• Y'a pas le sel

    par Léo d'en bas (groupe lyonnais)


    http://www.myspace.com/leodenbas

  • Prix Gros Sel du public: Dernier(s) jour(s) pour voter

    261089_187854204632340_1845084373_q.jpgSi vous aussi vous voulez saler la vie de votre auteur belge d'expression francophone préféré, il vous reste deux jours pour le faire ici:

    http://www.facebook.com/prixgrossel?fref=ts

    Mes préférés (pour ceux que j'ai lus et chroniqués) sont sur ce blog dans Lu et approuvé:

    La saga Maigros de Éric Dejaeger (Cactus Inébranlable éditions)

    Comme un roman fleuve de Daniel Charneux (Luce Wilquin)

    La Nostalgie du carillon de Virginie Holaind (Maelström réévolution)

    Au plus près de Philippe Leuckx (éd. du Cygne)

    Les enfants du Grand Jardin de Carine-Laure Desguin (Chloé des Lys)

    L'homme à la Chimay bleue de Jean-Philippe Querton (Cactus Inébranlable éditions)

    Lyrisme cosmique de Salvatore Gucciardo (éd. Astro)

    Astronaute astigmate cherche robot cyclope version vintage spécialise en danse du ventre pour fantastique voyage intergalactique de Patrick Lowie (éd. PAT)

    Bientôt les jonquilles de Marcelle Pâques (Chloé des Lys)

    http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/lu-et-approuve/

    D'autres recueils sélectionnés sont sur la page des Chroniques de Philippe Leuckx

    à commencer par Voz d'Eric Piette (Taillis pré)

    Mais aussi les recueils de Daniel Simon, David Besshops, Philippe Mathy, Jean-Michel Aubevert, etc. 

    http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/chroniques-de-philippe-leuckx/

     

     

     

     

     

  • Les cancans de Cancale

    3259936657.jpgLe 3ème recueil instantané d'Éric Dejaeger vient de paraître.

    28 textes écrits sur place entre le 27 octobre et le 2 novembre, agrémentés de quelques photos.

    Tirage limité. 

    Pour le commander, et lire deux extraits, voir le blog d'Éric:

    http://courttoujours.hautetfort.com/


    Les pensées d'un observateur d'huîtres 

    Quand Éric Dejaeger nous revient de voyage, il a pris l’habitude de nous régaler d’un recueil instantané. Après Dublin et le Grèce, voici ses souvenirs de Cancale et environs. Si ce sont de malicieuses (et jamais salaces – l’auteur de Maigros est en vacances) cancalonnades, écrites entre le 27 octobre et le 2 novembre 2012, il ne s’agit nullement de cancalonneries. Il y en a « vingt-huîtres » ponctuées d’aphorismes typiquement dejaegeriens qui déclinent (entre autres) le thème de l’huître, dans lesquels, c’est sûr, il y a plus d’une perle. Et on se plaît à voir en l'auteur des Pensées d'un ortieculteur un ostréiculteur en devenir. 

    De l’étroitesse des ruelles du Mont Saint-Michel, l’auteur conclut que l’architecture du lieu doit non seulement à l’art roman et gothique mais aussi à l’art égyptien. Il fait le constat qu’il n’y a « aucune boutique spécialisée sur le mont-SM. » pas plus qu’on ne trouve, dans les produits du terroir, de miel de l’abeille du Mont St-Michel. De ses observations piquantes, il tire matière à des instantanés de poésie ordinaire, de celle qui nous fait penser que, si elle n’est pas forcément toujours belle, la vie recèle au quotidien, et spécialement pour l’auteur en terre étrangère, une réserve solide (et liquide).

    A la fin de la lecture, on se dit que l’ami Thierry (à qui est dédié l’ouvrage, avec Jany « l’habituée ») a bien fait de rappeler à Éric d'alourdir son bagage de son désormais rituel cahier ligné Black Magic 16x21cm à spirale, d’un porte-mine Bic Critérium 2mm (taille mine inclus) et d’une gomme Pelikan AL20 (on n'est jamais assez préçuître). Et on le pousserait bien à reprendre vite la route pour nous divertir, selon son mot, d’un nouveau tuître.   E.A.


     

     

  • Un Microbe + un Mi(ni)crobe pour bien commencer l'hiver

    3863554088.jpgLe 74e numéro du Microbe est paru.

    Au sommaire :
    N
    icolas Brulebois
    Jean-Marc Couvé
    Guillaume Decourt
    É
    ric Dejaeger
    J
    ean Klépal

    Dr. Lichic
    C
    atfish McDaris
    L
    ouis Mathoux
    J
    ean-Jacques Nuel

    Houdaer - Mon film.jpgJany Pineau
    T
    homas Pourchayre
    W
    alter Rhulmann
    R
    obert Serrano

    Guillaume Siaudeau
    L
    aura Vazquez

    Illustrations : Cathy Garcia

    Le 37emi(ni)crobe signé Frédérick Houdaer : MON FILM.

    Pour commender le numéro, s'abonner ou tout autre renseignement, contacter Eric Dejaeger via son blog:

    http://courttoujours.hautetfort.com/

  • Mes enlèvements

    images?q=tbn:ANd9GcRMGj9xrb1EjiJLQaJ4azFHqvxgnljfAjeBO0c9h8wir2AJCT1-UdgJ-wSamedi soir, j’ai enlevé un écrivain à la sortie d’un salon du livre. Cela ne m’était plus arrivé depuis celui de Jean-Edern en 1982 après un enregistrement d’Apostrophes. L’écrivain enlevé ne mange pas ne boit pas n’écrit plus. Le mien voulait le Gros Sel. Je lui ai passé la salière, il a dit non. Pas ce sel-là, celui d’un kilo. J’ai fini par comprendre que c’était un prix prisé. Jean Edern voulait le Goncourt. Autre époque, autres mœurs. Je lui ai dit : j’ai le Gros Ciel à te donner : un dm³ plein d’air pur. Mais non, il n’en démordait pas, il voulait celui-là et pas un autre. Alors je l’ai laissé partir, il ne servait à rien. J’ai entendu son pas d’écrivain pressé dans le noir de l’escalier et je me suis dit que, la prochaine fois, j’enlèverais un homme ou une femme politique. Fadila, par exemple, qui ne sert plus les artistes. Cela me rappellera mon enlèvement de VDB en 1989. 


  • Haneke décline l'amour

    images?q=tbn:ANd9GcSjJ5YWaOpF3-gkt27lW5RqLgrH03EIy8S32DV2DTUEBUIUJIpBSVaYPgpar Philippe LEUCKX

    Après l'énigmatique "Caché" qui donnait de la banlieue une vision kaléidoscopique de vitesse et d'angoisse, après l'extraordinaire "Ruban blanc" qui dénudait jusqu'à l'os l'univers prénazi des consciences campagnardes, on avait un peu peur que Michael Haneke ne puisse retrouver l'aura de ces deux oeuvres, surtout celle de sa première palme d'or à Cannes. Tant de noirceur contrôlée par une mise en scène au millimètre des terreaux maléfiques, tant d'inclination à découdre le réel des bonnes intentions et à en démultiplier les occasions d'analyses, tout cela faisait qu'on craignait une déperdition.

    Rien de cela, bien sûr. On est pourtant, ici, à mille lieues de la terreur prénazie d'un médecin pédophile et omnipotent, d'un pasteur tortionnaire.

    On passe de l'Allemagne du nord (Vachendorf) au Paris haussmannien. Bref, retour à Paris, mais non à celui de la périphérie glaireuse.

    Un couple, âgé, ils ont été musiciens et pédagogues. L'une des premières séquences les montre au concert, et retour chez eux, Haneke installe son système de mise en scène intimiste, instille son aire de jeu. Georges et Anne, la quatre-vingtaine assurée, vivent dans et pour la musique, la littérature, l'art. L'appartement abrite nombre de toiles de petits maîtres, des rayons à n'en plus finir de livres d'art, de littérature. on baigne dans une lumière riche de culture, avec grand piano à queue, salon bardé de petites photographies, retour de vacances.

    Tout semble aller de soi, dans un confort de veille. Et puis tout commence à se défaire. Une tentative de vol dans l'appartement. Une angoisse qui se met à voler en l'air, diffuse, sérieuse.

    Et Anne, très peu de temps après, reste bouche bée, inconsciente. La dérive commence.

    L'hôpital, la chaise roulante, le côté droit paralysé : Anne n'est sans doute pour elle que l'ombre de ce qu'elle fut : diction assurée dans un corps qui résiste, qui a du mal à se mettre en place, dans le carcan terrible de la vieillesse maladive. Georges veille, est là pour aider, soulager. Il ne comprend pas toujours cette chute, cette absence, cette douleur. Il traîne lui aussi la jambe, trace sans doute d'un diabète qui corsète son pied.

    Le film, dans une mise en place extraordinaire de précision physique, physiologique, d'atmosphère, suit la lente déchéance d'Anne, la deuxième attaque. C'est l'heure des mixtions involontaires, des vocables mangés de paralysie, des regards perdus dans des douleurs, des "mal" qui exsudent de la peau.

    Georges, sa fille Eva, des concierges attentionnés (les Méry), un ancien élève d'Anne devenu pianiste célébré (Alexandre); ce petit monde dévoile peu à peu les aléas, les déconvenues, jusqu'aux affres du grand âge. Le regard sur l'autre cache mal l'étonnement devant ce qui se délite. Bergman n'est pas loin dans cette fixité des regards dans des draps souillés (on pense au "Silence" et à sa tuberculeuse).

    Mais l'Amour est là, majuscule de pudeur pour glisser qui un oreiller, qui un geste sur une main abîmée.

    Réflexion sur l'ordinaire de nos vies, "Amour" est sans doute clinique jusqu'au constat terrible du corps qui s'en va, et ressaut spirituel, sensitif, émotionnel d'une profondeur qui s'exerce, se maîtrise. Ce que l'on perd, sans doute peut-on aussi le regagner dans une proximité des peaux, des gestes.

    Haneke ne magnifie pas l'amour ni l'idéalise : il l'empirise avec acuité. On a rarement vu telle pression de regard, telle souffrance, et tout à la fois telle prégnance dans ce qui est éperdu.

    De magnifiques interprètes donnent coeur, corps, voix, tension, densité, physique décharné et souffrance, et amour à ces personnages : Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant sont Anne et Georges, absolument. Pas de jeu au sens d'expression dramatique. Ils sont : chair, sang, eau, mixtion, mots triturés, fond de gorge, souffles. INCARNATION.

    On retrouve leur voix miracle de beauté, diction impeccable, presque impérieuse.

    Isabelle Huppert, frémissante, vibratile, sensiblissime, donne un beau portrait d'Eva, leur fille.

    Et puis, il y a le personnage de l'appartement. Filmé au plus juste, en très gros plans parfois, intimiste, cossu, fragile, à la lumière diverse, selon la progression des pas négligés de Georges...

    Une palme d'or mille fois méritée. Un film inépuisable...dont j'ai peu dit, sur lequel je reviendrai...


  • Éric Piette: "Voz" ou la science noctambule


    images?q=tbn:ANd9GcQPS8ivLg4Jbxj7Oahn0HtpD7phy4IAJ8AvHzakWnY3Q3XaHg9IRCRKiwpar Philippe LEUCKX

    L'amoureux des trains (voz en serbe) qu'est Eric Piette, ce poète de moins de trente ans, publié au Taillis pré en 2011 et dont c'est le premier livre, l'est aussi des relations humaines qu'il célèbre dans la texture à la fois tendue et souple de ces poèmes d'Amour. Il le décline ici dans ses formes filiale, amicale, amoureuse, avec une rare ferveur, et une fidélité dans l'accompagnement des morts, des vivants.

    Ses Amours défilent entre les gares de ses trajets intérieurs, étrangers, et le poème épouse le rythme d'un coeur qui sait battre juste.

    images?q=tbn:ANd9GcRJOgNDCM2Vyv_XPVdjei9V7xcw2Bn1n4XWDUwR2MG49SUXy4m0AsqdLAAucun apprêt dans ces textes qui appellent à une sensualité joyeuse, à une fraternité de chambre glauque ou à une solidaire réunion dans la vasque défraîchie d'un hôtel miteux. Le poète se sent-il exclu qu'il se met d'emblée à héler le père perdu, à l'enjoindre de se joindre à la prochaine beuverie, en toute aménité. Au train des choses, à la rumeur des villes partagées (Liège, Belgrade, Bruxelles...), se mêle un goût très prononcé pour l'empathie, pour la sensation chaude et brute, pour le partage des bourrades et des rues. Eric a la religion de l'amitié précise , "le regard net" pour hisser l'enfance peureuse, quitte à "combler le retard" à coups de gares, d'ombres et d'échos.

    Eric aime "avoir quelqu'un/ à qui causer/ d'états d'âmes imbéciles". Aucune prévenance à son endroit et tant d'attentions à l'adresse du pote d'enfance, ce frère Sylvain, qui reçoit ici d'étranges messages chaleureux du vivant ami, dans l'odeur "des gens", qui reçoit des preuves poétiques d'une amitié dense, précieuse.

    Une topographie, faite de "bidonvilles", d'"images grouillantes", de rôdeurs de gares et de voyages en grande fraternité, traverse ces pages justes, très descriptives, presque sans métaphores, comme des proses de soi, avec l'invite "d'un corps contre lequel se blottir".

    Quel désir de l'autre alors se niche, quel espace de manque se fait jour "dans l'exil du refus/ et l'existence recluse"!

    Parfois sans doute brûle l'autre désir, d'une écriture qui puisse soulager "la parole brouillée" mais quel "désir/ d'être en vie/ dans l'espace d'une promesse"!

    En matière de promesse, voici une voix intimiste, un brin cafardeuse, mélancolique et brute au sens de nue, avec ce goût - près des lèvres - de la perte et des errances, dans une minutieuse avancée nocturne, amère, et tout à la fois pleine, dense.

    Un poète noctambule, qui livre corps et coeur, "se perd dans la ville", "boit aux fantômes".

    Et si le mot CICATRICE est presque celui de la fin, il augure d'une honnêteté, d'une vraie franchise à se dévoiler - au plus plus juste de sa vie.

    Eric Piette, Voz, 2011, Le Taillis pré, 94 p.,  10€.

     

  • Le Cactus à Mon's livre

    affiche_000.jpg?w=210&h=300&h=300L'équipe du Cactus Inébranlable sera à Mon's livre ce week-end.

    Samedi 24 novembre de 11 à 13 h : dédicaces de Jérôme de Warzée, l'auteur de Un cactus dans le Waterzooï.
    De 14h à 16h, signature de La saga Maigros par Éric Dejaeger et de Galop décès par John F. Ellyton.

    Dimanche 25 novembre apès-midi, rendez-vous avec Gauthier Hiernaux pour Mallaurig. 

    Tout le week-end, Jean-Philippe Querton signera L'homme à la Chimay bleue et Des capiteuses pensées. 

    Adresse : Mons Expo, avenue Thomas Edison, 7000 Mons.

  • ShAk'n AbrAxA de Jean-Christophe Anezo

    DU 24. 11. 2012 au 14.12.2012, vernissage le 24/11 à 19 h

    AU CEME de Charleroi - Rue des Français, 143 - 6020 CHARLEROI


    Jean-Christophe Anezo est né à Charleroi en 1973.

    Il s’intéresse aux pratiques artistiques dès la plus tendre enfance. Elève de la rue, diplômé de l’académie de Charleroi, ses recherches pluridisciplinaires aboutissent à un art non-normatif et direct, empreint de poésie, de toute la gamme des sentiments humains.

    En 2001 il crée le personnage de ShAk’n AbrAxA, identité seconde et symbole du contre-pouvoir.

    La présente exposition s’échantillonne au fil de vingt années de photographie argentique,de photo-montages, collages et écriture. Une vingtaine d’oeuvres ont été tirées pour l’occasion en grand format (100 x 80 cm et 150 x 100cm). 

    Le mot de l’artiste :

    "Ma technique principale se nomme la surimpression à la prise de vue sur négatif (souvent) modifiée par suite par des griffures, notifications, brûlages etc. Aucun effet spécial n’est réalisé par photoshop. Je travaille dans des carnets pour faire des tests et élaborer des mises en scène. Je suis un peintre avec un appareil photo, je dessine avec la lumière... Hybridations et fusions."

    http://www.ceme.be/spip.php?article143

    Invitation_JC_Anezo_1_web.jpg

  • The Stones / Doom & gloom (le clip)


    Les dix chansons oubliées des Stones:

    http://www.lesinrocks.com/2012/10/25/musique/concerts/top-10-les-chansons-oubliees-des-rolling-stones-11303454/

  • Le coût de l'intrigue

    images?q=tbn:ANd9GcQHt-80WETLHIvLL75VrycCJO4x08SuEQ1KZU4T7XAk7qCZIj4JhcuHC2sAttiré par le goût de l’intrigue, cet homme marié s’inventa une aventure. Il laissait traîner ici et là des faux indices mettant sur la piste d’une liaison : tickets de restaurant, billets de cinéma, senteurs de parfum, petit mot griffonné d’une écriture " féminine"... Il sortait à toute heure, tardait à rentrer, sans donner de raison. Il alla même jusqu’à concevoir une correspondance amoureuse via une adresse de messagerie ouverte sous un nom d'emprunt. Ou à s'envoyer des sms suivant le même modus operandi. Ce qui devait arriver arriva: sa femme fut persuadée qu’il avait une maîtresse et, quand il lui démontra, preuves à l'appui, qu’il avait tout inventé, elle tomba deux fois des nues et trouva que l’invention était pire que la réalité. Pour tromper son ennui, cet homme quitté a décidé de poursuivre sa liaison fictive au grand jour.  

  • Dispute d'écrivains à la récré

    images?q=tbn:ANd9GcR3vubvNxct4vDVdT5nQZnDH6fHX9wFC-X2YxFYFW42xWHmZxXJSi-bcQDans la cour de récré de cette maison d’édition, les écrivains parfois en viennent aux mots*: - Faquin de Proust! - Et toi, espèce de Céline ! - Drieu de mes deux ! - Enculé de Camus ! - Salaud de Sartre ! - Crapule de Breton ! - Aragon de mes fesses! – Jean-Edern de malheur – Tasse à foutre de Sollers ! - Pécore d’Angot ! - Sabraque de Duras! - Bande-mou de Robbe(-Grillet)! – Kroumir de D’Ormesson! Etc.

    Alors l’éditeur en chef siffle la fin de la récré et sépare les zozauteurs. S’ils continuent à s’invectiver, il menace d’éditer un écrivain imberbe ou, pire, un vieux barbu qui n’a encore rien publié. Il a des arguments de poids. En dernière instance, il exhibe un de leurs ouvrages. Tu le vois, ton bouquin de merde, où est-ce qu’il va finir ? Au pilon, et ce sera encore trop bien pour lui! Et de l’envoyer valser. Les éditeurs aussi savent se fâcher tout rouge.


    * Les noms d’écrivains et les insultes ont bien sûr été modifiés afin d’assurer à ce témoignage son caractère anonyme et bienséant.

  • Bashung / Beaujolais Novo

    Beaujolais novo (globo) (extrait de la B.O.F Nestor Burma de Jean-Luc Miesch) (1984) Boris Bergman / Alain Bashung

  • L'attrait du Sud

    images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYYpar Denis BILLAMBOZ

    Deux textes venus du nord, de la froide Norvège, qui évoquent les évolutions rapides que ce pays a connu depuis la fin du XIX° siècle. Deux textes qui nous montrent comment ce royaume, encore très médiéval au XIX° siècle, est devenu un pays moderne en succombant au tropisme du sud. Deux textes qui expliquent bien comment l’ouverture vers le sud a provoqué une mutation sociale importante qui a vu la noblesse céder sa place prépondérante dans les instances dirigeantes à une bourgeoisie enrichie mais peut-être moins cultivée. Hamsun et Lonn, bien qu’étant nés presque à un siècle d’écart, semblent faire une analyse assez proche de l’évolution de la Norvège vers un pays moderne, ce qui voudrait signifier que les mêmes arguments provoquent toujours les mêmes effets et donc que l’attrait du soleil tire toujours plus les Norvégiens et la Norvège hors de leur isolement séculaire.

     

    images?q=tbn:ANd9GcT30CBiLM92p_dOkdRWODx0Daw1cOyh-5oDJb4MijpJxnvelp_UID9EwTVaLa ville de Segelfoss

    Knut Hamsun (1859 – 1952)

    Segelfoss, une petite ville tout au nord de la Norvège, dans le Nordland, une ville isolée, coupée de tout, reliée à la civilisation par le seul (ou presque) bateau postal qui passe régulièrement dans le port pour amener marchands et saltimbanques qui colportent les marchandises mais aussi les idées nouvelles et des informations sur le monde extérieur. Knut Hamsun, créé cette ville pour y installer une micro société, vivant en vase presque clos, qui pourrait-être un condensé de la population européenne du début du XX° siècle, ce livre ayant été publié en 1915 et relatant des événements qui auraient pu se dérouler vers 1905.

    Dans ce récit l’auteur raconte comment une société agraire, autarcique, dominée par des nobliaux ruraux avec le service d’une petite noblesse de robe, se transforme rapidement en une civilisation moderne sous l’impulsion de hardis marchands qui investissent et conquièrent de nouveaux territoires pour étendre leur pouvoir et leur fortune. Il nous montre comment la noblesse locale s’est délitée progressivement et a laissé la place à cette bourgeoisie marchande, mal dégrossie, qui a besoin d’une main d’œuvre constituant rapidement un petit prolétariat local. Les métiers disparaissent et les artisans deviennent des ouvriers à la solde des bourgeois affairistes. Les fonctionnaires ont remplacé les petits nobles dans les tâches intellectuelles.

    L’apparition des nouvelles classes, la disparition ou l’affaiblissement des autres, la consommation, la spéculation provoquent une transformation des valeurs sociales et une évolution des mœurs qui perturbent cette société refermée sur elle-même. Les classes émergeantes moins attachées à leur sol, plus soucieuses de paraître, de posséder, de montrer qu’elles possèdent pour ne pas perdre, ou gagner encore, du crédit, sont plus attirées vers le sud qui apparaît comme une sorte d’Eldorado qu’il faut rejoindre pour mieux vivre. Ainsi l’instauration d’une nouvelle organisation sociale favorise la mobilité géographique, contribue à la dévalorisation des provinces éloignées, participe à l’altération du milieu naturel qui est moins respecté qu’auparavant.

    Un roman social, nordique, plus social que nordique, solide, bien construit avec une écriture lente, fouillée, démonstrative, qui explique avec précision pour que le lecteur comprenne bien le processus social en cours. Un roman prémonitoire qui expose déjà une bonne partie des évolutions qui affecteront la société du XX° siècle. Un texte typique de la littérature sociale qui a été produite dans toute l’Europe de la fin du XIX° au début du XX°. Et, j’ai eu l’impression que ce commerçant opiniâtre qui développe sans cesse son affaire, pourrait-être un Buddenbrook norvégien.

     

    images?q=tbn:ANd9GcRBpOJJJzy_F8XbEBW6uNIYrDcvQgAOE-KdcssichHdTOjb3jMG2XJ8LQLes tempêtes de Simmen

    Oystein Lonn (1936 - ….)

    A Bilbao, Sofia, 47 ans, décède de la tumeur au cerveau qui la mine depuis un bout de temps déjà, Simmen fait rapatrier le corps en Norvège où il fait inhumer sa femme en présence de leur famille, de leurs amis et des anciens amants de celle-ci. Elle avait vite compris « que la sexualité n’allait pas nécessairement de pair avec les sentiments. » Cet enterrement, et le deuil qui suit, sont l’occasion pour Simmen de revivre la vie qu’il a vécue avec Sofia et avant Sofia. Il explore son arbre généalogique pour faire revivre les personnages qui l’ont construit : son père et son grand-père, hommes de la mer et des horizons lointains, hommes d’affaires, trafiquants occasionnels ; sa mère et sa grand-mère, femmes fortes, actives, décidées, libres ; sa demi-sœur, championne de ski estonienne. Et tous ses amis, collaborateurs, relations et amants de Sofia qui ont eux aussi participé aux tempêtes qui ont agité son cœur comme les tempêtes terrorisaient son enfance.

    Le passé télescope le présent avec tout ce qu’il transporte : les soucis d’argent, les peines de cœur, les frustrations et les jalousies, les joies et les peines, les réussites et les échecs, les épreuves et les flatteries et le tout sur fond d’actualités internationales où son métier de journaliste le ramène sans cesse. C’est en fait un bilan de sa vie que fait Simmen en essayant de comprendre ce qu’il est réellement en cherchant dans ses racines ce qu’il doit à ses ancêtres et en essayant de comprendre ce qui lui vient des son environnement, de sa femme, de ses amis, de ses collaborateurs, de son métier et de ses expériences « …. rappelant ce qu’ils ne pouvaient pas oublier ; le temps jadis, ce qui avait disparu et ce qu’ils n’osaient se rappeler. »

    C’est avec un certain désenchantement  qu’il regarde cette vie écoulée dans la futilité et la puérilité avec une femme fidèle mais pas très constante. Une vie marquée par le tropisme du sud comme celle de son père et de son grand-père, comme celle de tous les habitants de ces régions nordiques en quête de lumière et de soleil. Une vie où la solitude rattrape facilement les individus comme les champions dans la défaillance. Et la culpabilité qui reste au survivant qui n’a pas su voir la maladie ou qui n’a pas voulu la voir.

    Un récit complexe où les temps se confondent, où les personnages ne se dessinent que très progressivement, où le narrateur semble avoir envie de réécrire l’histoire et finalement un roman trop long, trop tortueux, trop touffu qui finit par lasser, malgré la musique de Bach et de Coltrane, car le lecteur a compris avant la fin où l’auteur voulait le conduire.

     

     

  • Tournai la page

    4717899-7047622.jpg?v=1352296495Samedi 17 novembre, à 13 heures: Carine-Laure DESGUIN sera en dédicaces

    de 14 à 18h: Philippe LEUCKX

    Les 17 et 18 novembre, les Cactus Inébranlable éditions seront à TOURNAI LA PAGE

    Samedi 17, de 14 h à 16 h: Jérôme DE WARZEE et Olivier BAILLY

    Dimanche 18, de 14 h à 16 h: Gauthier HIERNAUX, John F. ELLYTON et Eric DEJAEGER

    Tout le week-end: Jean-Philippe QUERTON

    Tout sur TOURNAI LA PAGE ici:

    http://www.lesamisdetournai.be/Tournai-la-Page-2012_a251.html

     

  • Chansons pour maigrir

    Sanseverino

    Alex et sa guitare

    Alice Dona



  • La Betterave sucrière

    images?q=tbn:ANd9GcTRtYQInH55dKoJza8vXLB1yxoPAeNiufGBV3hVHcGimSOIgzJVa609R7YCet écrivain buvait son café sans sucre, mangeait son yoghourt nature et avait prescrit de son régime alimentaire toute pâtisserie. "Aucun sucre, aucune douceur" était son leitmotiv. Par contre les livres qu'il publiait aux éditions (militantes) de La Betterave sucrière sucre plus bio que l'aspartame ou la stévia dont les effets à long terme ne sont pas encore connus étaient d'un écoeurant!

  • Poissons morts

    Poissons morts
    Allez donc dire à mon amour
    Que je cherche pour elle des fleurs
    Que je cherche pour elle des fleurs
    Des fleurs

    Poissons morts
    Bien sûr j'ai franchi la frontière
    Poissons morts
    Les hommes jettent des barrières
    Toujours entre eux et le bonheur
    Et le bonheur
    Poissons morts
    Allez donc dire aux moissonneuses
    Poissons morts
    Que la graisse de mitrailleuse
    N'est pas la brillantine des dieux
    N'est pas la brillantine des dieux
    De Dieu

    E. Roda-Gil (1973)

  • Aquarium


  • Les poissons rouges

    images?q=tbn:ANd9GcTVdl2a3WWz8bX6z8vllUIkL11_T-YRSNn74YMglFiYg-sbP9RrLtSEGNIL’exposition de poissons rouge au Louvre connut un certain retentissement. Mais quel était l’artiste qui déplaçait les codes de l’art conventionnel (reconnu, classé, sommaire)? s’exclamèrent sur 2000 signes au moins plusieurs critiques à la page Art de leur canard respectif. Après enquête du service de sécurité du musée et d’une délégation fort énervée du Ministère de la Culture il apparut que le sac de poissons rouges avait été oublié par un enfant japonais de cinq ans en visite avec ses parents dans la capitale française.

     

  • Alt-J (Δ): 3 clips





    De Leeds les quatre garçons d'Alt-J brisent les règles de la composition pour livrer un premier album tortueux à la la beauté sidérante. La suite ici:

    http://www.lesinrocks.com/musique/critique-album/alt-j-bizarre-love-triangle/

    http://www.altjband.com/

  • Trois poètes, trois regards, trois styles

    images?q=tbn:ANd9GcSjJ5YWaOpF3-gkt27lW5RqLgrH03EIy8S32DV2DTUEBUIUJIpBSVaYPgpar Philippe Leuckx

    Si la poésie est surtout question d’écriture, puisque poser le mot, agencer le vers et/ou le rythme du poème, faire sonner les sonorités s’imposent comme actes de création, tout poète visera à donner au plus juste matière et manière de son univers.

    Voici trois voix, très différentes. Et justes. Elles résonnent comme des mots longtemps préparés intérieurement, non triturés, non mâchés, choisis et restitués lorsqu’ils sont devenus décisifs, donc partageables.

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    images?q=tbn:ANd9GcRwFuS_uHP85tqrxDcpqu2IqZAT2A2vR-gtt62v8vKI_0vY_zfkGE1aAqoAlain Allemand propose dans Estives (Shop My Book. com) une quarantaine de coups de sonde dans le monde des petits plaisirs de la vie, dans la « contrebande » des étés. Il enjoint son lecteur à suivre « la poussière éparpillée des abeilles », à vibrer au souci des rumeurs, voire « Dévaler à l’essentiel ». Cet amateur de petites perles du réel sait goûter « le simple du sourire », s’émerveiller « d’une grâce passagère » et offrir à la lecture des vers ciselés en peu de gemmes : « C’est elle/ L’envolée belle » ou « La lumière y tourne hors d’haleine ». Ce gars de Strasbourg a le sens du poème et l’œil pour décrire des « quais presqu’écroulés »,  « des chemins raccommodés de sourires » …

    Ce goûteur de lumière et de fines pépites du plaisir aime aussi s’inventer des mots (s’ouverture) sinon des vies entre « caillou », « essentielles » pour reprendre quelques-uns de ses titres.

    « C’est toujours l’heure de l’âme », à la fois déclaration esthétique, vers final et beau programme pour ce poète intimiste et vrai, qui évoque si bien « l’essentielle » femme : « Un soir d’août/ je l’ai pourtant touchée ». « Parler bas » lui convient : c’est l’acte poétique le plus difficile : cueillir le bref, le « menu », l’effilé du sentiment.

    Une dernière chose : la couverture d’essence cubiste fait flotter l’indécision propre aux poèmes, comme des calicots de bonheur pastel, où s’efface la voix. Au fond, comme le disait Starobinski de Jaccottet avec cette « voix qui s’efface », Alain Allemand est sur la bonne voie.

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    images?q=tbn:ANd9GcRD3LI00_hw6sQSMbuMazzPyjOwlQFBt35NtRZT_JVni4wKjB4FA4Zc1wAutant Alain resserre le propos sur quelques strophes économes, autant Joseph Bodson donne ampleur à sa voix. De très longues laisses laissent venir le flot lyrique des émotions longuement engrangées au contact des proches, de la nature et des choses. Avec Conjurations de la mélancolie (Ed. Le Non-Dit), le poète de Soye nous invite à un beau voyage sentimental au meilleur sens. Le cœur décline ici dans une poésie sans cesse exigeante ses meilleurs sentiers de traque. Il y faut de la patience pour dénicher comme il le fait les facettes multiples des saisons passantes ; il y faut de la rigueur pour évoquer sans pathos la perte, l’absence, l’amour et cette mélancolie qui s’insinue dans le phrasé, dans le choix expert des mots du poème :

    « C’était une fête n’importe où quelque part dans les pauvres quartiers de la ville le soleil se couchait dans un grand soir rouge et toi et moi n’arrêtions pas de tourner comme un couple de grandes fleurs hypnotisées homme et femme couronnés de ronces et d’étincelles »

    Le poète parle bien de ce père dont il s’agit d’entendre une autre voix, au-delà du temps. Le poète sait que convoquer attise regret et nostalgie, mais il est à la noce des sens et des éléments :  « Pour allumer un feu », vaste poème bachelardien, unique, longue déclaration d’amour aux potentialités qui peuvent nous gouverner. Ecoutons cette voix mûrie qui hèle, berce et tout à la fois suscite vie et réflexion :

    « Mais il faudrait allumer un feu sur la rivière.

    Eclatent les vantaux sous la poussée du printemps, sous la poussée des grandes sèves aux ouragans de mars,  et que les gonds se disjoignent ! Partout, partout, c’est la même eau, qui nous monte aux genoux, qui nous baigne les mains….Et qui se joue aux parois de verre de notre prison provisoire. Oui, que coulent les grandes eaux… »

    Les mots de l’enfance, après la venue des terres, du feu, de l’eau printanière,  closent la visitation par le poème : elle est claire, cette enfance, elle est là, elle a un nom qui « s’inscrit dans la poussière      Ils sont ta pureté. Leur ombre est ta lumière ». Mots de l’enfance et de la fin.

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    images?q=tbn:ANd9GcQiFiPlKWh4rwholbxr3FsDQnBnyG8cjbcysGoRZ_nkVBZHUverXPJzRQLe travail du Français François Rannou, dont j’avais évoqué Le monde tandis que, rompt avec les techniques et formes du poème traditionnel classique pour tracer une nouvelle géométrie du poème, à force de jouer sur les pages en relation juxtalinéaire, à force de semer à l’intérieur des textes des parenthèses, des interventions, des épigraphes, des fragments, des blocs de vers serrés ou déliés, des versets, des notations critiques ou traces de lectures. Bref, Là-contre (Le Cormier) tient doublement à frôler des réalités parfois non vues, à les révéler, mais dans une novlangue qui puisse justifier au mieux leur tracé. Le lecteur sautera d’un vers l’autre comme il peut glisser d’une réalité l’autre, en l’enjambant, en la frôlant, en l’aiguisant de ses vertus :

    « au bord d’une eau nerveuse enfouie ressurgie enfouie de nouveau mais le sable et la terre là surtout nous sommes les fesses au-dessus presqu’à frôler seulement 

                                                                                                             au bord de de cette eau je

    vois ce qui mute en moi monte en moi m’ôte de moi »

    Trois parties pour « cueillir » « cou », et graver (est-ce bien le mot dans cette fluidité revendiquée et niée tout à la fois ?) « l’exactitude ne se plante qu’à la frontière »…ou « opération du vent » entre « jambes nues le vent les a ôtées » ou encore « au bout du virage les gestes qu’on ne sait pas ».

    De cette poésie, retenir peut-être les blasons étranges des coupures et des fuites, les aphorismes involontaires créés comme par sur-prises, comme si le lecteur, de l’autre côté du réel, là, tout contre, ne saisissait pas tout de ce qui est montré, dévoilé, dénudé…

    Rannou fait-il sienne cette déclaration : « c’est un rythme qui replace refonde la respiration appelle à dire à entendre rythme des litanies des louanges des mises à cru de l’évidence : Esther, comme dans le livre qui porte son nom, franchit la frontière                 séduit notre ennemi…. ?

    Quelle frontière ? Celle des sens, du sens ? Le poème peut libérer une étrange vertu, celle de ne pas toujours comprendre.

    P.L.

     

     

     

  • LE LIVRE DES BLASPHÈMES de Louis MATHOUX

    images?q=tbn:ANd9GcRqecWaeIxzom6vKuiFLqAYs6Yst-IGCX3-1KY3VRd19CGP494VfEXA0A

    Farcément iconoclaste!

    Dans ce livre farcément iconoclaste, Louis Mathoux revisite la Trinité qui, sous son action, devient Dieu, Louis-lui, et le malsain Esprit (d’Isabelle). Il combine ces éléments à toutes les fables du mal(e) d’amour. Divinité et maléfices s’entremêlent pour donner lieu à des textes aussi incongrus que surprenants, qui font mouche à chaque fois. Le blasphème devient une catégorie du poétique et la poésie impie.

    L’espace-temps qui lui a donné puis, on s’en doute, repris Isabelle (ou son inspiratrice) est malmené, disséqué, réduit en miettes, jeté à tous les vents de la géométrie des sentiments. Les textes tirent leurs effets de quelques procédés stylistiques dont l’objectivation singulière d’éléments de langage tels que les unités de mesure, les matières, les noms propres et communs...

    Isabelle est la chieuse-type, la belle diablesse dont le comportement échappe aux hommes ; on l’a tous connue, adorée et honnie pour nous avoir pourri durablement l’esprit et la vie. On est donc redevable à Louis Mathoux de l’avoir dans ces souvenirs malignement pi(t)eux ainsi malmenée, réduite à rien, à de la poudre de mots (sinon de lettres) d’Isabelle en nous rappelant par là qu’Isabelle n’est qu’un pur produit littéraire aussi bien que le « Louis Mathoux » mis en scène dans ces contes brefs et cruels.   

    Louis Mathoux érige un insolite tombeau littéraire à Isabelle (le livre est d’ailleurs dédié à son cadavre) qu’il abomine, un tombeau qui sacralise l’acte d’écriture aussi bien qu’il permet la résurrection de l’auteur. Et le bonheur du lecteur un brin satanique ravi d’être baigné dans des eaux aussi belles qu’impures.   

    Éric Allard


    Extraits :

     J’avais écopé  à deux reprises d’une amende  pour dépôt sauvage  d’immondices. Cette sanction  provenait des services impériaux isabelliens. Aussi, lorsqu’un troisième procès-verbal  me fut adressé pour les mêmes motifs , j’allai quémander des explications auprès de l’administration concernée. J’exigeai même de voir Isabelle en personne. Celle-ci me déclara :

    -         De quoi t’étonnes-tu ? Jour après jour, tu ne cesses de déposer sur mon regard l’image sordide de ta personne !

     

    ********


     Qu’y-a-t-il  dans le paysage politique de droite ?

    demandai-je un jour à Dieu.

    -         Il y a le capitalisme,

              me répondit-il.

    -         Et à droite de cette idéologie ?

    -         Il y a le fascisme.

    -         Et encore plus à droite ?

    -         Il y a le nazisme.

    -         Et à droite du nazisme?

    A ces mots, le visage du Très-Haut s’emplit soudain d’une terreur indicible . Il bégaya d’une voix blanche :

    - Il y a... Il y a le reflet du soleil sur la peau nue des jeunes filles.


    **************

    Voir l'instructive interview donnée par Louis Mathoux sur le site du Somnambule équivoque:

    http://www.lesomnambule.be/aut_mathoux.htm

    Voir le site de Louis Mathoux: 

    http://www.mathoux.net/

  • Daniel Charneux à Livrés à domicile

    146452930668-medium.jpg"Les caméras de «Livr(é)s à Domicile» sont à Vilvorde, chez Stéphanie Coerten. Cette comédienne qui a intégré il y a six ans la troupe de la revue Sois Belge et tais-toi recevra l'écrivain belge Daniel Charneux, pour "Comme un roman fleuve", paru chez Luce Wilquin. Avant cela, elle accueillera Michel Dufranne et Ysaline Parisis et parlera de la figure imposée de la semaine : "La vie rêvée d'Ernesto G." de Jean-Michel Guénassia, paru chez Albin Michel. Fort du succès de son précédent livre, Le club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guénassia nous emmène une fois encore dans un roman de longue haleine. Il suit cette fois la trajectoire d'un médecin tchèque devenu chercheur à l'Institut Pasteur d'Alger. Un médecin ballotté par les événements du XXè siècle, à qui l'auteur fait croiser la route de petits et d'illustres, tout au long d'une vie longue de cent ans. La vie rêvée d'Ernesto G. est paru chez Albin Michel. Daniel Charneux, auteur de six romans, mais aussi de nombreuses nouvelles, ou encore de livres de haïkus s'est plus d'une fois hissé dans la sélection du prix Rossel, le plus prestigieux des prix littéraires belges. Hennuyer, c'est pourtant à Liège qu'il consacre son nouveau roman, Comme un roman fleuve. Comme un roman fleuve est à la fois l'histoire d'un homme et celle d'une ville. François erre sur les quais de Liège et revoit la vie qu'il a menée en bord de Meuse. Tout au long de cette déambulation, il tente de comprendre comment Sonia, la femme qu'il a profondément aimée, est devenue sa pire ennemie. Au coeur de leur désamour, il y a un drame vieux d'un demi-siècle."

    A revoir ici:

    http://www.rtbf.be/ladeux/emission/detail_livres-a-domicile?id=1083

    Le site de Daniel Charneux:

    http://www.gensheureux.be/site/

  • FILLES D'ISLAM


    images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYYpar Denis BILLAMBOZ

    Un demi-siècle sépare ces deux femmes : l’une égyptienne, l’autre saoudienne, toutes les deux musulmanes, toutes les deux confrontées au statut de leur sexe. Quels changements entre ce que la féministe égyptienne a dit dans son livre et ce que la jeune saoudienne essaie de faire comprendre à travers les mails qu’elle déverse sur la Toile ? Au moment où les pays arabes s’enflamment pour jeter à terre leurs tyrans, peut-on penser que les femmes verront leur statut s’améliorer ou au contraire craindre, comme certains, que les extrémistes en profitent pour serrer un peu plus la vis et revenir à des pratiques ancestrales ? L’avenir nous le dira,  mais en attendant, nous pouvons déjà, à travers ces deux textes, essayer de comprendre comment les femmes sont considérées en terre d’islam et constater comment leur statut a évolué et peut encore évoluer.

     

    images?q=tbn:ANd9GcThEsJ8jSHy4jkzijTfnVdaaEjHZT9Lcn6YVq1BHfdHLqccZEgaHDXD00vBsAFerdaous, une voix en enfer

    Nawal El Saadawi (1931 - ….)

    « Combien d’années de ma vie se sont écoulées avant que je ne dispose de moi-même et de mon corps ? » s’interroge Ferdaous, jeune femme condamnée à mort pour le meurtre d’un homme et qui doit être exécutée dans les heures à venir, en confessant sa vie à une psychologue qui conduit une étude sur les femmes en milieu carcéral.

    Ferdaous se souvient de son enfance dans une campagne égyptienne entre un père tyrannique et une mère totalement asservie qui n’avait pas d’amour à lui donner et pas de temps à lui consacrer,  sauf celui de lui faire subir la mutilation intime que subissent maintes femmes à l’âge de la puberté. « Ma mère ne pouvait pas me réchauffer en hiver. Elle devait réchauffer mon père. »

    Après le décès du père, c’est le départ pour la ville avec l’oncle et les mains de celui-ci remplacent  celles du petit voisin qui lui ont fait connaître cet étrange frisson venu d’ailleurs. C’est aussi la découverte de l’instruction et les premiers frissons pour une femme, le souvenir des « cercles noirs brillants dans les grands cercles blancs », cette vision qui marque les étapes importantes de sa vie. Mais, quand vient l’heure de quitter l’école, il faut bien trouver une solution pour se débarrasser de cette nièce encombrante et le mariage avec un vieux repoussant est une solution bien aisée.

    Le vieux mari est un tyran brutal, c’est alors le début des fuites dans les rues qui semblent si accueillantes, mais ne sont peuplées que d’hommes qui deviennent vite des souteneurs violents et la meilleure façon de leur échapper est d’accepter la protection d’une maquerelle. Mais la véritable indépendance ne s’acquiert qu’avec la liberté et Ferdaous a vite compris «qu’il vaut mieux être prostituée de luxe que prostituée à bon marché. » Toutefois, si ce statut confère argent, confort et liberté il rejette la respectabilité que l’expérience du travail honorable dans un bureau ne lui donnera pas non plus après la trahison de l’amant syndicaliste.

    La boucle est ainsi bouclée et Ferdaous revient à ce qui lui apporte le luxe et la liberté en monnayant ses charmes au prix le plus élevé et en poussant son désir de respectabilité jusqu’au geste ultime.

    A travers ce roman court mais dense, El Saadawi, poursuit son combat pour la place de la femme arabe dans la société en dénonçant toutes les brutalités, mutilations, humiliations et autres maltraitances mais aussi cet abaissement permanent qui se traduit également par le refus de l’instruction. Cette voix qui vient de l’enfer est celle de Ferdaous qui signifie paradoxalement paradis en arabe, qui veut indiquer le chemin que les femmes arabes doivent emprunter pour sortir de leur esclavagisme surtout sexuel d’après ce roman.

    Mais même si, Assia Djebar l’académicienne qui a préfacé ce livre, ne le souligne pas, j’ai peut-être, dans un second niveau de lecture, vu cet ouvrage come une fable, comme la fable de la femme arabe agneau dévorée par l’homme loup, comme la parabole du faible qui sera toujours mangé par le fort parce qu’il n’aura toujours que sa fierté à opposer à la force conquérante. Une fable dont Ferdaous aurait tiré une morale qui indique cependant une voie à suivre pour sortir de situation de domination. Nous sommes les propres responsables de cette situation,  « rien ne nous aliène dans nos vies, sinon nos désirs de passions, nos espoirs, nos peurs. » et si nous étions assez sages pour mettre nos ambitions, nos désirs et nos angoisses à la mesure de nos moyens et de nos êtres nous serions certainement moins dépendants des autres et moins tributaires des forts qui en profitent pour nous terroriser et nous exploiter. Ferdaous a dit la vérité et « c’est la vérité qui est dangereuse et sauvage », nous laisserons donc Guy Béart chanter notre conclusion : « le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté…. »

     

     

    images?q=tbn:ANd9GcTuslMnA9sBseCniXRgd2GkxCamr3CQcny_wE_9rb2CuM6fGOp16cATL_wLes filles de Ryad

    Rajaa Alsanea (1981 - ….)

    Pendant un an, tous les vendredis soir, une jeune saoudienne inonde la toile de ces mails qui scandalisent la bonne société locale parce qu’ils racontent l’histoire de quatre copines qui rêvent d’épouser un jeune homme qui les aime et les respecte. Ces mails se présentent toujours de la même façon : une citation, sur l’amour en général, une introduction où elle dialogue avec ses lecteurs et enfin un épisode de la vie de ces quatre filles au prise avec leurs problèmes de cœur, de famille, de société, de religion, … de tous ce qui rend difficile la vie d’une jeune saoudienne cultivée, instruite et riche mais qui n’a, à peu près, aucun droit.

    C’est la vie de Gamra qui sera repoussée par son mari qui avait déjà un autre amour avant son mariage, de la douce Sadim follement éprise de son amoureux qui l’abandonne parce qu’elle lui a trop donné, de Michelle, à cheval sur deux sociétés, qui ne peux donc pas prétendre à un mariage pur et de « Lamis (qui) était la seule à avoir réalisé leur rêve à toutes : se marier avec son premier amour. »

    Ce livre, édité au Liban pour contourner la censure saoudienne, a d’abord été diffusé sous le manteau à prix d’or et, devant son succès, il a finalement été publié non seulement en Arabie saoudite mais dans le monde entier où il rencontre un vaste public. Il ose soulever un coin, large même, de la « abaya » de ces jeunes saoudiennes qui incarnent probablement le futur de cette nation aux prises avec ses contradictions. Fossilisée dans ses traditions, son histoire et surtout sa religion, la nation saoudienne, principalement celle du Nadjd la partie centrale de l’Arabie qui a unifié ses peuplades autour du wahhabisme, a beaucoup de difficulté à intégrer la nouvelle donne sociale générée par l’argent qui se déverse à flot des puits pétroliers. Cette richesse permet l’accès aux nouvelles technologies qui facilitent les échanges entre les populations et notamment les jeunes qui usent et abusent de l’ordinateur et du téléphone portable pour échanger en dehors des yeux et des oreilles des adultes. La rencontre avec les autres civilisations qui affluent dans le Golfe ou que les Saoudiens côtoient lors des études qu’ils effectuent désormais dans les grandes universités anglo-saxonnes, provoque un choc culturel qui déstabilise la jeunesse saoudienne qui voudrait vivre en adéquation avec son temps mais sans remettre en cause les us et coutumes ancestraux.

    Ce texte n’est pas seulement une remise en cause de cette société patriarcale, c’est aussi une analyse fine qui montre tout le jeu des intrigues, cabales, dénonciations et toutes les autres manigances que les familles ourdissent pour s’assurer les meilleures places dans cette société où tout le monde se connait et où la moindre incartade peut-être montée en épingle pour déstabiliser une famille toute entière. Et, à ce petit jeu, les mères sont devenues expertes au mépris du sort de leurs filles et de l’avenir des femmes dans cette société. Elles ont su convaincre les fils qui voulaient essayer de briser le carcan qui étouffe leur femme, de ne pas renoncer à la tradition et de respecter la religion des pères qui a souvent été un excellent alibi pour maintenir la tradition et les familles dominantes au pouvoir. « Ils ne sont que des pions que leur famille déplace sur l’échiquier, et celui qui gagne, c’est celui dont la famille est la plus puissante ! »

    Mais, peut-être que ces filles qui ont fait des études brillantes, qui osent affirmer leurs personnalité, qui créent des entreprises, qui peuvent vivre sans homme pour les guider, ont ouvert une voie que d’autres emprunteront pour fonder une société nouvelle où la femme aura sa vraie place. « A tous les mécontents et les revanchards, aux révoltés et aux furieux, à ceux qui considèrent que les déboires des autres ne sont rien à côté de ce qu’ils endurent… C’est à vous que j’adresse ces mails, qui ouvriront peut-être la brèche et feront naître le changement. »

     

     

  • Paradis & cie

    Il y a (avec Gaëtan Roussel)

    La mélodie (avec Mathieu Chedid)

    Les piles (avec Mathieu Chedid)

  • L'enfer

    Essais de Romy Schneider pour le film inachevé de Clouzot (1964)

    Bande annonce du film (1994) de Chabrol avec François Cluzet et Emmanuelle Béart