• Qu'en pense Buzzati

    Qu’en pense Buzzati

    par Denis Billamboz

    Dino Buzzati semble bien avoir inspiré les auteurs de ces deux livres, en les lisant, j’ai eu ce même sentiment de vaineté dans le combat, de puérilité dans la cause, d’impuissance et d’inutilité des armes, pour ces deux troupes naufragées dans des déserts différents mais tout aussi inhospitaliers. Ces deux histoires plongent leurs racines dans des guerres bien réelles qui ont terminé toutes les deux en débandades et qui étaient, dès l’origine, vouées à la débâcle. La guerre entre Grecs et Turcs sur le sol asiatique pouvait difficilement tourner à la marche triomphale pour les Hellènes et la guerre du Chaco n’avait que peu de chance d’apporter la gloire aux troupes boliviennes. De quoi publier un solide plaidoyer contre toutes ces guerres où l’égo de quelques uns semble bien dominer l’intérêt de la majorité et envoyer au massacre ceux à qui on ne demande jamais leur avis. Oui, Buzzati n’aurait certainement renié ces deux romans.

     

    415Z2NCZPRL._SL500_AA300_.jpgLe labyrinthe

    Panos Karnezis (1967 - ….)

    La présentation du livre «  évoque, bien sûr, le Désert des Tartares de Dino Buzzati » et son armée vaine et puérile mais aussi, et surtout, « un formidable roman épique où résonne l’écho d’une geste plus ancienne ». Le labyrinthe est en fait l’épopée tragique et grotesque d’une brigade grecque défaite en 1919 dans la guerre contre la Turquie, en Anatolie, et qui erre dans le désert pour chercher une issue vers la mer et vers la mère patrie. Cette épopée est retracée à travers quelques personnages qui constituent la théogonie de cette troupe en déroute : le général morphinomane écrasé par l’humiliation de la défaite et le décès de sa femme, le colonel, homme de guerre, qui a perdu sa motivation militaire et qui ne croit plus en sa hiérarchie et en le pouvoir en place, le prêtre qui a perdu ses ouailles et qui persiste à garder la foi, le médecin militaire qui croit fermement en la science mais qui peu à peu désespère des homme et un caporal, candide au milieu de ceux qui ont le pouvoir, qui ne croit plus qu’en l’amour d’une belle bien hypothétique, là-bas, au pays. Et cette petite troupe défaite, accablée par la malédiction et les éléments traîne sa misère sous un soleil de plomb avec un vilain secret dans ses bagages qui pèse aussi lourd sur les consciences que sur le moral de ces soldats en déroute.

    Ce récit serait trop improbable si Karnézis ne nous invitait pas, par des allusions régulières, à lire cette histoire comme une épopée antique avec ses héros et ses traîtres, ses exploits et ses viles bassesses et tous ces preux guerriers en quête d’une gloire quelconque, militaire, religieuse, scientifique ou plus simplement populaire. Et, même l’aviateur qui aurait pu sauver la troupe qu’il a repérée dans le désert, se brûle les ailes en tombant du ciel comme un Icare, mais en sens inverse, brûlant les siennes en voulant s’évader lui aussi de son labyrinthe. Et le général reste convaincu qu’« Il est regrettable de ne pas connaître l’histoire de son propre peuple. Mais presque criminel d’ignorer sa mythologie… Car la mythologie est plus que de l’histoire, … , C’est aussi de la science. »

    En ressuscitant l’épopée des dieux de l’Olympe, Karnézis a aussi voulu montrer toute la puérilité des guerres qui régulièrement enflamment ce qu’on appelait encore le « Levant » à l’époque où l’auteur fixe son récit, mais aussi tous les travers de l’humanité où l’homme confronté aux limites de son existence retrouve tous les instincts et les vices qui le rapprochent du monde animal aux abois. Caleb, le chien du prêtre, semble avoir plus d’humanité que les hommes qui l’entourent. Et, il ressort de cette épopée comme une fatalité qui rend toutes les bonnes volontés vaines et inutiles devant le l’impitoyable destinée de chacun.

    Et, quand l’armée après avoir retrouvé la ville et l’espoir, prend le chemin de la mère patrie et, bien que la défaite et le remord assomment toujours un peu plus le général, la presse pourrait construire avec cette retraite salvatrice  une légende où cette « équipée et celle des Dix Mille de Xénophon » auraient certaines analogies.

    A l’aube de cette nouvelle légende, dans cette armée fuyant Smyrne avec sa population chrétienne, on croit voir parmi les civils qui ont choisi le chemin de l’exil, les ancêtres grecs que Jeffrey Eugenides a fait revivre dans Milddlesex.

     

    arton394-ee639.jpgLe puits

    Augusto Céspedès (1904 – 1997)

    « … Mes hommes creusent, creusent, creusent l’atmosphère, la terre et la vie d’un mouvement lent et atone de gnomes. » Dans le Chaco, en 1933, quand les Boliviens et les Paraguayens s’étripent, espérant trouver du pétrole dans cette région désertique et particulièrement inhospitalière, un sous-officier bolivien et sa vingtaine de sapeurs doivent trouver de l’eau pour les soldats qui fondent sous le plomb du soleil qui écrase le front.

    Après plusieurs tentatives infructueuses, ils décident de creuser un puits plus profond pour chercher l’eau plus bas, dans le ventre de la terre. Mais leur tentative est aussi vaine que l’attente des soldats de Buzzati dans le désert des Tatares, l’eau est aussi rare au cœur de la terre qu’à sa surface. Malgré tout, la troupe ne désespère pas et continue à creuser en n’espérant même plus trouver cette eau indispensable à la vie de la troupe, donnant ainsi une réalité à ce puits par le seul fait de le creuser et d’y souffrir jusqu’à la mort. Et, ce puits, devenu tellement réel, tellement imprégné de leur vie, de leur souffrance, de leur douleur, devient une partie d’eux-mêmes, une partie de cette petite troupe, ce qui laisse croire à l’ennemi qu’il a une réelle fonction. Il devient alors objet de convoitise et donc enjeu de combat. « Le puis est en train d’acquérir à nos yeux une personnalité effrayante, essentielle et dévorante, se transformant, en seigneur inconnu des sapeurs. »

    Ce micro livre, très esthétique, est constitué de cette seule et brève nouvelle tirée d’un recueil plus important écrit par Céspedès quand il était correspondant pendant la guerre du Chaco. D’une écriture très raffinée, félicitations à la traductrice, ce texte, une véritable épure, touche du doigt en quelques phrases ciselées, l’absurdité des actions de l’homme, la puérilité des luttes envieuses mais aussi la réalité des choses qui naissent par le seul fait que les hommes les désirent. C’est du Buzzati en raccourci et en condensé, l’eau de Céspedès est l’armée tatare que les soldats de Buzzati attendent avec de moins en moins de crédulité. Il est aussi remarquable de constater que les brèves notes qui constituent cette nouvelle, s’espacent au fur et à mesure que le temps s’écoule, de janvier à décembre 1933, comme l’espérance s’évapore au soleil du Chaco, comme la nature humaine révèle ses véritables limites dans des conditions extrêmes. « C’est la mort de la lumière, la racine de cet arbre énorme qui pousse la nuit, éteint le ciel et endeuille la terre. »

    Denis Billamboz

  • Magazine Asteline

    "Si les éditons Asteline dorment, l'équipe du magazine en ligne continue"

    Blast
    T02 : L'Evangile selon Saint-Jacky

    Auteur : Larcenet
    Editeur : Dargaud

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    Nic Oumouk
    T02 : La France a peur

    Auteur : Larcenet
    Editeur : Dargaud

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    Le combat ordinaire
    T03 : Ce qui est précieux

    Auteur : Larcenet
    Editeur : Dargaud

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    Le combat ordinaire
    T04 : Planter des clous

    Auteur : Larcenet
    Editeur : Dargaud

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    Une aventure rocambolesque de...
    T03 : Le fléau de Dieu

    Auteur : Larcenet, Casanave
    Editeur : Dargaud

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    Chez Francisque

    Auteur : Larcenet, Lindingre
    Editeur : Dargaud

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    http://www.asteline.be/magazine/
  • "Vanités dernières" de Patricia Mignone

    PMignone-Expo.Jodoigne-bl-512x1024.jpg

    Voir son blog:

    http://www.patriciamignone.com/

    Patricia Mignone, le portrait peint qui fait la différence:

    http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2011/04/03/le-portrait-peint-qui-fait-la-difference.html

  • Rencontre Éric Allard à la bibliothèque Marguerite Yourcenar

    Ce vendredi 29 avril 2011 à 19 heures, à l'initiative de Serge BUDAHAZI, bibliothécaire, deux de mes ouvrages feront l'objet d'une présentation à la bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne-au-Pont (Chateau de Cartier, 071/86 56 27)

    Ouvrages présentés:

    LES CORBEAUX BRÛLES paru aux éditions du Cygne

    http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-corbeaux-brules.html

    PENCHANTS RETORS paru aux éditions Gros Textes

    http://www.hainaut.be/srp/newsletter/template/template.asp?page=liste_article&id=5974

    Présentation par Daniel CHARNEUX

    Lecture par Rose-Marie LEGRAIN

    La séance de dédicaces sera poursuivie du Verre de l'Amitié agrémenté par une exposition d'oeuvre de Salvatore GUCCIARDO, qui a signé les illustrations de couverture des deux ouvrages.

  • Tchernobyl forever

    Entretien avec Alain de Halleux, l'auteur du documentaire Tchernobyl forever, diffusé ce mardi à 20 h 40 sur Arte dans le cadre de la soirée Thema : "Tchernobyl 25 ans après"


    "L’homme a la mémoire courte mais l’atome, lui, a la vie longue. » D’images d’archives en images de synthèse, s’appuyant sur les témoignages croisés des enfants de Tchernobyl – qui ont l’âge de la catastrophe – et de leurs aînés, le réalisateur s’interroge sur la chape de silence qui semble s’être imposée en Ukraine en un quart de siècle."

    "Né en 1957, Alain de Halleux est diplômé en Sciences chimiques (nucléaire) de l’UCL, Université catholique de Louvain (Belgique), et diplômé en réalisation de film à l’INSAS à Bruxelles.
    En 2009, il a réalisé R.A.S. nucléaire – rien à signaler, un documentaire édifiant sur les conditions de travail des ouvriers du nucléaire, qui dresse un tableau inquiétant de la sécurité des centrales nucléaires en France et en Europe."

    Plus d'infos sur ce programme:

    http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/3806286.html

    SORTONS DU NUCLÉAIRE: la pétition de Greenpeace qui, à ce jour, a réuni 54 000 signatures:

    http://www.greenpeace.org/belgium/fr/sortons-du-nucleaire/

  • Le FNVA

    Samedi soir, j’ai créé le FNVA (Front National du Vitellus Aviaire) pour peser sur les négociations en période pascale en vue de former un gouvernement - avant la Noël. Dimanche, au chant du coq, j’ai contacté les grosses légumes des autres partis qui tous m’ont envoyé paître. Sur les roses et dans le foin j’ai entonné l’hymne de mon mouvement (Poulailler’s song) jusqu’à ce que mon voisin de fumier avertisse les poulets. Dimanche soir, tout était réglé : j’avais dissous mon parti dans la démocratie et je m’étais fait une coulante omelette au chocolat. Comme lundi c’était férié, j’ai fait la fête avec la chef du syndic et sa mère, une fanatique de la monarchie qui verrait bien notre bon Laurent épouser en secondes noces la très exposée Kate après l'enfouissement sous un pont de Paris de son prince de mari.          

  • L'oeuf

    images?q=tbn:ANd9GcTZJyz4SIhPeQ4lead9b-6awiXEJ4Pu7qDju7lzNwigzPofOMLONJIyxHrQ4AAlors que d’autres se prennent pour le (faux) slip de Jean-Marie Bigard, la prothèse anale de Monseigneur Leonard ou la vraie pipe de Magritte, je me suis toujours pris pour un œuf. (Est-ce d’avoir entendu mon père traiter ma mère de poule ?) J’ai fait l’œuf au lycée, à la caserne et dans ma vie professionnelle. Ma femme, quand elle a réalisé qu’elle avait épousé un œuf, s’est demandé quel drôle d’oiseau - cui cui (cri dur) cwi cwi (cwi mollet)  - en  éclorait ; elle a vite fait en sorte de le briser. Malgré plusieurs fractures à l’écaille et une vie de légume pendant plusieurs heures, j’ai vite retrouvé tout mon jaune et une bonne partie de mon blanc. Je me prépare une vieillesse d’œufs brouillés et une mort certaine en forme d’omelette. Mais en attendant, j’ai encore deux beaux jours d’Oeuf de Pâques à vivre.

  • Le complexe d'Euclide

    51ZWj8q7I9L._SL500_AA300_.jpgSur ESPÈCES DE MATHS, ma lecture d'Un souvenir d'enfance d'Évariste Galois de Pierre Berloquin, un ouvrage intéressant quoiqu'un peu court, sur la nature des maths qui, pour ce seul jeu de mots, "se libérer du complexe d'Euclide", vaut la peine d'être signalé.

    + les sites de jeux de l'esprit de Pierre Berloquin

    http://especesdemaths.skynetblogs.be/archive/2011/04/23/un-souvenir-d-enfance-d-evariste-galois-de-pierre-berloquin.html

  • We are enfant terrible

    Un groupe lillois. Avec un clip en noir et blanc nourri de touches de couleurs.

    Filthy love

    http://www.myspace.com/weareenfantterrible

  • Manneken Pis Christ

    images?q=tbn:ANd9GcQuppJhd4QnqBcKy2SaQf1C8N2mvRaU72CGsAHvfT0_5cDoB6e2Une image choque actuellement la communauté bruxelloise : Manneken-Pis déguisé en petit Jésus tombé dans son urine et photographié par un Japonais. Beaucoup de bruit pour rien! En fait, l’urine est, comme on le sait, de l’eau de ville potable et le Japonais, un faux Asiatique même pas irradié.  

  • Les mots pelés (V)

     

     

    Les mots barrés donnent des textes fous.

     * * *

    L’infini s’attaque aux mots par le versant des idées.

    * * *

    Je te donne tous mes mots si au bout du livre tu me donnes tes lèvres.

    * * *

    J’aligne toujours bien mes phrases avant de les présenter au peloton d’exécution d'un comité de lecture.

    * * *

    L’écrivain hippie est-il édité à compte de fleurs ?  L’écrivain punk est-il édité à compte d'épingles ? L’écrivain disco est-il édité à coups de boules ?

  • À l'homothèque

    Samedi matin, à l’homothèque publique, j’ai été emprunté trois fois pour des conversations à bâtons rompus avec des usagers intéressés par la vie d’un homme lambda. Samedi soir, je me suis donné corps et âme à une cliente rencontrée le matin qui souhaitait poursuivre la recherche (une étudiante en sociologie) de mon cas personnel. Lundi matin, fort de l’intérêt que j’avais suscité tout au long du week-end, je pris de haut les remarques de mon chef de service qui me rappela, un peu sèchement à mon goût, que si je  fascinais autant, c’était en vertu du caractère fort commun de ma personne, suite à quoi j’ai fermé ma gueule en attendant sagement mon prochain emprunt.

  • Connan Mockasin/ Forever Dolphin Love

    Connan Mockasin est un Néo-zélandais installé à Londres. Enfant, il recyclait des déchets pour fabriquer des objets. Il lui est resté quelque chose de cette attitude dans son art de composer des morceaux fait de bric et de broc aux accents envoûtants. Voir le clip de 10 min, étrange à souhait.


    Une verson acoustique plus courte:

    :http://www.youtube.com/watch?v=znP8VT36xVQ

  • Tempête de feu, par Denis Billamboz

    Tempête de feu

    Les deux textes que je propose aujourd’hui sont rassemblés par le feu des explosions, de la mitraille et autres effets bruyants de ses guerres intestines, qui rythment la vie des communautés à Kaboul comme à Bagdad. Deux textes qui puisent donc leur inspiration dans ces conflits larvés mais violents et sanguinaires, où on ne sait plus très bien qui détruit qui et pourquoi. Mais, deux textes qui nous laissent un peu sur notre faim car ils émanent tous les deux d’un auteur qui n’est pas partie prenante dans le conflit mais qui vient seulement pour voir et témoigner, même si ces deux témoignages ne sont en fait que des fictions qui ne peuvent pas aller au cœur de la vérité, là où il fait trop chaud, là où nul ne peut s’hasarder sans risquer de se brûler ou même de se consumer complètement. Deux documents pour l’ambiance mais la vérité est sans doute bien plus cruelle encore car elle est moins simple et beaucoup plus perverse.

    51VAYKHPJTL._SL500_AA300_.jpgLes cerfs-volants de Kaboul

    Khaled Hosseini (1965 - ….)

    Pourquoi Khaled ? Pourquoi verser tant de ketchup américain dans cette belle histoire de fraternité entre deux frères de lait  que tout sépare a priori, l’un riche l’autre pauvre, l’un maître l’autre valet, l’un Pachtoun l’autre Hazara ? La recette était belle et bonne pourtant sous le soleil d’un Kaboul que les médias ne nous ont jamais montré, éclaboussé du vol multicolore des cerfs-volants que les enfants manipulent en un combat prémonitoire. Et quelle émotion, quelle intensité dans le drame quand la trahison s’immisce dans l’amitié entre ces deux enfants dont le sort va se fondre dans celui de ce pays où les diverses communautés cohabitent mais ne pourront jamais se mélanger en un peuple uni.

    Alors quand la guerre fait rage, que le remord dévore les tripes, il faut partir vers un ailleurs meilleur pour tenter d’oublier et de reconstruire mais le sort, comme dans toutes les grandes tragédies, rattrapent les fautifs et l’ami qui a trahi est appelé en Afghanistan pour accomplir une mission qui pourra lui rendre son honneur et sa fierté, nang et nanoos, les valeurs fondamentales des hommes de ce pays. Et là, hélas, la belle tragédie qui aurait pu prendre l’allure d’une épopée antique ou d’un célèbre western de Jack Schaefer ou de Dorothy M Johnson, sombre dans le polar de série B où les héros passés à la moulinette ressuscitent comme par miracle pour triompher tel David devant Goliath. Et le roman s’étire en une fin interminable digne d’un roman américain à l’eau de rose pour faire pleurer les âmes sensibles et racoler les amateurs de sensations faciles.  Et voilà comment on transforme un succès littéraire en un succès de librairie où l’on voit trop les concessions à l’éditeur et au marché.

    Hélas, mille fois hélas car ce roman comporte de très belles scènes et une vision sur l’Afghanistan, même si tous les poncifs sur le conflit sont largement étalés, que les journalistes ne nous ont pas donnée. Cette histoire d’amitié et de trahison méritait plus l’inspiration de la tragédie grecque que certains auteurs de westerns ont bien su exploiter que la référence à des romans plus proches de Gérard de Villiers que d’Eschyle, de Sophocle ou d’Euripide…

    51KR15uoX5L._SL500_AA300_.jpgLes sirènes de Bagdad

    Yasmina Khadra (1955 - ….)

    Il n’a pas de nom parce qu’un nom est déjà un premier aveu devant les policiers, parce que sa vie risque d’être bien trop courte pour qu’on se souvienne de celui-ci, parce que tout le monde le connait dans son petit village de bédouins qu’il a rejoint quand la faculté de Bagdad a fermé ses portes au début du conflit. Et, depuis, il vit tranquillement entouré des ses sœurs attentives en passant son temps avec les jeunes désœuvrés du village. Mais la guerre le rattrape vite, un première fois quand le fils un peu simplet du ferronnier se fait abattre par les soldats quand il s’enfuit au contrôle d’un check point, une deuxième fois quand la noce de jeunes mariés du village est écrasée par des missiles qui laissent la mort et le désastre sur la plus belle propriété de la région et enfin, une troisième fois quand les soldats américains font irruption chez lui bousculant et humiliant femmes et enfants et surtout son père devant lequel il ne paraitra plus avant de l’avoir vengé car l’honneur chez les bédouins se place au-dessus de la vie.

    Il décide ainsi de rejoindre Bagdad et les fédayins car  « L’offense se devait d’être lavée dans le sang, seule lessive autorisée pour garder son amour-propre. » Alors commence les tribulations du pauvre garçon seul dans la ville, livrée à tous les démons, qui cherche un point d’ancrage à partir duquel il pourra exercer sa vengeance et vider toute sa haine. Il connaîtra ainsi la misère, la peur, les attentats, les trahisons et enfin l’attention de ceux qui le destinent à un avenir historique qui marquera un changement radical dans la vie de l’humanité.

    Khadra change de terrain d‘action mais ne change pas de méthode, certes son récit linéaire et clair lui permet de concentrer au cœur de son intrigue tout, ou peu près, ce qui peut arriver dans un pays comme l’Irak en ébullition après la chute de son dictateur, mais son analyse est un peu trop simpliste pour que son message qui voudrait être de paix, mais ne l’est peut-être pas tant que ça, parvienne au plus grand nombre de lecteurs. Il semblerait que Khadra ait eu les coudées moins franches à Bagdad qu’à Kaboul et qu’il soit obligé de donner certaines garanties aux tenants d’un certain pouvoir pour se permettre certaines critiques qu’il atténue bien vite en recourant au fameux catalogue des lieux-communs sur la question qui nous sont servis régulièrement par les divers médias. Et, bien sûr, en n’évitant pas le célèbre « les Occidentaux n’on rien compris à l’Orient » et en omettant que ce théorème, comme tout bon théorème, pourrait avoir un corollaire qui dirait que « les Orientaux n’ont rien compris à l’Occident».

    Rien de nouveau donc sous le soleil de Bagdad après la publication de ce roman, les médias nous avaient déjà tout dit ce que raconte Khadra même si celui-ci nous laisse sur un message d’espoir, une miette d’humanité, qui pourrait faire douter tous ceux qui ne pensent qu’à verser le sang, peu importe d’où il vienne !

    Denis Billamboz

     

  • Philippe Leuckx: 2 inédits

    Enfance

    Nous partageons les mêmes sentes. Qui mènent par des détours aux mêmes lieux d'effroi ou de contemplation.

    Et pourtant quel air sombre parfois à songer que tout cela ne fut pas seulement rêvé. Mais vécu comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre, devant un autre miroir. Sans Alice ni Robinson.

    Nous portons ainsi la dépouille d'un autre. Une âme si différente.

    Dans ce territoire réinvesti. 

    Et nous comptons nos ombres comme de fraternelles présences.

    L'enfance est sans espace.

    Que n'avons-nous cru à cette lande sans piège?

     

    Au-delà du mur

    Nous ne savons plus très bien l'île ni le trésor ni la brèche ni le coffre. Mais revoir le coin de jardin, avec ses bouffées de roses fraîches. Mais réécouter l'horizon de nos doigts, à la lueur de l'aube, quand l'oiseau s'affranchit de la nuit et que la rosée nous colle au coeur.

    Quel chemin tendu entre le mur de garde - au-delà, il y a les chiens - et l'immense lande des projets!

    L'enfant regarde à côté de sa vie. Il la veut toute à lui. Il cueille déjà la violette sucrée. Il longe le sentier. Même en rêve, nos regrets sont poisseux.

    Philippe Leuckx

     

    Dernier ouvrage de Philippe Leuckx: Rome à la place de ton nom (éd. Bleu d'Encre):

    http://www.facebook.com/note.php?note_id=145241635538208&comments&ref=mf


  • Inoubliable!

     

    La célébrité me pèse, je rêve d’anonymat. Je ne suis plus libre d’aller où bon me semble. Toujours sollicité pour une photo, un autographe. Les gens me disent : "Vous êtes inoubliable ! " L’ennui, c’est que je ne sais pas à quoi je dois cette lourde réputation. Mes admirateurs et les journalistes qui m'approchent ne s’en inquiètent pas davantage, se contentant de mon renom, trouvant même étrange que la question leur soit posée. Il se peut que je doive mon prestige à un forfait, à un crime, dont j’aurais purgé la peine. À force de beaucoup beaucoup chercher, j’ai fini par trouver. Je dois ma célébrité à mon absence de mémoire phénoménale.

  • Les mots pelés (IV)

    Je  frotte mes mots à l’essence de fleur pour mes romans à l’eau de rose.

    * * *

     Je voue un culte particulier au mot culte.

    * * *

     Tenir le bruit en joue tant qu’on arme le silence.

    * * *

    Sur la tombe d’une langue morte, j’ai déposé une couronne de dents.

    * * *

    Mettrelesmotsboutàboutpuispousserlepremierafinquilstombenttousàlaqueuel

    euleu.

  • En enfance (petites fictions du samedi soir)

    Samedi soir je suis retombé en enfance. Une chute de près d’un demi-siècle. J’étais raccourci, mes jambes n’arrivaient plus à la table basse, ma première action a été de quitter le JT de François de Brigode pour rejoindre Bob l’éponge sur  Nickelodeon. Je suis allé chiner des Kinder chez mon voisin de palier qui ne m’a pas reconnu, pas plus que ma vieille mère, au téléphone, à qui je voulais annoncer mon retour en enfance et savoir si elle n’avait pas suivi mon mouvement dans l’histoire... Mais non, elle, la magie de Dani Lary, la Belgique à Bart et le gentil monde de Michel Drucker étaient demeurés en l’état. J’ai joué tout le dimanche sur la Xbox de mon neveu. Lundi matin, j’ai sonné avec ma voix de garçonnet à mon patron pour lui annoncer que j'avais cassé ma pipe. Il a eu l’air vraiment peiné... à l’idée qu’il ne pourrait pas trouver un remplaçant dans la journée. Puis je me suis fait à l’idée que je devais retourner au boulot avec mon apparence d’adulte bientôt sénile car en tant qu’enfant j'avais personne sur qui compter

       

     

  • Tout est vrai

    La poésie est ma maison

    bien que je n'en possède pas la clef

    mon bungalow aux cent rideaux tirés

    ma caravane de quatre boussoles

     

    La baleine d'eau douce qui m'héberge

    et porte à son front

    fiché comme un harpon

    le pavillon noir que je n'ai pas baissé

    mais dont j'ai quelquefois

    rapiécé l'étoffe

     

    c'est ma coquille de petit prophète

    mon bouge où les fautes font fête

    c'est le cloître de mon harem

    ma mine à ciel ouvert

     

    Denys-Louis COLAUX

    in Un tailleur d'allumettes (L'arbre à paroles)

    Repris dans l'anthologie Piqués des vers (Renaissance du Livre)

    http://denyslouiscolaux.skynetblogs.be/

  • Cornélius Crassius agent de Jésus

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    CORNELIUS CRASSIUS AGENT DE JÉSUS d'EDDY PIRON (éditions Baleine)

    "Cornelius Crassius, ancien légionnaire de l'Armée romaine, est devenu laniste, c'est-à-dire entraineur, coach plutôt, de gladiateur. Mais son poulain tombe amoureux, et inévitablement devient moins combatif... Il succombe dans l'arène, et Cornelius doit quitter Rome.

    Il s'embarque pour refaire sa vie en Galilée, comme éleveur de brebis. Il lance un fromage :     Le Chèvre de Monsieur Cornelius. Le succès est immédiat et foudroyant !

    Ses voisins, Marie et Joseph, lui confient l'éducation de leur petit Josua. Mais ce dernier, nul en latin comme en hébreu, refusant de se mettre à la lutte, ne veut faire que du théâtre, avec ses douze copains...

    Ce roman drôlatique, d'une extrême érudition, invente un témoin nouveau et d'une pensée tellement... moderne, pour nous raconter avec un grand respect pour l'histoire et les Ecritures, une histoire qu'on connaît déjà, quoique..."

    Eddy Piron est metteur en scène de théâtre, chroniqueur et journaliste à Charleroi (Belgique), il a déjà publié La Fille de Marie Stuart. (Publibook, 2009). 

    http://www.editionsbaleine.fr/484-cornelius-crassius-agent-de-jesus.html

     

     

  • Nuit de la Belgique sauvage: la vidéo

    Éric Dejaeger, Jean-Philippe Querton & André Stas dans leurs oeuvres...

    à Paris, le 31 mars 2011.


    Pour poursuivre le plaisir...

    NON AU POLITIQUEMENT CORRECT d'Éric Dejaeger (éd. Gros Textes)

    http://courttoujours.hautetfort.com/archive/2011/03/02/mon-petit-dernier.html

    DES CAPITEUSES PENSÉES de Jean-Philippe Querton (Cactus inébranlable éditions)

    http://jeanphilippequerton.e-monsite.com/

     

     

     

     

     

  • Alela Diane 3x

    The wind

     Lady divine

    Tired feet

    Le dernier album d'Alela Diane, Wild Divine, est sorti le 5 avril

    http://www.aleladiane.com/

  • UN SCRIPT PARFAIT !

    lettre_e0008.jpgAlors qu’il faisait froid – foi, il faut ouïr - Goddy sortit au matin, sous un chaud chandail, suivant un diktat astral. Trottinant, chantant, flânant, toutou flairant tout trou, rompu à la tradition du haïquiz, com d’hab il powtisait, s’inspirant du champ, urinoir compris, du raisin, pinard compris, du paradis pour sûr, coït compris, s’inspirant (sportif accompli) du football, goal, tirs au but, rapt du coach incompris compris. Ainsi va-t-il, God, autour du mondo, Cosmos sur Chaos, corps vif sur corbillard, Pothos sur Thanatos, Porthos sur Aramis, Gainsbourg sous Bardot (avant Birkin!), D’Artagnan sur son ânon.

    Il scribouillait, God, ainsi qu’il pouvait quoiqu’il voulait un script parfait, ayant fait la j’ai-lu-fiction au sol, fichu ramassis du bon, du bô, du b.a.-ba, pour ainsi dira tout l’alphabat , ainsi qu’ça ira. Oui, Big God, avait mal aux os (aux radius, cubitus surtout), plutôt mal aux mots corrompus par la voix du rail lis-toi au wagon du bout du gribouillis. 

    Supra God chialait, il avait gros sur la patathos. T’as quoi, God, au fait : caca, pipi, papa sans tracas, chacha sans souris, maman sans amant, cal au cucul, cil qui craint au bord du cristallin ? « Fais-tu parfois », lui nasillait-t-on au conduit auditif, « hi han dans ton divan ainsi qu’un bourriquot zinzin dans un psy show? » Quoi, il aurait disparu du pays, Poor God, s’il avait pu, tout confus qu’il fut, s’il avait son visa, son vas-y du vit, du gland mais God bandait mou pardi! Il partit fissa pour son pipi : un long trait tout puissant.

    Ô God, lui criait-on du gradin principal, tout l’Olympic du gratin uni. T’as bon my God mon amour, lui disait son ananas du Congo, son abricot du Rwanda, son avocat du barrô, son coing coing mignon aux gros jambons, aux lourds ballons. Tout à trac, il dit, dans un français farci à l’ a, i, o, l, i, bâfrant, rigolant, gloutonnant, avalant tous plats d’un fort commun goût, ma foi : « J’ai un saucisson à l’ail, du saumon gras aussi gros qu’un poing du gibbon, du boudin blanc noirci au caviar, tout un faisan mignon, tout un marcassin aux oignons confits plus l’os d’un lapin du Brésil qui dansait toujours la samba. »

    Il conclut son frichti par un grand whisky, trois calvados, cinq Chimay – au moins –, six rakis – pas moins - plus dix-huit zakouskis au raifort fondu qu’il avait choisis pour la fin. "T'as pas d'tapas?", dit un autrui. Ragaillardi, il jura, injuria, brailla dans tous sabirs : anglais, chiwawa, maltais, coq du midi, flamant du nord... (Autant God affichait savoir, compassion, autant du bandit, du brigand, du Parrain Brando, du Pacino cubain au Palma ou du Niro du film noir à la Martin S. il tirait profit.) Il rota, pitta, souffla fort, puis fut las, sans voix, craignant d’avoir rompu sa part d’aura dans la profusion. Il hurla pour finir un dissonant chant qui fit mal aux tympans, fait du cri du paon, du croa-croa du crapaud, d’un tocsin andalou (ou catalan), du son navrant d’un ocarina inca ou maya, va savoir. Là il complota un gang bang, lui dans un burnous à trous sous huit nanas au poil (parmi qui Lady Gaga ou Madona, j’ai omis son nom) ainsi qu’au tordu nombril ; huit putains fourbissant autour du con un dard d'or d’un blond pas mal du tout plutôt brillant (un chouia blafard mais bon), action qu’il postposa à plus tard, ouf souffla-on par huit voix à l'unisson.

     « T’as bonbon, mon gras bon God », lui criait-on sans faillir, son picnic pris, du coin aigu du magasin à croissants au bouquin communisant obtus, du moulin au train où vont pains au chocolat aux boyaux du capucin, partout donc où la population croit dur au savoir-flair du Grand Couillon. T’as bon, si fort qu’il crut la chanson, prit l'air, tomba à pâmoison, patatras, dans un coma hilarant, hi hi hi, s’accrocha, gloups, à la Boscop, hop, d’Adam, baisa, miam, la main d’un clodo un brin alcoolo, hic, qu’il divin puis qu’il poursuivit, vomissant, pouah, tout au long du canal aux damnations... Tout ça pour avoir un ami, un imam, un rigolo quoi, qui lui dirait qu’il a faim-soif du soir au matin, un compagnon pour du vrai, surtout pour toujours, au moins jusqu’au bout d’un ci-d’c’vant discours au (usant pour finir du motif omis) e manquant.

    (E.)A.

  • Calvin Russel

    Calvin Russel est décédé ce dimanche à l'âge de 62 ans des suites d'un cancer.

    En 2007 à One Shot Not



     

  • Petites fictions du samedi soir (35): Transparence

     

    images?q=tbn:ANd9GcR_yYaWq3dn130sm5Nwjpdi21WgExjV5QqgNrDvJ8WYQFBbORqBtgSamedi soir, j’ai sacrifié au culte de la transparence en me rendant invisible. Au club échangiste, j’ai pu toucher sans être vu. Une femme a crié de peur puis de plaisir, je me suis retiré précipitemment. En rentrant, j’ai participé incognito au lancer de cocktails Molotov sur un fourgon de police. Dimanche matin à l’église, le prêtre a vu disparaître l’hostie qu’il tenait en main et a crié (lui aussi) mais au miracle. L’après-midi, au stade j'ai fait marquer dix-sept buts à mon équipe préférée en immobilisant le gardien de l'équipe adverse au grand dam de ce dernier. Au parc, je n’ai effrayé, en plongeant dans l'étang, que trois canards mouillés car il pleuvait et l'endroit était désert. Lundi matin, vous vous en doutez, j’ai eu toutes les peines du monde à signifier ma présence à mon supérieur. J’ai voulu reprendre forme humaine mais mon programme de revisualisation a connu un bug et j’ai réapparu défiguré, avec trois yeux en quinconce, un nez-allumette et deux bouches à angle droit. Le DRH a hurlé mon licenciement, je me suis réveillé en sueur, avec de grosses taches bien visibles sous mon pyjama rayé.  

  • Le portrait peint qui fait la différence

    Patricia-vinciane1.jpgPeintre, décoratrice, femme multiple etc., Patricia Mignone est aussi une infatigable voyageuse qui met à profit ses expéditions pour des visites d'expositions, de sites, d'artistes en tout genre.

    Elle se consacre actuellement au portrait peint, qu'elle réalise à partir de ses photos.

    De plus, elle nous régale sur son nouveau blog de ses billets (dans la section Quoi de neuf) dans lesquels, pour ne citer que les derniers, elle nous entretient de l'art brut selon Brunetti (vidéos à l'appui), du grotesque en art etc. Lire son billet narrant sa rencontre avec Jude Law au Whitney museum de New York face à des De Kooning...

    Voir ses billets, sa galerie, son parcours, sa future exposition (en mai, à Jodoigne) sur Patricia Mignone, le portrait peint qui fait la différence.

    http://www.patriciamignone.com/

     

  • Cinq mots: mop's

    De la poésie en cinq mots, est-ce possible?

    Visitez Cinq mots: mop's

    "Les Mop's sont des " moments of perception", des poèmes minimalistes écrits sous la contrainte à la façon de l'OuLiPo."

    http://abacules.blogspot.com/

     

  • À LA LUMIERE DU SUD de Anna Maria ORTESE, par Philippe Leuckx

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    A LA LUMIERE DU SUD de Anna Maria ORTESE (Actes Sud, 2009)

    Il est vraiment dommage qu'un auteur de cette trempe reste méconnu. Qui parle aujourd'hui de cette femme écrivain, née en 1914, décédée à Rapallo en 1998?

    Il serait intéressant de la découvrir par le biais de ces lettres envoyées entre 1946 et 1959 à Pasquale Prunas, éditeur, journaliste, revuiste (Sud), écrivain.

    L'auteur s'y révèle dans des facettes parfois bien triviales : le manque de pied à terre, d'argent, ainsi que les difficultés de tous les débutants en littérature, celles de trouver écho à leur talent.

    Anna Maria Ortese s'est, en 1953, lors de la parution de "La mer ne baigne pas Naples", donné toute une série d'opposants et d'ennemis, les mêmes qui se sentaient floués et trahis par leur compagne de rédaction de "Sud". Elle n'avait tout simplement pas la même vision de Naples que ses amis Prunas, Rea...

    Dans ces lettres - parfois longues de plusieurs feuillets -, l'auteur revient sur l'essentiel de son travail, autour de Naples, avec des parutions en revues ( à Milan, e.a.), les rencontres avec l'excellent Vittorini, les corrections des articles...

    C'est précieux, non seulement comme documents d'époque, mais encore dévoilement d'une oeuvre in progress, avec ses embellies, ses corrections, ses regrets...

    Une plume parfois acérée trace des portraits de contemporains : Moravia n'en sort pas tout à fait grandi...

    Ortese a une plume pour décrire ce que les autres ne voient pas : le dénuement, la solitude, le manque de papier, de crayon pour écrire, les villes du Nord et leurs ambitions. Elle voudrait revoir Naples.

    L'amitié est au coeur de ces missives parfois lancées en dépit de tout. Elle attend beaucoup de ses amis Prunas. Et les plus belles pages leur doivent beaucoup.

    L'art épistolaire est un art difficile, sauf à qui écrit avec urgence et nécessité, sauf à qui se lance dans ces lettres comme dans la mer. Avec le sens des bouées exigeantes et requises.

    Un très bel ensemble de lettres, accompagné de plusieurs documents qui éclairent le parcours de cet écrivain majeur.

    Philippe Leuckx


     

  • Les mots pelés (III)

    Un mot dans un haïku se croit important, le même dans La recherche est tout perdu.

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    Ma mère n’aime pas mes mots, je n’aime pas le mot mère.

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    Ma phrase est plate, dit l’écrivain qui prend sa table de travail pour une planche à repasser.

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    Dans les textes qui tirent en longueur, on peut sans vergogne éliminer tous les mots : les lecteurs se féliciteront du génocide.

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    Il y a des textes qui balancent entre la corbeille et les gros tirages, c’est souvent les mêmes.