• Les séparés

    Texte: Marceline Desborde-Valmore 

    Musique: Julien Clerc

    Les séparés

    N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
    Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
    J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre, 
    Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
    N'écris pas!

    N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
    Ne demande qu'à Dieu...qu'à toi, si je t'aimais!
    Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
    C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
    N'écris pas!

    N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ; 
    Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
    Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
    Une chère écriture est un portrait vivant.
    N'écris pas!

    N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire : 
    Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ; 
    Que je les vois brûler à travers ton sourire ; 
    Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
    N'écris pas!

    Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)


    images?q=tbn:ANd9GcScyBYb6CDIzfYJNI3Iuof98Hz-ElmdOI9Wpl50vZqVV3klCgLiLe souvenir

    Ô délire d’une heure auprès de lui passée,
    Reste dans ma pensée !
    Par toi tout le bonheur que m’offre l’avenir
    Est dans mon souvenir.

    Je ne m’expose plus à le voir, à l’entendre,
    Je n’ose plus l’attendre,
    Et si je puis encor supporter l’avenir,
    C’est par le souvenir.

    Le temps ne viendra pas pour guérir ma souffrance,
    Je n’ai plus d’espérance ;
    Mais je ne voudrais pas, pour tout mon avenir,
    Perdre le souvenir !

    Marceline Desbordes-Valmore

    + de poèmes de M.D.-V. =)

    http://www.unjourunpoeme.fr/auteurs/desbordes-valmore-marceline

  • ANNE BONHOMME ET SES "ARCHIVES"

    369422_1424082850_695073978_q.jpgpar Philippe Leuckx

    Un huitième livre de poèmes en vingt et un ans de création. Deux éditeurs : L'Arbre à paroles et Le Coudrier. Voilà le troisième recueil qui paraît à l'enseigne du Coudrier, au titre toujours aussi bref, après "Exercices", il y a trois ans, ARCHIVES, sorti spécialement pour la Foire du livre de Bruxelles.

     Repository?IDR=3522&IDQ=20L'auteur a trouvé depuis ses débuts une voix, un rythme et des thèmes personnels. De longs poèmes aux vers brefs, entre descriptions réalistes et considérations mythiques, entre le souffle de la mélopée et les constats urgents à se dire, en toute pudeur, sans gommer les aspérités de l'existence. Les peuplades primitives désolées, les peintures et les images, la ville sont des lieux spécifiques, qu'elle prolonge, approfondit, fore loin. Ce que le beau livre de 2008, "Ici-là-bas", dessinait, se retrouve en partie sous une autre lumière. Puisqu'il faut sauver les îles, "ces filles d'absolue beauté", puisqu'il faut renaître aux vraies images terriennes et aquatiques, puisqu'il s'agit en tant que poète d'élever la parole à la hauteur des vrais débats de civilisation, à l'heure où la beauté et la bonté sont rognées de toutes parts.

    Trois parties structurent une pensée fondamentale des paradis perdus, non seulement les îles, les peuples, mais quoi, notre enfance, mais quoi, notre monde qui se fait vieux.

    Anne Bonhomme, dans une partie centrale de toute gravité, consigne un ton de solitude et de tristesse. Que savons-nous de la réalité? Et "écrire", serait-ce la seule manière de relayer ces "oeuvres perdues"? La poétesse rameute l'enfant de ses quatre ans, qui "n'a jamais été gaie" : de quoi peut-elle se "consoler" et quelle "trace" laisser au monde?

    Les beautés affleurent sans un trémolo, dans une justesse au long cours :

    "Un enfant tourne/ dans l'espace/ sans casque touche à peine/ ses vieux cheveux de/ raphia"

    ou

    "Prends-moi dans tes bras/ vieille planète/ et berce-moi de tous tes/ lacs étincelants".

    Le détour mythique de "LA-FEMME-QUI-ECOUTE" ou de la mort qui attend les hommes donne à l'ensemble une densité palpable d'approche philosophique des mondes; Anne Bonhomme sait, ô combien, tisser dans ses poèmes amples toute l'aventure intérieure d'une préservation des beautés à l'oeuvre; sa poésie nous questionne, nous insuffle sa dose d'admiration de ce qui reste, en dépit de toutes les saccades, de tous les saccages.

    Notre âme doit conserver ses "Archives", cette "lumière (qui)coule", "une palpitation" "pour tous les coeurs du monde". Notre oeil doit mesurer sa chance, toutes pépites rassemblées, entre ciel et mer.

    Sans verser dans la tragique option, Anne Bonhomme délivre une vigilance de tous les instants, pour que nous ne sombrions pas, faute d'avoir vécu.

    Inépuisable poésie, dont les éléments fondamentaux agencent les beautés, sans aucune lourdeur formelle : les images coulent elles aussi de source, vivifiantes comme le tribut d'un oeil éveillé, toujours apte à déloger du monde ses merveilles mêmes périssables.

    Anne Bonhomme, Archives, Le Coudrier, 86 p., 15€. Belles illustrations de Simonne Devylder.

    http://editions-lecoudrier.blogspot.be/

  • La transformation

    images?q=tbn:ANd9GcRJ4WIg0m4fMolYAdL_ntQWaylXD_VYzlzUKNQtF8sUU5NoO6-drAMa transformation en automobile ne s’est pas faite en un jour. Mais en deux. D’abord me sont poussés des phares antibrouillard au-dessus des yeux, c’était pratique pour voir dans la purée de pois matinale. Au cours de la journée, ma peau s’est métallisée dans un beau gris anthracite qui m’a mieux protégé contre les intempéries que ma vieille chair humaine. Mes nouveaux garde-boues ne m’ont pas empêché de dormir. J’ai rêvé de belles jantes en aluminium. Le lendemain, j’avais acquis deux nouveaux phares au bas du dos puis un tableau de bord flambant neuf, un intérieur cuir et bientôt tout le confort d’une berline familiale, je n’en aurais pas espéré autant. Depuis ma vie a un peu changé, on s’en doute, mais dans des proportions raisonnables (je n’ai jamais été un excentrique), j’ai assisté à la transformation de quelques-uns de mes proches en frigo américain, en tondeuse à gazon sans fil et, même, pour l’un d’eux (je ne dirai pas qui), en distributeur de préservatifs. Pour ma part, je roule bien, merci. Il faut juste que je n'oublie pas de prendre rendez-vous pour mes entretiens semestriels, que, capot en l’air, j’ai tendance à négliger. 

  • Le cycle de l'oeil

    l’eau est faite d’yeux

    regard coulant vers la plaine

     

    source des mots-pierres

    et de vérité douce

     

    dans ce que tu vois là

    s’infiltre de l’air

     

    et du charbon de bois

    rond comme un pôle

     

    avant qu’il chauffe la planète

    après qu’il a rêvé de toi

     

    bulle du dire

    de l’improbable prière

     

    verseras-tu dans la terre

    ton trop-plein de paroles

     

    (pour te fondre dans le temps

    invisible du silence

     

    et recommencer la mer

    au somment d’un nuage)



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  • Rouge ardent / Axelle Red


  • LE PEINTRE EGOCENTRIQUE et autres histoires courtes de peinture

    Le peintre égocentrique

    Ce peintre aimait tellement ses peintures qu’après avoir terminé une toile, il la couvrait de baisers, provoquant un incomparable embrouillamini de taches qui, par ailleurs, faisait son succès. Il était ainsi parvenu, au terme d’un incomparable travail buccal, au numéro 27 983 de sa légendaire série Lips. Mais attention, il ne fallait surtout pas qu’un critique indélicat, pris d’un fougueux désir de rendre hommage à une des ses oeuvres à la mode, ne l’augmente d’un baiser sincère, lors d’une exposition, par exemple; aussitôt ses sbires auraient fait regretter à l’importun sa subite effusion de tendresse.

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    Un bunker 

    Ce collectionneur d’art entreposait ses œuvres dans un bunker. Mais celui-ci n’était jamais assez sécurisé. Il finit par racheter le site d’une centrale nucléaire à l’abandon et stocka ses oeuvres au cœur d'un ancien réacteur d’où elles irradient désormais en toute sécurité.

     

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    Le cimetière de l'art

    Ce peintre excentrique envoyait, une fois achevées, ses toiles au cimetière. Fort de sa notoriété dans le milieu artistique, il savait que les amateurs arrêteraient le convoi funéraire avant destination pour acheter à prix de mort l'oeuvre destinée à l'inhumation. On raconte qu'un jour, des braqueurs à la solde d'amateurs sans le sou s'emparèrent du précieux butin dans un bain de sang. Ce qui contribua grandement à l'extension de notoriété de l'artiste aux domaines de la performance trash et du street art.

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  • LA VENGEANCE DE L'ÉDITEUR et autres textes courts

    Les Éditions Blanche

    Parfois le passé de blanchisseur de cet éditeur transpire dans ses travaux actuels : des pages entières de livre sont blanches voire tout le livre. Alors que ses auteurs ont tant peiné pour les noircir ! Toutefois ceux-ci n’osent pas réclamer car sinon l’éditeur ne leur lavera plus leur linge de corps à l’œil, et il est plus difficile de trouver un bon blanchisseur qu’un éditeur immaculé.

     

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    La faiblesse

    En décembre, cet éditeur invite ses auteurs à la montagne. Il s’arrange pour éliminer en totalité ou partie dans des chutes préméditées les corps de ceux qui ne lui ont pas donné satisfaction dans l’année. Sa faiblesse : il ne sait pas dire non à leurs envois de nouveaux manuscrits.

     

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    La vengeance de l’éditeur
    À l’instar du putsch des conjurés contre Hitler en 1944, ces auteurs d’une même maison d’édition envisagèrent la dissolution des parties molles de leur éditeur dans l’alcool au cours d’un raout explosif. Mais le complot échoua, l’éditeur garda apparence et démarche humaines, et sa vengeance fut terrible : l’obligation de présence pour tous les putschistes à tous les salons littéraires régionaux de l’année à venir. 

     

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  • Le Microbe de printemps est arrivé!

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    La revue dont on ne se lasse pas! 

    Petit prix, petit format, textes courts & aphorismes, plaisir de lecture garanti.


    Au sommaire du numéro 76:

    Stéphane Berney

    Denis Billamboz

    Marc Bonetto

    Morgan Brini

    Greg Damon

    Samuel Dudouit

    Fabrice Farre

    Josiane Hubert

    Ludovic Joce

    Jean Klépal3087827405.jpg

    Marcel Peltier

    Éric Pérennou

    Stéphane-Paul Prat

    Thierry Radière

    Thierry Roquet

    Basile Rouchin

    Laura Vazquez.

    Illustrations : Martine Zimmer

    Les abonnés « + » recevront également le 39e mi(ni)crobe signé Tom Nisse : REPRISES DE POSITIONS.

    Pour le(s) commander, contacater Éric Dejaeger via son blog:

    http://courttoujours.hautetfort.com/sport/

         

  • Le SIDA, la malédiction de l'Afrique

    53e076ecde36b51b1bbe6d7d6172684a?s=75&d=http%3A%2F%2Fme.voir.ca%2Fcommunaute%2Fthemes%2Fbpcom%2Fimages%2Fdefault-dude.png%3Fs%3D75&r=Gpar Denis BILLAMBOZ

    Le Malawien Steve Chimombo dit qu’il a apporté sa contribution à la lutte contre le SIDA en publiant le petit recueil que je présente ci-dessous, je voudrais, moi aussi, à ma très modeste mesure, attirer l’attention des lecteurs sur le drame que vit actuellement l’Afrique de l’Ouest, en publiant les commentaires que j’ai rédigés sur ce livre et sur celui de Petina Gappah, une jeune Zimbabwéenne,  qui a elle aussi évoqué ce fléau dans un recueil de récits qui recensent toutes les calamités qui affligent actuellement son pays. Toute une région d’une grande richesse et d’une grande beauté qui sombre actuellement dans un marasme épouvantable.


    les-racines-dechirees-petina-gappah-9782264054579.gifLes racines déchirées

    Petina Gappah (1971 - ….)

    Si l’Egypte a connu ses sept plaies calamiteuses, le Zimbabwe en connait actuellement au moins treize comme le nombre d’histoires que renferme ce recueil qui n’ose pas dire qu’il contient des nouvelles mais plutôt des débris de l’histoire de ce pays qui a complètement explosé sous l’impact d’une crise économique monumentale et d’une maladie qui n’ose pas dire son nom, « la grande maladie au petit nom ».

    Dans ce recueil Petina Gappah fait une sorte d’inventaire des calamités qui accablent ce pays depuis qu’il a troqué le nom de Rhodésie contre celui de Zimbabwe, depuis que les idéalistes qui conduisaient la révolution ont oublié toutes leurs belles théories pour instaurer un pouvoir dictatorial absolu et cessé de considérer les femmes comme des égales pour les utiliser seulement pour leurs besoins sexuels et ménagers. « Mon mari trouvait que c’était du gaspillage de pénis d’être fidèle à une seule femme. »

    Le catalogue des misères zimbabwéennes commencent avec une décolonisation ratée qui donne le pouvoir à ces révolutionnaires qui ont perdu leur idéal mais qui ont découvert une nouvelle vénalité dans les avantages que l’argent facile leur procure. Les colons sont partis, les fermiers ont été chassés, pour la plupart, mais les nouveaux paysans n’ont ni outils ni semence pour faire prospérer leurs exploitations.

    La corruption, la concussion, le trafic d’influence, le népotisme et le favoritisme et d’autres malversations encore sont devenus le mode habituel de fonctionnement du pays. L’économie est parti à vau-l’eau, l’inflation galope comme elle n’a jamais galopé ailleurs, atteignant des gouffres abyssaux et laissant le pays exsangue, incapable de nourrir, loger et soigner ses habitants. La seule solution réside dans l’exil pour trouver une misère moins pénible sous d’autres cieux moins cléments et parfois même revenir avec le rouge de l’échec au front. Le pays se vend par morceaux aux plus offrants, notamment aux Chinois qui sont très présents et très attentifs devant cette déconfiture.

    Mais le grand fléau est avant tout la fameuse maladie qui ne peut pas être évoquée. « Il n’existe qu’une maladie qui pousse à la fois ceux qui ont de belles voitures et ceux qui n’ont pas de voitures du tout à s’adresser au prophète. C’est la grande maladie au nom bref, la maladie dont personne ne meurt, la maladie dont le vrai nom n’est jamais prononcé, la maladie qui manifeste sa présence par la rougeur rosée des lèvres, l’aspect luisant des cheveux, le blanc des yeux plus blanc que la nature l’a voulu. »

    Petina Gappah, dans une langue vive, acérée, parfois truculente, non sans ironie et dérision, pointe de la plume ceux qui ont conduit le pays à la faillite et ses habitants dans la tombe, sans trembler, ni faillir. Son doigt se fait encore plus accusateur que celui de Nozipo Maraire qui dénonçait déjà cette situation dramatique mais, hélas, elles vivent toutes les deux à l’étranger comme la quasi totalité des élites zimbabwéennes qui ne peuvent plus vivre dans leur pays pour essayer de le sauver.

     


    l-ombre-de-la-hyene-steve-chimombo-9782911464362.gifL’ombre de la hyène

    Steve Chimombob (1945 - ….)

    Sigele est appelé par sa belle-sœur à l’hôpital au chevet de son frère à la mode locale, il remarque les plaies aux poignets et aux chevilles de la jeune femme ; son frère décédant rapidement, il organise les funérailles mais s’esquive prestement pour ne pas être obligé, comme lui demande les anciens de la famille, d’accomplir le « kusudzula », le nettoyage rituel de la femme du défunt. Ce rite ancestral consiste en l’accouplement de la veuve avec un membre de la famille ou un professionnel payé spécialement pour effectuer cette mission. Un geste qui permet de rompre le lien de fidélité qui lie la veuve à son ancien mari et ainsi de lui laisser espérer un remariage. Son frère aîné remplace donc Sigele qui, ayant repéré les symptômes de la maladie, n’a pas voulu prendre le risque de la contamination le laissant, avec la mission, à son frère désigné à sa place pour perpétuer la tradition ancestrale. « D’un côté la hyène est purificatrice… la hyène est associée à l’homme qui performe le rite sexuel au nom de la tradition. Mais, dans le conte malawien, la hyène est toujours présentée comme victime de la tricherie. »

    Les trois nouvelles – traduites par Kangmi Alem - qui constituent ce petit recueil, pourraient former les trois chapitres d’un court roman dans lequel l’auteur explore le destin d’une famille aux prises avec la pandémie du SIDA qui frappe violemment l’Afrique du Sud-ouest notamment. « Les écrivains répondent à la pandémie du sida en l’utilisant comme une source d’inspiration dans leurs poèmes, romans et pièces de théâtre». Steve Chimombo précise clairement : « l’ombre de la hyène est ma propre contribution à cette campagne massive d’éducation du public sur la pandémie ». 

    « Ce recueil est une étude de cas concrète sur ce qui se passe dans la réalité, » un véritable plaidoyer contre les traditions ancestrales qui survivent encore dans les rites sexuels comme le nettoyage rituel des veuves. Avant de décéder, un mari atteint du sida, contamine sa femme qui transmet la maladie à celui qui la « nettoie » et qui, à son tour transmet le virus à son épouse et à ses autres conquêtes. Un drame foudroyant qui contribue grandement à l’explosion de ce fléau dans cette partie de l’Afrique. Les pouvoirs publics, relayés par les intellectuels, font pression sur les anciens pour qu’ils transforment cette tradition mortifère en un rituel plus symbolique.

     « La mort ne devrait pas être la seule finalité de l’expérience humaine… »

     

     

  • 5 poèmes inédits de Salvatore Gucciardo

    Le flot

    Sur le testament

    D’Orphée

    Le lyrisme alluvial

    Caresse

    Le contour

    De l’âme

    Et cristallise

    Le flot des sentiments

    Dans la pénombre chaude

     

    Particule de poussière

    Dans l’alvéole lézardé

    Les paupières

    Mi-closes

    Fixent

    Les rais de lumière

    Dans l’amas

    Des feuilles

    De l’arbre esseulé

     


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    Exaltation

    Nuit d’âme

    Où les êtres opaques

    S’envolent

    Vers l’horizon céleste

     

    Pluies d’étincelles

    Rayons gargantuesques

    Reliques sacrées

    Le feu de la passion

     

    Au sommet

    De la constellation

    Délectation

    Exaltation

    Sublimation

     

    Tous les délices

    Du rêve

    Sur l’aile

    De l’oiseau fragile


     

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    Jaillissement 

    Alphabet cosmique

    Ecorce stellaire

    La sève nébuleuse

    Sillonne

    Le corps humain

     

    Jaillissement doré

    Dans les draps

    De la nuit

     

    L’être guette

    La cité

    De l’aube


     

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    L’éclat du soufre

    Au milieu

    De sphères

    L’eau

    Le feu

     

    Bouillonnement

    De soufre

    Rizières en feu

    L’alliance de l’anneau

    Au sommet du sanctuaire

     

    Profondeur abyssale

    Larmes perlées

    Sous  l’œil écaillé

    Du dragon

     

    Maelstrom

    Flots d’émois

    Éboulement

    De pierrailles

    Dans le fleuve

    Paisible

     

    Chorégraphie

    Pourprée

    À l’intérieur

    Du coquillage

     

     

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    Offrande

    Dans la nuit sereine

    J’ouvrirai les pétales

    De rose

    Pour les déposer

    Près de ton visage

    Lumineux

    Afin que le monde

    S’enivre

    De ta sève

    Sacrale


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    Visitez le nouveau site de Salvatore Gucciardo pour découvrir d'autres peintures et dessins, ainsi que des poèmes, des extraits d'articles de presse etc.:

    http://www.salvatoregucciardo.be/

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  • En voiture!

    A la porte du garage / Charles Trenet

    Ma nouvelle voiture / Claude François

    Monospace / Benabar

     

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    Ma Benz / Brigitte

    Ford Mustang / Serge Gainsbourg

    Route Nationale 7 / Les Tueurs de la lune de miel

    BonusSimca 1000 / Les Chevaliers du fiel

     

  • Ma voiture et moi

    Andia_161070_Small.jpgMa voiture ne se plaît qu’au garage. Aussi, dès que je l’en éloigne, elle y revient toute seule. Je dois alors prendre un taxi ou les transports en commun pour le voyage de retour. Les premières fois, je l’ai cherchée partout avant de me résigner à rentrer pour la trouver, comme par magie, dans son abri. Puis je me suis habitué, je savais où la trouver, ce n’était plus qu’un demi mal. Bizarrement, personne dans le voisinage ne l’a jamais vue rentrer sans moi, c’est qu’elle sait se montrer discrète. Depuis quelque temps elle ne daigne même plus partir, elle fait la gueule quand je fais mine de vouloir sortir. La plupart du temps, je m'en vais seul. Régulièrement, pour se faire pardonner, elle vient m’attendre à la sortie du travail, du ciné, du resto. A mesure qu’elle vieillit, elle devient de plus en plus versatile, instable et inutile sur un plan matériel mais je ne l’ai pas choisie pour les facilités qu’elle m’offre, pour ses divers usages, sa beauté ou même sa puissance mais pour elle-même et ça, une voiture doit le sentir.

       

  • Pour la peau / Dominique A


  • La peau sous les mots

    images?q=tbn:ANd9GcQGldwo-iAk3TyWMqrRK61J4VifFqNJ9DwzG-_5kwlb_ypdqWMc8gÀ l’homme qui se vêtait d’histoires trop courtes, on voyait la peau sous les mots. La bande de chair entre son pantalon et sa chemise allait augmentant au point de friser l’indécence. Encore un peu et on verrait ses sentiments. Quand on lui offrit la possibilité d’enfiler une histoire décente, à sa taille, il plongea sur l’occasion. Mais la substance émotionnelle se révéla si vaste qu’on perdit l’homme sur la ligne du sens. Parfois des parties d’organes, des lambeaux de vie, des bouts de viscères jaillissent de la matière en fusion sous les étoffes fictionnelles. On croit reconnaître l’homme englouti, percevoir la teneur de ses messages, l’esprit de ses livres. Pas toutefois de quoi affecter l’ordre sacré de la littérature.

  • Deux classiques autrichiens

    369422_1424082850_695073978_q.jpgpar Philippe Leuckx

     


    41TP221PBNL._AA160_.jpgArthur Schnitzler
     (1862-1931), auteur de « 
    La Ronde » et d’une remarquable autobiographie, « Une jeunesse viennoise », propose en 1924 un bijou narratif : « Mademoiselle Else ». Réédité en livre de poche (n°3195, 96p.),  ce petit roman, préfacé par Roland Jaccard, illumine d’un autre jour l’univers du grand Viennois. Tout à la fois acide et mélancolique, une villégiature devient pour une jeune fille de la bourgeoisie le lieu même des interrogations existentielles. La voix nous parle d’autant qu’elle est portée par un monologue qui tisse tous les enjeux de ce récit cruel. Else doit sauver de la ruine un père englué dans les dettes. Devra-t-elle porter sur elle tout le poids de la situation désespérée ? N’est-elle pas victime elle aussi d’un atroce marché ? Autant la douceur du personnage nimbe les mouvements du cœur, autant l’entourage pèse : la mère calculatrice, le marchand d’art Dorsday qui happe la belle en ses filets de séduction…

    Tout l’art de Schnitzler est de coudre – et quelle dentelle vibratile d’émotions suggérées ! – les menues réalités, sans jamais alourdir le propos. On est entièrement dans le personnage d’Else, dans les circonvolutions subtiles de sa pensée. Il y a, en outre, une description presque proustienne des allées et venues de ces estivants au creux du parc ou des soirées, entre musiques et conversations feutrées. Il y a, et là réside le prodige de cette écriture dramatique, une montée sensible et juste des tensions jusqu’à l’épilogue.

     

    **


    31k8eqH9amL._AA160_.jpgDe Stefan Zweig (1881-1942), paraît en ce mois de janvier 2013 (Ed. Sillage, 64 p., 6,50€) une nouvelle initialement éditée en 1929, « Le Bouquiniste Mendel ». L’histoire d’un bibliophile, au tout début du XXe, dans le cadre d’un de ces cafés qui ont fait la réputation de Vienne, le Glück en l’occurrence, la description précise, hyperréaliste des ambiances, entre fumées, alcools et travaux de servante, la mise en place de l’histoire entre narrateur et quelques comparses, dont une dame des lavabos, Madame Sporschil…tout baigne dans une lente nostalgie qui balaie les années, les restitue,  le temps de quelques phrases, pour le plus grand bonheur du lecteur. On suit avec émotion les avatars d’une « carrière » de cet amoureux des livres, doué d’un flair unique pour dégotter les éditions rares, les exemplaires sauvés d’un désastre. Mais le temps passe par la guerre – 
    la Grande -, et le personnage, qui au Glück, était l’objet de tous les soins, connu comme un dispensateur de beauté, revient maudit, oublié, relégué… Zweig sait, ô combien, tracer en phrases brèves l’intérêt d’une vie, si fragile, si dense, si vite dissipée, et les personnages, à l’exception notoire de la dame des lavabos, sont souvent bien oublieux des perles dont ils ont profité. L’amertume et la mélancolie décrivent à merveille ces temps disparus, dans l’anse nette d’un cœur, qu’il ressuscite. 

  • Venise des peintres (I): Turner

    William Turner, Sur le chemin du bal (San Martino), 1846, huile sur toile, 61,6 x 92,4 cm, Tate, legs du peintre à la nation, 1856.

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  • Comme le pape

    images?q=tbn:ANd9GcTqFGiabMH2cBIYq0i86w21_H25ap72DeASZ934CDRE3HmEwHa9IwEn vue d’accélérer ma carrière littéraire et d’accéder à la papauté des Lettres, j’ai choisi de laver les pieds de mes lecteurs en séance de dédicace (d’autant plus, diront les vilaines langues, qu’on les compte sur les doigts d’un pied), de faire des lectures dans la rue (malgré les gaz d’échappement et la présence massive de sdf), de disperser mes haïkus dans la foule, de prendre les transports en commun (les jours de non grève et de non neige), d’animer un atelier d’écriture pour les pauvres (on écrira au crayon sur du papier recyclé), et de reverser mes droits d’auteur à mon éditeur (même s’il a depuis longtemps anticipé mes intentions, connaissant ma volonté secrète - il est un peu voyant).

    Je parle aux oiseaux-mots, je n’écrase plus les auteurs araignées, je n’attaque plus que les rapaces des mécréantes maisons d’édition, ceux qui raflent les prix et les lecteurs, je fais l’éloge de mon libraire et de mon bibliothécaire, je baise davantage l’anneau de mon maire que le nez de ma mère, je fréquente mes frères et nonnes en écriture, je ne jure que sur les saints auteurs d’une chapelle, je me fais régulièrement bénir par la critique en place. Pour faire oublier que j’ai, il y a longtemps, dans une période de grande littérature, dénigré la mise, la mine et la mitre de confrères débutants autrement plus croyants que moi en la chose littéraire.

  • De l'importance du papier

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    NON-ART d'éCRiRE

    Quand j'écris un texte, je vois ou je revois.

    C'est une question d'yeux: ouverts ou fermés.

    Le papier n'a d'importance qu'aux cabinets.


    Éric DEJAEGER

     in Prises de vie en noir et noir, éd. Gros Textes, 2009 (illustrations de Pierre Tréfois)

     http://courttoujours.hautetfort.com/list/mes-derniers-livres-parus/prises-de-vies-en-noir-et-noir.html


     

  • Les surprises de mon chat

    chat-lisant.jpgLa première fois que j’ai trouvé mon chat en train de lire, j’ai été surpris. Mais pas autant que lorsqu’il a sorti son premier livre chez Challimard. Juste qu’il aurait pu me prévenir, quand même, et ne pas me mettre devant le fait accompli: je l’ai découvert par hasard en vitrine d’une librairie ! Il m’a dit qu’on en avait parlé dans le Chamazine littéraire mais je ne lisais alors que Le Soir pour Le Chat. J’ai lu tout son livre de mémoires en une nuit, c’est court en écriture chat. Une seule ligne me concernant pour rappeler la fois où, après qu’il eut renversé mon Bouddha en forme de rat, je l’avais interdit de mousseline de saumon pendant trois jours... Il m’a dit que si je le traitais comme une Chamélie à chapeaux, il me consacrerait tout un poème dans son recueil à paraître chez Chamarion. Depuis, je me tiens à carreau, je fais ses mille et une volontés, j’ai arrêté le boulot pour me consacrer à cent pour chat à son bien-être, c’est que j’y tiens à la postérité littéraire, moi.   

     

  • Cinq poèmes légers, légers...

    Parfois je m’emporte

    vers moi-même.

     

    Je pèse lourd

    dans le coffre

    aux souvenirs.

     

    Mais au fond

    je suis près de m’envoler

    dans les images.

     

    Léger comme un rhume

    dans le nez d’une sylphide.


     

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    Entre deux lévitations

     

    le moine zen

     

    doit penser à ratisser

     

    son lopin de cailloux.

     

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    j’aime la lourdeur de la pile

    dans la main

    c’est comme soupeser un orage

    sur un plateau de nuages

     

    j’aime la lourdeur de la pupille

    dans l’œil

    c’est comme soupeser un regard

    sur une table de vue

     

    j’aime la lourdeur d'une fille

    dans le coeur

    c’est comme soupeser l’amour

    sur un morceau de ciel

     

    mais ce n’est pas comme

    la légèreté

    d’un flocon

    dans la vacance d’un printemps

     

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    j’écris mes poèmes

    sur des ballons 


    ils montent si vite et si haut

    que je ne peux jamais les relire


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    avant d'écrire

     

    recopie cent fois 

     

    le monde 

     

    sur les ailes d'un papillon


    E.A.

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  • Un amour de Swann

    Chloé Swann a 23 ans, elle est française et chante du folk.

    Son premier album, Neverending, est sorti en novembre 2012. 




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  • Sensualité et spiritualité

    billamboz.jpegpar Denis BILLAMBOZ

    J’aurais pu réunir Pierre Jean Jouve et Claude Louis-Combet (un auteur peu connu mais talentueux qui a enseigné à Besançon), par la qualité de leur prose mais, ayant lu récemment une œuvre de chacun d’eux, j’ai été marqué par les efforts qu’ils déployaient tous les deux pour tenter de conjuguer la spiritualité et la sensualité, cherchant à démontrer que la sexualité et l’amour ne sont pas contraire à une vie spirituelle et religieuse, comme s’ils voulaient nier le péché de chair en transformant l’acte d’amour en un rite sacré. J’ai préféré les réunir dans cette démarche intellectuelle par laquelle ils essaient, tous les deux, de justifier leur amour charnel sans risquer d’encourir la menace du péché brandie par la religion en laquelle ils veulent toujours croire malgré leurs penchants affectifs.


    Jouve-19XX-Paulina_1880-Folio-200.jpgPaulina 1880

    Pierre Jean Jouve (1887 -1976)

    Texte surprenant, anachronique, daté, suranné, le livret d’un opéra italien rédigé par un piétiste finlandais avec le style et la prose d’un maître de la littérature contemporaine. Lyrisme, romantisme, pathétisme, grandiloquence sont évités de justesse grâce à cette écriture remarquable, constituée de phrases courtes qui sonnent toujours juste et donnent du rythme au récit.

    « Comme il me regarde. Il est beau. Il est jeune. Il faut choisir. Choisir. Je suis enfermée ! On abuse de moi, au secours ! Tais-toi. Tu l’as voulu. Comment ? Mon dieu, éclaire-moi. »

    Dans ce texte simple, sobre, élégant, une véritable épure, en cent-dix-neuf paragraphes très courts, de moins d’une ligne à quelques pages, l’auteur raconte l’amour destructeur de Paulina pour le comte qui l’a séduite.

    Née en 1849, Paulina, fille d’un riche Milanais nanti d’une lourde fortune, est la cadette de trois frères qu’elle aime peu mais qui, avec leur père, veillent jalousement sur elle. Sa mère s’isole et s’enferme de plus en plus dans la religion, se repaissant de la douleur des martyres qu’elle admire dans les églises. Adolescente, elle devient belle et bientôt une jeune femme admirée de tous et courtisée par tous les jeunes hommes de la bonne société locale. « Elle se trouve très belle, s’amuse mais s’ennuie ». Elle est instable, elle veut mourir, elle veut s’amuser follement, elle est ennui mortifère, elle est joie de vivre, elle est les deux. Un comte, déjà vieux, ami de la famille, la courtise, elle tombe follement amoureuse et l’accepte dans son lit en cachette de son père. Elle ne se pardonne pas d’avoir trompé, et la religion et son père, elle culpabilise de plus en plus après le décès des deux êtres qu’elle a abusés sans vergogne.

    Ne pouvant conjuguer sa piété sincère avec son amour charnel dans une forme de religion rousseauiste, elle sombre de plus en plus dans la culpabilité et la religiosité qui la conduisent à l’irréparable puis au convent où elle meurtrit son corps en s’adonnant à la mortification pour expier sa faute et sauver son âme. La brave nonne qui essayait de la sauver est séduite par cette fille  belle et désespérée. Paulina doit alors quitter le couvent pour mener une vie de pauvre paysanne totalement démunie qui doit choisir entre la solitude pieuse ou l’amour dévastateur. « Je suis la déchue heureuse. »

    Une grande et tragique histoire d’amour, sensuelle  comme celle d’une lady anglaise, empêtrée dans  une religiosité italienne comme celle des amants de Vérone dans leur querelle familiale,  « ils étaient scellés l’un à l’autre dans la foi, la volupté et la détresse. » Un amour pur et absolu, impossible, qui doit être combattu par le cilice et détruit à jamais pour sauver l’âme des amants. L’éternel cycle faute, punition, pardon, rédemption. Un thème qui aurait eu une meilleure actualité dans notre société qui redécouvre l’intégrisme religieux, que dans celle de la fin des années soixante qui se dirigeait tout droit vers un grand mouvement de libération des corps et des mœurs.

    « La vie, c’est l’ouragan de la perdition ».

     

    Visitations.jpgVisitations

    Claude Louis-Combet (1932 - ….)

    Une écriture qui coule comme une caresse sur la courbe d’une hanche, une écriture épurée, riche, souvent recherchée, proche de la poésie pour cinq courtes nouvelles qui évoquent la visitation entendue au sens de celle que la Vierge Marie reçue avant la naissance de son enfant sacré.

    A travers ces courts textes, j’ai eu l’impression que Claude Louis-Combet cherchait à réhabiliter les émotions charnelles avec la spiritualité religieuse qu’il a sans doute héritée de son éducation dans un établissement catholique. Une jeune fille nubile découvre les sensations de son corps pour l’offrir  à Dieu, à celui qui sera son dieu ; un jeune garçon « avançait dans la solitude de l’entre-deux, en cet âge sans grandeur où l’innocence rompue ne trouvait aucune compensation. » ; une femme dans l’épanouissement de la chair ; une femme qui accompagne son amant au moment où il passe dans l’autre monde… L’auteur explore ces espaces mal définis où le corps éprouvent des sensations particulières : entre l’enfance et la maturité, au passage dans l’autre monde, entre le plaisir et la douleur, entre le masculin et le féminin, entre la sensualité et la spiritualité, la puberté, l’épanouissement charnel.

    Dans ces espaces de fracture, de rupture, d’ambigüité, où les émotions et les sensations charnelles se conjuguent dans un trouble qui exacerbe les émotions sexuelles, l’auteur recherche une forme de justification spirituelle pour que le plaisir charnel ne soit pas péché et que son éducation ne soit pas en opposition avec ce qu’il éprouve. Que la chair ne soit pas le siège du péché mais au contraire qu’elle se confonde par les sensations qu’elle procure en un réceptacle d’une spiritualité érotique ou d’une sensualité divine. Que le plaisir charnel ne soit pas un obstacle à la rédemption mais plutôt « l’expérience du sacré », une façon d’exalter la création divine.

     

     

  • Doublement

    Mon double me taquine, il me dit qu’on est triple. Comme si j’allais le croire.

     

    Mon double m’exaspère à toujours compter sur moi. Parfois je voudrais faire des choses sans lui. Les soldes, par exemple. A tout acheter par deux, on ne fait pas vraiment des affaires. Mais non, on dirait qu’il n’a qu'une tête.

     

    J’aimerais dédoubler mon double pour qu’il connaisse mon trouble.

     

    Mon double a doublé notre tour de taille en m’embrassant.

     

    Mon double a doublé ma première armée et me voici avec deux sergents majors, deux capitaines, deux généraux et toujours une seule guerre.

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    Mon double vieillit deux fois plus vite que moi. Quand il mourra, je me sentirai bien seul.

     

    Mon double change de miroir quand il me voit. Faut croire qu’il n’aime pas mon tain.


    J’aime mon double comme le reflet de moi-même.

     

    Mon double n’aime pas ma moitié. Et réciproquement.

     

    J’aime tout faire en double. J’aime tout faire en double.

  • Les égalités rompues


    images?q=tbn:ANd9GcQxJ-k8pQbXtjLiCe4jN1zR__tTJC9KdokIwP1p78shzshLtJB_xQQuand il la revit, il la trouva inchangée. Elle était restée égale à lui-même, avec ce qu’on devinait de féminité derrière les apparences. Comme un gouffre entre eux d’eux, qu’ils  comblèrent avec la puissance d’une tornade. Ils se retrouvèrent comme s’ils s’étaient quittés la veille alors qu’ils comptabilisaient vingt-cinq années de séparation. Ils s’aimèrent avec l’ardeur des amoureux de légendes. Ils moururent en héros de l’amour, jusqu’au bout indissociés, soudés à jamais
    Comme s’ils n’étaient pas nés le même jour de la même année. Et de la même mère.

     

  • Poètes et poétesses, c'est le printemps!

    Le poète n'a pas sa langue dans la poche du parler commun.


    Si le poète est fructivore, c’est uniquement par goût des vers (dans le fruit).


    Le poète luciole n’arrive pas à la chenille du poète voyant.


    Le poète mal voyant ne fait pas un bon poète maudit.


    Le poète martyr n’explose pas les ventes de son vivant.


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    Quand le poète a atteint le sonnet, il ne peut qu’alexandrin plus mal.


    Le poète post moderne joue à cache-mots avec son lecteur. Il essaime ses mots sur toute la page et parfois même en dehors.


    Le peigne du poème a les dents de moins en moins longues. (à Aragon)


    Le poète en herbe animera toujours bien un atelier d’écriture pour les brins.


    Chaque printemps des poètes, le ministre des Arts & des Lettres dépose une gerbe de recueils aux pieds du Poète Inconnu.

     

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    Le poète nu n’est pas Rimbaud à voir.

    La poétesse nue n’est pas si Verlaine.


    La poitrine de la poétesse ne pèse pas (forcément) deux livres.


    On ne mord pas les livres de la poétesse en sa présence. Ses lèvres, à la rigueur.


    Entre deux livres, le poète mécrit-il?


    Le poète finit toujours par dormir dans ses livres.


     

  • Les artistes / Ferré


  • L'appétit d'art et autres fantaisies

    L'appétit d'art

    dans les ateliers de peinture 

    dans les académies

    les modèles

    ne se posent pas de question

    sur l’appétit d’art

    ils attendent

    la fin de la pose

    pour aller déjeuner

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    Les artistes

    Ma mère n’aime pas les écrivains

    les artistes à la mords-moi-le-nœud

    qui glandent toute la journée

     

    Mon père s’en fiche du moment

    qu’il peint tranquillos dans son atelier

    en pensant à sa prochaine expo

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    Dans le corps du Musée, il y a le fantôme de l’art.

     

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    avant d’écrire

    téléphone à ta mère 

    pour qu’elle ne t’appelle plus

    avant le Nobel


  • La voix, la neige / Christian Bobin

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    Vous faites une promenade dans la neige. C'est la première neige de l'année. C'est comme chaque fois la première neige de votre vie. Elle est légère comme l'esprit. Elle est claire comme l'enfance. Elle est blanche, toute blanche comme l'esprit d'enfance. Elle recouvre la pen­sée. Elle éclaire le coeur. Elle est votre vie blanche. Elle est votre seule vie, que vous ne vivez pas.

    Après la promenade vous allez dans une maison de bois sur les hauteurs, où sont réunis des gens qui chantent. Et vous découvrez déjà la première vertu du chant, qui est de rendre la voix à son destin de lumière et de neige. Vous écoutez une jeune femme chanter quelque chose de Schubert. Une merveille, comme toujours. Le texte est en allemand. Vous demandez ce que disent les mots sous la voix. Il est question d'un amour délaissé, d'une amou­reuse oubliée dans son tourment, à peine saluée du bout des lèvres, oubliée déjà dans le temps de la saluer. La voix qui chante appelle encore, mais se comble d'elle-même dans son appel. Ou plutôt elle n'appelle plus : elle se donne à elle­-même ses vacances. Elle acquiesce à la fin de l'amour comme à sa propre fin, dans le souffle expirant. Elle remet toutes choses - toutes peines, toutes nuits et toutes morts - entre les mains abondantes de l'espace et du large.

    Vous écoutez le chant dans la pièce aux murs de bois. Vous écoutez la voix dans l'univers aux murs d'étoiles. Aimer c'est aimer ce qui est simple, et donc mystérieux. Ce qui est compliqué n'est jamais mystérieux. Ce qui est compliqué est sans importance. Rien n'est plus simple que la voix. Rien n'est plus obscur que la voix. Vous écoutez la parole qui guérit. Elle guérit les âmes cap­tives, les sources noires. Elle change la douleur en lumière. C'est la parole d'enfance, c'est le chant simple. Vous n'y connaissez rien en musique. Vous êtes analphabète en musique et vous vous y entendez très bien.

    Vous avez tou­jours eu besoin de l'étoile d'une voix dans la chambre de vivre. Chanter c'est confier sa voix à la vérité d'un silence, à la justesse d'un souffle, tremblant dans son envol, lumineux dans son déclin. Dans le chant, la voix passe de l'ombre à la lumière, de la chair à l'esprit. L'esprit est une partie du corps, un fragment plus subtil de la chair - comme on dit d'un vin qu'il est subtil, d'une absence qu'elle est longue. L'âme est une fleur creuse de sang rouge. Elle frémit sous les ondées du chant. Elle s'ouvre dans l'éclaircie d'une voix. L'esprit s'éveille au creux du corps, au tronc du souffle, aux racines de la chair. Puis il s'élève dans la gorge et s'enflamme dans l'air pur. Dans le chant, la voix se quitte : c'est tou­jours une absence que l'on chante. Le temps de chanter est la claire confusion de ces deux sai­sons dans la vie : l'excès et le défaut. Le comble et la perte.

    Vous écoutez cette jeune femme chanter l'amour désert. Mon amour. Mon prince des neiges bleues, mon roi au ciel si pâle, aux bras si tendres. La guerre t'appelle au loin. La guerre ou le monde ou bien un autre amour. L'amour est impossible mon amour, et il me donne une blessure où il se donne tout entier : de quoi chanter tout au clair de la vie. Vous regardez celle qui chante. Vous regardez la lumière blanche par la fenêtre. Vous contem­plez le cristal de la neige sur la terre, le flocon de la voix sur la chair. Vous mélangez tout. C'est votre façon à vous d'y voir clair : mélanger toutes sortes de lumières. Il y a la neige, il y a la voix. La neige descend du grand ciel lumineux de l'enfance. La voix fleurit sur les arbres du souffle. Dans le chant elle s'envole. Elle va dor­mir un temps auprès de Dieu. Elle redescend l'instant d'après, toute blanche et douce. Flux de la neige sous les ondes de la voix. Vagues de la voix sur les neiges du souffle.

    Nos attitudes devant la vie sont apprises durant l'enfance, et nous écoutons le chant des lumières comme un nouveau-né entend un bruit de source dans son coeur. Nos attitudes devant l'amour sont enraci­nées dans l'enfance indéracinable, et nous attendons un amour éternel comme un enfant espère la neige qui ne vient pas, qui peut venir.

     in La part manquante, Christian Bobin, éd. Gallimard.


  • HUIS-CLOS par Le XL THÉÂTRE

    images?q=tbn:ANd9GcTYeIh_40eQ3e8tELt15eqoVFgVmbu_6gtmnNmzQGe9_DBBSkgxIQpar Philippe LEUCKX

    Un Huis-clos joué, ce jeudi 7 février, au sein de notre C.E.S. Saint-Vincent de Soignies, à l'intention des aînés.

     

    On pourrait croire aujourd'hui que cet inusable du théâtre existentialiste français n'a plus beaucoup à nous apprendre pour avoir été beaucoup montré. Ce serait oublier le travail d'une équipe vibrante, quatre comédiens, un metteur en scène inspiré, un régisseur aux lumières, qui a replacé la pièce au centre des préoccupations essentielles, dans une ferveur de tous les instants.

    On connaît la trame - deux femmes, un homme, aux prises, arrivés en enfer, avec eux-mêmes et leurs corésidents, en chamaille avec le passé qui pèse, conscience qui recherche à s'évider de son poids.

    Une Inès, passée maîtresse en passeuse de guignes à ses proches (trois morts dont la sienne), employée des postes; un Garcin lâche pour avoir fui ses responsabilités à cause de son pacifisme; une Estelle mondaine et infanticide, en quête d'hommes et de désir.

    Les trois s'affrontent, s'accrochent, s'attirent, se repoussent, dans un corps à coeur saignant, faussement mis en place dans un tissu de convoitise, jalousie, non-dit brûlant.

    Ils sont là, à contre-coeur, à contre-vie, pour expier leurs fautes. Toutes les joutes visent à explorer, bourreaux à la quête de la faute de l'autre, des deux autres.

    Sartre n'imagine que les issues les plus nauséeuses : personne n'échappera à son propre règlement de compte; personne ne dérogera à cet examen de conscience instillé par l'autre.

    Quant à l'adage sartrien "l'enfer, c'est les autres", il est à relire comme une réflexion sur le miroir trop transparent que l'altérité offre ou impose à notre propre connaissance. Cet effet de miroir signe notre dépendance à l'image que l'autre se donne de nous, de lui; et il ne suffit pas de mourir pour échapper à cette conscience sans cesse réactivée. Remords, regrets, carences, manques, appels du pied du désir accroché au corps...l'humain responsable voit sa liberté s'user à la présence d'autrui et c'est un combat de tous les instants.

    Le metteur en scène a tiré parti d'un rectangle de scène où la mobilité incroyable des comédiens crée un effet de réalisme époustouflant. Ce sont les esprits, les corps, les chairs qui se meuvent et se déchirent. L'homosexualité d'Inès répond à la séduction massive de l'homme par une Estelle en chaleur. Garcin, cruel et goujat avec sa femme, cède comme un chien qui aboie sous l'ordre. La supériorité d'Inès, femme forte, méprisante, chatte et féline féroce, laisse tomber les répliques comme autant de condamnations imparables.

    Les comédiens (Amélie Segers, Vanessa Mauro, Tanghi  Burlion, Raffaele Giuliani) donnent chair et force, ferveur et tension aux personnages qu'ils endossent. Ces jeunes comédiens, à peine sortis du Conservatoire ou en quatrième année, vibrent, jouent de leurs corps comme peu peuvent le faire avec autant de vérité. Chapeau à leurs prestations!

    Un très beau spectacle théâtral!

     

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    http://www.xltheatredugrandmidi.be/