LES BELLES PHRASES

  • LES CONFIDENCES PRÉCIEUSES

     TAKE FIVE (V)

     

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    La feuille

    où s’inscrit

    l’œil de l’arbre

    recueille

    les fruits du regard

      

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    Sans la clé

    des songes

    comment faire

    pour sortir

    de la nuit ?

     

     

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    Coupe la rose

    à hauteur du silence

    puis accroche-la

    à la boutonnière

    d'une bétonneuse !

     

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    La pince du pinson

    m'attache à son chant.

    D'une plume gardienne

    de la liberté

    déchirer la prison de son cri

     

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    Quand tu m'oublies

    sur le bord d'un souvenir

    je fais tout pour réintégrer

    ton présent

    par la petite porte du passé

     

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    Est-ce ton fantôme que je vois

    ou ton corps de rêve?

    Sont-ce les lumières de la lune

    ou les étoiles de tes yeux

    qui m'aveuglent?

     

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    En saignant

    j'apprends à voir

    dans le rouge

    la vie

    qui s'écoule

      

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    Mettre des bâtons

    dans les rues

    de la ville

    Ajouter des ramures

    pour en faire des avenues

     

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    Je jure que sous la torture

    je n'ai pas donné

    ton nom

    Il m'a juste fallu

    un peu de douceur

     

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    Dans le bruit des graviers

    je perçois le murmure

    de la pierre

    qui me fait à l'oreille

    des confidences précieuses

     

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  • LECTURES DU PRINTEMPS 2017: CLIN D'OEIL AUX AMIES

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

     

    Je suis bien en retard pour présenter mes lectures de printemps mais, promis, je vais rattraper ce retard en commençant par un petit clin d’œil à deux amies qui ont eu la gentilles de m’adresser leur livre. Avec la Toile tout est magique, Marcelle de Bruxelles m’a adressé un joli petit livre de contes pour enfants et Anita de Montréal m’a envoyé un beau petit livre qu’elle a écrit en l’honneur d’un couple expatrié qui se décarcasse pour satisfaire ses clients dans la petite cafétéria qu’il a ouvert dans une galerie marchande. Merci les amies !

     

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    LES AVENTURES DE BILLY

    Marcelle PÂQUES

    Chloé des Lys

    Les livres pour enfants, je n’en ai jamais commenté, c’est la première fois que je me frotte à cet exercice, et pourtant, avec ma petite troupe, j’en ai lu une belle quantité et j’ai pu mesurer toute la créativité qui habite les auteurs de ces livres au public impitoyable. C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai découvert « Les aventures de Billy » mais aussi avec le regret de ne pas pouvoir le partager avec mes petits-enfants, les premiers sont trop grands et les derniers sont encore trop petits. Je vais mettre ce petit recueil de côté et le sortir dans quelques mois quand le cinquième entrera à la maternelle.

    Billy c’est un petit ours en peluche qui a déjà bien vécu, il n’est plus très frais, il est bien râpé, il a accompagné beaucoup d’enfants dans leurs angoisses, leurs peurs, leurs petites douleurs, leurs frustrations… il a épongé bien des larmes, apaisé bien des colères et même sorti ses petits amis de bien des mauvais pas car Billy il possède des pouvoirs spéciaux, une fée lui permet de prendre sa taille et sa force réelles pour leur apporter son secours. C’est ainsi que Billy prend sa forme initiale pour couvrir de sa chaude fourrure la petite fille perdue dans la neige.

    Billly, il arrive toujours quand rien ne va, il accompagne les enfants tout au long de leur vie, c’est ainsi qu’il vient au secours de la vieille Clara qui n’est autre que la petite-fille de la première histoire. Marcelle, elle sait ce que les enfants aiment, elle doit avoir elle aussi des petits-enfants, peut-être ceux à qui elle dédicace ce recueil de contes : Romain, Ludwig, Julien, Eva, Zachariah. Elle sait aussi que l’âge venu les anciens rêvent encore et qu’ils espèrent parfois avoir le secours des fées et autres êtres magiques pour surmonter les difficultés qui ne manquent jamais de s’accumuler sur leurs épaules voûtées.Marcelle.jpg

    Et pour que ce recueil de contes soit un vrai livre pour enfants, il fallait bien quelques illustrations, alors Marcelle a demandé à sa belle-fille, Catherine Hannecart, de meubler son texte avec des dessins naïfs comme les enfants savent en faire et aiment en regarder. Il faut bien savoir quelle allure il a ce brave Billy qui semble tellement vieux, les mots ne suffisent pas à le décrire, il faut des images. Des histoires écrites par « Mamie », avec le concours de maman ou de tata pour faire plaisir à ses petits-enfants. Une histoire de famille ne peut qu’être une belle histoire.

    De jolis contes qui véhiculent les valeurs traditionnelles qui devraient habiter les enfants comme les adultes pour que tous vivent en paix et en harmonie. Et, Marcelle sait aussi qu’il faut parfois faire la leçon aux adultes qui ne sont pas assez perméables à la sensibilité des enfants.

    Le livre sur le site de Chloé des Lys

    Le blog de MARCELLE PÂQUES

     

    SANS000050581.jpgLE PETIT CAFÉ QUI PARLE

    Anita VAILLANCOURT

    Auto édition

    Pour écrire la chronique du petit café où elle aime boire son petit noir, Anita Vaillancourt a choisi de donner la parole au breuvage lui-même, prenant ainsi une certaine distance avec les personnes qui y travaillent ou celles qui le fréquentent comme simples consommateurs. Si Anita a choisi de parler de ce café, c’est qu’elle apprécie tout particulièrement l’ambiance qui y règne grâce aux propriétaires Roubina et Harout, elle Libanaise, lui Arménien. J’ai vraiment l’impression qu’elle voulait rendre hommage à leur grande disponibilité, à leur générosité, à leur humanité, à leur convivialité… Pour Anita, ce café est un vrai lieu de rencontre avec un couple formidable et avec des personnes heureuses de déguster un bon petit café dans un endroit chaleureux tenu par un couple accueillant.

    Le petit café sous toutes les formes proposées par Harout et Roubina, se balade de table en table pour satisfaire l’envie ou le plaisir des clients mais le petit café, il n’a pas ses yeux dans ses poches, il observe, il voit le bonheur des uns, le malheur des autres, les délicates attentions des propriétaires qui essaient de panser les plaies des uns tout en se réjouissant du bonheur des autres même si certains clients ne méritent pas de telles attentions.13233139_10209297458570733_7152692238634760045_n.jpg?oh=5adae1d9c03527bf71481bac855bf106&oe=59DE9464

    Cet établissement n’a pas que son petit café qui parle pour satisfaire sa clientèle, il a aussi, grâce la grande culture de ses propriétaires, liée à leurs origines, ils parlent tous les deux de multiples langues, une somme de connaissances à transmettre à ceux qui, comme le petit café qui parle, savent écouter. Et, comme Anita, le doux breuvage est curieux de toutes les nouvelles connaissances qui passent à portée de ses oreilles, il ne les laisse pas passer, il les enregistre dans sa mémoire. Il sait aussi, comme Anita encore, être attentif à toutes les émotions qui circulent dans l’établissement où il est servi, sa sensibilité est à fleur de tasse. C’est une grande joie pour lui, comme pour les clients, quand une ou un artiste se produit dans l’établissement pour un moment de musique, de poésie ou pour une exposition de peinture… celles d’Anita peut-être ? « Je suis un Café qui parle, je suis un Café qui écoute, je suis un Café qui retient… »

    Cette petite balade au fond d’une tasse a été pour Anita l’occasion de nous répéter son éternel message : nous sommes malheureux parce que nous ne savons pas être heureux, nous plaçons les choses inutiles et nuisibles au sommet de nos préoccupations, nous sommes incapables d’accomplir toutes les petites choses qui suffisent à rendre les autres heureux, si chacun portait un peu plus d’attention à son voisin, le monde nagerait dans le bonheur car : « le Bonheur il est en toi. Il s’agit pour toi de le nourrir. Aimer. Aimer. Aimer. Voilà la plus merveilleuse des recettes ». « Nous vivons dans un monde de souffrances », parce que nous ne savons cultiver notre bonheur.

    Avec cette petite chronique de son café préféré, Anita délivre un hymne à la vie, à la joie de vivre, au bonheur qu’il faut vivre chaque jour, chaque minute, sans en gaspiller la moindre miette. Ils en ont de la chance, Roubina et Harout, d’avoir une cliente !

  • MON OMBRE

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    Mon ombre me joue des tours. Régulièrement, des proches me signalent la présence de mon ombre dans des endroits où je ne me suis jamais trouvé.  Ils sont formels, il s’agit bien de mon ombre, reconnaissable, paraît-il, à plus d’un contour. 

    J’avais observé, les derniers temps, son comportement étrange, distancié. Depuis plusieurs semaines, mon ombre ne me collait plus au train. Quand elle faisait mine de me fausser compagnie, je lui adressais un regard de biais et elle reprenait sa place.

    Mais elle a fini par filer doux et j'ai fait, pour la forme, lancer une alerte enlèvement qui n'a rien donné. Même si des signalements d'ombre isolées en provenance d'ici ou là parvenaient à la police.  

    Contrairement à l’idée répandue, on vit très bien sans son ombre. 

    Mais ce qui devait arriver arriva : mon ombre fut prise dans une histoire de mœurs, elle a été vue en compagnie de deux silhouettes féminines dans un spectacle osé d’ombres chinoises. 

    On a passé des ombres de menottes à mon ombre ainsi qu'à ses deux complices. On les a embarquées au poste où j’ai été prié de rejoindre la mienne afin que tout rentre dans l’ordre.

    Pendant que nos ombres purgeaient leur peine, les deux propriétaires des ombres renégates et moi-même avons profité de l’aubaine, à l’écart de nos doubles respectifs, pour reconstituer la scène licencieuse.

     

  • NUAGES DE SAISON de JEAN-LOUIS MASSOT

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    Merveilleuse balade

    Avec ses Nuages de saison, Jean-Louis Massot nous balade dans le ciel. Il suffit pour cela d’un endroit fixe et d’un regard. Les yeux tournés vers le haut, il passe en revue un défilé de nuages des plus divers et laisse vaguer son imagination pour nous donner des saynètes subtiles.

    Des Cirrostratus

    Comme de légères traces

    Laissées par le pinceau

    D’un peintre distrait

     

    Et cet avion qui traverse

    Sans s’attarder au tableau

     

    Des questions fusent sur la marche des nuages qui modèlent notre humeur, des interrogations physiques et psychologiques...

    Le propre du nuage, c’est son caractère fugace et variable. Il est l’objet de toutes les métamorphoses et de toutes les métaphores, c’est-à-dire du changement de forme et de lieu. Et les nuages qu’observent Massot figurent tour à tour, et suivant leur espèce (cirrus, cumulus,  stratus et variantes), étoffe, drap, oreiller, rideau, mouton, accent, cachalot, faucilleur, feuille de papier, peau… Ils glissent, froissent, flottent, s’effilochent… En groupe, ils forment cavalerie ou bien foule.

    S’est froissé le ciel

    Ce matin,

    Comme les draps d’un lit

    Dans lequel

    L’amour aurait été fait

     

    Sauvagement

     

    Ils voilent et tracent, dans les deux sens du terme, déposant des signes, une signature, dans l’horizon vertical, que l’observateur peut interpréter à sa guise comme présage ou écho à ses états d’âme.

    On ne sait pas plus d’où ils viennent, ni où ils vont.

    Nuages

    Qui passez

    Si lentement

     

    Savez-vous

    Votre destination ?

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    Jean-Louis Massot


    Lieux du mystère, de l’indécidable, ils sont complices du poète, du jardinier, de ceux qui sèment mots et graines dans les têtes et dans les terres.

    À la fin du recueil, le poète inquiet du ciel, des mouvements des nuages qui conditionnent son mode de vie se met à la place d’un d’entre eux pour voir ce qu'il se passe ici-bas et lui-même comme dans un reflet. Ciel-miroir de nos peurs, de nos espérances…

    En lisant ce recueil de Jean-Louis Massot, on réalise pourquoi l’étranger de Baudelaire préfère à tout ce qu’il n’a pas (ou dont il est éloigné : amis, famille, patrie, beauté, argent) les nuages qui passent… les merveilleux nuages…

    Les textes du présent recueil sont accompagnés de photos-montages d’Olivia HB où des nuages sont mis en scène & en ciel, prolongeant, comme reconfigurant les images verbales du poète.

    De la neige au nord,

    Du brouillard au centre,

    De l’infini

    Au sud,

     

    Trois fois rien

    Pour tout dire.

     

    Éric Allard

    nuages-de-saison-e1492596148889.jpgLe recueil sur le site de Bleu d'Encre Editions

     Jean-Louis MASSOT, poète, sur Espace livre & création

     OLIVIA HB sur le site des CARNETS DU DESSERT DE LUNE 

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  • DANS LE LIT D’UN RÊVE de JASNA SAMIC

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    L'ÉCLAT DES TÉNÈBRES

    Il y a un an, on pouvait lire dans La Libre Belgique: Une écrivaine de Sarajevo est dans le collimateur des nationalistes musulmans pour avoir dénoncé à quel point le voile, le hijab, se généralise dans cette ville qui était autrefois le point de rencontre des cultures, des religions et des civilisations. Le constat n’est pas nouveau, mais c’est la première fois que Jasna Samic reçoit des menaces. 
    Elle venait aussi de publier chez MEO un second roman, Le givre et la cendre, constitué de journaux intimes, qui éclairait les faits en ex-Yougoslavie, au début des années 90, qui allaient bouleverser cette région européenne pour longtemps.

    Aujourd'hui, c’est une centaine de poèmes beaux et forts écrits en français par Jasna Samic (qui écrit en français et en bosniaque) qui font l’objet d’une publication chez le même éditeur. Des textes qui nous font voyager de Paris à Sarajevo en passant par Alexandrie, New York, Istanbul ou Namur: des villes vécues comme des amours avec pour véhicule le rêve, le souvenir, la musique… Villes et vies rendues parfois fantomatiques grâce à cette articulation au rêve et au cauchemar. Mais villes et vie d’autant plus présentes qu’elles sont enracinées, intégrées dans une vision et une histoire…

    La mort et les livres y sont aussi fort présents car comment ne pas penser à la bibliothèque incendiée de Sarajevo, comme le rappelle Monique Thomassettie en préambule au recueil et à laquelle on doit le tableau figurant sur la couverture.

    Dans l’ensemble court la douleur de l'exil qui s’accompagne d’un désenchantement à l'endroit des vertus humaines.

    Où qu’on aille

    Nous sommes des étrangers

    Surtout dans notre ville natale

    (…)

    J’en ai assez des mortels

    Seuls les dieux sont mes amoureux

    Depuis bien longtemps

     

    Ce qui assigne (résigne?) l’auteure à la feuille blanche, à un simulacre de renfermement sur son passé, pour subsister, reprendre pied et cœur, autant que pour pouvoir continuer à communiquer avec ses semblables et à agir sur le monde.

    Voilà je te fais signe

    D’une autre et mienne capitale :

    Une feuille blanche.

     

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    Portrait de l'auteur : © Dragan Stefanović

     

    Le salut n’est pas dans l’autre ici présent, mais dans le souvenir, le songe et la poésie que l’usage du monde a nourri.

    J’ai quitté, Dieu sait quand,

    Les mâles présomptueux

    Et donné mon sein embrasé

    A cet Amor

    Ailé de mon rêve

    En l’allaitant de mirages fleuris

     

    La poétesse n’est pas davantage dupe de la puissance des mots.

    Aucun n’a jamais éteint

    L’incendie

    Ni la guerre.

     

    Le rêve constitue pour elle, avec le souvenir, un refuge, une possibilité de se ressourcer.

    Depuis toujours

    Le gouffre est

    La seule vérité

     

    Dans ces vers qui se présentent volontiers comme prière (« Le vers est ta prière »), elle ne cesse de questionner les couples rêve/souvenir, éternité/instant, amour/mort.

    L’instant n’était-il qu’Eternité

    Et l’éternité, un instant

     

    D’autres interrogations existentielles formulées poétiquement parcourent ces vers comme : Qu’y a-t-il de plus triste que le souvenir de la joie ?,

    Comment peindre un souvenir ?, Quelle est la parole du silence ?, Comment poser un baiser sur l’Invisible visage / Et caresser un rêve ?

    Ou encore: Le silence / est-il un signe / de la mort ou de la naissance ? 

     

    Et on goûte ces vers remarquables de beauté et de profondeur.

    On pardonne les crimes

    Mais pas les rêves !

    Ou bien encore ceux-ci :                                      

    Seul celui qui nous enfièvre

    Nous emplit de sérénité

     

    L’idée que les ténèbres abritent des sources de lumière irrigue tout le recueil et particulièrement la fin. Et que par-delà la lumière et les ténèbres, il y a quelque chose à atteindre.

    C’est l’éclat de ténèbres qui nous lie

    Cette lueur terrible de l’obscurité

    Enfuie au fin fond de l’être

    Où se trouve le profond miroir de la nuit

     

    Dans un beau poème, on peut lire :

    Mon nom est

    Claire de Nuit

    Depuis le royaume des astres

    J’ensemence mon rêve

     

    Dans un des derniers textes, elle s’adresse en ces termes à Monsieur de mon rêve

    Je m’élancerai vers l’inconnu

    En dorant de délices

    Mon souvenir

     

    Pendant que Le Mont de Vénus             

    Pris de l’éternel

    Incendie

    Jette des flammes tout autour

    (…)
    Le nuage est mon radeau

    L’Astre de Nuit ma demeure et

    L’empire des sens

    Mon temple

     

    Monsieur de mon rêve

     

    Un corpus riche de poèmes où la douleur d’exister suscite un salut par des vers d'une lumière crépusculaire puisant leur éclat entre l’étincelle du souvenir et la flamme dansante de l’espérance.

    Éric Allard

     

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    Le livre sur le site des Éditions MEO

     JASNA SAMIC, écrivaine: "L'ISLAM RADICAL MET LA BOSNIE EN DANGER" (interview à Rue89 à l'occasion de la sortie de Portrait de Balthazar chez MEO)

     

  • LE MAUVAIS ÉCRIVAIN et autres histoires courtes

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    Le mauvais écrivain

    Cet écrivain reçut un coup de maillet sur la tête, treize coups de couteau dans le corps, on lui brisa bras et jambes, on lui coupa mains et pieds. Le châtiment était mérité. Hélas, il parvint encore à dicter sa mésaventure, légèrement romancée et forcément larmoyante. Le livre fit un nouveau malheur en librairie.

    On n’est jamais trop impitoyable avec les mauvais écrivains.

     

     

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    Une sexualité perturbée

    Ce lecteur dépendant avait une sexualité perturbée. C’est en lisant qu’il accumulait du sperme dans ses bourses. Il atteignait l'acmé du besoin sexuel après la lecture d’un bouquin de six cent pages. Quand il sentait le moment propice, il lisait frénétiquement de la poésie pour connaître des extases élevées.

    Mais pour un même résultat, étant donné son manque, il eût pu tout aussi bien lire une page quelconque de Gavalda.

     

     

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    Le Prix de la Critique

    La critique ne tarissait pas d’éloge pour qualifier l’œuvre de cet auteur. Il semblait même qu’il n’y avait pas d’épithètes assez fortes, de périphrases à la hauteur.

    Cette maison d’édition avait été bien inspirée de décerner avant parution un Prix de la critique pour chacun des livres de ses auteurs. Les critiques dont les notes avaient été retenues pour la quatrième de couverture avaient pu choisir un séjour dans la résidence d’auteur de leur choix.

     

     

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    De son vivant

    Cet auteur aspirait à éditer directement dans la Pléiade.

    « Malgré une œuvre innombrable et d’une rare qualité à laquelle le comité a été sensible, la direction de Gallimard ne peut accéder aujourd'hui à votre demande un rien présomptueuse », lui fut-il répondu en substance et avec un maximum de délicatesse (pour ne pas froisser  l'éventuel lecteur).

    Depuis, l’auteur refusé ne cesse de vilipender la collection de prestige tout en continuant à délivrer à période fixe de nouveaux ouvrages dans le monde de l'édition de son territoire linguistique. Il s’est ainsi fait, rapportent ses proches, à l’idée de n’être pas publié dans la Pléiade de son vivant.

     

     

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    Un auteur, une ville

    Cet auteur mondialement connu au patronyme d’une ville réjouissait le syndicat d’initiative de ladite ville qui voyait débarquer des foules de touristes littéraires pensant que la cité avait été fondée en hommage au grand écrivain...

     

     

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  • UN PETIT TOUR PAR LES ÉDITIONS HENRY : Philippe FUMERY et Valérie CANAT DE CHIZY

    P.Leuckx.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

     

     

     

     

     

     

    155095785.jpgValérie Canat de Chizy avoue : "Je murmure au lilas (que j'aime)", petit livret de 48 pages (au prix imbattable de 8€ pour tous les volumes de la même collection "La main aux poètes") de poèmes en prose, dans lequel elle défend, illustre un "retour au pays de l'enfance" : "monde du silence", qu'elle doit de nouveau apprivoiser ou se réapproprier, à la manière d'une enfant qui "a germé" de silence, sans faire de bruit".

    Le pays, ainsi, se décline : le père "retourné au silence" de la tombe; la blessure toujours prête à éclater ("Parfois, il faut si peu pour que tout se fissure et que l'on perde pied")...

    Alors, il faut "écouter les rumeurs de la ville, le murmure des âmes" (on pense alors à Armand Guibert, celui d'"Oiseau privé" : "Voyager à travers les terres habitées, donc à travers les âmes").

    Alors, il faut révéler l'insoutenable : cette mort de la "sœur", de la "jumelle" perdue à deux semaines, échancrure dans une vie.

    La poésie palpite, la vie aussi : à l'image de ce beau poème de la page 38 :valerie-canat-chizy-murmure-lilas-jaime-isabe-L-gIkPki.jpeg

    "Les papillons palpitent contre les paupières, parcelles de lumière, engourdissement de la quiétude. état originel. Je retrouve mon âme sœur, jumelle perdue à deux semaines, deux ovules se blottissant l'une contre l'autre, se tenant chaud dans un écrin".

    Ecrire la douleur et la partager.

    Le recueil sur le site des Editions Henry

    Le recueil sur le site des Editions Henry

     

     

    Philippe Fumery, publié entre autres à L'Arbre à paroles (de beaux livres sur les nomades), propose, aux éditions Henry "Lune douleur Carlux", d'une écriture prompte à saisir les silhouettes, anonymes, croisées, avec le don de décrire le menu, l'infime, l'infime intime des corps, des gestes, des situations. Il suit ici à la trace des anonymes errant, vaquant à leurs petites occupations (courses), des jeunes, des moins jeunes, et, au fil des 112 pages et au tissage de brefs poèmes-blasons, le lecteur se sent soudain empreint d'une douce mélancolie qui l'étreint : le poète se met à la place des figures qu'il dépeint, sans jamais prendre la pose, mais en soignant les portraits, qui ne regorgent guère d'images mais restituent la vie, l'atmosphère. Fumery suit, le temps des saisons, toute une troupe de personnages attachants, fragiles autant que réalistes :fumery.jpg

    "Tu es repassé par la rue"

    "Elle délaisse le trottoir cabossé"

    "L'enfant traîne les pieds

    ...il apprend dans la douceur

    la perte, le retour"

    "Retomber en enfance

    serait douloureux?"

    "Vers quelle enfance

    retourner?"

    Les questions d'origine taraudent et trouvent ici manière lucide et transparente de réponse possible.

    Le recueil sur le site des Editions Henry 

     

  • LIRE AU PRINTEMPS 2017: Voyage littéraire en Extrême-Orient

    par DENIS BILLAMBOZ

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    J'ai profité de ce printemps pour accomplir un long périple littéraire sur les ailes des Editions Picquier à travers les lointaines contrées asiatiques. Mon périple a commencé dans l’Altaï, à la frontière du Kazakhstan, avec un récit plein de délicatesse et de finesse d’une auteure chinoise, Li Juan. Je suis ensuite passé par la Corée avec un excellent roman de Park Hyun-wook avant de terminer ce voyage sur une petite île japonaise avec un tout aussi bon roman de Kaho Nashiki. Un voyage littéraire que je conseillerais à tous les lecteurs avides de dépaysement, d’autres paysages et de belles histoires.

     

    cat_1493217781_1.jpgSOUS LE CIEL DE L'ALTAÏ

    LI JUAN (1979 - ….)

    Editions Picquier

    A l’extrême limite occidentale de la Chine, aux confins du Kazakhstan, sur les plateaux de l’Altaï, Li Juan a passé sa jeunesse avec sa mère, sa grand-mère et sa petite sœur, elles étaient couturières, elles fabriquaient des habits pour les bergers nomades qu’elle suivaient dans la transhumance de leur troupeau de moutons montant vers les pâturages de la montagne en été et descendant vers les plaines du désert de Gobi en hiver. Vivant souvent dans des hébergements de fortune, elles menaient une vie simple, laborieuse, difficile avec beaucoup de travail, peu de confort et encore moins de réjouissances. Comme Galsan Tschinag l’a fait dans « Ciel bleu » pour la partie de l’Altaï mongol, Li Juan a voulu raconter cette vie bien loin de celle menée dans la Chine que les médias nous racontent.

    Couturières devenues aussi commerçantes, elles vendent tout ce qui est nécessaire aux personnes qui transitent dans la région avec des troupeaux. L’économie collectiviste prônée par Mao ne semble pas avoir atteint ce far west chinois, les quatre femmes connaissent très bien les principes du commerce et, si elles ne s’enrichissent pas, elles réussissent tout de même, elles des Han, à vivre respectablement et en bonne harmonie au contact des Kazakhs et de Ouïgours qui peuplent cette région frontalière de la Chine.

    Dans ces récits d’une grande fraîcheur, empreints de candeur et même parfois d’une certaine naïveté, Li Juan décrit avec une grande précision des tableaux de la vie quotidienne qu’elle mène dans les montagnes avec sa famille, ses voisins éventuels et les bergers qui passent. Une vie immuable insensible au temps qui s’écoule et au progrès technique qui n’atteint pas ces contrées. « C’est un mode de vie très ancien qui a traversé les siècles avec aisance, qui est en accord avec l’environnement, en étroite relation avec lui, si bien qu’il est devenu aussi naturel que la nature elle-même ». Li Juan aime les montagnes, les vallées, les paysages, les immensités désertiques, les rivières, les cascades tout ce qui constitue son environnement, une nature originelle que personne n’a encore polluée, ni souillée. « Je vis dans un monde merveilleux. Vaste, silencieux, proche, vraiment authentique, et si accessible ! »

    La vie de Li Juan est une immensité désertique. « Sur les pistes de terre, s’étend, sur trois pouces, une couche de lœss étale qui ne porte aucune trace de pas. Il n’y a pas âme qui vive », où le temps n’existe presque plus, il se contente de passer, de faire défiler les jours sans jamais rien n’altérer. « Dans les montagnes, la vie se déroule sous un voile indécis, comme si le temps ne se mesurait qu’à l’aune des fêtes ou des aléas du climat, sans que jamais se fasse sentir le cycle des jours ». Cette immensité atemporelle et désertique ne prend forme que sous la plume du poète, sous celle de Li Juan en l’occurrence qui évoque son pays avec une telle délicatesse, une réelle tendresse et une énorme passion. Certains disent qu’elle ne veut plus quitter son Xinjiang adoptif malgré la solitude qu’elle y a souvent vécue. « Ce que je veux dire, c’est que le monde est comme divisé en deux : d’un côté le monde que je vois, que je perçois, et de l’autre, moi, dans ma solitude ».

    Peut-être cherche-t-elle encore la réponse à cette question qu’elle formule dans ce si joli recueil de récits sur la vie qu’elle a menée au cœur de la nature originelle : « Que dire de cette vie qui ne s’arrête jamais et pourtant ne continue pas ? »

    Une énigme digne de Confucius.

    Le livre sur le site des Editions Picquier

     

    cat_1493217493_1.jpgCOMMENT MA FEMME S'EST MARIÉE

    PARK HYUN-WOOK (1967 - ….)

    Editions Picquier

    Elle supportait le Barça, il supportait le Réal, il travaillait comme commercial dans une entreprise à Séoul, elle venait de terminer un chantier informatique dans cette même compagnie. Elle n’était pas vraiment jolie, elle était désirable, il n’avait pas encore tenté sa chance, c’était le dernier jour, la dernière nuit, celle on l’on boit jusqu’au petit matin pour fêter la fin de la mission. Il lui avait proposé un dernier verre, ils parlèrent football, elle lui proposa un café chez elle, ils firent l’amour, progressivement ils s’installèrent ensemble. Follement amoureux, Il voulait absolument l’épouser, elle ne voulait pas, elle lui avoua : « En fait, je n’ai aucune intention de te garder rien que pour moi ».

    « Je ne suis pas capable de n’aimer qu’une seule et unique personne pour le restant de mes jours. Et je pense que c’est pareil pour tout le monde…. Je veux vivre sans entraves, à l’écoute des désirs de mon cœur et de mon corps ». Il accepta ses conditions, elle disparaissait souvent le soir pour ne rentrer qu’au petit matin, elle sortait pour boire et plus si affinité. Il ne pouvait pas se passer d’elle, même quand elle accepta une mission dans une petite ville à une centaine de kilomètres de la capitale. Ce qui devait arriver arriva, elle tomba amoureuse d’un autre garçon mais elle ne voulait pas abandonner son mari, elle voulait garder ses deux hommes. A force de manipulation, de jérémiades, de chantage, elle avait fini par faire accepter la situation à son mari : la semaine chez son amant, le week-end chez son mari.

    La situation aurait pu perdurer longtemps mais elle se retrouva vite enceinte de l’un de ses deux hommes, mais elle ne savait pas lequel et ne voulait pas le savoir, elle voulait fonder une famille unie sous un même toit avec ses deux hommes et son enfant. La solution comblait l’amant qu’elle avait fini par épouser malgré la réticence désespérée de son mari mais celui-ci n’acceptait pas une telle situation. Et pourtant, elle luttait, manipulait, argumentait, le faisait culpabiliser, invoquait des exemples dans des civilisations anciennes, dans le règne animal, ….

    Park Hyun-wook se penche à son tour sur le problème du mariage qui semble avoir beaucoup préoccupé les écrivains extrême-orientaux. Récemment, Hiromi Kawakami dans « Soudain, j’ai entendu le bruit de l’eau » a évoqué l’amour entre un frère et une sœur et Ito Ogawa, a, elle, traité la famille homosexuelle et le regard des enfants sur ce couple féminin dans « Le jardin arc-en-ciel ». L’objectif de Park ne semble pas être de démontrer qu’on peut vivre en un trio harmonieux et que le « polyamour » est possible mais plutôt d’exposer comment une femme libre cherche avec ténacité et volonté à mettre sous le même toit deux hommes qu’elle a tous les deux épousés et qui lui ont donné un enfant qu’ils pourraient aimer et élever tous les trois. Une façon de démontrer qu’une femme libre peut obtenir beaucoup de choses.

    Rien n’est simple en amour, les sentiments ne se guident pas, alors pourquoi les contraindre ? Les trois héros essaient de répondre à cette question bien complexe, chacun avec ses arguments, avec pour seule passion commune le football, principalement le Barça et le Réal, et la rivalité qui les oppose. L’auteur l’avoue, le parallèle entre son histoire et le football est assez fortuite, il n’est lui-même pas passionné par ce sport mais y a trouvé matière à dresser des comparaisons pour illustrer les frictions et les rivalités qui agitent ce trio. Le foot est aussi un bon vecteur pour mettre en exergue la place que peut prendre la femme dans la société coréenne en imposant certaines conditions comme, par exemple, la séparation de l’amour et des relations sexuelles ou la séparation de la fidélité familiale de la satisfaction des plaisirs de la chair.

    Et quand la situation dérape et que tout semble partir à vau l’eau, comme disait le grand footballeur argentin Batistuta : « Même si tout s’écroule, il restera toujours le football » et même si tous les politiciens, hommes d’affaires plus ou moins véreux, mafieux en tout genre essaient de l’accaparer et de le corrompre, « Ils ne peuvent pas monopoliser le bonheur contenu dans le ballon, ni le vendre, ni le voler ».

    Le livre sur le site des Editions Picquier

     

    cat_1493217981_1.jpgLES MENSONGES DE LA MER

    KAHO NASHIKI (1959 - ….)

    Editions Picquier

    C’était avant la guerre, Akino était encore étudiant en géographie humaine, science qui, au Japon, semble déborder sur bien d’autres disciplines : l’anthropologie, l’ethnologie, l’éthologie, l’écologie, l’histoire, …, quand il a décidé de passer ses vacances sur la petite île d’Osojima au sud de Kyushu, la plus méridionale des quatre grandes îles qui constituent l’archipel nippon. Grâce au couple de vieux pêcheurs qui l’héberge, il peut prendre contact avec des habitants de l’île qui l’aident à découvrir cette île qu’il voudrait mieux connaître afin de terminer une étude commencée par son ancien maître et jamais achevée.

    Il part ainsi avec un jeune autochtone sur les sentiers de l’île où, selon les documents remis par un vieux marin retraité dans ces montagnes, il retrouve les vestiges de nombreux temples et lieux de cultes édifiés par une secte bannie plusieurs siècles auparavant. Ces lieux de culte ont été ruinés à l’époque du Shugendo, la séparation du shintoïsme et du bouddhisme, quand en 1872 le pouvoir Meiji a voulu rompre avec les religions étrangères en débarrassant le shintoïsme de toutes les influences extérieures pour que le socle religieux du pouvoir soit purement nippon.

    Akino et son guide parcourent ainsi les sentiers désertés de l’île où ils ne rencontrent guère que des chèvres et des saros, découvrant de nombreux indices concordant avec les bribes de légendes qu’ils ont recueillies, reconstituant ainsi peu à peu l’histoire de la présence sur cette île d’une civilisation spirituelle vivant dans une stricte ascèse. En essayant de comprendre ces légendes et leur matérialisation dans le paysage, ils découvrent non seulement une civilisation mais également le sens des coutumes et traditions locales, une parcelle de l’histoire du Japon un peu oubliée sur cette île peu peuplée et isolée des voies de communication. Quand au bout de leur périple autour d’Osojima, ils rencontrent le vieux marin et son secrétaire, ils comprennent pourquoi ils se sont posé certaines questions en mettant leurs découvertes en rapport avec la spiritualité ancestrale encore très prégnante chez les plus anciens occupants de l’île.

    Ce livre me semble être plus qu’un roman, il déborde sur l’histoire, la philosophie, la spiritualité, l’écologie, tout ce qui relie l’homme à son milieu et donne un sens à sa vie. Bien longtemps après, quand la guerre aura semé le deuil, qu’un pont sera érigé entre la petite île et Kyushu permettant aux touristes de visiter ce lieu enchanteur, l’étudiant en géographie qui n’a jamais terminé l’étude ébauchée par son maître, reviendra sur l’île où il constatera bien des changements le troublant, le désespérant même. Mais, enfin il comprendra ce qui lui manquait pour conclure cette étude, la clé qu’il avait longuement cherchée et qui maintenant était là bien présente dans son esprit.

    C’est un bien beau texte, délicat, plein de douceur et de spiritualité, on croit même y ressentir le souffle spirituel de l’ascèse du Shugendo. Un texte qui pose de nombreuses questions : quelle importance faut-il accorder au passé ? Le passé est-il nécessaire à la construction de l’avenir ? L’homme a-t-il besoin de connaître ses racines pour vivre pleinement sa vie ?

    La liste n’est pas close, l’auteure la laisse ouverte en abandonnant le lecteur au bout du chemin avec tout ce qu’il a pu récolter tout au long de cette belle lecture. Le vieux géographe, lui, a fini par comprendre le message des mirages, les mensonges de la mer, en méditant cette maxime sibylline « La forme est vide. La vacuité est forme ». Chaque lecteur cherchera sa voie à travers ces quelques mots… Bon voyage à tous !

    Le livre sur le site des Editions Picquier

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    Les Editions PICQUIER

  • POÈMES À PORTER SUR LES LÈVRES

    1.

     

    le poids du songe

    dans la nuit

    et l'envol d'une étoile

     

    dans l’espace

     

    la transparence du reflet

    dans le miroir

    et l'envers d'un rêve

     

    dans l’espoir

     

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    2.

     

    à la porte du visible

    j'apporte un son

     

    au seuil du bruit

    un regard

     

    à la fleur du toucher

    un brin d'eau

     

    à la couture des lèvres

    une piqûre

     

    au sortir des ténèbres

    une lumière

     

    tu ne me donnes

    même pas ton ombre

     

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    3.

     

    détaché du texte

    le poème

     

    en amont du livre

    le vers

     

    sur l'écritoire

    ta main

     

    derrière la paupière

    le soleil

     

    découvrent

    la robe du mot

     

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    4.

     

    sans faillir le miel

    s'allie

    au lait

     

    le temps de donner

    à l'abeille

    l'adresse de la ruche

     

    ta peau blanche

    s'écoule

    sur mes lèvres

     

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    5.

     

    derrière

    les robes

    les falbalas

     

    la chambre

    de ta nudité

    retient les regards

     

    seul l'oeil

    du couturier

    avale ta peau

     

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    6.

     

    entre vide

    et espace

     

    entre poème

    et roman

     

    entre corps

    et absence

     

    entre jour

    et nuit

     

    entre silence

    et regard

     

    pense aussi

    à vivre

     

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    7.

     

    dans ta lampe

    je bois

    la lumière

     

    je recueille

    l'espace

    d'un visage éclairé

     

    sur les lèvres

    du poème

    je passe

     

    une langue

    neuve

    et nue

     

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    8.

     

    luit

    la pierre

    taillée

    du lait

     

    lampes

    aux pis

    des vaches

    obscures

     

    broutant  

    l'herbe

    tendre

    du songe

     

    si je bois

    le blanc

    du ciel

    avant l’aube

     

    je me fais

    voie lactée

    ou crème

    de nuit

     

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    9.

     

    mot

    tombant

    dans

    le blanc

    du texte

     

    moi

    sombrant

    dans

    l’instant

    présent

     

    nuit

    mourant

    sur le sable

    du jour

     

    tandis

    que

    la mer

    veille

     

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    10.

     

    mesure ton être

    au mètre de l'espace

     

    laisse du je

    entre tes silences

     

    de la lumière

    entre tes branches

     

    pour te laisser

    le temps de naître

     

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  • LE BUNKER de NICOLAS BRULEBOIS

    image297.jpgLes amants terribles

    Le chroniqueur subtil de la chanson française à texte (pour Froggy's delight, L'Impératif...), le biographe d’Allain Leprest, l’auteur des aphorismes et brèves satiriques de Le monde aigri, le monde est bleu donne ici un témoignage troublant et fort. Il s’inscrit dans le cadre de la collection du Bunker initiée par Jacques Flament et à laquelle près d'une quinzaine d’auteurs se sont déjà pliés.
    Un chroniqueur artistique invité dans un centre culturel ayant l’apparence d’un bunker à l’occasion du vernissage d’une expo d’art contemporain rassemblant 28 artistes contemporains (un par Etat membre) de la Communauté européenne est surpris, de même que 216 autres personnes, dans ce qu’on ne peut encore identifier comme une catastrophe naturelle ou un attentat.

    Le narrateur attend une femme devant l'accompagner et qui parvient quand même à s’introduire à l’intérieur du centre d’exposition souterrain en partie enseveli. Cette femme est sa maîtresse depuis deux années et l’occasion qui leur est donnée de vivre plusieurs jours et nuits enfin en toute impunité est unique : ils vont exprimer là pleinement leur passion dans un "raisonné déraisonnement de tous les sens".

    Eros et Thanatos à petit feu, prendre prétexte de cette mort annoncée, pour jouir d’une existence impensable jusqu’ici : flirter sous les décombres ou danser sur les bombes, ultime dandysme quand l’époque terre-à-terre vous ensevelit sous les gravats. Un horizon si bouché incitait à se libérer des carcans, quitter nos rôles habituels d’amant et de maîtresse : entre coupe de champagne et coup du sort – vivre une vraie vie de couple, enfin !

    D’abord leurs retrouvailles se font durant la visite de quelques œuvres exposées d’artistes bien réels tels que Tracey Emin (UK), Francisco de Pajara (Espagne), Zilvinas Kempinas (Lituanie), Adel Abdessemed (France) ou Henrik Plege Jokobsen (Danemark). On trouve même quelques clins d'oeil à des amis écrivains et musiciens. Ce qui donne lieu à une critique pertinente et nuancée de l’art contemporain en relation avec le climat sécuritaire ambiant que l’Occident traverse et qu’on pourrait résumer par cette interrogation du narrateur:

    Les chars de la vulgarité menaçaient-ils à ce point, pour faire de la représentation artistique un passe-temps sécuritaire ?

    Avant de constater que sous terre la lutte de classe se reproduit, décuplée par la situation panique, entre le camp des mécènes (« visiblement plus si généreux ») et les autres, les amants que la vie au grand jour a séparé, contraints qu'ils étaient avant à des étreintes furtives dans des salles de cinéma ou les transports en commun, vont à l’écart des autres, dans un nid douillet constitué par leurs soins, consommer ardemment, puissamment leur amour.

    Jusqu’à une extrémité rarement relatée dans une fiction, à l’image des faits décrits mais aussi du tumulte propre à faire resurgir l'innommable et l'insensé de l’époque actuelle. L’ensemble est  exprimé dans une belle langue, tour à tour aphoristique et souple, et qui résonne en nous au plus intime, nous faisant adhérer jusqu’au pire, aux motivations et folies d'amour d’un couple d’amants terribles. Gageons que cette première incursion  remarquable de Nicolas Brulebois dans le domaine de la fiction sera suivie d’autres. En attendant un nouveau témoignage sur cette catastrophe allégorique et ineffable...

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Editions Jacques Flament 

    Les livres de Nicolas Brulebois chez Jacques Flament

    Les quatorze témoignages sur Le Bunker

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  • VLADIMIR NABOKOV, la POCHLOST et autres propos intransigeants

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    Dans l’introduction aux deux tomes de la Pléiade, Maurice Couturier cite deux ou trois propos de Nabokov tiré d’Intransigeances (publié d’abord aux USA, en 1973, et chez Julliard, en 1985), un recueil d’entretiens donnés par Nabokov à plusieurs journaux, magazines ou revues américains entre 62 et 72. Il ne comprend toutefois pas les réponses préalablement écrites qu’il donna sur le plateau d’Apostrophes aux questions de Bernard Pivot le 30 mai 1975.

    À propos de la pochlost’, Couturier dit que « cette sottise (selon Chamfort), que Flaubert qualifiait de « bêtise » dans sa Correspondance et dont il faisait l’autopsie dans le Dictionnaire des idées reçues et Bouvard et Pécuchet, Nabokov la désignait sous un nom russe, pochlost. » On pense aussi au « kitsch » défini par Kundera.

     

    QUELQUES PROPOS tirés d'Intransigeances

    La pochlust- ou dans une translittéraation meilleure : pochlost’ – comporte bien des nuances et de toute évidence je ne les ai pas décrites avec une clarté suffisante dans mon petit livre sur Gogol, puisque vous pensez qu’on peut demander à quelqu’un s’il a jamais été tenté par la pochlost’.

    Une camelote éculée, des clichés vulgaires, le philistinisme dans toutes ses phases, des imitations d’imitations, des profondeurs en carton-pâte, une pseudo littérature, grossière, imbécile, malhonnête – voilà quelques exemples évidents. Maintenant, si nous voulons débusquer la pochlost dans la littérature contemporaine, il faut la chercher dans le symbolisme freudien, les mythologies mangées aux mites, le discours social, les messages humanistiques, les allégories politiques, le souci exagéré des classes et des races et les généralisations journalistiques que nous connaissons tous.

    La pochlost montre sa tête dans des affirmations telles que « l’Amérique ne vaut guère mieux que la Russie » ou « nous partageons tous la culpabilité  de l’Allemagne ». Les fleurs de la pochlost’ s’épanouissent dans des expressions ou des termes tels que : « le moment de vérité », « charisme », « existentiel «  (utilisé sans rire), « dialogue » (dans le sens d’une négociation entre les nations) et «  vocabulaire » (appliqué à un barbouilleur). Réunir dans un seul et même propos Auschwitz, Hiroshima et le Vietnam c’est de la pochlost’ séditieuse. Appartenir à un club très fermé (avec parmi les noms des membres un seul non Juif – celui du trésorier), c’est de la pochlost’ de bourgeois compassé. Les critiques littéraires à quatre sous sont souvent lourdes de pochlost’, mais celle-ci se dissimule parfois aussi dans certains essais à prétention intellectuelle. La pochlost’ appelle M. Blanc un grand poète et M. Bluff un grand romancier. C’est dans les expositions d’art où la pochlost’ prospère particulièrement ; là elle est fabriquée par de prétendus sculpteurs qui utilisent les outils des ferrailleurs pour construire des crétins contrefaits en acier inoxydable, des stéréotypes zen, des oiseaux exotiques en polystyrène, des objets trouvés dans les latrines, des boulets de canon et des balles en conserve. Là, nous admirons le papier peint de gabinetti des peintres que l’on dit abstraits, des surréalistes freudiens, des traînées de couleurs aléatoires et des taches de Rorschah – tout ça étant aussi « ringard » que Triste Septembre ou Les Fleuristes de Florence académiques d’il y a un demi-siècle. La liste est longue et bien sûr chacun a sa bête noire, parmi toutes ces manifestations. Ma bête noire, c’est cette publicité d’une compagnie aérienne où l’on voit un repas servi par une obséquieuse créature à un jeune couple – elle considérant en extase les canapés au concombre, et lui admirant l’hôtesse avec concupiscence. L’autre bête noire c’est "Mort à Venise". L’éventail est large, comme vous voyez.

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    Il arrive que le cinéma confère un soupçon de pochlost’ à un roman en le présentant au travers de son verre déformant, en le modifiant, en lui enlevant de sa subtilité. Je pense que Kubrick a su éviter ce défaut dans sa version, mais je ne comprendrai jamais pourquoi il n’a pas suivi mes indications et mes rêves. (…)

    Je dois préciser cependant que je n’ai pris aucune part à la mise en scène du film. Si je l’avais fait, j’aurais peut-être insisté pour souligner certaines choses qui ne l’ont pas été – par exemple les différents motels où ils ont séjourné.

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    Une des fonctions de mes romans est de démontrer que le roman, en général, n’existe pas. 

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    Je préfère infiniment parler des livres modernes que je déteste d'emblée: les monographies savantes sur des groupes minoritaires, les livres sur les chagrins des homosexuels, le sermon antiaméricain sovietnamien, le conte picaresque entrelardé d'obscénités juvéniles (...) Quant à l'influence, eh bien, je n'ai jamais été influencé par qui que ce soit en particulier, mort ou vif, tout comme je n'ai jamais appartenu à un club ou à un mouvement. 

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    Laissons les crédules et les vulgaires continuer à croire que toutes les infortunes mentales peuvent être guéries par une application quotidienne de vieux mythes grecs sur les parties intimes de leur individu. Peu m’importe, vraiment. 

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    Je me borne à dire que ce qui est mauvais pour les Rouges est bon pour moi. 

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    Le dialogue peut être délicieux s'il est stylisé d'une manière dramatique ou comique ou s'il est artistement mêlé à la prose descriptive; en d'autres termes, s'il est un élément du style ou de la structure d'un ouvrage donné. Dans le cas contraire, ce n'est rien d'autre que de la dactylographie automatique, que des discours informes...

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    A quelques exceptions près, le roman policier est une sorte de collage qui réunit des énigmes plus ou moins originales et des artifices d'écriture conventionnels et médiocres. 

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    Je n'écris pas pour des groupes, je n'approuve pas non plus la thérapie de groupe (la scène de bravoure de la farce freudienne); comme je l'ai dit trop souvent, j'écris pour un moi-même multiplié à l'infini. 

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    Je pense souvent qu'il devrait y avoir un signe typographique spécial pour désigner un sourire - une sorte de marque concave, une parenthèse renversée sur le dos, signe que j'aimerais pouvoir utiliser en réponse à votre question.

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    Je méprise cette mode vulgaire et philistine d'utiliser des mots orduriers à tout bout de champ.

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    Je suis parvenu il y a longtemps déjà à la conclusion que le meilleur enseignement peut être dispensé grâce à des disques qu’un étudiant peut écouter autant de fois qu’il le veut ou qu’il le doit dans sa cellule isolée du bruit.

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    La meilleure part de la biographie d’un écrivain, ce n’est pas le compte-rendu de ses aventures, mais l’histoire de son style.

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    Le fait que je paraisse distant est une illusion qui s’explique par mon refus d’appartenir à quelque coterie que ce soit, littéraire, politique ou sociale. Je suis un agneau solitaire. Permettez-moi cependant de rappeler que j’ai dérogé à cette « distance esthétique » , à ma manière, en condamnant d’une façon absolue le totalitarisme allemand et russe dans mes romans Invitation au supplice et Brisure à Senestre.

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    Les problèmes d’échec sont la poésie des échecs. Ils exigent du compositeur les mêmes vertus que celles qui caractérisent tout artiste digne de ce nom : originalité, invention, harmonie, concision, complexité et absence splendide de sincérité.

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    Dans l’art supérieur, comme dans la science pure, c’est le détail qui compte. (…)Plus le problème est grand, moins il m’intéresse. Certaines de plus grandes mes préoccupations sont des taches de couleurs microscopiques.

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    Les « casseurs » ne sont jamais des révolutionnaires, ils sont toujours des réactionnaires. C’est parmi les jeunes que l’on trouve les plus grands conformistes et les philistins les plus indécrottables, comme ces hippies avec leurs barbes interchangeables, leurs démonstrations collectives.

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    Le Nouveau Roman français n’existe pas vraiment, ce n’est qu’un petit tas de poussière et de plumes dans une case de pigeonnier crottés. (…)Mais  Robbe-Grillet est si différent des autres. On ne peut pas, on ne doit pas les mettre tous dans le même sac. (…) Tous les romanciers qui valent quelque chose sont des romanciers psychologiques, je suppose. A propos des précurseurs du Nouveau Roman, il y a Franz Hellens, un Belge, qui est très important.

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    - De quels péchés littéraires aurez-vous à répondre un jour – et quelle sera alors votre défense ?

    - D’avoir, dans mes livres, épargné trop d’imbéciles politiques et trop de faux intellectuels parmi mes connaissances. D’avoir été trop regardant dans le choix de mes cibles.

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    LOLITA de NABOKOV 

  • LA FENÊTRE de LILIANE SCHRAÛWEN

    fenetre-1c.jpgReflets dans la glace

    Le matin d’un nouveau jour est comme une p(l)age blanche, caractérisée par le vide, le regard qui se perd dans le vague, dans la vague. Page et plage ramènent la séquestrée qu'est la narratrice à l’enfance. À cet effet, on a placé devant elle du papier, de quoi écrire et effacer.

    Séparée plus que séquestrée car elle n’a commis aucun mal. Séparée d’elle-même pour commencer car, pour parler de sa vie dont elle est doublement éloignée, par le temps et la distance, elle utilise tout à tour la première et la troisième personne. Elle se nomme alors d’une seule lettre anonyme, L. Sans identité propre, il lui faudra du temps pour (re)donner des prénoms à ses enfants dont le nombre n’est d’abord pas clairement exprimé. Et cette indécision sur le nombre a une cause douloureuse.

    Page après page, de souvenir en souvenir jamais totalement assumés car les vivre comme personnels est encore trop pénible, et, en partant de l’enfance, la narratrice va reconstituer le puzzle de sa vie de fille, de femme et de mère. Pour se trouver et se reconnaître à travers les différentes épreuves de son existence. Transformer le carré gris de la fenêtre en rectangle de vie, les glaces en miroirs.ESP_2369-200x300.jpg

    Les glaces, c’est différent. Ceci est une glace. L peut y voir son reflet qui la regarde, froidement, comme du fond de l’eau. Mon reflet emprisonné par la glace, gelé à jamais, saisi tout vif et figé dans ce carré brillant qui est peut-être un cube. C’est très dangereux de laisser ainsi une image vivante de soi captive pour toujours. Et si la glace fondait ? Si l’image se réchauffait et prenait vie, même contre moi ?

    En attendant, elle a devant elle le carré terne d’une vitre qui la sépare du monde, du présent. Un grand pas sera franchi, à double titre, quand elle s’en approchera pour regarder dehors. Pour aller de l’intérieur de soi à l’extérieur, il lui faudra du temps, de l’aide, du soutien, de cette force de l’enfant avant de naître, qui, pour sortir de l’intérieur de la mère, va traverser le couloir vers la lumière. 

    Le livre, dédié au vide, à l’absence, a été édité une première fois en 1994 puis une seconde en 1996, pour obtenir alors le Prix du Parlement la Communauté française de Belgique (actuellement Fédération Wallonie-Bruxelles) et être aimé de l’écrivain préféré de son auteure, J.M.G. Le Clézio.

    Il ressort aujourd’hui à la lumière aux éditions MEO et est toujours d’actualité car l’enfermement de l’homme et, plus particulièrement, de la femme, dû à des facteurs divers, est intemporel. Liliane Schraûwen a su, qui plus est, trouver les bons mots, la forme juste, entre fable et récit, pour les rendre sensibles au lecteur, presque palpables, à tout jamais libérateurs.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Éditions MEO

    Le site de Liliane Schraûwen

  • LA MAISON DU DÉCLIN, essai-balade de DRAZEN KATUNARIC

    maison-declin-1c.jpgRéhabiter le monde 

    « L’homme décadent ne cesse pas de se demander : pourquoi suis-je né à l’époque où tout se dégrade, s’est déjà dégradé ? »

    C’est à partir de cette interrogation que débute le vivifiant essai de l’écrivain croate Drazen Katunaric d’abord publié 1992 à Zagreb.

    Si l’homme d'aujourd’hui impute volontiers toute la misère intellectuelle au numérique, en regrettant par exemple l’époque des livres papier, il faut savoir que Victor Hugo dans un chapitre de Notre-Dame de Paris  intitulé Ceci tuera cela représente ce déclin par la face monstrueuse de Quasimodo et accuse les livres imprimés qui ont brutalement supplanté les cathédrales.
    Autres temps, autres mœurs, seul demeure l’homme décadent.

    Mais ce chapitre hugolien est avant tout, souligne l’auteur, un excellent point de départ pour toute réflexion sur l’architecture et la ville car Hugo considérait l’architecture comme l’art total, le seul moyen d’expression de l’humanité entière. (…) Le livre imprimé est ce ver rongeur de l’édifice qui suce et dévore, rend l’architecture mesquine, pauvre et nulle. (…) L’imprimerie a tué le sacré du livre, sa rareté, son caractère précieux, l’effort de sa fabrication.

    Et l’époque où a lieu ce déclin, où la ville change de face, où l’architecture n’est plus l’art collectif qu’il était, c’est, pour le philosophe, la Renaissance. Perte du sentiment divin, profanation du sacré au service du dépouillement, de la démolition, l’architecture, instrumentalisée (à l’égal de l’automobile plus tard), conçue comme moyen et non plus comme but, devenue stricte machine à habiter, va se mettre au service du social et devenir utilitaire dans le même temps où elle va contraindre, avec Adolf Loos, Frank Lloyd Wright, Walter Gropius ou Le Corbusier, l’homme à vivre dans des formes et des matériaux sans âme ni fantaisie. Sans l’idée de Dieu, l’insignifiance des choses devient criante. Et l’architecture qui est rapport au divin, au céleste, déracinée de la terre du passé et sans élévation, perd tout repère. katunaric.jpg  

    Katunaric cite aussi Herman Broch pour appuyer sa thèse : Les deux grands moyens rationnels de communication au sein du monde moderne, le langage de la science utilisé dans les mathématiques et le langage de l’argent utilisé dans la comptabilité, ont leur point de départ dans la Renaissance.

    C’est aussi l’exil de l’homme moderne qui est questionné, entre regret de la croyance perdue et la difficulté de vivre sans croyance. Depuis la Renaissance l’idée de progrès a remplacé la notion de salut, les sciences et idéologies, la religion.

    C’est dans cet ordre d’idée que l’auteur rejette dos à dos capitalisme et communisme (l’ayant vécu dans sa chair, il ne peut s’en faire une idée exotique, de rédemption, et déclare que le marxisme est mort de l’ennui qu’il a suscité) ayant régné de conserve pendant près d'un siècle, comme berceaux de régimes utopiques, donc totalitaristes.

    Sont aussi convoqués dans cet ouvrage Dostoïevski et son Palais de Cristal, Bruno Schultz et son Traité des mannequins qui préfigure ou accompagne le devenir-machine de l’homme, et même Bernard-Henry Lévy et son Testament de Dieu (« S’il n’y a plus de péché, c’est l’âme qui est le crime. S’il n’y a plus de rédemption, c’est la vie qui est l’expiation. »).

    Katunaric analyse le rapport au temps, à l’histoire, au passé qui définit l’injonction à être moderne. On passe ainsi du Café Apocalypsis au Bar Nihilismus où l’idée de Dieu a été remplacée par l’idée de progrès, de science et de technique qui font office de pensée, de connaissance.

    Le progrès étant une décadence, la décadence devient un progrès, dit en substance Jankélévitch en guise de cqfd à cet essai, riche et dense, mené allègrement, somptueusement écrit (comme l’écrit Alain Finkielkraut en quatrième de couverture) et traduit du croate par Gérard Adam, en sollicitant notre intelligence tout en parcourant les allées des anti-lumières qui nous permettent de critiquer l’époque contemporaine avec ses faux-semblants, sa religion du progrès en marche et ses masques de bonheur dans le carnaval qu’est devenu le monde et cela dans l'espoir de le réhabi(li)ter.

    Un des derniers chapitres, relatif à Maison de Wittgenstein, dresse un éloge remarquable de l’ornement en architecture (« la seule partie artistique de la maison »).

    L'ultime partie du livre nous entraîne à Venise, dans la ville du déclin (que Ruskin date de 1418 avec la disparition de l’architecture gothique) pour une promenade fantomatique où l’art d’un Bellini sauve le narrateur de la tromperie des masques et où le chant d’un gondolier qui s’éloigne le libère de la rumeur du monde trop présente, trop prégnante.

    Chez MEO, on trouve du même auteur, un roman, La mendiante, et un recueil de nouvelles, Le baume du tigre.

    Éric Allard

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    Le livre sur le site des Éditions MEO

     

  • LA MANIFESTATION LITTÉRAIRE et autres histoires d'écrivains

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    La manifestation littéraire

    Je sortais de chez moi pour acheter du pain quand je fus embarqué dans une manifestation pour l’égalité d’écriture et la liberté d’édition. Sur les banderoles, on pouvait lire: Plus de publications !, Sous les cahiers, la page ! ou encore Nous sommes tous des auteurs vivants ! C’était en effet des auteurs qui manquaient de reconnaissance et qui marchaient pour en trouver.

    Ils marchaient vite et je mis mon pas dans les leurs.

    Plus on approchait de la Maison de la Poésie, plus leurs cris étaient puissants, vives leurs revendications. Il régnait un climat de terreur. Sur place, le directeur ne voulut pas accepter de délégation et les poètes énervés comme jamais je n’en avais lu montèrent une potence. Au moment où on lui passait la corde au cou, le directeur cria: Vous serez tous publiés, foi de directeur de Maison de la Poésie.

    Enfin, il n’eut pas le temps de terminer sa phrase (je la complète en hommage à sa mémoire puisqu'il m’a semblé de bonne foi) car la trappe de fortune s’ouvrit par erreur sous ses pieds et le directeur stoppa là net une carrière littéraire pourtant prometteuse. Mais une parole (même de poète) est une parole, et non un écrit. C’est ainsi que je revins de la manifestation sans pain mais avec une promesse de publication : ce texte-ci (le premier que je livre).

     

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    La chasse aux mots (à V. Nabokov)

    Chaque jour, après son petit déjeuner, cet écrivain sort avec un filet fantôme à la chasse aux mots. Chaque vocable est délicatement placé dans une enveloppe de papier glacé avec l’indication de l’endroit et des circonstances où il été capturé. Puis, à la fin de la journée, lors de sa séance au lutrin, il rédige sa page d’écriture. Régulièrement des livres invisibles sont publiés aux éditions de la Chambre obscure que les lecteurs, habitués aux livres trop (pré)visibles, ne parviennent évidemment pas à distinguer.

     

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    L’explication

    Ce poète composait sans cesse des odes aux étoiles et aux cieux, aux espaces infinis et à la lumière. Un jour, sa compagne qui attendait depuis cinquante ans (au moins) qu’il lui composât un petit poème, un églogue, une épigramme... lui demanda quand ce serait son tour.

    Mais sans ta présence ici-bas à mes côtés, lui répondit-il, je n’aurais jamais perçu la beauté du vaste monde.

     

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    Les tombes

    Cet écrivain enterre ses livres à mesure qu’ils paraissent dans des petites boîtes en fer. Quand une critique est publiée à leur propos, il vient la déposer avec componction sur la tombe à côté des autres. Le vent, la pluie l’en débarrassent vite. Les livres, eux, demeurent intacts et, de plus, ils ne nécessitent pas d’être époussetés ni relus.

     

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    L’oubli

    Cet écrivain oublie aussitôt la phrase qu’il vient d’écrire. Cet écrivain oublie aussitôt la phrase qu’il vient d’écrire. Cet écrivain oublie aussitôt la phrase qu’il vient d’écrire…

     

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  • LES CHANSONS DE MAMAN

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  • MAMAN SONGE

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    Maman ment

    Mentalement maman me ment

    Si maman me ment je mens à maman

    Maman songe au mensonge comme je songe à maman

    Si maman ment ment-elle aussi sur ma naissance

    Si maman ment suis-je même né suis-je même là

    Naître c’est mentir et maman sait que je mens

    En mentant je nais différemment de la façon dont je suis né de maman

    Si maman ment mon songe dit vrai sur ce que maman sait

    Maman se tait tant que je songe au mensonge de maman

    Mais après maman mentira-t-elle encore au sujet de mon corps né

    Maman sait que je songe au mensonge quand elle le fait

    Maman quand elle le fait pense-t-elle à refaire ma naissance de même

    Ma maman ment-elle quand elle se dit ma maman

    Maman quand elle se tait ment-elle sur son silence

    Maman quand elle se sait s’essaie-t-elle au mensonge

    L’essai de maman pour me faire réussit de temps à autre

    L’essai de maman pour me faire réussir échoue sur la cendre

    Quand je suis celui qui sait qu’il est né maman réussit l’essai

    Quand je sais celui que je suis maman réussit aussi l’essai

    Quand maman sait je suis rassuré sur le fait que je suis né

    Quand maman ment je doute à nouveau de mes sens

    Maman dans la mer se sale pour que l’eau la laisse sur le sable

    Je souffle le silence et la soif qui sauvent de la sécheresse des sons sans sens

    Je souffle l’essence et le saumon qui sauvent de la mousse des savons  

    Je soulage le sexe des sciences qui souffrent de l’absence de raison

    Je change le sexe des souris aux semelles de sauge et de soufre

    Je change le chanvre des champs du songe dans la chambre chauve

    Je chante dans le safran des saisons des chansons sur le soleil sauf

    Je mens à maman quand elle me demande si je vis si je vais si je sais si je sens si je saigne

    Je mens mentalement à maman depuis que je suis né sans savoir si je suis sourd ou sans sirène

    Maman sent dans son ventre qui je suis avant que je naisse

    Maman me sait dans son centre comme à la circonférence de ses sens

    Maman signe son cercle avec son sang comme je désigne son sein dans un souffle comme je sarcle son sexe avec mon stipe

    Maman saigne et je signe son crime de mon inexistence

    Maman saigne et je me signe ainsi soit-il de son existence

    Maman sent quand je saigne quand je songe au singe que je suis au singe qu’elle est dans l’espèce de stigmate qui nous place dans l’espace des signes

    Maman sent si je nais si je vais si je vis si je sais si je mens si je chie si je pense si je suis si je fuis le fait que maman m’a fait tel que je suis mentant à maman comme à moi-même sur le fruit de mes mensonges sur le fruit de ses entrailles qui poursuit son cycle selon le songe menti de sa maman

     

  • RÉSONANCES, un recueil collectif réunissant images & textes, aux ÉDITIONS JACQUES FLAMENT

    Dans ce recueil collectif, Jacques Flament a rassemblé 149 textes, de 82 auteurs différents, écrits à partir de 25 photographies.

    J'y figure avec trois textes ainsi que quelques ami(e)s et connaissances: Carine-Laure Desguin, Nathalie Delhaye, Denys-Louis Colaux, Lorenzo Cecchi, Martine Rouhart, Michel Thauvoye, Véronique Dubois, Véronique Pollet...

    Des textes courts, des nouvelles brèves, de la poésie...

    À noter aussi que tous les droits iront à l'association MOTS ET MERVEILLES qui lutte contre l'illetrisme.

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    Pour commander le livre sur le site des Éditions Jacques Flament

  • TOUTES LES FEMMES MEURENT POUR UN POÈME de MONTAHA GHARIB

    toutes-les-femmes-e1492596009971.jpgLa promesse de l'aube

    Le premier poème du recueil s’ouvre un présage, une prédiction faite par une voyante.

    Ton destin est prédit

    Tes poèmes sont ton seul bagage

    Tes peintures ton rivage

    La promesse de bonheur est promesse d’aube, de lumière. Alors que la nuit est le lieu de l'insomnie, l'asile de la peine.

    Ton visage est pétri de lumière

    Les étoiles d’un regard

    Nourrissent tes yeux

    Le jour s’incarne dans un corps, un visage.13592315_985100261588832_4115430061096756108_n.jpg?oh=47bbf66df8237370cc0f2801690af4c7&oe=59B4785D

    Toi, mon aurore

    Je t’étreins secrètement dans la pénombre 

    Ce qui n’est encore que rêve enténébré, peu à peu, se révèle au jour, réveille des espoirs enfouis.  

    Tu fleuris mes espoirs

    Tu rafraîchis ma mémoire 

    Le passé n’est plus vain, le futur n’est plus voilé, indistinct, muet.

    Libéré du souci du temps, des heures, du poids de soi, de notre âme flagellée, le présent roi nous rajeunit de mille ans.

    Il défige le temps, rafraîchit la mémoire.

    Tout peut s’inverser à nouveau, l’aube engloutir la pénombre...

    Le poème, c’est la caresse, l’espoir, la lumière, le lieu où s’engrange, se recueillent ces particules de lumière, ces réserves de mots et de mémoire, ces témoignages où le temps coïncide avec l’espoir.

    Il y a du bruit au cœur du silence

    Le silence chante

    Entre silence (qui) chante et voix (qui) bruisse, dans la joie chaude d’un instant, une caresse qui adoucirait / la dureté de l’éloignement, voici  un recueil où se laisse lire l’agonie de l’attente comme les délivrances du jour.

    Avec le poème comme emblème, comme porte-espoir, imprègne-instant, besace et concentré de lumière, on laisse derrière soi la nuit pour aller au-devant du jour, le cœur neuf, rempli d’amour.

    Les belles et suggestives illustrations en clair-obscur de Claude Donnay (avec lequel la poétesse libanaise a écrit un précédent recueil, Horizons), accompagnant les poèmes, leur faisant écho, rendent bien compte de l’attente et du mouvement, des soubresauts de l’âme en proie aux affres et bonheurs de l’amour.

    Éric Allard

    Le livre sur le site de Bleu d'Encre Éditions

  • VARIATION sur LA DISPARITION de GEORGES PEREC par JACQUES FLAMENT

    Variation sur LA DISPARITION

    ... ou discours sur l'incongru à la façon d'un grand manitou barbu.

    A... B... C... D... Abracadabra !

    Disparu l'ingrat attribut suivant du canon orthographocommun.

    Goujat, malotru, charlatan, sagouin, iroquois, bachi-bouzouk aurait dit Haddock !

    Ainsi donc un fringant prof ras du caillou nous proposa, parmi un choix accablant d'importuns fabricants d'originaux bouquins, un training psychicomaso au but humant fagot d'ouvrir nos carafons, chous, citrons ramollis à l'abondant propos dont il avait pour mission l'instruction.

    Vint à mon siphon maladif, l'incongru tronçon anthologicoscriptural d'un tordu du bocal au surnom du grand barbu d'Ivry : "La disparition".

    Mais pourquoi donc choisir "La disparition" du grand barbu susdit plutôt qu'un album distinct dans sa filiation ?

    Illico "La disparition" participa surtout à assouvir mon plaisir d'affliction vis-à-vis du joug du mot, plaisir pas du tout malsain pour qui, à ma façon, vingt ans durant, accomplit un sport associant boyaux du ciboulot à la raison du plus fou.

    Voici donc ma vision du plaisant polar qu'il fit sortir sans tambours ni clairons alors qu'aussi brillant travail commandait à coup sûr glorifications.

    Tout à fait clair, tout à fait admis par tout un chacun ainsi qu'un bouquin normal, "La disparition" a pourtant un atout piquant, paradoxal : la proscription, la scotomisation du suc, du corps dudit individu bouquin.

    Imaginons-nous un baobab sans tronc, un institut sans savant, un futur poupon sans amnios, un humain sans phallus, un mort sans asticots ? Voilà pourtant collations, confrontations, comparaisons satisfaisants.

    Car d'ablation du plus courant attribut du susdit canon, il aura fait son dada, son bourrin poussif tant il fut vrai qu'un ultimatum aussi fou qui aurait dû finir dans un attristant fiasco, fut accompli dans l'affliction mais conduit au summum sans aucun accroc.

    Travaillant, s'inscrivant dans un profil contraignant, droit issu d'un ouvroir du nom aujourd'hui connu d'OULIPO, pratiquant assidu du go dont il produisit un discours jouissif, l'ahurissant juif polonais, prit pour parti, proposition constants d'ouvrir, nourrir tout individu d'un propos aux tours mirobolants mais toujours inscrits dans la banalisation du commun. Ainsi introduit, tout quidam, vous, moi, habitants d'Ivry ou d'avilissants pays inconnus sans noms, sortirions ravis du trou banalisant "la disparition" par l'ablation du banal.

    Un synopsis du joyau ainsi conçu ? Oui, à coup sûr.

    Mais banal, lui aussi : la volatilisation, la disparition d'Anton Voyl, paradoxal individu droit sorti du giron imaginatif du grand barbu.

    Mais choisissons plutôt un lingot d'or pur parmi l'alcool du manuscrit total pour saisir la profusion du travail accompli :

    Chacun sait qu'un mal sans nom agit à l'insu, chacun sait qu'au grand dam, nous barrant tout parcours, nous condamnant sans fin aux circonvolutions, aux bafouillis, aux oublis, à l'insupport d'un faux savoir où vont s'opacifiant, s'obscurcissant nos cris, nos voix, nos sanglots, nos soupirs, nos souhaits, un mur infranchi nous forclot à jamais.

    Ah oui, jouissif, colossal, hallucinant ! disons-nous abasourdis si nous nous livrons un tant soit prou à d'infinis margouillis, patouillis, salmigondis impliquant nos jargons discursifs.

    Au final, un roman lipogrammosubtil, hors du commun, loin du courant rapport au nombril autosatisfait, abracadabrant, inouï, au confort scriptural ma foi suffisant, tout à fait ad hoc au rapport grammatical, qui divisa d'obtus criticaillons mais ravit gus, zigotos, cocos, bouffons, individus originaux qui ont la conviction qu'à courir l'incongru on finit par jouir d'un bon cru.

    Mais plus fort… pourrait-on, illustrant par là un plaisir ludicomaso tout à fait fou sortir mutations, fluctuations d'aussi puissant travail narratif contraignant ?

    Pourquoi pas !

    Ainsi pourrait-on bâtir la composition dont tout mot aurait un chic frais, original d'avoir pour trait initial un A ou tout attribut distinct du canon orthographocommun.

     

    ***

     

    ANNE, AMBITIEUSE APHRODITE...

    Anne, ambitieuse aphrodite aux atouts anatomiques ambrés, arcboutée aux appliques asiatiques, apostropha Anatole : “Anatole, Anatoool..., accours, amour à Anne !”
    Anatole, amoureux ardent, abandonnant “Amphithéâtres assyriens”, admirable abécédaire antique, assez attristé – abandonner aussi ambitieux album artistique apparaîtra assurément abstrus aux amateurs avertis –, accoutumé à aussi appétissant appel, accourut avec ardeur.
    Alexandrine, arrogante angora, altesse abyssine aux allures aristocrates, assiste, apeurée aux aventures aquatiques annanatoliennes.
    Abracadabrant ! articule Alexandrine abasasourdie.
    Assurément ! ....

     

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    Jacques Flament 

     

    Les Éditions Jacques Flament

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    Georges Perec dans La Pléiade

    Le Grand palindrome de Georges Perec

  • MÉMOIRE BLANCHE de PIERRE CORAN

    memoire-blanche-1c.jpgPrisons

    Après avoir été arrêté pour un meurtre qu’il ne se souvient pas avoir commis, un homme s’évade de la prison où il est détenu, il est recueilli par la petite fille de sa supposée victime. On l’innocente mais il reste prisonnier de la boisson… Cette prison-là, cette culpabilité-là sont plus fortes...

    Un roman qui claque, sans un mot de trop, un poil de graisse littéraire. Une littérature à l’os, sans introspection, en phrases brèves. Cette absence de perspective, cette attention portée à  l’instant donnent paradoxalement du relief et de la profondeur au narrateur. 

    Celui-ci est subi par les événements qui bouleversent son existence mais qui ne l’affectent pas en apparence. Tout lui est égal, indifférent. Ce qui est rendu par ce que Barthes appelait une écriture blanche, « au je absent à lui-même », celle par exemple du Camus de L’Étranger. Et, ici, tout à fait accordée au propos.

    Un double événement lui donnera l'occasion de se sortir de cette réclusion, de cet enfermement en soi. Une femme, Sophie, lui donnera la force ; une autre, Claire, le moyen de s’en sortir.coran_pierre.jpg

    Pierre Coran, qui publie depuis 1959, donne ici un livre très personnel. Le narrateur qui tient son journal finit par livrer son prénom, Pierre, et par écrire : « Hier, j’ai raconté mon histoire, sans passion, comme si je révélais l’aventure d’un autre. » De là, on pourra en tirer toutes les conclusions sur le caractère autobiographique du roman qui, de toute manière, demeure une fiction bien menée, une histoire rapportée au présent du subjectif.

    Après sa cure, le narrateur ne se fait toutefois pas d’illusion, il ne supprime pas son passé d’un trait tout en se montrant optimiste : « Je ne prétends pas être guéri et me suis fait à l’idée que toute guérison est un leurre (…) Je suis un infirme de l’alcool et le resterai. »

    Il y avait le livre de Kessel, Avec les alcooliques anonymes ; il y a aussi ce livre percutant de Coran initialement paru au Seuil en 1997 dans une collection aujourd’hui disparue et que Gérard Adam vient avec bonheur de republier aux Editions MEO.

    Précisons encore qu’il ne s’agit pas d’un énième livre sur « le drame de l’alcoolisme »; c’est avant tout un roman, celui d’un homme aux prises avec ses démons et le tourbillon du monde qui prend son destin en main pour affronter le jour d'après en homme libéré.

    Eric Allard

    Le livre sur le site des Éditions MEO

    Pierre CORAN sur le site de l'AEB

     

  • STREETS (Loufoqueries citadines) d'ÉRIC DEJAEGER

    Dejaeger.jpg?height=400&width=265Ville imaginaire

    Rue aux Oiseaux, rues aux Fumées, rues aux Volcans, rue aux Anges… Rue des Politiciens, rues aux Ventouses, rue aux Moustiques, rue du Rhume… Ces Streets, au nombre de 99 (comme pour laisser le soin au lecteur de franchir la centaine), qui dessinent une ville inventée et inventive (comme en écho au vers de Soupault cité en exergue) où les noms des rues seraient efficientes, en accord avec ce qu’elles désignent, même si la rue, pour le passant ou l’habitant, tend à corresponde à ce par quoi, par qui elle est nommée. Qui plus est dans une ville moderne de plus en plus fonctionnelle, sans distinction, et laissant peu de place à l’irrationnel, au passé, sans autre orientation, pour situer un endroit, que son nom.

    Comme on le sait, Éric Dejaeger varie, dans ses livres, les genres et les humeurs. C’est ici l’œuvre du poète, animé d’une belle intuition et d’une vive sensibilité, le Dejaeger, et pour n’en citer que quelques-uns,  des Contes de la poésie ordinaire ou de ses recueils instantanés.

    Et si la poésie qu’Éric ne trouve pas souvent dans les ouvrages prétendument poétiques (où on s’attend justement à en trouver) ressortait de l’inattendu, surgissait à l’improviste dans des domaines non désignés comme tels, dans le quotidien, par exemple, dans ces moments et saynètes qu'il sait si bien saisir… ric-dejaeger_2_orig.png

    Dejaeger rend bien le double aspect de la rue, entre limitation et infini. La rue, forcément bornée, donne à celui qui y pénètre l’idée de l’aventure, il peut se figurer que la rue est infinie, qu’il s’est engagé dans un labyrinthe ou un coupe-gorge, qui le perdra. C’est entre enchantement et appréhension qu’on découvre une nouvelle rue, comme on  parcourt ce recueil, page après page, entre sens du secret et goût du frisson.
    La rue, aussi, relie deux endroits de la ville ; elle est jonction, mise en relation de lieux a priori inconciliables ; la rue par essence est poésie.

    Au bout du compte, toutes ces rues ne mènent-elles pas à la Porte de l’imaginaire, pour composer une de ces villes invisibles créées par Calvino ?

    Dans ces Streets sans interdit, Éric montre que la poésie est dans la ville, au coin de la rue, en miroir de nos attentes et de nos peurs, comme marchepied à nos rêves aussi bien qu’à nos cauchemars.

    Signalons encore que la vivifiante couverture et les illustrations sont de Jean-Paul Verstraeten

    Éric Allard

     

    EXTRAITS :

     

    74th street

    Prise entre deux feux

    venant

    de la rue du Conservatisme

    & de la rue la Révolution

    les citadins

    ont depuis longtemps compris

    qu’il ne fallait plus passer

    par la rue du Centre.

     

    99th street

    Ils sont quelques-uns

    Plongés dans

    Des manuscrits enluminés

    Des grimoires illuminés

    Des parchemins en lambeaux

    à arpenter la ville

    à la recherche

    de la légendaire

    & mythique

    Rue Sans Nom.

     

    Le livre sur le blog des Éditions Gros Textes

    Court, toujours!, le blog d'Éric DEJAEGER

     

  • LA PEUR DES DRAGONS

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    J’ai peur des dragons. Depuis que j’ai été brûlé par un dragon au treizième degré quand j’étais petit. Un crachat de lave en fusion, une langue de feu qui m’a léché les jambes jusqu’à mi-cuisses. Mes pieds avaient fondu, mes genoux étaient comme deux balles de ping-pong passées au micro-ondes. Depuis, je marche avec des prothèses.

    Dans n’importe quelle situation, je rebondis mieux, mes sauts me portent plus loin que le commun des mortels, et je n’ai plus jamais froid aux pieds. Quand il s’agit de piquer un sprint pour monter dans le bus ou pour offrir des fleurs à une fée passante, je suis champion.

    Il faut dire que je l’avais un peu cherché: j’avais tiré sur sa queue, j’avais méchamment tenté d’arracher ses ailes pour en faire des cerfs-volants. On n’est pas sérieux quand on a sept ans !

    Faut dire que ce dragon-là, qu’on avait recueilli au bord d’un volcan éteint, avait avalé papa pour son petit déjeuner, laminé maman au lance-flamme pour son quatre heures et extrait ma grande sœur de son bain pour l’envoyer dans les airs si loin qu’on n’a jamais retrouvé tous les morceaux. Depuis, pour racheter mon erreur de jeunesse, dans la perspective d'une réconciliation symbolique, plutôt que de me faire admettre dans le centre fermé le plus proche de chez feu mes parents, je suis devenu expert en dragons.

    J’aide à la réintégration des dragons dans les parcs animaliers et les squares. J’anime des ateliers de sensibilisation pour les enfants avec des bébés dragons ; les mômes apprennent à apprivoiser les flammes, à dépasser leur frayeur de la chimère, et à écrire des contes brefs sur les cryptides. Mais je me garde toujours à distance.

    Je continue, il me faut le reconnaître, d’éprouver à bientôt soixante balais une peur irraisonnée des dragons. Mon vieux psy qui a enfin réussi à vaincre sa phobie des pompiers et des extincteurs m’a assuré que c’était une question de temps. Ainsi, quand je vais au au restau chinois, je ne  pas à l’aise. Une incontrôlable appréhension s’empare de mon tronc, j’ai des fourmillements dans mes jambes de titane, et je réclame toujours une table éloignée du dragon maison, même s’il est attaché.  

     

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  • À DEUX PAS DE CHEZ VOUS de LILIANE SCHRAÛWEN

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    Le fait divers, analysé par Roland Barthes dans Structure du fait divers, a quelque chose de monstrueux, il relève de l’inclassable, tel l’ornithorynque dans la taxinomie de Linné. Par ailleurs, on sait que le fait divers dit beaucoup de la vie privée et, par conséquent, de la société où évoluent les protagonistes.... comme nous le rappelle en exergue de son recueil, Liliane Schraûwen qui, en plus d'être nouvelliste et romancière, a écrit des ouvrages sur les grandes histoires criminelles.

    Dans ce recueil, elle nous livre onze récits, écrits d’une plume alerte même s’il s’agit de forfaits en partie perpétrés par des déçus de la vie, des déclassés qui trouvent de la sorte une revanche à leur infortune, une ultime affirmation de leur désespoir, l’occasion de lancer un cri à la face du monde.

    L’action est parfois si resserrée qu’on ne sait rien des tenants ni des aboutissants ; on est plongé au cœur du drame, ce qui confère une tension dramatique intense au récit. Comme dans Race de bourreaux ou Courir c’est mourir un peu.

    Chaque nouvelle est annoncée par une ou deux coupures de presse qui nous donnent une vision extérieure du méfait qu’on va suivre avant de pénétrer dans l’intimité des acteurs du drame, de nous faire comprendre leurs motivations…ESP_2369-200x300.jpg

    Les deux premières nouvelles se déroulent dans le milieu littéraire, il y est question d’un critique littéraire féroce puis d’un plagiat, thème qui a souvent été abordé mais traité ici de façon percutante. Le Maître et Marguerite, en référence à Boulgakov, est l'histoire d'une arnaque. Les risques du métier rend compte des dangers de la profession de dentiste et Le choix de Sophie décortique un drame de l’adultère. Brève rencontre et Douleur savoureuse traitent du manque affectif et du besoin d’aventure, de la quête du frisson... Le jour du chien, clin d’oeil au roman de Caroline Lamarche, est une belle et touchante histoire d’amitié entre un enfant et un animal. Morte de froid dans le jardin est un autre récit poignant qui raconte le choix de vie, qui a pourtant été riche et épanouie, d’une femme lucide au soir de son existence.

    Liliane Schraûwen utilise toute la palette des émotions pour peindre avec justesse des tableaux qui décrivent un état du monde occidental aujourd’hui où le goût du risque et de la revanche est préféré à une vie morne en deçà de ce qu’on en attendait.

    La prochaine fois que vous verrez un ouvrage de Liliane Schraûwen dans un rayonnage, laissez-vous tenter, succombez sans façon au vice de la lecture, sans crainte d’être puni ou traité de criminel !

    Éric Allard 

    Le livre sur le site des éditions Zellige 

    Le site de Liliane SCHRAÛWEN

  • LES MATHÉMATIQUES SONT LA POÉSIE DES SCIENCES de CÉDRIC VILLANI

    Screen_Shot_2015-02-21_at_16.24.51_grande.png?v=1424533001L’égalité remarquable

    Partant de ce constat qui demeure paradoxal aux yeux de certains (jusque dans le milieu enseignant), les mathématiques sont la poésie des sciences, Cédric Villani, ambassadeur brillant des mathématiques, médaillé Fields 2010, directeur de l’Institut Poincaré et candidat pour les prochaines élections législatives comme candidat de La République en marche, indique quelques points de convergence après avoir rappelé que les mathématiques sont d’abord une science qui, en tant que telle, a pour préoccupation de décrire le monde, de le comprendre et d’agir sur lui.

    Il insiste sur ce double aspect, qui les caractérise, d’efficacité et de souci de conceptualisation, de prise sur le réel autant que de mise à distance. Il précise que les maths sont avant tout un des rares langages universels.

    Parmi les points communs aux deux disciplines qu'il développe en courts chapitres, il distingue les contraintes (et nous parle évidemment des expérimentations de l’Oulipo – au passé alors que l'Ouvroir est toujours bien actif - ou de Boris Vian qui s’est livré à un calcul numérique de dieu dans un texte du collège de pataphysique), l’inspiration, la créativité (avec notamment la mise en relation, l’appariement d’éléments a priori éloignés, inattendus), le souci d’abstraction, l’attention portée au mot, l’intuition, les échanges, le fil narratif… et la beauté qui en résulte.

    Il cite un poème de Tennyson, La dame de Shalott, emblématique d'après lui de la démarche mathématique, les oeuvres de Man Ray à partir d'une série de modèles mathématiques illustrant des situations géométriques, un texte de Henri Poincaré sur la créativité dans ce domaine et il nous livre un bienvenu éloge de l’imperfection et de l'irrationnel dans les sciences.

    Dans sa préface, Elisa Brune cite Breton: "Un jour viendra où les sciences seront abordées dans cet esprit poétique qui semble à première vue leur être si contraire. Sommes-nous un peu libres? Irons-nous au bout de ce chemin?"

    Il me reste à signaler que l’ouvrage est publié dans la nouvelle et originale petite maison d’édition bruxelloise, L’Arbre de Diane, qui a notamment pour projet de mettre en relation les mondes de la littérature, des sciences et des mathématiques.

    Éric Allard

    L'ouvrage sur le site de L'Arbre de Diane

    Ma lecture de Théorème vivant de Cédric Villani sur Espèces de maths

    Le site de l'Institut Poincaré

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  • LA PART DES NUAGES de THOMAS VINAU

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    À fleur de peau
    J'avais découvert Thomas Vinau avec Ici, ça va, et poursuivi par Nos cheveux blanchiront avec nos yeux. J'ai voulu continuer avec son troisième roman, La part des nuages, avant d'entamer les oeuvres poétiques, à proprement parler, de cet auteur.

    Joseph est un papa divorcé, et vit avec son petit garçon, Noë. Il travaille dans une bibliothèque, sans plus de passion, et se consacre entièrement à son petit bonhomme. La vie est belle et simple, jusqu'au jour où Noë part pour les vacances chez sa mère...
     
    Cette fois, Joseph supporte mal l'absence de son fils, et sombre dans des pensées profondes et un état second, lesquels font resurgir de vieux démons.
     
    Thomas Vinau est un poète, cela se sent aussi dans ses romans. Il a le don d'ajouter le petit rien qui rendra la phrase plus belle, le sentiment plus fort, la douleur plus vive. Les tourments de Joseph sont relatés avec beaucoup d'émotion, le lecteur est appelé à les partager. La séparation du père et du fils devient hautement dramatique. Ce n'est plus l'enfant qui a besoin de son père, c'est tout à fait l'inverse, Joseph manque d'oxygène, cherche à maintenir la tête hors de l'eau, attendant comme il peut le retour de Noë, plus rien ne compte que lui.
     
    Un livre à fleur de peau, certainement celui que je préfère jusqu'à présent, de cet auteur.
     

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  • Carine-Laure DESGUIN, Salvatore GUCCIARDO et Éric ALLARD en dédicace à l'ÉCOLE INDUSTRIELLE DE MARCHIENNE-AU-PONT le samedi 13 mai entre 10 h et 18 heures

    En partenariat avec la Bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne-au-Pont et son bibliothécaire Serge Budahazi, dans le cadre de la journée Portes Ouvertes sur le thème du livre, Carine-Laure DESGUIN, Salvatore GUCCIARDO et Éric ALLARD seront en dédicace à l'ÉCOLE INDUSTRIELLE de MARCHIENNE-AU-PONT le SAMEDI 13 MAI 2017 de 10 h à 18 HEURES.

    Avec l'exposition de Serge BUDAHAZI, Les compagnons du livre: signets, serre-livres...

    École industrielle

    Rue Tourneur, 1,

    6030 Marchienne-au-Pont.

    Cadre agréable, entrée gratuite et... facilités de parking.

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    Le SITE de l'ÉCOLE INDUSTRIELLE DE MARCHIENNE-AU-PONT 

    Découvrez l'offre large de formations, en soirée comme en journée, dans les domaines aussi variés que: l'informatique, la gestion, l'alphabétisation, la restauration de mobilier, l'assistanat en pharmacie, la photo numérique, l'aquarelle + dessin + peinture, l'étude des langues, les arts de la table, la domotique, l'assistanat vétérinaire, l'habillement, le scrapbooking, la confection de chapeaux...

    Accès direct aux formations proposées

    Le site du BOURGEON (collectif aidant la Bibliothèque Marguerite Yourcenar lors d'événements)

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  • CINQ HISTOIRES D'ÉCRIVAINS

    Un prodige

    Par un étrange prodige qui n’arrive qu’à peu d’auteurs contemporains, cet auteur mort ne cessait de progresser, d’affiner son style, de fortifier son propos… Le premier surpris fut l’improbable imprimeur de ses anodins ouvrages qui, aujourd’hui, passe pour l’éditeur d’un des meilleurs écrivains du siècle dernier. Il se murmure même que l’auteur en question pourrait décrocher le Nobel en 2030, à titre posthume, si la merveilleuse amélioration poursuit son cours.  

     

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    Le Prix de la lucidité

    Cet écrivain qui se refusait de publier possédait dans ses tiroirs plus d’inédits que tous les auteurs vivants. De sorte qu’il fut bientôt l’objet de la convoitise des éditeurs, amateurs de curiosités. Quand le monde de l’édition constata qu’il avait été bien inspiré de ne jamais les proposer à la publication, surpris par tant de discernement de la part d’un auteur vivant, ils lui fut remis à titre collectif le Prix de la lucidité, puis on publia l’intégralité de son œuvre avec cette mention.

     

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    Rien à dire

    Cet auteur qui n’avait rien à dire l’écrivait avec un tel aplomb que, pour ne pas le décevoir, on le lisait quand même sans faillir.

     

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    Dans le désert

    Dans le désert, cet écrivain trouverait encore à écrire sur le sable avec le vent, dit-on. C’est ainsi qu’on en vient à regretter l’existence des déserts.

     

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    Un écrivain de bains publics

    Certains auteurs écrivent avec leurs pieds, d’autres sur les genoux. Celui-ci écrivait sur ses pieds. Des histoires halitueuses, de la poésie fraîche, de moites aphorismes  et, parfois, une apostille ou un bon mot sur l’ongle d’un orteil. La nuée d’éditeurs qui l’accompagnait à la piscine (car c’était un écrivain de bains publics très prisé) immortalisait le résultat de la séance dans une cohue pas possible avec leurs portables juste avant le passage au pédiluve et l’enfouissement des épreuves dans l’eau hyperchlorée.

    Avant que l’écrivain, qui avait levé l’une ou l’autre nymphette tout en produisant un nouvel opus, ne se précipitât dans les cabines avec sa jeune amie pour lui sentir les pieds à l’abri des regards.  

     

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  • POÉSIES DE FEMMES - " On se voudrait exempt de la douleur " nous dit SIMONE MOLINA

    images?q=tbn:ANd9GcRG7Cz-fY2z0_Bag_Ym8nYCgijg_wVG3TB6cknm2TdNSh7nPhYnzwpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

     

    58145-w200.jpgLes vers de Simone MOLINA dans Voile blanche sur fond d’écran (Ed. La tête à l’envers, 72p., 14€) servent la compassion humaine : c’est une voix qui entend « au bord du désastre » les tumultes, les plaintes, « le meurtre » fait à l’Homme.

    Pour pacifier cette douleur ressentie au plus nu, elle « écoute le bruissement du monde ». Et même « se souvenir » prend l’accent d’un partage.

    Simone Molina rameute les derniers souffles, les visages perdus.

    « J’ai mené deux vies

    cousues ensemble

    pour retenir l’éclatement des jours »

    dit-elle. L’éclat(ement) des blessures, des jours, des peines ; la lucide lecture du monde (« les hommes sont sauvages »).

     

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    Le livre sur le site des Éditions La tête à l'envers

    *

     

    toutes-les-femmes-e1492596009971.jpgLa voix discrète de Montaha Gharib, poète libanaise s’exprime dans un livre en hommage à Toutes les femmes meurent pour un poème (Ed. Bleu d’encre, 54p., 10€).

    « Manger la nuit », « respire la liberté », « lapider les arbitraires », « la joie chaude d’un instant » : la poète écrit sans doute pour « piloter son âme », recoudre cet amour dilué dans l’oubli, dans le trop grand silence du monde.

    Les images sont une sorte de concorde retrouvée, une forme d’apaisement, une réponse à l’exil. Et un détour lucide aussi sur soi et les autres :

    « Affamée je grignote les miettes que tu me jettes »

    « Ta voix bruisse »

    « J'embrasse l'ombre de tes bras »

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    Le recueil sur le site de Bleu d'Encre 

     

    *

     

    60750-h200.jpgConjoindre à deux « voix », « deux voies » la sculpture et la parole poétique, c’est le désir de Frédérique Thomas dans L’entaille (Ed. la tête à l’envers, 112p., 16,50€).

    Des photos de sculptures féminines (bustes, corps, nus, sans mains, aux mains botériennes etc.) dans des jardins, groupées, où se lisent un attachement au mouvement (capillaire, des bras, des mains), une simplification volontaire, où l’élémentaire fait surgir la plasticité des formes, où le grisé de l’envol ; d’une mère avec son enfant suscite bien sûr une lecture libératrice d’un monde où il est possible de « s’élever ».

    Les textes épousent l’art sculptural (« reprendre des corps à l’ombre amère », la description de bouts de nature (« un bras de rivière, un bras caressant vos jambes sans chercher à les retenir »), le « vertige d’avoir été jetée dans l’air ».

    F. Thomas réussit à dire « chaque pulsation du temps » pour échapper au néant, à la mort du monde.

    « Retrouver la présence est le seul horizon du désir » pourrait servir d’apologue à l’ensemble des textes et des œuvres révélés.

    On sent, dans ce beau livre, l’entaille des burins, ciseaux et autres outils verbaux. L’intime entaille comme présence au monde des formes.

    Focillon eût sans doute beaucoup aimé ces jeux de formes, cette « Vie des formes » dont il célébra la pression des mains.

    L'ouvrage sur le site des Éditions La tête à l'envers

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    Quelques sculptures remarquables de Frédérique Thomas

  • UNE PEAU À SOI de CLAIRE MATHY

    book817.jpgLa peau dure

    -  J’ai vu l’enfer, docteur ! J’ai vu mon gamin cuire…

    C’est par ces mots, ceux d’une mère horrifiée d’avoir vu son fils la proie des flammes que s’ouvre le troisième roman de Claire Mathy.

    Le livre raconte le séjour à l’hôpital durant plusieurs semaines de Maximilien, 17 ans, après l’accident domestique dont il a été victime.

    Pendant le coma artificiel dans lequel il a été plongé, on approche Maximilien par sa mère, une partie de l’équipe soignante et son ami d’enfance, Isabeau qui, dans le même temps où le garçon subit les premiers soins, a été admis en stage à la clinique en tant que futur kiné. Avant qu’on ne partage le point de vue de Maximilien, de sa souffrance physique et psychologique…

    Le récit qui nous est fait du traitement médical de Maximilien prend une autre dimension quand qu’on réalise qu’il va s’agir pour l’adolescent d’une mue, d’un changement de peau, aussi à titre métaphorique, à un âge où l’on est amené à prendre son envol en brisant les liens avec ses parents, son histoire familiale.  Programme d’ailleurs annoncé par la citation de Saint Exupéry (extraite de Citadelle) en tête de l’ouvrage: Il n'est point de rigueur efficace si, une fois le porche franchi, les hommes dépouillés d'eux-mêmes et sortis de leurs chrysalides ne sentent point s'ouvrir en eux des ailes... 

    Lorsque Maximilien, sur la voie de la guérison, se remémore les faits, une belle phrase dit ceci: À cet instant précis, il comprit que les flammes le mutilaient, le défiguraient, le handicapaient pour toujours et se vit courir vers la mort de sa personnalité, mais non vers la ruine de sa personne.

    Cette renaissance va prendre un tour symbolique d’autant plus fort que le garçon risque sa vie et qu’il devra puiser profondément en lui pour ne pas sombrer et combattre la maladie.

    Nulle sensiblerie n’est ici à l’œuvre et l’écriture comme la construction du récit sont maîtrisées de bout en bout. Le récit, extrêmement documenté sur le plan médical (l’auteure a été infirmière ; des spécialistes de ce genre de traitement et des victimes de brûlures ont été consultés) révèle que le succès des soins pour que la peau dure, se renouvelle, tient autant à la cohérence et l’énergie de l’équipe médicale que dans la participation du patient à sa propre guérison, à sa capacité de résilience, même si le mot, devenu passe-partout, est à peine cité. 

    Le malaise perceptible dès le début du roman dans la relation qui unit la mère à son mari est pleinement et fortement explicité à la fin du récit d’une manière bouleversante. Et c’est l’ultime ressort qui va permettre, on n’en doute alors plus, à  Maximilien de puiser la force pour accepter ses stigmates et affronter sa nouvelle vie.

    Une attention est aussi portée tout du long, en plus du cas de Maximilien, à d’autres formes de handicap, sans pathos là aussi. Ainsi la copine de classe qui se rapproche de Maximilien à la faveur du drame, est sourde de naissance et Maximilien rencontre à l’hôpital des personnes affligées d’autres invalidités et qui tirent parti de leur singularité.

    Ceci dessine le modèle d’une société plus riche, plus généreuse que celle qui rejette ses infirmes, une société où les déficiences, natives ou causées par la maladie ou un accident, favorise d’autres manières d’ouvertures au monde.      

    Un livre d’une rare humanité qui met garde contre toutes les sources de chaleur susceptibles de nous jeter dans les affres des brûlures affectant cet organe essentiel qu’est la peau mais qui ne préserve pas, loin s’en faut, contre les foyers de mansuétude que nourrissent ceux qui ont été les victimes du feu et des accidents de la vie.

    Précisons encore que les revenus du livre seront versés à des ASBL venant en aide aux grands brûlés et aux malentendants.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Éditions Memory

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