METELLO de Mauro BOLOGNINI

images?q=tbn:ANd9GcTYeIh_40eQ3e8tELt15eqoVFgVmbu_6gtmnNmzQGe9_DBBSkgxIQpar Philippe LEUCKX

Des "Garçons" (1959) à "La Dame aux camélias" (1983), Mauro Bolognini a tenu une très belle place dans le cinéma italien. Sa période, peut-être la plus féconde et  la plus réussie, correspond à ces années 1969 à 1976, qui virent la sortie de "Un merveilleux automne", "Metello", "Bubu", "Libera mio amore", "Per le antiche scale", "La grande bourgeoise", "L'héritage".

Mais on ne doit pas oublier ces films du début des années soixante : "ça s'est passé à Rome", "La viaccia", "Le Bel Antonio", "Senilità",  "La corruption".

12215.jpgSans doute la couleur, les décors somptueux ou crasseux, l'adaptation de romans à portée sociale ou politique, le sens architectural de la mise en scène ont emporté la mise et souvent aussi engendré une série de réticences à l'égard de leur auteur, souvent méjugé ou comparé à Visconti. Ces reproches d'esthétisme ou de postviscontisme peuvent être assez vite balayés tant les atmosphères recréées enjoignent les spectateurs à saisir véritablement une époque. La documentation, en outre, fournit un regard de scalpel sur les usages du temps : combien de films adaptent des romans qui se déroulent entre les années 1880 aux années 1930! Turin, Milan, Florence, Rome, la Sicile offrent leurs décors naturels à ces fictions qui éclairent l'émergence des forces nouvelles, l'éclosion des ambitions, les révoltes ouvrières sur fond de précarité et d'injustice, les répressions violentes, l'arrivée d'un monde nouveau dans les rues étroites des villes patriarcales.

Bolognini, avec son équipe, Guarnieri, Tosi, Morricone, et la contribution d'écrivains de premier plan (Vasco Pratolini, pour ce Metello, écrit en 1955, adapté en 1969, premier volume d'une trilogie), n'a pas son pareil pour filmer l'insertion des personnages dans le "tissu" urbain.

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Prenons Metello et ses amis, Betto, Renzoli, dans une Firenze où les aspirations sociales se font sentir avec acuité : on est en 1880, ils sont maçons et décident d'une grève, suite à un accident des leurs, pour améliorer sécurité et gagne-pain.

Les aérations par la caméra (vues sur le fleuve Arno, le long des quais où oeuvrent des lavandières) compensent l'enfermement social et psychologique d'ouvriers mal écoutés par un ingénieur ou un contremaître asservi, réprimés avec violence. La lumière chez Bolognini s'ouvre sur des rues, des ruelles, des terrasses, puis se clôt sur des intérieurs, des escaliers, des murs décrépis, des logements boiteux.

D'autres lumières - les rencontres amoureuses de Metello - ponctuent l'histoire : de la bourgeoise Viola qui a engagé Metello comme jardinier (jouée par Lucia Bosé) aux deux jeunes Ersilia (magnifique Ottavia Piccolo, qui joue le personnage de l'épouse) et Idina (la jeune voisine du couple, mal mariée, jouée par Tina Aumont ), le jeune Metello fait l'apprentissage de la vie, des sentiments, et son existence bascule souvent : la prison, l'infidélité, et de nouveau l'emprisonnement, dans un contexte de maigre victoire (une petite bataille remportée mais la perte de Renzoli, l'ami cher, interprété par Pino Colizzi).

Massimo Ranieri prête jeunesse, fougue et résistance au personnage de Metello, meneur de maçons déterminés à mieux vivre. Ottavia Piccolo, dans un rôle qui s'efface et se densifie, méritait son Prix d'interprétation à Cannes, en mai 1970.

Bolognini retrouverait ses deux excellents interprètes pour "Bubu", tiré du roman éponyme du Français Charles-Louis Philippe. 

La bande-annonce


Voir le film en entier (en V.O. sous-titré en anglais):

http://www.youtube.com/watch?v=eCEJdcWSvRo

 

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