2012 Centenaire d'ANTONIONI

images?q=tbn:ANd9GcSrUEZnlGyDQBpEwZdHbpgLA_iSxnX8rot3rBkoEkt-3zbT1Wgppar Philippe Leuckx

Formé à l'école du réalisme poétique, Michelangelo Antonioni a gardé de son expérience d'assistanat pour Carné le sens inouï d'un réel à   scruter au-delà des contingences jusqu'à rendre tangible le moindre mouvement d'un corps, d'un coeur.

Rompu à l'apprentissage néo-réaliste des grandes années (1942-1948), dont il fut sans doute avec Visconti l'un des précurseurs, GENTE DEL PO étant l'exact contemporain de OSSESSIONE, Antonioni flaire et restitue le réel. Il y a chez ce maître de l'approche tactile, féline, tout en douceur, la volonté de montrer ce que la pauvre habitude du cinéma de consommation courante a négligé, occulté derrière sa masse de poncifs. Michelangelo inaugure en1950 une nouvelle forme de cinéma. CRONACA DI UN AMORE porte bien son titre. La chronique, le cinéaste va sans cesse l'explorer, dans des strates de la société italienne. Est-ce l'heure de"chroniquer" cette bourgeoisie turinoise ou milanaise, alors que les réalités sociales du temps sont chômage, restriction...? A trente-huit ans, le maître consigne déjà ses territoires. Il faut, selon lui, forer dans l'âme humaine, inaugurer un cinéma du sentiment. Dès 1950, ce cinématographe-là signe déjà l'ère de sa modernité.

Or, rien n'est plus fluctuant et fragile que cette exploration lente, incisive.

A celles et ceux qui depuis toujours ont suivi fidèlement l'oeuvre - de 1950 à 2004 -, faut-il rappeler que le parcours du cinéaste ferrarais a été semé des pires contraintes? Que de projets mûris et cependant abandonnés, faute aux producteurs le plus souvent! Combien d'histoires dont ces derniers nous ont privés! Je pense surtout à TECHNIQUEMENT DOUCE, dont il faut relire, comme seule trace, l'intense scénario. Je pense aux récits de "QUEL BOWLING SUR LE TIBRE".


 

Le cinéma d'Antonioni?  Ce sont d'emblée des images inoubliables, parce que composées par le génie d'un véritable imagier au sens le plus noble du terme: le cinéma n'est pas roman mais fluidité d'images puisées au réel et recomposées choralement ( à l'aide de sons, de visages, de paroles, de mouvements). On l'oublie trop souvent, pour ne songer qu'à l'aspect littéraire, forcément littéraire des histoires à raconter. Rien n'est plus étranger à l'auteur de L'AVVENTURA que cette redevance romanesque.

Antonioni redéfinit le cinématographe, en filtrant le réel, en épuisant la durée, en relayant par celle-ci la multiplicité du réel à découvrir.

Images d'une direction d'acteur impeccable : n'ont jamais été meilleurs les Ferzetti,  Maria Schneider, Daniela Silverio, Christine Boisson, Tomas Millian, Sophie Marceau...

Images d'une féline Furneaux, d'une Rossi-Drago discrète et sensible, d'une Valentina Cortese dans l'univers pavésien des Amiche.

Images de la blondeur de la Vitti, dont on ne dira jamais assez l'intelligente beauté du moindre geste, les inflexions d'une voix sensible jusqu'au tourment.

Images d'un bateau qui défile lentement, traversant la fenêtre d'une cabane du DESERTO ROSSO.



 

Images des rencontres insolites - hasard, imprévu de la vie, concours de circonstances - de LA NOTTE, de BLOW UP...comme la vie en déroule.

Toute la partie espagnole de PROFESSION REPORTER serait à mentionner tant le cinéaste relaie frémissants le blanc crayeux des canicules, les ombres des arènes, des places, les attentes estivales, le chaud des riens explorés, un mur, une fenêtre grillagée...

Tout IDENTIFICAZIONE DI UNA DONNA !

Et que dire de l'épisode ferrarais de PAR-DELA LES NUAGES? L'hôtel, la chambre, la séquence d'amour tissée d'une lumière chaude.

Les images antonioniennes tremblent, rayonnent, quoique d'une netteté photographique éblouissante. Paradoxe? Non.

Il faut cadrer ainsi le réel pour mieux le scruter.

L'oeil du spectateur est ainsi enjoint à suspendre le plan, c'est-à-dire le réel.






 

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