• Prix Gros Sel du jury: "Au plus près" de Philippe LEUCKX

    À l'encre des étoiles

    images?q=tbn:ANd9GcS9ZbTESunW6_AzhBSeOgjHO3qznY89twzyCZiv2nifHA4WtM362aIAx3gDans Au plus près, Philippe Leuckx trempe sa plume dans la braise et le sang. 

    « Langue raisin de feu »

     « J’écris où je me brûle »

    Il allume au tison de l'enfance des feux de mots qui éclairent nos histoires intimes.

     

    Entre éveil des sensations et « sommeil des possibles », au-delà des pertes (de saisons, d’êtres chers), « entre passé devenir », le poète épingle des visages pris dans la lumière des réverbères, des visages comme des villes, présents en leur absence dans le temps de leurs rues, de leurs rides.

     

    Le poète dit à sa façon comment vivre chichement en se contentant « du peu qui coule sang frisson », d’une paume à défaut d’une étreinte, d’une lueur tombée d’un soleil. En gardant, pour l'accueil des ferveurs, le froid qui a provoqué le frisson, la chaleur couleur de fièvre...

    Sans perdre de vue le jour,  à gagner « à la sueur des arbres » pour « à la pleine lumière /rameuter [les] souches », car c’est la nuit (de l’effroi ? chère à Pascal Quignard) que le travail du père se fait :

    Mais le père ne se cache pas

    S’il vient au jardin

    C’est de nuit 

    Ramasser ses étoiles

    Et caresser le rouge

    Des cerises

    En effleurant sa bouche

    D’aube. 

     

    Chez Leuckx, les choses sont duales, comme en un duel permanent, dialectique, s’échangeant face claire et obscure, force et faiblesse, poids et légèreté...

    Contradictions apparentes, dépassées, converties en métaphores.

    Ce recueil livre aussi un art poétique.

    Le temps fuit mais c’est dans le temps qu’on demeure ; le corps bat et le cœur gronde ; l’ombre naît de la lumière qui se découpe sur le sombre... « L’heure pèse sur la vitre » même si « l’heure est douce »... La poésie naît de ces rapprochements inédits entre les qualités insoupçonnées des objets au sens large, que seul le poète voit, sent et rend. Averti de la  volatilité de la parole, il cadre au plus près des mots ses modèles pour en livrer de neuves images.

    La poésie de Leuckx est aussi consolation, comme chez Lautréamont ou François Jacqmin.

     

    Ecrire au plus près... des paupières, le regard ; de l’enfance, le père ; de la peau, le poème ; du ciel, les étoiles ; du jardin, la terre ; du murmure, le silence ; du visage, l’autre, toujours.

     

    Au plus près, ce sont 49 brèves épiphanies à déchiffrer à la flamme d’une vie, « trop tard » et à l’ombre, « pour toujours égaré ».

    Philippe Leuckx écrit à l’encre des étoiles dans les replis du jour, les sentiers soustraits à la lumière, où se perdent des hommes mus par un besoin de plus d’humanité.

     

    C’est la langue

    Qu’on nettoie à grandes eaux

    Une chambre s’allume

    Dans le cœur

    Tout le reste est d’encre

    Sombre. 


    Éric Allard

    Paris, Editions du Cygne, 60 pp, 10 €. Présentation du livre et commande:

    http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-au-plus-pres.html

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  • VU AU CINEMA DE MA RUE / TRENTE-HUIT TEMOINS OU LE LUMINISME DECAPANT DE LUCAS BELVAUX

    images?q=tbn:ANd9GcSjJ5YWaOpF3-gkt27lW5RqLgrH03EIy8S32DV2DTUEBUIUJIpBSVaYPgpar Philippe LEUCKX

    Avec "Trente-huit témoins", le comédien et cinéaste Lucas Belvaux illustre avec maestria le genre plus rare de polar métaphysique. Cette oeuvre de 2011, magnifiquement interprétée par une brochette d'acteurs belges et français, prend appui sur un roman de Didier Decoin ("Est-ce ainsi que les femmes meurent?"), situé dans un Havre ombreux à souhait, entre rue de Paris, glauque et quais d'embarquement du port, entre les lumières glaireuses d'une ville neurasthénique (autant que la musique à la radiohead d'Arne Van Dongen), marquée au sceau des doutes de la conscience, et la mer houleuse.

    L'intrigue repose clairement sur le crime affreux dont fut victime une jeune femme de vingt ans, Sylvie Martel, au vu et au su de tout un immeuble, puisqu'elle poussa à deux reprises des cris d'horreur, longs et prégnants.

    On suit pas à pas, dans l'intimité d'un appartement qui fait partie de cet immeuble-témoin, un couple, Pierre, pilote dans le port du Havre et sa fiancée Louise; une journaliste qui enquête sur le crime; un policier; un procureur désabusé; des voisins, manifestement peu bavards à l'adresse des enquêteurs de tous bords...

    Une lente conscientisation alors trouble Pierre (magnifiquement joué par Yvan Attal) jusqu'à le conduire à une déclaration cathartique à la police judiciaire. Il veut , mais c'est déjà trop tard, laver cette culpabilté qui lui pèse.

    Dans des scènes hallucinantes de vérité et d'intensité, où les huis-clos dans des appartements ou des voitures, où les confrontations entre les personnages éclairent faiblement l'atmosphère poisseuse et délétère, Belvaux fait montre d'une mise en scène calligraphique, rayée de réverbères, de plans de coupes, de lignes de fuite sur des noyaux de lumière blafarde. Une étonnante musique accompagne ces mouvements sismiques de conscience et/ou de lâcheté des témoins.

    Sophie Quinton dans le rôle de Louise, Nicole Garcia, dans celui de la journaliste Sophie Loriot, François Feroleto, policier de P.J., le procureur Didier Sandre et la jeune Natacha Régnier (une voisine amie du couple, seule avec une gamine) émergent d'une distribution hyperréalise. On sent Belvaux marqué, imprégné plutôt, par l'affaire d'Outreau ou l'incisif "Viol" de Sallenave. La précision ethnographique des lieux, des contours de l'affaire, de la dérive des personnages dans un quartier où le moindre regard peut mettre mal à l'aise, procède d'un regard juste et éthique d'un cinéaste, apte à rendre l'indicible touffeur des émotions qui nous traversent.

    Je retiens nombre de séquences qui tirent toute leur force de légers mouvements de caméra dans l'aire à peine éclairée d'une chambre, où les visages qui souffrent laisser parler la douleur et l'émotion. Nourri des grands (Antonioni, Chabrol), Belvaux signe des atmosphères insignes : beauté et relief, jusque dans le terroir des ombres malsaines ou malséantes.

    Une grande et belle oeuvre, puissante, terrifiante. Quels êtres humains sommes-nous si nous sommes prêts à nous boucher les oreilles du cri des vivants soumis à la mort? Aucune démonstration cayattienne, là-dedans. Mais l'assurance d'une progression dans les nerfs de la conscience, non seulement des personnages, mais surtout de celle des spectateurs.



  • Poèmes / Luc-André REY

    j'ébaucheimages?q=tbn:ANd9GcTZBRJcTT-q9eWCCkZGF59W57YdWYE-hcm99U9k1yJKALkw9CLbI-lWTg
    quelques esquisses
    d'une oeuvre
    monumentale

    qui laissera pantois tout le monde littéraire
    qui remplira d'émoi le peuple pas littéraire
    qui gonflera de joie mon banquier si amer
    me bousillera le foie à coup de pintes de bière

    mais voilà mais voilà

    je ne suis qu'une esquisse
    n'écrit que des ébauches
    d'une oeuvre dont vous êtes
    les premiers artisans

    vous n'êtes pas littéraire et tant mieux moi non plus
    vous êtes des gens du peuple et tant mieux moi non plus
    n'aimez pas les banquiers et tant mieux moi non plus
    vous foutez de votre foie et tant mieux moi non plus

    on est fait pour s'entendre
    moi j'entends vos silences
    on est fait pour s'entendre
    vous ignorez mes mots

     

     

    Maison de la Poésie d'Amay
    résidence, été 2010)

     

     

    **********

     

     

    je ne suis pas amoureux des livres à ce point 



    que j'y sacrifierai mes nuits et mes compagnes

    mais il peut m'arriver, mon lit, je tende, draps
    quelques pages d'amour d'un livre non écrit

    où mes nuits
    mes compagnes

    ne peuvent rien pour moi 

     

      

    ************

     

     

    je reviens de la nuit comme ces papiers buvards 
    dans mes cahiers d'école à la fin de l'année
    on n'y pouvait rien lire du cahier si bavard 
    cette page à elle seule portait tout du cahier

    pour le papier buvard, l'avenir était scellé
    tu ne sers plus à rien la corbeille à papier

    pour moi j'hésite encore une nuit ne scelle rien
    sauf si n'osons pas le monde entre nos mains


    alors je vais le jour comme un papier buvard
    où le jour effacera mes rêves trop bavards

     

     

    **********

     

     

    c'est une terre à nuages
    une vallée où la Meuse emporte ce qui l'entoure
    une terre trop légère pour ce qu'elle est la terre

    alors
    les nuages

    et voyez les visages de qui vit sur cette terre
    eux aussi les nuages

    qui remplissent leur corps et tant qu'au cimetière ils pourront

    s'aller terre dans le corps d'un nuage



    ***********



    je trace le chemin
    que l’autre puisse avancer

    mais je ne serai plus là

    ce chemin
    on ne le peut
    ce drôle de mot

    l’autre

     

     http://www.maelstromreevolution.org/pages/FRA/autori_Luc-Andre_Rey.asp

  • Deux chanteurs belges: Aurélien BELLE & Hugues DRAYE

    Deux chanteurs belges, auteurs-compositeurs d'expression francophone, l'un, Hugues, de Bruxelles, l'autre, Aurélien, de Charleroi qui manient l'humour caustique ou tendre, une chanson intime en phase avec le quotidien le plus trivial, les questions métaphysiques ou les problèmes de société...

    Hugues DRAYE 

    Jusqu'où va l'intimité?

    L'auteur Hugues Draye, présenté par Christine Brunet dans ACTU-tv

    http://www.myspace.com/huguesdraye


    Aurélien BELLE

    La fille de Mons-Hainaut

    Aurélien Belle chante Libertine

    http://www.myspace.com/aurlienbelle

     

  • Mammifères marins

    images?q=tbn:ANd9GcQV1yZgfyshsO0itAgcSuR46AvvI-kLjaCcB8DPYcSLEW0_PrwBsYeRjGAkTout occupé que j’étais à regarder un documentaire sur les mammifères marins (bélugas, baleines bleues, orques) qui,  par nécessité, et depuis le dauphin il y a quarante millions d’années, sont retournés à la mer, je ne vis pas tout de suite l’ours blanc qui, depuis l’effondrement de sa banquise, tous les jours à midi tambourine à ma fenêtre pour obtenir son colis journalier de loutre et de poisson frais.

     

  • Charlie Hebdo ne publiera pas de caricatures de Mireille Mathieu

    images?q=tbn:ANd9GcQ0vPfaWjl__PvTZrvCZrbRqzj2_QHMLdIozoXbMKtUMWNByC8DlRaXMgCharlie Hebdo renonce à publier des caricatures de Mireille Mathieu par crainte de provoquer une levée de déambulateurs dans les maisons de repos. Le fan club de la chanteuse a aussitôt salué cette marque de respect qui honore le journal. Dave a appris la nouvelle avec soulagement.

  • Les déclarations sauvages

    Samedi soir, j’ai sonné à Richard Millet pour lui faire part de mon sentiment d’insécurité relativement à des blancs-becs qui importunent tous les occupants de l’immeuble avec leurs croix cloutées de clous en croix mais Millet était occupé à skyper avec Breivik. De rage, j’ai relu Le Clézio.

    images?q=tbn:ANd9GcRiFsruXoZMM9e1qdLVMubnSTnHvdp_RBRfyJBVgbdx3LKEGrtbhnbDjQ4En sortant m’acheter une canette, je suis tombé sur eux qui m’ont dit, parce que je ne me rase plus depuis un mois (faute de lames Gillette, mes préférées, en rupture de stock chez Lidl, la faute à Adrien Brody), qu’avec ma tronche à barbe je ridiculisais Jésus. Je ne me souvenais plus qu’on ne pouvait pas caricaturer le Fils de Dieu mais je n’ai pas relu la Bible depuis le catéchisme. Ils ont dit que ma poubelle en prendrait pour son grade et, de fait, une heure plus tard ils mettaient le feu à mes déchets et, par voie de conséquence, au bâtiment. Les pompiers ont débarqué en nombre et ont inondé les caves. Ainsi, on aura la piscine couverte qu'on réclamait depuis des lustres.

    La chef de syndic’ a déboulé les seins nus, elle est adhérente toute fraîche des FEMEN. J’en ai profité pour tirer quelques photos d’elle, histoire de les adresser à mon canard préféré lundi matin pour leurs pages people. J’ai été étonné qu’elle ne figure sur aucune liste électorale comme 95% de mes connaissances. Je l’ai même un peu tancée à ce propos et je pense qu’elle à quitté mon appart' à sept heures du mat' avec une conscience politique neuve et l'idée de s'agréger à une liste électorale avant les élections, dès qu’elle aurait repris allure décente. J’ai lâchement profité de son sommeil pour ajouter quelques tags sur sa peau déjà encombrée qui disaient assez bien mon sentiment pour elle:

    VIVE LE SYNDIC LIBRE – JE SUIS LIBRE DE TOIT : TU ES MA BELLE ÉTOILE – J’AIME MIEUX TES MAMELONS QUE MÉLENCHON – TES GRAINS DE BEAUTÉ M’ONT MOULU – JE GARDE TES PAGES OUVERTES - HEROINA MON AMOUR –  TOUS MES POÈMES POUR TA PEAU

    J’espère qu’elle ne m’en voudra pas de m’être ainsi laissé aller à la recouvrir entièrement de déclarations sauvages.

     

  • Pour solder les vieux comptes

    images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYY

    par Denis BILLAMBOZ

    Aujourd’hui, j’ai choisi de rapprocher deux textes qui racontent la vie rude et austère des paysans un peu frustes qui vivent dans des régions isolées loin de tout, un peu à l’écart de la civilisation, où le temps a peu de prise sur l’histoire, où les événements laissent leur empreinte et des cicatrices longtemps. J’ai traversé la Finlande du sud au nord et j’ai vu ses régions pratiquement vides, à l’état originel, où les hommes se croisent peu mais où les différentes guerres ont su les débusquer pour les entraîner dans des conflits sanglants qui ont laissé des plaies mal cicatrisées qui se rouvrent à la première occasion. Qu’ils soient aux confins de la Norvège ou au nord de la Finlande, ces rudes paysans taiseux n’évoquent pas ces événements anciens mais la violence peut à tout moment ressurgir pour régler les vieux comptes mal soldés.

                                                                                     

    Un jour en Ostrobotnie41X0RGRE4XL._SL500_AA300_.jpg

    Antti Tuuri (1944 - ….)

    Un jour, un jour qui pourrait être comme un autre jour férié mais qui était différent car la famille Hakala était réunie pour partager le maigre héritage du grand-père décédé en Amérique où il avait fui depuis très longtemps, laissant femme, ferme et enfants, pour construire une autre vie.

    Il y avait là les quatre petits-enfants, aussi frustes et rustres que les sept frères d’Alexis Kiwi, Paavo l’aîné resté à la ferme pour remplacer le père décédé prématurément, Veikko l’ivrogne, hâbleur, bagarreur qui rate tout ce qu’il entreprend, Seppo, l’intellectuel qui ne renie pas pour autant la bouteille quand l’occasion se présente et Erkki, le narrateur qui semble le seul être équilibré de la fratrie. Il y avait là aussi les femmes mais elles n’étaient là que pour le travail et les diverses nécessités de la vie : la grand-mère grabataire et restée dans son temps ancien, les belles-filles pleurnichardes, braillardes, geignardes, toujours à la recherche d’un mari en cavale et la mère véritable autorité de cette communauté familiale.

    Cette journée va vite tourner à la beuverie où chacun va régler ses comptes mettant en évidence tous les heurts, conflits larvés, tensions, rancœurs, concurrences mal vécues, jalousies, règlements de  comptes, divergences politiques…, tout ce qui agrémente les réunions d’une famille sur laquelle pèse une histoire trop lourde à porter. L’histoire d’une région, fortement impliquée dans celle de la nation, qui a fait de nombreuses victimes quand les hommes du cru ont versé leur sang dans la guerre de libération, dans les émeutes contre les communistes avec le Mouvement de Lapua, dans la guerre des neiges et la guerre de continuation contre les Russes.

    Et Antti Tuuri va faire raconter à chacun des protagonistes de ce roman, un morceau de l’histoire de cette région un peu reculée, éloignée, isolée qui souffre d’une mauvaise réputation, une région de lourdauds un peu frustes plus habiles avec leurs poings qu’avec leurs méninges. Mais une région que ses hommes aiment profondément et qui a versé le sang en abondance pour la liberté et la patrie. Des fragments de l’histoire de cette famille aux prises avec les événements qu’elle ne finit que par subir, laissant des morts sur divers champs de bataille, dans des rixes ou des accidents mal éclaircis, des plaies mal cicatrisées qui s’ouvrent à la moindre occasion. Et, l’alcool, bien qu’il soit réglementé et malgré quelques relents de piétisme, coule à flot et énerve vite ces rustres gaillards qui veulent encore et toujours solder ces vieux comptes.

    Pas une grande œuvre littéraire, mais une image poignante, parfois désolante et pathétique, de cette région victime, comme toute la Finlande, du confinement et de l’isolement, qui a passé une bonne partie du siècle dernier coincée entre le marteau rouge et l’enclume brune, ou peut-être l’inverse, entre le marteau brun et l’enclume rouge, finalement comme le veut la formule habituelle entre la peste rouge et la peste brune.


    41NH4VmdgjL._SL500_AA300_.jpgPas facile de voler des chevaux

    Per Petterson (1952 - ….)

    Passé la soixantaine, Trond s’installe dans un chalet isolé à l’est dela Norvège, près de la frontière suédoise, seul avec son chien, comme son père s’était installé, pendant la guerre, dans un autre chalet, tout aussi isolé, où, en 1948, alors qu’il avait quinze ans, il l’avait amené, pour une sorte de séjour initiatique. Dans cette nouvelle retraite, il fait la connaissance de son voisin, Lars, mais il le connait déjà, il l’avait rencontré quand il avait séjourné, avec son père, dans cet autre chalet. Cette rencontre fait remonter les souvenirs et confirme Trond dans ses intentions de revivre la vie de son père pour essayer de comprendre tout ce qu’il voulait lui dire et qu’il ne lui a jamais dit, tout ce qu’il a fait et qu’il n’a jamais raconté.

    Ce roman très nordique, où le malheur frappe souvent et brutalement un monde un peu figé, à l’écart de la civilisation en ébullition, un monde anodin de gens anodins qui mènent une vie anodine, est avant tout un livre sur l’impossibilité de dire, de communiquer, de transmettre, le père ne peut pas dire la guerre, la résistance, la fuite, l’amour, l’amour qui perdure au-delà de la guerre et la fuite à nouveau. Trond reproduit cette vie pour comprendre et peut-être savoir.

    Un monde de mâles taiseux, taciturnes qui n’ont pas besoin de la parole pour transmettre leur verdict, tout le monde sait, personne ne dit. Chacun choisit sa voie « c’était des chemins qui s’offraient à moi ; dès que je me serais engagé sur l’un d’entre eux, une grille retomberait avec fracas dans mon dos. Puis quelqu’un  relèverait le pont-levis, ça déclencherait une réaction en chaîne, et je ne pourrais plus revenir sur mes pas. » L’auteur croit au libre-arbitre et à la possibilité de choisir : « Je considère que nous créons nous-mêmes notre vie … Mais quand même : parmi tous les endroits où j’aurais pu m’installer, c’est ici que j’ai atterri. » Et, la mort frappe, elle aussi, un peu aveuglément et même souvent.

    Et dans ce monde agraire, en voie de disparition, Trond, en essayant de découvrir ce que fut son père, découvre ce qu’il est, qu’il est peut-être comme ce père qui lui a échappé comme lui échappe à ses enfants.

    Un livre que je vais ranger sur le rayon des livres nordiques où il retrouvera Martinson, Tumström, Gustafsson, Undset, Lagerlöf, Sandemose, Kiwi, …, mais tout près d’Antti Tuuri, tous ces auteurs qui ont chanté la Scandinavie et la Finlande agraires, ancestrales, confinées, résignées, un monde où la nature est si forte que les hommes ne peuvent que rester humbles et accepter sans commenter.

     

  • Texte (complètement) barré

    Ce texte pas si nul, j’aurais pu, s’il n’avait pas plu sur ma joie première de l’écrire autant d’amertume, le mener à bien. Enfin, jusqu’à son terme... qui aurait pu être mal d’ailleurs... Mais que sait-on de la fin des textes non écrits ? Autant s’arrêter en chemin si on n’est pas certain d’arriver à bon porc. Surtout dans l’auge où marine la langue en attendant des groins capable de la relever. Et cette foutue ligne du temps qui ne fait rien que barrer mes mots pour que je ne m’aventure pas en zone interdite. Pas de danger, j’ai décidé à la seconde de jeter le gant à la tête de Chronos et de poursuivre l’éternité en justice pour atteinte aux bonnes heures et coupure affreuse de textes dans le sens longitudinal. Foi de Mars et de sa barre chocolatée je repartirai tel l’éclair dans le ciel zébré de septembre. Sans ratures ni biffures. Si toutefois le dieu à la barbe et à la barre des Lettres le veut.

  • MICROBE a 12 ans et 73 numéros.

    1416229944.jpgAu sommaire du numéro

    préparé par Hélène Dassavray:

    ANTOINE

    Stéphane BERNEY

    David BELEAU

    Hélène DASSAVRAY

    Lydia GREENE

    Alix H

    Brigitte LÉCHINE

    Marianne LEROY

    MuLm

    Denis MICHEL

    Flore NAUDIN3563927151.jpg

    POLAKER

    Latifa SAUVIGNET

    TACITE

    Thomas VINAU

    Illustrations: POLAKER

    Les abonnés "+" recevront aussi le 36ème MI(NI)CROBE signé Hélène DASSAVRAY: LES FEMMES FATALES SONT-ELLES MORTELLES?

    commande, renseignements: Éric DEJAEGER

    via son blog: http://courttoujours.hautetfort.com/

  • Emily Loizeau vole le chagin des oiseaux

    "Mon poème n'a pas de mots

    il va au rythme du flot

    du sang qui coule sous ta peau"


    http://www.emilyloizeau.fr/

  • Mathieu Boogaerts nu dans la forêt

    " Oh oui donne-moi ton goût

    Moi que tu affames

    Donnes-moi ton cou

    Si tu veux que je brame

    Mets-toi à genoux " 


    http://www.mathieuboogaerts.com/

  • Les Mots Pelés (13)

    Pour faire un bon mot doux, il alla jusqu’à aimer une femme.

     

    L’écrivain fait texte de tout moi.

     

    Le poète qui prend la prose s’expose à la tentation romanesque.


    A l’enterrement d’un point mort, des virgules dansaient.


    C’est le roi de la petite phrase: les mots sont ses sujets.


    On ne tue pas un écrivain dans l’œuf, on attend qu’il ait pris le melon.


    Les paroles rotent, les écrits empestent.


    Demande à la poussière qu’elle recompose la phrase du vent.


    Château-mot du rêve, quelle architecture de phrases encombre tes nuits ?

  • C'est ma prière / Sophia Aram

    "Dieu, tu pourrais pas leur demander de prier pour devenir un peu moins cons" S. A. 

  • Closer renonce à la publication des images dénudées du Prophète

    images?q=tbn:ANd9GcQ5KIqQUvuol13ujbZWJeTw1pPWhlpDJ6sC3hv_QZkxetorOro2VD3mNfwSuite à la vague de protestations provoquée par la publication des photos seins nus de Kate Middleton, le magazine Closer renonce à celle des images dénudées du Prophète en sa possession.

  • Gaspard Proust, ça change de Guillon!

    "L'arrivée de la gauche, ça fait fuir les riches : exemple, Stéphane Guillon" G.P. 

    L'édito de Gaspard Proust du 8/09 dans Salut les Terriensimages?q=tbn:ANd9GcQVRJjyPuO6mBxsSlzY96nOAyDnzxGkQ8IJZRD8c7L8bvsmyqZu2-HAbkc

    http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid3350-c-salut-les-terriens.html?progid=722844

    L'édito de Gaspard Proust du 15/09 dans Salut les Terriens

    http://www.canalplus.fr/c-divertissement/pid3350-c-salut-les-terriens.html?vid=723658 


    Avec Hollande, tout est différent!

    Mon cher journal, je dessoûle péniblement...

    Je l'avoue, depuis l'avènement de François Le Deuxième, je m'en mets dans le cornet tous les soirs. J'ai besoin de te raconter mes turpitudes, de peur de les oublier. Car si j'oublie, je risque de me souvenir de choses plus essentielles. C'est par peur de l'essentiel que je commente l'accessoire. Et que ce dernier est riche ! Cette semaine, mon rédacteur en chef m'a demandé de me pencher sur les noces de la République. En Angleterre, ils ont eu droit à Kate et William, chez nous les urnes ont marié François et Marianne. Illico, je me rends sur les Champs, pour voir le cortège.

    Je longe les gens, je m'installe derrière une barrière. Je vois débouler le nouveau gigolo de la République dans une DS hybride. Une voiture hybride... La voiture hybride est à l'automobile ce que le bouillon cube est au bouquet garni. Ça y ressemble mais ça ne le remplacera jamais.

    On eût pu croire que la Nature saluerait ce geste écologique par un surcroît de lumière. Tu parles... En guise de remerciements, elle décide de lui envoyer sur la tronche toute la pluie qu'elle a oublié de livrer en avril. Résultat, après le roi Soleil, voici le prince du Cumulonimbus. Le Hollandais flottant ! Chaque camp y voit un signe. À gauche, on loue le stoïcisme du chef. À droite on se gausse : "On n'a pas encore le niveau de vie du Bengladesh mais on a déjà sa mousson !"

    La suite ici dans l'Espace Délation du Point.fr:

    http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/gaspard-proust/avec-hollande-tout-est-different-23-05-2012-1464300_562.php



  • "Au plus près", le nouveau recueil de Philippe LEUCKX


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    Tardive fenêtre
    Où luit un visage
    Qu'attends-tu
    Qui te pousse
    Ainsi le cœur ?

    Dans ces poèmes très brefs, Philippe Leuckx questionne l'écriture, les thèmes du temps et de l'autre. Que savons-nous ? Si peu. Il faut aller au bord des choses, « au plus près » et songer que les mots nous servent à circonscrire le réel le plus fugace.
    Pourtant, le poète se sent séparé et l'intimisme est sans doute pour lui une des manières pour explorer l'absence : pour toujours égaré, on cherche sa place, on se donne des réponses, on tend des perches, on inspecte l'ombre, garante des secrets et de la part de mystère.
    J'écris où je me brûle, énonce-t-il. On n'écrit pas pour occuper le temps. Les poèmes doivent naître d'une exigence. Et ainsi jouer d'économie verbale pour relayer sa vérité. Au plus près.

    Philippe LEUCKX est né le 22 décembre 1955 à Havay (Hainaut belge). Professeur d'histoire de l'art, de philosophie et de français, il adore voyager. Écrire est devenu depuis 1994 une activité régulière. Il est l'auteur de sept monographies consacrées à des poètes belges. Poète, critique, il a publié de nombreux recueils. Écrivain-résident à l'Academia Belgica de Rome (2003, 2005, 2007), il a obtenu le Prix Emma-Martin 2011 pour son livre « Selon le fleuve et la lumière ».


    1couv_leuckx.jpgISBN : 978-2-84924-290-2

    13 x 20 cm

    56 pages

    10,00 €

    http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-au-plus-pres.html

  • Deux poètes de l'ailleurs: Arnaud DELCORTE et Daniel SIMON

    images?q=tbn:ANd9GcSjJ5YWaOpF3-gkt27lW5RqLgrH03EIy8S32DV2DTUEBUIUJIpBSVaYPgpar Philippe LEUCKX

    Vingt ans les séparent. L’aîné, Daniel Simon (né en 1952) n’est pas au banc d’essai. Il est l’auteur d’une douzaine de livres. Il est revuiste et éditeur.

    Arnaud Delcorte, professeur à l’université, vient de publier un quatrième de recueil de poèmes.

    Chez l’un comme chez l’autre, le goût des ailleurs et des voyages, le goût aussi d’une langue gourmée, riche en consonances et en métaphores.

    *

    images?q=tbn:ANd9GcQ9JOWk-qtG8buubIxMTThqiw49oN0Re_nBowAMPxn5rHf8uOgKVhTlzvAOGO d’Arnaud Delcorte, que publie L’Harmattan (1), se compose de quatre parties, autant de facettes pour cerner l’homo sans distinction des temps anciens, mythiques et d’aujourd’hui. Guerrier, amant, fou ou passeur.

    Dans une langue féconde, le poète de « Ecume noire » rameute les figures africaines, l’homme de toujours, arqué au sceau de la sensualité et de la lutte, dans un corps à corps de peaux, de joutes, de cœurs. Delcorte chérit les métaphores sonnantes, semble puiser aux contes les images nourries de sang, de sève, de salive.

    Qu’il fasse manger « les pierres l’eau qui ruisselle/ et l’appétit …la prière et l’explication », qu’il s’identifie, à la manière d’Ayguesparse au « loup à l’affût du gibier », au « battement au côté de la jument » ou à « la parole dans la bouche de l’aveugle », le poète a l’art d’ombrer les paysages de fièvres lentes, de s’ancrer « des parois du soir ».

    Les images de pure trouvaille (« comme des oies divulguées/ au chagrin » ou « tes femmes pleuvent d’ivresse obèse ») réjouissent le lecteur, enflent la quête du « je » sensible à ce qui perdure dans l’être. Nombre de passages jaillissent comme des implorations d’aube, de fleurs chargées de « sourire ». Nombre de vers révèlent « du guerrier la pointe sombre de l’iris », l’étrangeté d’être homme, la vertu de l’être aux marges, quand l’amant « arrime sagement l’esquif pourpre y monte cette douce violence ».

    Une tendresse mouillée de lèvres, de langues et de regards, la vertu des tatouages des rencontres, le sel et le suc des voyages et des manques, tout signale le talent d’un homme qui se dit, se déclare, assume ses aveux de chair, ses allaitements aux corps.

    Et comment oublier ce distique éblouissant de vérité :

    « Lève-toi

    Dans la lèpre du soleil »

     

     

    *

    images?q=tbn:ANd9GcTTlfpznZUB48nZ2LOEWXXEPDd6tv1iE5gWyMFl--ocxozjCvkl0rQlQQDaniel Simon prospecte « à la lisière des villes » et à répéter en anaphore le « Quand vous serez » qui donne titre à son ouvrage (2), on sent l’imprégnation de sa langue pour des ailleurs que sa conscience bouscule, ramène au jour, comme l’on peut chanter des airs « de l’Orient », ou « le goût des enveloppes ouvertes comme un cœur ».

    Comme le mot l’indique, ses « Echographies » signalent de petites scènes observées au scalpel. La force des poèmes tient à ce regard incisif non dénué de tendresse. « Un village en apnée » ou « les oreilles battent jusqu’au bout des doigts ».

    Une sensualité précise « dans les bras d’une femme », l’exposé des désirs d’un homme qui se sait, se connaît dans le peu, dans le manque, sachant « glaner de quoi vivre en hiver ».

    Entre récit de soi et des autres, et poème du monde, Simon enchante par de longues laisses qui s’insinuent dans notre propre intimité. Cette empathie distille les perles d’une conscience habitée :

    « vous serez encore hésitants dans le soleil qui tombe en vous comme on réchauffe la mort qui vient en soufflant sur ses mains ».

    Une place pour la lumière, une autre pour l’enfance, et l’insigne présence, chaque fois, des ailleurs rêvés ou commentés. Avec une prose patiente.

    (1)   A. Delcorte, OGO, L’Harmattan, 2012, 130 p., 14€.

    http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=37559

    (2)   D. Simon, Quand vous serez, M.E.O., 2012, 96 p., 14€.

    http://www.meo-edition.eu/quand-vous.html

     

  • Comment peut-on avoir envie de devenir belge?


    Franck Venaille, le Français qui voulait être flamand:

    http://www.come4news.com/franck-venaille,-le-francais-qui-voulait-etre-flamand-67252

  • Mon autre

    Chaque été, mon autre part faire le tour du monde et me laisse seul. Enfin seul, en vacance. Une vacance assumée et sans s. Sans lui, sans la peur de ses errements et de ses serrements, de ses quolibets & colifichets, je peux enfin me déplacer à poil sur la terrasse, inviter Cécile et Loris (ma pédicure et mon coiffeur, ils sont en coupe) pour un simple trio (marre des parties carrées), relire tous mes mails de l'été 2007, de twitter des gros mots, de mettre les pieds dans le plat en porcelaine, dormir jusqu’à pas d’heure, me pourrir de chips et de M&M's et boire du Pastis pepsi jusqu’à plus soif. Le jour avant son retour (il me prévient toujours par une carte postale, il a horreur des SMS), j’ai le temps de remettre tout en ordre, de faire le grand nettoyage pour que rien ne paraisse de mes fredaines et me préparer en douceur aux (longues) rigueurs (morales) de l’hiver. 

  • David BYRNE (nouveau clip)

    David Byrne & St. Vincent / Who (2012)

    http://lovethisgiant.com/

    Houses in motion (live à One Shot Not, 2009)

    http://www.davidbyrne.com/

  • Kamikaze-né

    On lui serinait depuis l’enfance qu’il était un kamikaze-né. À ses anniversaires on lui achetait une ceinture d’explosifs, on le familiarisait avec le feu, l’essence, les matières inflammables. Enfin, à l’âge de nonante-sept ans, bien las de la vie, il mourut en martyr au milieu d’un parterre de fleurs aux couleurs incendiaires.  

  • Dis, petite salope, raconte-moi tout...


    Attention, méchant coup de coeur! Sortie aux Cactus Inébranlable éditions ce 11 septembre , ce n'est pas anodin, de cette bombe littéraire signée Olivier BAILLY. 

    Le titre est inspiré des premiers mots de la chanson du film Sex Shop (1972) de Claude Berri.

    "Dis, petite salope, raconte-moi tout…, c’est une histoire totalement absurde : il se trouve trop gros pour oser la draguer, il tente sa chance, ça marche, elle l’aime, ils ont un enfant, elle a une belle situation… 
    Un aller-simple pour le bonheur… pourtant !
    Pourtant, il va tout foutre en l’air, tout anéantir… pour la simple raison qu’il est très con.
    La suite… dans le livre.

    Olivier Bailly n’en est pas à son coup d’essai, il est l’auteur d’un roman : « Un cancer mon amour », paru sous le pseudonyme d’Aline Kriek aux éditions Biliki en 2008 et de plusieurs ouvrages sur des thématiques sociétales, notamment Ces vies en faillite, le surendettement des ménages en Belgique paru à la Renaissance du Livre en 2011 et IKEA, un modèle à démonter, avec D. Lambert, J-M Caudron, chez Luc Pire / Magasins du Monde en 2006." 
      
    J.-P.
     
     
    Querton
     
     
     
     
             
     
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  • L'HOMME-STATUE et autres textes de Thierry RADIÈRE

    L’HOMME-STATUE

    C’est tout con comme métier, fallait y penser. Apprendre à respirer sans que ça ne se voie et surtout parvenir à ne plus cligner les yeux en restant éveillé. J’ai longtemps voulu faire ce métier-là petit. Dans ma chambre des heures durant, je m’entraînais, à être une statue. Hélas je ne tenais pas longtemps. Et les mouvements d’automate sont des astuces pour se remettre de l’immobilité. Les pièces tombent devant mes yeux d’enfant. La prouesse de cire continue son spectacle et je me revois devant le miroir à huit ans en train d’avoir peur d’être grand. Je cherchais des postures, des poses. Voulais ralentir le temps. Que guettent-ils, eux, assis aux côtés de l’homme-statue ? Un sourire mécanique ? Un mouvement d’œil ? Un doigt tendu à un moment donné ? Un pas de lune immobile ? Un cou pivotant ? Une preuve d’humanité derrière un costume noir et un visage blanc ? Je resterais bien là avec eux à me demander ce que c’est qu’être vivant.

    Extrait de Les samedis sont au marché.



    Dehors je me sens libre et prisonnier en même temps. Prisonnier du chemin de l’école avec au bout la maison du silence ouverte à mes peurs. Et libre de ne plus faire semblant d’être là sans l’être, assis sur une chaise à retenir mes rougeurs de honte de n’avoir rien compris aux explications minutieuses de la maîtresse. Je me demande si on peut être bien quelque part à cent pour cent, je veux dire 
    sans être tiraillé entre deux sentiments, entre une hâte et une appréhension, entre une joie et une tristesse. J’ai envie de lui demander à la maîtresse si ça existe un lieu comme ça, idéal à cent pour cent. Elle en connaît tellement de choses elle, et moi je ne sais qu’être ému. Ça se taille l’émotion, maîtresse, comme mon père se rase la barbe ; ou ça continue à grandir comme les cheveux si on ne les coupe pas ? J’ai peur de me prendre les pieds dans ma grande émotion et à force de ne plus pouvoir me relever.
     
     

    Extrait de Je suis sorti du castelet
     



    Il n’y a rien à comprendre sans doute, seulement tout à imaginer. Je redoute les récréations, j’imite les copains, je me force à leur ressembler : heureux de prendre l’air. Sauf que moi ce que je regarde dans la cour, ce sont les arbres, leurs feuilles, leurs bourgeons, pendant qu’eux tapent dans le ballon. J’essaie d’être discret, mais c’est mal vu ça la discrétion j’ai l’impression : la maîtress
    e n’arrête pas de me forcer à jouer avec mes camarades. Dès que je reçois la balle, je fais n’importe quoi avec, c’est comme si on m’envoyait une grenade dégoupillée près de m’éclater dans les jambes, je la refile à qui le veut sans réfléchir et cours à toute allure me réfugier près du gardien. Ils croient que je veux défendre les buts alors ils ne me disent rien. Je sais que je ne suis pas désiré dans les équipes, et ça m’arrange : je n’aime pas le foot, je joue par obligation à cause de la maîtresse. Dans la cour on m’appelle le nuage et moi ça ne me fait ni chaud ni froid.
     
     

    Extrait de Je suis sorti du castelet




    images?q=tbn:ANd9GcTjC2mvgE2RvEC-jeWklsaBCowwFRAvUpINiM8Kh94UTvGe0MJ5naBXVQ0Thierry RADIÈRE publie régulièrement dans des revues papier ou en ligne.


    Il a publié aux éditions du Zaporogue deux ouvrages. 


  • Djian / Eicher



  • Le Square de Philippe DJIAN

    vlcsnap-2012-09-07-14h31m42s183-238x135.png"Square fait sa rentrée avec Philippe Djian, l’auteur de 37°2 le matin. Malgré plus de trente ouvrages à son actif, l’écrivain fait sa première rentrée littéraire à la française avec Oh…, qui sort chez Gallimard. Passionné par la mélodie des mots, Philippe Djian collabore aussi de longue date avec Stéphane Eicher dont on attend le prochain album à l’automne. Vincent Josse l’a rencontré à Arcangues, près de Biarritz."

    http://www.arte.tv/fr/cette-semaine/6296292.html

    (Re)voir l'émission (43') sur Arte+7

    http://videos.arte.tv/fr/videos/square--6902528.html

  • Lou & Charlotte


    I.C.U. le clip:

    http://www.youtube.com/watch?v=QXTzKYBDKWE

    http://loudoillon.fr/


    Voyage (live)

    http://www.youtube.com/watch?v=5X7yszXww_M

    Le café... avec Charlotte Gainsbourg (présenté par Mazarine Pingeot):

    http://www.youtube.com/watch?v=ksJaTQbFub8

    http://www.charlottegainsbourg.com/

  • Jane B.

    Litanie en Lituanie
    Que dis-tu, dis ?
    Tu me regardes avec défiance
    Tu m'étudies,
    Tes néologismes
    Et tes barbarismes,
    Tu te les gardes pour toi.

    Litanie en Lituanie
    Rien d'inédit
    Du réel aux apparences
    Qu'en sais-tu, dis ?
    De ton nihilisme
    Teinté de dandysme,
    Je n'ai que faire de ça.

    ...

    Toi qui rêves au velours des vierges
    Aux satins innocents
    Ces jeunes sirènes émergent
    D'un océan de sang

    Regarde-les s'approcher
    Comme légions d'amazones
    Venues braver les cyclones
    Jeunes et brillants archers
    Leur arc et leurs yeux bandés
    S'aventurant dans des zones
    Inexplorées

    ...

    http://www.janebirkin.net/

  • Entre Pologne et Lituanie

    images?q=tbn:ANd9GcT0KtQoU9iimbHBghWe9kB6Z2RU3HxIELFT5yk9NmXKvjGXM_atUkpU3Apar Denis BILLAMBOZ

    Entre Pologne, Lituanie, Allemagne et Russie, cette région qui s’étend  de part et d’autres de la rivière Issa a connu bien des aléas au cours des siècles derniers, il y eut la Grande Lituanie, la Grande Pologne, la Grande Russie, la Grande Prusse, le Grand Reich, l’URSS. Les communautés ont dû composer sans cesse avec les événements pour vivre dans la meilleure harmonie possible malgré les ambitions des nations qui voulaient régulièrement étendre leur territoire et asseoir leur pouvoir sur des peuples qui ne savaient même plus très bien qui les gouvernaient. En suivant Czeslaw Milosz, citoyen américano-polonais né en Lituanie et Johannes Bobrowski né à Tilsit mais engagé dans l’armée allemande avant d’être fait prisonnier par les Russes et de finir sa vie à Berlin Est, nous essaieront de comprendre comment ces peuples on pu vivre au fond de ce chaudron en ébullition perpétuelle.

     


    images?q=tbn:ANd9GcTzSlPD54JUHvh1IHPC7RdhilqRcYHqm6sgQtAgDNksfB_-LEjJ3UX0kXYSur les bords de l’Issa

    Czeslaw Milosz (1911 – 2004)

    Sur les bords de l’Issa, là où la Lituanie se heurte à la Pologne, dans une vallée où les paysans sont un peu plus riches qu’ailleurs, le petit Thomas vit chez ses grands-parents,  nobliaux ruraux, et découvre la vie, la rivière, la vallée, la campagne environnante, la nature (la faune et la flore), les rites agraires, les croyances païennes et les convictions religieuses, des amis, des hommes, des femmes et la zizanie qu’engendre la présence des femmes.

    Un véritable parcours initiatique au cours duquel il découvre la flore puis la faune, les camarades puis les adultes, les filles puis les femmes, le désir puis les débordements nocturnes, la mort puis la possibilité de la donner, la honte de n’avoir pas pu tuer puis la honte d’avoir tué. Tout ce qui construit un petit garçon dans un monde profondément rural, presqu’encore médiéval, à peine sorti de la féodalité. Le monde que Czelaw Milosz a sans nul doute connu lui-même car, s’il est de nationalité polonaise et américaine, il est bien né dans cette contrée de la Lituanie où la minorité polonaise était très présente. Mais, selon le préfacier et malgré ce que l’on pourrait croire, ce roman n’est en rien autobiographique.

    C’est avant tout une ode à cette région, à la nature, à la spiritualité païenne qui semble toujours plus forte que les convictions religieuses dans un syncrétisme mal abouti. « La voilà bien, la chrétienté faite sur mesure pour les superstitions papistes : après leurs pieux cantiques à l’église, les femmes couraient offrir un sacrifice aux serpents, parce que, sans cela leurs hommes perdraient leur force et deviendraient incapables d’accomplir leurs devoirs conjugaux. »

    A travers toute une série de scènes de la vie dans les campagnes, Milosz dresse un portrait de cette campagne qui pourrait être le pendant du portrait des villes hanséatiques dessiné par Thomas Mann dans les Buddenbrook. Et le petit Surkant pourrait être un Buddenbrook des champs qui se façonne progressivement au contact des êtres et des événements même si la destinée semble bien être le vecteur principal de son devenir, « … il est donné à chacun un fil – le destin. Ou bien on en attrape le bout, et alors on se réjouit parce qu’on fait ce qu’il convient de faire. Ou bien on ne l’attrape pas. »

    Dans des descriptions minutieuses et extrêmement précises, saisies à l’instant juste avant que tout bascule de façon inéluctable, au moment où l’après ne sera plus jamais comme l’avant, Milosz met en scène ces Polonais et ces Lituaniens qui cohabitent assez mal, ces paysans qui se rebellent contre les nobliaux et veulent le partage des terres, le déclin d’une petite noblesse essoufflée qui avait naguère lutté contre les Chevaliers Teutoniques ou les troupes de Charles IX et qui devait maintenant se contenter de cultiver son domaine comme les pauvres paysans.  Classe sur le déclin comme les marchands de Thomas Mann pour qui les heures de gloire étaient dépassées aussi.

    Et dans ce monde en évolution, le petit Thomas, privé de sa maman au moment où l’adolescence le perturbe, se pose des questions existentielles : « pourquoi suis-je moi ? », « Comment se peut-il qu’ayant un corps, de la chaleur, des mains, des doigts, je doive mourir et que moi cesse d’être moi ? » Mais, la réponse à ces questions viendra peut-être plus tard quand l’enfant partira avec sa mère pour un ailleurs. En attendant, on est ce qu’on est au fond de soi-même, même si les autres ne nous voient pas comme ça et que nous leur apparaissons comme ils nous voient.

    Thomas. « Les diables du bord de l’Issa t’ont travaillé de leur mieux. »


    images?q=tbn:ANd9GcQnFU86T-ojHegm8o2lzcuWz0-qQARXmVHgREDjaMYZNUAoZRB49JiSer4

    Les pianos de Lituanie

    Johannes Bobrowski (1917 – 1965)

    En 1936, les 23 et 24 juin, un chef d’orchestre et un professeur de musique qui veulent écrire un opéra sur la vie de Dinelaitis, prêtre lituanien, poète, constructeur de trois pianos,  au XVIII° siècle, partent pour Tilsit, dans la région de Memel revendiquée par le Reich hitlérien, pour récolter des chants populaires lituaniens qu’ils pourraient utiliser pour leur opéra

    Ils arrivent dans cette ville, la veille de la Saint Jean, quand les deux communautés, allemande et lituanienne s’affairent, chacune de son côté, aux préparatifs de cette fête. Les ambitions des Hitlériens et des nationalistes lituaniens attisent vivement la tension ambiante et la violence monte rapidement.

    Bobrowski, né lui-même à Tilsit a combattu dans l’armée du Reich, été prisonnier en URSS et a finalement rejoint Berlin Est où il est mort quelques semaines après avoir mis le point final à ce livre, en 1965. A travers ce court récit, il veut dénoncer les menées des nazis qui se cachent, de plus en plus mal, derrière des associations culturelles pour obtenir le rattachement de cette région, la fameuse bande de Memel, au Grand Reich. Mais aussi, le recours de certains nationalistes lituaniens qui cherchent une motivation à leur intégrisme dans l’histoire de la Grande Lituanie, aux XIV ° et XV° siècles, quand les Jagellon régnaient sur un vaste territoire ente Baltique et Mer Noire.

    Avec Dinelaitis qui a construit trois pianos comme les trois communautés qui s’affrontent dans cette région, L’auteur essaie de transmettre un message de tolérance et de mesure pour que chacune de ces communautés puisse vivre en harmonie et en paix. « … Ce qui me pousse : la vie, je ne sais si elle a valeur d’exemple, peut-être pas, vraisemblablement pas : la vie d’un prêtre de village, d’un village prussien d’expression lituanienne, un homme de culture allemande, qui se sert pour ses œuvres d’une langue qui, à l’époque, ne pouvait qu’en limiter la portée. »

    Et, ceci dans un texte court, d’une écriture « d’une extrême rigueur » et même un peu « hermétique » où il mêle la narration des faits ambiants, la construction de l’opéra, la légende, l’histoire des peuples en présence, l’argument de l’opéra,  des descriptions, des images, des réflexions, des sentiments concernant le contexte historique, les personnages rencontrés, les paysages, la ville, les villages, … On ne sait pas toujours très bien qui parle et le lecteur doit faire un réel effort de concentration pour démêler le fils de ce texte qui oscille entre prose et poésie, pour en savourer tout le suc.

    Les phrases sont courtes, économisant souvent les verbes, les raccourcis savants, et les remarques, réflexions, anecdotes ne concernant pas forcément le sujet, s’invitent dans le texte comme les digressions fleurissent dans les propos d’un promeneur qui décrit ce qu’il voit, et pense, au fur et à mesure qu’il découvre un paysage et ses occupants, tout en dissertant sur un autre thème..

    On pense inéluctablement à Rilke et à « Les histoires pragoises » qui raconte l’opposition ente les communautés allemandes et tchèques mais dans un style qui est certainement plus proche de celui d’Arno Schmidt. Et, toujours ce fond antisémite qui conduit là où désormais on sait très bien, même en passant par la plus innocente des comptines :

    « Am stram gram pied de chèvre.

    Dehors les Juifs, tous en enfer,

    L’enfer s’écroule et tous sont morts,

    Avec Moïse, facile à faire,

    Un coup d’échelle et il est mort. »

  • PAGES INSULAIRES spécial Salvatore GUCCIARDO


    731617184.jpgPAGES INSULAIRES n°25 est consacré au peintre et poète carolo Salvatore GUCCIARDO

    Au sommaire, des poèmes de Salvatore Gucciardo

    et des articles de: Joseph Bodson - Daniel Charneux - Maria Teresa Epifani Furno - Nathalie Lescop-Boeswillwald - Jean-Paul Gavard Perret - Michel Benard - Eric Allard

    Les photos sont de Dino Nelli

    Le blog de Pages Insulaires de Jean-Michel Bongiraud: 

    http://parterreverbal.unblog.fr/

    Salvatore Gucciardo contribue aussi avec 12 poèmes à l'anthologie "T & P 78" de 20 poètes, une édition du Chasseur abstrait.

    http://www.lechasseurabstrait.com/chasseur/IMG/pdfs/TP78.pdf