• Les plaisirs des sens

    Depuis qu’il avait fait l’amour, il ne regardait plus les femmes de la même manière. Leur seule vue lui prodiguait un trouble extrême. Alors il se mit des œillères mais même leur voix le mettait en pâmoison. Quel supplice ! Il se boucha les oreilles mais il les sentait à dix mètres à la ronde. Il se boucha le nez et la bouche. Tout se passa bien jusqu’au jour où une patiente du centre où il avait été interné le toucha et ce fut à nouveau les anciennes souffrances, les vieux démons. Quand, très tard, sur son lit d’agonie, on enleva tout ce qui obstruait ses sens, il ne supporta pas l’afflux de sensations données par l’infirmière qui lui administrait les derniers soins et il mourut dans un spasme de plaisir intense.

  • Le plein

    Il était au bord de la route et il geignait : "Le plein, le plein ! "Le plein, mais le plein de quoi, lui demandait-on. Le plein de fatigue ? Le plein de tristesse ? Le plein d’ivresse ? Le plein de caresses ? Le plein de bonheur ? Le plein d’honneur ?

    Non, répondit-il entre deux soupirs: Le plein d’errance.

  • Alicia de Larrocha joue Ravel

    La pianiste espagnole Alicia de Larrocha est décédée ce week-end à l'age de 86 ans.

    Elle joue (en 1997) le 1er mouvement du concerto en sol majeur de Ravel.

  • L'île / Patrick Aveline

    Île abandon

    L’île sécrète les vapeurs de ton silence

    Je me sustente de leur essence

    Et m’abreuve de sa jaja gazeuse

    Île renoncement

    La palme évente les reliefs du festin

    Des jours d’hier

    J’arrive

     

    Un magma léger

    Semble parfumer ma bile

    J’y vois flotter sans amertume

    Le strabisme divergent

    De tes yeux marins

    Reflet

     

    Sans ce sable blanc mouillé

    J’aurais posé ma nuque

    Et ma main au-dessous

    Pour une nuit de songes pélagiques

    Sans cette âpre écorce

    J’aurais goûté le lait de l’orage clair

    Dormant à l’assourdi au feutre

    De tes cheveux chauds

    Souvenir

     

    Île abandon

    Comme un ivre polatouche

    J’ai plané des heures

    Depuis ton aéronef succursale

    Des heures

    Jusqu’au nid des cocos

    Il n’y a plus qu’un point noir

    Au fond du ciel

    Tu y agites ta main

    Me saluant je crois

    Comme on salue les condamnés d’Alcatraz

     

    Île abandon

    Je n’ai plus peur

    Des statues antiques

    De leurs yeux sans iris

    Et fertile la terre obstrue ma bouche

    Île retraite

    Le crabe rouge parade

    Un violon dans sa pince droite

    Et moi je m’émeus comme lui

    Des mea culpa qui baissent pavillon

    Lueur d’avant-jour

     

    Un magma léger

    Semble tapisser les cloisons poreuses

    De ma moelle épinière

    J’y vois croiser sans crainte

    Des nefs médiévales au chevet plat

    Un mâtin couvrant sa chienne

    Île retraite

    Qu’il est bon de s’asseoir

    Au soleil mourant des atolls

    Et de t’oublier

    Brisants

     

     

    25 septembre 2009

     

    en savoir plus sur Patrick Aveline:

    http://www.manuscrit.com/Blog_Auteur.aspx?id=12572


  • Brigitte Fontaine / Prohibition

    Une Brigitte Fontaine en très grande forme à quelques semaines de la sortie de son nouvel album.

    "Partout c’est la prohibition / Alcool à la télévision / Papiers clopes manque de fric / Et vieillir dans les lieux publics / Partout c’est la prohibition / Parole écrit fornication / Foutre interdit à soixante ans / Ou scandale sans précédent / Je suis vieille et je vous encule / Avec mon look de libellule / Je suis vieille et je vais crever / Un petit détail oublié."

    Le blog de Brigitte Fontaine:

    http://musicspot.cnetfrance.fr/artiste/brigitte-fontaine-10436257/blog/

     


     

  • Les grands sentiments / Éric Allard


    Je me suis déshabillé et j’ai tout vidé : foie, pancréas, reins, glaires et graisses, cœur, sang, bile, colonne sans fin de l’intestin grêle. C’est fou ce que peut contenir un corps ; quel étalage de viscères et d’humeurs ! La table basse n’a pas suffi. J’ai du en déposer sur le canapé, la commode ; en accrocher aux lampadaires, aux appliques. Un vrai décor d’abattoir.

    Comme toujours quand on est occupé, c’est à ce moment-là que quelqu’un a sonné. C’était ma fiancée, on se mariait le lendemain. Je lui ai demandé dix minutes. J’ai tout remis en place, sauf un organe. Je suis allé ouvrir et elle s’est enfouie dans mes bras. « Tu as remis de l’ordre, c’est ça ? » Elle sentait la vanille, moi le cochon qu’on vient de dépecer. On a fait l’amour, j’ai été bestial. Puis, pour me faire pardonner ma sauvagerie, je lui ai donné mon cœur.

     

     

    Extrait de Penchants retors, Éric Allard, éd. Gros Textes (2009)

     

     

  • Penchants retors d'Éric Allard

    1975682655

     

     

    100 textes courts qui, à la première personne, moquent nos travers et ceux d'une époque (démocratisation des pratiques sexuelles, arts, religion, goût du pouvoir et de la célébrité, culte du corps et du sport...) sur le ton de l'humour, parfois grinçant mais jamais grincheux.

    Une trentaine de textes avaient déjà donné lieu à un Minicrobe en 2005, à l'initiative d'Éric Dejaeger.

    Je remercie aussi Paul Guiot, coanimateur de Microbe avec Éric, qui a publié des textes de ce recueil et Walter Ruhlman de mgversion2>datura

    Le présent recueil est dédié à Éric Dejaeger.

    Sur son blog, il donne avec la pub un texte du présent recueil.

    http://courttoujours.hautetfort.com/

    Aux Éditions Gros Textes

    http://rionsdesoleil.chez-alice.fr/GT-Editions.htm

    L'illustration de couverture est tirée d'une peinture intitulée Harmonie en bleu de Salvatore Gucciardo, que je remercie ici.

    http://www.salvatoregucciardo.com/

    110 pages
    8 € plus frais de port (si vous êtes intéressé, signalez-le moi sur la mailbox)
    ISBN 978-2-35082-102-3

     

    Lire un extrait du recueil dans le post suivant.

  • À une Malabraise / Baudelaire-Ferré

    Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche
    Est large à faire envie à la plus belle blanche ;
    À l’artiste pensif ton corps est doux et cher ;
    Tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair.
    Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t’a fait naître,
    Ta tâche est d’allumer la pipe de ton maître,
    De pourvoir les flacons d’eaux fraîches et d’odeurs,
    De chasser loin du lit les moustiques rôdeurs,
    Et, dès que le matin fait chanter les platanes,
    D’acheter au bazar ananas et bananes.
    Tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pieds nus,
    Et fredonnes tout bas de vieux airs inconnus ;
    Et quand descend le soir au manteau d’écarlate,
    Tu poses doucement ton corps sur une natte,
    Où tes rêves flottants sont pleins de colibris,
    Et toujours, comme toi, gracieux et fleuris.
    Pourquoi, l’heureuse enfant, veux-tu voir notre France,
    Ce pays trop peuplé que fauche la souffrance,

    Et, confiant ta vie aux bras forts des marins,
    Faire de grands adieux à tes chers tamarins ?
    Toi, vêtue à moitié de mousselines frêles,
    Frissonnante là-bas sous la neige et les grêles,
    Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs,
    Si, le corset brutal emprisonnant tes flancs,
    Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges
    Et vendre le parfum de tes charmes étranges,
    L’œil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards,
    Des cocotiers absents les fantômes épars !


  • Baudelaire par Damien Saez

    Avons-nous donc commis une action étrange ?
    Explique si tu peux mon trouble et mon effroi
    Je frissonne de peur quand tu me dis "Mon ange"
    Et cependant je sens ma bouche aller vers toi

    Ne me regarde pas ainsi, toi ma pensée !
    Toi que j'aime à jamais, ma sœur d'élection
    Quand même tu serais une embuche dressée
    Et le commencement de ma perdition
    Quand même tu serais une embuche dressée
    Et le commencement de ma perdition

    Qui donc devant l'amour ose parler d'enfer ?

    Maudit soit à jamais le rêveur inutile
    Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
    S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,
    Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté !

    Celui qui veut unir dans un accord mystique
    L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,
    Ne chauffera jamais son corps paralytique
    A ce rouge soleil que l'on nomme l'amour

    On ne peut ici-bas contenter qu'un seul maître
    Mais l'enfant épanchant son immense douleur
    Cria soudain "Je sens s'élargir dans mon être
    Un abîme géant, cet abîme est mon cœur"

    Brûlant comme un volcan, profond comme le vide
    Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
    Et ne rafraîchira la soif de l'Euménide
    Qui, la torche à la main, le brûle jusqu'au sang

    Que nos rideaux fermés nous séparent du monde
    Et que la lassitude amène le repos
    Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde
    Et trouver sur ton sein la fraicheur des tombeaux

    Descendez, descendez, lamentables victimes
    Descendez le chemin de l'enfer éternel
    Plongez au plus profond du gouffre où tous les crimes
    Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel

    Jamais un rayon frêle n'éclaira vos cavernes
    Par les fentes des murs, des miasmes fiévreux
    Filtrent en s'enflammant ainsi que des lanternes
    Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux

    C'est votre destin, à vous désormais
    De trier l'infini que vous portez en manteau

    "Hippolyte, cher cœur, que dis tu de ces choses ?
    Comprends-tu maintenant qu'il ne faut pas offrir
    L'holocauste sacré de tes premières roses
    Aux souffles violents qui pourraient les flétrir ?

    Hippolyte, ô ma sœur ! Tourne donc ton visage
    Toi, mon âme et mon cœur, mon tout et ma moitié

    Tourne vers moi tes yeux pleins d'azur et d'étoiles !
    Pour un de ces regards charmants, baume divin
    Des plaisirs plus obscurs je lèverai les voiles
    Et je t'endormirai dans un rêve sans fin"


     

  • Le serpent qui danse / Baudelaire-Gainsbourg

    Que j'aime voir, chère indolente,
    De ton corps si beau,
    Comme une étoffe vacillante,
    Miroiter la peau!

    Sur ta chevelure profonde
    Aux acres parfums,
    Mer odorante et vagabonde
    Aux flots bleus et bruns,

    Comme un navire qui s'éveille
    Au vent du matin,
    Mon âme rêveuse appareille
    Pour un ciel lointain.

    Tes yeux où rien ne se révèle
    De doux ni d'amer,
    Sont deux bijoux froids où se mêlent
    L’or avec le fer.

    A te voir marcher en cadence,
    Belle d'abandon,
    On dirait un serpent qui danse
    Au bout d'un bâton.

    Sous le fardeau de ta paresse
    Ta tête d'enfant
    Se balance avec la mollesse
    D’un jeune éléphant,

    Et ton corps se penche et s'allonge
    Comme un fin vaisseau
    Qui roule bord sur bord et plonge
    Ses vergues dans l'eau.

    Comme un flot grossi par la fonte
    Des glaciers grondants,
    Quand l'eau de ta bouche remonte
    Au bord de tes dents,

    Je crois boire un vin de bohême,
    Amer et vainqueur,
    Un ciel liquide qui parsème
    D’étoiles mon coeur!

  • Héautontimorouménos de Baudelaire et Ferré par J-L Murat

    Je te frapperai sans colère
    Et sans haine, comme un boucher,
    Comme Moïse le rocher !
    Et je ferai de ta paupière,
     
    Pour abreuver mon Saharah,
    Jaillir les eaux de la souffrance.
    Mon désir gonflé d'espérance
    Sur tes pleurs salés nagera
     
    Comme un vaisseau qui prend le large,
    Et dans mon coeur qu'ils soûleront
    Tes chers sanglots retentiront
    Comme un tambour qui bat la charge !
     
    Ne suis-je pas un faux accord
    Dans la divine symphonie,
    Grâce à la vorace Ironie
    Qui me secoue et qui me mord ?
     
    Elle est dans ma voix, la criarde !
    C'est tout mon sang, ce poison noir !
    Je suis le sinistre miroir
    Où la mégère se regarde.
     
    Je suis la plaie et le couteau !
    Je suis le soufflet et la joue !
    Je suis les membres et la roue,
    Et la victime et le bourreau !
     
    Je suis de mon coeur le vampire,
    - Un de ces grands abandonnés
    Au rire éternel condamnés,
    Et qui ne peuvent plus sourire !
     
    Charles Baudelaire
    Musique : Léo Ferré
    voix : Morgane Imbeaud / Jean Louis Murat 


  • Une charogne / Charles Baudelaire

    Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
    Ce beau matin d'été si doux :
    Au détour d'un sentier une charogne infâme
    Sur un lit semé de cailloux,

    Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
    Brûlante et suant les poisons,
    Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
    Son ventre plein d'exhalaisons.

    Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
    Comme afin de la cuire à point,
    Et de rendre au centuple à la grande Nature
    Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

    Et le ciel regardait la carcasse superbe
    Comme une fleur s'épanouir.
    La puanteur était si forte, que sur l'herbe
    Vous crûtes vous évanouir.

    Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
    D'où sortaient de noirs bataillons
    De larves, qui coulaient comme un épais liquide
    Le long de ces vivants haillons.

    Tout cela descendait, montait comme une vague,
    Ou s'élançait en pétillant ;
    On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
    Vivait en se multipliant.

    Et ce monde rendait une étrange musique,
    Comme l'eau courante et le vent,
    Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
    Agite et tourne dans son van.

    Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
    Une ébauche lente à venir,
    Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
    Seulement par le souvenir.

    Derrière les rochers une chienne inquiète
    Nous regardait d'un œil fâché,
    Épiant le moment de reprendre au squelette
    Le morceau qu'elle avait lâché.

    Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
    À cette horrible infection,
    Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
    Vous, mon ange et ma passion !

    Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
    Après les derniers sacrements,
    Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
    Moisir parmi les ossements.

    Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
    Qui vous mangera de baisers,
    Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
    De mes amours décomposés !

    un choix d'Éric Dejaeger

    http://courttoujours.hautetfort.com/

  • Alison Mosshart - 2 titres

    Avec The Dead Weather: Treat me like your mother

    Avec The Kills: Tape song

  • pour finir

    je veux porter à la ceinture

    toutes les armes du monde

    et tirer à vue

    quant tu ouvriras

    la bouche pour

    je veux te tuer

    avant que tu n'écartes

    les lèvres pour

    je veux te réduire en poussière

    avant que tu remues

    la langue pour

    me dire que tu m’aimes

    alors il sera trop

    beaucoup trop difficile

    de le faire

    même si tu as tort

    et que je suis juste

    bon à la casse

    mais qui sait si

    pour finir en cruauté

    je ne me pendrai pas

    à ton cou

  • Jacques Brel / Vesoul

  • Femmes araignées

    Araignée du matin, câlin.

    Une fille éparpillée là

    dans la soie des charmes

    déchire sa toile

    et fait à la fleur de l’étoile

    qui a pris son rêve

    sentir sa chair parfumée.

     

    Araignée du midi, désir.

    Belle Mygale égarée

    dans la forêt du jour.

    Malédiction des signes

    qui plongent dans l’air

    un réseau débridé de lignes

    dessinant un arc-en-ciel.

     

    Araignée de quatre heures, pleurs

    entre les platanes verts.

    Taches de thé blanches.

    La femme répudiée

    porte au creux du ventre

    la croix blême irradiée

    de l’Epeire diadème.

     

    Araignée du soir, ombrage.

    Volets fermés pâles.

    Rideaux ouverts  noirs

    sur le désert de l’amour.

    La Tégénaire sort pour voir

    où va l’eau des songes

    avec la Veuve Noire.

     

    La femme à ma porte

    n’a rien d’autre sur elle

    qu’une Tarentule

    comme un caresse mortelle.

    La vie est mal araignée

    avec ses filles distendues

    aux quatre coins du globe.

     

  • P.J. Harvey / Man size

  • Le droit à l'image

    Fou d’une femme, il avait tapissé les murs de la ville des tirages de son visage. La série balayait toute la gamme de ses expressions. Une sorte de campagne publicitaire sans but, un pur geste d’amour. Quand elle déboula à son domicile et lui planta sans autre forme de procès un grand couteau de cuisine en plein coeur, il n’eut pas le temps de la prendre en photo. S’il n’était pas mort dans la minute, il aurait toujours regretté de n'avoir pas épinglé à sa collection sa magnifique expression de haine.  Jamais il ne lui avait demandé la permission d’utiliser son image à des fins de diffusion publique.  

  • Brahms (sonate pour violon n°1) / Suwanai + Angelich

    Ecouter aussi le premier mouvement de la sonate à Kreutzer de Beethoven par Akiko Suwanai et Nicholas Angelich sur le site de Rue89:

    http://www.rue89.com/droles-de-gammes/2009/09/18/suwanai-angelich-duo-tranchant-pour-sonate-sanglante

    Voir et écouter le concert (Mozart - Brahms - Beethoven ) à l'Auditorium du Louvre sur Medici.tv:

    http://www.medici.tv/

     

  • Les couleurs du tendre

    La bleue est une petite brune pétillante et secrète qui se nourrit de grand air et d’eau pure. La rouge est une grande rousse à la peau mate qui raffole de viande saignante et de la chair des pastèques. La verte est végétarienne, elle peut rester des heures à contempler en silence son plat d’algues marines. La jaune sourit toujours, elle cultive un goût particulier pour les lychees, le riz cantonais et les bananes flambées. La mauve est si maigre que ses veines affleurent à la surface de sa peau. La peau de l’orange a un goût de soleil plongé dans de la grenadine.

    Dans mon agenda, afin de ne pas commettre d’impair, j’ai désigné chacune de mes amantes par une couleur. Certaines semaines, je dois jongler avec les tons, en veillant à bien les étaler sur la palette de mon emploi du temps. Pourtant secrètement je rêve de les réunir toutes pour, dans le spectre de l’amour, après le feu d’artifice du désir, n’apparaisse que l’addition de toutes réunies dans le blanc immaculé symbolisant la lumière nuptiale. Ce blanc sur lequel tranche toutes les couleurs.

     

     

    Extrait de Penchants retors, E. Allard, éditions Gros Textes (2009).

  • Emilie Simon / All is white (2005)

    Extrait de la b.o. du film La marche de l'empereur de Luc Jacquet.


     

  • Blancs publics

    La vie est trop pleine de lumières synthétiques, de couleurs artificielles qui vous pourrissent les yeux et l’esprit. Le service des travaux du ministère de la Vue va installer dans tous les lieux exposés à de trop vives sollicitations visuelles une aire d’arrêt des regards sous forme de blancs publics qui permettront aux yeux fragilisés du repos, une pause salutaire avant la reprise des activités scopiques en tous genres. Sur ces blancs publics, chacun pourra se recharger en teintes d’origine, en pigments naturels. Il sera seulement demandé à chacun de déposer en échange sur le mur prévu à cet effet les tons fatigués, les notes éteintes, les brillances mortes. Il n’est pas bon de disperser dans la nature les couleurs usagées. 

     

  • Littérature beige

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    Au début, c’est la littérature blanche qui eut mes faveurs,  je pouvais y imprimer mes  teintes changeantes. Mais elle mimait trop le réel et j’éprouvai l'envie de couleurs. D’évasion vers les rouges, les pourpres, les violets, les couleurs profondes. Puis vers les lointains, les froidures de style, toutes les formes de littérature bleue. J’ai passé du temps avec la littérature jaune, pleine de cruauté, de mots coupants mais aux lames si douces au toucher. La littérature verte était trop près de la nature à mon goût : marre des fleurs, des feuilles, des fruits et des branches. Puis un ami m’a appris à aimer la littérature noire, j’étais tout le temps plongé dedans, j’ai failli m’y enfermer à jamais, ne plus revoir le jour, la littérature claire des eaux de l’enfance. Enfin, j'ai découvert les joyaux de la littérature beige et je m'y suis fixé, sans jamais lui faire d’infidélités. J’ai tout lu, tout absorbé, tout étudié. Je cherche maintenant les dernières pépites. Je relis, je compulse, j’anthologise, je suis en passe d’être l’ultime spécialiste de cette littérature menacée de disparaître du spectre de la littérature générale.  

  • The Gossip / Heavy cross

  • Un excès d'émotion

    Il avait toujours été extrêmement sensible, vivant la vie à petites doses, évitant les grands sentiments, les émois trop vifs, le moindre trouble. Un excès d’émotion l’aurait tué. Il vécut bien pendant nonante-neuf ans à l’abri de toute agitation. Mais quand on lui apprit qu’il était atteint d’une maladie mortelle, il ne supporta pas la nouvelle et décéda sur le champ.

  • Daniel CHARNEUX à Mille-feuilles

    Ne manquez pas de regarder Mille-feuilles ce soir sur la Deux, à 22h45, avec, aux côtés de Frédéric Beigbeder et Delphine de Vigan, Daniel Charneux à l'occasion de la sortie de Maman Jeanne aux éditions Luce Wilquin

    http://old.rtbf.be/rtbf_2000/bin/view_something.cgi?type=sac&id=0169651_sac&menu=none&pub=be.la2.fr%2Fros

    On peut revoir pendant une semaine l'émission sur le site de la RTBF. Cliquer ici:

    http://www.rtbf.be/ladeux/revoir/detail_Mille+feuilles?uid=09-TMCEL100-011-PR

    Le blog de Daniel Charneux:

    http://www.gensheureux.be/site/

     

     

     

     

  • Les baisers de Mademoiselle Yang

    Une jeune Taïwanaise s'est juré d'embrasser cent hommes à Paris. Elle est devenue une célébrité sur le Net après avoir fourni les détails de l'entreprise sur son blog. La suite ici.

    http://www.lesoir.be/la_vie_du_net/sites/2009-09-15/cent-baisers-paris-sinon-rien-727529.shtml

    Le blog de Melle Yang:

    http://www.wretch.cc/blog/angelduck777

     

    Le baiser en 4 chansons

    Pauline Croze

    Alain Souchon

    Jean-Louis Murat

    Vincent Delerm