• Littérature en musique


    images?q=tbn:ANd9GcTZykIdD7XoYObZal45_VHvTCZKDGmfWvZg4ct01WT1Ops8OK7opar Denis Billamboz

    J’ai réuni ces deux textes autour de la musique car les deux auteurs ont choisi, tous les deux, de situer leur intrique respective dans un contexte musical. L’héroïne d’Anna Enquist est une pianiste virtuose qui sacrifie beaucoup de choses à la musique et à sa carrière et le héros d’Anne Marie Lon est un organiste nain qui trouve dans la musique le moyen d’exister avec sa différence ou malgré sa différence. Ces deux textes posent la question du talent qui peut-être une chance ou un fardeau, souvent les deux, dans tous les cas une anomalie qu’il faut savoir porter pour ne pas la subir mais au contraire en tirer le meilleur pour construire sa personnalité et son existence. Deux lectures qui berceront sans nul doute tous les mélomanes.

    images?q=tbn:ANd9GcS56o70pVkvOHK7PrJN-x6Ok2YcNDc0kN-3i1LqRHJJLwJ03c1n8wLe secret

    Anna Enquist (1945 - ….)

    On déménage un piano car, même si la dame, plus très jeune, ne peut plus en jouer, elle a besoin de cet instrument chez elle pour se souvenir du temps où elle était une pianiste renommée et qu’elle parcourait le monde pour faire entendre son talent. Percluse de rhumatisme, Dora Dirique met un terme à sa carrière, elle est née en 1933, en Hollande, a connu la souffrance et les affres de la guerre, la douleur d’avoir un frère lourdement handicapé et celle tout aussi aiguë de voir son professeur de piano partir dans une colonne encadrée par des soldats allemands.

    Mais son talent l’éloigne de tout, la ramène toujours à la musique où elle finit par triompher mais à quel prix. Elle a délaissé un peu trop sa famille, son frère surtout, elle n’a pas consacré le temps nécessaire à ses amis, ses amants, son mari, elle n’a pas d’enfant, elle ne s’est pas construit une vie, un lieu pour abriter cette vie. Elle a erré au service de la musique, de son art, de sa passion de sa raison de vivre, égocentriquement. Elle n’est que quand elle joue. « Elle doit jouer, elle doit jouer partout, elle doit faire entendre ses sons qu’elle a dans la tête. C’est la seule chose qu’elle sache faire, la seule qu’elle maîtrise. Il le faut. »

    Ce livre soulève de nombreuses questions mais il tourne principalement autour du problème du talent et de l’exploitation qu’il faut en faire, du prix qu’exige une carrière, une renommée, la satisfaction d’une passion. Il pose ainsi clairement la question de la place de l’art dans la vie, dans la société. Mais plus au fond encore, Anna Enquist, nous interpelle, involontairement peut-être, sur tout ce qui conditionne notre vie et qui échappe à notre volonté : le talent, tellement présent chez elle et tellement absent chez son frère ; la naissance dans une famille musicienne ; l’argent suffisant pour payer les études musicales ; la destinée, les rencontres au bon moment, mais aussi l’histoire qu’elle traverse dans la douleur mais dont elle ressort encore plus forte.

    Et, à la fin quand le rideau est tombé une dernière fois, la liberté, la fin des obligations, l’oubli du trac et des tensions en tout genre mais le début des douleurs physiques, l’approche de la dernière échéance mais peut-être que cette nouvelle disponibilité permettra de construire ce qui n’a pas été.

    Un livre construit comme un puzzle qu’il faut bâtir pour assembler les morceaux de cette vie d’errance artistique où le secret promis n’est, à mon sens, qu’une anecdote de plus dans la destinée de cette pianiste virtuose. Un livre un peu amer où les difficultés et les douleurs ne sont pas cachées mais dites avec beaucoup de pudeur, plutôt suggérées, même, avec une certaine tendresse, presque de l’amour pour ce personnage plein de sa passion. Peut-être aussi une pointe d’envie car si l’auteur n’est pas pianiste, il connait bien la musique, peut-être trop même, tant il sait expliquer tous les arcanes de la technique. Une pianiste aurait peut-être plus parlé de ses sensations et de ses émotions que de ses préoccupations techniques.

     

    images?q=tbn:ANd9GcQyIZi-Xh8ZcZjfqMlf2qr9Th1ViP4Leo8w6Kn-zjFMNoO6ORBEIQLa danse des nains

    Anne Marie Lon (1947 - ….)

    Au printemps 1922, Tyge, un nain doué pour la musique, se prépare, avec le reste de sa phratrie, à fêter les cinquante ans de mariage de ses parents, et, à cette occasion, il raconte sa vie dans une famille d’aristocrates ruraux désargentés du Jutland et son emploi d’organiste dans la chapelle d’un cimetière de Copenhague. Dans ce récit constitué de scènes de famille, de portraits, de réflexions, l’auteur compose un tableau d’une dynastie danoise qui depuis quatre générations, se consacre à la gestion d’un vaste domaine ruineux, à la recherche agronomique et à la spiritualité dans un cadre familial immuable qui ne se mélange pas facilement avec les autres classes sociales qui n’ont pas une culture suffisante pour séduire les sept filles restées toutes célibataires comme le fils homosexuel et comme le nain qui cependant a découvert un amour qui pourrait évoluer vers autre chose, dans le miroir qui trône sur son orgue.

    Le nain du roman raconte sa vie, tirée de celle d’un nain bien réel, les difficultés qu’il a rencontrées mais surtout l’intolérance, les injures, les vexations, les refus, sa virtuosité musicale qu’il n’a pas pu exploiter, etc… mais malgré tout, avec l’aide de ses parents, et surtout celle de sa nourrice, qui l’ont incité à se forger une carapace et à se débrouiller seul, il assume son état, domine son handicap et reste insensible à toute ce que les autres pensent et disent. « Je ne souhaite pas être à nul autre pareil, je souhaite être un parmi les autres et la sensation de l’être m’est douce. »

    C’est bien sûr un livre sur la différence et le regard que nous portons sur ceux qui en sont affligés, sur la tolérance et sur la capacité à surmonter cette différence. Un message bien connu maintenant et très largement véhiculé sous de multiples formes. Mais, c’est aussi une inquiétude qui était bien réelle en 1922, « l’opinion qui prévaut parmi les gens éclairés est qu’un nombre croissant de la population va devenir faible d’esprit ou criminel et qu’il est nécessaire d’intervenir pour tenter de réduire le nombre des inaptes, » qui est devenu très concrète dans les années trente et quarante et qui pourrait bien redevenir un peu plus d’actualité quand on considère la montée des mouvements extrémistes dans divers pays européens notamment. « Nain, ce n’était pas une injure, quand j’avais six ans, c’était juste une limite. »

    Ce Petrucciani du Danemark nous pose aussi quelques vraies questions : « Qu’est-ce qui pousse les gens à faire ce qu’ils font, qu’est-ce qui détermine le parcours de leur vie, à quel moment vous vient l’idée ? A l’instant où l’on comprend le sens d’un concept ? A l’instant où l’on entend un mot, un unique mot ? » Et, l’auteur semble, à travers son intrigue, nous faire comprendre que la destinée n’est pas tout et que la volonté peut elle aussi influer sur le cours de nos vies comme le nain a su mener son jeu avec de bien maigres atouts dans sa manche. « Jamais de ma vie je n’ai souhaité être quelqu’un d’autre, quelque chose d’autre. »

    Anne Marie Lon jette un regard acéré et scrutateur sur cette société à peine sortie de la féodalité pour peindre un tableau et des personnages très crédibles et analyser, jusque dans les plus infimes détails, les comportements, relations, et impressions de chacun des protagonistes et notamment ceux du nain narrateur. Mais mon dieu que c’est long, que c’est lent, il n’y a aucune surprise, aucun aléa pour faire rebondir le récit tout au long des presque cinq cent pages qu’il comporte. Tout se déroule comme aucun lecteur n’oserait l’imaginer tant l’action est linéaire et prévisible. La seule surprise est finalement qu’il n’y en a pas, sauf peut-être cette apparition fugace de Karen Blixen. Et la musique omniprésente est le plus bel emballage que l’auteur nous a offert pour cette histoire, pour une fois, bien optimiste dans la littérature nordique.

     

  • Du désagrément d'être un grand écrivain

    Il était si grand écrivain que tout ce qu’il faisait prenait des proportions énormes: se lever, prendre son bain, son café, sortir de chez lui, saluer ses voisins (il était resté aimable, attentif aux autres), respirer, aimer, manger, roter, râler, dormir.

    Face à des conséquences aisément imaginables, les autorités ont dû l’enfermer dans une réserve afin d’éviter lors d’autres besoins des désagréments redoutables pour le pays, voire la planète.

    Voilà comment quelques rares grands écrivains totalement étrangers à l’engagement politique, par ailleurs, sont contraints à l’isolement par les autorités de leur pays. 

  • Variation de volume de la fonction amour

    Quand il faisait l’amour avec cette fille, et avec elle seulement, il fondait. Littéralement. Ensuite, en son absence, il mettait des heures à se reconstituer. Ce n’était pas un inconvénient car la diminution de volume de son aimé s’accompagnait chez elle d’une sensation plus prononcée, aiguë. Ils se marièrent mais bien vite il la gonfla. Littéralement. Quand elle faisait l’amour avec ce garçon, et avec lui seulement, elle gonflait. Littéralement. Comme lui poursuivait son programme de fonte suivi d’aiguisement, elle finit par éclater. Littéralement. Il recueillit les débris mais, malgré tous ses efforts, il ne parvint jamais à la reconstituer entièrement. Son amour est resté en morceaux. Littéralement.

  • Bientôt les jonquilles de Marcelle PÂQUES

    Dans ce premier recueil paru chez Chloé des Lys, Marcelle Pâques joue la carte du bonheur contre les couleurs fanées du regret ou du chagrin. Pour avoir trop longtemps sacrifié aux sirènes du malheur, pour s’être pliée à la litanie des reproches ?

    En tout cas, ce recueil marque la rupture, il inaugure un nouveau mode de vie.


    648-419-large.jpgHier, j’ai rangé au grenier

    La vieille malle des regrets

    (Rupture)

    Mon cœur est en balade

    J’ai gommé mes soucis

    (Balade)

    Avec, notamment dans « Aventure nocturne », l’aide d’un petit chat chasseur de soucis-souris qui, une fois son forfait accompli, disparaîtra et laissera « Monsieur mon cœur roulé en boule »... 

    L’amour, les mots, l’amour des mots et les mots de l’amour ont participé, c’est sûr, à l’action de résilience. Avec la nature (celle du Midi et d’ailleurs) sous ses divers aspects : fontaine, colline, village, vent... Et la croyance en ce qu’offre la clairière de l’instant, qu’elle se présente sous la forme de la pluie « nichée au cœur d’une rose » ou d’un bouquet de jonquilles.

    Cap sur la réalité – qui est «  mieux que le décor » -, quitte à entreprendre le reste du voyage « sans bagages », lesté des lourdeurs du passé!

    «Le chagrin disparaît dépité

    Sous les huées de notre amour

    Les pensées en friche vont refleurir

    Bientôt ! L’insolence du muguet. 

    Exhalant le parfum du désir.

    Quelques brins d’un bonheur obstiné »

    (Résilience)

    L’air de rien, il s’agit là d’une rébellion (le mot rebelle apparaît plusieurs fois) contre la dictature des émotions tristes, contre toutes les formes de ressentiment qui affectent notre présence au monde. D’une libération de la parole et des émotions vives. Pour en sortir victorieux, au prix d’un incessant mais possiblement joyeux combat de chaque instant.

    Une belle poésie qui, bien que classique, ne donne pas l’impression de la contrainte mais, au contraire, imprime ses accents de liberté sur une portée ensoleillée qui résonne longtemps dans un ciel... que nous voudrions sans nuages.  

    E.A.

    Le blog de Marcelle Pâques

    http://marcellepaques.skynetblogs.be/

    Sur le site de Chloé des Lys

    http://www.editionschloedeslys.be/product.php?id_product=648

     

     

  • Des idées précises sur mon crime

    images?q=tbn:ANd9GcS3WYL84EYnfVHIJz_bPRYOXA6ezbhW3B0Os-Y9jQ65sX04gUDy7wJ’ai des idées précises sur mon crime.

    1. Le crime sera cruel, innommable, à la mesure des dommages infligés par la victime à ma personne.

     2. Je ne laisserai aucune chance à ma victime. Entendez qu’après mon geste, ma victime ne pourra bénéficier d’aucun secours, d’aucune réparation. 

    3. Je n'ai aucune compassion pour la famille de ma future victime.

    4. Mon geste sera irrévocable, il a été maintes fois répété, je n’ai pas peur du châtiment même si, par malchance, je devais être identifié comme l’assassin. Par ces lignes notamment. Mais je compte sur votre discrétion.

    PS. Le moustique devrait périr dans la seconde d’un coup d’attrape-mouche électrique après avoir sucé beaucoup trop de mon sang.  

  • L'erreur

    À la fin de sa vie, il réalisa qu’il n’avait jamais vraiment aimé les livres et tout ce qui gravite autour (à commencer par l’écriture), que tout ce temps passé en leur compagnie avait été du temps perdu, qu’il avait été à un tournant de son existence comme victime d’une erreur de parcours. Il était trop tard pour faire machine arrière et reconnaître publiquement sa méprise (il était un écrivain renommé). Il pensa même que cela risquait de remettre en cause la littérature, et ça non, il n’aurait pas pu. Il avait pitié de cette grande dame un peu voûtée qui marchait deux pas devant le réel comme si elle voulait lui faire de l’ombre.   

  • Deux textes inédits de Philippe Leuckx

    Après la fête


    Les yeux gardent de la vie toutes les bulles. Ce qui pétillait en nous la nuit nous l'avons donné. Et dans les ombres parfois ce n'était que regard. Il ne faut jamais battre en arrière. Après, les portes s'ouvrent sur un soir  que l'encre redessine à renfort de silhouettes déjetées. Des fantômes repartis à la lueur des mèches, entre des verres désemplis et des herbes piétinées. Qu'avions-nous sauvé de nous? Où donner de la fête?

    Longtemps après, quand la mémoire aura ménagé nos manèges, avec ses mains de dentelle effilochée, nous conserverons la beauté de ces yeux et leur lumière de fête. Et nous irons dans les rues riches de ces pépites  qui s'étoilent sous nos pas.



    Les chemins


    Le coeur a marché bien plus dans les poussières. Sur les chemins de terre, il a parfois bien eu du mal à se terrer entre l'impatience de la route et la tranquillité casanière. Pourtant, il a persisté. C'est son bien. On devine l'ampleur des choses à aimer, à repérer derrière la colline, là au bout de la jetée, là encore au creux des ronciers qui défient.

    J'ai pris le chemin par les cornes de l'escargot et suis parti. La vacance était large comme un temps prévu tout spécialement pour l'âme.

    J'ai laissé la mélancolie poursuivre ses ménages. J'ai rangé ma vie aux abonnés absents. Suis parti. Avec la suie, le chagrin et la démesure en poche.

    Je suis là dans le monde. Tout m'est de nouveau paysage. Et l'herbe frôlée devient une compagne sous le ciel, un viatique de saison.

    J'ai pris le chemin par les bornes, déterminé, heureux.

     

     

     

    Dernière parutionD'enfances, éditions Le Coudrier

    http://espace-livres-creation.be/livre/denfances/

  • Jean-Claude Pirotte / Cette âme perdue*

    369422_1424082850_695073978_q.jpgpar Philippe LEUCKX 

    Comme le décline Pierre Sansot dans « Chemins aux vents » (1), le contemporain a égaré ou perdu nombre de pratiques de la génération précédente, entre autres celle de cheminer dans la poussière des chemins.

    Jean-Claude Pirotte , l’un de nos  meilleurs poètes, soixante-treize ans au compteur, est un grand spécialiste des vagabondages fertiles à travers les terres ardennaises ou autres. Dans l’esprit et le droit fil d’un Dhôtel, notre Belgepoète a un art consommé de rendre la texture intime des paysages. A flairer les chemins, les combes perdues, les collines et les bourgades, l’écrivain  a retenu dans ses romans et dans ses poèmes comme un parfum des terroirs oubliés ou qui risquent de l’être par les effets conjugués de l’exode rural et de la modernité.

    Pirotte-ame-perdue.jpgLe voici donc, en 2012, à la croisée des prix et des chemins. Les récompenses ne risquent pas d’encombrer les voies personnelles, en dépit de leur régularité et de leur abondance ; le poète est ailleurs. Versé dans bien d’autres exigences que celles de la notoriété factice. Mais refuse-t-on l’Apollinaire ? Décline-t-on l’hommage de poètes pairs ?

    Le Castor Astral – belle maison qui nous aura fait découvrir Dagtekin, Faye, Laurent...-, publie « Cette âme perdue ». L’occasion de redécouvrir le Pirotteland (2).

    Sous l’égide de Larbaud, Fargue, piétons et voyageurs, Pirotte dévoile des « rues qui s’assombrissent », se fait le garant des « choses tristes », abandonnées, repère les façades écaillées, décrit ses paysages, faits d’oyats ou de « saules/ les mouettes aux longues ailes ». Une philosophie du « carpe diem » lui fait « prendre le temps comme il vient/ prendre le soleil prendre l’air/ prendre la vie du bon côté/ prendre un coup de poing sans le rendre ». Une ironie fine et toute pétrie de mélancolie le rejette en enfance comme on y retombe, tous vers renversés. Une fenêtre souvent ouvre sur des paysages, des « arpents » oubliés. La fluidité des vers, souvent regroupés en quatrains, donne à l’ensemble des textes une allure de promenade claire. On se balade en pirottepoésie sans s’encombrer,  au contraire on y retrouve des désirs enfouis, des envies partageables d’ailleurs, des harmonies verbales (« la chemise du misérable/ est-ce la mienne »), des connivences poétiques (Paul de Roux).

    L’amour de la rime, des assonances ne se sépare pas de celui d’une dérision franche qui s’accommode des enjambements, puisqu’il est vrai que cette poésie chemine au sens premier, on saute d’un vers l’autre, on passe d’un poème l’autre sans coupure ni majuscule.

    Cette légère gravité, qui fait assaut de toutes les ressources langagières (cf. son oulipien « fendre » de la page 77), qui se sert de l’imparfait du nostalgique, hisse cette poésie à la première place. Profondeur, humour, sens du récit et du descriptif, au fond plein d’âme. Au sens classique du terme. Pas de perte, donc. Plein de profits pour l’amateur d’une poésie qui a oublié ses fatigues de travail et d’écriture, et qui est d’un naturel confondant.

     (1)   Ed. Rivages poche, 2002.

    (2)   Pour singer l’expression de Patrick Reumaux à propos de Dhôtel.

    Le Castor Astral, 2011, 104 p.,13 €

  • Les mots pelés (12)

    Je me fais du mot rond pour le roulé-boulé de mes phrases.


    Cet écrivain très plat n’écrivait que des histoires raies.


    Tous les écrivains ont dans leur bibliographie un livre houspillé.


    L’écrivain suspecté de négritude doit montrer page blanche.


    Les plus belles rencontres entre écrivain et éditeur se terminent dans un livre. 


  • La ceinture de glaçons

    images?q=tbn:ANd9GcS7hahr-F1TtAYteQvP17GArE_OoSYvEsCrIeTS8mNfECBRxK6IoQLa taille entourée d’une ceinture de glaçons sous un tee shirt noir incrusté de motifs dorés, il marche à grands pas dans une rue animée de la ville, un soir. A la porte de la discothèque, les gardiens de sécurité le laissent entrer avec un sourire entendu, c’est un habitué. David Guetta en personne officie aux platines. Notre homme, une fois dans la place, s’immobilise, il embrasse les alentours d’un regard polaire avant d’actionner un détonateur. Aussitôt une tonne de glaçons sature l’espace sous les sunlights. Des cubes en pagaille aboutissent avec une rare précision dans les verres des convives dans un tintement caractéristique qui, un moment, couvre la musique. David aux anges lève les bras au ciel, la paire d’écouteurs dans le cou, saluant l’explosion de joie qui se répand sur le dance floor sous la forme d’une frénésie de danse. On reconnaît distinctement le terroriste, tout sourire, qui partage au bar une consommation avec une bimbo. Le réalisateur du clip aussi est satisfait devant son moniteur de contrôle, la marque d’alcool a été bien servie. En se levant, il écrase du pied un glaçon à moitié fondu comme il l’eût fait d’un pétard mouillé ou d’une merde.  

  • Le jeu avec le feu

    y1p6mPGeYW9Kh-Xngv6s-_IWqECHk9Oy6pgem9dWHLauFzQzkTXIzTSGaBGIGEjLoZpgvdQQ7DAkksLe feu. On ne devrait pas le mettre entre toutes les mains, entre toutes les langues. Le feu produit des flammes et laisse des cloques. Puis les cendres recouvrent tout. Pour retrouver un semblant de chair douce, un peu humide, il faut puiser loin. Y mettre tout le bras. Du sien. Patauger pendant des heures parmi la fumée et les odeurs de roussi. Et, même ainsi, après tant d’efforts, de recherches, on peut ne jamais retrouver le goût de vivre. 

  • L'acronyme

    Consulté sur l'acronyme choisi par le conseil d'administration pour la nouvelle société, ce conseiller en communication, jugeant  bien trop long AMEIODUARIEU, proposa d’enlever toutes les voyelles. 

  • Delerm V., le dimanche

    Ce poulet du dimanche

    Deauville un dimanche...

  • Le bonheur des amers, par Philippe Delerm

    images?q=tbn:ANd9GcQcvBhr0PqPY6ZUfHmm8Xa0pwiCIJvGY1I0fBycWLxSvMVVhDcG4wIl y a un grand plaisir à lire les amers. Léautaud, Renard, Cioran, Pessoa. Ils sont réellement négatifs, sur eux-mêmes et sur les autres, et sur la farce d’être là. Ils écrivent très juste, très sec, et la sveltesse de leur phrase est comme une évidence : ils ont raison. Avec eux, on se sent à l’abri. Rien ne peut faire mal, puisque tout fait mal. Ils débusquent partout l’hypocrisie, la vanité des émotions. Mais ils disent le monde quand même et c’est beau, cette épure désespérée qui ne renonce pas à dessiner. Ils croient à la littérature, puisqu’ils ne croient à rien mais disent quand même. On aime bien guetter en eux cette contradiction. Ils ne pensent pas qu’ils resteront, mais ils restent.

    Partout dans les rames de métro, dans les trains, on voit aujourd’hui des lecteurs d’Harry Potter, de Stephenie Meyer. C’est cela, la véritable amertume. Un imaginaire tellement simplet et tous ces gens qui quittent leur vie pour s’évader dans beaucoup moins que leur vie. Des lectures que l’on devrait faire à dix ans, quand le pouvoir de s’embarquer vient de soi, transcende le code des aventures stéréotypées. Enfant, on lit pour se faire peur, de préférence au creux des draps. On est dans un agréable mensonge, le corps protégé, la tête dans le risque et la menace.

    Ce qui reste toujours le plus fort, dans la lecture, c’est le paradoxe. Parfois, on a la chance de rencontrer un auteur qui a écrit : « Le désir de trouver le sommeil me réveillait. » Il y a quelque chose de cela dans le plaisir de lire les amers. C’est tellement rassurant de se dire avec eux que seules valent la solitude, la mélancolie qui pénètrent partout, sans toucher au lyrisme, une petite neige sur les jours. Comme on se faisait peur enfant, en lisant dans son lit, on se fait malheur dans son fauteuil avec Cioran ou Léautaud. Et cela fait du bien. On ne renonce à rien en lisant Renard, Pessoa. Même pas à l’espoir. On se protège. Leur négativité est presque silencieuse. Ils ont raison, bien sûr, mais ils n’y peuvent rien. Ils ont un style. Plus que les autres, ils aiment donc la vie. 

    in Le trottoir au soleil, éd. Gallimard.

  • Un peu d'excentricité

    images?q=tbn:ANd9GcTZykIdD7XoYObZal45_VHvTCZKDGmfWvZg4ct01WT1Ops8OK7opar Denis BILLAMBOZ

    Pourquoi ne pas se permettre un peu d’excentricité dans cette rubrique littéraire ? Surtout si elle est proposée par des plumes aussi affûtées que celle d’Italo Calvino, de Mario Delgado Aparain et de Luis Sepulveda, un trio de talent, vous en conviendrez. Tout le monde connaît maintenant « Le Baron perché » d’Italo Calvino mais « Les pires contes des frères Grim » est peut-être encore un peu confidentiel car sa publication est encore assez récente. Delgado Aparain, l’Uruguayen, écrit avec Sepulveda, le Chilien, une correspondance totalement loufoque dans laquelle ils échangent leurs informations sur le jumeaux Grim dont ils voudraient, tous les deux, écrire la biographie. Il est amusant de remarquer que ces deux auteurs sont, eux aussi, presque jumeaux, ils sont nés la même à quelques mois d’écart seulement.

    Cette excentricité n’est pas seulement un jeu, une façon de faire sourire les lecteurs mais surtout une manière d’évoquer des choses importantes en empruntant des voies détournées, les sentiers de l’humour, du burlesque, de la dérision, de la parodie ironique, …

     

    images?q=tbn:ANd9GcTlSMIFQ3eU_DlW8EF-23HXBAdDh7xHkbyGT-vrrYkGnGFShztWLe baron perché

    Italo Calvino (1922 – 1985)

    J’avais rompu depuis longtemps avec Calvino, après une tentative pas très heureuse à la lecture de « Palomar », quand une admiratrice inconditionnelle m’a incité à lui donner une nouvelle chance et j’ai finalement décidé de plonger dans ce livre.

    Blaise raconte l’histoire de son frère Côme qui, en Ligurie, le 15 juin 1767, décida de rompre avec sa famille qui voulait lui faire manger des escargots préparés par sa sœur un peu excentrique, en se réfugiant dans les arbres. Ce que tout le monde prend pour un coup de tête est en fait une décision définitive : Côme fait le serment de ne jamais redescendre sur le plancher des vaches. Commence alors, un long parcours initiatique qui conduira ce naufragé de la canopée à organiser sa vie dans les arbres comme un Robinson Crusoé arboricole.

    Du piégeage des petits animaux à la lutte contre les bandits et les envahisseurs en passant par la chasse au gros gibier et à la dénonciation des voleurs, il devient le guetteur, la sentinelle avancée, le protecteur, le démiurge des populations locales et alentour avant de redevenir un isolé, un original, un excentrique, etc…

    Mais sa vie est avant tout une parabole de l’effondrement des murs d’une société qui amorce un renouveau complet, la révolution française est en gestation, le Dieu de Rousseau supplante peu à peu celui des jésuites. Du haut de son arbre, Côme a une autre vision du monde, il  peut tendre la main à la famille qu’on ne fréquente plus depuis longtemps, jouer avec les petits pauvres, travailler avec les paysans, abattre les cloisons sociales qui séparent les classes et les castes, inventer une nouvelle forme de vie, une nouvelle société ouverte sur les idées modernes. Les livres sont ses instruments d’instruction et d’éducation, il s’efforce de les faire circuler pour que tous puissent en profiter, « …il considérait les livres un peu comme des oiseaux et ne voulait pas les voir immobilisés dans des cages. » 

    « J’avais l’impression qu’il m’ouvrait les portes d’un royaumes nouveau, devant lequel il fallait rejeter confiance et poltronnerie, pour s’élancer dans un grand mouvement d’enthousiasme et de solidarité, » pourra dire Blaise, son interface avec le monde rampant, celui qui essaie de le comprendre et de le faire comprendre. Du haut de son perchoir, Il a brisé les contraintes sociales et les préjugés, démoli la tradition, abattu les murs car « dresser un mur, c’est s’exclure. »

    Côme n’aime pas plus la maréchaussée que Brassens, il est toujours du côté des faibles, des oppressés mais aussi des nations contre les empires, de la modernité contre la tradition. Il n’échappe cependant pas au piège de l’amour et même s’il nous explique « … comment s’envoyer en l’air dans les arbres », celui-ci restera un grand problème pour lui.

    Dans une écriture fluide et souple dont la seule lecture est un plaisir, Calvino nous emmène, à la suite de Côme, dans une profonde réflexion philosophico-politique appliquée à la fin du XVIIIème siècle mais qui pourrait être transposée à la fin du XXème siècle sans grandes difficultés. « Sa vérité était d’un autre ordre, elle avait quelque chose de total, elle ne pouvait pas s’exprimer par des mots, mais uniquement en vivant comme il vécut. »

    Il me reste après cette lecture une question, ou plutôt deux, Kiran Desaï avait-elle lu ce roman avant d’écrire « Le gourou sur la branche » ? Et, Calvino avait-il connaissance de « La harpe d’herbes » de Truman Capote lorsqu’il a entrepris la rédaction de ce texte ?

     

    images?q=tbn:ANd9GcRuVDTJsS1kpqKIPqGBkr-gpFUiQD1jV0C9pRkFdQRr3hE47evvLes pires contes des frères Grim

    Mario Delgado Aparain (1949 - ….)

    Luis Sepulveda (1949 - ….)

     

    Ce livre c’est un peu « L’os à moelle » du continent latino-américain, comme si un Pierre Dac uruguayen s’était associé à un Pierre Desproges chilien, ou vice-versa : un Desproges uruguayen et un Dac chilien, peu importe, pour écrire un échange épistolaire loufoque, burlesque et truculent. Dans le présent ouvrage, le Professeur Segismundo Ramiro Von Klatsch, installé sur les bords de la mer de Wedel  en Patagonie chilienne et le Docteur Orson C. Castellanos, résidant sur le rivage du Rio de La Plata en Uruguay, s’adressent des courriers pour partager leurs informations au sujet des frères Grim, un couple de jumeaux picaresque, burlesque et absolument improbable –selon la formule consacrée- qui a sillonné le cône du continent latino-américain pendant la première moitié du XX° siècle, dont ils voudraient tous les eux écrire la biographie.

    Ces jumeaux participent volontiers à des rencontres de « payadores » sorte de rappeurs de l’époque, dans cette région, qui vont de concours en concours pour s’affronter en joutes oratoires improvisées en racontant la vie quotidienne des classes populaires et en brocardant tous les pouvoirs sans distinction. Ils participent à toutes les fêtent données par les riches propriétaires. « Don Genaro Kelly avait engagé les meilleurs artistes du cirque Les Aigles humains ; le fameux Pancho Lancaster en était le trapéziste vedette, et son jeune partenaire, Antonio Curtis. Les jumeaux Grim se joignirent à la troupe car il est inconcevable de châtrer mille moutons sans poésie. C’est la grandeur d’âme de cet idyllique monde rural que vous et moi défendons avec la même violence. »

    Ce texte n’est pas seulement un grand moment d’humour absurde et loufoque mais aussi un pamphlet acide à l’adresse des dictateurs qui ont souvent, au XX° siècle, encombré le paysage dans ces régions ; une façon de tourner en dérision la pseudo culture américaine en ridiculisant les vedettes du nord en personnages stupides et balourds au sud ; une dénonciation de la présence et du rôle joué par les nazis recyclés dans la région. Mais, peut-être, surtout, une réflexion un peu plus profonde sur l’absurdité de la vie et de la civilisation actuelle qui a perdu le sens des valeurs réelles.

    Si vous vous décidez à lire ce livre, ne faites surtout pas l’impasse sur le glossaire qui figure au début de l’ouvrage, il est rempli de définitions toutes plus jouissives les unes que les autres. Par exemple :

     « Amérique : Continent victime de la première vague massive d’émigrants clandestins dont on ait souvenir… »

    « Baleines en chaleur : Cétacés dotés d’un comportement occasionnellement lascif dû à l’ingestion de vieux numéros de Play Boy jetés dans l’océan Pacifique depuis les bateaux de croisière. »


  • LES ALGUES et autres textes de Thierry RADIÈRE

    Thierry RADIÈRE publie régulièrement dans des revues papier ou en ligne. Il a publié aux éditions du Zaporogue deux ouvrages. Il nous livre cinq textes récents.


    LES ALGUES

    les algues sont remarquables
    elles s’accrochent rêvent d’eau
    un tableau vert au loin

    tu lis ton premier livre
    appliquée à la pluie coulant
    le long de la baie une paille
    devant toi inerte tes lèvres
    à téter en même temps
    la digue derrière la vitre

    les coquillages avec leur mère
    à flotter là dans ma tête au café
    tu grandis comme un bateau
    revu au port après la tempête

     

    VIDES

    juste après les noix cassées 
    les avions passent au-dessus
    des coquilles à l’abandon
    prises en photo transférées
    dans l’album numérique des pilotes

    plus aucun bruit de téléviseur
    ni d’oiseaux en rut le silence
    se voit jusque dans la maison
    où la bibliothèque ne parle plus
    que d’histoires de nulle part

    les marques du couloir aérien 
    en croquis sur le cahier
    d’écriture de l’enfant
    au moment où il voulait les montrer
    s’effacent plus vite que dans les airs


    HORS DU TEMPS

    pourquoi serait-il trop tard
    je me dis souvent : plus de 
    train à prendre ni de rendez-
    vous à rejoindre juste des
    va-et-vient sans chronomètre
    proche du frôlement avec des
    manies que j’ai de vouloir fixer
    la lessive sur les draps qu’elle
    agisse en profondeur à les trouer
    s’il le faut qu’il se passe une
    action entre deux silences
    histoire d’avoir son mot à 
    dire hors du temps et des plis

     

    AVANT LA GUERRE

    la poudre sortie des balles
    avec laquelle tu dessinais des
    cœurs sur la terrasse blanche
    après nos excursions est prête
    à s’enflammer comme si là
    devant mes yeux tu allais
    mettre à mort une parcelle
    de notre enfance en équilibre
    un bout de rire dans le jaune
    de nos mains tremblantes
    près des lézards à la queue
    rompue un rituel d’adulte
    avant de partir à la guerre

      

    LES ECRIVAINS SAVENT PARLER

    tu me parles des livres de Conrad
    et j’imagine dans ta bouche la partie de domino
    sur la Tamise que ni l’un ni l’autre
    ne semble déterminé à commencer

    c’est la mer qui ressemble aux hommes
    à son étendue correspond la multitude
    en la fixant tu sens la proximité 
    d’un désir de noyade au large de l’horizon

    des ténèbres de Conrad sort une petite
    coque de noix un navire un monde une humanité
    proche des masques qu’on aime regarder 
    parce qu’ils montrent des visages rentrés en nous



    Pour commander ses livres:

    http://www.lulu.com/shop/search.ep?contributorId=876333

     

  • La maison

     

    42maisonpresdelaroute.jpg

    Il l’aimait et rien d’autre ne comptait plus. Un jour, il arriverait, elle lui ouvrirait, elle serait là... Et ce jour arriva, elle lui ouvrit, elle était là. Il découvrait sa maison, celle où elle vivait au quotidien depuis des années. Elle l’accueillait, elle le faisait s’installer, elle allait se préparer, elle l’attendait dans sa chambre, elle l’appelait... Il monta les escaliers mais ne la trouva dans aucune des chambres de l’étage. Elle ne répondait pas à ses appels. Vide et silence. Après plusieurs jours de recherche, il dut bien se faire à l’idée qu’elle avait disparu. Il s’habitua à cette maison, il y prit ses marques. Il vécut là le reste de ses jours. Jamais on ne lui réclama rien, jamais on ne s’inquiéta de l’ancienne propriétaire. Lui-même finit par l’oublier complètement. Il aimait cette maison et rien d’autre ne comptait plus.

     

     

     

  • Auteur à vendre

    images?q=tbn:ANd9GcSpD6-4tEPEbH1qXWZ9o5g1tJOqhBjtIMV7_Q3yxR1bI2VQmKWlAuteur ayant peu publié. Deux prix à son actif. Une résidence d’écrivain à Berck-sur-Mer. Un ouvrage subsidié par L’Office de Tourisme du Pas de Calais. Nombreux ateliers d’écriture à la plage. Bons états de service, lettre de recommandation de son éditeur (en cellule de reconversion suite à la faillite de sa société) à l’appui. Trois critiques favorables et deux mitigées de son premier livre. Deux photos (dont une de groupe) dans des journaux papier. Une exposition de ses livres découpés en lamelles trempées dans le blanc d’œuf et le miel.

    L’auteur proposé à la vente réclame juste une pièce d’habitation (étanche), un lit en fer (avec oreiller ergonomique), une ration alimentaire journalière sans viande ni œufs ni miel (l’auteur végétalien ne supporte plus l’odeur du blanc d’œuf et du miel), un carnet d’écriture sans spirale (de l’échec). (De préférence) pas de sévices corporels ou psychologiques. Assistance sexuelle bienvenue mais pas obligatoire.  Condition primordiale : pas de réseau social, pas de demande d’ami, d’invitation à des jeux, à des événements, pas de citations blanc sur noir à liker, pas d’indignation, pas de pétition à signer, pas de photo de mer, plus de statut, plus de statut, plus de statut d’aucune sorte...

    PS. L’auteur cherche nouvel acquéreur pour son blog : Les Phrases à la Pelle.

     

  • Lancement de livres

    Lors du lancement de ses ouvrages en présence de la presse locale, cet écrivain fait un lancer de livres du haut de la bâtisse de l’association des écrivains de son quartier. Les admirateurs de sa prose, toujours les mêmes, se massent sous l’édifice pour recueillir les saintes écritures avant de s’enfuir avec leur butin béni au préalable d’une dédicace largement encrée.

    Parfois, au cours de ses inaugurations d’un style nouveau, on regrette l’un ou l’autre blessé, le haut d’un crâne éraflé ou une lèvre fendue par une expédition un peu trop brutale, notre écrivain, surtout en période de sortie littéraire, ayant un lancer fort nerveux.

    L’éditeur et la famille de l’écrivain, les amis proches se gardent ce jour-là d’être à portée de l’homme à la main (à défaut de la plume) leste car ils savent que sous prétexte de son largage festif il ne manquera pas de leur envoyer un livre à la gueule, histoire de solder quelques comptes. 

     

  • Un poème d'Antonello PALUMBO

    571158083.JPGHistoire 4

    Nous recherchons la beauté.
    Nous finissons au bord de la mer,
    avec nos yeux incapables de la voir.
    Nous essayons avec notre langue
    d’effacer tous les souvenirs ; 
    mais ils reviennent tous de plus belle.
    Notre langue s’use.
    Désormais,
    nous mêlerons à tout
    ce goût de sable mouillé.

    Quand ils seront finalement partis,
    nos regards se croiseront,
    nous aurons perdu la parole.

    Nous comprendrons alors tous nos silences.

    C’est l’histoire d’un homme
    qui vient d’un pays où il n’y a pas de femmes.
    Le jour où il en voit une
    pour la première fois,
    il comprend l’utilité de ses mains.

    Extrait de Carnet d'un poète assis sur l'horizon

    (illustration de couverture: Perlette ADLER)

    Aux éditions des CARNETS DU DESSERT DE LUNE

    http://lescarnetsdudessertdelune.hautetfort.com/album/catalogue/571158083.html

    Voir les nouveautés et l'actualité des auteurs 

    http://lescarnetsdudessertdelune.hautetfort.com/

    A propos de ce livre, lire Carnet de notes d'un poète, par Laurent Demoulin

    http://www.promotiondeslettres.cfwb.be/index.php?id=collectifpalumbo

  • BLOW UP

    Des montages remarquables d'extraits de films de quelques minutes sur des songwriters, des réalisateurs, des thématiques.

    Voir les TOP 5 (Tom Waits, Gainsbourg, Nirvana, Leonard Cohen...) , C'EST QUOI? (JL Trintignant, Robert De Niro, Nanni Moretti...), BIO EXPRESS (Truffaut, Spielberg, Polanski...). RECUT, CARTE BLANCHE (Une brève histoire du foot par J-P Toussaint...)  et d'autres réjouissances cinématographiques.

    C'est sur Arte.tv

    http://www.arte.tv/fr/3482046.html

  • En relisant Ozu

    images?q=tbn:ANd9GcSrUEZnlGyDQBpEwZdHbpgLA_iSxnX8rot3rBkoEkt-3zbT1Wgppar Philippe Leuckx

    Le cinéma oriental a été découvert très tard. Et encore, Kurosawa, d'abord, Mizoguchi, juste après se sont fait connaître autour des années 1950-1956, grâce surtout aux festivals de Venise et de Cannes, où six oeuvres du dernier cité ont été couronnées des lions d'argent. L'on se souvient bien sûr des fameux "Contes de la lune vague après la pluie" ou de "L'Intendant Sansho".

    Ozu a connu, quant à lui, un plus long purgatoire, puisqu'il fallut attendre la découverte en France de "Voyage à Tokyo" (1953) en...1979.
    Ozu était mort depuis 16 ans.
    Ozu Yasujiro était né le 12 décembre 1903, il mourut le jour de son soixantième anniversaire.
    Dans les "Dossiers du cinéma" (Casterman, 1970) - fabuleuse encyclopédie sur le cinéma, Claude-Jean Philippe évoquait déjà six films sur une production qui déborde la soixantaine.
    En effet, Ozu commence dès le muet, dès 1927, et n'arrêtera que la mort venue.
    On a beaucoup épilogué autour du cinéma-Ozu, cette procédure cinématographique qui consiste à limiter les mouvements de caméra, à positionner la caméra au ras du tatami, à user de plans de coupe comme dans les toutes les scènes inaugurales de ses films des années cinquante et soixante, à faire de la mise en scène une écriture épurée, très lente, soucieuse des détails (que de natures mortes d'intérieurs japonais, chez lui), avec cet apport de la musique, ponctuant ici un geste, là une scène banale, un sentiment retenu au coin de la tendresse (ce père épluchant, tristement, une orange...moment sublime)...
    Il est vrai qu'il y a tout ce qui précède dans les chroniques familiales d'Ozu : peu d'intrigue, le noeud étant toujours cette difficulté de quitter ses proches, d'un point de vue paternel ou filial...
    Les scènes les plus "marquantes" (poignantes serait plus juste) du cinéma-Ozu relève de ce regard unique sur le temps qui passe : ce regard sur les bateaux d'un lac, du surplomb d'un pont où le vieux couple de "Tokyo Monagatari" évoque le départ des enfants et les souvenirs que celui-ci éveille...
    Sublime moment où tous, nous pouvons nous reconnaître...
    Sans doute, loin des cinématographiques éloquentes et visuelles (disons pour simplifier les créateurs d'images-chocs), il y a cette forme de cinéma " essentialiste", intimiste, chardinesque presque : comme chez Satjajit Ray l'Indien, comme chez Tarkovski le Russe, comme ici chez "le plus Japonais des Japonais cinéastes", OZU.
    Trois lettres d'un nom qui murmure un cinéma du temps, philosophique sans le vouloir être, et dont les titres sont eux-mêmes de philosophiques résonances : "Printemps tardif", "Printemps précoce", "Herbes flottantes", "Fleurs d'équinoxe"...
    Le maître japonais n'était pas exempt d'humour. Aussi faut-il revoir avec plaisir "Bonjour" de 1959, "Ohayo" propose l'histoire toute simple de deux garçons qui souhaitent faire acheter à leurs parents un téléviseur...Tous les copains en possèdent...Le refus du père les amène à faire grève de la parole...
    Dans les couleurs chatoyantes des maisons établies le long d'un remblai - et que la caméra montrera à de multiples reprises en un plan fixe de lieu immortalisé -, le cinéaste évoque les aléas de la vie ordinaire, au fil du temps (Wenders qui l'admire et "le mettrait tout entier dans un sanctuaire", a compris cette importance du temps qui coule), de mères de familles et d'enfants, entre soucis d'argent, de tâches... et des clins d'oeil lucides, complices sur les "quatre cents coups" gentillets d'enfants émerveillés par la modernité...
    I N O U B L I A B L E , même dans ce registre plus doux qu'amer, à rebours des autres oeuvres plus tristounettes : "Le goût du saké" et les oeuvres précitées...
    J'ai déploré longtemps de ne pouvoir revoir un OZU. J'ai traqué ses titres dans les rediffusions des années 80, 90...en vain...Il y a quelques années, j'ai pu en revoir trois...Dans les années 70, j'en avais découvert, grâce au ciné-club de Brion (sur France 3), les deux "Printemps", "Voyage à Tokyo", "Fleurs d'équinoxe"...
    Des "chroniqueurs" de la vie qui va, après Chaplin, avant De Sica, Antonioni, Bergman, Tarkovski, Loach, Saura, Scola, Wenders, Amelio, Dardenne, Patric Jean...il y a, ne l'oublions pas, ... O Z U ...

    Extrait de JOURNAL DE DILECTION

     

     

  • L'écrivain des objets

    Pendant qu’il ne quittait pas des yeux l’objet (un compotier) sur lequel il écrivait - on écrit sur ce qu’on peut -, une tasse à laquelle on n’avait rien demandé (on ne parle pas assez aux tasses) lui adressa brusquement la parole. « Bois-moi », dit la tasse. « Embroche-moi », enchérit la fourchette adjacente. « Découpe-moi », lança le couteau qui lorgnait dans sa direction, tous objets visiblement pris d’une folie autodestructrice en relation avec leur fonction (il y a des jours où on regrette de ne pas être objectif pour tout comprendre de la nature des objets).  

    Notre écrivain des objets interloqué remisa tout son matériel d’écriture en un tournemain et jura d’écrire dorénavant comme tout le monde sur les sentiments et les émotions - bien plus dociles. Le compotier émit une remarque sardonique. Et l’écrivain, enhardi par sa neuve résolution, de lui claquer le bec en l’emplissant de son fruit préféré en compote.  

  • La lettre

    Cet auteur reçut un jour d’une femme une lettre qui l’émut davantage que le reste de son courrier postal et électronique. Cela ne touchait ni au style ni au propos de l’envoi mais à quelque chose d’indéfinissable qui, pour la première fois, le conduisit non seulement à répondre mais à entretenir une correspondance suivie avec l’expéditrice.

    L’échange déboucha naturellement sur une rencontre, un amour, un mariage, un roman, un enfant, que du bien. Puis du mal : un divorce, une dépression suivie du suicide de l’auteur et la disparition peu à peu de tous ses livres des rayons des librairies.

    La vie, quoi, des auteurs identiques en cela à celle des gens ordinaires qui n’écrivent sur rien ni personne, se taisent longtemps, parlent beaucoup, font des projets, économisent, dépensent, se retiennent, s’illusionnent, sont déçus, souffrent, attendent, souffrent d’attendre, attendent de souffrir vraiment pour se sentir vivre, meurent plus vite qu’ils ne pensent de n’avoir pas vécu assez, de n’avoir pas assez écrit,  publié, répondu plus vite aux demandes des autres, à telle lettre écrite tel jour dont à l’instant de partir pour de bon ils ne se rappellent plus un mot, plus un seul.        

     

  • Le record

    Lors de la conférence, le conférencier ne dit rien, pas un mot. On compta les silences dans l'assemblée et, au terme de sa prestation, le conférencier fut fort applaudi: il venait de battre le record du monde de l'Association des conférenciers qui n'ont rien à dire. 

  • L'âne de l'écrivain

    Cet écrivain avait-il un âne ? Rien dans ses amitiés, ses amours ne le laissaient penser. Rien dans sa vie. Ni dans sa mort. Aucun indice relevé aux alentours de sa tombe, sur les lieux où il a vécu. Aucun signe non plus dans ses écrits. Mais des recherches menées après son décès par un bataillon d’ânophiles ont révélé qu’il a par contre possédé, étant enfant, un agneau, qu’il a fait griller vivant dans d’affreuses souffrances – pour son premier méchoui. 

  • La douleur de l'exil

    images?q=tbn:ANd9GcQ8ZQRh5vCHHCb0oOMtYL07fF9qsYa379z4wfNeuWrnBJVWnBxm1wpar Denis BILLAMBOZ

    L’exil est un thème récurrent dans la littérature actuelle tant il y a de populations déplacées, plus ou moins volontairement, à travers notre monde. Pour illustrer les difficultés que rencontrent souvent, la  plupart du temps, ces pauvres déracinés, j’ai choisi deux lectures très différentes qui, cependant, se rejoignent dans l’évocation de tous les problèmes et douleurs que rencontrent tous ceux qui doivent, un jour, quitter leur pays pour une raison quelconque. Dinaw Mengestu est né en Ethiopie que ses parents ont quittée alors qu’il n’avait que deux ans et pourtant il a pris la plume pour raconter le sort de ces Africains de diverses origines qui affluent sur le continent américains en espérant y construire une vie décente et qui ne rencontrent que des déconvenues et désespoir. Fawzia Zaouri va elle encore plus loin en racontant le sort de ces deux jeunes maghrébines perdues dans la grande métropole parisienne, livrées à elles-mêmes et à un sort qui s’avèrera bien funeste.

     

    images?q=tbn:ANd9GcRgzOqYWJXpVdjaIjPoOj8qvWczyHOdDuEQ60yfQm6X4zkdHtcuLes belles choses que porte le ciel

    Dinaw Mengestu (1978 - ….)

    A Washington, comme chaque soir, dans un minable quartier peuplé de déracinés en tout genre et de laissés pour compte par la société, trois Africains, Kenneth le Kényan, Joseph le Congolais et Stephanos le narrateur éthiopien, jouent à leur jeu préféré : le jeu des dictateurs qui consiste à évoquer un nom, une date ou un pays et, à partir de cette information, de resituer un coup d’état avec son protagoniste, son pays et son année. Et ce jeu semble inépuisable tant l’Afrique a pu fournir, et fournit toujours,  de matière à ce divertissement.

    Stephanos a fui l’Ethiopie quand les insurgés ont assassiné son père sous yeux, Kenneth a quitté le Kenya pour trouver un peu plus de liberté et se construire un avenir digne de ses capacités et Joseph a choisi l’exil quand Mobutu a fait régner la terreur au Congo, ou au Zaïre, selon les interlocuteurs. Ils ont, tous les trois, reconstruit dans ce coin perdu de la ville un espace d’intimité où ils peuvent se sentir américains, mais aussi africains, car l’exil n’est pas forcément une idée définitive pour tous, la latérite colle encore à leurs semelles. Cet équilibre précaire entre la fuite en avant et la nostalgie du pays est un jour rompu quand le quartier prend une certaine valeur et que des classes plus aisées viennent s’installer au détriment des plus défavorisés qui sont expulsés sans ménagement. Le quartier « blanchit » et Stephanos perd peu à peu ses petits clients qui le faisaient vivoter.

    Parmi ces nouveaux arrivants, Judith, une blanche, et sa fille Naomi,  une métisse, se lient d’amitié avec Stephanos, notamment la jeune fille, avec laquelle il lit « Les frères Karamazov » pour meubler le temps que ces clients lui laissent désormais dans son épicerie désertée. Mais la situation va progressivement se détériorer sous la pression des plus démunis qui ne veulent pas se faire éjecter de ce quartier où ils vivent bien ensemble depuis longtemps déjà.

    Si ce roman évoque le sort des plus démunis dans les villes du monde dit développé, il est avant tout un long exposé sur l’exil dont il envisage tous les aspects. Ces gens qui quittent leur pays, et surtout l’Afrique, parce qu’Ils ont tous quelque chose ou quelqu’un à fuir. « … je n’étais venu en Amérique que pour trouver une vie meilleure. J’étais arrivé en courant et en hurlant, avec les fantômes d’une ancienne vie fermement attachée à mon dos. » Après la fuite, vient le temps de l’intégration qui n’est pas plus facile, « personne, ici, ne te donnera rien pour rien. Cela se passe comme ça, en Amérique. » Mais une nouvelle vie dans un nouveau pays n’efface pas le passé surtout quand il est peuplé de fantômes terrifiants. Et malgré cette nostalgie et ces angoisses rémanentes, le temps de la sédentarisation vient progressivement, insidieusement, « combien de temps m’a-t-il fallu pour comprendre que je ne retournerais plus jamais en Ethiopie ? » Et puis un jour arrive le moment de l’acceptation, « … l’idée, peut-être, que ce que vous regagnez ne peut plus être ce que vous avez quitté. »

    Mengestu dresse aussi, au passage, un portrait inquiétant de cette Afrique partie à la dérive, paradis des petits dictateurs ambitieux, des colonels même pas des généraux, qui sèment la violence, affament les peuples sans vergogne aucune. Mais, il ne s’apitoie pas devant cette situation, il éprouve une espèce d’acceptation en forme de résignation : « … et il semblait trop dur de dire que des choses terribles peuvent arriver aux gens sans aucune raison si ce n’est qu’il faut bien que ces choses arrivent à quelqu’un. » Un sage comme l’Afrique en produisait, et en produit peut-être encore quelques uns, qui sait raconter et conter comme le griot du village qui perpétue la mémoire collective et qui rappelle les hommes à la sagesse ancestrale même ceux que l’exil a coincé entre deux mondes où ils resteront à jamais solitaires.

     

    images?q=tbn:ANd9GcTCvE8xPNz4VgNdkvvL0TUn3zSQIZXaWD0m1wZ_smtI6GaUM7b8EACe pays dont je meurs

    Fawzia Zaouri (1955 - ….)

    En novembre 1998, un fait divers dramatique secoue l’opinion, à l’approche de Noël,  deux jeunes filles algériennes se sont laissées mourir de faim à Paris. L’une est décédée, l’autre a été sauvée de justesse. Fawzia Zouari s’empare de cet événement dramatique pour reconstituer ce qui aurait pu être le chemin de croix qui a conduit  de ces deux jeunes filles à une telle issue.

    Pour se faire, elle se glisse dans la peau de l’aînée, celle qui a survécu, et raconte à la petite sœur qui est en train de mourir de son anorexie, l’histoire de la famille, l’histoire de l’exil, l’histoire de l’arrivée en France avec tout ce que cela comporte. Elle lui raconte son père fils de berger qui a demandé la main de la fille d’un fils de marabout et qui est parti travailler en France pour gagner de l’argent. Elle raconte l’attente de la mère : six ans avant que le père puisse l’emmener dans un minable F3 de la Porte de Vanves. Elle raconte la déception pour cette fière femme algérienne de n’être rien dans cette grande ville qui promettait cependant tout dans la bouche de ceux qui en rêvaient. Elle raconte les humiliations subies par le père, la mère qui doit quitter son voile, l’école où il faut accepter sa différence, cette différence que la petite sœur n’acceptera jamais. Elle est née en France et est et restera toujours française.

    Elle raconte aussi les retours au pays où il faut faire bonne figure quitte à se ruiner pour offrir un cadeau à chacun, pour faire croire qu’on a réussi et qu’on est devenu riche. Seul le paraître compte au bled, il faut toujours sauver la face. Et puis viennent les violences en Algérie qui coupent toutes les possibilités de retour au pays, c’est comme un nouvel exil et le début de la dégringolade après l’accident du père qui entrainera rapidement son décès. Un engrenage infernal va alors se mettre en marche et broyer cette petite société de femmes : la mère totalement inadaptée pour vivre dans une grande ville, la plus jeune des filles anorexique qui ne peut tenir aucun emploi et la plus grande qui prend tout le monde en charge, du moins tant qu’elle le peut.

    Fawzia Zouari dresse un tableau sans concession du fameux miroir aux alouettes qui drainent les populations du Maghreb et, plus généralement, de l’Afrique entière vers les grandes villes européennes où elles viennent gonfler un sous-prolétariat qui survit dans des conditions misérables avec des revenus plus qu’aléatoires. Elle stigmatise aussi fortement le désintérêt des autochtones pour ses populations dans le besoin et n’hésite pas à pointer un doigt accusateur en direction de certains responsables. Mais je ne l’accompagnerai pas dans cette analyse, je lui laisserai ses conclusions. Je déplorerai seulement que sous le prétexte d’une fierté bien mal placée des jeunes femmes puissent encore mourir de faim dans nos grandes villes. Quand la fierté fait office de dignité, la situation peut se dégrader bien vite.

    C’est en tout cas avec une grande délicatesse, beaucoup de sincérité et de lucidité, et une réelle pudeur que l’auteur aborde ce fait divers bien dramatique qui, à mon sens, est plus pitoyable et prosaïque que les explications un peu trop intellectuelles qu’il en donne. La mère est morte de l’Algérie qu’elle a perdue, la fille est morte de la France qu’elle n’a pas eue et l’autre fille serait morte du pays qu’elle n’aurait pas su se construire. C’est une conclusion certes fort intéressante mais il reste qu’il y a tout de même des gestes simples qui peuvent prévenir contre la mort dans de telles circonstances.

  • Une joie sans pareille

    D’un tel ou d’une telle se réjouissant d’avoir lu un livre rare, d’avoir découvert un auteur, un style qui lui a procuré, semble-t-il, une joie sans pareille, nous avons tendance à penser qu’il jouit de la vie d’une façon restrictive, qu’il pourrait user de son temps autrement, profiter de l’existence de bien meilleure façon même si, à vrai dire, nous ne savons pas bien comment, et où diriger nos actions, nos plaisirs. Car, à l'instar de cet excessif, nous aspirons bien vite à nous replonger dans la lecture de cet auteur que nous relisons ou découvrons et qui nous donne, il nous faut bien le reconnaître, une joie sans pareille.