• Le travail

     Tous les matins, à six heures, chaque été, par marée basse ou marée haute, bravant les intempéries, il sort sur la plage. Assis face à la mer, il boit de l'eau de ville avec un croissant avant de se mettre au travail. À dix-huit heures, sa journée terminée, il retrouve sa cabine de plage et n’en sort plus avant le lendemain matin, laissant faire l’équipe de ramassage. L’important est d’avoir maintenu un nouveau jour durant la plage exempte de tout estivant vivant.


  • Les Belles Phrases en mode vacances

    Les Belles Phrases passent en mode vacances mais le blog ne ralentit pas pour autant le rythme...

    Chaque semaine, un petit concert live, une interview d'auteur, des playlists de vos livres préférés, les habituelles chroniques de Denis (Billamboz) et Philipe (Leuckx). Et d'autres réjouissances...

    BON ÉTÉ !

    Pour commencer tout en douceur, Cass Mc Combs, County line

     

     

     

     

     

  • Les séries

    Samimages?q=tbn:ANd9GcTfWaPWbiaiBwxTl4iJVAWzio6Z7jiW7RLxmGF22Umyxr5DqXXNedi soir, pour le décès de Peter Falk, j’ai tenu à rassembler mon oncologue, mon tueur à gages préféré, ma bonne à tout faire et le fantôme de Laura Palmer pour une soirée télé dans ma chambre rouge. Le toubib a souhaité regarder la sixième saison de Dr House. Le flingueur, les dix premiers épisodes des Soprano. La soubrette voulait revoir la saison 1 de Desperate Housewives tandis que la revenante tenait à revivre l'épisode pilote de Twin Peaks. Après d’âpres discussions, j’ai réussi à imposer mon choix : l’intégrale de Belle et Sébastien par 5 voix contre une pour Zorro, celle de Bernardo, mon serviteur muet et attentionné. 

  • Julien Baer en 3 clips

    Le monde s'écroule, 1997

    Ecrit à la main, 1999

    Le LA, 2009

    Julien Baer, un héros très discret

    http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/36211/date/2009-02-16/article/julien-baer-un-heros-tres-discret/

  • L'icone kabyle, par Denis Billamboz

    L’icône kabyle

    Pour la première fois, je dédie deux commentaires à un même écrivain et ce choix je l’ai fait parce qu’au moment où le monde arabe manifeste un grand désir de liberté et que l’Algérie s’emble, elle aussi, contaminée par ce salutaire élan libertaire, je crois que le temps est vraiment opportun de se souvenir de Taos Amrouche qui fut la première femme écrivain algérienne à écrire en français. Mais, il faut surtout se rappeler qu’elle était chrétienne et qu’elle a dû, avec sa famille, s’exiler en Tunisie pour pouvoir vivre sa religion et s’imprégner de la culture française qui lui ouvrait les portes du savoir et de la liberté. Toutefois, cet exil ne fut pas un chemin doré, sa culture natale, ses racines, restaient, elles, profondément ancrées dans ce monde rural kabyle où vivaient ses grands parents qu’étant enfant elle visitait régulièrement. Ces deux ouvrages qui sont les deux premiers opus d’une tétralogie qui comporte aussi « L’amant imaginaire » et « Solitude ma mère », sont une de leçon de tolérance, de lucidité, au moment où le monde arabe s’enrhume, mais aussi une grande leçon de littérature française pour les écrivains en herbe et les lecteurs avisés. Que ceux qui veulent refaire le monde arabe pense à cette femme d’exception et à son frère, le poète Jean Amrouche, qui ont vécu tous les deux coincés entre deux mondes dont ils ne pouvaient ne séparer ni de l’un, ni de l’autre.

     

    41QB9VFHSNL._SL500_AA300_.jpgTaos Amrouche (1913 – 1976)

    Rue des Tambourins

    « Nous arrivions à un tournant de notre histoire, J’en avais conscience, malgré mes onze ans, … Nos aînés nous avaient déjà quittés pour la France où ils espéraient faire fortune, obéissant à cette loi de l’exil qu’il était dans notre destin de subir. » Ainsi, Kouka, Marie Corail, Taos elle même peut-être, raconte la saga de la famille Iakouren obligée de quitter sa Kabylie natale, le grand-père ayant dispersé l’héritage au jeu, pour essayer de construire une nouvelle vie à Tenzis en Tunisie.

    Ce récit s’articule en trois époques en commençant par celle de la grand-mère qui règne sur la famille en imposant sa loi séculaire car elle, contrairement aux autres, n’est pas convertie et est restée musulmane. Elle fait tout pour attirer la fillette vers sa religion d’origine mais plus encore vers la tradition familiale. Et, c’est à l’occasion du mariage du frère aîné au pays que la fillette découvre ses racines et ressent qu’elle appartient, elle aussi, à ce sol, à ce lignage, à cette tradition. Elle rencontre également l’intolérance qui sépare chrétiens et musulmans, chacun dans son village, chacun dans son cimetière. « Convertis et musulmans vivaient en bonne intelligence, mais on eût dit que seuls leurs corps se rencontraient, ou mieux, leurs enveloppes, car l’essentiel ne pouvait être mis en commun. » Elle s’imprègne ainsi fortement de ce pays, austère, misérable mais sincère et authentique qui lui collera aux semelles pour le reste de sa vie. « Aussi, …, mesurions-nous la force des liens qui nous attachaient à ce sol, à ces êtres faméliques et vêtus de haillons qui sentaient le bois sec, la laine, la misère et le fruit. »

    La deuxième époque, le temps de la mère, commence par le retour de la grand-mère au pays et le divorce du frère aîné qui veut tenter sa chance à Paris. La cellule familiale explose et la mère prend le contrôle effectif de la famille, elle inculque alors son désir de voir ses enfants étudier, car la modernité est la seule façon d’échapper à la misère et de parvenir à construire une vie décente. C’est le temps de l’adolescence, de la rencontre des amies de l’école ou du voisinage, de l’ouverture vers les autres, un temps qui dure bien peu car le père ramène vite la brebis au bercail pour qu’elle n’entache pas la réputation de la famille et qu’elle reçoive une bonne éducation où le christianisme n’est pas plus tolérant, pour les filles, que l’islam. « Peu m’importe si, …, Corail brille ; ce que je veux par-dessus tout, c’est une fille bien élevée, une fille décemment habillée et qui, jamais, ne se fasse remarquer. »

    Et, la troisième époque c’est le temps de la fille, éduquée un peu trop rigoureusement, qui reste la petite fille romantique, éprise d’absolu, incapable de vivre un amour possible entre deux garçons très différents qui ne sauront pas l’aimer car elle n’est pas encore sortie de son monde imaginé et rêvé où les racines familiales pourraient se nourrir du terreau de l’éducation moderne. Son exaltation ne peut pas se conjuguer avec la passion de Bruno, pas plus qu’avec la raison de Noël. C’est la petite « Jacinthe noire » qui croit progressivement pour devenir la jeune fille qui intégrera un pensionnat parisien, mais cela est une autre histoire, un autre livre.

    Un beau récit où Taos Amrouche, dans une langue d’une grande pureté et avec un art consommé pour faire vivre des personnages plus vivants et plus réels que nature, nous emmène sur les traces de ses ancêtres qui ont quitté un pays trop pauvre pour un exil guère plus confortable. Une ode à ce pays qui ne l’a même pas vu naître et qu’elle a découvert  quand elle pouvait déjà gambader dans la campagne pour s’imprégner de la splendeur des paysages et se saouler des odeurs exubérantes des fruits mûrs et des herbes odorantes.

    Mais, au pays elle découvre aussi l’intolérance, la ségrégation, le mépris et la frustration et toute sa vie elle restera, non pas à cheval sur deux cultures, mais coincée entre deux cultures qui ne s’enrichissent pas l’une de l’autre et qui ne laissent que frustration, blessures et contraintes. « Aussi loin que je remonte dans le souvenir, je découvre  cette douleur inconsolable de ne pouvoir m’intégrer aux autres, d’être toujours en marge. »

    Dans ce livre au romantisme et au lyrisme un peu daté, Taos ouvre son cœur pour dire toute la difficulté qu’elle a à vivre entre ces deux mondes, entre les musulmans et les convertis, car elle n’a pas choisi, elle a suivi sa famille, et elle a laissé ses racines dans ce pays où elle ne peut plus vivre. Elle reste en suspend entre la tradition qui la fascine et la modernité qui l’attire sans pouvoir choisir ni l’une, ni l’autres, sans pouvoir faire comprendre qu’elle appartient aux deux et sans pouvoir profiter ni de l’une, ni de l’autre. Un combat difficile qu’elle mène pour dénoncer le malheur des déracinés, la douleur des rejetés mais aussi la difficulté d’être femme dans de telles conditions car, contrairement à ses six frères, elle n’a pas eu la possibilité de quitter le giron familial. La tradition passe par-dessus les religions et pèse aussi lourdement sur les converties que sur les autres. « Tu as osé disposer de toi, comme si tu t’appartenais ? »

    « Etrangers au Pays, étrangers à Tenzis et partout, tel sera notre lot. » Bien peu d’espoir subsiste entre ses lignes et on pourrait penser que Taos savait déjà qu’elle serait encore bannie dans son pays cinquante ans après l’écriture de ce livre car l’histoire de Kouka, Marie Corail, est un peu, beaucoup peut-être, celle de Taos elle-même.

     

    519MPZ2MWSL._SL500_AA300_.jpgJacinthe noire

    « Alors j’ai vu ses yeux noirs, étranges, offerts et insondables. Il me fallait aller vers elle. » Marie-Thérèse, Maïté, jeune Limousine exilée dans une sinistre pension parisienne raconte la relation qu’elle a eue avec Reine, jeune Tunisienne, égarée dans cette même pension où sa différence, son exaltation, son exubérance, sa personnalité sont très mal acceptées par la directrice et ses courtisanes d’une religiosité onctueuse et hypocrite. Elle nous raconte comment, dans ce huis-clos, un groupe de jeunes filles va intriguer pour exclure l’intruse ou pour défendre sa différence, s’affrontant sous fond d’obscurantisme religieux et de prosélytisme larvé. Le suspens n’est pas bien grand car l’auteur nous rappelle sans cesse que cette relation se termine mal.

    Maïté, Marie-Thérèse, raconte en fait l’histoire de Reine qui est un peu l’histoire de Taos Amrouche, première romancière algérienne de langue française, qui a dû, elle aussi, rencontrer un certain nombre d’obstacles quand elle est arrivée en France. Elle accapare aussi la jeunesse exaltante de son amie pour oublier son adolescence un peu trop terne et sans relief. S’inventant ainsi une vie possible dans la grisaille parisienne à travers les personnages qui ont meublé la vie de son amie.

    La religion qui est l’axe autour duquel tournent toutes les intrigues et les cabales, est la ligne de ségrégation entre Reine et les filles qui la repoussent car Reine revendiquait qu’elle ne différait « guère de m(s)a vieille grand-mère, restée musulmane ». Cette lutte de tous les jours contre celles qui n’acceptent pas la différence est aussi, en filigrane, une évocation du colonialisme, « elle est d’une autre race », et d’une certaine forme de racisme qu’elle subit même si elle fait « partie de la catégorie de ceux qui se sont séparés des leurs, qui ont rejeté la foi de leurs ancêtres pour suivre le Christ. »

    Bien qu’elle soit fortement inspirée par des auteurs comme André Gide, son idole, qui est largement cité dans le roman et qui s’est fendu d’une lettre en introduction du livre, Taos, même si son écriture est très fine et très juste, fait preuve d’un romantisme très « dix-neuvième siècle » où l’exaltation du moi et l’analyse des sentiments sont poussées très loin dans le fond des cœurs et des âmes. On est bien loin de Constance Chatterley et de sa sensualité à fleur de peau, l’amour reste toujours très sentimental, on ne parle jamais de la chair ni de ses plaisirs. Mais, cependant, sous cette sentimentalité à la limite de la sensiblerie, tant on défaille dans ce long texte, des thèmes plus forts émergent comme l’affirmation de la personnalité des femmes dans la politique, la colonisation, le racisme, …

    Roman inspiré des grands classiques du XIX° siècle mais fondateur d’une littérature féminine maghrébine qui portera de beaux fruits comme Assia Djebar et bien d’autres aujourd’hui à l’image de Malika Mokeddem par exemple.

    Denis BILLAMBOZ

  • Les MOTS pelés (X)

    Le comble de l’excentricité littéraire : une bibliographie qui se lirait comme un poème.

    * * *

    cream: mot bile du mal de foie.
    * * *
    Le mot citron passe-t-il à l’orange quand l’auteur est pressé?

    * * *

    Les sauteurs d'aphorismes courent au roman-fleuve.

    * * *

    Mes promenades de santé se font dans des allées de livres.

     


  • Couleurs Carolo

    safe_image.php?d=AQD0Lg1LZXvc2GNx&w=90&h=90&url=http%3A%2F%2Fwww.kikimaouw.com%2Fwp-content%2Fuploads%2F2011%2F06%2FPOSTER_Hospitalite-1-590x833.jpg"Cet été, fini la morosité, le ciel gris, les façades poussiéreuses… du 27 juin au 2 juillet, nous avons la possibilité de mettre un gros coup de pinceau sur Charleroi

    Couleurs Carolo est un concept de 6 projets dans la ville. Pour mettre un peu de soleil et chasser les mauvaises langues qui parlent sur le pays noir… qui ne le sera plus, gniark."

    Couleurs Carolo c’est aussi une série documentaire qui s’étalera sur 8 semaines, avec le1er volet le dimanche 03 juillet à 22:55 sur LaUne « Couleurs Carolo – Le réveil des couleurs« . Ces six histoires seront précédées d’un film d’introduction, et d’un autre, tirant les conclusions de l’opération. Une jeune équipe de cinéastes flamands y apporte son concours."

    Coup d'envoi de l'opération Couleurs carolo

    http://www.rtbf.be/info/regions/detail_charleroi-coup-d-envoi-de-l-operation-couleurs-carolo?id=6334743

    Le teaser

    http://vimeo.com/24817466

    En savoir plus:

    http://www.kikimaouw.com/?p=2627

  • L'exécution

    Le chemin de fer, le petit mur de pierres, la rangée de peupliers, le champ de seigle, la meule de foin, la charrette, la cabane rouge, le nuage dans un ciel bleu, tout était en place quand le peintre arriva avec sa palette, ses pinceaux et son chevalet pour l’exécution du paysage. L'un après l’autre chaque élément tomba dans le domaine de la représentation.

  • La Joconde dans tous ses éclats

    Jocondoclastie, jocondotomie, Vian en couleur et autres réjocondissances...

  • MONA LISA en chansons

    Barbara, 1958

    Nat King Cole, 1949

    Jacques Higelin, 2010 (titre de 1974)

    Court extrait de 3 millions de Joconde de Gainsbourg (face B de My Lady héroïne, 1977)

    http://www.starzik.com/mp3/titres/Trois_Millions_De_Joconde-7350927.html

  • La Joconde est con

     images?q=tbn:ANd9GcR1DVS5S-EeaGw2I3CoVzTAwvoc1dfah0A7Iw96iFbMuHb6u03PSamedi soir, je me suis épris de Mona Lisa. En faisant ma toilette - j’avais acheté un gant avec sa reproduction. Elle qui ne m’a jamais rien dit m’apparut parmi la savonnée dans toute la douceur de son sfumato. Comment avais-je été si longtemps aveugle ? Le sentiment d’un grand gâchis me gagna : j’avais déjà perdu cinquante-deux ans de ma vie. J’ai compulsé tout ce qui la concernait sur le net faute de me procurer dans la nuit les livres savons, pardon, savants, qui m’eussent permis d’aiguiser ma passion. Mais dimanche matin je prenais le Thalys pour la voir en vrai. Trois heures à l’admirer, à jalouser la foule qui la matait, espérait Dieu sait quoi d’elle. Lundi matin, fort de mon neuf béguin, j’étais heureux pour la première fois depuis longtemps de partir  au boulot. Mais dans le métro, à la station de Vinci j’ai lu un graffiti qui m’a interpellé, pour tout dire fait du chagrin puis réfléchir longtemps. LA JOCONDE EST CON. Et si c’était vrai.  

  • Magazine en ligne ASTELINE

    Plus de chroniques de livres (roman, BD, poésie) et de sites sur:

    http://www.asteline.be/magazine/

     

    En cuisine avec Alain Passard + Le Viandier de Polpette (tome 1)

    Auteurs : Blain, Milhaud, Neel
    Editeur : Gallimard

    Lire l'article

        
    La musique du hasard
    Auteur : Paul Auster
    Editeur : Actes Sud

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    Rêves Carnivores
     
    Le site du photographe Marco Wiegers

    Son monde photographique urbain, empreint de solitude et de visions cauchemardesques, suggérées est un peu cousin des films de David Lynch. Les images en basse définition du site ne donnent qu’un aperçu de leur étrange puissance évocatrice.

    Accéder à ce lien

        
    Mattotti
     
    Le site du dessinateur Lorenzo Mattotti

    Mattotti est un fabuleux illustrateur (presse internationale, affiches, livres pour enfants), peintre réputé et auteur de bandes dessinées novateur (Feux, Stigmates, Le bruit du givre...) Cet artiste est à compter parmi les plus intéressants de notre temps, mais est encore peu connu du grand public. Accéder à ce lien


  • Du nouveau chez GROS TEXTES: Béatrice Libert

       Libert.jpg  Charmer

    Je mélèze

    Tu aubépines

    Il platane

    Nous rhododendrons

    Vous peupliez

    Ils charment

    Béatrice LIBERT                                                                                   

     

    En savoir plus:

    http://grostextes.over-blog.com/

  • UN PEU DE SOLEIL SUR LES PLANCHERS de Geneviève Bergé, par Philippe Leuckx

     

    51EnjKgNBgL._SL500_AA300_.jpgPeu de romans sur le thème de la maison familiale! A part l'admirable "Le lac" de Bourniquel. Geneviève Bergé s'est emparée de l'idée et en a imaginé un patchwork d'histoires simples, de quête, de déceptions, et de trouvailles.

    L'auteur nous entortille dans une prose discrète, économe, terriblement précise. On sent la styliste au fait de tant d'architectures intérieures, extérieures. On la sent sensible à l'atmosphère des lieux et à la génétique des recherches : déjà les parents de son héroïne Martha embarquaient leurs enfants dans le sillage d'une maison à acquérir.

    Martha et François ont deux enfants, des amis, des envies. Et un beau jour, le tourbillon commence : il s'agit d'acheter une maison qui convienne, qui soit le refuge de l'art pictural de Martha, qui soit unique.

    De longues quêtes sont utiles comme dans tout récit mythique : on ne découvre l'objet chéri qu'au terme de longues visites ennuyeuses et forcément décevantes. Plus il faut chercher, plus il faut s'éloigner du centre et, là, quitter la ville prend des allures de découverte d'un monde inconnu ou méconnu, la campagne.

    Habilement structuré, mis en abyme, le roman déroule ses charmes comme la vigne vierge peut recouvrir une façade ancienne et lui donner une forme de patine et de nouvel intérêt. Geneviève Bergé radiographie non seulement des lieux mais encore une époque, avec ses tics, avec ses points d'ancrage, avec ses codes architecturaux. La maison, c'est bien plus qu'une demeure, c'est un monde et ses symboles. L'auteur belge réinvestit ce lieu, souvent négligé : une maison peut se raconter, se vivre, en couleurs, en mouvements de lumière, et faire rêver.

    Un jardin caché, une écurie tout au fond, une belle rampe, et l'imagination n'a plus qu'à laisser faire.

    La poésie ainsi traverse de part en part ces histoires de nid à soi, par l'entremise de décors et d'images, de sensations, de comparses (les amis, la soeur, les voisins). Elle prélève au réel ses pépites et nous les donne à lire.

    C'est enfin une méditation sur la mémoire des lieux, en chacun de nous. Quelles sont les demeures conservées par la mémoire? Quelles empreintes à nous laissées? Se souvient-on encore de cette ligne "160"? Le temps et ses subtiles interrogations.

    Geneviève Bergé a écrit un beau roman, grave et léger tout à la fois, comme ce soleil peint dans une chambre pour en masquer les traces. Et là, la comparaison avec Bourniquel s'impose : le talent et l'originalité sont au rendez-vous romanesque.

    A (re)lire toutes affaires cessantes.

    Philippe LEUCKX

  • "Paysages Industriels" de Katia ANDINA-KERMAIRE

    195726_208986042472689_220461_n.jpgLe visiteur découvrira principalement les forges et les ateliers sidérurgiques de la Providence, les cheminées de Thy-Marcinelle, au travers une série de dessins.

    Katia ANDINA-KERMAIRE rend ici un bel hommage au Pays noir.

    14/06/11 >>> 08/07/11
    Université du Travail - ATRIUM - 1, Boulevard Roullier 6000 CHARLEROI.
    [Bâtiment de la bibliothèque Langlois - entrée rue Lebeau]

    Infos: Sophie VINCENT 071/64.10.61 - sophie.vincent@hainaut.be

    Vernissage ce vendredi 17 juin de 19h à 22h



  • Les MOTS pelés (X)

    Épeler le mot épeler, peler le mot peler.

    * * *

    Il ya des écrivains tellement narcissiques qu’ils écrivent sur le miroir même.

    * * *

     Je me porte toujours à la fenêtre d’un livre pour voir à l’horizon de ma vie.

    * * *

     Les vers d’opéra vont à dos de livret.

    * * *

     Tous les écrits n’ont pas le même poids. Aux rayons des libraires, les poids-plumes partent en premier.

  • Les écrits s'en vont

    Le satin des pages qu'on tourne dans les livres moule une femme si belle
    Que lorsqu'on ne lit pas on contemple cette femme avec tristesse
    Sans oser lui parler sans oser lui dire qu'elle est si belle
    Que ce qu'on va savoir n'a pas de prix
    Cette femme passe imperceptiblement dans un bruit de fleurs
    Parfois elle se retourne dans les saisons imprimées
    Et demande l'heure ou bien encore elle fait mine de regarder les bijoux bien en face
    Comme les créatures réèlles ne font pas
    Et le monde se meurt une rupture se produit dans les anneaux d'air
    Un accroc à l'endroit du coeur
    Les journaux du matin apportent des chanteuses dont la voix a la couleur du sable sur des rivages tendres et  dangereux
    Et parfois ceux du soir livrent passage à de toutes jeunes filles qui mènent des bêtes enchaînées
    Mais le plus beau c'est dans l'intervalle de certaines lettres
    Où des mains plus blanches que la corne des étoiles à midi
    Ravagent un nid d'hirondelles blanches
    Pour qu'il pleuve toujours
    Si bas si bas que les ailes ne s'en peuvent plus mêler
    Des mains d'où l'on remonte à des bras si légers que la vapeur des prés dans ses gracieux entrelacs au-dessus des étangs est leur imparfait miroir
    Des bras qui ne s'articulent à rien d'autre qu'au danger exceptionnel d'un corps fait pour l'amour
    Dont le ventre appelle les soupirs détachés des buissons pleins de voiles
    Et qui n'a de terrestre que l'immense vérité glacée des traîneaux de regards sur l'étendue toute blanche
    De ce que je ne reverrai plus
    A cause d'un bandeau merveilleux
    Qui est le mien dans le colin-maillard des blessures

    André BRETON, 1932 (in Le revolver à cheveux blanc)

  • LYRISME COSMIQUE on tv

    Salvatore Gucciardo se définit comme le peintre de la musique des sphères. Passionné par le cosmos, il peint des toiles mettant en scène sa vision de l'univers et de l'homme dans un style proche du dessin fantastique et de la science-fiction. Mais depuis quelques années, ce peintre figuratif se lance aussi dans un genre plus conceptuel,  le "Lyrisme cosmique".

    Voir le reportage sur Télésambre.be

    http://telesambre.rtc.be/content/view/11845/166/

    AfficheExpoS.Gucciardo.jpg?size=173&crop=1:1

     

    L'exposition LYRISME COSMIQUE reste visible jusqu'au 30 juin 2011 à l'ESPACE WALLONIE de CHARLEROI - rue de France, 3 - du lundi au vendredi entre 8h30 et 17h.

     

  • Les émissions littéraires

    Dans son salon, il se mettait en scène discourant à propos de livres imaginaires sur des plateaux littéraires improvisés face des photos en pied de Pierre Dumayet, Bernard Pivot, François Busnel ou Thierry Bellefroid. Grâce à une caméra fixe, il se filmait puis retranscrivait minutieusement ses interventions. C’était sa façon à lui de trouver l’inspiration. 

  • De pis en pis

    images?q=tbn:ANd9GcRkC6By8yIubs-yHeXUsjseAEBAxR0fmbU9tj-y1Jc6G8yJ42SvbwSamedi, j’ai reçu la vachette clonée commandée l'hiver dernier au Salon de l’agriculture. On a échangé des regards, des caresses puis on s’est installés sagement sur le canapé pour regarder 50 minutes inside. Mais je ne voyais que ses yeux mutins, son pelage brun, ses pis couleur miel. Elle a meuglé pour dire qu’on était bien, enfin, c’était le sens de ses cris. On a bu du milk shake tiré son lait, on a mâché de l’herbe, on a ruminé nos peines. On a rapproché nos espèces, pas si éloignées que ça, après les actes opérés sur ses gènes par des scientifiques toujours attentifs au bien-être  de l’humanité. Enfin, quand on s’est bien connus, je lui ai présenté mes chats-hiboux, mes chiens-brochets et mes hamsters-caméléons.

  • Devoir de mémoire, par Denis Billamboz

    Devoir de mémoire

    Souvent la littérature nous ramène au grand fléau qui affecta le XX° siècle et qui souillera à jamais la civilisation européenne. Et, pour ne pas oublier, alors que les droites extrêmes regardent de nouveau le pouvoir avec gourmandise, je pense qu’il est utile de, périodiquement, retourner vers les auteurs qui nous rappellent ce qui fut et ce qui pourrait peut-être encore être. Pour cette publication, j’ai donc retenu ces deux courtes lectures d’Aharon Appelfeld, juif roumain, survivant des camps de concentration, et désormais résident en Israël, et d’Hanna Krall, écrivain dramaturge polonaise, qui ont, chacun à leur façon, essayé d’attirer notre attention sur cette ignoble tragédie. Aharon Appelfeld  nous rappelle comment paisiblement la déportation s’est mise en place sans que personne, ou presque,  ne se rebelle alors qu’Hanna Krall, elle, est partie à la recherche des témoignages pour dire ce qui fut.

     

    51h0I2YWt7L._SL500_AA300_.jpgBadenheim 1939

    Aharon Appelfeld (1932 - ….)

    Dans une parabole évoquant la déportation des juifs vers l’Est de l’Europe, Appelfeld fait vivre la petite station balnéaire de Badenheim en Autriche qui s’éveille au printemps pour accueillir les touristes. Mais, « Vers la mi-mai, un discret avis apparut sur le panneau d’affichage, conviant les citoyens juifs à aller se faire recenser par le service sanitaire avant la fin du mois. » Et,  progressivement la douce station se transforme en un camp de transit pour les juifs de toute conviction : juifs qui revendiquent leur judéité, juifs qui l’ont reniée, juifs qui l’ont oubliée, juifs qui ne connaissent pas leur part de judéité et même juifs qui ne sont pas très juifs. Tout un peuple qui se met en marche vers la Pologne comme tous les juifs d’Europe furent dirigés vers les camps qui leur étaient réservés pendant la dernière guerre mondiale. Appelfeld nous montre ce peuple de saltimbanques, de commerçants, de prostituées, d’enfants, d’adolescents, tout un peuple dont l’hétérogénéité montre bien que le seul point commun entre tous ces individus est leur appartenance, même très éloignée au peuple d’Israël. « Et si nous sommes obligés d’émigrer ? … Nous émigrerons, … Il existe des endroits merveilleux en Pologne. » Et c’est avec toute la fatalité contenue dans ces deux brèves répliques que ce peuple se met en marche inquiet mais pas atterré, préoccupé des petites choses du quotidien et du lendemain mais peu soucieux de son devenir comme la plupart des juifs déportés.

    Cette parabole est écrite sous forme de petits tableaux qui ne sont pas sans rappeler « Les boutiques de cannelle » de Bruno Schulz autre juif tué par la Gestapo en 1942.

    La littérature germanophone est en général peu prolixe sur ce moment où l’Allemagne bascula dans l’horreur. Je me souviens d’une lecture ancienne de « Après minuit » d’Imgard Keun et très récemment de la lecture de «Une source vive » de Martin Walser, écrit seulement en 1998, qui fit scandale à sa publication en Allemagne.

     

    41G5EK4NC6L._SL500_AA300_.jpgLà-bas, il n’y a plus de rivière

    Hanna Krall (1935 - ….)

    « Racontez-moi une histoire. Une vraie… importante… sur quelqu’un ou bien la vôtre… », demande Hanna quand elle termine ses interviews et qu’elle a débranché son micro. Alors ces survivants de la shoah, juifs polonais souvent hassidiques, qu’elle rencontre aux quatre coins de la planète lui confient leur histoire, celle de ceux qui ne sont pas revenus, celle de leur famille ou celle qu’ils ont vue ou entendue.

    Mais, il est difficile de parler de ces événements qu’ils ne peuvent pas oublier, qu’ils ne peuvent pas ranger dans les placards de leur histoire, qui hantent leurs jours mais surtout leurs nuits. Alors pour raconter il faut du temps, les mots sortent de la bouche par bribes, par fragments, comme ces morceaux d’histoires qu’Hanna essaie de rassembler comme les pièces d’un puzzle pour reconstituer seize histoires, seize témoignages, sur la vie de ces juifs pieux et fatalistes qui s’en remettent à Dieu et à ses rabbins pour échapper à la tenaille qui les broient entre les mâchoires nazies d’un côté et communistes de l’autre.

    Des souvenirs évanescents, des images ancrées dans la mémoire, des photos passées, des objets égarés, quelques reliques pieusement recueillies, des ossements exhumés, des cendres à disperser, toutes cette matière qu’Hanna recueille pour faire revivre le peuple juif de Pologne et raconter sa disparition en près de deux cents petits morceaux de récits que le lecteur assemble pour reconstruire l’histoire de ce peuple martyre. De la douleur, de la souffrance, de l’émotion, de la culpabilité, de la réticence, qu’il faut accepter pour comprendre que chacun a eu son histoire et que la vérité n’est pas une, ni livresque. Elle est dans le cœur de chacun.

    A travers ces témoignages, nous pouvons voir ces juifs pieux et soumis, durs au travail, assidus dans leurs affaires pour construire des familles solides et nombreuses pour perpétuer le peuple d’Israël dans ces terres de Pologne, mais pas forcément très fidèles en amour. Nous pouvons voir aussi comment ce peuple a été rayé de la carte, «l’histoire des juifs de Tykocin était terminée » dit un témoin, avec une brutalité et une bestialité difficilement imaginable. Hanna accuse les Allemandes et notamment ceux du 101° Bataillon de Hambourg qui ont exécuté froidement, sans état d’âmes des centaines de juifs en y prenant même un certain plaisir.

    Et dans ces témoignages reviennent comme toujours la mémoire des disparus, les raisons pour lesquelles ils sont disparus, la vie de ceux qui sont revenus et surtout pourquoi et comment ils sont sortis des camps, les justes qu’on sanctifie et ceux qu’on a oubliés, comment vivre après ? Où tracer la ligne entre les bourreaux et les martyres ? Toutes questions qui n’ont pas de réponses car comme dit Hanna, « je n’essaye pas de percer le secret de ceux qui ont survécu. »

    Et c’est l’histoire de certains de ces gens qui sont morts pour rien et d’autres qui doivent maintenant vivre avec, vivre sans, essayer de vivre sans, oublier, essayer d’oublier, se souvenir pour que les autres n’oublient pas, souffrir en silence, vouloir la vengeance, chercher à comprendre ou tout simplement nier ce qui a été…

    On pourrait en tirer un film dit Hanna, « mais sur quoi au juste ? Sur le châtiment ? Le hasard ? Dieu ? »

    Denis BILLAMBOZ

  • Brigitte FONTAINE 2x

    Deux extraits de L'un n'empêche pas l'autre

    Dancefloor (avec Grace Jones)

    Gilles de la Tourette

    La maladie de Gilles de la Tourette a d'abord été considérée comme un syndrome neurologique rare et associé à la production de mots obscène (coprolalie). Ce symptôme n'est toutefois présent que dans une petite minorité de cas. (WIKIPEDIA)

    Son interview au Monde

    http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/05/25/brigitte-fontaine-j-ai-lutte-contre-cette-idee-de-duos_1527115_3246.html

  • Anne-Marielle Wilwerth au château d'Ham-Sur-Heure

    Anne-Marielle WILWERTH, peintre et poète,

    expose quelques diptyques, parmi d'autres artistes sélectionnés par le Rotary Club de Charleroi-Sud,

    au château d'Ham-Sur-Heure

    Samedi 11 et dimanche 12 juin
    entre 11 et 18 h.

    dans le cadre de l'expositions "Arts Sur Heure"

    Le vernissage a lieu ce vendredi 10 juin à 18 h 30.

    affiche2011.jpg

    Le site de l'exposition:

    http://www.arts-sur-heure.be/index.php

    Le site d'Anne-Marielle, Bergère du silence:

    http://www.bergeredusilence.be/index.php?page=1

  • Lettre à D. Histoire d'un amour, André Gorz (par Philippe Leuckx)

    41vOPAXtcfL._SL500_AA300_.jpgAndré Gorz (1923-2007) est l'une des grandes figures intellectuelles de l'après-guerre. Juif autrichien arrivé en France en pleine période existentialiste, ce philosophe va nourrir sa pensée, son activité sociale et tous ses écrits de l'influence de Sartre. 

    Devenu spécialiste de l'écologie politique, tour à tour journaliste à L'Express et au Nouvel Obs', il devient célèbre par son premier livre "Le Traître" (1958).

    Quarante-huit ans plus tard, il décide d'écrire un livret (74 pages, Galilée) en guise de correction à cet ouvrage capital. C'est aussi l'occasion pour lui de redire sa dette à l'égard de Dorine, sa femme, qu'il a, selon lui, défigurée dans le livre de 58.

    Cette "Histoire d'un amour" est en soi un ouvrage d'initiation à la vérité existentielle d'un couple, sur plus de cinquante ans de vie commune. La recherche du juste importe : il faut selon lui une société qui puisse échapper au carcan économique de la consommation et privilégier la vie autonome des citoyens.

    De nombreux passages du livre le montrent en recherche permanente sur le terrain de la justice sociale, de la lutte des classes et des améliorations dans l'air du temps des années 68/73.

    Le livre résonne surtout comme un témoignage d'un intellectuel de premier ordre, dominant la matière par une quête incessante de l'information brute, l'exploitant pour des études, des articles, des livres. Le philosophe était d'abord un journaliste hors pair.

    Sans Dorine, sa femme, sans doute aurait-il été moins brillant. Il lui rend un hommage appuyé, elle qui a tant souffert d'arachnoïdite.

    Ces 74 pages contiennent, outre une matière intime unique, une dimension politique : Gorz, avec acuité, déroule ces années de consommation, annonce les catastrophes et les nouveaux esclavages. Son autorité intellectuelle dresse un bilan sûr, quoique forcément amer.

    Dans la recherche du bonheur, le couple a pris d'importantes décisions pour protéger sa vie, son chez soi. La recherche d'une maison "habitable" au sens humain enrichit les pages de ce volume.

    La dernière page fait pressentir la fin commune d'un couple hors du commun : partir ensemble.

    En septembre 2007, la maladie de Dorine s'étant aggravée, le couple a choisi de quitter le monde en se suicidant.

    "Lettre à D. Histoire d'un amour" est donc le dernier livre du vivant de son auteur.

    A méditer. Un très grand livre.

    Philippe Leuckx  

  • Les MOTS pelés (IX)

    Le court du conte a encore diminué.

    * * *

    En linguistique-fiction, les mots étrangers viennent des dictionnaires du futur.

    * * *

    L'adjectif calligraphique sert à qualifier les mots-dessins.

    * * *

    Les histoires de l'écrit et de l'oiseau se confondent quand le nid-poème se construit dans les arts.

    * * *

    La bataille de livres fit cent mille mots.

     

  • Le gardien de musée

     Le gardien était posté en permanence à l’entrée de la seule salle du musée devant son unique toile. Elle représentait une vue frontale d’une bâtisse aux larges baies vitrées, la même qui abritait le musée où travaillait et habitait cet homme. À y regarder de près, on pouvait voir la salle d’exposition, la grande composition et, face à elle, le gardien du musée posté en permanence là.  

  • Attila Joszef

    Attila Joszef (1997), par Dick Annegarn

    Attila Jószef, un coeur pur sous les rails de la vie

    http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/jozsefattila/attilajozsef.html

    Une sélection de 12 poèmes d'Attila Jószef

    http://morne.free.fr/celluledessites/OeilZinE/Attila_Jozsef.htm

     

  • Le concombre

    images?q=tbn:ANd9GcTo8UO7ay6ffOp_Ayf_RTQ5Hn0RBifENzCMeZ2Nzmzz51rRxEsV5gSamedi soir, j’ai voulu restaurer l’honneur du concombre, sali par une odieuse campagne de calomnie. J’ai entonné sur l’air de l’Hondelatte’s song, Dr House c’est pas Mickey Mouse : « l’concombre, c’est pas une bombe ». J’ai placardé dans le hall de l’immeuble : Pas si con le concombre, N’faites pas d’ombre au concombre ou, moins heureux, j’en conviens, Du concombre jusqu’à la tombe.

    La chef du syndic, qui est une carnivore acharnée, a débarqué furax, mes tracts à la main : « À cette heure [il était vingt-deux heures], rien ne permet d’affirmer que le concombre est  disculpé,  une enquête est en cours ». Refroidi, j’ai ravalé mon système de défonce, pardon : de défense, et jeté au compost les tranches vertes que je me proposais de distribuer lundi au bureau en guise d’apéritif. Ensemble nous avons partagé un carpaccio de boeuf servi avec un Pinot gris.

    Au fond, oui, qu’ai-je eu à faire de redorer le blason de cette cucurbitacée ridicule, juste bonne à combler les cons, il y a de plus nobles formes à défendre.

  • La tricoteuse

    Jamais je ne l’avais vue sans ses aiguilles à tricoter. C’était sa seule passion son unique préoccupation. Même quand la foudre tombait à quelques centimètres de sa fenêtre, elle ne levait pas les yeux. Mais j’avais vu ses yeux. Ils étaient verts, admirables. Et plus étrange était encore la collision qu’il y avait entre la beauté d’Ylge et la banalité du travail qu’elle accomplissait avec tant de persévérance.

    Il me fallut six mois pour décider Ilge à abandonner un instant son tricot et ses aiguilles. Je l’entraînai vers le lit, je la déshabillai. Dans ses cheveux, je vis un petit fil de laine enfoui entre deux mèches. Je le tirai. Je le tirai pendant une heure. Quand j’en vis la fin, je compris que j’avais défait Ylge, et qu’à sa place j’avais entre les mains une énorme boule de laine.

    Je la posai sur la table. Qu’aurais-je pu faire d’autre ?

    Jacques Sternberg

    Extrait de Contes glacés, éd. MIJADE