• L'eau de là

    d’après une peinture de Claire Mériel*

     

    La ligne de l’eau

    zigzague

    dans la chair confuse.

     

    Des vents en pagaille

    percutent les images pieuses.

    Je bois à la paille

    dans les profondeurs.

     

    Pincées de sel

    aux croisements des saisons,

    aux creux luisants des étoiles.

     

    Tapie sous l’écume,

    la loge du visage

    s’ouvre sur un cri de scène.

     

    Sous la langue sèche de l’aube

    la bouche allonge

    le chemin des ivresses.

    Je piétine des armées

    d’ombre et de soleil.

     

    Dans la boue des nuits

    je rêve de toucher

    le phalène blanc du plaisir.

     

    Visions païennes

    à portée de mes bibles.

    Longues prières dans le noir

    pour que le jour rende  

    ses otages de lumière.

     

                                          

    * site de l’artiste : http://www.claire-meriel.com/

  • Immortels

    Le titre en avant-première du futur album de Dominique A

     

    Immortels

    Je ne t'ai jamais dit

    mais nous sommes immortels

    pourquoi es-tu partie

    avant que je te l'apprenne


    Le savais-tu déjà

    Avais-tu deviné

    que des dieux se cachaient

    sous nos faces avinées


    Tous les baisers reçus

    savais-tu qu'ils duraient

    ...

                

    http://www.magicrpm.com/videos/clip/immortels

    Pour Tistou

  • Le gratteur de do

     

    Le gratteur de do refait les do endommagés, couvert de vilaines harmoniques. Il les relisse et plus rien de ce qui faisait un vilain do dans la suite des accords n’apparaît après son action. Le gratteur de do opère aussi sur les ré mi et les fa  si la récaper. Il n’intervient que rarement sur les sol, trop vastes, trop difficiles à faire briller, comme qui dirait en dehors de ses compétences plutôt d’ordre aérien, comme la musique des sphères, les mélodies célestes… Le gratteur de do est un pragmatique, un terrien, qui assure les bases du jeu musical sur lequel tiendra toute la construction à venir. Il descend parfois très bas et la gravité en ce domaine ne nuit pas à un beau jeu, au contraire. En se cantonnant au bon endroit du do, le gratteur peut faire jaillir des sonorités encore jamais atteintes par la noble note qui étonneront jusqu’à ses proches. Des proches qui ne manqueront pas de faire appel au gratteur de do pour connaître des sensations inexplorées, pas spécialement d’ordre musical, et c’est la qu’on comprend que l’oreille a parfois bon do.   

     

    °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

    Prélude en do majeur de Bach, par Glenn Gould


     

    Sur un prélude de Bach, Maurane  (paroles de J.-J. Vannier)


     

  • ALAIN SAGAULT

    CHOIX (libre)

    Nous choisissons généralement de devenir ce que nous n’avons pas le pouvoir de ne pas être.

     

    DÉSESPOIR

    Le désespoir poli, pas trop mon truc. Son vrai nom me semble être résignation. J’ai plutôt le désespoir malpoli, rugueux et révolté. Je rue dans les brancards, hurle, griffe, mords et finis par sortir du trou. Pas question de me résigner : mon désespoir, je veux au moins le faire partager !

     

    FEMMES

    J’aime beaucoup trop les femmes pour être un grand séducteur.

     

    GLOIRES (fausses)

    Prendre des esbroufeurs sans conscience ni talent comme les Klein, les Warhol, les Koons pour des créateurs, c’est le fait d’une société si déboussolée et si incapable de se renouveler qu’elle ne sait plus à quel malsain se vouer.

     

    IMAGINATION

    Pas d’imagination sans curiosité, mais pas non plus sans culture. C’est ce que m’ont appris vingt ans d’improvisation théâtrale. L’imagination a besoin d’un terreau qui la nourrisse autant que de découvertes qui la stimulent. C’est sans doute pourquoi tant de mes contemporains en sont cruellement privés.

     

    INSÉPARABLES

    Même dans l’abstrait, nous figurons. Même dans la figuration, nous pratiquons l’abstraction. Voir, c’est déjà abstraire, penser c’est imaginer. Opposer figuration et abstraction, c’est ne rien comprendre à la peinture – ni à la vie.

     

    LIBERTÉ

    Notre seule vraie liberté : choisir d’être ce qu’on est. Vouloir être autre, c’est tricher, et c’est d’autant plus stupide que c’est impossible. Accepter d’être qui je suis, c’est du travail pour toute une vie.

     

    PUÉRILS

    Nous le sommes tous. L’important n’est pas de le savoir, mais d’en tenir compte.

     

    REGARD

    La plupart d’entre nous, quand nous regardons de la peinture – ou plutôt quand nous ne la regardons pas, tant notre œil est alors particulièrement vide et distrait –, j’ai l’impression que nous la salissons, et l’envie de nous foutre dehors. Ce regard, que j’appellerais bovin si ce n’était pas faire injure aux bovidés, il quête une sensation bien plus qu’il n’explore une création, c’est au pire sens du terme un regard absent. Un regard qui glisse comme à travers une vitre invisible, comme un signe de tête distant. On ne connaît pas, on ne veut pas connaître, mais on salue, à toutes fins utiles. Au mieux, on admire pour la forme, on dit qu’on aime… et l’on se détourne au bout de dix secondes !

    Je préfère les regards qui dévorent ou qui rejettent, ils existent au moins. La peinture, on ne la regarde pas, on l’aime ou on la hait.

    Idéalement, regarder de la peinture, c’est y plonger.

    Faire la queue pour voir la Chapelle Sixtine et y passer en file indienne sans s’arrêter, c’est une injure à Michel-Ange et à l’art. Les prêtres qui ont organisé cela, impossible qu’ils aient la foi.

     

    Extrait de « Remarques en passant 18 ».

    )))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))

    Pour en savoir plus sur Alain SAGAULT, écrivain, peintre et homme de théâtre, et lire d’autres de ses remarques, consulter son site :

    http://www.ateliersdartistes.com/spip.php?rubrique21&var_mode=calcul

     

    Merci à Patrice Maltaverne de Traction-brabant

    de m'avoir envoyé ces Remarques en passant.  

    http://traction-brabant.blogspot.com/

    A propos de Warhol - voir Gloires (fausses) - , on pourra lire le livre édifiant d’Hector Obalk, Andy Warhol n’est pas un grand artiste (Champs Flammarion) et voir sur Arte la série Grand Art qu’il anime.

     

     

  • Earth Hour: économies de bouts de chandelle?

    Comme certains internautes le préconisent, allumons symboliquement toutes nos lampes entre 19 h 30 et 20 h 30, faisons une lumière du feu de Dieu. Et bon passage à l'heure d'été, cette autre...fantaisie.

    Dimanche, 14h. Point positif, l'attention portée

    sur un plan international au dérèglement climatique et aux remèdes à apporter (vite).

    Observation: les exclamations de ravissement lancées lors de l'extinction de l'éclairage des grands bâtiments ou monuments. Jadis, on s'exclamait volontiers devant l'éclairement des lieux, les levées de lumière. Serions-nous déjà en route vers une esthétique de l'extinction (des feux, de l'humanité)?


     

     

  • La Belle-mère dure #8 est en ligne

    Le magazine satirique en ligne du trio Dejaeger-Ellyton-Querton est de retour.

    Avec, entre autres choses, le bon usage de Dieu, la carte de la république de Blegique coloniale en exil (prenez connaissance du nouveau nom des villes), le très attendu épisode 81 de la saga Maigros sans oublier les pipes de Magritte Y. (attention les yeux !).

    http://storage.canalblog.com/50/15/471513/37571212.pdf

     

    Une belle-mère toujours belle et de plus en plus dure, la preuve :

    http://soirmag.lesoir.be/actualite/ActuSM/il-tire-sur-sa-belle-mere-2009-03-26-697981.shtml

     

     

  • Bol verbal

    Les voyelles avalées tombent dans la trachée artère avec un bruit de glotte mal refermée. Pour les repêcher, il faudrait une ligne de mots avec un appât bien garni. Il ressortirait de l'étang aux nourritures spirituelles avec aux entournures des restes de mots moisis, des filaments de lettres sales, des phonèmes endommagés. Les voyelles avalées, en chutant, franchissent le mur du son, elles pétaradent dans le corps du texte dans un bruit de tonnerre verbal. Le ciel interieur s'illumine de traînées de paroles. Le vent souffle si fort qu'il faut ouvrir toute grande les voies d'accès à l'irraison. On s'époumone et les poissons du soufle déversent leur cargaison d'huile essentielle. Les voyelles oubliées raclent les fonds de langage en venant résonner dans l'alphabet.

     

     

     

  • à la gare

    à la gare le poème

    n’attend pas le train

    il est là par hasard

     

    les voyageurs qui passent

    versent dans son écuelle

    une obole

     

    en forme de voyage

     

    ))))))))))))))))))))))))))))))))))))                                             

     

     

    Fr. Hardy - J. Dutronc


     

    Bob Dylan, 1979


    paroles traduites de Slow train coming:

    http://www.bobdylan-fr.com/trad/slowtrain.html


  • poème à grande vitesse

    après le passage du poème

    à grande vitesse

    le roman reprend

    son train de sénateur

    ))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))

    Kraftwerk, 1977


    Kraftwerk (live 2004)


    Version symphonique


     


  • Sac de plumes

    Sac de plumes

    Et bonnets de bain.

     

    Dans vos piscines cossues

    Je cracherai mes mots vilains.

    Oui je règlerai mes comptes

    Avec les eaux de la terre

    Les mappemondes en verre

    Et les livres marins

    Avant la fin du monde

    Et l’essorement des reins

     

    Sac de plumes

    Et bonnets de bain.

     

    Dans vos paysages sales

    J’inscrirai mes lieux pouilleux.

    Oui, je réglerai ma montre

    Sur l’heure du lendemain.

    J’enfermerai la lune

    Dans un morceau de pain

    Je verserai mon urine

    Dans un pichet de vin.

     

    Sac de plumes

    Et bonnets de bain.

                                       

     

  • Exposition André NAVEZ

    Le peintre André NAVEZ exposera au Centre Marius Staquet de Mouscron du 28 mars au 3 mai 2009.

    Le vernissage a lieu le vendredi 27 mars à 19 h.

    Lorsqu’on pénètre dans l’univers d’André Navez, on se tait, on regarde, et alors on est surpris de se sentir bien, serein, rassure, apaise...    Françoise Daniel

    http://www.lagalerie.be/navez/index.htm               

    "André Navez (La Louvière, 1955) travaille la matière picturale comme un céramiste d'art modèle son argile. La force réside dans une subtile rencontre esthétique : celle d'un suprématisme tatoué d'ondes tantôt légèrement lyriques, tantôt plus froides. Des formes cartésiennes y épousent des gestes fébriles, des teintes affirmées, des plages tout en déliquescences. Quelques accidents volontaires y inscrivent des graphies aléatoires, un peu comme si l'archéologue suppléait le plasticien. L'art d'André Navez appelle à développer un sens peu commun : mettre en branle le “toucher” du regard et y vivre l'émotion par procuration."

    http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Tourcoing/actualite/Secteur_Tourcoing/2009/03/13/article_exposition-les-creusets-d-andre-navez.shtml

     

  • JOSÉ JUAN TABLADA

    LE PAON

    Paon, longue lueur,

    dans le poulailler démocrate

    tu passes comme une procession

     

    L’ARAIGNÉE

    En se promenant sur sa toile

    cette lune lumineuse

    garde éveillée l’araignée.

     

    LA LUNE

    La nuit noire est la mer,

    le nuage est une coquille

    la lune est une perle…

     

    POISSSONS VOLANTS

    Sous les coups de l’or solaire

    la vitre de la mer vole en miettes.

     

    ------

    José Juan Tablada  est né à Mexico en 1871 et est mort en 1945 à New York. Précurseur de la poésie moderne, introducteur du haïku en langue espagnole, esprit s’apparentant par plus d’un aspect à Apollinaire.

    Extrait de Un siècle de Poésie mexicaine, traduite par Claude Beausoleil et paru chez Points Poésie. 

  • Les lèvres volantes

    J’ai soufflé sur des lèvres brûlantes. J’ai soufflé sur des lèvres glacées. Si fort qu’elles se sont envolées et ont atterri à mes pieds. Si fort qu’elles  se sont attachées  à mes semelles et que je ne peux plus faire un pas sans qu’elles baisent systématiquement tout ce que mes chaussures  foulent.

     


  • Journée mondiale de l'eau

    l’eau qui parle le langage des fleuves

    bredouille des mots doux

    à la mer

     

    ///

     

    l’eau des regards

    emporte

    les débris d’images

     

    ///

     

    l’eau qui dort debout

    fait

    des rêves de fontaine


    )))))))))))))))))))))))))))))))                                       

     

      Jeux d’eau à la Villa d’Este de Liszt, par Claudio Arrau

    http://www.youtube.com/watch?v=QMT7EFITfVI&feature=related

     

      Jeux d'eau de Ravel, par Martha Argerich

    http://www.dailymotion.com/relevance/search/jeux+d%27eau+ravel/video/x4hkwz_argerich-ravel-jeux-deau-martha-arg_music

     

    La goutte d’eau, Nicole Rieu

    http://www.youtube.com/watch?v=r_gXCyekRyY

     

  • < Note sur l'enfance du poème >

    On ne sait rien sur l’enfance du poème et c’est une des grandes tristesses de la science puérile. Car, à cette époque, l’Obamaderthal (forme, la plus avancée de l’Homo sapiens) n’avait pas encore fait son apparition, faut-il le rappeler.

    L’Homme était comme qui dirait en gestation dans des formes cellulaires ressemblant de très loin à l’image du mâle, blanc et buvant son Nespresso, dérangé par des femmes avenantes qui n’en veulent (pas) qu’à son sourire. Et le poème vivait son enfance dans une nature luxuriante et monstrueuse, en proie à la férocité d’animaux de la famille des tricératops et autres aptéryx, obtélyx… Le poème était  incorporé de force dans des entités primaires et redoutables, de formes dont on n’a pas idée et dont il ne reste aucune trace ou empreinte fossile hormis un pied de vers déformé figurant une dent cariée de mammouth. L’enfance n’avait pas, non plus, le statut enviable et chiant que nous lui connaissons. Le poème a beau avoir eu un début d’évolution fort lent, comme toute forme vivante et plusieurs fois millénaire, on peut difficilement s’imaginer le poème bambin et, qui plus est, nourrisson, se traînant parmi les langues et jouant à la Playstation ou à la Nintendo.

    Faut-il préciser que le poème n’est pas né de l'accouplement  grotesque d’une mère et d’un père (il n’est pas non plus né dans l’œuf ni dans le nid d’une cigogne) et le poème ne se nourrit que d’une espèce rare de langage (non encore identifiée): comme Dieu, la soupe aux choux, et la position communément numérotée 69, le poème est une création ex nihilo : il n’y a rien eu avant le poème et le poème ne sera suivi que des romans de science-affliction de Michel Houellebecq. On ne se lamentera toutefois pas, cela ne servirait à rien, sur sa qualité d’orphelin, il y aura des malheurs bien plus grands dans son existence. Et on ne possède  hélas aucune image numérisée de son ancestral passé.

    Justement, un film d’animation sur l’enfance du poème, à base d’images virtuelles, qui sera réalisé par Jean-Jacques de l’Anneau, est à l’état embryonnaire. Les façons de le représenter sont soumises à des discussions sans fin entre des scientifiques de renom et des poètes aux publications subsidiées par les Régions. D’après les rumeurs des tabloïds les plus en vue, la voix du poème serait composée d’un agrégat de sons provenant des sifflements du tapir, du cri de la loutre en train de vêler et de la voix modulée de J.-C Van Damme jurant dans un Japonais  à peine audible et mâtiné d’accent hollywodo-bruxellois : « P… de b… de poème de m… ! » A peu de phonèmes près.     


  • Le gardien de nuit et autres mini maux

     

    le gardien de nuit

    laisse filer

    ses rêves

     

    ///

     

    à deux

    la nuit paraît

    moins longue

     

    ///


    pour les lève-tard

    rétablissons

    la peine matinale

     

     

    ----------------------------------------

     

    le 21 mars est la Journée internationale du sommeil

    ♫  Madame rêve, 1991

    http://www.dailymotion.com/video/xhan8_alain-bashung-madame-reve

    Madame rêve, 08.08.2008

    http://www.youtube.com/watch?v=LruGfgy1V4Q&feature=related


     

  • histoire pour rien

    les chats que j’ai connus

    n’ont jamais fait de mal

    aux livres de mon enfance

     

    - ils parlaient lentement -

     

    parfois certains seulement pour rire

    arrachaient une à une les pages

    des romans à l’écriture blanche

     

    - ils marchaient lentement -


    mais au fond du jardin toujours

    pendus aux branches du vieux prunier

    leurs poèmes me soufflaient dans le noir

     

    - ils mouraient lentement -

     

    l’histoire pour rien de ma vie à venir

     

    )))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))

     

    Emily Jane White

    http://www.youtube.com/watch?v=Aw6Kh-lzVgM

     

     

     

  • L'art d'accomoder les foules

    Prenez une foule bien fraîche, agitez une heure, plongez-la dans un gaz lacrymogène d’essence de salarié ou d’étudiant ; retirez, faites revenir dans une poêle bien chaude ; mettez-y quelques tiges de thym, des épices policières, des pattes de poulet en pagaille ; faites refroidir au cabanon pendant une nuit ; sortez la foule au grand air, faites-la sécher avec des herbes axiomatiques et des feuilles de paie périmées pendant une journée sous un soleil de plomb ; si elle vous em… encore, coupez-la en dés, faites-la bouillir ou aspergez-la d’un acide de votre convenance ; dispersez ses cendres sur une cause entendue depuis toujours ; fichez-la, punaisez ses photos, légendez-là, digérez ses héros une semaine puis embarquez-en une autre, variez le mode de cuisson mais surtout ne gardez jamais au congélateur plus de trois mois : elle serait bonne pour les poubelles de l’histoire.

     

     

    en signe de solidarité avec la grève nationale en France

     

    Sur Libé.fr

    "Les manifestants rivalisent d’originalité pour porter leurs slogans et revendications. Grosses, petites, hautes, récupérées ou colorées, les pancartes restent le meilleur moyen. Mais une bonne pancarte n’est rien sans un bon porte-pancarte… La preuve en image":

    http://www.liberation.fr/societe/1101404-la-manif-version-pancarte:i-11


  • Le vent léger

    Il y a de la lumière à l’étage. Mes parents marchent sur le plancher sans faire de bruit. Je monte doucement. La lune est pleine d’ombres. Le vent est léger, l’air lourd. Le printemps peine à venir, je piétine les premières fleurs, je jette par la fenêtre une vieille maladie bleue. Ils me reconnaissent au premier regard, leur face s’illumine. Ils me mettent les fers, m’enchaînent à des souvenirs d’enfance. Le souffle me manque, je tousse, je crache du verre. Je me réfugie sous la table où le chat me rejoint, ses poils sont doux. D’une boîte à chaussures vide, je retire des porte-clés en forme de crâne, des mèches ensanglantées. Je les remets en place puis viens boire mon bol de lait chaud avec du miel. Je vais dans ma chambre où j’ai mes livres d’images, mes raisons d’espérer. Demain, c’est l’école où j’apprendrai à tirer les cheveux des filles sans leur arracher et à aimer les chats comme je dois les aimer.


     

  • MARCEL PELTIER

    Tendre silence.
     
    Ne rien dire
    du vent
    ni de l'étourneau
     
    Ne rien dire
    de l'herbe
    ni du roseau
     
    Seulement
    respirer le parfum
    de ta peau
     
    Tendre silence
    partagé
    avec l'oiseau



    un inédit de Marcel Peltier qui publie aux Éditions du Cygne, Décantation du temps.

    http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-decantation-temps.html


  • Misère de la poésie

    I

    les poètes traitent mal

    leur progéniture

     

    il y a de par le monde

    des milliers de poèmes abandonnés

     

    II

    on recense de plus en plus

    de poèmes sans papier

     

    hélas aucune régularisation

    n’est en vue

     

    III

    depuis toujours les poèmes se combattent

    il y a des morts, des éclopés, des survivants

    qui se traînent et viennent mourir

     

    dans les livres d’histoire de la littérature

                                                                                  

                                                                                     

    )))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))

     

    Misère du monde

     

    Le problème des sans-papiers toujours non résolu en Belgique (et ailleurs) :

    http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/488965/treize-sans-papiers-attaquent-l-etat.html

     

    Bien mérité, 2009

    http://www.youtube.com/watch?v=M0_tP54p9Qo

     

      Né quelque part, 1988

    http://www.dailymotion.com/search/n%C3%A9+quelque+part+maxime+leforestier/video/x2e7r4_ne-quelque-part_music

     

     C’est déjà ça, 1993

    http://www.youtube.com/watch?v=jBIWL9S32QQ


     

  • Le portraitiste de la nuit et autres minis maux

     

    le portraitiste de la nuit

    cherche

    la lune modèle

     

    ///

     

    au sortir de la nuit

    des chercheurs d’aube

    avec leur tamis à lumière

     

    ///

     

    le dérouleur de lointain

    étale le paysage

    sur l’horizon

     


     

  • 2043

    la réveillez pas
    laissez-la
    la réveillez pas
    pas avant 2043
     
    d'ici là j'aurai découvert
    lequel de mes autres oubliés
    aura l'aplomb de l'aimer
     
    d'ici là je ferai flèche de tout bois
    d'ici là je me serai consumé
    d'ici là j'aurai balayé les cendres
    et tout ce qui s'ensuit
     
    je suis pas prêt
    j'ai les pièces détachées
    quant à l'horloger
    ses minutes sont comptées
     
    Alain Bashung - Extrait de 2043


    posté par Alexandre Millon

  • Mini mal

    j’agite les bras

    dans la mer :

    il pleut des vagues!


    /////


    à l’heure qu’il aime,

    il est

    entre la vie et l’amour.


    /////


    l’eau précieuse -

    et des chercheurs d’or

    assoiffés.

                                                               

  • Alain Bashung

    A 19 h42, on annonçait le décès d'Alain BASHUNG, 61 ans, survenu "samedi après-midi entouré des siens à l'hôpital Saint-Joseph à Paris".

    Il est l'auteur de chansons mémorables, avec Serge Gainsbourg, Boris Bergman, Jean Fauque ou dernièrement Gérard Manset, des blocs de poésie pure.

    En voici quelques-unes.

    La nuit je mens


    Je t'ai manqué


    Tant de nuits


    Aucun express



     

     

     

  • Chauffeur de do

     

    Le chauffeur de do réchauffe les do refroidis par le milieu musical ambiant. Il fait rouler sur toute la surface du do un courant d’air chaud bénéfique et contagieux. Au contact de ce do réchauffé, réhumidifié par une coulée continue d’ondes favorables, les notes environnantes donnerront leurs meilleures harmoniques et les morceaux rayonneront d’une chaleur propre à faire de la partition un lieu convivial,  idéal pour la promotion de la musique classique qui peine encore à rivaliser avec la musique populaire, pleine de do ronflants. On pourra à l’aide de ces do neufs chauffer des salles entières, griller des symphonies dépassées et faire jouer sur un feu de notes vives les quatuors les plus brûlants du répertoire.   

                                                                                                      

    )))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))))

    2ème mouvement du quatuor à cordes en la majeur de Ravel par le quatuor Hagen 



  • elle n'est pas comme ça, la vie

     

     

    parfois pour rien

    tu souriras à la vie

    puis tu diras

    je me suis trompé,

    elle

    n'est pas comme ça

    la vie

    c'est simplement parce

    j'étais bien

    reposé

     

     

  • Épisode 12: Les mots de l'amer

    Résumé de l’épisode précédent : La psy du narrateur file un mauvais coton avec un faux sosie de Miles Davis.  Le narrateur décide de revoir sa mère.

    Il y deux jours, je suis allé voir ma mère. Cela faisait des mois que je ne l’avais plus vue en vrai. Je me contentais de visiter son blogue, de laisser des messages, des vidéos. Puis elle a déconnecté son blogue, sa vie, et plus trace d’elle pendant des semaines. Même ses plus fidèles contacts n’avait plus de ses news. En fait, ma mère habitait maintenant une caravane à la mer, derrière les dunes ou ce qui en restait. Elle vivait seule, elle avait grossi, elle buvait beaucoup, trop même. Quand je suis allé la voir, il n’y avait qu’elle dans le camp, c’était lugubre, on entendait la mer gronder, surtout le soir, mais elle m’a dit qu’elle avait envie de voir le fond. Je lui dis qu’elle y était, elle n’en semblait pas persuadée. Les blogues avaient bousillé sa vie, elle espérait que je m’en sorte avant d’y laisser toutes mes billes. Elle eut de vilains mots à l’endroit des blogues, qui me navrèrent. J’en espérais encore quelque chose. Ils ont détruit ma vie et ils détruiront la tienne ! On se serait cru dans 8 mile* avec Eminem. Sauf que je rappais comme un pied et que ma mère n’avait pas la silhouette de Kim Basinger. J’aurais voulu lui parler de mes dernières expériences mais je sentais que ce n’était pas le moment, il n’y en avait que pour elle, ses malheurs, ses chagrins. Je comprenais que ma mère n’ouvrirait plus de blogue, que pour elle, les blogues c’était définitivement fini et qu’elle continuerait encore un peu sa descente en enfer. En quittant le camp, je suis allé marcher sur le front de mer.

     

    Dans la pluie et le vent, je me remémorais les mots de ma mère sur la vacuité des blogues. Et si elle avait raison, et si nous étions en train de vivre la fin des blogues! L’ère nouvelle des réseaux sociaux, des plates-formes communautaires venait de voir le jour. Nous allions retrouver nos amis d’enfance, que nous aurions de la peine à reconnaître avec leur face blanchie, ridée, dégarnie ou artificiellement chevelue. Nous accepterions systématiquement d’être l’ami de vieux qui prétendraient avoir avec nous des souvenirs de bacs à sable. À tout moment, nous devrions déclarer ce que nous faisons afin que personne ne soit dupe de notre non existence réelle. Un ami interviendrait à brûle–pourpoint dans un dialogue impromptu que nous aurions avec quelqu’un ou, à l’inverse, nous viendrions mettre notre grain de sel dans une conversation qui en manquerait. Nous serions inondés de messages en provenance des groupes que nous aurions rejoints par besoin grégaire. L’horreur absolue! Nous regretterions le bon vieux téléphone fixe qu’on laissait sonner sans savoir quel était l’importun à l’autre bout du fil qui nous sortait de l’écoute d’un disque de Ferré ou d’un livre de Kundera quand nous croyions encore que ce dernier n’avait été qu’une victime du système qu’il dénonçait. Oui, Léo, toufoulcamp, camfoultout, le temps chamboule tout, ne laisse plus rien en place, les jeunes ne sont plus jeunes ; les vieux, plus vieux. Livre de visages, c’était comme ça que ça s’appellerait. J’en tremblai, pris d’un affreux pressentiment : il y aurait bientôt des accros de Facebook et ce serait bien plus horrible que tout ce que la toile nous avait jamais apporté. Et ma mère seule dans un camping désert.

     

    * http://www.dailymotion.com/search/8+mile+/video/xrgym_8-mile-trailer_music

    ♫  Aux sombres héros de l'amer, 1989

    http://www.youtube.com/watch?v=UfQz-9olu_g

    ♫  La mémoire et la mer, 1970

    http://www.youtube.com/watch?v=HMZAa81nxLI&feature=related


             

     

     

  • Le spectacle intérieur

    Quand elle m'a apporté le pot aux roses, je lui ai retourné sans ménagement sur la tête, et du sang a coulé. Beaucoup de sang. Quand son corps se fut vidé, je l'ai rempli de roses. J'ai regardé dans les yeux pour voir à l'intérieur du corps nouvellement comblé quelle tournure il avait pris. Le spectacle m'a inondé de joie et, même si elle a longtemps pleuré, j'ai su que j'avais bien fait.

  • buée

     

    essuyer la buée sur les lettres du poème

    pour bien voir la route des mots