• poémacédoine

    le poème peau de banane

    le poème queue de cerise

    le poème orange pressée

    le poème mangue à l’eau

    le poème kiwi ki asimines

    le poème mûres mûres

    le poème un peu brugnon

    le poème qui fait grand fruit

    celui qui fait amandes honorables

    le poème qui a la pêche

    le poème qui a cassis ses raisins

    le poème zeste de citron

    le poème tête de pomme

    le poème en coing

    et celui enfin en forme de poire

     

    composeront un cocktail de vers 

    pour tous les assoiffés

    de poésie naturelle

    trop souvent condamnés

    au poème Danacol

     


     

     

  • Le derrière

    Parce que les séries commencées à l’ouverture du blog viennent doucement à expiration, en voici une nouvelle, Les os ronds, évidemment inspirée des Oignons de Géo Norge. Elle n’a pas prétention à concurrencer l’originale et s’éloignera sans doute de son modèle au fil des textes postés.  


    LE DERRIÈRE

    La reine avait un beau derrière mais le roi ne voulait pas qu’on le voie. Un roi n’en est pas moins mari, ma foi. Mais  les rumeurs allèrent bon train comme quoi il n’était pas si beau que ça. Le roi organisa alors pour toute la cour une exhibition dans la salle des glaces qui fit grand éclat. Le résultat dépassa toutes les prévisions et le fou du roi pour faire retomber l’émoi  vint au bon moment fesser ce fessier royal. Le cul de la reine continua longtemps d’alimenter les conversations mondaines et le prestige du roi en fut rehaussé jusqu’au bout de son  règne.

  • Yalta

    à Yalta
    le vers de poème a bien failli
    être partagé en deux hémistiches

    heureusement
    il s’était réfugié
    dans un bunker de plain-pied

     

     

  • Jean-Pierre VERHEGGEN

    À Paul Eluard  (à propos de « Elle est debout sur mes paupières et ses cheveux sont dans les miens », in L’amoureuse)

    Ce n’est pas pour m’immiscer dans votre vie privée, mon cher Eluard, mais prétendre que votre amoureuse est debout sur vos paupières, ça ne tient pas la route, mon vieux, ça manque d’assiette stabilisée, c’est la glisse assurée et la chute au ras des pâquerettes ! C’est fragile, vous savez, ce petit voile musculo-membraneux qui nous recouvre le globe oculaire ! C’est comme du papier cristal ou de la pâte feuilletée, ça se craquelle puis ça craque concrètement et patatras, votre amoureuse se retrouve dans les bégonias ! Quand bien même n’avalerait-elle que des biscottes et du jus de carotte ou serait-elle cheftaine-démonstratrice chez Weight Control, la question du poids reste entièrement posée ! À moins – mais il faudrait le préciser ! – que votre fiancée soit une Barbie ou une choupinette de ce genre-là ! Voire une poupée gonflable (mais là, je l’ai dit, votre intimité ne me regarde pas !). Quoiqu’il en soit  - si je poursuis de bien vous lire – on voit mal comment dans la même position – debout ! quasi au garde-à-vous ! – une nana normale pourrait arriver à mêler ses cheveux aux vôtres ? Ou alors c’est quoi, votre gonzesse ? Un mètre-ruban ? Une yogi-girl ? Une femme caoutchouc qui joue les femmes-serpent dans un cirque ? Une pliable-démontable en kit Ikea ? Imaginez ses contorsion, sa colonne vertébrale qui se brise pour vos beaux yeux, de manière irréversible, pauvre fille ! Au lieu d’exiger d’elle de telles acrobaties pour – finalement – voir sa petite culotte – car finalement  c’est de cela qu’il s’agit ! – n’était-il pas plus simple et beaucoup moins périlleux de lui demander qu’elle l’ôte devant vous, sans chichis et les deux pieds au sol !

     

    J.-P. VERHEGGEN, Objections, chers poètes, in Sodome et Grammaire, Gallimard, 2008.

     



  • ELUARD + ARCHIVE

    L'amoureuse

    Elle est debout sur mes paupières

    Et ses cheveux sont dans les miens,

    Elle a la forme de mes mains,

    Elle a la couleur de mes yeux,

    Elle s'engloutit dans mon ombre

    Comme une pierre sur le ciel.


    Elle a toujours les yeux ouverts

    Et ne me laisse pas dormir.

    Ses rêves en pleine lumière

    Font s'évaporer les soleils,

    Me font rire, pleurer et rire,

    Parler sans avoir rien à dire.


    Paul ELUARD, in Capitale de la douleur, 1926 (Poésie/Gallimard)

    ARCHIVE, Controlling crowds  (8ème album studio), 2009.

  • James CRUMLEY

    — Mon fils, commença-t-il sans s'embarrasser de préliminaires, ne va jamais faire confiance à quelqu'un qui ne boit pas. C'est probablement aussi quelqu'un qui se croit meilleur que les autres, quelqu'un qui croit tout savoir. Parmi ces gens-là, tu trouveras peut-être des hommes de bien, mais songe que c'est précisément au nom de ce bien qu'ils attirent bien des calamités sur le pauvre monde. Car ils se posent en juges et se mêlent toujours de ce qui ne les regarde pas. Méfie-toi particulièrement de ceux qui boivent en faisant bien attention de ne jamais se saouler ; la plupart du temps, ils agissent ainsi parce qu'ils redoutent de libérer ce qu'ils gardent en leur cœur. Ce peut être la lâcheté, la bêtise, la méchanceté ou la violence. Quoi qu'il en soit, il n'est pas bon d'accorder sa confiance à un homme qui se craint lui-même. Mais parfois fils, parfois, tu pourras faire confiance à celui qui s'agenouille devant une cuvette de WC. Il y a une chance pour qu'il prenne là une bonne leçon d'humilité, une chance qu'il comprenne la vanité de sa condition et qu'il apprenne à vivre en se supportant. Car, vois-tu, il n'est pas facile de se prendre au sérieux quand on est en train de cracher tripes et boyaux dans une vieille cuvette de WC toute sale.

    Il resta une longue minute sans rien dire, puis ajouta :

    — Et surtout, fils, prends bien garde de ne jamais faire confiance à un ivrogne, à moins de le trouver dans cette posture.

    Quand je levai les yeux, je le vis qui souriait d'un sourire étrange, celui de l'homme qui vient d'entrevoir son avenir, et qui sait l'accepter sans se plaindre.

     

     

    James CRUMLEY, Fausse piste, 10-18, 1997, 336-337. Traduction : Ata.

     

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    choisi par Éric Dejaeger

    Ses dernières parutions:

    De l'art d'accomoder un prosateur cocu à la sauce poétique suivi de Règlement de compte à O.K. Poetry, Les éditions de La Gare, Vitry-sur-Seine, 2009

    Trashaïkus, Éditions du soir au matin, Merville, 2009

    On peut lire l'épisode n°82 de Maigros ici : 

    http://fr.calameo.com/books/0000407255902e38b76c4

     

     

  • Gardien de bisons

    Métier quasi disparu depuis la furie massacreuse de Buffalo Bill. Heureusement il reste les Buffalo Grill où les gardiens de cinquième génération, recuits certes, peuvent surveiller de près le précieux barbecue.

  • Gardien de vison

    Le gardien de vison est précieux lors des dîners en ville, des soirées dansantes huppées. Sans quitter d'une semelle la pièce maîtresse, il éloigne les importuns, les empêcheurs de s’habiller en vison. Si la fourrure a besoin de quelque chose, il se précipite, il ne compte pas ses efforts, il redouble d'attention de telle sorte que, lorsque sa propriétaire le retrouve après avoir bu, dansé, embrassé ou beaucoup parlé, le vison ne lui semble pas altéré  par l’absence : au contraire, elle retrouve un vison revivifié, empli de neufs ferments. Le gardien de vison prend place, rentré à la maison, dans le placard le plus proche de la penderie chic où reposera son gagne-pain.

    (à suivre)

  • Octavio PAZ + Lhasa DE SELA

    DAME HUAXTÈQUE

    À peine sortie du bain, nouvellement née de la nuit, nue, salutaire, elle rôde vers les lisières. Sur sa poitrine flambent des joyaux arrachés à l’été. L’herbe lisse, l’herbe bleue presque noire qui croît au bord du volcan, couvre son sexe. Dans son ventre un aigle déploie les ailes, deux ennemis s’enlacent, l’eau repose. Elle vient de loin, du pays humide. Peu l’ont vue. Je vais dire son secret : le jour, elle est une pierre sur le bord du chemin ; la nuit, une rivière qui coule aux côtés de l’homme.

     

    Aigle ou soleil (1949-1950), in Liberté sur Parole, Octavio PAZ (Poésie/Gallimard)

     


     Con toda palabra, Lhasa de Sela

     

  • Gardien de visions

    Vous avez des visions : des saints et des seins, des femmes fées ou des hommes faits princes, des pièces d'or, des trésors d'étoiles... Mais vos visions ne durent pas, leur écho se dissipe vite. Le gardien de visions vous les garde au frais, au-dessus de l'obscurité ambiante. Dans la nuit du quotidien, vos visions continuent de lancer leurs feux pendant que vous vaquez à vos petites occupations, à vos espoirs routiniers, à vos bouleversements minuscules... Et quand, à bout de la période de travail obligatoire ou de vacances exténuantes, vous faites appel au gardien de visions, elles sont là avec tous leurs effets restés intacts, leur pouvoir de vous transporter dans un monde imaginaire et hautement accueillant. Enfin, vous pouvez jouir de vos visions en toute liberté et jeter les déchets au gardien qui saura en faire bonne image.

     

    (à suivre)

  • Écrivain industriel

    L’écrivain industriel travaille pour des maisons d’édition cotées en bourse, des filiales de groupes financiers. Il est soumis à de grosses cadences : pas le temps de penser, juste la pause pour les besoins naturels, les sorties autorisées sous surveillance éditoriale. L’écrivain industriel est payé au nombre de mots, pas au nombre d’idées. Il produit des livres à la chaîne où les mots semblent flotter entre deux phrases, ils ne sont là que pour porter le récit, le relancer. Comme ses livres se lisent vite, il doit produire en série. Il ne compte plus ses lecteurs qui sont pris dans la masse.


    Il se démarque de l’écrivain amateur ou artisanal qui va à son rythme, publie peu ou à compte d’auteur, vend à la famille, aux amis, aux collègues de travail qui achètent ses livres comme on prend, sans regarder, le produit pour une bonne œuvre : un bic, un calendrier ou, jadis, un porte-clé.


    L’écrivain industriel passe à la télé, l’écrivain amateur (ses livres !) passe au pilon. C’est demain que l’écrivain artisanal aura sa revanche. Les enfants de l’écrivain artisanal ressortiront l’objet d’un tas informe de papiers couverts de poussière dans un grenier obscur en s’écriant : "J’en ai un, j’en ai un !" Alors que les pièces de l’écrivain industriel n’auront depuis longtemps plus la moindre valeur, le nom de l’auteur  étant passé à la trappe de l’histoire littéraire. Et si par hasard il s’en trouve un dans le caniveau, tombé de la benne à ordures, personne, par honte d’être vu, ne s’abaissera pour le ramasser.

  • Les résolutions culinaires

    Débauchons poêles et casseroles puis passons par-dessus bord la cuisinière et son amant trop cuit. Pénétrons dans le sous-marin de poche prévu pour les repas portatifs après avoir tordu les couverts et cavalons sur le sable des fonds de mer. Abordons notre première histoire de beurre et brisons les cornichons sur le crâne d'un corsaire mort au champ d'oignons. Acceptons couronnes et festins, orgies et gratins. Enveloppons le dernier paquebot dans de la couenne de fromage aux algues. Enfin, ne demandons pas nos restes - ils ne donnent pas envie - et reconcevons-nous à l'image d'un monde fait de fruits de mer et de rumeurs. En fait, changeons nos silences en appareil auditif dernier cri et laissons glisser profond murmures et queues de cerise. Que cela ne nous empêche pas de roter pour le plaisir d'entendre nos organes imaginaires fonctionner à plein pot et, a fortiori, de saliver à la vue improbable d'une écuyère grandie au saindoux et au sucre de canne nageant pieds nus frangés de fleurs de sel sur son hippocampe mort. 

  • L'élastique du sentiment et autres mini maux

    l'élastique du sentiment

    enroulée

    autour du coeur


                 ()


    vent de face en vison

    l'avancée impossible

    parmi les fourrures


                  ()


    le soleil aveugle

    avec

    sa lumière blanche


     

     

  • Gilles DELEUZE et Jacques RANCIÈRE: Fragments de discours

    Gilles DELEUZE, dont on peut (re)voir des extraits sur le Net de son remarquable Abécédaire (avec Claire Parnet, réal. de P-A Boutang): C comme Culture...

    "Je n'ai aucun savoir de réserve."

     

    Dans la lignée des Deleuze, Foucault, Derrida: Jacques RANCIÈRE, ici l'invité de Siné Hebdo:

    http://www.sinehebdo.eu/films-jacques-ranciere.html

    Le Maître ignorant (note de lecture):

    http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/category/1615395/1/les+beaux+livres

     

  • Matière à désirer

    Musiques, corps, images, saveurs... Activez votre désir, ai-je lu dans mon magazine préféré: c'est l'unique façon de rester heureux. Dès lors, j'active, j'active. Tout m'est bon: musiques, corps, images, saveurs... J'ai une telle soif de plaisirs. Un appétit monstre! À la moindre baisse de régime, je cours me réapprovisionner. Musique, corps, images, saveurs... Ah la belle vie! Le monde luxuriant! Hier, j'ai appris que les ressources en cette matière n'étaient pas éternelles et que je risquais d'en manquer sur la fin de mon existence. Mais je suis jeune et le terme de ma vie est lointain. D'ici là on aura découvert des succédanés, des sources de joie neuves, d'inexploitées énergies revitalisantes. La Nouvelle Religion nous le promet. C'est pourquoi je crois au tout-numérique. Musiques, corps, images, saveurs...

     

  • Le piqueur de do

     

    Au début était le do. Puis vinrent les ré, les mi et autre sol, la, si. Une descendance dont il eut parfois à rougir, et le sentiment d’une énorme culpabilité à avoir engendré les mélodies simples en do majeur des chanteurs de variété.  De là, la compulsion du do à se faire piquer pour calmer des courbatures, des douleurs le long de la colonne musicale. Le piqueur de do enfonce des aiguilles sur les do endommagés, qui produisent des sons ressemblant à des ré rauques ou encore à des si stridents voire à des la atteints d’une malformation congénitale, un handicap sonore lourd. Le piqueur fait crier le do de douleur mais aussi de plaisir car le do exulte dans le mal, c’est connu dans les milieux endogammes : il est un tantinet maso, le do, mais si. Les problèmes psychologiques du do sollicitent de nombreuses équipes de spécialistes en do-manie.  Mais au pays imaginaire, là où les fa mi lavent le sol en donnant le la, les nombreux si dorment tranquilles et les do font de beaux ré…

     

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    Do ré mi... à la gare d'Anvers


     

  • TRASHAÏKUS de Éric DEJAEGER

    Des haïkus classiques 5-7-5, cela devient rare, chacun voulant refaire le monde du haïku à ses propres dimensions. Le Haut Comité du Grand Haïku Francophone a de nombreuses fois remonté les bretelles des déviants, de ceux qui pensent qu’on peut tout faire au pays du haïku mais il reste encore beaucoup de haijins sur la mauvaise pente. Heureusement des auteurs scrupuleux nous montrent la voie d’un retour à l’ordre établi, Éric Dejaeger en tête.

     

    forte éclaboussure

    gros impact sur le miroir

    au revoir furoncle

     

    L’évocation est crue, le sentiment n’émerge pas, l’auteur semble comme absent de ce qu’il écrit : est-ce son furoncle qui éclate devant nous, dont l’explosion quoique prévue mais non moins soudaine pourrait nous toucher ?  Oui, non ? Tout cela n’a que peu d’importance. Le fait est : le boutonneux est tranquille pour un certain temps. 

     

    gros paquet d’épingles

    rond rouge et brun sur fond noir

    hérisson plat mort

     

    L’accent ici est mis sur la forme et les couleurs de ce qui apparaît sous nos yeux. Si le constat est sans appel, le phénomène irréversible (peu de chances malgré les progrès de la chirurgie esthétique que le hérisson retrouve sa forme d’origine et son beau piquant), il pointe le dérisoire de la condition animale en milieu routier. Remarquons au passage les adjectifs "gros", "rond" s’opposant à "plat". Le son de « hérisson » qui résonne sur le "ron" de "rond". Le "pa" de "paquet "avec le plat de… pâtes. Pardon, je m’emmêle un peu  les syllabes et j’ai faim.

     

    deux cent mille morts

    sans blâme international

    génocide au poil

     

    En trois lignes, notre société est balayée d’un regard: la cruauté est partout et, derrière les indignations de façade, les déclarations des grands et surtout des petits grands, tout le monde s’en contref…. C’est « au poil », le jeu financier va reprendre, les chômeurs resteront sur le carreau, tout profit pour le Grand Capital mais je m’égare, là. Revenons à nos moutons. J’aperçois un loup, ça tombe bien.

     

    forêt bucolique

    string rouge au fond d’un taillis

    vieux loup bien repu

     

    Ici, légère sensualité signalée par le string, le sombre couve derrière le paysage enchanteur. Le f-lou est présent, on ne sait pas qui a subi les crocs de l’animal. Pour sûr quelque chose de rouge déambulant dans la forêt. On ne dira jamais assez les précautions à prendre pour le rouge égaré dans trop de vert.

     

    très forte chaleur

    craquements du bois chauffé

    incinéré vif

     

    Ici, le barbecue a fait son office. Pour aller vite, on a plongé le poulet sur le gril et deux, trois grésillements, des cris peut-être mais… faut bien bouffer. Quoi, il pourrait ne pas s’agir d’un poulet, me souffle-t-on par-dessus l’odeur de brûlé. Passons, mais restons dans le chaud, le presque cuit, le brûlant.   

     

    chameau mort de soif

    mirage mort de chaleur

    beau réchauffement

     

    L’auteur termine son recueil par un haïku emblématique du problème numéro 1 auquel la planète est confrontée. Comme quoi le haïku va à l’essentiel, il ne s’embarrasse d’aucun chemin de traverse. Avec une économie de moyen digne des meilleurs et une belle répétition du mot « mort », histoire de nous rappeler qu’on n’y échappera pas.

     

    Un haïkiste sur lequel il faudrait prendre exemple et auquel, personnellement, en tant que Grand Maître du Grand Haïku Francophone, je prédis (même si nous savons le haijin modeste) une carrière à la mesure de ce premier essai prometteur.

      

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    Si l’article est bidon, les haïkus sont tous bien tirés du recueil TRASHAÏKUS d'Éric DEJAEGER paru aux Éditions du soir au matin. Rassurez-vous, il y en a d'autres et des pires.

    www.leseditionsdusoiraumatin.com  (pas encore signalé sur le site)


    Vous pouvez vous le procurer au prix de 3,59 € pour la Belgique et 3,90 € pour la France chez l’auteur à cette adresse: ericdejaeger@yahoo.fr

     

     

     

  • Tueur de douches

     

    L’association des plombiers francophones signale de nombreux crimes perpétrés avec une rare violence par un tueur de douches. Qu’on ne s’y méprenne pas, le tueur de douches n’agit pas pour tuer les (jeunes) femmes dénudées sous le jet. Non ! Le tueur de douches démantèle les installations sanitaires : tout ce qui conduit l’eau à des fins hygiéniques  le débecte, il dézingue tout ce qui est tuyau, conduit, robinet, cabine ou même rideau. On ne connaît pas encore les raisons à la base de cette compulsion (le film d’Hitchcock, sans doute mais à ce stade de l'enquête, rien n’est  avancé, une batterie de profilers, spécialistes des serial showers est sur le coup). Une chose est sûre, il ne s’agit pas d’un simple vandale.

    Le tueur de douches, rarement mentionné dans les jt (même ceux d’RTL-TVi), fait des émules grâce aux vidéos de ses méfaits postées sur Youtube (qu’il a d’ailleurs plus d’une fois essayer d’exploser à cause du « tube »). Il permet toutefois à une armée de plombiers de passer ensuite sur ses ruines. Le bien nommé tueur de douches ne s’attaque qu’exceptionnellement (quand il a longtemps été privé de son passe-temps) aux baignoires. Par mesure de précaution, il est  demandé aux utilisateurs de retirer de leur tub le flexible orné à son bout du pommeau qui active chez le tueur de douches ses mauvais instincts.

     

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    (re)voir la scène de Psychose, 1960 derrière ou non un rideau de douche

    Une analyse de cette séquence :

    http://lesiteducinephile.ifrance.com/autopsie/psycho.htm

  • Épisode 14: Dieu (2ème partie)

             Chacun court le risque sérieux de croire en Dieu  (A.Chavée)

    Le plus étonnant, ce furent les témoignages de ceux qui L'avaient vu (43%), étaient persuadés de L'avoir entendu (58%), de Lui avoir parlé (23% dont 19% sur leur portable), de Lui avoir écrit (17%, dont 12 % quand même déclarant avoir échangé des sms avec Lui), d'avoir été en vacances avec Lui (3%), d'avoir dormi dans le même sac de couchage (1,2%), de repasser  Ses effets (0,04%), de Lui avoir donné de l'argent (1,5%), de lui devoir de l'argent (0,5%), de travailler pour Lui (17% dont 83% dans l'industrie du sexe). Certains (pas forcément des prêtres) disaient vivre avec Lui et faisaient donc partie de toutes les catégories.

     

    La plupart attendaient toujours une preuve de Dieu. Les preuves de vie des otages des Farc étant, il faut le dire, infiniment supérieures, à celles de Dieu... Dieu est discret, dirons-nous, ou alors il chausse des Ray Ban. Enfin, j'eus quelques témoignages de croyants sincères mais pas un seul de prêtre. On ne demande pas à un postier d'aimer poster, à un métallo d'aimer sa coulée, un gille d'aimer les oranges, ni à une femme de mauvaise vie d'aimer son existence...

     

    Le pape (enfin un certain Joseph R.) posta un commentaire sur mon blogue, il demandait où il pouvait avoir accès incognito à un distributeur de préservatifs car, disait-il, dans un mauvais allemand truffé d'italien et de latin de messe (que je peinai à décrypter, je dois l'avouer), son entourage immédiat lui dépeignait l'objet comme un mini-parapluie laissant tomber la semence sur les côtés et peu efficace, à ses dires. De plus son ordinateur particulier, le Saint PC, avait depuis longtemps été expurgé de toute image libidineuse.

    A la fin, je voyais Dieu partout: quand on frappait à la porte, quand mon GSM sonnait, je pensais que c'était Lui ; quand j'ouvrais mon portable, une grande lumière m'envahissait etc. Le plus difficile, c'était d'imaginer mon intérieur dans vingt ou trente ans parcouru par des groupes de pélerins venu se recueillir sur les lieux de mes nombreuses apparitions validées à 100 % par l'Eglise. 

    Je déconnectai au bon moment ! Encore un peu et je serais entré dans les ordres au monastère de mon village où je me serais occupé du cyber espace marketing consacré à la vente des fromages et des bières. Aussitôt après, j'ai ouvert un blogue consacré au Dalaï Lama, mais quand je me suis senti léviter au-dessus du four à micro ondes, je me suis dit que la spiritualité de masse ne me valait rien et j'ai fait une retraite bien méritée au fond de ma cave à vin. Où, soit dit en passant, je retrouvai quelques traces de Dieu (d'un vilain vert) mais qui ne m'importunèrent pas longtemps, je vous rassure.

     

  • Sculpteur d'air

    On connaît les sculptures de sable, les sculptures de glace, on connaît moins les sculptures d’air.

    Elles fleurissent çà et là, et par  temps clair, au-dessus des plaines à la fin de l'hiver. Seulement elles restent invisibles et personne ne peut les voir à l’œil nu. Il faut les imaginer là on voudrait prendre leur empreinte, fixer ses pointillés dans le paysage, les déposer au gré de ses regards sur l’horizon ou entre ciel et terre. Les figurer juste en dessous de la nappe nuageuse, en suspension sur le souffle des oiseaux...

    Le sculpteur d’air n'a besoin pour tout outil qu’un peu de rêve,  une bonne dose de chimères et d'un ciseau très fin n’altérant que la surface de la masse pneumatique. Si la sculpture d’air nécessite un diplôme universit-air, des apprentis sans qualification mais dotés d’un bon sommier en plumes d’oie sauvage ont réalisé des sculptures fabuleuses qui ont pris place dans l’histoire de l’air.


    °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

    Hold time, M. Ward

  • les dromadaires

     

    les poèmes sont les dromadaires de la littérature

    ils mettent les pieds là où aucun autre texte ne va

  • Ombre et lumière

     

    L’action de la lune fluctue à la bourse du ciel.

     

                                 *****

     

    Il est des pollutions nocturnes qui produisent des éjaculations spatiales.

     

                                 *****

     

    Après les éclats, je remets de l’ombre dans mes lumières.

     

  • Soutien à PIERRE ETAIX (jusqu'au 10 mai 2009)

    Message transmis par le comitié de soutien de Pierre Etaix

    En juin 2008,  16 000 signatures ont été remises aux avocats de Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière (co-auteur de quatre des cinq longs métrages aujourd'hui invisibles).

    Le 28 novembre 2008, les auteurs se voyaient refuser le droit de procéder à la restauration de leurs films (une restauration pourtant jugée urgente et dont le financement était assuré).

     Face à ce nouveau "blocage", nous sommes bien décidés à poursuivre notre mobilisation en rappelant les engagements de Madame Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la Communication: "Le ministère de la Culture et de la Communication est déterminé à tout mettre en oeuvre pour que les films de Pierre Etaix puissent être à nouveau diffusés sur tous supports et soient accessibles au plus large public"

    Aussi, le 10 mai 2009, nous espérons rassembler 50 000 signatures. Elles témoigneront avec force de notre vigilance face aux menaces qui pèsent aujourd'hui sur le devenir de cinq longs métrages qui comptent parmi les plus originaux du cinéma français. Elles seront remises à Madame la Ministre de la Culture et de la Communication quelques heures avant l'ouverture du 62 e Festival de Cannes. 

    Donc, ne re-signez pas la pétition (les doublons sont décomptés) mais parlez-en à vos amis,collègues, conjoint... ou mieux, prenez un peu de temps et copiez / collez le petit texte ci-dessous et transférez le message à tous vos contacts.

     Il reste trois semaines pour rassembler les 50 000 signatures. 

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     Texte à copier / coller et à transférer à vos contacts

     Chers amis,

     A quatre-vingts ans, Pierre Etaix, clown, dessinateur et cinéaste ne peut plus montrer ses films !!

     Ses cinq longs métrages (dont quatre co-écrits avec Jean-Claude Carrière) sont aujourd'hui totalement invisibles, victimes d'un imbroglio juridique scandaleux qui prive les auteurs de leurs droits et interdit toute diffusion (même gratuite) de leurs films.

     Alors, si vous souhaitez comprendre les raisons de ce rapt culturel et signer la pétition pour la ressortie des films de Pierre Etaix, visitez ce lien:

     http://sites.google.com/site/petitionetaix/

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    Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière :


     

  • Stand by me

    La chanson de Ben E. King (1961) composée par le fameux duo Leiber & Stoller ici interprétée par des musiciens du monde.

    http://www.playingforchange.com/pop2.html


    La fondation "playing for change" a pour but de connecter le monde à travers la musique en fournissant des ressources (notamment des facilités, des fournitures, des supports éducatifs, etc) aux musiciens et à leurs communautés dans le monde entier. La fondation aide les projets inspirés par les communautés vedettes des séries de films documentaires "Playing for change".

    Ils organisent des concerts (par exemple) pour aider à la contruction d'écoles de musique dans le monde avec pour ambition d'apporter la paix dans le monde à travers la musique.

    Choix et commentaires: Serge Motquin
  • ÉRIC DEJAEGER

    JOUR SANS JOUR

     

    Le jour se lève.

    Vu sa gueule de bois

    à dégoûter une tronçonneuse

    il s’enfile deux Dafalgans®

    effervescents

    et

    retourne se pieuter.

     

     

    Un inédit d'Éric Dejaeger


    Derniers ouvrages parus:

    De l'art d'accomoder un prosateur cocu à la sauce poétique suivi de Règlement de compte à O.K. Poetry, Les éditions de La Gare, Vitry-sur-Seine, 2009

    http://www.leseditionsdelagare.com/

    Trashaïkus, Éditions du soir au matin, Merville, 2009

    Contribue avec sa Liste de livres introuvables au dernier numéro de Fluide Glacial (spécial Belgique)



  • JEANINE MOULIN

    HISTOIRE DE RIRE

    Il était une fois un rire débordant qu'on enferma dans un enclos.

    Un beau jour, le captif s'évada afin de se donner libre cours dans la campagne. Il galopait joyeusement à côté du ruisseau dont la voix ressemblait à la sienne, quand le sort lui ôta le seul bonheur possible: être un rire qui fuse allègrement ou un fou rire qui cascade à l'infini. Le pauvre fut, en effet, rattrapé dans sa course par don Basile. L'odieux personnage le blâma de se répandre plus rapidement que la calomnie et le fit aussitôt arrêter.

    Conduit au tribunal des gens sérieux, il y fut entendu à huis-clos;  les témoignages s'y révélèrent en effet accablants! On l'accusa d'avoir été tour à tour graveleux, sarcastique, sans vergogne et surtout d'avoir déridé ses juges. Son ignorance des procédés juridiques les avait en effet fort divertis.

    Après clôture des débats, la sentence tomba. Le rire ne s'était pas pourvu contre les grincheux dans les délais prescrits par la loi. On le priva à tout jamais du droit d'éclater ou de se déchaîner.

    Il s'était laissé forclore.


    Jeanine Moulin, in LES YEUX DE LA TÊTE, Le cherche-midi éditeur, 1988.

     

    En savoir plus sur Jeanine Moulin:

    http://www.servicedulivre.be/fiches/m/moulin.htm

    choisi par Marcel Peltier. Son dernier ouvrage:

    http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-decantation-temps.html

     

  • À ton étoile

    Sous la lumière en plein
    Et dans l'ombre en silence
    Si tu cherches un abri
    Inaccessible
    Dis-toi qu'il n'est pas loin et qu'on y brille

    A ton étoile

    Petite sœur de mes nuits
    Ca m'a manqué tout ça
    Quand tu sauvais la face
    A bien d'autres que moi
    Sache que je n'oublie rien mais qu'on efface

    A ton étoile

    Toujours à l'horizon
    Des soleils qui s'inclinent
    Comme on n'a pas le choix il nous reste le cœur
    Tu peux cracher, même rire, et tu le dois

    A ton étoile

    A Marcos
    A la joie
    A la beauté des rêves
    A la mélancolie
    A l'espoir qui nous tient
    A la santé du feu
    Et de la flamme
    A ton étoile

     

    Yann Tiersen - Bertrand Cantat


    Noir Désir, 1997

    http://www.youtube.com/watch?v=K3AaoqgmoA0&feature=related

     

     

  • JEAN-PIERRE VERHEGGEN

    Poème pour une fois de plus réhabiliter la langue des bois

    À commencer par le lundi, le mardi et le méranti

    suivis de l’orme de Spy, l’orme de la situation,

    l’orme de la Mancha et l’orme sweet orme

    (celui qui reste chez lui

    tant on est bien chez soi !)

    Et le sapin me dira-t-on ?

    Oh ! pas le sapin mathématicien,

    l’épicéa qui compte sur ses doigts

    épicéa, et pi c’est b, et pi etcetera,

    et à Noël, qu’est-ce que ça me rapportera ?

    Non ! le pin tout ce qu’il y a de plus quotidien,

    notre pin qu’on gagne à la sueur de notre front

    et le vrai sapin qui est moins beau que dans la chanson

    puisqu’aussi bien il nous rappelle qu’au fond

    sapin au nez de tout le monde

    ce costume quatre planches

    qui marque la fin de nos dernières illusions !

     

    Sans oublier, notre vie durant, le mélèze social,

    et l’érable qui a bon dos

    (comme l’Arabe au bouleau !)

    ou le noyer et le poisson

    qu’on peut franchement remplacer par le patron

    quand il nous fait prendre un très mauvais thuya

    pour un fort bon tuyau !

    Il y a pire, ma foi ! Il y a le hêtre et le néant

    voire l’enfer – l’enfer, c’est les aulnes, n’est-ce pas ?! –

     

    En attendant, préférons-leur le chêne hi-fi

    - plus harmonieux, plus musical ! –

    ou le charme et la jolie souris

    qu’on ne saurait confondre

    avec le châtaignier et la souris teigneuse !

     

    Quant à la langue de bois,

    nous l’abandonnerons une fois encore

    (on ne le répétera jamais assez !)

    au petit père du peuplier

    et à celui de l’eau bénite

    qui comme chacun sait

    ne buis qu’à la santé de tout bon catholique !

     

    J.-P. VERHEGGEN

    Extrait de Sodome et Grammaire, Gallimard, 2008

     

  • Fellini Roma

    L'inénarrable défilé de mode de l'Église catholique romaine dans Fellini Roma (1972) de Federico Fellini (musique: Nino Rota).


    JOYEUSES FÊTES DE PÂQUES!

     

     

  • Un homme se prend pour Jean-Paul II

    Rome, vendredi soir. Aux environs de 23 h 30, un homme portant une croix en bois de sapin de petites dimensions a déclaré être Karol Wojtyla. Il n’avait pas de papiers, il portait une barbe fournie et parlait d’une voix peu audible un étrange sabir dans lequel on a cru reconnaître des idiomes d’italien et de polonais mais aussi de chinois, d’anglais, d’espagnol, d’arabe, de russe …

    En fait il semble, d’après les recoupements de plusieurs témoignages, que l’individu répétait les paroles de l’Urbi et orbi sur un air qu’il semblait bien connaître (il était dans le ton). Il semble aussi qu’il ait accusé Joseph Ratzinger d’être un imposteur, d’avoir mis en scène son décès pour prendre sa place au Saint-Siège. Accompagné d’un groupe de passants mi amusés, mi-intrigués, il s’est ensuite rendu aux urgences de l’Hôpital Fatebenefratelli proche pour demander une analyse ADN. Son état ne nécessitant apparemment pas une hospitalisation, le vieil homme at été refoulé et est reparti dans la ville après qu’on lui eut remis un panier d’oeufs en chocolat destinés aux enfants malades.

    Nul doute qu’on sera très attentif, dimanche matin, à la présence sur la place Saint-Pierre du malheureux qui a déclaré avant de se fondre dans la nuit qu’il ferait entendre sa (faible) voix lors de la traditionnelle bénédiction à la ville et au monde.