• Pas de Rolex à 50 ans / la peur du Guillon

    Stéphane Guillon versus Jacques Séguéla:

    http://www.radiofrance.fr/franceinter/chro/lhumeurde/index.php?id=76902

    La peur du Guillon se propage chez les grands, les surexposés, les parvenus rêvant du pouvoir avant d’avoir étudié tous les moyens de l’exercer honorablement. Ils ont trouvé un allié en Sarkozy, leur maître à tous, qui a pris de l’avance et s’est prémuni de l’histrion en déclarant avoir jugé « inadmissibles » les propos tenus récemment  par l’humoriste sur DSK ou Aubry.

    Savoir si l’homme a de l’humour ou non n’est pas aujourd’hui la vraie question, le principal, c’est qu’il renvoie massivement et méchamment, et c'est tant mieux (la violence d’état, sous quelque forme qu’elle se manifeste, l’est toujours davantage), à leur hâblerie, à leur arrogance de parvenu les valets du pouvoir, les clowns médiatiques qui lancent leurs sentences au mépris des faibles, des humbles et de ceux qui doutent, qui n’ont  jamais eu pour vocation d'être président, manager ou général car ils ont toujours eu autre chose à penser, de plus immédiat et de nécessaire.

     

  • oublié

    j’ai oublié le poème

    dans la boîte à gants

    et

    le poème s’est fait la malle

     

    pour Charleville

    d’où il a fugué

    pour Paris

    où il a été barricadé

    pour Venise

    où il a été noyé

    pour Tanger

    où il a été sablé

    pour San Franciso

    où il a tremblé

     

    avant de revenir

    par la route 66

    l’Atlantique

    et le dernier train

    de 23 h 48

     

    seul sur le quai

    il m’a attendu

    une année

    et même plus

    mais j’étais parti

    pour une île de Tahiti

    avec un article de journal

    qui m’avait trop plu

  • compteur d'amis sur Facebook

    Vous faites et refaites les comptes : votre quorum d'amis sur Facebook n'est plus atteint. Il en manque bien un, mais lequel? Un émissaire du réseau social le plus couru vous est aussitôt envoyé (on expérimente les possibilités de le télécharger sur votre bureau) qui épluchera vos comptes et  identifiera l'ami renégat parti, qui sait, augmenter le nombre d’amis sur un autre profil, ce qui serait regrettable. Le compteur d’amis peut, contre un supplément versé à votre opérateur, intervenir auprès du parjure pour connaître les raisons de son désistement et, s’il le faut, user de tout son poids (menace de radiation à vie du réseau, interdiction de Youtube, Myspace et autres mesures de torture mentale) pour la réintégration de l’ami retors. Décidément Facebook pense à tous.

  • Tanguy Viel

    « Il suffisait de tirer la chaise jusqu’au mur, de se hisser dessus et de regarder. Les barreaux n’y faisaient rien, on voyait loin. Rien d’autre n’a jamais compté là que de voir loin, la région alentour si maritime, la terre qui n’en finit jamais de se jeter à l’eau. Les roches, les granits, les pointes, le sable, tout s’avance, se retire, s’use et comme on suppose chaque pas sur l’extrême pointe de la côte, un autre se profile qui défait l’impression d’aboutir. Mais de beaucoup d’endroits pour celui qui regarde, de beaucoup de fenêtres de la prison, le soleil n’atteint pas l’horizon, disparaît dans un angle ou derrière une façade, parce que la ville fait écran à la mer lointaine. Et de la ville elle-même, on oublie vite l’ombre marine qui la baigne, on retient plus facilement la construction à l’américaine, les rues droites et peu soucieuses de déjouer les vents, l’arsenal aux longs murs supportant son déclin, le port rouillé, et la campagne alentour, verte, qui surélève d’autant la grisaille humide des toits. Ni basilique, ni grand-place, ni maison à colombages, ni fontaine bienfaitrice dans cette ville, mais des enseignes lumineuses, du vent, une gare, un pont sur la mer, une prison, On ne vient pas ici, on y passe. Ou on y est. »

     

    Une déclinaison du Le ciel est par-dessus le toit de Verlaine

    Extrait de L’absolue perfection du crime de Tanguy Viel, Ed. de Minuit, 2001   

  • l'univers

    c’était un poème

    de la forme de l’univers

    qui englobait

    les poèmes de petite taille

     

    les poèmes

    de la forme d’une étoile

    les poèmes

    de la forme d’une comète

     

    un jour il vit

    un point grand comme un grain

    qui lui fila entre les astres

     

    c’était un poème

    en forme d’espoir

  • au Carnaval

    au Carnaval

    le poème porte un masque

    pour cacher ses mots

     

    il jette ses lettres-confettis

    à la tête du gille  

     

    il boit du jus d'orange

    dans des sabots en bois

     

    il presse ses grelots

    au-dessus du feu de joie

     

    rentré chez lui

    il étale les brindilles de vers

    pour former ce poème-ci

  • Épisode 11: À la trompette

     

    Résumé de l’épisode précédent : Le narrateur vit avec sa psy une idylle qui les conduit sur des sites libertins mais tout cela finit par les ennuyer.


    Mon travail m’avait un peu éloigné de ma psy qui, de son côté, recevait beaucoup et, à force, elle était tombée amoureuse d’un de ses patients - une manie chez elle, comme je m’en rendis compte. Elle n’arrêtait pas de me parler des problèmes de son nouveau patient, un gars qui se prenait pour Miles Davis.

    - Il est trompettiste ?  

    - Non !

    - Il est Noir ?

    - Non !

    - Il ne faut pas que qu’il soit comme Miles Davis pour se croire Miles Davis, repartit-elle d’un ton sec, l’air de dire : C’est ki ka fait psycho en promotion sociale ?

    Chaque fois que je plaisantais sur le gars, elle prenait la mouche. Il faut dire que j’habitais chez elle, que je l’empêchais de prolonger les séances à domicile. Même si je délogeais, de plus en plus d’ailleurs, passant la nuit chez un couple ou l’autre (quand je vidéastais pour Rosie et Michaël) ou chez un chapelain ,un historien de la chose papale (quand je vidéastais pour les bonnes œuvres). Elle s’était remise en tête de me guérir de ma bloguomanie, histoire de me faire passer pour The malade.

    - Il a un blogue, ton Miles ? lui dis-je.

    - Tu te fiches de moi ?

     

    Un peu, il faut dire.

    Un jour, je m’arrangeai pour voir l’hurluberlu. Un quart d’heure avant la séance, je me pointai dans la salle d’attente avec un disque vinyl de Miles (Kind of blue*, qui venait de ressortir). Je m’assis devant lui. Sa tête changea, il était nettement moins beau que son modèle et même pas Black. Je n’allai pas jusqu’à lui demander un autographe, non. Je lui dis que j’étais Stan Getz et que je souhaitais qu’on joue ensemble. Puis je filai avant d’être pris d’un fou-rire. Quoique un fou-rire dans le cabinet d’un psy, ça puisse pas mal dérider l’assistance habituelle mais on ne rit jamais, il faut le savoir, chez un psy sans son consentement. Il en parla à sa psy, ma compagne, qui prit tellement la mouche, cette fois, que je lui mis la tête sur la vitre avant de décamper : j’étais devenu limite violent à force de fréquenter des plus cinglés que moi.

    Un peu après, j’appris qu’elle s’était mise avec lui. Leur trip, m’avoua-t-elle plus tard, quand elle eut rompu, c’était qu’il la déguise en Juliette Gréco avant leurs ébats. C’est vrai qu’elle avait toujours eu (surtout depuis sa liposuccion et même sans s’être refait le nez) un petit air de Jujube.


    * The Kind of blue sessions, 1959:

    http://www.youtube.com/watch?v=ijDTS8cWI0o&feature=related


     

     

  • compteur de gilles

    Lors des fêtes folkloriques locales, le compteur de gilles (rétribué par le SNPM, le Syndicat National de la Police Masquée) relève le nombre de bonshommes empaillés qui se dandinent en grelottant avec une espèce de  panier rempli de plumes sur la tête. Si, ayant trop bu de champagne le compteur de gilles se retrouve affalé sur le bitume, il peut compter le nombre d’oranges qui filent dans les airs ou s’écrasent sur sa face rosie. Il divisera par dix douzaines pour obtenir le nombre moyen de gilles présents durant la manifestation pédestre contre l’augmentation du prix des agrumes en période préprintannière. Si le compte est bon, le compteur de gilles obtiendra son passeport pour Rio.

     

    Lire aussi la recette du pâté de gille à la mode de Binche, sauce orangée de Jean-Pol Thomas:

    http://74.125.77.132/search?q=cache:UXa1GZOgxvYJ:www.leoscheer.com/manuscrits/jean-pol-thomas-recettes/pdf.php+kilos+d%27orange+par+jour+gilles&hl=fr&ct=clnk&cd=5&gl=be

  • Joueur de do

     

    Le joueur de do, s’il est limité à une note, n’en est pas moins un as de la nuance, un virtuose de l’intensité musicale, passant crescendo du pianissimo au forte ou diminuendo du mezzo forte au sotto voce. S’il possède de plus l’art du tempo, il provoquera illico presto chez l’auditeur le sentiment pérenne de la diversité cellulaire au sein de l’unité ectoplasmique. Après le passage d’un master, le joueur de do pourra ajouter le do dièse à son arc monocorde et prétendre décrocher un bon ut dans l’orchestre monophonique de sa ville.   

     

  • Les épluchures

    Parfois, quand j'ai le coeur lourd, je m'épluche. La peau à vif, près des nerfs, à fleur de muscles, je crie comme un écorché et ça fait un bien fou. Puis, pour me rhabiller de mes copeaux de chair éparpillés dans le salon (je ne suis pas ordonné dans ces moments-là), cela prend quelques manoeuvres. On ne me reconnaît plus et ça aussi, ça soulage. Après l'opération, je peux me refaire une identité, le temps que je me lasse de mon moi de susbstitution et que ma nouvelle peau me démange à nouveau. 

  • Patricia Mignone expose

    À  LIEGE au Placard à Balais, rue des Mineurs, 9/11, du 20 février au 21 mars.

    À CHARLEROI, en marge du Festival du Film de femmes au Cinema Le Parc, 51, rue de Montigny, du 5 au 7 mars – le vernissage a lieu le 5 mars vers 19h30

    À BRUXELLES – pour voir son Hans en vrai dans le cadre d’une expo d’ensemble consacrée à « HANS MON HERISSON » DES GRIMM.
    Elle précisera sur son blog la date et le lieu de cette expo.

    Voici la version longue pour les motivés et la version presque muette pour les paresseux et les analphabètes.

     

    Ces indos sont tirées de son blog (Lumière incidente):

    http://lumiereincidente.skynetblogs.be/

  • < Le poème et les rêves >

    De nombreuses études ont été réalisées dans le but de matérialiser les rêves du poème. Peu d'entre elles, il faut le reconnaître, sont parvenues à des résultats concluants. Néanmoins certaines ont pu montrer que le poème - non lu - délivre le gros de ses rêves entre deux et cinq heures du matin si toutefois le poème n’a ingurgité aucun produit toxique tel que de l’alcool à ronfler, de la liqueur de brunes ou du vin noir de l’Ohio de l’année de naissance de Beyoncé. Durant ses moments d’intense activité onirique, on a pu recueillir du jus de mots crus (son goût ressemble à de la mûre écrasée dans une décoction de feuilles de poirier nain). Certaines images recueillies dans des vases iconographiques en forme d’aisselle ont provoqué chez une partie de l’équipe de recherche des troubles obsessionnels tout simplement cons comme l’absorption de lentilles par les sinus, le grattage compulsif du petit orteil droit ou le martèlement répété du mot « andouille » dans une conversation courante entre collègues bien élevés mais pas trop (les plus hauts relevés ont signalé une hauteur d’un mètre quatre-vingt-cinq).

    Mais que représentent les images ?

    Il faut distinguer le poème classique d’inspiration (hu)gogolienne du poème moderne d’inspiration Tarzan Tsariste (le frère refoulé passablement junglé du T.T munichois d’origine roumaine). Les analyses sont actuellement en cours sur le poème ouallebecquien mais elles dureront encore quelques années car un débat de purs juristes fait actuellement (o)rage au dessus de Paris afin de savoir dans quelle catégorie classer ce type de poème hybrido-comique. Donc, pour résumer les deux mille cinq cent trente-trois pages et demie du rapport, le poème d’inspiration classique a des rêves géométriques : une sphère en équilibre sur une ampoule économique, un cylindre tronqué en concurrence avec une mie de croissant de lune en peau de banane ou, plus spectaculaire en effet, un trognon de pommes tonique roulé dans une enceinte fermée de la forme d’un tuyau de poêle.

    Et maintenant, le poème moderne tzarisé.

    Le poème moderne tzarisé ne possède, on ne s’en étonnera guère, aucune logique. Ainsi l’analyse d’un poème de 1921 d’un auteur polonais d’inspiration tsariste a révélé une cuisse de grenouille prise entre les fers d’une machine à silence d’inspiration duchampienne en panne qui glougloutait méchamment (le bruit a pu être reproduit en laboratoire de son): une espèce de cri rauque apparenté au broiement d’une boîte de vis sous les pneus de contrefaçon d’un véhicule Peugeot 204 de 1966 patinant dans la neige du 25 février de la même année dans une rue de la banlieue grenobloise. Un poème plus récent a donné les tribulations d’une tête de mouche tourbillonnant dans le pavillon de l’oreille gauche de Yoko Ono en mal de chansons de son mari, le vilain barbu à petites lunettes rondes et premier Beatle mort (des experts ont signalé ultérieurement que ce rêve était un rêve de réminiscence, Yoko Ono ayant bien vécu une idylle fermée et filmée avec un insecte ailé*). Enfin, pour clore cet article sur une des grandes avancées de la pensée littéraro-scientifique, un poème non identifié du genre postmoderne a donné le rêve iconoclaste d’un psychanalyste linguiste fou de type cacanien pris en levrette par le mot long d’un chien lettré de la famille des lévriers à grosse lèvres. Il semblerait que ce dernier rêve soit bien sûr à prendre (dans une position à déterminimiser) au pied de la lettre. 

     

    *Fly

    http://www.youtube.com/watch?v=NANDNspWDJc

    Cut piece:   

    http://www.dailymotion.com/video/x3dsvy_yoko-ono-cut-piece_shortfilms 

    Walking On Thin Ice:

    http://www.youtube.com/watch?v=x1DHm7p1sm4

  • Soirée-rencontre à la Maison de la Poésie d'Amay

    Ce vendredi soir à 20 heures, la Maison de la Poésie d'Amay présente:

    POÈMES DU SEL ET DE LA TERRE de José Le Moigne

    Car il y a fusion dans les textes de José Le Moigne. Fusion dans l'île volcanique comme dans un éclair de graminées. Diversités aussi dans le chant du langage. Le temps et l'espace démultipliés. Feu sacré du poème dont l'harmonie des mots secrète

    REMUE-MÉNINGES en confluence

    Une aventure se termine. Remue-Méninges ne poursuivra pas sa route. Fondée il y a vingt-cinq ans par Antonello Palumbo, qui rêvait, pour Charleroi, d'une Maison des artistes, cette revue s'arrête. L'heure est donc aux bilans. Et ceux-ci sont riches, que dressent Salvatore Gucciardo, Pierre Schroven et Eric Allard.

    Pour plus de renseignements voir:

    http://www.maisondelapoesie.com/index.php?page=soiree-rencontre---vendredi-20-fevrier-2009-a-20-heures

     

     

     

  • compteur de... (fin de la 1ère série)

     

    1.5. compteur de bouchons

    Lors des fêtes grandioses, les bouchons sautent dans tous les sens sans que personne n’en tienne le décompte, tout le monde ne pensant, et c’est loyal en la circonstance, qu’à festoyer. L’intérimaire qui exercera cette fonction doit avoir l’œil vif et mobile car il devra embrasser du regard des envols dispersés aux quatre coins cardinaux, et c’est peu dire. Une erreur d’un bouchon peut être fatale à son avancement dans la profession. Une erreur de deux le rétrograderait automatiquement au rang d’ouvreur de bouteilles… de Schweppes.
     

    1.6. compteur de Souchons

    En période de sortie d’un album du chanteur full sentimental, compter le nombre des apparitions souchonesques vous sortira de la torpeur engendrée par le battage médiatique. Le comptage de Souchons (qui, soit dit en passant, prolifère dans le règne animal : on a dernièrement identifié un ours qui se réclamait de ce patronyme*) ne rapporte rien mais il est un moyen commode de chanter le temps.

     

     * pour les ignares en matière souchonesque, un des fils chanteurs d’Alain, a pris le pseudo d’Ours.  

     

    Deux liens pour me faire pardonner ce crime de lèse-majesté :

    ♫  Rive gauche :

    http://www.youtube.com/watch?v=AhYRIbGVNl0

    ♫  Putain ça penche :

    http://www.youtube.com/watch?v=EGuf84uN2MI&feature=channel

     

  • Compteur de... (suite)

    1.3. compteur de houblon

    Le compteur de houblon compte les bières qui passent d’un côté du comptoir à l’autre. Le barman lui met un pot chaque fois qu’il en a recensé mille. Quand le compteur de houblon atteint le nombre de 36 000, il est alors nécessaire d’opérer à son remplacement, la marge d’erreur devenant trop importante.

     

    1.4. compteur de Ah bon

    Le compteur de Ah bon est particulièrement utile lors des concentrations de naïfs exposés à des assauts de savoir à sens unique de la part de messieurs et mesdames je-sais-tout. Le compteur de Ah bon permettra, dans un premier temps, de prendre la mesure de l’ignorance du naïf, ensuite de relativiser la vraisemblance des connaissances ou nouvelles volontiers sensationnelles dont il a été victime en les confrontant aux faits impudemment rapportés.

      

    Attention, le compteur de Ah bon se différencie du compteur de « a bon » proclamés dans un français approximatif par des personnes concluant de la sorte que l'existence leur est favorable. L’aboniste fait précéder son expression favorite de son prénom ou de celle d’une personne de ses connaissances dont il pense qu’elle partage son optimisme en toute chose.

    Ainsi on pourra entendre, aux plus hauts sommets de la monarchie ou de la république, des « Albert a bon », « Elio a bon » ou encore « Nicolas a bon », « Carla a bon »…

     

    (à suivre)

     

  • Compteur de...

    « On peut tout compter à condition d’y mettre les formes »

    Pythalès

    « On ne finit jamais de compter »

    mon banquier

    Pour les arithméticiens invertis, les comptables licenciés d’une boîte retorse, ceux ne qui ne pensent qu’en chiffres, voici des nouveaux métiers susceptibles de combler leurs attentes.

     

    1.1. Compteur de moutons

    De nombreuses personnes, quoique insomniaques, en ont ras la laine de compter chaque nuit blanche les moutons : ils paieraient cher pour trouver quelqu’un qui se chargerait de les compter à leur place tandis qu’ils vaqueraient à leurs idées noires en toute tranquillité.

     

    1.2. Compteur de boutons

    Les adolescents éprouvent les pires réticences à compter leurs boutons d’acné (quoique certains s’en délectent). Le compteur de boutons, muni de son boulier (éventuellement du bouclier, fort utile en la circonstance) dénombre les éruptions cutanées et les renseigne sur un graphique. A l’aide d’un portable de poche et de son logiciel Excel, il peut chaque matin et chaque soir livrer l’évolution, graphique à l’appui, de la maladie juvénile à l’intention de l’ado boutonneux. 

     

    Attention, pour certaines peaux érythémateuses, le compteur de boutons devra posséder les lois de probabilités et des connaissances dans le domaine du calcul et intégral et de la Théorie du chaos.   

     

    Signalons que le compteur de bubons est une spécialité de ce nouveau métier.

     

    (à suivre)

  • Un cercle littéraire

    Il tomba amoureux des livres d'une écrivaine puis de l'écrivaine et, joie sans pareille, son amour fut rendu au centuple. L'écrivaine qui avait trouvé son bonheur et ne pouvait produire que dans l'adversité cessa bientôt d'écrire. Ne pouvant plus la lire, son amour pour elle diminua avant de s'éteindre: il la quitta et elle récrit. Leur flamme reprit, ils s'aimèrent à nouveau et à nouveau elle cessa toute activité littéraire. Finalement il rompit pour de bon et se contenta d'un seul vice: la lecture fervente d'une oeuvre immense et admirable.  

  • pratique

    le poème est pratique

    pour envelopper

    les débris de textes

    et les phrases à deux sous

  • Chasseur de fakirs

    Le fakir est en voie d'extinction. Il est temps de retrouver les derniers spécimens afin de les confiner dans des réserves protégées, de les héberger dans des environnements délétères à souhait : pièce au sol clouté, lit de verre brisé, canapé de braises. Le fakir est un exemple pour nos sociétés de citoyens plaintifs, se lamentant sans cesse sur la baisse de pouvoir d'achat, la montée du prix de l'essence, leurs conditions de travail ou la non ponctualité des transports en commun, ou encore sur la pourtant judicieuse iniquité salariale. Et pestant, par le biais des syndicats maudits, à l'annonce de la moindre réforme, des salutaires plans de rigueur, des saines délocalisations...

    Il est temps de revaloriser le statut du fakir, de rallumer sa flamme, de le monter en épingle sur un tapis d'aiguilles rouges. Signalez les fakirs qui hibernent, se cachent comme des chiens malades pour mourir faute de n'être plus considérés à leur juste valeur. Offrez-leur de quoi (couteaux, clous, lames, pilons) souffrir dans la  paix et la joie pour les récompenser de leur exemplaire abnégation.

  • Les mots doux

    Un jour, tous mes mots doux se sont couverts d'épines et ont piqué mes amoureuses aux bras et aux jambes. Elle ne voulurent plus me voir car je portais, comme elles disaient, ma maladie sur mon visage et c'était vilain comme un potiron d'Halloween. Forcément, je me mis à écrire des mots piquants. Mais j'eus beau attendre, mes mots piquants demeurèrent tels quels et mes amoureuses ne voulurent plus en recevoir car, disaient-elles encore leur boîte aux lettres et les mains de leur facteur étaient toutes griffées.

    À  la longue, j'ai cessé d'écrire, je me suis contenté d'aller au milieu de mes amoureuses avec mon visage d'avant les mots de toutes sortes mais avec des lettres électriques qui leur ont fait dressé les cheveux de la tête.

  • Robert Silverberg

    [...] « Que fais-tu ? demande-t-il à l'objet. Il devrait y avoir des étiquettes sur les objets de ce lieu, dans le genre de BOIS-MOI ou de APPUYER SUR CE BOUTON POUR AVOIR D'AGRÉABLES HALLUCINATIONS ou de quelque chose dans ce genre-là. Les étrangers ne sont pas censés deviner toutes ces choses. Ils pourraient se blesser. Ou endommager un objet fragile. »

    Au moment où il cesse de parler, il entend un ricanement strident, un gargouillis, un pétillement, un babillage, puis voici que surgit d'un point situé à l'intérieur du miroir le bruit de sa propre voix, arrangée, redoublée et entrecroisée pour former une symphonie hurlante d'une complexité dévastatrice : « AGRÉABLES HALLUCINATIONS objets étiquettes avoir genre étrangers toutes toutes toutes toutes toutes toutes toutes ne sont pas censées APPUYER SUR CE BOUTON ou ou ou devrait y avoir BOIRE objets fragiles quelque chose endommager endommager endommager deviner pourraient deviner deviner deviner se blesser POUR MOI lieu ils ne sont pas ils ils ils ils ils ils ils blessent ou APPUYER APPUYER APPUYER genre étrangers les lieux sur objets sur objets POUR quelque chose à ces choses

    ces quelques choses étiquettes BOUTON endom éti quel fra mager ois ile gi viner e sont bjets uci réables fragiles POUR objets outon gers lesser se APPUYER SUR CE BOUTON e e e e mager HALLUCINATIONS angers AGRÉABLES. »

    Suivie du silence.

    Suivie d'une répétition inversée. Triple fugue. Modulation en mode mineur. Spiccato. Étonnante septième dominante. Codetta avant intro de la troisième voix. Transposition du sujet à la tonique. Allegro non giocoso. Andante ma non troppo. Largo. Vivace. Solfeggio. La pièce résonne de la musique de ses mots. « APPUYER! » « Réables ! »  « LUCINA ! » « Ois! » Variations ad libitum. « Réa réa réa réa réa réa réa.» Sonata quasi una fantasia. Portamento. Sforzando. Sfogato. Fortissimo. Il s'enfuit. La musique le poursuit dans le couloir. Legato! Doloroso ! Dal segno ! Agitato! « Endommager! Endommager ! Endommager! » Il court, trébuche, se relève, court à nouveau. La machine enregistreuse lui lance avec force des plans solides de sons qui tranchent l'air.

    Extrait de Le fils de l'homme, Paris, Presses Pocket, 1984, pp 139-140.

    Traduction de Jacques Guiod.

    Choisi par Éric Dejaeger

    La saga Maigros (80 épisodes, peuchère) est disponible gratuitement à l'adresse email suivante: ericdejaeger@yahoo.fr

    Âmes sensibles s'abstenir.

     

  • Poésie à l'écoute

    Inspirée par le titre du livre d’Henry Bauchau "L’Ecriture à l’écoute" qui met en évidence, dans une série d’essais, le rôle de la poésie comme champ d’exploration, l’émission radiophonique « Poésie à l’écoute » a pour vocation de faire renouer la poésie avec un public varié en proposant de multiples sujets sur la poésie actuelle. Le but est de la rendre plus accessible, qu’elle soit belge ou étrangère, de faire découvrir des éditeurs de poésie indépendants et d’informer les auditeurs des animations organisées dans l’espace Wallonie-Bruxelles via un agenda poétique.

    Les sujets abordés sont aussi diversifiés que la poésie elle-même. Au programme : rencontres avec de nombreux poètes, lectures-performances, entretiens avec des spécialistes, suivi des manifestations poétiques, poético-musicales ou théâtrales, hommages et nombreuses cartes blanches.

    Rendez-vous le premier mardi du mois de 20h00 à 21H00 sur radio Panik 105.4 FM
    L’émission sera également rediffusée le dimanche de 12h00 à 13h00.

    http://www.radiopanik.org/spip/

     

     

  • le poème nu

    qui a un jour

    vu le poème nu

    ne cessera plus de regarder

    par la fenêtre des mots


  • Épisode 10: Vidéos

    Résumé des épisodes précédents : Le narrateur revoit sa psy qui a opéré un remodelage en règle et ils connaissent une idylle. Ils en profitent pour poster des vidéos coquines.

    En postant sur le site de Rosie et Michael*, j’ai appris qu’ils demandaient un vidéaste pour filmer à domicile les ébats conjugaux et extra-conjugaux. Les couples m’ont expliqué la nuance entre mélangisme et échangisme, ce qui a grandement contribué à ma progression intellectuelle. J’ai lu dans un fauteuil le Cours de Linguistique Générale de Saussure et enfin compris toutes les nuances de la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel. Cela m'a permis aussi, merci Rosie et Michaël, de comprendre le monisme de Leibniz et, dans la foulée, d’entamer sur du velours la premier tiers de  la Critique de la raison bure. On ne dira jamais assez combien les sites de c… contribuent à l’édification des esprits.

     

    Mais revenons à nos moutons. Plus prosaïquement, je dus filmer des scènes qui ne me laissèrent pas de bois et les couples qui m’invitaient le remarquèrent qui bientôt me proposèrent de jouer le troisième homme (sans la musique d’Anton Karas hélas). J’étais à la fois au four et au moulin, ayant la main à tout, si je puis dire. La qualité des vidéos s’en ressentit et je fus vite licencié, Rosie et Michael étant, avant d’être des libertins, des commerciaux purs et durs. Je continuai à intervenir dans les vidéos des couples auprès desquels je m’étais rendu comme qui dirait indispensable mais toujours masqué (je suis né un Mardi-gras), de telle façon que Michaël ne me détectât pas sur les images olé olé. Mais je finis pas faire une overdose de sexe et je me repliai, sous une masse de draps – enfin - propres, dans une abstinence de bon aloi. De commun accord avec ma psy qui avait enfin fait le tour de toutes les simili-déviances apprises dans ses livres de formation.

     

    Un blogueur catholique recrutait un filmeur de chapelles et je posai ma candidature. Je fus accepté et, pendant plusieurs mois, je sillonnai toutes les régions du pays en quête de chapelles romanes typiques. Un jour, je tombai sur le nouveau caméraman du site commercial qui filmait dans ces lieux une vidéo coquine avec un couple catholibertin. J’attendis sagement que mon remplaçant eût fini son travail avant de faire ma part de pelliculte.

     

    * Toute ressemblance avec le site de Jackie et Michel est purement fortuite etc.

     

  • prix littéraires

    le poète qui tue son poème

    n'est pas condamné

    aux prix littéraires

     

     

  • Mars en chansons: un festival sans domicile fixe

    "Mars en Chansons est deux fois SDF : sans domicile fixe et sous dédain flagrant.

    Mars en Chansons est un festival sans domicile fixe. L'organisateur, Claude Bonte, a appris récemment qu'il n'était plus le bienvenu dans les locaux qu'il occupait depuis plusieurs années à Charleroi. Ce n'est pas tant le fait même que la manière abrupte de l'apprendre qui constitua la goutte salée
    qui fit déborder la Sambre de son lit en portefeuille. Aucun lieu n’a été proposé en échange, et il a été clairement exprimé qu’il faudra prendre sur l’argent destiné à l’organisation du festival pour régler ce problème de locaux. Dans ce cas, les premiers touchés sont les artistes eux-mêmes. On imagine le moral mis à mal d'une équipe jusque-là enthousiaste, forcée de quitter les lieux comme un employé de Lehmann Brother. On imagine la difficulté de coordonner un festival sans adresse, sans téléphone ou sans ordinateur."

    Voir la suite de la lettre de soutien au festival:

    http://www.facebook.com/event.php?eid=124992070446

     

  • Foi de charbonnière

    Partout où le train de mots est passé, des lettres en forme de lèvres ont brillé. Le soleil a brûlé des caresses que le vent pour purifier ta poitrine avait portées haut. Des cimes d'un présent aboli, j'ai précipité l'odeur de tes cheveux dans la mer. Dans les grands fonds, j'ai griffé ta peau pour obtenir ta peur. Des frissons d'écume ont zébré ton ventre. Buvant pour ne plus avoir à boire l'olive noire de ton âme, j'ai boucané les couleurs de l'aube. Du sel plein la bouche, j'ai frémi quand tu as juré que, foi de charbonnière, je deviendrais plus ombrageux qu'une ombre.

     

    Extrait de Les Corbeaux brûlés, éd. du Cygne.

  • Avis de parution: Les corbeaux brûlés

    L'ouvrage est commandable dans toutes les librairies ou directement sur les sites de commande en ligne: FNAC, Electre, Dilicom, BN, Amazon etc.

    On peut aussi le commander sur le site des Editions du Cygne par Paypal.

    Ou auprès de moi par un petit message via la mail box.

    Le recueil est composé de 4 sections: Braises, Flammes, Brûlures, Cendres et fumées.

    Pour voir la couverture et lire les présentations, cliquer ici:

    http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-corbeaux-brules.html

    La couverture est tirée d'une huile de Salvatore Gucciardo: L'harmonie sereine.

    Voir extrait dans le post suivant


     

     

     

     

  • Buddy Holly, il y a 50 ans...

    Le 2 février 1959 à Clear Lake dans l'Iowa, l’affiche est composée entre autres de Ritchie Valens (La Bamba), de Big Bopper (Chantilly lace) et de Buddy Holly. Après le show, les artistes décident de regagner Fargo dans le Dakota du Nord par avion pour pouvoir se reposer en évitant les interminables voyages en bus, mais l’avion s’écrase quelques minutes plus tard - le 3 février 1959. Buddy Holly avait 22 ans.

    Son œuvre influencera de nombreux groupes, notamment les Beatles, qui reprendront nombre de ses titres. Le nom de Beatles (Beetle = scarabée) était d'ailleurs un hommage aux Crickets de Buddy Holly.

    (source: Wikipedia)

    True Love ways


     

     

     

     

     

  • Le bruit répandu

    C'était un bruit répandu depuis l'origine. J'avais prêté l'oreille et on me l'avait rendue emplie de la rumeur du monde: un vieil écho du Big Bang qui bientôt fit un vacarme monstre dans ma salle de torture des sons. Heureusement l'o.r.l.* m'enleva un bouchon sur le tympan et le champagne qu'on sabra coula avec un goût de fruit défendu derrière le lobe, là où les senteurs résistent aux tumultes de fleurs coupées grâce aux silences des étoiles mortes dans le creux mollasson des nuits.

     

    * organiste des régions lointaines