• Le fantôme de Patrick Sabatier

    M1bis-26-06.jpgSamedi soir, j’ai regardé Les Stars du rire. animées par un triste sire. Puis, déguisé en citrouille, je suis sorti quémander des bonbons dans l’immeuble. Je suis rentré, j’ai aligné ma récolte sur la table basse et j’ai bombardé de sucreries l'écran-toile d'araignée. L'animateur fantôme résistait à mes tirs,  faisant mine de spectre,  jouant son propre drôle, son franc sourire des premiers Avis de recherche effacé depuis longtemps. Mais le squelette intact,  sous des lambeaux de chair résistants à l’épreuve des années. Les fantômes de télévision ont la vie dure.

  • MYSTÈRES IBÈRES, par Denis Billamboz

    Mystères ibères

    Pour la lecture de cette quinzaine, j’ai rapproché deux livres venus d’Espagne, produits de cette littérature luxuriante qui a littéralement explosé après la chute du pouvoir dictatorial. Une pléiade d’écrivains ont surgi des cendres du franquisme qui les étouffait tellement et depuis si longtemps que la production a été extraordinaire et que les talents ont fleuri de Barcelone à San Sébastien et de Séville à Pampelume. Pour cette publication, j’ai choisi deux œuvres qui essaient de nous expliquer chacune un mystère mais qui surtout, dans mon esprit, illustrent assez bien cette profusion littéraire ibérique actuelle. Et, pour une fois, j’ai cédé aux sirènes des marchands, je me suis laissé tenter par « L’ombre du vent » qu’on trouve en piles énormes dans le moindre point de vente, et bien m’en a pris.

     

    41ERHEN5A0L._SL500_AA300_.jpgUne complicité

    Manuel De Lope (1949 - ….)

    Restons complices de cette histoire que Manuel De Lope esquisse, plus qu’il écrit, dans un long cheminement, presque aussi long que la lecture de son récit, depuis le viol de Maria Antonia, très jeune fille qui vivait alors dans une taverne sur les bords de la Bidassoa, au moment où « Cette guerre qui commençait sans savoir que c’était vraiment une guerre », jusques à l’arrivée, plusieurs décennies plus tard, de Manuel Goitia dans la maison de Maria Antonia qu’elle partagea  avec Isabel, la grand-mère de Manuel.  Isabel qui eut le malheur d’épouser cette même année, 1936, un militaire qui choisit le mauvais camp et mourut fusillé par les vainqueurs quelques mois après son mariage laissant sa femme éplorée et enceinte. Maria Antonia après avoir subi ce viol quitta sa maison pour rejoindre un protecteur attentionné qui lui demanda de venir servir Isabel isolée dans sa maison en bord de mer après le décès de son mari.

    L’histoire, le destin, réunit ces deux femmes qui font partie des dégâts collatéraux de cette guerre fratricide et aveugle qui assassine et martyrise les innocents, laissant Maria Antonia violée et Isabel veuve, mettre leur malheur en commun pour construire une autre vie que l’auteur ne nous contera pas mais que nous pourrons imaginer après le récit du séjour de Manuel chez Maria Antonia pour préparer ses examens, plusieurs décennies plus tard, quand Isabel est décédée et Maria Antonia devenue une vieille femme renfermée. Sous le regard du Docteur Castro, le voisin des deux femmes depuis toujours, l’histoire se dessine, s’esquisse, et on pourrait reconstituer la vie de ces deux femmes avec Veronica la mère de Manuel partie vivre à la ville.

    Ce récit tout en allusions, suggestions, détails anodins mais explicites, nuances, couleurs, odeurs, et sons, s’il effleure l’histoire que ces deux femmes auraient pu vivre, raconte surtout la généalogie de Miguel telle que le voisin l’a vue se construire. Certes ce récit est d’une grande finesse mais il ressemble un peu trop à un exercice de style tant il fait devoir appliqué et studieux d’un premier de la classe qui veux épater son professeur. Le récit est lent et répétitif, l’intrigue est éventée et prévisible dès le début. L’intrigue n’est d’ailleurs pas l’élément central du récit mais seulement le prétexte à une narration studieuse et étudiée sur la fatalité, les aléas de la vie que les hommes, en la circonstance plutôt les femmes, ne maitrisent pas et surtout sur la façon dont deux être malmenés par le sort arrivent à construire un possible en mélangeant deux vies devenues impossibles  dans une complicité nouée à huis clos et partagée avec le seul témoin nécessaire, le voisin docteur protagoniste passif. Une vie où « la quantité nécessaire de dissimulation et de mensonge  pour que le dommage que la vie avait infligé à ces deux femmes soit d’une certaine façon compensé. »

    Ce texte est aussi un message d’espoir pour tous ceux qui doivent faire face à l’injustice du sort  mais qui peuvent toujours espérer voir un coin de ciel bleu dans leur avenir. Et aussi, peut-être, une réflexion sur la vérité qu’il n’est pas toujours nécessaire de connaître pour construire un avenir serein, rempli d’espoir.

     

    41mW8DfziML._SL500_AA300_.jpgL’ombre du vent

    Carlos Ruiz Zafon (1964 - ….)

    Je ne me souviens pas d’avoir dévoré un livre avec une telle voracité, je me suis jeté dessus comme un affamé. « Avant même d’avoir pu m’en rendre compte, je me retrouvai dedans, sans espoir de retour. » Et, pourtant ce roman n’est sans doute pas le meilleur que j’ai lu mais il a un côté si fascinant et l’auteur à un tel talent pour empêcher le lecteur de poser son livre qu’il est difficile de ménager quelques pauses pour s’alimenter avant d’en avoir avalé les cinq cent vingt cinq pages.

    Tout au long de cette lecture, j’ai pensé à Pascal Mercier et à son « Train de nuit pour Lisbonne », le héros de Ruiz Zafon, comme celui de Mercier, découvre, par hasard, un livre qui va complètement chambouler sa vie et même celle de son entourage. Un bouquiniste de Barcelone fait découvrir, à son fils, le cimetière des livres perdus et lui demande, selon la tradition, de choisir un livre dont il aura le plus grand soin. Le héros de Mercier avait lui trouvé un livre par hasard chez un autre bouquiniste, à Berne,  qui lui en avait fait cadeau.

    Après avoir lu ce roman d’une traite, Daniel, le fils du bouquiniste, veut absolument en connaître l’auteur et la vie qu’il a eue comme le héros de Mercier veut lui aussi partir pour Lisbonne à la rencontre de l’auteur de son livre. Daniel va alors, pas à pas, après moult aventures, péripéties, arias et autres dangers, reconstituer la vie de celui qui a écrit le livre qu’il admire tant et constater que cette vie est étrangement semblable à la sienne. Et si Mercier, profite de l’intrigue qu’il a construite pour s’interroger sur la nature profonde de l’homme, celle que nous ne pouvons pas percevoir, Ruiz Zafon s’évertue lui à bâtir un édifice romanesque d’une grande virtuosité où il faut bien suivre les personnages pour ne pas se tromper entre les deux histoires parallèles qu’il nous livre. Mais, les parallèles ne se rejoignent qu’à l’infini et il n’est pas certain que le maître nous conduise jusque là bas.

    Si ce livre est d’une grande virtuosité romanesque c’est aussi, et peut-être avant tout, un formidable de livre sur l’amour et la haine mais surtout sur la haine. J’ai rarement lu un livre où la haine est présente d’une façon si prégnante, où une accumulation de rancœur, de jalousie, d’envie, de frustration inspire un tel sentiment dans une telle démesure. L’action se situe bien sûr à Barcelone avant, pendant et après la guerre d’Espagne et,  à cette époque, la haine était largement répandue dans les populations de cette ville que Ruiz Zafon nous montre plus grise, plus froide, plus humide et plus triste que n’importe quelle ville nordique sous la pluie, pour accentuer le côté sinistre de son histoire sans doute.

    Car cette histoire, c’est aussi le cimetière des amours impossibles, contrariés ou non partagés mais souvent porteurs d’une haine latente, d’un profond désespoir ou d’une blessure incurable. L’amour est aussi à l’origine de la faute qu’il faut expier, souvent de la manière la plus violente, car le diable est très présent dans ce livre même s’il ne les aime pas beaucoup. Il préfère l’autodafé qui permet de détruire l’auteur et le livre en un même geste comme le dictateur détruit ses opposants et leurs écrits pour tuer toute contestation. En revanche, l’amitié est un ciment fort qui permet d’affronter la vie et ses aléas avec moins de risques.

    Et, pour revenir vers Mercier qui croit si fortement au hasard, Ruiz Zafon confie, lui aussi, le début de son intrigue au hasard, mais il semble faire quelque peu marche arrière et croire plus en la destinée en inscrivant la vie de son héros dans la trace de celui qu’il recherche en le confiant à un destin bien établi. « … Les hasards sont les cicatrices du destin. Le hasard n’existe pas, … Nous sommes les marionnettes de notre inconscience. ». Sur ce point les deux livres divergent sensiblement, Mercier entreprend une démarche plus philosophique alors que Ruiz Zafon sacrifie plus aux bonnes normes des romans à succès qui exigent le respect de certaines règles qui ne déstabilisent pas trop le lecteur.

    Je ferai grâce à Carlos de ces concessions car son livre est comme un opéra de Verdi emporté dans une grande envolée épique qui emmène le lecteur dans un monde de rêves, de fantasmes et d’émotions dont il émerge difficilement. Et, il a un tel amour des livres qu’il traite avec une véritable sensualité, qu’on ne peut que l’aimer. « Je pensais que si j’avais découvert tout un univers dans un seul livre inconnu au sein de cette nécropole infinie, des dizaines de milliers resteraient inexplorés, à jamais oubliés. Je me sentis entouré d’un million de pages abandonnées, d’univers et d’âmes sans maître, qui restaient plongés dans un océan de ténèbres pendant que tout le monde qui palpitait au-dehors perdait la mémoire sans s’en rendre compte, jour après jour, se croyant sage à mesure qu’il oubliait. »

    Denis Billamboz

     

  • Résidences d’artistes en entreprises à CHARLEROI EXPO

    Charleroi1911_2011_residenc.jpgDans le cadre de CHARLEROI 1911-2011, porté par la Ville de Charleroi et à l’initiative de l’Échevinat de la Culture, le projet était de proposer aux principales sociétés de la région, d’accueillir un artiste en résidence.

    De la PME à la multinationale, 18 entreprises ont relevé le défi, associant à la création artistique ces secteurs de haute technologie: spatial – transport, métallurgie, verre, biotechnologie, énergies renouvelables et technologies de la communication.

    Cette année 2011 a vu des artistes impliqués dans les entreprises accueillantes, durant environ une semaine, réaliser une œuvre, en collaboration avec les équipes de travail.

    Sculpteur, peintre, photographe, dessinateur, plasticien, illustrateur, vidéaste, maître-verrier, ils sont originaires de la région ou Carolos d’adoption.

    Entreprises et artistes participants:
    Abetech et Benito Dussart/ performer, AGC Glass Europe Centre R&D et Bernard Tirtiaux/ maître-verrier, Arcelormittal Industeel Belgium et Gilles Durvaux/ photographe, Alstom et Gwenaëlle Doumont/illustratrice et Annie Brasseur/ plasticienne, Biopark et Zoé Zachos/ photographe, Caterpillar et Alain Breyer/ photographe, Centre de Culture scientifique ULB Parentville et Stéphan Vee/ sculpteur-plasticien, CETIC et Marie-Noëlle Dailly/ photographe, Chambre de Commerce et d’Industrie du Hainaut et Stéphane Gillain/ peintre-illustrateur, Electrotech et Jean-Christophe Anezo/ artiste multidisciplinaire, Hélio et Udini/ vidéaste, Héraclès et Olivier Sanglier/ photographe, Nexans et Stéphane Nottet/ sculpteur-plasticien, Raposo et Isabelle Bodson/ forgeronne-plasticienne, SNCB-Holding et Ilios/ collectif de photographes, Thales et Philippe Kivits et Dominique Demaseure/ photographes, Technofuturtic et Jean-Christophe Anezo/ artiste multidisciplinaire, Xylowatt et Ingrid Fraipont/ photographe.

    Parmi ceux-ci, certains font partie des collections des musées de Charleroi : Bernard Tirtiaux, présent dans les collections du Musée du Verre, Zoé Zachos, Alain Breyer,  Stéphan Vee,  Stéphane Nottet, Dominique Demaseure, dans les collections du Musée des Beaux-Arts.

    Depuis l’éclosion de l’exposition de 1911, de nombreux secteurs d’activités industrielles et post industrielles se sont implantés sur le territoire. Parallèlement, une identité culturelle, en évolution, y imprime un reflet de société, sur une cité contemporaine, riche de ses racines, et axée sur l’avenir.

    L’exposition de ces oeuvres vous accueille dans le hall d’honneur supérieur de Charleroi Expo.
    Plus d’infos :  www.charleroi1911-2011.be

    29 octobre > 13 novembre 2011

    Charleroi Expo

    Vernissage : 28 octobre à 18h30

    Avenue de l’Europe 21 – 6000 Charleroi

    Lu-Ve 11.00-18.00
    Sa-Di 11.00-19.00

    Nocturnes : Ma 01/11 et VE 11/11 11.00-20.00

  • 5 minutes de révolution par jour

    Chaque jour, révoltez-vous ! Contre le pouvoir, tous les pouvoirs. Contre le savoir, tous les savoirs. Contre l’ignorance, toutes les ignorances. Surtout contre les croyances, toutes les croyances. Mais pas plus de cinq minutes par jour. Après quoi la révolution permanente provoque des migraines et des courbatures dans tout le corps, et comment changer le monde avec un mal de tête, les nerfs à vif et des membres qui vous tiraillent ?

  • Du bon usage des peintres (usagés)

    images?q=tbn:ANd9GcRSgBJnT96OsDz0333fHZnO6GAR-xjHf3aVhCqZJbv9N4PFyP27OgJ’ai trouvé un peintre (pas une peinture) aux Puces. Il ne servait plus (même à rien) et il trône (il traîne) maintenant dans mon vieux canapé face à la télé. Il se nourrit d’images animées. Parfois, il réclame un pinceau, des pigments et de l’huile, une toile fixée à un châssis et le voilà, à l’heure du journal, qui peint en 30 minutes chrono (c’est son côté sportif) le visage de Laurence Ferrari qui est la Joconde moderne, déclare-t-il. C’est dire s’il délire plus encore que Leonardo, mon coiffeur - qui fait des teintures à la Ferrari d’ailleurs. Le reste du temps, mon peintre dort. Au réveil, il me raconte sur le divan ses rêves et je prends des notes dans le but d’écrire un manuel sur le fonctionnement mental du peintre, ça intéressera les futurs historiens de l’art. Il se peut que j’aie acheté le dernier, même si ce n’est pas le meilleur (les meilleurs sont momifiés). Avant qu’il meure, j’ai le projet de tirer son portrait qui fera la couverture de mon livre. A cette fin, je prends auprès de lui quelques leçons de peinture, il se révèle un maître acceptable.

  • Les désagréments

    Enfin il avait trouvé un but à son existence, du temps à tuer, et surtout un être, qui s’était imposé à lui. Mais bientôt il s’aperçut que cet être était recherché d’une masse de gens qui, eux aussi, souhaitaient sa mort. S’il voulait arriver à ses fins, il devait d’abord se débarrasser de tous ces importuns et cela lui prendrait du temps, même s’il en avait à profusion, et de l’énergie. Si bien qu’entre temps  sa cible mourut de mort naturelle et qu’il regretta tout le reste de sa vie d’avoir jeté son dévolu sur une personne si haïssable. Fort de cette histoire navrante, quand il vous viendra à l’idée de tuer quelqu’un, choisissez une personne aimable en tout point et de tous appréciée, cela vous évitera bien des désagréments.

  • Le bling-bling n'est plus à la mode

    images?q=tbn:ANd9GcQvF2jswEWCibKPyrIzsBkaXDpqkA0SxyJkQ6MNG_QrRiwq8heGrASamedi soir, avant la dégradation de ma cotte de maille sur le marché de la lingerie chevalière, je suis sorti avec de la bimbeloterie, histoire de me faire remarquer au vernissage de l’expo par Bolt-en-ski (un pseudo assurément) de vieilles guenilles ayant appartenu à la grand-mère de mon père. Eh toi, le rappeur de mes deux, m’a apostrophé à l’entrée un clodo visiblement allergique au hip-hop (il y en a) et en manque (de liquidités), refile moi ton sweat et ta Rolex. Comme il exhibait un cutter de marque, je lui ai laissé plus qu’il ne me demandait et me suis retrouvé à même la rue avec pour seule richesse des sous-vêtements griffés (par ma chatte) et comme unique avenir vestimentaire le pyjama maison. Après avoir envoyé un texto d’excuse à l’ami Bolt, j’ai visionné un documentaire sur l’histoire salée du tee-shirt mouillé et un sujet sur la chute dans les sondages d’opinion des présidents en ko and co. Pendant ce temps-là, Coco (Chanel) se karlalise.

     

  • Expo OUT'SIDE à Charleroi

    277106_243952922320918_957817281_n.jpgDu 21/10 au 21/01/ 2012

    du lundi au vendredi de 8h00 à 16h00.

    ATRIUM de l'Université du Travail, 1 Boulevard Roullier - 6000 CHARLEROI

    "Les expositions présentées au sein de ce nouvel espace nommé OUTSID'ART, rassembleront les travaux d'arts plastiques émergeant d'institutions, de centres d'expressions, d'ateliers, de musées, ... Il permettra d'oeuvrer à promouvoir les talents artistiques des personnes souffrant de troubles de la santé mentale, des personnes marginalisées par la maladie ou le handicap, " des individus qui pour une raison ou une autre ont échappé à au conditionnement culturel et au conformisme social" Michel Thévoz.

    "L'ART OUTSIDER est un courant extrêmemet porteur d'innovations et d'émancipations, il se doit d'être reconnu comme expression artistique contemporaine à part entière. Chaque production correspond à des clés de transcription différentes, à un statut propre inventé par son auteur, c'est le propre du mystère des arts outsiders" ...

    "Bien que l'on soit passé d'une attitude de mépris à un effet de mode, nous tenons aussi à donner une dimension sociale à cette démarche; l'ensemble des activités crées autour de celui-ci en sera la preuve. Une véritable interaction sera générée avec le public. Cet espace ne sera pas uniquement réservé à l'exposition de dessins ou de toiles, il sera aussi un véritable lieu d'échanges, il mettra en lumière toute compétence créatrice et artistique, il fédérera la création de nouveaux liens sociaux, de rencontres et d'échanges."

    "Une quarantaine de toiles et dessins extraordinaires à découvrir au sein d'une scénographie originale."

    Les artistes: Bernard BUREAU, Michel DELANNOY, Roland DUPREZ, François GOBERT, David HOUIS, Rémigio ROSANI, Mathéo SPANEDDA, Joseph STIEVENART, Annette TRONION, Jonathan VAN DE WEGHE, Rudy VERTONEUIL, Salvatore ZITELLI.

    INFOS: sophie.vincent@hainaut.be - 071/64.10.61
    maison.hainaut.be / dgas.hainaut.be / facebook


  • UNE PHILOSOPHIE SOCRATIQUE : "ELOGE DE LA FAIBLESSE" d'Alexandre JOLLIEN, par Philippe LEUCKX

    eloge-de-la-faiblesse.jpegUn petit livre de 96 pages (soit 3 cahiers!) (1) . Un petit éditeur, Marabout. Un grand auteur. Né en 1975. Quatre livres ainsi à son actif, dont les titres disent assez l'intérêt : "Le métier d'homme", "La construction de soi", "Le Philosophe nu".

    "Eloge de la faiblesse", paru ce mois de septembre 2011, sonne comme un manifeste doux (sic) , à l'heure où il s'agit d'être performant, jeune loup aux dents aiguisées comme faucille, brillant, dans son corps, dans son esprit, bref un surhomme actif bien à l'image de 2011 : à l'heure des paraître!

    Rien de tout cela chez Jollien. Le patronyme induit non la joliesse facile, attendrissante, plutôt la "joie" qui se niche dans ce beau nom aux multiples résonances. Car son livre résonne profond. Philosophe. Oui, assurément. Ecrivain, pour sûr! Dispensateur de sagesse et de don, vous y êtes, en plein!

    Philosopher après soi, c'est forcément difficile. Construire, d'après soi, le monde. Tout autant. Comme tout bon philosophe, Jollien, Alexandre, se donne des atouts, disons des principes de bonne intelligence : OBSERVER, S'AFFIRMER, CONNAITRE SES FAIBLESSES, S'ENGENDRER, FAIRE AVEC...

    Infirme moteur cérébral, Alexandre a connu dix-sept années d'éducation en centre spécialisé. Il raconte toute son expérience dans ce petit livre réjouissant. De la douleur, de la souffrance (coupé de sa famille, vue seulement deux jours semaine; livré aux déficiences éducatives d'équipes pas toujours aux petits soins de la tendresse...), le philosophe qu'il est devenu (durs bancs d'écoles à apprivoiser!) tire un parti décisif. Il a observé, il peut délivrer ses expériences et dire que la faiblesse nourrit une volonté de comprendre, d'agir et de dire. Tel est son propos.

    Quand tant d'êtres démunis n'osent s'affirmer, puisque le corps est lourd, puisque l'âme si fragile, Alexandre entreprend de conter ses déboires, ses miracles (ah! l'amitié qui l'a porté de bout en bout, ce Jérôme attentionné, ...), son univers.

    A l'instar de Socrate - avec lequel il noue très maïeutiquement  des dialogues -, il sait la pertinence du "connaître soi" pour cheminer! Ses faiblesses et ses forces. Que ne tire-t-il de ce corps "titubant", de ces "mots machouillés"!!

    La force de Jollien tient en outre à la joie native dont il borde son monde. Quelle tendresse, quel don! Il ne peut dès lors qu'ENGENDRER à son tour, c'est-à-dire faire du peu une force vive, non commerciale, non rentable, UNE ET UNIQUE : celle du don. (Ceci me fait songer aux très beaux vers de TEKEYAN : "Que me reste-t-il de la vie? Que me reste-t-il? Ce que j'ai donné aux autres...)

    L'empathie - souffrons avec...- n'est pas cette misérable pitié douteuse et encombrante dont notre auteur a bien dû souvent faire les frais, sur sa route...à moins qu'il n'ait subi - autre outrage - les voix de la raillerie!

    Qu'importe! Alexandre donne des pintes de bon SENS, de VERTU (au sens le plus élevé : force native, qualité sociale, agent de changement, selon moi).

    S'engendrer : aller au-delà de ses propres réalisations ...viser plus haut que le déjà-accompli...Eloge de l'effort - CORPS ET ESPRIT sans partage!

    On éprouve son beau livre. Loin de tout dogmatisme (il n'en a cure). Loin de tout didactisme (il s'en déprend). Loin de toute pitié à recevoir..il est de l'ordre de la COM-PASSION, je souffre de te voir avoir mal et j'en tire don...

    MERCI.

    (1) Alexandre JOLLIEN, Eloge de la faiblesse, Ed. Marabout, 96 p., 2011, 4,40 euros.

    Philippe Leuckx

  • L'étang du voir

    Dans l’étang du voir, les yeux de poisson remontent à la surface voler des miettes de regard.

  • Imelda May May Imelda

    Johnny got a boom boom


    Mayhem

    BONUS 1) Train kept a rollin'

    http://www.youtube.com/watch?v=Mz147m98jdQ&feature=related

    2) Psycho (clip)

    http://www.youtube.com/watch?v=2yhsVLdmtKI&feature=relmfu

    http://www.imeldamay.co.uk/

  • Bloqué sur Facebook

    C’est l’histoire d’un mec. Il est bloqué sur Facebook depuis Zuckerberg. Une vilaine farce du wonder boy. Alors il fait ami avec le monde entier et le monde entier est son ami. Seulement il ne peut toucher aucun de ses amis et aucun de ses amis n’a envie de le rencontrer en vrai (surtout pas). Alors il multiplie les liaisons, les statuts, les avis d’existence. Il mourra et son compte restera actif. Comme s’il était encore là. Comme s’il n’avait jamais été là. Pareil que les autres, tous les autres.

  • Au pays des bruits

    Il était revenu, l’oreille pendante, du pays des bruits où il avait tout entendu. Mais il ne résida pas là, faute de boules Quiès. Dans un champ, seulement ouï de lui, les lignes de force d’un son encerclèrent un silence gros comme une maison. De la fenêtre d’une chambre d'écoute du troisième étage fermée à double tour tomba un serrurier dans un bruit de clés cassées.

  • Dame ouïe

     Chaque matin Dame ouïe vient prendre dans son écuelle sa ration de bruits. Puis on ne la voit plus de la journée, elle roule, avec les bouches de passages, se collète, a-caustique, avec les  petits tintamarres et les tonnerres de basse fréquence qui finissent par lasser. Ses préférés sont les chuchotements goguenards et les cris percés d’oiseaux qui lui font comme des caresses blafardes sur l’échine, de flous frémissements. La nuit, elle se repaît de silence, comme on fait le plein de pain avant un jour vide de gluten. Au matin suivant, aphone, un chat dans la gorge ?, Dame ouïe est là qui mange dans ma main des bruits de paume ouverte sur des poignées de lumière.

  • Comment se déprendre de cette voix? Hommage à Mark HOLLIS (par Philippe Leuckx)

    Il y a dans certaines voix la hauteur sans doute de la poésie. On ne mesure peut-être pas assez ce qui vibre dans ces plaintes vocales! Quelle hauteur atteint-on? Par le coeur. Par les notes.

    C'est le cas de  Mark HOLLIS (1955-), leader longtemps de TALK TALK (ce groupe new-wave des années 1982-1991), qui est passé, avec maestria, de cette new-wave (qui a vu éclore entre autres groupes prestigieux DEPECHE MODE, THE CURE, OMD - Orchestral manoeuvre in the dark, INX...) à la musique épurée style un Satie-années 80/90!

    Grands dieux de la musique, comment oublier cette voix?

    Comment s'en déprendre?

    Suffit sans doute de ne plus écouter des morceaux d'anthologie comme "I believe in you", "It's my life", "Living in another world", "such a shame", "Colour of spring"...et tant d'autres!

    Mais c'est un enchantement, presque un esclavage doux...pour nos oreilles!

    Si vous souhaitez céder à cette assuétude noble, réécoutez l'album solo sans titre d'Hollis de 1998!

    Depuis, l'on attend...qu'il nous revienne avec un autre chef-d'oeuvre...ça fait long!

    Philippe Leuckx

    Such a shame

    It's my life

    I believe in you

    BONUS: Ascension Day

    http://www.youtube.com/watch?v=dt0OJsXkl6g


  • Littérature d'Arverne, par Denis Billamboz

    Littérature d’Arverne

    J’ai trouvé intéressant de rapprocher non pas ces deux lectures mais ces deux auteurs qui ont bien des points communs, ils sont en effet nés tous les deux en terre auvergnate ou limousine qui sont si proches l’une de l’autre, à peu près à la même période, deux années d’écart seulement, et qui, tous les deux, font partie de ce qu’il est désormais convenu d’appeler la littérature contemporaine française. Celle littérature exigeante, souvent un peu difficile d’accès pour les lecteurs non avertis, mérite bien elle aussi un hommage de temps en temps car le circuit du livre ne lui laisse pas une très grande place. Dans tous les cas, une place insuffisante pour que les lecteurs aient le temps de se familiariser avec cette nouvelle forme d’écriture souvent très inventive tant dans la forme que sur le fond.

     

    417jSZ9-PkL._SL500_AA300_.jpgDévorations

    Richard Millet (1953 - ….)

     « Nos noms ne diront rien à personne : le mien pas plus que le sien, son vrai nom du moins,» mais la jeune servante de cet hôtel-restaurant qui a fermé son hôtel pour ne conserver que son restaurant qui sert son éternelle côte de porc dont l’odeur imprègne jusqu’à sa peau, nous en dira beaucoup plus sur la vie qu’elle mène depuis le décès de ses parents dans un accident de la route quand elle avait dix ans, dans ce triangle de perdition, Egletons-Meymac-Ussel, où elle dépérit à trente-trois ans, toujours vierge, le corps agité par l’envie de celui qui viendra, un jour, combler ce vide et la raison secouée par la peur de l’autre, l’homme, le chasseur car «une femme étant toujours une femme et un homme un affamé. » Et, cette vie sans aucun relief, triste et banale à mourir, rythmée par le seul passage des camions sur la grande route qui traverse le village, va basculer un soir quand il, le maître,  se présentera au restaurant espérant pouvoir se restaurer mais devant s’incliner devant le patron, l’oncle de la servante qui a repris l’affaire après le décès des parents d’Estelle, car elle finit par nous avouer qu’elle s’appelle Estelle, qui, par remord, l’enverra porter quelques nourritures à cet homme plus très jeune qui est le nouvel instituteur du village et un écrivain qui a cessé d’écrire. Cet homme pourrait être celui qu’elle attend depuis si longtemps, que son ventre dévoré par les renards espère depuis des années mais qu’elle ne doit pas poursuivre de ses assiduités car dans ces petits villages campagnards, «sur ces hautes terres oubliées de l’Histoire comme elles l’ont été de Dieu, » une fille qui veut vivre comme une femme est vite une bonne à rien, une catin. Et, balançant entre son ventre qui réclame son dû et son statut social qui lui demande de rester à sa place  de petite orpheline marquée par le sort qui est condamnée à servir les côtelettes de porc que l’oncle s’évertue à servir jour après jour dans le restaurant qui ne porte même pas le nom de ses parents disparus mais celui des propriétaire précédents, elle se fait de plus en plus assidue auprès du maître qui ne l’encourage en rien restant de marbre, ou de lauze dans un affrontement entre le feu volcanique réveillé et la lave refroidie, entre celle qui cherche un avenir et celui qui veut oublier un passé, entre la servante et le maître dans une forme de soumission déjà consentie.  Sentant que son destin ne comportera pas une autre occasion de ce genre, la fille Chastaing, celle qui n’a même plus de nom et qu’on appelle du nom figurant sur l’enseigne de l’ancien hôtel-restaurant, insistera jusqu’à la limite du possible,  jusqu’au dénouement, jusqu’à ce que la vérité se manifeste dans toute sa crudité et dans toute sa cruauté.

    « Un roman qu’elle avait lu avec difficulté, le jugeant trop sombre, avec des phrases exagérément longues et des considérations désespérées sur les relations entre les homes et les femmes. » Millet a-t-il voulu écrire lui-même la critique de ce roman en faisant tenir ce propos à son héroïne ? Peut-être, car, sombre, ce roman l’est, il contient tout le désarroi de ces femmes de nos campagnes isolées  qui ne trouvent pas la chaussure qui y ira à leur pied et qui sont condamnées à vivre une vie de solitude et de frustration comme des êtres asexués ou comme des filles névrosées avec un incendie qui ravage en permanence leur ventre délaissé. C’est tout le drame de l’exode rural et de ces femmes des campagnes abandonnées à leur sort qui surgit au cœur de ces phrases longues comme une promenade dans la campagne limousine mais qui coulent paisiblement comme le flot de la Triouzoune qui rythme la vie de Saint-Andiau comme ces phrases scandent le flot de cette histoire d’une douce musique qui pourrait bercer le lecteur si ce récit était moins sombre et que les relations entre les hommes et les femmes étaient moins compliquées, surtout quand il y a trop peu d’hommes pour les femmes qui veulent vivre une vraie vie de femme dans leur chair, dans leurs sentiments, dans leur famille et dans la société. Millet a fait l’expérience de l’écriture au féminin et les lectrices seules peuvent nous dire s’il a su toucher les points sensibles de leur vie interne mais son personnage est très crédible et il évoque pour moi bien des femmes que j’ai connues dans une autre campagne au moment de l’exode rural, restées seules par manque de chance, absence de candidat ou même par veuvage trop précoce. Ce récit sonne vrai, il respire l’authenticité et il parle juste, l’argument est très crédible, le scénario est bon même si le dénouement est sans grande surprise et un peu décevant, et l’écriture embarque le lecteur comme une mélodie accompagne le promeneur dans un lied de Schubert. Il ne manque à ce récit que des respirations, des pauses, pour prendre le thé ou boire une bière et ensuite pouvoir restituer ce liquide à dame nature sans risquer de ne pas retrouver la page quittée.

    Richard, un mauvais point tout de même pour la cancoillotte que tu compares à de la semence immonde, ou quelque chose de pas plus ragoûtant, mais qui est un merveilleux fromage de mon pays que tu n’as pas su apprécier comme il le faut avec un vin du pays d’Arbois mais je pardonnerai cet écart culinaire qui est bien compensé par un bon goût musical affiché à travers la place laissée aux Rolling Stones qui ont endiablé ma jeunesse.

     

    41cYkPAfP1L._SL500_AA300_.jpgLa cantatrice avariée

    Pierre Jourde (1955 - ….)

    Ma lecture de ce livre est peut-être encore plus avariée que la cantatrice mais je l’ai lu comme une tentative de recréation, a posteriori, d’une mythologie auvergnate des temps modernes.

    Bolo et Bada, ou Bada et Bolo, Castor et Pollux picaresques de ce récit mythologique, de cette saga auvergnate, de cette quête d’un Graal protéiforme et mystérieux, dans un pays vidé de sa population et des ses activités par des autoroutes qui drainent la campagne comme des canaux assèchent un marais, sont les derniers maîtres d’une secte décadente qui cherche sa survie en une quête pitoyable et lamentable. Et, dans cette saga, la cantatrice, sorte de Gê, incontournable terre-mère de toutes les mythologies,  renait à chaque fois de ses cendres pour redonner un nouvel espoir ou peut-être pour faire peser un nouveau fardeau sur les épaules des héros avachis, épuisés par leur déchéance et leur interminable recherche. Car cette mythologie n’annonce qu’un monde sans espoir, dégénéré et décadent qui devra peut-être, comme Jean Genet en son temps, aller jusqu’au bout de la déchéance et se vautrer dans la fange pour espérer entrevoir, un jour, la rédemption. « Lorsque je serai bien déchu, se disait-il, mais vraiment à la fin de moi-même, lorsqu’il ne restera plus rien à perdre, et par conséquent plus rien à sauver, je la retrouverai. »

    Cette mythologie n’est peut-être qu’une parabole de la décadence de notre société qui n’a pas su comprendre les changements auxquels elle était confrontée et qui a laissé la déchéance s’installer dans le paysage, dans les villes, dans la société, dans les esprits et dans les âmes. « Ils voyaient les simulacres se démultiplier à une cadence infernale, les autoroutes s’additionner aux centres commerciaux, les ZUP engendrer les ZAC, les parcs de loisirs jouxter les parkings. » Bolo et Bada petits loubards devenus maitres d’une secte qui n’est peut-être que le résidu d’une communauté comme il en fleurissait un peu partout après le grand rêve « soixanthuitard », n’ont plus leur place dans cette société qu’ils n’arrivent plus pénétrer même par la violence la plus aveugle et la plus sadique.

    Et, dans ce récit burlesque et absurde, Jourde laisse gambader sa plume avec une allégresse sautillante et sanguinaire dans un monde chaotique où toute cohérence a disparu. Il laisse totale liberté à sa créativité, à son goût de l’innovation, à sa recherche de la formule au risque parfois d’en laisser filer de pas très heureuses : ses « appendices phalangées » ne sont tout de même pas très loin des « commodités de la conversation » des Précieuses ridicules ». Mais, nous lui pardonnerons ces quelques écarts car ils nous laissent certains passages assez hilarants comme : « Votre Manfred von Fanffula se fait appeler à l’heure actuelle Raymond Cassagnol, et il est crooner monégasque dans un casino de Caracas pour pédérastes californiens. » ou « … à l’heure où les chalutiers rentrent de la pêche au saint-nectaire. » La seule vraie divergence que je pourrais entretenir avec son texte, c’est, à mon sens, la façon dont il privilégie le mot et la formule par rapport à la phrase, à son rythme et à sa musique. Mais, ce n’est là que question de goût, et de toute façon, nous ne sommes que «  des personnages dans les histoires que le Très-Haut se raconte pour tromper l’ennui de l’éternité. »

    Denis Billamboz

  • La Saga Maigros à Roisin

    Jean-Philippe Querton et Éric Dejaeger seront au SALON DU LIVRE de ROISIN

    pour présenter La Saga Maigros (Cactus Inébranlable éditions)

    ce dimanche 16 octobre, de 14 à 18 heures

    23 rue Émile Verhaeren - 7387 Roisin

  • Haïku et zen chez le moine Ryokan

    Haïku et zen chez le moine Ryôkan, par Daniel Charneux.

    Le samedi 15 octobre à 11 h 15, au musée de Mariemont, dans le cadre de la journée bouddhique.

    Daniel Charneux "présentera brièvement le genre haïku (origine, caractéristiques : la métrique, le kireji, le kigo).
    Il prendra quelques exemples chez les classiques : Bashō, Buson, Issa.
    Puis il montrera les liens de ce genre avec l’esprit du bouddhisme zen (le satori, l’ainséité, le monisme, l’effacement de l’ego, le koan).
    Il illustrera les relations entre haïku et zen par l’exemple de Ryōkan, moine zen et haïjin réputé."

    http://www.gensheureux.be/site/

  • Le danger des associations de pensée

    C'est beau, une scie, une scie de scieurs de long, une scie qui puissamment, souplement, tranquillement avance dans une bille de bois pesante qu'elle tranche souverainement.

    C'est beau aussi, une poitrine. Très beau. Dedans, dehors. Dedans, plus encore, si magnifiquement utile quand on sait s'en servir, la menant de temps à autre à l'air froid des hautes altitudes où elle prospère et s'éjouit.

    Mais comme c'est misérable, une poitrine sous une scie qui approche imperturbable, comme c'est misérable, surtout si c'est la vôtre, et pourquoi vous être arrêté la pensée sur la scie alors qu'il n'y a que votre corps qui vous intéresse, dont la scie par ce fait approchera fatalement ? Et en une époque de sang comme la nôtre, comment n'irait-elle pas s'y accrocher ? En effet la voilà qui entre, comme chez elle, s'enfonce grâce à ses dents merveilleuses, taillant tranquillement dans la poitrine son sillon qui ne servira à personne, à personne, n'est-ce pas évident ?

    Trop tard maintenant les réflexions de « distraction ». Elle est là. Elle règne dans la place et comme une inconsciente la voilà qui se met à trancher dans votre corps perdu, fatalement perdu à présent.

    Henri MICHAUX

    in Apparitions, 1946.

  • L'art moderne

    « Je ne veux pas te voir », dit le peintre à son modèle. « Juste t’entendre. Ta voix conduira ma main et les traits sur la toile seront le reflet de ton chant. » Le modèle eut une quinte de toux et la toile figura un embrouillamini de lignes et de taches de peinture. Ainsi naquit l’art moderne.  

  • Lavabo

    On la surnommait indifféremment savonnette ou gant de toilette. Accroc au lavabo, dix fois par jour au moins, elle se lavait. Chaque heure, elle passait sous la douche ou trempait dans un bain. La nuit, on la savait sereine, recouverte pour ses rêves de pureté d’une couche de savonnée d’au moins trois centimètres. Sans compter la masse d’étoiles brillantes, un croissant de lune blanc et mille milliards de barils d’antimatière par-dessus. Il faut ce qu’il faut quand on veut rester peau.

  • Philippe Leuckx, lauréat du prix biennal de poésie Emma Martin

    selon.jpg"Remise du Prix Emma Martin de poésie 2010 à Philippe Leuckx pour son livre de poèmes "Selon le fleuve et la lumière" (Ed. Le Coudrier, 2010, 126 p.) par l'Association des Ecrivains Belges, lors de la Rentrée Littéraire du 12 octobre 2011 à 19 heures, au 150 chaussée de Wavre, 1050 Bruxelles.


    Ce prix biennal de poésie (en alternance avec le roman) a récompensé, entre autres, Georges Thinès (1994), Karel Logist (1996), Yves Namur (1998), Gaspard Hons (2000), Philippe Mathy (2002)...
    Le dernier, il y a deux ans, a été remis à Anne Bonhomme pour son livre "Ici Là-bas" (Ed. Le Coudrier, 2008)."

    Voir la fiche du livre sur  le blog des excellentes éditions Le Coudrier:

    http://editions-lecoudrier.blogspot.com/2011/07/philippe-leuck-selon-le-fleuve-et-la.html

  • Barque à Rome de Philippe Mathy: un très beau livre sensible (par Ph. Leuckx)

    9782918220084.gifC'est un signe qui ne trompe guère. Quand on dévore un livre, quand on est poussé, non pour connaître une fin au suspense dérisoire, mais pour aller jusqu'au bout d'une écriture-témoignage, c'est que le livre en est un vrai, avec des atouts supérieurs.

    Je connaissais le titre, puisque, voici huit ans, Pierre Dailly, dans sa belle collection miniature aeiou, avait publié quelques poèmes sous ce titre, tous dédicacés à Jacques Sojcher, poète, philosophe et professeur.

    Pourquoi à Jacques?

    Parce que Jacques et Philippe sont allés en résidence à Rome, à l'Academia Belgica, de concert, en 2002.

    Ainsi donc "BARQUE A ROME", que publie (1) un éditeur parisien, au catalogue mince mais -  ô combien -  d'une haute exigence (y figurent, non seulement Philippe Mathy, qui l'a inauguré avec "Un automne au creux des bras", Véronique Daine, Marc Dugardin, Antoine Valassidis, Philippe Lekeuche...), en ce mois de septembre 2011.

    Et ce n'est plus un livret de poésie qui s'offre à la lecture mais un gros livre de 186 pages! Bel objet d'abord : le poète, à son habitude, a fait appel à un grand plasticien d'aujourd'hui pour accompagner ses poèmes. Cinq oeuvres d'André Ruelle (2) : en couverture, trois pour les parties du livre, une vignette enfin pour clôturer la collaboration fructueuse.

    Ensuite, quelle belle impression! Claire, souple. Invite sûre à la lecture, dense, profonde.

    Beau titre. Beau programme.

    Mathy, par sa culture, par ses goûts, par ses études, a un faible pour la culture latine et la  ville-symbole qui l'illustre.

    Un amour de l'urbs !

    Et pour la mieux représenter - dans ses mouvements, dans sa géologie - comme le dirait Sallenave -, il faut une barque. Celle qui attire, au bas des escaliers de la Trinité des monts, les voyageurs, les touristes. Celle qui mène le poète-voyageur-lettré aux différents coins de la ville.

    Voici donc un livre autour de Rome. Ecrit à Rome. Lors de deux séjours. Selon la méthode des carnets-cahiers. En 1999 et en 2002. Longtemps reposés dans un tiroir. Mis à part, les quelques poètes extraits de la mine de Mathy!

    Et les voilà ces deux cahiers, auxquels le poète a cru bon joindre un ensemble de "notes algériennes" de 1984 : "Le sable et l'olivier", paru avec une lettre-préface du Nobel Le Clézio.(3)

    Nous lirons donc, non seulement des notes "algériennes", mais des "notes romaines", sous-titre qu'il a donné à ce nouveau livre. Le treizième depuis "Promesse d'île".

    Est-ce un livre d'amateur d'art? De poète? De voyageur? De touriste éclairé? De "promeneur amoureux" d'urbs?

    Mathy pourrait se reconnaître dans ces appellations, toujours un peu réductrices!

    C'est un observateur, qui décrit de manière très précise et très fluide ses découvertes. Avec la patience insigne du photographe et celle d'un coeur qui conquiert ses domaines d'élection : les rencontres, nées des hasards des chemins, les toiles aimées, les fontaines, les jardins (Mathy a l'oeil rural et paysager), la faune épiée, et la lumière (ou la pénombre des catacombes), la tombe de Keats, mort à Rome à 26 ans, sous un double parrainage : le Gracq des "sept collines", le Bonnefoy de "1630"...

    Non triple, si l'on y ajoute l'éclairage sans cesse convoqué de l'éruditissime Pascal Quignard (qui n'ignore rien, qui nie cet ignare patronymique par le biais d'une culture époustouflante), ce latiniste de Avre.

    Commençons par les deux cahiers romains. Pleins. Riches. D'églises non visitées en touriste pressé, mais "habitées" (le mot qui revient, le poète se sent habité par l'autre, par le lieu...), de signes, d'humaines présences.

    J'aime par dessus tout les liens subtils que le voyageur en écriture noue entre les trois ensembles de textes, de notes, et ce rythme accordé au "journalier" des activités et des heures, ponctué d'observations précises (ah! ce merle gravissant les escaliers du beau jardin de la via Omero!), de notations disons morales sur l'écriture, sur l'art ( fil rouge des trajets et des séances d'écriture), sur la présence des grands absents que sont tous ceux qui ont foulé l'Urbs avant lui...

    Déambulations fertiles et fécondes au travers de la ville, attente fébrile de ses "visiteuses" du pays, le temps parfois long, la pluie, les moustiques...

    Du "grimpereau", repéré dans un arbre, aux détails historiques et culturels, son pas prélève à la ville des pépites de pur bonheur : ainsi doit-on y voir une ferveur pour chanter les rencontres (l'épisode Maffa, un autre relatif aux Monti Tiburtini..), une passion pout les artistes vivants (son ami plasticien, des sculpteurs découverts...) ou morts. Autres manières que l'écriture de célébrer le réel.

    Avec le surplomb de dix-sept années, moment d'édition du "Sable et de l'olivier", on peut dire que le regard de Mathy n'a pas changé - il s'est nourri, certes, d'autres expériences -, il a gardé la même netteté sensible (comme une pellicule) pour "chanter" le "puits du quotidien" d'où délivrer la soif porteuse. Pour honorer les "visages" et "les pierres", quel que soit le lieu. Sable ou ville, où se sont entassées les splendeurs.

    Voici, à propos d'un très beau livre, mes notes brainoises.

    (1) Editions de L'Herbe qui tremble, Paris, 2011, 15 euros.

    (2) Professeur titulaire de l'Atelier de peinture à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles.

    (3) Ed. La Valise est dans l'atelier, Mons, 1984.

    Philippe Leuckx

  • Alan Turing, l'homme qui a inspiré la pomme d'Apple?

    41ue69ag5eL._SL500_AA300_.jpgMa note de lecture de la biographie d'Alan Turing par Laurent Lemire chez Hachettes Littératures

    sur Espèces de Maths

    http://especesdemaths.skynetblogs.be/archive/2011/10/06/alan-turing-l-homme-qui-a-inspire-la-pomme-d-apple.html

  • LA SAGA MAIGROS sur VIVACITÉ

    135495105.jpgVendredi 7 octobre, Éric Dejaeger (l'auteur) et Jean-Philippe Querton (l'éditeur) seront les invités de l'émission Aller-retour sur Vivacité à 17 h 35.

    A écouter sur 92.3 Mhz ou en ligne ici:

    http://www.vivacite.be/index.htm

    Des premiers échos élogieux suite à la parution du bouquin:

    San-Antonio : "Le livre que Frédéric Dard n'a pas osé écrire."
    ... A. Nothomb : "Comment est-il possible d'écrire 220 pages sans un seul subjonctif imparfait ? Une horreur !"
    J.B. Pouy : "Dejaeger réinvente totalement l'art de l'intrigue policière. Chapeau !"
    G. Musso : "Il n'y a pas photo : c'est moi qui serai élu à l’Académie française, pas lui."
    G. Simenon : "Maigros est un personnage hors norme, même s'il se situe aux antipodes de mon commissaire Maigret."

    Avis à celles et ceux qui sont pressé(e)s de lire La saga Maigros, le livre est en vente à l'Écrivain Public à La Louvière, ainsi qu'à la librairie Scientia à Mons et à la librairie Molière de Charleroi.

    Pour les autres, on peut le commander via l'adresse mail: cactus.inebranlable@gmail.com

    Le livre est vendu au prix de 15 euros (frais d'envoi gratuit pour la Belgique durant le mois d'octobre)

    Pour commander chez l'éditeur:

    http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

    ou chez l'auteur:

    http://courttoujours.hautetfort.com/

  • Les vieux prénoms

    images?q=tbn:ANd9GcR80ciP-HqBaCPLWuFZC04Jw3BT7Y7mn0Fjr8GJao2xn0HQ8wMS9AL’autre jour, j’ai appelé Brigitte ma femme qui se prénomme Sylvie. Une confusion qui date de l’enfance où, je ne sais pourquoi, je confondais Vartan et Bardot. Pour  mon épouse qui est d'une autre génération que moi, B.B. est une actrice bidon et l'interprète de Da dou ron ron, tricarde. N’empêche, elle m’a répondu : Tu dis quoi, Pierre ? Alors que je m’appelle Jean. Elle a rétorqué qu’elle a toujours confondu, elle se demande pourquoi, Ferrat et Perret.

  • L'amour du chocolat

    b8f540cc.jpgIl aimait le chocolat, tout ce qui était en chocolat. Son mobilier, télé, pc, téléphone portable compris, était en chocolat. De même que sa femme, ses meilleurs amis, ses enfants. Ce qui faisait dire aux esprits chagrins (il y en a toujours) qu’il aimait davantage le chocolat que les gens, que si ceux-ci n’avaient pas été en chocolat, il les aurait aimés beaucoup moins. Il reconnaissait la vérité sur ce point. Il ne pouvait pas approcher un de ses proches sans lui grignoter un doigt, un téton, un appendice ou simplement lui lécher les parties bombées. De fait, les gens qu’il aimait en étaient amoindris. Mais il savait se retenir, pour leur bien, la preuve qu’il n’était pas le monstre avide de chocolat que certains disaient, ceux qui n’aiment, les pauvres, que la guimauve ou la réglisse.

  • Le temps de la repentance, par Denis Billamboz

    Le temps de la repentance

    Au moment où la repentance est un sujet très en vogue, j’ai eu envie de mettre en parallèle le livre d’Ibrahima Ly que je présente ci-dessous, et le célèbre « La case de l’Oncle Tom » que j’ai lu il n’y a pas si longtemps pour réparer une erreur de jeunesse qui m’avait toujours fait éviter cette œuvre. A la lecture d’Ibrahima Ly, j’ai effectivement pensé que le moment était peut-être venu de voir l’esclavage dans son ensemble, présenté par un Africain noir qui ne peut donc être soupçonné de compromission, et une esclave elle-même qui a connu ce triste sort en Amérique. Et, après ces deux lectures, il faudra bien admettre que l’esclavage, dans toute son horreur, n’a pas commencé à Gorée et que les esclaves ne sont pas arrivés tous seuls dans cette île maudite. Mais, ce sujet est encore tabou et il faut laisser la parole aux victimes et à leurs descendants afin qu’elles puissent apporter leur contribution au débat.

     

    51N9S1NV2XL._SL500_AA300_.jpgLa case de l’Oncle Tom

    Harriet Beecher-Stowe (1811 – 1896)

    Pour réparer un oubli de jeunesse, je me suis lancé dans « La case de l’oncle Tom » ! Une certaine amie m’avait averti : « tu verras c’est un peu niais !» C’est vrai cette littérature est pathétique comme un livret d’opéra italien dont elle a la finesse et la subtilité. C’est « bouldume » comme on disait dans ma jeunesse ! Mais une lecture plus attentive permet de constater qu’Harriet Beecher-Stowe soulève aussi des problèmes plus profonds qui seront prétextes à de nombreux débats ultérieurs.

    Ainsi, elle évoque le problème de l’âme des Noirs qui nous ramène à la célèbre « Dispute de Valladolid » et pose la question de leur éducation civile et religieuse qui est la clé de leur émancipation et de leur intégration. Ce thème nous renvoie évidemment à toutes les lectures sur la décolonisation. En corollaire à cette dispute, elle nous adresse aussi un message sur la culpabilité des Blancs et sur la justification qu’ils donnent à leur attitude. « Tant que vos illustres parents en achèteront,…, je pourrai bien en vendre ! » Qui créé le marché ? Celui qui achète ou celui qui vend ? Mais les Blancs ne sont pas tous coupables, il y a, comme chez Marek Halter, des « justes ». Ce problème traité avec un réel manichéisme met déjà en évidence les oppositions très tranchées qui portent les ferments de la Guerre de Sécession.

    Ce roman soulève aussi la question du rapport de l’esclave au maître et du maître à l’esclave qui se manifestent sous différentes formes. L’attachement au maître qui peut aller jusqu’à la dévotion quand celui-ci est bon. Mais quand il est mauvais, qu’il ne sait pas user de la carotte et qu’il utilise le bâton sans considération, la soumission, l’acceptation de la douleur, la fatalité peuvent conduire la brutalité à l’impuissance et même remettre en cause les fondements même des principes du « dressage ». Et, l’auteure n’hésite pas à mener son héros sur le sentier de la sainteté pour sauver tous les Noirs mais surtout les Blancs qui ont péché en infligeant le martyr.

    L’ouvrage montre aussi que comme les empereurs romains et les sultans ottomans, les Blancs ont bien su utiliser les esclaves pour leurs qualités dans la gestion des plantations mais n’ont jamais accepté de reconnaître leur talent pour ne pas les considérer comme des égaux. Même une certaine forme de reconnaissance a souvent été plus le fait d’un paternalisme condescendant tout aussi dégradant que certains traitements plus virils.

    Harriet Beecher-Stowe a ouvert des portes pour ceux qui voulaient en finir avec ce problème déshonorant et pour ceux qui voulaient témoigner à travers la littérature comme Ernest J Gaines, Edwidge Danticat, Caryl Philip et d’autres ou se lamenter sur la misère des Noirs dans les vieux blues. Et on croirait, en lisant ce livre, entendre Ray Charles chanter « Old man River » à la mémoire du vieux Tom décédé sur les bords de la Red River Valley.

     

    images?q=tbn:ANd9GcRf0m-IM91bZNzKTUXtOBFYV6eTaSy4A8ai7RFpFzJr-uwQbelGLes noctuelles vivent de larmes

    Ibrahima Ly (1936 – 1999)

    « L’homme en fait n’est ni beau ni vilain, il est seulement riche ou pauvre, faible ou puissant. » Pour illustrer ce constat qui pourrait s’appliquer à la société africaine de la fin du XX° siècle, Ibrahima Ly raconte l’histoire de Niélé, enlevée et vendue comme esclave, de Solo, sa petite-fille, délaissée par tous parce qu’elle est pauvre et attire la malchance et enfin de Haady, jeune cadre intègre, en butte à une société  qui considère la corruption comme moyen de promotion sociale.

    Niélé, jeune épouse, d’un chef noir aux confins d’un pays qui n’est pas encore le Mali, trop près de la frontière pour être en sécurité dans cette fin du XIX° siècle, est enlevée avec son fils par un chasseur d’esclaves qui la vend à un marchand qui en fait le commerce avec les Arabes et les chrétiens. Niélé et son fils sont dressés, animalisés et même castré pour le fils, pour être vendus, comme du bétail, sur l’un des plus importants marchés de la région. L’acquéreur conduit son troupeau à travers le désert, en un long chemin de douleur et de souffrance, pour rejoindre les côtes et l’île de Gorée où les chrétiens attendent la marchandise pour l’emmener au-delà des mers. La mésaventure de Niélé permet de mettre en scène toute la mécanique de l’esclavage qui peut se résumer en quelques mots.  Les chefs noirs qui ont besoin de beaucoup d’argent pour affirmer et asseoir leur pouvoir, vendent leur sujets qu’ils trouvent parmi les enfants d’esclaves, les paysans ruinés ou qu’on a sciemment ruinés, les femmes et les enfants qu’on a cédés contre une avance en attendant la prochaine récolte tout aussi aléatoire que celle qui a fait défaut. Les acquéreurs sont de riches musulmans qui pratiquent la traite comme activité principale et fournissent les princes arabes et les chrétiens de la côte. Donc avant d’être une marchandise dans le fameux commerce triangulaire de l’Atlantique, les esclaves sont déjà l’objet du négoce africain. Et l’auteur fait dire à un marchand musulman : « Dans nos marchés, tous les vendeurs d’esclaves sont musulmans. Les chrétiens attendent sur la côte. Les chefs animistes, pour la plupart, sont nos pourvoyeurs à nous. Les religions organisent une sorte de course de relais. »

    Dans une seconde histoire, Ly raconte comment Solo, petite-fille de Niélé, accablée par la malchance et la maladie, est repoussée par tous car la pauvreté est une tare qui peut porter la poisse à ceux qui seraient à son contact. «La pauvreté ne saurait être une vertu. Tout pauvre est un incapable. » Et, pour illustrer cette maxime, l’auteur met en scène un jeune diplômé revenu d’Europe où il a acquis savoir et convictions, qui veut sortir son pays de la misère en imposant rigueur, travail et honnêteté mais qui se heurte à la tradition qui n’admet pas qu’un homme important ne soit pas assez riche pour faire reluire les siens. « L’Etat n’est qu’un puits, et le diplôme, l’outre qui permet d’y puiser l’eau pour remplir le canari familial. »

    Trois histoires pleines de tristesse, de fatalité, de désespoir pour montrer qu’en un siècle, le livre a été publié en 1988, l’Afrique a considérablement régressé et qu’au lieu de suivre le chemin des autres nations, elle est restée dans son ornière originelle et qu’elle n’a plus guère de solutions pour  sortir de ce mauvais pas. L’esclavage n’a pas disparu des mentalités, il est encore bien présent dans la société africaine où les puissants sont ceux qui possèdent et règnent sur les plus démunis de la même manière que les grands chefs noirs régnaient sur leurs sujets. Certes, ce livre permet de mettre en évidence l’ampleur dramatique de ce phénomène africain avant tout, et avant de devenir transatlantique, et pose la question de l’acceptation du statut d’esclave car il apparait, dans cette lecture, que les esclaves se résignent passivement à leur sort et l’accepte même assez facilement pour sauver leur vie. On a l’impression que la mécanique de l’esclavage fait partie du fonctionnement de la société et que tout le monde y trouve son compte. Cette société n’est pas une société de l’être mais une société de l’avoir et du paraître qui plonge ses racines au tréfonds du monde animiste. En effet, la nudité est le fait des animaux et ceux qui n’ont rien errent nus, ou presque, et s’en rapprochent au plus près, ainsi l’esclave est un animal, on le dénude. Donc, pour s’éloigner de la bête le plus possible, il faut posséder pour se couvrir et se parer et celui qui possède beaucoup peut parader car il est très loin de l’animal et peut même devenir le chef respecté. Et, tous les petits dictateurs africains s’en souviennent encore même si ce n’est qu’implicitement.

    La corruption parait ainsi comme un vulgaire moyen de s’éloigner du règne animal et d’accéder à une certaine forme de reconnaissance qui confère, elle aussi, respectabilité et pouvoir à ceux qui le méritent. De cette façon, l’argent a pris la place du sacré et remplace qualité et vertu avec tous les vices que cela comporte. Cet appétit du gain, de ce qui brille et qui n’est pas forcément de l’or, met aussi en exergue ce qui pourrait être à l’origine de tous les trafics que l’Afrique connait encore aujourd’hui. En effet, l’esclave était souvent troqué contre des babioles sans aucune valeur qui n’apportaient aucun confort supplémentaire dans ces pays vidés de leurs éléments les plus dynamiques mais conféraient une sorte de notoriété et de prestige à ceux qui les possédaient.

    Enfin, Ly pose implicitement le problème de la négritude, cette négritude que nombre d’Africains acceptent mal en se faisant blanchir par tous les moyens. Le noir était déjà la couleur de l’esclave face à son marchand arabe ou à son propriétaire blanc. Paradoxalement le refus de la négritude s’accompagne par un attachement viscéral à une tradition qui ne perpétue que les vices du système. « Ici se sont des idées surannées qui sont déifiées, et tout le monde est à genoux pour mériter la baraka, à force de génuflexions et de marche à quatre pattes. » Le Noir parodie le Blanc pour grimper l’échelle sociale et perd ses valeurs réelles qui pourraient permettre à l’Afrique de sortir de son ornière. Ly ne nie en rien les méfaits des Blancs en Afrique mais invite d’abord les Africains à se prendre en charge et à ne pas se contenter de se plaindre tout en se vautrant dans la corruption et la facilité sous les flatteries des griots des temps modernes.

    Alors l’Afrique est devant ce choix qui sépare deux amis :

    « Ma spécificité, tant clamée, doit s’épanouir dans mon œuvre et non pas me figer dans un cul-de-sac putride. »

    Denis Billamboz

  • Marché du livre de Mariemont

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     La 8ème édition se tient au Musée Royal de Mariemont du vendredi 30 septembre au dimanche 2 octobre 2011.

    http://marchedulivre.org/presentation.html

    Présence (entre autres) de:

    Esperluète Editions

    Le Service du Livre Luxembourgeois

    Le Taillis Prés Editions

    Le Tétras Lyre

    Les Carnets du Dessert de Lune (voir leur nouveau site):

    http://www.dessertdelune.be/

    SAMEDI 1ER OCTOBRE à 17h
    Pascal Blondiau s'entretiendra avec Patrick Devaux à propos de son roman "Les Mouettes d'Ostende" et avec Yves Budin pour son album "Visions de Kerouac" pour les Carnets du Dessert de Lune.

    DIMANCHE 2 OCTOBRE de 11h à 12 h

    Podium poétique animé par Jean-Luc Wauthier autour de l’anthologie "Piqués des vers !"

    Dans cette anthologie parue chez Espace Nord, Colette Nys-Mazure et Christian Libens ont réuni leurs « 300 coups de coeur poétiques ».

    Lectures de plusieurs poètes présents dans cette anthologie : Jean-Michel Aubevert, Jean-Marie Corbusier, Alain Dantinne, Philippe Leuckx, Philippe Mathy, Colette Nys-Mazure, Michel Voiturier et Véronique Wautier.