Cavafy: Mer matinale - Seconde Odyssée... et Lavilliers

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Mer matinale

Ah, m'arrêter un peu ici. A mon tour contempler un peu la nature.

D'une mer matinale et d'un ciel sans nuage

les bleus étincelants, et le sable jaune; le tout

sous une belle et vaste lumière.


Oui, m'arrêter ici. Et me figurer que je vois cela

(je l'ai vu, en vérité, à l'instant où je me suis arrêté);

et non ici encore mes fantasmes,

mes souvenirs, ces spectres de la volupté

 

traduction: Dominique Grandmont

Lavilliers & Lavrentis Machairitsas chantent Marin

Après avoir tué les prétendants au trône d'Ithaque et avoir été reconnu de Pénélope, Ulysse sait par Tirésias qu'il devra repartir...

 Seconde Odyssée

Odyssée seconde et grande,

plus grande que la première peut-être. Mais hélas,

sans Homère, sans hexamètres.

 

Elle était petite, sa maison natale,

petite, sa cité natale,

et son Ithaque tout entière était petite.

 

L'affection de Télémaque, la fidélité

de Pénélope, la vieillesse du père,

ses amis d'antant, l'amour

de son peuple dévoué,

le bonheur du repos familial

sont entrés, tels des rayons de la joie,

dans le coeur du navigateur.

 

Tels des rayons ils ont disparu au couchant.

La soif

s'est éveillée en lui de la mer.

Il haïssait l'air de la terre ferme.

Les fantômes de l'Hespérie

Troublaient son sommeil la nuit

La nostalgie l'a envahi

des voyages, et des arrivées

matinales aux ports où,

avec quelle joie, tu pénètres pour la première fois.

 

L'affection de Télémaque, la fidélité

de Pénélope, la vieillesse du père,

ses amis d'antant, l'amour,

de son peuple dévoué,

et la quiétude et le repos

familiaux lui pesèrent.

Et il partit.

 

Alors que les côtes d'Ithaque

s'évanouissaient peu à peu devant ses yeux,

et qu'il voguait à pleines voiles vers le couchant,

vers les Ibères, vers les colonnes d'Hercule, -

loin de toutes les eaux achéennes, -

il sentit qu'il revivait, qu'il

rejetait les liens accablants

des choses connues et familières.

Et son coeur d'aventurier

s'en réjouissait froidement, vide d'amour.

Cavafy (1863-1933) 

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Regards sur L'Odyssée d'Homère avec des contributions et interviews

de Jean-Pierre Vernant, François Hartog, Pierre Bergounioux, Pietro Citati...

http://www.mc2grenoble.fr/saisons/2011-2012/dpedagogique-ithaque-ok.pdf

 

Commentaires

  • À quel titre ?

    Ouvre grand tes yeux déjà ouverts !
    La fleur et le papillon ne font qu'un.
    Sous la brise, les tiges droites ploient
    se courbent, le velours des ailes frémit.
    Vois le théâtre traversé par une voie de chemin de fer !
    L'homme et la machine peuvent aussi ne faire qu'un.
    Ligne dérivée secondaire : n'y passent qu'omnibus
    qui flottent entourés d'un nuage invisible de chaleur.
    S'ouvre en parallèle un être de papier occupé à
    souffler la vie ? Un enfant regarde les étoiles filer
    dans l'eau. Une femme en fait un bouquet, joliment
    accrochées à des rameaux et à l'abri du vent,
    dans une maison aux ailes de papier posée
    sur une terre qui tremble ou respire, qui sait ?
    Des étoiles dans tes yeux ouverts papillonnent.
    Que sens-tu en toi ? Les mots soufflés ou ta propre agonie ?
    Se ferme en parallèle un être de papier occupé à
    souffler la vie ! Tu en conserves le goût en souvenir.
    As-tu compris le péril qu'il y a reproduire le quotidien ?

    (publié sur lapetiteguerre.overblog.com)

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