• Le bilan

    A la fin de l’année, il faisait le compte des mots qu’il avait perdus. Ce nombre augmentait de façon exponentielle. Il se demandait quel mot resterait, l’accompagnerait jusqu’à la dernière seconde. Un vocable d’une syllabe qu’on pourrait expirer dans un souffle. Mot ? Mort ?

  • Vers une xylophonie de l'obscène sur une conscience en agonie

    Je ne crois plus aux mots,

                           à la vie,

                           à la mort,

                           à la santé,

                           à la maladie,

                           au néant,

                            à l'être,

                            à la veille,

                            au sommeil,

                            au bien,

                            au mal,

                            à la vertu,

                            au vice,

                            à la matière,

                            à l'esprit,

                            au réel,

                             au surréel,

                             à l'amour,

                             à la haine,

                             au fantastique,

                             à la banalité,

                              au courage,

                              à la pleutrerie,

                              à l'héroïsme,

                              à la lâcheté.

     

       Je crois que rien ne veut plus rien dire et que tout depuis d'ailleurs

    toujours n'a jamais cessé de me faire chier.

       Car je n'ai jamais cru à rien ni pensé à quelque chose,

       ni voulu voir quoi que ce soit des choses

       et j'ai toujours vu une pute de chose qui insistait pour se faire regarder et tutoyer             

                          puis vidanger.


    Antonin Artaud (1946)

  • Gros textes Arts et résistances

    GT3.jpg Le numéro 3 est paru!

    Au sommaire

    1  Yves Artufel : édito, il neige sur le jardin

    2  Emile Pouget : La grève générale

    5  Anne Poiré : Hommage à Nathalie Potain 1966-2009 (avec des textes de Christian Degoutte, Jean-Pierre Cannet, Corine Pourtau, Marie-Hélène Bahain et Nathalie Potain)

    14 Jean Rivet et Robert Momeux (autres auteurs Gros Textes disparus récemment)

    15 Sanford Fraser : Au pays de la peur – in the land of fear

    18 Christian Garaud : entretien avec Sanford Fraser

    20 Sophie Braganti : Fatima

    23 Michel Gendarme : Avion – Bamako

    28 Mathias Lair : 3760 ans après

    35 Jean-Christophe Belleveaux : Désobéir

    38 Jean-Claude Liaudet : Pascal avec Sade ou le bordel du libéralisme

    41 Jean-Paul Leroux : Retour sur la finitude

    45 Fernando Carreira : l’écologie politique n’est pas soluble dans le capitalisme

    48 Claude Held : Trois petites proses pour accompagner Magritte

    51 Karin Huet : Extraits de « Huit bouffées de sagesse papaoute »

    54 Georges Cathalo : Quotidiennes pour résister

    56 Eric Dejeager : Wallonie Chronique – Théophile de Giraud

    60 Alain Sagault : La charte de l’homme moyen

    62 Xavier Le Floch : Bienvenu

    64 Francis Krembel : Le poète sort pisser

    65 Line Szöllösi : la laverie automatique et autres poèmes

    67 Olivier Cousin : Réjouissances d’hiver

    71 Dominique Forget : Lampes de poche

    73 Bruno Sourdin : Blues pour Brautigan – Morgan Riet : Dans un centre d’appel

    74 Fabrice Marzuolo : Putains d’histoires d’amour

    75 Alfonso Jimenez : Absolument coincé + 2 poèmes

    78 Béatrice Machet : Watch for ice on the bridges

    79 Hervé Merlot : Un port – Si c’était vrai

    82 Jean Klépal : A quoi bon les artistes

    87 Thierry Radière : Au ralenti

    87 Dominique Forget : Lectures à ciel ouvert

    89 Jean Paul Leroux : Lectures

    90 Roger Lahu : Petits malentendus entre amis

    92 Christian Garaud : Le sablier et autres poèmes

    93 Matt Mahlen : La chronique de Matt – Yves Artufel : D’un carton l’autre

     

    Dessins des Guallino (et couverture), Matt Mahlen, Agnès Rainjonneau, Zoé Lamazou (et volé sur le net)

     

    Le numéro coûte toujours 9 € (+ 2 € de participation frais de port SVP)

    L'abonnement simple est toujours  17 €

    L'abonnement de soutien avec adhésion à Gros Textes : à partir de 20 €

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    Le blog des éditions Gros Textes

    http://grostextes.over-blog.com/

  • La chambre claire de Roland Barthes

    416SW7PAAZL._SL500_AA300_.jpgQu'est-ce que la Photographie?

    L’idée de départ de ce livre constitué de deux parties de 24 courts chapitres, c’est chercher à savoir ce qu’est la Photographie « en soi » et « par quel trait essentiel elle se distingue de la communauté des images. » Roland Barthes ne nous livre pas brutalement le résultat de son étude, il va nous associer à son cheminement intellectuel. Accompagner Roland Barthes, c’est accéder aux tours et détours d’une pensée qui s’appuie sur les mots, entre tendance à la théorisation, au néologisme et retour au terre à terre des expressions toutes faites, avec un goût pour la précision des sensations donnant ce mélange subtil qui fait la délicatesse de son écriture, son côté touchant.

    Il distingue trois acteurs à l’œuvre dans le genre photographique: l’Operator (le photographe), le Spectator (celui qui regarde les photos) et le Spectrum (celui qui est photographié). Il va surtout analyser le point de vue du Spectator, se considérant principalement comme tel. Très vite, il observe qu’il n’aime pas toutes les photos d’un même photographe mais seulement certaines. À partir de là, il recherche ce qui, pour lui, fait l’attrait de certaines photographies. Ce qui le conduit à distinguer deux aspects des images, qu’il va appeler le studium et le punctum. Le studium, c’est le centre d’intérêt de l’image. Elle provoque sur le Spectator un intérêt moyen pour l’objet figuré, plus raisonné qu’affectif. Le punctum, c’est « ce qui vient déranger le studium », c’est « ce hasard qui me point », écrit-il. Autrement dit : atteint, émeut celui qui regarde sans qu’il en prenne la mesure ou puisse mettre des mots sur son émotion : « Ce que je peux nommer ne peut réellement me poindre »

    Le punctum est souvent un détail perçu par le regardant qui va trouver des échos en lui. Comme par exemple la main « aux ongles peu nets » de Tzara sur une photo de Kertesz ou celles "aux ongles spatulés » qui cachent le visage d’Andy Warhol sur une photo de Duane Michals. Au terme de la première partie, Barthes nous dit qu’il n’a toujours pas découvert la nature de la Photographie, son eidos.

    images?q=tbn:ANd9GcTH9GzOlXoGo6gKxoWmD4BVmDolwHsnvRediF3nnisw6ucJwlxjC’est en cherchant sur des photographies à « retrouver » (plus qu’à reconnaître) sa mère morte quelque temps auparavant que Barthes va découvrir l’essence de la Photo.
    Paradoxalement, c’est une photo d’enfance de sa mère qui lui apporte cette révélation. La Photographie a à voir avec la mort, c’est « l’image vivante d’une chose morte » ou destinée à mourir. L’essence de la photographie est de certifier une présence, de ratifier ce qu’elle représente, écrit-il encore. Ce qui ne va pas sans de la mélancolie, un certain pathétique. « La Photo est sans avenir ! » Contrairement au film ou à la peinture qui n’atteste pas autant, même dans les portraits, de la présence des gens figurés. La photo a aussi partie liée avec le théâtre et l’Histoire (nées au même moment) : la Photo abolit la durée comme l’Histoire arrête le Temps.

    images?q=tbn:ANd9GcSh8ighb2ga-N5aStd9aaE9Blb0zBRqF_30MR9l0EEHm3gchY6dBQC’est l’avènement d’une impossibilité à concevoir la durée et l’ère ouverte, si l’on peut dire, à toutes les impatiences, à « tout ce qui dénie le mûrissement ». Elle correspond aussi à l’irruption du privé dans le public. La Photo possède aussi cette particularité de gommer l’individualité au profit de l’espèce. Il regrette l’omniprésence de la Photo (à laquelle désormais est soumis la peinture figurative et même la jouissance physique - par l’entremise de la pornographie) qui, par sa démultiplication et sa banalisation, « déréalise complètement le monde humain des conflits et des désirs, sous couvert de l’illustrer », tout en détournant ce qui fait son originalité : nous renvoyer à notre statut de mortel, d’être lié au temps et soumis aux affections les plus déchirantes.

    Dans cet ouvrage devenu un classique, Roland Barthes pressent la mort au vu d’une photo de sa mère. Il écrit cet essai d’avril à juin 1979 et il meurt en mars 1980 des suites d’un accident (il est renversé par une camionnette) en se rendant au Collège de France...

    E.A.

  • Les voeux de Sarkozy pour 2011


    + Les voeux du PCF dans la bouche de Sarkozy

    http://www.ecrans.fr/Le-Parti-Communiste-boute-hors-de,11651.html

    + La crise au Sarkozistan

    http://www.liberation.fr/livres/01012310422-la-crise-au-sarkozistan-succes-pour-un-pamphlet-publie-sur-internet

     

  • Des pages que l'on respire / Johann Elmaleh

    Comme tout le monde, j’ai constamment l’impression d’être regardé, comme si toutes mes cellules étaient en fait des caméras d’où les autres pouvaient me juger. La lecture, je veux dire la lecture vivante, celle qui nous fait transpirer, en sueur qu’on finit, éteint ces yeux du diable et nous laisse seul, comme un Dieu. Un Dieu contemplant le monde, perché sur les hauteurs de la vie, respirant follement l’air de cet épais silence qui souffle en altitude. Lire ne souffre d’aucune contrainte. Pris dans le mouvement tourbillonnant de ces pages, on y a nié l’ordre du monde. Immanquablement, nos sentiments ont de loin débordé l’étroitesse congénitale des sentiments humains. L’amour aussi est devenu si pâle, si rationnel au regard de la confusion rageuse de nos affections bouillonnantes. Qui a déjà vomi jusqu’à en perdre ses tripes peut se faire une idée de ce que c’est que lire ; de ce que c’est qu’écrire, ce qui est la même chose, à l’envers. La lourde atmosphère enveloppant cette gueule pathétique qui se vide de ses aliments et crie son inhumanité, rendant aux atomes leur épaisseur dégoulinante. Beaucoup ne connaissent pas ce que c’est que lire. Soit qu’ils ne lisent pas, et ils ont certainement bien raison ; soit qu’ils lisent pour les autres, invoquant un panthéon de la littérature, lequel est composé des restes classiques qu’ils n’ont jamais vraiment pu digérer, mais qu’ils conservent et revendiquent, par pudeur. Leur immense bibliothèque, bien cirée, ornée d’innombrables livres, délicats et impeccables, comme s’ils n’avaient jamais été touchés qu’au détour d’un désir insatiable de se pourfendre dans la reconnaissance littéraire des littérateurs à chapeau. Moi, je lis pour moi. Rien que pour moi, à poil que je suis. Impudique comme un clochard qui chie dans un urinoir. Et je laisse les autres, amis et ennemis, belles et moches, bons et mauvais, pourrir dans la crasse humaine de leur monde humain qui pue l’air infâme de la moralité et qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de respirer. Moi, je n’ai pas besoin d’absorber ce gaz invisible pour vivre, mon complexe affectif se moque de cet oxygène transparent qui ne peut se voir que dans le brouillard enfumé de l’impersonnalité. C’est la vie qui m’appelle moi dans ces livres, ce sont ces pages que je fais vivre, seul. Et même, ce sont ces mots là qui vous privent de cette atmosphère sociale dégueulasse. Ne me remerciez pas, je vous ai déjà gerbé quand j’écris.

    Johann Elmaleh

  • Lady Gaga et ma mamy

    images?q=tbn:ANd9GcRmmwppdHXdKdfx7RdL-vLwbKIH_CcZ83EGdgsPGxfs-goy0X2y Samedi soir, je suis sorti en boîte. Ma grand-mère se déhanchait comme une malade sur le dernier Lady Gaga. Non, c’était pas vrai, je rêvais, on était lundi matin, je devais me lever pour aller au boulot. J’en ai voulu à ma mamy de me faire croire qu’on était encore pendant le week-end. Pour me faire pardonner mon accès d’humeur contre elle, je passerai à midi au cimetière déposer une petite image de Lady Gaga sur sa tombe.

     

     


  • Il voyage loin le Timotéo. Il embarque loin dans les mots et les îles, par Philippe Leuckx

    le%20tour%20du%20monde.jpgIl voyage loin le Timotéo. Il embarque loin dans les mots et les îles.

    Timotéo Sergoï, grand voyageur, artiste de rue et du monde, ne joue pas seulement du mouvement et des linges des marionnettes; il instille à ses textes vagabonds, nomades une pleine et pure poésie.

    Avec Le Tour du monde est large comme tes hanches (Editions Tétras Lyre, 20 euros, 2010), le poète a mûri. Ses textes ont non seulement du souffle, de l'ampleur, une tendresse jamais mièvre, un humour pétri de poésie, de bon sens, mais encore la vitalité d'une langue apte à saisir, dans une rythmique des chemins (l'on sent très fort le pas, la marche, la scansion du coeur aimant et partageant), les histoires, les temps forts, le physique (ah! ces mains de l'artiste) du monde.

    Il faudrait tout citer de ces proses qui coulent de logique et de sens, ces poèmes versifiés bondés de jeux de langue, entre mots et douleurs :

     

    les comptines pour enfants

     

    « Chat dans la farine, chien dans le charbon,

    Ce matin, je marche, bougon,

    Sur le trottoir près des usines. »

     

    Ou, comme un poète essentiel :

     

    « Je porte sur mon dos deux grands seaux d'eau de larmes.

    Le premier vient de mon enfance

    Il borde encore mes yeux. »

     

    Du chagrin, le poète Sergoï tire « une cuillère à larmes » et de l'amour - il en porte en ses yeux, sur la tête, ce grand clown poète - « il attend un baiser ».

     

    Ces poèmes plairont autant aux adultes quémandeurs de tendresse perdue qu'aux enfants qui s'époumonent à retarder l'heure du sommeil, pour des jeux qui les prennent par les yeux, l'âme.

    Rester enfant quand on est poète, c'est un gage de simplicité royale. Timotéo l'est à plein vent ce poète-enfant, coureur de merveilles et usager des langues qui résonnent :

     

    « Je garde, dit-il, toujours à portée de ma bouche, un petit morceau de chair neuve. A embrasser. Ou à mordre vraiment. »

    « Viens. / Que je t'envahisse. / La vie donne chaud, tu ne trouves pas?/ »

     

    Près de cent pages de textes, d'illustrations de Laurence Léonard (bien dans l'esprit du livre) et d'un compact disque audio.

    Quittons ce bel univers avec un constat digne de son auteur : « J'ai la tristesse insondable des clowns ». Merci, poète. Je suis en plein dans tes papiers de rêve.

    Philippe Leuckx

     

     

  • Dance with Bryan Ferry

                                    JOYEUX NOËL !

    You can dance (2010)

    Don't stop the dance (live, 2007)

     

  • Les pires chansons de Noël

    Wham, Maria Carey, Lady Gaga, Bing & David, Siouxee and the Banshees, Frédéric François et même Michel Galabru, ils sont tous là...

    http://next.liberation.fr/musique/01012309136-cadeau-les-pires-chansons-de-noel

    D'autres chansons de Noël par Alice Cooper, Céline Dion, Diana Krall, Elvis, Jackson 5...

    http://musique.sfr.fr/article/mariah-carey-annie-lennox-florent-marchet-les-albums-de-noel-2010-115130/?sfrintid=HCA_actu_actu_txt_mea3


  • Christo: la fin d'un emballeur

    Avec sa manie de l’emballage, aggravée durant cette période de fêtes, Christo a emballé sa paire de lunettes. Mal lui en a pris car l'artiste pressé d'aller emballer  la Tour Eiffel sous la neige prit aussitôt le volant. Le véhicule aux pneus pourtant bien emballés (mais d’un film de plastique sans clous) dérapa sur une plaque de verglas et termina sa route dans le décor. La communauté artistique est en deuil. Frédéric Mitterand, des larmes dans la voix, a rappelé les multiples actions de Christo Vladimoroff Javachef à commencer par l'emballage de sa tétine dans du sparadrap. Les funérailles auront lieu ce samedi 26 décembre dans un lieu tenu secret. Son cercueil sera, selon le souhait de l’artiste, enveloppé dans du papier kraft et la planète Terre sur laquelle il reposera devrait elle aussi subir le même traitement. Les autorités, craignant une pénurie d’oxygène pour l'après Noël, mettent en garde les utilisateurs contre une dépense abusive du précieux gaz et les incitent à faire dès à présent leurs provisions auprès des différents distributeurs d'atmosphère. 

    images?q=tbn:ANd9GcSSmHKUILmmBzmUAyS5niARWCcwiZs7viUqX7tA_2uor7ieVWk3kQ

     

     

     

    L'artiste, quelques heures avant son accident fatal, expliquant comment emballer une boîte de pralines Leonidas de 500 g.

     

     

     

     

    http://blogs.lesinrocks.com/photos/2010/12/20/christo/

     

     

  • L'Oulipo mode d'emploi

    L'Oulipo mode d'emploi, un exaltant documentaire de Jean-Claude Giudicelli sur L'Oulipo qui fête ses cinquante ans cette année.

    À voir ici:

    http://videos.arte.tv/fr/videos/oulipo_mode_d_emploi-3594924.html

     

    + Le site de de l'Oulipo:

    http://www.oulipo.net/

    + Ce que L'OuLiPo déjà quinqua génère (sur le blog de Pierre Assouline)

    http://passouline.blog.lemonde.fr/2010/12/23/ce-que-loulipo-deja-quinqua-genere/

     

  • Virginie Holaind... à l'atelier littéraire d'Hubert Haddad

    Le grand écart

    Le moment. Celui de faire enfin l'écart, le grand écart, et sortir de ce qui ne ressemble jamais à une cage mais l'est pourtant souvent. Partir sur les chemins tortueux bordés de neige. Et ne jamais revenir. Ils savaient qu'ils ne prendraient jamais feu, même assis sur un bout de papier bercé par une allumette. Ils jouaient, dans un silence bruyant. Celui du sang qui ne coulait plus dans leurs veines.

    Je pensais à lui. Lui qui portait le même masque que nous. Lui qui se voulait plus léger qu'une libellule. Face à nous. Nous muets comme une forêt parlante. Nous étions la béquille, l'attelle qui ne le soutenait même pas.

    Nous sommes tous de faux saltimbanques tentant les mêmes pirouettes au détour des mêmes ruelles fanées. Marchant dans les feuilles mortes et cherchant une lecture spirituelle dans leur désordre.

    J’y repense. Au creux de son cou, le médaillon était toujours là, accroché. Au loin, devant ses yeux, l'étendue vide et l'arbre au milieu. Comme une poésie minimaliste. Elle savait qu'il y aurait d'autres commencements et recommencements, dans un lent cycle de courroie naturelle.

     

    Instants funambules (le blog de Virginie Holaind)

    http://instantsfunambules.blogspot.com/

    L'atelier littéraire en ligne d'H. Haddad

    http://www.zulma.fr/atelier-ecriture.html

  • co errante.... à l'atelier littéraire d'Hubert Haddad

    Perles d'eau

    Lesquelles pareront les cauchemars des amants. Qu'importent les trônes, ceux de Chine ou d'ailleurs, la route serait devant. Redouter l'insomnie, préférer dormir comme un enfant : le mal des temps modernes contre une scintillante rivière de rêves. "Entrée libre, visite à toute heure" ; sur la feuille d'un arbre, se balançait doucement un petit panneau fait d'écorce de bois. Il avait la forme d'un profil de femme aux couleurs et senteurs de novembre. Le sol du salon ressemblait maintenant à un étang. On pouvait même entendre le croassement des grenouilles. Au coin de la rue, des cris d'épouvante : "Du sang ! Du sang partout !". Et la chambre commença à entamer une folle farandole. Commencer à projeter une promenade nocturne, en mémoire des disparus et de ceux restés dans l'ombre.

     

    Le démotoir (le blog de co errante)

    http://ledemotoir.blogspot.com/

    L'atelier littéraire en ligne d'H. Haddad

    http://www.zulma.fr/atelier-ecriture.html

     

     

  • Petites fictions du samedi soir (21): Sous le sapin

    Samedi soir, je n’avais pas le cœur à luire, je me suis transformé en nuage de neige et me suis émietté en flocons pendant la nuit. On m’a vu avec des stalagmites sous les yeux et deux stalactites aux coins de la bouche que des esprits de l’hiver un peu vampires prirent pour des dents de glace. Des âmes charitables m’ont roulé, couvert de sel, jusque chez moi où, sous le sapin, je me suis cristallisé en douceur le reste du week-end après avoir bouffé les boules de pain qui décoraient mon arbre. C’était  toujours mieux que de partir fêter, tout sucre tout miel, la fin de la décennie dans un aéroport bondé ou dans le bas fossé d’une autoroute givrée.

  • L'art d'aimer / Mahmoud Darwich

    Avec la coupe sertie d’azur,
    Attends-la
    Auprès du bassin, des fleurs du chèvrefeuille et
    du soir
    Attends-la
    Avec le bon goût du prince raffiné et eau,
    Attends-la
    Avec sept coussins remplis de nuées légères,
    Attends-la
    Avec le feu de l’encens féminin partout,
    Attends-la
    Avec le parfum masculin du santal drapant le
    dos des chevaux,
    Attends-la
    Et si elle arrivait, avant,
    Attends-la
    Et n’effraye pas l’oiseau posé sur ses nattes,
    Et attends-la
    Qu’elle prenne place, apaisée, comme le jardin
    à sa pleine floraison,
    Et attends-la
    Qu’elle respire cet air étranger à son cœur,
    Et attends-la
    Qu’elle soulève sa robe, qu’apparaissent ses jam-
    bes, nuage après nuage,
    Et attends-la
    Et mène-la à une fenêtre, qu’elle voie une lune
    noyée dans le lait,
    Et attends-la
    Et offre-lui l’eau avant le vin et
    Ne regarde pas la paire de perdrix sommeillant
    sur sa poitrine,
    Et attends-la
    Et comme si tu la délestais du fardeau de la
    rosée,
    Effleure doucement sa main lorsque
    Tu poseras la coupe sur le marbre,
    Et attends-la
    Et converse avec elle, comme la flûte avec la
    corde craintive du violon,
    Comme si vous étiez les deux témoins de ce
    que vous réserve un lendemain,
    Et attends-la
    Et polis sa nuit, bague après bague,
    Et attends-la

     

    traduit de l'arabe (Palestine) par Elias Sanbar

    extrait de Le lit de l'étrangère de

    Mahmoud Darwich (1942-2008),

    éditions Actes Sud, 2000.


  • Lectures fantastiques, par Denis Billamboz

    Lectures fantastiques

     

    Bien que n’étant pas un grand amateur de littérature fantastique ou de science fiction, j’ai tout de même eu l’occasion de croiser certains auteurs qui m’ont passionné avec leurs œuvres plus ou moins fantastiques. C’est notamment le cas d’Elia Barcelo dont j’ai bien apprécié le court roman que je présente ci-dessous mais peut-être moins celui de Ballard dont la réputation est certainement nettement plus étoffée que celle du précédent mais qui m’a laissé une impression d’inachevé et même un certain manque de cohérence dans la projection fictive.

     

    4122ZCZMDDL._SL500_AA300_.jpgLe secret de l’orfèvre

     Elia Barcelo (1957 - ….)

     

    Voilà encore une belle démonstration qui prouve avec talent que la quantité n’est pas forcément nécessaire à la qualité. En effet, ce petit livre (128 pages), tout petit même, nous entraîne dans un voyage sur les pas d’un jeune ibérique devenu orfèvre de renom à New York qui, passant par son village natal, entreprend sans le savoir, a priori, un voyage dans le temps plein de surprises et de révélations. En prenant le train pour rejoindre l’avion qui le conduira en Amérique, il ne peut résister à l’envie de redécouvrir le village qui l’a vu naître, il y a bien longtemps déjà. Mais, à son réveil, il découvre avec surprise qu’il  est maintenant en 1952 et qu’il vit dans son village natal comme il était à cette époque là alors que lui est désormais en 1999. Alors, Elia nous entraîne avec habilité, finesse et malice dans un jeu de piste où l’un va essayer de conjuguer l’avenir de l’autre avec son passé et en reconquérant la femme qui l’a initié aux plaisirs de l’amour quand il était un jeune homme encore naïf. Mais l’histoire, même quand on mélange les temps avec la plus grande adresse, est bien difficile à réinterpréter et réserve parfois bien des surprises

    Un bouquet de fraîcheur, un petit bonheur de lecture et un grand livre, même s’il est tout petit, car non seulement le sujet est original et bien interprété mais ce roman est aussi écrit avec talent et justesse, sur le bon tempo. Et, Elia se glisse avec aisance dans la peau d’un homme pour apporter sensibilité et sensualité à ce récit intemporel car l’amour peut résister à l’emprise de l’âge et toujours briser les cœurs.

     

    51B21MixUjL._SL500_AA300_.jpgLa forêt de cristal

     James Graham Ballard (1930 – 2009)

     

    Longtemps, j’ai hésité à aborder l’œuvre de JG Balard mais, lors de mon dernier passage à la bibliothèque, « La forêt de cristal », l’un des quatre apocalypses qu’il a écrites entre 1961 et 1966, figurait parmi les nouveautés après sa réédition et j’ai succombé à la curiosité mais, je n’aurais peut-être pas dû... J’ai, en effet, eu beaucoup de mal à sortir de cette forêt enchantée et maléfique où j’ai rencontré ennui et incohérence et où l’auteur s’est égaré au moins autant que le héros, se noyant dans les redites et n’arrivant pas à faire vivre le monde fantastique qu’il a créé avec toutes les merveilles qu’il essaie de faire scintiller sous nos yeux.

    Ce roman en noir et blanc où il est bien difficile de séparer le jour de la nuit, le chaud du froid et l‘eau de la glace, est l’histoire du Docteur Sanders qui veut retourner à Mont Royal, au Cameroun, pour retrouver un couple d’amis dont la femme fut sa maîtresse. Mais arrivé au port de Matarre, l’ambiance est étrange, une chape semble peser sur la ville où la police, les militaires et les trafiquants en tout genre s’agitent avec inquiétude. La forêt prend des couleurs étranges et notre héros découvre rapidement qu’un phénomène de cristallisation affecte la région où il veut se rendre. Contournant les interdictions et les recommandations, il s’engage dans un périple dangereux où il rencontre une violente tempête qui cristallise brutalement la forêt et tout ce qui y vit. Il ne doit la vie sauve qu’à la rencontre avec deux rivaux qui s’affrontent, à la vie à la mort, pour l’amour d’une belle bien plus près de la mort que de la vie. Mais ces cowboys des temps modernes sont bien maladroits et il peut rejoindre ses amis avec lesquels il va pénétrer au cœur de ce mystère qui affecte le lieu et ses habitants et vivre de nouvelles aventures rocambolesques.

    Je suis un bien mauvais client pour ce genre de littérature mais j’aimerais voir dans cette fiction, une parabole de toutes les richesses de l’Afrique pillées par les Occidentaux au détriment de tous ces Africains qui errent misérablement comme ces lépreux qui vont finir cristallisés dans cette forêt miroitante. C’est aussi une image de l’Afrique déliquescente incapable d’exploiter ses immenses richesses. Mais c’est surtout une réflexion sur la lutte de l’homme contre la mort qui croit toujours qu’il y aura quelque chose après la vie et peut-être même que la mort n’est qu’un passage vers un ailleurs meilleur même si il est très différent, au-delà de nos capacités à imaginer.

    Je dois préciser que cet ouvrage comporte une bibliographie très détaillée des œuvres de JG Ballard qui sera très utile aux inconditionnels de cet auteur.

    Denis Billamboz

     

  • Scandinavian Songs (50): Abba

    Abba est un groupe suédois formé en 1970 qui se séparera en 1982. Le groupe remporte l'Eurovision le 6 avril 1974. Pour la petite histoire, il y avait aussi dans la compétition Mouth & Mac Neal pour les Pays-Bas (3ème), Olivia Newton-John pour le Royaume Uni (4ème), Gigliola Cinquetti pour l'Italie (2ème) et Jacques Hustin pour la Belgique (9ème) avec Fleur de liberté. La Révolution des oeillets du 24 avril prendra comme signal de départ la chanson représentant le Portugal. La France, suite à la mort de Georges Pompidou survenue le 2 avril, retirera sa chanson qui devait être interprétée par Dani.

    Abba à l'Eurovision 1974

    The name of the game (1977)

    Gimme gimme gimme (live à Wembley, 1979)

    Tivedshambo (leur dernière chanson filmée, en 1986, en l'honneur de leur ancien manager)

    http://www.youtube.com/watch?v=5SKrZw2OtpQ&feature=related

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    Les meilleurs clips d'Abba d'après Télémoustique

    http://www.telemoustique.be/tm/bonus/5563/les-meilleurs-clips-dabba.html

    Quelle est votre chanson préférée d'Abba? 

    http://www.telemoustique.be/tm/musique/12377/quelle-est-votre-chanson-preferee-dabba.html

    Le number one des internautes (1980)

    Abba: le b.a.ba de la pop, sur le site des Inrocks (avec une interwiew de Björn Ulvaeus)

    http://www.lesinrocks.com/musique/musique-article/t/55832/date/2010-11-29/article/abba-le-baba-de-la-pop/

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    Toutes les Scandinavian Songs

    http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/scandinavian-songs/



  • Marcel Peltier... à l'atelier d'écriture en ligne d'Hubert Haddad

    Cauchemar

    Sans hésiter je fis de même sur le nez du bonhomme de neige. Par ces temps modernes, le cauchemar est fréquent. Sous la voûte, le livre était déchiré. Quel ange de pierre, quel génie avait écrit ce roman ? Ce n'est pas possible, un matin d'automne ! Vive la liberté. Un froissement d'ailes et mon regard suit l'envol de l'oiseau. Cet homme avec un visage à l'agonie, ce n'est pas moi ! Dans ce train de nuit, serait-il quelque espion exécuté ? Le tyran habitait donc l'enfer.... Couloir du Thalys ? À moins que ce ne soit le couloir du condamné ou celui d'un monstre....

     

    Le blog de Marcel Peltier

    http://poesieminimaliste.blogspot.com/ 

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    Pour tester l'atelier littéraire en ligne d'Hubert Haddad

    http://www.zulma.fr/atelier-ecriture.html

    Envoyez-moi votre texte à lesbellesphrases@gmail.com  

     


     


  • L'atelier d'écriture en ligne d'Hubert Haddad

    Hubert Haddad est un écrivain passionnant et attachant qui s'est essayé à tous les genres d'écriture. Je lis pour l'instant L'univers, un roman qui prend la forme d'un abécédaire. Il a publié il y a quelques années Le Nouveau magasin d'écriture, un ouvrage de 1000 pages qui propose de nombreuses pistes d'écriture qui sont autant d'ouvertures sur l'imaginaire.

    Voici un atelier d'écriture en ligne (d'après le livre d'H. Haddad) sur le site des éditions Zulma

    http://www.zulma.fr/atelier-ecriture.html

    Je me suis prêté à l'exercice, et voici ce que ça a donné, après quelques retouches.

    A vous de jouer, et de m'envoyer votre texte sur lesbellesphrases@gmail.com pour que je le poste ici.

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    Le masque d’un nid d’amour

    C'était une femme qui regardait vers la lune. Elle avait une chenille qui cheminait sur une chemise longue comme un chemin de nuit. Tandis que les chevaux glissaient sur la neige comme des luges ornées de crinières, une famille de hérissons poussait une carotte au suicide. Sur le kiosque à nuages, je jouais de toutes les étoiles, je faisais de la marche rapide sous une pluie battante pendant que la musique tombait à court de notes. Un mur, la mer... Et si une mer permettait d'ouvrir le mur aux vagues pour un voyage autour de l'eau. Et si dans la maison de poupée il y avait une chaise vide qui m'attendait.... Toutes les rues seraient changées en histoires et chaque arbre à visage en machine à délivrer du regard. Dans l'allée remplie d'oiseaux je porterais, oui, le masque d'un nid d'amour.



     

  • Scandinavian Songs (49): Le corps mince de Françoise

    Le corps mince de Françoise est un groupe finlandais composé de trois jeunes femmes. Il s'est formé en 2007.

    We are cannibals

    Cool & bored

    Une interview (+ l'origine du nom du groupe):

    http://www.dailymotion.com/video/x93hnv_le-corps-mince-de-francoise-intervi_music

    Myspace

    http://www.myspace.com/lecorpsmincedefrancoise

  • Les sortes d'écrivains

    Il y a les immenses écrivains et les écrivains minuscules. Je ne fais partie d’aucun de ces genres-là : je suis un nanoscule écrivain. Voire aux yeux de certains amis médisants un picoscule écrivain. Autrement dit, un écrivain rikiki. Cela vaut mieux que d’être un écrivain nul ou au-dessous de zéro, ceux qui font froid dans le mot. Je publie par conséquent très peu. Trois ou quatre mots par an pour une plaquette infime (mais cependant pas infâme). Faite pour des lecteurs lilliputiens. L’avantage, c’est que ça ne coûte pas cher, une poignée de cents. L’autre avantage, c’est que je n’obtiendrai jamais le Nobel. Mais il n’est pas exclu qu’on me gratifie d’une microscopique notule dans le Guiness Book.

  • Scandinavian Songs (48): Olafur Arnalds

    Olafur Arnalds est un musicien et compositeur islandais. Il a sorti trois albums depuis 2007

    Ljosio

    Hægt, kemur ljósio

    http://www.myspace.com/olafurarnalds

     

     

  • J'ai attaqué

    Samedi soir j’ai attaqué la Météo nationale. J’ai attaqué le climat, la Grande Ourse et les bébés phoques. J’ai attaqué ma mère, mon père et toute ma parentèle. J’ai attaqué le gouvernement. J’ai attaqué les chefs de parti. J’ai attaqué les banques, le grand patronat et le prolétariat. J’ai attaqué les Bush et les Simpson, toutes les familles de fantaisistes. J’ai attaqué le roi oh la la. J’ai attaqué Mao et Obama ô mama. Je m’en suis pris à mes anciens professeurs, à mes ex-femmes et à mes amis d’enfance. J’ai dénigré les écrivains en place et ceux qui ne savent pas rester en place. J’ai chargé les journaux nationaux et les feuilles de chou locales. J’ai méprisé les stock options et le Micro-crédit. J’ai attaqué sur tous les fronts. J’étais déchaîné, j’étais en sueur, j’ai fait un coup de sang. Puis je me suis calmé. J’ai feuilleté deux trois manuels de développement personnel. J’ai soufflé avec mesure : je claquais des dents sur la fin de chaque inspiration. J’ai arrêté de me prendre la tête, j’ai pris mon pied et je l’ai massé avec vigueur. Dimanche matin, l’orage était passé. Presque zen, je me suis vu de très loin, donc tout petit: un pauvre type seulement responsable de son sort et filant droit vers la tombe. J’ai fumé et bu toute la journée.   

  • Scandinavian Songs (47): Johann Johannsson

    Johann Johannsson est un compositeur islandais. Il est l'auteur de plusieurs albums.

    Odi et Amo

    Sun's gone dime

    http://www.myspace.com/johannjohannsson

  • Istanbul de Orhan Pamuk, par Philippe Leuckx

     

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    A l'heure où les corrections s'accumulent comme feuilles au caniveau, risquant de boucher les avaloirs, un peu de lecture.
    Plongé dans "Istanbul" du Prix Nobel 2006, Orhan PAMUK, je m'en délecte. A l'instar des belles gravures de l'Occidental Melling, venu passer dix-huit années sur les bords du Bosphore, je me suis trouvé d'emblée en phase avec cet univers reconstitué.
    Pamuk retrace - ses madeleines : un konak dévasté, un appartement vieillot, des rues aux réverbères huileux...- ses années cinquante, soixante. Né en 1952, il a assisté à la lente mais définitive disparition des traces ottomanes. Ce n'est pas chez lui volonté nostalgique de se raccrocher à des débris, à des fragments du passé, mais désir profond de retracer des parcours, le sien, évidemment, celui des Stambouliotes.
    Dès l'entame du livre, Orhan évoque son double, quelque part dans la grande vile. Cette jolie séquence, poignante, permet une traversée de la cité et celle des miroirs. Quelqu'un quelque part me ressemble.
    Quelle belle déclaration littéraire.
    La mère, le père, le frère aîné, la grand-mère ...occupent leur place dans l'immeuble Pamuk (coton en turc), construit à la place d'un ancien konak ottoman.
    Le grand réalisme des scènes (souvenirs drus, évocations tendres ou acides) nous restitue d'une manière hallucinante le regard d'un enfant sur sa ville, chérie, protégée, admirée et à préserver.
    Pamuk n'a pas son pareil pour éveiller le regard même du lecteur sur les matières de la remémoration, à cinquante ans (le livre a paru en 2002, traduit cette année pour Gallimard).
    Comme chez Proust, souvenir et intimisme font bon ménage et l'on se souviendra longtemps des scènes d'intérieur que Pamuk distribue comme autant de perles sur son chemin : le salon des photographies d'ancêtres, l'escalier qui mène aux étages...On est au milieu de la famille, dans ces "années-là", au contact des réalités.

    II

    La lecture de Pamuk me replonge dans les années soixante, d'une manière quasi photographique. Il ne manquerait que les tabliers que nous devions revêtir (les fameux cache-poussière avec sangle, tout gris)... Les scènes de classe avec maîtresse et flopée de condisciples, les souvenirs de la grand-mère et de ses amies, jouant au poker...
    Pamuk distille les plaisirs infimes d'un observateur mûr, d'un enfant prêt à houspiller les paresseux, à dénigrer à bon escient les idiots de service, mais jamais sans alacrité. Pamuk n'est pas, dans ce journal de soi, un Léautaud, toujours prompt à assassiner ses modèles. Ici règnent la douceur, la nostalgie des bords du Bosphore, une intense mélancolie qui teinte d'or, de gris, de sépia les souvenirs. Pamuk, un Proust qui s'ignore. Il y a chez ce gars ému et digne des allures de grand "prince" qui consigne la mémoire d'une ville avec l'allégeance à quatre de ses maîtres, les écrivains Kemal, Tanpinar, entre autres...Quelle leçon d'humilité et de reconnaissance. on devrait tous, écrivains, pouvoir dire ainsi nos influences, nos marques. Chapeau Pamuk, j'adore.
    Les photos qui accompagnent et servent le texte sans jamais le déparer ni le doubler, donnent d'Istanbul une image nette et belle d'une très grande ville, avec ses vues marines, ses toits, ses coupoles, ses rues resserrées, ses perspectives...
    Je ne veux pas lire trop vite, tant cette prose est belle, juste comme on le dit de la justesse d'un regard, d'un ton. Pamuk a le ton des confidences essentielles

    III

    LA REMEMORATION CONTINUE

    Comme Ernaux rappelant à elle le passé, sans cesse et comme répondant à une nécessité première, Orhan Pamuk ressuscite ses Istanbul, dans le droit fil de ses quatre écrivains stambouliotes de dilection, Koçu, Rasin, Kemal et Tanpinar, tous attachés à restituer certains aspects négligés de la mégalopole, passée le temps de quarante années d'1 à 10 millions d'habitants, passée par tant d'images, des pires clichés touristiques aux images plus fouillées d'une véritable Istanbul selon le coeur et l'esprit de ceux qui l'ont vécue dans leur chair, quartier après quartier, et ce, sans quartier. Du pittoresque, selon Ruskin, Tanpinar et Kemal ont retenu l'aisance descriptive des arpenteurs de leur propre ville, aptes à voir ce qui ne relève pas du pittoresque de bazar mais d'une attentive perception de tout ce qui fait le miel d'un quartier perdu, à tous les sens du terme, parce qu'oublié des touristes, parce qu'en dépossession de ce que fut sa nature, parce que négligé même des Stambouliotes pour d'obscures raisons. Perdu.
    Ce qui fait le prix d'un livre comme "Istanbul. Souvenirs d'une ville", c'est justement cette science du rappel, cette remémoration constante d'une ville qui est et tout à la fois n'est plus. Comme l'ombre portée au coeur de ce qui a fui, pourrais-je dire.
    Orhan, par ses textes et par les photos fabuleuses d'une cité aimée - oh! ces photos des quartiers de Güler! -, rend un hommage infiniment complexe à sa ville. Du surplomb des divers appartements qu'il a habités, chaque fois tournés vers le Bosphore, il a pu, avec l'aisance qu'on lui sait, faire le décompte des richesses et des pauvretés d'une grande cité, portuaire, décompte des bateaux passant le long des rives du Bosphore chéri...
    On se sent proche d'Orhan parce qu'il a l'art de faire revivre ce qui remue en chacun de nous, de l'ordre de la dépossession. Eh!oui, à voir des photos, que de choses perdues et tout à la fois nourries de mémoire! Comme dans les grands livres de mémoire : "La Place" d'Ernaux, "D'amour" de Sallenave, "Langue maternelle" de Winkler, "Le lac" de Bourniquel, "Le bonheur du jour" de Cabanis, "Sur le jadis" de Quignard...
    UN TRES GRAND LIVRE. (Gallimard, 448 p.; Folio, 547 p.)

     

    extrait de Journal de dilection, prose

    Philippe Leuckx



  • Scandinavian Songs (46): Little dragon

    Little dragon est un groupe suédois de musique électronique formé de 4 membres dont la chanteuse, Yukimi Nagano, d'origine japonaise. Ils ont sorti leur premier album en 2007. Le second, Machine dreams, est sorti en 2009.

    Feather

    My steps

    http://translate.google.be/translate?hl=fr&sl=en&u=http://en.wikipedia.org/wiki/Little_Dragon&ei=G_gBTbu7GpHoOeDvzaYB&sa=X&oi=translate&ct=result&resnum=1&ved=0CCYQ7gEwAA&prev=/search%3Fq%3Dlittle%2Bdragon%2Bwikipedia%26hl%3Dfr%26sa%3DG%26rlz%3D1G1GGLQ_FRBE313%26prmd%3Div

  • Les femmes comme les livres

    Il lui suffisait qu’on parle avantageusement d’une femme pour avoir envie de la connaître. C’était comme pour les livres, une critique favorable et il se précipitait chez son libraire. Le titre et la couverture pouvaient aussi suffire. Même un extrait, même une phrase, une petite phrase voire deux trois mots tirés de l’ouvrage comme un baiser laissant entrevoir tout un monde de sensations. Parfois aussi il se contentait de l’idée du livre, pour ne pas être déçu, pour ne pas lire à tort. On pouvait en dire tout le bien ou lemal qu’on voulait, cela ne le faisait plus changer d’avis. Comme pour les femmes, une fois le corps refermé, le cœur verrouillé.