• Il faut tourner la page / Nougaro


  • Le livre oublié

    images?q=tbn:ANd9GcSk2hl-I6Y5yUQdek1jsVio-_L8eg11na4sSa_acXv_asyzgfoXIEi3uYAC’était un livre oublié dans une bibliothèque de quartier. Qu’on n’avait jamais ouvert, jamais lu. Il avait depuis longtemps renoncé à tout espoir, il voyait les autres être empruntés, parfois des proches, des compagnons d’étagère, et lui rien. Il s’était fait une raison, il attendait la mort, la décomposition  de ses vieilles pages... Quand un jour, une main se tendit vers lui, une main inconnue, qu’il n’avait jamais sentie, pas celle du bibliothécaire qui, une fois par siècle, le dépoussiérait de ses grosses mains velues. Celle d’une lectrice, une jeune lectrice d’après ce qu’il pouvait en juger. C’était pour une lecture scolaire. Depuis le temps qu’il existait, il ne devait s’agir que d’une lecture scolaire. Mais quand on n’a pas eu d’amour, on ne pinacle pas. Il se souviendra longtemps de cette attente, entre les mains, les deux cette fois,  de la jeune fille. De son haleine fraîche, de la bonté de son regard sur sa couverture. Mais non, ce ne serait pas encore cette fois, ce serait jamais. Une voix, celle de sa mère sans doute dit : « Ne lis pas ça, ça ne te plaira pas, prends plutôt celui-ci. » S’il avait pu sauter à la gorge de cette femme, il l’aurait fait. Mais de quoi avait-il encore la force ? Il pensa très fort à sa fin et se dit qu’il n’avait plus que cela vers quoi se projeter désormais. Souvent il hait l’auteur de son texte qui n’a pas réussi à le rendre lisible une seule fois depuis qu’il est né. Mais il se dit que lui a dû l'aimer, durant sa gestation, du moins il peut l’espérer.

  • Des livres

    Livres en voie de disparition

    Ce livre écrit par un ibis japonais connut un beau succès auprès de la gente ailée asiatique. Mais les félins d’Afrique le boudèrent et les crocodiles de mer australiens crièrent au plagiat. L’année précédente, un bouquin écrit par un de leurs congénères racontait à quelques détails animaliers et environnementaux près la même histoire de disparition.

     

    images?q=tbn:ANd9GcRZUfp-WiAd0md3kT9oLuGX5vM_PjMaYrVvk1bkjBfcHeg-DLIic6MHew


    Les livres qui piquent aux yeux

    Cet éditeur avait lancé une collection de livres qui piquent (aux yeux) mais aussi, pour compenser les effets de la première, une collection de livres-collyre. Après la faillite de sa maison d’édition, l’homme fit les yeux doux à l’industrie ophtalmologique.

     

    images?q=tbn:ANd9GcRZUfp-WiAd0md3kT9oLuGX5vM_PjMaYrVvk1bkjBfcHeg-DLIic6MHew


    Les livres minces

    Les livres de cet auteur étaient minces, ses chapitres de l’épaisseur d’une tête d’épingle, et ses phrases microscopiques. Si bien qu’on les perdait presque toujours avant de les lire.

     

    images?q=tbn:ANd9GcRZUfp-WiAd0md3kT9oLuGX5vM_PjMaYrVvk1bkjBfcHeg-DLIic6MHew


  • Galop Décès de John Ellyton

    Trois belles dans la peau

    Une fille inconnue qui vous tombe dans les bras sur le seuil de votre logement avec la promesse d’une fortune à saisir, quoi espérer de mieux pour un homme en noir retiré du monde. Sauf que la jeune femme est en sang, mal en point et que l’argent, lui, ne vous tombera pas du ciel dans l’immédiat...

    Voilà le départ du polar sensuel, très bien écrit, dans un langage fleuri, truffé de mots d’argot savoureux, et mené à vive allure de John Ellyton qu’on connaît comme éditeur, ce qui ne fut d’ailleurs pas, l’apprend-on, son seul métier (« il a tâté de la marine marchande »), et le côté bourlingueur se sent dans ce récit. Il a le sens du voyage, des rencontres, souvent musclées voire plombées, François Nedonema, le narrateur du roman, même si, suprême ironie, il a le mal de mer.

    Je vous passe les péripéties politico-maffieuses mais le narrateur, après son interpellation par la police du royaume, se rend en Sardaigne pour la partie solaire du roman, tant au niveau climatique que purement relationnel. D’ailleurs, n’est-ce pas, toutes proportions gardées, le voyage d’Italie des peintres du Nord auquel on assiste ici avec cet enquêteur improvisé qui vient rechercher des forces vives et quelques couleurs dans le Sud? Là, il  rencontre Genna, la troisième femme du roman (car Nedonema a laissé en Belgique Germaine, sa vieille complice en affaires et en amours), une policière chargée de l’accompagner sur place. Je n’avais pas lu de description aussi sensuelle d'un coït, aux pages 46 et 47, que celle que nous donne l'auteur. Où on se dit que les écrivains qui font l’impasse sur ce genre de scènes ont intérêt à lire Ellyton.

    Toujours sur l’île italienne, en fin de séjour, le roman nous gratine d’une poursuite à la James Bond qu’on imagine aisément sur grand écran.

    La dernière partie est plus sombre, à plus d’un titre, puisque Nedonema, qui a bravé la pire famille sarde, de retour en Belgique, va choper les instigateurs du meurtre originel au sein de l’hôtel de ville de Charleroi - bien avant que Paul Magnette (mais cela fera peut-être l’objet d’une autre histoire) ne vienne l’investir de sa présence. Il y a du Don Quichotte chez Nedonema qui va rétablir la justice là où elle est en défaut pour autant qu’on ne touche pas à sa liberté.

    La fin, en une belle boucle, nous renvoie aux heures ayant précédé l’irruption tragique de l’Italienne. A travers les aventures d’un anar plus de première jeunesse qui prend une belle revanche sur la vie, on assiste à la naissance d’un écrivain au style plein d'allant.

    E.A.

    test-cover-complete.jpg?fx=r_550_550

    Pour commander: http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/pages/catalogue/galop-deces-john-f-ellyton.html

  • Ty Segall




  • Trois poèmes courts

    amours

    j’ai pour seules amours

    un cancrelas

    et deux mouches tsé-tsé

     

    pour les frissons

    je baise parfois

    avec une belle araignée 


    images?q=tbn:ANd9GcRxm8inWkxkO_bhjtLzC-ZXUzjpozoF8oc4GidvrR65aHhHup0tp7n8Pwo

      

    tournage

    voir la terre

     

    tourner la plage

    sur l’axe de la côte

    - entre cou et larges hanches –

     

    voir ta tête

     

    rouler sur le sable

    vers la boule de la mer

    - bleue comme ton bikini orange -

     

    images?q=tbn:ANd9GcQGo6ZsEYZB4ZRJHJeDFMAZOUkDNffr_2cdsLGZF-68xGWYMGrqum9WrLY

     

    cinéma

    je vis je marche je parle 

    comme dans un film

    mes amis mes collègues

    sont des acteurs que je connais

    la femme que j’aime

    est l’héroïne principale

    son amant, un comédien de renom

    quand je les vois ensemble

    je cours leur demander un autographe

    j’ai toujours aimé le cinéma.

      

    images?q=tbn:ANd9GcS7QLsh2XIPIhj8G3SdWCDX6UrkwhLGHWOSLsdk8-fEtbZqDKgCjlucuPA

    E.A.

  • Silvia Pérez Cruz

    images?q=tbn:ANd9GcQ-1mDaZRO6oeJMyJvyLULcchR9U_TmAeEd5J1bp137VYLYRp8hdSWmpgSylvia Perez Cruz est une chanteuse catalane qui a sorti son premier album en 2012, "11 de novembre", de "folk classieux" même si elle n'est pas une inconnue de l'autre côté des Pyrennées. 

    "La moitié des chansons ont été influencées pas la mort de mon père. C'est ce qui donne l'unité au disque, et le disque m'a servi à faire le deuil."

    "J'écoute très peu de musique parce que j'en fais beaucoup. J'aime la musique, pas les styles musicaux. Mais en 2009 ou 2010, j'ai beaucoup écouté un seul disque, Five leaves left de Nick Drake. C'était comme une route à suivre." SPC


     


    Silvia Pérez Cruz sera en concert, jeudi 7 février 2013, sur la scène de l’Alhambra à Paris dans le cadre du festival Au fil des voix.

     

  • Pas si bêtes

    images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYYpar Denis Billamboz

    Né au pays de Louis Pergaud, j’ai peut-être une sensibilité particulière pour les bestiaires et je trouve que la littérature en produit bien peu actuellement, aussi, je suis très heureux de pouvoir vous présenter, aujourd’hui, deux textes que j’ai lus ces dernières années : le livre de Chamoiseau, « Les neuf conscience du Malfini » qui a connu un succès suffisant pour que de nombreux lecteurs le connaissent, et un autre, beaucoup moins connu, écrit par un écrivain résidant à Moscou mais originaire d’Abkhazie, une de ces petites républiques caucasiennes qui font actuellement tellement parler d’elles. Deux textes qui se glissent dans la peau de nos amis les bêtes pour nous faire comprendre que nous n’avons pas souvent raison et que nous nous comportons souvent bien mal.

    images?q=tbn:ANd9GcQiCSdcIrHUTsk-YpVIQuNtcDAqK9k-hWL-LIrKHA5n_j99ZmvsVdhyqwLes lapins et les boasimages?q=tbn:ANd9GcQTEQCNh0jknraYsJZgR4uDBNnWY_O_ndCXMHMU0IFm0TYA4eMD1j9lkw

    Fazil Iskander (1929 - ….)

    Renart fut peut-être le premier animal à dénoncer la perversité des tenants du pouvoir, du moins dans la littérature française, mais depuis il a eu de nombreux successeurs, en France et sous d’autres cieux. Et, dans une des petites républiques caucasiennes, si agitées actuellement, Fazil Iskander a inventé, dans un hypothétique pays africain, un royaume où les lapins et les boas cohabitent selon une bien étrange règle tacite. Les boas mangent les lapins après les avoir hypnotisés et les lapins se multiplient le plus vite possible pour perpétuer leur espèce au détriment des indigènes dont ils pillent les jardins.

    Mais ce bel équilibre est chamboulé quand un lapin plus malin que les autres constate que « votre hypnose, c’est notre peur. Notre peur, c’est notre hypnose », donc, sans peur, il n’y a plus d’hypnose et les boas ne peuvent plus manger les lapins. Le lapin intelligent a grippé la belle machine et détruit le fragile équilibre qui présidait au pays des boas et des lapins.

    Iskander a ainsi, lui aussi, utilisé le bestiaire pour critiquer, à visage masqué, le système politique qui gouvernait à cette époque, l’Union des républiques socialistes et soviétiques. En mettant en scène les systèmes sociaux des boas et des lapins, il a stigmatisé toutes les tares que l’on attribue habituellement à ce régime : la terreur, la délation, la flatterie, l’appât du gain, l’usage éhonté du pouvoir, la cupidité, la manipulation, etc… Mais cette satyre déborde largement le système soviétique et peut s’appliquer à la rigueur un peu aveugle de nos républiques démocratiques et même aux méthodes managériales de bien des entreprises ou autres organismes contemporains.

    Toutefois, ce texte n’est pas seulement un pamphlet politique, il est, avant tout, comme c’est indiqué en sous-titre : «  un conte philosophique » qui soulève la question du pouvoir et de son exercice dans une organisation sociale quelconque. Et, il veut, surtout, débattre de la vérité et de son usage, « nous avons besoin d’un repère aussi dur que le diamant et la vérité est là ». Cependant, la vérité n’est pas toujours bonne à dire car il faut maintenir une certaine angoisse pour que les populations conservent une saine inquiétude et un bon instinct de conservation collectif. « Telle est la vie, telle est la loi du renouvellement de l’angoisse. La loi de l’autoconservation de la vie. » Si, la vérité est nécessaire, « il y a peut-être quelque chose de supérieur à la certitude, c’est l’espoir ». Et, cet espoir, il n’est pas évident qu’Iskander l’avait encore en écrivant ce livre à l’humour grinçant et au pessimisme fataliste. Les lapins, pas plus que les boas, ne sortirent de leur médiocrité et les hommes n’oublièrent, pas plus, leurs travers et leur appétit du gain et du pouvoir.

    L’humanité risque de mériter encore longtemps les régimes politiques pervers qu’elle génère elle-même par sa faiblesse et son manque de courage et de volonté.

    images?q=tbn:ANd9GcQ6XBjAlgapN_TvZxrHqVhiV-ZKPz_ERI6s6g8ePRgwhT4r4sFAGpISAzELes neuf consciences du Malfiniimages?q=tbn:ANd9GcTecbCi0LrBBdr1_WUuSWlWjNE8eD3nIN9xgQKJd2aTWmyuYkdEzbRVZg

    Patrick Chamoiseau (1953 - ….)

    Le Malfini, un grand rapace sanguinaire qui règne dans les airs du vallon de Rabuchon – à la Martinique -, s’abat un jour dans le jardin de Chamoiseau et lui raconte une drôle d’histoire. Il lui narre sa rencontre avec l’insignifiant, l’invisible, l’étincelant, le vibrionnant, le colibri qui lui fait découvrir la délicatesse, le raffinement et prendre conscience de son comportement sommaire et brutal. Ainsi, Il apprécie l’art de vivre pour vivre en délaissant l’intérêt immédiat, la fantaisie, l’enthousiasme, l’absence d’a priori, la vie vidée de ses contraintes, l’importance des choses apparemment insignifiantes, ce que l’on ne sait pas voir. « Comme nous ne cherchions rien, nous découvrions tout. »

    Deux colibris frères mais très différents rivalisent dans le vallon : l’un, Colibri parfait, ordonné, organisé, respectueux des règles, l’autre Foufou imprévisible, fantasque, fantaisiste, irrespectueux  de l’ordre établi, improvisateur, explorateur, expérimentateur découvreur…, Finalement Colibri expulse Foufou que le Malfini observe avec intérêt dans ses frasques qui s’avèrent être des expériences fondamentales sur le fonctionnement de l’écosystème et de la chaîne alimentaire. Des observations qui permettront à Foufou de sauver le vallon du désastre écologique. « La proximité rend plus menaçante la différence … »

    Ce roman animalier pourrait, au premier abord, évoquer « Nuée d’oiseaux bruns » de Ge Fei mais la lecture révèle vite une fable plus proche de « Les lapins et les boas » de Fazil Iskander. On y trouve de la même façon les thèmes de la différence, de la force brutale, de la ségrégation. Chamoiseau introduit cependant une dimension sociale plus politique, plus philosophique : tout ce qu’on apprend au contact des autres sans vanité, seulement pour le plaisir, seulement pour le plaisir d’élargir l’horizon de ses expériences, seulement pour explorer l’espace que les marginaux investissent pour découvrir de nouveaux horizons. L’apologie d’une société pacifique, désintéressée, respectueuse des plus faibles et de son environnement.

    Mais cette lecture prend, in fine, la forme d’un manifeste écologique : l’observation de la faune et de la flore, la destruction de la nature par les « Nocifs » (les hommes), une alerte écologique, une catastrophe évitée par la seule ingéniosité de Foufou.

    Ce livre, c’est aussi une écriture très personnelle, un style qui frôle la grandiloquence sans jamais y sombrer mais un texte qui s’achève pourtant dans un certain obscurantisme qui ne facilite pas la lecture du manifeste écologique que l’auteur souhaite adresser à ses lecteurs. Nous retiendrons cependant cette citation parfaitement claire en forme de conclusion : « Rien n’est vrai, juste ou bon, tout est vivant » car le vivant n’est jamais parfait, il est destructeur par essence. Alors : « Que vivent les croyances ! Que fleurissent les histoires ! Que reviennent les légendes ! Qu’elles aillent au gré de leur propre légèreté et nous laissent la beauté. »

     

  • Les dangers de l'édition

    images?q=tbn:ANd9GcSfbUZiR-Dw1ng3jIou7uH1gejFXBxlV8v5fdwV7S902YJ6dV8o7T6xIhNrCet éditeur se baignait une fois par semaine dans le sang de ses auteurs. Après les avoir publiés, il leur prenait un peu de leur raisiné. C’était une clause à peine lisible du contrat écrite en fines lettres d’hémoglobine. Mais les jeunes écrivains se refont vite un sang d'encre. D’autre part ils devaient bien se douter qu’en publiant aux éditions Vampire, ils allaient y laisser quelques plumes.

  • Famille ombreuse

    images?q=tbn:ANd9GcSsajyZxN5A13eY4u5g2QxK9nbvkC2euH3q02hywrSVnNkL0UKBRfXhdwMon père, depuis l’enfance, joue à tuer ses enfants. Ce qui n’était qu’un jeu au départ est vite devenu une réalité. Et, dans la famille, on a vu tout au long de notre jeunesse tomber quantité de nos frères et sœurs sous les tirs à balle réelles du paternel. Pour ne pas alerter la police et parce qu’au fond on aime notre père, on a toujours étouffé l’affaire. Aujourd’hui que les plus vieux ont dépassé la soixantaine, on évite seulement de lui rendre visite ou alors à plusieurs, en surveillant le moindre de de ses faits et gestes car il reste rusé, le bougre. On enregistre encore des décès qui sont plus des manquements à notre vigilance (on court moins vite aussi) mais à un rythme, il faut le reconnaître, moins fréquent. On espère seulement être encore une poignée pour pouvoir assister à son enterrement. 

  • Chevillard: Dernière livraison

    lautofictif05.jpgLes écrivains savent convoquer les meilleurs et plus intenses moments de leur vie pour en nourrir leurs livres, mais l’opération inverse qui serait pourtant d’un profit supérieur n’est pas dans leurs moyens.


    Frederick Exley, l’auteur du Dernier stade de la soif, ne connut pas le succès littéraire que son talent méritait et cette déconvenue acheva de ruiner une existence déjà bien attaquée par l’alcool et la mélancolie. Pourtant il écrivait en 1975, dans À l’épreuve de la faim « … nous nous extasiâmes à l’évocation de la première gorgée de bière glacée que l’on boit en rentrant d’un après-midi de pêche  ou de plage. » Si seulement il avait eu l’intuition de développer un peu cette remarque anodine – ah nom de Dieu ! –, il le tenait, son succès de librairie !

     


    Guillaume Musso, Marc Levy, Katherine Pancol, Françoise Bourdin, Joël Dicker, David Foenkinos, Laurent Gounelle, Eric-Emmanuel Schmitt, Grégoire Delacourt et Amélie Nothomb sont les dix plus gros vendeurs de livres de l’année. Et on nous dit que plus personne ne lit ! On nous le répète ! Mais ce sont de doux mensonges. La vérité est plus moche.

     

    Je croyais en la possibilité d’un unique amour. Je me voulais farouchement monogame. Quelle candeur ! Être l’homme d’une seule femme ! C’était manquer de réalisme. Ma compagne a changé de coiffure.


    Au célibataire malgré lui, confit dans une solitude douloureuse, il suffit pourtant de commettre un meurtre atroce, si possible même une tuerie, un massacre. Six mois plus tard, ayant fait son choix parmi les prétendantes (photo souhaitée), il se marie en prison.


    AGATHE – Il est comment mon dessin ?

    MOI – Pas mal.

    AGATHE – Mais j’ai pas envie qu’on me dise qu’il est pas mal, j’ai envie qu’on me dise qu’il est magnifique !

     


    C’est quoi ça !? Bouge un peu ! Frappe, nom de Dieu ! Remue ta couenne ! N’importe quoi !Habitué à se parler à lui-même sur les courts, le tennisman conserve-t-il ensuite le réflexe de commenter à voix haute ses performances en tout domaine ?



    Nul n’aurait cru possible que ce mufle mal mouché, ordurier, crasseux, nous donne un jour de si belles pages, ni le cochon crotté, morveux et grognonnant la fine tranche de jambon rose comme le miroir d’une nymphe.


    (extraits de ces dix derniers jours)images?q=tbn:ANd9GcQ8-jaLSGRTsg9J137iiL5h5KU2RQQgwVy7HvlCPPEq7dTyAsaClMAuR44

    ----------------

    Pour rappel, Eric Chevillard publie chaque jours sur son blog 3 aphorismes ou
    textes courts.
    Dernier livre paru: "L'autofictif croque un piment" (éd. L'esprit vengeur)

    http://l-autofictif.over-blog.com/



  • Aucun express / Noir désir


    Top 20 des chansons qui vont vous faire aimer le train:

    http://www.topito.com/top-10-des-chansons-pour-vous-faire-aimer-le-train

  • La poésie est sur les rails...

    chemin de vers

    à tout moment je marche vers le poème

    mais comme un train de la SNCB

    il n’est pas toujours à l’heure

    sans compter

    les artistes qui font grève sur la ligne

    pour la décollation de Fadila Laanan

    des cheminots pleins de sonnets sifflants sous la casquette

    et le chef de gare qui se lance dans l’édition de romans de gare

    le ministre des transports qui quitte son poste

    pressé de rejoindre la présidence du réseau   

    les signaux qui déraillent et la neige qui gèle les voies des muses

    on comprend mieux alors

    ce qui me retient d’arriver à la fin de mon poème

    dans les temps voulus par le règlement du Rail.


    images?q=tbn:ANd9GcTvbet5D4eim4yxaDIfDLRO8I4FmDNz8JJyl_bZ-urSr2yUOPaBUgjEPdg


    un mot

    On ne comprend pas toujours

    ce que font les souvenirs

    au fond des mémoires oubliées

    à moins qu’ils n’attendent 

    un mot des sensations

    pour revenir à l’avant-plan

    du poème.


    images?q=tbn:ANd9GcSdprlF3HhTAvCCbOx7YgI4PVOLKzF3fOl0W8tGW6EeVwvPvw1ndQ9GaNPo


    poème avec pamplemousse

    J’aurais aimé écrire un poème

    avec le mot pamplemousse.

    Mais à mesure que je l’écrivais

    d’autres fruits se mêlèrent d’entrer

    dans ma salade de mots

    si bien que je me retrouvai

    avec des pamploranges, des banamousses

    et autres bizarretés de langage

    et que jamais

    je ne pus manger

    le poème dont j’avais rêvé.

     

    images?q=tbn:ANd9GcSrBDCRzD8F4YqSlWCACGWWhSqGvSDCqVMfdvWFb-ZbJBnHnmu_Sl4YSg


  • TROPIQUE DU SURICATE de Pierre TRÉFOIS

    Trefois.jpg

    Un tour du monde en 80 et quelques pages

    Les tropiques sont les régions du monde où le climat est le plus soumis à des perturbations. En plaçant ses aphorèmes sous le signe du Tropique du Suricate, animal assimilé à la civette, comme nous le signale en 4ème de couverture une reproduction de l’entrée d’un vieux dico, Pierre Tréfois semble vouloir dire qu’il reste sensible aux bouleversements du monde, dont il fut partie prenante, mais qui désormais ne le concernent plus de la même manière, comme s’il en avait pris la juste mesure et les appréhendait avec le recul d’un sage non encore toutefois revenu de tout et de toutes.

    Une des sections du livre s’intitule précis de réel, et c’est bien ce qu’est ce recueil dans lequel l’auteur décompose ses vanités comme ses faux-semblants qui font férocement écho aux nôtres. Il fait feu de tout bois comme de tout moi dans cette quête nonchalante mais pointilleuse qui s’assimile à un voyage en 80 et quelques pages autour de la Terre telle qu’elle tourne aujourd’hui. Quand le périple  s’achève comme il s’était ouvert sur un autoportrait désabusé mais allègre, on est déçu comme à l’atterrissage d’un vol qu’on a aimé. On eût voulu poursuivre l’aventure au fil des bons mots délivrés par l’auteur à l’esprit duquel on s’était vite acclimaté. Nul doute qu’il nous reviendra bientôt sous une forme littéraire ou une autre.

    Notons que Pierre Tréfois est un de nos meilleurs auteurs d’aphorismes et de poésie brève. La preuve, avec ces quelques phrases...

    Faire des ricochets avec ses propres pierres aux reins  (A maso, maso et demi)

     

    Les femmes de ma vie : drames, dreams (anagramme sentimentale)

     

    Comme l’encre se passe de plumes, la poésie se passe très bien des poètes (Un principe premier)

     

    En dehors des lieux communs il n’avait pas de domicile fixe (Villa mon rêve)

     

    Cunnilinctus, fellatio : et on prétend que le latin est une langue morte.

     

    Il y a des livres épuisés.

    Je me contente de ne pas me fatiguer

    à en écrire des harassants.

    Je dessine comme je suffoque ; j’écris comme je respire.

    Après les noces d’or : les os durs.

    Tout homme en érection est un jusqu’au boutiste.


    L’écriture ? C’est encore ce qu’on fait de moins acrobatique avec un stylo.

     

    Le manque perpétuel

    Si je tombe à court

    de poésie,

    je contemple

    ma femme,

    mon chat

    ou mon jardin.

    Le manque se mue

    alors en plénitude,

    vu que ma femme

    s’est taillée

    en emportant

    le chat

    et le jardin.

     

    A signaler le remarquable quantité-qualité-prix pratiqué par les éditions Gros Textes (90 pp, 7€). Le collage de couverture est signé Thierry Tillier. 

    On peut commander l'ouvrage via Yves Artufel et le blog de Gros Textes:

    http://grostextes.over-blog.com/

    Relire l'interview Livres & vous de Pierre Tréfois sur ce blog:

    http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2011/09/29/interview-livres-vous-pierre-trefois.html

     

  • Deux poèmes et une réflexion sur la neige

    Anne, par jeu, me jeta de la neige,
    Que je cuidais froide certainement;
    Mais c’était feu; l’expérience en ai-je,
    Car embrasé je fus soudainement.
    Puisque le feu loge secrètement
    Dedans la neige, où trouverai-je place
    Pour n’ardre point ? Anne, ta seule grâce
    Eteindre peut le feu que je sens bien,
    Non point par eau, par neige, ni par glace,
    Mais par sentir un feu pareil au mien.

    Clément Marot (1496-1544), Epigrammes


    La blanche Neige

    Les anges les anges dans le ciel
    L’un est vêtu en officier
    L’un est vêtu en cuisinier
    Et les autres chantent
    Bel officier couleur du ciel
    Le doux printemps longtemps après Noël
    Te médaillera d’un beau soleil
    D’un beau soleil
    Le cuisinier plume les oies
    Ah! tombe neige
    Tombe et que n’ai-je
    Ma bien-aimée entre mes bras


    Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913


    Faut-il qu'il neige pour que certains ne se sentent plus de joie? Il y a là un retour inépuisable à l'enfance bonhommedeneigeuse, faiseuse de boules à écraser crades sur les façades. L'adulte s'y remet avec un contentement proche de l'ébahissement : neige, né je, renait-il à ce jeu tout simple d'arrondir ces cristaux pour en faire des volumes presque parfaits? Il faudrait se pencher - c'est le cas - sur cette neige pourvoyeuse, sur cette fascination pour un blanc qui effacerait les hideuses rues de ville, la saleté régulière...
    Un temps béni pour quelque temps, qui recouvrirait les laideurs ordinaires...Ainsi sans doute certains voient-ils en l'hiver une manière de catharsis des grisailles, cet épanchement de blanc en lieu et place des sanies, des miasmes...

    Philippe Leuckx

  • Bataille de boules de neige

    par Les Frères Lumière, 1896

  • Cinq poèmes dans la neige

    un peu de neige

    un peu de bois mort

     

    seul un corps

    sous ta peau

     

    pour déchiffrer

    l’hiver

     

    images?q=tbn:ANd9GcR4lE4NzRmkhQPi1SNlMtRRGrHp0DpaQtYIlVASO7b6XZgqFNr1NW-LK9g


    le temps me demande

    de quelle saison je suis

     

    et je cherche dans le calendrier

    ce qui pourrait ressembler

     

    à la durée que forme

    si peu de soleil et si peu de pluie

     

    images?q=tbn:ANd9GcR4lE4NzRmkhQPi1SNlMtRRGrHp0DpaQtYIlVASO7b6XZgqFNr1NW-LK9g


    Ma mère se terre dans la neige

    j’ai beau lui envoyer des boules

    des tweets des tas de sms

    elle ne répond jamais.

     

    (Sauf à mon père

    qui lui envoie des sourires.)

     

    Face à moi, elle reste de glace.

    Avec son bonnet et son écharpe

    un peu raide autour du cou

    on dirait la statue d’une mère de neige.

     

    images?q=tbn:ANd9GcR4lE4NzRmkhQPi1SNlMtRRGrHp0DpaQtYIlVASO7b6XZgqFNr1NW-LK9g


    rien n’arrête le temps

    sinon la neige

     

    rien n’arrête le vent

    sinon la mer

     

    rien n’arrête le sang

    sinon la mort

     

    et encore

     

    images?q=tbn:ANd9GcR4lE4NzRmkhQPi1SNlMtRRGrHp0DpaQtYIlVASO7b6XZgqFNr1NW-LK9g


    La neige me regarde

    dans le blanc des yeux.

    Elle me parle à l’oreille.

    Elle dévide des formules

    vides de sens

    mais c’est ça que je veux entendre.

     

    Pas le crachotant papotage

    de la pluie

    qui fait mal aux fenêtres.

     

    Ni celui d’un suppliant soleil

    prêt à s’étaler

    sur des peaux de passage.

     

    La neige me regarde

    dans le blanc des yeux

    et j’aime son appétit de banquise

    réfréné par la fonte des glaces.

     

    images?q=tbn:ANd9GcQxzSRwhDIjIJYEg5JNg8cpVdl1HD7jI_N5l1-cNEmaucSjV_IfLJgTH7I


  • A la lettre

    images?q=tbn:ANd9GcSLdhTwYmWskeCfCm5vQ_i0nVCh1bly-k2IrO3ib_ngo0nW44n7LgwRTgC’est un homme qui pouvait faire deux choses en même temps : ranger & arranger, dresser & adresser, baiser & abaisser, bander & abonder, battre & abattre, border & aborder, boucher & aboucher, broyer & aboyer, parer & accaparer, céder & accéder, corder & accorder, courir & accourir, crocher & accrocher, mirer & admirer, franchir & affranchir, graver & aggraver, grandir & agrandir, peler & appeler, prendre & apprendre, bouter & arc-bouter, river & arriver, rimer & arrimer, roser & arroser, signer & assigner, sommer & assommer, tacher et attacher, teindre et atteindre, tirer la tête comme attirer la sympathie. En fait, il aimait rire de tout, ah ! ah ! ah !

  • Dom La Nena & Piers Facini

    Dom La Nena, de son vrai nom Dominique Pinto, a 23 ans. Elle est violoncelliste et chanteuse. Son premier album, qu'elle a enregistré avec Piers Facini, est prévu pour le mois de février.

    images?q=tbn:ANd9GcS4BI2FkiMjF1dguJp7_OxH64h80pufg33z_9ld1u1d9dN5yrYFA65VyZ8

  • Ferrari - un bon Goncourt

    images?q=tbn:ANd9GcTT-id5CRSHLWkXL2hcXeWijqsURPRSPbXuTlwb9AwwRTEWNKPC0EflEVY

    par Philippe LEUCKX



    Jérôme Ferrari, dans "Le Sermon sur la chute de Rome" (Ed. Actes Sud, 2012), dans de très longues phrases parfois, imagine sans doute ce qui déraille trop facilement dans les vies ordinaires et les idéaux les plus vifs.


    Construisant, comme d'autres auteurs (Ernaux, Lefèvre), une fiction sur base d'une photographie, le romancier d'origine corse, aujourd'hui professeur en Asie, dessine une histoire à laquelle le pesant de réalisme confère densité et attachement. On suit avec intérêt cette famille corse, le grand-père Marcel, né en 1918, absent de la fameuse photographie familiale, et ses descendants.


    images?q=tbn:ANd9GcQFchmBbHQ1aZ62ADra_POt9KuFuhPOzDmR8N7IDL0UpoAhxHcMO5g8hhULes deux antihéros, universitaires, recyclés dans un projet à mille lieues de leur formation - reprendre un bar dans un bled -, profilent une sorte de destin plausible et partageable. Mathieu et Libero, amis d'enfance, trouvent sans doute là le terreau d'un retour aux sources corses et une manière d'exprimer de neuves relations humaines.


    En contrepoint, l'autre destin, symbolique et porteur, ce qui arriva, puisqu'il s'agit tout de même de coller à l'histoire, à celle d'Augustin et de sa vision de Rome dans sa chute de 410, lorsque l'évêque d'Hippone eut à se prononcer sur cette Rome déchue, à l'occasion de son Sermon du titre.


    Dans un style précis, réaliste, et l'ampleur d'une vision, le romancier cerne la vérité des êtres, leur fragilité, l'inconscience aussi assez naïve des projets éperdus.

    On sort ébloui d'un roman, à la justesse un brin déprimante, puisque la vie va ainsi, mordant le reste d'idéalisme de personnages trop vite happés par un réel épuisant. En va-t-il ainsi des vies? De toutes?


    images?q=tbn:ANd9GcQms7M2fHPHxu0vW6sQRUxKcZEiVaG3IWg9HM6xNSYC4FWGzb4J5no_E1E

    On suivra l'oeuvre de ce jeune auteur - quarante-quatre ans au compteur -avec intérêt. Sans doute devra-t-on compter sur l'incisive présence d'une écriture mature, aussi à l'aise dans la description que dans la distance disons moraliste du thème. Une toute petite réserve toutefois : doit-on subir, sans ponctuation raisonnée, des phrases parfois kilométriques (l'une de plus d'une page)?

  • Le chat du café des artistes

    par Jean-Pierre Ferland

    par Charlotte Gainsbourg

  • La chasse aux chats

    Je chasse le chat. Le jour de l’ouverture de la chasse, tôt le matin, me voici par les rues, guettant  avec un fusil à pompe les matous terrés sous les voitures stationnées, sur les appuis de fenêtre, en faction sur les murs... Parfois, fuyant à l’approche de ce tueur fou (moi), et se ruant sous les roues d’un bolide de quartier, ils périssent glorieusement ; je n’ai plus qu’à ramasser leurs dépouilles encore fumantes. Parfois, je dois bien éliminer pour le faire taire un rabat-joie de type humain qui ne comprend rien à mon passe-temps et récrimine à n’en plus finir. Avant midi, j’ai ma gibecière remplie de mon félin favori. Que ma femme cuisine, agrémentant à souhait la venaison d’une sauce poivrade additionnée de gelée de groseille et  de crème fraîche. Un régal ! Nous mangeons du chat pendant toute la période de chasse. Face à notre caïman nain qui trépigne sur le tapis du salon et dans la gueule ouverte duquel nous lançons les bas morceaux.  

    images?q=tbn:ANd9GcSh2ygfYt5jncvXgUqO2dWtbjjFsWeSlU4ToERr1917uJV-i2ahZcXiEA

    Variante

    La chasse aux châles

    J’aime les châles. Ah ! la vue d’un châle sur une échine, un dos nu ! Alors je les chasse, je les dérobe sur les épaules des vieilles galantes, des demi-mondaines. Des élégantes du samedi soir. Pour recouvrir entièrement ma belle, mon adorée chatte mauve siamoise. 

  • Nature morte aux papillons / Lorenzo Cecchi

    Cecchi-copie.jpegCela débute dans un bus. Vincent, fils d’immigrés italiens, se rend directement de la gare du Midi à l’Université sans faire le détour par son kot pour passer un examen. Le narrateur rend compte de la scène au présent en nous parlant de sa vie, entre un père malade et Carine, la jeune fille qui lui est destinée. Il fait la rencontre de Suzanne dans le bus, elle vient de la banlieue de Charleroi comme lui, elle est inscrite à la même fac. Cela pourrait se dérouler aujourd’hui, cela se passe au début des années 70. Les deux jeunes femmes sont différentes. Carine, c’est l’attachement à la famille, l’enracinement, le vieil esprit familial ; Suzanne, c’est la fille libre, qui vit selon ses désirs. Forcément, Vincent, qui n’a pas la fibre conjugale tombe sous le charme de Suzanne, il fera même en sorte de se détacher d'elle pour se délivrer de son attachement. 

    « Je balance, avec mes femmes, entre l’instinct et la civilisation. Entre la nature sans morale qui se déguise d’idéologie libertaire, et l’idéalisme qui n’est lui aussi rien d’autre qu’un travesti de bêtise. » Cette ambivalence est de toutes les époques et c’est un des éléments qui relie ce récit à un long fil remontant au moins à  l’Odyssée d’Homère.

    A Bruxelles, Vincent fréquente Nedad, un Croate immigré qui se pique d’être sculpteur. Il joue aux échecs, il boit des coups avec lui. La santé du paternel se dégrade, il finit par se suicider.  Par hasard, Vincent apprend que, contre toute attente Nedad connaît bien Suzanne.  C’est la fin de la première partie intitulée « Suzanne et les philosophes ». Au début de la seconde (« La vacuité des statues »), Vincent est marié à Carine et Nedad est devenu un sculpteur reconnu. Il va revoir Suzanne à la faveur d’un vernissage d’une expo du Yougoslave. Un événement perturbant va ensuite plonger le récit aux racines du mal, de l’innommable et va nous faire voir sous un jour nouveau ce qui a précédé, en faire en quelque sorte table rase.

    C’est écrit d’une plume souple qui sait placer ses mots aux bons endroits, d’une légèreté toute apparente et avec un luxe de détails spatiaux, historiques qui laissent à penser que tout l’arrière-plan mémoriel voire davantage est calqué sur du vécu mais allez savoir. Un premier roman qui trahit un style, un univers et une façon de raconter singuliers. Comme dirait un acteur bien connu d’un spot de pub: What else ?   E.A

    Nature morte aux papillons, Lorenzo Cecchi, Le Castor Astral, coll. Escale des lettres (dirigée par Francis Dannemark), 14 €.

    http://www.castorastral.com/collection.php?id_livre=691

    Le roman est sélectionné pour le Prix Première



  • Silence de neige... / Géraldine Andrée Muller

    Silence de neige.
    Neige du silence.
    On n'entend plus une voix,
    pas le moindre passage,
    même pas le bruit d'un pas.
    Et alors que le blanc
    recouvre toute chose
    et efface toute trace,
    on sent la densité,
    on éprouve la profondeur
    et la présence compacte
    du monde devant soi.

    On mesure désormais
    l'épaisseur d'une branche,
    les interstices d'un banc
    que comble la chute 
    lente des flocons,
    la saillie d'une racine
    contre laquelle bute le pied.
    Parce que la vie est muette,
    elle gagne en respiration;
    parce que la vie semble figée
    elle acquiert de la densité.

    Même les notes 
    les plus frêles 
    du piano
    résonnent dans la chambre 
    avec une force singulière,
    et il me semble 
    que le morceau 
    devient enfin musique
    grâce à ce calme
    qui amplifie
    le moindre accord...

    Ah! Je redoute 
    le jour de la fonte,
    lorsque toute chose 
    perdra sa plénitude!
    Oui, quand la neige disparaîtra,
    délivrant les rues, les toits, les arbres,
    cette présence éprouvée ce soir
    elle aussi s'effacera
    comme si elle n'avait jamais existé;
    blancheur oubliée
    dans la banalité revenue.

    Et il ne restera plus
    que des flaques 
    où tremblera 
    le reflet gris
    d'un monde amoindri.

    74961_460868917308765_663211538_n.jpg

    Les blogs de Géraldine

    Itinéraires intimeshttp://geraldinemuller.skynetblogs.be/

    Possibles poétiques: http://sensualitedesmots.skynetblogs.be/

    Petites observations du jourhttp://recueildepensees.skynetblogs.be/


     


  • L'hiver / Julos Beaucarne

    http://julosland.skynetblogs.be/

  • Trois poèmes d'hiver

    on pleure

    on plonge


    à la première heure

    tête la première

     

    dans l’écriture

     

    avec l’encre du café

    on apaise une migraine

     

    mais des mots tombés

    d’on ne sait où

     

    on ne sait quand

    pour on ne sait quoi

     

    on ne dira rien 


    images?q=tbn:ANd9GcS1rnMuexCu95G09lrFMvtDuSW-gO5gGXXNE6cVf0obV0mzxKiXx-Tsglg


    on regarde le ciel

    on attend

     

    la couverture de la neige

    sur le froid des os

     

    aux premiers flocons

    une fleur pousse

     

    à travers la chair

    sur le squelette

     

    images?q=tbn:ANd9GcS1rnMuexCu95G09lrFMvtDuSW-gO5gGXXNE6cVf0obV0mzxKiXx-Tsglg


     et si le corps ne savait pas

    ce qui est bon pour lui

     

    qu’il allait là où on l’appelle

    sans vérifier ses sources

     

    s’il faisait confiance aux rivières

    au soleil caché dans les gouttes

     

    s’il faisait confiance aux rivages

    au sable caché dans ses soutes

     

    comme le feu fait avec le visage

    comme l’air fait avec le songe

     

    comme l’eau fait avec le bois

    comme la terre fait avec le sable

     

    comme tu as fait avec moi

    avant que la nuit tombe

    E.A. 

    images?q=tbn:ANd9GcS1rnMuexCu95G09lrFMvtDuSW-gO5gGXXNE6cVf0obV0mzxKiXx-Tsglg

  • L'écrivain / Alexandre Poulin


    http://www.alexandrepoulin.com/

  • La bonne affaire!

    images?q=tbn:ANd9GcRjmNXcyZieXE4BkzjOGRgENf88N5_4fVUf-NHLVJaRjOpa_Qq4OOeTC9sJ’ai acheté un écrivain, c’était la promo du mois. Le vendeur m’a dit qu’il était propre et qu’il publiait peu, juste de quoi pourvoir à ses besoins. Je l’ai installé dans sa cellule avec de quoi écrire, un frigo portatif , un WC chimique et un sac de couchage. Il parle peu, contrairement au précédent que j’ai eu et du genre que vous avez dû connaître, celui qui a tout fait, tout connu et qui a son opinion sur tout. Celui-ci cherche volontiers ses mots, j’aime le reprendre ou terminer ses phrases, cela me donne de l’importance. Le chat et la femme de ménage s’entendent bien aussi avec lui: il ne fume pas, picole juste en soirée pour s’assommer au moment d’aller au lit et ne baise plus depuis longtemps. Ce qu’il écrit, trois pages par jour, dans des genres différents me plaît. Ce n’est pas génial mais c’est ce qu’il me faut depuis que j’ai réduit mon style de vie ainsi que mon rythme de lecture. Il préfère ne pas savoir comment il finira, si je le donnerai aux petits riens ou si je le ferai piquer. Dans son genre il est zen, comme me l’avait signalé le vendeur qui connaît mes goûts en matière d’écrivain soldé. Chaque fin de mois il me retient le meilleur exemplaire du dernier arrivage.