• L'INTERVIEW POLITIQUE de l'Abstention

    - Vous êtes l'un des grands vainqueurs des élections. Comment vit-on une telle victoire? 

    - Tout le mérite revient aux non-électeurs.

    - Quels sont vos projets, vos ambitions?

    - Faire mieux aux prochaines élections et, à terme, atteindre les 100 %.

    - Votre stratégie jusque là?

    - Ne rien faire. C'est le meilleur moyen pour progresser quand on est dans l'opposition.

     

    abstention2.png

  • DES PRINTEMPS en musique et en chansons

    Arthur H & Jean-Louis Trintignant

    Ferré

    Saez

    Ferrat

    Barbara (d'après un poème d'Eluard)

     

    Brel

    Bécaud

    Aufrey

    1010019-Botticelli_le_Printemps.jpg

    Darc

    Perret


    Leclerc

    Bensé

    Anne Sylvestre

    Piaf

     

    Fugain

    Michel Simon

    Les Ogres de Barback

    Antoine Corriveau

    Mara Tremblay

    Bélanger

    Stacey Kent

    Laforêt

    Jacqueline Taieb

    Coeur de Pirate

    Mara Tremblay

    Maria Callas (chante Saint-Saëns)

    Reynaldo Hahn

    Simon Keenlyside (chante Debussy)

    Pina Bausch (Le sacre du printemps de Stravinsky, 1975)

    Chopin


    Le printemps, film muet de Louis Feuillade (1909)

  • Printemps + Jour de pluie, par Denis Billamboz


    Printemps

     

    J’ai ouvert ma fenêtre

    Sur une bouffée de bien-être

     

    Un effluve floral

    Dans l’air matinal

     

    Un pépiement

    Dans l’azur volant

     

    Un bourgeon

    Sur mon balcon

     

    Une mini jupe

    Qui fait la pin up

     

    Ce matin

    Je ne prendrai pas le chemin

    Qui mène au turbin

     

    Je prendrai le chemin

    Des copains

    De l’amour et du vin

     

    1970515_850189771664356_32071907_n.jpg

     

     

    Jour de pluie

      

    Pleut le ciel

    Pleure le soleil

     

    Mes yeux ne pleureront pas

    Mes yeux ne pleuvront pas

    Ils ont lu un livre

    Ils en sont ivres

     

    Pleut le ciel

    Pleure le soleil

     

    Mes oreilles ne pleureront pas

    Mes oreilles ne pleuvront pas

    Elles sont en fête

    Elles ont entendu l’aède

     

    Pleut le ciel

    Pleure le soleil

     

    Ma bouche ne pleurera pas

    Ma bouche ne pleuvra pas

    Elle est gavée

    De doux baisers

     

    Mon cœur ne pleurera pas

    Mon cœur ne pleuvra pas

    Il pétille

    Il a vu la fille

     

    Jour de pluie

    N’est pas toujours jour de suie

     

     

  • AlCÔVES NIPPONES

    images?q=tbn:ANd9GcQ8ZQRh5vCHHCb0oOMtYL07fF9qsYa379z4wfNeuWrnBJVWnBxm1wpar Denis BILLAMBOZ

    En lisant le roman de Christine Montalbetti évoquant les étreintes sans passion d’un jeune Français dans un hôtel de Kyoto, comment ne pas penser à cet autre texte de Kawabata lui-même décrivant les étreintes pathétiques de vieux messieurs avec des jeunes femmes profondément endormies pour qu’elles ne  découvrent pas leur impuissance et leur déchéance. Amours sans passion, étreintes froides, le thème semble rapprocher les deux auteurs et pourtant celui de la jeune Française est à mille lieues de celui du grand maître japonais, la froideur méthodique de Christine Montalbetti vient butter sur l’érotisme raffiné de Kawabata. Le Kyoto du héros de « Love hôtel » n’a pas grand-chose à voir avec celui que Kawabata chérissait tant, mais il était intéressant tout de même de rapprocher ces deux textes qui mettent en scène tous deux l’incontournable besoin sexuel que les hommes cherchent à satisfaire jusqu’au bout de leur existence pour croire qu’ils sont toujours en vie.

     

    yasunari-kawabata-les-belles-endormies.jpgLes belles endormies

    Yasunari Kawabata (1899 – 1972)

    Le vieil Eguchi vient pour la première fois dans cette maison où les clients peuvent passer une nuit avec une jeune fille endormie artificiellement qui, ainsi, ne risque pas de se réveiller et de les surprendre dans la déchéance de leur impuissance. Ils peuvent ainsi masquer leurs défaillances tout en satisfaisant leurs maigres désirs sans craindre de souffrir dans leur orgueil de mâle déclinant. Eguchi, lui, n’est pas encore impuissant mais il sent déjà les premiers symptômes de la déchéance envahir son corps vieillissant.

    Pour sa première visite, il n’ose pas toucher la belle qu’il observe sous tous les angles et dans les moindres détails susceptibles d’éveiller son émotion et de lui rappeler ses jeunes années et ses anciennes amours. Et puis, Il y aura d’autres filles et toujours cette recherche esthétique dans les détails du corps humain de ces nymphettes pour titiller la sensibilité du vieil homme. Une façon de retarder la mort en essayant de croire encore en ses capacités à séduire et à donner du plaisir ? Une façon d’attendre la mort paisiblement ? Une façon d’appeler la mort en oubliant les outrages de l’âge ? Peut-être aussi un espoir de s’approprier les vertus de la jeunesse étendue à ses côtés ?

    kawabata-20.jpg

    Un petit roman tout d’élégance, de distinction et de pudeur à la façon de Kawabata, mettant en scène des Lolita offertes et fraîches pour vieillards contemplatifs essayant d’échapper à la déchéance annonciatrice de leur fin prochaine. Mais aussi un roman prémonitoire qui annonce sans ambigüité aucune le suicide de l’auteur qui ne voulait pas supporter la vieillesse, les outrages de l’âge et la déchéance. Et qui aurait pu, comme le vieil Eguchi, rêver de mourir près d’une fille qui dort d’un sommeil de mort, par suicide ou par suicide après meurtre, une façon de se familiariser avec la mort, de l’apprivoiser et d’attendre le passage dans l’autre monde avec plus de quiétude. La perversion élevée au niveau d’un art, d’une émotion esthétique ou d’un rite cultuel.

     

    C_Love-Hotel_1655.jpeg

    Love hôtel

    Christine Montalbetti (1965 - ….)

    A Kyoto, un Français a rendez-vous, dans un hôtel d’amour, avec Natsumi, une Japonaise mariée, pour un instant d’ébats loin de toutes les indiscrétions possibles. La jeune femme lui rapporte des histoires que son père lui racontait quand elle était plus jeune. Mais, l’amant a peu de considération pour celle qui partage son étreinte, il pense à beaucoup d’autres choses. Cette aventure érotique semble plutôt être un prétexte à un exercice d’écriture, de descriptions, notamment, précises, méticuleuses, soulignant le moindre détail, dans une langue épurée, étudiée qui sent cependant un peu l’atelier d’écriture. Un bel exercice de style même si l’auteur use abondamment des parenthèses qui lui servent, surtout, à interpeller le lecteur et d’autres effets de ponctuation comme s’il en avait un stock à épuiser impérativement. Le jeune homme décrit sa promenade dans la ville, les lieux qu’il traverse, les endroits où il séjourne, les personnages qu’il rencontre habituellement et les souvenirs d’autres aventures qui lui reviennent en mémoire.

    aut-christine-montalbetti.jpgCe texte se présente comme une suite de récits courts, de petites nouvelles, mis bout à bout pour constituer un roman froid dégageant très peu d’émotion, loin de la sensualité dont Kawabata usait dans ses descriptions de Kyoto et encore plus loin de l’érotisme avec lequel le maître décrivait les scènes d’amour. L’auteur accorde toute son attention aux mots, aux adverbes notamment dont il nourrit copieusement son texte.

    Le couple s’incruste dans un monde figé, clos, loin de tout, loin de l’agitation extérieure, loin de la civilisation : « Nous sommes englués dans un milieu stable, permanent, dont le décor demeure semblable à lui-même, immuable et constant. » Un monde qui semble n’avoir qu’un présent, aucun avenir et peut-être même pas de passé, une forme de désespoir qui explique peut-être la froideur du texte et son manque d’émotion. Un monde qui réunit, à travers les histoires racontées par la jeune femme,  trois générations de femmes en un même temps, en un même lieu. « Elles sont là toutes les trois, la grand-mère, Natsumi adulte, Natsumi enfant, trois générations qui cohabitent fondues dans un même corps, logées dans l’apparence d’une seule, créature triple, et insaisissable,... ». Une volonté de posséder le passé, le présent et peut-être même l’avenir dans un monde qui n’en aurait pas, un monde qui évoque celui que Volodine précipite dans son chaos.

     

  • Chansons de cow-boy

    Halliday & Mitchell

    Arthur H & M

    Saule & Winston

    Michel Mallory 

    MC Solaar 

    Montand

    Brel (tiré de son second film Le Far West)

    Arthur H

    Lisa LeBlanc

     

     ***

    1325655420.jpg

    Un extrait ici (copier/coller le lien):

    http://houdaer.hautetfort.com/archive/2014/03/13/le-cow-boy-de-malakoff-parution-5321541.html

    Deux extraits ici:

    http://courttoujours.hautetfort.com/archive/2014/03/23/un-peu-de-pub-263-5329770.htm 

  • LE COW-BOY DE MALAKOFF de Thierry ROQUET (éd. Le Pédalo ivre, collection Poésie)

    1325655420.jpgWestern moderne

    Thierry Roquet applique à son quotidien la grille du western de nos enfances. S’il y en a moins qu’avant sur nos écrans, la vie moderne en reste un, c’est indéniable. Il suffit de bien regarder pour voir près de chez soi un saloon, une squaw, un ranch, un fusil du général Custer, des indiens, le cul d’une vache ou même la démarche chaloupée de John Wayne et la dégaine de Robert Mitchum.

    Et c’est tantôt hilarant, comme la recherche d’une improbable boulangerie située à l’écart de tout, tantôt touchant quand on perçoit, derrière l’apparente nonchalance des mots et la fantaisie des situations, une réalité de ville fantôme, battue par les vents.

    C’est très bien vu et raconté par l’auteur, avec des rires et presque des larmes, selon la technique de la pluie de mots, chère entre autres à Brautigan. Ces mots qui tombent du haut de la page emportent notre émotion, sans qu’on puisse les retenir. Aucun point d’arrêt. Ils tombent à la vitesse des vers courts, et c’est fulgurant comme une averse de printemps. Pour filer la métaphore liquide, on pourrait aussi dire que les poèmes se lisent comme on boit un verre quand on a soif, de poésie bien sûr. Et de tendresse, car il en est question dans ces pages à l’ouest de nulle part, denrée rare dans la littérature et même la poésie.

    J’en ai voulu un moment à Thierry, et à son éditeur, Frédérick Houdaer, de n’avoir pas fourni un marque-page personnalisé. Puis j’ai pensé à couper la tranche de l’enveloppe brune (aux couleurs de la superbe couverture imitation papier kraft), qui contenait l’ouvrage, avec les coordonnées postales de l’auteur - qui habite une avenue au nom d’un créateur de dictionnaire. Et c’était le signet idoine. Je me suis aussi dit que ça, c’était une idée à la Roquet et qu’il était fortiche de filer à distance des idées pareilles.

    Finalement, je n’ai pas eu besoin du signet même si je le garderai précieusement dans le bouquin car, dès qu’on commence à lire ce gringo-là, on ne peut plus s’arrêter. C’est la « technique » du poème étendue au recueil. Et, cerise sur le gâteau, quand on a terminé la lecture, on n’a qu’une envie : prendre la plume (d’une coiffe d’indien, forcément) pour communiquer d’une façon ou d’une autre le trop-plein d’émotions que ce livre-là a instillé dans votre vie de cow-boy ordinaire, même pas de Malakoff. 

    Éric Allard

    -------------------------------------------------

    Le blog du Pédalo Ivre (copier/coller le lien):

    http://www.lepedaloivre.fr/

    Le Cow-boy de Malakoff (page Facebook):

    https://www.facebook.com/pages/LE-Cow-Boy-De-Malakoff-de-Thierry-Roquet/285329081622749?fref=ts

  • Mon peintre préféré

    Mon peintre préféré

    Mon peintre préféré ne m’aime pas ! Renoir veut d’autres modèles, plus en chair et en rondeurs.

    C’est vrai qu’avec mes cinquante kilos à peine, je suis un oiseau pour Chagall. Lui me portera dans les airs.

     

    chagall-au-dessus-de-la-ville1.jpg

     

    Des ratés espagnols

    Ma machine à fabriquer des Goya a des ratés : elle produit indifféremment des Gris et des Picasso période cubiste dont je n’ai rien à faire.

    Moi, ce sont des Goya et rien que des Goya dont j’ai besoin tout de suite. À la rigueur, un Velasquez ou un Zurbaran.

     

    ddebdbd241.jpg

     

    Pigeon vole

    Ce peintre qui n’avait pas le sou mais des pigments, pour contenter les pigeons, peignit des miettes de pain sur une toile qu’il laissa à sécher sur son balcon.

    Les volatiles picorèrent et s’en trouvèrent non rassasiés mais bien peinturlurés autour du bec et en bordure des yeux.

     

    5_v8xvq.jpg

  • La bouche

    images?q=tbn:ANd9GcQ4v16UbaVRH7jPegFEQizXmKcvybHRbDiEyk3JmmRo7lEAvpnNAh ! cette bouche qui ne cessait de me hanter et, pour tout dire, de me suivre partout depuis le matin, je l’aurais volontiers croquée comme une simple paire de lèvres ! Mais je devais lui laisser vivre son destin de bouche, pour savoir quelle morsure elle projetait.

    J’aurais pu lui demander de quel visage elle était issue voire de quel entrejambe, et pour quel motif elle s’en était échappé, à moins qu’une entité corporelle, au terme d’une réunion exceptionnelle de son comité d’entreprise, ne lui ait donné son préavis.

    Je plaisante, j’aime plaisanter plutôt que de m’accabler à propos des faits étranges qui nous arrivent.

    J’en étais là de mes interrogations à son propos tout en vaquant aux activités de mon existence quand la bouche se mit à l’ouvrir, en vomissant (le mot n’est pas trop fort) quantités de vilaines paroles qu’on eût pu assimiler à des injures même si je ne me résolvais pas encore à cette interprétation, comme voulant laisser encore à cette bouche le soin de se racheter.

    Je continuais à croire que ce vide me voulait du bien, le plus grand bien qu’une bouche normalement constituée puisse offrir à un quidam. Mais la voix issue de cette bouche n’arrêtait pas son dégueulis de quolibets et, alors que je suis d’ordinaire muet, cantonné à mon quant-à-soi, je lui criai d’arrêter de toute la force dont mon organisme était capable. Mais nulle parole ne sortit de ma bouche car, tout simplement, je n’avais plus de bouche ou, comme vous l’aurez maintenant compris, cette bouche qui me suivait partout était la mienne.

    Par mégarde, je l’avais laissée se détacher de ma mâchoire ou, plus vraisemblablement, ma brosse à dents électrique avait subit une malencontreuse accélération sans que je m’en rendisse compte. On ne relève pas en permanence toutes les déprédations qui nous diminuent. On n’a pas non plus toujours un miroir devant soi pour voir ce qui nous manque.

    Si à tout moment on avait un tel luxe de prévenances, on ne vivrait tout simplement plus!

  • BARRÉ

    ClickHandler.ashx?ld=20140324&app=1&c=qtypehosted&s=qtype&euip=213.213.204.75&pvaid=ed980296cadf4832a5b849b5e43489e3&sid=1574131286.3064006154516.1395650595&vid=1574131286.3064006154516.1395499754.4&fct.uid=c8a862312c7d402da293445a3b345636&en=wFwOv0Mq3bQrK4mUr%2bVwtBgooLFrS2MRkY5nxbqb7AI%3d&du=http%3a%2f%2fwww.asca-etiquettes.com%2ftemplates%2fformes%2fPrix%2520barre%2520relief%2520rouge.gif&ru=http%3a%2f%2fwww.asca-etiquettes.com%2ftemplates%2fformes%2fPrix%2520barre%2520relief%2520rouge.gif&ap=19&coi=772&cop=main-title&npp=19&p=0&pp=0&ep=19&mid=9&hash=2B80A66993FD6F2E9F5A9A42725BE528j’aime ce qui est barré

     

    le diffuseur sur mon téléphone portable

    le mot l’expression la phrase entière sur ma page

    le chiffre barré la main barrée la clope barrée

    la liberté barrée

    la parole tue la vie tue le livre tu

     

    la tasse l'iPad l’auto le lotto barrés

    l’animal barré le piéton le conducteur l’aviateur barrés

    tous les panneaux d’interdiction

     

    la croix pour tout dire

    pas celle du christ bien trop droite

    la croix bien barrée

    la croix en forme de croix de Saint André

    moi écartelé entre un monde d’aspirations

    moi bien frustré

    encarté empagé emmuré encollé encordé

    mal accordé avec soi-même

    et ce qui est autorisé permis encouragé

     

    sans foi sans loi 

    sans toi sans toi

    sans toi

  • SCHLÖNDORFF ET LA CATHARSIS CINEMATOGRAPHIQUE ou comment se délivrer du poids de cette guerre

    ClickHandler.ashx?ld=20140322&app=1&c=qtypehosted&s=qtype&euip=213.213.204.75&pvaid=7d80972567564369a946a521c463f3e7&sid=1574131286.3064006154516.1395499754&vid=1574131286.3064006154516.1395499754.1&fct.uid=c8a862312c7d402da293445a3b345636&en=wFwOv0Mq3bQrK4mUr%2bVwtBgooLFrS2MRkY5nxbqb7AI%3d&du=http%3a%2f%2flesdejeunerssurlherbe.be%2fimages%2fauteurs%2fLeuckxok.jpg&ru=http%3a%2f%2flesdejeunerssurlherbe.be%2fimages%2fauteurs%2fLeuckxok.jpg&ap=1&coi=772&cop=main-title&npp=1&p=0&pp=0&ep=1&mid=9&hash=FA20941500F3FC3C6227CACC1D643C1Cpar Philippe LEUCKX

    De Volker Schlöndorff, il me reste ces images bouleversantes de la Palme d'or 79, "Le Tambour". Comment mieux métaphoriser cette horreur que par le cri d'un enfant apte à briser du verre?
    La guerre est au cœur de "Diplomatie" : le thème de "Paris brûle-t-il?" de René Clément, cette immense surproduction où l'on voyait défiler dans et autour de Paris tout ce que ciné-sur-Tamise ou Boulogne-Billancourt et Franstudio avaient de meilleur, nourrit ce film-dilemme : comment éviter la destruction de Paris tout en évitant les menaces du fou de Berlin? Von Choltitz, gouverneur de Paris et le consul de Suède Nordling , réunis à l'Hôtel Meurice, siège du gouvernorat, argumentent, boivent, jouent au chat et à la souris, le temps d'une nuit blanche. D'une aube à l'éclaircie. Un 25 août 44.
    Le temps de verser au compteur des idées : l'esthétique insurpassable d'une ville qui peut périr inondée (comme en 1910), la férocité revancharde d'un Hitler devenu dingue qui rackette ses généraux par des intimidations honteuses, l'inanité des projets, la fin d'un conflit...

     

    ClickHandler.ashx?ld=20140322&app=1&c=qtypehosted&s=qtype&euip=213.213.204.75&pvaid=7314b0e5440643008a828ab1e6261d26&sid=1574131286.3064006154516.1395499754&vid=1574131286.3064006154516.1395499754.1&fcoi=417&fcop=topnav&fct.uid=c8a862312c7d402da293445a3b345636&fpid=2&en=wFwOv0Mq3bQrK4mUr%2bVwtBgooLFrS2MRkY5nxbqb7AI%3d&du=http%3a%2f%2fmedia.paperblog.fr%2fi%2f703%2f7030700%2fdiplomatie-critique-L-MK2LDX.jpeg&ru=http%3a%2f%2fmedia.paperblog.fr%2fi%2f703%2f7030700%2fdiplomatie-critique-L-MK2LDX.jpeg&ap=2&coi=772&cop=main-title&npp=2&p=0&pp=0&ep=2&mid=9&hash=66456495D2FEC4C19C867E65B373BB8F


    Les deux personnages, incarnés par Niels Arestrup (un Choltitz asthmatique, renversant de réalisme pataud) et André Dussolier (un Nordling retors, rusé, psychologue en diable, maniant la vacherie et l'humour rosse), prennent vie dans un salon-bureau qui donne vue sur Paris, qui s'éclaire peu à peu.
    L'aspect théâtral (puisque le projet ressort d'une pièce de Cyril Gély) est largement gommé par l'autorité d'une mise en scène fluide, qui joue des intérieurs (table, bureau, bibliothèque...) avec maestria. Du gros plan au tableau d'ensemble, le travail accentue la vérité psychodramatique des échanges. Tout le propos de Raoul Nordling est de faire changer la décision de von Choltitz.
    Le suspense, ménagé par le cinéaste des "Désarrois de l'élève Törless", aère un peu la scène des opérations : quelques ciels sur Paris, quelques détours par des couloirs ombreux, des préparatifs sur des toits...
    Un beau film, qui allège une responsabilité allemande, devoir à la fois de mémoire et de catharsis véritable. Le cinéaste, né en 1939, a souffert, à l'instar de Wenders et de quelques autres nés après la guerre (Fassbinder...) d'une image effrayante de culpabilité. L'Allemagne n'en finit pas (il suffit d'écouter et de voir la ZDF) de battre sa coulpe.


  • TROIS FEMMES POÈTES D’AUJOURD’HUI

    th?id=HN.608020562916213961&pid=15.1&H=160%20&W=97

    par Philippe LEUCKX

     

     

     

     

    **

    ClickHandler.ashx?ld=20140322&app=1&c=qtypehosted&s=qtype&euip=213.213.204.75&pvaid=8a61cc69287f43ccbee9d16315003c03&sid=1574131286.3064006154516.1395499754&vid=1574131286.3064006154516.1395499754.1&fcoi=417&fcop=topnav&fct.uid=c8a862312c7d402da293445a3b345636&fpid=2&en=wFwOv0Mq3bQrK4mUr%2bVwtBgooLFrS2MRkY5nxbqb7AI%3d&du=http%3a%2f%2fcelebpictu.com%2fimages%2fewa-lipska-07.jpg&ru=http%3a%2f%2fcelebpictu.com%2fimages%2fewa-lipska-07.jpg&ap=9&coi=772&cop=main-title&npp=9&p=0&pp=0&ep=9&mid=9&hash=F0B097F089CA220D08305C25A0D973B5

    Ewa LIPSKA, poète polonaise de Cracovie, née au terme du terrible conflit mondial, dessine dans « L’Orange de Newton » (1) une quête de la liberté dans un univers marqué au sceau de toutes les incertitudes. Les siècles ont laissé traces et « des tours et des barres paissent/ sur des prairies de pierre ».

    « Mon pays erre en la liberté/ Il singe l’Europe » dit-elle encore, comme pour souligner cette fragilité au cœur des choses. Liberté, grand nom à oser, à déclamer, à vivre, quand « la violence luit », quand notre société met aux soldes l’amour, « globalise », quand il faut « camp(er) sur des dates perdues d’avance ».

    Le citoyen lambda est devenu victime, prisonnier des usages, une marchandise, un pion d’un jeu qu’il méconnaît, dont on l’abuse, sans cesse.

    Dans une écriture, qui fait souvent appel aux références culturelles des années 70/80 (Bergman), à celles d’une poésie féminine de haute qualité (Akhmatova), aux mondes  cernés des « caméras familiales », Lipska rameute les artifices électroniques et médiatiques d’un macrocosme égaré entre « île » et solitude, entre « pub », « marketing », « colonie de pelleteuses » pour mieux leur dénier le moindre crédit.

    **

    ClickHandler.ashx?ld=20140322&app=1&c=qtypehosted&s=qtype&euip=213.213.204.75&pvaid=e7cef6d846fc4fe3bfa57c4b6d974862&sid=1574131286.3064006154516.1395499754&vid=1574131286.3064006154516.1395499754.1&fcoi=417&fcop=topnav&fct.uid=c8a862312c7d402da293445a3b345636&fpid=2&en=wFwOv0Mq3bQrK4mUr%2bVwtBgooLFrS2MRkY5nxbqb7AI%3d&du=http%3a%2f%2fwww.babelio.com%2fusers%2fAVT_Veronique-Bergen_9524.jpeg&ru=http%3a%2f%2fwww.babelio.com%2fusers%2fAVT_Veronique-Bergen_9524.jpeg&ap=1&coi=772&cop=main-title&npp=1&p=0&pp=0&ep=1&mid=9&hash=D689F2805D7CB1F006437BA1EEE4994D

    Véronique BERGEN (1964), poète, romancière, essayiste, philosophe, saisit le réel à pleines mains pour le triturer, le griffer, lui faire exsuder toute noirceur, tout sang, tout sens. « Griffures » suivi de « La Nuit obstinée » (2) est un catalogue de vers chauffés à blanc, « métaforces » (permettez-moi ce néologisme) de métaphores sanglantes, osées, audacieuses pour livrer sa vision heurtée d’un monde qui exclut la femme, viole la fillette, néglige l’enfant. Nombre d’adjectifs, nombre d’images au génitif, nombre de verbes inventés (rouge-gorger) peuplent un livre qui ne peut laisser indifférent, tant la langue secoue et enjoint à voir l’univers sous l’angle neuf, virulent, violent, sanguin d’une femme qui fait de cet outil une arme de haute lutte. Forces langagières mises à contributions diverses : « chiens  fous/ lapent les étoiles », « saisons/ muselées par Barbe-Bleue », « Le morceau de rêve/ tombé dans les eaux rouges », « La sentinelle/ redonne des rémiges/ à l’aube stérile » etc.

    La rébellion siffle, claque, souffle en ces vers lourdement composés, compacts comme des balles, couturés comme des sacs de jute pour nous en cacher l’antre infernal, d’où tout vient, d’où tout part.

    Pourra-t-on toutefois préciser que le flot de néologismes et de trouvailles donne parfois le tournis et que certains poèmes se mordent un peu la queue dans l’énoncé d’outrances :

    « Mes lèvres s’entrouvrent

    offrande au roulement

    des dés liquides

    que

    samouraï de charmes

    tu me pokers

    en jets glabres et précis »

    Poème comique ? Laissons le lecteur juge d’une foison un peu baroquisante ; l’abondance et la qualité ont parfois des revers.

     

    **

    ClickHandler.ashx?ld=20140322&app=1&c=qtypehosted&s=qtype&euip=213.213.204.75&pvaid=7755dbdd029d4243a4909a21ebbf6ae3&sid=1574131286.3064006154516.1395499754&vid=1574131286.3064006154516.1395499754.1&fcoi=417&fcop=topnav&fct.uid=c8a862312c7d402da293445a3b345636&fpid=2&en=wFwOv0Mq3bQrK4mUr%2bVwtBgooLFrS2MRkY5nxbqb7AI%3d&du=http%3a%2f%2fwww.litterature.org%2fimages%2fx_ecrivains%2fregimbald_diane.jpg&ru=http%3a%2f%2fwww.litterature.org%2fimages%2fx_ecrivains%2fregimbald_diane.jpg&ap=5&coi=772&cop=main-title&npp=5&p=0&pp=0&ep=5&mid=9&hash=C5FABF29DAD5B7C6D5CF23A4688ADF62

    La sobriété, l’économie de moyens, la densité donnent à « L’insensée rayonne » de la Québécoise Diane RÉGIMBALD (3) matière et rayonnement véritable. L’autopsie des corps, des âmes, l’analyse des « parole(s) ouverte(s) », le sourd rappel des « visages » rescapés par le souvenir d’une mort effroyable, la sobre gourmandise (pourrait-on dire) des éléments naturels (« je mange les cristaux de neige/ à pleine main   nuit étoilée étendue ») s’énoncent dans le lignage d’un Mandelstam (notre auteure s’est-elle nourrie de « Tristia » ?).

    La mort, la vie, l’inquiétude tracent leurs repères et les poèmes, empreints d’austère présence, convient au partage.

    Mais aussi un rayon parfois suggère d’autres présences, invite à espérer sur fond de gouffres.

    « Lutter contre la mort », « vivre » disent assez que le propos de la poète s’ouvre sur des possibles, sans se voiler la face.

    Un beau livre. Quittons-le sur ce vers : «la lumière avance comme un trouble ».

    (1)   E. LIPSKA, L’Orange de Newton, L’Arbre à paroles, 2012, 80 p., 10€.

    (2)   V.BERGEN, Griffures  suivi de  La nuit obstinée, maelström compact #30, 2013, 88p., 8€.

    (3)   D. REGIMBALD, L’insensée rayonne, L’Arbres à paroles, coll. Résidences, & éditions du Noroît, 2013, 94p., 10€.

     

  • Les Microbe sortent pour le printemps

    2556391261.jpgAu sommaire du MICROBE n°82,

    des aphorismes, des contrepéteries, des contes brefs & des poèmes de:

    Daniel Birnbaum

    Emanuel Campo

    David Cizeron

    Suzy Cohen

    Éric Dejaeger

    Georges Elliautou

    Ludovic Joce

    Jean Klépal

    Fabrice Marzuolo

    Jean-Jacques Nuel

    Jean Pézennec

    Thomas Pourchayre

    Marie Ramon

    Salvatore Sanfilippo

    Didier Trumeau

    & Philippe Vidal 

    Les illustrations sont de Joachim Regout

    3331949968.jpg

     

    Le MI(NI)CROBE intitulé

    J'emmerde...

    a été écrit par Marlène TISSOT

    Pour tout renseignement,

    s'adresser auprès d'Éric Dejaeger

    via son blog (copier/coller le lien): 

    http://courttoujours.hautetfort.com/

     

  • J'ai honte Léo + Poète maudit, par Denis Billamboz

    J’ai honte Léo

     

    « Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s’ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes : ce sont des dactylographes » Léo Ferré

     

    Léo j’ai voulu chanter tes pieds

    En mettant en vers mes plus beaux pieds

    Je croyais prendre un super pied

    Mais dans le tapis j’ai pris mes pieds

    Sur mes doigts j’ai dû compter mes pieds

     

    Je n’ai pondu que de pauvres vers

    Pas matures encore tout verts

    J’avais pris mon projet à l’envers

    J’aurais dû boire avant mes deux verres

    Pour stimuler mon talent pervers

     

    J’ai grande honte ami Léo

    Je ne suis que simple dactylo

    Ayant pour tout talent la sténo

    Devant pour rimer compter ses mots

    Te lire sera mon unique cadeau

     

     

    ClickHandler.ashx?ld=20140316&app=1&c=qtypehosted&s=qtype&euip=213.213.204.75&pvaid=934b2e5b838642589e51bf844538b8a8&sid=1672933089.1390170576057.1394974331&vid=1672933089.1390170576057.1394974331.1&fcoi=4&fcop=results-bottom&fct.uid=c1a14dcfc4b34b8a94b634c232ea00a8&fpid=2&en=wFwOv0Mq3bQrK4mUr%2bVwtBgooLFrS2MRkY5nxbqb7AI%3d&du=http%3a%2f%2fwww.musiquesnouvelles.com%2fmedias%2fdocument%2fLeo-Ferre-_c_-H-Grooteclaes-light.jpg&ru=http%3a%2f%2fwww.musiquesnouvelles.com%2fmedias%2fdocument%2fLeo-Ferre-_c_-H-Grooteclaes-light.jpg&ap=7&coi=772&cop=main-title&npp=7&p=0&pp=0&ep=7&mid=9&hash=F1BA96CE1B37D6D6B280D8BB92178575

     

    Poète maudit

     

     

    Abandonné par ses lares

    Occupés par son lardon

    Poète était seul à la maison

    Vestale  accepta son rancard

    Sans aucune appréhension

    Il lui parla des floraisons

    Qui semblait en retard

    Elle comprit défloraison

    Elle le traita de vieux cochon

    Et de gros connard

     

    Poète n’a pas toujours raison

     Quoi qu’en dise Jean Ferrat

     

    D.B.

     

     

  • SCHIZOPHRÉNIE

    images?q=tbn:ANd9GcQ8ZQRh5vCHHCb0oOMtYL07fF9qsYa379z4wfNeuWrnBJVWnBxm1wpar Denis BILLAMBOZ

    Voilà un thème que la littérature a abondamment utilisé et je suis très surpris de ne pas vous l’avoir déjà proposé. J’ai donc réuni aujourd’hui deux textes très différents, l’un venu d’Uruguay, l’autre de Slovénie, deux textes qui parlent de choses très différentes sur des fonds eux aussi bien différents, mais deux textes qui utilisent le même thème du double pour expliquer la complexité de la nature humaine et la difficulté d’attribuer la responsabilité d’un événement ou d’un acte particulier à une personne qui n’a peut-être pas agi selon les lois de la raison, ou plus précisément de ce que nous pensons être la raison. Peut-être deux exercices de style mais en tous les cas deux exercices littéraires qui nous invitent à la réflexion et à la remise en question de certaines de nos certitudes.

     

    juan-carlos-mondragon-passion-oubli-danastass-L-1.jpegPassion et oubli d’Anastassia Lizavetta

    Juan Carlos Mondragon (1951 - ….)

    Anastassia Lizavetta a cruellement poignardé son mari, à mort, sans motif apparent et son cousin écrivain qui l’adule, essaie de se glisser dans la peau de sa cousine pour comprendre, et faire comprendre, le pourquoi de ce geste inconcevable. Il va ainsi reconstituer la première journée de la criminelle après son meurtre et va accompagner cette femme qui en fait est double : « ma cousine », femme au foyer sans ambition particulière qui vit son quotidien méthodiquement mais sans enthousiasme et Anastassia Lizavetta, femme frustrée, volage, qui rêve d’aventures sexuelles, de transgression, qu’elle rencontre dans ses rêves non aboutis.

    « Ma cousine »,  seulement victime de ses frustrations et illusions perdues ne peut être responsable de ce geste fatal que l’auteur attribue à Anastassia Lizavetta, l’autre femme, qui a connu une vie moins banale semée d’embûches : victime d’un sort dès son enfance, agressée sexuellement par son père, matée par son oncle et obligée d’avorter encore dans l’adolescence. Elle parcourt la ville pour relier tous les lieux qui ont marqué sa vie, pour voir une dernière fois son quartier, sa ville, se sentir encore libre mais aussi jouir d’une dernière aventure possible, se faire quelques petits plaisirs qu’elle ne s’offrait jamais et, pourquoi pas, trouver une solution pour transmettre la responsabilité de son geste sur un autre coupable possible ou au moins se soustraire à sa responsabilité. Celle qui sait qu’elle est responsable et qu’elle n’échappera pas à la sanction et celle qui cherche encore à se défiler, à trouver une solution pour sortir de cette nasse.

    thumb115x165__201007301026370.Juan%20Carlos%20Mondragon_c_J%20Foley%20Opale.jpgUn bel exercice de style sur le dédoublement de la personnalité et sur le comportement des schizophrènes sur fond de vie quotidienne dans Montevideo que l’auteur décrit dans ses moindres détails, qui n’est pas la grande ville qu’elle croit être et qui sombre dans la décadence. Dans cette métropole où les pauvres n’ont aucune chance de s’en sortir, où le destin semble avoir fixé à l’avance le sort de chacun comme il a déterminé celui de « ma cousine » et celui d’Anastassia Lizavetta.

    Ce pourrait être une très belle lecture mais le style lourd, lent, haché, répétitif, semble laborieux et peu fluide, ce qui gâche un peu le plaisir qu’on pourrait prendre en parcourant cette ville dans les pas de cette femme victime d’une maladie qui l’a rendue criminelle, mais également une lecture qui peut aussi nous interpeller sur la notion de culpabilité et bousculer quelques unes de nos belles certitudes.

     

    9782846360722FS.gifAurore boréale

    Drago Jancar (1948 - ….)

    Le 1° janvier 1938 un homme, d’affaires apparemment, arrive à Marburg an der Donau, Maribor, en Slovénie pour rencontrer un certain Jaroslav et parler de choses importantes concernant l’extension commerciale de leur entreprise. Mais Jaroslav se fait attendre, l’homme s’ennuie à l’hôtel, il déambule dans les rues à la recherche de souvenirs, il a choisi cette ville pour lieu de ce rendez-vous car il y a passé quelques années quand il était enfant.

    Erdman, c’est le nom de cet homme d’affaires, c’est du moins ce qu’il prétend être, attend toujours désespérément son contact en se liant aussi bien avec la bourgeoisie marchande qu’avec la lie des bas quartiers de la ville. Il est à l’aise dans les deux milieux, il séduit la femme d’un riche propriétaire tout en festoyant avec les ivrognes et les illuminés qui hantent les bars louches. Ses déambulations et son comportement intriguent de plus en plus ses nouveaux amis et la police locale qui finissent par douter de l’existence de ce fameux Jaroslav. Erdman semble pris dans le piège de cette ville où il ne sait plus quoi faire mais dont il ne peut plus s’évader. Il ne sait même plus qui il est vraiment, « je sais que je dois moi aussi regarder au fond de ma mémoire » pour trouver le lien qui le lie à cette ville, pour se retrouver.

    Tout bascule, un soir, quand le ciel s’embrase laissant croire à un gigantesque incendie mais ce n’est finalement qu’une aurore boréale dans laquelle les habitants voient cependant un signe annonciateur de catastrophes à venir. « Dans ce monde qui s’attend à ce que tout, avec l’aide de la science et des bonnes intentions sociales, tende vers la perfection, le mal est une faille. Et cette faille, à ce moment là de l’année 38, avait commencé à s’élargir…. » Alors,  les événements s’enchaînent de plus en plus rapidement pour se cristalliser en un final digne de la violence qui sévit souvent dans les Balkans, dans une sauvagerie qui préfigure des débordements plus contemporains. « L’aurore boréale était l’annonce que le mal allait surgir sous peu. »

    Jancar-foto%20Joze%20Suhadolnik.jpg?1144792800Erdman un personnage indéfinissable, bourgeois qu’il n’est peut-être pas, traîne savates des bas-fonds qu’il n’est pas plus mais peut-être un peu les deux. Un personnage double qui intrigue tous ceux qu’il fréquente. Avec ce texte lourd, lent, tortueux, pesant comme l’atmosphère qui règne en Europe centrale à cette époque, Jancar a certainement voulu plonger le lecteur dans cet avant cataclysme où toutes les communautés se resserraient sur elles-mêmes, s’épiaient, se testaient, se provoquaient sans véritablement croire à l’échéance inéluctable. Une image de la société juste avant l’explosion mais aussi une description pathologique du comportement d’un être atteint probablement d’une affection mentale. Une réflexion sur la dualité humaine, les comportements  schizophréniques, la relativité de la réalité apparente et la responsabilité des individus dans une vision manichéenne du monde. « Oui, le cosmos est déchiré entre le bien et le mal, entre l’esprit la matière, entre l’âme et le corps, entre l’ancienne et la nouvelle ère. »

    « Quand une aurore boréale s’allume dans l’atmosphère, une agitation curieuse s’empare de l’aiguille de la boussole… »

     

  • Les livres sont des médicaments

    officine-de-pharmacie.jpgCe jour-là, devant me rendre à la librairie et à la pharmacie, j’avais écrit sur les deux faces d’un post-it mes listes d’achats.  Mais je me trompai et présentai à la pharmacienne la mauvaise face. Je m’en aperçus quand elle m’amena les livres que j’avais prévu d'acheter : de l’Eco, du Calvino, du Buzzati, du Pavese & du Pasolini (j’étais dans ma période italienne) et un guide littéraire sur la péninsule. J’étais étonné certes mais pas autant que lorsque, à la librairie, après avoir là aussi présenté l’autre face de mon post-it (puisque mon autre commande était honorée), le libraire m’apporta bien les Dafalgan, Nurofen, Orofar, Buscopan et un complexe vitaminé inscrits sur le papier.

    Je n’étais pas au courant que désormais les deux boutiques proposaient invariablement les deux types de produits. 

  • DIX POÈMES qui ne donnent (presque) pas mal à la tête

    Le grand feu

     

    dans le grand feu

    j’ai pris mon pied

     

    il était déjà

    à moitié calciné

     

    heureusement un doigt de pied

    demeurait très vivace

     

     *

     

    Les obstacles

     

    il ne faudrait pas que la lumière

    accroche au passage

    un signe, un astre, un panda

     

    pour y voir à nouveau

    il faudrait alors tout réaligner

     

     

     

     

     

     

    L’immeuble

     

    lécher une bâtisse tout du long

    puis avaler l’immeuble

    où on a vécu

     

    garder de l’endroit

    une saveur de béton

    une mémoire de pierre

     

    une langue porte

    sur une fenêtre ivre

    dissoudre la rue dans le rêve

     

     *

     

    Le monde trouble

     

    un zeste de démence

    dans le verre de la vie

     

    et je vois le monde trouble

    de l’enfance

     

    comme si j’avais vraiment existé

     

     

     

     

    L’eau usée

     

    pour me voir

    en l’absence de miroir

     

    je verse de l’eau usée

    dans la paume de la main

     

    puis je souffle l’image

     dans le grand bol de l’existence

     

     *

     

    Le programme

     

    de la naissance

    à la mort

    tout est trucage

    tout est montage

     

    d’une suite de mauvais plans

    faire un beau film

    pour les amis

    pour les parents

     

    puis fermer

    la porte

     et s’enfermer

    devant la télé

     

     

     

     

     

    Des nouvelles

     

    donne moi des nouvelles

    de tes yeux

    de ta bouche

     

    si tu veux

    dépose-les

    sur ma peau

     

     *

     

    L’oiseau


    oiseau bleu

    du jour

     

    entre ciel

    & nuages

     

    tu t’envoles

    vers le soir

     

    dans le nid de la nuit

    tu ponds un rêve

     

     

      

    Passades

     

    Je passe en coup de sang

    dans tes veines

    Je passe en coup de langue

    entre tes lèvres

     

    Je passe en coup de théâtre

    dans tes scènes

    Je passe en coup de vent

    entre tes dunes

     

    pour que jamais plus tu ne dises

    que je m’éternise dans ta vie

     

    * 

     

    Les poèmes ne font pas mal à la tête

    Les poèmes sont des problèmes

    sans solution

    ils ne font pas mal à la tête

     

    Ils font du bien comme une équation

    qu’on regarderait comme une maison

    à un, deux ou trois étages

     

    Mais demande-t-on jamais

    de méditer sur l’image d’une fonction 

    ou la couleur d’un papillon

     

    Sur un long calcul ou une page rédigée

    dans une langue étrangère

     ou de lire un poème pour le plaisir

     

     E.A.

  • TROIS PEINTRES

    Un peintre de murs

    Ce peintre ne peignait que des murs. Même si ses rêves étaient faits d’horizons dégagés, de grandes étendues vierges se prolongeant à perte de vue, le matin, face à son chevalet, il dessinait des murs et encore des murs.

    Des murs de toutes les sortes. Des murs en crépi, des murs de briques, des murs de blocs, des murs de pierres... Si ressemblants que, lors de ses expositions, ses toiles sans cadre se confondaient avec l’environnement et que les visiteurs se jetaient dessus en cherchant désespérément la sortie.

     

    1767-016_thumbnail.jpg?1309794529

     

    Un peintre incompris

    Ce peintre contemporain monomaniaque pei(g)nait à se faire reconnaître. Enfin, sur l’avis judicieux de sa septième épouse, il reprit à soixante-quinze ans passé ses deux mille quatre cent cinquante-sept tableaux de paires de couilles seules pour leur adjoindre autant de bites. L’expo monstre fit le buzz dans le monde de l’art. D’éminents critiques, fort confus, reconnurent après coup n’avoir pas perçu le caractère phallique des boules sommairement déclinées en séries monoton(e)s pendant des décennies.

     

    123006_1830-002.jpg

     

    La peinture invisible

    On ne voyait pas, face au chevalet, l’artiste peindre. On observait bien un indéfinissable ballet des outils qui constituait, il faut dire, une intéressante animation. Mais sur la toile, rien n’apparaissait.

    Sans savoir si cela était le résultat d'une incroyable arnaque ou une nouvelle œuvre de génie, entre performance et art du vide, de nombreuses galeries accueillirent ses expositions. Des critiques trouvèrent là matière à écrire ce qu’ils voulaient.

    Notre homme acquit une réputation internationale, une aura digne d’un acteur hollywoodien ou d’un chanteur de rap reconverti dans la bluette disco revival. On l’invitait pour présenter son travail pendant des talk-shows ou lors de la remise de prestigieuses récompenses. On appréciait son jeu de jambes, les pinceaux allumés qui produisaient de remarquables jeux de lumière en se reflétant dans la palette-miroir, on louait le spectacle de la peinture. Mais sur la toile, rien n’apparaissait.

    On ne s’en étonnait plus depuis longtemps. 

    white_Rauschenberg.jpg

  • Vu au ciné de ma rue : LA GRANDE BELLEZZA

    images?q=tbn:ANd9GcTYeIh_40eQ3e8tELt15eqoVFgVmbu_6gtmnNmzQGe9_DBBSkgxIQpar Philippe LEUCKX

    De la beauté, de celle d'une ville qui en a ému tant, il reste beaucoup à dire, quoi qu'en aient dit beaucoup d'artistes, d'écrivains, de musiciens, de rêveurs. Quatre lettres suffisent à l'énoncer R O M A.

    Le cinéaste italien Paolo Sorrentino, aidé d'une flopée d'artistes, en tête desquels il faut placer l'acteur de "Gomorra", Toni Servilio, impeccable dans ces habits d'homme mondain qui, au lendemain de son anniversaire, 65 ans bien servis, se remet en question et décide d'explorer, maniant ironie, sagacité, humour noir, les univers de la beauté, dans une Rome décidément dans le vent de la descente, à l'ombre du Colisée, entre néons de bazar, chansons dansantes, personnages de comédie échevelés, excentriques, felliniens pour tout dire.

    Ce long film d'une initiation à rebours (l'on propose très souvent le périple initiatique d'un jeune qui fait ses armes en ville), près de deux heures trente d'images de toute beauté, de musiques, d'avancées travellingantes sur un fleuve, sur ou sous des ponts célèbres, nous ramène aux grandes périodes de la cinématographie italienne, grande comédie à l'italienne des Scola, Comencini, Monicelli..., aux fastes déjà dénoncés ironiquement dès 1960 par Federico dans sa Dolce vita.

    La-grande-bellezza-poster.jpg

    Si peu de films daignent aujourd'hui accompagner la beauté : celle des femmes assurément, et notre antihéros mondain les a collectionnées et en fait un catalogue avec son cher ami Romano (joué par Carlo Verdone), celle des ambiances, des atmosphères, des terrasses éclairées le soir sur une ville en suspens (comment ne pas penser à la "Terrasse" de Scola!), celle d'une ville décidément éternelle par ses géologies de beauté (j'emprunte à Sallenave son concept littéraire et historique des strates artistiques de son GUIDE INTIME DE ROME), celle des maîtresses présentes de Toni S...pardon de Jep Giambardella!

    On retraverse le passé de l'urbs en suivant des scènes bien contemporaines : on va avec ses personnages dans les boîtes ou palais à la mode, on assiste à des spectacles effrayants de bêtise (ex : la cogneuse de tête le long de l'aqueduc Claudio) ou d'incongruité, on regarde des images désolantes d'une population gagnée par le snobisme ou la mode galopante, comme l'avait déjà montré, dès 1982, le cinéaste Antonioni, avec sa charge douce contre l'aristocratie de "Identificazione di una donna".

    Film riche, complexe, presque surchargé de signes, qu'il faudrait voir de nombreuses fois pour en exhumer toute la portée : les dialogues, à eux seuls, valent leur pesant d'or, et l'antihéros assène sa morale de mondain blasé à l'adresse d'une de ses amies d'un groupe soudé, que ses paroles dénouent certes avec une virulence insigne.

    Plastiquement, la réalisation est superbe de bout en bout : de vrais tableaux, à la Bolognini ou à la Fellini, comme ces intrusions nocturnes, grâce à un "homme aux clés d'or", dans des palais ou musées (Capitolins), interdits à ces heures au public! L'appariteur a reçu tout un trousseau, symbole de la confiance de l'aristocratie noire de la capitale. 

    Comment, dès lors, ne pas songer, devant ces scènes éclairées presque à la bougie, aux fêtes de la "Douceur de vivre"?

    220px-La_grande_Beaut%C3%A9.jpg

    Le film de Sorrenino rameute d'autres films, de splendides images mémorielles cinéphiliques, en crée, assurément, d'autres pour que d'autres films les ramassent, un jour, à leur tour : ainsi en va-t-il des vrais talents qui nourrissent l'imaginaire des spectateurs.

    On sort du film, entre splendeur, amertume et lucidité : s'est instillée, quasi à notre insu, cette mélancolie devant le sort de quelques personnages poignants : tel ce Romano, qui quitte l'urbs, où il se sent bien trop corseté; telle autre meurt; telle autre s'en retourne à ses projets; Jep reste là, comme face à cette girafe, incongrue dans un décor des Thermes de Caracalla, qu'un bateleur de ses amis fait disparaître. Métaphore du cinéma, du temps, des espaces de pellicule : qu'est-ce qu'un film à côté de la vie? Une magie? Un décor? L'apparence de la réalité? L'écume? Sorrentino ne répond pas à notre place : il nous laisse adultes, vaccinés, cinéphiles, philosophes, il nous enjoint seulement à penser - ce qui n'est pas le plus détestable à l'heure des films fast-food, aussitôt oubliés que vus!

    Un grand film, qui eût mérité la Palme 2013, qui s'est contenté du Grand Prix Spécial du Jury. Sorrentino aussi mal servi que Tarkovsky, hier.

    L'oeuvre vient d'être récompensée d'un OSCAR DU MEILLEUR FILM ETRANGER 2014.


     

  • Mon ange au contrôle

    ange-gardien-wim-wenders_article_large.jpgOù sommes-nous, et où sont les anges ?

    Quelle est notre vie, quelle est la leur ?

    Bossuet

    J’ai conduit mon ange gardien au contrôle technique : il avait des ratés, il ne veillait plus bien, ses plumes avaient vieilli de dix ans en un mois. Ses capacités de gardiennage laissaient à désirer, son auréole ne s'allumait plus, il survolait quand il parvenait à décoller de mon pécé. Il avait dû exploser son moteur...  

    Un excès de travail ? Burn-out ? Je ne sais pas, je ne suis ni technicien spécialisé en angélisme ni ingénieur des âmes errantes. Je n’en ai jamais démonté ni analysé un !

    Après le contrôle, on lui a ordonné une remise à niveau, un stage de remise en forme. Mais ça dure. On dirait qu’il se complaît dans son état.

    En attendant, je n’ose plus sortir, je reste terré à domicile, de peur qu’il ne m’arrive quelque chose. D’autre part, après ma nécrose du coeur, mon accident de la trituration, et le rattachement de mon bras droit à ma jambe gauche, je ne sais pas bien ce qu’il pourrait m’arriver de pire.

    Que je perde la raison, ça oui ! Que je perde confiance en mon ange gardien, ça non: c’est tout ce qu’il me reste.

  • Alain RESNAIS (1922-2014): La guerre est finie

     

    ClickHandler.ashx?du=http%3a%2f%2fwww.vootar.com%2fimgs%2felementos%2f1285252485_AlainResnais.jpg&ru=http%3a%2f%2fwww.vootar.com%2fimgs%2felementos%2f1285252485_AlainResnais.jpg&ld=20140303&ap=9&app=1&c=qtypehosted&s=qtype&coi=772&cop=main-title&euip=213.213.204.75&npp=9&p=0&pp=0&pvaid=b9103a03288041eab15853ea60bbadee&sid=1672933089.3274671333592.1393859161&vid=1672933089.3274671333592.1393671938.2&fcoi=408&fcop=topnav&fct.uid=50051530ad4547838ebb3dc0163bd9ae&fpid=2&ep=9&mid=9&en=wFwOv0Mq3bQrK4mUr%2bVwtNbKRdckglkLs6gKZuOJpe4%3d&hash=342F9F4CA1CFB6932CD29971F1764A18

     

    "Tu ne savais pas que Ramon était mort... Et maintenant tu vas partir, tu vas prendre sa place parce que le travail continue, car aucune mort ne peut l'interrompre... Tu ne savais pas que Ramon était mort. Il y avait de l'ombre, des arbres, du soleil, et Ramon était mort... La mort fait entrer du soleil dans ta vie, on t'a dit ça tout à l'heure. Tu as ri et tu aurais dû crier, lui dire de se taire car Ramon était mort et c'est l'ombre de Ramon qui est entré dans ta vie. L'ombre de la mort qui était sur toi depuis le premier jour de ta vie..."





    Alain Resnais en quelques photos (copier/coller):

    http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20140302.OBS8241/photos-alain-resnais-sa-vie-ses-chefs-d-uvre.html

    th?id=HN.607999650702492443&pid=15.1&H=213&W=160

  • LES CARTES

    Pendant longtemps, cet homme s'était tenu à distance de la géographie.

    Cela ne lui disait rien, les pays.

    Un jour, en regardant une carte, il tomba sous le charme de leur représentation, de ce qui les figurait, comme la silhouette féminine peut-être préférée à la femme en chair et en os.

    Le mariage des couleurs aussi, ou plutôt leur séparation, à la ligne des frontières, participait du charme singulier des cartes géographiques.

    Mais quand il en fut tombé amoureux, on ne put plus lui sortir le nez des planisphères, des atlas, des cartes en tout genre.

    Elles lui furent indispensables comme la triangulation pour l’arpenteur. Il en étudiait les contours, les environnements, mesurait des distances en les rapportant à l’échelle sise en bas. Comme elles lui procuraient de la joie !

    Il cherchait dans les formes des pays des images d’objets, d’animaux.

    Ainsi tel pays lui rappelait un chat, et cet autre, un hippocampe. Celui-ci, un poisson remontant une rivière. Celui-là, un oiseau s’éloignant du rivage, toutes ailes déployées.

    Les pays étaient des nuages qui prenaient la forme qu’on voulait leur donner, suivant l’humeur, son climat mental. Des formes à géométrie mentale.

    Il jouait à les rapprocher en fonction de leur ressemblance, du règne (végétal, animal, minéral) dans lequel il les plaçait.

    Il pouvait demeurer des heures en contemplation devant une carte en papier, celles des écrans se révélant d’un usage moins aisé, à moins d’être imprimées.

    Il avait comme un droit de vie poétique sur les contrées, il dominait la Terre à sa façon.

    Après bien des études, un jour, il examina son pays et dut bien se dire que virtuellement il habitait là, quelque part : il ne quitta plus des yeux cette carte, la carte de son pays.

    Il s’en procura d’autres : de sa région, de sa commune, de son quartier, de sa rue, de sa maison. Il craignit de se voir là quelque part en train de regarder la carte. Cet effet de miroir grossissant allait avoir raison de sa raison, il s’en écarta à temps.

     

    Il reconfigurait les continents selon sa fantaisie, faisant voisiner l’Egypte et la Belgique, le Paraguay et la Nouvelle Calédonie, l’Espagne et le Japon...

    Allant jusqu’à imaginer la Terre dans la circonscription d’une étoile d’une autre galaxie.

    Un jour, on le retrouva égaré parmi toutes ses cartes, et pour tout dire affamé, n’ayant plus rien avalé durant des jours, incapable de dire où il était vraiment.

    Quand on l'installa dans l’ambulance et qu’il vit la perspective de sa rue, il se crut au Mali ou en Palestine.

    Il n’était plus de ce pays, ni même de ce monde, qu’il ne tarda d’ailleurs pas à quitter pour un autre ailleurs, sans carte ni planisphère connus.

  • L'ÉPOPÉE JOHANNIQUE

    billamboz.jpegpar Denis BILLAMBOZ

    En 2012, pour le six-centième anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc, de nombreux ouvrages évoquant l’épopée johannique ont été publiés, deux de ceux-ci ont été proposés à ma lecture, toutefois, je ne pensais pas en parler dans cette rubrique mais ayant constaté récemment dans plusieurs forums que le personnage de la Pucelle interrogeait encore tellement nos contemporains, j’ai décidé de publier ici les commentaires que j’ai tirés de ces deux publications. J’ai pris le risque d’évoquer ce sujet très polémique car les deux auteurs auxquels j’ai eu à faire m’ont paru particulièrement sensés, ils n’ont pas affiché des théories funambulesques, ils ont respectés l’histoire, les textes et le contexte, ils ont pris le recul nécessaire pour énoncer des faits avérés et seulement des faits même si Alain Vauge s’est réservé le droit d’émettre un avis personnel à la fin de son livre. Le lecteur pourra ainsi toujours vérifier ses connaissances, son avis et étayer ses convictions sur ce personnage qui a vécu au XV° et qui est devenu légendaire au XIX°.

     

    910edd249d14679624e447dd30e6a190-500x500.gifJ’ai nom Jeanne la Pucelle

    Journal d’une courte vie

    Alain Vauge

    Comme il semblerait que Jeanne d’Arc soit née en 1412, la littérature foisonne, en cette année 2012, de textes concernant la mythologie qui a été créée autour de la très courte vie de cette jeune Lorraine. Ainsi, j’ai été amené à lire ce long ouvrage d’un érudit, plus qu’un universitaire, qui fait la somme des connaissances actuelles sur la légende johannique dans un livre très argumenté faisant clairement la part des faits avérés, des événements probables, des hypothèses plausibles tout en éliminant les fantasmagories et les élucubrations qui ont fleuries depuis des siècles. Un texte solide qui évite le piège de la religiosité exacerbée, du nationaliste primaire et de l’imagination débridée. « Toute Jeanne, mais rien que Jeanne, avec ses qualités et ses défauts, sa grandeur d’âme et ses obstinations stériles. »

    Sous la plume d’Alain Vauge, le personnage de Jeanne d’Arc prend progressivement forme, devient de plus en plus humain, la légende s’explique, s’éclaire, la mythologie se transforme progressivement en une histoire rationnelle. Et, au-delà de cette analyse, l’auteur montre comment un mythe se développe et envahit une société. Pour ce faire, il resitue cette brève épopée, même pas trois ans, dans un contexte géographique, familial, social, géopolitique, qui a pu être favorable à la création de cette légende d’une aventurière, presque banale pour son temps, devenue un véritable mythe, mais aussi comment l’histoire s’écrit et comment peut se fonder une mythologie sacrée.

    Dans une dernière partie qui pourrait servir de conclusion, l’auteur donne sa version sur le personnage et les raisons de la création de sa légende, nous lui laisserons ses opinions car pour nous ce qui importe ce n’est pas tellement de savoir qui était Jeanne d’Arc et ce qu’elle a fait mais plutôt de comprendre comment une jeune fille illettrée a pu en quelques mois devenir une héroïne nationale, en quelques années un mythe, en quelques siècles une sainte. Le mystère restera encore très épais pendant de longues années.

    Ce texte a aussi un autre intérêt : celui de montrer comment dans un espace de pouvoir relativement vide – un roi trop jeune et un dauphin timoré - les mercenaires, les arrivistes et les ambitieux ont pu s’étriper pour s’accaparer des pouvoirs qui ne leur étaient pas forcément dévolus en s’appuyant sur des artifices législatifs et judiciaires et en utilisant la force sans aucun scrupule. Ils n’ont rien inventé et ces bonnes recettes servent toujours surtout quand le pouvoir se prétend de droit divin.

    Nourri aux meilleures sources, ce livre, très fouillé, analyse, décortique, extrapole sans jamais s’égarer. L’auteur explique, reformule, pour s’assurer que le lecteur a bien compris sa démonstration. On ne peut que lui reprocher un usage un peu abusif de longs extraits en vieux français qui peuvent rebuter et même dérouter bon nombre de lecteurs ne comprenant pas ce vieux langage.

    Ce livre saisit l’histoire à un moment charnière quand le monde médiéval se meurt et que le monde moderne prend progressivement racine. Et Jeanne en est un beau symbole : héroïne tout droit sortie de l’imaginaire et des croyances médiévaux, elle lutte pour instaurer un pouvoir qui préfigure les grands royaumes et empires qui dessineront l’Europe moderne, celle que Lucien Fèvre appelait « l’Europe de Philippe II ».

    Alain Vauge a versé sa contribution à la légende johannique, il permettra à certains de mettre un visage plus humain sur le personnage le plus populaire et le plus énigmatique de l’histoire de France  mais il ne percera pas le mystère qui entoure cette épopée qui relève plus de la mythologie que de la raison. Un personnage que François Villon a lui aussi popularisé avec une certaine nostalgie dans «Ballades des Dames du temps jadis » :

    « ….

    Et Jeanne la bonne Lorraine

    Qu’Anglais brûlèrent à Rouen

    Où sont, Vierge souveraine ?

    Mais où sont les neiges d’antan ? »

     

    I-Grande-8993-jeanne-d-arc--la-verite-sur-un-faux-proces.net.jpgJeanne d’Arc

    La vérité sur un faux procès

    Alain Bournazel

    A l’occasion d’un séjour en Lorraine, à quelques dizaines de kilomètres de Domrémy, j’ai lu ce livre qui relate les divers procès que Jeanne d’Arc a dû affronter même après son exécution. Une façon de célébrer le six centième anniversaire de la pucelle la plus célèbre de l’histoire de France.

    Alain Bournazel, un des grands passionnés de ce personnage, propose un ouvrage de vulgarisation bien documenté, abondamment illustré, pourvu de nombreux annexes très utiles pour accéder directement aux informations recherchées, qui pourra intéresser tout aussi bien ceux qui veulent découvrir cette page mystérieuse de l’histoire de France que ceux qui la connaissent déjà mais souhaitent vérifier certains points restés un peu douteux dans leur mémoire.

    La description des événements est claire, étayée par des documents sûrs, il n’y a pas d’interprétations dans cet ouvrage, ou presque pas, seulement celles qui sont nécessaires et évidentes. Les faits sont  exposés de manière impartiale, tels qu’ils sont issus des sources officielles. Le procès est décrit jour après jour mais toute cette page d’histoire a été resituée dans son contexte.

    Ce livre permettra à tous ceux qui s’interrogent encore sur le mystère qui entoure l’épopée fulgurante de cette gamine de dix-sept ans, de bien comprendre ce qui c’est effectivement passé, d’éluder certaines interprétations plus qu’hasardeuses, de faire la part de l’histoire et de la légende, de restituer ce qui appartient à la réalité factuelle et ce qui relève de l’interprétation ou même parfois de l’élucubration. Ce livre dit ce qui a été tout en laissant la place nécessaire à ceux qui voudraient  apporter leurs suppositions, sans hypothéquer l’histoire qui pourrait être complétée par la découverte éventuelle, même si elle est très hypothétique, de nouveaux documents.

    Le grand mérite de l’auteur a été de respecter l’histoire, de ne pas essayer de nous imposer sa propre légende et de ne pas tuer le mythe car, même après une analyse très pragmatique, on doit constater qu’il reste encore une belle part de mystère autour de cette toute jeune femme. Comprendra-t-on un jour comment un peuple tout entier a pu se dresser derrière cette gamine qui n’avait aucun argument si ce n’est sa foi et sa conviction en la victoire de son pays. Après cette lecture, chacun trouvera matière pour  échafauder sa théorie mais dans un cadre respectueux de la rigueur historique.

    Ce livre a aussi une très forte dimension dramatique notamment à travers la fin qui a été réservée à l’héroïne mais peut-être plus encore dans l’abandon dans lequel elle a été laissée par tous les  protagonistes de cette bien triste page d’histoire. L’auteur s’interroge, et nous avec lui, sur la solitude dans laquelle cette héroïne s’est retrouvée, tous semblent l’avoir abandonnée, elle inquiétait, elle faisait peur, surtout à ceux qui pensait détenir leur pouvoir directement de Dieu.

    Un bel exemple de procès fabriqué comme l’histoire et l’actualité en comportent, hélas, tellement mais aussi un grand mystère qui fait encore fantasmer nombre de prétendants au pouvoir qui veulent se placer sous la bannière de la Pucelle d’Orléans pour récupérer son aura sans toutefois envisager, un seul instant, d’acquitter le prix qu’elle dû payer.