28/03/2015

COCU XÉNOPHOBE suivi de LE GRUTIER, de Denis BILLAMBOZ

Cocu xénophobe

  

Il n’aimait pas son voisin

C’était un étranger

Il avait pourtant couché avec sa voisine

Une étrange beauté étrangère

Il avait fait tout ce qu’il avait pu

Pour qu’il soit reconduit

D’où il était venu

Sans sauf-conduit

  

Allez zou le cocu aux Balkans !

 

D’un air narquois

Sa femme l’observait

Pensant à part soi

Qu’il devrait

En la matière

Rabaisser son caquet

Et se satisfaire

D’un plus discret

  

Allez zou tous les cocus aux balcons !

 

Il eut ainsi limité le risque

A un vulgaire rhume

Bien de chez nous

 

 

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Le grutier 

 

Vol de grues

Le soir sur les grues

Le grutier est indifférent

 

Vol de grue

Au coin de la rue

Le grutier est innocent

  

Vol de grues

Au parc Bellevue

Le grutier est mécontent

  

Etreinte de grue

Un jour sous la grue

Le grutier est consentant

 

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La photo centrale est de Ludovic Walsh 

La photo du fond est un selfie

16:24 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

LE SEXE POUR TOUS

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Alors que la France défile gaillardement en réclamant à cor et à cri le mariage pour tous, ces deux livres auraient plutôt tendance à nous faire remarquer que la sexualité pour tous pourrait être aussi une revendication légitime. Françoise Rey propose un roman noir qui se déroule dans une maison de retraite où les personnels s’autorisent quelques écarts de conduite bien compréhensifs quand on considère tout ce qu’ils doivent supporter dans le cadre de leur travail. Marcel Nuss, quant lui, a transcendé son lourd handicap pour se glisser dans la peau d’une jeune femme libertine et nous faire comprendre que la sexualité existe aussi chez les handicapés.

 

 

cover225x225.jpegULTIME RETOUCHE

Françoise REY (1951 - .…)

Une adolescente qui perd sa virginité en même temps que sa mère, un inconnu qui enterre un cadavre dans une décharge et surtout une maison de retraite dont les pensionnaires féminines ont une fâcheuse tendance à se jeter par les fenêtres, constituent le cadre de l’intrigue de ce roman qui réunit tout le petit monde qui gravite autour de cette institution, dans une épilogue qui révèlent tous les secrets, traumatismes et phobies que tous ces personnages cèlent en eux depuis de nombreuses années. C’est au fond du cœur, du cerveau, des tripes de chacun des acteurs de cette énigme que l’auteure va chercher les raisons de cette épidémie de suicides, ou de meurtres, qui semble s’être abattue sur cette institution gérée d’une main de fer par la Marie-Berthe, la Marie-Salope.AVT_Francoise-Rey_8887.jpeg

Un roman noir, un thriller, un récit érotique, un polar, un documentaire sur les mouroirs, leurs résidents et les personnes qui y travaillent, un peu tout ça à la fois, ce livre contient en effet une belle intrigue habilement construite, du suspense, un tableau affligeant et pathétique de la vie dans ces fameux mouroirs qui font tellement peur à tous ceux qui avancent doucement vers un âge plus respectable, et évidemment quelques scènes érotiques nécessaires dans un livre de ce genre, donc un thriller érotique qui se déroule dans le milieu des maisons de retraite pour femmes ayant perdues leur autonomie et bien souvent une bonne partie de leur raison.

ultime-retouche.jpgUn texte bien écrit, fluide, d’un style alerte qui, in fine, rend un bel hommage à tous ceux qui travaillent dans ce milieu, et qui permet de mieux comprendre qu’ils peuvent rechercher une certaine compensation sexuelle à la tension à laquelle ils sont continuellement soumis au cours de leur travail, de leur véritable sacerdoce. La partie érotique du texte reste plutôt classique et pourrait figurer dans bien des romans qui ne sont pas estampillés « érotique ».

Ce livre peut être télécharger ici au prix de 4,99 €

 

1646006-gf.jpgLIBERTINAGE À BEL-AMOUR

Marcel NUSS (1955 - ….)

Marcel Nuss, lui-même lourdement handicapé par une amyotrophie spinale, est un essayiste qui s’est particulièrement intéressé à la sexualité des personnes handicapées afin de démontrer qu’elles ont, tout comme les valides, des désirs, des envies et des fantasmes qu’elles ont toutefois plus de mal à assouvir. Pour le présent ouvrage Marcel Nuss a abandonné, provisoirement probablement, le

domaine des essais pour se consacrer à la fiction pure à travers laquelle il cherche également à démontrer que, malgré son handicap, sa libido et son imagination ne sont nullement atteintes et qu’il peut se glisser dans la peau d’une jeune femme peu farouche étalant ses désirs et ses envies sans la moindre pudeur.

Il devient, le temps de cette fiction, la belle Héloïse, une jeune femme délurée qui épouse un vieil aristocrate libidineux pour s’assurer une situation financière confortable sans renoncer à ses escapades extra conjugales. Dans un clin d’oeil à Constance Chatterley, elle finit par séduire le garde pêche de son époux et même la femme à tout faire du domaine. Après le décès de vieux comte se forme ainsi un trio tutoyant plus souvent le vice que la vertu sans pour autant importuner qui que ce soit. L’auteur dénonce ainsi ceux que Rabelais interpellait déjà à son époque dans une célèbre diatribe qui aurait pu inspirer Marcel Nuss : « Le peuple est essentiellement composé de tartufes, de petits vicieux qui s’en foutent plein la vue entre les quatre murs de leur chez-soi. De mecs qui se lècheront les babines en lisant mon bouquin tout en grognant : « Oh, la salope ! D’où elle tient des idées pareilles, cette nana ? Elle a le diable au corps » diront-ils alors qu’ils ne connaissent même pas Raymond Radiguet, les incultes ».photo?memberId=00225yv9fkdmxdpv&height=185&width=140&ts=1355308139000

L’auteur nous montre une jeune femme heureuse de jouir de son corps et de sa santé sans retenue mais n’oublie pas que tout est éphémère sur notre planète mais que ce n’est pas une raison pour renoncer aux plaisirs d’aujourd’hui. « Rien n’est jamais gagné d’avance, la vie peut s’arrêter à n’importe quel moment. Et alors, faut-il pour autant ne plus oser vivre ? Faut-il cesser d’aimer et de désirer parce que sa queue à un passage à vide ? »

J’ai été attiré par ce livre non pas parce que je doutais des capacités de l’auteur à nous livrer ses fantasmes avec le poids du handicap qui l’accable mais je voulais surtout voir comment il pouvait rédiger un texte cohérent, fluide, dans un style littéraire correct en dictant les mots un par un sur un appareil de reconnaissance vocal. Le résultat est assez saisissant, le lecteur non averti ne pourrait absolument pas croire un instant que ce texte a été quasiment ahané mot à mot à une machine qui n’a fait que de le reproduire. Rien que pour cette performance, l’auteur mérite déjà largement notre reconnaissance et nos compliments. J’ajouterai que ce texte est parfaitement écrit et qu’il peut figurer dans la bibliothèque de n’importe quel lecteur averti ou assez ouvert d’esprit.

Le livre sur le site des éditions Tabou

15:38 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

25/03/2015

LES ÉCLABOUSSURES et autres poèmes

Les éclaboussures

 

tombé dans l’œil

un regard se noie

 

sur les cils

des gens voient

sans pouvoir agir

 

des éclaboussures 

d’images

 

 

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Prés prairies

 

Prés prairies sans fond

de la mémoire

soleil cher au fossoyeur

 

bardanes

pâquerettes

coquelicots

anémones

pissenlits

mangés par la racine

 

vos fleurs m’exaspèrent

 

je bois jusqu’à la piqûre

le jus d’ortie

de vos rodomontades

 

 

 

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Les mots

 

Les mots m’échappent

 J’ai beau leur courir après

 Leur offrir monts et merveilles

    Rimes mâles ou femelles

  

Les mots m’échappent

 Sans doute m’attendent-ils

  Dans un trou de souris

Dans un trou de serrure

 

Pour me faire la peau

 Me grignoter les os

Pour me rendre la mort impossible  

Pour me pendre à un croc de libraire

 

 

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Les pierres de l’enfance

 

Ma mère avant de dormir

dépose sous l’oreiller

les pierres de mon enfance

 

ce sont les mêmes qui décorent sa cour

et l’entrée de la mer

ce sont les mêmes qui parlent aux mains

et aux rivières

 

tout en tendant l’oreille

vers le porte-voix du passé

je me repose sur elles 

pour encore vieillir 

 

 

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Ce n’est pas vrai

 

ce n’est pas vrai que les souvenirs nous construisent

il est des murs à détruire bien plus édifiants

qu’une enceinte de mots

qu’un précipice de sons

donnant sur une symphonie vide

 

nous ne sommes pas faits que d’essence de phrases

il nous arrive d’être pierre d’espace

mur d’absence

fenêtre ouverte sur la déraison

ouvrage multiple dans les doigts d’un ange

 

nous allons au-devant de fumées

qui nous cachent un feu de cendres

mais derrière l’écran une main se tend

que nous n’espérons pas et que nous oublierons

par manque de mots pour retenir

 

dans l’océan d’ombres où meurent les jambes

l’action de marcher de parler de s’étendre

le rêve de caresser le plus grand nombre ;

un bateau de lumière épelle

une à une les lettres de notre être

 

s’il fait silence je meurs nu sur cette page   

je marque d’un point

l’absence de droite infinie

 

 

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Les poumons de la terre

 

né de l’étouffement

de la nuit

 

le souffle de l’aube

a grandi tout le jour

 

éclairant les poumons

de la terre

 

jusqu’à l’expir

 

tant que je t’étranglais

de joie

 

et que j’allongeais mon repas

vers ta faim

 

tu pouvais prendre

comme je voulais

  

ton plaisir

 

 

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En chemin

 

à l’appel du poème

les mots se lèvent

 

et se dirigent là où

ils ont entendu du bruit

 

parfois ils se perdent en chemin

et ne retrouvent pas la route du dictionnaire

 

alors ils font là où ils sont

un semblant d’histoire

 

ou un poème

 

 

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Le platane et l’olivier

 

Le platane plane

sur une feuille d’olivier

 

Quand la flamme prend

à la racine des jours

 

c’est le fruit qui flambe

dans le souvenir

 

Propulsant l’arbre volant

dans un passé non identifié

 

De mémoire de forêt

aucune aurore jamais

 

Aucun nuit n’a été recueillie 

dans un seul panier de rêve

 

 

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La neige

 

La neige qui tombe

À gros flocons

Racle les images

De ta mémoire

 

Tu revois ton enfance

A la faveur du blanc

Tu revois tes rêves courant

Sur le miroir de la nuit

 

Toi seul pressens leur chute

Au petit matin

Sur le lac gelé

D'un souvenir

 

 

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Le mécanisme de la sucette

 

Régulièrement

Sans souci du qu’en sucera-t-on

Je suce ma mère

Le souvenir de la jeunesse de ma mère

 

Qui à force prend la forme

D’une femme à croquer

À débiter en morceaux de charme

Lors d’un festin aux allures de dépeçage

 

Quand j’ai tout avalé

Jusqu’aux dents de sagesse

Je lave toutes les traces de sang

Pour que mère ne me dispute pas

 

Malgré toutes ces précautions

Qui devraient pourtant m’honorer

Me valoir quelques compliments

Ma mère me fait la tête

 

Elle me reproche de l’avoir oubliée

D’avoir troqué sa mémoire

Contre une forme aléatoire et passablement juvénile

En bon fils j’approuve chacun de ses dires

 

Je suce et resuce à nouveau

Comme si je n’avais pas bouffé à ma guise

 

 

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Les langues étrangères

 

Les langues étrangères

Pour quoi faire?

Se lamente mon père

Dans la terre 

 

Pour parler avec les limaces

Et les vers et tous les animalcules

Les os voisins et minéraux divers

Les corbeaux qui ont du baratin

 

Mais je sens bien

Que je ne suis pas convaincant

(Moi qui vous parle

Je n’en ai retenu aucune)

 

Papa ne répond pas

Sinon par le silence

Et je m’en vais sans rien dire

Par le fond de l’allée

 

 

 

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avant d’écrire

arrose ta prose

et vérifie tes vers

on n’est jamais

 assez prudent

 

avant d’écrire

soupèse le nuage d’écrire

et s’il est trop vague

laisse-le au ciel

 

 prends un peu de terre

pour tes tourments

pour tes poèmes

 

avant d’écrire

prends l’air

et rends le vent

glissant 

comme la plume

 

 E.A. 

11:35 Écrit par Éric Allard dans Avant d'écrire | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

23/03/2015

ROUGE RÉSIDUEL d'André DOMS & Pierre TRÉFOIS

28001100412040L.jpgCourse de la ligne à travers les sens

Deux artistes naviguent ici de conserve, l’un, écrivant, l’autre, dessinant les teintes et les nuances dans les entrelacs, pour ce qui s’apparente à une course de la ligne à travers les sens. Jeux de mots sur ces bornes visuelles qui cadrent et déploient nos images propres. Réseaux, résilles propres à saisir les couleurs dans leurs filets.

On assiste à des lignes qui en brouillant, voulant comme effacer leur traces engendrent des volumes, des images, glissent de la deuxième à la troisième dimension dans un entre-deux dimensionnel qui trouble, séduit et interroge.trefois.jpg

doms2.jpgLe poète, lui, est amené à « interpréter à faux », sans assurance. Il voit tour à tour un « décor de cruauté », et, entre vue aérienne et « broussaille de chiendent », des terres submergées, des moutonnements de nuages, des percées d’astres, des trouées de lumière dans un embrouillamini des quatre éléments.  Appelés à former une cosmologie singulière, une cartographie âpre et (re)belle. 

La matière verbale s'agglomère, les mots comme les traits se répondent de proche en proche, se contaminent: Rien, brin… comble, combe… confins, confiants… expose, explore, explose… 

Comme les lignes, les mots s’attachent pour former des chaînes de signifiants, des maillons plutôt, peinant à composer une suite car, peut-être le réel, aujourd’hui, n’est plus théorisable, l’objet d’une pensée unifiante.

C’est par éclairs l’image d’un homme qui surgit au centre de ces écheveaux car au fond il s’agit toujours de l’homme en questionnement qui répond à un doute pour une vérité relative à la vision d’un monde en constante métamorphose, qui prend avec les mots les formes qu’on meut.

Au fond, le rouge résiduel, persistant peut aussi bien être sang d’encre  résistant à l’épreuve du dessin que ces marques sans dessein qui enflamment nos esprits, notre besoin d’histoire et de vérité.

Pierre Tréfois et André Doms nous donnent un beau livre-objet qu’on a plaisir à regarder et à lire.

Éric Allard

Pour acheter ce livre

Le livre sera présenté ce jeudi 26 mars à 19 heures en présence de ses deux auteurs, avec la complicité d'Alain Dantinne, dans le cadre de la librairie-galerie Livre & Art de Louvain-la-Neuve.

20:04 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

LE BUNKER de THIERRY RADIÈRE

image165.jpgEnfermements

Une catastrophe nucléaire vient d’avoir lieu. Parmi d’autres personnes, une partie des artistes européens, au nombre de vingt-huit, un par pays, réunis dans un bunker pour promouvoir l’art européen, est sauve mais pour combien de temps ? Un écrivain apporte un premier témoignage. Il écrit depuis toujours ou presque. Et il continue, il continuera jusqu’à la fin. À l’encontre d’autres artistes, dévastés, qui ne croient plus, dans ces circonstances, à leur art. Quelques-uns des rescapés se découvrent croyants mais désormais ils sont comme incroyants en leur art qu’ils vénéraient tant avant la catastrophe.

Un d’eux se retranche dans une des pièces du bâtiment souterrain avec l’intention d’en finir et, avant, il gueule : On n’est pas allés assez loin dans nos œuvres , et ça, c’est regrettable!

Le témoin des lignes qu’on lit continue, imperturbable. Il écrit comme il respire. Il écrira même, les yeux fermés. La situation l’entraîne à encore plus de rigueur, mais non à renoncer à écrire: il se plongera dans ses souvenirs pour aiguiser davantage son regard et sa perception du monde.

Et pourtant, écrit-il, que de similitudes entre l’enfermement physique et celui qu’engendre la création !

Il note le commentaire d’un survivant sur ses livres : pas assez sensuel ! Mais la sensualité est-elle essentielle ? N’est-elle pas comparable à l’émotion, à la sincérité dont se prévalent tant d’artistes ? Ce qu’il décrit là, dans ces circonstances funestes, n’est pas sensuel : les crises de désespoir, les corps de plus en plus souillés, versant dans la mort, cette rixe sanglante qui oppose deux artistes… On peut avoir toujours écrit et s’être cependant trompé, écrit-il en substance, mais l’important, c’est de persister car la pire des choses serait de se croire arrivés.

Dans les écrits en prose de Radière, certaines circonstances poussent des Radi%C3%A8re-Thierry-e1406018153430.jpgquidams, souvent des taiseux, à prendre la parole, en écho à leur voix intérieure « toujours vivante, impossible à taire », et ils se mettent à parler, ils écrivent comme ils parleraient. Ce sont des voix qui sont données à entendre dans les livres de Radière.

À partir de cette situation de départ définie par l’éditeur Jacques Flament, d’autres auteurs vont donner la parole à d’autres témoins de cet événement.

Ce canevas, c’est du pain bénit pour Thierry Radière, écrivain du huis-clos et de l’enfermement, sur lequel il tisse une narration à hauteur d’homme qui rappelle aussi bien Le Terrier de Kafka que les Carnets du sous-sol de Dostoïevski. Mais certainement aussi Le lecteur inconstant de Carlos Liscano, cité dans le récit.

Et c’est vraisemblable ; on partage les visions et les interrogations de ce narrateur prisonnier plus encore de son besoin d’écrire que de la situation car, lit-on de la main de ce narrateur resté sans nom, la fiction appartient au réel, elle est une subtile excroissance de ce dernier et je pense sincèrement que nous n’inventons rien quand nous écrivons.

Depuis ce premier témoignage, deux autres sont parus, signés de Laurent Herrou et de Benoît Camus.

Éric Allard 

Thierry Radière sur le site des éditions Jacques Flament

Le bunker sur ce même site


14:24 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

22/03/2015

UNE VIE DE VOLEUSE

Lola Lafon est née en 1975, elle a publié quatre romans et a sorti deux albums de chansons.

Une vie de voleuse (d'après une phrase de Lou Andréas-Salomé)

Une vie pour errer, une autre pour rien en faire
Une pour lire le matin, moi j’aime lire au réveil
Une vie pour courir sans qu’il n’y ait personne derrière
Une vie pour faire erreur ou même plusieurs

Une vie pour errer, une autre pour rien en faire
Pour s’inquiéter du ciel comme on s’inquiète d’un frère
Une vie douce et conne juste un peu plus légère
Une vie aux aguets sans abri intérieur

Une vie pour déposer des larmes sur les pierres
Une vie si je meurs
Une vie pour se consoler d’avoir grandi
Une vie pour écrire tout ce qu’on prévoit d’en faire

Une vie pour l’immense addition qui s’opère
Une vie évasive à ne répondre de rien
Une vie d’arbre évadé de toutes les forêts
Une vie de voleuse

Une vie de voleuse
Une vie si tu veux en avoir une, vole-la !
Une vie si tu veux en avoir une, vole-la !
Vole-la...





 

Son portrait sur le site d'Actes Sud

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18:02 Écrit par Éric Allard dans Hé! les filles! | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

LA PETITE COMMUNISTE QUI NE SOURIAIT JAMAIS de LOLA LAFON

Les faits et la fée815905.jpg

Lola Lafon raconte Nadia Comaneci, la première gymnaste à avoir obtenu une cote de 10/10 pour sa prestation aux J.O. de Montréal (elle a dérouté l’ordinateur qui n’avait pas dans son programme le nombre 10, elle croit voir 1,00 et se demande pourquoi cette note quasi nulle), de sa découverte en 1969 (Nadia a huit ans) par Béla Karoly, un ancien boxeur, à Onesti, au Nord-Est de Bucarest, jusqu’à sa fuite aux USA un mois avant la chute de Ceaucescu.

La partie la plus étonnante, la plus cruelle n’est pas celle qui raconte la vie de Nadia en Roumanie mais la façon dont, après sa fuite du pays, elle sera accueillie aux Etats-Unis et exhibée, jugée comme un monstre de foire. Cette seconde partie m’a fait penser, je ne sais trop pourquoi, au Grand Théâtre de l’Oklahoma de L’Amérique de Kafka (où, cela dit, l’écrivain tchèque n’était jamais allé).

Lola noue dès le début un dialogue imaginaire avec Nadia Comaneci qu’elle n’a pas rencontrée pendant l’écriture de son roman. Si elle le fait, on comprend que c’est pour ne pas verser dans « son arrogance occidentale » (même si Lola Lafon a grandi en Roumanie) ou laisser libre cours à une imagination typiquement romanesque qui lui ferait inévitablement inventer une psychologie à Nadia, des pensées, des intentions, des sentiments... à la gymnaste.

Une sorte de délicatesse l’en empêche, elle ne veut pas interpréter la vie de quelqu’un d’autre.
Ce dispositif l’en préserve, c’est ce qui fait l’intérêt de ce livre mais aussi ses limites. Car, au bout du compte, elle ne fait que se retenir aux faits d’une vie et ce que ce qui en a été dit.

Ainsi, elle nous épargne, comme nombre de biographes classiques le font, une vie inventée, plus rêvée que celle vécue mais, en revanche, elle nous laisse avec l’image d’une Nadia, d’une part, concentrée sur ses objectifs sportifs, pour ne pas ressembler à la masse des adolescentes de son âge (les petites filles des années 70), et d’autre part, d’une personne influençable, à la recherche constante de managers, lui indiquant les grandes lignes de son existence. 

C'est aussi un livre sur l'incapacité à se définir politiquement, entre libéralisme sauvage et communisme, suivant le régime qu'on endure.

Un livre, au final, qui, pour bien faire, ne pas donner une image fausse de la « véritable » Nadia, n’apporte pas grand-chose à la légende qu’elle a colportée malgré, il faut le souligner, l'intense écriture de Lola Lafon.

Eric Allard

 

Lola Lafon parle de son livre

Nadia Comaneci dans ses oeuvres

17:03 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

LE GRAND BORBORICHON et autres coquecigrues de JOAQUIM HOCK

729536.pngHistoires extraordinaires

Joachim Hock possède un univers propre qu’il présente sous forme d’images (il est aussi peintre, dessinateur) et d’histoires extraordinaires. Des contes faits de diverses métamorphoses et d’événements surprenants au premier abord qui finissent vite par passer pour commun aux yeux des personnages qui les découvrent.

Voici quelques-uns des sujets traités : le pied d’un quidam où vient à pousser un petit bonhomme (L'orteil), un tyran réclamant qu’on lui construise une montagne (Les montagnes), un employé de bureau se faisant greffer une trompe en place du nez (La trompe), des nuages de poules encombrant le ciel d’une ville (Les Poules), un diplodocus qui devient l’animal sacré d’une région (Le Grand Borborichon)… Il y a quelque chose de l'ethnologue chez Hock qui le fait étudier, détailler, décrypter sans complaisance ni animosité les us et coutumes des habitants de ses récits.

Mais qu’on ne ne s'y trompe pas, derrière ces dérèglements presque organiques de la vie sociale, ces déplacements de sens, se devine une critique amusée de notre société, dirigée par des scientifiques, des politiques, des hommes d’affaires peu scrupuleux.

Hock s’inspire du monde cynique et tristement farfelu qui s’offre à nos regards et à notre intellect pour donner vie à ses fables (im)morales.

Ce n’est pas par hasard si Vialatte, Ionesco ou Jarry figurent parmi ses auteurs préférés.

Les contes vont d’une à quelques dizaines de pages et, dans plusieurs d’entre eux, on sent assez  de matière pour alimenter un roman. Et il y a fort à parier que d'ici peu Joaquim reviendra au roman (il est l'auteur d'un premier roman intitulé L'intrus).

E. A.

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LES JAMBES

   Ce soir-là, monsieur et madame Ploup seraient de sortie. Ils allaient en ville pour une soirée entre gens bien. Ils n’étaient pas du grand monde, mais c’était d’honorables bourgeois passablement fortunés que l’on invitait souvent dans les soirées festives de la capitale et qui portaient chaque jour leurs  habits du dimanche.

   Il allait bientôt être 19 h 30 et monsieur Ploup venait de descendre les escaliers de l’immeuble pour acheter en vitesse une petite boîte de pralines  qu’il avait l’intention d’offrir à la maîtresse de maison qui avait eu la gentillesse de les inviter. Un peu essoufflé, et visiblement la tête ailleurs, il entrait dans son appartement. Encore une fois, l’ascenseur était en panne, et il ne fallait pas douter que l’on accuserait à nouveau le fils de la concierge d’avoir chipoté à tous les boutons.

   Madame Ploup, qui avait déjà enfilé  sa plus belle robe, terminait de se maquiller dans la salle de bain lorsqu’elle s’exclama :

-         Mais enfin Robert, tu ne vas tout de même pas y aller comme ça !

-          Oh merde ! J’ai oublié mes jambes dans l’escalier… ! avait répondu son mari en s’effondrant sur la moquette.

 

Tiré de Le Grand Borborichon et autres coquecigrues, éd. Durand Peyroles

 

 Découvrez le blog de Joaquim HOCK: son travail graphique et littéraire

Le site des Editions Durand-Peyroles

 



14:43 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

21/03/2015

À CÔTÉ DU SENTIER... des nouvelles de DANIEL SIMON

images?q=tbn:ANd9GcRfDJsPxzVb0RMaKp9b0C6zEKvZkaK97oODcCag4YYmaxuq7SscCV_NSLYpar Philippe LEUCKX

 

 

 

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Un esprit tordu a énoncé de péremptoire façon - sans doute à mauvais escient, pour ne pas délier la bourse des achats de ses livres - que " M.E.O. proposait des maquettes non professionnelles"! C'est à mourir de rire ou de tristesse, quand on voit, entre autres, la belle, la très belle couverture de 'A côté du sentier" de Daniel Simon. La photographie de couverture est signée Pierre Moreau, que les membres de l'A.E.B. connaissent bien. Et la maquette des autres ouvrages récents ou passés! Passons. Les esprits chagrins ou demeurés, il s'en trouvera toujours. Des éditeurs courageux, obstinés et généreux, là, les mêmes pourront toujours courir. Il en est peu comme Mr Adam. Trèfle d'ironie facile. Venons-en au plat que nous concocte Mr Simon.

Des nouvelles. Dix-neuf. Constantes : la vigueur de l'écriture; la maîtrise de la langue; les thèmes de la marginalité assumée ou pas, du théâtre des apparences, du vrai théâtre, celui auquel on s'use, celui de la vie, expérience, apprentissage; les aléas, les rémissions... et ce ton, imparable, mi-voltairien, mi-tendre.

De ces dix-neuf brèves nouvelles, émergent une bonne dizaine, auxquelles j'ai sans doute été plus sensible. "Désiré" nous plonge dans le monde de l'internat et réussit à faire voler en éclats ces sales idées toutes faites qui empoissent les consciences. "Le rempart des lampes " (quel beau titre) est une véritable descente aux enfers, aux allures de cauchemar, entre prison et théâtre. C'est aussi l'une des plus longues. Dans "Face à face", perdre une dent devient le moteur terrible d'une déchéance. La maladie, la souffrance, la peur peuplent "La répétition" d'un intense questionnement sur ce que sont nos pauvres vies, engluées dans les tresses du méconfort. Avec Simon, on va forcément aller au théâtre, et deux des nouvelles, les deux dernières du volume, nous embarquent dans l'univers des répétitions, des représentations, entre angoisse, trac et références classiques (ah! Hamlet). "Les plaisirs du théâtre" et "Le Petit Théâtre" explorent une matière que leur auteur connaît bien. Passer un entretien d'embauche peut devenir, sous la plume de notre auteur, un mauvais songe et "Pourriez-vous être plus clair?" en administre une illustration sévère. L'une des nouvelles les plus émouvantes s'intitule "Il ne répondait plus", belle variation autour de plusieurs strates : le mur de communication, le nom du personnage central, Berlin, et l'amitié virtuelle, donnée imparable d'un monde à questionner. "Bruxelles-Varsovie" ou comment jongler sentimentalement avec deux amours, deux femmes, deux vies. Un petit air de Butor de l'est, avec force modifications, et une réelle maîtrise psychologique : l'histoire de Bremond touche, au-delà de la fragilité, au-delà de son statut de victime d'un certain devoir. D'autres seraient à citer : l'émouvante "Julia", dans laquelle on peut déceler - seule trace sur 146 pages - du prénom de l'auteur, dissimulé dans un récit qui hausse le voyage au statut de véritable connaissance. L'on ne s'étonnera pas beaucoup : Daniel Simon lorgne souvent du côté du Portugal, et l'âme de nombre de ses personnages s'enfête d'ailleurs.

Un beau livre.

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Le livre sur le site des éditions M.E.O.

Je suis un lieu commun, le blog de Daniel SIMON: ses textes, ses coups de coeur...

Le site des éditions TRAVERSE

11:42 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUE de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

20/03/2015

CHARLES MICHEL DÉFINITIVEMENT AVEUGLE après avoir regardé l’éclipse sans lunettes de protection

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Ce matin, Charles Michel, écoutant l'avis de sa conseillère scientifique,  Jacqueline Galant, a regardé le soleil en face lors de l'éclipse, comme s’il le défiait. Mal lui en a pris, le Premier est définitivement aveugle. Le constat est sans appel. Mais depuis longtemps, il ne voyait déjà plus ce qui se passait dans son parti : les agissements des Kubla, De Decker lui étaient devenus opaques… 

Il en faut cependant plus pour  ébranler son optimisme : « Cette éclipse ne m’empêchera pas d’atteindre les objectifs de ce gouvernement et de faire les réformes qui s’impose pour l’avenir du pays. », a-t-il dit en serrant les poings.

Bart de Wever, le bourgmestre d’Anvers, a une nouvelle fois fait preuve de son humanité en promettant de servir de guide au Premier ministre lors de tous ses déplacements publics. 

19/03/2015

PREMIER SALON INTERNATIONAL "MAUVAISE SANTÉ, VIE DE MERDE & MAL VIVRE ENSEMBLE"

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Le premier Salon international Mauvaise Santé, Vie merdique et mal vivre ensemble se tiendra le week-end prochain à Courval

 

PROGRAMME DES CONFÉRENCES DU SAMEDI 21 MARS

 

10 h 30 : L’ivressologie, pour mieux comprendre et étudier votre dépendance au jour le jour

Par Marie JÉBU et  Jean GEBOIRÉ-TOUJOUR (alcooliques bien connus)

 

11h30 : Bien manger tout en se laissant grossir…

Par Yvette de LABALÈNE (dresseuse de cétacés) et Maud ISOIJE (esthéticienne à charge)

 

12h00 : déjeuner au McDo & dégustation de M&M’s Pierre McDolini

 

13h00 : Troubles de la sexualité, comment mieux les cibler pour les amplifier ?

Par Guillaume TELLFLESCH (tireur à l’arc sous la coupe de Cupidon dans les régions pubiennes)

 

14h00 : Comment évacuer ses selles dans le respect de l’environnement ? 

Par Raymond LÉTRON (auteur de Mes selles, mon bourrin et moi aux éditions du Cabinet d’Aisance) et Mirabelle LACHIASSE (auteur de Mon transit intestinal ne me procure plus autant de plaisir que celui de mes treize ans, aux éditions en ligne Jaidumalavecmoncul.com, elle a aussi une page Facebook)

 

15 h00 : L’importance du bien-être de nos moustiques pour avoir des piqûres saines jusqu’en décembre (au moins)

Par Charles PICQUÉ et Laurette KIPIC (politiciens à gratter) et une nuée de moustiques

  

PROGRAMME DES CONFÉRENCES DU DIMANCHE 22 MARS

 

10h30 : Poussées de priapisme chez l’électeur lambda quand il aperçoit une politicienne mannequin dans les magazines ou sur les affiches électorales de sa commune

Par Caroline POLIFICHET et Miracula ATIRVOI (consultantes de nuit de nombreux politiciens en vue)

 

11h30 : Introduction au Fist Fucking, présentation Power Poing et pénétrations

Par Michel LEFION et E-MANUELLE (coachs en dilatations d’anus et bras long)*

*En fait, des pseudos qui cachent des spécialistes de l’enculage en règle sur la place publique

 

12h00 : Déjeuner au Quick &  dégustation de chapeaux de curé Mgr Leonard

 

13h00 : Le mal-être au travail et la façon de s’en sortir par le haut en se faisant Seppuku sur la terrasse du lieu d’emmerdement.

Par Marguerite MISHIMA (Harakirithérapeute & alpiniste)

 

14h00 : Ma traversée du libéralisme sauvage et ma découverte du socialisme mou 

Par Serge KUDEQUERRE (financier déguisé en défenseur des très riches et des montagnes Sainte-Défaite) et Guy-Alain ATHOMA (tenancier d’une billetterie de cartes rouges dans la région de Liège donnant accès à divers désavantages sociaux)

 

15h00 : Extension du domaine de la Maison Communale à la Station-service ou Comment se faire Total  voir quand on est un homme public ?

Par Charles-Jean PERTOLU, auteur d’un recueil de plaisanteries fumeuses à distribuer (pour commencer) au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Il sera en dédicaces à la rentrée des classes dans toutes les toilettes des stations-services du royaume.

 

16h00 : Les thérapies dures qui vous casseront définitivement

Par Benoîte BRISEFER (diplômée en cassage de Pierre – les plus durs - et autres prénoms à caractère minéral)

 

17h30 : Comment, lorsqu’on est SDF, ne pas dépasser son quota de nuits ?

Avec les témoignages de JEAN-LUC (à titre posthume), de JEAN-TRUC et JEAN-MACHIN-CHOSE, de JEAN-MAXIME P. & JEANNE-STEPHANIE S. (un couple de Sans Déontologie fixe qui a trouvé refuge à l’Hôtel de Ville de Namur)

 

19h00 : Y-a-t-il une vie merdique après la vie merdique, et le cycle infernal s’arrêtera-t-il un jour ?

Le week-end se terminera par une conférence infralucide donnée par Jacques-André LAHAUT et Marie-Mireille ZONBI DE LODELA, célèbres voyants dans les cartes de crédit et auteurs du best-seller : Quand j’étais mort

Le débat de fin de séance répondra à la question : Peut-on avoir vécu sept vies sans avoir au moins été une fois un homme politique pourri?

Il sera réanimé par Pascal VREBOS qui, lui aussi, a eu sept vies…

 

Un fameux week-end rasoir en perspective!

 

18/03/2015

CARNETS DE RANGGEN de Philippe LEUCKX (éd. Le Coudrier)

7675473_orig.jpgHaute altitude de l’être

Ici, à Ranggen, petite localité du Tyrol près d’Innsbruck, Philippe Leuckx parle la langue de la montagne sans forcer. Et c’est limpide, et c’est clair. C’est de l’art poétique parfaitement maîtrisé. Mais examinons cela de plus près en parcourant ces Carnets...

 

Tombée du soir

Leuckx est plus que jamais le poète du soir. Non pas qu’il ne soit pas attentif au jour. Mais tout le jour, il accumule du ciel et la nuit, il fait provision de gouffre.

Il écrit d’un haut lieu de l’être d’où il voit tomber le jour, et un peu de son enfance. Il est question de chute dans le temps. Jusqu’où vais-je tomber? écrit-il. Car on ne sait rien de la profondeur. Mais le soir est-ce si sûr ? s’interroge-t-il encore. Non, car « c’est l’enfance qui court la nuit », l’enfance toujours égarée, avec ses joies et ses blessures liées.

On sait qu’au bord du soir vient le précipice de la nuit. Et une des tâches du poète sera de contrôler cette chute, temps après temps. 

« La source des mots » se « lit dans l’ombre », écrit-il.

            Si sombre est l'épithète exprimant le manque de clarté, il est aussi la forme               conjuguée au présent de ce qui chute.

Le poème sera ce lieu où va coïncider le ciel intérieur avec la montée du soir. Car si le jour tombe, le soir, lui, monte. De même que les souvenirs et le flot des rumeurs. Ainsi que le passé, la remémoration du jour achevé. Dans ce bref intervalle où l’« étreinte de temps » se desserre et où l’ « émeute des mots » s’accorde « au jeu de la mémoire », ce qui constitue la définition même de la poésie, selon Leuckx. 

Non assujetti aux urgences du jour qui a tout brouillé, « embué », sous l’urgence de ses pas, le soir est ce moment où le temps se laisse prendre dans les filets de la mémoire et (dé)livre ses prises.

Le vert, comme la lumière, « masque », il est une entrave au regard, à voir au-delà des apparences. À l’instar du vent qui balaie l’air, ce « temps toujours perdu », et déplace, entraîne les temps...

Leuckx joue le vent contre le vert, le mouvement de l’air contre l’établissement d’une seule couleur au détriment des autres.

 

Nuit et à nouveau jour

On peut dire aussi, en suivant Leuckx « en chemin », que le soir transforme la lumière – « qui n’en peut plus de durer » - en mots, en vers, en pensées. Dans ce sas entre deux durées se dépose le sens. Le soir porte le poème jusqu’au terme de la nuit, « l’autre du jour », « sa négligence ».

La nuit se révèle « l’obscure ennemie de la lumière » où l’ « être se cherche », comme les visages, où ils se trouvent autrement. Se réinventent dans un blanc immémorial : « Il faut réajuster la vision murmurer le blanc. »

Mais la nuit n’est pas la fin, elle fait place bientôt à l’aube d’un nouveau jour auquel le poète «  consent »   tandis que son « corps s’arroge l’espace ». 

Le poème se lit à l’imparfait, lit-on très tôt. Tel l’oiseau, il découpe l’espace/ en petites tronçons de temps. De tendre. Comme, par ailleurs, la lumière voit à toutes petites / lampées. Le temps s’attache au lieu d’où ils reviennent ensemble à la faveur d’un poème d’air.

Ce jour qui appelle sur « une géographie outragée » des orages et des tempêtes , des bouleversements essentiels et existentiels qui feront verser « le sang des chair affolées ».

 

L’éveilleur5f6034c6-e0fc-11e3-9861-5a72a6fd8fe4_web_scale_0.154321_0.154321__.jpg.h380.jpg

Philippe Leuckx, n’est pas, loin s’en faut, ce poète de la modération qu’on pourrait voir en lui ou bien dans le sens où Philippe enregistre les plus infimes sensations pouvant engendrer des séismes. Si Philippe écrit, c’est pour se préserver des tempêtes et, de même, nous en garder. C’est un (é)veilleur ! 

Il écrit une poésie orageuse, qui lance des éclairs, sous ses dehors éthérés, qui peut paraître lisse à force de travail sur les signes et les sensations mais qui n’en reste pas moins une poésie vive, ancrée dans le réel le plus accidenté, celui, on l’a vu, des vallées de l’enfance et des montagnes de l’être. Et Leuckx, un poète ardent, brûlant, après dégagement des « hautes herbes de la mémoire », du feu doux des ardeurs consumées.

À noter aussi la belle préface d'Anne-Marie Derèse qui étudie notamment ces Carnets de Ranggen sous l'angle des rapports entre la terre, le ciel et l'oiseau en tant que messager, intercesseur... Ainsi elle écrit: Un esprit ailé plane au-dessus des cimes et vient se poser sur l'épaule du rêveur. Leuckx arrache une plume, la taille, la trempe dans l'encre et nous écrit un songe qui se déroule tel un ruban dans la fragilité de l'air..." 

La preuve qu’il existe de nombreuses lectures de ce nouveau recueil inépuisable. Et les photos de Philippe, travaillées comme des aquarelles, ponctuent favorablement les étapes du jour narré.

Le hasard objectif des lectures fait qu’en découvrant W.G. Sebald  (Vertiges) - dans la traduction de Patrick Charbonneau– qu’on a qualifié d’archéologue de la mémoire et qui a vécu son enfance en bordure du Tyrol, je lis sous sa plume, parlant d’une plongée dans ses souvenirs : « Plus exactement mes souvenirs montèrent , du moins, en eus-je l’impression, dans un espace qui m’était extérieur, ils montèrent dans un espace de plus en plus haut pour s’échapper ensuite de cet espace quand ils eurent atteint un certain niveau, et s’écouler en moi comme d’une eau débordant d’une retenue. »

Jeux d’écoulement du temps et de la mémoire en haute altitude, saturée d’air, de réminiscences; toucher du soir avec un gant d’azur… Par-delà les époques, d'un sommet à l'autre, les vrais poètes parlent sans forcer la langue de la montagne.

Éric Allard 

Les recueils de Philippe Leuckx aux éditions Le Coudrier

1308276_orig.jpgTitre : CARNETS DE RANGGEN

Auteur : Philippe LEUCKX
Préface : Anne-Marie DERESE
Illustrations : Philippe LEUCKX
Format : 14 cm / 20 cm
Nombre de pages : 89 pages, dont 3 illustrations couleur sur papier Canson 160 gr
ISBN : 978-2-930498-52-2
Prix TTC : 14 €
Date de parution : mars 2015

17/03/2015

Vive satisfaction du conseil communal de Charleroi après la destruction totale de la ville

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Plus un terril à l'horizon, tout est rasé!

Plus aucun parcoville, plus aucune BMW ni voiture de fonction, plus un seul SDF, la ville est définitivement rayée de la carte, du beau travail! s'est félicité un édile qu'on n'a pas reconnu sous son manteau de poussière. 

16/03/2015

SCIENCES & VIE consacrera un HORS-SÉRIE à Maggie DE BLOCK

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 Avec 61 % d'opinions favorables dans les deux Régions majoritairement francophones du pays, la Ministre libérale flamande est une des personnalités préférées de tous les Belges.

À cette occasion, le magazine de vulgarisation scientifique Sciences & Vie, dans le cadre de son étude des phénomènes inexpliqués de la nature (politique), consacrera un numéro spécial à ce nouveau prodige.

Puisque l'intéressée elle-même demeure sans voix face à l'attraction populaire dont elle fait l'objet, le magazine a réuni les plus grands chercheurs dans le domaine afin d'élucider ce mystère qui, alors qu'on commémore les cent ans de la théorie de la relativité d'Einstein, constitue peut-être le plus grand défi scientifique du XXI° siècle... 

Vive émotion (et rires sous cape) à RTL/TVI: Nicolas BUYTAERS met fin à sa carrière de critique cinéma

4134037.jpgVive émotion (et  rires sous cape) lors de l’annonce par Stéphane Rosenblatt, le directeur des programmes de la chaîne de télévision RTL/TVI, de l’arrêt de la critique cinéma par Nicolas Buytaers. Comme ceux qui l'ont précédé, il ira rejoindre le défilé des critiques cinéma de la chaîne dont on ne se souvient plus du nom. A l'exception notoire de Rémo Forlani, mais c’était une autre époque et à la radio...

La direction des programmes recrute donc. Nous avons pu nous procurer le quiz qui sera proposé aux candidats...

 

1. Dans La Grande Vadrouille de Gérard Oury (1966), les deux Français sont joués par : 

A. Dany Boon & Kad Merad

B. Bart de Wever & Charles Michel

C. Pierre Niney & Guillaume Gallienne

D. Bourvil & Louis de Funès

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2. Dans la grande famille Besson, on demande le cinéaste :

A. Luc

B. Patrick

C. Philippe

D. Éric

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3. Franz est le premier film tourné par Jacques Brel en 1971, Il y tient le premier rôle aux côtés de :

A. Barbra Streisand

B. Barbara

C. Mylène Farmer

D. B.J. Scott

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4.     Quel est le comédien qui a reçu cette année le César du Meilleur Comédien et qui vient de quitter la Comédie Française:

 A.    Jean Piat

B.    Jean d’Ormesson

C.     Pierre Niney

D.    Pierre Brasseur

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5.     En ce début d’année 2015, quelle actrice belge a eu les honneurs de la couverture de Lui : 

A.    Benoîte Poelvoorde

B.    Françoise Damiens

C.     Stéphanie De Groodt

D.    Marie Gillain

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15/03/2015

STRIP-TEASE, une nouvelle inédite de Véronique JANZYK

 womans_hands_pole_dancin_450.jpg    C’était une demande de plus, elle les accueillait toutes. Une commande, pour un zoning comme il en poussait tant dans la région. Soixante hectares certes nouvellement implantés mais qui ne se distinguaient pas des autres parcs industriels. Des hectares de bâtiments, de parkings, de clôtures, l’ensemble déjà protégé des intrus par sa mise à l’écart de la ville. Pas un seul arbre, juste la platitude de la pelouse. Elle avait trouvé le rendez-vous au planning. Depuis quelques mois, la patronne s’était entichée d’afficher les horaires de chacun sur un grand tableau blanc. Elle traçait elle-même les grilles, à main levée. L’opération semblait plus facile à la verticale qu’à l’horizontale. La main ne tremblait pas et le tracé était presque droit. Les noms étaient engrillagés. Comme les entreprises dans le zoning. Claire, Rosa, Christine, Cathy, Pablo et les autres. Voisins de strip-tease. Les affaires marchaient. Les séances se diversifiaient. Un nouveau style de service avait même vu le jour. Un pack goûter-soirée. Des entreprises faisaient coup double en invitant les enfants l’après-midi pour une animation. Les mères et les enfants quittaient les lieux vers dix-sept heures pendant que les pères se préparaient pour la suite. L’air de rien, petits regards vers la scène encore occupée par un clown ou une clownesse. Cathy et Pablo avaient ajouté la spécialité à leurs CV. Pour certains spectateurs, combien donc, ce serait le premier strip-tease. D’autres avaient acquis une certaine expérience de l’effeuillage. Se rinçaient la gorge et l’œil. D’autres déclinaient l’invitation. Elle, pratiquait depuis cinq ans maintenant. Ça avait été un travail d’étudiante. Dans tous les sens du terme. Elle s’était scrutée. Elle s’était testée. Elle avait mis sa pudeur à l’épreuve. Elle s’était pesée. La balance affichait un poids. Cinquante kilos ce n’était pas beaucoup. C’était tout juste trop. Elle avait développé une attention maniaque pour son poids. Elle venait de loin.

     Elle venait d’une enfance de ronde. De mollets charnus, de bonnes joues. Elle avait mis un point d’honneur à s’élancer. Vers un diplôme. Vers une silhouette. Vers ses os sous ses doigts. Depuis des années, c’était comme un rituel, elle enserrait son poignet droit des doigts de la main gauche. Elle avait en mémoire exactement les millimètres du pouce qui dépassaient de la jonction avec le majeur. Elle entourait sa cuisse gauche et son genou gauche de ses deux mains. Là aussi elle prenait sa mesure exacte. La chair se musclait. Le poids croissait. Pas de beaucoup. D’un kilo. Ou de deux. Qu’elle s’empressait de perdre. Tout en conservant la masse musculaire. Une expression qu’elle aimait bien. Car le muscle, tout en forme, n’avait rien d’une masse. Elle fréquenta les salles de sports pour entretenir ses formes. Ni son image dans la glace ni son regard sur les autres sportifs ne la satisfaisaient. Elle avait besoin d’autre chose, une bonne fois pour toutes ne plus être pendue  l’acquiescement de la balance. Elle avait besoin d’un partenaire. Elle se mit à la danse. Laisse-toi aller, suis-moi, lui avait dit son premier partenaire. Elle ne l’avait pas contredit, mais son corps parlait pour elle. Elle était là pour elle, pour sa maîtrise personnelle. Elle lâcha cependant du lest. Elle se coula dans ses mouvements à lui. Il avait l’air satisfait. Elle aussi l’était, dans sa robe ajustée. Sa robe courte. Ses bas. Elle d’ordinaire en pantalon et ceinture serrée cran six sept huit. Il menait, mais elle aussi. Elle porta des robes plus courtes. Elle aimait le mouvement de sa robe, longtemps après le pas. Comme un souvenir qui durait dans l’espace. Tango, valse, cha-cha. Pole danse enfin. La barre comme partenaire. Elle s’émancipa des mains qui avaient pris le relais des siennes sur son corps. La barre, elle tournait autour, la touchait, s’y appuyait, s’y hissait. Ses collègues étaient venues à la pole après l’effeuillage. Elle avait effectué le chemin inverse. Elle plaisait. Le regard des spectateurs agissait comme le cran de la ceinture jadis. Elle se sentait contenue. Eux, nombreux, en un seul cavalier indifférencié. Et elle, seule. Peu lui importait qu’on lui proposât de laisser tomber le slip, oh mais il y aurait des effets de lumière rassure-toi. Les affaires marchaient bien. Elle ne prenait pas ombrage des demandes. Tu t’approches du public. Tu ondules. Tu écartes un peu plus. Le désir de gros libidineux c’était du désir. Sa graisse et sa disgrâce, sa bêtise peut-être elle les retournait comme un gant. Elle n’avait plus de ventre à rentrer. Elle était une. Une même et unique silhouette en privé et en public. Elle craignait quelquefois que ces séances ne s’arrêtent. C’était son petit alcool à elle. Son carburant incognito.

    La commande de ce soir lui avait été présentée comme un peu particulière mais rien de grave. Rien qui demande un complément d’information. Elle faisait confiance à la patronne. Elle ne s’inquiétait pas. Elle y pensait. La pensée est un aiguillon. Elle craignait justement que la routine s’installe. L’endroit de ce soir, elle le connaissait. Elle était déjà venue dans cette salle où s’organisaient des réceptions, pour des mariages, des communions, des funérailles parfois. Elle fut accueillie par un bel homme ma foi, mais pâle, si pâle. Il souriait. Les yeux dans les yeux. Elle ne lut rien dans son regard. A peine commença-t-elle à ôter son manteau que ses mains légères si légères prirent le relais. Le froid tomba sur ses épaules, mais déjà il lui montrait le chemin vers la pièce adjacente. Un parfum montait, une odeur plutôt, qu’elle n’identifia pas. L’homme de l’entrée la guidait par le coude. Vers l’estrade. Pourquoi une estrade, se demanda-t-elle. Une table avait été installée, une chaise. Sur la table des couverts avaient été posés. Je vous en prie, dit l’homme. La musique démarra. Elle dansa autour de la table. Ensuite elle s’assit. Elle leur offrit son profil. Son visage, son estomac, son ventre, ses cuisses écrasées sur le siège, ses pieds immobiles. Elle leur offrit ses coups de fourchettes. Elle tint la fourchette de la main droite puis se ravisa. Elle battit une mesure mais laquelle du pied droit. Le ballet des couverts à la bouche. De la bouche à la table. La distance changeante des couverts entre eux. Leur éclat. Sa bague en rond de serviette. Son doigt en papier. Sa poitrine se soulevait. Son estomac poussait. Elle pensa à tout ça puis elle ne pensa plus à rien. Elle les voyait sans les voir. Elle les revoyait, installés, vêtus de costumes sombres, cravatés. Les mains posées sur les cuisses. Les chaussures cirées mais aujourd’hui elle n’en est plus si sûre mais quelle importance cela pourrait-il avoir. Ils étaient maigres et immobiles. Des corps secs; des estomacs suturés. Une haleine sure. Elle voyait leur sang dans les tubes, leurs carences, leurs compléments alimentaires sur les tables de nuit ou dans les tiroirs des cuisines. Elle ne parvint pas à les voir gros. Elle repoussait l’image du gros, qui était la sienne jadis. Elle eut pitié de leurs désordres et de leur dernier refuge : le groupe d’anciens outre-mangeurs, tout à la fête de son dixième anniversaire. Bon anniversaire, murmura-t-elle la bouche pleine.

 

Ce texte fait partie d'un recueil à paraître: "LE VAMPIRE DE CLICHY et autres histoires périphériques".

 

AVT_Veronique-Janzyk_7957.jpegVéronique Janzyk a publié plusieurs livres : Auto (éditions La Chambre d’Échos, France), La Maison (au Fram, Belgique) ainsi qu’un recueil de textes, Cardiofight, intégré dans Trois poètes belges, avec Antoine Wauters et Serge Delaive aux éditions du Murmure, en France. Elle est aussi l'auteure de Les fées penchées et de On est encore aujourd'hui, paru en numérique mais aussi en édition papier chez ONLIT Éditions (2013).

Véronique Janzyk sur ONLIT Editions

 Véronique Janzyk en interview pour Les Fées Penchées

 

16:45 Écrit par Éric Allard dans Véronique JANZYK | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

Michel JOIRET, Le CARRÉ D'OR, Ed. M.E.O., 2015, 160p., 16€.

5f6034c6-e0fc-11e3-9861-5a72a6fd8fe4_web_scale_0.154321_0.154321__.jpg.h380.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

carre-or-1c.jpgPoète, essayiste, commentateur de Proust, Michel Joiret livre ici un roman de mémoire et de vie. Son antihéros, Maxime Dubreuil, depuis la mort de son épouse Hélène, commence à voir sa vie stable filer un mauvais coton. Sa charge d’avocat, le souci de ses grands enfants, Louis et Sabine, qui ont leurs préoccupations, sa relation avec Lam, maigre consolation loin de valoir sa tendre Hélène, tout prend soudain une drôle de patine. C’est l’heure où refluent, avec une densité d’écolier devant son école et tous les souvenirs qui vont avec , les traces de son « Carré d’or », espace chéri entre Place Poelaert, Avenue Louise, Porte de Namur, en compagnie de son père Stéphane, ou de son grand-père Emile, dont il lit avec nostalgie le journal, refuge devant ce qui devient l’inanité de sa vie, entre Aberlour, dont il fait un usage intensif pour oublier ou mieux se rappeler ce temps béni d’Hélène.

On a du mal à le reconnaître, lui le fameux avocat. Il peine, déçoit ses clients, est montré du doigt. Il n’attend qu’un moment, celui de rentrer chez lui, pour boire, pour prendre quelques nouvelles de ses enfants. Louis est au Mexique. Raymonde, qui travaille pour le couple depuis longtemps, passe faire le ménage et occupe un peu les pensées du veuf chagrin.AVT_Michel-Joiret_4119.jpeg

Le délitement d’une vie, d’une carrière, d’un temps : Maxime sent de plus en plus l’emprise de l’avant, de ce passé avec Hélène, de leurs voyages, de leur amour.

Qu’est-ce que le présent lui offre ? Le corps cède. Le temps est à la catastrophe, aux pluies incessantes, aux nouvelles désastreuses provenant de tous les coins du monde.

En trois parties, le roman désigne et dessine une expérience qui chute. Hélène, le Palais, le mémorial. Autant de clés pour saisir un destin, tout à la fois lié à Bruxelles, à son évolution, et à celle de personnages d’une famille que l’on suit, au présent et au passé subjectif d’un journal du grand-père, écrin de mémoire.

La beauté du roman tient, d’abord, dans une écriture précise qui souligne très bien l’ancrage dans la ville, les soucis lourds de Maxime, ses progressions urbaines, ses lieux de vie, ses amours, présentes, anciennes. Barbara, Antinéa, Hélène, Lam ne sont pas seulement des relations, mais des figures de l’existence, et les nœuds filiaux ajoutent à l’intérêt psychologique du roman, entre destin professionnel et exploration de soi et de son « petit monde », ce « carré des proches », quatre femmes, ce « carré des pères et fils » (Emile, Stéphane, Maxime, Louis). Ce jeu de symétries, loin d’être artificiel, densifie l’histoire, montre avec prégnance l’impact du passé et la douleur de vivre dans une époque où les eaux montent, comme la peur, la déglingue, peut-être même la fin d’un monde.

D’un style qui laisse peu de place à l’approximation, d’une langue riche et féconde, le roman recèle nombre de séquences poignantes. Dès l’entame, pris dans un vertige entre présent et passé scolaire, Maxime reste hébété, presque fantomatique, devant les murs d’une école déjà peuplée de ses souvenirs. Il se sent se briser tout doucement, comme si l’effraction du présent par le passé lui nouait le cœur, l’emportait vers sa fin.

De même, à la fin du livre, combien de scènes mettent Maxime sur le fil ténu des réminiscences.

On sent combien Joiret, dans cette fiction assez apocalyptique (montée des eaux, déliquescence des structures), a donné beaucoup de lui-même, par l’examen attentif des strates d’une vie livrée à cette bascule des émotions et des autres.

Les relations filiales, les annotations historiques autour d’un Bruxelles ancien, les références mythologiques à Orphée/Eurydice signant de parfaites correspondances avec le couple Maxime/Hélène : autant d’ouvertures offertes par ce roman, subtil, plus complexe qu’il n’y paraît, tant l’écriture aérienne et stylée allège son côté sombre. La légèreté procède aussi d’un beau découpage en chapitres, en trois parties mesurant exactement la progression dramatique d’une vie, de la naissance à la vieillesse annoncée.

Un bien beau livre, proustien à plus d’un titre. Joiret a traité Bruxelles et son Carré d’or comme Proust pose Illiers/Combray comme révélateur social et psychologique.

Le livre sur le site des éditions M.E.O.

12:06 Écrit par Éric Allard dans CHRONIQUE de Philippe LEUCKX | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

14/03/2015

DES MESURES PLUS SÉVÈRES POUR L'ADMISSION DES SDF DANS LES ABRIS DE NUIT

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 L’association des CPAS de Wallonie vient d’édicter les nouvelles mesures visant à contrer la radicalisation des SDF, ce qui s’apparente fort à une charte du SDF voulant dormir dans un abri de nuit.

L'Échevine de la Sélection Finale de Manur, Séraphine Slavesein, qu’au Conseil Séminal on appelle masochistement S.S., liste les nouvelles mesures. Et ça schlague!

-         Le SDF devra prouver qu’il n'habite nulle part ;

-         Le SDF sortant de l’hôpital sera directement transféré à la morgue en attente de sa mort prochaine et de son inhumation dans l’allée de sa tombe (il devra au préalable s’être acquitté du montant du transport de son cadavre en brouette s'il ne veut pas être incinéré) ;

-         Le SDF ne doit pas croire que l’abri est un hôtel! Aussi, toutes les demi-heures, un travailleur social veillera-t-il à lui rappeler que le sommeil ininterrompu n’est pas un droit acquis. Est-ce qu’Armand D. d’Uccle fréquente les hôtels sociaux ? Non ! Et Serge K. de Waterloo ? Encore non! ;

-         De mars à novembre, le quota de nuits par an à l’abri sera de 4,5 nuits à l’exception des nuits très froides avoisinants les 0° Kelvin (un chouia moins que -273 ° Celsius pour ceux qui n’ont pas réussi leur doctorat en sciences climatologiques).

Autrement dit, la cinquième nuit, le SDF devra quitter impérativement les lieux à 3 heures du matin ;

-          Le SDF devra rendre un culte préalable à Maxime Vopré en versant dans sa sébile mayorale le montant d’une journée d’aumône…

 Quand nous demandons à Séraphine Slavesein si elle trouve que ces mesures s’inscrivent dans le courant humaniste, elle nous regarde si sévèrement que nous préférons retirer notre question. Elle consent toutefois à confirmer que Maxime Vopré porte bien des verres de contact et qu’il aime spécialement dans l’intimité qu’on le traite de Sale SDF, ordonnance dont elle s’acquitte, précise-t-elle en toute modestie, toujours avec un égal talent. Elle nous rassure que cela se déroule uniquement dans le secret du cabinet mayoral et qu’à l’extérieur Maxime Vopré et elle-même sont évidemment des élus tout à fait électibles lors des prochaines élections et d’ailleurs appelés, on n'en doute pas, à un remarquable parcours politique sans idéologie fixe.

COMME ÇA VIENT par Denis BILLAMBOZ

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Le petit rat de l’opéra

Fit

Son petit rot de l’apéro

 

@@@

 

Une trogne vermeille

Bête à manger du foin

Rubicon quoi

  

@@@

  

En vacances au Pays de gale

Il souffrit de démangeaison

 

@@@

 

Un menteur V8

Incroyable

 

@@@

 

Avant de s’estomper

Il m’avait estampé

Me refilant une estampe

Nipponne ni bonne

 

@@@

 

Trop gourmands, ils n’ont pas su éviter l’embûche de Noël

 

@@@

 

Ils ont chanté Noël

En chœur

De tout cœur

Et à plein cœur

 

@@@

 

Un cruciverbiste a été blessé

En pleine tête

Par des mots fléchés

 

@@@

 

Il n’a pas fréquenté l’université

Mais il était tout de même

Licencieux es lettres

 

@@@

 

Elle souleva sa jupe

Il lui avait laissé

Un joli pourvoir

 

 

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Photo Alain Laboile 

 

Une opération à l’œil

Çà ne coûte pas cher

 

@@@

 

Ce siècle avait deux ans

Déjà Napoléon spéculait

… au Palais Grognard

 

@@@

 

Elle l’avait enchaîné

Il était déchaîné

 

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Elle est morte Elisabeth

Babeth s’en va en terre

 

@@@

 

Lui n’a pas lu le sien

Il a lu Lucien

 

@@@

 

Je n’ai toujours pas compris la différence

Entre une confédération et une fédération

Et pourtant ça à l’air tout con

 

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Quand le Che quitta Cuba

Castro pensa très fort :

« Che Guevara

Que débarras »

 

@@@

 

J’ai été nourri

Au régime Chancel

 

@@@

 

Jean Jacques reste Debout

Michel Droit

Mais Jacques Chancel

 

@@@

 

Pompier artiste

Peint paon !

Peint pont !

 

@@@

 

Occis mort

N’est pas un oxymore

 

@@@

 

Une paire de filles sans père,

Au pair,

S’en vont amères à la mer

Sans leur mère

Restée à Mamers :

 

Sans père ni mère

On reste amer

Même à la mer

 

@@@

 

Un soupirant

Glissa par le soupirail

Pour câliner sa chatte

 

@@@

 

Mon père avait

Des copains de guerre

Des copains de captivité

Moi j’essaie de me faire

Des copains de paix

Des copains de liberté

 

@@@

 

Si les maquereaux vivent du pain de fesse

Les dames pipi survivent du pain des pisses

 

@@@

 

Le clergé me rappelle

Que je peux acquitter

Le denier du culte :

L’appeau du culte

 

@@@

 

Déchet

De chais

Fait

Peu d’effet

 

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L’amante religieuse

Ne dévore

Que les boules de son chapelet

 

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La prise de la pastille

Fut homérique

La pilule était amère

 

@@@

 

A l’Hôtel Maquignon

On marchande les prébende 

 

@@@

 

Ils ont lavé Maria

Elle récitera un Ave Maria

Et un Pater Noster

Vous l’avez Maria

 

@@@

 

Il faut laver l’opprobre

Dans l’eau propre

 

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Les alsachiens ne sont pas tous

Des bergers allemands

 

@@@

 

Bonne comme du bon pain

La mie a épousé

Une vieille croûte

 

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Tous les Léon

Ne sont pas des camés

 

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Pas nécessaire de connaître la chanson

Pour être grand échanson

 

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12:32 Écrit par Éric Allard dans Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

PARTIR

88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

Qu’ils soient Africains du Maghreb ou de l’Afrique noire ou Moldaves, héros de Mahi Binebine ou de Vladimir Lortchenkov, ces pauvres bougres n’ont pas le choix, ils doivent quitter leur pays d’origine où ils ne peuvent plus vivre. Ils n’ont même plus de quoi manger. L’exil est leur seul espoir, ils tentent alors l’impossible, même les solutions les plus folles, les plus invraisemblables, les plus loufoques pour rejoindre le paradis qu’ils ont inventé ou qu’on leur a fait miroiter. Deux récits d’une grande pudeur qui ne se complaisent pas dans le misérabilisme préférant manier l’humour, l’ironie, la dérision, …, pour attirer l’attention des peuples occidentaux sur l’immense misère qui accable certaines populations.

 

ob_219e45_897173570.jpgCANNIBALES

Mahi BINEBINE (1959 - ….)

À la fin du XX° siècle, mais ça pourrait-être hier, près de Tanger, échoués sur le rivage de leur existence les membres d’un petit groupe hétéroclite cherchent à rejoindre l’autre rive de la Méditerranée, l’autre face leur existence, celle où ils pourraient oublier la misère dans laquelle ils croupissent. Cette petite troupe frigorifiée attend avec moins en moins de patience qu’un passeur leur donne l’ordre d’embarquer et, comme pour meubler cette attente, le narrateur, un des membres du groupe, raconte la vie, le parcours, les aléas qui ont amené ces pauvres bougres à cette extrémité, « Prêt(s) à resquiller sur le destin et à lui extorquer une vie nouvelle. Meilleure ». « Loin de ce soleil rongeur, de l’indolence et du désœuvrement, de la corruption et de la crasse, de la lâcheté et de la fourberie qui sont notre (leur) lot ».

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Il y a là, outre le narrateur, Azzouz, jeune Marocain du sud avec son ami maladif Reda qu’il prend en charge, Kacem Djoudi, un Algérien seul survivant d’un massacre, Youssef un autre Marocain, deux Maliens, Yarcé le sage et Pafadman le géant, et une jeune femme marocaine et son bébé qui ne veut pas croire que son mari parti en France l’a abandonnée. Chacun raconte sa vie, la galère qui les a conduits à cette extrémité, « …avant de se jeter à l’aveuglette dans la grande aventure ; de se faufiler en douce dans un autre destin ; de s’en vêtir, d’en épouser l’ordonnancement et les jours ; pour mieux renaître ailleurs ; changer de peau, d’air, d’univers ; de tout recommencer à zéro ». Ils étaient « prêts à croire n’importe quoi pourvu qu’on nous (leur) permit de partir. Le plus loin possible. A tout jamais », même les boniments de Morad, « L’Expulsé européen », le rabatteur qui leur soutirait l’argent qu’ils s’étaient procuré pas toujours très légalement, en leur faisant miroiter le mirage de la vie en France où même en résidant dans un taudis, elle est cent fois meilleure que celle qu’il connaisse chez eux.

Ce roman pourrait être un concentré des misères de l’Afrique, surtout du Maghreb, un échantillon des malheurs qui conduisent des populations entières à migrer vers un ailleurs où la vie est encore possible. Ce texte ne juge pas, il dresse un constat, raconte des vies laissées en déshérence après le départ des colons, des vies brisées par la violence, des femmes négligées, réduites à l’état de bête de somme, le règne de la corruption, de l’incurie et de tous les travers qui peuvent affecter un continent mis en coupes réglées par des dirigeants trop souvent cupides. L’auteur a beaucoup de tendresse pour ces laissés-pour-compte de l’humanité, victimes mais jamais responsables, pour les raconter sans sombrer dans le misérabilisme habituel, il utilise l’humour et la dérision et souvent de belles images et des raccourcis savoureux.

Ce livre, écrit et publié en 1999, redevient hélas d’une cruelle actualité avec le déferlement des émigrés clandestins sur côtes italiennes, espagnoles, grecques et autres encore. La guerre a certainement amplifié le phénomène mais bon nombre de raisons mises en évidence par Mahi Binebine concourent encore à cette désolante migration d’un peuple qui quitte sa terre natale sans même l’avoir choisi, simplement pour survivre.

 

1erecouvrvb.jpgDES MILLE ET UNE FAçONS DE QUITTER LA MOLDAVIE

Vladimir LORTCHENKO (1979 - ….)

J’ai rencontré Vladimir Lortchenkov sur le salon littéraire de ma ville de province, Besançon, et, même si le titre ne m’attirait pas particulièrement, je lui ai acheté son livre car je ne connais aucun autre écrivain moldave et je ne sais rien de ce pays coincé entre l’ex empire stalinien et l’Union européenne qui cherche encore ses limites. J’aurais voulu croire que ce livre n’est que ce qu’il apparait de prime abord, ce qu’on découvre en lisant les premiers chapitres, un roman surréaliste, burlesque, satirique, peuplé de héros picaresques, mais, hélas, l’ironie, la dérision, l’humour, l’exagération,… occultent mal la tragédie qui sourd entre les lignes, le drame d’un peuple abandonné de tous, oppressé entre deux géants qui l’ignorent « républiquement » et « soviétiquement ». Après son indépendance, ce pays pauvre, très pauvre – son PIB était inférieur à celui du Bangladesh -, les populations n’avaient plus qu’une issue fuir pour survivre ailleurs.

* « … Regarde-moi ça on est entouré par de la saleté, de la pauvreté, des immondices. Ah vraiment, on n’a pas mis longtemps à dégénérer, ça fait à peine vingt ans que l’URSS s’est effondrée.

* On vivait pas bien non plus sous l’URSS, …. Toi, tu es trop jeune pour t’en souvenir. Mais moi, j’ai pas oublié : que ce soit la saleté, la pauvreté ou les immondices, y en a toujours eu, ici. »

Vladimir Lortchenkov raconte l’histoire de cet exode des temps modernes à travers les combines et inventions les plus audacieuses, les plus incroyables, les plus improbables, les plus farfelues, les plus fantaisistes imaginées par les habitants de Larga un petit village du nord du pays. Un habitant de ce village s’étant pris de passion pour tout ce qui est italien, il a créé un véritable mythe de l’Italie, paradis sur terre, destination qu’il faut impérativement prendre pour trouver le bonheur et la richesse qui permettront à ces pauvres ères de vivre leur rêve. « Rares étaient les villageois à ne pas rêver de l’Italie, et aucun n’avait le premier sou pour entreprendre le voyage ». S’ils n’avaient pas d’argent, ils avaient des idées et quelles idées ! Même celle d’organiser une croisade des temps modernes pour reconquérir les lieux saints romains accaparés par les mécréants, un véritable Exodus moldave !

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On rit beaucoup en lisant ce livre drôle mais on rit aussi un peu jaune devant un tel dénuement et une telle malédiction, un tel acharnement de la misère. Sur les marges de l’Union soviétique, quasiment abandonné du pouvoir central, ce pays en récupérant sa souveraineté a perdu le minimum vital fourni par le pouvoir central et s’est enfoncé encore plus dans la pauvreté qui a alimenté le rêve italien. Ce livre est une forme d’appel au secours lancé par l’auteur pour alerter l’opinion internationale sur la situation désastreuse dans laquelle se débattent ses concitoyens. Il nous fait toucher du doigt ce fameux tropisme européen qui attire une bonne partie de la planète vers les contrées les plus nanties, là où il reste un peu d’espoir.

« Pays de l’absurde et de l’amour, pays dont un habitant sur quatre a émigré, pays organisant une croisade moderne vers l’Europe. Moldavie

Si j’avais été François Villon, j’aurais composé La Ballade des pendus.

Comme je suis Vladimir Lortchenkov, j’ai écrit ce roman ».

12:05 Écrit par Éric Allard dans Chroniques de Denis BILLAMBOZ | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | | |

12/03/2015

LE RITE et autres contes brefs

Le rite

Tous les matins, il mange une arme sur sa tartine.

C’est souvent un vieux revolver Smith & Wesson. Et, parfois, un bon pistolet Beretta. Plus rarement, il est vrai, un pistolet mitrailleur Scorpion. Et les jours fériés, les jours de bombance, les jours de grande vie, un fusil semi-automatique Winchester.  

 Puis, le ventre bien rempli, il s’en va tuer. 

 

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Les mouvements de la psychanalyse
Ce psy sportif profite du ronronnement des séances pour s’adonner à ses activités préférées : course à pied autour du canapé, danse du divan, trampoline, tennis virtuel, barres parallèles, derby roller, musculation avec livres de Lacan, chandelles et autres gesticulations écervelées.

Le patient, lui, n’a que sa langue à mouvoir, ce qu’il fait avec beaucoup d’hardiesse et d’ardeur étant donné l’environnement agité.

 

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Liquidation avant fermeture

En mal d’objets à exposer, ce brocanteur se mit à vendre ses plus précieux souvenirs. Pour commencer, il donna celui de sa naissance car il ne se rappelait de rien. D’autres souvenirs partirent : premier baiser (2 €), première histoire d’amour, peine de coeur comprise (35 €), son dernier diplôme (9 €), sa belle carrière professionnelle (7 €), la nuit de son mariage  (13, 5 €), un adultère commun (14 €), le matin de son divorce (9 €), le jour de son opération de l’appendicite (24,5 €), le jour de sa mise à la retraite (22 €), l'heure de son inscription sur Facebook (0,20 €), la vision du Taj Mahal sous anxiolytiques (2, 50 €), Venise sous la pluie (11,20 €) et autres réminiscences pour la somme modique de 8, 30 €.

Avant de remballer le reste de son matériel mémoriel, il réussit à vendre le moment de sa mort à un excellent prix : 17 €. Un amateur de zombies un peu macabre lui en donnait le double mais il avait des principes. Il s’était encore donné une semaine à vivre; d’ici là il pourrait encore vendre quelques babioles…

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Soins capillaires
Cet homme qui avait toujours pris soin de sa chevelure, voyant la mort venir, prit ses dispositions testamentaires pour que, une fois décédé, on continue d’entretenir ses cheveux, à leur apporter le soin qu’ils avaient toujours mérité.

Il jugea que le mieux, pour faciliter l’entretien de son cuir chevelu, serait que la tête, au moment opportun, soit séparée du corps à l’aide d’une modeste guillotine de sa fabrication. La tête tomba dans le sceau de sciure qu’il avait judicieusement posée au bout de l'engin après avoir téléphoné à son salon de coiffure habituel qu’il trouverait sa tête à côté du corps en s’excusant toutefois de ne pouvoir pas venir la porter lui-même.   

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Cache-tétons

Ma femme utilise des bouts de citrons évidés comme cache-tétons.  Ça colle bien et ça donne aux aréoles un goût d’agrume. Je ne les suce jamais sans les sucrer auparavant. Sinon, c’est trop sûr. Et on ne sait pas qui y a goûté avant. 

 

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11:44 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

11/03/2015

LA CITÉ DES FLEURS FANÉES d'Éric DEJAEGER

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Voici un roman qui retrace une année scolaire vue sous le prisme d’écrits d’adolescents tirés de blogs, sites, sms, courriels ou chatrooms... sans oublier le bon vieux journal intime qui demeure le seul moyen de communiquer avec nous-mêmes, comme le signale le personnage du professeur débutant qui rassemble les notes éparses de ses élèves. 
Les unités classiques d’action, de temps et de lieu étant définies, Éric Dejaeger nous entraîne dans une histoire aux intrigues multiples qui se succèdent et s’entrecroisent au rythme alterné de ces moyens d’écriture modernes qui ne laissent pas place à l’ennui et donnent à l’ensemble une riche palette de tonalités. 
Histoire dans laquelle, comme le dit bien le commentaire de quatrième de couverture [de la première édition chez Memor], les protagonistes auront à « préserver leur intégrité et les libertés qu’ils se donnent ». 
La jeune fille maghrébine que son père enferme dans les préceptes de sa religion pourra-t-elle participer au stage « Aventures » ? Francis Bartin, le professeur de français, réussira-t-il à se sortir des pièges qu’une collègue dont il s’est moqué malgré lui va lui tendre ? « fernandenfer » frappera-t-il à nouveau ? Où a fugué Jamila ?... 

Les portraits des ados, quatre mousquetaires en quête d’un idéal de justice et d’honneur, dessinent en creux un paysage social très près du réel. Le récit met en garde, avec justesse, contre les égarements et les solutions de facilité que certains, face au désordre inhérent à toute vie sociale quand elle n’est pas cadenassée par des verrous totalitaires, sont tentés d’appliquer. Ce roman-choral, polyphonique, propose des solutions à hauteur d’homme (et de femme) même si ceux qui les réalisent sur le terrain n’en sont pas encore tout à faits. 
Même si c’est un constat désabusé que pose le professeur à l’issue de ce périple d’une année et que toutes les intrigues ne se résolvent pas en un happy end (comme dans la vie), ce livre n’est résolument pas noir : il montre que l’école, malgré les enjeux et critiques dont il fait l’objet, demeure un lieu de possibilités et de rencontres unique mais n'englobant néanmoins pas tout le champ d’expériences et d’apprentissages.

Evidemment, Dejaeger ne pose pas ces questions en ces termes, son livre n’est pas directement prétexte à un débat, mais son déroulement et son épilogue inspirent à coup sûr quelques réflexions... 
L’auteur donne à ces garçons et filles entre deux âges la parole sans leur extirper - il ne se substitue pas à eux au sujet de leur vie la plus intime, préférant parfois un silence pudique -, les créditant d’un esprit de tolérance jamais simplet ou mièvre, plutôt vigoureux même. Il met en scène des valeurs de générosité et de partage qui, il le sait, ont toujours cours aujourd’hui sous des dehors neufs ou imprévus et qui imprègnent tout du long ce "récit de chat et d’emails", bien mené, qui nous fait nous identifier à Hermeline, Bert, Fausto, Ishak ou encore Francis Bartin suivant notre sensibilité, notre parcours ou tel détour de ce premier roman réussi et à ne pas manquer. 

Éric Allard

 

Le roman vient d'être réédité pour la deuxième fois avec un nouveau visuel;

il est vendu au prix de 7 € 

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Le site des éditions Mijade

Le blog d'Éric Dejaeger

20:54 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

09/03/2015

UN PROFESSEUR QUI COURT

bienfaits-course-%C3%A0-pieds-sante-1.bmpDans cette école, un professeur courait. Non, pour ses cours, pour ses étudiants, pour faire avancer l’enseignement, pour protester contre le dérèglement climatique ou capitaliste. Non, il n’était pas fou. Il courait pour préparer le marathon inter-écoles.

Son directeur était le chef d’un établissement ordinaire avec des professeurs ordinaires et des étudiants tout à fait comme les autres.  Une école lambda (pas lambada), pour tout dire. Seul ce professeur courant plus vite et plus longtemps que les autres, qui possédait une expérience de la course, pouvait apporter à son établissement, pensait le directeur, la notoriété qui lui permettrait d’améliorer son enseignement, d’acheter des professeurs performants venant du privé, souvent hors de prix, pour relever le niveau des formations, et, dans la foulée, attirer des étudiants motivés, combatifs, porteurs d’un projet et prêts à intégrer une entreprise du BEL 20 (pas Bebel, il a raccroché !). Capables d’atteindre en un module tous les objectifs des programmes, jouets d’inspecteurs et de pédagogues désoeuvrés face aux aléas de la vie véritable de l’enseignement (qu’ils n’approchaient que fort peu, en prenant directement, quand leurs obligations les menaient sur le terrain, le chemin du bureau du directeur, pour ne pas être contaminé par les miasmes de la vie estudiantine, de ces apprenants comme ils les désignaient entre eux avec une moue de dégoût) et qui, pour résumer, se cachaient la tête dans les programmes et les circulaires.

Quand ce professeur courait à l’intérieur des murs (car son métier l’avait rendu agoraphobe), il était recommandé aux surveillants affectés à cette mission que les couloirs soient déserts afin que l’athlète ne soit distrait dans ses entraînements par aucune sortie intempestive d’élèves hors des classes (pour satisfaire un besoin, consulter son portable, taper un message…).  D’autant plus que la vue même rapide de ses mollets poilus pouvait troubler aussi bien la population estudiantine, à un stade critique de son développement hormonal, que le staff professoral (pour les mêmes raison). Aucun bruit discordant autre que le fond continu du professeur donnant cours ou narrant son exaltante existence d’enseignant (leur EEE, comme disait le directeur qui avait de l’humour et aimait tout sigler) ne devait venir rompre le pas cadencé résonnant entre les murs du bâtiment. Poc poc pac poc poc pac…

La vie scolaire allait son cours et le professeur courait, de plus en plus souvent. Si bien que des voix s’élevèrent parmi les enseignants meurtris de ne plus enseigner à leur guise (ils avaient leurs automatismes, leurs habitudes ; un d’eux, à la retraite, incapable de se sevrer continuait à venir donner cours dans une classe vide) et chez les parents d’élèves qui sentaient bien que quelque chose d’anormal se déroulait car leurs enfants ne se plaignaient plus de rien à domicile et prenaient même un vif plaisir au matin à se rendre à l’école.

Car qu’avaient-ils de mieux à faire, s’ils n’étaient pas des sportifs dans l’âme, que de pianoter sur leur tablettes tandis que les professeurs profitaient de cet immense temps libre pour tenter de comprendre des points des programmes laissés volontairement obscurs par les inspecteurs, à moins que les gardiens du temple de l'Ecole n’aient pas pu rédiger clairement leurs visées, c’était possible aussi car l’Education Nationale n’avait pas plus les moyens de se payer des inspecteurs issus des grandes écoles d’inspecteurs.

Aussi, avait-on appris après quelques recherches sur le Net que cet enseignant à la belle foulée n’avait participé à aucun marathon de sa vie et que, le marathon, en fait, il le courait surtout dans sa tête.
Comme il était à deux mois de la retraite et le directeur à huit semaines du licenciement, on leur laissa l’occupation des locaux avant destruction complète par les Services Urbanistiques Chargés de la Reconfiguration du Milieu Scolaire (ce que le directeur nommait le SUCReMiS) avec son sens du siglage déjà signalé). Le chef d’établissement et son professeur courant le marathon vécurent heureux les derniers moments de leur vie professionnelle, le directeur en savourant le bruit régulier de la course entre les murs du lieu et le professeur persuadé qu’il arrivait à son terme.

Comme on l’aura compris, le professeur courait depuis longtemps vers sa retraite.

Mais une fois celle-ci atteinte avec succès (il franchit la ligne en levant les deux pouces vers le ciel), il poursuivit. Comme si désormais il courait vers sa propre fin.

Je me suis laissé dire qu’après la démolition de l’école, le directeur était devenu le coach personnel de son ancien professeur sur lequel il avait fondé tant d’espoirs (démesurés?) et qu’il le regarde courir dans la salle de gym en partie sauvée des décombres en préparant encore pour sa part, comme s’il était toujours en fonction, les horaires des années futures, recevant imaginairement les doléances des uns et des autres, faisant régler une apparence d’ordre et une ambiance de savoir dans son établissement fictif tout en enregistrant jour après jour dans un tableau Excel les progrès athlétiques de son protégé qui court maintenant autour du bureau de direction, réduit à une table de camping et un vieux Macintosh, délimité au sol par une ligne tracée à la craie.

12:33 Écrit par Éric Allard dans Des vies minées de songes | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |

08/03/2015

ASSORTIMENT DE PALABRES POUR CUL BIEN CROTTÉ

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Lecture de trois parutions du CACTUS INÉBRANLABLE :"GRAND CRU BIEN COTÉ" d'Eric DEJAEGER (poète), "CES PALABRES QUI CACHENT L'APHORISME" de Paul GUIOT (musicien, chanteur, poète) et un collectif : "ASSORTIMENT DE CRUDITÉS" - recueil de nouvelles érotiques de seize auteurs cactus dont Eric Allard, Jean-Philippe Querton, Gauthier Hiernaux, Massimo Bortolini...

 

grand-cru-couverture-1.jpg?fx=r_550_5501. PREMIÈRE APPROCHE. Une question de code.

Ces gens-là ont été élevés au petit lait de Prévert et de ses épigones. Ils jouent du signifiant comme d'autres du violon, sans fausse note, avec un humour rosse, un détournement notoire d'expressions, d'idiomes, de titres, de langues, de proverbes...C'est à celui qui rédigera la meilleure contrepèterie, à celui qui fera des tours dans sa langue comme on chiffonne du papier,...

Dans le genre, je te la joue signifiant zéro (cf. Barthes, le degré zéro de l'écriture), les codes ici mis à l'œuvre rejoignent sans cesse les verheggenades exposées en pleine lumière, après "Paroles" de Prévert ("cet enfant fou qui feint de faire du feu près de feu son père"), après le non sense total de notre Devos national, enfin transfrontalier, après les "viens ici mon gégé" de Coppens (Bruno, pas celui de la Lucy), après toutes les blagues à deux balles (pour messieurs dames...)

La trouvaille de Dejaeger est de se mesurer sans cesse avec les exploits préalables d'autres fauteurs de codes...Avant de se lancer, il vérifie si le signifiant n'est déjà pas entaché de web ou autre. A ce compte-là, il peut édifier de l'inédit, et en matière d'outrances cocasses, coquines, zébrées ou pas, il en connaît un chien! Seul ou en instance bipolaire (avec le Stas, autre jongleur impénitent des mêmes éditions), il récrit les bestiaires, les listes, les almanachs. Du genre : animaux-valises, propres dégénérescences ou créations composites straordinaires comme eût dit Zazie (pas celle qui chante, mais celle qui débite à tout bout de champ des grossièretés parisiennes!) : "animaux-valises cigognes" : lajumengoustermite ou le lézaragondin....

Expressions idiomatiques renouvelées :

"Deux secouristes ne s'embrassent pas : ils se font la bouche à bouche"

Proverbe remanié :

"Faute de vin de grive, on boit du vin de merle"

Aphorismes affreux et sales :

"Se taire rend muet

et se terrer rend rat."

 

ces-palabres-qui-cachent-l-aphorisme-cover-1-.jpg?fx=r_550_5502. PAROLES... PAROLES...

Palabres, tout de suite, ça vous scie quelqu'un! ça vous le met en position littéraire! Palabrons, mon cher! Oh! que votre palabre est heureuse! Piochons à l'aise dans ces paroles d'un poète qui aime lui aussi prélever aux formules classiques, à la langue de Voltaire ("qui, bien sûr, (c'est moi qui ajoute), a le "sourcil" de la langue"), à la littérature appellation contrôlée (style Rilke et ses conseils à un jeune poète : ça devient : "Commence par acheter un carnet inspirale" ou "Marche toujours les pieds calés au fond de tes poches").

La récriture "Qui ne dit mot se concentre", les calembours (monsieur madame) : "Tout terrien qui finit rien", hautement métaphysique!

Et tout est à l'avenant d'une imagination que Guiot maîtrise jusqu'à l'usure ou l'os comme on voudra : "Quand Le Pen négocie, Marine marchande".

Le précis d'écriture, manifeste cocasse et tellement vrai pour certain(e)s :

"Ecrire pour faire impression. / Ecrire donne des chevaux blancs .(n'est-ce pas Jérôme Garcin?)/ Ecrire léguer son corps au silence.

Des dialogues absurdes, aux belles chutes de mots :

- Paul Guiot, vous venez de créer le label "Les Produits du Tiroir".

- En effet...

- Mais, au fond, dites-nous, les Produits du Tiroir, qu'est-ce?

On pourrait citer toutes les pages, comme pour les listes effarantes de Dejaeger.

Une dernière : "Les femmes commanches/ sont peu actives sur Facebook,/ en cause, leur statut squaw" Un jour de week-end de la femme, cette phrase porte loin son message.

 

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3. DES NOUVELLES ÉROTIQUES et des illustrations osées d'un temps ancien (vieilles photos et autres dessins cochons)

Pas piquées des vers, pour pasticher un titre récent, ces nouvelles, qui égratignent les pudibonds de toutes sortes, tous ceusses qui , à croire, n'ont jamais entendu parler de gland "violacé", ni frémi, ni à l'énoncé d'un rendez-vous épicé sous les draps, ni franchi le cap rose de tous les sé-vices! Bref, il y a là matière à délices, entre le croquignolet, le suave, le délicat, les parties de jambes parfois saignées, les menuets au lit, les surprises du chef, les métaphores du membre, hautes en couleurs et les auteurs féminins ne sont pas les plus coincées, queue du contraire! Bref, ça swingue, ça déménage les petites "culottes", ça fait fort côté notices biobibliographiques des énergumènes qui se sont livrés au jeu : ex Eric Dejaeger (1958-20**) a les cheveux plus longs que le membre viril ex Né en 1961, Massimo Bortolini...Tour à tour et tout à la fois cunnilinguiste, maître queux, couille molle... ex Isabelle Buisson aime écrire dans le domaine du désir... ex Jean-Philippe Querton est resté puceau en littérature jusqu'à l'âge de quarante-quatre ans...

Les auteurs s'en sont donnés à corps, cœur, cri jouijoie...et Th.Roquet a troqué facilement ses enthousiasmes, forcément "meilleur qu'un Turc" quand il s'expose, pour des pages affriolantes... Citons Eric Allard, André Clette, Cathy Garcia, Sylvie Godefroid, Gauthier Hiernaux, Ziska Larouge, Hélène Dassavray, Guillaume Siaudeau, André Stas et Michel Thauvoye. Seize invites à ne pas quitter les couettes pour réveiller "ma déesse blonde", pour connaître "ivres de langueur" des moments de "jouissance en canon", "un chant qui rebondit sur les murs de la pièce"... La photo de couverture est bien chaste, vraiment dans l'esprit surréaliste comme chez Bunuel : le spectateur ne verra jamais la beauté dénudée de "Tristana"/Deneuve, puisqu'elle ouvre son peignoir, le dos au public! Les photos et illustrations intérieures, ben mon cochon, font la nique aux curés, aux bonnes sœurs et à la morale bien pensante (surtout ne jouis pas, fais-toi mal, souffre en silence)...

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Sur la photo, de gauche à droite, Paul Guiot, Jean-Philippe Querton, Éric Dejaeger et André Stas.

Le site des Cactus Inébranlable Editions

07/03/2015

AURÉLIE et AIRELLE: la MUSIQUE à LA BOUCHE

AURELIE CHARNEUX est la fille d'un de nos meilleurs romanciers, Airelle BESSON n'est pas la fille de Philippe, ni de Patrick ni de Luc. L'une joue de la clarinette avec une maîtrise étourdissante dans divers groupes et genres musicaux depuis une dizaine d'années, l'autre est la seule trompettiste de haut niveau dans le domaine du jazz. L'une est belge, l'autre française. Les deux femmes sont aussi compositrices, tombées dès leur plus jeune âge dans la marmite de la musique, et elles sont de la même génération.

Comme Christophe Claro disait récemment de Kate Braverman relativement à certains écrivains américains, cela nous change de certains musiciens masculins...

 

AURÉLIE CHARNEUX

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Parcours subjectif par Aurélie Charneux

Vers 3 ans, je ne peux repartir du Cora sans un nouveau 45 tours chaque semaine, et je passe des après-midis entières à écouter Annie Cordy, Michael Jackson, la Compagnie Créole,... puis les symphonies de Mozart, Beethoven, Peer Gynt, la mer de Debussy,... 

A 8 ans, je commence la clarinette, sans trop savoir ce que c'est mais parce que j'en aime le nom et car je suis asthmatique,... A 14 ans, je décideformellement de dédier ma vie à la musique, le début d'une grande passion, je m'enferme pour travailler de longues heures par jour. A 16 ans, j'entre au Conservatoire de Mons avec comme première optique de rentrer dans un orchestre classique. 

Vers 18 ans, j'entends pour la première fois de la musique Klezmer, coup de foudre. A 19 ans, je réussis l'examen d'entrée pour les musiques militaires... Je suis heureusement réformée pour asthme. A 20 ans, le hasard de la vie m'emmène à Liège, pour travailler à l'académie de musique de Eupen. Je poursuis mes études au Conservatoire de Liège. A 21 ans, je découvre peu à peu l'improvisation grâce à Michel Massot et Garrett List. Je forme peu à peu des groupes dans lesquels je commence à composer. 

Je joue actuellement avec Klezmic Zirkus, que j'ai fondé en 2003, et l'orchestre Vivo! de Garrett List. Je compose également pour ces deux ensembles. Et puis mes 2 duos de coeur : Les Anchoises, juke-box vivant avec Anne Gennen et Odessalavie, klezmer traditionnel avec Silvia Guerra. 

Au fil du temps, la musique Klezmer est devenu le moyen d'expression qui me convient le mieux, comme si cette musique faisait partie intégrante de moi. Peu à peu, jouer cette musique est devenu un peu ringard, mais ça je m'en moque! Je ne suis pas juive mais on m'a déjà dit que je "souffle" juif... J'anime depuis quelques années le stage Klezmer à l'académie internationale de Neufchâteau. Klezmic Zirkus a sorti 3 cds chez homerecords.be et a joué beaucoup en Belgique et en Europe. Nous avons eu la chance de jouer une série de concerts avec le clarinettiste newyorkais David Krakauer en octobre 2012. 

J'ai aussi joué avec: "L’ensemble "Nouvelles musiques de chambre de Liège", l’ensemble de musique de chambre "Aton", Turlu Tursu, le groupe de musique séfarade "Zohara", la musique improvisée avec Bambeen Grey et Centaurus trio, le spectacle "L'Opéra pompier", le duo Abysses, la compagnie des Passeurs de Rêve, Crac Boum Rue, une dizaine de productions avec l'Opéra Royal de Wallonie, dans "La Cantate de Bissessero" avec le Groupov, un hommage aux victimes du génocide rwandais, une énorme aventure humaine....

Le blog d'Aurélie Charneux

 

Avec Odessalavie (Silvia Guerra à l'accordéon, Lise Borki au chant et à la clarinette)

 

Avec LES ANCHOISES (Anne Gennen au saxophone baryton + Silvia Guerra au chant) qui fêtaient hier leur cinq ans à l'Aquilone de Liège

 

Avec l'orchestre VIVO! dans Premier matin, un morceau de sa composition.

 

Avec KLEZMIC ZIRKUS et David KRAKAUER 

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AIRELLE BESSON 

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Airelle Besson est née en 1978. Dès l’âge de quatre ans, la trompette la fascine et elle en commence l’apprentissage trois ans plus tard. Encouragée par son père, elle aborde aussi le violon, rentre au CNR de Paris, participe au stage de Cluny dès ses onze ans. Depuis, elle rencontre beaucoup de jazzmen comme Roger Guérin, François Théberge ou Patrick Villanueva. En 2002, elle obtient le Premier Prix de Jazz au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Elle se produit dans diverses formations de jazz telles que le « Pandémonium » de François Jeanneau, le « Gros Cube » d’Alban Darche, l’Orchestre National de Jazz, le « Big Band Lumière » de Laurent Cugny., le septet d’Eric Barret, le « Sacre du Tympan » de Fred Pallem ou le « X’tet » de Bruno Reignier.

Airelle Besson a effectué des tournées en Europe, Scandinavie, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Afrique et au Japon. Elle a joué aux côtés de Kenny Werner, Dave Liebman, Riccardo Del Fra, Nelson Veras, John Abercrombie, Rhoda Scott, Gabor Gado, Jean-Christophe Cholet et Daniel Humair. Depuis 2003, elle co-dirige le quintet «Rockingchair» avec Sylvain Rifflet : ensemble ils ont obtenu le Premier Prix de groupe au Concours International de Jazz de La Défense en 2003 où Airelle Besson a reçu aussi les Prix de soliste et de composition. Le quintette a sorti en 2007 son premier album, très applaudi par la critique. La trompettiste a déjà enregistré plus d’une trentaine de disques.

Jimmy Jim sur Les bruits magiques écrit justement : "Troublant. Cette émission voilée, ce phrasé, cette douceur, ce lyrisme pudique, cette délicatesse, cette concision dans le propos. L’espace entre les notes…. Chet ? Non, une jeune femme trentenaire, une lady qui, avec sa trompette, chante le jazz. Elle en côtoie les grands noms, a déjà enregistré une trentaine de disques au sein de nombreuses formations et paraît désormais au grand jour. Un jour clair, baigné d’une lumière et animé d’une brise caressantes, où l’on s’allonge sur le sable pour écouter la mer et regarder le ciel. Dans lequel passe une émotion tout à la fois profonde et légère."

Lire son interview sur le site de France culture 

 

Avec NELSON VERAS à la guitare électrique

 

Avec NELSON VERAS à la guitare électrique. 

 

Avec MICHEL PORTAL et SYLVAIN RIFFLET 

 

Avec NELSON VERAS 

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21:43 Écrit par Éric Allard dans Les belles musiques | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | | |

06/03/2015

NARCISSE ÉCRIVAIN et autres vanités littéraires

 Cet écrivain méconnu a enfin été découvert. Pendu dans son salon.

Éric Chevillard (6.03.15)

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Cet écrivain faisait imprimer ses ouvrages sur son chapeau Stetson et prenait, lors des Salons, un plaisir certain à voir ses lecteurs, un peu pris de vertige certes, tourner autour de sa ronde personne.

 

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 Narcisse écrivain admire dans tous les miroirs l’auteur des beaux livres.

 

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Cet écrivain d’un certain âge ne lisait plus qu’un seul genre littéraire : les ouvrages évoquant son œuvre. Dans ce genre singulier, il appréciait aussi bien les thèses universitaires aux propos savants parfois incongrus – qui ouvraient, cela dit, de nouvelles perspectives à son travail – que les aphorismes, ces recensions vite écrites sur ses livres qu’on pouvait tweeter et retweeter  à l’infini. Ce qu’il préférait, c’était les fictions qui le mettaient en scène en tant que personnage. Ainsi,  il appréciait particulièrement ce roman d’un jeune auteur, encore inédit, dans lequel il était reçu à l’Académie le jour même où il recevait le Prix Nobel. Ouvrage pour lequel, il est vrai, il devait encore écrire la préface.  

 

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A L'instar du chat, cet auteur se donnait sans arrêt des coups de langue sur tout le texte et avait tout le temps le style luisant des écrivains d’appartement.

 

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Certaines personnes veulent à toute force vous refiler leur écrivain fétiche comme si c'était une image pieuse.

 

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Cet écrivain enragé compétitionne pour le titre d’écrivain le plus à gauche de l’année.

 

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Cet écrivain plusieurs fois diplômé de l’Ecole du Rire peina beaucoup ses professeurs quand il accéda à l’Université des Belles Larmes.

 

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Cet auteur de préfaces envisage de toutes les rassembler pour la sortie de son premier livre.

 

 

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Il lisait toujours beaucoup trop vite ses romans de gare, vomissant ensuite tous les transports littéraires. 

 

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Cet entrepreneur littéraire vient d’ouvrir une chaîne d’ateliers d’écriture en complément d’un centre d’élevage de poètes de concours.

 

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Les écrivains à gratter rêvent-ils de la Pelade ?

 

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Cet auteur d’aphorismes de science-fiction écrit des moments d’anticipation.

 

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Cet écrivain de polar rend responsable les gens du monde réel de ses crimes de fiction. Ainsi, il accuse son éditeur d’avoir éliminé son enquêteur récurrent pour l’empêcher d’écrire.

 

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J’aime les poétesses aux pieds sales qui se font lécher la plante des pieds par la verte prairie de la poésie.

 

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En sautant sur cette poétesse aux yeux étincelants, cet éditeur explosa le chiffre de ses méventes.

 

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Cette poétesse au beau cou  ne le préserverait pas pour un (éditeur) vampire.

 

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Cet écrivain prévoyant déclara d’emblée ne vouloir qu’écrire mal. Cette faculté à se tenir à un projet enthousiasma la critique qui le porta au faîte de son art.

 

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On connaît tous un écrivain dans l'oeuf qui veut se faire plus gros qu'un écrivain-boeuf. 

 

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Cet écrivain au bonnet vert-jaune a-t-il pris le melon ?

 

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Dans la littérature bébé, ce sont les premiers écrivains de la garderie d'édition qui connaissent leur alphabet qu’on publie.

 

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À la piscine, l’écrivain est celui qui possède un bonnet de bain imprimé des titres de sa bibliographie.

 

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E.A.

04/03/2015

MAXIME PRÉVOT DÉCOUVRE L'ETAT DES (AUTO)ROUTES WALLONNES ET PREND UNE MESURE EXEMPLAIRE

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En découvrant ce matin cette horrible photo dans son journal détesté, Maxime Prévot a été abattu. Pendant un court moment, certains on pu espérer que ce cliché lui serait fatal mais non, son abattement n'était qu'une image. Immédiatement, c'est le Maxime Prévot combatif, fier comme un coq namurois, tel que l'aiment ceux qui ne peuvent pas faire autrement, qu'on retrouve et qui déclare: " À titre personnel, je ne savais pas que de tels nids-de-poule pouvaient exister. À partir d'aujourd'hui, il sera interdit aux poules de couver sur les autoroutes wallonnes. D'ailleurs, tout oeuf pris en état d'éclore sur la voie publique sera immédiatement gobé par un poulet.

JOELLE MILQUET S'ÉTONNE

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Joëlle Milquet, admirative: " À titre personnel, je ne savais pas qu'il existait de telles culottes éducatives. Quand seront-elles livrées dans les écoles? "

 

D'après une photo relayée par Pierre Desagre sur Facebook

OLIVIER CHASTEL VOIT ROUGE !

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Olivier Chastel, ouvrant les yeux et découvrant le monde (des affaires, des couleurs...): "À titre personnel, le bleu, je ne savais pas qu'une telle couleur pouvait exister. À partir d'aujourd'hui, la théorie des couleurs ne concerne plus le MR."

03/03/2015

À QUATRE ÉPINGLES de Denys-Louis COLAUX (illustrations de Sandro BAGUET)

3954984726.jpgQuatre nouvelles en noir et blanc

Quatre nouvelles plantées dans un réel éprouvant et funeste: celui de la Grande Guerre, de la maladie, du racisme ou de la religion. Quatre textes qui mettent en scène des individus chargés d’une sale besogne: tenir une position dans "un boyau de mélasse", expulser une demandeuse d’asile, étudier un catéchisme puant ou affronter un cancer. Et qui tirent leur épingle d'un jeu cruel en puisant à toutes les ressources de l'instant l'air salvateur.  

Une illustration de Sandro Baguet (c’est aussi un ouvrage à quatre mains, une moitié pour écrire, l'autre pour peindre ou dessiner) précède chaque nouvelle qui, sur un fond noir charbon, fait ressortir tantôt le blanc d’un visage ou la partie d’un torse, tantôt deux ailes d’ange ou deux cornes de démon… C’est narré à hauteur d’homme, dans une langue véloce et puissante qui multiplie les bonheurs d’écriture.

« Des yeux de mort, à tous les coups, ici, ça comprend rien, et tout est peint d’hébétude. »

« Elle sombrait, tremblante, dans les décibels de son agonie. »

« On ne se voit jamais totalement sale, on se préserve toujours un coin d’amour propre. »

Mais la nouvelle que j’ai préférée est celle qui clôt le recueil. Un homme apprend qu’il est atteint d’un cancer, à son tour il annonce la nouvelle à sa femme en ajoutant : « Je ne suis pas sûr de t’aimer assez que pour avoir envie de disparaître en face de toi. »

Il part, il la quitte pour rejoindre un amour manqué de début de mariage, un amour vite marqué du sceau du regret. Pendant le voyage vers ce souvenir, l’image de 4ine (comme il l’écrit) s’inscrit dans le « vitrail » du pare-brise. Enfin, quand il arrive à elle, c'est l’image de sa femme en larmes qu'il voit dans le « petit vitrail de l'œil » de 4ine. 1874923064.2.jpg

Tout Colaux réside dans ce va-et-vient entre gravité terrestre et aspirations aériennes, entre tripes opérant à l’intérieur leur travail de sape et faveurs solaires, entre fatalité du destin et éclaircie de ce qui advient en dehors de toute attente. La grâce chez Colaux  n’est jamais éloignée de la condamnation, l’homme n’est jamais aussi détestable ou aussi sublime qu’il le voudrait, la rédemption qui prend toutes les formes de vie et de sensualité succède aux sentences de Jugement dernier. Rien n’est jamais joué, même quand les dés sont jetés.  

Ce livre datant d’il y a quinze ans n’a rien perdu de son actualité ni de sa force littéraire.

Éric Allard

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Les blogs de Denys-Louis COLAUX: des artistes remarquables et souvent trop peu connus du grand public présentés journellement par l'écrivain, avec régulièrement des poèmes en prose ou en vers écrits en relation avec les oeuvres mises en avant.

http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/

Denys-Louis Colaux, présentation de l'écrivain

Les collaborations Sandro Baguet-Denys Colaux

Le site de Sandro Baguet

14:54 Écrit par Éric Allard dans LU & APPROUVÉ | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |