• ALLEMAND, NYS-MAZURE, LIBERT... par Philippe LEUCKX

    P.Leuckx.jpgLa chronique de Philippe Leuckx

     

     

     

     

    Alain Allemand poursuit ses explorations d’éléments naturels entre ciel, neige et « herbes des collines » dans le petit et troisième volume de ses « ESTIVES ».

    « Estives 3 », donc, pour « effeuiller la montagne des gris », pour décrire « dans les parages du ciel » l’été, le très bel été de nos souvenirs et de nos saisons intérieures.

    Des détours (retours) littéraires à notre grande Colette (là honorée par Baude à Saint-Tropez, ici par Allemand « aux jardins suspendus d’enfance), Proust ou Ravel, de quoi faire revivre Combray et « ce tintement de soi-même ».

    L’écriture est toujours aussi dense et la maîtrise des vignettes confond :

    « Le ciel lave là-bas une nichée de lointains »

     

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    *

    Les huitains servis par la belle écriture de Colette Nys-Mazure dans « De seuil en seuil » (La Lune bleue) évoquent aussi l’aile de l’été « sous le vert vainqueur » et « la puissance des recommencements ». Il faut prendre le temps « lorsque l’heure pleine / Ouvre son portail d’or » de saisir ce que la marche pourvoyeuse peut laisser comme traces, « l’air acidulé » ou « l’élan des projets intrépides ».

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    *

    Béatrice Libert propose dans « Un chevreuil dans le sang » (L’Arbre à paroles) une anthologie restreinte de trois recueils (1991/1997/2009), qui donne assez bien la teneur en thèmes personnels et les qualités d’une écriture versée surtout dans la poésie dense et brève. « Lalangue du désir et du désarroi », « Le bonheur inconsolé » et « L’instant oblique » sont trois étapes d’un parcours qui a commencé dès 1979 et qui, depuis, n’a cessé de donner formes essentiellement à des poèmes d’intime fréquentation, pourrait-on dire. « Un chevreuil court dans mon sang » du premier recueil fêté ici par un préfacier de renom, Laurent

    Demoulin, offre le titre de l’ensemble. La femme mise à l’honneur dans toutes ses préoccupations, du matin à « la fin du poème », se révèle, dans l’amour, dans la lucide préhension du temps compté, de la marche raisonneuse (« Tu marches/ et c’est ton pas qui/ donne sens à la route »), de l’ancrage en son temps (« Il pleut de l’anonyme en nous »).

    Les formules sont heureuses et le travail précis, autour des images de nature et d’intérieur :

    « l’arbre guéri de l’arbre »

    ou

    « La mort n’est plus la mort si je rouvre les yeux »

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    *

    Colette Nys-Mazure décline dans « Hors de soi » (bel ouvrage d’une série limitée aux Carnets du Douayeul) une autre définition de la femme, à la fois poète, vivante, quotidienne, « franchissant les clôtures », quand « la nuit mûrit (les) ombres », prompte à toutes les traversées significatives :

    « Nous marchons de nuit

    par étapes forcées

    Il n’y aura pas de halte

    Nous allons sous l’acide pluie

    (…)

    Nous crions sans voix… »

    Et souvent, parabole de femme, comme le signale le titre de cet ensemble de poèmes, la femme est mise « hors d’haleine » et le travail du poème à créer peut sans doute la « désaltérer » sans « l’aliéner ».

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  • Philippe LEUCKX, prix Robert GOFFIN pour LUMIÈRE NOMADE

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    La Biennale Robert Goffin a récompensé deux poètes: Nicolas Grégoire et Philippe Leuckx. L’œuvre du premier est plus dure, celle du second plus enchantée.

    par Quentin Colette (dans L'avenir du 22 mai 2014)

    En dix-huit éditions, ce n’est que la troisième fois que cela arrive: la biennale Robert Goffin, du nom de ce poète brabançon décédé en 1984, a récompensé, mercredi à l’athénée royal Maurice Carême de Wavre, plusieurs poètes. D’un côté Philippe Leuckx de Braine-le-Comte, et de l’autre Nicolas Grégoire originaire de Dinant et vivant actuellement au Rwanda.

    Cette année, 102 auteurs dont de nombreux Africains ont remis, anonymement, un recueil d’au moins 30 pages à la Fondation Poche, organisatrice du concours s’adressant aux poètes francophones.

    «Le jury était favorablement partagé entre deux recueils et n’a pas su trancher», commente Jean-Luc Wauthier, le président du jury, composé de membres issus du monde de l’enseignement et de la poésie.

    face à/morts d’être de Nicolas Grégoire, né en 1985, est «un travail poétique marqué par le drame génocidaire, explique le président du jury. C’est une œuvre dure avec une écriture âpre, expressionniste et haletante avec des silences dans la page comme s’il y avait quelque chose que l’auteur ne sait ou ne peut pas dire.»

    Lumière nomade est le second recueil lauréat. Il est l’œuvre de Philippe Leuckx, né en 1955 et professeur de français au collège Saint-Vincent de Soignies. «Ici, l’écriture est plus fluide, en clair-obscur. C’est une œuvre plus enchantée», continue Jean-Luc Wauthier.

    Et Philippe Leuckx d’ajouter: «J’y évoque des impressions, des images de voyage avec Rome comme fil conducteur.»

    L’écrivain a déjà publié une vingtaine de recueils même s’il a débuté sur le tard.«J’écris des textes depuis l’âge de 8-9 ans. Mais j’ai été longtemps insatisfait de ce que j’écrivais. Ce n’est donc qu’à 38 ans que j’ai envoyé mon premier poème et naturellement j’en ai envoyé d’autres ensuite. Car je voulais que mes textes aillent plus loin que dans mes tiroirs.»

    Lumière nomade paraîtra en juin aux éditions M.E.O. tandis que face à/morts d’être devrait être publié courant de cette année.

    http://www.meo-edition.eu/actualites.html

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    Voici un des poèmes de "Lumière nomade" de Philippe Leuckx :

    "Si les murs se parlent, dans la lente nuit, si la fatigue vient aux yeux des lampes, l'enfant lui n'a pas attendu la fermeture des rideaux pour s'enfuir dans l'ombre, se glisser dans les interstices et penser qu'au-delà il y aura place pour quelque rêve. Il a laissé ses jeux, le jour, les mains quiètes de la mère, le sable des parcs, le chant d'un oiseau juste avant la nuit. Tout autour : la ville de soie, le moindre pas craquelle une pâte douce, le vent léger qui flaire la pierre et repart, en frôlant les jambes.

     

    Philippe Leuckx avait livré 7 extraits de LUMIÈRE NOMADE sur Les Belles Phrases en automne dernier (copier-coller le lien)

    :http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/archive/2013/10/27/extraits-de-lumiere-nomade-de-philippe-leuckx-7968938.html

  • Courant d'air + Mon nègre, deux textes de Denis BILLAMBOZ

    Courant d’air

     

     

    Son médoc

    Avait pris l’air

    Il était médiocre

     

     

    Ils sont morts

    Ils sont éventés

    Ce ne sont plus que des mots

     

     

    Il accusait le sort

    Ce n’était qu’un courant d’air

    Qui avait soufflé sur un sot

     

     

    La petite brise

    Dans un courant d’air s’est mué

    En une glaciale bise

     

     

    L’imprimeur a fermé sa casse

    L’air des pixels et octets

    A noyé son outil sous la crasse

     

     

    Son corps gisait éventré

    Sans plus aucune odeur

    Un courant d’air l’avait éventé

     

     

    Il avait touché le fond

    Un changement d’air

    Ramena des couleurs à son front

     

     

    Elle était de braise

    Une brise la dévoila

    Pour que je la baise

     

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    Mon nègre

     

    Il cherchait un nègre pas forcément noir, juste un nègre pour noircir des piles de feuilles blanches. Il ne trouva qu’une aigre mégère qui le mit dans une colère noire en noircissant ses pages blanches avec maladresse.

    Moralité :

    Une aigre mégère, même si elle noire, ne vaut pas forcément un nègre, même s’il est blanc, pour noircir des pages blanches.

  • TRIO INFERNAL

    billamboz.jpegpar Denis BILLAMBOZ

    L’originalité de ces deux textes m’a incité à les rapprocher, deux textes plutôt courts, exigeants, qu’il faut lire avec attention, respirer, humer, pour en sentir toute la saveur. Deux textes qui évoquent la difficulté de vivre dans un couple, la complexité des relations entre les êtres, qu’elles se situent dans le langage ou dans la capacité à concevoir la vie, à l’imaginer pour pouvoir la construire. Deux textes estampillés littérature contemporaine même si celui de Valdislavic est traduit de l’anglais d’Afrique du sud. Deux textes exigeants, contemporains, pour évoquer deux trios en plein déséquilibre, je crois qu’il y avait là une belle occurrence à réunir Catherine Ysmal et Ivan Vladislavic.

     

    Irene-Nestor-et-la-v%C3%A9rit%C3%A9.jpgIRÉNE, NESTOR & LA VÉRITÉ

    Catherine YSMAL (1969 - ….)

    « J’aimerais dire la vérité. Ce salut dans les mots. Mais quel salut ? Je sais que rien ne sauve. Les mots sont victimes d’eux-mêmes, comme je le suis. A eux la raclée que je fous. Salauds de mots. » Irène enfermée, étouffée, dans un silence qu’elle semble plus subir que souhaiter, ressent des sensations nouvelles. Elle émerge par bribes du terrible chaos dans lequel un violent choc l’a précipitée. On comprend très vite que Nestor l’a frappée un peu plus fort que les autres fois et qu’elle sort péniblement, sensation par sensation, du néant dans lequel elle était plongée. Progressivement, ces sensations lui évoquent des choses qu’elle a connues avant, elle se souvient peu à peu de son existence avec Monsieur, de ses évasions avec Alice, de ses peines, de ses douleurs, de ses désirs… qu’ils n’ont pas compris sa différence, qu’ils la croyaient folle.

    Ce texte polyphonique, récité tour à tour par les membres d’un trio rituel : Irène, épouse, Nestor, époux, et Pierrot amant improbable, témoin effectif porteur d’une certaine part de vérité, évoque la déconfiture du couple qui se défait progressivement jusqu’à la destruction. Une décomposition due à l’incompréhension qui existe entre les deux époux résultant de leur difficulté de mettre des mots communs sur des sensations qu’ils pourraient partager s’ils savaient, s’ils pouvaient, mettre les mêmes mots sur les mêmes ressentis. A chacun sa vérité, à chacun sa manière d’exprimer ce qu’il ressent sans que l’autre le comprenne forcément. Les mots qui s’élèvent entre les êtres ne rendent pas toujours les ponts possibles, ils sont souvent coupables de l’impossibilité de communiquer comme ils ont rendu Irène muette. Nestor l’a réduite au silence en exigeant d’elle un langage qu’elle ne possède pas, en lui demandant des mots qu’elle ne connait pas.

    1891018_470541539738999_677468575_n.jpg?oh=1e4b1e0a7462f767ea4ee459bb19be11&oe=53FF8109&__gda__=1409686856_8036599f8303d0734914926f8a11a586Dans ce texte très travaillé, très moderne, très novateur, de grande qualité, Catherine Ysmal démontre comment le langage devient le deus ex machina de la décomposition de ce couple. Un couple que l’auteur utilise comme l’illustration de la difficulté d’utiliser un vocabulaire commun pour rassembler, réunir dans une même pensée, des êtres différents. Un réquisitoire contre l’usage d’un langage banalisé, standardisé, pour promulguer une pensée unique meilleur outil d’un pouvoir totalitaire. « Les définitions ne sortent pas de nulle part mais d’un monde, d’une organisation sociale ; de pouvoirs, d’une histoire qui se construit. Ils ne sont pas neutres ».

    « Je ne peux pas y croire à ta vérité

    Je ne peux pas y croire au malheur

    Au malheur de la vérité »

     

    1239784-gf.jpgFOLIE

    Ivan VLADISLAVIC (1957 - ….)

    Un beau jour, en Afrique du sud, un individu plutôt banal débarque à la limite d’un quartier périphérique d’une ville inconnue, à proximité du veld, où il s’installe en face de la maison d’un couple très intrigué par cette intrusion dans son paysage. Le trio ainsi constitué, le Patron, quincailler, la Patronne qui passe son temps à faire le ménage et l’Autre, celui qui vient d’arriver et qui a l’intention de bâtir une maison sur ce bout de terrain qu’il a acquis, s’observe avec curiosité et inquiétude. Que vient faire cet inconnu ? Pourquoi m’observent-t-ils comme ça ? La crainte de l’inconnu, l’inquiétude devant l’étranger, l’angoisse de voir pousser un bidonville comme aux alentours de multiples villes de cette nation à peine ébauchée, pour les uns, une certaine insolence, un certain mépris pour l’autre… on croit deviner mais on ne sait pas réellement…

    Poussé par la curiosité de la Patronne, le Patron approche progressivement l’Autre et noue finalement avec lui une vraie complicité, jusqu’à sombrer sous la coupe de cet original qui le convainc d’imaginer la maison qu’il souhaite construire, au point d’y vivre réellement. Le triangle ainsi constitué déstabilise le couple, le Patron se rapproche de l’autre en s’éloignant de la Patronne. L’Autre utilise la Patron pour entreprendre les travaux qu’il n’a pas le courage de réaliser lui-même, au grand dam de la Patronne. Le Patron entre ainsi de plus en plus dans le jeu fantastique et onirique de l’Autre malgré l’opposition de la Patronne, au point d’adopter son délire, d’entrer dans son rêve et dans sa maison illusoire.

    20050225193358.jpgAvec une écriture dépouillée qui tresse un récit construit sur des détails infimes, en détournant les mots de leur sens initial pour formuler des expressions originales, inventives, savoureuses, ce texte très énigmatique qu’il faut faire vivre comme les deux hommes ont fait vivre leur maison dans leur imagination, évoque une construction très illusoire, bâtie dans une réalité rêvée, une vue de l’esprit, et non une réalité matérielle ou affective. « Ce n’est pas dans le cœur qu’elle se trouve, nigaud, mais dans la tête». On pourrait ainsi lire ce texte comme une parabole de l’Afrique du sud moderne qui ne serait encore qu’une vue de l’esprit confrontée à des différences ethniques et langagières fondamentales et difficilement surmontables. « Qu’est-ce qu’une maison ? Ce dont elle est sortie vaut bien davantage ». Qu’est-ce qu’un pays ? Les peuples qui le constituent sont bien davantage. On pourrait effectivement lire ce texte obscur de cette façon et y voir une parabole d’un pays en construction sur les fondations aléatoires de langages et de cultures très différents.

  • GROVISSE DE FORME par André Stas & Éric Dejaeger

    969704735.jpg"Il devait paraître en juillet, mais comme les éditions Microbe sont toujours à l’avance sur les autres, il a été envoyé avec le Microbe 83 de mai

    Au départ, une idée de Dédé sur une règle de grammaire* très pointue du plus célèbre grammairien francophone autant que belge. À l’arrivée, la règle illustrissimée par des dizaines d’exemples multiclastes, entortitordus, calemboufoireux et pires.

    Les zauteurs sont certains que personne ne fera mieux. Sauf eux !" E.D.

    * La règle à Maurice: " Certains verbes intransitifs ou pris intransitivement se conjuguent avec AVOIR quand ils expriment l'action et avec ÊTRE quand ils expriment l'état résultant de l'action accomplie".

    Un exemple du détournement opéré par les compères: 

    "DÉMÉNAGER

    J'ai déménagé de ma monture.
    Je suis déménagé depuis mon divorce.

    J'ai déménagé ma monture du box.

    Je suis déménagé en papillon mais j'aurais préféré en crawl, je suis pressé."

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    Éditions Microbe (2014)
    Tirage numéroté et limité à 130 exemplaires
    28 pages
    ISBN : néant
    Il reste très peu exemplaires, uniquement en s’abonnant au Microbe
    Si intéressé(e), contactez Éric Dejaeger via son blog:

    http://courttoujours.hautetfort.com/ (copier/coller le lien)

    CONCOURS: A l'instar des Champs magnétiques de Breton & Soupault, on peut jouer à rendre à André & à Eric chacune des petites phrases pour, disons, gagner une dédicace des zauteurs. 

  • Moi, président d'un bureau de vote... (air connu)

    Moi, président d’un bureau de vote, l’électeur pourra faire usage de l’isoloir à sa guise, après s’être écarté du tumulte de la campagne, inviter parents & amis pour un barbecue (le matériel sera fourni, un buffet froid sera dressé), le visionnage d’un match de foot, une partie de belotes ou de Candy Crush Saga.

     

    Moi, président d’un bureau de vote, l’électeur pourra colorer, griffonner, raturer, graffiter le bulletin de vote puis l’exposer ensuite à la vue de tous dans le lieu abritant le bureau de vote, en exemple de sa créativité d’artiste-de- bureau-électoral.

     

    Moi, président d'un bureau de vote, j'inviterai tous les écrivains du quartier à une séance de dédicaces et à un atelier d'écriture sur le thème de la civilité & du bien-fondé de l'écriture pour tous.

     

    Moi, président d’un bureau de vote, je favoriserai tous les échanges entre l’assesseur et l’électeur, entre le secrétaire et l’assesseur, entre l'assesseure et le secrétaire..., entre la présidente de parti  soucieuse à tout prix du bien de son parti & le ci-devant président du bureau de vote.

     

    Moi, président d’un bureau de vote, je ferai la chasse aux certificats médicaux de complaisance avec des médecins policiers armés de seringues gonflées à bloc d’un sérum aux vertus ultra civiques.

     

    Moi, président d’un bureau de vote, le bureau deviendra un lieu festif d’indifférenciation des sexes, des classes et des âges, un lieu hautement convivial d’accueil & de partage.

     

    Moi, président d’un bureau de vote, les Roms, les Coms, les Pom pom girls… pourront y séjourner la matinée, manifester, revendiquer, défendre leurs droits à la sédentarisation, à l’émancipation des peuples et des soutiens-gorge, à la reconnaissance sans limite des minorités réprimées, encorsetées par une Europe capitaliste & bureaucratique.

     

    Moi, président d’un bureau de vote, j’accueillerai toutes les couleurs de la terre et du ciel, les valeurs matérialistes et spiritualistes, tous les signes d’affirmation religieuse ou laïque, sans distinction de couleurs de peau ou de volumes de chair.

    Moi, président d’un bureau de vote, j’accorderai le droit de vote aux girafes, aux extra-terrestres, aux deux pandas nationaux, aux taureaux maltraités d’Espagne et de la ferme bio locale, et aux fourmis rouges (pas aux moustiques, mon ouverture à la cause animalière à ses limites).

    Moi, président d’un bureau de vote électoral, je me réserverai le droit de passer le dimanche matin en compagnie de la présidente du bureau de dépouillement à la simili plage en bordure de canal de ma ville donnant sur le nouveau palais mayoral (inauguré la veille au soir) en accordant tout pouvoir à mon secrétaire de bureau avide de mener sa population à la baguette jusqu’à quatorze heures tapantes.

     

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  • Les comédiens (en chanson)

    Aznavour (avec Liza Minnelli)

    Caussimon

    Depardieu

    Sardou 

    Reggiani

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  • HISTOIRES DE THÉÂTRE

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    LES RÔLES

    Sur scène, il y a le mari, la femme et leurs trois enfants. L’homme peut sortir de scène quand bon lui semble pour aller travailler ou au foot, les enfants se rendre à l’école et à leurs activités, la femme à son boulot, au shopping ou à la zumba. Les rôles sont bien partagés.

    À leur retour, le public, changeant certes mais en nombre constant, est toujours là à suivre leurs agissements, à applaudir aux moments plus dramatiques ou comiques, les mieux mal joués. C’est un mode de vie auquel les membres de la famille se sont habitués, un peu par nécessité au début car ils n’ont trouvé aucun autre logement que celui proposé par ce directeur de théâtre innovant et un metteur en scène lassé de faire jouer les grands textes du répertoire comme les petites annonces immobilières.

     

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    LE PUBLIC

    Les comédiens sont assis comme au théâtre, figurant un public alors que le public, ne sachant pas qu’il constitue le spectacle, attend que quelque chose survienne. Avant de comprendre que la scène leur est séparée par un miroir qui reflète leur attente.

     

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    UN THEÂTRE DE CONFIDENCES

    Ce serait un théâtre où les gens viendraient se raconter suivant un agenda de passages.

    Chez les uns, le contact avec le public se ferait facilement, il y aurait très vite connivence et afflux de spectateurs à la suite d’un bouche-à-oreille favorable.

    Chez les autres, la représentation ferait un flop, salle déserte, le confident racontant ses malheurs pour lui seul ou un ou deux spectateurs compatissants…

    Rien à voir avec le contenu, la charge de vécu, la nature des révélations, la force de la plainte, la violence des récriminations. Mais plutôt avec la façon de dire, de raconter, de se faire accepter du public. Comme en politique, comme en affaire, comme en amour…

    Avoir le sens de la comédie ou ne l’avoir pas.

     

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  • PAYSAGES DU CORPS DUEL de Yannick TORLINI

    P.Leuckx.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

    Le jeune écrivain de Nancy n’a que vingt-six ans et déjà huit livres à son actif. Le dernier est paru en mars 2013 au Coudrier, illustré de très belles vignettes de Catherine Berael. Trois sections offrent au lecteur une traversée. Limite, île, crépuscule sont paysages intérieurs et le poème entreprend un périple de dévoilement : « la nuit palpite sous la rugosité de l’écorce », « l’île est une entaille/ un soleil versé dans/ un puits » ou encore cet interpellant « Qui suis-je ; pour être deux ».

    Aux thèmes du creusement (de soi) et de l’errance répondent ceux de la vie à dégager d’un manque de souffle et d’horizon et l’indécidable vide qui borde toute existence selon Torlini.

     

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    Dans cette quête d’une langue qui puisse énoncer l’essentiel, le corps « divis » pèse, contraint, alors qu’il faudrait renouer avec la maison natale, rejoindre cette partie de soi qui hèle sans fin sur fond de mer et d’île : le poète pense « cercler son cœur de silence », sait noter le tracé d’une vie « de part et d’autre du mot », et comme Savitzkaya le clamait, Torlini aussi se sait « en vie », prompt à « se briser l’échine sur des ombres molles », tout près de sombrer « comme un souvenir ».

    Dans ce livre crépusculaire, la mort rôde, celle des « voix qui se sont tues », le souvenir est tout aussi prégnant, à la fois gage de ce qui a été perdu irrémédiablement, garant aussi d’une vie habitée de nuit, de ciel, même si l’écrivain sait trop bien qu’il « vit dans cette hésitation d’une main prête à saisir » : oui, celle de l’écriture, celle qui offre survie à la perte, à l’achèvement, au vide. Et il n’y a plus qu’à attendre une aube bienfaitrice !

     

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    L’île – métaphore du poète isolé dans l’insula de son livre – offre de belles images, un peu ténébreuses : « l’île est un tunnel/ creusé dans nos torses » ou encore « l’île est mouvante/ l’île ne se laisse pas/ définir ».

    En poèmes cousus de prose, l’auteur nous mène dans les recoins de son âme, nous rappelle la valeur du souffle, celle des mots, de la respiration poétique, réelle.

    Un beau talent s’énonce ainsi au fil des pages, nécessaires, déjà d’une belle maîtrise.

     

    Yannick TORLINI, Paysages du corps duel, Le Coudrier, 106p., 2013.

  • Philippe MURAY n'est pas mort, il mord encore...

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    La poésie c'est beaucoup plus que la poésie. Elle est historiquement morte, c'est pour cela qu'elle se multiplie, qu'elle se dissémine sur la planète. Comme le théâtre. Comme la danse. Comme la totalité des arts plastiques. Comme la pornographie. Comme les "luttes" de libération sociétales. (...) La poésie gagne en surface ce qu'elle a perdu en signification, elle doit être sur toutes les surfaces, sur tous les murs. Depuis que la poésie est sortie du poème, on la retrouve partout. Tout le monde est poète. Tout le monde a droit à la poésie. Tout le monde fait ou a le droit de faire de la création, et cette prolifération d'armes de création massive, cette explosion effrayante de culture, ce lyrisme dans tous les coins, cette graphomanie, cette accumulation infernale de "spectacle vivant", ce nouveau développement insensé du quantitatif lyrique d'où la dispariton de toute qualité ne fait plus peur à personne, cette haine au fond de la poésie et de ce qu'elle a pu être malgré tout, sont mes cibles principales, et jusqu'à l'intérieur des poèmes que j'ai écrits. (Festivus festivus)


    Aux applaudissements de la plupart, il y a trente ou quarante ans, les grands principes romanesques ont été virés à la poubelle par "les nouveaux romanciers". L"héritage" de Balzac et des autres a été abandonné. Presque aussitôt, le journalisme planétaire s'en est emparé. Il a repris tout, tout le romanesque retombé en jachère: l'intrigue, les rebondissements, les dialogues, la reconstruction du réel, les personnages, mais dans un but d'efficacité publicitaire et de manipulation optimum, et il le traduit quotidiennement dans son esthétique de supermarché. Les médias sont de grands fabriquants de personnages. Comme la pensé mythique dont ils héritent, ils ne supportent pas l'imprécision, le flou, les responsabilités collectives, le hasard, la culpabilité indivise. Il leur faut QUELQU'UN. Un nom, une personne. Sinon, il n'y a pas d'affaire. (Désaccord parfait)

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    Si la gauche a encore l'air de mieux tenir le coup, c'est que ses principes fondamentaux et sentimentaux cadrent plus étroitement avec le programme hyperfestif; mais elle aussi s'affole : elle sait bien que sans la droite, sans l'ersatz de droite qui la fait exister en tant qu'ersatz de gauche, elle n'est plus grand-chose; et que la rupture d'équilibre peut être dramatique également pour elle. Va-t-elle même encore être longtemps "la gauche" sans son vieux complice de bonneteau? Elle a déjà tout oublié de son essence négatrice, jadis basée sur des hostilités de classes, au profit d'une inflation de morale et de vertuisme sans précédent. Elle a remplacé le matérialisme dialectique par la pratique du bien et substitué à la dictature du prolétariat le terrorisme des "valeurs". (Après l'Histoire)

     

       L'existence de Dieu: texte de Philippe Muray, musique de Bertrand Louis


    Le Bien a vraiment tout envahi ; un Bien un peu spécial, évidemment, ce qui complique encore les choses. Une Vertu de mascarade ; ou plutôt, plus justement, ce qui reste de la Vertu quand la virulence du Vice a cessé de l’asticoter. Ce Bien réchauffé, ce Bien en revival que j’évoque est un peu à l’ « Être infiniment bon » de la théologie ce qu’un quartier réhabilité est à un quartier d’autrefois, construit lentement, rassemblé patiemment, au gré des siècles et des hasards ; ou une cochonnerie d’« espace arboré » à de bons vieux arbres normaux, poussés n’importe comment, sans rien demander à personne ; ou encore, si on préfère, une liste de best-sellers de maintenant à l’histoire de la littérature.(L'Empire du bien)

     

    Oui, il y a de la joie dans la cruauté, de la jubilation dans la détestation, de la volupté dans la non appartenance. (Festivus festivus)

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    Le cinéma, c’est le damné du concret, c’est le forçat du réel. Il n’y a qu’en littérature qu’on voit des images ; au cinéma on ne voit que l’apparence et elle est irréfutable. Par-dessus le marché, au cinéma tout le monde voit la même chose alors qu’en littérature tout le monde voit des choses différentes, mais personne ne verra jamais ce que les lecteurs voient (il n’y a pas deux Anna Karénine semblables dans la tête de deux lecteurs assis côte à côte et lisant au même rythme). (Festivus festivus)

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    Nous oublions tout mais nous sommes obligés de tout voir, tout le temps, comme nous sommes obligés de tout entendre, nous sommes prisonniers de l'excès d'exhibition et de précision pornographiques, nous n'avons même plus le droit de détourner les yeux (ni les oreilles), ce serait une insulte à la confusion empathique des sentiments que commande la démocratie terminale pour que nous ne nous sentions plus jamais seuls. (Festivus festivus)



    La passion fait tout passer, c’est le droit de l’homme le plus imprescriptible. Plus les affaires règnent, plus le business tourne dans son propre vide, avec pour seul et unique projet son extension absolument sans fin, et plus le lyrisme cordicole doit triompher à la surface, habiller la réalité, camoufler les pires trafics, ennuager toutes les intrigues, faire passer l’Ordre Nouveau du monde pour une sorte d’ordre divin. (L'empire du bien)

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    La disparition de l'art est un événement qui attend son sens, mais on peut douter qu'il le trouve jamais. Évoquer cette fin comme une éventualité sérieuse ne signifie pas qu'aucun individu, dorénavant, ne se dira plus artiste; ni même qu'il n'y aura pas encore dans l'avenir de grands artistes. L'hypothèse de la fin de l'art ne concerne que l'hypothèse de la fin de l'histoire de l'art, c'est-à-dire le moment où les dernières possibilités de l'art ont été épuisées, et l'ont été par les artistes eux-mêmes (Picasso, Duchamp); et où ne se pose donc plus, du point de vue des artistes, que la redoutable question de la désirabilité de l'art en tant que survivance, inscrite désormais dans une tout autre histoire encore inconsciente. (Après l'Histoire)

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    Avec l'artiste contemporain, c'est-à-dire le post-homme (ou femme) dans toute sa splendeur, on a enfin face à face, l'effroyable monstre de l'avenir: l'homme n'est plus un loup pour l'homme, c'est un artiste pour l'artiste. Equipé comme il se doit de cornes de brume, de sifflets, d'échasses et de tambours du Bronx. On ne pourrait l'arrêter dans son expansio qu'en remettant violemment en cause, avec tout le mépris qu'elle mérite, la culture sacro-sainte dont il se réclame, et l'art dont il confisque abusivement la définition. Mais cela ne se fera pas. personne n'osera. Personne, même n'y pense. (Festivus festivus)

     

     

    "Le sport n'est qu'un des pires moments à passer parmi d'autres. Je n'en sais pas grand-chose, sinon que je l'abomine allègrement. Tous les sports en vrac, et depuis toujours, du foot au saut à l'élastique et de la planche à voile aux courses automobiles. C'est une sorte de répugnance instinctive, chez moi, qui remonte à loin. Il y a peu de choses dont je me détourne depuis longtemps et avec une telle assiduité. "Sportif" a été très tôt pour moi une espèce d'insulte. Une journée de lycée qui commençait par la gymnastique ne pouvait pas se terminier bien." (Désaccord parfait)

    Fabrice Luchini lit Tombeau pour une touriste innocente de Muray

    Le doute est devenu une maladie (L'empire du bien)

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    Philippe MURAY (1945-2006)

    http://philippemuray.e-monsite.com/

  • On Lyon + Mon bouchon, deux textes de Denis Billamboz

    Mon bouchon

     

     

    Aux portes de Lyon

    Coincé dans un bouchon

    J’avais une faim de lion

    Je cherchai un bouchon

     

     

    Je me suis fourvoyé

    Du côté de Fourvière

    J’ai courtisé une rousse

    En montant la Croix Rousse

     

     

    J’ai fui le quartier hideux

    De la gare de la Part Dieu

    La place Bellecour

    Etait vide comme une cour

     

     

    Je rêvais d’une andouillette

    Bien replète

    Je sentais déjà les vapeurs

    D’un tablier de sapeur

     

     

    Mais pas un bouchon

    Où faire sauter un bouchon

    Juste un snack

    Où bouffer des knacks

     

    Adieu tripailles

     

    Et autre cochonnailles

    Je retourne dans mon bouchon

    Sans avoir vu l’ombre d’un bouchon

     

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    OnLyon

     

     

     

    Elle se disait belle

    Elle se pensait la seule

    Plate comme place d’armes

    Pentue comme collines romaines

     

     

    OnLyon

     

     

    Je l’ai arpentée

    Par de larges avenues

    J’ai enjambé des fleuves

    Et des rivières comme des fleuves

     

     

    Only you

     

     

    J’ai grimpé ses pentes

    J’ai respiré son vent

    J’ai déambulé dans ses ruelles

    J’ai pénétré ses traboules

     

     

    OnLyon

     

     

    J’ai goûté ses cochonnailles

    J’ai dégusté ses tripailles

    J’ai abusé sans vergogne

    De tout cette mangeaille

     

     

    Only you

     

     

    Elle m’a séduite comme courtisane

    Elle m’a volé mes angoisses

    Elle a vidé ma carte bleue

    Elle a nourri mon cholestérol

     

     

    OnLyon

     

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  • PREMIÈRES ARMES

    images?q=tbn:ANd9GcRL1wQknD2eb9gAEDrPjiU69rgXkFz3ZBu007LwzSmgbNCTF7l7Rk19hUwpar Denis BILLAMBOZ

    Au hasard de mes nombreuses lectures, j’ai eu l’opportunité de trouver ce point de rencontre entre Tolstoï et Céline, deux écrivains que je croyais impossible de réunir dans une même publication, et pourtant ce lien, si ténu soit-il, je l’ai trouvé. Tous deux on en effet écrit un de leurs premiers textes publiés au sujet de leur service militaire. On peut ainsi penser qu’ils ont, tous les deux, fait leurs premières armes littéraires pendant leur service militaire. Et pour tous les deux c’était qu’un début pas forcément très glorieux mais il faut bien commencer un jour et le service militaire laisse du temps à consommer et des événements nouveaux à rapporter.

    cosak.jpgLES COSAQUES

    Léon TOLSTOÏ (1828 – 1910)

    Tolstoï pour une fois a fait court, il n'avait certainement pas grand chose à dire sur cette tranche de vie qu’il a vécue dans l’armée en Ukraine : quelques souvenirs de bidasse pour étoffer l'histoire classique des deux gars qui lorgnent sur la même fille et quelques aventures de chasse qui manquent tout de même de relief et de suspens. Tout ça serait assez banal si Tolstoï ne mettait pas déjà en évidence les problèmes qui agitent ce coin du monde. Il a été un témoin privilégié, fin observateur et pertinent analyste des problèmes qui affectaient déjà les relations entre les communautés caucasiennes et ukrainiennes. Fort de son expérience sur ce front, il s’est même permis de critiquer la politique moscovite et on sent qu'il éprouve une certaine fascination pour les peuples des montagnes fiers et courageux.

    Les temps ont peu changé, les relations entre Moscou et le Caucase sont toujours aussi conflictuelles, Tolstoï avait bien compris que la marmite caucasienne exploserait un jour pour de bon !

    512zVGwIinL.jpgCASSE-PIPE

    Louis-Ferdinand CÉLINE (1894 – 1961)

    Dans ce petit opuscule, Céline nous raconte sa première nuit dans le régiment de cavalerie … lourde qu’il a intégré en 1912 à Rambouillet. C’est le récit d’une nuit passée au milieu des ivrognes et des chevaux, dans le crottin et le purin, sous la menace et l’injure, au cœur de la France profonde nivelée par le bas par le sacro-saint service militaire. Ce récit n’est qu’une suite de jurons, d’invectives, de grognements, de hurlements et autres braillements de sous-officiers plus avinés et plus bêtes que leurs hommes de troupe qui se mêlent sans grande distinction aux hennissements des chevaux déchaînés.

    Ecrite seulement en 1935 et publiée en 1949, cette première expérience militaire n’a pas dû convaincre Céline de la qualité militaire de notre armée et plus généralement de la capacité du peuple français à faire face à l’ennemi et à la crise qu’il devait surmonter.

    Ce petit livre semble avoir été rédigé rapidement et doit être un inachevé qui n’a pas fait l’objet d’un travail de relecture en profondeur car c’est très loin d’être un chef d’œuvre. Cependant Céline démontre déjà sa capacité à utiliser une langue très populaire, argotique et minimaliste pleine d’exclamations, très proche du langage parlé, remplie de couleurs, de sons et d’odeurs. Il est aussi intéressant de remarquer qu’il publie ses souvenirs militaires juste avant Léon Werth qui publiera « Caserne 1900 » en 1950.

  • La journée d'un écrivain moderne

    Il est dix heures passé de quelques minutes. Lavé-levé-rasé-de-près, l’écrivain, une tasse de café dans la main gauche, glisse dans son bureau.

    Il allume son ordinateur, boit une gorgée en cherchant un instant comme l’inspiration à la surface, presque glaçante, du liquide (il boit son café noir). Aussitôt, comme dans certains cabinets médicaux, ce qu’il écrit sur son clavier s’affiche sur un écran accroché au-dessus de sa tête et visible depuis la salle. (Evidemment un jeu de webcams permet à des centaines d’internautes de suivre la scène depuis leur portable.)

    Le public applaudit. Il faut dire que l’écrivain a pignon sur rue, qu’on lit comme du petit lait ce qu’il écrit. La séance se poursuit ainsi pendant une heure ou deux (suivant l’inspiration), entre silence ébahi et applaudissements, quand les spectateurs ne peuvent autrement exprimer leur admiration.

    L’écrivain, modeste, ne salue pas son public, il sort sans oublier de fermer son ordinateur et de reprendre sa tasse (c’est un homme ordonné). Une salve d’applaudissements accompagne sa sortie de scène. Qui l’oblige parfois à des rappels. Parfois, lorsqu’il accueille un jeune écrivain en résidence d’écriture, il lui fait assurer la première partie du spectacle.

    A la fin de la représentation, les lecteurs peuvent acquérir le texte produit en échange de leur clé USB et de quelques euros. Il se réjouit de l’idée qu’il a eue de faire prolonger sa véranda d’une salle en mordant certes sur l’espace dévolu à son potager biologique.

    Sa journée n’est pas terminée pour autant. Après déjeuner, il se rendra à son  atelier d’écriture, très suivi (et très cher) et donnera en soirée dans les différentes villes d’un territoire entièrement dévolu à son culte une conférence sur l’écriture au temps du numérique. Ou bien, s’il a une soirée libre et l’âme rock and roll, une lecture pétaradante sur fond de guitare électrique en show case dans son petit théâtre sur mesure.

    Bien sûr, il n’aura pas manqué tout au long de la journée de tweeter des haïkus sur son compte que ses fans n’auront pas manquer de recopier de leurs petites mains laborieuses dans un carnet à spirales, comme au bon vieux temps de l’écriture manuscrite.

    ecrivain-au-travail-ray-bradbury-4.jpg

     L'écrivain Ray Bradbury 

  • PROUST 1913

    images?q=tbn:ANd9GcQWyPxdF8H3Ma53ns9GgEbSuaRZIG4XE8h4vbUPLar9edZR2g4IWff-q5Apar Philippe LEUCKX

    14 novembre 1913, parution, chez GRASSET, à compte d'auteur d'un livre refusé ailleurs. "Du côté de chez Swann" est véritablement le premier livre de l'auteur, si l'on excepte ses "Pastiches" et autre "Contre Sainte-Beuve", quelques traductions de l'essayiste d'art Ruskin. La mort de sa mère, l'altération de sa santé font que vers 1907-1909, selon la formule célèbre de Barthes, "ça prend" : toute la matière recueillie par Marcel lors de sa vie mondaine, très riche (chez Mme Lemaire, chez les Greffulhe, Montesquiou...) prend tout à coup nuance et nécessité. Il mettra plus de quatre ans pour écrire une trilogie (Du côté de chez Swann - Le côté de Guermantes - Le temps retrouvé). La guerre va interrompre la publication et favoriser dès lors une amplification extraordinaire de l'ouvrage jusqu'aux sept parties définitives, pour former un massif d'environ 3000 pages. Le deuxième volume "A l'ombre des jeunes filles en fleurs" reçoit le Goncourt 1919. Et l'écriture se poursuit dans une chambre tumblr_inline_n2onn0mqVZ1sxtekl.giftapissée de liège, au 102, Boulevard Haussmann, où le scripteur génial ajoute becquets, paperoles à ses carnets d'écriture. Le Proust mondain des années 1890-1905 a laissé le pas à un assoiffé d'écriture, à un "monstre" sensationniste, tout près de retranscrire l'essentiel d'une comédie humaine et sociale, à l'aide de phrases vertigineuses, architecturées "comme une cathédrale". La Recherche a pris forme, ferment, densité. L'univers de Combray (chambre de tante Léonie entre missel et pepsine, église), de Guermantes, de Méséglise retracent à peine déformés le village d'Illiers et le Paris du Faubourg Saint-Germain. Avec SVEVO, JOYCE, PESSOA, Proust est sans doute le romancier le plus novateur du premier quart de siècle, laissant loin derrière les tâcherons, les écrivains traditionnels en mal de style. Le grand romancier René Boylesve, proche de Proust par son travail sur la mémoire, à la découverte de l'œuvre de son cadet, concédera que ses propres recherches ne valent pas comparaison. Il était pourtant l'écrivain de "La becquée", "L'enfant à la balustrade". Proust lui, qui a gouverné l'œuvre grâce à un style inimitable, jouant des circonstancielles, des métonymies et des métaphores, fouillant les thèmes classiques, devient l'incontournable, l'irremplaçable. Sa mort, à cinquante et un ans, laisse une part de l'édition posthume.

    Cet article est paru dans le numéro de mars 2014 de Francophonie vivante

  • LAVILLIERS chante les poètes: Aragon, Baudelaire, Ferré, Cendrars, Rimbaud, Roy, Tzara, Hikmet, Kipling, Couté

    PRÉFACE de Léo Ferré

     

     

    LES POÈTES (paroles & musique de Lavilliers, 1972)



      

    EST-CE AINSI QUE LES HOMMES VIVENT?

    Tout est affaire de décor

    Changer de lit changer de corps
    À quoi bon puisque c’est encore
    Moi qui moi-même me trahis
    Moi qui me traîne et m’éparpille
    Et mon ombre se déshabille
    Dans les bras semblables 
    des filles
    Où j’ai cru trouver un pays.
    Cœur léger cœur changeant cœur lourd
    Le temps de rêver est bien court
    Que faut-il faire de mes nuits
    Que faut-il faire de mes jours
    Je n’avais amour ni demeure
    Nulle part où je vive ou meure
    Je passais comme la rumeur
    Je m’endormais comme le bruit.
    C’était un temps déraisonnable
    On avait mis les morts à table
    On faisait des 
    châteaux de sable
    On prenait les loups pour des chiens
    Tout changeait de pôle et d’épaule
    La pièce était-elle ou non drôle
    Moi si j’y tenais mal mon rôle
    C’était de n’y comprendre rien
    Est-ce ainsi 
    que les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent
    Dans le quartier Hohenzollern
    Entre La Sarre et les casernes
    Comme les fleurs de la luzerne
    Fleurissaient les seins de Lola
    Elle avait un cœur d’hirondelle
    Sur le canapé du bordel
    Je venais m’allonger près d’elle
    Dans les hoquets du pianola.
    Le ciel était gris de nuages
    Il y volait des oies sauvages
    Qui criaient la mort au passage
    Au-dessus des maisons des quais
    Je les voyais par la fenêtre
    Leur chant triste entrait dans mon être
    Et je croyais y reconnaître
    Du 
    Rainer Maria Rilke.
    Est-ce ainsi que 
    les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent.
    Elle était brune elle était blanche
    Ses cheveux tombaient sur ses hanches
    Et la semaine et le dimanche
    Elle ouvrait à tous ses bras nus
    Elle avait des yeux de faÏence
    Elle travaillait avec vaillance
    Pour un artilleur de Mayence
    Qui n’en est jamais revenu.
    Il est d’autres soldats en ville
    Et la nuit montent les civils
    Remets du rimmel à tes cils
    Lola qui t’en iras bientôt
    Encore un verre de liqueur
    Ce fut en avril à cinq heures
    Au petit jour que dans ton cœur
    Un dragon plongea son couteau
    Est-ce ainsi que les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent

    Louis Aragon, Le Roman inachevé


    LES PROMESSES D'UN VISAGE

     J'aime, ô pâle beauté, tes sourcils surbaissés,

        D'où semblent couler des ténèbres;
    Tes yeux, quoique très noirs, m'inspirent des pensers
        Qui ne sont pas du tout funèbres.

    Tes yeux, qui sont d'accord avec tes noirs cheveux,
        Avec ta crinière élastique,
    Tes yeux, languissamment, me disent: «Si tu veux,
        Amant de la muse plastique,

    Suivre l'espoir qu'en toi nous avons excité,
        Et tous les goûts que tu professes,
    Tu pourras constater notre véracité
        Depuis le nombril jusqu'aux fesses;

    Tu trouveras au bout de deux beaux seins bien lourds,
        Deux larges médailles de bronze,
    Et sous un ventre uni, doux comme du velours,
        Bistré comme la peau d'un bonze,

    Une riche toison qui, vraiment, est la soeur
        De cette énorme chevelure,
    Souple et frisée, et qui t'égale en épaisseur,
        Nuit sans étoiles, Nuit obscure!»

    Charles Baudelaire, in "Les Épaves", Galanteries, 1868

    (Ce recueil rassemblait tous les poèmes de Baudelaire condamnés par la justice.)


     

    TU EST PLUS BELLE QUE LE CIEL ET LA MER

    Quand tu aimes il faut partir

    Quitte ta femme quitte ton enfant
    Quitte ton ami quitte ton amie
    Quitte ton amante quitte ton amant
    Quand tu aimes il faut partir

    Le monde est plein de nègres et de négresses
    Des femmes des hommes des hommes des femmes
    Regarde les beaux magasins
    Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
    Et toutes les belles marchandises

    II y a l'air il y a le vent
    Les montagnes l'eau le ciel la terre
    Les enfants les animaux
    Les plantes et le charbon de terre

    Apprends à vendre à acheter à revendre
    Donne prends donne prends

    Quand tu aimes il faut savoir
    Chanter courir manger boire
    Siffler
    Et apprendre à travailler

    Quand tu aimes il faut partir
    Ne larmoie pas en souriant
    Ne te niche pas entre deux seins
    Respire marche pars va-t'en

    Je prends mon bain et je regarde
    Je vois la bouche que je connais
    La main la jambe l'œil
    Je prends mon bain et je regarde

    Le monde entier est toujours là
    La vie pleine de choses surprenantes
    Je sors de la pharmacie
    Je descends juste de la bascule
    Je pèse mes 80 kilos
    Je t'aime

    Blaise CendrarsFeuilles de route, 1924


     

    LES ASSIS

    Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues

    Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,

    Le sinciput plaqué de hargnosités vagues

    Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;

     

    Ils ont greffé dans des amours épileptiques

    Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs

    De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques

    S'entrelacent pour les matins et pour les soirs !

     

    Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,

    Sentant les soleils vifs percaliser leur peau,

    Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,

    Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.

     

    Et les Sièges leur ont des bontés : culottée

    De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;

    L'âme des vieux soleils s'allume, emmaillotée

    Dans ces tresses d'épis où fermentaient les grains.

     

    Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,

    Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,

    S'écoutent clapoter des barcarolles tristes,

    Et leurs caboches vont dans des roulis d'amour.

     

    - Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage...

    Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,

    Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !

    Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.

     

    Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves,

    Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,

    Et leurs boutons d'habit sont des prunelles fauves

    Qui vous accrochent l'oeil du fond des corridors !

     

    Puis ils ont une main invisible qui tue :

    Au retour, leur regard filtre ce venin noir

    Qui charge l'oeil souffrant de la chienne battue,

    Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.

     

    Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,

    Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever

    Et, de l'aurore au soir, des grappes d'amygdales

    Sous leurs mentons chétifs s'agitent à crever.

     

    Quand l'austère sommeil a baissé leurs visières,

    Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,

    De vrais petits amours de chaises en lisière

    Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;

     

    Des fleurs d'encre crachant des pollens en virgule

    Les bercent, le long des calices accroupis

    Tels qu'au fil des glaïeuls le vol des libellules

     

    - Et leur membre s'agace à des barbes d'épis.

     

    Arthur Rimbaud


     

     

    IF 

     

    Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie 

    Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, 
    Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties 
    Sans un geste et sans un soupir ; 

    Si tu peux être amant sans être fou d’amour, 
    Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre, 
    Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, 
    Pourtant lutter et te défendre ; 

    Si tu peux supporter d’entendre tes paroles 
    Travesties par des gueux pour exciter des sots, 
    Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles 
    Sans mentir toi-même d’un mot ; 

    Si tu peux rester digne en étant populaire, 
    Si tu peux rester peuple en conseillant les rois, 
    Et si tu peux aimer tous tes amis en frère, 
    Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ; 

    Si tu sais méditer, observer et connaître, 
    Sans jamais devenir sceptique ou destructeur, 
    Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître, 
    Penser sans n’être qu’un penseur ; 

    Si tu peux être dur sans jamais être en rage, 
    Si tu peux être brave et jamais imprudent, 
    Si tu sais être bon, si tu sais être sage, 
    Sans être moral ni pédant ; 

    Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite 
    Et recevoir ces deux menteurs d’un même front, 
    Si tu peux conserver ton courage et ta tête 
    Quand tous les autres les perdront, 

    Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire 
    Seront à tous jamais tes esclaves soumis, 
    Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire 
    Tu seras un homme, mon fils.

    Rudyard Kipling, traduit par André Maurois


     

     

     

    JE TE RECONNAITRAI

     

    Je te reconnaîtrai aux algues de la mer

    Au sel de tes cheveux, aux herbes de tes mains

    Je te reconnaîtrai au profond des paupières

    Je fermerai les yeux, tu me prendras la main.

     

    Je te reconnaîtrai quand tu viendras pieds nus

    Sur les sentiers brûlants d'odeurs et de soleil

    Les cheveux ruisselants sur tes épaules nues

    Et les seins ombragés des palmes du soleil.

     

    Je laisserai alors s'envoler les oiseaux

    Les oiseaux longs-courriers qui traversent les mers

    Les étoiles aux vents courberont leurs fuseaux

    Les oiseaux très pressés fuiront dans le ciel clair.

     

    Je t'attendrai en haut de la plus haute tour

    Où pleurent nuit et jour les absents dans le vent

    Quand les oiseaux fuiront je saurai que le jour

    Est là marqué des pas de celle que j'attends.

     

    Complices du soleil je sens mon corps mûrir

    De la patience aveugle et laiteuse des fruits

    Ses froides mains de sel lentement refleurir

    Dans le matin léger qui jaillit de la nuit.

    Claude ROY


     

     

    CHANSON DADA

    I

    la chanson d'un dadaïste

    qui avait dada au coeur

    fatiguait trop son moteur

    qui avait dada au coeur

     

    l'ascenseur portait un roi

    lourd fragile autonome

    il coupa son grand bras droit

    l'envoya au pape à rome

     

    c'est pourquoi

    l'ascenseur

    n'avait plus dada au coeur

     

    mangez du chocolat

    lavez votre cerveau

    dada

    dada

    buvez de l'eau

     

    II

    la chanson d'un dadaïste

    qui n'était ni gai ni triste

    et aimait une bicycliste

    qui n'était ni gaie ni triste

    mais l'époux le jour de l'an

    savait tout et dans une crise

    envoya au vatican

    leurs deux corps en trois valises

    ni amant

    ni cycliste

    n'étaient plus ni gais ni tristes

     

    mangez de bons cerveaux

    lavez votre soldat

    dada

    dada

    buvez de l'eau

     

    III

    la chanson d'un bicycliste

    qui était dada de coeur

    qui était donc dadaïste

    comme tous les dadas de coeur

     

    un serpent portait des gants

    il ferma vite la soupape

    mit des gants en peau d'serpent

    et vient embrasser le pape

     

    c'est touchant

    ventre en fleur

    n'avait plus dada au coeur

     

    buvez du lait d'oiseaux

    lavez vos chocolats

    dada

    dada

    mangez du veau

    Tristan Tzara (1923)


     

    LA PLUS DRÔLE DES CREATURES

     

    Comme le scorpion, mon frère,

    tu es comme le scorpion

    dans une nuit d’épouvante.

    Comme le moineau, mon frère,

    tu es comme le moineau

    dans ses menues inquiétudes.

    Comme la moule, mon frère,

    tu es comme la moule

    enfermée et tranquille.

    Tu es terrible, mon frère,

    comme la bouche d’un volcan éteint.

    Et tu n’es pas un, hélas, tu n’es pas cinq,

    tu es des millions.

    Tu es comme le mouton, mon frère,

    quand le bourreau habillé de ta peau,

    quand le bourreau lève son bâton

    tu te hâtes de rentrer dans le troupeau

    et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.

    Tu es la plus drôle des créatures, en somme,

    plus drôle que le poisson

    qui vit dans la mer sans savoir la mer.

    Et s’il y a tant de misère sur Terre

    c’est grâce à toi, mon frère,

    Si nous sommes affamés, épuisés,

    si nous sommes écorchés jusqu’au sang

    pressés comme la grappe pour donner notre vin,

    irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute ? Non,

    Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.

    Nazim Hikmet, 

    in C’est un dur métier que l’exil, adaptation française Charles Dobzynski

     

    CHRIST EN BOIS de Gaston Couté

     

     

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