Athina Papadàki: épousseter, cuisiner et autres poèmes...

images?q=tbn:ANd9GcT4Q5JOwHBCdN6_i3KDrhQfpKTzw8O0-RNxX0Enlu9NrjLkCVjMMAU9uQ"Dans la lignée de Karoùzos et Dimoula, attentive au quotidien le plus humble qu'elle élargit et transfigure aussitôt, Athina Papadaki, née à Athènes en 1948, poursuit une autobiographie sans anecdote, un portrait de femme dans tous ses âges et ses états."

Michel Volkovitch, Anthologie de la poésie grecque contemporaine.

 

ÉPOUSSETER

 

Je rends la mémoire aux choses.

Le bois et le verre

sentent mon amour et resplendissent.

Même le chiffon sur le fil du balcon, je m'y intéresse

il doit ainsi lavé, pensé-je

se souvenir de la Béotie

aux plaines cotonneuses.

Ménagère, étoffe sur étoffe

la poussière me macadamise

je recule

à tel point

que tête

et jambes

et vêtements

s'enfuient sans ordre vers l'absence.

 

CUISINER

 

Je fais de la friture.

Bruit monotone de la boulette,

odeur sans feu.

Soudain je suis renversée.

Des couverts, fondations déchues

explosent au ralenti.

Une civilisation d'objets m'amenuise.

Je jette mon tablier.

Ascension

tout le corps du talon dans les vides,

retournée comme un gant,

seul un enfant peut me reconnaître.

Un enfant s'accroche à ma jupe

beau comme une pomme

je le mords,

j'informe avec amour, douleur ceux d'après

...toujours flotter, rester loin des barrages.

 

Si on me demande, vite je reviendrai mettre la table.

 

(La brebis des vapeurs)

 

À L'AVEUGLETTE

 

Sous-vêtements, premier refuge du corps.

Là les dernières gouttes de lait

sont déposées par les seins.

Là le sang trouve asile une fois tombé

en disgrâce de la matrice,

exilé, vulnérable.

 

On m'a tissée mortelle.

Je m'habille de peur de provoquer l'Hadès.

Me déshabille de peur d'offenser Dieu.

 

 

GRAND MAGASIN DU LANGAGE

 

Il serait bon que les mots ne servent qu'une fois.

Ils emmèneraient la poésie plus profond

et la ligne serait un bien meuble.

Alors on entendrait parfois peut-être

hurler les camomilles, ustensiles de la terre

eux aussi durement éprouvés.

 

Nos vers, soumis à la répétition.

Je m'enflamme pour un mot individuel

au-delà de la page privée.

Amour hors-limites, la cendre aux mots les plus précis.

 

L'espace externe du langage me tyrannise.

 

Les secrets les plus beaux

vieillissent compacts.

Mais moi j'ai décidé — poète.

À chaque instant me subdiviser.


(La lionne dans la vitrine)



PRIÈRES DE JEUNE FILLE

L'été peut durer toute l'année

plein de lézards, de dentelles, de pastèques.

 

*

 

Que les amours durent tant qu'ils rafraîchissent.

Qu'elle s'orne pour ses noces d'un grec silencieux.

(Balcon royal)


+ de poèmes de Papadàki dont L'évadée de l'évier et L'éveillée des cieux:

 http://www.volkovitch.com/F02_35.htm

 

Commentaires

  • Un style très personnel.

  • Merci pour le partage, jolie découverte, une écriture en dehors des sentiers battus...

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