• Patrick Roegiers / Pauvre Belgique et pauvres c...!

    Le Belge a une identité forte. Une mémoire et une histoire. Mais les Belges croient qu’ils sont sans histoire, sans mémoire, sans langue et sans identité. C’est une ineptie. Un délire. Le Belge est l’amalgame des contraires. À la fois le flamand, francophone et bruxellois. Et même allemand. Cela revient à en faire le produit de plusieurs cultures. Et l’on peut aisément y ajouter l’influence de Angleterre qui jouit en Belgique d’un statut fort différent de celui qui est le sien en France. Où elle est toujours traitée en termes conflictuels, ou concurrentiels. Tout comme l’Allemagne, d’ailleurs.

    Le Belge est multiple et singulier. C’est ce qui crée son génie. Magritte est né dans le Hainaut, en Wallonie, a vécu à Bruxelles, a connu l’échec à Paris, adorait la côte belge et la peinture flamande. Ensor ne parlait que français. Spilliaert, l’autre génie ostendais, a vécu dans les Fagnes, au coeur des Ardennes, et est mort à Bruxelles, rue Alphonse Renard (Ixelles), en 1945. Luc Tuymans a déclaré dans Le Monde qu’il était le “dernier belge”, mais il vit à Anvers et est internationnalement reconnu. Il s’est même proclamé “belgiciste”. Wim Delvoye, natif de Gand, a quitté la Flandre qui l’insupporte, s’est établi à Bruxelles, en Chine et partout dans le monde. C’est cela, le génie belge.

    Arno, l’Ostendais, vit à la Bourse. Il pense en flamand et chante en français. Michaux ne voulait être d’aucun pays. Il s’est fait naturaliser français. Et a inventé une langue universelle qui n’appartient qu’à lui. Et il a écrit un texte (assez piètre) sur les peintures énigmatiques de Magritte. Il était né, rue de l’Ange, à Namur, mais était hanté par Anvers, son port, ses bateaux, où son frère vivait. Un pays, c’est un tout. Il n’y a pas de langue belge. Et pas de langue flamande. Qu’on appelle le néerlandais. Mais il y a du flamand dans le français de Belgique. Du belge dans le néerlandais. Du bruxellois dans le wallon.

    Simenon, qui a vécu partout, en Suisse comme aux États-Unis, a toujours gardé son accent liégeois et voulait manger des moules frites à Bruxelles. Tous ces génies sont des êtres imperméables. Le père de Michaux vendait des parapluies et il pleut beaucoup dans les romans de Maigret. Magritte aussi peint souvent des parapluies. La pluie n’est d’aucun pays. Elle est à tout le monde. Comme les nuages, les vaches et le vert des prairies. Mais tout cela est fini. Tous les artistes belges se disent belges. Même ceux qui, comme moi, ont quitté ce pays pourri. Ce pays foutu. Ce pays divisé contre lui-même.

    La frontière linguistique, érigée en 1962, est une honte, un crime et un drame. Elle détruit tout ce que je viens de dire plus haut. Elle empêche la libre circulation des idées, des paroles, des images et des mots. Elle oppose, sépare, scinde, divise, fracture, déchire. On a fait tomber le mur de Berlin (dit “le mur de la honte”), dressé par l’Europe entière et l’Amérique contre un peuple après une guerre. Les Belges qui sont des cons élèvent chaque jour avec plus de force et de véhémence une frontière linguistique sur leur propre territoire, sans l’aval de personne. Tout ce qui était un pont, un lien, une main tendue, a disparu. Seule subsiste la haine de soi (à travers le miroir de l’autre) et le désir profond de faire disparaître le pays tout entier, avant de s’anéantir soi-même car après avoir occis la Belgique, la Flandre s’autodétruira et disparaitra à son tour, tant est hallucinant son désir de saccage et de destruction.

    Je laisse aux historiens de traiter de l’histoire de la nation. Et de remonter jusqu’aux limbes de l’État. C’est Léopold I qui a demandé à Hendrik Conscience d’écrire un texte qui rende sa dignité au peuple flamand, trop opprimé par les francophones. Ainsi naquit Le lion des Flandres. C’est un mythe contemporain. La bataille des Éperons d’or, en 1302, a bien eu lieu, évidemment. Faire remonter la naissance de la Flandre à cette date procède du révisionnisme historique. Une peinture fameuse célèbre cet épisode. Elle a été détruite par un bombardement durant la deuxième guerre mondiale. Dire que deux peuples cohabitent sur un seul et même territoire est une évidence. Et une incroyable richesse. La Belgique est à la fois septentrionale et “méridionale”. Ne disait-on pas que le Sud commençait à Anvers? Cette complémentarité des contraires est une force. L’essence même de la dialectique. Comme deux profils constituent l’identité d’un visage.

    La Flandre, longtemps minorée, s’est battue avec justesse pour que justice lui soit rendue. Lorsque la Belgique naît en 1830, le français est encore la langue de l’universalité. L’État belge est créé comme tampon entre la France, la Hollande, l’Allemagne et l’Angleterre, quinze ans après la défaite de Napoléon à Waterloo. Le premier roi des Belges, venu d’Angleterre, débarque à La Panne. La monarchie est constitutionnelle en Belgique. Elle a été démocratiquement instaurée. On peut dire que ceux qui la votèrent étaient en majorité des bourgeois, des francophones et des membres de la haute société. C’est indéniable. Ce pays naît de lui-même. C’est une aventure extraordinaire qui commence. Dire que la Flandre a été OCCUPÉE par la Belgique est une hérésie. Un contresens. Une faute historique. Cette thèse a cours depuis des années à présent. La Flandre a reconquis au fil du temps et à raison, ce qui lui était dû. À la frontière linguistique a succédé le “Walen buiten” en 1968 et la scission de l’université de Louvain. La rupture avec le savoir et la connaissance. Quel symbole!

    Des Fourons on en est arrivé à B.H.V., le problème des communes placées sur la frontière linguistique. L’enjeu est crucial. Encarcaner Bruxelles. Brimer les droits des Francophones. Appliquer la loi du sang et la loi du sol. C’est monstrueux. Derrière le “plus d’autonomie pour la Flandre” se dissimule la volonté d’une “Flandre autonome”. Autrement dit, une Flandre indépendante. Et le rêve d’un État flamand. La Flandre aux Flamands signifie la suppression de la Belgique. Le meurtre du pays. On ne peut être plus clair que le slogan du Vlaams Belang: “België barst!” (Que la Belgique crève!). Tous les partis flamands prétendument démocratiques ont fait alliance avec les séparatistes. Les 800.000 voix d’avance de Leterme provenaient de ce vivier là. Son fameux réservoir. Verhofstadt et Van Rompuy avaient réussi à geler le problème avec un art consommé de la tactique. Il faut se méfier de l’eau qui dort que décrit si bien la peinture symboliste. Songeons à Une ville abandonnée, le chef-d’oeuvre de Fernand Khnopff.

    Sitôt qu’ils l’ont pu, les extrémistes, qui se sont sentis trahis par leur ancien allié, ont flingué Leterme. Un rigolo de 1° classe aux lapsus impayables, et sursignifiants. La scission de B.H.V. est évidemment symbolique de la scission du pays. La frontière linguistique est une vraie frontière. Une lisière en béton. Un mur d’autant plus infranchissable qu’il paraît invisible. Les francophones sont dans les choux. Ils ne veulent rien, reculent sans cesse, lâchent du leste, ont peur. Les Flamands sont d’une arrogance extrême. Les éditorialistes de la presse flamande sont des fous furieux. Et le peuple ne dit mot. Il facilite la tâche des extrémistes qui n’ont qu’un but: exterminer ce pays dont ils n’ont rien à faire. Et ensuite étendre leur sinistre tâche sur leur lopin de six millions d’âmes. Leurs leaders sont extrêmement intelligents. Et prêts à tout pour parvenir à leur fin. Le temps travaille pour eux. Je n’ai aucun respect pour les hommes politiques belges.
    Ce sont des pitres sans courage. Des parloteurs à la petite semaine. Ils détricotent le pays à force de combines et de compromis qui sont à présent épuisés. Expliquer la frontière linguistique par la mondialisation revient à justifier l’injustifiable. Aucun peuple n’a de frontière à dresser contre lui-même. Il ne s’agit pas de balkanisation, comme on le dit souvent. B.H.V. peut être le Sarajevo de la Belgique. C’est grave, dangereux, mortel. Un cancer enkysté au coeur du pays. Bruxelles a la forme d’un coeur. Baudouin est mort le coeur brisé. Son frère risque de suivre le même chemin. On est passé de l’argument historique à l’avènement hystérique. La Flandre, en fait, est inquiète. Moins forte économiquement qu’avant. Peu sûre de son affaire. La langue n’est qu’un prétexte. Dans vingt ans, la Flandre ne parlera qu’anglais. Ostende évitera Alost, Gand ignorera Courtrai, Anvers évincera Malines. Bruxelles sera tout à la fois. La Wallonie disparaîtra, végétant dans une brume indécise. Tout le monde aura tout perdu. Et Bart De Wever sera roi. Ce dernier étant devenu un monarque en exil dans son royaume disparu. Quelle histoire!

    Plus grand-monde ne croit à la Belgique. C’est un torchon tricolore qui pendouille sur un balcon, serti de crasse et de rinçures. Nier les droits à l’école, à la justice, à la propriété, à l’expression, est un viol démocratique. Un déni démocratique pur et simple. La loi du talion. Horrible chose. Mais tout le monde chante dans ce pays. Le Vlaams Belang au Parlement, en toute impunité. Leterme chante La Marseillaise. Le roi chante l’hallali. Et les Belges, qui sont d’incorrigibles flemmards, ne vont pas tarder à déchanter tous ensemble. Le mal est là. Et il est fait. Réveillez-vous. Ouvrez les yeux. Seuls sont respectables les artistes. Ce sont eux qui, de Van Eyck à Rubens, Magritte ou Brel, Thierry De Cordier ou Berlinde De Bruyckere ont fait ce pays. Les têtes coupées comme les squelettes pullulent dans les oeuvres de Vésale, Wiertz, Ensor, et s’incarnent par celles d’Egmont et Hornes. Le symbole même de la Belgique est la place de Martyrs. Antre du sublime et du macabre. La Flandre aux Flamands. La Wallonie à Namur. Bruxelles à l’Europe. Le royaume à l’encan. La Belgique au rebut. Circulez! Y a rien à voir. Que tout le monde crève. Le Belge est un bon vivant qui attend de périr tant qu’il en a le temps. Les moyens. L’égoïsme. La bêtise viscérale tancée par Baudelaire. Quel luxe! Allez, au bac! Qu’on en finisse, une fois pour toutes, kermesses, fanfares, oriflammes, mur de Grammont, mur de la mort, et tout le monde sera content.

    Patrick Roegiers

    Sur le site La règle du Jeu:

    http://laregledujeu.org/2010/09/08/2745/pauvre-belgique-et-pauvres-c/

     

  • Insoupçonnable / Tanguy Viel

    v_9782707320643.jpgDeux frères

    On ne sait pas qui gruge qui dans cette histoire de complot, d’escroquerie au mariage, où, à la fin, c’est sûr, c’est le narrateur qui trinque, qui se retrouve le bec dans l’eau, à se demander quoi, comme le lecteur, son complice du début.

    Une jeune femme, de mèche avec son amant qu’elle fera passer pour son frère, se marie par calcul avec un commissaire-priseur pour le détrousser. Mais le vendeur, un peu pataud, a un frère, un vrai, qui ne va pas se contenter de jouer les seconds rôles. Les frères, les vrais, jouent au golf et le narrateur qui les accompagne sur le green, on le sent, est d’une autre extraction qu’eux, il tacle leur comportement, il n’aura pas de scrupule à commettre son forfait mais c’est sans compter sur la prééminence de classe, si on peut dire.

    L’air de rien, Tanguy Viel a écrit un roman engagé, derrière lequel on comprend que le salarié du crime, celui qui pense rétablir l’ordre, n’aura pas le dernier mot, qu’il sera la dupe, le dindon de la farce sociale. Les frères de sang (d’argent ?) se vengent alors que les faux frères se déchirent, les frères de sang se refilent le butin alors que les faux frères le dilapident. Les frères s’agrègent les bonnes choses, les meilleures amours même s’ils n’auront pas le style, la faculté de raconter, de rapporter, donc de témoigner, et, pour seul plaisir esthétique, une rengaine de Chostakovitch à écouter en boucle dans une bête voiture de rupin.  E.A.

     

    Voir la revue de presse sur le site des éd. de Minuit

    http://www.leseditionsdeminuit.eu/f/index.php?sp=liv&livre_id=2597

    C'est devenu un film de Gabriel Le Bomin avec Charles Berling et Laura Smet.


  • Le blog des éditions GROS TEXTES

    Les nouveautés des éditions GROS TEXTES sont détaillées sur le blog d'Yves Artufel.

    http://grostextes.over-blog.com/

     

    Voir sur le site le catalogue, avec: 

    Penchants retors 

    mais aussi

    Prises de vies en noir et noir d'Eric Dejaeger

    Aphorismes & vignettes de Georges Elliautou

    Du chaos préalablement établi de Pierre Tréfois

    et tant d'autres...

    http://www.grostextes.com/

  • Les sucettes à Dati

    "Je trouve dommage que ce soit le seul message politique qui ait été repris surtout sur un sujet aussi grave..." R. Dati


    L'article non (d'une pipe) dénué d'humour de Gala:

    http://www.gala.fr/l_actu/on_ne_parle_que_de_ca/le_lap-suce_de_rachida_dati_210384

    Du lapsus en politique, l'édito vidéo de Christophe Barbier:

    http://www.lexpress.fr/actualite/politique/du-lapsus-en-politique_922791.html

  • Noyé coulé

    Vendredi soir j’ai enterré ma vie de garçon. À grand renfort d’alcool. De telle sorte que j’aurais été plus inspiré pour débuter ce compte-rendu d’employer le verbe « noyer ». Le lendemain, j’étais tellement imbibé que j’ai été dans l’impossibilité de me rendre à la mairie et que mon ex-future femme a sévèrement enterré toute velléité de m’épouser un jour. J’ai noyé mon chagrin tout le reste du week-end. Lundi matin, j’ai regretté de n’être pas marié, ce qui m’aurait permis de couler une journée heureuse au lit. Au lieu de cela, j’ai héroïquement repris ma vie de travailleur célibataire avec, vous vous en doutez, une mine de déterré.    

  • Magazine des éditions Asteline


    Omni-Visibilis

    Auteurs : Trondheim & Bonhomme
    Editeur : Dupuis

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    Bernard Prince
    T18 : Menace sur le fleuve

    Auteurs : Hermann & Yves H.
    Editeur : Lombard

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    Kraa
    T01 : La vallée perdue

    Auteur : Sokal
    Editeur : Casterman

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    La danse du démon
    Auteurs : Bloch & Agliardi
    Editeur : Gallimard

    (Livre audio à lire et écouter dès 4 ANS)

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    La Passion de Diosamante
    + Les Enfants de Diosamante

    Auteurs : Jodorowsky & Gal
    Editeur : Humanos

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    Game Over
    T05 : Walking Blork

    Auteurs : Midam & Adam
    Editeur : Mad Fabrik

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    Tous les articles sur le site des éditions ASTELINE:

    http://www.asteline.be/magazine/

       
         
  • "Et tous ces Tutsi à tuer", par Denis Billamboz

    « Et tous ces Tutsi à tuer. »

    Pour le devoir de mémoire, au moins, je voudrais aujourd’hui vous présenter deux ouvrages qui évoquent le génocide rwandais. Tout d’abord un livre de Boubacar Boris Diop, écrivain sénégalais, qui a répondu à l’invitation de l’association Fest’Africa pour témoigner du massacre du Rwanda afin que personne n’oublie et que les survivants essaient de faire leur deuil, si cela est possible après une telle tuerie. Un livre froid et glacial qui dit ce qui a été sans aucune émotion, tombant comme la machette du hutu sur le cou du tutsi. Et un autre livre, plein de douceur, d’amour et de tendresse qui raconte la vie au Rwanda quand la solution finale n’était pas encore à l’ordre du jour, écrit par une jeune femme échappée par miracle du massacre qui raconte l’histoire de sa mère qui à tout fait pour préserver sa famille contre les exactions de l’autre ethnie. Un témoignage à deux visages, deux points de vue tout aussi véridiques qui, rassemblés, donnent déjà une image plausible de cette gigantesque barbarie.


    512TNZ0KYTL._SL500_AA300_.jpgMurambi, le livre des ossements

    Boubacar Boris Diop (1946 - ….)

    « Tubatsembatsembe ! Il faut les tuer tous ! » Harcelés par les tutsi du FPR, les hutu qui assument un pouvoir chancelant, décident de mettre en œuvre une solution radicale : l’éradication définitive des tutsi du Rwanda. Alors, un gigantesque génocide s’abat sur cette ethnie, une tuerie méthodique et organisée, ancestrale et bestiale, sans aucun état d’âme, froide comme la lame de la machette mais épuisante tout de même. « Tuer autant de personnes sans défense nous posera sûrement des problèmes. A la longue, cela peut-être monotone et lassant. »

    Quatre ans après cette gigantesque boucherie où périrent huit-cent-mille, un million, un million-deux-cent-mille, …  Rwandais en quelques jours ? Mais comment les compter, Fest’Africa lance un projet auquel répondent dix écrivains africains dont Boubacar Boris Diop, pour partager le deuil de ce peuple, témoigner de sa douleur et constituer une œuvre pour la mémoire des disparus et pour la reconstruction des survivants. Boubacar a choisi la fiction pour construire son témoignage après avoir écouté de nombreux témoins qui ne pouvaient encore que difficilement mettre des mots sur l’indicible. Les regards étaient encore plus lourds que les mots. Mais en fait, c’est un témoignage sans concession, même pour les Français, qu’il livre à travers l’histoire de deux Rwandais : Jessica, la jeune femme héroïque qui prend tous les risques pour infiltrer les hutu dans la ville en sang et renseigner les rebelles tutsi, et Cornelius qui a quitté le Rwanda avant le génocide pour échapper à d’autres massacres prémonitoires et a vécu une jeunesse paisible à Djibouti pendant qu’on décapitait son peuple à la machette. Cornelius rentre au pays où il retrouve ses quelques amis survivants dont la courageuse Jessica qui a échappé au massacre, et doit affronter la destinée de sa famille qui a connu les affres du bourreau et de la victime. Il devra faire un long chemin avant «de penser à ce qui peut encore naître et non à ce qui est déjà mort. »

    Pour rendre son récit encore plus véridique et plus crédible, tel le rapport d’un médecin légiste, Diop parsème son oeuvre de témoignages tous plus cruels les uns que les autres où la sauvagerie le dispute au cynisme et la veulerie à la cupidité. C’est un témoignage sans émotion particulière, des faits, des faits bruts, insoutenables, accusateurs qu’il faudra garder en mémoire pour reconstruire un peuple même s’il y a un fleuve de sang entre les ethnies. « Tout cela est absolument incroyable. Même les mots n’en peuvent plus. Même les mots ne savent plus quoi dire. »

    Bien qu’il ait inscrit « roman » sous le titre de son ouvrage, Diop n’essaie pas de nous conduire dans une histoire, il veut nous imprégner de son témoignage et de son analyse. « Il dirait inlassablement l’horreur. Avec des mots-machettes, des mots-gourdins, des mots hérissés de clous, des mots nus et des mots couverts de sang et de merde. » Et, un jour peut-être, le pardon donnera naissance à un nouvel espoir, « … les morts de Murambi faisaient des rêves, eux aussi, et … leur plus ardent désir était la résurrection des vivants. »

     

    51-bgk8RyEL._SL500_AA300_.jpgLa femme aux pieds nus

    Scholastique Mukasonga (1959 - ….)

    « Quand je mourrai, quand vous me verrez morte, il faudra recouvrir mon corps, il ne faut pas laisser voir le corps d’une mère. » Mais, «maman, je n’étais pas là pour recouvrir ton corps et je n’ai plus que des mots … pour accomplir ce que tu avais demandé. » Alors, Scholastique tisse avec ses mots un linceul pour que sa mère ne soit pas une infime partie anonyme d’un immense charnier là-bas du côté de Nyamata au Rwanda où toute sa famille, et bien d’autres Tutsi, ont été déplacés dès la fin des années cinquante.

    Et, contrairement à Boris Boubacar Diop qui voudrait inlassablement dire « l’horreur. Avec des mots-machettes, des mots-gourdins, des mots hérissés de clous, des mots nus et des mots couverts de sang et de merde », Scholastique fait revivre sa mère avec tendresse et amour dans un petit livre plein de fraîcheur qui contraste tellement avec le bain de sang que nous connaissons bien maintenant. L’effroi n’en est que plus intense et plus dramatique. Comment  a-t-on pu assassiner tant de douceur, d’amour, de tendresse, mais aussi de pugnacité, de courage et de volonté de vivre dans la dignité et le respect des traditions, des us, des rites et des croyances d’une communauté qui refuse de disparaître et veut croire encore en une vie possible dans cette région dénuée de tout où elle a été reléguée.

    Dans ce tout petit livre aussi frais que les belles collines du Rwanda où elle est née et dont elle a été chassée, Scholastique raconte avec une grande simplicité,  « simplicisme » diront les mauvaises langues, la vie quotidienne de cette mère de famille chassée de chez elle qui dépense des trésors d’énergie, de courage, d’ingéniosité sans jamais mesurer ses efforts, pour que ses enfants puissent survivre et même vivre dans la dignité et la tradition de la communauté et aussi, éventuellement, accéder à une bonne éducation pour sortir de la misère.

    Nous connaissons hélas l’issue de ce combat, quand en 1994 …. Mais cela est une autre histoire que Scholastique a déjà racontée dans un autre livre où elle dit aussi comment elle pu échapper à la barbarie pour aujourd’hui témoigner. Ce témoignage nous l’avons reçu et nous n’oublierons jamais ses mères à qui les Hutu faisaient comprendre « Ne donnez plus la vie car c’est la mort que vous donnez en mettant au monde. Vous n’êtes plus des porteuses de vie, mais des porteuses de mort. »

    Scholastique nous nous souviendrons :

    « Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers

    Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres
    Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
    Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre
    Ils ne devaient jamais plus revoir un été. »

    Et, Jean Ferrat chante dans le désert, toujours l’histoire répète ses atrocités sans que les hommes jamais ne se lassent.

    Denis Billamboz

  • Brisa Roché / 2 titres live

     

    Deux extraits  en session acoustique du nouvel album de Brisa Roché: All right now

     Mile Stride

    Open your lock

    http://www.myspace.com/brisaroche

  • Robert Desnos / Langage cuit

    Au mocassin le verbe

    Tu me suicides, si docilement.
    Je te mourrai pourtant un jour.
    Je connaîtrons cette femme idéale
    et lentement je neigerai sur sa bouche.
    Et je pleuvrai sans doute même si je fais tard,
    même si je fais beau temps.
    Nous aimez si peu nos yeux
    et s'écroulerai cette larme sans
    raison bien entendu et sans tristesse.
    Sans.

    ________________________________________

    Un jour qu'il faisait nuit

    Il s'envola au fond de la rivière.
    Les pierres en bois d'ébène les fils de fer en or et la croix sans branche.
    Tout rien.
    Je la hais d'amour comme tout chacun.
    Le mort respirait des grandes bouffées de vide.
    Le compas traçait des carrés et des triangles à cinq côtés.
    Après cela il descendit au grenier.
    Les étoiles de midi resplendissaient.
    Le chasseur revenait carnassière pleine de poissons sur la rive au milieu de la Seine.
    Un ver de terre marque le centre du cercle sur la circonférence.
    En silence mes yeux prononcèrent un bruyant discours.
    Alors nous avancions dans une allée déserte où se pressait la foule.
    Quand la marche nous eut bien reposé nous eûmes le courage de nous asseoir puis au réveil nos yeux se fermèrent et l'aube versa sur nous les réservoirs de la nuit.

    La pluie nous sécha.

     

    Deux extraits de Langage cuit, 1923

    Pour en savoir plus sur Robert Desnos:

    http://www.robertdesnos.asso.fr/index.php

     Breton parlant de Desnos...

     

  • Robert le Diable / Aragon - Ferrat

    Tu portais dans ta voix comme un chant de Nerval
    Quand tu parlais du sang jeune homme singulier
    Scandant la cruauté de tes vers réguliers
    Le rire des bouchers t'escortait dans les Halles
    Tu avais en ces jours ces accents de gageure
    Que j'entends retentir à travers les années
    Poète de vingt ans d'avance assassiné
    Et que vengeaient déjà le blasphème et l'injure

    Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
    Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
    Accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie
    Là-bas où le destin de notre siècle saigne
    ...


     

    Écouter la belle version de Christine Sèvres:

    http://www.dailymotion.com/video/xcmk3v_christine-sevres-robert-le-diable_music

     

  • Louis Aragon / C'est une chose étrange à la fin que le monde

    C'est une chose étrange à la fin que le monde
    Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit
    Ces moments de bonheur ces midis d'incendie
    La nuit immense et noire aux déchirures blondes

     

    Rien n'est si précieux peut-être qu'on le croit
    D'autres viennent Ils ont le cœur que j'ai moi-même
    Ils savent toucher l'herbe et dire je vous aime
    Et rêver dans le soir où s'éteignent les voix


     Il y aura toujours un couple frémissant
    Pour qui ce matin-là sera l'aube première
    Il y aura toujours l'eau le vent la lumière
    Rien ne passe après tout si ce n'est le passant



     C'est une chose au fond que je ne puis comprendre
    Cette peur de mourir que les gens ont chez eux
    Comme si ce n'était pas assez merveilleux
    Que le ciel un moment nous ait paru si tendre...


     Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
    Qu'à qui voudra m'entendre à qui je parle ici
    N'ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
    Je dirai malgré tout que cette vie fut belle

     

    Louis Aragon

    extrait de Les yeux et la mémoire (1954), chant II: Que la vie en vaut la peine


  • Rien de consistant

    Samedi soir, j’ai mangé des chips et des apéricubes et des tomates au ketchup et du citron à la mayonnaise et des toasts à la confiture d’airelles et des mikados au chocolat et des pistaches et des... Rien de consistant! Lundi matin, j’ai commandé une pizza quatre saisons Margherita hawaïenne aux fruits de mer. Histoire de bien caler mon estomac avant de partir au boulot.

  • Mohini Geisweiller / Milk Teeth

     

    « Dans une maison vitrée entourée d’ arbres, Mohini respire dans un sac en papier pour se calmer. Elle est hantée par des visions et projette à ses cotés, une créature étrange. Seule dans une voiture, elle essaye d’échapper à ses angoisses… »


    Clip réalisé par Danakil, réalisateur-photographe. En savoir plus:

    http://figuresdestyle.net/2010/08/30/danakil-realise-le-clip-de-mohini-geisweiller-milk-teeth/

  • Piazza Bucarest de Jens Christian Grondahl

    51e0Z2BreUL._SL500_AA300_.jpg Pour comprendre toutes les histoires

    C’est l’histoire d’un Américain installé au Danemark qui, à l’occasion d’un reportage photo en Roumanie avant 1989, rencontre une jeune femme roumaine éprise de liberté et l’épouse. Le livre progresse à la façon de l’enquête menée par le narrateur (le beau-fils de l’Américain) pour retrouver la jeune femme qui, au bout de deux années de vie commune, a émigré en Italie.

    Tout est dans le ton employé par l’auteur, en demi-teintes, avec l'air de ne pas y toucher. Ainsi le narrateur raconte les choses en les imaginant autant qu’en rapportant des faits, en se basant sur sa propre expérience de la vie. Il déclare ne jamais être allé en Roumanie mais, pour lui, toutes les grandes villes du monde se ressemblent. À propos de certaines villes aux noms évocateurs, il écrit : « Odessa, Lahore, Buenos Aires, Trieste. Même si un jour, on réussit à voir ces villes, on sait parfaitement que, d’une certaine façon, on n’y parviendra jamais. »
    Il y a aussi une belle réflexion sur Rome (opposée à Florence) où le récit se termine et où un des lieux, la piazza Bucarest, donne son titre au roman.
    « Au fond de soi, on est comme Rome. Tout ce que l’on voit est filtré par les couches accumulées de ce que l’on a vu, de sorte que le monde apparaît sous une double exposition fluctuante et déformée. »

    Peu à peu la petite musique de Grondahl faite de doutes, de paris sur le réel, de relevés sur les effets du temps qui passe, nous imprègne en profondeur. À mesure que l’opacité de la jeune femme, son mystère s’éclaircissent. Son récit prend à la fin valeur de vérité, une vérité d’autant plus prégnante qu’elle s’articule à notre vécu propre, suffisant d’après le narrateur pour comprendre toutes les histoires. Un beau roman d’un auteur fort attachant.


  • MICROBE n°61 spécial BRAUTIGAN

    Le numéro des dix ans de la revue d'Eric Dejaeger et Paul Guiot est consacré à Richard Brautigan. 

    3858068733.jpgD'excellents textes, comme toujours, de:

    Pascale Arguedas
    M
    arc Bonetto
    M
    ichel Bourçon
    A
    rnaud Bourven
    Y
    ve Bressande
    J
    ean-Marc Couvé
    J
    ohn Ellyton
    V
    irginie Holaind
    J
    ean
    H
    ozan Kebo
    R
    oger Lahu
    P
    hilippe Lemaire
    L
    ouis Mathoux
    H
    ervé Merlot
    J
    any Pineau
    T
    hierry Roquet
    G
    uillaume Siaudeau
    M
    arlène Tissot
    T
    homas Vinau

    Collages originaux de Philippe Lemaire

    Pour tous renseignements complémentaires, voir le blog d'Éric Dejaeger:

    http://courttoujours.hautetfort.com/


  • Pourcentages remarquables


  • Mon roman

    Samedi soir, j’ai commencé un roman. Je l’ai terminé pile lundi matin avant de partir bosser. Il était pas bien épais : quatre cent cinquante pages quand même, j’étais content de moi. Je l’ai emporté au boulot où je l’ai fait lire à Roger, mon collègue préféré, qui a pris sur son temps de midi pour le finir. Il m’a dit que ça ne valait rien. Pas grave, j’ai dit. J'ai laissé toutes les feuilles aux chiottes, ça tombait bien, il n’y a plus de papier cul depuis trois semaines. Cela m’apprendra aller trop vite.

  • Enigmes d'Écosse et de Sicile, par Denis Billamboz

    Enigmes d’Ecosse et de Sicile

    A la fin des vacances, juste avant la reprise, je vous propose un dernier instant de détente avec ces deux polars qui mettent en scène des policiers bon vivants, un peu épicuriens, qui n’hésitent pas à utiliser des moyens pas toujours très catholiques pour arriver à leur fin mais qui finissent tout de même par y parvenir. Je ne suis plus un inconditionnel de ce genre de littérature, sans doute en ai-je un peu abusé à une certaine époque mais je conçois que ça reste un bon moyen pour oublier les tracas du quotidien et s’évader un peu de toutes les contraintes qui nous assaillent. J’ai même un petit faible pour le commissaire sicilien qui a eu le bon goût de s’inspirer de Vazquez Montalban pour baptiser son héros « Montalbano » et qui est surtout un fin gourmand qui rend la lecture de ces romans particulièrement savoureuse.

     

    510K2XZSGBL._SL500_AA300_.jpgLe tour de la bouée

    Andréa Camilleri (1925 - ….)

    « O que passa » Andrea ? L’âge, la fatigue, le blues ? On dirait que l’appétit y s’en va, ce livre il est moins gourmand que le précédent que j’ai lu ! C’est peut-être à cause des collègues de Gènes qui ont joyeusement tabassé de paisibles manifestants endormis que Montalbano il n’est pas content et qu’il a moins d’appétit.  Oui certainement, il  y a un peu de tout ça dans cette histoire mais il y a surtout ce gamin, ce « minot » qui a pris sa main et qu’il a conduit vers sa mère, qui n’est peut-être pas sa mère, et que l’on a retrouvé mort, renversé par une voiture. Le commissaire, il se sent un peu responsable de la mort de ce gamin, alors il veut savoir et il cherche même s’il n’y a aucune enquête officielle d’ouverte et il trouve des indices qui le conduisent vers des trafics « dégueulasses », inhumains…

    C’est toujours le même plaisir de fouler le sol de Sicile avec le commissaire Montalbano, là où il connaît tout le monde, où tout le monde participe à l’enquête, où le trafic fait partie de la culture, où la cuisine sent si bon et réjouit les papilles, là où on ne se contente pas de se nourrir, où  on mange. Mais quand on touche aux « minots »  « il dottore », il aime pas du tout et il devient méchant.

    Certes, Andrea, c’est un bon scénario, bien tricoté où tu laisse poindre toute ta répugnance et ta révolte devant ses trafics  odieux, mais pourquoi , vers la fin, t’as voulu transformer notre bon commissaire qui travaille surtout avec  « sa coucourde », en James Bond décati et poussif ? Ca tient pas la route cette histoire, t’imagines l’inspecteur Maigret transformé en Hubert Bonnisseur de la Bath ? Pas crédible du tout ! Alors, au lieu d’être féroce et vengeur notre commissaire n’est que pathétique. Dommage, jusque là, je m’étais régalé !

     

    51KiN7rm-FL._SL500_AA300_.jpgLa colline des chagrins

    Ian Rankin (1960 - .…)

    C’est long mais c’est bon ! Il est si rare de trouver un roman qui retient l’attention tout au long de plus de six cents pages sans jamais lasser, sans avoir recours aux habituels artifices du remplissage pour faire bonne mesure. Rankin n’est pas forcément un habitué des romans fleuves mais là, il avait besoin de cet espace pour installer son enquête dans le paysage et l’histoire écossais et surtout dans la vie d’un commissariat avec ces heurs et ses malheurs, ses vertus et ses vicissitudes.

    Cette fois l’enquête concerne la disparition de la jeune et belle Philippa, héritière des riches banquiers Balfour, qui s’adonnait à la pratique de jeux sur Internet et notamment à la résolution d’énigmes proposées par un maître du jeu. Très vite l’enquête se dédouble sur deux plans différents, l’un concernant cette pratique des jeux qui peut conduire à des situations dangereuses, l’autre sur un plan plus traditionnel concernant  certaines pratiques rituelles observées par l’assassin, ou quelqu’un d’autre. En effet, comme lors d’anciennes disparitions un cercueil miniature est découvert peu après l’évaporation de la jeune fille. Rebus va explorer cette piste avec l’appui d’un ancien médecin légiste et de la directrice d’un musée pendant que sa collègue, Siobhan, va faire parler l’ordinateur de la disparue pour s’introduire dans le jeu et découvrir celui qui mène la danse. La tradition et la technologie, deux volets d’une même enquête, deux approches apparemment opposées qui pourraient être toutefois complémentaires.

    Tout au long de cette enquête Rankin démontre sa capacité à dominer son récit et à tenir le lecteur en alerte en créant une ambiance palpable, des personnages crédibles, vivants avec leurs forces mais surtout leurs faiblesses. Il maîtrise remarquablement l’art du dialogue pour évoquer ces Ecossais qu’on dit pourtant si peu loquaces. Au final, un roman efficace qui nous fait plonger au cœur de l’Ecosse contemporaine et historique.

    Juste un petit truc Ian, Rebus il est un peu ronchon, grognon, pochtron… souvent  à la limite de la marge tant dans sa vie personnelle que professionnelle comme Pepe Carvalho, comme Montalbano, comme ... On dirait qu’il y a comme une fatalité à vouloir sonder les hommes et leurs âmes pour en extirper la vérité !


    Denis Billamboz

  • Houellebecqueries

    Pour Médiapart en 2008

    "Je pense que ce n'est qu'un début, la dépression: tout le monde finira dépressif. (...)

    La dépression est devenue un état normal, produit par la société, par le niveau d'exigence que les gens ont. (...)

    Dans la lignée des auteurs dépressifs, je suis certainement celui qui s'est le plus banalisé."


     

    L'interview de Michel Houellebecq aux Inrocks: "Ce livre [La carte et le territoire] sera peut-être mon dernier."


    http://www.lesinrocks.com/livres-arts-scenes/livres-arts-scenes-article/t/50502/date/2010-09-08/article/houellebecq-ce-livre-sera-peut-etre-mon-dernier/

     

    Le Houellebecq, par Lucchini {typologie cinétique}

     

    Marie-Cécile en playback sur La possibilité d'une île de Houellebecq & Bruni (énôôrme!)

  • Michel Houellebecq & Bertrand Burgalat: Présence humaine

    Il y a dix ans, Michel Houellebecq chantait... sur des musiques de Bertrand Burgalat. C'était l'album Présence humaine.

    Présence humaine, ten years after :

    Sorti au début de l’an 2000, le premier – et unique – disque de Michel Houellebecq suscite dix ans plus tard peu d’émotions chez les historiens. Pas un seul pour citer Présence Humaine dans ses disques de décennies ou de chevet, la poussière ayant recouvert de son drap ce qui reste pourtant le plus beau disque de l’histoire française contemporaine.

    La suite sur Gonzaï.com:

    http://gonzai.com/michel-houellebecq-prsence-humaine-ten-years-after-premier-acte

     

    Présence humaine


    Son interprétation sur le plateau de Vivement dimanche (2001), avec Françoise Hardy

    "L'obsession des écrivains, c'est de gagner suffisamment d'argent pour pouvoir continuer à écrire sans devoir travailler par ailleurs."

    http://www.youtube.com/watch?v=099pY3xKYuk

     

    Paris Dourdan

     

  • Alexis HK (II)

    La fille du fossoyeur

    Le père de Fanny tenait une entreprise prospère
    Une boutique où l'on vendait du marbre et de la pierre
    Mais Fanny, la fille du fossoyeur,
    Préférait mes roses aux couronnes de fausses fleurs

    Elle préférait la douceur de mes rengaines
    À la pesanteur de tous les requiem
    Et rêvait en secret d'un avenir rieur
    Loin des paysages à la Six feet under

    Fanny, fille de fossoyeur,
    Je t'emmènerai ailleurs
    Tu y seras libre et heureuse
    Fuyant ton destin de fossoyeuse

    Quand, en grande pompe, j'annonçai au croque-mort
    Que sa fille Fanny avait touché mon cœur
    Il resta de marbre, d'un air macabre me dit "Dehors !
    Ma fille n'épousera pas un petit chanteur

    Chez nous, on est dans la mort depuis des générations
    Et les saltimbanques n'entravent pas nos traditions"
    Devant ce refus net et catégorique
    Fanny et moi décidons de prendre la fuite

    {Refrain:}
    Fanny, tu as touché mon cœur
    Je t'emmènerai ailleurs
    Tu y seras libre et heureuse
    Fuyant ton destin de fossoyeuse

    Pour tromper la vigilance de ce père obséquieux
    Je lui dis "Fanny, cache-toi dans un cercueil
    Demain, je viendrai te chercher à l'insu du vieux
    Quand celui-ci ira célébrer le deuil"

    Mais le lendemain, au lieu de ma bien-aimée
    J'ouvrais le sapin et tombais sur un macchabée
    Pour un stupide mélange de boîtes, une malheureuse erreur de date
    Fanny au cimetière, six pieds sous terre

    {au Refrain}

    La fin de la chanson n'est pas si tragique
    Le fossoyeur apprenant le fin mot de l'histoire
    M'envoya fissa à la chaise électrique
    Je n'eus même pas le temps de mourir de désespoir

    Aujourd'hui, je repose auprès de ma belle
    Et à la place de vos plates petites amourettes
    Je connais le grand, le vrai, l'amour éternel
    Comme Roméo et squelette




    La maison Ronchonchon

    T'es ronchonchon, toi, ouais
    T'es ronchonchon
    Toi t'es fâché, toi t'es grincheux, toi t'es ronchon
    Si t'es chafouin, fais attention
    Ou je t'emmène dans la maison des ronchonchons

    C'est une maison grise, adossée à une mine
    De sidérurgie désaffectée
    On y vient à pied, on a un peu peur
    Les gens qui vivent là sont tous de mauvaise humeur
    ...

    Sur la même chanson, une petite vidéo en pâte à modeler:

    http://www.youtube.com/watch?v=xUe9GFxyIsU&feature=related

  • Fenêtres au cinéma (II), par Philippe Leuckx

    II

    Fenêtre du cinéma d'antan. De studio. Disons Billancourt. Ou Joinville.

     Ou encore Franstudio à Saint-Maurice. Ou des studios de la Victorine à Nice.

    Fenêtre aux gros flocons reconstitués pour dire "à gros sabots" : il neige, comme l'expérimente encore en 1947 Henri-Georges Clouzot dans le fameux "Quai des orfèvres", ou comme s'en moque Truffaut lorsqu'il fait dégringoler devant la fenêtre les gouttes d'eau artificielles, vraie rampe de pluie de "La nuit américaine".

    Les codes étaient acceptés par un public non averti comme aujourd'hui de toutes les ficelles du cinéma. Codes esthétiques d'un autre temps du cinéma.

    Fenêtre pour prendre l'air, coudre un peu d'extérieur, de vie à des scènes de décors et de carton-pâte.

    Ainsi dans la trilogie de Pagnol, la fenêtre qui découvre le bateau qui part, au petit matin, sur le port des séparations.

    Dans l'admirable "Le jour se lève", Carné multiplie aussi bien les fenêtres d'ouverture (sur la petite place faubourienne, sur les badauds massés, sur la police qui menace d'envahir la chambre du reclus...) que  les nombreux codes de clôture : les escaliers en colimaçon, entre autres. François (joué par un Gabin fébrile, aux yeux aussi vifs que sa langue de banlieue d'alors) guette cette fenêtre, harangue de celle-ci la foule massée au pied de l'immeuble...La fenêtre sert également à "faire fondre" personnage etr spectateur dans la lumière du passé en une série de flashes-back.

    C'est de la fenêtre que Clara (jouée par Arletty) voit revenir l'infect montreur de chiens (un Jules Berry hallucinant de goujaterie et de noirceur - dans ces codes d'avant-guerre, il fallait toujours un mauvais destin, une figure du mal).

    C'est enfin de la fenêtre que provient la dernière lumière du jour qui se lève, lorsque François préfère mettre fin à ses jours, barricadé dans sa pauvre conscience.

     

    Carné avait déjà, un an aupravant, en 1938, montré en très gros plan les amoureux Gabin et Morgan collés à la fenêtre du "Quai des brumes".

    La fenêtre ainsi rapprochée du spectateur est comme une adresse sensible au spectateur, un miroir assez saisissant de nos émotions les plus intimes. Les grands réalisateurs l'ont compris, qui redessinent sans cesse l'écran des fenêtres comme pour redoubler le grand écran de leur expression artistique.

    Dans ce qu'il faut sans doute appeler l'un des plus beaux films français (avec un couple de légende : Gabin, Arnoul), "Des gens sans importance" (1955) , Henri Verneuil se sert de la fenêtre d'une petite auberge isolée en pleine campagne française pour montrer l'impatience de Clo (petite serveuse amoureuse de Jean) en un surplomb sur le camion de Jean. La fenêtre, la cabine d'un poids lourd, les encadrements de porte qui s'ouvre sur le ciel...tels sont les moyens par lesquels le cinéaste naturaliste, très marqué par Carné et le néoréalisme des années 40, accentue ouverture et fermeture, dans une fiction où peu à peu les antihéros s'engluent...comme pris dans les pires trivialités de l'existence.

    Philippe Leuckx

     

  • Fenêtres au cinéma (I), par Philippe Leuckx

    FENÊTRES AU CINÉMA
    Petites notes de travail signifiant 

    I

    Sans doute l'une des plus belles ouvertures cinématographiques : l'incipit de "Una giornata particolare" d'Ettore Scola (Italie, 1977). Le plan inaugural, à la grue, s'approche d'une façade de l'immeuble de Viale XX Aprile, d'une fenêtre, d'un personnage, l'Antonietta jouée par Sophia Loren. La traversée de la fenêtre immisce le spectateur dans l'aire confinée d'une cuisine de condominio, un matin blême.


    Fenêtre de cinéma? Le redoublement signifiant de l'oeil scrutateur, de l'écran qui ordonne le réel, de notre perception phénoménologique de la frontalité cinématographique. Il faut bien mettre de la profondeur dans cette toile. Le travelling avant ne fait que tripler l'effet souhaité : pénétration de l'oeil dans la matière. 

    Chez Antonioni, la fenêtre est contrainte, obstacle , symbole de l'incommunicabilité chère à l'auteur. Ainsi, dans "Identificazione di una donna (Italie, 1982), le personnage joué par Daniela Silverio attend, scrute derrière une fenêtre à l'étage. L'homme aimé est en bas. L'acte de voyeurisme, le thème de l'amour blessé jouent de ce "tranchant" de la fenêtre, qui aiguise non seulement la perspective visuelle mais encore attise notre sentiment contraint.

    Le même Antonioni, dans "Profession : reporter" (1975), a voulu, d'une caméra-ludion, traverser la fenêtre comme un acte insensé de possession/dépossession. Un homme meurt à lui-même ou va mourir et la caméra s'en détache pour aller scruter ailleurs d'autres réels.



     

    Fulgurance de l'oeil-voyeur-acteur. C'est nous qui avançons dans cette démarche. Notre pouls. Notre vie. Tout est en jeu. La participation du spectateur se donne de nouvelles armes de perception.

    Une très belle séquence de "Tokyo Monogatari" (Voyage à Tokyo) d'Ozu (Japon, 1953) joue de la temporalité générationnelle par le biais de la fenêtre. La grand-mère et  son petit-fils se promènent sur un talus de l'autre côté de la vitre : le grand-père regarde, par une fenêtre qu'on devine et c'est le moyen pour Ozu de suggérer l'intense mélancolie des départs (voyage et/ou mort) par un seul plan de séparation.

    De nombreuses séquences de "Persona" (Bergman, Suède, 1966) ouvrent ou ferment des fenêtres. L'enfant triste, égaré du "Silence" du même réalisateur (Suède, 1964) suit le mouvement des wagons d'une fenêtre de train aussi triste que lui.

    La dernière séquence de "Stalker" de Tarkovski (URSS, 1979) se passe dans une cuisine, qui s'ouvre sur une fenêtre blafarde. Les bruits du dehors (ferrailles de train...) tirent réalité de cette pauvre ouverture vers l'extérieur. Tarkovski, dans cette scène où le verre bouge sur la table par télékinésie, redouble aussi l'aspect vitreux, clos de ce cinéma de l'enfermement, où une petite fille contrainte exerce une neuve liberté sur le plat d'une table où sa seule force fait avancer les verres.



    De Sica, par pudeur, dans l'une des premières qéquences de "Ladri di biciclette " (Italie, 1948), referme une fenêtre sur la pauvreté de l'appartement de Val Melaina. Le spectateur extérieur ne peut pas tout voir. Plusieurs autres scènes du film (commissariat, découverte du pauvre garni du voleur épileptique...) mettent en avant des fenêtres.

     "Babel" d'Inaritu (Mexique)  dénonce la vanité du monde moderne par le biais d'une ultime fenêtre, toute de verre, ouverte sur une ville artificielle, insondable.



    (à suivre)

    Philippe Leuckx

     

     

     

  • Je ne boirai plus jamais d'ouzo... aussi jeune / Éric Dejaeger

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    Les vacances de Monsieur Dejaeger

    Le narrateur-auteur promène un regard amusé sur la Grèce. Qu’il observe la démarche alentie des autochtones (sauf quand ils sont animés par le besoin pressant de se désaltérer), les mœurs des plagistes et des vendeurs à la sauvette du bord de mer, les conducteurs - aux mains multiples -, les serveuses en short ou la capacité à la lessive locale à sécher presque instantanément, il le fait sans quitter des yeux l’heure de l’ouzo salvateur ou du vin blanc « méphistophélique » qui le sauvera d’un soleil vite épuisant. Sans parler des tracasseries aéroportuaires...

     Il s’interroge à la faveur d’une lecture bienvenue sur le il bel far niente et conclut que cette relaxante activité pourrait se pratiquer aussi l’hiver au coin d’un feu, une fois revenu dans ses contrées tempérées (on comprend que le narrateur est belge). C’est l’occasion d’une comparaison entre les climats de ces deux pays et leurs systèmes frigorifiques respectifs.

    Il va jusqu’à mener quelques expériences de physique alimentaire en calculant le temps que mettent certains alcools pour prendre la consistance et la couleur de l’urine ou pour tester la surprenante propension de l’ouzo à s’évaporer d’une bouteille hermétiquement close. Le vacancier subtil nous prodigue aussi quelques bons conseils comme celui de ne pas avoir les ongles rongés pour manger des pistaches.

    On l’aura compris, l’auteur, qui aura mis à profit son séjour insulaire de la meilleure façon possible, nous revient avec un « recueil instantané », complet comme un guide tourist...hic, qui a toutes les vertus tonique d’un café du même nom : il faudra bien ça pour supporter les désagréments de la rentrée et les rigueurs de l’hiver.

    Chaque texte est complété d’un aphorisme sur les plus grandes conquêtes des Grecs. Deux exemples : « la plus fatigante conquête des Grecs : la marche à pied » ou « la plus bruyante conquête des Grecs : le téléphone portable ».

    En trente-cinq textes frais, tordants, mordants ou tendres, et dans une langue efficace, il nous fait voyager en terre hellène sans l’ombre d’un ennui. On a, par mimétisme, un peu chaud à la fin de la lecture mais certainement pas autant que l’auteur au travail qui avoue avec écrit ces textes à la sueur du front, et on le croit sur paroles. Nul doute que Richard Brautigan, de là où il est et s’il a eu le bonheur de lire cet ouvrage, se sera servi illico un verre d’ouzo à la belle santé des vacances de Monsieur Dejaeger.

     

     

    MIEUX QUE SON MAÎTRE

     

    En revenant de l’épicerie

    - sise à deux kilomètres –

    chargé de deux sacs

    de délicieuses liquidités

    - ouzo,

    krassi blanc

    et bière ( ?) –

    j’ai pratiquement été

    laissé sur place

    par un autochtone !

     

    Il devait avoir

    encore plus soif

    que moi.

     

     

     La plus arrosée conquête des Grecs :

    le gazon

    ______________________________

    Le blog d'Éric Dejaeger:

    http://courttoujours.hautetfort.com/

     

  • Expo au Château de Fernelmont

    3 écrivains, 11 peintres (dont Salvatore Gucciardo), 11 sculpteurs et une invitée surprise exposeront dans le beau cadre (voir le lien) du Dhâteau de Fernelmont du 4 au 26 septembre 2010
     
    Le vernissage aura lieu le samedi 4 septembre partir de 17h30.
     
    Ouverture de l'exposition : les vendredis de 16 à 19h30, les samedis et dimanches de 14h30 à 19h30.
     
    Les dimanches 5 et 19, et samedi 25, dès 15h, trois ateliers d'expression basés sur le ressenti seront proposés par Marianne Ponthir sur le thème de "L'œuvre nous parle, nous lui répondons". Après quelques échanges, chacun partira à la découverte des lieux et de l'exposition, puis viendra enrichir le groupe de son propre regard, pour terminer par un échange verbal et/ou scriptural si souhaité.
     
    Pour plus d'information, voici le lien vers la page web de cette exposition :
     

  • Alexis HK (I)

    Alexis HK, de son vrai nom Alexis Djoskhounian, est né en 1974 et enregistre depuis 1997.

    Une belle écriture, des textes mordants, un jeu sur les codes de la chanson traditionnelle...

    C'que t'es belle

    C'que t'es belle quand j'ai bu,
    je regrette de n'avoir pas fait d'autres abus
    tellement t'es belle quand j'bois.

    Les gens qui s'occupaient de la santé publique
    ont crié au scandale quand je leur ai dit ça.
    Je les invitais donc à venir très vite
    participer à cette expérience avec moi.

    Une fois que nous eûmes effacé toute forme
    de modération, nous fûmes en émoi
    de constater qu'au lieu de ces vilaines formes
    étaient nées les courbures les plus belles qui soient

    ...




    Les affranchis (le clip, avec une belle brochette de chanteurs et chanteuses)

    ...

    Je porte sous mon suaire un complet gris clair
    Et les fils de soie recouvrent ma carcasse
    Avoir l'art et la manière de quitter la Terre
    Pleuré par la mamma et touché par la grâce
    Et mon âme libérée retourne dans la Lune
    Les étoiles ont trop la classe
    Et je restitue mon corps sans rancune
    Aussi loin que me mène mon chemin dans l'univers
    Transporté par des airs de gangsters
    De la chanson française d'après-guerre

    Wapitam pam papwé, zipam pam pam pam, pam papwé
    Wapitam pam papwé, twidibiwap idiwo, na twidibiwap idiwo
    Eh eh oh wé !


    http://www.myspace.com/alexishkofficiel

  • Chaos Calme de Sandro Veronesi

    51fe2Lnx0JL._SL500_AA300_.jpg « Comme dans l’âme de tous les enfants du monde »

    Le narrateur, Pietro Paladini, directeur d’une chaîne de télé privée, sauve une femme de la noyade le jour où sa compagne meurt d’une rupture d’anévrisme. Cela se passe à la fin des vacances. Le jour de la rentrée, Pietro Paladini accompagne sa fille de 10 ans et décide de rester devant l’école. Il y restera plusieurs mois, trouvant là, près de sa fille, l’occasion de maintenir sa douleur à distance. Pendant ce temps-là, la société qui l’emploie s’apprête à fusionner avec une autre, les plus hauts cadres de l’entreprise sont bouleversés et viennent confier leurs doutes, leurs souffrances auprès de Pietro qui les reçoit dans son véhicule ou aux abords du petit square où il a élu domicile durant la journée.

    Pietro comprend vite, à la lecture d’un mail, qu’il n’a pas rendu sa compagne tout à fait heureuse mais il renonce vite à pousser ses investigations dans cette direction, et le livre ne tombe pas dans cet écueil qui eût consisté, à la faveur de l’après décès, à analyser sa vie de couple de fond en comble : il décide somme toute de la laisser dans l’état où elle a été arrêtée lors du drame. Un des moments forts du récit rapporte les retrouvailles, fortement sexuées, de Pietro avec la femme à qui il a sauvé la vie.

    Il faut attendre la toute fin du récit pour mieux comprendre le sens de sa longue station à cet endroit, que le personnage de Pietro, jusque là un peu froid, révèle toute son humanité. Le titre fait référence au chaos calme qui règne en permanence, d’après le narrateur, dans l’âme de tous les enfants du monde. Après une entrée en matière menée tambour battant, le sauvetage (inspiré d’un épisode réel dont l’auteur a été l’acteur), il faut reconnaître que le roman n’atteint que rarement par la suite un tel sommet d’intensité.

    Le film a donné lieu à une adaptation cinématographique avec Nanni Moretti dans le rôle de Pietro.