• Ce qui fait peur

    images?q=tbn:ANd9GcQBfF9ru8lpeuFI4Mt6omPZkgcNNbBkN9t6d-92I6Y8MRZmjiQ&t=1&usg=__O7Bwh-eiRZ3lt1xFef1yJIrnFr8=les sentiments qui prennent l’air (pshiiit)

    les parties de jambes en terre sur les pierres tombales

    l’amour (tout sable lié) dans les camps de naturistes

    les fantômes de 2 CV dans les cimetières de voiture  (ah ! le bon temps des DS !)

    les strips-teases d’œufs durs dans les bars à omelettes 

    les cadavres d’oiseaux mûrs dans la fosse des assiettes

    les temps morts suspendus aux crocs des souvenirs   

    les écolos sur glace (avant l’embrasement de la planète)

    les droites décomplexées en bras de chemise brune (caca d’oie oui)

    les changements d’heure et d’espace (ah ! le bon temps du Big Bang !)

    les phrases sans fin, les mots à la louche, les lettres de rupture

    les plaques de givre sur la tartine matinale (ça glisse dans le café)

    les grands plis littéraires et le Prix Nobel du chiffon (ah ! le bon temps de Colette & Chanel !)

    les grands sauts (sans filet) dans le passé

    les marques de tipp-ex sur le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch

    Picasso en auto à Guernica, Ensor en vélo à la côte

    Magritte au musée, Bacon au salon, Pollock au paddock

    les déclarations - avant Toussaint - de Mgr Leonard

    les images saintes non retournées (à leur envoyeur)

    le canapé rouge de Michel Drucker (et les culs qui vont dessus)

    la Place Rouge quand il neige (brr)

    la Mer Rouge quand il pleut très fort (vite, mon parapluie !)

    le 4x4 de Benoît XVI dans la campagne (apostolique et) romaine

    la vilaine verrue au pied de la maîtresse de mon grand-père

    le train-train quotidien (à la gare, vite !)

    les controverses du dimanche midi (hue Vrebos !)

    la marque de fabrique des politiciens (logo grave)

    le point (d’eau) sur les affaires coulantes

    la dernière tournée de Johnny (ah ! le bon temps du rockabilly !)

    Tout Hugues Aufrey repris par ma sœur à la guitare sèche

    Annie Cordy en duo ô cacao avec Rika Zaraï (Tata Yoyo & Tante Agatha)

    le menton des frères Bogdanoff

    la queue du rat (dégoût)

    le cou vache et la face fade de Bart (des Flandres)

    le vrai visage de Michaël Jackson (quelle mine !)

    la dilution de l’Eglise catholique dans le sperme de la pédophilie

    les canassons qui montent sur leurs grands chevaux (chauffeurs de gazon)

    mes cheveux qui tombent (dans la houppe) et Tintin chauve

    des yeux qui fondent au soleil (de la pluie sur les caveaux)

    mes idées qui tournent court (c’est pas nouveau !)

    les grands blancs et les petits noirs (ah ! le bon temps des colonies !)

    les chutes impossibles et les fins dernières (vraiment ?)

    certains silences

     

  • Gainsbourg: dernière interview

    C'était le 14 novembre 1990, rue de Verneuil. Il casse sa pipe le 2 mars 1991.

    I

    II

    III

    IV

  • L'hippopodame / Gainsbourg & Rita Mitsuko

    C'est un Rubens
    C'est une hippopodame
    Avec un D
    Comme dans marshmallow
    Et si j'en pince
    Pour c't'hippopodame
    C'est qu'avec elle j'ai des prix de gros

    Ah quel suspens
    Sur mon hippopodame
    Avec un D
    Comme dans vas-y mollo
    Les ressorts grincent
    Sous l'hippopodame
    Même au-d'ssus je m'sens bien dans sa peau

    C'est pas une mince
    Affaire c't'hippopodame
    Avec un D
    Comme dans gigolo
    Lorsqu'elle me coince
    Mon hippopodame
    Entre ses deux groseilles à maquereaux

    Puis elle se rince
    Vite fait l'hippopodame
    Avec un D
    Comme dans lavabo
    Elle redevient princ-
    Esse hippopodame
    Elle me refile mon petit cadeau

    C'est un Rubens
    C'est une hippopodame
    Avec un D
    Comme dans marshmallow
    Et si j'en pince
    Pour c't'hippopodame,
    C'est qu'avec elle j'ai des prix de gros

    Serge Gainsbourg (1973)

    La version des Rita Mitsuko (2001)

     

    Catherine Ringer, pas rancunière, après ce que lui avait balancé un Gainsbarre moralisateur quelques années plus tôt...

    http://www.youtube.com/watch?v=KGHDhmXeLRM&feature=related

     

    A marquer dès à présent dans vos agendas

    Pensées,provocs et autres volutes... le samedi 13 novembre 2010 à 20 h

    Une soirée spéciale consacrée au répertoire du grand Serge.

    Avec :

    Le Duc (Fabrice Gobessi) : guitare, voix
    Le Marquis (Aurélien Belle) : clavier, voix
      

    La Bwesse à music

    94, rue Jules Houssière
    Dampremy, Charleroi

    Pour plus d'infos:

    http://www.facebook.com/aurelien.belle?ref=ts#!/event.php?eid=171427486201395

     

     

     

     

  • Le mag des éditions Asteline: les dernières chroniques


    Blacksad
    T04 : L'enfer, le silence

    Auteurs : Guarnido, Canales
    Editeur : Dargaud

    Lire l'article

        
    Entretien avec JUANJO GUARNIDO
    (Blacksad)

    Lire l'article

    Les tricots de Mireille l'Abeille
    Auteur : Antoon Krings
    Editeur : Gallimard

    (Livre illustré à lire dès 4 ANS)

    Lire l'article

        
    Château de sable

    Auteurs : Peeters, Lévy
    Editeur : Atrabile

    Lire l'article

    L'Arbre Rouge
    Auteur : Shaun Tan
    Editeur : Gallimard

    (Livre illustré à lire dès 10 ANS)

    Lire l'article

     

    Le site des éditions Asteline:

    http://www.asteline.be/editions.html

     

        
    Happy Rock

    Auteur : Zep
    Editeur : Delcourt

    Lire l'article

     

     



  • Andy Warhol n'est pas un grand artiste / Hector Obalk

    41N632BGBDL._SL500_AA300_.jpgArt ou intox?

    Hector Obalk fait une entrée fracassante et contestée dans le monde de la critique d’art en signant en 1990 et l’âge de 29 ans cet essai d’un genre nouveau dans lequel, et dans la perspective d’une théorie de l’argumentation esthétique, il apporte des arguments à sa thèse : Andy Warhol n’est pas un grand artiste. A la suite de cet ouvrage, nombre de revues refusèrent ses articles parce que le titre de son ouvrage sous entendait : comme de nombreux critiques le pensent.

    Comme l’explique l’auteur dans la préface à la nouvelle édition parue chez Champs Flammarion, dans les cinq premiers chapitres, il suit à la trace le parcours de Warhol qui, de publicitaire à la mode, devint, pour certains, un des artistes majeurs de la seconde moitié du XXème siècle. Il montre par le menu que Warhol a conçu ses oeuvres comme un concepteur-rédacteur d’une agence de pub. Ce n’est qu’au dernier chapitre qu’Obalk livre ses conclusions en tenant à préciser que démontrer sa thèse est toutefois impossible, les règles de l’art n’étant pas tout à fait définissables dans les termes de la logique.
    Pour Obalk, et selon la définition du ready made définie par Breton à partir des réalisations de Duchamp (« un objet ordinaire élevé à la dignité d’oeuvre d’art par le simple choix de l’artiste »), Warhol n’a fait que pointer, mettre en avant, des travaux préexistants comme les boîtes de tampons à récurer Brillo (dont l’identité visuelle était le fait d’un peintre expressionniste abstrait, James Harvey, qui intenta d’ailleurs un procès à Warhol), des boîtes de soupe Campbell (dont le design préexistait depuis 1898), de nombreuses photos de presse, dont celle de Marilyn (due à Gene Korman), souvent recadrées et retouchées. Pour avoir créer par l’empilement et la répétition immodérée des images (cela ne produisant, pour Obalk, que des effets visuels) ainsi que par la technique inédite de la photosérigraphie un genre artistique nouveau ou avoir posé des questions sur l’essence de l’art (une mauvaise peinture, signale l’auteur, en provoque pareillement), Warhol n' est pas pour autant un grand artiste car ses oeuvres (dans leur grande majorité) ne créent « aucune ambiguïté ou contradiction magnifique » : les boîtes de Campbell’s soup «ne sont que des boîtes de soupe.»
    Obalk dresse un schéma remarquable de l’idéologie warholienne dans la partie la plus intéressante du livre du point de vue de l’analyse idéelle de l’oeuvre; un schéma basé sur des triangulations parmi lesquelles : Société de spectacle / Matérialisme de l’existence / Société de consommation, Paradis / Enfer /terre ou encore celui formé sur les oeuvres-clés : Marilyn/Campbell/ Disaster (les photos trash).

    On trouve aussi quantité de propos de Warhol:
    « Je ne veux pas être trop mêlé aux autres... Je n’aime pas toucher les choses. C’est pourquoi mon oeuvre est si loin de moi-même... Il n’y a en fait rien à comprendre dans mon travail... C’est vrai que je n’ai rien à dire... J’approuve ce que chacun fait... Ca doit être bien parce que quelqu’un a dit c’est bien... Tous les Coca sont pareils et tous les Coca sont bons... L’argent est ce que j’aime le plus au monde..... J’ai toujours été un artiste commercial... Le cinéma rend les émotions si fortes et si vraies que quand quelque chose vous arrive réellement vous ne ressentez rien... J’ai toujours pensé que la quantité était la meilleure jauge de tout... La seule manière d’écrire est de raconter ce qui arrive sans donner son opinion...Quand vous revoyez tout le temps la même image atroce ça ne vous fait plus aucun effet. »
    Même si Obalk reconnaît une cohérence entre les déclarations de Warhol et la thématique de son iconologie, cela assimile son oeuvre à une construction idéelle, c’est-à-dire à une conception de concepteur -rédacteur seulement.
    « Ainsi si nous avons comparé la segmentation des compétences warholiennes à celles des différents auteurs d’une création publicitaire, ce n’est pas pour tirer profit d’un dénigrement communément admis de la publicité, du commerce ou du vedettariat, relevant de la même division du travail et des mêmes structures créatives que celles de l’industrie publicitaire, jouissant alors tout naturellement des mêmes avantages - adoucissement des affres de la création, présence sécurisante d’une concept directeur, efficacité des effets de séduction... – qui sont autant de faiblesses pour une œuvre.
    Et s’il est vrai que, pour cette raison seulement, la publicité n’est pas un grand art, celui dont l’œuvre peint obéit à la même atomisation des tâches qui régit la création publicitaire ne saurait être un grand artiste. »

    Enfin dans un chapitre supplémentaire, Obalk expose l’argument du paradoxe en art. Il montre à travers des exemples tirés de la fortune critique de Warhol que les caractères les plus souvent relevés sont « impersonnel», « anesthésiant », « stéréotypé», « insensible », « factice »... Mais après ces premières remarques, la critique s’emploie en général à montrer que la superficialité ou l’insignifance de l’art de Warhol n’en sont pas.
    « La critique ne pourrait pas non plus reprocher à Warhol ce qu’il revendiquait, ce qui serait trop bête. Alors que oui, les tableaux de chaises électriques sont tragiques, les tableaux de soupe sont mécaniques, mais, hélas, on s’y attendait. »
    Obalk souligne que la critique d’art relève souvent d’un exercice dialectique, soumis à des paradoxes(tel que celui qu’il met en évidence), alors qu’elle devrait avant tout consister à ressentir les oeuvres. Il observe que la savoir-faire de l’artiste traditionnel est devenu, dans l’art contemporain, un savoir-choisir. Et fait remarquer que le jugement esthétique doit prévaloir sur l’argument critique car, pour faire court, on forme son jugement alors qu’on ne peut que recevoir un sentiment. E.A.

     

    Hector Obalk, en 1990, s'explique face à Ardisson, dans Lunettes noires pour une nuit

    blanche

    http://www.ina.fr/ardisson/lunettes-noires-pour-nuits-blanches/video/I08167881/interview-verite-hector-obalk.fr.html

    On retrouve Hector Obalk dans l'émission Grand' Art sur Arte du 17 octobre au 28 novembre 2010 où il nous raconte à sa façon les peintres (Ingres, Titien, Lucian Freud...) et leurs oeuvres:

    http://www.arte.tv/fr/Echappees-culturelles/Grand-Art/2469020.html


     

  • Les reflets

    Toute la semaine je n’avais pas pu me voir en peinture et samedi soir, ça a empiré : j’ai brisé tous les miroirs, jusqu’aux vitres et carreaux qui me renvoyaient le méchant reflet. Avec les courants d’air d’octobre, j’ai attrapé la crève et dimanche matin on a dû m’admettre aux urgences. Quand on a apporté la radio de mes poumons qui attestaient de ma bronchite, j’ai détourné le regard. Quand le médecin s’est penché sur moi, je lui ai arraché les lunettes. On m’a transféré au bloc de neurologie où le lundi matin un psy sans le moindre objet réverbérant m’a reçu avec toutes les précautions d’usage.

  • Georges Brassens & René Fallet dans Les livres de ma vie

    Georges Brassens & René Fallet face à Michel Polac dans Les livres de ma vie en 1967

    I

    II

    III

  • Georges Brassens / La ballade des gens qui sont nés quelque part...

    Georges Brassens aurait eu 89 ans le 22 octobre...

    La ballade des gens qui sont nés quelque part

    C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages
    Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
    Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
    Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est être habités
    Et c'est être habités par des gens qui regardent
    Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
    La race des chauvins, des porteurs de cocardes
    Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
    Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

    Maudits soient ces enfants de leur mère patrie
    Empalés une fois pour toutes sur leur clocher
    Qui vous montrent leurs tours leurs musées leur mairie
    Vous font voir du pays natal jusqu'à loucher
    Qu'ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète
    Ou du diable vauvert ou de Zanzibar
    Ou même de Montcuq il s'en flattent mazette
    Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
    Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part


    ...

    Les oiseaux de passage

    Ô vie heureuse des bourgeois
    Qu'avril bourgeonne
    Ou que decembre gèle,
    Ils sont fiers et contents

    Ce pigeon est aimé,
    Trois jours par sa pigeonne
    Ça lui suffit il sait
    Que l'amour n'a qu'un temps

    Ce dindon a toujours
    Béni sa destinée
    Et quand vient le moment
    De mourir il faut voir

    ...


    Les vidéos de 70 chansons de Georges Brassens

    http://video.muzika.fr/titres/1007/Georges-Brassens

  • Ces chères britanniques, par Denis Billamboz

    Ces chères britanniques

    Ces « chères anglaises » tellement vénérées par de nombreux lecteurs et qui ont ébloui les lettres mondiales pendant de nombreuses années, ont-elles eu la succession qu’elles méritaient ? Nous essaierons de l’entrevoir à travers la présentation de deux œuvres de deux jeunes britanniques, car l’une d’elle n’est pas anglaise mais écossaise, nées toutes les deux en 1965. Hélas, Alison Louise Kennedy, l’Ecossaise, et Zoë Heller ne m’ont pas fait  oublier leurs célèbres devancières avec les deux œuvres que je vous propose et je pense que je puiserai encore longtemps dans les lettres classiques anglaises du côté des sœurs Brontë, de Jeanne Austen et de bien d’autres moins anciennes mais tout aussi talentueuses. Il faudra donc que nous allions à la rencontre d’autres auteurs pour trouver de nouveaux talents à la hauteur de ceux qui nous ont tellement enthousiasmés.

     

    51SAXEXGV8L._SL500_AA300_.jpgVolupté singulière

    Alison Louise Kennedy (1965 - ….)

     « Maintenant, une autre année merdeuse de train-train quotidien atteignait le mois de juin sans qu’il y eût la moindre révolte. » Madame Brindle s’ennuie ferme dans son pavillon de Glasgow où elle n’est que la femme de son mari qu’elle n’aime pas trop car il est trop velu à son goût et surtout, parce qu’il ne lui laisse guère l’occasion d’exprimer sa personnalité, la cantonnant dans son rôle stricte d’épouse modèle. Mais, un beau jour elle découvre, à la télévision, le Professeur Gluck qui est l’auteur d’un ouvrage « La Nouvelle Cybernétique » qu’elle adopte pour remplir sa vie spirituelle qu’elle a un peu vidée en perdant la foi en Dieu. Et, sous l’emprise de cette nouvelle passion, elle part pour Stuttgart où Gluck séjourne pour une conférence. Rapidement, les deux protagonistes se rencontrent et forment un couple étrange où chacun cherche à vaincre ses démons, cette « vieille  peur de mourir » pour elle et un besoin permanent d’images pornographiques pour lui. Ce couple impossible bute sur ses propres problèmes et sur le troisième personnage du trio rituel, le mari délaissé, et s’engage sur un chemin chaotique et incertain qui les conduira jusqu’au fond de leur être pour espérer entrevoir un avenir possible.

    C’est un récit très freudien où la frustration, le refoulement, le péché, la faute, la punition et le pardon ont une large place. Helen Brindle a peur de la mort et elle ne trouve plus les réponses nécessaires dans sa foi, «elle était la veuve de Dieu», et Gluck, même s’il se donne des allures de héros en s’identifiant souvent à James Stewart, a recours en permanence à la pornographie pour vaincre les démons qu’ils traînent depuis l’enfance.

    C’est aussi une analyse introspective très fine que l’auteur conduit à travers les petits riens de la vie quotidienne, ces futilités qui semblent ne pas avoir d’importance et qui, pourtant, peuvent avoir une signification précise. Mais, Mon dieu, Alison, qu’il est encore difficile de réunir deux corps à la fin du XX° siècle en Ecosse.

    La critique parle de prose admirable, moi j’ai vu, ou ressenti, beaucoup de points de suspension comme dans un discours de Modiano où il faut soi-même construire la fin des phrases. Un récit du non-dit où le toucher a une grande importance comme si les mains pouvaient suppléer le langage pour ce qui est trop difficile à énoncer.

     

    51dfvFOLaBL._SL160_AA160_.jpgChronique d’un scandale

    Zoë Heller (1965 - ….)

    Après avoir lu le premier paragraphe de ce livre, instinctivement, j’ai levé les yeux pour chercher la pendule de la gare qui indique l’heure de départ des trains. Mais, je n’étais pas dans une gare en train  de lire un roman acheté à la boutique de l’établissement, j’étais bien dans mon salon commençant la lecture de « Chronique d’un scandale » de Zoë Heller qui traite de la solitude de deux Anglaises ayant quelques difficultés avec leur entourage.

    Sheba, la quarantaine avantageuse, vit avec un mari plus âgé qu’elle qui ne la considère pas plus que son fils mongolien ou que sa fille en pleine crise d’adolescence aigüe. C’est donc sans beaucoup de résistance qu’elle cède aux avances d’un adolescent précoce  qui lui apporte le minimum d’excitation qui manque sérieusement à son existence. Pendant que Barbara, professeur célibataire proche de la retraite, s’enlise dans « la solitude au long cours qui s’écoule au goûte à goûte et dont on n’entrevoit pas la fin », et s’accroche désespérément à Sheba pour meubler sa triste vie. Mais l’amour illicite de Sheba va mettre une jolie pagaille dans ce petit monde et remettre en cause la vie de ces deux femmes.

    Ce livre pourrait être intéressant, son argument ne manque pas de piment mais voilà Zoë Heller n’est pas Barbara Pym, ni Muriel Spark, ni Elizabeth Taylor, ni l’une des ces vieilles Anglaises qui ont égayé si longtemps les Lettres britanniques. Et, son roman n’est pas comme celui de Mary Wesley « Sucré, salé, poivré », il est n’est même pas amer, il est tout simplement … fade, plat. Il lui faudrait comme à ceux de ses congénères un peu plus de malice, d’impertinence, d’ironie, d’espièglerie ou même d'une certaine dose de méchanceté, voire  de férocité.

    Denis Billamboz

     

  • I Blame coco / 2 titres live

    Coco Summer est la fille de Sting. De bons gênes...

    Self machine (au Studio Brussel)

    Playwright fate

    Quicker (le clip)

    http://www.youtube.com/watch?v=EedTVoq_Y6o&feature=related

    Son MySpace

    http://www.myspace.com/iblamecoco

  • Une (petite) histoire des chiffres

    Un jour, à la vue d’un chiffre, celui d’un chapitre de roman, je fus pris d’un haut-le-cœur à tel point que je dus fermer le livre instamment. C’était la première fois que ça m’arrivait. Cela faisait quelque temps que je ressentais de l’agacement à la vue subreptice de chiffres, sur mon écran de télé ou de radio réveil. Un autre jour, au moment de payer mon repas, je ressentis la même sensation à voir le montant de l’addition sur le ticket de caisse, non tempérée, si je puis dire, par la masse de lettres comme dans le livre du matin: c’est fou, ce qu’un ticket de caisse contient de chiffres. Je tendis mon billet en détournant les yeux si bien que le serveur crut que j’éprouvais de l’aversion à le payer. Les jours suivants, le malaise s’accentua : je ne pouvais plus voir un chiffre en peinture et Dieu sait qu’ils sont nombreux : même avec des lunettes noires, je percevais leur aura maléfique.

    Enfin, nous étions au début des vacances et la rentrée scolaire (je suis prof de math) était encore loin. Je consultai une psy spécialiste de cette phobie. Ma thérapeute me demanda à quoi me faisait penser les chiffres et épuisa en deux semaines le lot de thérapies de son stock. Il me restait une semaine pour faire quelque chose.

    Supprimer tout chiffre des mathématiques était une option irréaliste. Restait la solution du filtre : demander à ce que tous les chiffres qui me seraient présentés le soient de manière littérale mais ma direction ne l’admit point, elle avait autre chose à s’occuper en cette période de rentrée.

    Heureusement une place de prof de français pour analphabètes se libéra et je postulai pour ce poste. Tout se passa bien jusqu’au jour où, en écrivant un mot au tableau noir, je fus pris d’un semblable rejet. Etais-je devenu allergique à tout signe ? Je craignais le pire mais fus pris d’une intuition salvatrice.

    J’écrivis un 1, je ne ressentais rien, rien de mal. Je poursuivis avec un 2, cela me procurait un petit pincement de l’ordre de l’agréable. J’inscrivis un 3 en grand et je jubilai. Un 4 et là, je dus m’éloigner du tableau : l’émotion était trop forte. Au 5, je connus la jouissance humaine suprême. Je remis ma démission de l'enseignement et, désormais, même si je ne lis plus qu’un nombre considérablement restreint sur ma fiche de chômage, je peux jouir autant qu’il est possible des plus purs bienfaits de l’existence par l’entremise des chiffres, des très chers chiffres. 

     

  • Oncle Petros et la conjecture de Goldbach / Apostolos Doxiadis

    51K8YRW3RRL._SL500_AA300_.jpg

    Tout nombre pair est la somme de deux nombres premiers

    Depuis sa tendre enfance, le narrateur a entendu dire par son père que son oncle, volontiers asocial, était un raté. Il va apprendre que son oncle fut un mathématicien réputé et qu’il a passé le plus clair de sa vie à tenter de démontrer la conjecture de Goldbach, qui s’énonce comme suit : tout nombre pair supérieur à 2 est la somme de deux nombres premiers. Derrière cet énoncé simple et qui se confirme aisément pour les premiers nombres pairs réside une des énigmes mathématiques les plus retorses de la théorie des nombres : elle résiste depuis plus de deux siècles à toutes les tentatives et demeure toujours non démontrée. C'est la plus notoire des énigmes avec l’hypothèse de Riemann (elle aussi relative aux nombres premiers) si on excepte le dernier "théorème de Fermat", lui aussi resté longtemps sans approbation mathématique, qui a été démontré en 1994 par Andrew Wiles.

    Titillé par son ascendant, notre narrateur est décidé à entreprendre des études de mathématiques quand son oncle choisit de le tester : il lui donne en devoir de vacances la conjecture à résoudre sans lui dire de quoi il s’agit. Le jeune homme ne parvient pas à ses fins et doit signer à son oncle un contrat par lequel il s’engage à ne pas entreprendre ses chères études. Quelques années plus tard, à l’université, il réalise l’ampleur du travail qui lui avait été demandé et qui l'a fait renoncer. Il est animé du plus vif ressentiment à l’endroit de son oncle et ne se sent plus tenu aux termes du contrat, établi d’après lui sur de fausses bases. Il devient mathématicien mais se dirigera, une fois son diplôme obtenu, vers des études commerciales, ayant compris, comme son oncle l’avait deviné, qu’il n’avait pas la carrure d’un grand mathématicien.

    Cette histoire est l’occasion pour l’auteur, mathématicien de formation, de narrer la vie et le travail des chercheurs en mathématiques, avec ses joies et ses tourments, ses enthousiasmes et ses déceptions, à la mesure des problèmes auxquels ils se confrontent. Ainsi le vieil homme est censé avoir rencontré quelques-uns des grands noms du XXème siècle tels que Hardy & Littlewood, le prodige indien des mathématiques Ramanujan, Turing ou encore Gödel à qui on doit le théorème de l’incomplétude et dont il nous est donné un portrait pittoresque.
    Doxiadis se limite à une histoire affective axée sur les rapports d’un oncle et d’un neveu réunis autour d’un intérêt commun, ici un problème de mathématique, sans jamais entrer dans des explications ardues qui seraient vite absconses pour un novice et peut-être même pour un mathématicien tant, comme le signale l’auteur, la spécialisation qui cloisonne les savoirs sévit aussi dans cette discipline.

    Le roman a été traduit dans plus de trente langues et, pour lancer le livre, un million de dollars a été offert de 2000 à 2002 à toute personne en mesure de vérifier la conjecture.

     

    Lire sur Espèces de Maths les comptes-rendus de:

    La symphonie des nombres premiers de Marcus du Sautoy

    Le dernier théorème de Fermat de Simon Singh

    http://especesdemaths.skynetblogs.be/

  • Ma grève générale

    Samedi soir j’ai appelé le syndic de mon immeuble à une grève générale contre la réforme des retraites. Travailler plus longtemps pour se faire chier plus, non, tel était mon slogan. Imprimé en lettres fluo sur une banderole barrant toute la façade. La police a débarqué en force - armée - (pas moins de quatre combis) dans la nuit et m’a délogé de la salle de bain où je m’étais retranché avec la chef du syndic pour tester l’étanchéité de mon piquet de grève. Au poste, j’ai dérouillé et accepté de retirer de mon mot d’ordre de grève le vilain mot « travailler ». Lundi, au boulot, j’ai fustigé les fauteurs de trouble qui paralysent un pays incapable d’aller de l’avant. Au patron qui demandait la cause de mes nombreux hématomes, j’ai dit que j’étais tombé dans la baignoire. Il fallait bien ces quelques mensonges pour reprendre le collier.

  • L'horizon de Patrick Modiano, par Philippe Leuckx

    31VJHiXxGGL._SL500_AA300_.jpg De Patrick Modiano, romancier né à Boulogne-Billancourt en 1945, d'une mère belge, actrice,  et d'un père aux activités louches, on croit tout connaître. Prix Goncourt 1978 pour une oeuvre aujourd'hui emblématique "Rue des boutiques obscures".

    Et pourtant, la magie née d'ingrédients palpables et mille fois identifiables - des antihéros en quête d'eux-mêmes dans un Paris des petites rues de quartiers ensevelis, des boutiques poussiéreuses (ici une librairie), des questions sans réponses à des destins esquissés puis lâchés.., une fois de plus fonctionne.

    On est ce Jean Bosmans, sans autre profession que celle de libraire dans une ancienne maison d'édition, qui rencontre, à l'heure où la nuit défait les choses, cette Margaret Le Coz, née à Berlin, qui garde des enfants pour métier, qui a eu un passé qui reste vague comme les descriptions que Modiano donne des personnages et des lieux, dans cette mémoire que son personnage central essaie de construire sur base d'indices si pauvres.

    En cent septante-cinq pages, l'histoire ténue d'une quête, au bout de quarante ans, sur ce que furent les ombres d'une jeunesse, acquiert suffisamment de densité pour qu'on y trouve émotion et relief; ce Jean Bosmans, qui a eu des projets d'écriture et donné à dactylographier quelques manuscrits, a de Modiano le réflexe observateur et la pose enquêtrice. Il n'a de cesse de découvrir les mailles qui accordent passé et présent, dans l'entrelacs ombreux des villes anonymes où s'égarent les personnages, où s'animent des vies, mais jusqu'à quelle dose de mémoire, puisque tout se délite, puisque les questions n'ont pas toutes des réponses.

    L'écriture, toujours aussi dépouillée, repose sur des règles maîtrisées de longue date : phrases courtes, vocabulaire volontairement réduit à l'essentiel de la recherche, réalisme des lieux, des codes...

    Une fois de plus, l'on admire le travail introspectif d'un auteur gagné par la mémoire comme d'une maladie libératrice.

    Philippe Leuckx 

  • Dieu est spécial

    Dieu a horreur du sable. D’ailleurs vous ne le rencontrerez jamais dans un désert, sauf si vous croyez aux mirages ou si vous avez peur du temps. Dieu, ce qu’il aime, c’est la brume. La grande brume solitaire des paysages désolés. Avec un nez en forme d’attrape-trompettes. Ou les étoiles qui rient sous cape à la nuit venue. Avec de grandes oreilles ouvertes sur le silence. Ou la mer, celle qui relie deux étendues de terre sans se sécher. Avec une grande bouche à avaler les cétacés. Mais Dieu n’aime pas l’eau même si on a dit qu’il a des nageoires sous ses plumes et des branchies sous sa longue barbe. Dieu, ce qu’il aime, c’est se pavaner au milieu des siècles, c’est marcher sur la crête des croyances en se moquant de son mortel public. Oui, Dieu est spécial, comme disent les spécialistes en affaires di(eu)gestives. C’est pourquoi il est parfois si difficile à avaler.

  • Léo & l'amour / 2 titres live

    Deux extraits d'un Grand Échiquier de 1975

    "Leo Ferré est une cathédrale" (com lu sur Youtube)

    On s'aimera

    On s'aimera
    Pour un quignon d' soleil
    Qui s'étire pareil
    Au feu d'un feu de bois
    On s'aimera
    Pour des feuilles mourant
    Sous l'œil indifférent
    De Monseigneur le Froid
    De Monseigneur le Froid

    On s'aimera cet automne
    Quand ça fume que du blond
    Quand sonne à la Sorbonne
    L'heure de la leçon
    Quand les oiseaux frileux
    Se prennent par la taille
    Et qu'il fait encore bleu
    Dans le ciel en bataille
    Dans le ciel en bataille

    ...


    La version de Catherine Sauvage:

    http://www.youtube.com/watch?v=s00VO37QS9Q

     

    Je t'aimais bien, tu sais

    Je te vois comme une algue bleue dans l'autobus
    A la marée du soir gare Saint-Lazare
    Mon Amour
    Je te vois comme un cygne noir sur la chaussée
    A la marée du soir gare Saint-Lazare
    Quand ça descend vers le Tiers Monde
    Mon Amour
    Je te vois avec ta gueule électronique
    Et des fils se joignant comme des mains perdues
    Je te vois dans les bals d'avant la guerre
    Avec du swing dans l'écarlate de la nuit
    A peine un peu tirée sur l'ourlet de tes lèvres

    ...


    La version studio (meilleur son)

    http://www.youtube.com/watch?v=8JL1qpHj4hA

    Le site officiel

    http://www.leoferre.net/

  • La peau sur les os

    - Vous n’avez que la peau sur les os.

    -  C’est tout ce qu’il me reste. 

    -  Vous avez tout perdu ?

    -  Jusqu’à ma rate.

    -  Et vous comptez vous reconstruire ?

    -  Un organe à la fois.

  • Le tour de ma chambre

    Samedi soir, j’ai fait le tour de ma chambre. Comme j’y ai pris plaisir, j’ai recommencé,. j'ai fini par courir en rond, des ronds de plus en plus courts, pour terminer sur place, à la façon d’une toupie. J’étais essoufflé, j’avais vu du pays : de la draperie, de la couette, du tapis de sol, de la planche, du formica, des toiles d’araignée de toutes les formes, de la poussière – d’une seule sorte – sur mes posters de Michel Sardou et de Gérard Lenorman ; la tête me tournait. J'ai bu pour m’hydrater, pas que de l’eau, et à volonté. Quand j’ai manqué de boissons, je suis sorti. Comme on était lundi, et que le jour était levé, j’ai directement pris le chemin du boulot ; je tanguais toujours.

  • Pierre angulaires, par Denis Billamboz

    Pierre angulaires

    J’ai réuni deux Pierre angulaires de la littérature contemporaine française dans une même présentation car ils sont de la même génération, nés seulement à quelques années d’écart, et qu’ils ont tous les deux joué un rôle significatif dans l’apparition d’un nouveau courant littéraire. Ils ont, tous les deux, fait souffler un vent nouveau sur les lettres françaises en imposant une exigence littéraire très rigoureuse tout en bousculant de nombreux tabous qui entravaient, jusque là, la création littéraire française et même mondiale. Le livre de Pierre Guyotat comporte deux œuvres de jeunesse dont le premier qu’il a publié, « Sur un cheval », et celui de Pierre Michon est plus récent, il ne date que de quelques années.

     

    51qrDfWhdkL._SL500_AA300_.jpgAshby suivi de Sur un cheval

    Pierre Guyotat (1940 - ….)

    « Notre vie était une continuelle invention de plaisirs nouveaux ».  Dans un château  aux confins de l’Ecosse et de l’Angleterre, Angus et Drussilla, jeunes adolescents, découvrent les émois de l’amour et les premiers frissons de la chair. Et, après une séparation imposée par la guerre, Angus, devenu Lord Ashby, épouse Drusilla  et mène dès lors, avec elle, une vie de plaisir et de luxure au milieu de leurs domestiques contaminés par cette perversion. Mais, Drusilla se lasse vite des amours conjugales et, avec la complicité de son époux, cherche de nouvelles émotions aux contacts de jeunes éphèbes qui fréquentent la maison jusqu’au jour où le bien refuse de se laisser corrompre.

     « Sur un cheval », le texte polyphonique qui complète ce livre est construit autour de personnages figurant déjà dans Ashby, notamment le beau Roger qui résiste à la tentation que lui infligent quelques jolies filles qui lui offrent leur corps qu’il repousse, car

    « Moi je ne veux rien que vivre

    Et je traverserai la vie sur un cheval »

    Jusqu’au jour où, en Irlande…

    Ces deux textes complémentaires, d’un romantisme exacerbé, constituent une ode à la sensualité et à la volupté qui peuvent basculer jusqu’à la transgression et à la perversité sans jamais sombrer dans un érotisme vulgaire. « Il n’y avait aucun calcul dans notre vie, mais bien plutôt une spontanéité féconde, une préméditation inspirée. Le mal était une nécessité. Notre hypocrisie un déguisement élémentaire, un exercice toujours plus gai. » Et, c’est ainsi que le roman devient une parabole de la lutte du cœur contre le corps, du bien contre le mal et de Dieu contre le diable.

    Sous la plume de Guyotat cette parabole devient sensuelle et voluptueuse tant son écriture, construite à base de phrases courtes est légères, aériennes et fluides comme le contour de la hanche d’une jeune fille à peine sortie de la puberté. C’est un romantisme un peu vieille Europe, c’est Radiguet buvant un verre avec Schnitzler dans une Weinstube du côté de Mayerling.

     

    4173Jw-vl-L._SL500_AA300_.jpgLe roi du bois

    Pierre Michon (1945 - ….)

    Voilà, je suis entré de monde de Michon, certes bien timidement, le bout du pied seulement, quelques pages d’une bien large écriture dans un tout petit format, mais du Michon tout de même dans toute sa splendeur, le cri de révolte de Gian Domenico Desiderii, au service de Charles de Nevers tenant alors Mantoue, qui a quitté le service de le Lorrain, le peintre entretenu comme d’autres par le pape,  après vingt années de bons et loyaux services qui ne lui permirent pas de devenir prince. Car prince, il voulait l’être à tout prix pour, comme le prince qu’il surprit un jour,  contempler encore cette apparition, … cette visitation, bleue, vaporeuse et abondamment troussée qui  déversait sans retenue, ni vergogne, une généreuse averse intime sous la frondaison où lui, Gian Domenico alors berger, gardait des porcs.

    Sa vie auprès des peintres ne le fit donc jamais prince et le monde de la soie ne lui fit pas oublier le monde du suint, celui des femmes qui travaillaient dur et qui n’avaient même pas le temps de quitter cette parure héritée de leur condition d’esclave. Et, c’est un cri de révolte et de haine qu’il pousse quand devenu maître des chasses du duc, il est le roi de la forêt ce monde authentique et naturel que la corruption n’a pas encore atteint où il peut proférer sa malédiction vengeresse : « Maudissez le monde, il vous le rend bien. »

    Etrange ce texte situé dans l’histoire, en Italie à l’époque des princes et des princesses, comme dans les contes, pour crier sa haine, sa colère et son désespoir à la face de ce monde d’inégalité et d’injustice. Et, ce, dans une langue de la plus grande pureté, ciselée au coin du talent, portée à l’épure, mais qui semble un peu comme un papier de soie pour emballer un maillet. Fallait-il tant de talent pour pousser ce cri, ne fallait-il pas juste un peu plus de souffle, de rage et de spontanéité ? La haine se théâtralise mal, elle demande seulement sincérité, véracité et simplicité, elle vient des tripes, pas du cerveau !

     Denis Billamboz

     

     

  • L'automne des lettres

    En automne mes textes perdent leurs lettres. Ne reste au début de l’hiver que quelques consonnes éparpillées et un lot de voyelles tenaces. Mais ce sont des lettres très belles, comme certaines fleurs d’octobre, qui à elles seules valent l’attention, d’autant plus qu’elles sont rares et bien espacées. Il se chuchote qu’ils sont, ainsi, meilleurs que mes textes complets. Dans ces conditions où mes écrits ne passent pas la saison, je n’ai pas l’occasion de les faire lire aux éditeurs qui ont autre chose à faire durant l’été. Des lettres tombées en miettes, je fais des sacs de mots sans queue ni tête ou bien je les porte à la déchetterie. Cela fait l’économie d’une mise au pilon ou d’une vente à tout prix. Je peux toujours me consoler en me disant que les pauvres ne (cueil)liront pas mes textes

  • Leonard Cohen / 2 titre live

    L. Cohen en concert à Londres, en 2008.

    I'm your man + A thousand kisses deep (dit)

     

    The Gipsy's wife

    2 sites francophones consacrés à L. Cohen:

    http://www.leonardcohensite.com/index2.php

    http://www.leonardcohenfrance.com/index2.html

    "Si mon travail a quelque profondeur, c’est grâce à la manière dont j’assume mes expériences", déclare Cohen à L.A. Style." C’est ce que je suis devenu. Je suis devenu un écrivain. Et comme le dit toujours mon ami (Irving) Layton, le poète est au cœur de conflits profonds, et c’est dans son œuvre qu’il arrive à les résoudre. C’est son havre. Ça ne remet pas le monde en ordre, ça ne change absolument rien. C’est simplement un havre, le lieu de la réconciliation, le consolumentum, le baiser de paix."

     

  • Leonard Cohen / Le livre du désir

    41OvKHq06TL._SL500_AA300_.jpg

    "Mon temps tire à sa fin"

    L’inépuisable Leonard Cohen nous rappelle qu’il est aussi écrivain.

    Un  bouquin de 250 pages, son premier depuis 1985, qui regorge de textes du songwriter qui semble revenu de tout, de l’amour comme de la spiritualité (beaucoup d’autodérision dans les textes couvrant sa période de moine bouddhiste), partagé entre désir d’une renaissance charnelle et soulagement d’être débarrassé des choses du sexe.

    Une poésie qui semble surtout écrite dans des chambres d’hôtel (ou de monastère), jetant sur la vie passée un regard qui sans être apaisé ne cultive pas le regret. C’est ainsi et c’est moi et cela n’aurait pas pu être autrement, semble-t-il dire à travers ces écrits, sans mettre de mots précis sur ses humeurs et états d’âme mais c’est peut-être ça (aussi), la poésie. On comprend que L. Cohen se vit désormais plus comme un chanteur voyageur que comme un simple poète. Plusieurs textes attestent de cette nostalgie de la grande chanson (encore et toujours) à chanter.

    Le livre est agrémenté de dessins : des femmes et des autoportraits. E.A.

    E-------X------- T------- R------- A------- I------- T------- S

    La lune

    La lune est de sortie.
    Jai vu la grande chose toute simple

    quand je suis allé pisser un coup.

    J’aurais dû la regarder plus longtemps.
    Je suis un piètre amoureux de la lune.
    Je la vois d’un seul coup et c’est fini

    entre moi et la lune.

     

    Douceur du temps

    Comme le temps paraît doux

    quand il est trop tard

     

    et qu’on n’a pas à suivre

    des hanches qui ondulent

     

    jusqu’au fond de notre

    imagination profonde

     

     

    Mon temps

    Mon temps tire à sa fin

    et je n’ai toujours

    pas chanté

    la vraie chanson

    la grande chanson

     

    j’avoue

    que j’ai l’air

    d’avoir perdu courage

     

    un coup d’œil dans la glace

    un clin d’œil dans mon cœur

    me donne envie

    de la fermer à jamais

     

    alors pourquoi me forces-tu à me pencher ici

    Seigneur de ma vie

    à me pencher à cette table

    au milieu de la nuit

    à me demander comment être beau ?

    Chambre 215

    Hôtel Kemps Corner


    [Aux éd. Le Cherche Midi, traduction de Jean-Dominique Brierre et Jacques Vassal]

  • Une visite

    Samedi soir, j’ai reçu une visite. Je ne l’avais jamais vu, si bien que je ne reconnus pas Dieu tout de suite. Il était différent de ce que je l’imaginais. Il m’a dit qu’il avait souvent été mal représenté. Je veux bien croire, ai-je dit. Et il m’a pris au mot. J’ai été pris d’une méchante croyance le reste du week-end, et j’ai eu des visions. Je vais tâcher de les faire homologuer par l’Eglise locale, j’ai envoyé par email un dossier bien ficelé dimanche soir. Lundi matin, j’étais dispos, frais comme un jeune fidèle, un neuf dévot. Dieu, ce fainéant, lui, est resté vautré dans mon lit à faire la grasse matinée, il faut croire qu’on a couché ensemble.

  • Gustave Flaubert / "Je me suis pâmé..."

    " Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen.... Voilà la troisième fois que j'en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule, en leur donnant quelques sols. Et j'ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d'ordre. C'est la haine qu'on porte au Bédouin, à l'Hérétique, au Philosophe, au Solitaire, au Poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton."


    Correspondance de Gustave Flaubert, Lettre à George Sand, éd. de la Pléiade, tome 5, pp. 653-654.

  • « Manteau de silence » de Jean-Luc Wauthier, par Philippe Leuckx

    Tout le livre est placé sous la bannière de deux vers de Tarpinian : Jeter un grand manteau d'amour/ sur les épaules du silence.

    Le poète des « Fruits de l'ombre » nous attend avec des poèmes qui dérogent à ce que l'on sait de lui; à l'éloquence brillante de nombre de pièces répond ici la sobriété d'aveux essentiels. A l'écart de la production actuelle, surtout faite d'échos insignifiants, voilà une poésie d'emblée en écho aux plus insignes préoccupations : qu'ils soient visibles ou tissés à l'insu, les poèmes de Wauthier disent « les tessons » de la coupure, le regard ironique à l'adresse même du scripteur, ce désir non feint de se taire plutôt que d'en dire trop , les « dialogues » avec soi, sur des questions de premier ordre.

    Que l'on énumère les mentions d' « effacement » de « taire »! L'on ne sera guère surpris d'y toucher l'essentielle littérature de celui qui, après vingt livres et quelque, sait mesurer « le miroir » trompeur du temps, pointer la mort proche en la nuit, en sa mémoire d'homme aguerri. On a même « jeté aux orties » ses textes. On lui a « coupé gorge ».

    Le poète saisi de l'essence de son art? Oui, en quelque sorte, puisque écrire, c'est jouer d'un duo impossible, entre soi et soi. C'est aussi ces recours insensés aux si pauvres souvenirs. Le temps, ce grand infidèle à nos peaux!

    Wauthier sait ce qu'écrire poésie veut dire :

     

    La mort, je la vois

    comme une piqûre d'ortie

     

    (…)

     

    La vie, ce fleuve qu'on brûle d'arrêter

    aux rives de l'enfance

     

    (…)

     

    Sensibilité  et acuité greffent la vie/la mort en ces textes où l'haleine meurtrie du monde monte de Gaza ou d'ailleurs.

    Oui, « de grands manteaux de silence/ sèchent au vent ». Et si l'enfance – domaine préservé du Père en sa terre retrouvée, et si l'écrire, pouvaient devenir baumes à l'usage de cet homme un peu perdu, mais qu'affûte sans cesse le devoir d'user de la langue pour rester debout. Ayguesparse eût bien aimé ces poèmes sans un mot de trop, ces « coupures » de réel incisives et nobles.

    Et le poète qui ne veut pas voir mourir l'enfant en lui est assurément le devin de son avenir : les mots, il les protège, et il revient au pays. Dans un texte de toute beauté, à la fin du livre – et manière de le relire par ce biais d'enfance -, Wauthier décrit avec acuité, et l'accent d'un enfant qui retrouve ses marques, le « pays comme on on revient au père ». « Le Nom du père » (au Tétras Lyre) en avait déjà retranscrit l'émotion. Ici, sérénité renouée, le poète ranime « le souffle des morts ».

    Les images (la truite veille) signent un hommage doux à la nature du côté du père, fagne heureuse et silencieuse où les mots résonnent drus et vrais.

    Un très grand livre.

    Aux éditions d'écarts, 2010

    http://ecarts-galeriembh.pagesperso-orange.fr/ecarts%20new/manteau.htm

    Philippe Leuckx