• Au vent des îles

    images?q=tbn:ANd9GcQ8ZQRh5vCHHCb0oOMtYL07fF9qsYa379z4wfNeuWrnBJVWnBxm1wAU VENT DES ÎLES 

    par Denis BILLAMBOZ

    J’ai intitulé cette publication du nom de cette sympathique maison d’édition qui publie de si jolis textes en provenance du Pacifique. Lors du dernier Salon du Livre de Paris qui consacrait une large place à la littérature de l’Océanie, j’ai eu l’occasion d’acheter quelques livres polynésiens, néo-calédoniens et même vanuatais, dont les deux titres qui figurent ci-dessous et qui m’ont vraiment enchanté. C’était une grand découverte pour moi, cette littérature surgit directement de l’oralité,  même si Chantal T. Sptiz que j’ai rencontrée, a quelques européens dans son arbre généalogique. On a l’impression que les auteurs de cette partie du monde ont acquis les langues écrites sans que leur culture soit encombrée par des langages, dialectes, idiomes, … écrits sommairement et clarifiés au fil du temps. Ils ont acquis directement une langue élaborée, le français ou l’anglais le plus souvent. Ceux qui lisent régulièrement ce blog ont déjà pu lire les quelques lignes que j’ai confiées à Eric dans l’interview qu’il m’a proposée récemment, ils ont pu y découvrir tout le bien que je pense de cette littérature des îles du Pacifique.

     

    images?q=tbn:ANd9GcQyjNKmJ7CNVH8ivkDq-APLKkeOmPEvdRIymm01hBI446DhpFXhEwL’île des rêves écrasés

    Chantal T. Spitz (1954 - ….)

    « Ils arriveront sur un bateau sans balancier, ces enfants, branches nées du même tronc, qui nous a donné la vie. Leur corps sera différent du nôtre, mais ils seront nos frères, pousses du tronc unique. Ils s’approprieront notre Terre, renversant l’ordre que nous avons établi, et les oiseaux sacrés de la mer et de la terre viendront se lamenter. »

    Sur l’île de Ruahine (Huahine), sur les rives du lac Fauna Nui, Tematua, fier garçon mà’ohi, voit le jour assez tôt pour être un jeune gaillard plein de vitalité quand les blancs viennent chercher de bons soldats pour défendre la mère-patrie, là-bas, si loin, qu’on ne peut même pas imaginer où c’est, ni comment c’est. Et encore moins, pour quoi se battre et contre qui.

    Tamatua revient de cette dangereuse expédition avec, au cœur, les stigmates de ce qu’il a vu, subi, et supporté, et, un jour, il rencontra la belle Emere, Emily selon son père seulement, filles de Toofa une jolie polynésienne qui est tombée amoureuse d’un richissime Anglais qui ne peut pas l’épouser, race oblige, mais qui lui a donné cette ravissante fille que sa mère élèvera seule, refusant de devenir une maîtresse officielle.

    La mère a transgressé la loi du peuple, elle a aimé l’envahisseur, le Blanc, la fille perpétuera la transgression en vivant, sans mariage, avec un garçon aborigène et pauvre alors que sa mère rêvait d’une carrière brillante à la mode européenne pour sa fille adorée. Les deux jeunes gens s’installent sur un ilot, acheté par le richissime père anglais pour sa fille, proche du lieu de naissance de Tematua. Le couple vivra, là, une vie d’amour ponctuée par la naissance de trois enfants : Terii, jeune homme intelligent qui fera des études en métropole mais reviendra sur l’île pour retrouver ses racines dans les fouilles archéologiques de Maeva qu’il dirigera ; Eritapeta, fille aux apparences européennes, qui refusera de croire à l’amour de celui que son cœur lui a désigné et qui, « belle intelligente, dérivera dans la longue nuit sans étoile que sera sa vie » ; et, Tetiare, l’auteur, la petite dernière, plus débrouillarde qu’intellectuelle qui partira à la dérive avec des groupes révolutionnaires mais trouvera un sens à sa vie quand les Blancs voleront la terre de ses ancêtres.

    L’amour qui sert de fil rouge à cette saga familiale sera encore le lien qui reliera le fils aîné à Laura, l’ingénieur français, qui dirige les travaux de la base de lancement de missiles que le gouvernement du Général-président a décidé d’implanter sur l’ilot de ses parents. Encore une transgression, encore un amour impossible.

    « Vous n’aviez pas de passé

    Vous n’aviez pas de présent

    Il ne vous restait qu’un maintenant. »

    Les amants vont essayer de vivre ce maintenant malgré la lutte puérile et futile que la famille va entreprendre pour conserver ses terres.

    Ce livre est tout d’abord, pour moi, un très grand livre d’amour car à chaque génération, l’amour, malgré la transgression, triomphe toujours des obstacles les plus difficiles même si cet amour n’est que temporel et qu’il ne peut pas durer, le syncrétisme entre les cultures est impossible car :

    « Les racines de l’Amour finissent par mourir

    Sans les racines de la Terre. »

    Et, Chantal Spitz parle de l’Amour (avec un grand A, toujours) comme plus personne ne sait en parler depuis un bon bout de temps. Chez elle, l’Amour est absolu et exclut tout autre sentiment, on ne badine pas avec cet amour là, on le vit tant qu’il dure.

    Mais, son livre est aussi un farouche plaidoyer pour la défense de l’identité et de la culture polynésiennes. Le métissage n’est qu’une calamité supplémentaire apportée par les Blancs dans leurs bagages plein de vices inconnus avant leur arrivée. « Profit, envie, pauvreté, délinquance, prostitution, pollution, exploitation. Ils (les Ma’ohis) ne sont pas faits pour un monde empli de ces mots. » Le métis est encore pire que le Blanc car le Blanc vit selon sa culture et sa terre. La terre est une notion fondamentale dans ce livre, comme dans la mythologie locale, elle est une véritable terre-mère au sens chthonien du terme. Elle définit les êtres qui sont ses enfants. On ne peut donc pas trahir sa terre, il faut y revenir toujours et, surtout, ne pas la violer en la cédant.

    Et même si Toofa, la mère d’Emere, a rêvé que sa fille conjuguerait l’intelligence des Blancs et le rêve des Ma’ohis, l’intelligence de l’esprit et l’intelligence du cœur, cette vision est restée celle de l’esprit car elle n’est pas possible, une fêlure sépare les peuples qui ne leur permet pas de mélanger leur culture. Ils ne sont pas de la même terre.

    Ce livre participe aussi de la lutte pour la défense de la tradition polynésienne, il est le premier roman tahitien écrit par un Polynésien et contribue, ainsi, très largement, à la diffusion de cette culture encore trop méconnue. C’est une véritable ode à ce peule, à sa terre et à sa culture.

    J’ai beaucoup aimé ce livre où la poésie vient supplanter la prose quand elle est insuffisante pour transcrire les sentiments ou l’expression de l’âme polynésienne, où la plume de Chantal Spitz génère aussi bien les plus douces caresses de l’amour que les sanctions les plus virulentes pour défendre sa terre, son peuple, ses mœurs. Elle écrit comme personne d’autres, c’est un style, une âme, une main qui vous emmène sur le chemin de la sérénité, de l’humilité, de l’humanité. Et, même si ce livre me pose un réel problème, il prône ostensiblement une différence entre les races, un droit du sol qui a pour corollaire le rejet des étrangers quel que soit le pays où ils séjournent, une impossibilité de conjuguer les cultures et un refus total du métissage, il fascine par son magnétisme auquel j’ai succombé.

     « L’amour est né et il faut le vivre avant qu’il devienne douleur. »

     

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    Vairaumati no Ra’iatea ( ? - ….)

    « … et rien ne comptait que les arts. »

    Vahinetua avait l’âge des premiers tatouages quand elle a vu pour la première fois les Arioi débarquer sur son île, Maupiti, qui n’appartenait pas encore aux Iles de la Société mais était encore une des Iles de la Grande Alliance. C’était à l’époque où Pomaré I° était roi de Tahiti et gouvernait l’archipel avec l’appui des Britanniques.

    Les Arioi constituaient une caste qui était une sorte de troupe de saltimbanques, ils dansaient, chantaient, jouaient la comédie, …., dans les grandes occasions de la vie locale, se déplaçant dans toutes les îles de l’archipel. Ils étaient vénérés et adulés par les populations qui les nourrissaient. Vahinetua assiste ainsi au débarquement, en grande pompe, de cette troupe sur son îlot natal et elle est éblouie par la beauté des artistes, le chatoiement des parures et l’élégance des danses. Et, comme une jeune fille se blesse, le maître de la troupe lui demande de la remplacer au pied levé, ce qu’elle fait si brillamment que celui-ci lui propose d’intégrer la troupe pour devenir un jour une Airoi. Elle quitte donc son île, à la grande fierté de ses parents, pour intégrer cette caste prestigieuse.

    Elle gravit alors très rapidement les échelons de la troupe et devient vite la préférée du maître mais, un jour, elle commet l’irréparable avec un jeune homme qu’elle aime et refuse de procéder au crime rituel que sa situation exige. Sa vie devient alors très précaire, elle est sauvée, ainsi que sa petite fille, par une vieille femme qui la protège de ceux qui lui veulent du mal, … selon les dire de celle-ci…

    Dans ce texte brillant, poétique, ciselé dans une langue belle, hélas par trop encombrée de termes  polynésiens qui rompent le rythme de la lecture des non-initiés et en altèrent le charme et c’est bien dommage, Vairaumati cherche à redonner vie à cette caste, si prestigieuse, qui a été éradiquée au XIX° siècle par les missionnaires. Aujourd’hui, nous ne savons que très peu de choses de ces saltimbanques des îles du sud mais l’auteur, à travers ce petit roman, relie directement leur histoire à la mythologie et à la légende fondatrice de la culture polynésienne.

    Même si Vairaumati, femme très secrète qui porte le nom de l’île où elle habite désormais, a trempé sa plume dans le monoï, elle n’hésite pas à dénoncer tout ce qui a altéré définitivement sa culture originelle : une société très hiérarchisée aux mœurs barbares et sans pitié pour les mal nés, les Blancs, notamment les missionnaires, qui ont détruit nombre de pratiques ancestrales, les ari’i, les princes qui ont pactisé avec les Blancs pour s’arroger un pouvoir absolu en échange de la suppression de mœurs et coutumes jugées trop paganiques. Et, finalement en voulant faire revivre les arioi, c’est tout  une culture telle qu’elle existait avant que les rois de Tahiti, alliés aux blancs, ne l’altèrent à jamais, que l’auteur voudrait nous transmettre afin qu’elle ne se perde pas dans la nuit de temps.

    Le maître de la troupe « nous disait toujours que nous sommes le peuple de la parole » et moi, je reste émerveillé devant ces gens qui ont merveilleusement su transformer la parole en écrit. Serait-ce la proximité de l’oralité qui aurait permis de conserver une grande pureté de la langue écrite et une si charmante musique dans les textes ?  D.B.

  • Le buzz

    En s'habillant uniquement de ses livres, cet écrivain avait réussi à attirer l’attention du public, à créer le buzz. D’autant plus qu’il n’en avait publié aucun.  

  • L'eau qui bout

    L’eau qui bout, à des fins heureuses (pour accueillir un sachet de thé, une patate douce, un légume nu) ou funestes (pour ébouillanter, napper de feu, chauffer les tympans) s’exprime au maximum de ses possibilités. Elle ne peut aller au-delà de son effort, au risque de se désagréger, de perdre en puissance et en volume. Si elle appelle, si elle crie ainsi, c’est pour qu’on la délivre d’une agonie qui prend momentanément la forme d’une petite mort.   

  • A voix autres avec Eric Allard - Alain Dartevelle - Michel Lambert

    e40f695fe6.jpgArnaud Defrère vous présentera les auteurs invités : Eric Allard (Penchants retors, Ed. Gros Textes et Corbeaux brûlés, Ed. Du Cygne), Alain Dartevelle (Amours sanglantes, Ed. L’Âge d’homme) Narconews, Ed Murmure des Soirs) et Michel Lambert (Dieu s’amuse, Ed. Pierre Guillaume de Roux) tous trois nouvellistes. La lecture sera assumée à deux voix, par les comédiens Catherine Cornil et Rodrigue Yao Norman.
    Présentation entrecoupée de musique baroque : la Partita n°2 pour violon seul de js Bach, interprétée par Eveleine Cobut.

     

    http://www.quefaire.be/les-nuits-encre-a-voix-328077.shtml

     

    Tout le programme des Nuits d'encre 2012
     

     

    http://www.poleculturel.be/fr/litterature/

     

    L'article de La Dernière heure: 70 auteurs dont 38 invités

     

    http://www.dhnet.be/regions/brabant-wallon/article/386065/70-auteurs-dont-38-invites.html

     

    LieuBibliothèque publique du Douaire à Ottignies

    AdresseAvenue des Combattants, 21340 Ottignies

    Date: Jeudi 29 mars à 20:30


  • Le Microbe de printemps est arrivé!

    331976424.jpgAu sommaire du MICROBE 70

    Illustrations de Martine Zimmer
    Textes de
    P
    ierre Anselmet
    Y
    ve Bressande
    É
    ric Dejaeger
    G
    uillaume Decourt
    F
    abrice Farre
    J
    ean-Paul Gavard-Perret

    Jean-Philippe Goosens
    F
    rédérick Houdaer
    D
    iane Meunier
    Minicrobe 33 Guiot.jpg
    Jean-Jacques Nuel
    M
    organ Riet
    T
    hierry Radière
    T
    hierry Roquet
    S
    alvatore Sanfilippo
    G
    uillaume Siaudeau

    Les abonnés le recevront dans quelques jours.

    Les abonnés « + » recevront également le 33e mi(ni)crobe signé Paul Guiot : MAIS QUI SONT-ILS ?

    Pour vous abonner, contacter Éric Dejaeger via son blog

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  • L'écrivain fétiche

    Vous ne supportez plus votre écrivain fétiche. Il laisse traîner ses phrases partout, il vous colle au cerveau, il vous tape sur les nerfs. Ses écrits vous lassent, il ne soigne plus son style, il oublie la ponctuation, il ne pense plus qu’au tirage de ses livres, il humilie ses éditeurs, a des idées sur tout et de moins en moins de bons mots pour les exprimer... Essayez l’apprenti-écrivain ! Généralement jeune, plein d’entrain, humble, en quête d’éditeur (le premier sera le bon), il chiade ses phrases, les compare à celles de ses idoles et, par-dessus tout, il est respectueux du moindre lecteur (le premier sera le bon). Certes, avec de la chance, de l’entregent ou du talent, parfois les trois, il fera son chemin, deviendra comme votre vieil écrivain : hautain, râleur, plein de tics d’écriture et jamais content. Un écrivain comme les autres. Mais il vous aura donné du plaisir, et que veut d’autre le bon lectorat. 

  • HOMMAGE A SALLENAVE, qui sera reçue jeudi prochain, 29 mars 2012, à l’Académie française

    images?q=tbn:ANd9GcRTXlMzgsSLy7n9sf_i0xby-k7Zo1r0PrFDYkt46a5wZ53GC1zmmAPar Philippe Leuckx

    Romancière, nouvelliste, essayiste, Danièle Sallenave, née à Angers, a enseigné la littérature et la photographie (un photopoche consacré à Kertesz) à Paris-Nanterre. Elle a aussi traduit quelques auteurs italiens : Pasolini, Calvino et Calasso.

    Autant reconnue par ses fictions que par ses essais.images?q=tbn:ANd9GcQMg3uq-Rje8O6VjxavThJg9sMyYp0MuRomH31WbxJmlb2K3lcD

    Avant d'évoquer ce 26e livre de l'écrivain, rappelons quelques titres : "Les Portes de Gubbio" (Prix Renaudot 1980), ""Un printemps froid", ""La vie fantôme", "Rome", "Le don des morts", "Les trois minutes du diable", "Viol", "D'amour", "Castor de guerre" (un essai époustouflant de subtilité sur Simone de Beauvoir)...

    "Nous on n'aime pas lire" (1)  relate une expérience pédagogie de l'auteur à Toulon, lors d'une "résidence d'écrivain". Sallenave a, à cette occasion, rencontré deux classes de 3e pour nouer un projet en trois étapes.

    Le livre, fruit de ce travail, a paru en 2009 et concerne l'année scolaire 2007-2008.

    Disons-le d'emblée. Voici, non un essai pédagogique, théorique, didactique, mais un livre d'écrivain et de professeur.

    L'écrivain en collège, c'est peut-être devenu une mode. Sallenave s'en défend. Dès l'entame, elle avoue sa réticence. Et puis, réflexion redoublée, saisit l'opportunité.

    Elle va donc à Toulon, à trois reprises, dans un collège du quartier de la Marquisanne. Qu'elle décrit, en l'approchant, avec l'oeil de l'écrivain et de la spécialiste de la photographie. L'environnement, les barres d'où proviennent les élèves, beurs pour la plupart. Un travail ethnographique qui cerne la ville, sa pollution, le port, les achélèmes, enfin, le Collège, "son" collège, puisque le possessif revient comme une antienne.

    Cet oeil voit tout : le beau, les plantes vertes, le confort assuré de l'établissement, la peinture fraîche...Le Centre de Documentation,  confortable aussi... L'écrivain sent tout : la violence contenue toujours près d'éclater, la séparation des sexes, on est pourtant dans un collège mixte, l'absence de mixité sociale, la bonne volonté des professeurs et de la direction, les doutes, la volonté aussi assignée à elle-même de ne pas céder aux préjugés, aux clichés de toutes sortes (cf. épisode du tag).

    Et l'expérience se met en place. Après l'oeil qui a tout vu, tout senti, le coeur apprivoise. Un coeur serein d'un professeur, qui a longtemps travaillé dans l'enseignement supérieur, mais qui, ici, éprouve pour la première fois le contact avec des élèves bien plus jeunes, bien plus démunis...

    Loin des discours démagogiques, à l'oeuvre très souvent lorsqu'on évoque collège à difficulté, population d'origine immigrée, pédagogie adaptée, Sallenave décrypte la situation et propose, non une solution toute tracée, mais quelques aides. Voilà des élèves de quatorze-quinze ans, dépossédés d'une langue qui puisse les aider à communiquer : peu de vocabulaire, une maîtrise insuffisante de l'orthographe, de graves réticences, pour certains vis-à-vis de la lecture...

    Lire, ou ne pas lire, la grande affaire. Péremptoire, chez les garçons, dans la classe qui s'ouvre à elle , la déclaration : "Nous,  on n'aime pas lire!"images?q=tbn:ANd9GcQj3kCjEso20g73B2CgBgofg8F9ICopzOMqLWBLy-i9xGa00PBKsg

    L'écrivain analyse les circonstances qui ont amené tel constat. L'appartenance à un milieu - qui se défie des livres, n'en possède pas-, la pression de la télévision et d'autres activités sur une pratique de lecture,  qui semble, pour beaucoup, inutile, lourde, décalée, éloignée de leurs intérêts et préoccupations...

    Comment arriver à les faire lire? Par obligation? Peu crédible. Peut-être en montrant que lire est une ouverture à AUTRE CHOSE, à un autre univers, que le foot, la télé, la glande n'offrent pas...

    Lire, difficile? Complexe, oui. Mais "tellement nourrissant". "Une paix peuplée", nous dit l'auteur. Quelle métaphore!

    Pour contrecarrer les pires stéréotypes : seules les filles aiment lire; lire, c'est une activité de "tapette"; ça ne sert de rien etc.

    Lire élève, puisque Sallenave convoque Alain, non pour édifier une thèse (elle en a horreur), mais pour revenir à ce "bon sens", qui manque tant à une période où l'on a privilégié les recherches didactiques, les théorisations, et qu'on a oublié les fondamentaux : le contact avec le livre, la narration à voix haute, le goût des histoires (comme celles que réclament les enfants), le retour à une simplicité porteuse (lire ouvre des portes, gage de liberté)...

    Trente-sept petits chapitres ordonnent l'expérience. On retrouve là le goût de l'auteur pour une approche par strates (comme elle fit pour ses fictions ou sa vision d'une "Ville rêvée", Rome). Cette géologie est particulièrement porteuse, intellectuellement, philosophiquement. C'est une manière plurielle de cerner, par autant de clés, la complexité d'un collège proche d'une cité, d'élèves attachants, adolescents en recherche de cadres, de soutiens... Sallenave en profite, avec son bon sens des lumières, pour rappeler quelques évidences - souvent omises, négligées : il faut saper les opinions fausses, être des "transmetteurs d'opinions droites, qui sont alors des vérités, soit de la science soit de l'expérience, pas de plus beau métier : c'est cela, être professeur" (p.154).

    Tant d'autres fragments seraient à citer, d'un livre NOURRI d'intelligence, de droiture intellectuelle, qui élève, oui, osons le mot. A l'heure où tant de professeurs éprouvent un dur métier, soit qu'ils ont à se débattre dans un climat hostile, soit qu'ils sont mal préparés à un enseignement qui a terriblement changé, ce livre revient sur l'essentiel : foin des expériences passées (2) où à force de simplification et de démagogie, on assignait au professeur de classes dites "faibles" une forme d'enseignement qui réduisait les chances de celles, de ceux qui le recevaient. L'exigence, l'apprentissage du vocabulaire approprié, des lectures (qui ne se réduisent pas à la littérature de jeunesse),le  retour à un enseignement protégé (l'école-sanctuaire),  la sérénité, l'intelligence sont à remettre à l'honneur...

    Un livre, indispensable, et, forcément, d'une très belle écriture.

    P.L.

    (1) Danièle SALLENAVE, Nous, on n'aime pas lire, Gallimard, 2009, 168 p.- 11,50 euros.

    (2) Celle qui veut, dans l'enseignement supérieur pédagogique, privilégier les approches théoriques aux expériences concrètes (que de grilles et si peu...de lectures!)

     

     

  • Seule sur Facebook

    Elle avait accepté il y a longtemps une invitation à s’inscrire sur Facebook, elle ne savait plus de qui. Et elle attendit, des jours, des mois, une année sans qu’on lui fît de demande d’amitié. Au bout de trois ans, elle consentit à inclure une photo de profil comme on le lui conseillait vivement.  Mais au terme de cinq nouvelles années, elle n’avait toujours aucun contact. Elle était d’un tempérament têtu et voulait qu’on réclame son amitié et non l’inverse. Depuis son inscription, elle s’était mariée, avait divorcé et eu de cette union un fils qu’elle avait inscrit sur le réseau social en espérant qu’un jour, bientôt, le garçon devienne son premier ami.

  • La colonne de lèvres

    J’ai escaladé une colonne de lèvres en réussissant cet exploit de ne pas recevoir un seul baiser avant de débouler dans la bouche d’entrée où trente-deux dents blanches (fort aimables au demeurant et sans tartre) m’indiquèrent l’emplacement du fond du palais où je fus aspiré illico puis, passé la luette, avalé en bonne et du(r)e forme. Le reste est une histoire bien trop obscure pour que je vous la narre en termes clairs et digestes.

     

  • Un cil

    Cet écrivain n’écrivait que sur l’œil. Son histoire, son anatomie certes mais aussi ses batailles, son esprit, sa nature, sa psychologie, ses façons de voir, ses larmes, ses regards, ses paupières... Après une multitude de livres et un travail de chaque instant, il buta sur un cil. Un seul cil qui mit fin à son entreprise littéraire et ses vues sur le Noblœil.

  • Les femmes avides

    Quand il faisait l’amour, il perdait toujours quelque chose. Un doigt de pied, trois centimètres carrés d’épiderme, cent cheveux, un ongle, un os, un bras. Si bien qu’il se mit à économiser ses coïts. Les femmes n’apprécièrent pas. D’autant plus que chez elles l’amour les augmentait de quelque chose. Un doigt de pied, trois centimètres carrés d’épiderme, cent cheveux, un ongle, un os, un bras. Et on sait les femmes avides.

  • Roman

    La fille d’un  éditeur et le fils d’un romancier se rencontrèrent lors d'une manifestation littéraire. Ils sympathisèrent et, pour tout dire, s’aimèrent. Ils eurent un garçon qu’ils ne prénommèrent surtout pas Roman et qu’ils tinrent dès le plus jeune âge à l’écart de tout livre. Douze ans plus tard, un jour, ils le trouvèrent avec une tablette numérique et crurent, épouvantés, qu’il lisait sur écran. Il ne faisait que jouer à Minecraft et ils en conçurent un profond soulagement.

     

  • Rencontre piquante à Lessines

    4098024593.2.jpgFêtez le premier jour du printemps avec Éric Dejaeger, Jean-Philippe Querton & Dominique Watrin, trois auteurs des Cactus Inébranlable éditions.

    Ils seront à la bibliothèque Louis Scutenaire de Lessines, mercredi 21 mars, à 19 h 30, pour une rencontre pas piquée des ver(re)s.

    http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/ 

  • The Kills 3x

    Fried my little brains

    Black balloon

    The last goodbye (clip)

  • Le cahier romain de Werner Lambersy et autres nouveautés aux éditions du Cygne

    1couv_romain.jpgLe cahier romain
    Poésie bilingue français-néerlandais


    Textes de Werner LAMBERSY

    Traduction de Micha J. KNIJN

    Images de Jacques BIBONNE

    ISBN : 978-2-84924-264-3

    13 x 20 cm

    58 pages

     Dans les jardins Borghèse, par un mois de septembre idéal de 2011, une résidence d'écriture où travailler le jour et sortir des livres le soir pour parcourir Rome, la tant aimée, et prendre des notes sans y pense, comme « en passant » donc en y pensant tout le temps, jusqu'à ce que cela fasse partie de l'oeuvre en cours, mais comme un aparté d'amour. Cela dans la Villa où se croisaient, en bibliothèque ou en cuisine, les langues et les musiques dont nous sommes faits...

    Né à Anvers en 1941, Werner LAMBERSY choisit d'écrire en français bien qu'il soit issu d'un milieu néerlandophone : acte de résistance et d'anti-fascisme (par rapport à son histoire personnelle), dit-il, dont l'emblème inconscient guide toute son écriture. 

    http://www.editionsducygne.com/

    Mais aussi PRÉLUDE A L'APRÈS-MIDI D'UNE FEMME d'Elvire MAUROUARD

    PENSER MAILLÉE de Murièle MODELY

    Voir le blog de Murièle Modely

    http://l-oeil-bande.blogspot.com/

     




  • Du nouveau chez Gros Textes

    Nedelec.jpg

    Partir, c’est crevir un pneu de Jean Pierre Nédelec

    Suivi de Heureux comme ma pelisse

    Photo de couverture de l’auteur

    124 pages au format 10 x 15 cm

    ISBN : 978-2-35082-186-3

    8 €

    Dans la catégorie poésie qui ne se prend pas trop au sérieux qui semble traiter le poème par-dessous la jambe comme Gros Textes affectionne aussi, voici une poésie vélocyclopédique.

    Il y a là une apparente désinvolture qui fait du bien par où ça passe. Des bribes de pensées comme elles arrivent en plein effort quand on écrit avec l’âme de ses guibolles.



    Barbares à la barre du jour de Jean-Noël Guéno
    Couverture et Peinture en pleine page couleur intérieure de Lewigue

    64 pages au format 10 x 15 cm

    ISBN : 978-2-35082-184-9

    6 €

     

    Gros Textes avait publié en 2004 « L’étoile pour la faim » du même auteur. Il y a chez Jean-Noël Guéno la trace de ce que fut l’école de Rochefort, une attention portée aux bruits du monde qui se mêle aux bruits de son propre sang quand un lyrisme modeste rejoint « le devoir de colère ».

    mais aussi sur le blog de GROS TEXTES

    Une nouvelle collection de tout petits bouquins en écho à la gazette de l'épicerie.

    Jean-Paul Leroux nous donne quelques éléments de réflexions sur l'organisation démocratique, ce qu'elle est, ce qu'elle pourrait être.

    3 chansons de Leni Escudero

    et d'autres publications récentes.

    http://grostextes.over-blog.com/

    Sur le blog d'Eric Dejaeger, ses lectures de:

    ON PASSE À QUELQUE CHOSE d'ISABELLE PINçON

    JUS DE BOUCHE de Guillaume SIAUDEAU

    DU CÔTÉ DE VÉSANIE de Morgan RIET

    http://courttoujours.hautetfort.com/


     

  • Laetitia Velma & Dominique A

    Mon coeur

    Les eaux profondes

    Le nouveau clip de Dominique A: 

    Rendez-nous la lumière de l'album à paraître le 26 mars, Vers les lueurs

    http://www.franceinter.fr/evenement-dominique-a

  • Scènes de chasse

    images?q=tbn:ANd9GcQ8ZQRh5vCHHCb0oOMtYL07fF9qsYa379z4wfNeuWrnBJVWnBxm1wpar Denis BILLAMBOZ

    Un siècle, ou presque, les sépare, quelle idée de réunir Daudet et Boris dans une même chronique ? J’ai pensé que la chasse, cette activité qui préoccupe les hommes depuis qu’ils ont été condamnés à se nourrir et à se défendre, constituait le lien entre ces deux hommes que rien ne semble, a priori, rapprocher. Et,  même si leur chasseur respectif a chacun sa motivation et son talent bien spécifique, l’un dans un froid glacial, l’autre dans la chaleur maghrébine, où tout semble bien les opposer, la chasse, l’instinct du chasseur, est révélatrice de ce que ces deux hommes ont au fond d’eux-mêmes et que tous les hommes ont peut-être aussi depuis la nuit des temps. Tous les deux utilisent l’instinct de chasse des deux héros comme révélateur de leur personnalité.

     

    images?q=tbn:ANd9GcTLdtAlRMGgzAtXf1O7Ryc4I6QQxn0v3xdmWmCYcEFSlDumK8s3Aventures prodigieuses de Tartarin de Tarascon

    Alphonse Daudet (1840 – 1897)

    Dans ma prime adolescence, à l’époque de la communale, déjà dévoreur de livres, j’avais éprouvé une grande frustration à la lecture des aventures de Tartarin de Tarascon de Daudet. Dans ma campagne jurassienne, je rêvais de fauves géants et terrifiants et de chasses homériques et héroïques, mais dans ce livre il n’y avait rien que des histoires sans intérêt, de la parlotte, du blabla, etc… c’est tout !

    Sur le conseil d’amis lecteurs aussi assidus qu’acharnés, j’ai repris ce livre pour une nouvelle lecture et bien m’en a pris. Bien sûr, j’ai aimé cette satire de ces fiers à bras et forts en gueule qui savent tout, ont tout vu, tout connu et sont convaincus que le monde est trop étroit pour eux et leur talent, comme ce brave Tartarin, champion de la chasse à la casquette et animateur adulé des soirées locales, qui rêvent de chasses héroïques face aux grands fauves d’Afrique. Et, comme à force d’y penser, on finit par y croire, Tartarin ne peut résister à la pression populaire qui le désigne comme le héros de la chasse aux lions, et s’embarque pour l’Algérie où il a choisi de chasser ce grand fauve. Et l’aventure tout aussi rocambolesque que picaresque entraîne notre héros dans des situations toutes plus désopilantes les unes que les autres mais toutes aussi ridicules pour le candide chasseur.

    Cette gentille satire a été très mal acceptée par la population de Tarascon qui l’a reçue comme une sorte d’insulte à son endroit et Daudet a dû batailler ferme pendant de nombreuses années pour expliquer qu’il n’avait aucune mauvaise intention à l’endroit des habitants da la ville mais qu’il souhaitait simplement écrire un divertissement. « Es uno galjado… » explique-t-il dans une note en fin d’ouvrage. Toutefois Daudet n’arrivera pas à nous faire croire que c’est une simple galéjade qu’il a écrite et qu’il n’a pas pensé à ceux qu’ils stigmatisent quand il rapporte : « Pour ma part, mon émotion est toujours la même, quand à propos d’un passant de la vie, d’un des mile fantoches de la comédie politique, artistique ou mondaine, j’entends dire : « C’est un Tartarin … », ceux qui débarquent dans nos provinces qu’ils croient encore reculées, avec leur uniforme ou leur costume guindé pour pavaner et épater les foules ébaubies sans crainte du ridicule le plus profond.

    Et, au-delà de la satire sociale, ne pourrions-nous pas penser que Daudet nous invite aussi à croire que les hommes sont bien tels que nous les voyons et non tels qu’ils croient être ? « L’homme du Midi ne ment pas, il se trompe. Il ne dit pas toujours la vérité, mais il croit la dire… » et il finit par y croire pour de bon, comme tous les hommes d’ailleurs, et c’est peut-être comme ça que se construisent  les renommées, les réputations et les légendes et que les Tartarins et autres pantins envahissent et envahiront toujours notre espace vital.

     

    51T05pr6zRL._SL500_AA300_.jpgLa délégation norvégienne

    Hugo Boris (1980 - ….)

    Nemrod n’a pas réussi à m’embarquer dans cette partie de chasse irréelle, aux confins septentrionaux de la Norvège, avec cette petite troupe hétérogène, composée de sept personnes issues de divers pays européens, et qui ne se comprennent pas toutes. Et pourtant que ce texte est bien écrit, le style est dépouillé, ne comportant que les mots nécessaires, des mots justes, des mots parfois recherchés, des phrases rythmées, pesées, soupesées, un texte étudié, ciselé, léché. Mais voilà, ça sent un peu trop l’atelier d’écriture, je vais en faire bondir bon nombre mais c’est une impression que j’ai effectivement ressentie. Il manque ces ruptures de rythme qui permettent de lâcher la pression pour mieux la faire remonter brutalement et créer des situations angoissantes. Ce texte semble trop académique, manque de souffle, pour que la tension soit suffisamment palpable. Et, un certain nombre de détails sont par trop peu crédibles,  «  …c’est le son de son glaviot ! Il a congelé avant de s’écraser dans la poudreuse », pour que le texte rende une atmosphère assez étouffante pour emmener le lecteur dans un autre monde. Ce sont justement ces petits détails tellement réels, tellement concrets, qui génèrent l’angoisse dans les mondes totalement irréels. C’est la confrontation entre ces détails concrets et des événements improbables qui créent le déséquilibre qui perturbe le lecteur.

    Cette petite troupe hétéroclite se retrouve rapidement confinée en un huis clos inconfortable, condamnée à la claustration par le froid et la neige que la forêt hostile semble vouloir leur infliger,  comme une vengeance contre ceux qui ont pris le bois pour faire les pages des livres. Et le livre pourrait être l’arme de la forêt, le livre où leur histoire serait tombée en abyme, comme la mort de l’élan est elle aussi mise en abyme, comme le lecteur qui ne sait plus très bien s’il est spectateur ou acteur de cette histoire. Cette histoire où les mots et les choses se confondent, où signifiés et signifiants se mêlent pour mieux embrouiller les protagonistes de cette aventure, où le chasseur peut devenir le chassé, où le bourreau peut devenir la victime, où le bien et le mal se confondent.

    Boris déploie une dextérité et une maestria consommées pour construire cette aventure funambulesque qui pourrait être une parabole de la destinée humaine écrite dans le bois de la forêt, «…, une forêt intacte, qu’aucune hache n’aurait jamais violée », dans les lois de la nature. Un petit voyage aux confins de l’humanité quand on se demande qui sont réellement ces personnes qui nous entourent, dont on ne connaît que les apparences même si ce sont celles d’une galerie de peinture : Cranach, Brakefield, Derain, ou autres célébrités : von Sydow, …« Il n’est plus tout à fait sûr que le monde existe en dehors de la perception qu’il en a. » Et, le lecteur lui aussi !

    D.B.

     

     

     

  • Ces visages...

    ces visages 

    ne vieilliront pas

    désespoir

     

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    Voyages, avec Mop, dans les formes poétiques brèves

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  • Degas et le nu

    93fa75d45a.jpgExposition présentée par le musée d'Orsay du 13 mars au 1er juillet 2012. 

    170 oeuvres exposées

    Pour en savoir plus

    http://www.musee-orsay.fr/index.php?id=649&tx_ttnews%5Btt_news%5D=30632&no_cache=1

    Voir la vidéo

    http://www.youtube.com/watch?v=56tSa6_oQdU 

  • Maintenant j'ai Google


  • Cris d'écrivains

    Cette éditrice un peu barge avait lancé une collection de cris d'écrivains sur support numérique. Elle avait rassemblé ses auteurs pour des séances de torture d’une cruauté rare, auxquels chacun s’était prêté (c’était ça ou la porte).

    Voici son avant-propos : « Des cris bruts, pas des cris raffinés, apprêtés, affectés, policés. Non. Des cris qui plongent au-dedans de l’être, dans la fange des entrailles. Des cris puants, qu’on ne peut sentir. Dont on tuerait les protagonistes pour ne plus entendre...  Des cris disant l’indicible de l’horreur. L’indiscernable de l’horrible. Le cœur du chaos. La voix blanche de l’effroi. Le creuset du néant. La profondeur insondable de l’Etre. Le noyau imputrescible des sens, là où naît l’écrit quand il confère au sublime. Sans cette farce de mots qui ne dit rien du cri.»

    Les cris mis en boîte permirent de faire le tri entre les auteurs de sa maison d’édition. Ceux dont les écrits relevaient de leur cri (infiniment modulé, venu de nulle part) et les autres (les cris plats). Mais aucun n’obtint grâce à ses yeux. Elle décida que cette publication sonore serait son dernier acte d’éditrice. Quant aux écrivains, leurs livres passés se vendent désormais à la criée sur les marchés littéraires vespéraux. 

  • Scène finale de PROFESSION REPORTER

    Au cinéma, on a rarement synthétisé à ce point tous les tenants et aboutissants d'une existence humaine. 
    Le spectateur assiste EN DIRECT et avec la progression d'une caméra-ludion à la vie même qui se déroule sous ses yeux : la caméra part d'une chambre, ouvre l'espace de grilles qui donnent sur une place d'un village espagnol.
    Une jeune femme tue le temps dans la poussière de l'été; un enfant joue; un vieillard assis contre le mur d'une arène regarde; une voiture d'auto-école traverse en tous sens l'espace...
    Pendant ce temps, quelqu'un meurt dans une chambre...
    Le temps de tout montrer, la caméra revient à son point de départ. Le plan a duré 7 minutes.
    Prouesse technique, certes, magie du cinéma dans cette perception du temps vécu, ressenti...
    Tourné en 1972-1973, après les aléas d'une coproduction inachevée (Techniquement douce ne sera jamais réalisé), le film sort en mai 1975 à Cannes.
    Interprété par Jack Nicholson et Maria Schneider (fille de Daniel Gélin), c'est une oeuvre saisissante sur le destin d'un journaliste qui a décidé de changer d'identité.

    Philippe Leuckx



  • 2012 Centenaire d'ANTONIONI

    images?q=tbn:ANd9GcSrUEZnlGyDQBpEwZdHbpgLA_iSxnX8rot3rBkoEkt-3zbT1Wgppar Philippe Leuckx

    Formé à l'école du réalisme poétique, Michelangelo Antonioni a gardé de son expérience d'assistanat pour Carné le sens inouï d'un réel à   scruter au-delà des contingences jusqu'à rendre tangible le moindre mouvement d'un corps, d'un coeur.

    Rompu à l'apprentissage néo-réaliste des grandes années (1942-1948), dont il fut sans doute avec Visconti l'un des précurseurs, GENTE DEL PO étant l'exact contemporain de OSSESSIONE, Antonioni flaire et restitue le réel. Il y a chez ce maître de l'approche tactile, féline, tout en douceur, la volonté de montrer ce que la pauvre habitude du cinéma de consommation courante a négligé, occulté derrière sa masse de poncifs. Michelangelo inaugure en1950 une nouvelle forme de cinéma. CRONACA DI UN AMORE porte bien son titre. La chronique, le cinéaste va sans cesse l'explorer, dans des strates de la société italienne. Est-ce l'heure de"chroniquer" cette bourgeoisie turinoise ou milanaise, alors que les réalités sociales du temps sont chômage, restriction...? A trente-huit ans, le maître consigne déjà ses territoires. Il faut, selon lui, forer dans l'âme humaine, inaugurer un cinéma du sentiment. Dès 1950, ce cinématographe-là signe déjà l'ère de sa modernité.

    Or, rien n'est plus fluctuant et fragile que cette exploration lente, incisive.

    A celles et ceux qui depuis toujours ont suivi fidèlement l'oeuvre - de 1950 à 2004 -, faut-il rappeler que le parcours du cinéaste ferrarais a été semé des pires contraintes? Que de projets mûris et cependant abandonnés, faute aux producteurs le plus souvent! Combien d'histoires dont ces derniers nous ont privés! Je pense surtout à TECHNIQUEMENT DOUCE, dont il faut relire, comme seule trace, l'intense scénario. Je pense aux récits de "QUEL BOWLING SUR LE TIBRE".


     

    Le cinéma d'Antonioni?  Ce sont d'emblée des images inoubliables, parce que composées par le génie d'un véritable imagier au sens le plus noble du terme: le cinéma n'est pas roman mais fluidité d'images puisées au réel et recomposées choralement ( à l'aide de sons, de visages, de paroles, de mouvements). On l'oublie trop souvent, pour ne songer qu'à l'aspect littéraire, forcément littéraire des histoires à raconter. Rien n'est plus étranger à l'auteur de L'AVVENTURA que cette redevance romanesque.

    Antonioni redéfinit le cinématographe, en filtrant le réel, en épuisant la durée, en relayant par celle-ci la multiplicité du réel à découvrir.

    Images d'une direction d'acteur impeccable : n'ont jamais été meilleurs les Ferzetti,  Maria Schneider, Daniela Silverio, Christine Boisson, Tomas Millian, Sophie Marceau...

    Images d'une féline Furneaux, d'une Rossi-Drago discrète et sensible, d'une Valentina Cortese dans l'univers pavésien des Amiche.

    Images de la blondeur de la Vitti, dont on ne dira jamais assez l'intelligente beauté du moindre geste, les inflexions d'une voix sensible jusqu'au tourment.

    Images d'un bateau qui défile lentement, traversant la fenêtre d'une cabane du DESERTO ROSSO.



     

    Images des rencontres insolites - hasard, imprévu de la vie, concours de circonstances - de LA NOTTE, de BLOW UP...comme la vie en déroule.

    Toute la partie espagnole de PROFESSION REPORTER serait à mentionner tant le cinéaste relaie frémissants le blanc crayeux des canicules, les ombres des arènes, des places, les attentes estivales, le chaud des riens explorés, un mur, une fenêtre grillagée...

    Tout IDENTIFICAZIONE DI UNA DONNA !

    Et que dire de l'épisode ferrarais de PAR-DELA LES NUAGES? L'hôtel, la chambre, la séquence d'amour tissée d'une lumière chaude.

    Les images antonioniennes tremblent, rayonnent, quoique d'une netteté photographique éblouissante. Paradoxe? Non.

    Il faut cadrer ainsi le réel pour mieux le scruter.

    L'oeil du spectateur est ainsi enjoint à suspendre le plan, c'est-à-dire le réel.






     

  • Lawrence DURRELL: 1 documentaire + 1 extrait

    images14.jpgExtrait de Justine, 1er tome du Quatuor d'Alexandrie.

    Je ne suis ni heureux ni malheureux : je vis en suspens, comme une plume dans l’amalgame nébuleux de mes souvenirs. J’ai parlé de la vanité de l’art mais, pour être sincère, j’aurais dû dire aussi les consolations qu’il procure. L’apaisement que me donne ce travail de la tête et du cœur réside en cela que c’est ici seulement, dans le silence du peintre ou de l’écrivain, que la réalité peut être recréée, retrouver son ordre et sa signification véritables et lisibles. Nos actes quotidiens ne sont en réalité que des oripeaux qui recouvrent le vêtement tissé d’or, la signification profonde. C’est dans l’exercice de l’art que l’artiste trouve un heureux compromis avec tout ce qui l’a blessé ou vaincu dans la vie quotidienne, par l’imagination, non pour échapper à son destin comme fait l’homme ordinaire, mais pour l’accomplir le plus totalement et le plus adéquatement possible. Autrement pourquoi nous blesserions-nous les uns les autres ? Non, l’apaisement que je cherche, et que je trouverai peut-être, ni les yeux brillants de tendresse de Mélissa, ni la noire et ardente prunelle de Justine ne me le donneront jamais. Nous avons tous pris des chemins différents maintenant; mais ici, dans le premier grand désastre de mon âge mûr, je sens que leur souvenir enrichit et approfondit au-delà de toute mesure les confins de mon art et de ma vie. Par la pensée je les atteins de nouveau, je les prolonge et je les enrichis, comme si je ne pouvais le faire comme elles le méritent que là, là seulement, sur cette table de bois, devant la mer, à l’ombre d’un olivier. Ainsi la saveur de ces pages devra-t-elle quelque chose à leurs modèles vivants, un peu de leur souffle, de leur peau, de leur inflexion de leur voix, et cela se mêlera à la trame ondoyante de la mémoire des hommes. Je veux le faire revivre de telle façon que la douleur se transmue en art… Peut-être est-ce là une tentative vouée à l’échec, je ne sais. Mais je dois essayer…

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    LAWRENCE DURRELL, L'ERRANCE INFINIE (1912-1990), un documentaire sonore de François Caunac

    Avec:

    Françoise Kestman, traductrice, dernière compagne de Lawrence Durrell

    Mary Byrne, traductrice, amie de Lawrence Durrell

    Christiane Séris, présidente de « l’Association Lawrence Durrell en Languedoc », à Sommières

    Frédéric-Jacques Temple, poète, ami de Lawrence Durrell

    Joseph Boulad, mémoire vivante d’Alexandrie

     Et la voix de Lawrence Durrell en français.

    "Lawrence Durrell nous a quittés il y a un peu plus de vingt ans. D’une enfance passée aux Indes, nait une déchirure qui fera de lui un écrivain de l’errance marqué par la figure du labyrinthe. Sa rencontre déterminante avec Henry Miller, ses séjours en Grèce, en Egypte, à Chypre, donneront naissance à une œuvre iconoclaste et novatrice.

    Soumis à une forte emprise poétique, son art bouscule les préjugés, les idéologies et les canons de la narration classique.Attiré par la pensée gnostique, il se consacre à la création d’un univers puissant et halluciné, dont le centre sera Alexandrie, le « grand pressoir de l’amour ». « Justine », « Balthazar », « Mountolive » et « Clea » forment le « Quatuor d’Alexandrie », véritable sommet de la littérature romanesque du XXè siècle."

    http://www.franceculture.fr/emission-une-vie-une-oeuvre-10-11-lawrence-durrell-l-errance-infinie-1912-1990-2010-11-14