• Heureux qui comme Ulysse: Du Bellay, Brassens & Ridan

    Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
    Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
    Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
    Vivre entre ses parents le reste de son âge !

    Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
    Fumer la cheminée, et en quelle saison
    Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
    Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

    Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
    Que des palais Romains le front audacieux,
    Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

    Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
    Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
    Et plus que l'air marin la doulceur angevine.

    Joachim du Bellay (1522-1560, Les Regrets 

    **********

    Heureux qui comme Ulysse

    paroles additionnelles de Ridan (2007)

    Heureux qui comme Ulysse

    (paroles de G. Brassens-musique de G. Delerue)

    pour le film (1970) d'Henri Colpi avec Fernandel 

    Générique (avec la chanson de Brassens) et début du film:

    http://www.youtube.com/watch?v=TsVOSSorZGc


  • ITHAQUE de Dìnos CHRISTIANÒPOULOS

    ITHAQUE


    Je ne sais si j'ai quitté pour être conséquent

    ou par besoin de me fuir

    l'étroite et mesquine Ithaque

    ses confréries chrétiennes

    sa morale asphyxiante.


    Mais ce n'était pas une solution — juste une demi-mesure.


    Depuis lors je traîne de route en route

    récoltant blessures et expériences.

    Les amis que j'ai aimés, je les ai perdus de vue,

    et suis resté seul, tremblant que ne me voie quelqu'un

    à qui je parlais autrefois d'idéal...


    Je reviens aujourd'hui, dans un ultime effort

    pour me montrer irréprochable, intact, je reviens

    et je suis, mon Dieu, comme le fils prodigue

    qui renonce au vagabondage, et rentre plein d'amertume

    chez son père au grand cœur pour vivre

    dans son giron une prodigalité privée.


    Poséidon, je le porte en moi,

    qui me retient toujours au loin ;

    mais si je peux encore accoster,

    Ithaque me trouvera-t-elle, vraiment, la solution ?

     


    SOIRÉE

    C'était une belle soirée, nous bavardions sur le trottoir à n'en plus finir.

    Les oiseaux chantaient, les gens passaient, les voitures filaient.

    À la fenêtre en face la radio jouait des rebètika,

    la fiancée du voisin fredonnait son mal d'amour.

    L'acacia perdait ses feuilles, le jasmin embaumait,

    Les garçons jouaient à cache-cache près du Parc

    et les filles sautaient à la corde —

    ils jouaient, ne sachant rien de la mort,

    ils jouaient, ne sachant rien du remords,

    et je les ai soudain aimés, les humains ce soir-là,

    beaucoup aimés, je ne sais pourquoi, comme avant d'aller mourir.

     Dìnos Christianòpoulos (1931-)

    traduction de Michel Volkovitch

    + de poèmes de Christianòpoulos:

  • ITHAQUE de Constantin CAVAFY (dans les traductions de Lacarrière et Yourcenar)

    Poème écrit en grec moderne, en vers et divisé en 5 strophes, de Constantin Cavafy (1863-1933) écrit à Alexandrie en 1911... dans les traductions de Marguerite Yourcenar (en prose) et de Jacques Lacarrière (en vers).


    Ithaque 

    Quand tu partiras pour Ithaque, souhaite que le chemin soit long, riche en péripéties et en expériences. Ne crains ni les Lestrygons, ni les Cyclopes, ni la colère de Neptune. Tu ne verras rien de pareil sur ta route si tes pensées restent hautes, si ton corps et ton âme ne se laissent effleurer que par des émotions sans bassesse.Tu ne rencontreras ni les Lestrygons, ni les Cyclopes, ni le farouche Neptune, si tu ne les portes pas en toi-même, si ton cœur ne les dresse pas devant toi.

    Souhaite que le chemin soit long, que nombreux soient les matins d'été, où (avec quelles délices!) tu pénétreras dans des ports vus pour la première fois. Fais escale à des comptoirs phéniciens, et acquiers de belles marchandises : nacre et corail, ambre et ébène, et mille sortes d'entêtants parfums. Acquiers le plus possible de ces entêtants parfums. Visite de nombreuses cités égyptiennes, et instruis-toi avidement auprès de leurs sages.

    Garde sans cesse Ithaque présente dans ton esprit. Ton but final est d'y parvenir, mais n'écourte pas ton voyage : mieux vaut qu'il dure de longues années et que tu abordes enfin dans ton île aux jours de ta vieillesse, riche de tout ce que tu as gagné en chemin, sans attendre qu'Ithaque t'enrichisse.

    Ithaque t'a donné le beau voyage : sans elle, tu ne te serais pas mis en route. Elle n'a plus rien à te donner. Si tu la trouves pauvre, Ithaque ne t'a pas trompé. Sage comme tu l'es devenu à la suite de tant d'expériences, tu as enfin compris ce que signifient les Ithaques.


    Traduction de Marguerite Yourcenar


    *****

    Le chemin vers Ithaque

    Quand tu prendras le chemin vers Ithaque

    Souhaite que dure le voyage,

    Qu'il soit plein d'aventures et plein d'enseignements.

    Les Lestrygons et les Cyclopes,

    Les fureurs de Poséidon, ne les redoute pas.

    Tu ne les trouveras pas sur ton trajet

    Si ta pensée demeure sereine, si seuls de purs

    Émois effleurent ton âme et ton corps.

    Les Lestrygons et les Cyclopes,

    Les violences de Poséidon, tu ne les verras pas

    A moins de les receler en toi-même

    Ou à moins que ton âme ne les dresse devant toi.

    Souhaite que dure le voyage.

    Que nombreux soient les matins d'été où

    Avec quelle ferveur et quelle délectation

    Tu aborderas à des ports inconnus !

    Arrête-toi aux comptoirs phéniciens

    Acquiers-y de belles marchandises

    Nacres, coraux, ambres et ébènes

    Et toutes sortes d'entêtants parfums

    Le plus possible d'entêtants parfums,

    Visite aussi les nombreuses cités de l'Égypte

    Pour t'y instruire, t'y initier auprès des sages.

    Et surtout n 'oublie pas Ithaque.

    Y parvenir est ton unique but.

    Mais ne presse pas ton voyage

    Prolonge-le le plus longtemps possible

    Et n'atteint l'île qu'une fois vieux,

    Riche de tous les gains de ton voyage

    Tu n 'auras plus besoin qu'Ithaque t'enrichisse.

    Ithaque t'a accordé le beau voyage,

    Sans- elle, tu ne serais jamais parti.

    Elle n'a rien d'autre à te donner.

    Et si pauvre qu'elle te paraisse

    Ithaque ne t'aura pas trompé.

    Sage et riche de tant d'acquis

    Tu auras compris ce que signifient les Ithaques.


    Traduction de Jacques Lacarrière

    "Écrit loin d'Ithaque mais au cœur de la véritable Odyssée. Je l'ai traduit moi-même pour pouvoir côtoyer au plus près les images du poète, naviguer vent debout en ses phrases et ses vers car jamais poème n'a dit tant de choses en si peu de mots. Surtout, jamais poème n'a autant rajeuni en inversant son sens le plus vieux mythe de la Grèce. Sens inversé, oui, sens retourné du grand poème du Retour car ce texte dit exactement l'inverse des mythes habituels du voyage qui tous dérivent peu ou prou de ceux de L'Odyssée. On pouvait croire, jusqu'à Cavafy, que le but réel d'Ulysse était de se rendre à Ithaque, de retrouver sa femme, son foyer, son trône et ses sujets et que les mille incidents, accidents du parcours étaient autant d'obstacles inutiles, et de retards malencontreux. Il n'en est rien, du moins aux yeux de Cavafy. Il exprime ici dans Ithaque le sens, le message implicites de L'Odyssée à savoir que l'essentiel d'un voyage n'est pas son but mais le voyage lui-même. Ithaque n'est ici que le prétexte d'un retour qui devient, par les épreuves traversées, un véritable retour sur soi-même. Loin d'être des obstacles ou des empêchements, ces épreuves deviennent des sources de salut ou de connaissance et c'est pour elles, par elles, que le voyage prend son sens. Voilà ce que nous dit - bien mieux que je ne l'exprime ici - Cavafy dans ce merveilleux texte, voilà pourquoi Lestrygons et Cyclopes deviennent soudain des monstres illusoires (puisque c'est nous qui les forgeons) mais d'autant plus difficiles à vaincre qu'ils sont une part de nous-mêmes. Si nous sommes à la fois Ulysse et les Sirènes, à quoi sert de boucher nos oreilles à la cire, puisque leur chant est aussi notre chant intérieur ? Si nous sommes à la fois Ulysse et Polyphème, est-il possible de crever l'œil du Cyclope sans nous aveugler nous aussi ? 

    C'est une lecture neuve de L'Odyssée que propose ici Cavafy, même s'il ne s'attarde guère sur la plupart des épisodes. "

    Lire la suite du commentaire de Jacques Lacarrière:

    http://www.cles.com/enquetes/article/le-chemin-vers-ithaque/page/0/1

    A propos de deux traductions de l'Odyssée d'Homère:

    http://interlibros.over-blog.com/article-26531728.html

  • Radio Julos.com

    IMG_8319b.jpgLa radio de la francophonie en chansons à travers le monde.

    Les plus grands poètes de la francophonie chantent leurs pays et leurs régions.

    Le fil conducteur des programmes JULOS BEAUCARNE le chantre Belge.

    http://www.radiojulos.com/


  • Alain Peters

    Alain Peters (1950- 1992) est un poète et chanteur réunionnais 

    Rest'la Molaya

    Mangé pour le coeur

     

  • Jeunesse néo-calédonienne

    images?q=tbn:ANd9GcTYoFvu79c_eePKLF4eGg6_gJ7RLEFmuOeHUv4GO2dlCHgAxx5Vpar Denis BILLAMBOZ

    En 2010, au Salon du Livre de Paris, j’ai fait une halte fructueuse sur le stand de la littérature de l’Océanie où j’ai rencontré quelques auteurs et acheté une belle poignée de livres. J’ai notamment trouvé les deux livres que je réunis aujourd’hui dans une même lecture car ils évoquent, tous les deux, les difficultés des jeunes mélanésiens à s’intégrer dans la société construite par les Européens, ce qui n’est pas très original en soi ; le sujet a déjà provoqué, sous d’autres cieux, la publication de nombreux textes. Ce qui a surtout retenu mon attention, c’est la qualité de l’écriture de ces auteurs nés aux antipodes et qui n’en possèdent pas moins un art consommé de l’usage de notre langue. Ce stand a ainsi largement démontré que la métropole mésestime par trop la littérature de ces territoires qui fait pourtant grand honneur à la culture francophone.

     

    images?q=tbn:ANd9GcT0qs_vBvAQU3P-imi4TgQiKsmfDurEeEgG-fqaA6ocIbBMOMiaLQGood night friend

    Nicolas Kurtovitch (1955 - ….)

    J’ai rencontré Nicolas Kurtovitch au dernier Salon du livre de Paris et je lui ai acheté ce petit roman qui raconte une histoire calédonienne construite comme une tragédie grecque transplantée sous le soleil de Nouméa. Ce petit livre mêle adroitement les croyances locales ancestrales, la tradition, les pouvoirs occultes et la raison des Blancs avec le fatalisme de la tragédie antique. Le père de Léa a tué le sorcier qui avait inoculé une maladie fatale à sa fille qui refusait ses avances et il s’est livré à la police pour expier sa faute mais le fils du sorcier se fait emprisonner pour une raison vénielle afin d’assumer la vengeance que la tradition locale impose.

    La vengeance peut être évitée si le fils aîné de la famille présente le pardon rituel à la famille de la victime, mais ce fils a disparu sans laisser d’indices sur sa destination ; Léa se lance à sa recherche dans les squats et dans les brousses où pullule une faune dangereuse ; où elle vivra une aventure douloureuse.

    Nicolas a écrit de la poésie et du théâtre avant de se lancer dans la fiction romanesque, il en a gardé le sens de la mise en scène avec des phrases courtes et percutantes comme des répliques, un rythme qui conviendrait à la scène et une langue qui doit encore à la poésie. Il utilise aussi un procédé peu habituel qui consiste a toujours faire parler le narrateur à la première personne même si celui-ci n’est pas toujours le même personnage du roman, une façon de toujours impliquer le lecteur au cœur de l’action.

    Un joli petit roman d’une facture originale qui aborde des thèmes très actuels comme la difficulté de ces exilés de l’intérieur qui ont abandonné leur terre, et le nom qui y est attaché, pour rejoindre la ville où ils n’ont aucun repère, où ils ne savent pas guider leurs enfants qui partent à la dérive alcoolisée proposée par le monde des Blancs. Des Européens qui ont construit une ville anarchique pour exploiter la richesse du sol calédonien, le nickel, ce sol qui donne l’identité aux Kanaks et les rattache à un clan. C’est l’histoire d’une civilisation explosée, démantibulée, qui n’arrive pas à concilier la tradition millénaire transmise par les ancêtres avec les règles cartésiennes imposées par les Blancs.

    L’irruption des Européens dans un monde qui possédait ces propres règles, sa tradition, ses rites et coutumes, pour construire une ville anarchique qui ne répond qu’à un objectif économique et provoque l’afflux d’une population qui s’entasse dans des squats qui ne sont pas sans évoquer les favelas que Jorge Amado a vu pousser, au Brésil, dans « Les pâtres de la nuit ». Les autochtones s’égarent dans le labyrinthe de cette ville et n’osent pas retourner vers la terre qu’ils ont trahie car chacun « sait que le nom dans la société kanake est la terre, il est Une terre. » Et Léa cherchera son nom, comme sa mère cherchera son territoire, et comme son frère retourne à la nature, dans la même quête identitaire pour redonner un sens à leur vie.

     

    images?q=tbn:ANd9GcTsMHYTC4g4uHUAr2WKXjbBiKd3bCHWj0Os1nnRS1DR2L9XI2x-Tôghàn

    Marcel Melthérorong (1975 - ….)

    Un livre inattendu, une découverte au dernier Salon du livre de Paris, mais surtout « le premier roman jamais publié d’un auteur francophone du Vanuatu ». Un excellent point de départ, une très belle écriture, claire et pure comme l’eau d’un lagon qui devrait inspirer d’autres vocations.

    « C’était dans cette partie du monde où les saisons sont rythmées par la culture des tubercules, où le soleil est un allié qui peut s’avérer aussi dangereux que le sabre aiguisé pour la coupe des noix de coco, où la mer est un jardin soumis aux mêmes règles que la terre, où les traditions ancestrales se perpétuent, pas si immuablement qu’auparavant… »

    Tôghàn, « un mélange de sagesse, de rage et d’intelligence. », un jeune Vanuatais débarqué avec sa famille à Nouméa pour que le père puisse trouver un travail, s’est fait pincer avec ses potes en train de cambrioler la maison d’un ami qu’ils accusaient d’être trop hautain à leur endroit. Un casse minable, pour une raison minable, mais sous l’emprise de la drogue qu’il commercialise sans vergogne car la consommation de cette herbe fait partie de leur culture.

    En prison il côtoie tous les repris de justice, du dealer de drogue à l’assassin, et il découvre l’ennui, l’humiliation, la haine, la révolte, la rébellion,... la fameuse chaîne qui fabrique les délinquants chevronnés mais aussi les nationalistes convaincus et extrémistes. Mais, lui, il a une idée, il a bousillé sa vie, il était pourtant un excellent élève, il a trouvé une autre voie, il veut marcher sur les traces de ses ancêtres dans le pays abandonné, il pourra ainsi renouer avec la nature, les coutumes et la culture de ses pères et, surtout, retrouver un peu plus d’humanité. Il a bien compris la loi du quartier, la loi qui stipule avec un certain fatalisme : « Laisse le quartier éduquer ton frère et quand il comprendra, soit il partira, soit il restera ! »

    Un livre inattendu, peut-être, mais nullement surprenant qui reprend les thèmes bien connus : la colonisation et ses méfaits, l’exil et son déracinement, les quartiers et la déshumanisation, la dérive et l’explosion des familles, la révolte et l’escalade de la violence qui peut conduire jusqu’à l’extrémité inéluctable comme, en 1994, dans la grotte d’Ouvéa.

    « On ne voyait jamais les étoiles,

    Mais on en rêvait chaque soir. »

    Tôghàn l’a promis,  « Il n’y aura pas de prochaine fois »

  • La littérature, discipline olympique : nos représentants à Londres.

    Pour la trentième édition des Jeux Olympiques, la Communauté française de Belgique a envoyé à Londres une délégation littéraire. Afin de décrocher une médaille dans cette exigeante (on pense aux 100 mètres écriture libre ou au marathon du roman) et neuve discipline olympique, la Communauté a innové, s’adjoignant des chercheurs des meilleures universités. Des croisements de gènes entre grands sportifs et écrivains ont eu lieu, le résultat est surprenant et, on l’espère, prometteur de belles surprises. Ainsi la délégation comptera (entre autres) : Xavier Deutsch-Merckx, François Weyergans-Ickx, Caroline Lamarche-Hellebaut, Bernard Tirtiaux-Saive, Amélie Nothomb-Henin, Nicolas Ancion-Van Himst ou Thomas Gunzig-Borlée.

    Après examen des résultats obtenus, nos scientifiques s’autoriseront des expérimentations plus pointues sur les jeunes écrivains afin d’optimiser leurs performances athlétiques pour les prochains Jeux de Rio.

     

  • La machine à tuer le temps / Luc Dietrich

    Et alors, ayant payé ma place,  j’entrais par le tuyau feutré dans la machine à tuer le temps.
    Car, de même qu’il est, dit-on, dans les Amériques, des usines où l’on introduit le cochon tout vif et qui le crachent sous forme de saucisses et de brosses à dents, de même le cinéma triture notre temps et nous digère.
    Celui qui a payé sa place n’a plus qu’à se caler sur le fauteuil d’opération et à se laisser faire, les mains sur les genoux ou sur le ventre. Il est quitte d’efforts, d’imagination, d’aspirations. Il trouve cela tout fait devant lui. Du fond de son obscurité il se voit projeté dans la gloire. Il se voit paré des plus beaux habits, touché au vif par toutes les allusions flatteuses, aimé par les duchesses, portant la main aux plats sur des nappes de dentelles, souriant dans les batailles et fumant des cigarettes au milieu des cataclysmes, tandis qu’autour de lui les autres trament des manigances qui échouent, se trompent, sont punis, meurent et le méritent : la musique huile le tout.

    Et de même que les bolcheviks attachent des banderoles sur le mur des églises, qui portent ces mots : « La religion est l’opium du peuple », j’aurais voulu voir inscrit aux frontons de ces petits temples : « Ici de l’opium pour le peuple. »

    C’est bien ainsi que je l’entendais : quatre à cinq heures de séances me valaient une pincée de poudre blanche.

    Luc DIETRICH

    in L'apprentissage de la ville 

  • La fabrication de l'homme inférieur / Luc Dietrich

    Le jeu consiste à fabriquer un homme : l’homme inférieur.

    Je produis d’abord un vague tronc, je l’assieds sur des jambes, je lui visse des bras qui se mettent aussitôt à moudre l’air. Je lui jette deux mains. Je l’anime en outre de très grands pieds. Puis vient le moment délicat de lui pratiquer un visage : je lui enfonce des yeux, je lui coupe une bouche ; je lui ouvrage des oreilles ; je le perce deux fois, d’un trou de nez ; je lui plante en haut un plumet de cheveux. Je l’habille comme tout le monde et le garnis de toutes les mauvaises qualités que je connais et de toutes les pensées que je déteste le plus. Puis, malgré sa récalcitrance toute neuve, je l’attrape par le collet et lui fourre le nez dans la foule et dans les événements. Pendant ce temps, je fais pour lui la terre, les saisons et les villes ; lui fournis les véhicules, les femmes et tout ce qu’il va casser. Et moi, avec une bonne foi et une bonne volonté qu’on peut qualifier de divines, je m’évertue à ne lui mettre en main que des actes et des desseins parfaitement agencés ; car la règle du jeu consiste précisément à prouver qu’il n’y a rien à tirer de ce malotru.

    Au moment où tout lui croule à la fois sous les pieds et sur la tête, le voilà qui se plaint et proteste que c’est la faute des autres.

    A ce moment il se retourne et je le reconnais : c’est moi.

    Luc Dietrich (1913-1944)

    extrait de L’apprentissage de la ville

    Voir la présentation d'Olivier Barrot

    http://www.youtube.com/watch?v=AsF5gtHqZ1k 




  • Le choix 'chanson' de Véronique Janzyk

    Barbara CARLOTTI / 14 ans

    http://www.barbaracarlotti.com/

    Hubert-Félix THIEFAINE / Les fastes de la solitude

    http://www.thiefaine.com/

     Georges BRASSENS / L'orage

    http://www.georges-brassens.com/

  • Interview Livres & vous: Véronique JANZYK

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    Véronique JANZYK est journaliste. Elle est en charge de la communication  à l'Observatoire de la Santé de la Province du Hainaut. Elle a publié trois livres : Auto (éd. La chambre d’échos, 2002), La Maison (éd. Le Fram, 2008) et Trois Poètes Belges - avec Serge Delaive et Antoine Wauters (éd. du Murmure, 2010). Elle vit à Charleroi.


    Premier souvenir de lecture. Le livre qui vous a donné envie d’écrire. Votre ou vos auteur(s) fétiche(s).

    « Mémoire d’un âne » de la Comtesse de Ségur. C’est mon premier souvenir de lecture. Je dormais avec le livre sous mon oreiller. Une adoration pour Cadichon. Si courageux dans l’adversité.  Je crois que c’est grâce à Cadichon que je me suis mise à écrire, petite. Il avait écrit ses Mémoires, j’y suis allée de mon journal…images?q=tbn:ANd9GcSMMfkic1JvH7lfxQMV6ct_bLgL509L35GgooWlqo-U4AduDQ8ZWg

    images?q=tbn:ANd9GcTeepcfspSTWCuNz_cDaXuPMsr5VV7Uh_2zRWfIXgzToC7Uc0oqDes auteurs fétiches ? Il y a bien sûr Christian Bobin. Le seul qui ait un « pouvoir lacrymal » sur moi. Certaines pages m’emportent vraiment par leur beauté. J’éprouve un vrai sentiment de gratitude. Les textes courts de « La Part manquante » me touchent énormément. Il n’y a que lui pour décrire une vache comme un ange…Un animal qu’il croise à l’occasion d’une fugue alors qu’il est enfant. Sinon, j’aime beaucoup Zweig, et intensément « La Confusion des sentiments ». Doubrovsky (celui du « Livre brisé » et de « L’Après-vivre ». J’ai découvert il n’y a pas longtemps Brigitte Giraud, une belle sensibilité. Franz Bartelt me réjouit, par sa politesse, son inconvenance, sa manière de rendre grâce à la vie, et à ses frères humains (qu’il châtie bien aussi).

     

    Une trouvaille littéraire, un auteur méconnu à recommander

    Je ne sais pas s’il est méconnu, mais j’ai eu la chance de rencontrer les livres de Richardimages?q=tbn:ANd9GcT_xksgVaswGooIMRO-oegujumcnXzAQ93MHNZYEnY9jP9-odKD Morgiève. « Mon petit garçon », « Sex vox dominam », deux livres aux antipodes mais qui happent.
    Récemment, Vincent Delecroix, pour son "retour à bruxelles", un récit envoûtant, celui dune rencontre dans un train prolongée à bruxelles, c'est ciselé, ample, très inspiré (et nostalgique, mais avec panache). 

     


    Le livre(s) que vous n’auriez jamais dû lire, que vous n’avez jamais pu lire 

    Je n’en finis pas de commencer Joyce. Ce n’est pas faute d’essayer. On dit que les tentatives  accroissent les chances de succès alors je garde espoir. J’ai commencé une biographie, ça peut être une porte d’entrée.


    L’écrivain que vous avez aimé, auriez aimé (écrivain disparu), ou aimeriez rencontrer.

    Oh mais je les rencontre dans leurs livres, c’est le meilleur des points de rendez-vous ! 


    Comment lisez-vous?  

    Je lis souvent en faisant du step, du vélo à la salle de sport.images?q=tbn:ANd9GcRW5xmWMPtPrbMyc3iva5KAUGlDFrNSL__Et3Nh1HFvkd4POhI

     

    Citation préférée.

    « Je suis riche de ce qui me manque » de Philippe Léotard

     

    Pouvez-nous raconter la genèse de l’un ou l’autre de vos livres.

    « Auto » rédigé en voiture sur des post-it


    En quelques lignes, votre prochain livre ou travail en cours.

    Des nouvelles consacrées à des femmes. Quinze portraits. Une fan, une facebookeuse, une athlète, une démonstratrice, une passionaria des bêtes, une chasseuse…Je me suis bien amusée. Il va de soi que je les connais toutes…


    Coup(s) de cœur artistique récent.

    images?q=tbn:ANd9GcQZLQvxYzpqaWEChR-dDJ1wpDeTVdPCERorCwagrGovWMh1g9_mNgDeux coups de cœur simultanés, deux lectures en écho : « Les Aimants » de Jean-Marc Parisis et « Royal Romance » de François Weyergans. Ils évoquent admirablement l’un une liaison au long court, l’autre une liaison à éclipse avec chez l’un et l’autre un malaise, une forme de culpabilité ; ça donne deux très beaux portraits de femmes, de couples et d’écrivains.images?q=tbn:ANd9GcSCpCGO2Tr-sCrr7UawxVYuEWjFl8OGrU_a0UAn1hKhVZrLP0EIRg


    Un conseil d’écriture à un jeune auteur ?

    Con-ti-nu-er (et lire)

     

    Quand je lis ou/et j’écris, je...

    Me sens vivante, d’un sentiment particulier…


     

  • AUTO (La chambre d’échos, 2002) + LA MAISON (Le Fram, 2008), Véronique JANZY

    Véronique Janzyk circonscrit des îlots de sens dans la mer du quotidien. Balises qui définissent un parcours en pointillés derrière lequel se dessine en creux l’ombre de l’auteure. Elle tire vérité des impressions éprouvées à l’épreuve des faits, sur lesquels elle n’intervient pas hormis si ce n’est à titre d’observatrice, de scripte. Les corps, eux, sont mis en retrait, vus de biais, à la dérobée, toujours au service du motif, jamais gratuitement, sans raison.

    MonoJanzyk.jpgJanzyk écrit par fragments, sans mettre en avant ses affects, en tenant à distance de son moi, images?q=tbn:ANd9GcTrSQ_lBGUqrPLneojTM9tQpP_Wm_3aDN6H9oYUTYqqLRTvXekQ7Acomme en respect, le lecteur. Par cet angle de vue, elle rend davantage partie prenante de ce qu’elle raconte. Un peu à la façon du Journal du Dehors d’Ernaux ou de l’Outside de Duras.

    C’est à nous, à nos vies que renvoient ces menus faits collectés. Tour de force que d’avoir pensé, à quelques années d’intervalle, à l’auto, à la maison, nos deux chez soi, mobile ou fixé à demeure, qui permettent, l’un, d’aller vers les autres, l’autre, de se replier. Mais ces deux lieux peuvent se révéler à l’origine de mouvements autres que ceux auxquels ils sont destinés.  

    Pour Auto, on pense aussi au Trafic de Tati. Jeux sur les signes et les significations, sur ce qui échappe à l’attention, sur ce qui la retient... Le Barthes des Mythologies (entre autres) n’est, dans les deux textes, jamais loin. Malinconi et Mréjen sont de la même famille littéraire. 

    Dans l’interview accordée à Jacques de Decker dans le cadre de l’émission Mille feuilles, le critique parle justement à propos de l’écriture de La Maison de pointillisme. Il faut en effet prendre de la distance, du recul pour embrasser le dessin, la perspective de la composition. Et on reste à la fin avec de la couleur sur les doigts, une fine couche de ressenti, comme une mélancolie.   

    Les phrases sont ce qu’il reste de ce qui a été vu, éprouvé. Traces ultimes. Ecrites à l’économie, en pesant chaque mot. Des phrases nettes, volontairement fragiles, donc fortes, charriant une impression de déjà vécu, teintée du regret des choses passées et à jamais.

    E.A.

    EXTRAITS

    « Cela arrive plus souvent qu’on le croit aux conducteurs fatigués, pas seulement d’avoir trop roulé. Leur attention myope traverse le pare-brise pour se focaliser sur les plaques d’immatriculation et les interpréter. Les reliefs de lettres et de chiffres sont des impasses  où les esprits viennent se réfugier. C’est un prénom, un lieu, un mois, une ville, un nom commun amputés, mais reconnus et qui parlent. C’est un événement heureux, une catastrophe passés ou à venir. L’esprit reconstitue, colmate les brèches, rassemble les fragments pour les précipiter vers une seule et unique destination : la signification. »

    Auto, p.39

     

    « L’imper retiré en hâte du cintre où il séchait est aussitôt enfilé. Dans la matinée, elle ôte et remet le vêtement sans rien remarquer. Ce n’est qu’en fin d’après-midi, alors qu’elle regagne la voiture qu’elle croise son propre reflet. Une pince à linge est restée accrochée  au revers du vêtement ! Quelqu’un l’a-t-il vue ? Si oui, pourquoi n’a-t-il rien dit ? Elle-même n’a rien senti de ce poids léger sur le vêtement. Il aura fallu la voiture pour le lui révéler, mais tardivement. »

    Auto, p 46

     

    « Au lavoir, mon voisin fait sécher des balles de tennis. Boules de loterie dans le tambour. »

    La maison, p.48

     

    Et si à force d’être entrée, sortie, d’avoir porté des matériaux, extrait des vieilleries de l’intérieur, depuis la cave jusqu’au grenier, en passant par le jardin, avoir vu tous les ressorts de l’habitation, je ne me sentais plus jamais à l’intérieur de la maison ?

    La maison, p.69

     

  • Jean-Roger Caussimon - Eric Robrecht / Il fait soleil + Les coeurs purs

    Il fait soleil (musique d'Éric Robrecht)

    Les coeurs purs (musique d'Éric Robrecht)

    La version d'E. Robrecht

    http://www.youtube.com/watch?v=E2-WvIIdEMQ

  • Jean-Michel AUBEVERT, De Lanterne et d'Améthyste (Le Coudrier)


    images?q=tbn:ANd9GcRTXlMzgsSLy7n9sf_i0xby-k7Zo1r0PrFDYkt46a5wZ53GC1zmmApar Philippe LEUCKX

    L'attirance pour les lumières nées de la nuit - un univers tissé de reflets, d'indécises présences, de fluctuations aériennes - est telle chez cet auteur de soixante printemps que le lire réactive l'offrande des poèmes : on goûte le vocable mûrement choisi; on se délecte d'une précise avancée des mots pour dire l'effraction du blanc dans la masse obscure, pour happer le vol des insectes de nuit.

    Aidé des images de Joëlle Aubevert, le poète de "Venir au jour" nous livre, dans une langue précieuse (au meilleur sens du terme, au sens où l'entendait Claude Roy à propos de Supervielle dans sa monographie Seghers), "la transpiration du ciel". Chez lui, "les chiens aboient après la neige", l' "eau remonte des abysses", "le bleu plus profond qu'une lumière". C'est dire le tact poétique, l'élégance verbale pour nous "toucher" de l'essence des réalités.Coudrier-Aubevert-RD.jpg

    Que faut-il célébrer le plus, ici, dans la nuance des notations poétiques ("Vire la lanterne aux papillons de nuit")? La prose assurée de poésies aussi éloignées que possible de celles qu'on taxe de scolaires? L'exploitation des quatre éléments, qui eût fait bien plaisir à notre Gaston de Bar-sur-Aube? L'ignorance, en matière poétique, des effets-mode, de ce qu'il s'agit d'écrire parce que etc.? Le poète sait, comme le disait Mounin à propos d'Umberto Saba , qu'on écrit " contre la mode, sans la mode"...à côté de la mode.

    Il y a de tout cela chez notre poète : la langue qu'il propose est d'un classicisme personnel et inaltérable : pas d'effets, seule la langue coule, maîtrisée pour dire un territoire, un univers où l'espace et le temps de lumière croissent et se démultiplient en sens.

    "J'accepte l'offrande des bruyères sur la lande, le grésillement de la brande au fouet des genêts, le calice profond  des lys où s'émeut ma narine" (p.32)

    "des rêves où nous logeons nos ombres" (p.46)

    Pointons, en passant, l’aisance allitérative.

    Le poète, dans ce dixième recueil publié au Coudrier, confirme sa place et ses marques.

     

  • LE MIROIR: la vie d'un homme de 4 à 9O ans

    Réalisé par le duo français Ramon & Pedro, Le Miroir montre la vie d'un homme de son enface à sa vieillesse, le tout devant le miroir de sa salle de bain. 

    Quatre acteurs (dont trois de la même famille) ont participé au tournage dont Henri Dès.

    Le Miroir a reçu le prix du court métrage le plus créatif au festival international du film de Shanghai.

    Le making-of


  • Astronaute astigmate recherche robot cyclope version vintage spécialiste en danse du ventre pour fantastique voyage intergalactique, Patrick LOWIE


    thumb.jpg...

    Voix off

    Alors, tu l’a lu ?

    Lecteur astigmate

    Oui. Avec un évident plaisir... Patrick Lowie décrit bien cette interface...  ce cross-over...  entre robot et humain... en train de s’installer... L’Homme vit une mutation... Le lien qu’entretient l’humain  avec le robot n’est pas sans rappeler la relation entre mortels et dieux dans la Grèce antique.

    Voix off

    Et encore...

    Lecteur astigmate

    Il y a des passages poignants... C’est moins, on comprend, le corps que la présence qui compte dans la relation amoureuse: une voix... une image c’est désincarné...  enfin on ne peut pas les toucher...

    Voix off

    Comme moi alors.

    Lecteur astigmate

    Si tu veux...

    Voix off

    Mais tu n’as encore rien dit de l’argument ?

    Lecteur astigmate

    En l'An 23 du calendrier Jobsien, Astronaute astigmate et Robot cyclope, séparés par des années-lumière entretiennent une relation virtuelle intense qui dure depuis 51 jours... Un amour impossible, quoi... Mais qui ébranle les protagonistes... les autodétruit... tend à modifier leur espèce... Les métamorphose... Il y a aussi une voix off... comme la voix intérieure de l’astronaute.

    Voix off

    Bien vu...Tu crois, toi, qu’on peut tomber amoureux d’un robot ?

    Lecteur astigmate

    J’en suis certain... On tombe bien amoureux d’un animal, d’objets inanimés, d’images... Je veux ajouter quelque chose... tu es toujours là...

    Voix off

    Toujours à l’ écoute...

    Lecteur astigmate

    Il faut lire jusqu’à l’acte V... Car ce n’est pas aussi figé qu’il y paraît... L’action évolue...Les époques changent... Et tout du long c’est nappé d’une couche de second degré, d’un humour de sable fin, je dirais...

    Voix off

    Tu as de ces images !... L’auteur en est à sa septième pièce quand même...

    Lecteur astigmate

    Pour tout dire, je te le conseille... Tu peux aussi le télécharger.

    Voix off

    Tu me donnes toutes les infos en privé car on risque d’embêter les robots... pardon, les témoins de notre échange... A tout de suite...

    Lecteur astigmate

    A tout de suite... Je déconnecte...

    E.A.

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    LIENS UTILES

    Les éditions PAT

    http://www.e-pat.com/catalogue.html

    La Cie Patrick LOWIE 

    http://www.facebook.com/cie.patrick.lowie

  • Des concerts en direct du Paléo festival de Nyon

    Le programme des concerts en direct

    Mardi 17 juillet > Hubert-Félix Thiéfaine, 18:45

    Mercredi 18 juillet > Dionysos, 18:45

    Mercredi 18 juillet > The Cure (seulement la première heure), 20:45

    Jeudi 19 juillet > Caravan Palace, 19:00

    Jeudi 19 juillet > Groundation, 20:00

    Jeudi 19 juillet > Stephan Eicher, 21:00

    Jeudi 19 juillet > Raggasonic, 23:45

    Vendredi 20 juillet > Irma, 20:00

    Samedi 21 juillet > Garbage, 19h (uniquement sur le territoire suisse!)

    Samedi 21 juillet > The Kooks, 21:45

    Samedi 21 juillet > Bloc Party, 22:45

    Plusieurs concerts sont également mis en ligne en différé durant le Festival!

    http://yeah.paleo.ch/fr/page/le-programme-des-concerts-en-direct

  • Hippoésie / Edouard Nicolas

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    Quand je m'étire en langueur

    Au pays du mutin calme,

    Quand mouchoir essuie mes fleurs

    Vénénazes au vin-napalm,

     

    Quand l'égo défunt pavane,

    Prend son panard enchaîné

    De lierres et de mains diaphanes,

    Pour aujourd'huîtres pêcher...

     

    J'entends l'amor me perler

    En dialextase andalouse,

    Mots qui rament avec beauté

    Sur des boléros d'eau douce.

     

    J'y retrouve alors celle qui

    Déleste un peu ma nacelle

    De ballon poulichinelle...

    C'est l'envol d'hippoésie

     

    Où s'exhalent de mes naseaux

    Fumerolles hispano-rock,

    Et se mélangent les pinceaux

    De pâture à crins loufoques.

     

     

    EDOUARD NICOLAS


    Voir le blog d'Edouard:

    http://fleursmusicolores.skynetblogs.be/



     

  • La pluie, oui, mais avec un Microbe

    1762254216.jpgDans MICROBE #72 entre autres choses...

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    Éric Allard sait quelque chose des femmes...

    Karim Cornali pousse un cri poétique en forme de météore...

    Grégoire Damon a l'enfance qui lui porte sur le système...

    Éric Dejaeger ne tire pas la couverture à soi...

    Pascal Feyaerts a un plan de carrière dans la chanson...

    Georges Friedenkraft décline en corps et en corps...

    Alain Germoz aime les ânes pourvu qu'ils aient 4 pattes...

    Thomas Grison parle du premier "sex toy" de l'histoire de l'humanité...  

    Joël Jacquet  voit la mare en jaune...
     
    Bastien Lahaut examine toutes les faces de la femme papillon...

    Fabrice Marzuolo a froid à un certain endroit...

    Hervé Merlot nous dit que les livres survivent mieux que les amours...

    Jean-Baptiste Pedini n'utilise plus la bombe aérosol et a ses raisons...

    Thierry Radière a les mains glacées par la viande...

    Thierry Roquet fixe l'araignée au plafond...

    Basile Rouchin porte plinthe et écope d'une peine plancher...

    & Thomas Vinau voit des éléphants en fourmis...

    Les illustrations sont de Jean-Marc Couvé

    Les abonnés « + » recevront également le 35emi(ni)crobe signé Guillaume Siaudeau : DEUX POINGS OUVREZ LES GUILLEMETS.

    En 14 temps frappés d’images nettes, denses, Guillaume Siaudeau relate le parcours de James sur le ring de l’existence, entre études manquées, amours vaines et combats - pour la vie et contre le poids du passé. Quand rien d’autre ne compte. Quand rien d’autre n’est possible. À lire et à relire !

    Présentation d'Éric Dejaeger. Illustrations de Magali Planès.

    Pour tout renseignement, contacter Éric DEJAEGER via son blog: http://courttoujours.hautetfort.com/

  • Les "Latinos" sur le divan

    billamboz.jpegpar Denis BILLAMBOZ

    Il semblerait que l’abolition des dictatures qui ont martyrisé l’Amérique latine pendant une bonne partie de la seconde moitié du XX° siècle ait laissé la gente féminine devant un certain vide, une absence, un ennui. Peut-être qu’au temps des dictateurs ces femmes mobilisaient leur énergie contre les tyrans et n’avaient le temps de se poser des questions existentielles ? Je ne saurais répondre à cette question mais j’ai été étonné de retrouver, à travers au moins ces deux lectures, les mêmes thèmes, le même ennui, la même difficulté à comprendre les hommes mais aussi la même difficulté à s’en passer, comme si, du Chili de Marcela au Brésil de Martha, les femmes éprouvaient quelques problèmes pour trouver un équilibre dans un monde peut-être moins violent mais plus complexe que celui qu’elles ont connu dans leur adolescence. Une sorte de crise de maturité qui passerait par le divan du psychologue.

     

    images?q=tbn:ANd9GcSbSYnEJ1pB0DZdUj2fzOl0ql0MPtODHvSTV48OUz_uL23kErfldAL’auberge des femmes tristes

    Marcela Serrano (1951 - ….)

    Tout là-bas au sud, dans ce chapelet d’îles qui borde la côte chilienne, sur l’île de Chiloé, là où est né Francisco Coloanne, ce grand conteur des mers du sud, Floreana, historienne d’un peuple de la Terre de Feu en voie de disparition, arrive à l’Auberge, une sorte de pension tenue par Elena qui accueille des femmes en difficulté qui veulent se reconstruire pour donner un nouvel élan à leur vie. Dans cette « auberge », elle rencontre des femmes, une vingtaine, pas plus, comme elle en butte à des problèmes avec la vie, avec le mariage et leur conjoint surtout. « Je suis entourée de femmes de toutes sortes : vieilles, jeunes, riches, modestes, belles, laides. Elles sont tristes mais n’ont pas toutes renoncé comme je le supposais. »

    Le groupe se répartit entre plusieurs catégories : les ésotériques, les prolos, les VIP, les intellectuelles, les Belles au bois dormant, une synthèse de la population chilienne à la fin du XX° siècle, un condensé de tous les problèmes et fantasmes que ces femmes rencontrent dans le Chili post Pinochet. Chacune raconte sa vie, ou celle d’une autre, ou alors c’est un tiers qui s’immisce dans le récit, au gré des artifices inventés par l’auteur, pour rapporter la vie de l’une ou de l’autre. Et après avoir entendu tous ces récits on a « … l’impression que nous sommes sans le savoir au cœur même du drame de notre époque, au centre d’un des problèmes cruciaux de cette fin de siècle : l’impossible rencontre des deux sexes. »

    Impossible rencontre qui trouve ses origines dans un catalogue de doléances qui évoque : le besoin de suprématie des hommes, la carrière professionnelle qu’il faut assurer, les mariages ennuyeux, les troubles existentiels, la drogue pour tenir et surtout ces hommes qui ont désormais peur de ces femmes émancipées qui empiètent sur leur territoire.

    Ce livre d’introspection qui comporte des passages très littéraires, des analyses fines sur les relations entre les hommes et les femmes, m’a cependant laissé comme un goût de littérature « people », comme une odeur que dégage ces « romans à l’eau de rose ». La fin est vite éventée malgré le longueur du texte qui ne fait que répéter à chaque fois qu’il est impossible de vivre avec les hommes maintenant mais qu’il faut tout même bien en avoir un, au moins pour ses vieux jours. C’est le grand drame de ces femmes qui culpabilisent, à la fois, d’avoir céder aux appels de la chair et aussi d’avoir su résister à cette tentation. « Le grand fiasco d’aujourd’hui, c’est l’amour. » L’amour qu’il faut refuser car il mène dans l’impasse de la souffrance mais refuser l’amour c’est déjà souffrir de ne pas aimer ».

    Et comme souvent dans ces histoires d’amour, l’auteur nous enferme dans le débat habituel entre la passion à laquelle il faudrait succomber et la raison qui conseille de rester prudent pour éviter les déboires. Floreana mettra longtemps, trop longtemps à mon avis, pour choisir la bonne solution, on savait, depuis aussi longtemps, laquelle elle choisirait car « les dieux de la lascivité ont été convoqués. » Et Floreana, pas plus que Marcela, nous fera oublier l’excellent « Décamaron des femmes » de Julia Voznesenskaya qui m’est revenu en mémoire à l’occasion de cette lecture.

     

    images?q=tbn:ANd9GcShduWYKhwhteI9wOLL2Ftp8c5b8tYKZawI34I5SQDj5bde3-w1Divan

    Martha Medeiros (1961 - ….)

    « Je pense comme un homme, mais je ressens comme une femme. » Quarante ans et des poussières,  Mercedes qui aime son mari, connait l’orgasme régulièrement et élève trois enfants en bonne santé, sombre cependant dans une sorte de mélancolie, d’ennui, de routine confortable mais peu motivante, et se retrouve sur le divan d’un psychologue. Elle raconte son existence, le décès prématuré de sa mère, sa vie d’épouse, ses insatisfactions, ses infidélités, sa rupture avec son amant, son divorce et sa solitude.

    Elle voulait être encore séduite, elle avait encore besoin de vibrer et aussi de faire vibrer pour se convaincre qu’elle n’était pas déjà une vieille abandonnée par sa sexualité. Elle avait besoin de romantisme, de mise en scène, d’être rassurée sur ses aptitudes à être femme, à être désirée. Elle voulait être amoureuse rien qu’à l’idée d’être amoureuse

    C’est l’histoire de bien des femmes qui veulent donner du sens à cet espace qui se créée quand les enfants ont moins besoin de la mère et avant que celle-ci ne devienne grand-mère, quand la femme a encore des désirs charnels, que son cœur s’enflamme encore et que sa raison refuse l’idée de vieillir, le mot même de ménopause. Ce moment où la vie laisse un peu plus de temps pour faire le premier bilan d’une partie importante de l’existence qui s’est déjà écoulée, l’instant où il faut accomplir ce dont on a toujours rêvé et qu’on n’aura plus guère l’occasion de réaliser.

    Sous forme de chapitres très courts, le temps d’une consultation, Martha Medeiros nous emmène, à travers ce roman, dans une recherche introspective à la découverte de la part cachée de notre personnalité, celle qui ne s’exprime jamais mais qui vit tout de même. « Tout le monde a un côté qui ne voit pas le jour et qui survit, malgré tout. » Cette partie de l’individu qui a aussi ses exigences et qui réclame son dû insatisfait quand la vie atteint la plénitude et commence déjà à s’infléchir vers la partie descendante qui emmène à l’issue fatale.

     

  • SoKo

    We might be dead by tomorrow

    Diabolo menthe

    http://www.s-o-k-o.com/

  • CocoRosie

    We are on fire