• Dis, petite salope, raconte-moi tout... / Olivier BAILLY

    Enfer & Paradis

    Ce roman est-il un drame de la jalousie quand elle devient obsessionnelle, rapport d’un dérèglement mental ou métaphore d’un monde où la femme érigée en statue de fiel, en mangeuse d’hommes, met le mâle à ses pieds, en position de n’être jamais rassasié par elle ? Même et forcément si le mâle est gros, affecté d’un féroce appétit de vivre, d’en découdre avec l’existence, avec tout ce qu’elle offre – notamment en termes de rêves via la publicité et ses modes de consommation. Inévitablement on pense au Swann de Proust, à L’Enfer de Chabrol d’après un scénario de Henri-Georges Clouzot. Mais sur fond d’un monde déboussolé, abreuvé d’idées toutes faites.

    Ce gros-là, jamais nommé, ne fait pas régime, il ingère tout, plus dans la vitesse que dans la profusion. S’il s’est piqué dès l’adolescence d’une femme enfant (le prénom à lui seul, Vanessa, est tout un programme lolitesque, avec références à Gainsbourg – dans le titre et l’épigraphe - et Paradis), elle va ensuite mordre à l’hameçon, au-delà de ses espérances, donner tout d’elle, jusqu’à un enfant, mais ce ne sera pas assez, il ne voudra jamais le croire, croire en son étoile, car il est programmé pour le malheur (le bonheur est trop commun, trop partagé), d’où sa dépendance à elle comme objet transitionnel (le livre montre que la relation à ses parents n’a pas été satisfaisante), voué à disparaître. Et cette addiction est au-delà du sexuel, du textuel, et bien loin de l’amour, du moins tel qu’on nous le rabâche, idéal et altruiste, tourné vers l’autre, le bien être de l’autre...  

    Sur le chemin impossible entre lui et Vanessa, il y aura une fillette qui ne pourra jamais combler l’espace pris par sa mère dans le mental de son père et qui devra dégager. Pour qu’il aille au bout de son délire, de sa propre histoire. D’où l’idée qui ressort qu’on se choisirait très tôt un scénario de vie à tourner, à dérouler et que le fou serait le réalisateur tyrannique qu’aucun aléa de tournage ne ferait dévier de son projet.

    Ce qu’il sait faire de mieux, notre homme c’est vendre, des histoires pour « refiler une quelconque camelote », que ce soit par téléphone ou de vive voix, se servant de tous les éléments susceptibles de favoriser l’opération, et sans état d’âme.

    Dis, petite salope..., c’est une image fixe de femme prise à l’adolescence, innocente et salope en puissance, qui phagocyte toutes les histoires, les fait proliférer tel un cancer dans un organisme qui n’a plus d’autre raison d’être. Vanessa, elle, est privée de parole, tout ce qu’elle dit est tourné en mensonge, nié dans sa vérité par le film que se fait son mari.

    C’est aussi, on l’aura compris, une métaphore du romancier. Qui, sur l’objet sacré de la littérature, produit des histoires sans fin. Qui ne valent que pour son amour des mots et qui ne demandent qu’à être jugées sur leur style, sur leur façon de raconter. Si le lecteur adhère, c’est vendu-gagné.

    Tout alimente la parano du gars, et cela donne lieu à des scènes tragicomiques autant qu’épouvantables, auquel s’adresse un narrateur froid, distancié qui débiterait un acte d’accusation. Le lecteur, pris à parti au même titre est happé dans la chute de l’asocial. Les faits sont relatés sans répit, tout nous est donné à lire : les produits et les marques, les opinions comme les actions des personnages, tout va vite chez cet homme pressé d’en finir. Quand tout a été dit-perdu, quand on est à la rue avec l’inconscient, sans toit, sans toi, sans tu à qui s’adresser, on peut à nouveau parier sur un chiffre, une idée fixe. Tant qu’il y a de la vie, du verbe, de la folie.

     « Qu´on soit béni ou qu´on soit maudit, on ira

    Toutes les bonnes sœurs et tous les voleurs
    Toutes les brebis et tous les bandits
    On ira tous au paradis, même moi »

    Éric Allard

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  • Le tube du roman

    images?q=tbn:ANd9GcSEKKsFCkKYMN1k-_r4hCr8anlSninhYJ4Jjel2W6VNtAYjVLPqFk-EJSlgCet auteur, disciple de Bruce Nauman et Joseph Kosuth, avait publié à compte d'électricien le premier roman en lettres de néon avec interrupteur. Son blurb: ça flashe ou ça casse! C’était nul à chier comme un tube de roman, comme de la littératube, et proprement illisible, avec les caractères qui vous tapaient dans l’œil. Seul avantage, vu la luminosité de l'oeuvre, cela permettait de lire la nuit des vieux romans encore écrits et imprimés sur papier. Puis de laisser tomber.

  • Rachat de la maison Jean Echenoz par le groupe Marc Lévy

    images?q=tbn:ANd9GcTymvXuOZDl_Z2qSzRfdD_EmNeoLXK4vI_1iGLIagYkzV3LqJKry8xLfegOn se rappelle que le groupe Marc Lévy s’est
    illustré en ce début d’année par le rachat du consortium Dostoïevski qui avait ému le monde littéraire. Dans sa lutte qui l'oppose au géant des Lettres Guillaume Musso, il s’est ensuite adjoint l’entreprise familiale Jardin & fils ainsi que l’usine en difficulté Morgan Sportès sans avoir eu à procéder à quelque restructuration que ce soit. Après sa tentative d’OPA manquée sur le groupe de luxe Modiano, il vient d’acquérir la maison Echenoz réputée pour ses produits hauts de gamme. Le groupe procédera à un réajustement de la production, une refonte des phrases avec dégagement et élagage maximum ainsi qu’un resserrement de l’intrigue des romans et un effacement pur et simple de tout signe de subtilité.

    Jean Echenoz s’est expliqué sur ce qui apparaît pour certains qui ne font pas le lien entre édition et commerce comme un renoncement à ses valeurs: « Je ne pouvais plus continuer comme cela jusqu’à un improbable Nobel. J’ai des histoires à nourrir et une descendance littéraire à assurer. C’est finalement bien que ce soit Marc Lévy qui rachète ma société, j’avais appris à apprécier ces phrases toutes simples, qu’il m’arrivait de relire plusieurs fois pour comprendre comment il avait été possible de les écrire. Je suis content d’être enfin lu par le plus grand nombre et d’être bientôt adapté par ces cinéastes pour grands enfants que sont Spielste Venberg ou Buc Lesson».

    Peu après ces paroles sages, on a appris que l’écrivain s’était suicidé. Il éprouvait, d’après son entourage, de gros problèmes de conscience depuis la signature du contrat de vente.


    Voici, en exclusivité, la nouvelle bibliographie de feu Jean Échenoz

    Si c’était à refaire, nous trois

    Je m’en vais, et si c’était vrai 

    Mes amis, mes amours au piano

    L’équipée malaise le premier jour

    Courir la prochaine fois

    Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites sous le Méridien de Greenwich

    Vous revoir, Cherokee

    Le voleur de grandes blondes

    Un an et sept jours pour l’éternité

    L’étrange voyage de Ravel

    Où es-tu, Lac !

    Les enfants de Jérôme Liberté 

    Des éclairs la première nuit

     

     

  • Un concert complet des Stones

    ROLLING STONES A BIGGEST BANG (2006)

    1. You Got Me Rocking 2. Let's Spend The Night Together 3. She's So Cold 4. Oh No Not You Again 5. Sway 6. Bob Wills Is Still The King 7. Streets of Love 8. Ain't Too Proud To Beg 9. Bitch 10. Tumbling Dice 11. Learning The Game 12. Little T & A 13. Under My Thumb 14. Get Off My Cloud 15. Start Me Up 16. Honky Tonk Women 17. Sympathy For The Devil 18. Jumpin' Jack Flash 19. (I Can't Get No) Satisfaction 20. Brown Sugar


  • Faux Contact: L'heure d'hiver


  • Les chemins de Janus de Pierre Coran

    images?q=tbn:ANd9GcSjJ5YWaOpF3-gkt27lW5RqLgrH03EIy8S32DV2DTUEBUIUJIpBSVaYPgpar Philippe Leuckx

    Lu avec beaucoup de plaisir le  109e livre de Pierre Coran , édité (et bien présenté et illustré) par les Ed. M.E.O. avec le concours d’Armand Simon.

    L’illustration de couverture,  très belle, un noir et blanc épuré, très Gustave Moreau dans le graphisme enjôleur, propose des visages africains et des dentelles, disons songeuses.
    "Les chemins de Janus". Sortie le 2 novembre, 72 pages, 12 euros. Des poèmes sur un périple intérieur. Le père de Carl (Norac) s'y entend pour jouer de la langue poétique sans excès mais avec bonheur.
    109 livres ? Oui, oui (depuis le 1er en 1959!). Une broutille (sic) de sansonnets (si je puis dire) à côté des 1000 livres de M. Butor et des 100000 pages de l’académicien Goncourt Rambaud (l'écrivain-fantôme lui en doit beaucoup!)!
    9782930333526FS.gifLe poète fait siens des vocables peu courus (viatique, luminescence, diaprer, exsuder). Sinon, il "dédouane" la lune; il "gravit" les gravats; il se donne "des songes mensongers"; il "s'expurge des moiteurs" et, grand prince de la poésie, "il laissa à la traîne son hier, ses phalènes et ses indécisions" ou, sublime vers final "Je m'étais cru désert et j'étais habité" (p.63).
    L'imparfait - celui de nos rêves, celui des tableaux traversés à la manière d'Alice, celui du temps jadis qu'on aime tant frôler de nos ailes de vivant, celui de nos voyages intérieurs et de nos métamorphoses...j'abrège - sonne ici comme le temps poétique idéal, arrêté dans la durée de l'image. Comme chez Hardellet, le magicien, comme chez Miguel, l'enfance est prise dans cette durée comme matière engluée de miel. Prison et liberté. Les poèmes n’en sortent jamais, je crois.

    Périple, traverse, candela : soit les trois étapes sur un chemin d’écoute, de silence, d’éveil aux sens. Le poète hennuyer et du monde sait jusqu’où le poème peut tendre, l’espace que ce dernier creuse en chaque lecteur toujours assoiffé.

    Comme chez Mathy, « la vie bat », la simplicité aussi libère une poésie d’accueil, accessible et prenante, où chaque regard du poète assigne à la lecture l’offrande d’un don. Cadou eût bien aimé ces « feux communs du monde » (p.52) ou « fredonner un air exhalé de l’enfance » (p.28).


  • Pascal Feyaerts

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    Mes amoureuses ont parfois un visage d’encre. J’aime la grammaire compliquée de leur cœur qui se refuse à la syntaxe du futile. Et s’il m’arrive de les rencontrer, c’est que, malignes, tout comme moi elles savent que le désir est le seul sentiment qui vaille d’être écrit avec les lèvres.

    (mes amoureuses, extrait de "L'amour en Lettre capitale", éd. du Coudrier)


    Ses cheveux sont une estampe qu’on visite les jours de pluie. Elle se mire au vent à défaut de prétendre au soleil. On l’aime pour son grain de peau à l’arôme si sensible et ses cris qui sont si rauques quand le jouir se fait rage : plaisir ou douleur, allez savoir ?

    ("L'amour en Lettre Capitale",  Portraits à l'Encre Sympathique)


    Les frontières sont là et les mots existent pour ne pas les dépasser. Un mot reste un mot. Ainsi le mot rasoir n’a jamais fait tomber aucune barbe et il est impossible de s’asseoir sur le mot chaise. Quant au mot sang, il n’est pas non plus exsangue de tout reproche. S’il ne s’était pas tant associé au mot guerre, on n’en serait pas aujourd’hui à discuter son exclusion du dictionnaire.

    (Claustrophobie ou les Rues de pandémonium, Frontières, éd. de l'Acanthe)

     

    Marielle Vancamp chante Pascal Feyaerts

    http://pascalfeyaerts.blogspot.be/

  • Soirée tragique hier à Berchem-Sainte-Girafe

    images?q=tbn:ANd9GcRkiNdsjGppEF3bYiMNPkaPGUYq8z-G0V5HCugHVWxHE9KN7zbr2DbLPWITriste soirée hier à Berchem-Sainte-Girafe. Jacques Boncoeur, connu dans le voisinage pour sa courtoisie et ses œuvres de bienfaisance, après avoir débité le plus grand nombre de je t’aime à la minute au concours de l’Amicale communale de l’amitié, a tué trente-sept personnes et en a blessé cent soixante-huit autres présentes sur les lieux. La police a rapidement maîtrisé le meurtrier (l’homme était armé d'un couteau suisse) qui aurait déclaré : « J’en avais assez de liker tous les jours ». Il accuse Facebook de l’avoir poussé à la haine de l’humanité. Mais pas de l’animalité : « Je n’aurais pas fait de mal à un taureau ! », a-t-il ajouté, ce dont se sont immédiatement félicités les opposants à la corrida dans un communiqué de presse. « Cela faisait des mois que je réclamais au secrétariat du réseau social une fonctionnalité J’aime pas trop », a déploré l'homme à notre journaliste* avant de tenter de l’émasculer avec les dents. Mark Zuckerberg n'a pas encore communiqué sur le sujet. 


    * Notre journaliste a été transporté à l'hôpital où une cellule psychologique l'a pris en charge; sa virilité toutefois ne serait pas en danger. 

  • Permis de tuer

    images?q=tbn:ANd9GcSIbEXGheKsOPknXK4a8olyDGZ0IyQKVfdWILELzDI5liDEvIEk0MtpMvkgElle m’avait dit que je pourrais la tuer quand je ne l’aimerais plus.

    Mais j’hésitais entre la tuer froidement ou la laisser mourir à petit feu.

    D’autant plus qu’il n’y avait plus de bois à chauffer depuis longtemps.

    Alors je continuais à l’aimer pour faire durer sa vie.

    Je lui offrais ce que mon cœur allait rechercher dans la poubelle des sentiments.

    A force elle n’était plus dupe et faisait semblant de croire à mon histoire.

    Un jour c’est elle qui me tendit la corde pour me pendre.

    Comme je ne voulais pas en finir, elle m’enfonça son plus beau couteau dans le ventre.

    Pendant que le sang coulait, je lui dis mon amour pour elle.

    Pendant qu’elle me tuait, elle n’avait jamais été aussi désirable.

  • La bataille des prix

    images?q=tbn:ANd9GcR2ulnjT2BsYiZDiGW1PKVCV05YNIMW0QyjIXxeoq3FBE1NMZNEi_jCSwAlors, dans la bataille, enjambant la fosse aux lions, au pied des remparts, Deville de retour d’un long périple noya Djian dans le polar. Chevillard à la tête carrée assomma Zeller d’un gros mot bien lancé, cependant que Beigbeder à l’avenante figure, sortant d’un trip étrange, mordait la poussière blanche sur le capot d’un vieux tacot. Pour le venger, Angot, armée d’un livre effilé comme une lame de rasoir, fendit Deville en deux, le poussant dans le vide avant, avec le même instrument, de percer l’œil alerte de Duteurtre, l’aveuglant à jamais. Mais c’était sans compter avec l’arrivée fracassante de Millet au noir dessein qui fendit en deux Adam aux belles phrases, le laissant pour mort à jamais. Puis, sorti du temple de la littérature, Weyergans à la verte fourrure et à la grande épée occit Adam au grand cœur et Besson aux nobles sentiments, venu comme un frère à la rescousse. Sur sa lancée il pendit au clou de Minuit Toussaint à la rare chevelure et Nothomb aux hauts chapeaux de chez Tata Yoyo. Sortie d’un matin glauque, elle versa du thé brûlant et amer sur les boucles grises de Bon, le grand maître du Net aux objets rares...

    Quand tous les combattants furent décimés, parmi les cadavres puants et encore fumants de la littérature, on vit venir d’un pas lent et, par classes de prix (les Goncourt devant les Médicis précédant les Renaudot etc.), les académiciens et jurés vieillissants. Régulièrement, au cours de leur marche funeste, ils ouvraient des ventres à l’aide d’un coupe-papier reflétant la lumière du petit jour et lisaient dans les entrailles ainsi offertes à l’interprétation libre le gagnant de leur prix respectif, chacun, donc, décerné à titre posthume. Les ventes n’en seraient que meilleures, et la compétition plus ouverte pour l’année à venir...

  • L'édition de tests

    images?q=tbn:ANd9GcSnN-dbK4DS-WHo56t2CjvIVdbQJVlN15FoB4iDan2L37BCCcN8RP7DQYIJ’ai publié les tests de rentrée de mon fils aux toutes nouvelles éditions de L’Ecole sous le titre : « Premiers tests » Et le sous-titre: "Copies de copies lol". Mon fils m’a demandé d’écrire la préface, que voici: «  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 ou 0, peu importe la note pour autant qu’on ait l’ivresse du savoir mdr. » Vu le succès rencontré par l’ouvrage dans la classe de mon fils et auprès de ses professeurs, j’envisage la publication à grande échelle des tests de tous les étudiants du pays d’ici la fin de l’année scolaire.

  • INTRANQUILLITÉS: Trois artistes marocains au BPS22

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    Dans le cadre de Daba Maroc

    Charif Benhelima, Mohamed El Baz, Mounir Fatmi

    B.P.S.22 de Charleroi: 6 octobre > 16 décembre 
    Mer > dim, 12.00 > 18.00

    La suite ici:

    http://www.hainaut.be/culture/artsplastiques/frameset.asp?page=contenu&navcont=1,0,0,0

    Le reportage de Télésambre:

    http://telesambre.rtc.be/content/view/15451/166/

    Le reportage de la RTBF:

    http://www.rtbf.be/video/v_daba-maroc-au-bps-22-l-intranquillites?id=1769317&category=info&utm_source=rss&utm_medium=feed

  • David Krakauer à Marciac

    Un concert de 50' à Marciac avec le Klezmer Madness

  • Avec Dan Fante à Charleroi

    Dan Fante après son interview à Livresse par Éric Dejaeger


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    Dan Fante & Éric Allard

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  • Le grand mythe américain

    images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYYpar Denis BILLAMBOZ

    Deux romans, deux époques bien différentes, années trente et années soixante, deux grandes aventures sans communes ressemblances : la construction de l’énorme barrage du Boulder Dam dans le Nevada et le début de la conquête de l’espace à travers le projet Mercury. Et pourtant deux grandes épopées qui ont participé à l’élaboration de la même mythologie : le mythe de la grande Amérique surpuissante et invincible. Mais ces deux textes laissent aussi entrevoir le revers de la puissance américaine : la «  version de la justice des pionniers, personne n’était jamais condamné et seule demeurait la compétition. » et la création du mythe des « winners » ceux qui gagnent et qui sont « en haut de la pyramide » inaccessibles aux lois, adulés comme des dieux et qui envahissent toutes les fonctions stratégiques de la société américaine. Une image de l’Amérique de mes vingt ans que j’ai mis un certain temps à décrypter.

     

    images?q=tbn:ANd9GcStDJF8F8-ie6Z5Sr-v1Ii4u16B6G5qkEzrc-F7aGlRDoOBF_Z_QImvxusYL’étoffe des héros

    Tom Wolfe (1931 - ….)

    Comme il est long le chemin qui a permis aux terriens d’échapper à leur univers rampant en partant à la conquête de l’espace, presque aussi long que cette chronique, ce récit, cette apologie, cette ode à la grandeur de l’Amérique et de ses héros… je ne sais comment qualifier ce grand verbiage de Wolfe, Tom pas Thomas, qui vante l’histoire et les mérites des sept mercenaires qui ont constitué le noyau initial de la fratrie des astronautes au sein du projet Mercury.

    Je voulais découvrir Tom Wolfe dont j’ai lu le plus grand bien, j’aurais peut-être du m’en tenir à Thomas Wolfe ou alors j’ai pu commettre une erreur de casting en choisissant ce livre qui raconte, certes de façon très précise  et très détaillée, la conquête de l’espace à travers le projet Mercury mais qui nous noie dans un flot apologique et pathétique qui finit par sérieusement ennuyer. Evidemment, Tom a été journaliste et même apparemment un très bon journaliste, c’est donc bien une longue enquête journalistique qu’il nous livre avec tous les poncifs du genre. Il faut bien émouvoir Margot (ou plutôt Margie) et flatter l’oncle Sam pour qu’ils soient tous deux convaincus que l’Amérique est grande et forte et qu’ils ont été les témoins d’une époque héroïque avec ses « Chevaliers de la table ronde » déguisés en chevaliers du ciel héroïques certes mais plus frappés que courtois, arborant la devise « Dieu-Famille-Patrie » qui conforte les Américains dans leurs certitudes et les rassure face à leur avenir.

    A travers cette parabole de l’Amérique conquérante des années cinquante et soixante, Wolfe esquisse seulement, et c’est bien dommage, la création du mythe des « winners » ceux qui gagnent et qui sont « en haut de la pyramide » inaccessibles aux lois, adulés comme des dieux et qui envahissent toutes les fonctions stratégiques de la société américaine en lui donnant cette certitude arrogante qui tuera l’Amérique qui nous a fait rêver pour accoucher d’une Amérique insolente et dédaigneuse qui méprise les faibles et s’expose à des déboires cruels et sanglants …

     

    images?q=tbn:ANd9GcQ8GRRgGZNuFsn-AxaweB9o1-i9Z8Ls_UCkZh-rJWcdW1DKOVperSbq1rEPorté par un courant violent

    Bruce Murkoff (1953 - ….)

    « …C’est le commencement d’un espoir incommensurable. »

    -         « Vous allez vers l’Ouest ?

    -         Oui.

    -         Question stupide …. Toutes les voitures filent dans la même  direction. Californie ? …

    -          Nevada.

    -         Ah, le barrage. »

    En 1932, Filius, Lena et Lew entreprennent chacun sa « road movie » vers le Boulder Dam qui sera le plus grand barrage du monde quand il sera érigé, comme le font quantité d’Américains qui fuient les villes et le chômage, les campagnes et la famine pour trouver un job et de quoi vivre sur les grandes réalisations mises en chantier par le « New Deal » après la grande crise de 1929. Comme les fermiers de Steinbeck dans « Les raisins de la colère », ils ont tout abandonné pour essayer de reconstruire une vie là ou un nouveau pays est en train de naître. Car, nos trois héros ont eux aussi des bosses et des plaies à panser pour redonner un sens et un espoir à leur vie bien malmenée jusque là.

    Et pendant cet interminable voyage, ils pensent à ce que fut leur vie avant la crise « ce furent de bonnes années », pendant la crise et à ce qu’elle est devenue aujourd’hui, reconstituant à coup de souvenirs, de rêves et de petites scènes une sorte de patchwork qui figurerait leur histoire et l’histoire de tout un peuple, l’histoire de l’Amérique des pionniers qui est arrivée à son apogée et qui doit disparaître pour que naisse une nouvelle nation plus forte et plus conquérante encore.

    Ainsi, sur cet énorme chantier et dans les villes champignons qui l’environnent, se retrouve une bonne partie de cette Amérique des pionniers travailleuse, dure au mal, un peu frustre, violente et sans pitié pour les faibles, intolérante et sans concession pour ceux qui sortent de la norme européenne et qui n’appartiennent pas à ces « petites communautés où les mêmes familles remplissaient les églises et les cimetières depuis plus de deux siècles… » Cette Amérique qui essaie de dompter toutes ces forces mises en route comme elle essaie de canaliser la puissance de ce grand fleuve pour la mettre au service de l’énergie de ce peuple en reconstruction. Comme nos héros essaient de se maintenir sur ce flot impétueux pour construire une nouvelle vie et entrevoir un nouvel avenir.

    Ce roman est une grande fresque de l’Amérique minée par la grande crise mais qui renait, tel un phénix de ces cendres, sur les grands chantiers dans le gigantisme de l’entreprise, à coup d’efforts titanesques et dans la violence la plus sommaire. Et les hommes, comme le fleuve, comme le chantier, laissent  exploser leur énergie et leurs ambitions sans contrainte aucune car « dans cette version de la justice des pionniers, personne n’était jamais condamné et seule demeurait la compétition. » Un portrait manichéen de l’Amérique du « New Deal », épique, violent, réaliste, toujours optimiste et jamais larmoyant, un roman qu’on pourrait situer au centre d’un triangle balisé par Steinbeck pour la peinture sociale, Harrison pour les grands espaces et McCann pour les grands chantiers. L’histoire d’hommes et de femmes qui  veulent une revanche sur la vie comme l’Amérique veut un nouvel avenir « mais ce qui est ici en jeu, c’est davantage qu’un simple sauvetage, c’est le commencement d’un espoir incommensurable. » Juste un bémol, la fin est un peu longuette et fait perdre de l’impulsivité aux flots et la chute n’est pas digne de ce qui précède, trop grandiloquente à mon avis. 

  • Tournée KLEZMIC ZIRKUS & DAVID KRAKAUER

    images?q=tbn:ANd9GcTC-UjeFpJRs4BupQ2nmgFby5h3kAtEM5M4-5eiurkTTI0z1PsNY2PmuhIiAurélie Charneux, Adrien Lambinet, Julien de Borman, Pierre Greco, Wouter Roggemans, les musiciens de KLEZMIC ZIRKUS, sortent un nouvel album et sont en tournée. Ce vendredi soir à l'Eden de Charleroi avec le clarinettiste new-yorkais David Krakauer.

    Le samedi 20 octobre au Recyclart à Bruxelles.

    Pour en savoir plus sur le concert:

    http://www.charleroi-culture.be/Public/Spectacle.php?ID=1948

    Pour en savoir plus sur le groupe, l'album et la tournée:

    http://i35606.wix.com/klezmic#!home/mainPage

    Interview de David Krakauer et Aurélie Charneux sur Vivacité dans Le monde est un village par Didier Melon:

    http://podaudio.rtbf.be/pod/lp-mev_le_monde_est_un_village_152f102f2012_19-_12841135.mp3

     

  • Goodbye Emmanuelle



  • La salle d'attente

    images?q=tbn:ANd9GcSNypZHf11TxanfCWkVqq6ZfcLUmNBy2SZdbqnw5PwYgthYdIG8Nb0TRGgyLa première personne que je vis en entrant dans la salle d’attente était une femme entièrement nue, qui lisait un magazine, les jambes croisées. Se trouvaient aussi là un couple de gens âgés et un très jeune homme, presqu’encore un adolescent. Aucun des patients ne semblait trouver la situation incongrue, surréaliste, et la femme elle-même ne manifestait aucun signe de gêne hormis ceux que l’on manifeste dans une salle d’attente. À chaque regard que je posais sur elle, je fixais un détail corporel que je verbalisais, pour être sûr de le retenir, conscient que la situation ne s’éterniserait pas et afin de la rapporter ou de me la raconter en termes aussi précis que possible.

    Le médecin qui raccompagnait un patient ne jeta aucun regard vers la femme, le couple de gens âgés s’engouffra dans son cabinet à sa suite. Après quoi,  ce fut le jeune homme et je me retrouvai seul avec la femme bien faite au demeurant, avec des formes généreuses et un visage avenant qui ne fuyait pas mes regards ni d’ailleurs ne les cherchait. A un moment elle eut même un sourire, d’ironie, je crois bien.

    Le praticien m’appela, moi, en la laissant, alors que j’étais arrivé après elle. Oui, vous, dit-il en me désignant, comme ignorant la créature. Je me souviens qu’il me demanda de me déshabiller pour l’auscultation et que, dans mon trouble, auquel je mêlai inconsciemment la femme nue, je commençai à enlever mon pantalon quand il me précisa : "Juste le dessus." Quand je sortis, la femme avait disparu. A sa place se tenait un long chien genre Lassie à moins que ce ne fut un grand singe, enfin quelque animal velu assis sur son séant qui lisait un magazine, les deux pattes de derrière croisées. Le médecin ne sembla pas s’aviser de ce fait étrange, hors du commun, comme s’il allait de soi que dans sa salle d’attente se produisaient pareils prodiges.

  • Les livres de mon chat

    images?q=tbn:ANd9GcQ7P4hEM7yqfgSnklgEBH-w9qx6e8SrsoKv6a6yRdiVKwXXoZglSsXAFPEMon chat écrit. Quand j’ai découvert cela, j’ai vite compris les bénéfices que je pouvais en tirer. Très vite, j’ai fait publier ses textes à mon nom. Mais comme ils ne se vendaient pas, les éditeurs, qui ne sont pas des philanthropes, ont fini par refuser systématiquement tous mes manuscrits, comprenez ceux de mon chat. Depuis, il fait la tête, se plaignant de n’être plus publié. Il boit, il peste, il pisse partout, comme un écrivain américain. Pour le consoler, je lui dis qu’on est deux mais cela ne le console pas, et il continue de faire la tête. Il a même menacé de ne plus écrire. Au stade où on en est... 

  • L'écrivain d'ascenseur

    images?q=tbn:ANd9GcRYdQc9IhTA13BZcundTLcLva42sMM0K7WRG-8FWXt4JrsdccvUylMWXwL’écrivain d’ascenseur écrit vite, d'autant plus vite si le trajet est court. Il se tient dans le hall d'entrée de l'immeuble et accompagne les locataires à leur étage. Là, il leur livre un texticule et reçoit en retour une piécette. Avec les cents gagnés, l’écrivain d’ascenseur commande un tiré-à-part de la production de sa journée chez un éditeur d’escalier qui peine à monter les tirages.

     

  • GALOP DÉCÈS de John ELLYTON

    Galop décès est un pur polar avec tous les ingrédients qui vont avec: du rythme, des rebondissements, un peu de castagne, un peu de sexe, une pointe d'argot... un pur régal pour les amateurs du genre.
    Pour les autres, l'occasion de plonger dans dans un livre qui vous tiendra en haleine jusqu'à la dernière ligne.
     
    L'auteur, John F. Ellyton est une figure connue dans le monde de l'édition belge.
    D'abord libraire, il se lance dans l'édition et dirige pendant des années les éditions MÉMOR.
    Il ne manquait qu'une corde à l'arc de ce spécialiste du livre: devenir auteur.
    C'est chose faite et Cactus Inébranalable éditions est fière de l'accueillir pour cette première !


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  • Françoise Lefèvre / La Première habitude: entre âpreté et amour

    images?q=tbn:ANd9GcSjJ5YWaOpF3-gkt27lW5RqLgrH03EIy8S32DV2DTUEBUIUJIpBSVaYPgpar Philippe LEUCKX

    On sort de ce premier livre, tout à la fois ému et grandi. Voilà un parcours d'une combattante de la vie amoureuse et maternelle. Rien ne lui fut évité et son récit entrechoque toutes les strates de la sensibilité.

    Françoise Lefèvre livre là le fruit condensé (172 pages serrées) d'une vie. Pleine. Dense. Déchiquetée le plus souvent. Et renaissante, sans cesse, des affres, de l'insupportable.

    Sept années d'errances en France, en Suède, en Israël pour ce petit bout de femme. De vingt ans.

    images?q=tbn:ANd9GcTQ6Fx_XzBxem36kdrHAI48Y1X0FGoOUXGL1muQk4eVUkgzAjibLMo2rE4ELe livre naîtra plus tard. De la douleur d'être rivée à la solitude glaciale, images?q=tbn:ANd9GcROZUZXoohzuT6_tOGlqsXPT3aO1HO3jbdlgGsEuqe51l5lwdR_RsHBrXwnée de l'abandon, du ressaut de vie qu'elle a dû sans cesse accomplir pour rester debout.

    Le livre naîtra au creux d'une chambre sale, au coeur du quartier Bastille, longtemps après. Elle aura eu le temps de décanter. Enfin, de livrer aux mots choisis, rares, posés ardemment, sans attrait pour le beau style, non, posés pour dire au plus nu, au plus cru les traversées d'un corps, d'une âme, au contact du froid, de la faim, des rats, des attentes dans la neige effrayante de creux au ventre, de délaissement.

    Deux enfants naissent, Cécile, Elise. Le compagnon des dérives, des marges (on vit dans une cave, on est secouru une nuit, on marche dans le froid suédois, on tente de vivre des toiles de ce Raphaël, qui , un beau jour, vous laisse : "Débrouille-toi") peint, aime, trompe, a eu une vie sentimentale compliquée, a multiplié les lits, les enfants... Marie, elle, est forcément plus forte, plus nue, plus seule, plus vraie, plus sincère. Elle est attente. Elle est mère jusqu'au bout : "L'amour finit toujours par devenir maternel". Cela semble aller de soi. Non, c'est une bien belle rigolade. Celle qui a dû se coltiner avec la solitude, le froid en sait un bout de cet amour que d'autres vous ont rechigné, volé.

    Il y a dans ce grand et beau texte, loin de tout romanesque, une âpreté qui force non seulement le respect mais enjoint le lecteur à analyser une société toujours prompte à abandonner en ses marges les âmes riches et nomades. Il y a surtout la beauté d'une langue mûrie dans le chagrin et qui vous hisse , maux après mots. Le talent se niche là, entre l'exigence de restituer une expérience humaine et le temps de peser chaque mot pour la dire. Quand le temps aura eu le dernier pli à coudre.

    L'auteur des inoubliables "Le petit prince cannibale", "Le bout du compte", "La grosse", "Blanche c'est moi", "Les larmes d'André Hardellet", sait que la littérature trouve sa place, sa justesse et son impérieuse nécessité dans le récit de soi et des autres, sans tricherie, sans l'apprêt d'une fiction dérisoire.

    C'est ce qui fait de ses livres un noyau de pure existence.

    De vrais livres. Dont Simone de Beauvoir aurait pu dire, pour ne pas en connaître toute une série , qu'ils illustrent en vérité le destin d'une femme. Amoureuse, sensible, mère, pourvoyeuse de tendresse, écrivaine jusqu'au sang.

    Et pour ce premier livre, coup de maîtrise absolue. Un grand livre. Depuis, dix-sept autres.

    LA PREMIERE HABITUDE, Jean-Jacques Pauvert, 1974.

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  • Torture et beau langage

    images?q=tbn:ANd9GcRavyCDlnpgL93_FhbNTvoksd2qnZ9WBAFXH7dfCFCcCBqmhejzJC3PfgAprès la séance de torture, le bourreau va prendre un café avec sa victime. Pendant qu’elle se penche sur son portable pour lire ses messages puis en envoyer un, il observe avec une pointe de fierté les marques visibles de son forfait, à la base du cou et aux poignets, en pensant aux améliorations à apporter au traitement quand son portable lui signale la réception d’un message. Il lit le texto mot après mot et relève les erreurs. Deux, dit-il avec un sourire dont elle connaît la signification, le prix à payer, douloureux, parfois sanglant. Deux nouvelles fautes à expier, comme elle a convenu avec ce maître du beau langage, aux méthodes éprouvées.

  • Altruiste!

    images?q=tbn:ANd9GcQ3_6B4I2BhQUDEf0uhEM269nx1zmpYFkbsibXIU9CM1vDL85D7Cw0j7jwMe voilà devenu altruiste, je m’intéresse aux autres, c’est nouveau chez moi, cela relève du prodige. Je tends la main vers l’autre en même temps que j’accueille la sienne, je suis en quête d’une âme à secourir, je suis devenu à moi seul une coopérative de secours permanente prête à tous les dévouements. Je m’écrie alors « Il faut être absolument altruiste ! » La modernité est secondaire. Le socialisme est secondaire. Aussi bien que l’humanisme sauvage ou le capitalisme sage. Mais je me réveille la nuit sous l’effet d’une voix haut perchée qui me tarabuste : "Altruiste ! Altruiste ! Altruiste !..." Sans comprendre cet acharnement nocturne à me dénigrer. Comme si l’altruisme était une tare. Pour les autres et pour moi-même.

    Alors que  je compatis aux douleurs d’autrui, aux tracas quotidiens du voisin, à ses ennuis, de pavage ou d’évacuation d’eau ; je bois, je trinque avec les autres, je suis de toutes les fêtes, je suis bien en compagnie. Je compatis au mal être de l’étranger, de l’exclu, du sans papier. A tel point que je me demande parfois si en soutenant l’étranger tel que je le fais je ne nuis pas à celui qui a peur de l’étranger. Je ne me formule pas encore les choses ainsi tant je suis dans l’action de protéger, de faciliter la vie des gens, des sociétés, des associations.

    J’en oublierais presque que ma conversion à l’altruisme date de mon adhésion à un parti et qu’en période électorale je devrais davantage penser à moi, à ma place dans la liste et sur les affiches que j’ai distribuées aux voisins, aux autres, à tous les inconnus que je ne cesse de voir et de vouloir secourir, encore et encore, le cœur sur la main. Jusqu’au vertige. Jusqu’au Jour du vote.

  • Histoire d'oeufs

    images?q=tbn:ANd9GcRHlM9PFGC79My5Q_2-pkkvZPEEX9x_EYUM-CmmPKF8ENpAggrU7Q5UfSwCe matin, je me suis fait deux œufs sur le plat. Qui ne m’ont rien dit, rien raconté du tout. Aucune histoire, aucune bribe de roman, rien. A croire qu’ils n’avaient pas de mémoire, ces blancs-becs aux yeux jaunes. Qu’ils étaient tout droit sortis du cul de leur poule de mère sans avoir rien vécu. C’étaient pourtant de bons produits, mes oisillons morts-nés, présentant une belle texture, un intéressant mariage de formes sur le fond à fleurs de pissenlit de l’assiette issue du service de grand-mère Flora. J’avais mis tout mon cœur, tout mon talent d’animateur d’atelier de contes culinaires. Une colère s’est emparée de moi. Résultat : j’ai jeté le contenu à la poubelle et je me suis préparé une tartine de Nutella. Le choco avait quelque chose à me raconter, lui, une histoire à base de noisettes, de phtalates, de sucres et d’huile de Palme qui a ravi mes papilles endormies. 

  • Evasion d'un détenu en chaise roulante à Saint-Gilles

    images?q=tbn:ANd9GcQ7jhchNAGGG0CGPqNETjF55tT5-7Dcn3Kx8rWL1BFckPQACV7N7xH2vkWr

    Nouvelle évasion cette après-midi à la prison de Saint-Gilles: un détenu en chaise roulante a faussé compagnie aux gardiens de la paix chargés de l'encadrer. Le syndicat policier pointe un manque flagrant de communication: "Nos agents n'ont pas été avertis que l'engin était muni d'un moteur électrique." Conséquence: un autre dangereux détenu paralytique vient d'être placé en QHS.

  • 1er Salon du Livre de CHARLEROI

    images?q=tbn:ANd9GcTU98V7p17Mua7M21f3Q7R3wzDdjhUhVCsTbBA-SMM0uc8JRk7OY3OotXEZUne dizaine d'éditeurs et une trentaine d'auteurs seront présents sur les deux jours du Salon.

    Les éditeurs: Lansman, Audace, Maelström, L'Arbre à Paroles, Chloé des Lys, Memogrammes...

    LIEU: Bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne-au-Pont, Château de Cartier, Place Albert 1er. Tél.: 071/86 56 27

    QUAND? Le vendredi 12 octobre de 18 h à 21 h et le samedi 13 octobre de 9 h à 17 h.

    Les auteurs (entre autres): Éric DEJAEGER, Salvatore GUCCIARDO, Carine-Laure DESGUIN, Virginie HOLAIND, Thérèse GOFFART, Véronique JANZYK, Pascal FEYAERTS, Louis MATHOUX, Isabelle FABLE, Jean BOTQUIN, Sylvie GODEFROID, Alain MAGEROTTE, Thierry RIES, Sandra DULIER, Louis DELVILLE, Micheline BOLAND, Éric ALLARD...

    Je serai présent plus particulièrement le samedi après-midi, de 13h 30 à 17 h

    Ne manquez pas la séquence photographique surprise de Dino NELLI lors de l'ouverture du salon le vendredi à 18h.

    Voir les périodes de dédicaces, la liste de tous les auteurs présents, tous les détails de la manifestation:

    http://www.bourgeon.be/bourgeon.be/RDV_BOURGEON/Entrees/2012/9/3_14_09,_10_10,_12-13_10_PLUMES_ET_CLAVIERS_3RDV___PRIX_ANNICK_LANSMAN_-_EDITIONS_EN_QUESTION_-_1er_SALON_DU_LIVRE.html

    A signaler le mercredi 10/10 à 19 h, le lancement de la Fureur de Lire avec la présentation par Daniel Barbieux de la RTBF du livre Cher Adam (éd. Praelego) de Sylvie Godefroid



  • Dan FANTE (interviewé par Éric Dejaeger) à LIVRESSE

    images?q=tbn:ANd9GcRLj99otvPlZta74rST5RWHUz7cLtVCNIShkoPEHTi3OU3oLLVIPQIYegVendredi 12 octobre 2012 à 10 heures,

    dans le cadre du festival LIVRESSE à Charleroi, Éric images?q=tbn:ANd9GcQid15GDOZ4JLIzArffq0BTi4sCb5KfUo5kiubXLY15loZa9LLOV5wwGg
    DEJAEGER s'entretiendra avec Dan FANTE de ses relations parfois tendues avec son père, John FANTE.

    10h: Projection/discussion: Dommages collatéraux: l'oeuvre de Dan Fante.En prélude de la discussion, projection de Wait until spring, Bandini de Dominique Deruddere

    Cela se passera au Vecteur, 30 rue de Marcinelle à Charleroi.

    Éric signale sur son blog qu'un interprète est prévu.

    Tout sur le XVème festival LIVRESSE (sur le thème du cinéma): http://www.vecteur.be/Festival-Livresse-15

  • Qu'est-ce qu'un bon roman?

    images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYYpar Denis BILLAMBOZ

    Comme tous ceux qui lisent avec passion et assiduité et comme tous ceux qui souhaitent un jour ajouter leurs mots à ceux qu’ils ont lus, je me pose depuis longtemps cette question : qu’est-ce qu’un bon roman ? Certes, j’ai mes critères personnels et mon échelle de valeur est relativement bien établie même si elle évolue avec les expériences et découvertes que fais. J’ai voulu cependant, à travers mes lectures, essayer de comprendre comment les autres appréhendaient cette notion, notamment ceux qui sont chargés de nous offrir de nouveaux textes.

    Laurence Cossé a tenté de dresser le portrait de la librairie idéale et d’évoquer tous les problèmes de sélection qu’elle impliquait avec leurs conséquences plus ou moins néfastes. Marcos Malavia, un Bolivien qui a séjourné à Paris, a, lui, pris le parti de donner la parole à un manuscrit pour qu’il nous raconte sa vie, tous les affronts qu’il doit subir et tous les obstacles qu’il doit surmonter pour accéder à ses lecteurs. Dans une prochaine publication, nous évoquerons les problèmes de l’édition à travers deux livres témoignage.


    images?q=tbn:ANd9GcSs_YLq2FR6aKSyW994bJpf7ih0rra92RCYRQH5tf8JKEWw1Jfi5gsdhrNOAu bon romanimages?q=tbn:ANd9GcTuE8OvSevHv_-5zsfmJUKdLc8SAGvMYAkeEfQWKjmMGBbAfLhMMBs9yrE

    Laurence Cossé (1950 - ….)

    Une agression dans un bois, un accident provoqué, une menace à peine déguisée, … les membres du comité de la librairie « Au Bon Roman » semblent être la cible d’un agresseur décidé et brutal qui ne supporterait pas que les huit membres de ce fameux comité ultra secret choisissent seuls les livres proposés par cet établissement où ne sont vendus que des bons romans comme l’indique l’enseigne. Les propriétaires de cette librairie un peu particulière, véritables amoureux des beaux textes, s’inquiètent et racontent à la police l’aventure de la création de leur commerce et les agressions dont ils sont, sous diverses formes, les victimes depuis un certain temps.

    Comment, quand on est un lecteur passionné, amoureux aussi des beaux textes, maniaque des listes et aussi tenté par l’édition sans vraiment l’avouer, ne pas rêver d’être un jour un client et peut-être même un auteur diffusé par un tel établissement ? Comment alors ne pas plonger corps et âme dans ce roman ? Comment ne pas se laisser embarquer dans l’histoire tressée par Laurence Cossé ?

    Mais voilà si l’idée est très séduisante, envoûtante même, sa mise en texte l’est beaucoup moins, le discours est un peu grandiloquent, bourré de grands sentiments, encombré par une histoire d’amour pas très convaincante et une intrigue policière encore moins crédible. Ce livre aurait dû rester sur le fil de l’aventure littéraire et de tout ce qu’elle comporte comme aléas en évitant de se disperser dans une intrigue policière qui avorte avant sa conclusion et une aventure amoureuse un peu filandreuse. J’ai aussi quelques doutes au sujet des arguments commerciaux avancés qui ne me semblent pas toujours très évidents.

    Je retiendrai donc de ce livre tout ce qu’il nous apprend, ou rappelle,  sur le circuit de distribution du livre et sur la massification de l’offre culturelle qui ne répond plus qu’aux lois da la grande distribution, au risque de ne proposer que les œuvres les plus médiocres car les plus faciles d’accès. « L’ordre de la création culturelle a ceci de beau et de singulier qu’il offre de la place à tout le monde. Et on s’emploie à le borner ! On en fait un marché couvert, où quelques best-sellers occupent tout l’espace. On : les éditeurs industriels, les journalistes moutonniers, les grossistes de la culture. » Voilà tout est dit en quelques mots, les librairies ferment, les auteurs ne peuvent plus éditer, la littérature est en danger et les populations ingurgitent des quantités astronomiques d’œuvres médiocres.

    Et pourquoi limiter ce raisonnement à la littérature, on voit bien que l’auteur a laissé une porte ouverte pour remettre en cause tout le système de distribution actuel qui privilégie l’offre banalisée,  tirée vers le plus bas de la gamme, pour proposer des prix très bas qui laissent cependant des marges très confortables. Cette librairie insolite pourrait donc être la métaphore de ce que deviendrait la distribution en général si les consommateurs prenaient le pas sur les financiers mais il y a bien loin de la coupe aux lèvres et, même si le rêve est beau, la réalité restera bien cruelle pour un bon moment encore. Sauf pour ceux qui font l’effort d’aller au-devant de ceux qui proposent des produits nobles, authentiques et de qualité, un petit espace est encore ouvert pour ceux qui osent l’exigence.

    « Comme c’est simple, au fond, … Une centaine de personnes résolues peuvent agiter l’opinion, influencer la presse, accréditer des contre-vérités, désigner des boucs émissaires … » Suivons Laurence Cossé, refusons cette fatalité et opposons la force du choix des consommateurs à la puissance de l’argent des financiers.


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    Tragaluz (soupirail)images?q=tbn:ANd9GcRHd7u04BChCnmrCwETw3xPi8dnJEzr8jXJ3DT9EOh4RTXyc4L4S2SYQw

    Marcos Malavia (1962 - ….)

    Comme de nombreux lecteurs assidus, j’ai été un jour tenté d’ajouter mes mots à tous ceux que je lisais, me retrouvant ainsi «  dans l’antichambre des recalés de l’écriture » comme Dominique Charnay l’a écrit et même utilisé pour sous-titre du livre qu’il a consacré aux courriers reçus par Raymond Queneau, chez Gallimard, de la part de tous ceux qui « inconnus ils étaient, inconnus ils sont restés. » Et c’est au moment de rentrer dans cette antichambre que j’ai ouvert ce livre, acheté depuis un certain temps déjà, qui donne la parole à un manuscrit qui raconte comment il a pu s’imposer à l’esprit de son auteur alors qu’il n’était qu’à peine une idée qui n’avait jamais vu la lumière. Celui-ci narre ensuite la vie qu’il a eue, l’adolescence sous la plume hésitante du rédacteur,  l’humiliation chez les éditeurs, les longues journées d’attente chez le libraire et enfin le plaisir d’être choisi par un lecteur qui le fera peut-être vivre pour l’éternité avant qu’il succombe dans les poubelles de la société de consommation. Un parcours chaotique peuplé d’incertitudes, d’indécisions, de découragements, de doutes, et, enfin, l’inspiration, la chance d’être choisi, édité et peut-être lu avant de connaître les affres de la vieillesse et de l’oubli.

    Ce petit livre alterne, d’une part, les chapitres où le manuscrit raconte sa vie et, d’autre part, le récit du rêve que ce même manuscrit fait régulièrement et qui met en scène un gamin qui pourrait être son auteur. Un rêve fantasmagorique en forme d’allégorie de la création littéraire. Mais le discours sur cette œuvre créatrice, les choix éditoriaux, la lecture qui est considérée comme un élément constitutif de l’œuvre, - « C’est alors que j’ai compris qu’à chaque lecteur que je serais susceptible de croiser surgirait une histoire différente… Il y aurait autant de variantes que de lecteurs. » - dissimule mal un autre propos sur l’angoisse existentielle de l’auteur.

    « Ce n’était pas tant mon histoire qui était importante, ni les personnages qui l’habitaient. Non, c’était que dans cette modestie transparaissaient aussi bien les inquiétudes, les désirs et les angoisses tout simples, qui pouvaient habiter n’importe quel être. »