• Quelques Madame Butterfly

    Madame Butterfly est un opéra de Giacomo Puccini (Lucques, 1858 - Bruxelles, 1924) représenté pour la première fois à La Scala de Milan le 17 février 1904 dont la première représentation sera un échec, on y vit une pâle réplique de La Bohême. Cio-Cio-San, qui est la geisha de 15 ans épousée par un officier américain qui va la délaisser, en japonais signifie Madame Papillon.

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    Renata Tebaldi (1922-2004) 

    Renata Scotto (née en 1934)

    Maria Callas (1923 - 1977)

    Mirella Freni (née en 1935) 

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    Renée Fleming (née en 1959)

    Anna Netrebko (née en 1971)

    Angela Gheorghiu (née en 1965)

    Yng Huang dans l'adaptation cinématographique de Frédéric Mitterand


    ***

    Malcolm Mc Laren (1946-2010)

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  • Quatre contes orientaux (III): L'arbre aux souvenirs

          Pendant ses années d’enfance, Keizuke eut pour petite voisine Michiko. Ils avaient pris pour habitude de se rencontrer près d’un arbre aux branches noueuses qui, à l’automne, prenait de belles teintes cuivrées, et de deviser là de tout ce qui fait l’ordinaire des enfants, de leurs rêves comme  de leurs peurs.

       Comme  Michiko avait l’agilité d’un garçon, elle  précédait Keisuke dans l’escalade. Keisuke savait que les filles n’étaient pas tout à fait formées de la même façon que lui, qu’elles portaient des kimonos plus larges et devaient s’accroupir pour uriner dans la forêt. Mais Keisuke ne faisait pas la différence entre Michiko et ses amis d’école. Michiko était seulement pour lui la meilleure amie du monde. Un jour, il vit jaillissant entre les pans d’un kimono retenu par un obi trop lâche quelque chose de très noir qui n’était pas un étoffe au bas du ventre de son amie et s’en inquiéta auprès d’elle qui partit d’un grand rire, les filles comme on sait atteignant la puberté avant les garçons de leur âge.

       Quelques mois plus tard, Keizuke vit Michiko avec un garçon, puis avec un autre. Elle ne l’accompagnait plus dans l’arbre aux branches noueuses, et, quand elle le croisait encore, sur la rue ou dans la cour du collège, elle lui demandait s’il grimpait toujours aux arbres, avec un sourire moqueur aux lèvres, comme si elle relevait chez lui un quelconque retard mental. Le jour vint où Michiko se maria.

       A la veille de chaque hiver, Keizuke rencontrait désormais le mari de Michiko avec lequel il coupait du bois en prévision du froid. Il se disait que cet homme malingre, dénué de charme, peu bavard, savait ce qui s’était longtemps caché sous le kimono d’enfant de Michiko puis sous ce qui un jour lui était apparu dans un éclair comme une tache d’encre profonde. Lui, Keisuke, qui à près de trente ans vivait toujours chez ses parents n’avait toujours pas une connaissance sensible de ce genre de choses, lui qui, très souvent, s’en  venait encore se percher sur l’arbre aux souvenirs…

     E.A

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  • Chansongs japonisantes

    Une chaise à Tokyo / Benjamin Biolay

    Trasnsport en commun / Kumisolo

    Mourir au Japon / Babx

    Mademoiselle Chang / Michel Berger

    Woman from Tokyo / Deed Purple

    Tokyo Joe / Bryan Ferry

    Ce soir à Tokyo / Sandie Shaw

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  • Quatre contes orientaux (II): Un plat décoré de fleurs de lotus

    Un soir, Yukiko mangeait du riz préparé par son amant, le jeune Shinoda. Le gâteau de riz était formé de quantité de grains minuscules et blancs. Après en avoir avalé quelques bouchées, elle dit à Shinoda :

      - Ne trouves-tu pas qu’on dirait tous des petits orphelins, ces grains de riz ? Aucun ne ressemble aux autres quand on les examine bien.

      Tout en parlant elle ouvrit son kimono de nuit et en déposa une pincée sur la pente légère d’un sein.

      - Vois comment ils tiennent en équilibre ; on dirait qu’ils s’accrochent par crainte de tomber ! déclara-t-elle en remuant un peu le mamelon par la base pour éprouver sa stabilité.

      - Allonge-toi sur la natte, lui dit Shinoda, nous allons voir s’ils apprécient pareillement les autres régions de ton corps.

      Et Shinoda de tapisser les creux et les monts de son aimée de tout le riz contenant le plat décoré de fleurs de lotus.

      - Dis-moi à quoi je ressemble ainsi !

        Elle en avait partout ; ceux qui se faisaient le plus remarqués étaient naturellement ceux  qui ressortaient sur un fond noir.

    - On dirait une invasion de petits vers blancs. Je pense qu’on aurait dû auparavant humecter ta peau avec du citron afin qu’ils adhèrent mieux…

    -  Avec tout ça, je n’ai presque rien mangé, dit-elle en picorant les premiers grains déposés qui trônaient toujours sur sa poitrine.  

         Toi non plus, Shinoda tu n’as pas beaucoup mangé, commence par ceux-ci, dit-elle en désignant ceux tombés entre ses cuisses.

         « Ils ont déjà pris le bon goût de mon corps… » 

    E.A.

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  • Quatre contes orientaux (I): Pieds nus dans la montagne

    Yuki-san marchait pieds nus dans la montagne depuis sa plus tendre enfance. Un jour, elle rencontra Miko, un jeune berger, et voulut être aimée de lui.  Au moment où elle comprit que son vœu était en train d’être exaucé, elle aperçut la plante crasseuse de ses propres pieds qui lui firent honte.  Elle n’eut plus qu’une idée en tête : éliminer  cette corne disgracieuse qui lui faisait comme une semelle d’une vilaine peau, dure et craquelée. 

       A cette fin, elle employa  jour après jour pierre ponce et  brosses diverses et frotta, frotta, alternant séance de brossage avec des bains  chauds suivis par l’application de graisses végétales et d’onguents hydratants. Elle n’avait plus de temps pour Miko.  Et Miko naturellement s’impatientait. Et Yuki-san le priait d’attendre en lui adressant des mots pressants: « Je serai bientôt à toi, je serai bientôt à toi ! ». Mais la corne était coriace et Yuki-san se demandait si elle aurait assez de force pour en venir à bout.

       Un jour, enfin, elle frappa à la porte de la cabane de Miko et dit à sa vue : « Aujourd’hui j’ai mis des sandales neuves pour toi. Je veux que tu me les enlèves. »

       Miko s’exécuta et fut ravi au-delà du raisonnable par la délicatesse de ses petons blancs si tendre au toucher sur toute leur surface et, baissant le visage, en signe de prosternation, jusqu’à hauteur de ces délicates extrémités, il  appliqua sur chacun d’eux un long baiser respectueux. Ce fut  la première chose,  et avant beaucoup d’autres, qu’il baisa de Yuki-san.

       Voilà comment Yuki-san s’attacha pour la vie l’amour de Miko le jeune berger. 

    E.A.

     

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  • Le temps de l'insouciance

    images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYYpar Denis BILLAMBOZ

    Dans toutes les civilisations, sous toutes les latitudes, dans l’Azerbaïdjan iranien comme à Buenos Aires, il y a des enfants qui jouent et qui prennent du bon temps, qui jouent à être des adultes et qui un jour, sans s’en apercevoir, se retrouvent adultes avec tout de que cela comporte : responsabilités, devoirs, obligations, contraintes, souffrances, douleurs, … C’est ce moment où tout bascule que ces deux auteurs, nés aux antipodes l’un de l’autre, essaient de nous faire comprendre, de nous faire sentir, …  et nous ce que nous comprenons surtout c’est que, partout où on les laisse vivre, les enfants peuvent construire leur bonheur avec bien peu de choses. Mais hélas le temps de l’enfance bascule vite dans la triste réalité des adultes.

     

    41uICYKz4WL._SY445_.jpgL’origine de la tristesseimages?q=tbn:ANd9GcQcq4bkCYIP11UNxPZ2wfAxsXvi3jFEkBEner1JY0Sc_pp-DdcXVm3Diw

    Pablo Ramos (1966 - ….)

    L’Epervier, Gabriel, ce gamin du quartier du Viaduc, un quartier populaire de Buenos Aires, veut, cette année pour la Fête des Mères, faire un plus joli beau cadeau à sa maman car elle est enceinte. Alors, il va fomenter quelques combines plus ou moins sordides dans un cimetière, avec son pote habitué de ces pratiques, pour gagner les quelques pesos nécessaires à son achat. Et, à travers toutes ces petites combines, il va découvrir la débrouillardise, la ruse, la malice mais aussi la douleur, l’hypocrisie et la mort.

    C’est ainsi qu’il entreprend un délicat voyage vers l’âge adulte en franchissant les limites de ’enfance sans passer par la case adolescence, en découvrant le monde des grands plus vite que lui et sa bande ne le pensaient. Il nous raconte leurs expéditions orgiaques pour se procurer ce fameux vin des Berges, si doux, qui fait planer ces jeunes consommateurs, comment ils pensent trouver l’argent nécessaire pour payer les putes qui vont leur apprendre la chose et calmer leur corps en ébullition, l’école qui n’est pas franchement marrante mais il peut, parfois, y avoir des jeunes maîtresses qui excitent leur libido en pleine effervescence. Mais la fin de l’enfance c’est aussi la découverte du manque d’argent, des tensions familiales, de la dépression, des choses honteuses qu’il ne faut pas dire et puis de la mort qui les prend par surprise pour leur faire comprendre que l’âge adulte les attend maintenant avec toutes ses dures réalités.

    C’est la vie que Pablo a connu lui-même dans les rues de Buenos Aires qu’il veut nous faire découvrir à travers son P’tit Gibus à la mode argentine qui est plein de malice et de débrouillardise, habillé  de l’insouciance et de l’inconscience de son âge, à la recherche d’un peu plus de tendresse et de l’amour qu’il n’a pas forcément dans sa famille qui tire le diable par la queue. C’est une jolie histoire pleine d’émotion que nous raconte Pablo dans le langage des enfants qui mûrissent dans la rue, sur fond d’Argentine qui court directement vers l’une des plus grosses crises économiques de son histoire où, depuis Péron, rien ne semble avoir été fait et où la pollution réussit même à mettre le feu à une rivière.

    Certains diront que c’est un roman initiatique, de biens grands mots pour évoquer cette bande de joyeux lurons qui veulent jouer aux hommes et qui un jour se retrouvent comme des adultes sans s’être rendu compte de ce qui leur arrivait - « Et c’est alors que j’ai su : c’était la fin, j’étais en train de vivre la fin de ce que je viens de vous raconter. »  - se retrouvant seuls devant leur avenir, avec pour tout bagage : l’expérience de la rue, quelques convictions et une certaine idée de la vie forgée dans la douleur. « La mort n’est pas le contraire de la vie : c’est vivre comme un mort qui est le contraire de la vie. »


    51lqqYY32IL._AA190_.jpgUn secret de rueimages?q=tbn:ANd9GcSMs5uwNRlLcDgEmfR4hNSroxHpiMGPIprBtIYhV7D4_9q2813Y0_-Iug

    Fariba Vafi (1962 - ….)

    Dans la région de Tabriz, au nord-est de l’Iran,  une jeune femme, Homeyra, revient dans son quartier natal, son père est sur le point de décéder. Ce retour au pays fait remonter à sa mémoire une foule de souvenirs de son enfance et de son adolescence qui se mélangent, s’enchaînant comme les idées s’associent,  suggérant des odeurs, des émotions, des joies, des corrections, des douleurs, des émois, des sentiments, …, faisant surgir toute une galerie de personnages qui peuplaient alors un bout de rue dans un quartier pauvre de la bourgade, son quartier, qu’elle ne quittait qu’au risque d’une sévère punition. « C’était un quartier secret, mystérieux. Alors que maintenant il n’y a plus aucun secret dans ces rues. »

    Sa mère l’aimait peu, sa grand-mère ne voyait en elle que le diable, elle se réfugiait auprès de son amie qui était régulièrement battue par son frère qu’un père opiomane indolent laissait faire ce qu’il voulait pendant que sa mère se tuait au travail pour gagner quelques sous. Les deux filles enchaînaient facéties et farces à longueur de journées, au grand dam de leur famille respective, jusqu’au jour où l’amie, poussée à bout par la violence de son frère, dévoila un secret de famille qu’elle aurait mieux fait de taire.

    C’est la chronique banale de familles pauvres et sans amour, de femmes contraintes et  malmenées, d’enfants délaissés mais cependant battus. Et pourtant c’était « le bon temps » que la mémoire de la jeune femme évoque avec nostalgie, le temps de l’insouciance, de moments de liberté grappillés, d’expéditions vers l’inconnu au bout de la rue, de rires, de rigolades, de jeux innocents … le temps où l’enfance se noie progressivement dans l’adolescence. Et, finalement, les souvenirs ne peuvent plus contourner ce moment fatal, ce moment où tout bascula, ce moment où son enfance prit fin où elle mit un pied dans le monde adulte.

    Un texte frais, alerte, construit comme il arrive à la mémoire, par association d’idées, une odeur évoque un lieu, un sentiment évoque un personnage, une porte évoque une scène, … et ainsi de suite, par touches successives, la vie du quartier se reconstruit avec ses joies et ses peines pour aboutir au drame final. Un livre plus près du témoignage que de la fiction qui vaut surtout par sa construction et la finesse des portraits que l’auteur dresse. 

  • Ne pleure pas sur la Grèce

    Ne pleure pas sur la Grèce, - quand on croit qu'elle va fléchir,

    le couteau contre l'os et la corde au cou,

     

    La voici de nouveau qui s'élance, impétueuse et sauvage,

    pour harponner la bête avec le trident du soleil.

    Yannis Ritsos 

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  • En attendant les Barbares / Constantin Cavafy

    - Pourquoi nous être ainsi rassemblés sur la place ?images?q=tbn:ANd9GcTxccEMz85GreuJNA33EAreEoCbkC_tD5pSUdr8_YZfYiiDFlC4lCOahOJX

    Il paraît que les barbares doivent arriver aujourd’hui.

     

    - Et pourquoi le Sénat ne fait-il donc rien ?

     Qu’attendent les sénateurs pour édicter des lois ?

    C’est que les barbares doivent arriver aujourd’hui.

     

    Quelles lois pourraient bien faire les Sénateurs ?

    Les barbares, quand ils seront là, dicteront les lois.

     

    - Pourquoi notre empereur s’est-il si tôt levé,

     et s’est-il installé, aux portes de la ville,

     sur son trône, en grande pompe, et ceint de sa couronne ?

    C’est que les barbares doivent arriver aujourd’hui.

    Et l’empereur attend leur chef

    pour le recevoir. Il a même préparé

    un parchemin à lui remettre, où il le gratifie

    de maints titres et appellations.

     

    - Pourquoi nos deux consuls et les préteurs arborent-ils

     aujourd’hui les chamarrures de leurs toges pourpres ;

     pourquoi ont-ils mis des bracelets tout incrustés d’améthystes

     et des bagues aux superbes émeraudes taillées ;

     pourquoi prendre aujourd’hui leurs cannes de cérémonie

     aux magnifiques ciselures d’or et d’argent ?

    C’est que les barbares doivent arriver aujourd’hui ;

    et de pareilles choses éblouissent les barbares.

     

    -Et pourquoi nos dignes rhéteurs ne viennent-ils pas, comme d’habitude,

    faire des commentaires, donner leur point de vue ?

    C’est que les barbares doivent arriver aujourd’hui ;

    et ils n’ont aucun goût pour les belles phrases et les discours.

     

    - D’où vient, tout à coup cette inquiétude

    et cette confusion (les visages, comme ils sont devenus graves !)

    Pourquoi les rues, les places, se vident-elles si vite,

    et tous rentrent-ils chez eux, l’air soucieux ?

    C’est que la nuit tombe et que les barbares ne sont pas arrivés.

    Certains même, de retour des frontières,

    assurent qu’il n’y a plus de barbares.


    Constantin CAVAFY (1863-1933)

    Traduction: Dominique Grandmont

    Ici, la traduction française de ce texte dit par Lambert Wilson est signée Marguerite Yourcenar.

  • YANNIS RITSOS mis en voix par Jean-Jacques MARIMBERT

    LES CHOSES SONT SIMPLES

    Les choses sont simples.
    Bien sûr bien sûr - dit le second -
    puisqu'elles ne peuvent pas faire autrement .
    Tu mords le pain
    le couteau brille
    le soleil entre par la fenêtre
    dans la rue on crie
    la marchande d'herbes le poissonnier le rémouleur
    chacun avec sa voix
    le troisième avec le silence.
    Moi j'écoute.

    *******

    AVEC LE VENT

    Le vent se mit à souffler, à courir sur la voie publique, dans le pré.

    Devant le vent couraient les boeufs, les laboureurs, le fils de la sage-femme.

    En dernier, clopinant, venait Dieu. Par la fenêtre,

    une femme le regarda dans les yeux de derrière les carreaux.

    Puis elle baissa les yeux, lui tourna le dos,

    s'approcha de la table et se mit  couper du pain.

                                                                      Samos, 15.VIII.71.

    *******

    MOTS INDISPONIBLES

    Mots indisponibles

    tuméfiés

    éparpillés.

    Une porte enfoncée

    une deuxième une troisième une cinquième.

    Dans la rue les réverbères se sont allumés.

    Les cafards  s'ébattent dans la cuisine.

    Qu'est-ce que l'aveugle entend d'autre? -

    il sort son mouchoir de sa poche

    le laisse sur la table.

    Dans la bouche de l'aveugle se rejoignent

    la prière et le blasphème.
    Et toi assis à l'envers 

    sur la chaise

    tu regardes ailleurs 

    tu n'oublies pas.

    *******

    TRISTE RUSE

    La cheminée, l'église, la rue, la taverne, - c'est bien

    connu.

    Dans la chambre obscure, un poisson qui tourne dans son bocal.

    L'un, seul comme toujours, il observer; il ne fait pas vraiment

    attention; -

    l'éclat mouvant, imperceptible du poisson; et cette sensation

    d'un manque de sentiment. Un infime engourdissement

    aux doigts de pied - la paresse latente

    de se déplacer, d'allumer la lumière ou bien de rester là,

    cloué au sol,

    dans la petite voiture fictive du paralytique, d'où il sort

    son bras gauche qui rencontre une de ses roues métalliques

    comme s'il tenait le gouvernail d'un antique et lointain

    pouvoir

    fatigué et indifférent qui ne demande à s'exercer sur personne.

    De même te retiens-tu au poème comme à un secret

    qu'on aurait juré de garder,

    de crainte qu'on ne voie qu'il n'avait rien à révéler.

                                                          Athènes, 9.V.72 

     

    images?q=tbn:ANd9GcQMRfuGXauGosFlMi9minoKJHwOrVQFrPNaasB6_tAfPbFcViwM1O2K7BJhin Le mur dans le miroir et autres poèmes

    de Yannis Ritsos (1909-1990)

    (Poésie/Gallimard) ,

    traduits par Dominique Grandmont

    Yannis Ritsos & Dominique Grandmont:

    http://yannisritsos.wordpress.com/

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    Jean-Jacques MARIMBERT.

    Dernières parutions

    ... aux éditions du Cygne

    DESTIN D'UN ANGE suivi de LA FOURCHE, 94 pages, 10 euros

    http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-destin-ange-fourche.html

    ... aux Carnets du Dessert de Lune

    JOUR  Collection Pleine Lune. Le recueil est préfacé par Anna de Sandre et joliment illustré par Yves Budin. 10 €.

    http://lescarnetsdudessertdelune.hautetfort.com/archive/2013/06/17/des-notes-de-lecture-pour-les-parutions-de-juin.html

    On peut retrouver ses mises en voix de ses textes propres ou d'autrui sur YOUTUBE


  • (Étonnant) parcours d'auteur... un peu rimbaldien sur les bords (de mer)

    images?q=tbn:ANd9GcSzODwASANwoSaTp9bQjXZFz7BhmTdSZFtjn420NqcfCLlcxNYalrp7BysCet écrivain qui promettait beaucoup après la parution de son premier recueil de poèmes, L’année morne (éd. de La Fleur qui plombe, 24 pages), et un article resté inachevé sur son blog, Les Beaux Pétales, se mit à fréquenter les festivals saisonniers : Auteurs entre guillemets, Écrivains à la plage, Discothauteurs, Valse (et vertige) d’auteurs en Haute-Vienne, Poètes au marché matinal, Ecrivains au bout du bouleau, L’Automme frisquet de la poésie, Neige d’auteur avec textes en flocons, Le renne et le taureau, Vers un refroidissement poétique, Pour un printemps de la poésie différent...et on s’en tape.

    La dernière fois qu’on l’a vu, c’était à une résidence d’auteur à Wissant pour les éditions Les Grains de Gris-Nez, et dans un appartement d’auteur dans le Nord, pour les éditions L’île d’ici et d’ailleurs d’où, d'ailleurs, il est parti sans faire son Lille et avec un cendrier. Depuis, on est sans nouvelles de lui. On l’aurait vu à l’aéroport de Bruxelles Sud où il aurait pris (pour échapper aux célébrations?) un billet Ryan Air pour l’Ethiopie après un passage rapide devant la façade de l’ex-Cabaret Vert à Charleroi. (Il aurait donné un poème à un SEF –Sans Éditeur Fixe- qui l’a mangé ; il était bon, aurait déclaré celui-ci au chroniqueur littéraire de Sud Presse.) 

  • CLARO en bord de mer

    images?q=tbn:ANd9GcQ45-dspelaCCq96M6ItSSsIkwi-sOw-T1AKbQZE4-WXp2A1GdBnCbE-JQChristophe Claro à Ecrivains en bord de mer 2013 (La Baule)

    Il lit un extrait de LPI (pour Long Poème invendable), un texte à paraître ainsi qu'un texte inédit qui met en opposition la poésie vive au roman moribond et un conte en forme d'anecdote à moins que ce ne soit l'inverse. Du tout bon Claro.

     


    Le blog de CLARO: 

    http://towardgrace.blogspot.be/

    Toutes les vidéos des éditions 2012 et 2013 d'ÉCRIVAINS EN BORD DE MER, avec CLARO, ENARD, François BON, ROUBAUD etc.

    http://ecrivainsenborddemer.fr/index.htm

  • Les Jeux d'eau à la Villa d'Este

    images?q=tbn:ANd9GcTXBDoYFW9sLDNKIXVgZkiMk1V3_BjCaUdgbd5FxPKZpktbu6eCHYYQzVgD" Le logicien Hans Reichenbach avait mis au point un système à trois valeurs: le vrai, le faux et l'indéterminé. Antoine était d'un avis plus radical et n'acceptait que l'indéterminé. Il regrettait que viennent se greffer sur ces moments où il échappait à lui-même des références culturelles souvent banales, comme si ce travail très délicat qu'il effectuait avec sa mémoire avait besoin de la complicité et même de l'autorisation des générations précédentes. Pourquoi avait-il besoin de la musique de Bach pour admirer le lever du jour en Provence? Pourquoi, quand il avait chaud en plein été se rafraîchissait-il en écoutant Au bord d'une source et les Jeux d'eau à la Villa d'Este de Liszt au lieu de boire un demi panaché? "

    in Le Radeau de la Méduse, François Weyergans (Gallimard, 1983)


    Les Jeux d'eau à la Villa d'Este de Franz Liszt (1811-1886), par Olivier Reboul 

    Les Jeux d'eau, par Claudio Arrau:

    Au bord d'une source de Franz Liszt, par Alfred Brendel


  • GEORGES BATAILLE - La fascination du mal, par Pascal LOUVRIER

    41c4UA1SiBL._SY445_.jpgUne vie de Bataille

    Je ne connaissais de Georges Bataille que quelques-uns de ses grands textes : Histoire de l’œil, Ma mère ou Le Bleu du ciel, qui m’ont dispensé, avec Sade, de lire des niaiseries, comme il en sort régulièrement, sur des sujets ou dans des genres approchants, et qu'on oublie vite.  Trois textes bouleversants, inimitables, empreints d’une forte charge d’imaginaire et ne jouant pas sur le seul vécu de l’auteur, sur le seul réel.

    Comme sa pensée, unique et en porte-à-faux avec les grandes idées - et les grands errements - du XXème siècle, mais chevillées à elles, ainsi que nous le confirme le livre, entre essai et biographie, de Pascal Louvrier.

    Dans cet ouvrage, Louvrier retrace, par une plongée dans ses textes, la vie chaotique, souvent hantée par ses propres démons, de Bataille qui n’écrivait pas dans la joie, comme il le confiera à Patrick Waldberg deux ans avant sa mort, en 1960: « Malheureusement, de tout temps, ce qui m’a toujours été presque impossible est écrire. »

    L’auteur épouse au cours de ce périple les affres et tourments de Bataille, en un corps à corps qui mêle aussi bien esprit, pensée, et expériences batailliennes car Louvrier a compris que « personne ne peut lire Bataille sans être Bataille. » En deux paragraphes, que je reproduis, il nous donne une synthèse de sa pensée combative et en décalage avec les penseurs et écrivains de son époque :

    « Trajectoire incandescente de Bataille dans la France de l’après-guerre. Un homme seul au milieu des ruines, des idéaux assassins, des morts qui se comptent par millions, de la culpabilité naissante d’une nation pourrie par la lâcheté, le mensonge et la suffisance, oui, seul, au milieu de la désillusion générale. Dérisoire aventure humaine. Malgré tout ça, Bataille ne désarme pas. Il continue d’écrire, de créer une revue, Critique, de participer à des conférences.... Infatigable. Il côtoie Sartre, Camus, Blanchot, Aron, il n’est ni existentialiste, ni communiste (parce que Staline, tout de même), ni libéral bourgeois, il condamne toujours autant de rage l’idéalisme, il reste et demeure Bataille, sans école ni parti. Sa liberté est totale, car sans elle, les limites du possible sont infranchissables.

    Provoquer le débat d’idées, l’élargir, voilà ce que fait Bataille, en permanence. Philosophie, sociologie, économie, littérature, politique, confrontons-les, télescopons-les. Aucune certitude, aucune évidence. Inlassable questionnement d’une pensée à la recherche des vérités premières, les seules qui permettent de comprendre le monde, et encore... »

    Louvrier termine par une rencontre éclairante dans le « bureau dé à coudre » de Sollers (à qui Louvrier a consacré un autre de ses livres) au 5 de la rue Sébastien Bottin. Sollers qui, au début des années 60 accueillait Bataille et contribua avec Tel Quel à sortir de la marginalité les textes immenses de ces réprouvés qu’étaient entre autres Bataille et Artaud. 

    Louvrier rend compte de ce propos de Sollers à propos de Ma mère « On peut rêver à ce que serait, d’ailleurs, une pratique incestueuse positive... C’est très rare... Introuvable (sourire dans la voix) » Et cela me fait  penser à cette coda à L’inceste d’Angot que constitue Une semaine de vacances, qu’on peut sans mal situer à l’opposé de Bataille mais dans lequel livre on voit  que l’inceste, vécu par Angot, est aussi et peut-être avant tout une histoire d’amour qui ne prendra ce caractère ressassé que du fait de son ratage en tant qu’histoire d’amour. L’Inceste d’Angot (et d’elle seule, on ne peut pas généraliser sur un sujet aussi grave) ne devient tragique que parce qu’il ne s’inscrit pas dans une aventure amoureuse.

    Mais lit-on Bataille à l’école ? Comme le Lagarde et Michard d’il y a trente ans (je ne sais pas aujourd’hui) évacuait Lautréamont de la littérature du XIXème siècle, les livres scolaires d’aujourd’hui font-ils une place à Bataille ou Artaud ? La tentative de Sollers (voir son interview dans Les Inrocks n°920 dans lequel par ailleurs J.-J. Schul recommande la lecture du Bleu du ciel) de réécrire l’histoire (littéraire) par son entreprise éditoriale, ses essais, a-t-elle porté ses fruits ?

    Pour en revenir à la promenade-fiction forcément hallucinée dans l’œuvre de Bataille, elle constitue un livre idéal pour apprendre à lire Bataille ou, mieux, pour apprendre à lire...

    Éric Allard 

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    images?q=tbn:ANd9GcQEiLbpeghD-lCmoZqg5T-pdbc0eRRwWYdiKavfu9-yxJNN2YctTtqdvmgLe site de Pascal Louvrier:

    http://www.pascal-louvrier.com/index.php

    Dernier livre paru =) Que Dalle (aux éditions Sonatine): La première biographie de Béatrice Dalle

    http://www.sonatine-editions.fr/livres/Que-Dalle.asp


  • La fièvre nationale


    Un principe sacré en monarchie (d’autant plus en période de grosse chaleur humaine) :
    ne jamais interrompre la chaîne du roi.

    1950184382_B97698420Z.1_20130704110512_000_GC7VRENI.4-0.jpg

  • LECTURES de VACANCES

    images?q=tbn:ANd9GcTTtxqNo6DQ5xfAN8abR6Seg0vp7bnjfWBn6rxMS3tYamkTaVQ7oHRIrS4par Philippe LEUCKX



     

    images?q=tbn:ANd9GcTUvugVFZari80DRBwIOC3qmkb8y77mrorGS3r9MkKXjUrDzyIvu6rlvUY"Qui a tué Palomino Molero?" de Vargas Llosa est le type même de lecture riche, intense. Un vrai jeu d'enquête dans un Pérou des années cinquante et une étude sociologique intéressante sur le milieu assez fermé de l'armée. L'écriture fluide mène les lecteurs au terme d'un mystère qui dénoue les fils de l'horreur et de la jalousie.

    Troussé en moins de deux cents pages, le roman se dévore, et ne s'évente pas le plaisir de retrouver quelques pages parmi les plus marquantes d'une aventure policière et humaine. (Folio)

    *

    images?q=tbn:ANd9GcTmPlx8tufRwGyMfoCJSHYdDL0vj97UUL2KZKKM5LYOypiGZUg6-kkcsUOU"Voix endormies" de la regrettée Dulce Chalcon (1954-2003) est un hommage aux prisonnières de la guerre d'Espagne, pendant et au-delà du conflit.

    Un terrible témoignage sur la répression tombée comme une masse de sang, au temps d'un Franco sorti vainqueur de la guerre civile.

    Des portraits bouleversants de femmes et d'hommes du maquis, livrés au terrible jeu de la clandestinité.

    Diverses voix portent le destin commun à la brûlure vive.

    Un très beau livre. (Plon)

    *

    images?q=tbn:ANd9GcQ3UQC46A9cixc6FHMC6b9tKJBivCSB4iT7cgqN0DSh4LlosmTAEEQqdOI"Le Caravage peintre et assassin" de José Frèches est un essai lumineux sur le maître du luminisme. Le rappel biographique, les reproductions, les analyses de taleaux et des documents rares rafraîchissent la science caravagesque. Quel destin que ces trente-neuf années de vie, consacrées à l'art noble de la peinture (toiles de chevalet qu'il a remises à l'ordre du jour), aux rixes et à la sensualité, de Rome à Malte en passant par Naples. Les chefs-d'oeuvre par dizaines nous obligent à parcourir le monde entier pour les (re)voir. Rien qu'à Rome, une petite vingtaine, trois à Vienne et ailleurs. (Découvertes Gallimard)

    *

    images?q=tbn:ANd9GcRI1-SjuzEsKEeiAqNj-IyuV-hTJ3wyGs6cvqHHcKzJraqrbRV1QuuiTg"La Disgrâce" de Nicole Avril. Un beau roman, très romanesque, subtil et stylé de 1981. Mais l'écriture n'a pas vieilli et l'histoire de "cette abeille contre la vitre" de la laideur féminine trouble et acquiert une densité qui n'est pas loin du mystère.

    Les descriptions des environs de La Rochelle, les noeuds de famille, les alliances du coeur et de l'esprit signent un talent, celui de l'auteur de nombre de livres de qualité ("Les remparts d'Adrien", "Voyage en Avril", "Les gens de Misar"...) (Albin Michel)

    *

    images?q=tbn:ANd9GcQuGlM9L7wElvZLyzwfPhUhD_BO9HeTwD7gIHJ02vtuppBpyu3m6-2lbsy0"Pour seul cortège" de Laurent Gaudé réussit l'exploit d'être un vrai roman historique en même temps qu'une longue exploration psychologique des relations humaines, dans l'entourage d'un empereur à l'agonie.

    Avec doigté, style, Gaudé interroge les arcanes du pouvoir, les convoitises de tous ordres, les lâchetés.

    Une économie de moyens sert bien le projet et l'on sort de la lecture, empreint d'une sérénité née des accents humanistes de la fin de l'aventure : tous, quand même, ne sont pas dans le mauvais camp et la fidélité a encore un sens.

    (Actes Sud)

     

  • Apprendre le Michel Drucker à l'école

    2009_11_29_Drucker_Musee_grevin.jpgVincent Peillon, l’actuel ministre de l’Education Nationale, en visite fin juin dans une école élémentaire, fait le constat troublant que des enfants de CM2 ne connaissent pas bien leur « Michel Drucker ». Il prend alors la mesure de l’importance du net et des chaînes du câble, et il comprend qu’il lui revient de sauver la mémoire du plus grand animateur de télévision français tant que celui-ci est toujours en activité.

    « Dans 10 ans, a-t-il confié au Parisien, on n’entendra plus parler de Michel Drucker si on ne fait rien. Alors que Michel Drucker, dans la lignée d’un Guy Lux ou d’un Léon Zitrone a marqué la télévision française, des Rendez-vous du dimanche dans les années 70 à Vivement dimanche en passant par le Champs-Elysées des années 80...  Lui vient alors à l’idée de mettre le présentateur au programme des cours de l’école élémentaire. Comptant sur la majorité que la Gauche possède à l’Assemblée, il sait que l’adoption de la loi n’est qu’une question de semaines...

    images?q=tbn:ANd9GcQPMFympW3xInhiABYEPpmSrMiy371MYulBb89mKEispbNEw1AmWhR7bwMDans la même interview accordée au Parisien, il déclare : « Le cours de Michel Drucker remplacera avantageusement le cours de religion. On peut se passer de religion pendant un certain temps ; on ne peut pas se passer longtemps de Michel Drucker. »   

    Voici donc une ébauche de ce que pourrait être le programme des élèves de l’enseignement élémentaire à raison de 1h/semaine.

    CP : Les ascendants de Michel Drucker

    CE1 : La vie de Michel Drucker

    CE 2 : Les grandes émissions de Michel Drucker 1. Les émissions du dimanche après-midi 2. les émissions du samedi soir. 3. Les spéciales, les premières émissions etc.

    CM1 : Michel Drucker et les sports 1. Le football 2. Le cyclisme  3.L’hélicoptère

    CM2 : La descendance de Michel Drucker dans le domaine de l’information et des arts du spectacle 

    Des stages de formation au Michel Drucker seront organisés durant le mois d’août à l’intention des futurs formateurs afin qu’ils soient opérationnels début septembre. Le Grand Quizz Michel Drucker aura lieu sur la chaîne du savoir du service public le samedi 7 septembre 2013.

    A noter que nombre de voix se sont élevées pour contester ce leadership, parmi lesquelles de très anciens participants d’Intervilles et des déçus de l’arrêt de Taratata. Un sondage commandé par le ministère de l'Education Nationale et portant sur un panel de 999 personnes interrogées sur leur portable et d’une personne sur le vieux fixe de la maison de repos a donné les résultats suivants en réponse à la question Quel est, pour vous, le plus grand animateur français de tous les temps ? 

    1. Michel Drucker (23%) 2. Guy Lux (18%) 3. Benjamin Castaldi (12%) 4. Nagui (8 %) 5. Cyril Hanouna (5 %) Puis viennent les Denisot, Pernaut, Ardisson, Zitrone, Foucault, Bellemare, Reichman etc. 

    Les étudiants des lycées et collèges pourront à raison de 3 heures/semaine  approfondir (en option seulement) leurs connaissances dans les spécialisations suivantes: L’écrivain (et les nègres de) Michel Drucker, Les chiffres & Michel Drucker, Michel Drucker & la nature, Michel Drucker &  les langues, Michel Drucker dans l’histoire contemporaine européenne...

    Dans le même ordre d’idée, et pour anticiper un futur cours Patrick Sébastien dans les années à venir, le texte de la chanson Les sardines ** (en raison des lectures philosophico-sociologiques qu’on peut en faire), qui in extremis a été préférée au Petit bonhomme en mousse (plus légère, il est vrai quoique plus populaire), dans la foulée de la mise au programme d’un examen du bac de J-J Goldman* (en attendant l’étude de la poésie de Christophe Maé et M. Pokora) cette année avec le baudelairien, assez indistinct et, pour tout dire, poétiquement primaire, Là-bas.

    Des initiatives, n’en doutons pas, qui feront l’unanimité, en tout cas chez ceux qui trouvent que l’école ne prend pas en compte les différents aspects de la vie actuelle. 

     

    http://www.rue89.com/2013/06/19/bac-pro-francais-cette-annee-chanson-bas-jj-goldman-243484

    ** Les sardines de Patrick Sébastien:http://www.youtube.com/watch?v=PA3P1-aSvKQ

     

    Le samedi 9 janvier 1988, 3 mois avant son décès, Pierre Desproges commente l'arrivée des artistes au programme de Champs-Elysées...

  • Hemingway et l'Espagne

    images?q=tbn:ANd9GcT4-qJfLLTA6lxfOLablHP6M_DaXS0GIrptsYePfW2SkiYlrT6xATj4icEL'Espagne est au coeur de deux des six romans écrits par Ernest Hemingway: Le soleil se lève aussi et Pour qui sonne le glas. Ainsi que d'un essai de plus de 500 pages, Mort dans l'après-midi, sur la corrida, une des passions de l'écrivain... Mais aussi d'un livre de chroniques, L'été dangereux et de plusieurs nouvelles dont La capitale du monde (Folio, 2 €)

    Voici quelques liens à ce propos:

    Hemingway, fascination pour la corrida:images?q=tbn:ANd9GcQ2T-p36ep2Yna_6xI435DSapkVCf6VSyUuFjJhIsHN4svOyXQsx_lycqk

    http://velonero.blogspot.be/2010/03/hemingway-fascination-pour-la-corrida-2.html

    Pampelune: 50 ans sans Hemingway

    http://torosyferias.blogs.larepubliquedespyrenees.fr/archive/2011/07/12/san-fermin-50-ans-sans-hemingway.html

    images?q=tbn:ANd9GcRTBwSX0cIS09dJfd4GNRm0-fBwbUDPKTd-bUfsQTiXzbrvpA0VBNVyokUPour qui sonne le glas: les derniers jours d'un condamné:

    http://www.brunocolombari.fr/Pour-qui-sonne-le-glas

    Les vies parallèles de Papa (Ernest Hemingway) et Ava Gardner (qui incarna à l'écran Lady Brett Ashley, l'héroïne de Le soleil se lève aussi):

    http://global.ralphlauren.com/fr-fr/rlmagazine/editorial/spring13/Pages/AvaGardner.aspx

    Ce qu'il faut avoir lu d'Hemingway:

    http://www.lexpress.fr/culture/livre/ce-qu-il-faut-avoir-lu-d-hemingway_958451.html

    Hemingway et l'Espagne, par Pierre Dupuy (Renaissance du livre):

    http://www.alteregal.com/produit.aspx?idx=1

    Les livres d'Ernest Hemingway par les critiqueurs de Critiques libres:

    http://www.critiqueslibres.com/i.php/vauteur/161/

  • Sketches of Spain / Miles Davis




    Sketches of Spain est un album de Miles Davis sorti en 1960 et inspiré de la musique espagnole: Rodrigo, De Falla. Il fait peu de place aux improvisations, ce qui a fait dire qu'il n'était pas un album de jazz. Les arrangements et quelques compositions comme Saeta et Solea et sont signés Gil Evans. (d'après Wikipedia)

    images?q=tbn:ANd9GcT1Utx6QUQzedV9UV_4oxsdK69Qbtx42ubfGI7im2kJ1yI-PgrmWm1FvxJF

  • Spain / Chick Corea & Stevie Wonder


    http://www.chickcorea.com/


    http://www.steviewonder.net/

    Spain est probablement la pièce la plus importante de Chick Corea (né en 1941). Le morceau a été composée en 1971 pour l'album Light as a feather (léger comme une plume). Spain s'ouvre sur l'adagio du Concerto d'Aranjuez de Rodrigo. Il a connu plusieurs versions par Corea et par d'autres artistes...

    Comment Chick Corea a écrit Spain?

    http://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2011/11/how-chick-corea-wrote-spain/248948/

    images?q=tbn:ANd9GcRCSj-nHO8Cn0o-ogtmVLWLlAor5vQRXPKFN5smp3D4AmJKBcbwE5eugA

  • Espagnol de BAEZ

    Gracias a la vida, avec Mercedes Sosa (Violetta Para)

    No nos moveran (traditionnel)

    Te recuerdo Amanda (Víctor Jara)

    La Llorena (traditionnel)

    C'est en 1974 que sort Gracias a la vida, le premier album de Joan Baez (née en 1941) entièrement en langue espagnole. Le titre fait référence à la chanson de l'artiste folk chilienne Violetta Para. Il contient aussi des compositions de Victor Jara.

    images?q=tbn:ANd9GcTm5Tp0kTg5SHJAAMiHYNHQzFqiGDgEW4-P0GHnh3Ls4pLNnwDIDLDRK4P4

  • GARCÍA LORCA: gacelas & casidas

    GACELA DE LA TERRIBLE PRÉSENCE

     

    Je veux que l’eau demeure sans lit.

    Je veux que le vent demeure sans vallées.

     

    Je veux que la nuit demeure sans yeux

    et mon coeur sans la fleur de l’or;

     

    que les boeufs parlent aux grandes feuilles

    et que le ver de terre se meure d’ombre;

     

    que brillent les dents de la tête de mort

    et que la jaunisse inonde la soie.

     

    Je peux voir le duel de la nuit blessée

    qui lutte enlacée avec le midi.

     

    Je résiste au couchant de vert poison

    et aux arcs brisés où souffre le temps.

     

    Mais n’éclaire pas ta nudité limpide

    comme un cactus noir ouvert dans les joncs.

     

    Laisse-moi dans une angoisse de planètes obscures,

    mais ne me montre pas ta hanche fraîche.

     

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    La maja nue, Goya


    CASIDA DE LA FEMME COUCHÉE

     

    Te voir nue, c’est se rappeler la Terre,

    la Terre lisse et vierge de chevaux,

    la Terre sans aucun jonc, forme pure,

    fermée à l’avenir : confins d’argent.

     

    Te voir nue, c’est comprendre l’anxiété

    de la pluie cherchant la fragile tige,

    la fièvre de la mer au visage immense

    sans trouver l’éclat de sa joue.

     

    Le sang sonnera à travers les lits

    et viendra tenant son fer fulgurant,

    mais toi tu ne sauras pas où se cachent

    le cœur de crapaud ou la violette.

     

    Ton ventre est une lutte de racines,

    tes lèvres sont une aube sans contour.

    Sous les roses tièdes de ton lit

    gémissent les morts, attendant leur tour.

     

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    Vénus au miroir, Velazquez 


     

    CASIDA DE LA FILLE DORÉE


    La fille dorée

    se baignait dans l’eau

    et l’eau se dorait.

     

    Les algues, les branches

    l’ombrageaient dans l’ombre,

    et le rossignol

    pour la fille blanche

    chantait.

     

    Vint la claire nuit

    au mauvais argent,

    montagnes pelées

    sous la brise noire.

     

    La fille mouillée

    blanche était dans l’eau,

    et l’eau, une flamme.

     

    Vint l’aube sans tache

    - mille mufles de vaches -

    en linceul glacée,

    et sous des guirlandes

    gelées.

     

    La fillette en larmes

    se baignait aux flammes,

    et le rossignol,

    les ailes brûlées,

    pleurait.

     

    La fille dorée

    était un héron

    blanc, que l’eau dorait.

     

    images?q=tbn:ANd9GcQbfrod1InvJryFznFkNsM-5UCgcPoLC7RfuYeopvLo4uiIQCuOlk8LF4I5Traduction de: Claude Couffon et de Bernard Seséimages?q=tbn:ANd9GcRaxV4PzcG33ff4Mjm_DYs7WaB9nf4TacMMO5Nl20dceE5hNmKuk0uMLlI 

    (Federico Garcia Lorca - né en 1898, mort en 1936, Divan du Tamarit.

    Poésies III, 1926-1936)

    Le Divan du Tamarit sous la forme des gacelas et des casidas est un recueil de poèmes de Garcia Lorca en hommage à des poètes de Grenade. L'amour (dans les gacelas) et la mort (dans les casidas) sont les principaux thèmes du recueil paru après la mort du poète, à Buenos Aires, en 1940. 

     

    Ecoutez: « Gacela de l’amour imprévu » de Federico Garcia Lorca Lu par Laurent Stocker

     suivi de: 

     « Gacela de l’amour désespérée » de Federico Garcia Lorca Lu par Adeline d'Hermy  

      sur France Culture:

    http://www.franceculture.fr/emission-poeme-du-jour-avec-la-comedie-francaise-federico-garcia-lorca-%C2%AB-gacela-de-l%E2%80%99amour-imprevu-%C2%BB

     



     

     

  • Toro, corrida & chanson

    Le petit taureau / Claude Nougaro - 1967

    Les belles étrangères / Jean Ferrat - 1965

     

    Les toros / Jacques Brel - 1964

    Le toréador / Charles Aznavour - 1966

    La corrida / Gilbert Bécaud - 1955

    La corrida / Francis Cabrel - 1994

    La corrida n'aura pas lieu / Michel Sardou - 1971

    images?q=tbn:ANd9GcRzFWtBeCE9wefx00d03QtaDGiLw_ezOe67KxTvBqnoycHlNDSGjBj9gIM

  • La faim du torero

    images?q=tbn:ANd9GcRzVjzGpC33KkLwkmZ8Hhct2Mdw_tXvfw0TPqCKodSaLAhw7WFLezLyF9hbPasser du nuage à la corne n’est pas donné à tout le monde. Il faut descendre tôt des cieux après s’être couché avec les poules de la voie lactée. Le divin taureau n’est pas fait d’air comme la vache amoureuse voudrait le croire. Le taureau de combat, comme chacun plaît, s’achève dans la corrida après avoir fait beaucoup frire et meugler quelques bœufs. A-t-on jamais vu mangé le picador après qu’il est tombé raide bleu de la tache de vin qui rit ? Non ! L’or ne guérit pas son matador et, après quelques passes olé olé, exécutées avec la muleta, cette voile à racler la mort, il est temps qu’il rende ses rillettes ou, plutôt, qu’il plante ses banderilles pour obtenir de la bonne viande à mâcher et du son sifflé des arènes. Les décolletés des spectatrices dévalent les gradins du désir, au bas desquels des hommes en bas résille répètent leur leçon de mauvaise conduite. Si la femme est gaie, hé hé, et l’homme morbide, oh oh, on est bon pour une paëlla ratée et un flamenco à l’eau de rose. Mais si la femme est bonne, elle peut alimenter le toril à rêves de l’aficionado et combattre avec le torero dans la nuit abricotée. Quand elle aura donné sa pulpe aux étoiles et un mauve correct à ses muqueuses, elle pourra mourir d’amour en gravant de sa chair sur le sable chaud un tattoo rouge sang du plus bel effet sous un soleil blanc d’œuf écrasé, si le torero après tout ça, et il se pourrait bien, a faim. 

  • Le Microbe d'été tourne rond!

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    Des textes courts, de la poésie coup de poing et néanmoins délicate, des aphorismes, des dessins... La revue anti-ennui par excellence. Un numéro 78 à scratcher sur un vieux pick-up, pour lire malin au soleil de l'été. 

    Au sommaire: 

    Éric Allard

    Olivier André

    Denis Billamboz

    Ive Bressande

    David Cizeron

    Patrick Devaux

    Dominique Gaultier

    Roger Lahu

    Fabrice Marzuolo

    Marcel Peltier2040827357.jpg

    Jany Pineau

    Thierry Roquet  

    Tom Samel

    Guillaume Siaudeau

    et Tiptoe qui signe aussi les illustrations.

    Les abonnés « + » recevront également le mi(no)crobe 40: Venge les anges, signé Patrice Maltaverne.

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    Abonnement:

    Belgique: 12 € (17 €) pour 10 numéros (et 5 Minicrobes)

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    Pour tout renseignement, demande d'abonnement, contacter Éric Dejaeger via son blog: 

    http://courttoujours.hautetfort.com/

    Le blog de Patrice Maltaverne (Traction-Brabant): 

    http://traction-brabant.blogspot.be/

  • Friandises caribéennes

    images?q=tbn:ANd9GcThg_y7eWRrHW8xmSnukiA3FgzNZQRd2z25OlmMNOH_SG_Xbm2wfqEAOYYpar Denis BILLAMBOZ

    Pour que votre été soit beau et aussi ensoleillé sur votre porte qu’à la terrasse des cafés, je vous propose ces deux petites friandises venues directement des Caraïbes, un petit paradis où même la misère semble moins pénible au soleil, et de la misère il n’en manque pas dans ces deux textes. Mais sous le ciel des Caraïbes, il y a tellement de truculence, de joie de vivre, ou plutôt de survivre, de musique et de danse que la lecture de ces histoires n’est jamais aussi tragique que la réalité qu’elles racontent. Et, comme moi, j’espère que vous régalerez de cette langue savoureuse qui enchante l’œil et surtout l’oreille de ceux qui lisent à haute voix.


    51zYPUKTB4L._SY445_.jpgHadriana dans tous mes rêves

    René Depestre (1926 - ….)

    Et chantent et dansent les mots charnus et ensoleillés, sensuels et charnels et même un brin graveleux, en une sarabande endiablée sous la plume ensorcelée de Depestre pour raconter l’histoire d’Hadriana, l’histoire d’Hadriana et de Patrick, le narrateur, à Jacmel, en Haïti, qui prend forme au début de l’année 1938 et dure peut-être encore aujourd’hui.

    Cette histoire commence par deux décès concomitants, celui de Germaine qui veut revoir le port avant de mourir mais qui ne peut réaliser son rêve, même si son fils promène son cadavre orné d’un papillon, un sphinx, en guise de loup et celui d’Hadriana que le sphinx a séduite, comme moult autres femmes, avant qu’elle décède sur les marches de l’autel en disant « oui » à son futur époux. Mais en Haïti, le vaudou mélange toutes les cartes, le sphinx n’est en fait que Balthazar Granchiré, un séducteur effréné qui a possédé toutes les belles femmes de la région et qu’un sorcier a transformé en papillon pour le punir de ses forfaits sexuels.

    Dans la panique qui suit le décès d’Hadriana, les adeptes du vaudou s’emparent de la dépouille de la défunte, malgré les efforts des christianistes, et organisent un rituel vaudou pour que Granchiré, accusé du meurtre ne s’accapare pas le corps de la défunte pour la zombifier. Un long rituel, en forme de carnaval haut en couleur et riche en symboles sexuels et autres, conduit la belle à sa dernière demeure qui n’est, en fait, que très provisoire puisque sa dépouille est dérobée dans la nuit, au grand dam des populations qui craignent de voir paraître un nouveau zombie dans la ville. Mais, le statut de zombie est-il pire que celui de ces pauvres hères privés de tout, mêmes des libertés les plus élémentaires ? L’auteur s’interroge, « dans une société à très faible coefficient de droit et de liberté, l’insécurité absolue du zombie vaut-elle, sur le plan mythique, l’extrême détresse de la condition humaine qui caractérise la vie dans ma moitié d’île ? » Ainsi, s’achève le premier mouvement de ce roman qui en compte encore deux autres consacrés à la quête de la belle par le narrateur, amoureux éperdu, qui la recherche de part le monde entier et au récit de la zombification manquée de l’héroïne.

    images?q=tbn:ANd9GcSeF9KrLlpHw-FQB6F7_F8J6vTSL48b51QAPV3azycRGK1r4z-nS1Fi0T4wDans ce superbe texte aux couleurs caribéennes, Depestre met en évidence les rites vaudou qui constituent l’affirmation de la dignité des noirs haïtiens qui veulent conserver leur identité afro-haïtienne et le souvenir de leurs origines. Ce qui l’amène à démontrer l’opposition entre le christianisme où le pratiquant cherche à mériter ici bas la belle vie qu’il aura dans l’au-delà et le vaudou dont l’adepte voudrait faire perdurer les plaisirs de la vie dans ce bas monde en transcendant la mort par la fête et le sexe. « En Europe, …, dans les prières, les fidèles font appel aux yeux, aux mains, aux genoux, aux lèvres. Le charme d’Haïti devant Dieu tient dans le fait que les hanches, les reins, les fesses, les organes intimes interviennent dans les mouvements élevés de l’âme comme autant de forces motrices de rédemption. »

    Mais, l’auteur va encore plus loin, si on considère les obsèques d’Hadriana, on pourrait penser qu’il pencherait pour un syncrétisme entre les deux formes de pratique qui souderait la nation haïtienne dans une même croyance autour de sa dualité africaine et française.  « Le volcan musical réduisit en cendres les obstacles légendaires entre Thanatos et Eros, au-delà des interdits jetés entre les spermatozoïdes des mâles noirs et les ovules des femelles blanches. » Mais il faudra qu’Eros déploie encore ses talents avec persévérance et assiduité pour combler l’avantage abyssal pris par Tanathos lors du dernier tremblement de terre. Rappelons que le présent livre a été édité en 1988, deux ans seulement après que Baby Doc a été éjecté de son siège de dictateur mais en un temps où personne ne soupçonnait encore le grand malheur que les forces telluriques allaient infliger à cette demi-île sans que Baron Samedi y soit, cette fois, pour quoi que ce soit.


    51oJA0M6yfL._SY445_.jpgEclairs de chaleurs et autres nouvelles

    Olive Senior (1941 - ….)

    Une fois de plus j’ai succombé aux charmes de la littérature caribéenne qui toujours, et particulièrement dans ce recueil de dix savoureuses nouvelles, est gorgée de soleil, de couleurs, d’odeurs et de saveurs entêtantes qui envoûtent jusqu’à l’ivresse.

    A travers ces textes dans lesquels Olive Senior fait vivre ces paysans, et surtout ces paysannes, des montagnes jamaïcaines, là où elle a passé toute son enfance et son adolescence, avec leur langage vernaculaire, limité et fruste, mais plein d’expressions imagées et d’images hautes en couleur qui savent si bien dire la misère, la frustration, la déception, mais aussi les sentiments, l’amour et la haine, la tendresse et la rancœur… Elle a particulièrement bien su transposer cette tradition orale dans l’écrit,  par exemple, en répétant les mots autant de fois qu’il le faut pour leur donner la force nécessaire que celui qui raconte juge utile pour décrire ce qu’il pense. Oui bien, bien ! Et même bien, bien, bien !

    images?q=tbn:ANd9GcRBKdMNFQ5gGxyWr8IW_XGaLi2wkcK3-gGJ8e7n3Ma8B85BziBK9nL4NACes nouvelles, même si elles sont indépendantes, forment un tout cohérent, la vie des enfants dans les montagnes abandonnées par les parents qui sont partis pour essayer de gagner moins mal leur vie « sur l’autre bord », celui de l’exil. Et toute cette « manmaille » se retrouve à la charge de grands-mères ou de tantes qui sont déjà débordées par tous les trésors d’énergie qu’elles doivent développer pour essayer de faire survivre leur famille dans ce coin perdu de Jamaïque. Des familles bien aléatoires, construites au gré des départs et des retours, des unions et des désunions et des éventuels débordements extérieurs, les enfants « d’en dehors », au sein desquelles les pauvres gamins sont plus ou moins livrés à eux-mêmes, souffre-douleur des adultes, quotités négligeables à qui on ne fournit jamais d’explications et qui ne comptent que comme bouches à nourrir.

    Dans ce monde qui ne semble vraiment pas fait pour eux, ces enfants apprennent la vie à travers les aventures qu’ils rencontrent et celles des adultes qu’ils comprennent comme ils peuvent. Ils vivent tous ces  avatars comme des rites initiatiques qui les conduiront, avec une fatalité désolante, à la médiocrité qui leur est promise. Il n’y a pas d’espoir pour ces pauvres gosses abandonnés par leurs géniteurs et élevés par des vieilles déjà écrasées par la vie. Mais la misère semble moins pénible au soleil… disait le poète.

  • Un enseignant trop zélé

    images?q=tbn:ANd9GcTEjGAMIYy9Bpz-zo0ZcE1L2mZhUl_CyR90uYD1tIMzpAzgjbAsibEUIdcGrâce à un accord passé entre son psy, sa ministre de tutelle et le concierge de son établissement, cet enseignant en mal d'enseignement pouvait deux fois par semaine pendant les congés scolaires disposer d’un local pour calmer son addiction. Il y redonnait ses leçons de l’année écoulée, en une sorte de best of, devant certes un public absent mais qu’il imaginait réagissant à ses exposés et questions, en un dialogue constructif, dans la saine odeur de craie et la présence rassurante d’un tableau noir à l’ancienne et de  bancs bien rangés qui le mettaient au centre de l’attention.

    Chaque séance était suivie d’un entretien avec le thérapeute qui estimait, en concertation avec lui, la stratégie à adopter pour négocier au mieux cette période difficile qui voyait chaque été la disparition de nombreux membres du corps enseignant, pour la plupart il est vrai sur les pourtours des eaux turquoise du globe... On lui donnait entre ses séances de simulation des leçons à préparer, des programmes à établir, des listes de compétences à faire acquérir... À la rentrée, grâce au suivi médical et professionnel dont il avait bénéficié, notre enseignant modèle reprenait avec sérénité le chemin de l’école, comme toujours depuis ses trois quand il franchit la porte de l’école de son quartier sous l’œil vigilant de sa première maîtresse. Début septembre, il pouvait difficilement cacher son bonheur. Ainsi des collègues à la peau hâlée mais à la mine déconfite le voyaient soit pleurer de joie au hasard d’un couloir soit sauter comme un cabri en chantonnant entre les bancs avant l’arrivée de sa première classe. L’homme continuait d’être suivi par toutes les autorités, même la sécurité nationale qui n’excluait pas qu’un jour il en vienne à des excès, comme de faire apprendre par cœur, sous la menace d’un retrait momentané de téléphone cellulaire, les tables de multiplication ou la conjugaison à tous les temps du verbe apprendre. Des membres de la brigade d’intervention contre le mauvais traitement des élèves, postés sur les toits alentour de l’école, le gardaient en permanence en ligne de mire, prêts à l’abattre au premier signe suspect.

     

  • Nouvel abrégé d'histoire des mathématiques / Jean Baudet

    9782711753161-p.jpgLe roman inachevé de la Mathématique

    Voici un livre qui replace au bon endroit de l’histoire et dans l’ordre d’apparition sur la scène de la Mathématique les notions-clés de la « reine des sciences ».

    Ainsi la Renaissance est le temps de l’algèbre en Italie, et le XVIIème siècle celui de l’analyse comme le XVIIIème siècle est celui de l’ « aboutissement » de la notion de « fonction » (que l’on doit à Bernouilli)... 

    Lire la suite de ma lecture de ce livre sur ESPÈCES DE MATHS:

    http://especesdemaths.skynetblogs.be/

    Le blog de Jean Baudet :

    http://jeanbaudet.over-blog.com/