• Un journalisme mis au pas

    La carte blanche rédigée par l'Association des Journalistes Professionnels et des professeurs d'université à propos du conflit au "Vif" et refusée par Le Soir et la Libre Belgique...

    Un journalisme mis au pas

    Le brutal licenciement signifié sans motif, le jeudi 22 janvier, à quatre journalistes chevronnées de l'hebdomadaire Le Vif /L'Express n'est pas qu'une péripétie douloureuse au sein d'une grande entreprise, comme il s'en déroule hélas chaque jour dans le pays. La mise à l'écart de collaboratrices qui comptent jusqu'à vingt ans d'ancienneté au sein du magazine, et qui en ont forgé les valeurs autant que la réputation, relève en l'occurrence d'une épuration dont les intentions manifestes sont inquiétantes pour la liberté rédactionnelle du Vif en particulier et pour le journalisme en général.
    Le directeur du Vif/L'Express, qui s'était déjà signalé antérieurement à Trends/Tendances par une propension à distribuer des C4, et qui en est, au Vif, à 6 licenciements, 2 départs et 2 déplacements imposés, l'a précisé lui-même : aucune raison économique ne l'a poussé à congédier la rédactrice en chef et 3 rédactrices spécialisées l'une en politique intérieure, l'autre en sciences, la troisième en culture. Invoquant des relations dégradées entre l'équipe de rédaction et la rédactrice en chef, la direction - qui n'a pas réussi à résoudre ces problèmes - a choisi la manière la plus radicale d'y mettre fin. Le prétexte est non seulement léger mais, en outre, il ne concerne pas toutes les journalistes concernées. La valse des licenciements, entamée au Vif voici bientôt trois ans, traduit en réalité une obsession constante : mettre au pas la rédaction du premier magazine d'information générale de la Communauté française, qui avait précisément fondé sa crédibilité sur une totale indépendance d'analyse et de jugement, tant à l' égard de ses propres actionnaires - le groupe flamand Roularta- que vis-à-vis des différents pouvoirs, politiques comme économiques, de la société belge.
    Durant plus de deux décennies, Le Vif/L'Express a pu défendre un journalisme exigeant, soucieux d'abord de la pertinence et de l'utilité, pour ses lecteurs, des sujets qu'il abordait. Au nom de cette éthique, il pouvait parfois estimer nécessaire de fâcher un annonceur, de heurter un ministre ou de consacrer une couverture à un thème moins vendeur. Tout cela n'est plus allé de soi dès l'instant où, inquiétée par une légère érosion des ventes, la haute direction de Roularta s'est laissée convaincre qu'il fallait remplacer les journalistes expérimentés, couper les têtes qui dépassent, et faire de la docilité aux impératifs économiques de l'entreprise un credo admissible.
    L'éditeur du Vif n'est pas le seul à déposséder ainsi la rédaction de sa capacité à penser ses priorités et à définir ses champs d'action. En Belgique comme à l'étranger, trop d'entrepreneurs de presse choisissent, parfois sous le prétexte des difficultés économiques, d'appauvrir les contenus, de réduire les effectifs, de se priver de plumes critiques et d'esprits libres, de mettre au placard des talents fougueux, et de préférer des chefs et sous-chefs soumis. Le Vif n'est pas le seul, mais il est l'unique hebdomadaire d'information générale largement diffusé en Communauté française. Ceux qui l'épuisent aujourd'hui de l'intérieur portent à cet égard une responsabilité devant l'ensemble de l'opinion.
    A l'inquiétude pour l'avenir de ses journalistes chassés, mais aussi de ceux qui restent, s'ajoute la stupéfaction face à la brutalité sociale : convoquées un soir par un SMS sur leur portable, les quatre licenciées ont été renvoyées sur le champ de grand matin, avec interdiction formelle de repasser par la rédaction pour emporter des effets personnels. Deux heures sous surveillance leur ont été concédées, le samedi suivant, pour cette besogne. De quelle faute gravissime, de quel délit, ces quatre là étaient-elles donc coupables pour mériter un tel mépris ? Rien ne justifie une telle violence dans les relations sociales, qui en l'occurrence se double d'un réel mépris pour le droit du travail et contraste avec l'image de la paisible entreprise familiale qu'aime à se donner Roularta. La réaction de la Société des Journalistes du Vif - qui observait dès jeudi un arrêt de travail - comme le soutien inconditionnel de l'Association des Journalistes Professionnels et des syndicats, indiquent que la limite de l'acceptable a été franchie.
    La crise financière, la chute des revenus publicitaires, la diversification technologique des médias et les investissements qu'elle réclame ne pourront jamais justifier à nos yeux que le journalisme soit réduit à sa seule valeur économique, que les journalistes ne soient plus les chiens de garde de la démocratie mais seulement des petits soldats zélés chargés de vendre des contenus formatés pour les impératifs commerciaux à court terme. Nous avons besoin de rédactions expérimentées, en effectif suffisant, libres et indépendantes. Comme nous avons davantage besoin de matière grise, d'expertise, de culture et de réflexion journalistique étayée que de mise en scène spectaculaire de papiers vulgarisés à l'extrême pour plaire au plus grand nombre. Les comportements de certains managers et les plans d'économie concoctés au nord comme au sud du pays ne vont pas dans ce sens. Maintenons à nos médias leurs capacités intellectuelles : respectons les journalistes !

    - Martine Simonis, Secrétaire Nationale de l'Association des Journalistes Professionnels
    - Pascal Durand, Professeur ordinaire à l'ULg
    - Benoit Grevisse, directeur de l'école de journalisme de Louvain (UCL)
    - François Heinderyckx, Professeur ordinaire à l'ULB
    - Claude Javeau, Professeur émérite de l'ULB
    - Jean-Jacques Jespers, directeur de l'école universitaire de journalisme de Bruxelles (ULB)
    - Hugues le Paige, journaliste
    - Gabriel Ringlet, Professeur émérite de l'UCL
    - Marc Sinnaeve, Président du Département journalisme de l'IHECS


  • dur comme un rêve

     

    parfois le poème

    à vouloir embrasser la langue

    tombe sur un mot

    dur comme un rêve

     

    jusqu'au matin il le ronge

    et quand l'aube point

    c'est au soleil qu'il se plaint

    de son maigre butin

  • Poulet de canon

     

    Le poulet de canon atterrit immédiatement dans votre assiette, si vous mangez en terrasse bien sûr. Envoyé depuis le centre d’élevage par des artificiers spécialisés dans le plumage d’oiseaux et grâce aux progrès cumulés de la balistique assistée par ordinateur et de la restauration rapide, ledit volatile vient se placer entre couteau et fourchette, cuit à point, assaisonné: vous n’avez plus qu’à en faire une bouchée. Un léger arrière goût de poudre subsiste qui ne déplaît généralement pas aux amateurs de viande grillée.

  • Mes sirènes

    Chaque vendredi soir, je pêche des sirènes dans l'eau des miroirs. Sur un fil de laine, je les fais sécher. Le samedi midi, elles me préparent des crustacés à la sauce corail. Après le repas, je triture leurs écailles pour un filet de chair. Puis je bois des baisers à leur bouche encore salée. On dort dans des lits grands comme des rivières. Puis on part rêver.

    Le dimanche matin, je les emmène au marché. On achète des poissons de toutes les couleurs: daurades roses, raies noires, silures blancs, soles saumon, limandes vert d'eau... À la fin du week-end, j'installe les sirènes derrière les glaces sans tain d'où elles m'adressent longtemps de grands signes muets. Pendant la semaine, je vais à la chasse aux reflets.


     

  • en bouche

    il ne faut pas mettre les mots du poème

    en bouche

    avant de souffler sur les idées

     

  • Fils (fille) d'homme (de femme) politique

    Pour qui ne sait rien ou quoi faire dans la vie, et au lieu de choisir la carrière pénible d'avocat d'assises, d'assistant universitaire, de chômeur en fin de droit, de psychologue d'entreprise, d'enseignant du plein exercice ou d'ouvrier du bâtiment, l'enfant d'homme (au sens large) politique a son destin tout tracé devant lui. La vie politique, telle que relayée par les médias, nous donne de nombreux exemples accablants de ce dont ils sont capables. Les plus habiles arrivent vite à nous faire oublier leur parent mais c'est un effet de brouillage familial consubstantiel à ce cas de figure. Certains, par crainte du ridicule (on les comprend !), hésitent encore à franchir le pas. Rappelons-leur que, partout ailleurs, les examens et autres rites de passage seront de rigueur et qu'il n'y aura pas d'électeurs gogos prêts à voter, les yeux fermés, pour un nom, une allégeance au titre familial.

    Le fils ou la fille d'homme politique doit faire fi de ses scrupules, il doit aller de l'avant, sans oublier l'auteur de ce bon conseil (qui, comme tout le monde, rame dans la vie de tous les jours) quand il aura remplacé son papa ou sa maman chérie en haut de l'affiche électorale.

     

  • Épisode 8: Concours de blogues

    Résumé des épisodes précédents:Le narrateur rencontre sa demi-sœur, ce qui le distrait un moment de ses réflexions douces-amères sur l'avenir des blogues.

     Sur l'avis d'un ami blogueur, j'ai participé à des concours. Pour commencer, celui de la création du plus grand nombre de blogues en 50 minutes chrono. Je suis arrivé 3ème, j'en avais créé 187 mais j'étais bien en deçà du vainqueur qui en avait lancé 523. Je soupçonne, et je ne suis pas le seul, qu'il en avait caché sous la chemise. On a posé réclamation mais, même s'il avait été déclassé, 35 petits blogues me séparaient du deuxième, un Estonien sans travail, que je retrouvai bientôt sur un autre concours, celui consistant à obtenir, en 24 heures chrono, le plus de visiteurs sur un blogue de son choix. Le tout étant, en la circonstance, comme tout bon blogueur le sait, de choisir des mots-clés judicieux, de taguer juste. Mon expérience me servit et je tapai : « Britney nue », « Paris Hilton nue » (Ségolène n'avait pas encore posé sa candidature à la candidature et personne ne connaissait l'existence de Sarah Palin). Il faut aussi choisir des vieilles gloires pour les séniors : Brigitte Bardot par exemple, en espérant qu'il n'existe aucune photo d'elle dénudée aujourd'hui et même vieille d'une décennie. Il faut penser à ceux ou celles qui veulent voir des hommes nus, politiques de préférence, car c'est moins leur dada, excepté le calendrier parlementaire. Reynders, Gavaux, Lutgen pour les Belges, sans oublier l'incontournable Daerden (avant son lifting), éviter les hommes politiques carolos, trop changeants, dont on n'a pas le temps de retenir le nom ; chez les Français :Copé, Sarko, de Villepin...  Darcos ? Non, pas lui quand même ! Et choisir ses mots-clés en fonction de l'actualité people, des jeux de téléréalité etc.

    Finalement, j'ai perdu à un visiteur près. Je l'aurais bien étranglé, celui-là qui a cliqué sur le blogue de mon concurrent l'ayant emporté avec une phrase-clé inattendue: « Gable à cheval sur Mansfield ». Il paraît que c'est fort couru des blogueuses âgées (plus nombreuses, comme les statistiques le montrent, que les blogueurs) qui se mettent à l'usage des TIC dans les centres cyber des maisons de repos.

    Non seulement je n'avais pas fait d'études mais j'étais incapable de gagner le moindre concours malgré la passion de toute une vie pour la blogue attitude. Si j'avais souvent été mal dans ma vie, à ce moment-là, ce fut le pompon: je me jetai sous un train, enfin, j'attendis couché sur les rails un train qui n'arriva jamais. Manque de pot, l'Estonien avait eu la même idée que moi cinq kilomètres plus avant. Lui, il avait tapé: « Le baiser de Clark Gable et Vivien Leigh dans Autant en emporte le vent » Pour les mots-clés, il faut éviter les longueurs, ça lui avait échappé. Lui, le train-train de la vie l'a raccourci dans les grandes largeurs.

     

  • chez le dentiste

     

    Le poème

    chez le dentiste

    poussa de tels hurlements

    que les exégètes

    venus soigner

    des caries verbales

    les attribuèrent

    tantôt à de l’Artaud

    tantôt à du Tzara 

     

    par contre

    pour le zzzzzzzzzzzzzzzzz

    de la fraise

    tous convinrent qu’il était

    d’Isidore Isou

  • le momoqueur

    Le 13 janvier dernier, le momoqueur a soufflé sa première bougie.

    Un an de momoqueurs, c'est 228 envois, 220 abonnés, quelque 450 phrases, 45.400 courriels...

    Un plaisir de lecture matinal, dans lequel Jean-Philippe Querton (cliquer ci-dessous sur la page que lui consacre sa maison d'édition pour le connaître mieux) nous propose quelques aphorismes, forcément moqueurs, de son cru ou non.

    Voici quelques exemples tirés des derniers envois.

     « Juger les gens uniquement d'après leur petite taille me semble réducteur... »  (Jean-Loup Nollomont)

    « Mon banquier me racontait des histoires.
    Mais j'ai tout découvert dans mes extraits de contes. »
    (Marco)

    « Rendre l'âme ? D'accord, mais à qui ? » (Serge Gainsbourg)

    « Partir, c'est mourir un peu, mais rester, c'est crever doucement. » (Gilles Veber)

    Et voici quelques aphorismes de Jean-Philippe Querton himself, tirés, eux, des premiers envois (histoire de vous mettre l'eau à la bouche) :

    « J'ai rencontré un marabout diabétique, il ne peut prévoir le futur que dans le marc de café sucré. »

    « Si la connerie était une maladie mortelle, on passerait sa vie aux enterrements »

     « Un gréviste de la fin, c'est quelqu'un qui refuse de mourir. »

     « Commettre un délit de cuite est parfois salutaire »

     « Si tous les manchots du monde voulaient bien se donner la main, on s'occuperait un peu plus de leurs moignons. »

     « Le petit déjeuner de l'astrophysicien : un croissant de lune, un pain au chocolat de Vénus et un bol de céréales de Mercure. »

    http://chloedeslysblog.canalblog.com/archives/2007/12/20/7297483.html

     

    Pour ceux qui souhaiteraient recevoir la livraison journalière, ou pour  les gourmands qui voudraient se (re)faire l'intégrale des envois de la première année, une brochure électronique, "Une année de momoqueurs", est à votre disposition à l'adresse email suivante : jeanphilippe_querton@yahoo.fr

     

  • le poème du dimanche

    le poème à eau

    résiste mieux au sel


    le poème à clous

    retient la parole blanche

     

    le poème à roulettes

    augmente la vitesse des mots

     

    le poème du dimanche

    passe à travers les fêtes

     

    le poème du lundi

    peut grever la semaine

     

    le poème de l'après-dîner

    se digère dans la nuit

     

    le poème poids léger

    s'envole dans le verbe

     

    le poème murmuré

    se porte à l'oreille

     

    le poème en lecture rapide

    avale les sons lents

     

    le poème à poils ras

    se prête aux caresses phoniques

     

    le poème à bras longs

    emporte tous les concours

     

    le poème bivalve

    s'ouvre avec un couteau à musique

     

    le poème du dimanche

    le poème du lundi

    et celui des autres jours aussi

  • Le démarreur de phrase

     

    Le démarreur de phrase est une spécialisation du coaching littéraire, il s’adresse aux écrivains en panne. Le démarreur de phrase intervient lors des longs hivers littéraires quand l’inspiration du romancier, du nouvelliste s’est fait la malle au soleil et qu’il risque de manquer la rentrée, faute de matériel à proposer à son éditeur attitré et impatient. Le démarreur vient avec ses idées qu’il tente de faire coller à celles de l’auteur malade : plusieurs essais sont parfois nécessaires, plusieurs tentatives de raccordement. Si la flamme ne prend pas, le démarreur de phrase se met aux commandes et allume le texte ; sur sa lancée, il peut enflammer tout un paragraphe voire un chapitre (si le démarreur reçoit un complément de salaire) que l’écrivain en titre poursuivra grâce aux ficelles du métier.

     

    Le démarreur de phrase intervient le plus généralement chez des écrivains confirmés mais il peut aussi mettre le pied à l’étrier à des écrivains débutants et même novices. Une seule phrase bien placée pourra déclencher le processus, planter les germes d’une carrière féconde d’écrivain, à succès ou non, selon que l’intéressé est ou non télégénique. Cependant on connaît peu de démarreurs de phrases à avoir obtenu le Goncourt. Ce boulot, comme celui de nègre, rapportant trop et vous évitant les inconvénients d’une carrière au grand jour qui vous limite souvent à un seul style alors que le démarreur maîtrise tous les genres : polar noir ou blanc, poésie rock-rauque, auto science-fiction, littérature rare, crade, crabe…

    Idéal donc pour les écrivains en herbe qui ne pensent pas forcément à prendre racine dans la profession.

  • Guy Goffette

    En février

    Lui aussi croyait en sa force de tigre

    et que la jeunesse est immortelle

    Il savait par cœur le chemin et le goût

    du lait dans le bol ébréché,

     

    mais que le sang fût amer et froid le métal

    dans la tiédeur de l'aube : non. Un frisson

    a parcouru son poil ébouriffé, libérant

    un brin d'herbe si vert que j'ai suivi

     

    des yeux son preste envol, le temps

    d'un souffle, juste ce qu'il faut à la mort

    pour traverser une vie de chat et jeter,

     

    dans un bol de lait sûr,

     

    une belle journée de soleil, à jamais ébréchée.

     

    La vie promise, Poésie/Gallimard

    Choisi par Françoise Chatelain

    http://artetlitterature.blogspot.com/

     

  • l'espèce du poème

    et si l'espèce du poème

    disparaissait

    au même titre

    que le bélouga des mathématiques

    ou le chihuahua du quiz musical ?

  • Le corps bleu

    Un matin, il se réveilla avec un corps bleu rayonnant. Son corps couleur ciel dégagé attirait les  peaux teinte ciel d’orage ou banane flambée, d’autant qu’elle déteignait un peu à l’amour, sa carnation de beau temps. Mais il frotta tant et tant son corps azur à des chairs ternes qu’il redevint couleur d’origine, un ocre blafard, une espèce de terre de Sienne cuite. Du plus mauvais effet.

     Un autre matin, il se réveilla avec deux yeux d’un bleu profond. Fort de son expérience du corps bleu, il cacha sa vue des prunelles bruns-jaunes, des images mal famées. Il ne polit son regard d’outremer qu’à de la grande peinture et finit, morbleu, gardien de musée au Musée Klein.

     

    http://www.passion-estampes.com/deco/kleinanthropometrie.html

     

     

  • Obama

    incroyable

    le poème serait né

    des amours excessives

    de l'hippopotame nain

    de sa grand-mère paternelle

    (d'origine kenyane)

    avec la branche foudroyée

    du paulownia tomentosa

    de sa soeur cadette

    (d'origine indonésienne)

     

    (quand je vous disais

    que le poème était

    de la famille d'Obama)

  • Raymond Queneau

    ... Ils arrivèrent devant le Rueil Palace. Des groupes frénétiques et puérils attendaient l'ouverture.

    -          Ca va être rien  bath, disait-on en regardant les affiches.

    La fille Béchut commence à distribuer les billets à dix et à vingt ronds. On se bouscule. Une horde farouche se précipite sur les meilleures places les plus proches de l'écran comme si tous étaient myopes. On s'interpelle car ils se connaissent tous et il y des farces, des pugilats, Jacques et Lucas se ruent sur les premiers rangs eux aussi.
    La mère Béchut se montre enfin aux applaudissements de l'assistance et assommant un vieux piano elle exécute de douze fausses notes dans la clé de sol un morceau de musique sautillant et pimprené qui fut peut-être célèbre. Puis vient le documentaire, pêche à la sardine. Les gosses ça les emmerde le docucu, et comment. De plus ils n'ont pas les bottes de patience. Conséquemment s'agite la salle et bientôt les cris s'enflent au point que les rares adultes présents ne pourraient plus goûter les harmonies béchutiennes même s'ils le désiraient les imbéciles. Puis ensuite après au milieu d'un chahut général s'estompent les sardines. On fait la lumière. Les gosses s'entrexaminent et se lancent des boulettes de papier ou des bouts de sucette gluants. Enfin de nouveau la lumière s'éteint. On fait silence. Le premier grand film commence.

    Se profila sur l'écran un cheval énorme et blanc, et les bottes de son cavalier. On ne savait pas encore à quoi tout cela mènerait, la mère Béchut tapait à cœur fendre sur sa grelottante casserole, Jacques et Lucas tenaient leur siège à deux mains comme si ç'avait été cette monture qu'ils voyaient là devant eux immense et planimétrique. On montre donc la crinière du solipède et la culotte du botté et l'on montre ensuite les pistolets dans la ceinture du culotté et l'on montre après le thorax puissamment circulaire du porteur d'armes à feu et l'on montre enfin la gueule du type, un gaillard à trois poils, un mastard pour qui la vie des autres compte pas plus que celle d'un pou, et Jacquot n'est nullement étonné de reconnaître en lui Jacques l'Aumône.

    ...

     

    Extrait de Au loin Rueil, éditions Folio (Gallimard)

    Choisi par nekojita

    http://chichinpuipui.canalblog.com/


     

  • poupée vaudou

    il faut piquer

    la poupée vaudou

    du poème

    pour faire mal 

    au langage

  • Machiavel

    J'affirme que ceux qui condamnent les tumultes advenus entre les nobles et la plèbe blâment ce qui fut la première cause de la préservation par Rome de sa liberté : ils accordent davantage d'importance aux rumeurs et aux cris que causaient de tels troubles qu'aux heureux effets que ceux-ci engendraient. Ils ne considèrent pas le fait que, dans toute république, il y a deux humeurs différentes, celle du peuple et celle des grands, et que toutes les lois favorables à la liberté procèdent de leur désunion.

    Discours sur première décade de Tite-Live, Livre I, chapitre 4, extrait, traduction: Thierry Ménissier.

    Choisi par Olivier Hobé

    http://www.tremalo.com/

     

     

  • Épisode 6: Fin de blogue

    Ma petite sœur est un génie, un mixte de Lisa et Maggie Simpson, mais quand même… Elle fait rien qu’à couiner, à se traîner par terre et à lancer des rires idiots quand elle voit quelque chose bloguer (elle n’a pas encore dû atteindre le stade lacanien du miroir). Enfin elle est chou comme tout et, si un jour, papa ne s’occupe plus d’elle, je passerai ma vie à la choyer. Je serai comme son père. A quarante-deux ans passés, je ne me vois plus être un père biologique. Tout ceci nous éloigne du propos de ce feuilleton, et je sais que le visiteur a le feu à la souris.

    À part le blogue de ma sœur (que je remplissais avec d’anciennes vidéos des Télétubbies), je délaissais un peu l’activité de blogueur,au grand désespoir de mon père qui espérait que je reprenne l’entreprise familiale. Je m’occuperais de la section blogues des finances, c’était avant la kkkkkkkkkrise, la reprise de Frottis par Par-le-bas... Il m’a emmené voir un de ses copains vaguement rebouteux qui redynamisait les énergies dans les corps. Plusieurs fois je suis passé entre ses mains, sans résultat flagrant:j’étais seulement pris de tremblements convulsifs pendant les quarante-huit heures suivant la séance. Je ne voyais rien d’intéressant hormis les blogues et, en même temps, les blogues me semblaient dépassés. Je faisais de la peine à mon père  mais, heureusement, j’avais pu préserver ma mère.

    Mon père m’a envoyé en stage dans différents blogues de ses connaissances susceptibles de me redonner de l’entrain, du cœur à l’ouvrage, mais rien.  Rien de rien, j’étais un blogueur en fin de parcours, je pouvais aller m’inscrire au Forem et autres ANPE. A bientôt quarante-trois ans, il y avait peu de chances que je trouve un lieu, une activité où rebondir. J’ai failli trouver du boulot dans le cyber enseignement (j’auras appris à bloguer), dans le cyber social (aide sociale à distance), dans le cyber shopping (j’aurais vendu des boutons de rose – entre autres), dans le cyber cerbère (vente de chiens borgnes sur la Toile), dans le cyber booking (vente de livres borgnes, sans vision), le cyber strip-tease (vente de corps tout prêts à être déshabillés)… Mais on m’a dit que ces secteurs étaient bouchés, déjà occupés par d’anciens blogueurs remis au travail.

     

  • Épisode 5: Retour chez ma mère

    Résumé des épisodes précédents : De sortie de sa cure antibloguique, le narrateur embarque pour un tour du monde mais il fait une rencontre malheureuse avec Antoine qui le pousse à renoncer définitivement.

    Je suis retourné chez ma mère qui m’a hébergé sur son blogue, le temps que je reprenne mes marques. Je ne sortais plus du blogue de ma mère. Je suis tombé amoureux d’une de ses amies qui venait de temps à autre me tenir compagnie sur le blogue.

    Nous nous sommes mis à boire ensemble, elle m’a fait découvrir des cocktails que je ne connaissais pas. Nous avons créé des blogues sur les cocktails : les cocktails  détonants, les cocktails reposants, les cocktails jaunes, les cocktails à base de Batida, les cocktails à 5 euro, les cocktails à nuances de gris… Puis un jour on l’a embarquée : elle s’était trompée de composants et avait, dans sa confusion, ajouté un acide quelconque à sa mixture matinale. Je n’ai pas voulu aller la visiter à l’hosto, ça me rappelait de trop mauvais souvenirs; même les blogues qu’on avait gérés ensemble, je ne pouvais plus les voir. Je les ai laissés à l’abandon, dériver dans l’espace infini de la blogosphère.

    Et je me suis rappelé au bon souvenir de mon père. Il s’était remarié et j’avais une demi-sœur, mignonne à croquer, qui avait déjà son blogue, enfin  le blogue que papa lui avait concocté, à base d’enregistrements de ses premiers cris et de vidéos traditionnelles d’enfants en bas âge. Papa m’a dit que son blogue était très couru des psys de tous poils, toujours à scruter les fonds de blogues, les premiers (v)agissements des humains. Comme papa avait du boulot ailleurs (consultant en blogues satiriques), j’ai repris la gestion du blogue de ma petite sœur…

  • les caresses lentes

    les jours de guerre

    le poème

    couvre ses mots-fleurs

    de cendre


    tout barbouillé de rouge

    il jette

    sur les caresses lentes

    de la paix toujours à venir

    des flammes de vitesse pure

     

     

     

  • Culture de pianos

     

    Les pianos poussent dans des  champs en forme de portée. De leurs touches s’élèvent des fumées blanches qui fulminent de bémols, de dièses. Ça fait, les jours de cacophonie, une brume épaisse qui se confond avec la buée des bains où on lave les instruments à bois de leur salive. Quand je veux en cueillir un, j’ai un mal de joueur de harpe pour l’arracher à ses congénères ; les feuilles de partition me prennent en grippe et me donnent rapidement une fièvre de cheval à bascule musical. Alors je frappe comme un  batteur de rock sur leurs marteaux en germe et je prends sur la tête des volées de cordes vertes. Il faut savoir que la culture en plein air des pianos est soumise à une règlementation stricte que fait respecter un chef d’orchestre jardinier payé en bank-notes droites comme des épis de blé noir.

  • La poudre aux yeux

    Ils avalent de la poudre aux yeux pour avoir des visions. Ils éternuent et les images dévalent la pente de leur regard. Il faut tout recommencer : désirer, commander, recevoir, facturer, consommer, désespérer. Pour un résultat identique à chaque fois : l’éternuement et la dilapidation sans fin de leur capital hallucinatoire. Il est vrai que la poudre qu’on leur vend présente des effets secondaires terrifiants. Mais ils n’en ont jamais trouvé de meilleure.

  • bagarre

    le .oè.e

    a perdu

    ses consonnes

    dans une bagarre

    avec le r.m.n

     

  • Parenthèses

    (

    à l'intérieur 

    des parenthèses

    le poème

    mène

    la vie

    d'un texte 

    grand format

    sans les inconvénients

    de l’exposition

    littéraire

    )

  • Le rafistoleur de silence

    Le silence est fragile. Un simple murmure, un clapotis de crapaud, un glouglou de goulot, un froissement de feuille et il se brise. Alors on appelle les secours. Les grands moyens sont parfois nécessaires. Aux grands maux les grands remèdes, comme on dit. Un haut cri, un vrombissement d'A180, un coup de Clash, Motorhead ou autres Sex Pistols et un silence à la Delerm, à la Françoise Hardy ou à la Benjamin Biolay s'impose. Si le maître en vide intersidéral a bien travaillé, un silence d'or coûtant toutefois les yeux de la tête d'un Marceau au mieux de son mime s'installe bientôt. Le silence est rétabli. Bien arrimé sur ses bases, il tiendra longtemps, à l'abri des éclats de voix et des pétarades royales. Le rafistoleur de silence peut reprendre ses activités mutiques jusqu'à la prochaine perturbation sonore.

  • Claude Berri (1934-2009)

    Claude Berri ne fut pas que le producteur à succès (plus récemment des Astérix et des Ch'tis) que tout le monde connaît ou bien le réalisateur heureux de Jean de Florette ou Manon des Sources au milieu des années 80. Il produisit aussi La graine et le mulet de Kechiche, La Reine Margot de Chéreau ou Tess de Polansky.

    Dans les années 60, après avoir reçu un Oscar pour son premier court-métrage et collaboré avec Pialat, il réalise plusieurs films d'inspiration autobiographique (qui rappellent la série des Antoine Doinel de Truffaut) à commencer par Le vieil homme et l'enfant, en 1966, avec Michel Simon.

    Au sommet de sa notoriété, en 1990, il n'hésite pas à jouer le rôle d'un exhibitionniste dans le dernier film de Serge Gainsbourg, Stan the flasher, avec lequel il avait déjà collaboré plusieurs fois. C'est Gainsbourg qui a composé la b.o. de Sex shop ou encore la musique du film Je vous aime qui comprend le célèbre duo, Dieu est un fumeur de havanes, interprèté avec Catherine Deneuve.

    On pourrait d'ailleurs trouver plus d'un point commun entre les deux hommes. Tous deux Juifs, difficilement cataloguables, passionnés d'art, à la fois secrets, timides et animés d'une volonté de toucher le plus grand nombre, avec un goût marqué pour la provocation (Berri réalise en 1972 Sex-shop et sera le producteur quatre ans plus tard du premier film de Gainsbourg, Je t'aime moi non plus).

    Voici deux liens pour revoir des images de quelques-uns de ses films.

    http://films7.com/cat/tags/claude-berri

    http://www.youtube.com/watch?v=7U0wAW17V_U&feature=related

    Voir aussi le bel article de Pierre Assouline (signalé par Fr. Chatelain sur son blog):

    http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/01/12/pour-saluer-claude-berri/

     

  • L'exception

    le poème qui vit cent ans

    est l'exception


    le plus souvent

    le poème est mort-né


    (malgré les progrès

    de l'obstépoétique)

     

  • Épisode 5: Mon tour du monde (Antoine et moi)*

    Résumé des épisodes précédents : Le narrateur est né au sein d'une famille de blogueurs. N'ayant connu que les blogues, il devient blog-addict. Au centre où il est soigné, il fait la connaissance d'un éditeur polynésien sans papier. A sa sortie de cure, il replonge et crée 50 blogues d'un coup !


        Que, sur le conseil de mon éditeur, j'ai aussitôt déconnectés afin de partir pour un tour du monde en voilier. À la première escale, dans un port perdu de la côte espagnole, j'ai rencontré Antoine** qui a pris mille photos de moi pour son site et a prévenu, l'air de rien, comme à son habitude***, ma psy et ma famille de l'endroit où je me trouvais. Il a même voulu vendre l'info à Paris-Match et Ciné-télé-revue qui lui ont répondu que j'étais trop peu connu pour débourser de l'argent sur ma tête. Antoine a alors estimé, vu combien j'étais barré, que dans vingt ans, je serais plus connu que, disons, les membres de la dernière StarAc (ce en quoi il n'avait pas tort) pour, disons, les dix ans qu'il me resterait à bloguer et qu'il pourrait alors en tirer quelques kopecks.

       Nous avons chanté toute la soirée ; lui voulait à toute force que j'entonne le deuxième couplet des Élucubrations **** et moi, je tenais mordicus à me faire Cannelle. Finalement il m'a fait entendre les nouvelles chansons qu'il avait composées pour une célèbre marque de lunettes. Après cet épisode navrant, j'ai renoncé à mon tour du monde (je me suis dit qu'on voyageait plus vite et mieux sur le Net) et j'ai repris mes activités de blogueur traditionnel, sous divers noms d'emprunt certes (je ne tenais pas à ce qu'Antoine me retrouve). Mon éditeur polynésien a enfin obtenu ses papiers puis n'a plus pensé à éditer mes poèmes foutraques. Je les ai tous postés en com' sur le blogue d'un poète pourrave subsidié par les Régions: ils ont été lus cinquante-huit fois, c'était toujours plus que ce que mon éditeur polynésien avait l'intention d'en tirer.


    * d'après une indignation d'Éric Dejaeger

    ** chanteur français chevelu de la fin des années 60 reconverti dans le tour du monde ad libitum tous frais payés par les produits dérivés de ses excursions

    *** L'affaire Brel/Antoine /Paris-Match (bien avant Sarko) en 1975

    **** Le scopitone: http://www.youtube.com/watch?v=n3z4sTKn-f0

     

  • les pépins de l'espace

    la mandarine ne ment pas

    au poème

    sur la nature des agrumes

     

    si, la main sur la pulpe,

    elle jure qu'elle dit la vérité

    sur son essence astrale

    il faut boire son jus

    avec les pépins de l'espace

     

    sans oublier

    les fruits secs

    au fond de la galaxie