• La nuit

    il suffit

    d'un poème

    pour éclairer

    la nuit des mots

     

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    Que l'An  Neuf

    vous apporte le meilleur !


  • La pêche à la chapelle

    Cela faisait des mois que la rivière était à sec. Alors les pêcheurs ordinaires en eurent assez et se mirent à prendre un peu de tout. Des gazelles et des livres. Des maisons abandonnées. Des allées de tilleul. Des marchés, des kermesses. Ils étaient équipés pour la pêche au gros. Un jour, il en eurent assez du "matériel" et se mirent à pêcher de l’illusion et du rêve. Cela dura un temps. Puis ils se mirent à pêcher des idées, de grandes théories, de la spiritualité. Quand ils eurent pêché une chapelle romane du XIIème siècle, ils se dirent qu’ils avaient atteint leur but ultime. Ils se firent  moines et enseignent désormais les rudiments de pêche à la chapelle à une poignée de crève-la-faim-de-Dieu dans les paroisses sans lieu de culte.     

     

  • coitus interruptus

    ce n'est pas l'assassinat

    de l'archiduc François Ferdinand

    qui fut cause

    de la Grande Guerre

    mais

    le coitus interruptus 

    du poème

    avec un alpiniste autrichien

  • Pierre Autin-Grenier

    D'entre tous les animaux l'homme se distingue par son immense compétence en matière de laisser-aller et de rien du tout, son aptitude à choisir toujours les solutions de facilité; comme naître, exister, écrire des livres. Par contre, on ne lui connaît la plupart du temps aucun talent pour les choses essentielles de la vie; se taire ou mourir par exemple.

    Extrait de LES RADIS BLEUS, Folio, 2005.

    Choisi par Éric Dejaeger.

     

     

     

  • escalade

    le poème escalade les mots

    par le versant des images

  • Nicole Atkins

    « Convoquant un puissant mélange d’influences – de la country sixties et Johnny Cash, qu’elle adore, au psychédélisme “période 1968, en passant par les girls groups, les BO de Badalamenti ou de Danny Elfman –, Neptune City est un disque hors du temps et hors des modes, parfois proche de l’anachronisme d’un Richard Hawley. Son songwriting classique et travaillé est naturellement sublimé par sa voix profonde et boule-versante, allant chercher aussi bien chez Dusty Springfield que chez Patsy Cline, voire parfois dans la grandiloquence tragique de Rufus Wainwright.

    Arrangements de violons chavirants, accords mineurs, guitares sombres… Nicole Atkins est ambitieuse et ne prend pas sa musique à la légère. Pour élaborer ses chansons aux multiples couches, elle se sert d’un processus créatif rodé en peinture, applique des techniques apprises en arts plastiques. “Mon prof me disait toujours d’essayer d’imaginer l’odeur de l’air, ou comment le sol pouvait être ressenti et représenté. Là, j’essaie d’incorporer mes cinq sens dans les chansons, pour que les gens rentrent dans l’univers, vivent la chanson quand ils l’écoutent. Je m’imagine aussi des images et, quand j’enregistre, je décris des scènes aux musiciens, c’est mieux que de leur demander de jouer tel ou tel accord.” »

    Anne-Claire Norot (Les Inrocks)

    Le clip de The way it is :

    http://www.youtube.com/watch?v=e4pxn-xULNs

     

  • la magie de Noël

    Pris

    par la magie de Noël

    le poème

    se vit

    tout enguirlandé

    emboulé embelli

    tiré à quatre mille épines

     

    la magie envolée

    on le vit tout marri

    déconfit

    déconstruit

    demander l’aumône

    d’une décoration

    à la Société des Amis du Sapin

     

     

  • Honoré de Balzac

    Eugénie appartenait bien à ce type d'enfant fortement constitués, comme ils le sont dans la petite bourgeoisie, et dont les beautés paraissent vulgaires ; mais si elle ne ressemblait pas à la Vénus de Milo, ses formes étaient ennoblies par cette suavité du sentiment chrétien qui purifie la femme et lui donne une distinction inconnue aux sculpteurs anciens. Elle avait une tête énorme, le front masculin mais délicat du Jupiter de Phidias, et des yeux gris auxquels sa chaste vie, en s'y portant tout entière, imprimait une lumière jaillissante. Les traits de son visage rond, jadis frais et rose, avaient été grossis par une petite vérole assez clémente pour n'y point laisser de traces, mais qui avait détruit le velouté de la peau, néanmoins si douce et si fine encore que le pur baiser de sa mère y traçait passagèrement une marque rouge. Son nez était un peu trop fort, mais il s'harmoniait avec une bouche d'un rouge de minium, dont les lèvres à mille raies étaient pleines d'amour et de bonté. Le col avait une rondeur parfaite. Le corsage bombé, soigneusement voilé, attirait le regard et faisait rêver ; il manquait sans doute un peu de la grâce due à la toilette ; mais, pour les connaisseurs, la non-flexibilité de cette haute taille devait être un charme. Eugénie, grande et forte, n'avait donc rien du joli qui plaît aux masses ; mais elle était belle de cette beauté si facile à reconnaître, et dont s'éprennent seulement les artistes. Le peintre qui cherche ici-bas un type à la céleste pureté de Marie, qui demande à toute la nature féminine ces yeux modestement fiers devinés par Raphaël, ces lignes vierges souvent dues aux hasards de la conception, mais qu'une vie chrétienne et pudique peut seule conserver ou faire acquérir ; ce peintre, amoureux d'un si rare modèle, eût trouvé tout à coup dans le visage d'Eugénie la noblesse innée qui s'ignore ; il eût vu sous un front calme un monde d'amour ; et, dans la coupe des yeux, dans l'habitude des paupières, le je ne sais quoi divin. Ses traits, les contours de sa tête que l'expression du plaisir n'avait jamais ni altérés ni fatigués, ressemblaient aux lignes d'horizon si doucement tranchées dans le lointain des lacs tranquilles. Cette physionomie calme, colorée, bordée de lueur comme une jolie fleur éclose, reposait l'âme, communiquait le charme de la conscience qui s'y reflétait, et commandait le regard. Eugénie était encore sur la rive de la vie où fleurissent les illusions enfantines, où se cueillent les marguerites avec des délices plus tard inconnues.

     

    Extrait d'EUGÉNIE GRANDET (1833)

    Choisi par Daniel Charneux

  • au Brésil

     

    Entre la capoeira

    et la bossa-nova

    le Corcovado

    et  Copacabana

    le poème

    au Brésil

    fut comme un piranha

    dans l’Amazone

     

    si bien

    qu’à l’aéroport

    au moment

    de repartir avec Sarko

    il fila doux

    sans même embrasser

    la présidentielle Rolex

     

    mieux vaut finir

    sur une musique

    de Carlos Jobim

    ou dans la voix

    de la Bethania

    que dans les cordes

    à Carla

    pensa-t-il

    in petto

     

     

  • la queue

    comme on fait mal au chat

    en lui tirant la queue

    on fait mal au poème

    en lui disant à l'oreille

    des choses qu'il sait déjà

  • Benoît Coppée

    " Certaines portes demeurent fermées. Si l'on rencontre ce genre de portes, il est vraiment bon, dans une vie, de se rappeler la phrase, le geste, le mot, la pensée ou la lumière qui a permis l'ouverture de toutes les précédentes. Il est absolument nécessaire de revenir sur ces instants. Revenir au jour du geste. Revenir à l'heure de la peur. La saisir comme un cadeau. Devant la porte fermée, Max n'en reste pas moins un garçon sensible. Il a profondément appris à lire dans les yeux des choses. Et parfois, la sensibilité permet aussi de lire dans ses propres yeux."

     

    Extrait de BLEUS, Éd. Memor

    Choisi par Anne-Marielle Wilwerth

     

     

  • Les belles phrases

    Les belles phrases serpentent, caracolent, vibrionnent. Elles bondissent hors de la grammaire où tant bien que mal j’essaie de marcher droit. Le vent crayonne des courbes aux nuages, accentuant une chute de riens, le coulé d’une ondée, l’arrondi d’une bourrasque. Les belles phrases insistent pour que je les héberge, que je les innnerve. Pour que je les génère, que je les prenne vite sous mon aile. Les belles phrases un jour se frotteront à l’air et à la terre et, des étincelles nées de la mixture verbale, montera un orage qui en un mot-éclair me foudroiera. Mes os disséminés dans le corps du texte dessineront des protubérances délicates sur la chair du monde.

     

  • Les plages d'Agnès: "Une idée de partage"

    Agnès Varda, réalisatrice de films inoubliables (Cléo de 5 à 7, Sans toit ni loi, les Glaneurs et la Glaneuse) sort, à 80 ans, un nouveau film singulier: "Les plages d'Agnès"

    Extraits de son interview aux Inrockuptibles:

    "Ce que je recherche de toute façon, c'est toujours des rapports avec les spectateurs, inventer des relations (...) où les gens échangent leurs places pour écouter les témoignages (...). C'est une idée de partage. C'est un mot un peu lourd, le partage, mais c'est quand même de ça qu'il s'agit. On crée pour que les gens se mettent en état d'émotion avec ce qu'ils ont vu ou entendu, et que ça remonte à moi, et que ça reparte vers eux. Toutes sortes d'émotions. Les peines et aussi le rire et le sourire.

    Je déteste ceux qui disent: "Ce sont mes enfants, je les connais comme si je les avais faits." Non, justement. Ils gardent leur part secrète, leur quant-à-soi. La sagesse, je parle de sagesse, moi qui ai été toute folle... La sagesse, c'est peut-être d'accepter qu'on n'atteint jamais tout à fait l'autre. Aimer sans prétention. On partage, on communique, on s'aime mais on ne comprend jamais tout à fait. Ce qui est beau."

    Voir les deux bandes-annonces:

    http://cinema.tf1.fr/cinema/bandesannonces/0,,4181110,00-les-plages-d-agnes-la-bande-annonce-.html

  • élimination

    le poème génère

    des tonnes de déchets

     

    leur élimination constitue

    un des problèmes majeurs

    de la littérature

  • une histoire merveilleuse

    le poème vit 

    depuis toujours

    une histoire merveilleuse

    avec son public

     

    sauf pendant

    les millénaires de récession

  • Épisode 2: Enfant du divorce

    Mes parents ont divorcé très tôt. Mon père a quitté le blogue communautaire et a créé le sien, j’ai commencé à passer d’un blogue à l’autre: huit heures sur l’un, huit heures sur l’autre, huit heures à rêver que je bloguais. Bien vite, je me suis mis à bloguer sur les blogues d’amis de mes parents qui me gardaient pour quelques heures…

     

    Un jour, la police du Net m’a surpris à bloguer comme un malade mais, comme j’étais encore mineur, ils m’ont relâché (c’était bien avant Dati), j’ai juste dû me farcir une méchante punition: « Je ne bloguerai plus jamais » un milliard de fois (mais je me suis servi d’un logiciel à modifier l’écriture manuscrite). Avant ma libération j’avais rencontré ma copine sur un blogue autorisé dans le centre spécialisé où on m'avait admis. Très vite elle m’a fait connaître le sien. Je n’aurais pas voulu d’une copine qui ne soit pas blogueuse. Comme vous l’aurez compris, à la façon des séparatistes corses, des pères et mères Samuelistes, des trotskystes tendance Laguiller, des bourlingueurs tendance Lavilliers, des informaticiens Basic/Fortran, des éducateurs sociaux en milieu fermé (forcément), les blogueurs, eh oui, se reproduisent uniquement entre eux.  

  • LE ROMAN D'UN BLOGUEUR. Épisode 1: En bloguant

    Mon père, ma mère bloguaient. Ils se sont rencontrés en bloguant. Que pensez-vous que je deviendrais ?

     

    D’abord j’ai fait des petits boulots de commentateur de blogue mais, chaque fois, je me suis fait viré. On supprimait, on censurait mes coms. Au mieux, on les modérait. Je suis allé jusqu’à commenter des blogues de haïkus, d’alexandrins ou d’écriture automatique ; en 3 lignes ou quatorze vers de douze pieds, ou pire, avec des « Je vois bien que tout compte fait la poule telle qu’elle se pratique en vase clos n’a rien perdu de ses manières de fille de joie » (comme vous voyez, j’ai même failli être poète dadaïste, je l’ai échappé belle !). Pour me faire bien voir des tenanciers ; pour me faire embloguer, quoi. Mais rien n’y a fait !

     

    Enfin, en trois minutes chrono, j’ai créé mon blogue. Si mes parents m’avaient dit que c’était si facile (les parents vous cachent tant de choses), je n’aurais pas fait toutes ces études pour être blogueur. Ah ! les parents, toujours à vouloir le meilleur pour leur marmaille.

     

    [Le roman d'un blogueur paraîtra sur ce blog en épisodes postés au rythme de deux par semaine.]


  • L'histoire du poème

    Le poème est né, au bas mot (Obama?), il y a quinze milliards d'années, c'est-à-dire bien avant le Big Bang. (Mais ça, même les frères Bogdanov l'ignorent). Une théorie tend d'ailleurs à démontrer qu'il serait à l'origine de l'univers. Depuis, on s'en doute, le poème a connu mille métamorphoses et autant de péripéties, dont ce blog rendra compte, parmi les plus récentes et les plus extraordinaires.