LES ALGUES et autres textes de Thierry RADIÈRE

Thierry RADIÈRE publie régulièrement dans des revues papier ou en ligne. Il a publié aux éditions du Zaporogue deux ouvrages. Il nous livre cinq textes récents.


LES ALGUES

les algues sont remarquables
elles s’accrochent rêvent d’eau
un tableau vert au loin

tu lis ton premier livre
appliquée à la pluie coulant
le long de la baie une paille
devant toi inerte tes lèvres
à téter en même temps
la digue derrière la vitre

les coquillages avec leur mère
à flotter là dans ma tête au café
tu grandis comme un bateau
revu au port après la tempête

 

VIDES

juste après les noix cassées 
les avions passent au-dessus
des coquilles à l’abandon
prises en photo transférées
dans l’album numérique des pilotes

plus aucun bruit de téléviseur
ni d’oiseaux en rut le silence
se voit jusque dans la maison
où la bibliothèque ne parle plus
que d’histoires de nulle part

les marques du couloir aérien 
en croquis sur le cahier
d’écriture de l’enfant
au moment où il voulait les montrer
s’effacent plus vite que dans les airs


HORS DU TEMPS

pourquoi serait-il trop tard
je me dis souvent : plus de 
train à prendre ni de rendez-
vous à rejoindre juste des
va-et-vient sans chronomètre
proche du frôlement avec des
manies que j’ai de vouloir fixer
la lessive sur les draps qu’elle
agisse en profondeur à les trouer
s’il le faut qu’il se passe une
action entre deux silences
histoire d’avoir son mot à 
dire hors du temps et des plis

 

AVANT LA GUERRE

la poudre sortie des balles
avec laquelle tu dessinais des
cœurs sur la terrasse blanche
après nos excursions est prête
à s’enflammer comme si là
devant mes yeux tu allais
mettre à mort une parcelle
de notre enfance en équilibre
un bout de rire dans le jaune
de nos mains tremblantes
près des lézards à la queue
rompue un rituel d’adulte
avant de partir à la guerre

  

LES ECRIVAINS SAVENT PARLER

tu me parles des livres de Conrad
et j’imagine dans ta bouche la partie de domino
sur la Tamise que ni l’un ni l’autre
ne semble déterminé à commencer

c’est la mer qui ressemble aux hommes
à son étendue correspond la multitude
en la fixant tu sens la proximité 
d’un désir de noyade au large de l’horizon

des ténèbres de Conrad sort une petite
coque de noix un navire un monde une humanité
proche des masques qu’on aime regarder 
parce qu’ils montrent des visages rentrés en nous



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