• Spécial Halloween: DEAD MAN'S BONES / My body's a zombie for you

     

    "Le groupe, comme les cinéastes Dogma, a choisi de s’imposer un hallucinant règlement intérieur, qui donne à cette musique sa fulgurance, son instinct, son inédit : jamais plus de trois prises ; pas de guitares électriques ; pas de métronome ; obligation pour le duo de jouer tous les instruments, même si c’est la première fois ; nécessité d’une chorale d’enfants… Tout ceci, au strict service d’une beauté un peu sauvage, récalcitrante, dérangée : un sortilège dont on ressort passablement ébranlé – mais qu’il est doux d’être ainsi secoué, purifié. Car on vous le garantit : jamais vous ne passerez un Halloween aussi délicieux, aussi terrifiant qu’en compagnie de ce squelette."   J-D Beauvallet (Les Inrocks).

     

  • Les macchabées

    Trouver des macchabées dans sa cave, au grenier, dans le placard à balai, derrière son canapé ou encore sous le bureau, quoi de plus normal. Mais dans le lit où on est mort, il faut vraiment avoir fait quelque chose qu’on ne devait pas. Alors elle chercha quel os intime de son squelette elle avait bien pu laisser sous la couette pour rameuter autant de zombies.

     

  • Scary Mansion / No law

  • Nouveaux métiers (26): tueur de temps

    Le tueur de temps est un métier pour glandeurs et ex-fonctionnaires. Le tueur de temps se contente de rester immobile mais ce n’est pas une obligation, c’est seulement plus spectaculaire : il trucide l’air de rien et sans que jamais personne n’y trouve à redire.

    Il tire profit du contexte, ennuyeux à souhait. Ainsi on verra l’assassin d’instants perpétrer ses crimes en vitrine des magasins ou sur une estrade montée dans la travée centrale des centres commerciaux. La cliente odorante d’Ici Paris XL, le promeneur de chiens de fantaisie, le préretraité de l’enseignement, le chômeur en fin de droit, le demandeur d’asile en attente d’expulsion, l’évadé de la maison de repos, l’écrivain en mal d’inspiration, le futur suicidé de France Télécom (ou Peugeot ou Thalès ou…), l’employé irradié d’Areva ou d’Electrabel, l’élect(rocut)eur déçu de Paul Magnette, le père désoeuvré de Charles Michel, l’ancien colleur d’affiches recyclables des Verts assisteront ainsi en toute impunité à l'exécution en place publique.

    L'assassin peut saler ses meurtres, ne pas se contenter d’une étiration en bonne et due forme, en torturant l'instant, en prolongeant ses souffrances au-delà des convenances temporelles. Il sera rétribué par les nombreux sponsors suisses qui le soutiendront dans ses horribles séries. Enfin, il sera jugé par une cour spéciale qui siégera dans une salle en forme d’horloge. Il écopera en général d’une peine égale au nombre d’instants assassinés.

  • Daniel Charneux / Tintin, les Titi...

    TINTIN, LES TITI...

    Je suis content que vous soyez venu. Ça fait si longtemps que je suis seul. Asseyez-vous là, quelque part, si vous trouvez une place. C’est petit, chez moi.

    Au mur de sa chambre, elle a laissé ses Titi. Elle collectionnait les Titi, vous savez, ce canari de cartoon, ce canari d’un jaune à faire mal aux yeux, paraît qu’y en a qui sont allergiques à ce jaune. Elle a laissé ses Titi quand elle est partie et je reste là, seul, comme un Grosminet triste, avec mes moustaches de gros chat paisible.

    Ça ne vous ennuie pas si je reste allongé sur mon lit, les doigts croisés ? Je suis si fatigué. Allongé sur mon lit, les doigts croisés, j’ai un peu l’allure d’un mort, non ? Comme quelqu’un qui rendrait son dernier souffle, qui partirait pour son dernier voyage. Pour le repos éternel, comme on dit.

    Je me souviens de son premier souffle d’enfant, elle était née la nuit. Une âme neuve qui brillait parmi les étoiles. Elle était née l’hiver, la neige tombait cette nuit-là. Et je twistais sur ma chaise, dans la salle d’attente de la maternité. À cette époque, les pères n’assistaient pas à l’accouchement. Quand une infirmière est venue me la présenter, mon visage s’est éclairé. C’est comme ça qu’elle a dit, l’infirmière : votre visage s’est éclairé. Je portais la barbe, alors, pas seulement la moustache. Et les cheveux longs, comme à l’époque. Le Christ. Souvent, ils me comparaient au Christ. Un Christ un peu triste – c’est vrai, je n’étais pas riant. Mais là, face à ce souffle neuf, mon visage s’est ouvert, et j’ai souri. Comme un ange sur une cathédrale.

    Et puis, pour faire court, j’ai été maladroit. Avec sa mère. Pourquoi s’emporter pour une porte qui claque, pour un verre brisé au cours d’une vaisselle, pour un tintinnabulis ?

    À chaque fois elle s’énervait, pour faire court, à chaque fois, je voulais crier plus fort. Vous avez autre chose à faire que d’écouter l’histoire de ma vie. Un connard fini, mais là, LE connard fini, elle disait.

    Parfois, nous sortions, tout de même, nous avons eu de bons moments. Un Perrier citron au café Randaxhe à Liège, chacun dans sa bulle. Toujours chacun dans sa bulle, et la poussette entre nous. Il est réveillé, disait la dame avec sa canne, parlant du bébé. Et la bulle se brisait. Nous repartions, poussant notre poussette. Cahin-caha.

    Les années ont passé, la petite a grandi. À chaque anniversaire, je lui achetais un Titi. Pour sa collection. Et puis, elle est partie. Sa mère. Sa fille par la main. Elle a claqué la porte. J’ai senti un courant d’air frais. Tintin, les Titi.

    Alors, maintenant, parfois, je viens m’allonger sur son lit. Parmi les Titi jaunes et les angelots kitsch. Et je croise les doigts. Ça porte bonheur, paraît. Oui, je croise les doigts, mon souffle dans la nuit. Quelque part entre les étoiles, il m’arrive de sourire.

    Voilà, vous savez tout. Je vous l’ai dit comme ça, tout simplement, comme j’aurais parlé à un inconnu. Comme ça, tout simplement, pourquoi dire plus ? Tu es grande assez pour remplir les blancs. Tu es grande assez pour comprendre. Et si tu veux, nous pourrons prendre un peu de temps, une autre fois. Si tu as le temps.

    Je suis content, vraiment, que tu sois revenue.

     

     

    Daniel Charneux

    http://www.gensheureux.be/site/

     

     

  • Benjamin Biolay / La superbe

    Le double album, La superbe, en écoute ici:

    http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/la%20superbe%20biolay

    portrait et interview:

    http://www.lesinrocks.com/musique/musique-article/t/1256811541/article/biolay-je-ne-suis-pas-la-pour-choquer-le-bourgeois/

     

  • Maman Jeanne / Daniel Charneux (éd. Luce Wilquin)

     

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    Une vie

    Jeanne Blanchard, issue du milieu rural, se marie avec un homme que lui présente son père. À trente ans, elle est veuve et doit subvenir seule aux besoins de ses trois garçons, endosser le rôle du mari et partir travailler à l’extérieur. Elle entre au service d’un curé qui doute de sa foi et trouve du réconfort auprès d’elle. On est au début du vingtième siècle, elle est enceinte de lui, doit le quitter et placer dans une famille d’accueil l’enfant qu’elle ne reverra jamais. Tels sont les faits mis dans la bouche de Jeanne mais avec l’art du récit et des mots justes propre à Daniel Charneux.

    Mais allons y voir de plus près.

    Cela commence par un Ave Maria. Jeanne a trente-deux ans quand elle met au monde Marguerite, l’âge qu’aura sa fille à la fin de son existence de mère frustrée.
    Trois fois mère, sans avoir jamais ressenti l’impression de l’être vraiment :
    « J’avais trente-deux ans, C’était mon quatrième enfant, et je croyais que je n’étais pas encore une mère. Pas une maman. »
    « Et j’ai donné la vie à une fille, à une future épouse, à une future maman. » A qui elle va donner le nom de son mari décédé : « Pas le nom du père, non. Pas le nom du père. »

    Elle ne réalisera pas avec son quatrième enfant son souhait d’une maternité accomplie. Pas plus qu’avec ses garçons, il ne lui sera accordé le privilège de suivre son évolution. Daniel Charneux parle de la maternité, plus particulièrement du rapport mère-fille. Marguerite n’appellera jamais sa mère biologique « maman », pas plus qu’elle ne lui sera un jour redevable du don qu’elle lui a fait car l’existence bien sûr est un cadeau empoisonné.

    Mon père, dit Jeanne du prêtre qui lui donnera une fille. « Il aurait pu être mon père et c’est ainsi que je le voyais, vraiment, au début. »
    La propre mère du curé est morte en lui donnant le jour. Plus tard, il adorera la Sainte Vierge. Il finira pas s’interroger sur le sens de cette « vie », toujours écrite en italiques dans le roman car le mot est « trop fort » pour Jeanne. Comme si la vie était un virus, une maladie dont il fallait se débarrasser d’une génération à l’autre.

    Cette problématique de la maternité avait déjà été traitée ailleurs dans la bibliographie de l’auteur, notamment dans « Norma roman » où Charneux nous contait l’existence - prolongée jusqu’à nos jours - de Marilyn Monroe, cette impossible mère, cette fille à jamais. Soulignons que dans NorMA roMAN, on trouvait déjà MAMAN. Et Jeanne, le féminin de Jean, n’est-il pas le prénom le plus proche du « je » ? Maman Jeanne, c’est un peu l’auteur aussi ; enfin, la projection d’une part de lui-même, les prénoms choisis par les écrivains aidant ceux-ci à créer des liens forts avec leurs personnages même si on devine que sans cela cette histoire touche de près l’auteur.

    Le souvenir d’enfance marquant rapporté par Jeanne est celui où elle se cache pour susciter la crainte de sa mère et être appelée, sauvée, tirée de l’anonymat.
    Jeanne attend d’être appelée « maman », d’être élue mère par la fille qu’elle a elle-même nommée à la naissance. Au-delà de cette relation particulière, il est question d’appel. Ainsi que « le coucou qui appelle au printemps », comme pour conduire Jeanne vers le Salut. L’attente de l’appel est aussi un phénomène actuel, symptôme en ces temps d’hyper communication d’un malaise plus profond, celui peut-être d’un appel d’une autre dimension, d’ordre spirituel ou simplement interpersonnel. Ainsi l’être qui vous appelle connaît votre existence ou éprouve le besoin d’une aide, d’un partage. Toutes questions que soulève ce récit aux multiples résonances.

    Daniel Charneux a écrit, si on se réfère au récit de Flaubert, son « Histoire simple » mais il ne faudrait pas la réduire à une simple histoire. À le lire bien, on voit qu’il s’interroge sur une société au fond matriarcale, de laquelle le mâle est exclu, réduit à un rôle de fécondateur, de simple chroniqueur des épopées matrimoniales.

    Marguerite, que Jeanne a eue à trente-deux ans, coupera son existence en son milieu. Il y a chez Daniel Charneux ce goût de la symétrie, des nombres qui déchirent et déchiffrent, des histoires bouclées, qui recommencent ad libitum car toute « vie » réclame un éclaircissement et l’écriture ou, en l’occurrence pour Jeanne, la parole sont de ces moyens de réflexion, de retour sur l’anecdotique, qui donnent à certains faits singuliers, choisis pour leur caractère emblématique, valeur d’universalité.       E.A.

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    Le Centre culturel de Dour accueillera le jeudi 29 octobre à 19h00 Daniel Charneux pour présenter son roman Maman Jeanne.

    En savoir plus:

    http://www.centrecultureldour.be/programme/evenement/214?annee=2009&mois=10&jour=29&mode=description

    Le blog de Daniel:

    http://www.gensheureux.be/site/

  • Nouveaux métiers (25): comebacker

    Le comebacker revient toujours ! Même absent, il est celui dont on guette le retour, dont on sait qu’il va revenir. C’est la valeur sûre de l’entreprise, du secteur privé ou public : il n’y en a plus d’autres. Il est là sans être là. Absent, on pressent son retour. Et présent, on sait qu’il va disparaître à nouveau mais bien vite se repointer, avec l’accord des syndicats, la bénédiction des patrons, le soulagement des cellules d'aide à la réinsertion. Le comebacker se situe à n’importe quel niveau de l’ascenseur social : cadre, employé, ouvrier, manœuvre… Même parmi les chômeurs,  on trouve des comebackers : ceux qui perdent leurs allocations et qui les retrouvent au terme d’un stage d’attente ou d’une préformation.

    Le comebacker doit préparer son retour. Un emploi trop tard et son public perdrait patience, il quitterait derechef la période d’attente et il se retrouverait le job dans l’eau.

    Le comebacker joue contre l’oubli. Comme un vieil acteur, un animateur de télé  sur le retour, combien de comebackers sont réapparus au mauvais moment, dans un environnement social modifié, en marge de leur public ; ceux-là on fait un flop et on ne les revit jamais.

    L’activité de comebacker est la plus difficile qui soit mais, quand elle est bien menée, elle procure à ceux qui la pratiquent et leurs inconditionnels une joie sans commune mesure dans les corps de métier stabilisés et, on va dire, passablement ringardisés. 

  • Kings of convenience: Boat behind

    Ce duo norvégien sort son troisième album, Declaration of dependance

    D'autres titres en écoute ici:

    http://www.myspace.com/kingsofconvenience

  • La foire au vin (ou Les pensées courbes)

    une coulée de lait dans ses cheveux roux

    désigne la vache rouge perdue dans le pré

    par un viticulteur doux dingue d’un cépage

     

    visage d’ange

    bouche à vin 

    guitare sèche

     

    les notes rauques de la machine à traire

    marchent sur les touches d’un accord

    lisse comme un crâne de chauve 

     

    mer morte

    mine de perles

    huîtres à foison

     

    qu’elle est belle sa tignasse  

    sous les flots de sang de la machine à extraire

    les pensées courbes d’un cheveu raide  

     

     

  • Je me souviens de Rémo Forlani

    Rémo Forlani est décédé à l'âge de 82 ans.

    http://www.liberation.fr/medias/0101599240-remo-forlani-est-mort

  • Chanteuses rousses (9 et fin): Mylène Farmer

    Désolé pour les amateurs d'Isabelle Boulay ou Julia Migenes et  les oubliées. Ou encore Axelle Red, Geri Halliwell, Cindy Lauper, Sophie Ellis Bextor, Tigs de Chew Lips ou Annie Lennox mais ces dernières ne sont pas garanties pure rousse et je ne voudrais pas subir les foudres de Jean-Philippe Ducart de Test achats pour publicité mensongère.

    Merci à Raphaël P., Charles B., Jules B. d'A. et Guillaume A. pour leur texte.

    À signaler cet article: L'évolution du statut des femmes rousses du XIXème siècle à nos jours

    http://la-rousseur.e-monsite.com/accueil.html

    Ou encore le site d'une chanteuse irlandaise (pas de vidéos disponibles), Rosena Horan:

    http://www.rosenahoran.com/

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    Mylène Farmer: L'amour n'est rien

    Mylène Farmer + Moby : Slipping away

     

     

  • Jules Barbey d'Aurevilly: La maîtresse rousse

    Je pris pour maître, un jour, une rude Maîtresse,
    Plus fauve qu'un jaguar, plus rousse qu'un lion !
    Je l'aimais ardemment, - âprement, - sans tendresse,
    Avec possession plus qu'adoration !
    C'était ma rage, à moi ! la dernière folie
    Qui saisit, - quand, touché par l'âge et le malheur,
    On sent au fond de soi la jeunesse finie...
    Car le soleil des jours monte encor dans la vie,
    Qu'il s'en va baissant dans le coeur !

    Je l'aimais et jamais je n'avais assez d'elle !
    Je lui disais : « Démon des dernières amours,
    Salamandre d'enfer, à l'ivresse mortelle,
    Quand les coeurs sont si froids, embrase-moi toujours !
    Verse-moi dans tes feux les feux que je regrette,
    Ces beaux feux qu'autrefois j'allumais d'un regard !
    Rajeunis le rêveur, réchauffe le poète,
    Et, puisqu'il faut mourir, que je meure, ô Fillette !
    Sous tes morsures de jaguar ! »

    Alors je la prenais, dans son corset de verre,
    Et sur ma lèvre en feu, qu'elle enflammait encor,
    J'aimais à la pencher, coupe ardente et légère,
    Cette rousse beauté, ce poison dans de l'or !
    Et c'étaient des baisers !... Jamais, jamais vampire
    Ne suça d'une enfant le cou charmant et frais
    Comme moi je suçais, ô ma rousse hétaïre,
    La lèvre de cristal où buvait mon délire
    Et sur laquelle tu brûlais !

    Et je sentais alors ta foudroyante haleine
    Qui passait dans la mienne et, tombant dans mon coeur,
    Y redoublait la vie, en effaçait la peine,
    Et pour quelques instants en ravivait l'ardeur !
    Alors, Fille de Feu, maîtresse sans rivale,
    J'aimais à me sentir incendié par toi
    Et voulais m'endormir, l'air joyeux, le front pâle,
    Sur un bûcher brillant, comme Sardanapale,
    Et le bûcher était en moi !

    " Ah ! du moins celle-là sait nous rester fidèle, -
    Me disais-je, - et la main la retrouve toujours,
    Toujours prête à qui l'aime et vit altéré d'elle,
    Et veut dans son amour perdre tous ses amours ! "
    Un jour elles s'en vont, nos plus chères maîtresses ;
    Par elles, de l'Oubli nous buvons le poison,
    Tandis que cette Rousse, indomptable aux caresses,
    Peut nous tuer aussi, - mais à force d'ivresses,
    Et non pas par la trahison !

    Et je la préférais, féroce, mais sincère,
    A ces douces beautés, au sourire trompeur,
    Payant les coeurs loyaux d'un amour de faussaire...
    Je savais sur quel coeur je dormais sur son coeur !
    L'or qu'elle me versait et qui dorait ma vie,
    Soleillant dans ma coupe, était un vrai trésor !
    Aussi ce n'était pas pour le temps d'une orgie,
    Mais pour l'éternité, que je l'avais choisie :
    Ma compagne jusqu'à la mort !

    Et toujours agrafée à moi comme une esclave,
    Car le tyran se rive aux fers qu'il fait porter,
    Je l'emportais partout dans son flacon de lave,
    Ma topaze de feu, toujours près d'éclater !
    Je ressentais pour elle un amour de corsaire,
    Un amour de sauvage, effréné, fol, ardent !
    Cet amour qu'Hégésippe avait, dans sa misère,
    Qui nous tient lieu de tout, quand la vie est amère,
    Et qui fit mourir Sheridan !

    Et c'était un amour toujours plus implacable,
    Toujours plus dévorant, toujours plus insensé !
    C'était comme la soif, la soif inexorable
    Qu'allumait autrefois le philtre de Circé.
    Je te reconnaissais, voluptueux supplice !
    Quand l'homme cherche, hélas ! dans ses maux oubliés,
    De l'abrutissement le monstrueux délice...
    Et n'est - Circé ! - jamais assez, à son caprice,
    La Bête qui lèche tes pieds !

    Pauvre amour, - le dernier, - que les heureux du monde,
    Dans leur dégoût hautain, s'amusent à flétrir,
    Mais que doit excuser toute âme un peu profonde
    Et qu'un Dieu de bonté ne voudra point punir !
    Pour bien apprécier sa douceur mensongère,
    Il faudrait, quand tout brille au plafond du banquet,
    Avoir caché ses yeux dans l'ombre de son verre
    Et pleuré dans cette ombre, - et bu la larme amère
    Qui tombait et qui s'y fondait !

    Un soir je la buvais, cette larme, en silence...
    Et, replongeant ma lèvre entre tes lèvres d'or,
    Je venais de reprendre, ô ma sombre Démence !
    L'ironie, et l'ivresse, et du courage encor !
    L'Esprit - l'Aigle vengeur qui plane sur la vie -
    Revenait à ma lèvre, à son sanglant perchoir...
    J'allais recommencer mes accès de folie
    Et rire de nouveau du rire qui défie...
    Quand une femme, en corset noir,

    Une femme... Je crus que c'était une femme,
    Mais depuis... Ah ! j'ai vu combien je me trompais,
    Et que c'était un Ange, et que c'était une Ame,
    De rafraîchissement, de lumière et de paix !
    Au milieu de nous tous, charmante Solitaire,
    Elle avait les yeux pleins de toutes les pitiés.
    Elle prit ses gants blancs et les mit dans mon verre,
    Et me dit en riant, de sa voix douce et claire
    " Je ne veux plus que vous buviez ! "

    Et ce simple mot-là décida de ma vie,
    Et fut le coup de Dieu qui changea mon destin.
    Et quand elle le dit, sûre d'être obéie,
    Sa main vint chastement s'appuyer sur ma main.
    Et, depuis ce temps-là, j'allai chercher l'ivresse
    Ailleurs... que dans la coupe où bouillait ton poison,
    Sorcière abandonnée, ô ma Rousse Maîtresse !
    Bel exemple de plus que Dieu dans sa sagesse,
    Mit l'Ange au-dessus du démon !

  • Guillaume Apollinaire: La jolie rousse

    Me voici devant tous un homme plein de sens
    Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut connaître
    Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour
    Ayant su quelquefois imposer ses idées
    Connaissant plusieurs langages
    Ayant pas mal voyagé
    Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie
    Blessé à la tête trépané sous le chloroforme
    Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte
    Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul
    pourrait des deux savoir
    Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre
    Entre nous et pour nous mes amis
    Je juge cette longue querelle de la tradition et de l'invention
    De l'Ordre de l'Aventure
    Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu
    Bouche qui est l'ordre même
    Soyez indulgents quand vous nous comparez
    A ceux qui furent la perfection de l'ordre
    Nous qui quêtons partout l'aventure
    Nous ne sommes pas vos ennemis
    Nous voulons nous donner de vastes et d'étranges domaines
    Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir
    Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues
    Mille phantasmes impondérables
    Auxquels il faut donner de la réalité

    Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait
    Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir
    Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières
    De l'illimité et de l'avenir
    Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés
    Voici que vient l'été la saison violente
    Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps
    O Soleil c'est le temps de la raison ardente
    Et j'attends
    Pour la suivre toujours la forme noble et douce
    Qu'elle prend afin que je l'aime seulement
    Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant
    Elle a l'aspect charmant
    D'une adorable rousse
    Ses cheveux sont d'or on dirait
    Un bel éclair qui durerait
    Ou ces flammes qui se pavanent
    Dans les roses-thé qui se fanent
    Mais riez de moi
    Hommes de partout surtout gens d'ici
    Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire
    Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire
    Ayez pitié de moi

  • Charles Baudelaire / À une mendiante rousse

    Blanche fille aux cheveux roux,
    Dont la robe par ses trous
    Laisse voir la pauvreté
    Et la beauté,

    Pour moi, poète chétif,
    Ton jeune corps maladif,
    Plein de taches de rousseur,
    A sa douceur.

    Tu portes plus galamment
    Qu'une reine de roman
    Ses cothurnes de velours
    Tes sabots lourds.

    Au lieu d'un haillon trop court,
    Qu'un superbe habit de cour
    Traîne à plis bruyants et longs
    Sur tes talons ;

    En place de bas troués,
    Que pour les yeux des roués
    Sur ta jambe un poignard d'or
    Reluise encor ;

    Que des noeuds mal attachés
    Dévoilent pour nos péchés
    Tes deux beaux seins, radieux
    Comme des yeux ;

    Que pour te déshabiller
    Tes bras se fassent prier
    Et chassent à coups mutins
    Les doigts lutins,

    Perles de la plus belle eau,
    Sonnets de maître Belleau
    Par tes galants mis aux fers
    Sans cesse offerts,

    Valetaille de rimeurs
    Te dédiant leurs primeurs
    Et contemplant ton soulier
    Sous l'escalier,

    Maint page épris du hasard,
    Maint seigneur et maint Ronsard
    Épieraient pour le déduit
    Ton frais réduit !

    Tu compterais dans tes lits
    Plus de baisers que de lis
    Et rangerais sous tes lois
    Plus d'un Valois !

    - Cependant tu vas gueusant
    Quelque vieux débris gisant
    Au seuil de quelque Véfour
    De carrefour ;

    Tu vas lorgnant en dessous
    Des bijoux de vingt-neuf sous
    Dont je ne puis, oh ! pardon !
    Te faire don.

    Va donc ! sans autre ornement,
    Parfum, perles, diamant,
    Que ta maigre nudité,
    Ô ma beauté !

  • Chanteuses rousses (6): Neko Case

    La semaine du roux féminin dans la chanson continue sur Les belles phrases...

    avec Neko Case, une chanteuse de country américaine.

    Hold on hold on

    Maybe sparrow

    Myspace

    http://www.myspace.com/nekocase

  • Raphaël Plante / La rousse

    Comme mille oiseaux
    Attachés à des ficelles de feu
    Ta chevelure rousse
    Virevolte délicieusement vers les cieux

    Libérées par le doux reflet de la Lune
    Mes mains voyagent
    Sur tes épaules
    Et coulent jusqu'à tes cuisses

    Douce
    Blanche
    Rouge
    Et brûlante
    Tu te propulses
    Au dessus de la Terre
    Au dessus de mon être
    Au dessus du Ciel

    Mon regard plonge
    Plonge dans ton regard de femme
    Plonge dans ton cosmos
    Et éclabousse les étoiles
    Les étoiles qui dansent autour de la Lune

  • Chanteuses rousses (5): Loreena McKennitt

    Loreena McKennitt est née en 57 au Canada d'une famille d'origine irlandaise et écossaise. Elle trouve son inspiration dans les légendes celtiques. Elle a sorti dix albums.

    Caravanserai

    Penelope's song


    Myspace

    http://www.myspace.com/loreenamckennitt

  • Le beau mariage

    Il lui dit : « Je veux me marrer avec vous. » Mais elle était triste et elle le renvoya au lendemain. Le lendemain, elle lui fit cette réponse: « J’ai trop ri, hier soir. Aujourd’hui, je ne pourrais plus, non, vraiment. « Les jours suivants, il essaya encore et encore mais elle déclinait toujours son offre. Il fit une dernière tentative. Décidément vous n’avez pas de chance, j’ai une de ces gueules de bois ce matin, dit-elle. Vous avez réussi à m’énerver très fort, rétorqua l’homme. Je n’ai plus la moindre envie de me marrer avec vous. Elle soupira et, constatant la peine qu’elle causait, elle se mit à verser une larme, qu’il essuya avec le revers de la main. Ils s’enlacèrent, s’aimèrent, se marièrent et eurent de nombreux fous rires. 

     

  • Nouveaux métiers: Suicide mode d'emploi

     

    Pour se faire embaucher par une grande entreprise fraîchement privatisée, le suicidaire qui peut produire des attestations de (presque) réussite en la matière aura plus de chance qu’un velléitaire qui ne met pas ses actes en conformité avec sa dépression, et ils sont nombreux. On comprend dans ce cas que les directeurs du personnel de ces sociétés rechignent à miser leurs euros sur des valeurs aussi peu fiables pour la réputation de leur société, la barre de France Télécom (une entreprise innovatrice) ayant été placée très haut. C’est pourquoi le suicidaire suivra avant sa mise à l’emploi (et bientôt en bière) un stage d’attente au cours duquel des psychologues d’entreprise, des chefs de service retors, et un système de brimades attestés par un DRH spécialisé, assureront la perfectibilité de stagiaire de façon qu’aucun couac ne survienne au moment voulu, ce serait dommage pour l’image de la boîte et de son patron. Une opportunité sans précédent s’offre désormais pour les loosers qui ont la chance de décrocher un job qui sera aussi leur dernier. Ils doivent saisir cette occasion car rien ne dit (hélas) que cette époque bénie durera.

  • Chanteuses rousses (3): La Roux

    In for the kill

    I'm not your toy

     

  • Corps et lumière

    C’était une lumière qui se plaisait sur ce corps et pas un autre. Mais qu’avait-il de si particulier, ce corps, pour s’agréger cette lumière-là en particulier et pas une autre ? La texture de peau, les organes, les os, les sucs, les humeurs ? Quand on eut, pour savoir le fond de l’affaire, ouvert et tout démonté de ce qui se tenait sous la peau, on ne fut pas plus avancé. Même si ensuite le corps mal remonté ne fonctionnait plus du tout, la lumière était toujours là. Intacte.

  • Chanteuses rousses (II): Tori Amos

    Tori Amos dans deux reprises

    Smells like teen spirit


    Enjoy the silence

  • La lenteur

    Il lui fit sa déclaration à 5 ans ; à 15, elle lui prit la main ; à 25, il reçut son premier baiser. Il la caressa toute une vie et, à 60 ans, ils firent l’amour jusqu’à près de 70 ans. Ils se marièrent aux alentours de leurs 80 ans en ayant bien pesé leur décision mais il était trop tard pour avoir un enfant. Elle lui déclara seulement sa flamme sur son lit de mort tandis qu’il commençait à se remémorer les prémisses de leur lente et longue histoire d’amour.