 

Vol de grues

Le soir sur les grues

Le grutier est indifférent

 

Vol de grue

Au coin de la rue

Le grutier est innocent

  

Vol de grues

Au parc Bellevue

Le grutier est mécontent

  

Etreinte de grue

Un jour sous la grue

Le grutier est consentant

 

images?q=tbn:ANd9GcRa8Xw29z1WRDX77yrllA7u-kIcaztqHrsO_YeUDjDEOT5xGZPMyw

 

La photo centrale est de Ludovic Walsh 

La photo du fond est un selfie

16:24 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

LE SEXE POUR TOUS

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Alors que la France défile gaillardement en réclamant à cor et à cri le mariage pour tous, ces deux livres auraient plutôt tendance à nous faire remarquer que la sexualité pour tous pourrait être aussi une revendication légitime. Françoise Rey propose un roman noir qui se déroule dans une maison de retraite où les personnels s’autorisent quelques écarts de conduite bien compréhensifs quand on considère tout ce qu’ils doivent supporter dans le cadre de leur travail. Marcel Nuss, quant lui, a transcendé son lourd handicap pour se glisser dans la peau d’une jeune femme libertine et nous faire comprendre que la sexualité existe aussi chez les handicapés.

 

 

cover225x225.jpegULTIME RETOUCHE

Françoise REY (1951 - .…)

Une adolescente qui perd sa virginité en même temps que sa mère, un inconnu qui enterre un cadavre dans une décharge et surtout une maison de retraite dont les pensionnaires féminines ont une fâcheuse tendance à se jeter par les fenêtres, constituent le cadre de l’intrigue de ce roman qui réunit tout le petit monde qui gravite autour de cette institution, dans une épilogue qui révèlent tous les secrets, traumatismes et phobies que tous ces personnages cèlent en eux depuis de nombreuses années. C’est au fond du cœur, du cerveau, des tripes de chacun des acteurs de cette énigme que l’auteure va chercher les raisons de cette épidémie de suicides, ou de meurtres, qui semble s’être abattue sur cette institution gérée d’une main de fer par la Marie-Berthe, la Marie-Salope.AVT_Francoise-Rey_8887.jpeg

Un roman noir, un thriller, un récit érotique, un polar, un documentaire sur les mouroirs, leurs résidents et les personnes qui y travaillent, un peu tout ça à la fois, ce livre contient en effet une belle intrigue habilement construite, du suspense, un tableau affligeant et pathétique de la vie dans ces fameux mouroirs qui font tellement peur à tous ceux qui avancent doucement vers un âge plus respectable, et évidemment quelques scènes érotiques nécessaires dans un livre de ce genre, donc un thriller érotique qui se déroule dans le milieu des maisons de retraite pour femmes ayant perdues leur autonomie et bien souvent une bonne partie de leur raison.

ultime-retouche.jpgUn texte bien écrit, fluide, d’un style alerte qui, in fine, rend un bel hommage à tous ceux qui travaillent dans ce milieu, et qui permet de mieux comprendre qu’ils peuvent rechercher une certaine compensation sexuelle à la tension à laquelle ils sont continuellement soumis au cours de leur travail, de leur véritable sacerdoce. La partie érotique du texte reste plutôt classique et pourrait figurer dans bien des romans qui ne sont pas estampillés « érotique ».

Ce livre peut être télécharger ici au prix de 4,99 €

 

1646006-gf.jpgLIBERTINAGE À BEL-AMOUR

Marcel NUSS (1955 - ….)

Marcel Nuss, lui-même lourdement handicapé par une amyotrophie spinale, est un essayiste qui s’est particulièrement intéressé à la sexualité des personnes handicapées afin de démontrer qu’elles ont, tout comme les valides, des désirs, des envies et des fantasmes qu’elles ont toutefois plus de mal à assouvir. Pour le présent ouvrage Marcel Nuss a abandonné, provisoirement probablement, le

domaine des essais pour se consacrer à la fiction pure à travers laquelle il cherche également à démontrer que, malgré son handicap, sa libido et son imagination ne sont nullement atteintes et qu’il peut se glisser dans la peau d’une jeune femme peu farouche étalant ses désirs et ses envies sans la moindre pudeur.

Il devient, le temps de cette fiction, la belle Héloïse, une jeune femme délurée qui épouse un vieil aristocrate libidineux pour s’assurer une situation financière confortable sans renoncer à ses escapades extra conjugales. Dans un clin d’oeil à Constance Chatterley, elle finit par séduire le garde pêche de son époux et même la femme à tout faire du domaine. Après le décès de vieux comte se forme ainsi un trio tutoyant plus souvent le vice que la vertu sans pour autant importuner qui que ce soit. L’auteur dénonce ainsi ceux que Rabelais interpellait déjà à son époque dans une célèbre diatribe qui aurait pu inspirer Marcel Nuss : « Le peuple est essentiellement composé de tartufes, de petits vicieux qui s’en foutent plein la vue entre les quatre murs de leur chez-soi. De mecs qui se lècheront les babines en lisant mon bouquin tout en grognant : « Oh, la salope ! D’où elle tient des idées pareilles, cette nana ? Elle a le diable au corps » diront-ils alors qu’ils ne connaissent même pas Raymond Radiguet, les incultes ».photo?memberId=00225yv9fkdmxdpv&height=185&width=140&ts=1355308139000

L’auteur nous montre une jeune femme heureuse de jouir de son corps et de sa santé sans retenue mais n’oublie pas que tout est éphémère sur notre planète mais que ce n’est pas une raison pour renoncer aux plaisirs d’aujourd’hui. « Rien n’est jamais gagné d’avance, la vie peut s’arrêter à n’importe quel moment. Et alors, faut-il pour autant ne plus oser vivre ? Faut-il cesser d’aimer et de désirer parce que sa queue à un passage à vide ? »

J’ai été attiré par ce livre non pas parce que je doutais des capacités de l’auteur à nous livrer ses fantasmes avec le poids du handicap qui l’accable mais je voulais surtout voir comment il pouvait rédiger un texte cohérent, fluide, dans un style littéraire correct en dictant les mots un par un sur un appareil de reconnaissance vocal. Le résultat est assez saisissant, le lecteur non averti ne pourrait absolument pas croire un instant que ce texte a été quasiment ahané mot à mot à une machine qui n’a fait que de le reproduire. Rien que pour cette performance, l’auteur mérite déjà largement notre reconnaissance et nos compliments. J’ajouterai que ce texte est parfaitement écrit et qu’il peut figurer dans la bibliothèque de n’importe quel lecteur averti ou assez ouvert d’esprit.

Le livre sur le site des éditions Tabou

15:38 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

25/03/2015

LES ÉCLABOUSSURES et autres poèmes

Les éclaboussures

 

tombé dans l’œil

un regard se noie

 

sur les cils

des gens voient

sans pouvoir agir

 

des éclaboussures 

d’images

 

 

Picture5-8.png

 

 

Prés prairies

 

Prés prairies sans fond

de la mémoire

soleil cher au fossoyeur

 

bardanes

pâquerettes

coquelicots

anémones

pissenlits

mangés par la racine

 

vos fleurs m’exaspèrent

 

je bois jusqu’à la piqûre

le jus d’ortie

de vos rodomontades

 

 

 

Picture5-8.png

 

 

Les mots

 

Les mots m’échappent

 J’ai beau leur courir après

 Leur offrir monts et merveilles

    Rimes mâles ou femelles

  

Les mots m’échappent

 Sans doute m’attendent-ils

  Dans un trou de souris

Dans un trou de serrure

 

Pour me faire la peau

 Me grignoter les os

Pour me rendre la mort impossible  

Pour me pendre à un croc de libraire

 

 

Picture5-8.png

 

 

Les pierres de l’enfance

 

Ma mère avant de dormir

dépose sous l’oreiller

les pierres de mon enfance

 

ce sont les mêmes qui décorent sa cour

et l’entrée de la mer

ce sont les mêmes qui parlent aux mains

et aux rivières

 

tout en tendant l’oreille

vers le porte-voix du passé

je me repose sur elles 

pour encore vieillir 

 

 

Picture5-8.png

 

 

Ce n’est pas vrai

 

ce n’est pas vrai que les souvenirs nous construisent

il est des murs à détruire bien plus édifiants

qu’une enceinte de mots

qu’un précipice de sons

donnant sur une symphonie vide

 

nous ne sommes pas faits que d’essence de phrases

il nous arrive d’être pierre d’espace

mur d’absence

fenêtre ouverte sur la déraison

ouvrage multiple dans les doigts d’un ange

 

nous allons au-devant de fumées

qui nous cachent un feu de cendres

mais derrière l’écran une main se tend

que nous n’espérons pas et que nous oublierons

par manque de mots pour retenir

 

dans l’océan d’ombres où meurent les jambes

l’action de marcher de parler de s’étendre

le rêve de caresser le plus grand nombre ;

un bateau de lumière épelle

une à une les lettres de notre être

 

s’il fait silence je meurs nu sur cette page   

je marque d’un point

l’absence de droite infinie

 

 

Picture5-8.png

 

 

Les poumons de la terre

 

né de l’étouffement

de la nuit

 

le souffle de l’aube

a grandi tout le jour

 

éclairant les poumons

de la terre

 

jusqu’à l’expir

 

tant que je t’étranglais

de joie

 

et que j’allongeais mon repas

vers ta faim

 

tu pouvais prendre

comme je voulais

  

ton plaisir

 

 

Picture5-8.png

 

 

En chemin

 

à l’appel du poème

les mots se lèvent

 

et se dirigent là où

ils ont entendu du bruit

 

parfois ils se perdent en chemin

et ne retrouvent pas la route du dictionnaire

 

alors ils font là où ils sont

un semblant d’histoire

 

ou un poème

 

 

Picture5-8.png

 

 

Le platane et l’olivier

 

Le platane plane

sur une feuille d’olivier

 

Quand la flamme prend

à la racine des jours

 

c’est le fruit qui flambe

dans le souvenir

 

Propulsant l’arbre volant

dans un passé non identifié

 

De mémoire de forêt

aucune aurore jamais

 

Aucun nuit n’a été recueillie 

dans un seul panier de rêve

 

 

Picture5-8.png

 

 

La neige

 

La neige qui tombe

À gros flocons

Racle les images

De ta mémoire

 

Tu revois ton enfance

A la faveur du blanc

Tu revois tes rêves courant

Sur le miroir de la nuit

 

Toi seul pressens leur chute

Au petit matin

Sur le lac gelé

D'un souvenir

 

 

Picture5-8.png

 

 

Le mécanisme de la sucette

 

Régulièrement

Sans souci du qu’en sucera-t-on

Je suce ma mère

Le souvenir de la jeunesse de ma mère

 

Qui à force prend la forme

D’une femme à croquer

À débiter en morceaux de charme

Lors d’un festin aux allures de dépeçage

 

Quand j’ai tout avalé

Jusqu’aux dents de sagesse

Je lave toutes les traces de sang

Pour que mère ne me dispute pas

 

Malgré toutes ces précautions

Qui devraient pourtant m’honorer

Me valoir quelques compliments

Ma mère me fait la tête

 

Elle me reproche de l’avoir oubliée

D’avoir troqué sa mémoire

Contre une forme aléatoire et passablement juvénile

En bon fils j’approuve chacun de ses dires

 

Je suce et resuce à nouveau

Comme si je n’avais pas bouffé à ma guise

 

 

Picture5-8.png

 

 

Les langues étrangères

 

Les langues étrangères

Pour quoi faire?

Se lamente mon père

Dans la terre 

 

Pour parler avec les limaces

Et les vers et tous les animalcules

Les os voisins et minéraux divers

Les corbeaux qui ont du baratin

 

Mais je sens bien

Que je ne suis pas convaincant

(Moi qui vous parle

Je n’en ai retenu aucune)

 

Papa ne répond pas

Sinon par le silence

Et je m’en vais sans rien dire

Par le fond de l’allée

 

 

 

Picture5-8.png

 

 

avant d’écrire

arrose ta prose

et vérifie tes vers

on n’est jamais

 assez prudent

 

avant d’écrire

soupèse le nuage d’écrire

et s’il est trop vague

laisse-le au ciel

 

 prends un peu de terre

pour tes tourments

pour tes poèmes

 

avant d’écrire

prends l’air

et rends le vent

glissant 

comme la plume

 

 E.A. 

11:35 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | | |

23/03/2015

ROUGE RÉSIDUEL d'André DOMS & Pierre TRÉFOIS

28001100412040L.jpgCourse de la ligne à travers les sens

Deux artistes naviguent ici de conserve, l’un, écrivant, l’autre, dessinant les teintes et les nuances dans les entrelacs, pour ce qui s’apparente à une course de la ligne à travers les sens. Jeux de mots sur ces bornes visuelles qui cadrent et déploient nos images propres. Réseaux, résilles propres à saisir les couleurs dans leurs filets.

On assiste à des lignes qui en brouillant, voulant comme effacer leur traces engendrent des volumes, des images, glissent de la deuxième à la troisième dimension dans un entre-deux dimensionnel qui trouble, séduit et interroge.trefois.jpg

doms2.jpgLe poète, lui, est amené à « interpréter à faux », sans assurance. Il voit tour à tour un « décor de cruauté », et, entre vue aérienne et « broussaille de chiendent », des terres submergées, des moutonnements de nuages, des percées d’astres, des trouées de lumière dans un embrouillamini des quatre éléments.  Appelés à former une cosmologie singulière, une cartographie âpre et (re)belle. 

La matière verbale s'agglomère, les mots comme les traits se répondent de proche en proche, se contaminent: Rien, brin… comble, combe… confins, confiants… expose, explore, explose… 

Comme les lignes, les mots s’attachent pour former des chaînes de signifiants, des maillons plutôt, peinant à composer une suite car, peut-être le réel, aujourd’hui, n’est plus théorisable, l’objet d’une pensée unifiante.

C’est par éclairs l’image d’un homme qui surgit au centre de ces écheveaux car au fond il s’agit toujours de l’homme en questionnement qui répond à un doute pour une vérité relative à la vision d’un monde en constante métamorphose, qui prend avec les mots les formes qu’on meut.

Au fond, le rouge résiduel, persistant peut aussi bien être sang d’encre  résistant à l’épreuve du dessin que ces marques sans dessein qui enflamment nos esprits, notre besoin d’histoire et de vérité.

Pierre Tréfois et André Doms nous donnent un beau livre-objet qu’on a plaisir à regarder et à lire.

Éric Allard

Pour acheter ce livre

Le livre sera présenté ce jeudi 26 mars à 19 heures en présence de ses deux auteurs, avec la complicité d'Alain Dantinne, dans le cadre de la librairie-galerie Livre & Art de Louvain-la-Neuve.

20:04 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

LE BUNKER de THIERRY RADIÈRE

image165.jpgEnfermements

Une catastrophe nucléaire vient d’avoir lieu. Parmi d’autres personnes, une partie des artistes européens, au nombre de vingt-huit, un par pays, réunis dans un bunker pour promouvoir l’art européen, est sauve mais pour combien de temps ? Un écrivain apporte un premier témoignage. Il écrit depuis toujours ou presque. Et il continue, il continuera jusqu’à la fin. À l’encontre d’autres artistes, dévastés, qui ne croient plus, dans ces circonstances, à leur art. Quelques-uns des rescapés se découvrent croyants mais désormais ils sont comme incroyants en leur art qu’ils vénéraient tant avant la catastrophe.

Un d’eux se retranche dans une des pièces du bâtiment souterrain avec l’intention d’en finir et, avant, il gueule : On n’est pas allés assez loin dans nos œuvres , et ça, c’est regrettable!

Le témoin des lignes qu’on lit continue, imperturbable. Il écrit comme il respire. Il écrira même, les yeux fermés. La situation l’entraîne à encore plus de rigueur, mais non à renoncer à écrire: il se plongera dans ses souvenirs pour aiguiser davantage son regard et sa perception du monde.

Et pourtant, écrit-il, que de similitudes entre l’enfermement physique et celui qu’engendre la création !

Il note le commentaire d’un survivant sur ses livres : pas assez sensuel ! Mais la sensualité est-elle essentielle ? N’est-elle pas comparable à l’émotion, à la sincérité dont se prévalent tant d’artistes ? Ce qu’il décrit là, dans ces circonstances funestes, n’est pas sensuel : les crises de désespoir, les corps de plus en plus souillés, versant dans la mort, cette rixe sanglante qui oppose deux artistes… On peut avoir toujours écrit et s’être cependant trompé, écrit-il en substance, mais l’important, c’est de persister car la pire des choses serait de se croire arrivés.

Dans les écrits en prose de Radière, certaines circonstances poussent des Radi%C3%A8re-Thierry-e1406018153430.jpgquidams, souvent des taiseux, à prendre la parole, en écho à leur voix intérieure « toujours vivante, impossible à taire », et ils se mettent à parler, ils écrivent comme ils parleraient. Ce sont des voix qui sont données à entendre dans les livres de Radière.

À partir de cette situation de départ définie par l’éditeur Jacques Flament, d’autres auteurs vont donner la parole à d’autres témoins de cet événement.

Ce canevas, c’est du pain bénit pour Thierry Radière, écrivain du huis-clos et de l’enfermement, sur lequel il tisse une narration à hauteur d’homme qui rappelle aussi bien Le Terrier de Kafka que les Carnets du sous-sol de Dostoïevski. Mais certainement aussi Le lecteur inconstant de Carlos Liscano, cité dans le récit.

Et c’est vraisemblable ; on partage les visions et les interrogations de ce narrateur prisonnier plus encore de son besoin d’écrire que de la situation car, lit-on de la main de ce narrateur resté sans nom, la fiction appartient au réel, elle est une subtile excroissance de ce dernier et je pense sincèrement que nous n’inventons rien quand nous écrivons.

Depuis ce premier témoignage, deux autres sont parus, signés de Laurent Herrou et de Benoît Camus.

Éric Allard 

Thierry Radière sur le site des éditions Jacques Flament

Le bunker sur ce même site


14:24 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

22/03/2015

UNE VIE DE VOLEUSE

Lola Lafon est née en 1975, elle a publié quatre romans et a sorti deux albums de chansons.

Une vie de voleuse (d'après une phrase de Lou Andréas-Salomé)

Une vie pour errer, une autre pour rien en faire
Une pour lire le matin, moi j’aime lire au réveil
Une vie pour courir sans qu’il n’y ait personne derrière
Une vie pour faire erreur ou même plusieurs

Une vie pour errer, une autre pour rien en faire
Pour s’inquiéter du ciel comme on s’inquiète d’un frère
Une vie douce et conne juste un peu plus légère
Une vie aux aguets sans abri intérieur

Une vie pour déposer des larmes sur les pierres
Une vie si je meurs
Une vie pour se consoler d’avoir grandi
Une vie pour écrire tout ce qu’on prévoit d’en faire

Une vie pour l’immense addition qui s’opère
Une vie évasive à ne répondre de rien
Une vie d’arbre évadé de toutes les forêts
Une vie de voleuse

Une vie de voleuse
Une vie si tu veux en avoir une, vole-la !
Une vie si tu veux en avoir une, vole-la !
Vole-la...





 

Son portrait sur le site d'Actes Sud

AVT_Lola-Lafon_3440.pjpeg

18:02 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

LA PETITE COMMUNISTE QUI NE SOURIAIT JAMAIS de LOLA LAFON

Les faits et la fée815905.jpg

Lola Lafon raconte Nadia Comaneci, la première gymnaste à avoir obtenu une cote de 10/10 pour sa prestation aux J.O. de Montréal (elle a dérouté l’ordinateur qui n’avait pas dans son programme le nombre 10, elle croit voir 1,00 et se demande pourquoi cette note quasi nulle), de sa découverte en 1969 (Nadia a huit ans) par Béla Karoly, un ancien boxeur, à Onesti, au Nord-Est de Bucarest, jusqu’à sa fuite aux USA un mois avant la chute de Ceaucescu.

La partie la plus étonnante, la plus cruelle n’est pas celle qui raconte la vie de Nadia en Roumanie mais la façon dont, après sa fuite du pays, elle sera accueillie aux Etats-Unis et exhibée, jugée comme un monstre de foire. Cette seconde partie m’a fait penser, je ne sais trop pourquoi, au Grand Théâtre de l’Oklahoma de L’Amérique de Kafka (où, cela dit, l’écrivain tchèque n’était jamais allé).

Lola noue dès le début un dialogue imaginaire avec Nadia Comaneci qu’elle n’a pas rencontrée pendant l’écriture de son roman. Si elle le fait, on comprend que c’est pour ne pas verser dans « son arrogance occidentale » (même si Lola Lafon a grandi en Roumanie) ou laisser libre cours à une imagination typiquement romanesque qui lui ferait inévitablement inventer une psychologie à Nadia, des pensées, des intentions, des sentiments... à la gymnaste.

Une sorte de délicatesse l’en empêche, elle ne veut pas interpréter la vie de quelqu’un d’autre.
Ce dispositif l’en préserve, c’est ce qui fait l’intérêt de ce livre mais aussi ses limites. Car, au bout du compte, elle ne fait que se retenir aux faits d’une vie et ce que ce qui en a été dit.

Ainsi, elle nous épargne, comme nombre de biographes classiques le font, une vie inventée, plus rêvée que celle vécue mais, en revanche, elle nous laisse avec l’image d’une Nadia, d’une part, concentrée sur ses objectifs sportifs, pour ne pas ressembler à la masse des adolescentes de son âge (les petites filles des années 70), et d’autre part, d’une personne influençable, à la recherche constante de managers, lui indiquant les grandes lignes de son existence. 

C'est aussi un livre sur l'incapacité à se définir politiquement, entre libéralisme sauvage et communisme, suivant le régime qu'on endure.

Un livre, au final, qui, pour bien faire, ne pas donner une image fausse de la « véritable » Nadia, n’apporte pas grand-chose à la légende qu’elle a colportée malgré, il faut le souligner, l'intense écriture de Lola Lafon.

Eric Allard

 

Lola Lafon parle de son livre

Nadia Comaneci dans ses oeuvres

17:03 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

LE GRAND BORBORICHON et autres coquecigrues de JOAQUIM HOCK

729536.pngHistoires extraordinaires

Joachim Hock possède un univers propre qu’il présente sous forme d’images (il est aussi peintre, dessinateur) et d’histoires extraordinaires. Des contes faits de diverses métamorphoses et d’événements surprenants au premier abord qui finissent vite par passer pour commun aux yeux des personnages qui les découvrent.

Voici quelques-uns des sujets traités : le pied d’un quidam où vient à pousser un petit bonhomme (L'orteil), un tyran réclamant qu’on lui construise une montagne (Les montagnes), un employé de bureau se faisant greffer une trompe en place du nez (La trompe), des nuages de poules encombrant le ciel d’une ville (Les Poules), un diplodocus qui devient l’animal sacré d’une région (Le Grand Borborichon)… Il y a quelque chose de l'ethnologue chez Hock qui le fait étudier, détailler, décrypter sans complaisance ni animosité les us et coutumes des habitants de ses récits.

Mais qu’on ne ne s'y trompe pas, derrière ces dérèglements presque organiques de la vie sociale, ces déplacements de sens, se devine une critique amusée de notre société, dirigée par des scientifiques, des politiques, des hommes d’affaires peu scrupuleux.

Hock s’inspire du monde cynique et tristement farfelu qui s’offre à nos regards et à notre intellect pour donner vie à ses fables (im)morales.

Ce n’est pas par hasard si Vialatte, Ionesco ou Jarry figurent parmi ses auteurs préférés.

Les contes vont d’une à quelques dizaines de pages et, dans plusieurs d’entre eux, on sent assez  de matière pour alimenter un roman. Et il y a fort à parier que d'ici peu Joaquim reviendra au roman (il est l'auteur d'un premier roman intitulé L'intrus).

E. A.

---------------- 

LES JAMBES

   Ce soir-là, monsieur et madame Ploup seraient de sortie. Ils allaient en ville pour une soirée entre gens bien. Ils n’étaient pas du grand monde, mais c’était d’honorables bourgeois passablement fortunés que l’on invitait souvent dans les soirées festives de la capitale et qui portaient chaque jour leurs  habits du dimanche.

   Il allait bientôt être 19 h 30 et monsieur Ploup venait de descendre les escaliers de l’immeuble pour acheter en vitesse une petite boîte de pralines  qu’il avait l’intention d’offrir à la maîtresse de maison qui avait eu la gentillesse de les inviter. Un peu essoufflé, et visiblement la tête ailleurs, il entrait dans son appartement. Encore une fois, l’ascenseur était en panne, et il ne fallait pas douter que l’on accuserait à nouveau le fils de la concierge d’avoir chipoté à tous les boutons.

   Madame Ploup, qui avait déjà enfilé  sa plus belle robe, terminait de se maquiller dans la salle de bain lorsqu’elle s’exclama :

-         Mais enfin Robert, tu ne vas tout de même pas y aller comme ça !

-          Oh merde ! J’ai oublié mes jambes dans l’escalier… ! avait répondu son mari en s’effondrant sur la moquette.

 

Tiré de Le Grand Borborichon et autres coquecigrues, éd. Durand Peyroles

 

 Découvrez le blog de Joaquim HOCK: son travail graphique et littéraire

Le site des Editions Durand-Peyroles

 



14:43 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

21/03/2015

À CÔTÉ DU SENTIER... des nouvelles de DANIEL SIMON

images?q=tbn:ANd9GcRfDJsPxzVb0RMaKp9b0C6zEKvZkaK97oODcCag4YYmaxuq7SscCV_NSLYpar Philippe LEUCKX

 

 

 

ob_8fb05f_sentier-couv.jpg

Un esprit tordu a énoncé de péremptoire façon - sans doute à mauvais escient, pour ne pas délier la bourse des achats de ses livres - que " M.E.O. proposait des maquettes non professionnelles"! C'est à mourir de rire ou de tristesse, quand on voit, entre autres, la belle, la très belle couverture de 'A côté du sentier" de Daniel Simon. La photographie de couverture est signée Pierre Moreau, que les membres de l'A.E.B. connaissent bien. Et la maquette des autres ouvrages récents ou passés! Passons. Les esprits chagrins ou demeurés, il s'en trouvera toujours. Des éditeurs courageux, obstinés et généreux, là, les mêmes pourront toujours courir. Il en est peu comme Mr Adam. Trèfle d'ironie facile. Venons-en au plat que nous concocte Mr Simon.

Des nouvelles. Dix-neuf. Constantes : la vigueur de l'écriture; la maîtrise de la langue; les thèmes de la marginalité assumée ou pas, du théâtre des apparences, du vrai théâtre, celui auquel on s'use, celui de la vie, expérience, apprentissage; les aléas, les rémissions... et ce ton, imparable, mi-voltairien, mi-tendre.

De ces dix-neuf brèves nouvelles, émergent une bonne dizaine, auxquelles j'ai sans doute été plus sensible. "Désiré" nous plonge dans le monde de l'internat et réussit à faire voler en éclats ces sales idées toutes faites qui empoissent les consciences. "Le rempart des lampes " (quel beau titre) est une véritable descente aux enfers, aux allures de cauchemar, entre prison et théâtre. C'est aussi l'une des plus longues. Dans "Face à face", perdre une dent devient le moteur terrible d'une déchéance. La maladie, la souffrance, la peur peuplent "La répétition" d'un intense questionnement sur ce que sont nos pauvres vies, engluées dans les tresses du méconfort. Avec Simon, on va forcément aller au théâtre, et deux des nouvelles, les deux dernières du volume, nous embarquent dans l'univers des répétitions, des représentations, entre angoisse, trac et références classiques (ah! Hamlet). "Les plaisirs du théâtre" et "Le Petit Théâtre" explorent une matière que leur auteur connaît bien. Passer un entretien d'embauche peut devenir, sous la plume de notre auteur, un mauvais songe et "Pourriez-vous être plus clair?" en administre une illustration sévère. L'une des nouvelles les plus émouvantes s'intitule "Il ne répondait plus", belle variation autour de plusieurs strates : le mur de communication, le nom du personnage central, Berlin, et l'amitié virtuelle, donnée imparable d'un monde à questionner. "Bruxelles-Varsovie" ou comment jongler sentimentalement avec deux amours, deux femmes, deux vies. Un petit air de Butor de l'est, avec force modifications, et une réelle maîtrise psychologique : l'histoire de Bremond touche, au-delà de la fragilité, au-delà de son statut de victime d'un certain devoir. D'autres seraient à citer : l'émouvante "Julia", dans laquelle on peut déceler - seule trace sur 146 pages - du prénom de l'auteur, dissimulé dans un récit qui hausse le voyage au statut de véritable connaissance. L'on ne s'étonnera pas beaucoup : Daniel Simon lorgne souvent du côté du Portugal, et l'âme de nombre de ses personnages s'enfête d'ailleurs.

Un beau livre.

images?q=tbn:ANd9GcQMK7x3qBYOIExluOw9X796iYWwlyGQC3vp6nQ6LHLKzviE2VbbIg

Le livre sur le site des éditions M.E.O.

Je suis un lieu commun, le blog de Daniel SIMON: ses textes, ses coups de coeur...

Le site des éditions TRAVERSE

11:42 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUE de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |