• Esprit de corps

    Samedi soir, j'ai quitté mon corps. J’ai traversé les murs et  j’ai fait le tour de la terre en moins d’une seconde. Une pure énergie, ça file vite. J’ai fait une échappée vers l’étoile proche. En me rapprochant du soleil, j’ai eu fort chaud mais j’ai pu constater la résistance de l’âme aux très hautes températures. De même qu’aux très basses : entre soleil et terre, quelle glacière ! J’ai croisé l’âme de mon boss (il en a une toute petite !), en mal d’évasion. Et celle de Ben Ali, celle de Moubarak, celle d’Alliot-Marie. "Pour fuir, autant le faire avec âme et bagage", m’ont-ils dit. Celle de mon père aussi était du voyage. On a cheminé un moment ensemble, on s’est rappelé nos balades en chair et en os il y a longtemps. Puis je suis rentré., par esprit de corps. Ma masse molle végétait devant la télé. Il s’était écoulé un gros quart d’heure, mon âme avait juste raté le bulletin météo et la pause de pub.

  • René CHAR (1907-1988): poèmes & citations

    Commune présence

    Tu es pressé d'écrire,
    Comme si tu étais en retard sur la vie.
    S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
    Hâte-toi.
    Hâte-toi de transmettre
    Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
    Effectivement tu es en retard sur la vie,
    La vie inexprimable,
    La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
    Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
    Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
    Au bout de combats sans merci.
    Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
    Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
    Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
    En t'inclinant.
    Si tu veux rire,
    Offre ta soumission,
    Jamais tes armes.
    Tu as été créé pour des moments peu communs.
    Modifie-toi, disparais sans regret
    Au gré de la rigueur suave.
    Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
    Sans interruption,
    Sans égarement.

    Essaime la poussière
    Nul ne décèlera votre union.

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    Allégeance

    Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

    Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

    Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

    Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?

     

    René CHAR lisant son poème Allégeance (cliquer sur la photo):

    http://www.arcane-17.com/rubrique,rene-char,1134464.html

    ++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

    Si tu cries, le monde se tait: il s'éloigne avec ton propre monde.

    Il faut être l'homme de la pluie et l'enfant du beau temps.


    Source : Citations de René Char - Dicocitations ™ - citationSi tu cries, le monde se tait: il s'éloigne avec ton propre monde.

    Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie. Telle est la voie sacrée.

    Il faut être l'homme de la pluie et l'enfant du beau temps.

    Avec ceux que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n'est pas le silence.

    Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière.

    Je ris merveilleusement avec toi. Voilà la chance unique.

    L'eau est lourde à un jour de la source.

    L'éternité n'est guère plus longue que la vie.

    L'homme est capable de faire ce qu'il est incapable d'imaginer.

    Le fruit est aveugle. C'est l'arbre qui voit.

    Le réel quelquefois désaltère l'espérance. C'est pourquoi contre toute attente l'espérance survit.

    Ne t'attarde pas à l'ornière des résultats.

    Prend-on la vie autrement que par les épines?

    Le poète se reconnaît à la quantité de pages insignifiantes qu'il n'écrit pas.

    Vivre, c'est s'obstiner à achever un souvenir.


    Je ris merveilleusement avec toi. Voilà la chance unique.


    Source : Citations de René Char - Ses 89 citations - Dicocitations ™ - citation

    Avec ceux que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n'est pas le silence.


    Source : Citations de René Char - Dicocitations ™ - citation

  • L'heure du conte, par Denis Billamboz

    L’heure du conte

    A l’image de nombreuses bibliothèques, je vous propose, cette semaine, mon heure du conte, une heure où on peut rêver mais surtout un moment d’intense réflexion à l’écoute d’histoires innocentes qui ne s’adressent pas forcément aux seuls enfants, où on peut méditer sur la faiblesse et la force des hommes face leur destinée. Et, pour rendre cette lecture encore plus insolite, j’ai décidé de marier le soleil et la glace, l’eau et le feu, le blanc et le noir, Gunnar Gunnarsson l’Islandais et Birago Diop le Sénégalais, dans une même lecture comme pour vous laisser croire que, quelque soit le lieu, l’homme rencontre toujours les mêmes problèmes, qu’il doit toujours lutter pour contenir ses envies et puiser au fond de lui-même pour rendre la vie des autres plus facile et, peut-être, plus heureuse.

    2869594046.gifLe berger de l’Avent

    Gunnar Gunarsson (1889 – 1975)

    Une nouvelle ? Un peu ! Une fable ? Probablement ! Un conte de Noël ? Certainement ! En tout cas, une bien belle petite histoire que celle de Benedikt ce brave et simple berger islandais qui, comme chaque année, à l’époque de l’Avent, part dans le froid, la neige et le blizzard à la recherche des moutons égarés qui n’ont pas rejoint le troupeau avant l’arrivée de l’hiver. Mais pour son vingt-septième périple après ses vingt-sept ans, son voyage prend une tournure plus difficile encore qu’à l’accoutumée mais il ne reculera pas pour autant devant les obstacles pour accomplir la mission qu’il s’est fixée en compagnie de ses fidèles acolytes, son bélier et son chien.

    Et, c’est une forme  de crèche qu’il reconstitue avec son bélier pour bœuf, son chien pour âne et les moutons qu’il récupère pour aller à la rencontre de celui qui pourrait un jour devenir leur guide comme un nouveau Christ en ce monde.

    Un beau conte de l’Avent où religion et paganisme, croyance et tradition  se mêlent en une douce harmonie car si Dieu préside aux cieux et à la destinée, la nature et ses éléments déchaînés imposent le respect et fixent la véritable valeur des hommes qui savent la défier avec courage et humilité.

    Une fable aussi qui nous rappelle que les plus faibles et les plus fragiles ont, eux aussi, leur place dans le grand troupeau de l’humanité et que les vrais héros sont souvent les plus obscurs et les plus humbles.

    SANS018573.gifContes et lavanes

    Birago Diop (1906 – 1989)

    Même s’il a recueilli le témoignage et les souvenirs des griots, bergers et autres gardiens de la mémoire et de la sagesse de la brousse sénégalaise, Birago Diop ne pourra pas cacher bien longtemps qu’il est un très fin lettré qui a une excellente connaissance de la langue et de la littérature française. Son champ sémantique, même s’il est truffé de termes propres à l’Afrique ou de mots empruntés aux divers langages employés aux Sénégal, s’étend à un vocabulaire français en général plutôt réservé aux élites intellectuelles.

    Dans ce recueil de contes et lavanes, fables africaines, il fait, dans la plupart des cas, vivre un bestiaire qui, s’il nous fait penser immédiatement aux fables de la Fontaine évoque beaucoup plus sûrement le célèbre Roman de Renart. En effet, comment ne pas voir dans ces deux personnages récurrents, Leuck-le Lièvre rusé, farceur et redresseur de tord, le Renart du célèbre roman médiéval et dans Boucki-l’Hyène hideuse, vile, fourbe et âpre au gain, l’Ysengrin de ce même roman. Et pourquoi, pour un Franc-Comtois comme moi, ne pourrait--on pas penser  à Goupil et à Margot mis en scène par Louis Pergaud dans son célèbre bestiaire ? Même si toutes les civilisations ont leurs bestiaires et leurs contes animaliers, il est bien difficile de dissocier l’œuvre de Birago de la tradition africaine et de l’éloigner de la littérature française. Il faut donc voir là une forme de syncrétisme littéraire entre ces deux influences que sont la tradition orale africaine et la sagesse qu’elle véhicule et la langue et la culture française avec sa morale.

    Il faut aussi considérer que ce recueil de contes et fables a été publié pour la première fois en 1963, à une époque où l’Afrique venait de découvrir l’indépendance dans une grande partie de son territoire et que les jeunes républiques issues de la colonisation avaient encore un avenir ou croyaient encore en un avenir doré que l’histoire a bien vite terni. Et, on pourrait voir dans la publication de ces contes, une forme d’invitation à la sagesse et au retour à la tradition à destination de tous ceux qui avaient en charge le devenir de ces pays. Mais Birago n’est pas dupe, il connait les hommes et leur faiblesse, l’Afrique et ses mirages, et dans le premier conte de ce recueil, il raconte comment la petite chèvre  innocente et téméraire qui a rencontré l’hyène cruelle et affamée croit échapper à la férocité du charognard en subissant avec succès l’épreuve qui lui est imposée mais se fait tout de même dévorer car « malheureusement, ce soir, Béye, tu as rencontré le BESOIN. » Ce fameux besoin que les Africains éprouvent désormais dans toute son ampleur et toute sa tragédie.

    Denis BILLAMBOZ

     

  • Le culte des singes

    Sa mère avait le culte des singes. Avec leur mâchoire proéminente, leurs doigts vigoureux, leurs yeux expressifs. Jusqu’au jour où elle accoucha d’un primate, tout petit comme un ouistiti. Elle le réjouit de ses caresses, de son amour et il grandit tout seul, ressemblant tour à tour au capucin, au macaque ou au chimpanzé pour finir par avoir la taille de l’orang-outan. Il fit de belles études et fut deux fois président de la république. Par ailleurs, il était doué pour l’art brut et fut un grand artiste de sa génération. Il fut aussi un grand sportif, il excella dans le 50 mètres montée d’arbre et figura même au Guiness Book pour le plus grand nombre de bananes épluchées en dix minutes. Enfin, au terme de sa vie, il fut reçu à l’Académie Française. Le singe parfait, si parfait qu’on le prenait pour un homme ou que, vu ses nombreuses qualités humaines, on oublia qu’il était un singe. De sa mère qu’il avait déchiquetée à l’âge de cinq ans et demi, il ne parla jamais. Il faut dire qu’il l’avait peu connue. 

  • Coeurs absents de Mohamed El Jerroudi

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    Préface de Jean BOTQUIN - 13 x 20 cm - 56 pages - 10 €

    Mohamed EL JERROUDI est né au Maroc à Béni Sidel (RIF) en 1950. Il séjourne actuellement à Tétouan. Professeur de français, de 1972 à 2010. Il mène une vie très active, dès 1976, dans le domaine des arts plastiques et littéraires (conférences, écrits et poèmes dans la presse marocaine,...). Poète marocain de langue française, il publia un premier recueil en 1998 Le silence décrit (La croisée des Chemins, Casablanca). Poète majeur mais atypique, il ne fait partie d’aucune école. Profondément épris de liberté, il exprime une pensée universelle ouverte à tous ceux qui placent l’être humain et ses valeurs au-dessus des particularismes du monde.

    L’encre de Mohamed El Jerroudi est brûlante, elle dessine des mots, fait danser l’âme, raconte « comment le temps nous dévore et nous déshabille devant la mort », mais aussi , avant l’inéluctable, célèbre la vie et la beauté.
    Livre de silence, de recueillement Cœurs Absents évoque dans un langage fluide comme un sang vivant, une spiritualité berbère étrange, émouvante, proche de la terre et du ciel.

    Jean Botquin

    Le site des éditions du Cygne

    http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-catalogue-litterature.html

    Le blog de Mohamed El Jerroudi (avec une belle citation de René Magritte en page d'accueil)

    http://poesiesansfrontieres.blog50.com/

  • P.J. Harvey

    The last living rose

    Avec Josh Homme : Crawl home (live)
    )

    http://www.pjharvey.net/

  • Bart De Wever a décidé de se raser le crâne

    images?q=tbn:ANd9GcStAoOPj1maKAnX7-RpA_Hpjz8vKgXAr049Vapk9M6WXpH_CCt3lwContrairement à ce qu’on pourrait penser de prime abord, Bart De Wever n’a pas choisi de se raser le crâne pour protester, à l’instar de Benoît Poelvoerde et ses suiveurs, contre l’absence de gouvernement. Ou pour se faire la tête d’un skinhead (quoique). Non, le président de la NVA a décidé de se faire la boule à zéro pour ressembler à Yul Brynner dans Tarass Bulba. Ainsi, a-t-il déclaré (propos librement traduits du latin) au Standaard : « Quand je serai président de la Flandre, ça aura de la gueule, et tous les chevelu(e)s de Bruxelles et Wallonie, les Di Rupo, Maingain, Onkelinx, Milquet  et consorts n’auront qu’à bien se tenir... à la frontière. » Il se murmure qu’au Sud, la riposte s’organise. Rudy Demotte, Charles Michel et Charles Picqué entre autres ont convoqué en urgence leur coiffeur pour parfaire leur coupe.

  • Peintre du dimanche

    images?q=tbn:ANd9GcRG1IiG6DMmzRlLwqbWOdYnpzn9uqZ0BeTA8zkZhNk9kuOLB_SQGgSamedi soir je me suis mis à la peinture. De manière radicale. J’ai peint en grand le numéro de ma maison sur une toile format Marine. Avec pour titre « Pour faciliter le travail du facteur ». Qui, entre nous, est un peu miro et dépose dans ma boîte du courrier destiné à la dizaine supérieure. Comme ça a plu dans le voisinage, j’ai peint dimanche des tableaux pour toute la rue. Mon initiative a fait le buzz dimanche soir et j’ai reçu en commande 4 653 tableaux à réaliser et déjà une proposition de rétrospective prévue pour lundi en quinze dans le hall du bureau de poste principal de ma ville. Qui a dit que la société tardait à reconnaître ses artistes d’avant-garde ?  

  • Philippe Sollers, l'homme lumière

    Philippe Sollers a certainement eu le tort de ne pas mourir jeune afin d'accéder au statut d'écrivain culte. En tant que directeur de Tel Quel ou qu'auteur de Paradis (I et II) ou encore de Femmes. Il a certainement commis nombre de livres excédentaires, il a fini par devenir sa propre caricature et, pire, un écrivain honoré. N'empêche, on ne voit plus Venise ni l'Ile de Ré sous le même oeil ni quantité d'écrivains, penseurs ou artistes (Sade, Céline, Nietzsche, Picasso, De Kooning...) au rythme de ses admirations. Aussi,  son regard sur la littérature reste vivifiant et sa plume alerte. E.A.

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    France 5 lui consacre un documentaire, Philippe Sollers, l'homme lumière, dans le cadre de l'émission Empreintes et visible sur son site jusqu'au 25 février:

    http://documentaires.france5.fr/documentaires/empreintes/philippe-sollers-lhomme-lumiere

    Extraits de l'émission

    A propos de l'écriture:

    "Ce qui m’étonne le plus, c’est de m’être faufilé dans l’existence sans travailler, parce qu’on ne peut pas dire que je travaille ; l’écriture, c’est pas du travail, c’est un jeu."

    "Dès que la première phrase est là, tout le reste s’ensuit. Il faut que la première phrase s’impose. C’est un jeu, c’est un plaisir. Si écrire n’est pas un plaisir, c’est un pensum, donc c’est pas la peine."

    "Les vraies empreintes, ce sont mes livres."

    A propos de Julia Kristeva, son épouse:

    Je suis son meilleur patient, je m’en tiendrai là ; c’est la personne qui m’écoute depuis fort longtemps et je n’interromprais mon analyse avec elle pour rien au monde.

    A propos de Dominique Rolin:

    J’ai rencontré Dominique [Rolin], j’avais exactement 22 ans. Elle en avait 45 et en paraissait 32… J’en profite pour dire aux jeunes gens de faire leurs études sentimentales ou amoureuses avec une femme plus âgée qu’eux.

    A propos de Dieu:

    J’ai une foi indubitable, mais je ne suis pas sûr de la partager avec qui que ce soit. Ni théisme, ni athéisme et encore moins indifférentisme. La preuve de Dieu est dans l’esthétique. Tous ceux qui se passent d’esthétique pour croire en Dieu sont des imbéciles, des sourds et des aveugles.

    A propos de la liberté:

    J’ai organisé ma vie de la façon la plus libre possible. Si on peut aimer deux personnes ? Bien sûr, même plus… On est en pleine régression maintenant, et tout le monde parle de fidélité, de je sais pas quoi… tout ça est assommant. Il y a une expression que j’aime, c’est l’amour libre…

    A propos de la lumière:

    Je vais où il y a de la lumière ; j’aime la liberté, j’aime pas l’obscurantisme.

    Le site de Philippe Sollers

    http://www.philippesollers.net/

     

  • Massaut et les fluides du désir: LYMPHÉAS, par Philippe Leuckx

    252942_1.jpegPeu de poètes s'aventurent dans l'expression lyrique du désir physique. Très peu. A part Forgeot, je ne vois aujourd'hui que Dominique Massaut, auteur de neuf recueils à l'Arbre à paroles, chez Maelström, au Tétras Lyre, et à présent au Coudrier.

    Ce grand gaillard tient une plume à bonne hauteur des « lymphes » très sympathiques. Sa plume tient du désir profond et complice d'évoquer un couple et les fluides qui génèrent leur amour.

    Aucun voyeurisme là, non. Mais une science de faire dire aux corps le plaisir intense des pulsions, des rapprochements, du rayonnement qu'ils peuvent dégager.

    « Amour est courrier de gonades et lyre parcours de lymphes ».

    Un nous rassembleur surgit de ces lits sensuels et nous sommes lecteurs tout près d'eux et nous suivons avec gourmandise ce que ces coeurs fluidifient dans l'espace lumineux de leurs rencontres.

    En effet, autre mystère de cette poésie sensuelle, la lumière éclatante en mille particules de joie des corps, une lumière saine, physique, chaude, qui émane de ces mots manifestement alliés par consonances, comme une vraie langue de l'amour.
    Dom n'a pas son pareil pour tirer à lui les effluves et les paradis très naturels de la fusion des corps.

    Sa langue (comme sa compagnie) enchante.

    Elle est fête des mots et des peaux. Elle est au fil des pages et des seize illustrations de Jean-Paul Laixhay une passion qui se dit jour après jour, dans le lit, non de la convention, mais celui des images neuves, qu'il trousse avec la fraîcheur d'un orgasme aux lèvres.

    On voudrait, de ce livre magnifique, citer toutes les pages, tant elles nous donnent à lire la poésie mature, jeune et rafraîchissante d'un homme, qui sait évoquer avec pudeur son plaisir de donner à l'aimée, c'est rare, c'est jouissif et tout simplement beau.
    Avez-vous vu l'intensité et l'amitié (autre forme de l'amour) qu'il y a dans les yeux de Massaut?

    Faites le test. Il y a la bonté du monde. On envie l'amoureuse de ces pages, qui s'y trouve exaltée par des mots de chair, de sève, et les ondes vibrantes du plaisir.

    Merci, Dominique, pour ce beau livre.

    Philippe Leuckx

    Ed. Le Coudrier, 116 p.


    Extraits:

    "On me voit l'hiver

    m'accrocher aux traces

    de tes odeurs"


    "Que fait l'orée lourde de ton sexe

    sous le poids plume des dentelles?"


    "Un brin d'herbe

    sous la dentelle des eaux

    dit le nom de ton doigt."


    "Nous buvions la luxure et nous coupions le lit

    de la chambre et la chambre de la maison"


    Dominique Massaut sera présent ce samedi après-midi à la Foire du Livre de Bruxelles.

  • PIERRE REVERDY: 3 textes

    La saveur du réel

    Il marchait sur un pied sans savoir où il poserait l’autre. Au tournant de la rue le vent balayait la poussière et sa bouche avide engouffrait tout l’espace.

    Il se mit à courir espérant s’envoler d’un moment à l’autre, mais au bord du ruisseau les pavés étaient humides et ses bras battant l’air n’ont pu le retenir. Dans sa chute il comprit qu’il était plus lourd que son rêve et il aima, depuis, le poids qui l’avait fait tomber.

     

    Tard dans la vie

    Je suis dur

    je suis tendre

    Et j'ai perdu mon temps

    À rêver sans dormir

    À dormir en marchant

    Partout où j'ai passé

    J'ai trouvé mon absence

    je ne suis nulle part

    Excepté le néant

    je porte accroché au plus haut des entrailles

    À la place où la foudre a frappé trop souvent

    Un cœur où chaque mot a laissé son entaille

    Et d'où ma vie s'égoutte au moindre mouvement

     

    La repasseuse

    Autrefois ses mains faisaient des taches roses sur le linge éclatant qu’elle repassait. Mais dans la boutique où le poêle est trop rouge son sang s’est peu à peu évaporé. Elle devient de plus en plus blanche et dans la vapeur qui monte on la distingue à peine au milieu des vagues luisantes des dentelles.

    Ses cheveux blonds forment dans l’air des boucles de rayons et le fer continue sa route en soulevant du linge des nuages – et autour de la table son âme qui résiste encore, son âme de repasseuse court et plie le linge en fredonnant une chanson – sans que personne y prenne garde.

     

    Pierre Reverdy (1889-1960)

  • J'ai tellement besoin de temps...

    J'ai tellement besoin de temps pour ne rien faire, qu'il ne m'en reste plus assez pour travailler.


    Le livre de mon bord, Pierre Reverdy

  • Les Lymphéas de Dominique Massaut et J.-P. Laixhay

    Le livre paru aux éditions du Coudrier sera présenté par Philippe Leuckx, au sein des dessins exposés, et fêtés aussi ce soir-là, de Jean-Paul Laixhay. Lectures par l'auteur.

    Où? A L'Aquilone, 25 bd Saucy à Liège.

    Quand? Le vendredi 18 février à 18 heures.

    252942_1.jpeg« Miel et thé vert se mêlent ici dans la
    métaphore du corps et du corps à corps … La
    résille des mots en voile à peine l'étreinte sans
    qu'aucun terme cru soit prononcé… Les jeux de
    l'amour s'y entrelacent au verbe follet en un
    phrasé végétal. Rien de grave ici, ni de pesant,
    sinon les hébétudes accomplies qui rendent la
    vie légère à ses privilégiés… »
    Extrait de la préface de Jean-Michel Aubevert

     

    Le site de Dominique Massaut:

    http://www.dominique.massaut.net/

  • José Happart atteint d'une maladie grave

    images?q=tbn:ANd9GcS1waCckmaz9rMgeYEFj5MMbcNyOofmmUNKpKtOhLpQGSWLDxjtL’ancien président du parlement wallon a annoncé dans un communiqué qu’il était atteint de la maladie d’Alka-Seltzer. « C’est grave », a-t-il déclaré à François Pompette de La Meuse. « Je suis accro à l’Alka-Seltzer. Je ne me souviens plus des autres boissons. Je ne les supporte plus, en fait. Il suffit que j’en commence une pour donner le reste à Michel Daerden. » L’ancien vice-président de la Région Wallonne et probable futur ministre des Tensions communautaires, contacté par le quotidien nie les propos de M. Happart. « Ecouteeez », a-t-il dit, avec son phrasé et zozotement caractéristiques, "Ze zont là les propos d’un aigri. Depuis qu’il n’occupe plus de fonction offizielle, Zozé ne zait plus comment faire pour qu’on parle de lui. Il tente d’attirer l’attention par tous les moyens. Il espérait qu’on z’apitoie sur zon zort à la façon de cette extrémizte du Nord du pays. Mais tout le monde zait à Liééch  qu’il continue à boire du pékèt comme un pété. » Allez, santé !

  • LES DIRECTEURS

    images?q=tbn:ANd9GcTifMj4cUN4auodWEhQpymBKMQV81iaZ7e2RkDr9BEaUHBdjTXvLe directeur d’une maison de repos ne dort pas toujours.

    Le directeur d’une maison de correction n’est pas exempt de fautes.

    Le directeur d’une maison de disque est un rond-de-cuir (ou de vinyle).

    Le directeur d’une maison de redressement peut décliner.

    Le directeur d’une maison de production produit des déchets comme tout le monde.

    Le directeur d’une maison d’édition médite (à défaut de m’éditer).

    Le directeur d’un établissement scolaire ne sait pas toujour tout.

    Le directeur d’un établissement capillaire chauve qui peut. 

    Le directeur d’un établissement hospitalier est rarement infirmier. 

    Le directeur d'un établissement hôtelier n'a pas toutes les clés.   

    Le directeur d’un établissement pénitentiaire est renfermé.

    Le directeur d'un établissement de pompes funèbres cercueille en corbillard.

    Le directeur d’un établissement financier a les moyens.

    Le directeur d’un centre culturel n’a pas les moyens.

    Le directeur d’un centre commercial roule sur l’escalator.

    Le directeur d’un centre vinicole n’est pas très bière. 

    Le directeur d’un centre social n’est pas sans papiers.

    Le directeur d'un centre de réfugiés ne sait pas où aller.

    Le directeur d’un centre martial ne va (surtout) pas à la guerre. 

    Le directeur d’un centre équestre va à selle comme tout le monde.

    Le directeur d’un centre de loisirs a le temps et l’espace. 

    Le directeur d’un centre électronique a des atomes crochus.

    Le directeur d'un centre de protection animale se doit d'avoir des rapports protégés avec ses pensionnaires.

    Le directeur d’un centre épiscopal (dé)couvre les actes pédophiles.

    Le directeur d'un organe de presse tient un journal.

    le directeur d'un centre de don d'organes ne donne pas facilement son coeur.

    Le directeur d'un atelier d'écriture utilise parfois des nègres. 

    Le directeur d'un atelier de montage peut se démonter.

    Le directeur d'un atelier culinaire a obligatoirement des casseroles. 

    Le directeur d'un laboratoire d'essais reconnaît toujours ses erreurs.

    Le directeur d'un laboratoire pharmaceutique ne va pas sans mal.

    Le directeur d’un mouvement circulaire tourne à son rythme.

    Le directeur d’un mouvement réformateur réactionne.

    Le directeur d'un mouvement syndical écrit rarement un manifeste.

    Le directeur d'un mouvement poétique aspire à diriger une Maison de la Poésie.

    Le directeur d'un mouvement gauchiste tend naturellement vers le communisme.

    Le directeur d’un mouvement de jeunesse vieillit (mal) comme tout le monde.

    Le directeur d’une boîte de nuit possède une piste de danse aux étoiles.

    Le directeur d’une boîte à gants a les doigts longs.

    Le directeur d’une boîte de vitesse accélère les choses.

    Le directeur d’une boîte à outils un peu marteau scie son personnel.

    Le directeur d’une boîte à musique joue sur les notes.

    Le directeur d’une boîte aux lettres réceptionne le courrier.

    Le directeur des ressources humaines sans chemise est sans distinction.

    Le directeur d’une boîte à bijoux baise comme tout le monde l’anneau de son supérieur.

  • One more cup of coffee : Dylan + Baez / The White Stripes

    The White Stripes


    o

    Bob Dylan & Joan Baez

    http://video.mynet.com/waterangel/One-More-Cup-of-Coffee-Bob-Dylan-Joan-Baez/293597/

     


     

  • Pascale Lora Schyns à la bibliothèque Marguerite Yourcenar

    avatar-blog-1158197609-tmpphpr0Wihu.jpgLe jeudi 17 février 2011, le premier roman de Pascale Lora Schyns, Les Survivants de Sallimoc (éditions L’Harmattan), sera présenté à la bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne-au-Pont (Charleroi).

      Serge Budahazi, directeur littéraire de la bibliothèque et du cercle des lecteurs, assurera la présentation du roman.

      La bibliothèque Marguerite Yourcenar est implantée dans le Château de Cartier, Place Albert 1er n° 38 à 6030 Marchienne (à 100 mètres de l’église et à 30 mètres de la piscine). Tel :  071/86.56.27  

     La soirée commencera dès 19h30 et se terminera aux environs de 21 heures.

    Le blog de Pascale Lora Schyns

    http://pascaleloraschyns.over-blog.com/

    Les survivants de Sallimoc chez L'Harmattan

    http://pascaleloraschyns.over-blog.com/ext/http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=31359

    Le blog de la bibliothèque Marguerite Yourcenar

    http://activiteslecteurs.skynetblogs.be/


     

  • Traction-Brabant

    3269821315.jpgTRACTION-BRABANT # 39

    Au sommaire : Yvan Avena, François Biger, Jean-Michel Bongiraud, Henri Cachau, Michèle Caussat, Éric Chassefière, Oslo Deauville, Christiane Deschamps, Tristan Félix, Cathy Garcia, Laurent Guenat, François Huglo, Xavier Le Floch, Christophe Levis, Michel L’Hostis, Jacques Lucchesi, Patrice Maltaverne, Thibaut Marthouret, Hervé Merlot, Olivier Millot, Alain Minighetti, Didier Ober, Frédéric Perrot, Jeanpyer Poëls, Salvatore Sanfilippo, Pierre Saunier, Michel Talon, Jean-Marc Thévenin & Marlène Tissot. Illustrations d’Henri Cachau, Vincent Courtois, Jean-Marc Couvé, Béatrice Gaudy, Jacques Laborde, Pascal Lenoir & Patrice Vigues.

    Revue trimestrielle, format A5
    56 pages
    Abonnement : 10 € pour 5 numéros

    Voir le blog de Traction-Brabant:

    http://www.traction-brabant.blogspot.com/

  • Samedi soir au Palais

    Samedi soir j’ai été convié à dîner au Palais. Passée la première surprise d’être assis à la table royale, entre Albert et Paola, pour des frites boulettes, j’ai commencé à délivrer mes opinions sur l’état du pays, la politique nationale et internationale. Albert m’écoutait de son air débonnaire. Puis de but en blanc il m’a demandé si j’acceptais d’être informateur. Il ne m’a pas fallu deux secondes pour décliner la proposition du Roi, je pensais à tout le boulot qui m’attendait au bureau et les vannes que n’allaient pas manquer de m’adresser les collègues. Le souverain ne s’en est pas formalisé. Pour le pousse-café, il m’a entraîné dans son salon privé où, en colloque singulier, il s’est lâché sur tout ce que le pays compte de notables. Sire, non, ce n’est pas vrai, lançais-je, à chaque révélation d’Albert, d’une bonne humeur communicative. Je suis repartis aux petites heures et, toute la journée durant, j'ai reçu des appels des différents chefs de parti qui s’inquiétaient de savoir si j’avais accepté la mission royale et quel était l’agenda de mes consultations prochaines. Dans le même ordre d’idée, je m’attendais à faire la une des journaux lundi matin. Mais rien ! Si la presse a eu vent de ma visite au Palais, elle n’a pas jugé bon de répercuter mon refus, c’est mieux ainsi.    

  • Indigents de Dublin

    Dans College Green

    contre le mur

    de la Bank of Ireland

    un vieil homme à genoux

    le buste penché

    tient ses mains jointes

    au-dessus d'une image pieuse

    flanquée d'une bougie.

    Quand nous repassons là

    une heure plus tard

    il n'a pas bougé.

    Il n'a même pas un gobelet

    pour mendier.

    A quoi peut-il bien servir?

    Sa bougie, elle,

    a un peu fondu.

     

    ++++++++++++++++++++++

     

    Nous suivons Nicholas Street

    vers Saint Patrick's Cathedral.

    Une dame âgée nous dépasse

    se retourne tout sourire

    et me dit (en anglais):

    " Hum! Il y avait bien longtemps

    que je n'avais plus senti

    l'odeur du cigare!"

    Comment penser

    à arrêter de fumer

    après ça?

     

    ++++++++++++++++++++

     

    Burdocks tout près de

    Christ Church Cathedral

    annonce fièrement qu'il est

    " Dublins Oldest Fish'n'Chip Shop".

    Un panneau reprend le nom

    de toutes les célébrités

    qui sont passées par là

    dont Elizabeth Taylor et U2.

    En remerciant

    le vieux monsieur bien gentil

    qui nous a servis

    je ne lui dis pas

    qui je suis.

     

    SANS016365.gifExtraits de Indigents de Dublin

    de Éric Dejaeger

    http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/16365

    Court toujours (le blog d'Éric)

    http://courttoujours.hautetfort.com/


     

     

     

     

  • Ballades irlandaises: The Dubliners - Renaud - Bourvil

    Molly Malone / The Dubliners

    La ballade nord-irlandaise / Renaud (1991)

    Ballade irlandaise / Bourvil (1958)

    BONUS: Irish Ways (live, 1990) par Sinead O'Connor

    http://www.youtube.com/watch?v=1I-Xwxbm4vs

  • Balades irlandaises (Déon + O'Faolain), par Denis Billamboz

    Balades irlandaises

    J’ai rapproché ces deux textes car tous les deux proposent une image de l’Irlande qui n’est pas forcément la même. Bien sûr Déon est français et voit certainement l’Irlande comme la voient tous ceux qui n’y vont que pour passer quelques jours de vacances ou de repos, alors que Julia O’Faolain, qu’il convient de ne pas confondre avec Nuala O’Faolain autre romancière décédée en 2008, puise dans les événements tragiques du début du siècle, les éléments constitutifs de son roman qui est aussi une tranche d’histoire de cette Irlande tourmentée, violentée mais toujours fière que nous aimons tous, moi au moins. Terre de tous les excès mais aussi terre de générosité, l’Irlande et son peuple ont toujours attiré mon attention et mon admiration comme Brendan Behan qui se prétendait « trop jeune pour mourir mais trop saoul pour vivre ». Une belle image de cette Irlande excessive et tellement fière de son passé, de ses légendes, de ses ancêtres…

     

    51ruirTk59L._SL500_AA300_.jpgCavalier, passe ton chemin !

    Michel Déon (1919 - ....)

    Le titre de l’ouvrage de Déon est le dernier vers que Yeats écrivit avant de mourir. Déon a voulu ainsi rendre hommage à ce grand poète qui passa une partie de sa vie dans la région de Galway, là où lui va souvent en  vacances. Il a adopté cette région, et elle aussi l’a adopté, et quand il doit rendre un ouvrage à son éditeur, c’est vers cette région d’adoption qu’il tourne sa plume pour camper le portrait de ces Irlandais, vestiges de l’époque où Yeats hantait les lieux, derniers survivants d’une Irlande essentiellement rurale et religieuse, hantés par les légendes et les superstitions les plus diverses. C’est le genre de facilité que les auteurs reconnus peuvent se permettre pour entretenir leur notoriété et satisfaire leur éditeur sans faire de grands efforts d’imagination et de créativité. Mais un écrivain qui partage un plat d’huîtres arrosé de Muscadet avec le grand John McGahern ne peut pas être un trop mauvais écrivain, celui-ci ne l’aurait pas toléré.

    C’est un ouvrage bien écrit avec peut-être un brin de pédantisme et d’emphase, sans effort d’imagination particulier,  mais où les personnages sont bien campés et bien vivants. Un ouvrage qui se lit sans intérêt particulier pour qui n’est jamais allé en vacances du côté de Galway mais qui vaut tout de même un brin d’attention pour les pages consacrés à Yeats et à McGahern. Un livre en hommage à L’Irlande, pays « écartelé entre un monde figé dans ses traditions et un monde en plein éveil » qui subit de profondes transformations depuis son entrée dans l’Union européenne avec tous les risques que cela comporte. « Ô mes enfants, qu’êtes-vous en train de faire d’un des plus poétiques pays d’Europe ? »

     

    51GAHY7XNNL._SL500_AA300_.jpgGens sans terre

    Julia O’Faolain (1932 - ….)

    « Je ne suis pas folle ! fit-elle. » mais « en rêve elle voyait un homme tenant ses intestins à la main. Sœur Judith qui vient de passer plus d’un demi-siècle au couvent, quitte la règle pour le siècle car ce couvent va fermer ses portes pour envoyer les sœurs auprès des plus nécessiteux. Son petit-neveu Michael, prend en charge cette vieille femme hantée par un secret qu’elle n’arrive pas à exhumer du fond de son subconscient, malgré le départ de sa femme, Grainne, qui est partie avec leur fils pour ne plus subir son alcoolisme chronique. L’arrivée de Sœur Judith à la maison est l’occasion pour Grainne de renouer avec Michael une vie commune un peu illusoire qui s’effiloche vite après l’arrivée d’un Américano-irlandais qui veut tourner un film sur l’Irlande. Mais ce projet ravive bien des souvenirs douloureux liés aux événements de 1921 quand « Même le Dail éclatait, partagé entre ceux qui acceptaient le nouvel Etat Libre, les Etatistes, et les républicains intransigeants, incapables de renoncer au rêve pour lequel ils avaient combattu : une république d’Irlande-Unie, indépendante de l’éternel oppresseur exploiteur et hautain. » Et, dans ce contexte les souvenirs de la vieille sœur deviennent vite très dangereux pour ceux qui ont encore des ambitions,  « Le passé peut tuer », car ils pourraient faire surgir de nouveaux éléments sur la mort violente d’un autre Américano-irlandais assassiné à cette époque.

    Ce livre, c’est le roman de l’Irlande qui n’arrive pas à réconcilier ceux qui acceptent de vivre libre dans les vingt-six comtés et ceux qui veulent la grande Irlande qui rassemblerait les trente-deux comtés dans une même république indépendante. C’est l’histoire sans cesse recommencée, même si « l’histoire ne ressert jamais les mêmes plats, » de l’Irlande aux prises avec ses mythes et ses fantômes, son honneur et ses malversations, sa fierté et sa cupidité.

     

    C’est aussi le roman de ces Irlandais fiers et excessifs en tout qui se divisent entre ceux qui veulent la guerre, ceux qui veulent la paix, ceux qui veulent juste vivre tranquilles et ceux qui sont punis sans savoir pourquoi. C’est l’histoire de ce peuple qui refuse de se laisser écraser par un adversaire ancestral et trop puissant mais qui se divise sur les méthodes à employer.

     

    C’est aussi l’histoire de cette famille, métaphore de cette la nation irlandaise, qui explose emportée par l’histoire de cette île où les êtres comptent moins que le peuple et que les générations à venir.

     

    Mais, c’est surtout l’histoire de ces femmes, et notamment celle de Grainne, qui, avec Kathleen, représente tout le drame de la femme irlandaise condamnée à être l’épouse d’un héros, la veuve d’un combattant, la mère éplorée d’un fils décédé au combat, Pénélope attendant désespérément le mari emprisonné, femme génitrice de fiers combattants ne connaissant que l’angoisse, le travail et la frustration car il faut garder toujours la fidélité aux combattants abattus ou internés.

     

    « Un modèle de roman » aurait dit William Trevor, certes « les Irlandais sont des experts en mots » et en … maux, mais il y a dans ce roman, fort comme un vieux whiskey, au style âpre qu’il faut apprivoiser comme un novice amadoue la Guinness, des matières en suspension qui perturbent la clarté du récit. Julia, la stout n’est pas claire, à trop embrasser on finit par mal embrasser et à trop vouloir en dire on pollue le récit. Digressions, réflexions, considérations diverses encombrent quel que peu le texte et n’en facilitent pas la lecture, c’est dommage car c’est tout de même un grand livre et le vieux Brendan (Behan bien sûr), là haut, accoudé au coin de son bar, doit être fier de toi en sirotant son éternelle Guinness. Car, comme on dit dans les travées de Landsdowne Road « Old soldiers never die ».

    Denis BILLAMBOZ

     

  • Les Carnets du Dessert de Lune

    Jean-Louis Massot est aux commandes des Carnets du Dessert de Lune depuis plus de quinze ans.

    Voir les nouveautés (+ extraits), le catalogue, les présences et manifestations sur le site des éditions.

     http://www.dessertdelune.be/

    Parmi les nouveautés:

    Je(s) de Denis Guillec

    4203315550.JPEGLes mouettes d'Ostende, roman de Patrick Devaux

    Cette histoire très simple est celle de la rencontre, sans doute imaginaire, d’un peintre de digue et d’estran, Devaux adore ce terme et d’une sorte de nymphe très mythologique qui apparaît et disparaît comme font les nymphes et les sirènes.


     

    Les éditions des Carnets du Dessert de Lune seront présentes à la Foire du Livre de Bruxelles.

     

  • L'Abelgique: stop ou encore, une fois?

    L'Abelgique continue d'inspirer La Belle-mère dure (du trio Dejaeger - Ellyton - Querton)
    Toutes les plus "intéressantes", surprenantes initiatives prises par des Belch's de toutes extractions.

    Quelques exemples:  

    "Annie Cordy refuse que ses chansons soient diffusées par les radios belges. Le taux d'écoute a augmenté de 28% en moyenne."

    "François Dela Brigode éclate de rire lors de chacun des JT. Grosse perte d'audimat."

    "Sans gouvernement à la Saint Valentin, les fleuristes affiliés au MLF (Merde à La Flandre) annoncent un boycott du freesia."

    Découvrez-les toutes ici:

    http://storage.canalblog.com/43/21/471513/61623086.pdf

     

  • Gaëtan Roussel : 3 titres

    Inside Outside (2010)

    Avec Tarmac, Notre époque (2003)

    Avec Louise Attaque, Ton invitation (live, 1997)

    Bonus: Léa (1997) par Louise Attaque:

    http://www.youtube.com/watch?v=aGJC0KAPeYA

    Meilleur album rock de l'année aux Victoires de la Musique 2011: Ginger

    http://www.gaetanroussel.com/

  • Etats d'esprit

    Pour reposer son esprit, il le dépose une nuit à l’orée d’une forêt oubliée ou dans un nid de poule, à côté des œufs en train de se pondre. Les risibles pensées, les idées de rien s’en échappent comme d’un livre ouvert ;toute cette vapeur de mots qui brouille la vue des choses. Il retrouve au matin un esprit alerte, en forme d’astre clair, prêt à tromper son monde. Et s’il ne le retrouve pas là où il l’a laissé, si la poule l’a gobé ou la forêt enfouie dans son verbiage, il ne s’en inquiète pas. Un esprit, au fond, ça n’a ni corps ni présence, c’est fait d’états versatiles. Et à quoi ça rime si le poème de la vie s’écrit tout seul.

  • Nouvelle vague (VI): Adrienne Pauly / Rita Mitsuko

    Marcia Baila

    Marcia, elle danse sur du satin, de la rayonne
    Du polystyrène expansé à ses pieds
    Marcia danse avec des jambes
    Aiguisées comme des couperets
    Deux flêches qui donnent des idées
    Des sensations
    Marcia, elle est maigre
    Belle en scène, belle comme à la ville
    La voir danser me transforme en excité

    Moretto
    Comme ta bouche est immense
    Quand tu souris et quand tu ris
    Je ris aussi, tu aimes tellement la vie
    Quel est donc ce froid que l'on sent en toi?

    Mais c'est la mort qui t'a assassinée, Marcia
    C'est la mort qui t'a consumée, Marcia
    C"est le cancer que tu as pris sous ton bras
    Maintenant, tu es en cendres, cendres
    La mort, c'est comme une chose impossible
    Et même à toi qui est forte comme une fusée
    Et même à toi, qui est la vie même, Marcia
    C'est la mort qui t'a emmenée

    Marcia danse un peu chinois
    La chaleur
    Dans les mouvements d'épaules
    A plat
    Comme un hiéroglyphe inca
    De l'opéra

    ...


    par Adrienne Pauly

    par Rita Mitsuko (1984)

  • Mon double à dîner

    Samedi soir j’ai invité mon double à dîner. On ne s’était jamais vus. Il me ressemblait comme deux gouttes de Cointreau. Je lui en offris un verre. Comme moi il buvait volontiers sans être alcoolique. Comme moi il était né le même jour. Comme moi il était allé au même lycée. Comme moi il avait aimé les mêmes filles. Comme moi il travaillait au même endroit. Comme moi il avait eu les mêmes parents. Je finis par avoir des doutes sur la réalité de mon double et je dus bien conclure après une observation plus attentive de la situation en présence que c’était l’effet de miroir qui avait joué, que je mangeais bien seul comme un con face à l’arrondi de ma soupière en argent qui me renvoyait mon reflet, merde. 

  • Nouvelle vague (V): Ophélie par Yelle & Jad Wio

    Ophélie

    Je suis descendu au buffet
    D'une petite gare isolée
    Et au garçon ai demandé
    Un truc à voir en particulier
    Une sorte d'attraction équestre
    Un spectacle porté sur le sexe
    Un show tout à fait insensé
    Exceptionnel et prohibé

    Un homme au complet tout frippé
    Menant par la queue son mulet
    Proposait de nous exhiber
    De belles filles bon marché
    Le visage des hommes aux aguets
    Les filles riaient, se trémoussaient
    "Allons, Messieurs, il faut payer
    Veuillez allonger la monnaie"

    ...

    par Yelle

    par Jad Wio (1989)



  • SUIVEZ MON REGARD, Par 40 auteurs belges

    "Suivez mon regard, édité par l’Institut du Patrimoine Wallon, sera présenté à la Foire du Livre de Bruxelles le jeudi 17 février à 16 heures.
    Armel Job a conçu un recueil de 40 nouvelles d’écrivains et 40 illustrateurs sur le thème du patrimoine. Il a demandé à des écrivains belges d’écrire une fiction, un poème à partir d’un élément du patrimoine wallon, monument, site ou paysage. Christian Libens l’a aidé activement dans la conception du recueil."


    250_160_d55db4af155eec1d2d1df4871b3d783c-1296827522.jpg"Parmi les 40 sites figure le Caillou-qui-Bique : dans un récit intitulé Émile et Marthe, Daniel Charneux raconte la première promenade d’Émile Verhaeren dans la petite région du Hainaut belge où il a séjourné à de nombreuses  reprises entre 1900 et 1914. La nouvelle est illustrée par une aquarelle d’Anne Delfosse."

    Voir l'aquarelle d'Anne Delfosse et lire les premières lignes d'Emile et Marthe sur le blog de Daniel Charneux:

    http://www.gensheureux.be/site/1957-suivez-mon-regard

    L'émission Télétourisme de la Rtbf a consacré son émission hebdomadaire du samedi 5 février à ce livre en illustrant d'un reportage les contributions d'Armel Job, Adamek, Delhasse et Verheggen.

    Voir le programme détaillé de l'émission et le calendrier des rediffusions quotidiennes.

    http://www.rtbf.be/tv/actualite/detail_title?id=5520703