• Qui était vraiment Amstrong

    Armstrong est né au début du XXème siècle dans une famille pauvre de Louisiane. Enfant, il chante dans les rues de la Nouvelle-Orléans dans un petit groupe vocal. Plus tard, ses talents de trompettiste et son charisme feront de lui une figure emblématique du jazz. C’est à cette époque qu’un agent de la NASA le repère et lui propose une tournée sur la Lune. Mais le public n'est pas au rendez-vous et son CDD d’astronaute n'est pas renouvelé. En 1971, il se découvre soudainement une passion pour le vélo. Il change alors totalement de carrière et s’entraîne sans relâche. L’âge venant et conscient qu’il ne pourra plus atteindre un haut niveau professionnel en cyclisme, Armstrong décide de se doper abondamment. Il crée ainsi la surprise en remportant plusieurs fois le Tour de France entre 1999 et 2005, après avoir vaincu un cancer décelé un peu plus tôt. En août 2012, Armstrong connaît de nouveaux démêlés avec les autorités anti-dopage et décède quelques jours plus tard. Malgré sa face cachée, Armstrong est considéré comme un héros. On retiendra de lui ses premiers mots prononcés lorsqu'il contempla la terre depuis la lune, « What a wonderful world », et dont il fit une chanson à succès.

    Source: http://www.13lignes.be/

  • Un été pourri

    images?q=tbn:ANd9GcRECcocSapBa6pJsm5mBSrUL7JrMqtB2ERPcTHhL7kj4gjEOBDkehZl5PgL’été promettait d’être beau, apaisé, peace & love. Avec la libération de Michelle Martin, on se voyait déjà se promener à Malonne, près du couvent des sœurs Clarisses qui avaient accueilli la repentie. Il n’était pas exclu, lors d’une balade familiale dans les environs, de la croiser en compagnie de Jean-Denis Lejeune venu lui apporter son soutien dans l’épreuve, de lui demander de ses nouvelles, de celles de ses enfants : "Ce ne doit pas être facile tous les jours, Madame Martin, de vivre parmi tant de haine, les gens sont mauvais, ils ne comprennent pas, ils sont restés au stade infantile, œil-pour-œil-dent-pour-dent, et puis à l’école on ne leur explique pas les modes de libération (in)conditionnelle... " Puis les journalistes s’en sont mêlés, on les a vus à la télé postés devant le couvent (période creuse pour l’actualité oblige), incitant les estivaliers par leur présence même à les rejoindre pour prostester. Puis on a vu les parents de Julie & Melissa, d’An et Eefje réapparaître, reprendre les armes. Tiens, ils existaient encore, ceux-là, ils ne s’étaient pas terrés dans leur chagrin, rongeant leur frein ad libitum. Tiens, on aurait même dit que le mouvement de population en leur faveur leur faisait plaisir, nourrissait leur cause, abondait dans le sens de leurs revendications rétrogrades, ils allaient presque infléchir le cours de cette justice qui fonctionnait si bien, au taux de récidive minimal... Pour sûr que l’été allait être pourri, qu’on allait connaître des poussées d’exhalaisons pestilentielles, comme des odeurs de caniveau, il faudrait se tenir à l’écart, retenir ses mots, ses maux, parler comme une sommité morale, un gourou du penser juste, un vieux sage de la magistrature...

  • La fleur en papier doré

    images?q=tbn:ANd9GcT0KtQoU9iimbHBghWe9kB6Z2RU3HxIELFT5yk9NmXKvjGXM_atUkpU3Apar Denis Billamboz

    C’était un dimanche de mars, un dimanche mouillé et frisquet, comme il y en a souvent en cette saison à Bruxelles, nous allions d’un pas lourd d’une nuit trop courte, la tête encore dans les vapeurs de cette nuit de fête, de retrouvailles annuelles et de bière absorbée sans conscience du lendemain. Doucement la pluie nous poussa vers une taverne accueillante au joli nom de « La fleur en papier doré », repaire des surréalistes à l’époque de Magritte. La carte des bières retint notre attention, elle le méritait bien, même avant que nous consacrions un regard admiratif et nostalgique à ces lieux qui avaient connu tant d’artistes célèbres. La première gorgée de bière dégustée, chacun sortit le livre qu’il souhaitait offrir à son voisin et c’est comme ça, ou ça aurait pu être comme ça, que Virginie me donna le sien, « La nostalgie du carillon » et qu’Eric me remit son premier livre « Penchants retors » car j’avais déjà son dernier, « Les corbeaux brûlés ».

    Aujourd’hui, je voudrais parler de ces deux livres car j’ai déjà passé un peu de temps à stigmatiser des livres quelconques trop médiatisés et qu’il m’est plus agréable de dire du bien d’excellents textes bien trop peu connus.

     

    Les corbeaux brûlésimages?q=tbn:ANd9GcQ1Np0ypT28c_prpvchNUzHtB2U0q0KppDLOvQvAY38iMmKpFzrIuW95w

    Eric Allard (1959 - ….)

     « C’est extra !

    C’est extra ! »

    Excuse-moi Eric, je n’ai pas pu lire plus de deux textes de ton recueil sans que ce vieux Léo vienne me chatouiller les oreilles.

    « Ces mains qui jouent de l’arc-en-ciel

    Sur la guitare de la vie »

    Comme tes mots qui n’attendent que la musique pour souffler le vent aux oiseaux, verser l’eau des larmes, embraser le feu des sexes et fertiliser la terre des ventres. Mots de tous les éléments réunis dans une ode à la pureté de la nature originelle, à l’innocence d’une Eve enfiévrée par le désir et comblée par le plaisir. « L’écume de mes nuits a l’odeur de tes seins »

    « Et cette chair que vient troubler

    L’archet de ma chanson »

    Mots qui nous conduisent sur les ailes de leurs phrases aux confins de ces nuits dans des aubes liquides quand les corps repus coulent dans la pâle aurore. « Tu bavais des baisers comme des mots que je récoltais sur ma peau pour m’en faire un manteau de phrases. »

    « Et dedans comme un matin gris

    Une fille qui tangue et qui se tait. »

    Textes qui célèbrent les corps païens qui ne sont pas encore corrompus par l’humanité et qui se meuvent dans les humeurs originelles : eau, larme, sang, mouillure, … dans des ambiances diaphanes là où la nuit meurt et où le jour n’est pas encore né, quand « Le jour se liquide »

    « Qui ruisselle dans son berceau

    Comme un marin qu’on attend plus »

    Langue de la chair qui parle avec des mots écrits avec le sang et les larmes. Langue qui manie l’oxymore et le paradoxe, l’allusion et l’illusion, l’à propos et le quiproquo. Langue qui charrie le feu, le plaisir, la chair, dans la nuit et l’aube.

    « C’est extra !

    C’est extra ! »

    « Parfois, il me faut lire d’autres livres que ceux qui sont écrits. »

     

    images?q=tbn:ANd9GcRp46JUcQftYGFGKKziO5f6X9i_COPuxpj18xTDxDiKZiaXXyB5LErY24pZLa nostalgie du carillon

    Virginie Holaind (1979 - ….)

    Quand elle m’a donné ce livre, « Un matin place du Jeu de Balle. Dans le désordre du marché aux puces », la sorcière bleue, la fée rousse, je ne sais plus très bien, je n’ai pas senti toute la magie qu’elle avait brodée sur ces quelques pages. Je n’avais vu que ce petit âne-accordéon que Joachim, Joachim Regout, a dessiné au milieu de la couverture de ce petit livre qui évoque les petits trésors que les dames feuilletaient dans les cours de l’ancien régime.

    Et, dans mon fauteuil, quand j’ai ouvert ce petit opuscule, j’ai libéré un air d’accordéon qu’un vieil homme qui ne l’était pas tant que ça, jouait pour faire tomber quelques pièces sur le carré de chiffon qu’il avait étendu à ses pieds, juste quelques pièces qui lui permettraient de vivre encore un peu. Car l’accordéon est magique comme la sorcière, la fée, il fait tomber les pièces sur le carré d’étoffe mais il dévore la mémoire du vieil homme qui oublie d’où il vient, là-bas à l’Est, où c’était mieux, où il existait.

    En quelques mots délicatement brodés sur ces quelques pages, la sorcière, la fée, raconte l’exil, la solitude, la nostalgie, la pauvreté mais pas la misère, avec une profonde délicatesse, une grande tendresse sans jamais s’apitoyer inutilement, seulement un peu de mélancolie et de désespoir pour compatir, témoigner, montrer à ceux qui ne veulent pas voir en jetant une petite pièce au pauvre joueur d’accordéon sans même le regarder.

    Un bijou de texte qui mêle la prose et les vers en une même poésie, qui jongle avec la forme pour rythmer la lecture comme le vieil homme rythme le souffle de son accordéon. Mais comme mes mots ne savent pas dire ce que je ressens, je laisse la place à la sorcière, la fée, et aux quelques fragments de texte que j’ai choisi presqu’au hasard de ma lecture :

    « Juste le silence et les pas qui écrasent le temps.

    Son accordéon qui se tait quand chante le carillon.

    Il étendra sa couverture rouge et ce bout minuscule où quelques pièces tomberont.

    La joie, ça ne parle pas la même langue chez tout le monde.

    Il se rappelle à peine d’où il vient. Là-bas, plaines de l’Est…

    Il oublie ce qui existe ou a existé

    Peut-être viendra aussi le jour où il oubliera qu’il a oublié…

    Là-bas il existait. S’il s’en souvient bien. Il existait. »

  • Art et saveur à l'abbaye de St Denis

    Les artistes, les écrivains, les musiciens s'y retrouvent depuis le Moyen-Age188063_510614865631192_1900094910_n.jpg

    Au travers de l'organisation "Art et Saveur" du Rotary Club de Soignies, cette tradition se perpétuera cette année encore les 25 et 26 août 2012 !
    Animations permanentes (ambiance musicale),
    Expositions-vente d'une cinquantaine d'artistes (peintres, sculpteurs, photographes...) professionnels et amateurs, entourant l'artiste invitée, le peintre Ferdinand Pire
    Espace-Démonstration des artisans d'art (bijoux, tissus, bois, métal, cé

    ramique, pierre...)
    Espace-Rencontre d'Ecrivains avec vente et dédicace de leurs oeuvres
    Festival BD
    Occasions à faire: vieux bouquins et romans de poche
    Animations enfants
    Marché de produits du terroir
    Espace-Saveurs (Produits du terroir)
    Bars "Autours de la Brocqueroise" (grange aux Dîmes, Cloître des Convers et ancienne Glacière)
    Restauration chaude et froide
     
     
     
     
    J'y dédicacerai mes recueils en compagnie de nombreux autres auteurs, notamment Jean-Philippe Querton, Gauther Hiernaux et Dominique Watrin (pour les éditions CIé) et de Marcelle Pâques, Jean Botquin... 

     

    vendredi 24 août : vernissage de l'exposition à 18h30, suivi du "Repas des Artistes" (sur réservation))

    samedi 25 août : de 10h à 22h, le site entier dédié à "Art et Saveur en Abbaye"

    dimanche 26 août : de 10h à 19h, le site entier dédié à "Art et Saveur en Abbaye
     
     
     
     
     
     
     
     
     
  • "N'importe quel angle d'invisibilité suffisait à sa joie"

    images?q=tbn:ANd9GcTwbofDZ7OweYFuCqFqJRia0Eht92_f4qjRBPw9_-9oKJuxamhB_i9sL-uC   Seule, elle dormit de moins en moins. Aussi lisait-elle la nuit. Elle avait demandé à l’hôtel qu’on fît sa chambre en premier. Sitôt après l’arrivée des femmes qui s’occupaient du service, la chambre était faite. Elle quittait l’hôtel dès les premières lueurs de l’aube, entre cinq et six heures. Elle vagabondait en jean gris et en baskets jaunes dans le calme et la fraîcheur, dans les ombres si longues de la fin de la nuit ou du début de l’aube, sortait de la petite ville balnéaire, empruntait les sentiers, flânait dans l’herbe, mouillait ses pieds dans la rosée, dans les vignes, dans les champs d’oliviers, dans les bosquets, cherchait à se perdre, aimait se perdre, parvenait à se perdre. Elle était curieuse de tout ce que pouvait dissimuler un muret ou une palissade. Elle n’avait aucun regret de sa maison de Paris ni, il est vrai, de sa petite domiciliation tout improviste dans les lierres, sur l’Yonne, chez Georges Roehl. Ne serait-ce que sa capuche de ciré jaune, ne serait-ce qu’un angle de mur, ne serait-ce qu’un bout de roche, n’importe quel angle d’invisibilité suffisait à sa joie. Il suffisait de compléter son corps d’une arête ou être sans regard. D’une chambre sans vis-à-vis où se blottir. D’une petite terrasse ou d’un bout de balcon où replier son corps et y épier le jour. Elle trottait dans la lumière naissante. Elle était curieuse des mœurs des gens dans l’aube, des premiers gestes où le ton de la journée se décide, le plafonnier de la cuisine, qui s’allume, le chien auquel on ouvre la porte pour qu’il rentre, les gens qui se vêtaient, qui se passaient un coup de peigne, qui reculaient soudain devant leur miroir pour s’y surprendre. Quand le soleil était là, quand les ruelles et les rues se remplissaient de vie et de hâte, d’odeur de tabac, d’odeur de café au lait , dodeur d’eau de Cologne , elle arrêtait un microtaxi qui la ramenait à l’hôtel en pétaradant et en klaxonnant. Elle prenait un petit déjeuner pantagruélique  dans la salle à manger, sous les grandes arcades blanches couvertes de vigne vierge encore bourgeonnante, qui dépliait par endroits seulement  les feuilles encore coagulées de sève. Elle se reposait devant la piscine toujours plus ou moins fumante de l’eau tiède du volcan.  Devant elle, deux ou trois heures avant les Russes, les Allemands plongeaient déjà en éclaboussant tout. Elle attendait que la piscine fût vide d’Allemagne pour y nager lentement à son tour. Ruisselante elle montait à sa chambre, prenait une douche, se glissait dans son lit, travaillait.

    C’est là qu’elle composa le minuscule quatuor dédié à Katherine Philips.

    Elle acquit à Naples un ordinateur qu’elle fit installer dans sa chambre et sur lequel elle commandait les partitions et les livres qu’elle souhaitait examiner.

    Pascal Quignard, Villa Amalia

    Bande-annonce du film de Benoît Jacquot


    Quignard parle de son prochain livre, Les désarçonnés (Grasset), 7ème tome de son cycle Dernier royaume, à paraître le 12 septembre 2012

    Une interview de Pascal Quignard pour Philosophie Magazine (1 nov. 2009): "La philosophie, c'est du happy end assuré"

    http://www.philomag.com/article,entretien,pascal-quignard-la-philosophie-c-est-du-happy-end-assure,1054.php




  • Les ponts de Paris

    Sous les ponts de Paris par Gréco & Gardot

    Le pont Mirabeau d'Apollinaire, dit par Serge Reggiani

     

  • COMME UN ROMAN-FLEUVE de Daniel CHARNEUX (en librairie ce 20 août)

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    Le promeneur de Liège

    Tout coule, s’écoule dans la vie de François Lombard, la Meuse, les larmes des riverains inondés, l’écriture tout en méandres, qui retient entre les rivages de la phrase la substance du réel, et la musique : celle des mots, celle des Bob Shots ou de Debussy, celle métaphorique par excellence du temps...

    En sept chapitres ayant chacun pour titre le nom d’un pont, François Lombard va revoir sur les six premiers mois de 2011 l'album de son passé, se remémorant quatre-vingts ans de sa vie et de celle de son épouse, circonscrits dans les huit kilomètres de son « grand tour », qu’il parcourt à pied comme un chemin de croix, inlassablement, pour, on peut le penser, au cours de ses réminiscences ne rien laisser passer au temps : grands et petits faits de l’histoire personnelle ou collective. Jusqu’à l’épisode crucial narré tout à la fin en un récit poignant.

    Au long de ses promenades en bord de fleuve, Lombard s’arrête volontiers pour prendre un verre, goûter une spécialité locale, raviver à la mode proustienne une saveur ancienne, retrouver, avec par exemple un liégeois, mélange d’orangeade et de grenadine, « le goût sucré de la jeunesse ».

    Pendant ce temps, la Meuse rend une après l’autre des fillettes tombées à l’eau, ainsi que fait le temps avec les souvenirs, qu’il s’agit plus souvent d’aller pêcher, de sauver de l’oubli. Ainsi, cette petite sœur vieillie, à peine reconnue quand elle réapparaît derrière les rayonnages d’une librairie... Des faits d’hier rappellent des réalités actuelles. Ainsi, les motifs des grèves de l’hiver 60-61 contre la loi unique paraissent aujourd’hui encore d’une brûlante actualité...

    images?q=tbn:ANd9GcTaT6V5NALTWBKyV2sSkl1OZM8E9n8Qk4fSl3Y8nlJCMo1uK2yGFjmboq8L’existence de François Lombard, un « ténor du barreau », apparaît comme une prison, au parcours balisé, avec un moment d’engagement au sens sartrien qui lui coûtera plus cher qu’il n’avait prévu : l’estime de l’être le plus aimé. Un peu à l’instar du marcheur d’Une semaine de vacance (Luc Pire, 2001) qui arpente la Creuse suivant un plan préétabli vers on ne sait quoi, ce promeneur de Liège va vers un dénouement, qui contrairement au premier roman de l’auteur, se dirige vers une révélation annoncée en un suspens habilement entretenu au fil des chapitres. Pour les lecteurs habituels de Charneux, ils relèveront des allusions aux autres romans de l’auteur et noteront que François Lombard était le personnage central d’une nouvelle, Ondine, de Vingt-quatre préludes (Luce Wilquin, 2004) qui illustre un court épisode du présent roman.  

    A partir du chapitre trois, François Lombard construit un ouvrage de bois dont on se demande, le nez sur l’objet en train de se fabriquer, ce que c’est. On pense à cet ami de l’épouse, le photographe David Kurek, qui photographiait au plus près des corps, des pores de la peau, en évitant le regard du modèle et qui, tout en travaillant la surface, cherchait paradoxalement la profondeur.

    Le roman n’est pas qu’une éloquente variation sur le thème de l’eau (l'eau-reflet, l'eau-miroir aussi), les autres éléments sont convoqués, de manière subtile : le feu, l’air (l’aéronef Pigeon, le plongeur de Ianchelevici, les suicidés de la tour), et la terre (la Légia, cette eau souterraine qui donnera son nom à la Ville) ont aussi leurs déclinaisons verbales. Sans compter les mouvements ascendants et descendants qui rythment le lent déroulement du fleuve. Tentatives vaines mais louables de se libérer de l’attraction terrestre, de la fuite des années, de la fatalité. Sonia Gorski, l’épouse reste à demeure, confinée dans son chagrin, comme arrêtée le 8 juillet 1961, tandis que  son homme, lui, ne cesse de se mouvoir, tournant en rond dans sa ville et dans sa vie, sans quitter de vue le fleuve, son élan vital... Permanence du cercle (shrapnells, boules de billard, billes à jouer), figurant le retour sur soi, la boucle du temps... Jeu entre l’auteur et son personnage qui écrit un récit semblable mais qui n’est pas, ne peut pas être exactement celui qu’on lit...

    La phrase est « épaisse, profonde mais pas lourde », souvent de la longueur d'un paragraphe, à l’instar de celle recherchée par Lombard pour son récit de vie afin,  comme on peut le penser à la lecture du dossier de presse, de faire pendant à l’écriture « transparente » d’un Simenon que la critique ne manquera pas, pour aller vite, de mentionner à propos d’un roman sur un notable de province qui franchit des ponts de Liège...  

    Par le dispositif romanesque, par la composition musicale, Charneux vise ici l’objectif recherché par Flaubert, le roman parfait dans lequel toutes les vies (la sienne et celle de ses lecteurs) se reconnaîtraient. Au bout du compte, ce livre n’est pas « le petit roman banal, d’un homme et d’une femme, d’un homme et d’une ville, d’un homme et d’un fleuve» tel que le voit Lombard une fois son récit achevé mais un roman souple et sinueux, ample et beau comme un fleuve...

     E.A.

    Sur le site des éditions Luce Wilquin:

    http://www.wilquin.com/2012/08/comme-un-roman-fleuve-daniel-charneux/

    Sur le site de Daniel Charneux:

    http://www.gensheureux.be/site/


  • Faulkner: propos sur l'écriture

    images?q=tbn:ANd9GcRbz-FhTnxbyKmN1vZoKyZTmNbTiJMp54EsWduCa8dTnNcyKJ9kst35Xw"En 1957-1958, William Faulkner est invité à l’université de Virginie. Il prononce des conférences, mais surtout rencontre les étudiants lors de multiples séances de questions réponses. Ces entretiens sont traduits chez Gallimard en 1964 (et désormais un gibier de bouquiniste)." François BON

    Je dirais que l’écrivain a trois sources : l’imagination, l’observation, l’expérience. Lui-même ne sait pas ce qu’il prendra à chacune et à quel moment, parce que chacune de ces sources ne sont pas elles-mêmes très importantes pour lui. Il peint des êtres humains et emploie ses matériaux en les prenant à ces trois sources comme le charpentier va dans son cabinet de débarras pour y prendre une planche qui doit faire l’affaire pour un coin de sa maison. 

    Je pense qu’un écrivain qui a beaucoup de ... qui le pousse à s’exprimer, n’a pas le temps de s’occuper du style. 

    Je pense que la meilleure façon de lire... non, je ne peux pas dire la meilleure façon, c’est ma façon à moi de lire : je prends le livre et je peux dire, après avoir lu deux ou trois pages, si je désire lire le livre en entier. Si ce n’est pas le cas, je le pose et j’en prends un autre. Je dirai que pour mes livres il faut prendre la même manière et de lire une page ou deux jusqu’à ce que vous en trouviez une qui vous donne envie d’en lire une autre.

    Les écrivains... je me demande si un écrivain a jamais une conversation intéressante avec un autre écrivain. Je veux dire par là que l’écrivain, à moins d’avoir épuisé ses idées, est trop occupé à essayer de dire ce que son démon le pousse à dire, avant de mourir, pour avoir le temps de causer boutique avec un autre écrivain, et alors ils parlent de la condition humaine, et cela n’a aucune importance que deux écrivains parlent de la condition humaine ou deux artisans ou deux hommes de loi ou deux médecins. En réalité, un écrivain n’a presque rien de commun avec un autre écrivain. Il... il est simplement poussé par le même démon.

    Je suis complètement désordonné. Je n’ai jamais appris à accrocher quelque chose ou à remettre quelque chose là où je l’avais pris. Ainsi je travaille... eh bien, comme dit l’athlète, quand je suis échauffé. Et je n’aime pas travailler, de nature je suis paresseux. Je remets à plus tard tant que je peux, et puis, quand je commence, c’est un divertissement. Je pense que la raison pour laquelle on écrit, c’est parce que c’est un divertissement, que vous aimez ça, c’est votre tasse de thé. C’est pourquoi j’écris jusqu’à ce que je décide de m’arrêter, parce que la seule règle que je suive en écrivant, c’est de laisser ça pendant que je suis encore échauffé, afin de pouvoir recommencer le lendemain. Mais je n’ai jamais eu d’ordre. Certains écrivains ont de l’ordre : ils bâtissent d’abord une intrigue ou un plan, ils prennent des notes, ce qui est une bonne chose et les satisfait, mais pas moi. Je serais complètement perdu. Probablement que si je prenais des notes, je me dirais : eh bien, ça suffit, je n’ai plus besoin de travailler, et je laisserais ça là. Ainsi je remets le travail à plus tard aussi longtemps que je le peux et je fais autant de recherches et prends autant de notes que je peux là-dedans [nota : il montre sa tête], c’est ensuite que je commence à écrire.

    Je pense que l’écrivain est trop occupé à essayé de créer des personnages de chair et de sang, qui tiennent debout et projettent une ombre, pour avoir le temps de se rendre compte des symboles qu’il met dans son œuvre ou de ceux que les lecteurs peuvent y découvrir. S’il avait le temps de... c’est-à-dire que si un individu pouvait peindre un personnage authentique, croyable, fait de chair et de sang et en même temps délivrer un message, peut-être le pourrait-il, mais je crois qu’aucun écrivain n’est capable des deux à la fois, je crois qu’il faut qu’il choisisse l’un des deux : ou il délivre un message, ou il essaie de créer des êtres humains de chair et de sang, vivants, souffrants, angoissés.

    Je lis Don Quichotte tous les ans. Je lis l’Ancien Testament. Je lis un peu de Dickens tous les ans, et j’ai un Shakespeare de poche que je porte avec moi, Conrad, Moby Dick, Tchékhov, Madame Bovary, quelques romans de Balzac, et presque tous les ans Tolstoï. La plupart des Français du XIXème siècle, je m’en impose la lecture chaque année. J’en compte à peu près cinquante que je lis... j’entre dans ces livres comme on entre dans une pièce pour y trouver de vieux amis, j’ouvre le livre par le milieu et j’en lis quelques pages et je crois que, tous les dix ans, je les ai tous relus.

    William Faulkner (1897-1962)

    Source: http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article109




  • 3 minutes vieilles sinon rien

    "Durant une minute trente, trois vieilles dames indignes revisitent ingénument le répertoire de la blague salace. Le tout dans une ambiance cosy, canapé de velours et macarons à la fraise. Un tordant mélange des genres."

    Brigitte Bardot 

    Le couple en voiture

    Le bégaiement

    Plus de vidéos: http://videos.arte.tv/fr/videos/la_minute_vieille-6860356.html

  • Je préfère la compagnie des peintres à celle des écrivains. Pourquoi?

    images?q=tbn:ANd9GcSfLWsyjUQbDUPq6bdYblHOHFKqlmOa8CtbKssx6NlvbivEsaQvDGuubFI« Je préfère la compagnie des peintres à celles des écrivains. Pourquoi ? Les peintres, pour une raison que j’ignore, me paraissent moins « usés » par leur travail quotidien que les écrivains ou les musiciens. Et ils utilisent les mots d’une manière plus plastique, comme s’ils avaient conscience de leur origine dans la matière. Quand ils écrivent (je pense surtout à des hommes comme Rouault ou Vlaminck), leur style a une qualité poétique qui manque bien souvent aux écrivains. Peut-être est-ce dû au fait qu’ils vivent en contact permanent avec la chair, les tissus, les objets et non pas seulement avec des idées, des abstractions et des complexes. Ce sont souvent de bons conteurs et presque toujours de fins cuisiniers. Tandis que l’écrivain est trop souvent pâle, maladroit, incompétent dans tous les domaines, et capable seulement d’assembler des mots. Pour un écrivain comme Blaise Cendrars qui a sucé toute la moelle de la vie, il y en a des milliers qui n’ont jamais quitté leur cage d’oiseau et qui parlent de la vie sans jamais l’avoir vécue. Cela arrive aussi à des peintres, bien sûr ; mais ils sont plutôt l’exception, ceux dont le monde est bien limité et ne quittent jamais leur village natal. (...) Oui, Peindre, c’est se remettre à aimer, à vivre, à voir. »

    in Peindre c’est aimer à nouveau, Henry Miller (1891-1980), 1960 Traduction : G. Belmont

     

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    Henry Miller endormi et éveillé, documentaire de 35' de Tom Schiller (1975)

    Henry Miller sur son lit de mort en 1980: "Je suis toujours vivant."


  • Elvis Presley (1935-1977)



    v_2707302163.jpgRetour sur un beau livre d'Eugène Savitzkaya: Un jeune homme trop gros (Minuit, 1978)

    «“ Le roman ” est dédié à la mémoire d'Elvis Presley. D'une certaine façon, c’est un piège que dès le départ Eugène Savitzkaya tend au lecteur, piège d'autant plus dangereux qu'il s'agit d'un lecteur passionné par le personnage du roi du rock'n'roll qui, il y a encore quelques semaines, dans un Memphis perturbé par des grèves de services municipaux, plusieurs milliers d'adolescents et d'adolescentes célébraient en se recueillant sur sa tombe. Un jeune homme trop gros, c'est d'abord et avant tout un édifice littéraire, une machine à mots, une écriture en mouvement. C'est – et je le dis d'emblée – un beau livre en cela qu'à une construction maîtrisée s'ajoutent un style, une “ respiration ” qui font surgir l'émotion, le trouble."

    André Laude, Le Monde du 6.10.1978

    http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=1829

  • LIMONOV - UN TRES GRAND LIVRE

    images?q=tbn:ANd9GcSjJ5YWaOpF3-gkt27lW5RqLgrH03EIy8S32DV2DTUEBUIUJIpBSVaYPgpar Philippe Leuckx

    Des livres d'Emmanuel Carrère, né en 1957, fils de l'académicienne et historienne Hélène Carrère d'Encausse, j'avais lu le très sulfureux "Un roman russe" et le très poignant "D'autres vies que la mienne".

    La lecture de LIMONOV, chez le même éditeur POL, paru en 2011 et lauréat du dernier Renaudot (jury qui a l'art de découvrir de grands et vrais auteurs : Le Clézio, Ernaux...), confirme tout le bien que je pensais du prosateur, aux livres rares (une petite douzaine depuis 1983!), tant l'art limpide, profond et complexe du romancier réjouit autant que les matières thématiques abordées. J'aime assez les vrais livres qui se mettent en abyme pour le juste exercice de montrer ce qu'est l'écriture, ce qui aussi devient rare, le plus souvent la mise est artificielle, si peu de mise. Ici, rien de tel.images?q=tbn:ANd9GcTFo5tNLP-QyT-AIk4avmi477a_J_-fCQ6FuJNiiFX_J6VrtAy88KQE9bg

    Raconter tout le parcours - sulfureux, compliqué, historique, russe, ukrainien, littéraire, humain, asoviétique, communiste, punk, nationaliste, ....- d'un écrivain né en 1942, qui a vécu bien "d'autres vies" que la nôtre, et qui, nous les tisse comme si nous les avions vécues d'amble avec lui, voilà le tissu du texte de Carrère, sur près de cinq cents longues pages, qui éveillent sans cesse à l'aventure et, dans le même mouvement, à la réflexion politique, sociale et littéraire!

    De sa naissance en pleine guerre, de son enfance en plein stalinisme, de son adolescence dans une ville provinciale, tout nous est dit. Comme en un reportage où le vrai ne déborde jamais parce qu'il est en lisière assuré par d'autres témoignages et/ou soucis du narrateur-scripteur-écrivain public Carrère qui a rencontré de manière décisive le "poète russe" "qui préfère les grands nègres", à vingt-cinq ans de distance, lorsque jeune écrivain débutant le petit Carrère s'en allait pigiste, reporter, journaliste, critique interviewer des personnalités ou lorsqu'en 2007, l'occasion de retrouvailles en ex-Urss se présenta.

    Limonov est un fameux morceau de bravoure à lui tout seul! Il collectionne les expériences sensibles comme les femmes dont il tomba amoureux, comme les sensations politiques, les contacts fraternels ou guerriers. Limonov a voulu vivre mille vies, avec tout ce que cela suppose de contraintes, de malchances, de résistances, de rejets dans un pays comme l'Urss brejnevienne ou poutinienne, ce qui est du pareil au même en matière de droits humains occidentaux fondamentaux, quoique Limonov ne soit pas d'obédience réformiste ou pérestroikienne dans ces matières-là! Il déteste Gorbatchev, il est près de fonder très vite un parti qui renoue avec l'autre Russie, celle d'avant, manière de choquer? Oui. Manière de n'être pas le suiveur politique convenu? Oui.

    On peut détester ce personnage de Limonov ou vibrer à l'énoncé de ses exploits, de ses combats (justes ou fous), de ses talents inouïs... c'est la grandeur du livre de Carrère de nous donner divers points de vue comme diverses analyses du récit qui est en train d'être lu/écrit/commenté.

    Un récit à la fois historique - j'ai revu défiler tous les événements russes et occidentaux depuis que je suis l'actualité, l'âge de mes dix, onze ans à la télé -, où se donnent à lire l'URSS, la Russie, l'Ukraine, les turbulences d'un pays qui a mal à son histoire, à ses hommes politiques, qui a tant souffert d'immobilisme, de fierté communiste, de pesanteurs idéologiques, de remous.

    Tout cela passe et vibre dans le très grand livre de C.

    Sans compter la vérité poisseuse, parfois faubourienne, gluante et interlope des épisodes les moins ou les plus glorieux de Limonov (je pense à ses convictions serbes ou nationalistes comme à son souci des "petites gens").

    Il est impossible de "juger" un tel personnage, imbu de lui-même, qui veut à tout prix réussir sans être dans la ligne, qui aime les femmes et le sexe, qui aime aussi les hommes et des expériences nouvelles, qui sait se battre pour les "mauvaisescauses" aux yeux des nantis...

    LIMONOV? J'ai déjà envie de le relire.

     

  • L'homme à la Chimay bleue de Jean-Philippe Querton

    images?q=tbn:ANd9GcTMAzHl_m_4lk2NULz63toO4Mf8O11dYvdeEy4x1NahMgdi6vfgc2ra6-QBesoin de bleu

    « Ma décision était irrévocable, définitive et sans appel, je voulais me noyer dans la trappiste et en mourir. Une botte de radis en décida autrement. » 

    Un incipit en forme de programme qui sera respecté... à la lettre.
    Si certains choisissent d'en finir à l’aide d’une lame, d’une corde ou d’une arme de poing, le narrateur décide de mettre fin méthodiquement à ses jours par les moyens de la Chimay bleue, nectar ou poison suivant l'usage qu'on en fait. C’est dire l’ambivalence du projet, qui renvoie à la nature duelle du narrateur, partagé entre des pulsions de vie et de mort. Car l’homme le prouvera, il aime boire et manger – ses descriptions des mets simples auxquels son budget de fin de vie le restreint nous le prouvent à souhait. Sa description du plaisir de la « troisième Chimay » fera date...

    Après avoir appris par son médecin que ses jours étaient comptés, il cherche refuge à une centaine de km de chez lui dans un village situé au bord de l’Excuse – on notera la malice du nom. Là il jette son dévolu sur un bistrot où il compte bien accéder en paix à son trépas. 

    Mais l’apparition bientôt d’une serveuse de 16 ans qui tient une guinguette (à l’écart du village) le renvoie à un pan malheureux de son passé, la perte d’une enfant. Elle le fera, comme annoncé, renoncer à son plan funeste – du moins à le surseoir, après une succession d'épisodes très noirs. Mais le moment où le récit bascule, s'engage hors de la voie que notre amateur de trappiste s'est fixée, entraîne le roman dans une autre dimension.

    A partir de là et jusqu’à la fin, le récit qui s’en tient, rappelons-le aux faits (ce n’est ni un pensum ni un périple onirique), va donner lieu à diverses interprétations (si on a l’esprit un peu questionneur), et c’est de là qu’il tire sa vigueur et sa beauté sinon son universalité.
    Quelques possibles interprétations auxquelles le lecteur pourra revenir après lecture de l’ouvrage pour voir si elles correspondent ou non à son regard... Plus d’une fois le narrateur s’effondre, comme mort, sous l'emprise de l'alcool. Et à ses réveils, quand il reprend conscience, c’est souvent l’Ange, comme il l'appelle, qui l’accueille dans le monde réel.

    A cause de scrupules, par crainte des convenances ou de ses démons intérieurs, on peut penser qu'il va sacrifier sa chance de revivre, de se débarrasser dans le miroir du présent de l’image d’un passé qu’on devine lourd. A noter que presque rien n’est dit sur ce passé, ce qui donne aussi beaucoup de force à l’instant vécu, fragile, en butte aux bégaiements de son histoire.

    Mais la fin, malgré les apparences, n’est pas un constat d’échec : l'homme à la Chimay bleue a réalisé son projet, accompli son destin, nous poussant jusqu’à la dernière ligne encore à une remise en cause personnelle sur ce que nous appelons vivre et être heureux.      

    E.A.

    Le site de Jean-Philippe Querton:

    http://jeanphilippequerton.e-monsite.com/pages/romans/l-homme-a-la-chimay-bleue.html

    Le site de Cactus Inébranlable éditions

    http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

  • Sigur Rós

    Sigur Rós ont donné une douzaine de cinéastes le même budget modeste et leur a demandé de créer tout ce qui vient dans leur tête quand ils écoutent des chansons à partir de la nouvelle album du groupe valtari . parmi les cinéastes sont Ramin Bahrani, alma Har'El et John Cameron Mitchell.

    Fjögur píanó film par alma Har'El 

    Varúo film par inga birgisdóttir 

    Voir d'autres vidéos:

    http://www.sigur-ros.co.uk/valtari/videos/

  • Enfants de saga

    images?q=tbn:ANd9GcT0KtQoU9iimbHBghWe9kB6Z2RU3HxIELFT5yk9NmXKvjGXM_atUkpU3Apar Denis BILLAMBOZ

    Comme je l’ai écrit ci-dessous, les Islandais ont la chance d’avoir une langue qui a très peu évolué depuis son origine, confinée sur son île isolée au bout du monde, pendant des siècles, elle n’a été polluée par aucun apport extérieur. Les textes anciens, notamment les fameuses sagas, restent donc toujours accessibles à la majorité de la population. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que les auteurs actuels puisent encore dans ces sagas pour nourrir leurs textes. J’ai donc essayé d’illustrer ce phénomène littéraire peu banal en réunissant deux ouvrages que j’ai lus il n’y a pas très longtemps. Leur lecture montre clairement une filiation évidente avec les sagas anciennes ; quand on a compris cette parenté on pénètre plus facilement ces oeuvres qui sont souvent assez hermétiques. Je vous laisse le soin de faire l’expérience vous-mêmes.

    •  

    images?q=tbn:ANd9GcQTUtz5s-SgKD7wp8SnK_OkPaSroKlvmiEnqVN2ErsNDmDYoFJkfm3KbASur la paupière de mon père

    Sjon (1962 - ….)

    Difficile de comprendre le cheminement de l’auteur si on ne conçoit pas qu’il a voulu écrire une saga islandaise des temps modernes à l’image de celles qui ont servi de fondation à cette nation du bout du monde. Sinon, comment comprendre ce récit tentaculaire qui narre les tribulations d’un juif rescapé des camps de la mort, devenu pur Islandais après bien des difficultés qui sont en fait des épreuves initiatiques vers la pureté de l’être islandais, et qui donne naissance à un enfant né d’une statuette de terre qu’il a amenée avec lui depuis le lointain continent européen.

    Cette saga des temps moderne contient tous les ingrédients qui constituent les légendes séculaires : ses géants, ses dieux ou ce qui en tient lieu, ses miracles et tout ce qui peuple habituellement les récits mythologiques. On rencontrera ainsi : Toubal et les géants qui ont peuplé le pays, les hommes-zèbres qui ressemblent étrangement aux détenus des camps de la mort, un homoncule qui prend vie, une chasse à l’homme qui n’est peut-être qu’une quête du Graal qui permet de perpétuer l’espèce, etc...

    Ce livre en fait, je l’ai lu comme une allégorie au peuple islandais qui cherche à affirmer dans ses légendes ses propres origines indépendantes des migrations scandinaves et qui voudrait se protéger  des ingérences exogènes néfastes à l’image de l’américanisation galopante de la société. «La déferlante de la culture américaine de bas étage s’abat sur le pays, digne descendante de l’armée d’occupation basée à la station atomique de Keflavik ». C’est la naissance d’une fière nation racontée comme une épopée mythologique, comme une saga islandaise, avec tous les risques que cela comporte notamment un nationalisme latent, et même parfois très actif, qui confine au nazisme. Mais, c’est aussi un regard lucide sur cette Islande des confins du monde habité qui a besoin de dépasser les contours de l’île, d’un espace d’évasion, d’un ailleurs pour voir plus loin, qui voudrait habiter un monde plus grand. Et qui a besoin d’accepter les autres mais sans polluer sa culture ni altérer ses racines.

    « … quand nos yeux croisent les leurs, c’est dans le regard de l’Islande millénaire que nous plongeons. Et nous nous demandons s’ils sont satisfaits de ce qu’ils voient… »

     

    images?q=tbn:ANd9GcS_kqduEm63ielmkArJA83gzE0u1WG3XtilIQtjdNOJLZmHe3xQErnemwNouvelles islandaises

    Collectif islandais

    Dans sa collection « Miniatures », Magellan et Cie édite des recueils de nouvelles régionales dont cet opuscule qui, comme son nom l’indique bien, regroupe six nouvelles islandaises écrites par six auteurs différents qui ne dérogent en rien à ce qu’on attend habituellement quand on lit la littérature de ce pays. Des nouvelles qui peuvent parfois, sous ces latitudes, échapper au réel, un peu comme dans les sagas médiévales. Car comme le préfacier, on pourrait aisément relier ces textes aux sagas islandaises qui existent depuis le Moyen-âge sur cette île des confins nordiques de l’Europe. Ces textes anciens que tous les Islandais comprennent encore très facilement car l’isolement de l’île l’a maintenue à l’écart des voies d’invasion et, par ce fait, des altérations que la langue originelle aurait pu subir par des apports extérieurs qu’on dit cependant habituellement enrichissants.

    Ainsi, un enfant se souvient que son père a rudoyé sa femme et sa fille handicapée, désormais handicapée, avant de s’enfermer dans le réfrigérateur ; la libraire partageait son amour entre deux prétendants jusqu’au jour où elle a fait un autre choix ; un père de famille a vu August Strindberg dans un magasin Ikea ; un écrivain retrouve son ancien voisin qu’il croyait connaître mais qu’il connaissait en fait bien mal, etc… Six histoires qui pourraient trouver leur explication dans la cinquième qui est un peu une parabole de l’évolution de l’Islande à travers sa langue qui a gardé sa pureté originelle et son indépendance comme un gage de liberté pour cette nation du bout du monde.

    Une façon peut-être pour les Islandais de démontrer l’enracinement profond de leur littérature dans l’histoire européenne et de manifester sa vigueur aujourd’hui.

     

     

  • Cycloperies (hommage à Marcel Mariën)

    On ne quitte pas Ulysse et la Grèce tout de suite avec les Cycloperies d'Éric Dejaeger...

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    L'introuvable (1937) de Marcel Mariën

    01. Un cyclope bien élevé ne se fourre jamais le doigt dans l'oeil en public

    02. Ce cyclope de bas Q.I. est amoureux d'un oeil-de-boeuf

    03. Chez l'oculiste, le cyclope paie demi-tarif. C'est chez le marchand de lunettes qu'il douille un max.

    04. La cyclope dépense peu en mascara, ricil et fard à la paupière.

    05. Le cyclope est avantagé au tir à l'arc: il ne doit pas fermer un oeil.

    Voir la liste complète qui comporte 45 entrées sur le blog d'Éric: Court, toujours!

    http://courttoujours.hautetfort.com/archive/2012/07/18/cycloperies.html

    Blog sur lequel on trouve aussi les textes courts en prose ou en vers de l'auteur de La Saga Maigros (C.I. éditions), ses irréflexions en forme d'apophtegmes, ses "listes potachères" de même qu'une recension des principale revues de littérature et de poésie francophones sans oublier ses lectures.

    Lire l'article de Pierre Maury sur La saga Maigros dans Le Soir des 20, 21 et 22 juillet 2012 (en regard de Dr House aux Francos de Spa!):

    http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/medias/files/la-saga-maigros-1.pdf

     

     

     

     

  • Grèce culturelle d'hier et d'aujourd'hui

    images?q=tbn:ANd9GcQM-Rweaerwos6Qs4Mu_hchgTqmfwnR5tEtyIDQCTC71himazRcZAxWHQF9Le site qui m'a servi de source principale pour cette quinzaine grecque sur Les Belles Phrases.

    Musique, poésie, arts graphiques... dans des pages claires, complètes sur les sujets évoqués et utilisant toutes les formes du multimedia...

    Les articles sont en français mais aussi en anglais et en grec. 

    http://dornac.over-blog.com/

    Avec l'Anthologie de poésie grecque contemporaine de Michel Volkovitch en Folio/Gallimard (2000, préface de Jacques Lacarrière)

    Sur le net, on retrouve quantité des poètes recensés sur le site de Michel Volkovitch

    en cliquant sur Made in Greece pour avoir accès aux traducitions.

    http://www.volkovitch.com/

     

  • Cavafy: Mer matinale - Seconde Odyssée... et Lavilliers

    images?q=tbn:ANd9GcR6we6fo-sgO5NmVMDVR071IljlXlchUvu91FfeUhklMS-5XETtqFCxEUk

    Mer matinale

    Ah, m'arrêter un peu ici. A mon tour contempler un peu la nature.

    D'une mer matinale et d'un ciel sans nuage

    les bleus étincelants, et le sable jaune; le tout

    sous une belle et vaste lumière.


    Oui, m'arrêter ici. Et me figurer que je vois cela

    (je l'ai vu, en vérité, à l'instant où je me suis arrêté);

    et non ici encore mes fantasmes,

    mes souvenirs, ces spectres de la volupté

     

    traduction: Dominique Grandmont

    Lavilliers & Lavrentis Machairitsas chantent Marin

    Après avoir tué les prétendants au trône d'Ithaque et avoir été reconnu de Pénélope, Ulysse sait par Tirésias qu'il devra repartir...

     Seconde Odyssée

    Odyssée seconde et grande,

    plus grande que la première peut-être. Mais hélas,

    sans Homère, sans hexamètres.

     

    Elle était petite, sa maison natale,

    petite, sa cité natale,

    et son Ithaque tout entière était petite.

     

    L'affection de Télémaque, la fidélité

    de Pénélope, la vieillesse du père,

    ses amis d'antant, l'amour

    de son peuple dévoué,

    le bonheur du repos familial

    sont entrés, tels des rayons de la joie,

    dans le coeur du navigateur.

     

    Tels des rayons ils ont disparu au couchant.

    La soif

    s'est éveillée en lui de la mer.

    Il haïssait l'air de la terre ferme.

    Les fantômes de l'Hespérie

    Troublaient son sommeil la nuit

    La nostalgie l'a envahi

    des voyages, et des arrivées

    matinales aux ports où,

    avec quelle joie, tu pénètres pour la première fois.

     

    L'affection de Télémaque, la fidélité

    de Pénélope, la vieillesse du père,

    ses amis d'antant, l'amour,

    de son peuple dévoué,

    et la quiétude et le repos

    familiaux lui pesèrent.

    Et il partit.

     

    Alors que les côtes d'Ithaque

    s'évanouissaient peu à peu devant ses yeux,

    et qu'il voguait à pleines voiles vers le couchant,

    vers les Ibères, vers les colonnes d'Hercule, -

    loin de toutes les eaux achéennes, -

    il sentit qu'il revivait, qu'il

    rejetait les liens accablants

    des choses connues et familières.

    Et son coeur d'aventurier

    s'en réjouissait froidement, vide d'amour.

    Cavafy (1863-1933) 

    ------------------------------------------------------

    Regards sur L'Odyssée d'Homère avec des contributions et interviews

    de Jean-Pierre Vernant, François Hartog, Pierre Bergounioux, Pietro Citati...

    http://www.mc2grenoble.fr/saisons/2011-2012/dpedagogique-ithaque-ok.pdf

     

  • Diamanda Galas: la voix des Erinyes

    Américaine d'origine grecque, artiste d'avant garde, Diamanda Galas, née en 1955 à San Diego, a travaillé depuis les années 70 avec John Zorn, Philip Glass, Terry Riley ou Iannis Xenakis. Sa tessiture vocale couvre 3 octaves et demie.

    "Le deuil, la souffrance, le désespoir, l'humiliation, l'injustice sont des thèmes récurrents de ses compositions, qu'elle chante, ou hurle d'une manière qui évoque parfois la glossolalie. Son apparence, ses performances scéniques, volontiers provocatrices, alliés à ses engagements qui font d'elle une véritable activiste lui ont valu le surnom de « diva des dépossédés », lui donnant parfois un statut d'icône gothique." Wikipedia

    Avec John Paul Jones (1994) 

    Let my people go

    http://diamandagalas.com/

     

  • Athina Papadàki: épousseter, cuisiner et autres poèmes...

    images?q=tbn:ANd9GcT4Q5JOwHBCdN6_i3KDrhQfpKTzw8O0-RNxX0Enlu9NrjLkCVjMMAU9uQ"Dans la lignée de Karoùzos et Dimoula, attentive au quotidien le plus humble qu'elle élargit et transfigure aussitôt, Athina Papadaki, née à Athènes en 1948, poursuit une autobiographie sans anecdote, un portrait de femme dans tous ses âges et ses états."

    Michel Volkovitch, Anthologie de la poésie grecque contemporaine.

     

    ÉPOUSSETER

     

    Je rends la mémoire aux choses.

    Le bois et le verre

    sentent mon amour et resplendissent.

    Même le chiffon sur le fil du balcon, je m'y intéresse

    il doit ainsi lavé, pensé-je

    se souvenir de la Béotie

    aux plaines cotonneuses.

    Ménagère, étoffe sur étoffe

    la poussière me macadamise

    je recule

    à tel point

    que tête

    et jambes

    et vêtements

    s'enfuient sans ordre vers l'absence.

     

    CUISINER

     

    Je fais de la friture.

    Bruit monotone de la boulette,

    odeur sans feu.

    Soudain je suis renversée.

    Des couverts, fondations déchues

    explosent au ralenti.

    Une civilisation d'objets m'amenuise.

    Je jette mon tablier.

    Ascension

    tout le corps du talon dans les vides,

    retournée comme un gant,

    seul un enfant peut me reconnaître.

    Un enfant s'accroche à ma jupe

    beau comme une pomme

    je le mords,

    j'informe avec amour, douleur ceux d'après

    ...toujours flotter, rester loin des barrages.

     

    Si on me demande, vite je reviendrai mettre la table.

     

    (La brebis des vapeurs)

     

    À L'AVEUGLETTE

     

    Sous-vêtements, premier refuge du corps.

    Là les dernières gouttes de lait

    sont déposées par les seins.

    Là le sang trouve asile une fois tombé

    en disgrâce de la matrice,

    exilé, vulnérable.

     

    On m'a tissée mortelle.

    Je m'habille de peur de provoquer l'Hadès.

    Me déshabille de peur d'offenser Dieu.

     

     

    GRAND MAGASIN DU LANGAGE

     

    Il serait bon que les mots ne servent qu'une fois.

    Ils emmèneraient la poésie plus profond

    et la ligne serait un bien meuble.

    Alors on entendrait parfois peut-être

    hurler les camomilles, ustensiles de la terre

    eux aussi durement éprouvés.

     

    Nos vers, soumis à la répétition.

    Je m'enflamme pour un mot individuel

    au-delà de la page privée.

    Amour hors-limites, la cendre aux mots les plus précis.

     

    L'espace externe du langage me tyrannise.

     

    Les secrets les plus beaux

    vieillissent compacts.

    Mais moi j'ai décidé — poète.

    À chaque instant me subdiviser.


    (La lionne dans la vitrine)



    PRIÈRES DE JEUNE FILLE

    L'été peut durer toute l'année

    plein de lézards, de dentelles, de pastèques.

     

    *

     

    Que les amours durent tant qu'ils rafraîchissent.

    Qu'elle s'orne pour ses noces d'un grec silencieux.

    (Balcon royal)


    + de poèmes de Papadàki dont L'évadée de l'évier et L'éveillée des cieux:

     http://www.volkovitch.com/F02_35.htm

     

  • V(i)ol sur Mars

    images?q=tbn:ANd9GcREc_WAJNVP8dpIYW8hP9b_1_cY42OoN6gy73gYyTDS5nbxapKzsZQoobfWDans la nuit de lundi à mardi, le robot Curiosity a été victime d’un vol. Alors qu’il se reposait de sa première journée de travail à l’intérieur de cratère Gale par 4,6° de latitude sud et 137,4° de longitude est, le robot a perçu deux silhouettes qui, après avoir bâillonné sa caméra, lui ont subtilisé du matériel informatique. La Nasa mène une enquête pour savoir si le robot n’aurait pas aussi été victime d’un viol. Aux dernières nouvelles, le rover serait en état de choc, il est actuellement suivi par une cellule psychologique de Pasadena spécialisée dans les traumatismes vécus par les robots en milieu hostile. Quant aux individus sans scrupules, ils sont activement recherchés par toutes les sondes spatiales de surveillance américaines. 

  • Angélique Ionatos

    Angélique Ionatos et Katerina Fotinaki 

    extrait de leur album Comme un jardin la nuit

    Angélique Ionatos sur Acoustic

    Le très beau Mia Thalassa 

    Un portrait de Angélique Ionatos 

    http://www.youtube.com/watch?v=xrvSoXfhmjs

    Sa biographie

    http://www.angeliqueionatos.com/

  • L'été grec de Jacques Lacarrière

    L-ete-grec-Jacques-Lacarriere.jpgEn 1976, Jacques Lacarrière racontait comment il avait arpenté la Grèce pendant vingt ans. Depuis, le pays a bien changé, mais son livre est resté 

    « Ce bloc de 45 francs de signes imprimés dégage des odeurs insistantes et des parfums tenaces.»C'est ainsi que Claude Roy présentait « l'Eté grec » dans Le Nouvel Observateur du 15 mars 1976.

    Trente-quatre ans plus tard, il en coûte 7,80 euros pour plonger à nouveau dans ce monde de senteurs mêlées, « résine, térébinthe, myrrhe, thym, origan, sauge et menthe sauvage. Et la terre elle-même, son goût de poussière sèche, de cendre ambrée ».

    La suite de l'article ici:

    http://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20100713.BIB5441/l-039-ete-grec-de-jacques-lacarriere.html

    "Un voyage à Athos c’est d’abord un voyage dans le temps. (...) Athos est une survivance, une parcelle de Byzance enclose en notre époque."

    De ses voyages il a tiré cette chronique indémodable, l’âge ne fait rien à l’affaire et l’on éprouve autant de joie à la lire aujourd’hui même si la Grèce décrite a bien changée.

    Il va tout au long de ses voyages, multiplier les rencontres, en commençant au Mont Athos qu’il arpente longuement. 

    Les monastères vont du simple bâtiment construit au dessus du vide au monastère riche de manuscrits mais agonisant faute de vocations. Des lieux peuplés de moines proches du monde rabelaisien, mais aussi des derniers anachorètes vivant sur des terrasses surplombant le vide et nourrit grâce à une nourriture montée par des jeux de poulies  jusqu’à des cabanes inaccessibles. 


    La suite ici: 

    http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2012/02/28/l-ete-grec-jacques-lacarriere.html

     

    L'été grec, une émission de France culture, à écouter ici:

    http://www.franceculture.fr/emission-les-passagers-de-la-nuit%E2%94%8210-11-l-ete-grec-2011-05-05

     

     

     

     

  • Ariel Sharon évoque sa rencontre avec Michel Daerden

    "L’ancien homme fort de la politique israélienne, dans le coma depuis plus de six ans, se souvient de sa rencontre récente, dans les couloirs de l’inconscience, avec M. Daerden. Entretien." 

    La suite sur 13lignes.be

    http://www.13lignes.be/2012/08/ariel-sharon-evoque-sa-rencontre-avec.html

    C1.jpg13 lignes, c'est aussi un livre:

    "13 lignes. C'est suffisant pour résumer la situation"(Caïra Edition. 256 pages, 15 euros, Préface de Jacques Mercier). 

    En librairies 
    Actuellement, le livre est disponible dans toutes les bonnes librairies en Belgique francophone.

    http://www.13lignes.be/p/le-livre.html

  • Iannis Ritsos: Corps nu

    Corps nu

    Je tâte les angles de la nuit -
    ton coude, ton genou,
    ton menton.
    Des pierres dégringolent.
    Aucun bruit.
    Où es-tu ?

    La montagne entre dans la maison,
    s'assied sur mes genoux.
    Le jour fume.
    Le vent c'est encore le tien.
    Plus au loin rien.

    Viennent de plus longues nuits.
    Des plantes carnivores
    enveloppent la maison,
    enveloppent le lit.
    Tes lèvres absentes
    m'aspirent.

    Au centre du vers
    toi et toi.
    Ta respiration envahit
    tous les mots,
    tout le silence.

    Chacun de tes gestes
    a laissé
    sur la table,
    dans le placard,
    sous l'oreiller,
    une petite boîte à musique.
    J'écoute seul.

    Toute la nuit
    ton nom
    gazouille dans ma bouche,
    boit ma salive,
    me boit.
    Ton nom.

    Au téléphone
    je t'entends qui jettes
    un à un tes vêtements
    sur le plancher.
    En dernier
    ta bague.

    Tu prenais le train.
    Ne tarde pas – te disais-je.
    Plus vite, plus vite.
    Et les bouts de tes seins
    se durcissaient.

    Athènes, 25.XI.80

    Traduit du grec par Anne Personnaz 

    extrait  d'Erotica

    ----------------------------copie-1.jpg

    Couple , Vassilis Sperantzas

     

    Nudité du corps

     

    Mes lèvres 
    qui font le tour de ton oreille 
    Si petite et si tendre 
    comment fait-elle pour contenir 
    toute la musique ?

     

    J'ai ôté ma veste, 
    te l'ai jetée sur les épaules. 
    Dans la poche droite 
    Il y a un galet tout blanc. 
    Chaud.

     

    Tu as oublié ton parapluie 
    dans le train. 
    C'est donc à moi que tu pensais. 
    Tes cheveux mouillés. 
    Je t'ai peignée. 
    Le peigne, je l'ai rangé 
    sous le poème.

     

    Iannis Ritsos (1909-1990)

     

    .Le secret du clown

    Sur les collines, les chapelles vides. En bas, dans le pré, les bœufs, les chevaux, les vignes. Le ciel immobile au milieu des nuages qui changent. Une tache noire, immobile sur le mur, - plus noire dans le miroir. Lui, la gratte avec ses ongles – ses ongles sont mangés. Alors il prend de la peinture et peint le mur en or. Comme par erreur,

    il se donne un coup de pinceau sur le nez, sur les joues.
    Tout doré maintenant, il se regarde dans le miroir. Il rit – ses yeux se ferment- ce clown perpétuel (comme nous l'appelons) de la mort, qui cache dans sa poche trois grands clous rouillés.

    I.R., Samos, 9.X.71

    Traduit du Grec par Dominique Grandmont, in 
    Le mur dans le miroir et autres poèmes
    , Gallimard, 2006.

        

     

      

  • QUELQUES LECTURES RÉCENTES

                 
                                                        par Philippe Leuckx images?q=tbn:ANd9GcQzCoPZrZfTixQqg4xdVjCF6_x_NReWlc7XrWWsAmjDHiPjQHSSBMTcdDM

        images?q=tbn:ANd9GcQtY6dw8zxkFwy_kVR8xLbdGpqqWpAj9UawRQnyQc7WmTTjYQRRZdsHdAComme personne de l’excellent Irlandais Hugo Hamilton (1953) que nous découvrons grâce aux Ed. Phébus (2010), sans répéter les autobiographiques Sang impur et Le marin de Dublin – qui ont fait la grande réputation de l’auteur pour brosser d’une manière intense ses années de formation (enfance et adolescence dans les années « dans le vent », soixante et pop), en reprend certains thèmes comme la mémoire douloureuse d’une certaine Allemagne. La mère de l’auteur, qui a rejoint l’Irlande après la 2ème guerre mondiale, offre il est vrai, la matière de nouvelles explorations. Le dernier livre est un roman, lui, mais il explore une histoire terrible, censée hyperréaliste, avec les gages d’une historicité établie. 

         Berlin 1945. C’est la fin de la guerre. Une mère fuit Berlin. Elle vient de perdre son seul fils dans le bombardement de leur immeuble. Le père de cette femme éplorée l’accompagne parmi d’autres fuyards. Un jour, il lui trouve un enfant de remplacement. Tout le roman relate les épisodes de ce petit Gregor, enfant substitué, adopté, et les difficultés éprouvées lorsqu’adulte, il revit son expérience. Entouré d’amis, dans ces années de contestation que furent les années 60, Gregor mesure à quel point la filiation qu’on lui a donnée a déterminé la sienne et ses rapports mitigés avec son propre fils. Lui remontent à la mémoire ce père de substitution, cette mère dans les ruines d’un Berlin effrayant, sa propre vie, comme s’il n’était personne. Est-il Juif ? Que sait-il  de ses vrais parents ? La prose d’Hamilton donne profondeur et densité à cette quête proprement existentielle dans les parages urgents de la guerre, de mai 68 et d’un aujourd’hui de la mémoire. La composition du livre, dans ce va-et-vient entre les époques, équilibre les intérêts et relance l’attention de la lecture pour une œuvre puissante, humainement et stylistiquement.

         

         images?q=tbn:ANd9GcTmBUn7R5M0NLd0BaIGGMbjbng-UBFbuOa1uLUPy2dOZ71eyY2HlXI2D4HWLa vie extérieure d’Annie Ernaux est l’un des rares livres d’elle que je me devais encore de découvrir. Cette chronique qui traite de la période 1993-1999 a paru chez Gallimard en 2000 et n’a pas pris une ride, tant les préoccupations de la diariste de la vie de ses contemporains, croisés au fil de ses trajets quotidiens, restent d’une étonnante actualité. Ernaux a l’œil d’abord et la plume ensuite pour détecter ce que d’autres ne peuvent voir. Le RER lui offre une matière singulière d’observation sociale. Annie tient calepin des gestes et des comportements de ses contemporains. Elle croque des tics de langage, des bribes de conversation, elle tient perspective sur l’évolution des lieux traversés (entre autres, La Défense). Elle réagit à l’actualité violente, à la guerre (c’est l’époque horrible des guerres de l’ex-Yougoslavie). Elle tire des événements une manière de morale personnelle, attentive aux plus faibles, respectueuse des valeurs souvent déniées aux laissés-pour-compte d’une société coupée entre nantis et banlieues. L’auteur relate aussi ses prises de position, son souci de manifester pour la bonne cause. Son regard, unique, dépiaute les réalités sociales, souvent enfouies par le politiquement et sexuellement correct. Dans le droit fil de Journal du dehors, ce livre annonce bien sûr l’esthétique et les problématiques du fameux Les Années.


         images?q=tbn:ANd9GcSVeeJTSPFFp0YM2ZOadbogs1lHg6PVJx9tAabPfUGAaXDthKJ85LdMY4UL’homme au tricorne du regretté Paul André, poète et conteur, décédé en 2008, est un récit haut en couleurs et d’une inventivité époustouflante. L’homme du titre est un marcheur, un pèlerin, un vagabond, un découvreur, un passager, on retiendra de lui l’un ou l’autre aspect. Dans ses périples, il rencontre moult personnages fantasques, délirants ou étonnamment réels. L’intérêt du livre, récit de ces aventures voltairiennes, qui tirent des faits une mesure éthique et une ironie provocatrice et bienfaisante, tient d’abord au style d’une légèreté et d’une écriture étonnantes. Chaque mot ciselé, cette phrase balancée, pour humer ce que ce personnage fantasque pousse en lui au fil des sentiers et des chemins de connaissance. Est-il philosophe ? Penseur ? Il n’est jamais à court d’arguments ni d’exemples pour offrir à ses comparses le poids de vie et de réflexion sur parfois l’inattendu ou l’infime du monde. Une langue maîtrisée porte les dialogues, les événements et les pauses philosophiques. Ce beau livre, un peu hors du temps et des  modes, est sorti aux Déjeuners sur l’herbe (2011) et reste longtemps dans la mémoire de son lecteur tant il déroge à l’habituel ramage romanesque, convenu, attendu. Rien de tel, ici. Entre réalisme et fantastique, le romancier réussit à nous piéger par ses effets de réel et une connaissance très sûre du monde dont il parle. L’humour n’est pas absent ni la reprise quasi emblématique de « l’insatisfecit » d’un antihéros, qui doit pour se satisfaire, sans cesse relancer sa quête.

     

  • Lire en Grèce

    images?q=tbn:ANd9GcRohmJMhOe7FvwuvZzg3Ts5i-Qid0nfLvqtNRkksXlzj6Ca0x4sq6CwZ56U4 romans grecs, 4 lectures de Denis BILLAMBOZ sur Interligne.

    Le labyrinthe de Panos Karnésis (1967-)

    Le récit des temps perdus d'Aris Fakinos (1935-1998)

    L'enfant de chienne de Pavlos Matessis (1931-)

    Gioconda de Kokàntzis (1930-)

    http://interligne.over-blog.com/article-lire-en-grece-108196347.html

    (on retrouve bien sur Denis la semaine prochain pour sa chronique)

  • Nikos Kazatzankis, l'auteur de Zorba le Grec

    Ce n'était pas une île


    C'était une bête sauvage qu'on voyait dans le mer

    Et c'était la sirène,

    la soeur d'Alexandre le Grand

    Qui se lamentait 

    et semait la terreur dans l'océan

     

    Si la Crète devient libre,

    Libre aussi sera mon coeur

    Quand la Crète sera libre,

    Je rirai.

     

    (trad. de Mathieu Serradell)

    Extrait de Capitaine Michel, roman sur la guerre d'indépendance en Crète contre l'empire ottoman (à la fin du XIXème siècle)

    Mis en musique par Manos Hadjidakis et interprété (1973) par Nana Mouskouri (née en Crète)


    Zorba le Gerc (1964) de  Michaël Cacoyannis avec Anthony Quinn  est tiré d'un roman de Nikos Kazantzákis, Alexis Zorba.

    Le film fut tourné en Crète, lieu de naissance du romancier (l'aéroport d'Heraklion porte son nom) et de Mikis Theodorakis - qui en a composé la musique.

    A noter que la scène finale fut tournée sur la plage de Stavros, au nord de l'île, et que le fameux sirtaki est une danse exclusivement créée pour les besoins du film et alors inconnue des Crétois eux-mêmes. 


    Site officiel de Mikis Theodorakis

    http://fr.mikis-theodorakis.net/

    A (re) lire Un appel de Mikis Theodorakis à l'opinion publique internationale (12.02.2012)

    http://fr.mikis-theodorakis.net/index.php/article/articleview/558/1/100/

     

  • Thessalonique, jours de 1969 après J.-C. et autres poèmes


    THESSALONIQUE, JOURS DE 1969 AP. J.-C.

    Dans la rue d'Egypte - la première à droite -

    Se dresse aujourd'hui le siège de la Banque de Commerce

    Et des bureaux de tourisme et d'émigration

    Et les enfants ne peuvent plus jouer avec toutes ces voitures qui passent

    Les enfants d'ailleurs ont grandi, le temps que vous avez connu est passé

    Maintenant ils ne rient plus, ne chuchotent plus de secrets, ne se confient plus

    Ceux qui ont survécu bien sûr, car on a eu depuis de grands malheurs

    Maladies graves, inondations, séismes, soldats blindés;

    Ils se souviennent des mots du père: tu connaîtras des jours meilleurs

    Et si l'on attend toujours, peu importe, ils répètent à leurs enfants la leçon

    Continuant d'espérer qu'un jour la chaîne va s'interrompre

    Aux enfants de leurs enfants peut-être ou aux enfants des enfants de leurs enfants

    Pour l'instant, dans la vieille rue dont nous parlions, se dresse la Banque de Commerce

    - je commerce, tu commerces, il commerce - 

    Et des bureaux de tourisme et d'émigration

    - nous émigrons, vous émigrez, ils émigrent -

    Où que j'aille la Grèce me fait mal disait le Poète

    La Grèce aux belles îles, aux beaux bureaux, aux belles églises

     

    La Grèce aux Grecs.

    Manolis ANAGNOSTÀKIS (1925-2005), La cible

     

    LES MONTAGNES

    D'abord il y eut la mer.
    Je suis né entouré d'îles

    je suis une île surgie le temps de voir

    la lumière, dure comme la pierre

    puis sombrer.

    Les montagnes sont venues après.
    Je les ai choisies.
    Il fallait bien que je partage un peu le poids

    écrasant ce pays depuis des siècles.

    TITOS PATRÌKIOS, Mai 1968

     

    MA LANGUE

    J'ai eu du mal à préserver ma langue

    parmi celles qui viennent l'engloutir

    mais c'est dans ma langue seule que j'ai toujours compté

    par elle j'ai ramené le temps aux dimensions du corps

    par elle j'ai multiplié jusqu'à l'infini le plaisir

    par elle je me rappelle un enfant

    et sur mon crâne rasé la marque d'un caillou.
    Je me suis efforcé de ne pas en perdre un mot

    car tous me parlent de cette langue - même les morts


    TITOS PATRÌKIOS (1928-),
    La volupté des prolongations

    images?q=tbn:ANd9GcTbvx3RQyVKx32KJVEIPQ839Y0gjYzhc3h80VChavJ5alZ0WqDfE_MHvPpn

    extraits de

    l'Anthologie de la poésie grecque contemporaine

    1945-2000

    traduction: Michel Volkovitch

    (Poésie / Gallimard, 2000)