• Jeu mortel

     

    6080.jpgCe comédien au chômage se proposait de rejouer la mort des gens. Plutôt que d’attendre un hypothétique rôle dans une tragédie, son genre préféré, il se fit payer pour figurer l’action du trépas.

    Rejouer l’homme ou la femme à l’agonie coûtait peu à la famille ; celle-ci prenait place sur des chaises de cuisine ou de jardin face au lit du gisant. Les représentations en extérieur  étaient données sur les endroits mêmes où la mort s’était produite.

    Pour les accidents spectaculaires (de voitures, de chemin de fer, d’avion...), il sous-traitait la partie animée à une société employée pour les films d’action, cascades comprises. Les proches étaient installés sur des tribunes pour assister au tournage de la scène finale. Et la production leur distribuait après coup un film tout monté, avec gros plans sur les derniers instants, le râle final de l’ami, du parent - qu’ils pouvaient revoir à loisir.

    L’affaire marcha si bien que notre acteur de rôles funestes fut connu de l’industrie du spectacle et bientôt convié à jouer les grands mourants du répertoire dramatique: Don Juan, Juliette, Agamemnon, Agrippine, César, Antigone, et j’en trépasse.

    Sur scène, il ne fut pas si bon que lorsqu’il se produisait devant un parterre de profanes, rendus sensibles à son interprétation par le fait de leur rapport au défunt. Face à un public d’amateurs, son jeu présentait des failles. Il en prit ombrage, déprima tant et tant qu’un jour il se passa la corde au cou. Sans spectateur pour assister à son dernier acte. Son premier assistant proposa à ses proches de reproduire sa mort en assurant ainsi la reprise la société commerciale de théâtre funèbre. 

  • Trois recueils de Philippe LEUCKX

    Leuckx-quelques-mains.jpgQUELQUES MAINS DE POÈMES (éd. de l'Arbre à Paroles)

    Coeur et biens

    Philippe Leuckx écrit près du cœur  (Les bergers du fleuve / Ont des lèvres / Près du cœur) puisqu'il faut parler bas. Il s’agira de prêter l’oreille au propos d’un vigile de l’âme, qui va rendre compte d’un retour sur soi-même sans mettre à l'écart le monde. Faire la part des choses et des êtres tout en visant à l’essentiel, souvent ombragé.

    Il va d’abord s’agir de désembrumer, d’appeler le jour à la rescousse de la nuit et de ses prolongements ombreux. De faire la lumière, pour voir plus clair et plus loin (« On va pêcher les  lumières avec peu de mots »). Sonner le rappel de tous les sens pour retrouver sans doute « l’ampleur des choses à aimer ».

    Travail risqué dans une époque qui a soif de sensationnel, de romanesque et de vitesse, de prêt-à-voir et à-entendre. Alors que le poète Leuckx use de mains de mots, habilement combinées, pour nommer au plus juste ce qu’on ne distingue plus à force de confusion.

    La rue, très présente, figure certainement l’enfance, le retour à l’innosens. Elle est reliée à la mer, comme le fleuve, autre vocable leuckxien. C’est aussi le lieu, on le devine, des premières blessures mais de celles qu’on peut encore cicatriser, car récentes, qui ne deviendront plaies que par accumulation de « mauvais temps », d’insensibilité. 

    Car, si, chez Claudel, l’œil écoute, chez Leuckx, on peut dire que le temps voit, qu’il a vocation à toucher. Mais il nous revient toutefois de l’ouvrir et de le fermer telle une fenêtre (« Je ferme / Les paupières du temps »).

    Le visage doit, pour être vu pleinement, se singulariser de la masse. Il est en liaison avec la peine et les douleurs, qui le voilent. Il sera nommé, reconnu, il fera sens en revenant à la surface de la mémoire.

    De la gloire du cœur, un moment gagnée sur l’adversité, il faudra garder trace ; c’est son bien, écrit le poète.

    Poésie évidemment subtile où il ne s’agirait pas de confondre l’un avec le multiple, le visage qu’on nomme avec le visage anonyme, le dense (qui étouffe) avec l’entre-deux (qui libère, qui livre l’air), le chemin (qui relie) ou le paysage (qui rassemble par la vue) avec l’espace (qui sépare), la rue de la ville, l’éphémère du temps qui passe du toujours de l’enfance remémorée.

    Le poète n’écrit pas des histoires, sauf exceptions. Il n’a cure des récits avec anecdotes à la clé, passions et mélodrames... Il relate avec un lexique singulier, son tissu d’images et sa propre parole le périple d’une vie, lisible sous l’angle poétique, interprétable par tous, dans un jeu libre d’un je à l’autre.

    Dans la joute existentielle que constitue un recueil exigeant, l’épopée intérieure vient se lover dans le cours, dans le coeur du monde pour le bien de la poésie.


    EXTRAIT

    J’appelais poème votre nom

    Et poème encore  l’énoncé d’un visage

    En sa nuit avec le linge offert

    A toute blancheur

    J’appelais image ce peu de ciel

    Laissé en l’essentiel

    Et forme l’arcade au-dessus des yeux

    Quand ils plongent en moi

    Soumettent l’air au silence.

    Depuis l’herbe a poussé

    Et le cœur revient déserté

    En terrain vague à peine

    Floué forcément désappris

    Comme le temps gagné de vent

    S’embarrasse les épaules

    Vers la mer.

     

    http://maisondelapoesie.com/index.php?page=quelques-mains-de-poemes---philippe-leuckx

     

    DIX FRAGMENTS DE TERRE COMMUNE (éd. La Porte, 2013)

    Ce sang, cette terre

    Terre natale, terre nourricière qui « nous modèle », et qu’on retrouve à la faveur des mots, du poème « lorsque la terre s’ouvre et que le ciel devient le nom commun de tant de visages ».

    Le ciel, lieu du regard, là où se niche la lumière ; lieu de l’aile, de l’évasion, de ce qui emporte, fait perdre aussi. Voyages et dérives... Avant le retour à l’enfance qu'« une trop longue phrase de temps » nous a dérobée.

    Tant que la voix conserve les échos lointains, par le geste de (re)garder, par l’incessant travail sur les mots, retentit le cri de la terre natale, s’inscrit la trace du premier lieu de vie qui a continué de chanter dans nos pas. 

     

    D’OÙ LE POEME SURGIT (éd. La Porte, 2014)

    À pleins mots

    « Le poème est toujours un risque écrit », une confrontation avec la vérité. Même s’il peut prendre divers détours, c’est à la beauté qu’il vise.

    Paul Otchakosky-Laurens, interrogé sur son activité d’éditeur, disait cette année qu’ « on écrit pour dire la vérité » et qu’il savait « très vite en ouvrant un livre si l’auteur écrit la vérité ».

    D’où vient le poème, se demande et nous demande Philippe Leuckx.

    Il apporte des éléments de réponse : lumière, chaleur, soif, mémoire...

    Le poème peut se faire visage, le visage se faire poème...

    Le regard seul ne suffit pas, des yeux  se cognent à des murs pour « lire toute la poussière du monde ». Le poème n’est jamais séparé de la sensation, de l’expérience ou du souvenir.

     « Les mains sondent. Il restera des mots »

    Des mains, des mots, faits pour (sup)porter.

    Le poème est aussi question de temps, de hasard objectif, dirigé, on le devine, par un souci très pur et très fragile de faire un avec le monde.

     

    http://terreaciel.free.fr/maisons/laporte.htm

    [Les titres des notes de lecture sont tirées de chaque recueil.]

    Eric ALLARD

     

    Leuckxok.jpgDepuis une vingtaine d'années, Philippe Leuckx essaime ses textes chez différents éditeurs pour construire un unique poème qui dit, par de multiples voies et par des voix multiples, le chemin de l’être.

    En savoir plus sur Philippe LEUCKX:

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Leuckx

     


  • A propos de quelques expositions de 2013

    P.Leuckx.jpgpar Philippe LEUCKX







    GOYA ET LA MODERNITÉ

    Le dessein de la Pinacothèque de Paris est de dévider les multiples facettes d'un artiste, plus connu sans doute pour ses huiles que pour ses eaux fortes, d'un créateur dont l'exemplarité des dessins, des raccourcis esthétiques et la fantaisie devancent les expressionnistes et les surréalistes.

    L'exposition, visible jusqu'en mars 2014 Place de la Madeleine, offre 220 façons de redécouvrir Goya. La série impressionnante d'eaux fortes, titrées CAPRICES, DESASTRES nous met en présence d'un auteur épris de vérité et à l'esprit satirique de haut vol. Il consigne là toutes les monstruosités de la guerre, de la hiérarchie, de l'église, du pouvoir repu, et nombre d'entre elles en prennent à l'aise avec tous les possédants!

    L'acuité des traits (dans toute l'essence du terme) ressuscite une époque marquée par une hypocrisie crasse,  l'occupation française désastreuse (de 1808), les turpitudes de toutes sortes.

    Les huiles - petits formats (consacrés à l'enfance) et grands (portraits de nantis et de royales figures - dont la marquise de Villafranca et autres Charles III à la chasse -, recèlent des trésors plastiques : la simplicité du dessin, très simplifié par rapport à la norme académique, les touches élémentaires qui donnent à l'exécution un air de liberté très souple (j'y vois l'influence du meilleur Watteau), le bonheur des regards et des poses.

     

    http://www.pinacotheque.com/fr/accueil/expositions.html


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    MORANDI ET L'EPURE

    Heureuse initiative de proposer, au Bozar de Buxelles,  plus d'une centaine d'oeuvres du grand artiste de Bologne. Giorgio Morandi (1890-1964) est à la peinture épurée ce qu'est Yasujiro OZU au cinéma d'auteur.

    Peu d'artistes vraiment pour oser oeuvrer sur le peu, et tirer de ce peu les atouts les plus vivifiants pour notre imaginaire. Fleurs, maisons, pots, autoportraits : les thématiques se raréfient au profit d'une exécution qui efface ses traces, qui exulte le dégradé, les couleurs (ah! ces ocres!), la simplicité des arêtes et des volumes.

    Celui qui doit sans doute beaucoup aux devanciers (Chardin, Cézanne) et annonce les Vieira da Silva et autres de Stael, sait comme pas un délivrer de l'espace la magie pure des objets, sans esbroufe, sans une once de préciosité ni d'afféterie plastique, avec une économie de moyens qui confine au sublime.

    Qui partage une vision intimiste du monde s'embarrasse peu des effets ordinaires, clinquants.

    Morandi nous laisse entrer dans son atelier, et, comme Sudek et ses natures mortes photographiques et ses fenêtres enchantées pragoises, il nous rend sensible l'impalpable du réel.

    http://www.bozar.be/activity.php?id=12714

     

    GROSZ, DIX ET BRAECKMAN

    Namur fait fête en ce moment, dans deux espaces (Maison de la Culture et Musée Rops), à trois artistes directement inspirés par la Grande Boucherie de 14/18 et ses conséquences.


    MUSEE ROPS

    Chez GROSZ, le dessin satirique à lui seul est une mine de découvertes sur un regard unique pour dépister la grossièreté, la violence, la bêtise des armes, le ventre dominant des possédants (ah! cette usine dans le bedon d'un gros propriétaire éventré!), les plaies sociales de toutes espèces.

    Le noir et blanc traque en finesse le côté daumieresque des figures de chenapans sous plastrons, de gros bourgeois encroûtés...

     

    MAISON DE LA CULTURE

    DIX propose une série hallucinante de gravures descriptives des tranchées. Sobrement exposés, les motifs vous sautent au visage par les horreurs surexposées en noir et blanc! Cinquante et une visions de ce que des gars ont pu subir au milieu des visages abîmés, entre les fils de fer barbelés, avec le sang, l'obus comme témoins.

    BRAECKMAN, né en 1958, photographie - en très grand - des témoignages des tranchées lui aussi. Déposées à même le sol, ces photos nous font entrer dans la brume poussiéreuse, blafarde et repoussante des abris de misère, à côté des vêtements usagés et la batterie de cuisine élémentaire. 

    Trois visions d'apocalypse, à la suite de Goya, Daumier, qui éclairent les noeuds de la tragédie en les pourfendant de toutes parts de leurs assauts de véracité.

      

    http://www.museerops.be/musee/expo58/

  • L'insoutenable gravité des pommes

     

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    C’est le bazar dans mon verger !

    Des grandes nèfles et de petites mûres font le poirier pour qu’on reluque leur prune.

    Quand on secoue le cocotier, il y a bientôt des poils de noix partout.

    Des gilles figues bourrés comme tout un olivier se consolent des oranges envolées en regardant en boucle Les fraises sauvages.

    Des grenades explosent dans ma bouche en des explosions de saveurs, faisant de mon palais comme un repère de goyaves.

    (Voilà ce qui arrive quand on litchi trop le bruit, me dit le maître du tonnerre dans un ramboutan.)

    La bouche en fruits secs (et les yeux en amandes), je me grille une dernière cacahuète.

    Immanquablement, à la datte du 11 septembre, la vermine attaque mes courgettes jumelles.

    Des pompiers se font la courte échelle pour éteindre l’incendie de chocolat dans le cacaoyer. En descendant, ils se ramassent une pêche en glissant sur une peau de banane.

    Tout l’automne, je me fais du marron pour mes châtaignes : chaud devant, me crie un soldat du fruit rouge comme une tomate flambée devant le chapeau melon de Newton.

    Les cerises ne font pas de quartiers quand on les maque à des bigarreaux : elles s’envoient en l’air avec des griottes...

    Si après tout ça vous ne croyez pas à la théorie de la compote...

  • KRISTIN ASBJORNSEN for Christmas

    "D’une Norvégienne aux boucles rousses, on n’attend pas forcément qu’elle interprète avec force et subtilité les chants d’espoir et de détresse autrefois entonnés par les Africains emmenés en esclavage sur les terres américains. Mais Kristin Asbjørnsen, fille de pasteur ayant baigné dans le gospel dès l’enfance, nourrit une passion sincère pour les spirituals. Elle est même allée chercher les racines de cette musique en Afrique de l’Ouest et, tombée sous le charme de Kandia Kouyaté, s’est particulièrement attachée à restituer l’africanité des spirituals."

    Louis-Julien Nicolau

    https://twitter.com/LJNicolaou





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    http://kristinasbjornsen.com/

  • Noël revu par Scorsese, Kubrick, Woody Allen...

    Le matin de Noël vu par Kubrick, Scorsese, Eisenstein, Allen, Anderson...


  • Avant la neige + Le Noël de Mamie, par Denis Billamboz

    Avant la neige

     

    Le grand magicien amant de dame nature étend les branches de ses arbres, suspend le souffle de sa respiration ; le ciel se fait câlin, vêtu  d’un gris chic comme un costume dont on se pare pour courtiser sa belle ; l’atmosphère s’est épaissie d’une brise de ouate qui caresse la plaine, le temps suspend  son cours, l’instant est magique même les flocons n’osent pas encore tomber pour ne pas rompre ce moment  féerique.

    Les enfants taisent leur impatience

    Ils ont bien compris

    Qu’elle viendra toute en douceur

     

    la neige de Noël !


     

     

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    Le Noël de Mamie

     

    Des yeux qui brillent

    Des sourires qui pétillent

    Des rires qui s’égosillent

    Des doigts fébriles

     

    Du papier qu’on déchire

    Des jouets qu’on admire

    Des livres qu’on va lire

    Des gourmandises à vomir

     

    Un sapin qui poudroie

    Des boules qui miroitent

    Des guirlandes qui chatoient

    Des bûches qui flamboient

     

    La fête est belle

    Mamie est au ciel

    C’est son Noël à elle

     

    Sa magie de Noël

     

    D.B.

  • LES BELLES PHRASES ont CINQ ANS

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    LE BLOG A 5 ANS! 

    Mais où en est-il dans son développement?

    Questionnons une spécialiste de l'enfance des blogs, Françoise Dolblog

    A cet âge, le blog quitte la petite enfance et se prépare à entrer à l'école et à se faire des amis.

    A l'aube de sa nouvelle vie, le blog:

    joue à faire semblant  pour mieux maîtriser les expériences qui le frustrent ou l'effraient;

    - il a une bonne estime de soi, une image de lui-même et de ses réussites;    

    - il se conforme plus souvent aux demandes de son webmaster;

    - il se concentre et s'occupe seul pendant 20 à 30 minutes;

    - il persévère plus souvent devant une tâche difficile.

    Mais sur un plan strictement littéraire, où en est-il?

    - le blog joue avec les mots en faisant des rimes absurdes;

    - il aime réciter des rimes et fredonner des chansonnettes;

    - il parle de situations imaginaires;

    - il emploie des mots nouveaux et avec lesquels il n'est pas familier;

    - il raconte de longues histoires sur ce qu'il a vécu;

    - il maîtrise un vocabulaire de 1500 à 2000 mots 

    [cela dit, et le visiteur en conviendra aisément, certains écrivains adultes et le webmaster, certains jours de profonde lassitude, manifestent tous les signes littéraires propres à l'âge du blog Note du Webmaster]

    LE BLOG DOIT-IL SE PRÉPARER À ENTRER À L'ÉCOLE NUMÉRIQUE?

    Plusieurs spécialistes de la pédagogie numérique ont été questionnés et tous ont déclaré qu'aucune étude sur le long terme n'avait encore pu être menée sur la corrélation entre la vieillesse harmonieuse d'un blog et sa scolarité numérique. Les premières études sérieuses sur la question ne devraient pas être rendues publiques avant au moins 2030. 

    En attendant, comment l'aider à progresser?

    Votre blog a une personnalité unique qui se développera à son propre rythme. Mais on pourra favoriser ce développement en:

    - le visitant régulièrement, et plus d'une fois par jour. Les heures de visite ne sont pas réglementées, on peut visiter le blog à toute heure du jour et de la nuit;

    - en faisant des commentaires, si possible, positifs et réconfortants; 

    - en le promotionnant, notamment via les réseaux sociaux;

    - en lui apportant des textes neufs car il a besoin d'être alimenté en permanence;

    - en lui fredonnant des chansons mélancoliques et tendres, ses préférées, et dans toutes les langues de la terre;

    - ...

    LES BELLES PHRASES en QUELQUES CHIFFRES...

    370 000 visites, soit environ 200 visites en moyenne par jour

    Plus de 2 500 posts répartis dans les diverses catégories

    Des dizaines d'auteurs invités 

    100 chroniques pour chacun des chroniqueurs, Denis BILLAMBOZ et Philippe LEUCKX (qui fête d'ailleurs son anniversaire aujourd'hui et auquel je souhaite un heureux anniversaire personnel), soit plus de 300 livres chroniqués par leurs soins 

    Merci pour vos visites!

    Éric Allard

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  • IN VINO VERITAS

    images?q=tbn:ANd9GcQ8ZQRh5vCHHCb0oOMtYL07fF9qsYa379z4wfNeuWrnBJVWnBxm1wpar Denis BILLAMBOZ

    L’alcool cette maîtresse perverse, ce dictateur autoritaire, a soumis en esclavage les deux héros des deux livres présentés ci-dessous : un cadre brillant d’une entreprise britannique qui vit dans une comédie permanente, de plus en plus pathétique, pour masquer l’addiction dont il est victime, et une vieille intellectuel russe qui ne supporte plus de voir l’état dans lequel son pays a été mis par un régime très bête et particulièrement méchant. Deux livres qui ne tombent pas, comme de très nombreux autres, dans la dénonciation pure et simple de l’alcoolisme comme une maladie infamante, deux textes qui montrent la dépendance dans toute sa cruauté et qui essaie de comprendre le pourquoi de cette addiction.

     

    72822803.jpgLe son de ma voix

    Ron Butlin (1949 - ….)

    Avec ce texte écrit à la deuxième personne, ce qui établit une plus grande proximité entre le narrateur et le héros tout en laissant suffisamment de recul au premier pour jauger le second sans qu’il se mette à sa place, Ron Butlin évoque le problème de la dépendance alcoolique, non pas du point de vue de celui qui constate et accuse mais du point de vue de celui qui vit ce drame, celui qui doit composer chaque jour avec son poison, celui qui doit trouver la juste dose pour exister sans sombrer.

    A 34 ans, le héros, un des principaux cadres-dirigeants, d’une biscuiterie est fortement alcoolisé, il s’en rend compte, il connait bien son problème mais il est pris dans l’engrenage de l’addiction et ne sait plus comment  sortir de l’impasse dans laquelle il s’est fourré. Il se souvient de ses angoisses d’enfant, ses angoisses devant le monde immense, réduit, loin, près, toutes ces distances qui le troublaient. Il se souvient quand il était jeune, qu’il faisait quatre fêtes par nuit chaque vendredi et chaque samedi, il a ainsi pris l’habitude de boire, de boire beaucoup, trop, de boire déraisonnablement. « D’autres allaient aux fêtes et se soûlaient, tu te soûlais et allais aux fêtes ». C’est lors de l’une de ces fêtes qu’il a appris le décès de son père qui ne l’aimait pas beaucoup et, qu’en retour, lui n’aimait pas plus. Il a alors tenté d’enfoncer sa douleur au fond du ventre d’une fille qu’il avait rencontrée au cours de la nuit comme pour noyer cette douleur, la faire disparaître. Mais la fille a refusé en le suppliant et il entend encore le son de sa voix.

    Ron%20Butlin.jpgDésormais, il est un directeur respecté, même brillant selon certains, mais il ne peut pas être lui-même sans avoir bu sa dose. Pour lui l’alcool n’est pas un problème mais une solution, « la solution : qui dissout toutes les parties séparées en une seule. Un solvant universel. Un océan ». Mais il supporte de moins en moins la pitié qu’il lit dans le regard de sa femme, le regard muet de ses enfants, « les accusations », la condescendance de ses subalternes, la comédie qu’il joue en permanence pour paraître normal, à jeun, la plongée dans le monde qu’il a bâti pour y loger son délire éthylique, ses hallucinations, et ce monde qui se déforme sans cesse autour de lui. Il arrive de moins en moins à résoudre la terrible adéquation qui consiste à boire assez pour exister et travailler sans boire trop au risque de sombrer corps et âme devant les siens.

    Ron Butlin a remarquablement su reconstituer, avec beaucoup de compréhension et de délicatesse, ne sombrant jamais dans les clichés grotesques de l’ivrognerie, le monde que le héros créé pour faire accepter son addiction par les autres mais aussi par lui-même. Il se livre à une analyse d’une très grande finesse, jusque dans les moindres détails, il n’est pas l’accusateur, il est l’alcoolique totalement dépendant qui voudrait sortir de la nasse mais n’en trouve pas l’issue et joue la comédie, se joue aussi la comédie, pour faire croire qu’il n’est pas différent des autres qu’il est seulement quelqu’un de très sensible, très sensible à la musique classique notamment.

    Son style glisse le lecteur dans la peau du dépendant, le faisant progresser d’un espace de lucidité à une autre espace de lucidité avant de revenir en arrière pour évoquer ces autres espaces plus obscurs que le héros n’a découverts ou compris qu’après coup. Le récit avance ainsi par bond, recollant à chaque étape les morceaux de la vie du héros qui s’assemblent de moins en moins bien au fur et à mesure de la dégradation de son état, donnant ainsi au texte un rythme qui soutient l’attention du lecteur.

    Après lecture de ce texte, nous pourrions suivre Irvine Welsh quand il écrit dans sa préface : « Si vous demandez à n’importe quel étudiant en littérature celtique de citer une œuvre de fiction, écrite en Ecosse lors de ces vingt dernières années, la liste est plutôt prévisible… Mais il y a un livre que peu de gens mentionneront, c’est un roman écrit par un poète écossais, Ron Butlin, et intitulé le Son de ma voix… A mon avis ce livre est un des romans majeurs de la Grande-Bretagne des années 1980… »

     

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    Moscou-sur-vodka

    Venedict Erofeiev (1938 – 1990)

    Au plus fort de la Guerre Froide, un ivrogne, une sorte de Bukowski russe, fin lettré, prend le train à la gare de Koursk, à Moscou, pour se rendre à Petouchki, à une bonne centaine de kilomètres de là. Accablé d’alcool il soliloque, rêve, fantasme, fait des cauchemars qui deviennent de plus en plus confus au fur et à mesure qu’il approche de sa destination. C’est cette espèce de monologue d’ivrogne abruti par tout ce qu’il a bu qu’Erofeiev, alcoolique lui-même, raconte. Un récit scandé par le nom des gares traversées.

    Venedict_Yerofeyev.jpgDans ce train qui ressemble un peu au « Train zéro » de Iouri Bouida, un train qui fonce dans la nuit sans trop bien savoir où il va mais qui y va tout de même à grande vitesse, on pourrait voir une image symbolique de l’absurdité soviétique qui impose à son peuple un long voyage pour finalement aller nulle part. Au cours de ce périple, les passagers, surtout le héros, boivent, parlent et dénoncent, chacun son tour, l’organisation du travail (« Liberté ! Egalité ! Fraternité ! Oisiveté ! O, délices de n’avoir de comptes à ne rendre à personne ! »), la désorganisation de la société en URSS, l’improductivité programmée, l’alcoolisation généralisée planifiée par le pouvoir pour maintenir le peuple en état d’hébétude, avec pour seul souci de se procurer la prochaine boisson à ingurgiter. Et l’alcool semble bien être la seule denrée facile à acquérir.

    Cependant, au-delà de la satire habituelle que véhiculent tous les samizdats (ce texte fut d’abord diffusé sous cette forme), on peut aussi voir dans ce récit la grande tristesse de l’alcoolique face à la solitude, un attachement spirituel à la Sainte Russie, une nostalgie des temps anciens, de la Russie de Tourgueniev. « Ils ont fait de ma terre le plus dégueulasse des enfers, où l’on doit cacher ses larmes et afficher son rire ! »

    Sous le délire de cet ivrogne invétéré, on pourrait aussi imaginer un lecteur féru de Tourgueniev, Tchékhov, Goethe, Schiller, Maïakovski et d’autres encore que l’auteur cite abondamment, qui se serait couvert du masque du pochtron pour dresser le portrait de l’URSS que les Kehayan on décrit à leur façon dans la « Rue du prolétaire rouge ». Un portrait vu par le petit bout de la bouteille mais tellement plausible, tellement possible, qu’il pourrait s’imposer comme un témoignage incontournable du désespoir de tout un peuple,  « … notre tristesse à nous, ils ne la comprennent pas ».

  • Un recueil de NOUVELLES ÉROTIQUES pour NOËL

    par Éric Allard – Massimo Bortolini – Styvie Bourgeois – Isabelle Buisson – André Clette – Hélène Dassavray – Éric Dejaeger – Cathy Garcia – Sylvie Godefroid – Gauthier Hiernaux – Ziska Larouge - Jean-Philippe Querton –  Thierry Roquet – Guillaume Siaudeau – André Stas - Michel Thauvoye

    Tout savoir sur l'ASSORTIMENT DE CRUDITÉS, le recueil paru chez CACTUS INÉBRANLABLE éditions et les 16 auteurs (présentation + photo + extrait de leur nouvelle) qui y ont contribué:

    http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/pages/cat... 

    ou ici, vers la page Facebook consacrée au livre:

    https://www.facebook.com/pages/Assortiment-de-crudit%C3%A9s/675706475802843

    Ma nouvelle est intitulée Un vieux maître SM. C'est l'histoire d'un maître SM qui reçoit sa dernière soumise et révèle par ailleurs la possible origine de sa pratique. Un texte qui doit beaucoup à ma lecture de Tanizaki, Bataille ou Lamarche et à un film de Ferreri (pour un clin d'oeil): "La dernière femme"

    Il sera disponible dès lundi dans toutes les bonnes librairies au prix modique de 17 €

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  • L'AIR ET LE BOND

    Leuckxok.jpgpar Philippe LEUCKX 








    stavaux-air.jpgMichel Stavaux a choisi pour titre de ce nouveau recueil une manière de se dire dans la concision et la légèreté. "L'air et le bond" illustre bien cet art poétique, tissé de maximes, et le tremplin qu'offre la pensée à toute écriture.

     

    L'on pourrait à l'envi élire dans ce beau livre les perles :

    "il faut sacrifier/ aux rites de l'automne"

    "à peine revêtu par le monde"

    "au coeur de la foudre/en une chambre secrète/ mon sang s'accouple avec l'été"

    et bondir de poème en poème pour respirer l'air de ces textes "penché sur l'étang".

    Parfois, le style rappelle des formes exigeantes où la rime et le rythme servent la description minutieuse d'un réel récrit :

    stavauxmichel.jpg"Le tramway du matin est plus ou moins à l'heure,

    le siège sent le chien, l'urine et le salaire.

    Les murs tués la nuit par des taggeurs

    sont comme des plaies d'où jaillit un sang vulgaire".

    Une musicalité traverse ces textes, légère, apte aussi à livrer une gravité essentielle, celle d'un homme qui dénonce les fausses espérances, qui relaie dans sa poésie l'angoisse du temps, la nudité d'un réel qu'il convient de nommer :

    "les cris sont repliés dans la terre des mots", et pourtant, la vie coule sa matière, on peut renaître "phénix brûlant".

     

    Michel Stavaux, L'air et le bond, Aux éditions d'Hez, 1470 Genappe, 2013, 162p.

    http://michelstavaux.org/

     

     

     

  • DIX POÈMES À TOUT CASSER

    La démence


    les jours de démence

    je m’allonge

    contre son ventre

     

    je récite

    l’un ou l’autre mantra

    en fixant son nombril

     

    je laisse passer l’orange

    je pénètre au vert

     dans le clair-obscur de son drame

     

     

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    L’étrangère


    tous les mots qui passent entre ses lèvres

    je les récupère dans un dictionnaire

     

    je n’entends plus qu’à travers ses paroles

    je ne parle que son langage singulier 

     

    comme elle est étrangère 

    je suis devenu sourd au parler courant

     

    aujourd’hui enfin je comprends

     pourquoi la langue maternelle m’a toujours été indifférente



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    Le goujat


    Depuis ce matin

    je me comporte en goujat

    avec toute la cour

     

    Le Roi m’a dit :

    « Mais que se passe-t-il avec vous ?

    Le Roi me vouvoie, oui. »

     

    Je lui ai répondu : 

    « Sire, c’est que je suis tombé

    amoureux de la Reine

     

    et de sa peau nette

    en lui lavant le dos

     sans savon ni gant de toilette. »


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    La récitante


    quand elle lit

    je bois ses paroles

     

    l’ennui c’est qu’elle dit

    des textes de merde


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    Le surfeur


    dans la vague de froid

    je mets un brin d’ardeur

     

    je ne voudrais pour rien au monde

    une nouvelle ère glaciaire

     

    la neige évidemment m’en veut

    de ce crime de lèse-majesté

     

    mais je défendrai jusqu’au bout

    le droit de réserver au feu

     

    un sort égal à celui du gel

     

     

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    La main


    je n’ai rien du papillon

    mais tout du porc

    sinon un goût de chitine

    et non de couenne

    quand on me croque

    et non me lèche

    après m’avoir pris

    et bien laissé

    la main dans une fleur

    de chair


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    La lettre


    j’aime tes h

    plus que tes i et tes o

    tes voyelles se voient trop

    comme le é au milieu du dévisagé

     

    j’aime tes h

    muet ou aspiré peu m'importe

    du moment que dans ta voix

    s’entend tout ton corps

     

    et la salive et le souffle

    qui murmurent sans qu’on le voie

    ni le devine

     

    ton alphabet intime


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    l’éclairage


    quand ta peau

    occupe toute la place

    de mes rêves

     

    je referme la nuit

    à la page de tes lèvres

     

    sur ta langue ivre

    je bégaie des baisers

     

    avec la petite lampe du jour

    j’éclaire l’aube de ton corps

    pour ne plus voir

     

    tes étoiles lire 

    mes plus mauvais livres


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    Les conseils d’une mère à son fils


    Danseur à la barre

    c’est pas un métier

    me disait ma mère

    qui a fait carrière dans l’effeuillage

    de marguerites

    quand j’envisageais la profession de jardinier

    pour seul avenir

     

    Fais plutôt terrain en terre battue

    pour un parterre de tennis women  

    glaïeul pour tulipes en chaleur  

    ou professeur de chant à la noix

    ça ne casse rien

    mais au moins tu auras jusqu’à la fin

     un public de rombières assuré


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    Le bleu


    j'ai caché le bleu dans la cave et elle l'a vu

    j'ai caché le bleu au grenier et elle l'a vu

    j'ai caché le bleu dans la mer et elle l'a vu

    j'ai caché le bleu dans le ciel et elle l'a vu


    j'ai caché le bleu dans la terre et elle l'a vu

    j'ai caché le bleu dans le tiroir aux couleurs et elle l'a vu

    j'ai caché le bleu dans l'oiseau de paradis et elle l'a vu

    j'ai caché le bleu dans la baleine bleue et elle l'a vu


    j'ai caché le bleu dans le bleu de Klein dans le bleu de Prusse dans le bleu de bleu et elle l'a vu

    alors j’ai remis le bleu dans ses yeux (qu’il n’aurait jamais dû quitter) et elle n’a rien vu


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    avant d’écrire

    fais revenir ton texte

    dans un fond d’oignons

    afin qu’au besoin

    il fasse pleurer

    sans oublier  

    une pincée

    de poil à gratter 

    pour le cuisinier


     

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  • NOVEMBRE, un texte de Thierry RIES

     

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    Il avait bien fallu pénétrer bien des routes sinueuses, des villages d'entre-deux pays goinfrés de brouillard.
    Parmi ses brumes décousues, folâtrant sur une nuée de dentelles, un amas de visages très anciens, miraculés, juste un peu plus denses que ces nappes errantes. Çà et là, au seul étage de quelques logis disséminés, une lumière de terroir attestait de vies recluses, que je ressentais vibrantes d'un silence, un seul mais si grand, si habité.

    Novembre se distillait, humidifiait toute pensée conductrice, électrifiait notre voiture, rouillait ses rebords d'ultimes rousseurs, indécent et splendide.
    Ses mares évitées, ses saules têtards, ses fermes au bout des terres, ses rares abbayes noyées, lâchaient comme un appel mystique à notre passage, émiettaient entre fumerolles et scintillement d'un givre impatient de nuit, l'une ou l'autre présence de nos pairs en allés. On y parlait de la mort en de vagues termes, parfois rassurants.

    Puis, il avait bien fallu aussi que la soie graveleuse de l'autoroute vint à nous. Hélas, peut-être.

    Elle, sa silhouette d'elfe contre le sombre des feuillus, presque mis à nu déjà.
    Sans un mot, nous avions roulé, pris d'une magie qui ne se disait pas.

    Savait-elle que je lui écrivais ces vers entre chaque bande discontinue, sur ce bitume dérivant, sur les mutismes de son profil, à la lueur des phares violant le haut du soir, dénonçant les esprits, dansant avec tous les morts de ce jour finissant?

    La vitesse du véhicule nous soufflait un air lointainement connu, rognait la course du temps; c'était si bon !

    Songeait-elle au long hiver que nous voulions traverser main dans la main?

    Et que faisait ce camion sorti de brumes?


    -------------------------------------------------

    Thierry RIES sur Arts & Lettres:

    http://artsrtlettres.ning.com/profile/ThierryRies

  • La punition

    On est toujours puni pour le mal qu’on n’a pas fait. 

                           Louis Scutenaire


    La salle des profs jouxtait un précipice aux bords duquel des mains remuaient lentement tels des rongeurs au travail. Des professeurs vaquaient à leurs occupations, qui à corriger des copies, qui à préparer une leçon. C’est à l’un d’eux, visiblement occupé à ranger son casier, que je demandai où était le local L26 que m’avait renseigné le secrétariat. Aimablement quoique arborant un air absent, il m’informa de la direction à prendre. Pendant qu’il retournait à son activité, par mégarde il marcha sur une main qui se décrocha de son appui et fit chuter le corps qu’elle retenait en partie.

    Du hall au couloir menant au local recherché, des hommes et des femmes encore jeunes, aux yeux hagards, quémandaient des bribes de savoir. Je leur donnai la petite monnaie de la science que j’avais en poche puis je dus opposer des refus polis. Ils rentraient et sortaient de classes qu’on devinait agitées derrière des vitres aux verres dépolis. Enfin, je parvins au local, je frappai mais personne ne répondit. Je finis par ouvrir la porte pour constater un grand vide. J’observai bientôt à quelques centimètres au-dessus du pupitre en désordre des chaussures, comme en lévitation. Il s'agissait des extrémités d'un corps entier tenant, via un système tortueux de cordages, au plafond. L’homme que j’étais venu voir pendait mais ses traits demeuraient reconnaissables. Des souvenirs mêlés liés homme connu quarante ans plus tôt affluèrent en masse. Je serrai plus fort la poignée du pistolet que je tenais en main et dont je n’aurais pas l’usage. Je refermai la porte et cherchai à gagner la sortie.

    En route, je me perdis dans le labyrinthe des couloirs et des halls. Un être androgyne voulut me dépouiller de mon reste de connaissances, acquis en une vie de labeur. Je le repoussai ; s’ensuivit un pugilat auquel se mêlèrent d’autres mendiants qui voulaient également me démunir, et je  n’eus d’autre solution que de sortir mon arme de poing et de tirer en direction des assaillants. J’en touchai plusieurs, sans gravité, il me sembla, bien que du sang gicla des trous de balle sur les murs. Ils détalèrent comme des lapins, courant se réfugier dans leurs terriers. En panne de projectiles (un seul aurait dû suffire), je courus vers la sortie qui, comme par miracle, se dégagea devant moi. Mais le service de garde, lourdement armé et protégé de gilets pare-balles, m’arrêta et me brutalisa. Il me força, après un procès vite expédié qui ressemblait à un conseil de classe, à recommencer toute ma scolarité. 

    E.A.

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  • Dimanche + Déboires, deux textes de Denis Billamboz

    Dimanche

     

     

    Un rai de soleil

    Me fait de l’œil

    Me tire par l’oreille

    Il attend mon réveil

    Mais la fête de la veille

    Gronde dans mes oreilles

     

    Dieu Garde ton conseil

    J’ai trop sommeil

    Reste en ton ciel

    Avec tes merveilles

    Même ton oseille

    Ne vaut pas mon éveil

     

    Jour sans vermeil

    Gris sur l’aquarelle

     

     

     

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    Déboires

     

     

    Il n’a pas marché sur la lune

                                   Il a tutoyé les étoiles

    Il a rêvé d’un paradis

                                   Un paradis accessible en vélo

    Il a pédalé fort

                                   Fort, très fort

    Son paradis était trop loin

                                   Il a appelé la magie

    Il a chevauché le vent

                                   Il a atteint son Eden

    Il a vécu dans les étoiles

                                   Il a toisé le monde

    Il a méprisé les larves

                                   Dieu chez les dieux

    La magie l’a trompée

                                   Elle l’a quitté

    Il est tombé

                                   Tombé chez les vers

    Les vers l’ont rongé

                                   Rongé jusqu’à l’os

    La magie n’est qu’un ersatz

                                   Pour une gloire éphémère

     

     

                    

  • Ils se sont tus

    billamboz.jpegpar Denis BILLAMBOZ

    Deux livres qui illustrent bien la chape de plomb qui a pesé sur l’Allemagne après la guerre, le silence abominable qui a laissé tant de familles dans l’ignorance de ce que furent et firent les leurs pendant cet horrible conflit. Dès 1953, Heinrich Böll raconte l’histoire d’un soldat revenu de l’enfer de la guerre qui ne peut pas raconter sa guerre et ne peut plus rester avec les siens parce qu’il a honte, parce qu’il est violent…. Quatre décennies plus tard Uwe Timm essaie, lui, de comprendre pourquoi son frère aîné s’est engagé dans la pire des troupes et ce qu’il y a fait. Deux regards portés par deux générations différentes sur ce grand blanc dans l’histoire des familles allemandes.

    9782226158635g.jpgA l’exemple de mon père

    Uwe Timm (1940 - ….)

    Plus d’un demi-siècle après la mort de son frère aîné sur le front russe, après le décès de sa mère, Uwe Timm peut enfin évoquer la disparition de ce frère, âgé de seize ans de plus que lui, qui s’était engagé dans la Waffen-SS et qui lui manque tellement. Ce livre témoignage montre une nouvelle fois le profond malaise ressenti par les enfants allemands, nés pendant et après la guerre, qui  peinent tant à savoir ce qu’ont été et ce qu’ont fait leur père, leur frère, leur oncle,… dans la triste épopée nazie. « Pour la génération des pères, la génération des protagonistes, vivre c’était raconter ou, au contraire, passer sous silence. » Ils ont eu droit, dans la plupart des cas, à la chape du silence.

    Uwe Timm n’obtient qu’au décès de sa mère un carnet de notes succinctes écrites par son frère avant de mourir en Ukraine en 1943. Avec ces notes, quelques lettres écrites par son frère, son père ou sa mère, quelques confidences récoltées, quelques témoignages arrachés dans son environnement, il essaie de reconstituer ce que fut la vie de soldat de son frère, son niveau d’engagement dans la funeste division Totenkopf, son niveau de responsabilité.

    TIM%A9Brigitte%20Friedrich.jpg.jpg.243854.jpgNé en 1940, après une sœur totalement délaissée, ce n’est qu’une fille inutile, et un frère pas très viril qui fait cependant tout ce qu’il peut pour satisfaire son père qui, lui, s’est engagé dès le début des années vingt dans les corps-francs, Uwe reconstitue la vie de ce père, de sa mère, de son frère, de sa sœur, de sa famille pour essayer de comprendre ce qui a pu conduire ce frère adulé à s’engager dans l’une des plus sinistres divisions de la Waffen-SS. « Mon frère, c’était le garçon qui ne mentait pas, qui marchait toujours droit, qui ne pleurait pas, qui était vaillant, qui obéissait. Le modèle». Sa mère n’aime pas la guerre qui lui a pris son fils mais est sensible au prestige de l’uniforme, la sœur est morose et lui n’est pas apprécié par son père parce qu’il n’est pas un enfant viril comme son grand frère essaie de l’être. Une famille nazie ordinaire qui se pose toujours la même question : « Que se serait-il passé s’il ne s’était pas engagé dans la SS ? » « La Wermacht, c’étaient les soldats qui n’avaient fait que leur de voir. Ceux de la Waffen-SS avaient fait plus que leur devoir. »

    Ce livre pose clairement, et sans aucune concession, le problème de la responsabilité collective du peuple allemand. « Presque tous se sont détournés et tus lorsque les voisins juifs ont été cueillis à leur domicile et ont disparu comme par enchantement, et la plupart se sont tus une autre fois, après la guerre, lorsqu’on apprît où l’on avait fait disparaître les disparus ». « On ne le savait pas – on n’avait pas voulu le voir, on avait détourné les yeux». Chacun fuit, du plus humble des mortels au Feldmarschall, devant sa part de responsabilité : la fameuse contrainte des ordres qu’il faut bien exécuter et qui convenait si bien aux faibles qui avaient envahi les postes à responsabilité, ne connaissant que l’obéissance aveugle, jusque dans leur vie intime, incapable de mettre en cause la parole du chef. Cette médiocrité qu’Hannah Arendt avait si bien comprise au procès d’Eichmann, mais aussi cette « … propension à relativiser sa propre faute, à se décharger de sa propre culpabilité sur les vainqueurs, à faire d’eux des complices. ». La dictature de l’obéissance leur a servi d’impunité. « En vertu de cette contrainte, les meurtriers de masse purent courir librement après la guerre, redevenir juges, médecins, policiers, professeurs. » Alors que le courage n’était que d’obéir à des ordres ignobles et non de refuser de commettre l’horreur malgré les risques encourus.

    Et quand l’horreur devient banalité quotidienne, chacun fuit sa responsabilité, il ne reste aux familles qu’à mesurer le degré d’implication des leurs dans l’accomplissement de l’abomination, seulement un problème d’échelle de gravité dans la mesure de l’ignominie. Et quand le frère met un terme définitif à son journal, on comprend qu’un échelon dans l’indicible a été gravi : « Je mets ici un terme à mon journal, estimant absurde de rendre compte de choses aussi atroces que celles qui se produisent parfois. »

     


    rentrez-chez-vous-bogner--84402-250-400.jpgRentrez chez vous, Bogner !

    Heinrich Böll (1917 – 1985)

    Juste après la guerre, dans une grande ville allemande, Cologne peut-être (la ville natale de l’auteur) d’après les indices laissés dans le texte, Fred Bogner déambule à la recherche, entre son temps de travail et les cours privés qu’il donne à des gamins de riches, d’anciennes connaissances pour leur taper quelques marks qui lui serviront à payer l’hôtel quand il invitera Kâte, sa femme, le restaurant, le tabac et les quelques verres qu’il s’autorise encore à boire de temps à autre. Il donne l’intégralité de son salaire à sa femme qu’il a abandonnée depuis quelque temps car il ne supportait plus la promiscuité dans laquelle ils vivaient avec leurs trois enfants. Leur maison a été détruite pendant la guerre et il ne dispose plus que d’une seule pièce dans la maison de riches propriétaires qui les surveillent avec arrogance. C’est un homme brisé par la guerre, il n’a plus l’énergie pour réagir, plus la vitalité pour rebondir, il s’abandonne à sa déambulation dans les rues et les cimetières. Il se souvient, pendant la guerre quand il avait passé une nuit au clair de lune parmi les cadavres, « j’éprouvai de l’ennui à retourner chez les vivants – tu ne sais pas ce que la plupart des vivants sont ennuyeux, les morts, eux, sont splendides ».

    Cette promenade sans but précis est prétexte à une description minutieuse de la ville, une ville blessée, ruinée, triste, exhibant encore les stigmates de la guerre, peuplée de gens tristes habillés tristement. Heinrich Böll a osé, le premier peut-être, montrer le visage de l’Allemagne vaincue, écrasée, dévastée, ce qui ne lui valut pas que des compliments. Le couple Bogner est l’image qui symbolise l’Allemagne défaite : un mari brisé par la guerre, une femme obsédée par la saleté qu’elle accuse de lui avoir pris deux enfants, un couple qui se réfugie dans l’alcool, un père qui frappe ses enfants et qui finit par quitter sa famille par honte de sa brutalité.

    AVT_Heinrich-Bll_3426.jpegFred Bogner rencontre sa femme à l’hôtel quand il a de l’argent pour payer la chambre, dans des ruines isolées, dans des jardins désertés… et ce soir, ils dorment dans un hôtel miteux mais ils n’ont plus la force de vivre leur intimité, ils veulent faire le point, Käte n’en peut plus de cette vie. Elle raconte son désarroi, son incapacité à supporter plus longtemps cette existence en pointillés entre un mari brisé et des enfants tout à fait normaux qui vivent sereinement en croyant que leur père est éloigné pour raisons de santé. Il faudrait que Fred leur raconte la guerre, sa guerre, les séquelles mais il ne veut pas dire, il ne peut plus dire. Comme la majorité de ceux qui ont fait la guerre, il préfère se taire et oublier, laisser la nouvelle génération dans l’ignorance de ce qui a été, de ce qu’ont été les pères et de ce qu’ils ont fait. Ce texte écrit en 1953 préfigure déjà les livres, écrits quatre décennies plus tard, par lesquels les enfants s’interrogent sur ce qu’ont fait et ce qu’ont été les pères pendant l’ignoble guerre.

    « - Tu ne m’as jamais beaucoup parlé de la guerre.

    -     -- Cela n’en vaut pas la peine, ma chérie. Représente-toi une journée entière passée au téléphone à entendre presque uniquement des voix d’officiers supérieurs. Rien que des niaiseries. »

  • Le prophète, un texte de Denis Billamboz

    Le Prophète

     

    Le prophète a rejoint les étoiles, il est arrivé au bout de son parcours terrestre, cependant la lumière qu’il a allumée ne s’est pas éteinte, elle brille toujours dans le ciel noir de l’Afrique annihilant toutes les velléités sombres de la mort et du deuil. Il n’est pas mort l’archange de la paix, il est parti comme un paysan quitte son champ quand il a terminé son labour, laissant une étoile dans le ciel pour nous indiquer le chemin qu’il a défriché à notre intention, le chemin de la paix, de la fraternité, de la réconciliation entre les hommes, … entre tous les hommes.

    Nous tairons notre peine, nous sècherons nos yeux, nous chanterons ses louanges en un doux murmure pour entendre encore le message qu’il nous a laissé, un message d’amour destiné à toute l’humanité pour qu’elle oublie ses querelles imbéciles. Nous entretiendrons attentivement la flamme qu’il nous a transmise pour éclairer la route qu’il nous a indiquée. Et  cette nouvelle étoile brillant en notre firmament nous montrera la destination à suivre pour ne pas perdre cette route, la route de la paix.

    Mais serons-nous assez sage pour rester fidèle à l’enseignement de cet archange de la réconciliation, de ce mage de la paix, de ce dieu de la sagesse…. ?


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  • Deux nouvelles Joconderies

    Des champs de Joconde

    Je cultive des champs de Joconde. Je sème des grains de Mona Lisa en mars-avril, les toiles fleurissent en été et la récolte a lieu fin septembre. Le sourire est alors bien mûr et exportable très loin, sans altération de la marchandise. On réclame des Joconde partout dans le monde : ça s’expose, ça se goûte, ça se mange, ça se range dans les musées pendant des siècles. C’est fort appétissant, et riche de mille potentialités. Ça craque sous la dent, un sourire en pigments, ça fait des taches sacrées et du jus de lèvres. 


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    Des chants de Joconde?

    A-t-on déjà entendu la voix de La Joconde? On ne sait même pas si elle parle. A-t-elle plutôt une voix de Carla ou de Monica? C'est pas demain qu'elle nous donnera un récital! Si ça se fait, elle est sourde comme un pot de peinture et utilise la langue des signes. Si ça se fait, tout est visuel chez elle. Si ça se fait, Leonardo n'était pas un bon maître chanteur et il nous présente là sa Grande Muette. Elle a la bouche cousue, Mona, c'est sûr, et quand elle essaie de l’ouvrir, ça fait comme un sourire.  


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    D'autres Joconderies sur Les Belles Phrases:

    One Mona Lisa Show:

    http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2013/08/30/one-mona-lisa-show-7910370.html

    Conversation au musée:

    http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2013/08/29/conversation-au-musee-7909482.html

    La Joconde est con:

    http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2011/06/20/la-joconde-est-con.html

    Mona Lisa en chansons:

    http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2011/06/21/mona-lisa-en-chansons.html

    Le Joconde dans tous ses éclats (Boris Vian éclate La Joconde):

    http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2011/06/21/la-joconde-mise-a-mal.html

  • Les Prix GROS SEL du public et du jury

    Le Prix GROS SEL 2013 du PUBLIC a été attribué à Les pAnsées de Jean-Philippe GOOSSENS - Cactus Inébranlable éditions (7 €)

     

    Une petite sélection d'aphorismes:

    Je prends des cours théoriques de pêche mais ne parviens pas à mordre à la leçon.

     

    Je vais mettre ma soirée entre charentaises...

     

    Un prêtre modiste peut-il trahir le secret de la confection ?

     

    Est-ce qu’il pleut plus les années impers ?

     

    Peut-on fermer un snack espagnol pour tapas nocturne ?

     

    Une Bastille pour la gorge ? Mais vous perdez la tête !

     

     Est-ce que les Ecossais achètent des meubles en kilt ?

     

    Et si les canards parlaient la langue des cygnes...

     

    Pour commander:

    http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

     

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    Le Prix GROS SEL 2013 du JURY a été attribué à Desperados de Karel LOGIST - éditions l'Arbre à paroles (10 €).

     

    Extrait:

    couv_bandeaux_prix_100.jpgJe vous salue / mes compagnons de route et de déroute / passants d’anonymes partages de mon voyage sans boussole / frères obscurs des passages secrets / Qu’on ne me cherche plus de ce côté de l’eau / dans un rang sur une scène ou dans la loge sept / Je me mets entre parenthèses / je prends le large / je déserte ma rue / ma cour ma demeure ma chambre / ma femme mon enfant et mes bêtes / pour donner corps aux quelques rêves / que je perds trop souvent de vue / pour un autre versant du monde / plus juste plus honnête / plus transparent sans doute / où j’apprends à me supporter.

    Pour commander:


    http://maisondelapoesie.com/index.php?page=desperados---karel-logist

  • Maman, le Prix Rossel & moi

    Ma mère :

    "Qu’est-ce que tu ferais du Rossel ? Tu le laisserais traîner au grenier comme les jouets que tu ne regardes plus ! Par contre, si un jour tu reçois le Gros Sel, donne-le moi, je saurai quoi en faire..."


     

    Chaque année, à l’approche du Rossel, ma mère me sonne :

    Non, maman, ce n’est pas cette semaine... C’est dans deux jours... C’est demain !

    Et quand je lui annonce le lauréat....

    -         Ah non, je voulais dire : le Nobel !

    -         Mais c’était il y a deux mois...

    -         De toute façon, les deux récompensent des inconnus.

    -         Je t’achèterai le Prix de l’Académie Française !

    -         Le Prix de l’Académie Belge, ça n’existe pas ?

    -         ...


     

    - Même Marguerite Yourcenar n’a pas reçu le Rossel !

    - Pourtant il y a 4 R dans ses nom prénom

    - Mais pas de S !

    - Ce doit être pour Sa !


     

    - Même Simenon n’a pas reçu le Rossel !

    - Pourtant, il y a un S dans son nom.

    - Mais pas de R !

    - N’oublie pas GeoRges...

    - Ne mêle pas Clooney à ça, s’il te plaît!

    - A propos du Prix Nespresso, tu sais qui l’a reçu, cette année ?

    - Tennesso Williams pour Un café nommé Désir...

     

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    - On ne se retrouve plus dans tous les prix d’automne...

    - Le Prix Feuilles Mortes, ça existe aussi ?

    - C’est l’appellation générale, maman !


     

    -         A l’école, apprend-on encore le Prix Rossel ?

    -         Pas encore !

    -         Mais qu’est-ce qu’on apprend à l’école !

    -         ...


     

    -         Et le Prix Nobsel, c’est pour quand ?


     

    -         Et Albert, et Philippe, ils ont reçu le Prix Rossel ?

    -         Même pas !


     

    - Et le Prix Vincent Cassel?

    - Monica Belluci ne l’aura pas cette année !

     


    - Et le Prix Fast and Furious ?

    -  ...


     

    -         Et le Prix Typhon ?

    -         Tu sais bien que je n’aime pas les plaisanteries sur les vents!


     

    -         Et le Pire Alain Delon ?

    -         Alain-Fabien Delon !

     


    Une bonne nouvelle pour terminer...

    Ma mère a décidé de créer le Prix Éric Allard avec la revente du fonds de gravier laissé par mon père à sa mort pour entretenir l’allée du prieuré.

    -         Au moins, ton nom restera lié à quelque chose de littéraire car au rythme où tu publies il n’y pas de risque que tu décroches le moindre prix...

    -         Et je le recevrai quand ?

          -    Pour ta Saint Nicolas!

     

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  • ASSORTIMENT DE CRUDITÉS: 16 nouvelles érotiques

    Par Éric Allard – Massimo Bortolini – Styvie Bourgeois – Isabelle Buisson – André Clette – Hélène Dassavray – Éric Dejaeger – Cathy Garcia – Sylvie Godefroid – Gauthier Hiernaux – Ziska Larouge - Jean-Philippe Querton –  Thierry Roquet – Guillaume Siaudeau – André Stas - Michel Thauvoye.

    Tout savoir sur ASSORTIMENT DE CRUDITÉS, le recueil de nouvelles érotiques à paraître le 10 décembre chez CACTUS INÉBRANLABLE éditions et les 16 auteurs (présentation + photo + extrait de leur nouvelle) qui y ont contribué:

    http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/pages/catalogue/assortiment-de-crudites-nouvelles-erotiques.html

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  • SOMBRE DIMANCHE: "the hungarian suicide song"

    «  Gloomy sunday est l'adaptation d'une vieille chanson hongroise qui a fait le tour du monde depuis sa création en 1933 par les auteurs et compositeurs hongrois Lazlo Javor et Rezso Seress : Szomor Vasarnap. Le morceau était alors interdit de diffusion dans les cabarets de Budapest : les autorités y voyaient une ode au suicide – ce à quoi se résoudra le compositeur de la chanson en 1968. Damia la fait sienne en février 1936 sous le titre Sombre dimanche, puis c’est au tour de Billie Holiday en 1941. Mais la chanson, littéralement maudite, est interdite d’antenne à la BBC, car jugée trop déprimante en temps de guerre – à la même époque, Rezso Seress est déporté par les nazis dans un camp de travail. Depuis, de Sarah Vaughan à Ray Charles en passant par Elvis Costello ou Björk, « the hungarian suicide song » a été largement reprise. » in GAINSBARRE de Ludovic Perrin, 2012.


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     Gainsbourg, 1988

    Damia, 1936

    Claire Diterzi, 2009

    Rezso Seress, 1933

    Billie Holiday, 1941

    Elvis Costello, 1981

    Björk 

    Ray Charles

    Diamanda Galass

    The Budapest Café Orchestra

     

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