• TROIS PETITES FICTIONS à propos des SUPERMARCHÉS

    Un bon plan

    Pour me faire de l'argent de poche, je me suis fait tatouer sur le corps le plan d’un hypermarché. Avec des sigles pour les différents secteurs : pomme pour les fruits & légumes, tournevis pour le bricolage, brouette pour le garden, pièce de viande pour la boucherie, oeuf pour la crémerie, € pour les caisses... Contre une piécette, je pousse les caddies des séniors dans la labyrinthe des rayons en leur servant de guide. Mais le rusé gérant qui a flairé la bonne affaire a déjà à mon insu fait photographier ma peau via les caméras de surveillance pour insérer le graphe dans les folders. J’ai eu beau clamer le copyright, je travaille sur son terrain. Heureusement certaines clientes assidues préfèrent toujours l’original à la copie.   


    images?q=tbn:ANd9GcSJTq03KlR20oe7sxJNrq0dL5XV4GWiLBinsAcVj_z5y5yz-NE4u_837u0


    Les connes habitudes

    Chaque samedi matin, je vais perdre ma mère au Carrefour tandis que je me rends au rayon des magazines pour lire toute La Nouvelle Gazette et, s’il me reste du temps, les pages Sports de La Dernière heure. Six heures après l’avoir laissée, j’entends que Ghislaine attend son fils à l'accueil après qu'elle a mangé pour dîner une pleine caisse de Lays au ketchup et un kilo de M&M's. On me fait les poches avant de sortir car immanquablement j’essaie d’emporter Ciné-télé-revue pour mon père resté à écouter Radio Contact avec les mouflets sur leur Iphone dans la Peugeot Partner même pas customisée.


    images?q=tbn:ANd9GcSJTq03KlR20oe7sxJNrq0dL5XV4GWiLBinsAcVj_z5y5yz-NE4u_837u0


    À chacune son rayon

    Cet homme marié donne hebdomadairement rendez-vous à ses amantes au supermarché. Telle semaine, au rayon crémerie, il rencontre Louane. À la papeterie, Herberte. Au comptoir des poissons, Mitsuki. Aux cosmétiques, Lamia. Aux plats préparés, Apolline. Aux fruits et légumes, Prune. Aux produits surgelés, Marie-Baptistine. À la boulangerie, Oriane. Aux boissons, Cyrine. Aux produits d’entretien, Léon (un extra). À l’animalerie, Laurédane. Au rayon bricolage, Ibtissame. Aux articles de sport, Maëlle . À la lingerie, Zohra. Au articles de jardin, Dahlia. Aux caisses, Célène. Sur le parking, Lyloo... À son retour, sa femme examine son long ticket de caisse.

    « Je n’ai rien oublié, au moins, s'inquiète-t-il.  

       - Non, au contraire, mon chéri. On dirait que d’une semaine sur l’autre tu découvres de nouveaux rayons... » 


    images?q=tbn:ANd9GcRlpI5KWAJxx3XV7ZjBuDeSyPF0gDEDO_LtLFrcHHG0Y1GFvSltWRt9Yxk


  • Quatre filles sauvages

    images?q=tbn:ANd9GcRazKSjtwouc1MXmStTXAVDjqtl6wnTyZLzos8p_uTKgTfSepJYiBZsrVJf

    Savages est un groupe de "rock post-punk" anglais, formé en 2011 et constitué de Johnny Beth (chant), de son vrai nom Camille Berthomier, Gemma Thompson (guitare), Ayse Hassan (basse) et Fay Milton (batterie).

    Elles ont sorti leur premier album en mai: Silence yourself

    Leur site (noir et blanc): http://savagesband.com/

     






  • LES LOUVES de Silvana MINCHELLA

    images?q=tbn:ANd9GcTcmCuZgKiwkDn-jI6ijyV7dtXcRf1oh4jjFcxab6Mtafe8TjqC-f2JG-YQuatre femmes puissantes

    Il y a un éclatement du moi, une désintégration de l’identité chez les personnages de Minchella. Une explosion de l’ordre de la sensualité et de l’esprit de justice qui déborde le cadre étroit du temps et de l’espace. C’est notamment dans le magasin d'écriture de la science-fiction et du fantastique qu’elle va chercher des outils propres à mettre en scène et à développer ses récits.

    Parce qu’elle est consciente que, de tout temps et en tout lieu, la femme, corsetée dans un modèle, a été limitée dans ses actions, son champ du possible a été contraint et elle a toujours peiné à trouver les voies et les voix par où s’épancher.

    images?q=tbn:ANd9GcRW0nWlu00hC5WyU_9p6SaCAk6VmKvo70dxCgHbvXG63thmyO1FhJwaDgLes Louves racontent quatre femmes.

    D’abord, Gina. Gina vit dans l’Italie d’avant la Seconde Guerre Mondiale qui a ignoré jusque là quel homme la dirigeait et qui est occupé à la mener dans le mur de l'Histoire.  Elle n’a pas vingt ans et son corps destiné à enfanter s’est déjà refusé à le faire par deux fois, ultime et pire insoumission de la femme aux yeux de la société, de la famille. Gina ne connaîtra le plaisir sensuel que dans les bras d’un Allemand, un réprouvé comme elle, car depuis l’entrée en guerre, les Allemands, d’alliés sont devenus ennemis. Nulle échappée toutefois dans un romantisme éthéré : l’homme se révélera un soldat sans scrupule...

    La deuxième femme, c’est Lucia. C’est samedi soir et elle a un rendez-vous avec un prénommé Paul pour lequel elle éprouve une « vague amitié indifférente ». Des « entités vagabondent » (Lagoulue, Leguerrier, Leclown... ) se disputent sa personnalité en des joutes savoureuses. Elles investissent les esprits d’autant plus facilement que « la plupart du temps il n’y a personne à l’intérieur ». Jusqu'à un accident mortel subi par deux jeunes gens qui font basculer le récit. Lucia, alors, va être investie par l’âme de la morte qui va la transporter, lui faire ressentir tous les émois de l’amour...

    Dans Danse macabre, une histoire d’amour éclatée en mille morceaux est figurée par des confettis, tantôt bleu, rouge etc. qui seront le siège d’autant de souvenirs heureux-malheureux...

    Dans la dernière nouvelle, une mère de famille gagne à la loterie et décide d’acheter en secret une demeure pour les siens. Lors de sa recherche, elle est persuadée d’avoir déjà vécu dans la maison pour laquelle elle a un coup de coeur. Cette quête de la maison la ramène à l’autre qu’elle porte en soi...

    Il court dans le chef des différents personnages le sentiment d’être double, multiple, tant qu’un événement extérieur, une sorte de révélation, n’a pas organisé le tout et entraîné les parties disparates dans une seule direction, enfin unies, unifiées à l'aune de ce nouvel horizon... Sans cela, pas d’enfantement d’aucune sorte, d’accomplissement possible.

    La jeune femme des débuts (du livre, de la vie) revit en quelque sorte dans la femme mûre d’aujourd’hui.

    Silvana Minchella s’incarne dans ses différents personnages pour exister autrement, trouver des réponses à ses interrogations identitaires et vivre des épiphanies. Elle le fait par le biais de l’écriture, c’est le médium qu’elle a choisi pour faire résonner tous les moi qui l’habitent et la poussent de l’avant...   

    Éric Allard

    Lire les "impressions de lecture" de Denis Billamboz:

    http://me.voir.ca/dbz/2013/03/25/les-louves-silvana-minchella/

    Le site de Chloé des Lys

    http://www.editionschloedeslys.be/

    Pour commander le recueil, adressez-vous directement auprès de l'auteure:

    silvanaminchella@base.be

  • La vie intime du VINAIGRE (d'après VINAIGREPEDIA)

    images?q=tbn:ANd9GcRWMxeFxVl3RIYIoml3TVoxhN3KyXDyLRnExioSMvkzLHf9rtLcVyW6GjUY8ALe vinaigre a une mère mais on ne lui connaît pas de père. Même en cherchant bien dans toute la cuisine et derrière le canapé du salon. Le vinaigre est donc un fils naturel sans ascendants clairs. Il est un peu trouble comme breuvage. Depuis longtemps on ne le boit plus pur ni avec de l’eau. Ne pas confondre avec le pastis ou bien la mer.

    Le vinaigre a une fille, la vinaigrette qui se marie avec les salades mais n’a pas horreur du poisson ni des légumes cuits à la vapeur. Elle sauce bien des choses. Elle ne manque pas de sel. Elle condimente bien. Comme on le constate, c’est un bon parti. Mais qui la poivrerait ?

    Le vinaigre sert à beaucoup de choses...

    Il sert à détartrer quand on n’a pas de Colgate sous la dent.

    Il sert aussi à détartrer la machine à café ; ne pas oublier de vider le vinaigre car du vinaigre au café ce n’est pas bon sans sucre, surtout le matin avec des tartines de Nutella.

    Le vinaigre chasse les moustiques mais pas les éléphants.

    Il soulage les pieds des humains mais pas les ailes des anges de la téléréalité

    Il détache tapis et moquettes mais pas les deux coquilles des castagnettes (olé !). 

    Il fait briller les miroirs et les laitons mais pas tous les poissons.

    Il fait disparaître les taches mais pas les cadavres des amis morts, glissés sous la carpette.

    Il pourrait prévenir l’apparition d’otites mais pas de la Vierge Marie (qui est sourde comme un pot de moutarde).

    Il guérit les boutons d’herpès mais pas les boutons de manchette.

    Il soulage les piqûres de guêpes, on l’écrit alors vinêgre.

    Quant au vit nègre, il n’est pas blanc, on s’en doutait.

    Mais le vinaigre ne peut pas toux hormis bronchites & pneumonies.

    D’ailleurs Jésus en avait horreur, il préférait, cela va sans dire, le Saint Esprit de Sel.


    Il y a toutes sortes de vinaigres : à la framboise, à l’estragon, au miel (abeillisé), au ciel (quand il s’est évaporé), de riz, de cidre, de malt, de Chypre, des Iles Canaries & des Cyclades. Il y a aussi du vinaigre de Bruxelles avec des choux, c’est du pickle. Du vinaigre de Londres, avec l’hôtellerie de luxe, c’est du Picadilly ou picallili, moi et l’anglais...

    Cela dit en volant, il n’intéresse pas les pickpokets qui préfère les grosses huiles.  C’est bon avec des frites, tout ce qui pique, poque, pète. Cela donne Lolo Ferrari à la bouche même si c’est gros. 

    Le vinaigre, comme l’eau oxygénée, sert à tuer les bactéries dans l’alimentation du bétail. Cela dit en bêlant. Mais pas les pellicules. Le coiffeur ne décolore pas les cheveux avec. On ne fait pas de films avec le vinaigre. Quoiqu’il y ait des navets et de la daube et qu’en général les marinades au cinéma sont au goût du plus grand nombre.

    Imaginons un instant un film grande surface type Carrefour sur le vinaigre. Avec Dany Boon dans le rôle du vin et Kad Merad dans le rôle de l’aigre. Dubosc jouerait – une fois de plus - le rôle du cornichon et José Garcia celui, étoffé, du chou-fleur. Depardieu en guest-star serait le produit à base d’Organismes Génétiquement Mortifiés et François Damiens, pour ne pas changer, serait à la caméra cachée. Le tout orchestré de main de maître par Abdellatif Kechiche remporterait l’huile de Palme au rayon de la Canne à sucre, tout un programme. Mais restons en l’ail et revenons à nos oignons.

    Comme l’homme, plus le vinaigre balsamique est vieux, plus il est doux - c’est dingue. Un vinaigre de 25 ans s’applique directement sur une boule de glace vanille. Attention, un homme de 25 ans s’applique avec précaution sur tout ce qui ressemble à une boule au risque qu’il devienne de glace et ne soit prématurément plus d’aucune utilité.

    Une dernière info que nous apprend Vinaigrepedia : son pH est compris entre 2 et 3, on s’en fiche, on ne prend pas l’autoroute avec du vinaigre.

     

     

  • MOUSTAKI par Philippe LEUCKX

    images?q=tbn:ANd9GcSMWM5csWptTmHC5cj-yJsyFcH5_LMQ1-wwXsTLl7MFutv6hWPzSi la fluidité, la transparence, la musicalité, les mots partageables de la tribu, l'élégance sont des vertus, alors Moustaki, qui les fêtait avec convivialité et chaleur, est un grand. Je sais, on est à une époque qui chérit les abscons et je lis régulièrement des "poèmes" qui me donnent envie de fuir tant ils sont cérébraux, sans âme, sans coeur, alors je me retourne et je trouve M O U S T A K I , intemporel, avec les mots, qui sont autant de fleurs, autant de pensées nobles.

    A réécouter des titres comme "En Méditerranée", "Alexandrie", "Grand-père", "Il y avait un jardin", "Joseph", "Le métèque", "Les amis" et tant d'autres, c'est toute la beauté qui sourd de ces musiques d'une simplicité royale, cette voix discrète, qui va bien plus profond que les tonitruantes, me semble-t-il.

    La beauté de la musique, de ses "racines et de ses errances", pour reprendre le beau sous-titre d'une des plus belles compilations de l'artiste (BALLADES EN BALADE, premier volume), la qualité du regard sur le monde, ses dérives, ses chants, ses femmes, ses plaies, l'engagement à l'heure où les terres méditerranéennes basculaient dans la dictature, tout Moustaki est là, dans cette attention au monde. De son enfance magnifiée par l'une des plus belles compositions (Alexandrie) à ce portrait de l'adulte, de la Grèce, de l'Egypte à l'Ile Saint-Louis, où il a longtemps vécu, tous ses territoires, il nous les a donnés à lire, passant du Brésil aux îles grecques, traversant la chanson et ses monstres (Piaf, Barbara, Reggiani...) sacrés, fêtés.

    Exact contemporain d'Anne Sylvestre (née comme lui en 1934), fidèle à une composition soignée de la chanson poétique ( à la Ferrat, par exemple), en marge des grands ténors qu'il connaissait et admirait (Ferré, Brassens), il laisse trace, ce mélange inaltérable de poésie des mots et des sons, de sens du paradis perdu retrouvé de la fête et de la beauté.

    Je l'en remercie.

    P. L.  

     


     


  • La fracture

    images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYYpar Denis BILLAMBOZ

    « La France est l’esprit de mon âme. L’Algérie est l’âme de mon esprit. » Combien sont-ils comme Jean Amrouche, grand poète kabyle francophone, frère de Taos que j’ai déjà présentée dans cette rubrique, à avoir rêvé d’une dualité complémentaire entre la France et ses anciennes colonies du Maghreb ? Des milliers au moins, des millions peut-être ? Mais le rêve n’est jamais devenu réalité, la fracture semble irréductible. Au cours des derniers mois, j’ai eu l’occasion de lire un livre de Jules Roy, ami de Jean Amrouche et de Camus, évoquant cette fracture et un livre de Mustapha Tlili, un Tunisien émigré, regrettant lui aussi la fatalité de cette rupture inéluctable, définitive et dommageable pour tous. Avant la fin de sa vie, vers le milieu des années quatre-vingt-dix, Jules Roy a fait un dernier pèlerinage en Algérie pour se recueillir sur la tombe de ses parents et amis, et Mustapha Tlili situe son récit en 1992, ces textes peuvent donc être lus dans la continuité pour constater comment les deux auteurs voyaient la situation à cette époque.

     

    1043773_3018325.jpgAdieu ma mère, adieu mon cœur

    Jules Roy (1907 – 2000)

    C’était un 2 novembre, quand les gens vont fleurir les tombes des leurs, en 1994 ou en 1995 ou une autre année au début de cette décennie, il ne se souvient plus exactement, que Jules Roy, au soir de sa vie, en a eu marre de ne pas pouvoir, lui aussi, fleurir la tombe de sa mère et de tous ceux qu’il a laissés dans des cimetières algériens, il décida donc, sous le coup de la colère, de retourner dans son pays natal malgré tous les dangers que cela représentait à cette époque là.

    Et c’est ainsi qu’il retrouve Alger,  Alger la blanche, Alger la putain, transformée par trente années d’indépendance et une guerre civile qui ne voulait pas dire son nom mais bien visible dans les rues envahies de policiers en armes et obstruées de barrages. Le FIS, le GIA, les islamistes, les barbus, les ninjas rivalisaient de violences et de cruauté, massacrant à tours de kalachnikovs des innocents sans raison, pour des raisons futiles et même simplement pour le symbole qu’ils pouvaient représenter à leurs yeux. Les journalistes et tous les représentants de la moindre once de culture occidentale étaient des victimes de choix. Alger et sa région étaient devenus le terrain de jeux mortifères des ninjas et des barbus qui rivalisaient de cruauté et de sadisme.

    La première et certainement la dernière fois que Jules Roy a pu se recueillir, sous la protection de la police, sur la tombe de sa mère et des siens après l’indépendance. Un dernier pèlerinage avant la fin de sa vie pour retrouver sa mère, son vrai père, celui qui lui a donné son nom, son frère consanguin, son frère utérin, l’oncle Jules, la grand-mère, la famille, les amis et Meftah celui qu’on n’entendait jamais mais qui était toujours là  quand on avait besoin de quelqu’un. Et surtout des souvenirs, un afflux de souvenirs, issus de l’enfance, de l’adolescence, des événements, de l’indépendance, de la fracture, des erreurs, des honneurs, du deuil jamais fait.

    Un océan de nostalgie, un voyage dans le temps où l’Algérie était française, dans la famille de Jules Roy, dans l’histoire des relations franco-algérienne, dans un pays prospère où les colons méprisaient, le plus souvent, les autochtones où un fossé séparait déjà les deux communautés. Camus avait choisi sa mère au détriment de la justice, Jules Roy a choisi la justice, sa mère méprisait les bicots, « les troncs de figuiers », il s’excuse sur sa tombe de lui avoir donné tort mais il ne pouvait pas la suivre dans ces errements, il avait vu la guerre en Indochine et avait alors décidé d’abandonner l’armée sans cependant accabler ses compagnons d’armes. Les Arabes ont participé aux deux grandes guerres mais ont toujours été traités avec condescendance et mépris, la réconciliation et la fraternité n’ont jamais été possibles. Les deux communautés vivaient, et vivent encore, un amour impossible, une passion dévorante, une cohabitation et une séparation tout aussi impossibles. « Elle avait tort, ma mère, d’accabler les Arabes avec les mots qu’on employait dans toute ma famille et chez presque tous les colons d’alors. »

    Avec son écriture brève, rapide, précise, juste Jules Roy nous lègue, en héritage, dans ce livre-testament, un bilan synthétique d’un demi-siècle d’histoire franco-algérienne où le peuple algérien ne trouva jamais la paix car, comme disait sa mère : « Ils jouissent de voir le sang couler ». Le testamentaire pense, lui, que la responsabilité de la dégradation du pays incombe prioritairement à la colonisation, aux colons et au pouvoir corrompu qui a pris la suite. Il veut croire en un autre avenir même s’il a vu ces jeux morbides qui dévastent le pays et trouvent leur prolongement dans les violences de nos banlieues. La présence prégnante dans ses souvenirs de Camus, Amrouche et quelques autres intellectuels qu’il a fréquentés, quand il était jeune en Algérie, l’incite à plus d’optimisme. Camus lui a fait découvrir l’homme arabe, il lui a appris qu’« ils ont comme nous… », il disait  « Camus m’a appris la justice, Amrouche m’a appris à écrire. »

    Mais voilà, au début des années quatre-vingt-dix, quand Jules Roy accomplissait son pèlerinage, les extrémistes musulmans s’étaient dressés contre le pouvoir corrompu et, ensemble, ils s’étaient livrés à la destruction de ce qui restait du pays après la guerre d’indépendance et les exactions qui en ont découlé. Ce pays qui était un véritable joyau et qui devait devenir un état riche, a été vidé de tout ce que l’Occident lui avait apporté, même l’instruction, les Islamistes ont ajouté les ruines aux ruines, l’obscurantisme à l’ignorance, la cruauté à la violence. « Pour les imams du FIS, les femmes existent pour fabriquer des futurs chômeurs que Dieu emploiera à tuer ceux qui ne se conforment pas aux préceptes de la religion. » Et, un jour « Dieu montrera qu’Il est puissant et le seul Dieu, et les machines volantes, réduites en monceaux de ferrailles brûlantes avec passagers et pilotes carbonisés, chanteront la gloire du Tout-Puissant. »

    Un instant tenté par l’OAS afin d’éviter la fracture définitive, Jules Roy a fait le pari de l’humanisme espérant que Français et Algériens pourront un jour proclamer comme Jean Amrouche, le poète : « La France est l’esprit de mon âme. L’Algérie est l’âme de mon esprit. »

     

    41l%2BeffH7WL._SL500_AA300_.jpgUn après-midi dans le désert

    Mustapha Tlili (1937 - ….)

    Un après-midi, en 1992, comme chaque fin de mois, dans un bled aux confins du Sahara, Sam le facteur reçoit le sac de courrier qui apporte des morceaux de vie dans ce trou que le désert ronge lentement mais sûrement, des bouts de vie mais aussi des subsides venus de l’étranger pour faire vivre une population ruinée. Il trie et ouvre les lettres qu’il devra distribuer, et souvent lire, à tous les vieux appauvris vivant encore dans ce coin perdu, abandonné par les Européens (l’instituteur, le facteur, les gendarmes, les légionnaires) et déserté par les jeunes qui vont chercher fortune ailleurs. 

    Aujourd’hui, Sam le facteur reçoit une lettre de Petit-Frère, le rebelle qu’on croyait mort, un courrier qui pourrait mettre un point définitif à une histoire qui s’est déroulée en 1957 et qui fait remonter beaucoup de souvenirs à sa mémoire, des souvenirs qu’on lui a racontés, datant d’avant sa naissance, en 1947, après le départ des combattants du désert ; des souvenirs de son enfance avec Petit-Frère, en 1955, avant que celui-ci poursuive ses études dans la capitale puis à l’étranger ; des souvenirs de la vie dans ce village isolé où se nouent des amours, des passions, où se règlent des comptes, où s’écrit un autre avenir pour ses naufragés des confins du désert. Des souvenirs aussi  de l’histoire d’Hafnawi, seul survivant d’une grande famille de bédouins décimée par la famine de 1947, qui s’est imposé par la force aux légionnaires et par la séduction à l’hôtelière et  à toute la colonie européenne ; il est l’acteur principal des événements qui pourraient trouver leur dénouement définitif dans la missive reçue par Sam qui la cache dans son bureau sans l’ouvrir.

     Un roman en forme de parabole de l’histoire de la Tunisie depuis la fin de la dernière guerre mondiale dans un huis clos installé aux confins du désert nord-africain par un auteur ayant lui-même connu l’exil. Un huis clos qui rassemble  tout ce qui composait la Tunisie pendant cette période : les Européens arrogants et méprisants mais vecteurs d’instruction et de modernisation, garants de la paix ; le village de La Source et le douar ; les dictateurs et leurs sicaires, loin là-bas à la capitale ; les frères extrémistes comme Petit-Frère ; les exilés comme l’Américain, frère de Petit-frère, qui a fait le choix de l’instruction à l’étranger (comme l’auteur) ; ceux qui se fossilisent au pays comme Sam le facteur et les femmes veuves ou abandonnées ; le juif ; les affairistes chinois et le seul qui est peut-être à sa place, celui qui affirme la pérennité de l’Afrique désolée, souffrante mais toujours vivante, celle des peuples premiers en osmose avec la nature, le bédouin qui a survécu à la catastrophe, au mépris et aux intrigues des blancs et aux luttes pour le pouvoir. Une parabole de l’affrontement entre les colons et les autochtones, entre les indigènes favorables au pouvoir et les extrémistes révoltés et violents, de l’Afrique livrée aux envahisseurs et de l’Afrique permanente des peuples premiers. Enfin, une parabole de l’Afrique du nord qui s’effrite, rongée par le désert, comme ce village qui se vide par les extrémités, les vieux qui meurent et les jeunes qui partent.

    Un morceau de l’histoire d’un pays au nord du Sahara, les lieux ne sont jamais nommés, en Tunisie probablement, terre natale de l’auteur, raconté par un narrateur, lui aussi exilé, qui laisse la parole à Sam le facteur pour évoquer les événements contemporains du récit et à Hafnawi le bédouin pour parler des faits plus anciens.

    Une évocation de tous les malheurs qui accablent régulièrement ce pays ; une pointe de nostalgie pour la paix et le calme qui régnaient dans ces villages perdus quand les Européens y apportaient la culture, l’instruction et un certains confort ; une manière de déplorer  les errements des dictateurs et l’obscurantisme des extrémistes qui ont conduit les indigènes à choisir trop souvent entre l’exil, comme l’Américain, et le terrorisme, comme Petit-Frère ; une façon de déplorer la dépendance financière du pays par rapport à l’étranger et finalement un regret très fort de constater que l’affrontement religieux est devenu inéluctable entre musulmans et chrétiens. « Depuis plus d’un demi-siècle, sous nos yeux effarés, un monde meurt inexorablement et un autre naît et n’en finit pas de naître… Et domine… les esprits et les consciences, une violence qui semble sans fin. Comme hier, elle oppose, hélas !, musulmans et chrétiens. Et hier comme aujourd’hui, ce sont des individus innocents qui font les frais de ces vicissitudes de la fortune. »

    Finalement un regard  pessimiste sur l’Afrique du Nord, malgré la présence intemporelle des peuples premiers, un regard empreint de désillusion, de résignation, de fatalité et d’acceptation de la catastrophe qui revient sans cesse envahissant même le texte.

  • Deux femmes

    Femme-yeux
    À mesure qu’elle vieillissait, cette femme se dépouillait de tous les traits de son visage. Ne restait que ses yeux. Le bleu intense et un peu douloureux, un peu vide de ses yeux. On découvrait que tout son corps avait été au service de son regard, qu’il n’avait eu pour fonction que mettre ses pupilles à l’avant-plan, qu’après cette apothéose il n’avait plus lieu d’être et pouvait disparaître puisque subsisterait toujours l’éclat admirable et un rien inhumain de ses grands yeux. Comme une mer infinie affranchie de la règle de la terre et des marées.


    images?q=tbn:ANd9GcRx5Fc19V9Vvjhr-Vgi4NxHTMX3QVjkXLCnBwc0vuqn4m-GJfukugvd6TY


    Les plus belles épaules *

    Ma femme possède les plus belles épaules du monde. C’est pour cela que je l’ai choisie. Deux merveilleuses épaules qui n’encadrent nul corps, nulle tête, et cela n’a rien d’horrible, au contraire. Telle une sculpture d'Arp ou de Brancusi, la forme de ses épaules est si parfaite, leur surface si lisse, qu’elles suffisent à mon bonheur. Plusieurs femmes ont tenté de m’arracher à elles, des femmes-genoux, des femmes-ventre, des femmes-bouche et, même, un jour, une femme-cou. Mais je suis resté attaché à ces demi-globes durs et soyeux. Il faut dire que ma femme cumule d’autres charmes : tapies au creux de ses deux magnifiques demi-lunes sont lovées des aisselles duvetées pareilles à des nids d’oiseau. J’ai beaucoup de chance.


     

    images?q=tbn:ANd9GcT2QHx9WIfoOm-fJfAPYHzMcK-pK3Xhfc3T9uKF0LaAmuBNHwu6x9F4t_bp-Q



    * extrait de Penchants retors, E. Allard, Ed. Gros Textes. 

  • Georges Moustaki (1934-2013)





  • La danse de la réalité / Alexandre Jodorowsky

    Un bel entretien avec A. Jodorowsky, 84 ans, qui présente son dernier film, La danse de la réalité, à Cannes. On apprend d'ailleurs qu'il en prépare un autre. Il s'explique entre autres choses sur sa filiation avec Fellini...

    http://plancreateur.wordpress.com/2013/05/22/jai-mis-presque-un-siecle-pour-trouver-ma-voix/

    Un article de Télérama:

    http://www.telerama.fr/festival-de-cannes/2013/le-grand-retour-au-cinema-d-alejandro-jodorowsky,97607.php




  • Le bouquet

    images?q=tbn:ANd9GcR8TL0OdREHyf-hLZU4Dk_oPYUE_vfFOmcu_aptpK0gV2dhHHpmbGvVLPoCet ex-fleuriste composait des bouquets d’yeux qu'il vendait, cela va sans dire, à un prix exorbitant. Car combien d'énucléations pour une seule gerbe.

    Au début, il pratiquait comme un boucher, retirant la vie à un corps pour deux pauvres mirettes, quel gâchis ! Ensuite, il acquit de l’expérience et de la délicatesse: il parvint à énucléer sans trucider, se contentant d’aveugler. On peut vivre sans voir, quand même ! N'emmagasine-t-on pas assez d'images pour ensuite, si on perd la vue, deviner, imaginer, rêver d’autant mieux qu’on sait qu’on brille ailleurs.

    Par ses propres yeux arrangés en bouquets aux iris irisés et aux paupières-pétales dans les bleu cil, vert turquoise ou marron violacé.  Que s'offrent, l’œil ému, humide, à la Fête du Crime des assassins transis, se remémorant toujours avec nostalgie leur premier meurtre. On peut alors se réjouir d’avoir été l’artisan d’une œuvre et d’une entreprise de consolation sans précédent. 


  • Un privé à bas bilan / Éric Dejaeger

    On en reparle bien vite!

    Pour commander:

    http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

    Pour participer sur Facebook à l'évènement de la sortie du livre:

     https://www.facebook.com/events/487312311342559/

    Un privé à bas bilan, Éric Dejaeger, Cactus Noir #7, 230 pages, ISBN 978-2-930659-12-1, 15 €

    cover-complete-3.jpg?fx=r_550_550

  • Microbe: "La revue si petite et si légère qu'elle pourrait un jour décoller"

    2716422904.jpg

    Entre plage et pluie, un numéro de saison qui réchauffe autant qu'il secoue.

    Des aphorismes piquants, se jouant des mots et des pensées toutes faites, de Dr. Lichic ("En hiver j'ai des céphalées. Moralité: Hiémal  à la tête") et de Georges Elliautou ("Dès la fin de la messe, on s'empresse de faire une transfusion sanguine au Christ qui n'arrête pas de donner son sang.")

    Des poèmes en vers de Pedini, Garcia, Maine, Vidal, Ellyton, Couvé, Riet, Sanfilippo, Birnbaum et du Canadien anglophone Jason Heroux comme des chansons perverties dont on aurait tordu les sons et le sens.  Deux petites fictions blasphématoires de Louis Mathoux  

    Un texte touchant, entre imaginaire et réalité, de Raymond Penblanc autour d'une noyade. Et, pour finir, la confrontation entre un chat à moitié sauvage et un lecteur qui ressemble fort à Éric Dejaeger...

    Sans oublier trois collages forcément iconoclastes d'André Stas.

    E.A.

    Au sommaire du Microbe n° 77, on retrouve donc :

    Daniel Birnbaum - Jean-Marc Couvé - Éric Dejaeger - Georges Elliautou - John F. Ellyton - Cathy Garcia - Jason Heroux - Dr.Lichic - Antoine Maine - Louis Mathoux - Jean-Baptiste Pedini - Raymond Penblanc - Morgan Riet - Salvatore Sanfilippo - Philippe Vidal

    Les collages sont signés André Stas.

    10 # + 5 Mi(ni)crobes pour 17 € (en Belgique) et 22 € pour l'Europe.
    Sans les mi(ni)crobes, c'est 5 € moins cher.  

     Si vous êtes intéressé(e), contactez Éric Dejaeger via son blog:

    http://courttoujours.hautetfort.com/

  • LOIN DU MONDE de Sébastien AYREAULT (éd. Au Diable Vauvert)

    images?q=tbn:ANd9GcQ-EVc8b4MYTqx83QFpb1hs0-Lpqk0j9I3arvSCjZnyaGNj5uSEPasbJiEL’adieu à l’enfance

    Loin du monde de son enfance, Sébastien Ayreault (qui vit à Atlanta) signe un premier roman papier* très remarqué par les médias, et non des moindres. Il raconte les dix ans de David Serre à Cholet dans un milieu modeste, entre un père démonstratif et une mère plus avare de sa tendresse.

    « On habitait loin du monde. Tellement loin, me semble-t-il, que le monde lui-même ne savait pas qu’on existait. Sûr qu’on n’allait pas devenir grand-chose en restant là, mais sûr aussi qu’on s’en foutait. »

    Lui aime Tintin ; son père, Johnny. Il dépeint un milieu social, une région de France et un âge de passage qui, à plus d’un titre, va être particulièrement marquant.  Entre petite sœur à venir et père sur le départ pour la ville en quête d'un nouvel emploi, il découvre en vrac et avec la violence des premières fois la brutalité des copains, l'obsession des filles, que le Père Noël n'existe pas... Cela pourrait être convenu et nous rester étranger si Ayreault ne nous donnait pas à vivre sa vie ou, à tout le moins des éléments, comme étant la nôtre, les nôtres. D’emblée on suit les personnages sans se demander quels rapports véritables ils entretiennent avec l’auteur. Il nous plonge au plus près des émotions, qui vont du rire aux larmes en passant par les frayeurs propres à cette période de l’existence, au moyen d’une écriture souple faite de phrases concises, qui font mouche.

    Le roman se termine par un coup d’arrêt brutal. Comme l’enfance quand elle cesse pour chacun d’être vécue comme telle et s’inscrit dans un temps mental qui prendra,  pour certains, la forme d'une nostalgie plombante, pour d’autres, la forme d’une énergie vitale féconde. La fin du récit appelle une suite. Ce sera le cas, apprend-on.  Ce premier roman est donc le volet d’une trilogie qui normalement retracera la vie de David Serre, calquée sur celle d’Ayreault, à intervalles de dix années, et qui paraîtra chez le même éditeur, Au Diable Vauvert. À suivre, donc.

    Eric Allard

    Quelques liens (parmi de nombreux) vers des critiques du roman:

    http://www.lexpress.fr/culture/livre/loin-du-monde_1205501.html

    http://www.lefigaro.fr/livres/2013/01/09/03005-20130109ARTFIG00675--loin-du-monde-de-sebastien-ayreault.php

    http://blog.epagine.fr/index.php/2013/02/la-voix-de-sebastien-ayreault-loin-du-monde-au-diable-vauvert/

    ...

    Sébastien Ayreault chez StoryLab:

    http://www.storylab.fr/Auteurs/Sebastien-Ayreault


    Sébastien est aussi auteur-compositeur et interprète.

    Voir son blog =) http://ayreault.blogspot.be/

  • Il y a leçon des hauts murs / Philippe Leuckx

    I

    La maison menacée

    L’on a détruit le porche et l’âme

    Le cœur pend aux plafonds

    Comme des entrailles éventrées

    L’escalier meurt

    Entre des barreaux

    Et je plonge vers les fonds



    II

    Leçon des hauts murs

    Un peu bravaches tout de même

    Nos gestes qui courent la lumière

    Comme on poudrerait

    Le visage d’un mort

    Et ce vin d’ombre

    Sous le cœur



    III

     Je m’efface

    C’est le soir

    Il reste un peu de nous aux façades

    D’écaille

    Je consens à l’obscur

    Qui nous perdra

    Là où se perd l’étoile


     

    IV

    Et l’air a l’argile

    D’une rumeur éparse

    On vient coller

    Aux portes

    Un cœur bien trop grand


     

    V

    On revient des lisières

    Des abris

    Des sentes claires

    Que n’a-t-on espéré dans le coin

    Métissé d’ombres ?

    On allait à contre-sang

    Noyer nos nœuds et nos chagrins

    Et les mots

    Cortège à notre doute

     

    VI

    Avec le soir avance l’espèce de patience

    Qui s’ose dès vent tombé à l’heure de la louve

    Avec l’herbe encore chaude sous la main

    Et le corps placé entre jour et nuit

    Dans la caresse des roses

    Dans l’instance des pertes

     

     

    VII

    Il y avait vent et temps au milieu de la sente

    On avançait à rebours de l’enfance

    Les fleurs au cœur

    Mas rien n’épuise autant que le regard qui fouille

    On est parfois en retard sur soi

    On vit d’ombre



    VIII

    L’air trempe un bout de chiffon vers le ciel

    On n’a rien vu du reste

    L’enfance a de claires allées

    Qui jardine pousse le vent

    Les murs de la ville ont d’étonnants parages

    Et les mots ont pour eux l’ombre des arbres



    IX

    Le bleu dépasse le vert les branches le soir

    Décante ce qu’il reste d’air

    Les promeneurs ont l’espace devant

    L’on sait peu de chose l’on fait peu de cas

    De ce qui tombe entre les pans les murs

    La vie cède ses ombres à l’heure qui mène


    P.L.

    (inédits 2013)

    Derniers titres de Philippe Leuckx

    • Au plus près, 2012, Ed. du Cygne (F).
    • Déambulations romaines,(en collaboration), 2012, Ed. Didier Devillez.
    • Quelques mains de poèmes, 2012, L'arbre à paroles.
    • Dix fragments de terre commune, 2013, La Porte (F), à paraître.

     medium_leg-maison-abandon.jpg

  • XXIème Cabaret poétique au Périscope à Lyon

    306014_10151274135253872_447538968_a.jpgA l'initiative de Frédérick Houdaer (ci-contre), CE DIMANCHE 19 MAI, à 17h, au PÉRISCOPE (13 rue Delandine 69002 LYON, métro Perrache, entre les deux prisons vides ou ce qu’il en reste !), le XXIème Cabaret poétique réunira Éric DEJAEGER (ci-dessous), Michaël GLUCK, Claire RENGADE & Anna de SANDRE.

    images?q=tbn:ANd9GcTWPQJbNX29qAUICzukdmKJLyFJojE5wLlvG8XNbUlAgz5DKsA45FHWRUk

    Entrée GRATUITE (sous réserve d’une inscription pour l'année au Périscope de 2 €, si vous ne l’avez pas déjà souscrite).


    Des photos des Cabarets précédents :
    http://houdaer.hautetfort.com/animateur-du-cabaret-poetique/


    Quatre articles consacrés au Cabaret Poétique :
    http://laurentcachard.hautetfort.com/archive/2012/01/08/etude-anthropoetique.html
    http://houdaer.hautetfort.com/archive/2010/12/13/un-article-consacre-au-cabaret-poetique.html
    http://houdaer.hautetfort.com/archive/2011/05/23/la-scene-et-le-cabaret-poetiques.html
    http://paulinecatherinot.kazeo.com/external/http://encephalogrammeduspectateur.wordpress.com/

    Pour participer à l'évènement sur Facebook:

    https://www.facebook.com/events/182897651865861/

  • La bise au pied

    images?q=tbn:ANd9GcSCYlqPiv72SJn2YylBNrrHfwrGqMlvdTEVnCbq5KSMMfUhofnM46ogfNzxCette collègue a de si beaux pieds que, lorsque je la vois, je ne lui fais pas la bise, je lui empoigne les orteils et, si elle veut me serrer la main, je tiens à baiser le dessus de son pied. Ainsi, j’alterne les plaisirs. Cela la fait rire. Sans parler, pour répondre à mon salut amical, de l’excitation à la voir se déchausser bien qu’elle soit toujours légèrement chaussée, même en hiver.

    L’embêtant, c’est que ça va vite, très vite. Je ronge mon frein le reste de la journée, à ressasser mon action du matin. Je suis comme un loup en cage jusqu’à ce que je la revoie. Parfois, elle est pressée et, comme à tout le monde, elle me tend une joue distraite. J’enrage. Mais j’ai pris à son insu une courte vidéo de son pied avec mon portable. Onze secondes de pur bonheur, que je me repasse tous les soirs en cachette et qui me porte, vous vous en doutez, aux nues.

    Les photos tirées de la vidéo ornent les murs de mon bureau. Habilement exposées parmi celles, nombreuses, des pieds de ma femme qui n’y voit que du feu parmi tous ces clichés, bien semblables pour une profane, quand elle vient me présenter ses nouveaux talons aiguilles. Mais les pieds de ma moitié ne sont plus ce qu’ils étaient. À force d’opérations esthétiques, ses pieds trop tendus ont perdu toute expression. On dirait les pieds d’une statue. Le soir, je ne leur rends plus hommage avec autant d'empressement que jadis. 

  • Foot fetish

    images?q=tbn:ANd9GcS422wGYcFXoqijmwTfRx8Pj3j_iUojCRcueY0cp54TmgOH_GfN5HQ_5wMa femme pratique le striptease du pied dans une boîte pour monomanes, retraités de la marche, vieux amateurs de Sandie Show. Elle a commencé par travailler chez Bata Shoes: à force de voir les pieds des autres, cela lui a donné l’envie d’exhiber les siens et elle ne s’est plus arrêtée. Mais pas question de lui voir un orteil dès qu’elle est rentrée, elle traîne dans des paires de chaussettes de laine ficelées aux mollets… même quand on fait l’amour. 

    Un jour, n’y tenant plus, le menton orné d’une barbe postiche, et chaussé d’une paire de lunettes noires, je me suis rendu sur son lieu de travail. J’ai apprécié son art de l’effeuillage, qui met autant de temps à dévoiler l’objet des convoitises que si elle enlevait tout ; une experte, pour sûr !

    Je suis rentré avec une trique du feu de Dieu et, lors de son retour, ça n’a pas manqué, j’ai à toute force voulu voir son pied nu. Elle m’a traité d’obsédé, m’a dit qu’elle ne voulait pas qu’on lui rappelle le boulot à la maison et m’a envoyé me faire voir. Pendant la nuit, j’ai franchi le pas, j’ai déchiré sa chaussette et violé son peton droit. Depuis, elle est en incapacité de travail pour trois mois et me fait une tête de voûte plantaire. M’en fiche, j’ai pris quantité de clichés de son pied sous toutes les coutures avant de passer à l’acte.

    Extrait de Penchants retors, Éric Allard, éd. Gros Textes

    http://rionsdesoleil.chez-alice.fr/GT-Editions2009.htm

  • Un relais

    images?q=tbn:ANd9GcTCzzBxUkwvKniDs27VPXZUoV3l7LRea5M9QbTvIVG0d46bq48G63aDUQUn post récent, celui de mes dix petits poèmes, relayé avec bonheur sur le blog de Denys-Louis Colaux avec un texte d'introduction. Merci!

     http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/archive/2013/05/16/eric-allard.html

    Le blog généreux de Denys-Louis COLAUX, avec ses nombreux coups de coeur littéraires, musicaux et artistiques, toujours richement illustrés. 

    http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/

  • Les petites incivilités (liste non exhaustive)

    images?q=tbn:ANd9GcSTkqfJkfwGfbIjVb4uTjs_6XifjqCbRm7oargWq2V3XDg7qvWjtw

     

    casser une patte à un connard

    tordre le clou à un marteau

    pisser dans l’œil du cyclone

    faire le poirier sur un fraisier

    attaquer une petite bielle avec un vilebrequin

    se faire prendre en Laurette (en plein congrès du PS)

    faire l’aumône dans la nue (et ne récolter que des nuages)

    marcher à quatre potes en filles indiennes

    rire des endimanchés un lundi aux mains gantées

    marquer un but dans sa propre cause

    loucher avant d’être marié (avec un(e) opticien(ne))

    écraser un moustique de couleur

    faire un oeuf coulant avec le blanc cou d’une autruche

    manger l’herbe haute d’une girafe

    croquer un homme politique sans goût ni tête

    craquer une amulette

    donner un titre vain à un noble vide

    détricoter l’ancien pull marine d’Isabelle Adjani, la lainer

    chanter du Léo Ferré avec la voix de Mireille Mathieu, l’aliéner

    danser du Jean-Louis Murat avec le déhanché de Christophe Maé, le mater

    couper l’auréole à une sainte

    copier l’aréole d’un sein 

    images?q=tbn:ANd9GcQi1xBh_wz18FR0J-3bhd2CHHxcYjtirIzmrHMvLATlbMU3cuMx

    femeniser son torse nu d’inscriptions tripales

    huiler les mains de son fesseur (et ses doigts au cas où)

    solariser les enfants des lointaines galaxies

    masquer son plaisir de bien ranger sous des ahanements d’arrangeur bêta.

    réunir dans l’évier les instruments d’une sédition contre le lave-vaisselle

    peindre avec les pieds le portrait d’un réflexologue plantaire

    estomaquer une esthéticienne avec Les Anges de la réalité

    aveugler son voyant avec un avenir électrique

    augmenter le volume de sa radio des poumons jusqu’à la tumeur

    mélenchoniser son auditoire

    laisser vallser le PSG sur les Champs Elysées

    laisser barjoter les dernières frigides

    échanger un livre pour rire du roi de Deborsu contre une météo pourrie de Trullemans

    faire le don d’un organe en chocolat à un futur transplanté du foie  

    cracher dans la soupe des relations bouillonnes

    s’inciviliser sans s’isoler

    magnettiser les syndicats

    écha(faud)uder l’atmosphère

    poétiser dans le désert (culturel)

    achever un installateur de panneaux solaires tombé dans le panneau des certificats verts

    garder un rire sous le coude pour taper du poing sur le sable avant de rendre la mer responsable de l’absence de goût de l’eau potable

    ... 

     

    images?q=tbn:ANd9GcQqahvgOgrx3Ne_WApcImLp2aUoNGZr6-CXNCayf8SgVJf2cH1Pxg


  • DIX PETITS POÈMES

    la poésie

    parfois la poésie coule de source

    loin des fleuves du dire

    dans les bocaux de la littérature

    les poissons des mots flottent

    entre deux phrases

     

    parfois la poésie se couvre de prose

    c’est qu’il va pleuvoir

    toutes sortes de choses

    c’est qu’il va falloir

    rentrer sa muse

     

    images?q=tbn:ANd9GcQk6OE_DrA2Cez3MkmwVYmrEqqb5t2A9BXha30BfKKD5mAFx5xvx9XO-44

     

    c'est une maladie

    c’est une maladie qui se refile

    de père en fils

    comme une épidémie

     

    aucun médecin

    aucun traitement

    ne peut la contenir

     

    sinon la mère

    avec le sirop de ses seins

    et le lait de sa folie

     

    images?q=tbn:ANd9GcQk6OE_DrA2Cez3MkmwVYmrEqqb5t2A9BXha30BfKKD5mAFx5xvx9XO-44

     

    dans les musées

    dans les musées

    les visiteurs

    ne posent pas de questions

    aux femmes explosées

    en petits morceaux

    de peinture

     

    ils lèchent la peau

    écaillée

    en découvrant

    toutes les réponses

    que pose la nudité

    à la beauté ensanglantée

     

    images?q=tbn:ANd9GcQk6OE_DrA2Cez3MkmwVYmrEqqb5t2A9BXha30BfKKD5mAFx5xvx9XO-44

     

    la piste

    le ciel s’allonge dans mon lit

    en déposant ses nuages 

    sur l’oreiller

     

    parfois

    des avions légers

    atterrissent au milieu de la nuit

     

    je ne me lève pas

    pour évacuer la piste

    des rêves


    images?q=tbn:ANd9GcQk6OE_DrA2Cez3MkmwVYmrEqqb5t2A9BXha30BfKKD5mAFx5xvx9XO-44


    la traversée

    d’une seule envolée

    traverser l’azur

     

    puis tomber amoureux

    d’une terre sans espace

     

    où la vue seule

    aurait la vie sauve

     

    tandis que court à sa perte

    la ligne d’horizon

     

    images?q=tbn:ANd9GcQk6OE_DrA2Cez3MkmwVYmrEqqb5t2A9BXha30BfKKD5mAFx5xvx9XO-44


    les égalités

    l’homme ne vaut pas le rat

    la femme ne vaut pas la souris

    à quoi bon alors

    toutes ces histoires d’égalité

    entre rongeurs ?

     

    images?q=tbn:ANd9GcQk6OE_DrA2Cez3MkmwVYmrEqqb5t2A9BXha30BfKKD5mAFx5xvx9XO-44


    ne pas jouir

    pour ne pas

    sortir

    de la volupté

    par la petite porte

    du plaisir

     

    images?q=tbn:ANd9GcQk6OE_DrA2Cez3MkmwVYmrEqqb5t2A9BXha30BfKKD5mAFx5xvx9XO-44


    essais & terreurs

    j’ai bien essayé de manger

    mon père et ma mère

    mais ce sont des légumes

    et je suis un indéfectible carnassier

     

    j’ai bien essayé de manger

    un fantôme

    mais c’est bien inconsistant

    à part les draps, c’est du vent

     

    images?q=tbn:ANd9GcQk6OE_DrA2Cez3MkmwVYmrEqqb5t2A9BXha30BfKKD5mAFx5xvx9XO-44


    à l’enterrement

    à l’enterrement

    du soleil

     

    pas un chat

    à la ronde

     

    pas une queue

    de radis

     

    pas une goutte

    de pluie

     

    on aurait dit

    la fin du monde

     

    images?q=tbn:ANd9GcSDC5oW3heJ0U4gjX5MW7IsscSsgLo6uDVnNGaS1V4HvzVGg8kwlhBC0VQ

     

    avant d’écrire

    ne te prononce pas

    tire au jugé

    tue s’il le faut

    pousse au crime

    en silence

    masque ton envie

    de commettre un massacre


    images?q=tbn:ANd9GcQpURumzasPFAg8Yd4yDUcSs_etuo0rOusukPIUeBk8R6ZIt-LopoijKVtf

  • JUNIP: 2 titres

    images?q=tbn:ANd9GcSxe1WjdMQ22lKFvHcJwGmpg0Slc4cUXDzZWboA00GD13CJiE7aDLagr0DCnAJunip est le groupe du Suédois José González. Le groupe vient de sortir son second album.

     "(...) C’est probablement là que réside la force de Junip, dans cette façon de sauter avec une cohérence inouïe du baggy au kraut, du folk aride à la pop en arc-enciel. Quand il ne s’agit pas de proposer tout ça à la fois sur un même titre, comme sur l’inaugural et majestueux Line of Fire, qui n’a pas déchaîné les réseaux sociaux pour rien. “Le songwriting reste très frustrant pour moi, conclut González. Il y a toujours un moment dans la chanson où je ne parviens pas à faire ce que je voudrais. Je ne suis jamais pleinement satisfait.” Johanna Seban (Les Inrocks)



    http://www.junip.net/

  • Un homme et une femme, soirée poétique à Cook And book

    • 27158_10200789730801190_1498072712_n.jpgUne soirée rien que pour vous avec des femmes auteures qui assument et assurent leur plume. Carine Geerts, Silvana Minchella et Murielle Lona en mode sensuelle, romantique, révolutionnaire. 

    • Elles seront  accompagnées d'hommes : des poètes Gaëtan Faucer et Éric Allard et des chanteurs : Epolo et Angelo. Cette fois, présence d'une lectrice: Tatiana Marinof. 

    • Soirée à thème, gratuite dans la bonne humeur et les belles rencontres. 

    • "Après nous partageons un verre, nous mangeons ensemble si vous le souhaitez. Nous espèrons de tout coeur vous voir et vous revoir . " Silvana, Carine & Murielle. 

    •  Où? Dans l'espace SERRE, Cook and Book - Avenue Paul Huysmans, 251 - 1200 Bruxelles (Woluwé-Saint-Lambert)

    • Quand? Le mercredi 15 mai à 19 heures.

    • http://www.cookandbook.com/

  • Tout sur le fiEstival MaelstrÖm ReEvolution (jusqu'au 12 mai)

    017688912468e8c3bd4dbc2d399455f5-Modified_AFFICHE_SITE_ORANGE-450.jpg

    Le programme détaillé d'un fiEstival unique!

    http://www.fiestival.net/




    https://www.facebook.com/maelstrom.414.laboutique?fref=ts

  • Histoires d'eau noires

    images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYYpar Denis BILLAMBOZ

    Deux auteurs depuis longtemps disparus, deux auteurs presque contemporains mais qui n’avaient rien en commun, sauf peut-être ces deux courts textes qui évoquent des histoires d’eau, des histoires de mer souvent déchaînée, hostile à la gent humaine. Un milieu idéal pour le romancier qui voudrait regarder l’homme aux limites de l’humanité quand presque plus rien ne le relie à ses contemporains, quand son esprit commence à divaguer sous l’effet de la solitude, de l’éloignement, du confinement au milieu d’une étendue sans frontières apparentes.



    9782909589022_1_75.jpgLa vague de l’océan

    Ambrose Bierce (1842 – 1913)

    Ambrose Bierce c’est l’écrivain éponyme qui a donné son titre, « Le vieux gringo », au livre que Carlos Fuentes lui a consacré pour essayer de raconter la vie qu’il aurait pu avoir après avoir disparu en voulant rejoindre les guérilleros mexicains de Pancho Villa. Et j’ai lu ce petit recueil de quatre nouvelles, « La vague de l’océan », juste pour lever un coin du voile recouvrant encore, en ce qui me concerne, la vie et l’œuvre de cet écrivain aventurier qui a participé à la Guerre de Sécession.

    Quatre nouvelles, quatre récits de mer, quatre fables loufoques mêlant l’humour le plus noir aux scènes burlesques et macabres : un capitaine jette ses passagers par-dessus bord pour alléger son bateau en train de couler, un équipage tire au sort celui qui empêchera les autres de mourir de faim, … mais trois textes seulement reliés par un personnage récurrent, le Capitaine Abersouth, gros lecteur devant l’éternel privilégiant toujours ses livres aux  navires qu’il fait naviguer entre les pages de ce recueil.

    Un texte évidemment daté, fluide et pétillant, empreint de verve, des phrases qui coulent allègrement comme d’amples vagues apaisées qui viennent mourir mollement sur la plage. Des récits qui pourraient trouver leur place dans la correspondance échangée par Louis Sepulveda et Mario Delgado Amparain dans « Les pires contes des frères Grim » ou au voisinage immédiat de l’histoire de phare racontée par Rachilde dans «La tour d’amour ».

    Ce recueil est peut-être aussi un aperçu, un raccourci, de la vie qu’Ambrose Bierce a menée, une vie pleine d’aléas ou le hasard gouvernait souvent le sort, où ceux qui décidaient des combats, des guerres, à conduire, du sort des hommes n’étaient pas souvent les plus capables, où finalement le vent de l’aventure poussait inéluctablement le voyageur au gré de son souffle comme il l’a toujours fait et le fera toujours.

     

    Rachilde.jpgLa Tour d’amour

    Rachilde (1860 – 1953)

    « Ho ! Hisse ! Hisse en haut ! » Jean le Maleux est très fier et très heureux, il a été choisi pour seconder le gardien du phare d’Ar-Men, là-bas tout au bout de la Chaussée de Sein, au bout du monde, là où les éléments liquides luttent avec férocité contre les reliquats de roche qui encombrent encore le passage des flots déchaînés. Là où les bateaux viennent se fracasser les nuits d’orage, semant leur cortège de cadavres dans le dédale des récifs.

    Et, là, Jean le Maleux découvre son patron, son seul compagnon, un reliquat d’humanité qui se fossilise dans le phare sans jamais retourner à terre, reclus sur ce bout de roc où des bâtisseurs acharnés ont réussi à dresser une tour, ayant rompu a jamais avec les hommes, ayant même perdu son alphabet. Et, Jean, au contact de cet être fruste, découvre la solitude, celle qui peut rendre fou quand le vent chante et hurle dans la lanterne. Même le retour à terre n‘apporte aucune joie, les filles sont trop volages et l’alcool rend malade et fait perdre la tête. Alors, l’homme se retrouve seul face à lui-même et perd progressivement son humanité dans cet univers de violence où les éléments tiennent le sort des vivants dans leur souffle infernal.

    « C’est la tour d’amour » qui ne connut jamais les femmes, bien qu’un secret semble peser sur le passé de ce phare ajoutant l’angoisse de l’inconnu à la douloureuse frustration causée par le manque de tendresse et d’amour. « On ne pense plus au péché. On ne songe plus au plaisir. » On ne connaît plus les limites, les mœurs peuvent se déchaîner comme les éléments, de toute façon personne jamais ne saura …

    Rachilde nous offre, dans ce court roman, une grande page sur la solitude, la frustration, la limite de l’homme perdu aux confins de l’humanité là où les éléments ont vaincu toute vindicte humaine dans un infernal déluge de vent et d’eau, dans une langue envoutante qui se déchaîne au rythme des éléments, qui chante comme le poète quand la mer se calme et qui jargonne comme un vieux marin un soir de cuite quand il faut évoquer ce reliquat d’humanité qui toujours résiste face aux éléments.

  • Come on + I want to be loved

    Le 10 mai 1963...

    face A

    face B

  • Echelle de Richter de l'écrivain

    Petite échelle personnelle de la considération de l'écrivain en tant qu'être social. 

    1-     (Micro) Ecrivain pas encore publié

    C'est très bien. Formidable. Rien de plus beau... mais va chercher un vrai travail. Aucune reconnaissance à espérer. Dans l'esprit des gens, ne pas être édité est synonyme de n'avoir pas de talent. Vous écrivez? C'est génial! Et vous êtes publié? Non... alors vous faites quoi dans la vie?

    2-     (Très mineur) Ecrivain publié à compte d'auteur

    Très risqué. Mieux vaut passer directement du 1 au 3 ou rester au 2. Argumenter que Proust et Gracq ont commencé en étant publié à compte d'auteur n'y fera rien. Mépris du monde de l'édition, dédain des libraires... pas grand-chose à attendre de cela.

    3-     (Mineur) Ecrivain publié à compte d'éditeur

    C'est ce qu'on attend d'un écrivain. Première reconnaissance mais début du parcours de combattant. Vous vaudra toujours le questionnement irrité de votre maman qui ne comprendra pas pourquoi, lorsqu'elle va à la Fnac, les premiers exposés sont Musso et Levy et pas vous !

    4-     (Léger) Ecrivain dont on parle dans la presse régionale

    Vous vaudra l'estime de vos voisins et un regain d'intérêt de la part de vos proches. Hélas, peu efficace au niveau des ventes, surtout si vous êtes coincé entre l'inauguration d'une foire à la saucisse et une bourse aux vêtements à Pellouailles-les-vignes...

    5-      (Modéré) Ecrivain dont on parle à la radio

    Vos amis sont surpris et contents de vous avoir entendu au moment où ils trempaient leurs krisprolls beurrés dans leur bol de café. L'estime commence à se muer en quelque chose qui ressemble à de la fierté.

    6-     (Fort) Ecrivain passant à la télévision locale

    La fierté se transforme en admiration. Les gens vous reconnaissent dans la rue. Sympathique mais toujours pas de file d'attente à vos séances de dédicaces.

    7-     (Majeur) Ecrivain dont on parle dans la presse nationale

    On vous prend enfin au sérieux. On cesse de vous demander sans cesse si vous vivez de votre plume et si à part ça vous avez un « boulot sérieux ». Début du cercle vertueux. Comme on parle de vous, on a encore plus envie de parler de vous. Début d'une notoriété importante. On commence à acheter vos livres plus par curiosité de découvrir un nouvel écrivain prometteur que pour faire plaisir au fils de la voisine.

    8-     (Important) Ecrivain qu'on voit sur les grandes chaînes de télé

    Véritable séisme. Peu importe la valeur intrinsèque de votre ouvrage, il va se vendre et vous allez vite devenir le meilleur ami de votre éditeur, de vos libraires et, d'ailleurs, de tout le monde. Vous allez devoir vous mettre sur liste rouge et avoir un deuxième profil sur Facebook où vous utiliserez un pseudo uniquement pour vos amis intimes et les fidèles lecteurs de votre blog.

    9-      (Exceptionnel) Ecrivain qu'on a vu à la télé, mais qui vient de mourir

    Le top du top, mais curieusement ce sera le seul statut (avec le 2) que vous ne serez pas pressé d'atteindre.

     
    images?q=tbn:ANd9GcSHteNb43Jq-cOyaf0dkumqwagC-sDHo4NkYfpDu830m0sD53WQQRpdz0cMarc Lefrançois


    Voir son blog: Journal d'un écrivain

    http://www.marclefrancois.net/