Porte de la paix intérieure de Christophe Forgeot, par Philippe Leuckx

9782296107670j.jpgChristophe est non seulement un grand voyageur – au sens noble, celui qui traverse autant les âmes que les paysages -, un grand amoureux (ses textes sensuels, érotiques touchent au coeur), c'est un vrai poète, doté du sens des images, avec l'ampleur d'une voix.

Ce poète de 44 ans a à son actif plusieurs beaux livres qui m'ont plu, intéressé, parfois troublé, car leur écriture fore loin dans l'intime du lecteur.

Cet ami du sud de la France a ainsi parcouru le nord de l'Afrique, laissé ses souvenirs et expériences affleurer dans de beaux recueils : « Murmure d'Eros », « Le Carquois des résistances », « L'Entretien imaginaire », « Caravane mirobolante », « La Tension du jeu de yo-yo ».

Très impliqué dans le monde créatif et culturel ainsi qu'associatif, Christophe a été la cheville ouvrière d'une belle revue marginale des années 90, « Le Matin déboutonné ».

L'écriture de Christophe joue de la tendresse comme de la vibration. Il est sensible, cet homme, il vibre, il ose crier, il n'a pas peur de bouger son corps, d'animer ses sens.

Ce poète a toujours « envie de partage ».

Dans ce livre de sagesse; tout entier consacré à la Chine, Christophe nous prend la main pour nous embarquer à Pékin, au « parc de la connaissance », là « où seule la misère accoudée au parapet du pont voit la révolte filer dans les eaux d'or ». Il n'a pas sa langue en poche : il dit « l'esclavage moderne », « les peurs », « un mendiant édenté ». Il voit tout, repère l'irréparable; il dénonce le capitalisme qui s'insinue dans tous les pores.

Que Forgeot soit récompensé de nous offrir ces amples poèmes qui évitent soigneusement les clichés de toutes sortes.

La dernière section de son beau livre met en évidence une recherche intérieure : « je contemple mes années », « je me vois de l'extérieur grain de sable dans le cosmos ».

Christophe est en cheminement sur cette muraille sans âge. Sa poésie est celle de l'écoute de « la pierre qui tombe dans l'eau ».

Son sens de la vitalité et de l'observation nous donne des tableaux vivants :

« Je vois des oiseaux immobiles

A peine à l'abri dans leur nid

Le cou rentré le bec sous les plumes dans la rudesse

du vent qui cogne

Les yeux clos ils patientent dans l'ombre de la

Grande Muraille

Et se taisent »

Ce livre m'a séduit, par sa voix, unique, sensible, intérieure, tout entière dans l'offrande à l'autre.

Philippe Leuckx

L'Harmattan, 2009, 74p., 10,50 euros.

 

Les commentaires sont fermés.