• SALVATORE GUCCIARDO par Anita NARDON (éd. Art in Belgium)

    i66454476._szw270h3500_.jpgUne peinture des confins ardente et apaisée

    En 2002, paraissait un livre d’art d’une belle facture, au format très maniable, avec un texte d'Anita Nardon sensible et en retrait dans le sens où, tout en embrassant toutes les virtualités et réalités de l'oeuvre, elle avance des hypothèses sans jamais théoriser. 

    Ce texte fournit ainsi tous les éléments pour entrer sans forcer le regard et l’entendement du lecteur dans l’univers de ce peintre singulier et immédiatement reconnaissable : paysagiste de l’infini, portraitiste de l’humaine et douloureuse condition. Elle écrit justement que "Salvatore Gucciardo a l'âme d'un chercheur et la nature d'un philosophe."

    D’abord, les éléments biographiques : ce Sicilien, né en 47 à Siculiana, est de Charleroi depuis 1955 où « il vit et se sent chez lui, totalement ». Omniprésent sur la scène picturale, mais aussi revuistique, depuis 1975, l'époque où Aubin Pasque le fait entrer dans le groupe "Fantasmagie" (groupe fondé en 1958), il fut soutenu jusqu’au bout par Stephane Rey/Thomas Owen.

    Il fut entre autres l'ami de Marcel Delmotte et de Jean Ransy. En 1984, Roland Villeneuve l'invite à exposer au Louvre des Antiquaires à Paris (ce ne sera pas la seule fois où il sera invité à exposer à Paris) en compagnie de peintres de renommée internationale, notamment Leonor Fini et, en 1989, il l'intègre dans son remarquable "Dictionnaire du Diable". Gucciardo figure aussi dans plusieurs dictionnaires et livre d'art regroupant des artistes belges et internationaux.

    Les titres, expos (plus de 50 expos individuelles à l'époque de la parution du livre) et récompenses (depuis, il recevra à Paris en 2007 le Prix Européen des Arts Leopold Sedar Senghor pour l'ensemble de son oeuvre), comme l'écrit Nardon, « ne lui montent pas à la tête", il regarde sereinement sa palette et la surface à peindre » avec le seul souci de poursuivre un travail inlassable « vers les astres de paix ». 

    Vingt reproductions (la plupart en couleurs) permettent d'éprouver au fil de la lecture les mots de la critique d'art et de contempler les étendues d'une « géographie onirique » de plus en plus lumineuse - entre les feux d’ocre et les bleus d’eaux – et tournée vers l'aube, exprimant effectivement un sentiment général d'harmonie, un nocturne apaisement comme après un jour de cataclysme. Un monde d’équilibre stable et de formes parfaites comme seuls les astres habilités à naviguer, dans leur course céleste, entre diverses forces gravitationnelles peuvent en donner une belle image. De celles qui peuplent l’imaginaire habité du peintre.

    David Lynch a, un jour, déclaré qu’il y a au fond de l’homme plus d'espace que de matière. Ce beau livre en fournit une remarquable illustration.

    Éric Allard

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    Le site de Salvatare Gucciardo

    http://www.salvatoregucciardo.be/

    Salvatore Gucciardo sur le site de l'AREAW

    http://areaw.org/gucciardo-salvatore/

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  • APHORISMES de Denis BILLAMBOZ

    Je voulais maigrir

    J’ai fait un régime

    Je n’ai réussi qu’à m’aigrir

      

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    Chaud mage

    Cherche emploi

    Pour cause de chômage

      

     

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    Son discours était bizarroïde

    Tellement creux

    Qu’on le disait gras du vide

      

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    Les chants glauques

    Des cochons autochtones

    Percent ma peur

    A longueur de sonotone

      

     

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    Un fidèle donneur de sang

    N’est pas forcément

    Un bon donneur de leçon

     

     

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    Un Gabin de Paris

    Peut participer

    A une Traversée de Paris

    Avec un cochon

    En guise d’accordéon

      

     

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    Deux roues à plat

    J’étais un pneu

    Sur la jante

      

     

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    Il voulait rien

    Mais où trouver rien

    Je n’en sais rien !

      

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  • APRÈS L'HORREUR

    88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    L’actualité toujours aussi violente que nous distille à longueur de journaux les divers médias, m’a incité à vous proposer ces deux textes très différents où j’ai trouvé, outre cette barbarie que l’on n’arrive jamais à imaginer et qu’on croit toujours qu’exception venue d’hommes pris dans une folie destructrice, une approche de ce qui peut se passer lorsqu’on a dépassé le stade de la cruauté la plus ignoble ou de la veulerie la plus abjecte. Que peuvent se dire le tortionnaire et sa victime ? Comment peut se comporter celui qui a vendu sa famille pour sauver les apparences de son honneur ? Hachtroudi héritière d’une lignée de grands humanistes iraniens et Slocombe écrivain qui a osé se frotter à cette question ouvrent des pistes à ceux qui voudraient comprendre comment on peut vivre avec une telle charge sur les épaules.

     

    colonel-appat-455-1470743-616x0.jpgLE COLONEL ET L'APPÂT 455

    Fariba HACHTROUDI (1951 - ….)

    Dans un pays nordique non cité, un officier supérieur iranien, demandeur d’asile, rencontre lors d’un interrogatoire une femme qu’il a connue, sans qu’elle le sache, dans les prisons des ayatollahs. Il était chargé de comprendre comment elle pouvait résister à toutes les tortures et, si éventuellement, elle ne bénéficiait pas de la complicité de certains de ses gardiens. Lors de cet ultime entretien qui décidera de son accueil dans ce pays d’asile, elle est chargée de jouer le rôle de l’interprète. Se noue ainsi une relation complexe qui réunit un complice des tortionnaires et la victime la plus coriace de ces abominables gardiens.

    Le colonel, jeune soldat brillant et héroïque de la guerre contre l’Irak, connait une carrière fulgurante qui le conduit dans le saint des saints auprès du « Commandeur », l’ayatollah suprême, pour accomplir des missions de plus en plus stratégiques et de plus en plus secrètes. Mais, quand le « Commandeur » en personne lui demande de devenir le chef de sa garde personnelle, il refuse, il ne gravira pas un échelon supplémentaire dans l’horreur, il a déjà travaillé à la restructuration des prisons, il ne veut pas franchir ce nouveau palier en organisant l’élimination discrète et brutale des opposants. Sous la pression de sa femme, grande scientifique, résistante à toutes les pressions du régime théocratique, il planifie son exil après avoir préparé celui de la détenue la plus sévèrement torturée de la célèbre geôle de Devine où sont rassemblés les prisonniers politiques jugés les plus dangereux.

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    Dans ce texte à deux voix dense, intense, écrit dans une langue vive, rapide, percutante, Fariba Hachtroudi réunit un duo dont les deux parties ne devraient que se détester et s’agonir mais qui finalement, dans un contexte étranger, presque hostile, arrivent à mettre en commun l’horreur qui les a fait se rencontrer. Le colonel est follement amoureux de la femme qu’il a laissée au pays et qui porte le même non que l’interprète, alors il demande à cette dernière d’intercéder auprès de sa femme pour qu’elle lui pardonne son passé et sa complicité même si elle était passive. Vima l’épouse, Vima la prisonnière torturée, se fondent alors en un jeu de double, de dédoublement, de jalousie, de complicité…

    Ce texte, d’une très forte intensité dramatique et émotionnelle, dresse, en quelques pages un portrait décapant du régime des ayatollahs, du sort de ceux qui ne veulent pas les suivre et de la condition de ceux qui ont choisi l’exil où ceux qui n’étaient pas du même côté de la barrière finissent par se comprendre car ils ont connu ce que les mots ne peuvent pas faire admettre aux autres. Ce récit pourrait être aussi un grand roman d’amour mais c’est plutôt un livre qui parle de l’amour comme relation entre les femmes et les hommes et comme moyen de parvenir à ses fins. Il oppose le cynisme froid du scientifique qui ne juge que les faits à la chaleur enflammée du poète qui ne voit que les intentions et les sentiments. Tout un discours sur la dualité entre le mathématicien et le poète, entre le calcul objectif et les sentiments subjectifs, entre la raison et la passion, entre le cerveau et le cœur. Une recherche sur la nature humaine et ses raisons d’agir même dans les démarches les plus odieuses.

    Un roman court pour un très grand texte qui démontre une fois de plus que quantité n’est pas forcément qualité, que l’espoir n’est jamais tout à fait mort, que personne ne détient seul toute la vérité et beaucoup d’autres choses encore comme cette pensée qui pourraient évoquer les grands philosophes orientaux : « … les vraies rencontres ne sont qu’instants, magie fugace que l’on appelle bonheur pour donner sens à ce terme ».

     

    M.-le-commandant.jpgMONSIEUR LE COMMANDANT 

    Romain SLOCOMBE (1953 - ….)

    Avant d’évoquer toutes les richesses de ce texte, je voudrais parler du problème de conception qu’il me pose, en effet la note liminaire de l’éditeur - qui fait partie de la fiction - parle d’une lettre adressée par un ancien combattant, académicien, au Commandant de la place militaire d’une sous-préfecture normande. Or le texte que nous possédons ne ressemble pas beaucoup à une lettre mais plutôt à un récit, à un témoignage, à une analyse de la situation de la France déliquescente, déconfite, collaborationniste, … des années trente et du début de la guerre, la lettre étant datée de septembre 1942. Il est en effet bien difficile de concevoir qu’un ancien combattant français, même académicien, puisse apprendre quelque chose à un officier allemand concernant les faits militaires, l’état de la France, les projets de l’Allemagne, etc.… J’ai nettement eu l’impression que l’auteur s’adressait plutôt aux lecteurs et non pas qu’il mettait une missive sous la plume d’un délateur à l’adresse d’un officier ennemi. Et pourquoi précise-t-il qu’il change les noms propres, notamment celui de l’académicien alors qu’il précise qu’il est manchot et officier supérieur en retraite, je parierais qu’il y a eu bien peu de manchots ayant fait une carrière militaire avant de siéger sous la coupole. Ces incohérences littéraires restent plutôt formelles mais ont tout de même pollué ma lecture.

    La lettre de délation aurait très bien pu se concentrer, comme une tragédie grecque, sur la dénonciation de la situation créée autour d’un amour impossible sur fond d’antisémitisme exacerbé par le contexte historique. Le vieil académicien ne trouve nulle autre porte de sortie à sa situation personnelle que cette dénonciation veule et infamante. Mais, et je le comprends, l’auteur ne pouvait pas traiter le sujet qu’il a mis en scène, sans évoquer la situation de la France et de l’Europe en général à cette époque si particulière. Son texte est très intéressant mais il ne relève pas du projet annoncé, il relève d’une étude, ou d’une fiction, concernant la situation de la France avant la guerre et des raisons qui l’ont conduite à la grande débâcle qu’elle a connue devant les forces de l’Axe. Ainsi Slocombe explique longuement aux lecteurs, et non à l’officier allemand, les événements, leurs causes et leurs conséquences en une analyse qui serait celle d’un antisémite forcené, une façon de dénoncer cette vision en mettant en évidence tous ses errements, tous ses abus et sa profonde inhumanité.

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    L’auteur profite aussi largement de l’occasion pour régler quelques comptes, il n’hésite pas à rappeler, à longueur de pages, le rôle jouué par certains hommes politiques et surtout par certains intellectuels qui se sont fait bien petits après la guerre pour laisser passer la marée de l’épuration et resurgir en pleine lumière quand le temps eut encombré les mémoires d’autres événements plus préoccupants. Mais, à mon avis, le véritable souci de Slocombe était de montrer que ce qui a été abominablement possible l’était toujours, son livre s’adresse bien à la France d’aujourd’hui, tentée de plus en plus par les vieux démons qui l’ont déjà conduite dans l’infamie et la barbarie. L’actualité semble hélas lui donner raison. Le message est clair, dans un style qui rappelle les écrits d’avant-guerre avec des belles phrases harmonieusement construites qui coulent paisiblement même pour dire les pires des horreurs. Cette lettre n’était qu’un prétexte pour formuler ce rappel historique, lancer un appel à la vigilance et dire que le courage n’est peut-être pas de fuir devant les difficultés mais de les affronter avec toute la détermination nécessaire.

  • PARTAGE et autres poèmes de Salvatore GUCCIARDO

    Ouverture

     

    J’ouvrirai tes yeux

    Avec délicatesse

    Et douceur

      

    Afin que tu regardes éclore

    Le bourgeon solaire

    Dans le jardin d’éden

      

    J’ouvrirai ta bouche

    Avec ferveur

    Et amour

    Pour qu’une myriade de colombes

    S’envolent vers des lieux agités

      

    J’ouvrirai avec emphase

    Tes bras inertes

    Pour que tu accueilles

    Toutes ces âmes

    Qui cherchent dans la nuit

    Une lueur salvatrice

     

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    Partage

     

    Le soleil

    Buvait l’eau

    De la mer

    Pour inonder

    L’homme

    De sa lumière

     

    Lorsque la ligne d’horizon

    S’élève

    Vers le ciel

    L’être s’illumine

    Et s’envole

    Vers les cimes

     

    Vivre dans l’attrait solaire

    Pour s’enivrer

    De son rayonnement

     

    Tout est dans

    La luminescence

    De la géographie

    Dessinée

    Par l’écume

    Effervescente

     

    S’enivrer

    De l’astre scintillant

    Pour se noyer

    Dans la mer

    Des délices

     

    Filiation azurée

    Le reflet maritime

    Enivre l’âme

    D’une étincelle

    Divine

     

    Frissons d’émotions

    Le miroir lumineux

    Sur ma terre

    Natale

     

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    Parcours

      

    Ornement noir

    Sur fond de neige

    Le doute

    La liberté

    L’élan utopique

    De l’artiste

      

    Exaltation d’idées

    Engagement de l’être

    Le récit d’un homme

    Voué au combat

     

    Vie ébranlée par une passion

    Cendre et fumée

    Cheminement solitaire

    Gestation souterraine

    La voix du gouffre

    Sur la fresque sublime

      

    Roulement de tambour

    Les yeux écarquillés

    Du combattant

    Sombre geôle

    Narrations épiques

     

    L’ombre et le serf

    Aux sources

    Abyssales

    On structure

    Le rêve

    Dans la lumière

    Salvatrice

     

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    Secrets d’âme

      

    La voûte du monde

    Domine

    Les jardins secrets

    De l’âme

      

    L’être flamboyant

    S’expose

    Aux tourbillons

    Dévastateurs

    Du temps

      

    Des abîmes

    Émergent

    De la profondeur

    Des eaux

    Une armée

    De poulpes

      

    Une multitude

    De corbeaux

    Étalent

    Leurs lourdes ailes

    Au-dessus

    Des gorges escarpées

     

    En se dirigeant

    Vers une lueur

    Scintillante

     

    Afin d’honorer

    La luminiscence

    Des noces célestes

     

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    Rêve doré

      

    Oscillation émotive

    Jaillissement lumineux

    La paix dépose

    Sur la mousse de la vie

    Un frémissement doux

      

    Éblouissement instantané

    On illumine la chambre

    De ses sombres pensées

      

    Friselis féerique

    Musicalité corporelle

    L’oriflamme

    Sur la mer des délices

      

    Éclat solaire

    On se laisse emporter

    Par la dérive des eaux

      

    Extase du rêve

    Boulimie paradisiaque

    Le vent du sud

    Caresse les rizières

    De l’âme

      

    On dépose

    Sur les fougères

    De l’inconscient

    Une fine couche

    De poussière dorée

    Pour égayer

    Notre cheminement terrestre

     

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    Les huiles reproduites sont de Salvatore Gucciardo:

    http://www.salvatoregucciardo.be/ 

    Salvatore Gucciardo sur le site de l'AREAW

    http://areaw.org/gucciardo-salvatore/

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  • FRAGMENTS ÉTOILÉS D'UNE ICONOGRAPHIE, étude sur l'oeuvre picturale de Salvatore GUCCIARDO

    par Éric Allard

     

    En corps

     

    Tu es un frère,

    On peut s’entendre

    Guillevic (Cercle)

     

       Dans les tableaux de Salvatore Gucciardo, on trouve de nombreux  corps, tant célestes qu’humains. Corps glorieux ou corps en géhenne, parfois mêlés en un magma de chair, tous membres confondus. Corps taillés, cuirassés, prothétisés, pour affronter les dangers de la vie (extra)terrestre...   

       Le corps humain fait souvent « corps » avec un corps céleste qui l’auréole, le protège, le guide ou l’accompagne. Corps humain et corps céleste sont frères car satellites du même soleil, enfants du même « atome primitif ». Ils vont de conserve, unissant leurs orbes, associant leurs sorts, se reflétant, s’imageant dans un même réseau de mots et de figures. La Terre, telle que nous la présente le poeintre, respire, souffle, souffre, se meut et meurt comme un corps organique.

       Ce qui est rond se répond dans la grande famille des cercles : tête, ventre, œil, sein, cul, planète, étoile ... dans une sorte d’inaccomplissement circulaire condamné à se répéter, à se recycler. La spirale, cette courbe fuyante, devient dans La spirale de la vie (huile, 40 x60) demeure du cercle, bulle abritant un site idéal, oeil captant une vision. La muse étoilée (huile, 60x50) évoque une madone aux sphères - qui l’enrobent, l’enrôlent, l’enroulent, l’enserrent dans leurs anneaux. C’est une image exemplaire, presqu’une icône de la plénitude selon Gucciardo, une « muse astrale » comme on en rencontre d’autres dans les oeuvres du peintre. Quand les courbes sont coupées ou « approchées » par des droites, c’est qu’il y a menace, obstacle à éviter. Dans de nombreux dessins de l’artiste et, particulièrement, dans sa série abstraite récente, droites et courbes, triangles et disques s’assemblent en des compositions géométriques dégagées de toute présence de vie.

       Un peu à l’instar des corps sans organes d’Artaud-Deleuze, le corps gucciardien est un corps délivré de ses fonctions organiques, ouvert à  la réflexion, à la spiritualité. C’est un corps parfois enceint, mûrissant dans le ventre ou le cerveau un enfant de chair ou de pensée. On ne marche pas plus qu’on n’use de ses mains, de ses bras dans le monde gucciardien. On vole, mais sans ailes, mû suivant le mode de déplacement des planètes. Comme notamment dans La traversée flamboyante (huile, 100 x 120) où on voit une créature propulsée par une boule de matière.Les visages ornant ces corps ne visent pas, en général, à reproduire une physionomie, ils s’assimilent à des masques exprimant une émotion. Ceux qui les portent (re)jouent l’épopée de l’existence sur un théâtre à l’échelle cosmique.  

       Un chemin figure régulièrement dans un espace du tableau. Peu importe qu’on le foule ou non, c’est un chemin mental, fait de lacets, à l’issue incertaine mais baignée de lumière derrière une paire de collines. L’important est qu’il fasse signe, qu’il fasse sens, indique une direction ; qu’il éclaire et qu’il élève.

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    Le jugement dernier 120 x 166 - huile

     

    Les belles endormies

     

    Voie lactée ô soeur lumineuse
    Des blancs ruisseaux de Chanaan
    Et des corps blancs des amoureuses

    Apollinaire (Alcools)

       

       Si on ne voit pas les corps satisfaire des besoins physiologiques, on les voit cependant dormir. Ou plutôt sommeiller. Dans des décors typiques du peintre, de songeuses endormies méditent toutes nues.

       Dans Le souffle du silence (huile, 55x73), la feuille qui s’étale au premier plan en se dorant au soleil rappelle la pose alanguie d’un corps de femme, plus exactement d’un corps de sirène avec son pédoncule caudal, dans un réseau de nervures suggérant l’ossature humaine. À ces grandes courbes répondent, au second plan, celles que forment les monts pyramidaux. Le corps rond d’un soleil dominant prodigue une lumière qui traverse la surface translucide de la feuille...

       Cette composition n’est pas sans évoquer celle de La souche divine (huile, 35x60) ou un corps féminin, vu de dos, s’expose face à un astre déclinant et sous un éclairage crépusculaire où seule l’étendue de la chair tranche par sa blancheur - comme un vestige de la lumière du jour qu’elle aurait emmagasinée et rendrait à la faveur du soir. La femme regarde au loin en direction du couchant...

        Dans La chair intacte (huile, 24x50), on trouve un dispositif semblable. Une femme à la musculature prononcée fait ici face au spectateur. Elle ferme les yeux, comme par discrétion, pour ne pas croiser notre regard, nous empêcher de l’observer sans retenue. Notons aussi qu’elle est sur le chemin, dans une pose malhabile, comme « en plan », en plante, pataude et placide, rivée à son rêve, ayant été dépouillée de tout sauf de sa chair, comme nous laisse à penser le titre du tableau. La chair intacte mais la chair seule. Seule avec sa chair...    

        On pourrait citer aussi Le rêve exquis (huile, 50x60) ou L’harmonie sereine (huile, 30x40) qui cadre à mi-corps une femme ici éveillée, casquée et légèrement parée, guerrière assurément, conquérante et pensive, examinant le terrain parcouru et le territoire encore à prendre. Et d’autres toiles encore...

       Mais la plus emblématique figure du genre est peut-être celle mise en scène dans Le sommeil ardent (huile, 60x50), toile dans laquelle une femme nue, paupières closes, la tête posée sur un genou, d’un sommeil animé, on le suppose, d’une vive activité cérébrale occupe toute la place ou presque de la composition. Nue, cependant qu’elle donne à voir ce que le spectateur veut voir (l’astre fait écho à l’aréole d’un sein tandis que le chemin, signale, par effet de symétrie, une route entre les cuisses) elle peut à loisir nourrir ses songes - qu’elle dérobe de la sorte à la vue. Le spectateur, possiblement engagé sur la voie d’autres rêveries, ne peut se figurer le caractère des visions du modèle. Jeu sur le voir et non voir ; le peintre en tant que peintre ne montre que ce qu’il veut qu’on fixe dans l’instant, renvoyant plus que tout autre artiste à l’invisible, aux projections temporelles (souvenirs et anticipations), aux intérieurs non éclairés qui renferment les secrets et mystères constituant la psyché humaine.

       Le temps est une pensée, une rêverie du soir, écrit Jankélévitch. N’est-ce pas aussi le moment du jour où, dans l’occultisme, le corps astral se manifeste ?

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     Le sommeil lumineux 50 x 60 - huile

     

    Car né

     

    Le terrestre le cède chez moi à la pensée cosmique. (...)

    J’occupe un point reculé, originel de la Création, à partir duquel je présuppose des formules propres à l’homme, à l’animal, au végétal, au minéral et aux éléments, à l’ensemble des forces cycliques. 

    Paul Klee (Journal)

     

       La naissance du ciel, La naissance de la mer, La naissance d’une étoile, La naissance du monde... Autant de titres de tableaux qui pointent une interrogation constante chez le peintre. Et dont on retrouve le thème, puissamment traité, dans Lyrisme cosmique, le recueil du poète Gucciardo.

       Si le soir est le « moment » du temps, l’espace intersidéral est par excellence son lieu. Le voyage dans le Cosmos vise un retour à des âges passés de l’homme et, par voie de conséquence, à l’origine de l’Univers, à cet instant zéro ou réside la vérité du temps, où tout explose et s’ordonne déjà. Je voyage dans la constellation / pour embrasser / l’éclat du monde, écrit Salvatore Gucciardo. Mais ce n’est pas dans un but morbide, rétrograde, pour rester figé là, mais bien pour se relier à la « source de vie », savoir de quelle lumière on est fait afin d’y puiser matière à éclairer les ténèbres à venir, et rejouer le sort de l’humanité.

        On pourrait en guise de conclusion définir le lieu gucciardien comme étant l’ensemble des points situés à mi-distance du rêve et du réel. C’est un espace de contemplation au sens où Émile Bernard entendait le mot contempler - requérant une opération de l’âme. Le lieu (enchanté, inconnu, vivant...) gucciardien fait de la lumière un objet de culte et des formes figurées les forces à l’œuvre dans l’être. Il est le champ du présent et du possible dans lequel le chemin constitue, on peut le penser, une échappée vers l’extérieur, une voie d’ouverture sur notre monde. 

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     L'exaltation réelle 70 x 90 - huile

     

    731617184.jpgCet article est paru dans le numéro spécial de Pages insulaires de Jean-Michel Bongiraud de juin 2012 consacré à Salvatore Gucciardo

    Le site de Salvatore Gucciardo:

    http://www.salvatoregucciardo.be/

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  • Sylvie GODEFROID & Salvatore GUCCIARDO à la Bibliothèque Marguerite Yourcenar

    Sylvie GODEFROID & Salvatore GUCCIARDO à la Bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne-au-Pont, c'est le VENDREDI 5 SEPTEMBRE 2014.

    J'aurai le plaisir de présenter Salvatore Gucciardo avec Serge Budahazi.

    Tous les détails sur l'invitation ci-dessous.

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  • MONA! MONA! MONA!

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    Mona m’apparaît en songe et en réalité. Mona me harcèle ! Pour tout dire, elle se moque de moi. Je le vois à son sourire. Mais que lui ai-je donc fait ? (Je préfère les sourires de Marilyn.) Je cherche et ne trouve pas. Je passe mon passé au peigne fin des souvenirs. Je n’arrive pas à mettre le doigt sur l’événement qui suscite son sarcasme permanent. Je sais que je dois trouver la solution à ce problème, docteur. Mais il me semble que si vous ne dessiniez pas en permanence mon portrait à la sanguine pendant que je vous parle, cela me permettrait de progresser.

  • MERCI PROFESSEUR CHORON !

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    Georges Bernier (1929-2005) est, en 1960, le cofondateur, avec François Cavanna, du journal satirique Hara Kiri. Il choisit son pseudonyme d'après le nom (la rue Choron) où étaient situés les locaux du journal. En 1988, il adapte pour la télé ses fiches bricolage qu'on peut considérer comme les ancêtres des Tutos, appréciés par la jeunesse. 


    30 terribles couvertures de Hara Kiri (copier/coller le lien):

    http://wall-mag.com/2012/12/14/30-terribles-couvertures-dharakiri/

  • TROP LOURD POUR MOI de Daniel CHARNEUX (éd. Luce Wilquin)

    10403621_347001345456755_2874746128249481185_n.jpgNo satisfaction

    Jean-Baptiste Taillandier, le narrateur du septième roman de Daniel Charneux, fait le récit des expériences qui ont grevé sa vie, à l’exception des épisodes familiaux qui l’ont nourri, comme s'il démêlait le lin de la laine, en transgressant ainsi un interdit parental. À mesure qu’il témoigne, qu’il se leste des souvenirs d'une vie, il allège son âme. 

    Une existence commencée cinquante-huit ans plus tôt entre une mère aimante et un père un peu trop rigide qui cite constamment la Bible. Le garçon, avide de solitude, de contact avec la nature, se tient à l’écart des autres (Je n’étais pas en quête d’adhésion, écrit-il). Il découvre bientôt qu’il est affecté d’une inadaptation au plaisir physique, une anorgasmie.  Ce n’est pas par hasard si (I Cant' Get NoSatisfaction des Stones est une de ses chansons préférées. Il est tout aussi incapable de tomber amoureux et se définit comme un « handicapé du cœur ».

    Cela ne l’empêche toutefois pas, bien au contraire, de faire vocation de se consacrer aux autres et, même, il n’est « pas loin de se  prendre pour un saint »...

    Il effectuera son service civil en Afrique puis entamera une carrière de psychologue en milieu scolaire. Sa mère meurt quand il n’a pas 25 ans. Suivront les décès de son père et de ses autres ascendants. Pendant le temps de ces disparitions, il trouvera des mères de substitution auprès de femmes réduites à leur fonction maternante, en évitant bien d’accéder aux désirs de ses compagnes d’avoir des enfants avec lui.

    L’épisode le plus savoureux confronte Jean-Baptiste Taillandier à une petite communauté bouddhiste qu’il fréquente durant plusieurs années et de laquelle il sortira, comme de ses autres engagements, désenchanté.

    Daniel Charneux décrit le trajet d’un homme de la seconde moitié du XXème siècle qui n’aura pas pu donner sa vie pour un être ou pour une cause, trop lucide sans doute ou trop à l’écoute de soi, de ses sensations (un  moment, il deviendra intolérant au bruit), incapable en tout cas de s’oublier (selon son expression) pour quelqu’un d’autre que sa mère. Le narrateur ne mettra pas fin à ses jours, il n’est pas doué pour la tragédie, il choisira une autre forme d’extinction.

    Comme souvent dans ses romans, Daniel Charneux évoque avec un luxe de précision sensible, sur le mode du je me souviens, une existence reflet d’une époque, dans laquelle on se projette. Par exemple, le narrateur se souvient de nombre de slogans publicitaires qui ont émaillé sa vie et... les nôtres: Seb c'est bien, Elle a mérité la Woolmark, Les bonnes chaussettes Stem montent jusqu'au genoux...

    Mais qu’est-ce qui fait qu’on se sent si proche de Taillandier, le psychologue revenu de tout, sinon de son amour filial et d’une enfance à laquelle le monde n’aura pas pu offrir un terrain où s’émanciper en dehors des structures illusoires de la famille fusionnelle, du travail émancipateur ou de la fraternité humaine seulement présente sur le modèle véhiculé par les réseaux sociaux?

    Un livre qui, une fois refermé, ne cesse de nous interroger sur le sens de nos existences absurdes au sens camusien du terme.

    Un épisode est représentatif du livre qui se situe au début de la confession. Le narrateur raconte l’épisode  du veau d’or, en confiant qu’il a toute sa vie durant vénéré une idole en toc. Puis, quelques pages plus loin, il date sa conversion au végétarisme (de la même façon qu’il se refusera au plaisir charnel) au moment où il s’est rendu compte qu’il avait mangé du veau qu’il avait vu naître : "On avait donc, pour me nourrir, privé une vache de son petit." Toute sa vie durant, il aura privilégié cette relation fondamentale et n’aura pas pu adhérer à autre sorte de vie, sociale, affective ou religieuse. Lui, le psychologue qui aura consacré une partie de son temps à l’enfance, aura été un homme malade de sa propre enfance. 

    Éric Allard 

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    main.php?g2_view=core.DownloadItem&g2_itemId=455170&g2_serialNumber=2Le roman sur le site des éditions Luce Wilquin:

    http://www.wilquin.com/2014/08/trop-lourd-pour-moi-daniel-charneux/

    La page Facebook consacrée à Daniel Charneux écrivain:

    https://www.facebook.com/DanielCharneux?fref=ts 

  • KAREN O ~ Ô KAREN !

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    Karen Lee Orzolek, née en Corée du Sud en 1988, est la chanteuse du groupe new-yorkais Yeah Yeah Yeahs. Elle a également composé des b.o. de films. Elle a participe au premier album de David Lynch et sort son premier album solo, Crush Songs, en septembre 2014.

     2014

    2011 sur l'album de David Lynch (les images sont tirées de Les amours imaginaires de Xavier Dolan)

    2011 (bande-son du film Millenium de David Fincher)

    2014 (bande-son du film Her de Spike Jonze)

    Avec Ezra Koenig (des Vampire Week-end) à la cérémonie des Oscars  

    2013

    2013

     2009

     

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    http://www.karenomusic.com/

  • UN BEAU ROMAN de Françoise PIRART

    P.Leuckx.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    legende-des-hauts-marais-1couvweb.jpg"LA LEGENDE DES HAUTS MARAIS" de Françoise PIRART (Ed. du Jasmin) respire l'aventure, les belles valeurs et la nature au plus près de ses sources. En quatre-vingts pages bien écrites - avec ce sens du souffle, des espaces et du suspense -, l'intrigue nous mène au coeur d'une tribu perdue dans un univers de paludes et de joncs. Le lecteur a le temps d'éprouver les divers personnages qui peuplent ce récit : les amis Armon et Taharn, les vieux de la tribu, Roch et Kerin en tête, Maïra, l'amie d'Armon... On vit au rythme de la chasse, de la nourriture, des espaces traversés, des bêtes qui effraient, de la nuit qui tombe, sans secours. On suit Armon, de l'âge initiatique à celui de l'adulte mûri, dont les valeurs sont toutes celles de la tribu: le sens du devoir, de l'amitié, la bravoure. Et le danger menace, se rapproche et il faut lutter contre ces ennemis. On en capture quelques-uns et les combats avec les autres sont assez sanglants comme toute guerre. L'issue verra peut-être une manière d'éclaircie : qui sait?

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    Entre roman et mythe, Françoise Pirart a réussi un bel exemple d'histoire à partager, que les grands adolescents, que les adultes savoureront. Les atouts en sont la fraîcheur d'inspiration, le style fluide et cet humanisme âpre que la romancière ressent comme une force, une dignité. La description riche d'une nature fertile et sauvage, les ingrédients de tout récit fondé sur la lutte et l'apprentissage, la quête du sens : tout convie à une lecture aussi féconde que la matière proposée. Les belles illustrations (une douzaine) sont dues à René Follet.

  • TA SEULE FONTAINE EST LA MER de Thierry-Pierre CLÉMENT

    images?q=tbn:ANd9GcQRP5_UmX4xjl_VU5ebmOG-iuliH_atxjb8qFj28zM5yGoEyQktErXthVkpar Philippe LEUCKX

     

     

    Thierry-Pierre Clément, dont j’avais apprécié « Les fragments d’un cercle », nous revient avec un très beau recueil. Ta seule fontaine est la mer (à Bouche perdue, coll. Sépia) est une découverte saisissante des éléments, pour un poète qui sent, hume, scrute et ressent. Le ciel, l’air, la lumière passent dans ses textes comme des gages de vérité profonde. Le poète a épuré ses formes et il n’en garde que le suc, les pépites, ces vers corsetés, cette « épure du chemin » comme la célèbre une des sections du livre. Une étonnante douceur innerve ces vers : elle tient autant aux questionnements nombreux qu’aux constats de quelqu’un qui sait parler des bords, du cœur et des lointains.

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    Il y a chez ce lyrique modéré, une soif de terres nouvelles, une géographie du frisson, une attente de l’invisible et un regard d’apôtre sur la beauté du monde. Une quête incessante de la soif de l’autre, des infinis, de la liberté.

    J’aime beaucoup cette manière de rendre compte d’un réel appelé par le prénom de la grâce :

    Nous nous savons mortels

    et nous bénissons l’aube.

    Nous ne sommes pas aveugles.

    Nous voyons plus loin.

    Le vent porteur, les mots de passage et de partage accompagnent ce bonheur d’écriture, où chaque mot devient signe de soi, blason de tendresse :

    Cœur troué

    au plus fragile,

    au plus intense –

    Dévoration

    du feu !

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    Thierry-Pierre Clément, Ta seule fontaine est la mer, 2013, 96p., 15€. 

  • TRENTE-ET-UN PETITS PLAISIRS IMAGINAIRES mais non pas inimaginables

     pour Véronique Janzyk 

    1.     Marcher sur des œufs. Et découvrir que celui qui ne casse pas contient un poussin ou un chaton noir.

    2.    Rouler sur l’or des jaunes d’œufs pendant dix secondes baveuses à souhait.

    3.    Féminiser son intérieur (de bureau) : un tapis de souris nathalié, une étagère tatianesque, un pot à stylo ayliné, un taille-crayon sandrastique, une corbeille à courrier christinée, un écran isabelle, un buvard laurencien, un sous-main azizasque , un presse-papier élodique…

    4.    Coucher du doigt un paysage de son enfance.

    5.    Saupoudrer les pierres tombales de son cimetière préféré de carrés de chocolat blancs.

    6.    Marauder des mariages sur l’arbre généalogique du voisin.

    7.    Soustraire à des littoraux sans pin des plages entières de parasols. 

    8.    Laisser pourrir sa mémoire hors d’état de se souvenir.

    9.    Ecluser son sas sans l’aval er.

    10. Recouvrir de fleurs sauvages le dos nu d’une inconnue.

    11.   Recouvrer la raison au seuil du sommeil pour ne pas dormir idiot, défaire un rêve (sans envergure), mansarder ses nuits.

    12. Pisser chaque fois qu’on a prié (et réciproquement), plier en quatre son tapis de prières dans un coin de la chambre des tortures.

    13. Emprunter, le temps d’une série de Fourier, les nombres de la numérothèque pour chiffrer ses gains à la tombola sensuelle.

    14.Bondager une étoile naine avec des cordes de lumière.

    15.Donner de l’aube au moulin des journaliers, du vent aux éoliennes des écoliers, de l’atome-fiction aux centrales des politicons.

    16. Joconder Mona Lisa jusqu’au plaisir pictural de Leonardo.

    17. Warholiser tant qu’il fait moire ses photos de stores sans créer de jalousie.

    18. Se faire plus chatte qu’angora, plus sagouin que butor, plus casoar que caïman et plus girafon qu’éléphanteau.

    19. Pendre son café à une cuiller le temps d’un sucre lent.

    20. Gommer une gamme après l’autre sur la branche-portée de l’oiseau lyre.

    21. Briser la glace sans toucher à un poil d’ours de la banquise.

    22. D’un coup sobre de sabre, ôter la nuit au jour, la couverture de nuages au ciel, tout ce qui empêche les déesses de se faire entièrement voir.

    23. Casser du sucre sur une montagne de sel, tourner de l’œil sur une montagne de cils.

    24. Combattre une poule avec une plume d’oie blanche, un poulpe avec une patte de crabe fantôme.

    25. Relever de la pluie tombée avec un manche de parapluie.

    26. Faire exploser un cœur de pierre contre un mur de sable.

    27. Enterrer une nature morte le jour d’un vernissage, arracher l’étoile du peintre.

    28. Donner un os à ronger à la populace de ses nerfs, touiller ses gènes dans un bol de spores.

    29.Trahir la peau de l’aimé(e) d’un baiser avant de l’envoyer à la caresse.

    30.  Achever son œuf d’un son vibrant, mettre un terme bruyant à l’omelette de l’existence.

    31. Regarder à travers un anneau de livres la ronde du monde. 

     

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      Photo de Daniel Charneux

  • TROP LOURD POUR MOI de Daniel CHARNEUX

    10533106_568596326595651_5865768233951626619_n.jpgSortie cette semaine du septième roman de Daniel CHARNEUX aux éditions Luce WILQUIN

    Sméraldine
    14 x 20,5 cm, 192 pages
    ISBN 978-2-88253-492-7
    EUR 19 €

    "Si le titre Illusions perdues n’était déjà pris par un illustre romancier, il aurait pu servir à l’auteur de Trop lourd pour moi. Car Jean-Baptiste Taillandier, le protagoniste narrateur de ce récit, perdra une à une les illusions de son enfance. Né au milieu des années 50, il entre dans la vie avec la louable intention d’aider la veuve et l’orphelin. Tenté un temps par la coopération au développement, il devient finalement psychologue en milieu scolaire. Or, la satisfaction n’est au rendez-vous ni dans sa vie professionnelle, ni dans sa vie affective perturbée. Le seul havre de paix est l’enfance, où le plongent ses souvenirs heureux associés la plupart du temps à une mère aimante. Mais les êtres chers s’en vont, et Jean-Baptiste voit son univers rétrécir comme peau de chagrin. D’où la tentation de la fuite. Après avoir cherché dans le bouddhisme un refuge illusoire, il trouvera une retraite dans la solitude consentie, où il tentera de dire ce qui le ronge depuis toujours et qui était, décidément, trop lourd pour lui."

    10547452_333218380168385_571153154901863084_n.jpg?oh=e1d425bb8cb039d92aa344120e10eacd&oe=54674623&__gda__=1416181157_400491e35ac38070649a9caf095c4583La page du livre sur le site des éditions Luce Wilquin:

    http://www.wilquin.com/2014/08/trop-lourd-pour-moi-daniel-charneux/

    La page Facebook consacrée à Daniel Charneux, écrivain:

    https://www.facebook.com/DanielCharneux

  • Pierre VASSILIU (1937-2014): fragments d'une discographie

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    Auteur-compositeur interprète, se jouant de tous les styles et de tous les instruments, Pierre Vassiliu occupait le terrain de la chanson depuis plus de cinquante ans. De lui a qui écrit des chansons-mondes, des chansons-films, des chansons-poésies, s'inspirant de toutes les musiques du monde et débordant du cadre traditionnel de la chanson française, on n'a retenu dans les hommages télévisés vite emballés du week-end du 15 août qu'une pochade écrite sur une musique de Chico Buarque. Comme si, de la carrière de Pierre Perret, on ne retenait que Le zizi, de celle d'Henri Salvador, Zorro est arrivé, ou de celle de Gainsbourg, L'ami Caouette... Comme l'écrit Christophe Conte des Inrocks,  "peu carriériste, mal aiguillé, celui qui pensait au départ faire profession de jockey tombera souvent de cheval durant sa carrière de chanteur mal compris." Néanmoins des artistes tels que Albin de la Simone, Bertrand Burgalat, Jacques Duvall, Arnaud Fleurent-Didier ou Daniel Darc l'ont, ces dernières années, cité en exemple, notamment en tant qu'initiateur du talk over. Dans Le Monde, Auréliano Tonet écrit: "Las des divinités trop célébrées – sempiternels Gainsbourg-Brel-Brassens-Ferré –, les chanteurs apparus à la fin des an nées 1990 et au début des années 2000 se sont cherchés des idoles moins encombrantes. Aux côtés de Dick Annegarn, Christophe ou Gérard Manset, Pierre Vassiliu fait partie de ces aînés qui ont reçu l'onction des jeunes générations." La preuve qu'on n'a pas fini de le découvrir. 

    Voici quelques titres peut-être moins connus d'une discographie bien fournie et pour le moins éclectique.  E.A.

    1962

    1963

    1970

     

    1970

    1971

    1972

    1973

     

    1973

    1979

    1993

    1993

    1998

    2003

    Vassiliu chante Gainsbourg

    Adaptation de Film par Jacques Duvall et Isabelle Wéry


    Quelques liens(copier/coller les liens)

    Le blog de référence tenu par un ami et admirateur de Vassiliu

    http://pierrevassiliu.skynetblogs.be/

    Sa discographie

    http://www.pierrevassiliu.com/discographie.htm

    La rencontre entre Arnaud Fleurent-Didier et Pierre Vassiliu

    http://www.tsugi.fr/magazines/2014/08/18/souvenir-rencontre-entre-pierre-vassiliu-arnaud-fleurent-didier-6273

    L'article de Christophe Conte

    http://www.lesinrocks.com/2014/08/18/actualite/pierre-vassiliu-cetait-celui-11519594/

    L'article de l'AFP

    http://www.lalibre.be/culture/musique/le-chanteur-pierre-vassiliu-est-decede-a-76-ans-53f09fa835702004f7df8fbe

  • LA SUCRERIE

    les-alternatives-au-sucre-blanc-o15760.jpgLa sucrerie abonde. La sucrerie à l’œil. La sucrerie dans le fond. La sucrerie en tête. La sucrerie Freud. La sucrerie sourde. La sucrerie coule. La sucrerie rire. La sucrerie file. La sucrerie en neige. La sucrerie source. La sucrerie carton-pâte à tartiner. La sucrerie plume. La sucrerie poil. La sucrerie pile. La sucrerie farce. La sucrerie batterie de cuisine. La sucrerie plate. La sucrerie plate. La sucrerie plate. La sucrerie sunlight. La sucrerie en état de mort céréale. La sucrerie cubique. La sucrerie fauve. La sucrerie riz au lait. La sucrerie Rihanna. La sucrerie sur les os. La sucrerie dans le sang. La sucrerie en filet. La sucrerie cire. La sucrerie noire. La sucrerie Warhol. La sucrerie par pudeur. La sucrerie vaginale. La sucrerie du crabe. La sucrerie nucléaire. La sucrerie de l’information. La sucrerie nappe de brouillard & dentelles de brume. La sucrerie belge. La sucrerie maladie. La sucrerie Koons. La sucrerie je-ne-vous-dis-pas. La sucrerie comment. La sucrerie molle. La sucrerie dominatrice. La sucrerie accidentelle. La sucrerie orientable. La sucrerie du dedans. La sucrerie Onfray. La sucrerie tombe à retardement. La sucrerie qui. La sucrerie quoi. La sucrerie qu’est-ce. La sucrerie criée. La sucrerie serrurerie. La sucrerie virelangue. La sucrerie en coton tige. La sucrerie dure à cuivre. La sucrerie sans sel. La sucrerie au beurre berbère. La sucrerie qui rampe dans le vin. La sucrerie ras des goûts. La sucrerie vague. L’image de la sucrerie dans le miroir déformant de la pâtisserie fine. La sucrerie renversée. La sucrerie sur le ventre du philosophe à lunettes. La sucrerie en grains de rêve dans la maison du psychanalyste à collier de barbe. La sucrerie par bonheur. La sucrerie au cul de la chienne. La sucrerie à dos de chat mot. La sucrerie de Vinci. La sucrerie à bout de force. La sucrerie qu’on tire. La sucrerie à la farine. La sucrerie morte au bout du rouleau à tapisserie. La sucrerie nègre. La sucrerie alphabétique. La sucrerie X. La sucrerie mathématique. La sucrerie voûte plantaire. La sucrerie carte postale. La sucrerie penchée. La sucrerie au maître queux. La sucrerie blanche. La sucrerie qui forme des numéros au falzar. La sucrerie textile. La sucrerie moule à huîtres. La sucrerie discrète. La sucrerie abonde. La sucrerie dans le fond à droite. La sucrerie en tête de gondole de Vénus. La sucrerie qui recommence à fondre. La sucrerie blonde.

     

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  • LE SÉDUCTEUR + CANDEUR, 2 textes de Denis BILLAMBOZ

    Le séducteur

      

    C’était un grand séducteur

    Mais un piètre conducteur

    Il pilotait comme un manche

    Il dérapa au contour d’une hanche

    Et se cassa les reins

    Au fond d’un étroit ravin

    Depuis cet horrible jour

    Il n’a plus de goût pour l’amour

    Il s’est acheté une conduite

    Digne d’un pieux jésuite

     

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    Candeur

      

    Elle était toute nue

    Toute menue

    Très détendue

    Elle se pensait bienvenue

      

    Il l’a soutenue

    Tellement soutenue

    Qu’il l’a détenue

    Et finalement vendue

      

    Il n’y a qu’un fil ténu

    Du soutien attendu

    Au souteneur imprévu

    Un tien l’autre leurre

     

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    Les photos sont de William Buffetrille

    http://www.zphoto.fr/galerie-perso/5497

  • IMPOSTURE

    billamboz.jpegpar Denis BILLAMBOZ

    Deux épisodes de l’histoire qui, selon leur auteur respectif, sont restés totalement inconnus du public et qui ont même berné les historiens les plus avisés, laissant encore aujourd’hui planer le doute. En tout cas deux faits historiques qui montrent bien que ce que nous apprenons de l’histoire et des livres n’est qu’une vérité toute relative et qu’il faut toujours laisser une place pour le doute car la vérité n’est toujours que celle de ceux qui la profère avec leur connaissance, leur façon de lire et d’interpréter les événements et surtout leur volonté de construire le passé et la postérité à leur façon. L’histoire n’est souvent qu’une vérité provisoire qui attend une confirmation ou une infirmation qui finit presque toujours par survenir.

     

    C_Cortes-et-son-double_8978.jpegCORTÉS ET SON DOUBLE

    Christian DUVERGER (1948 - ….)

    Bernal Diaz Del Castillo, simple soldat dans la troupe d’Hernàn Cortés lors de la conquête du Mexique, décide à soixante-dix ans de rédiger « L’histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne » pour rectifier la version de cette épopée proposée par Gomora et les chroniqueurs qui l’ont suivi sur la même voie. Après une analyse d’une grande rigueur scientifique, Christian Duverger démontre, que celui-ci ne peut pas être l’auteur de ce texte. « Le rédacteur de l’Histoire véridique en sait trop pour continuer à se faire passer pour Diaz del Castillo ». Mais comment et surtout pourquoi l’histoire, la légende, a-t-elle pu faire de ce soudard presque illettré un génie précurseur de la littérature espagnole ? C’est en grande partie le propos de ce livre qui ne se borne pas à démontrer l’imposture mais qui surtout nous explique avec force détails comment et pourquoi cette imposture a été construite. Une aventure digne d’une légende, d’une légende fondatrice d’un mythe littéraire et d’une histoire qui attribue de façon formelle et définitive les exploits qu’il a accomplis au grand conquérant espagnol.

    Cette mystification plonge ses racines dans l’opposition entre deux des plus grands hommes de leur temps l’Empereur Charles Quint, roi d’Espagne à cette époque, et Hernàn Cortés le grand conquistador. Charles Quint avait besoin de l’or du Nouveau Monde pour payer les guerres qu’il menait sur le Vieux Continent afin d’asseoir son autorité sur un immense territoire, Cortés voulait que ses mérites soient reconnus et récompensés à leur juste valeur. Le conquistador rêvait d’un état créole laissant une place aux autochtones, l’Empereur ne voulait qu’asservir le Nouveau Monde pour disposer de ses richesses. Et Cortés craignait la méthode habituelle employée par Charles Quint qui consistait à récompenser ceux qui l’avaient servi par des bénéfices ou territoires et, ensuite, a les faire traduire devant le Saint Office pour malversation dans la gestion de ces biens confiés et le Saint Office c’est l’inquisition et ses jugements impitoyables et sans recours.

    Cortés a donc besoin d’authentifier et de légitimer ses conquêtes pour garantir ses possessions et même son existence et, comme il est déjà interdit d’écriture et de publication, il ourdit une machination infernale qui bernera jusqu’aux historiens les plus avisés pendant plus de quatre siècles. Il fallait impérativement qu’il ne puisse pas être identifié parmi les personnes qui ont donné corps à ce texte pour que son projet réussisse, qu’il puisse passer dans la postérité comme le grand conquérant qu’il a été et transmettre ses biens à ses descendants. « Les citadelles de pierre sont faites pour être jetées bas, mais que peut le temps sur l’esprit ? »

    cristian-dverger-niega-a-bernal-diaz-del-castillo_120760.jpg_27189.670x503.jpgLa démonstration de Duverger est magistrale, la méthode historique ne semble souffrir d’aucun défaut, il faudrait connaître l’avis d’éventuels détracteurs pour pouvoir émettre une critique sur la méthodologie utilisée, sa démarche parait très rigoureuse, il ne laisse aucune piste inexplorée, il envisage toutes les réfutations et objections. Mais pour autant pouvons-nous le suivre jusqu’au bout de sa démonstration, ne s’est-il pas laissé un peu emporter par la fascination qu’il semble avoir pour le conquistador auquel il a, par ailleurs, consacré une biographie. Disons simplement que certaines projections, quelques suppositions, ne sont pas garanties même si l’ « Epilogue imaginaire » clôturant l’ouvrage est magistrale. En définitive, je ne regretterai qu’une chose : que ce livre soit truffé de termes scientifiques comme si ce texte était réservé à des lecteurs avertis alors qu’il devrait intéressé un très large public comme semble l’indiqué le choix de la maquette éditoriale.

    Ce livre est un excellent exemple de ce que doit être la critique scientifique d’un texte pour en exprimer toute sa véracité et tout ce qu’il peut cacher dans le non dit, dans le tu, dans le dissimulé, dans le suggéré, et même dans le transformé, le magnifié ou le « caviardé ». Mais, à mon sens, c’est surtout une formidable démonstration de la manière dont s’écrit l’histoire : comment naissent les légendes et les mythes, comment s’érigent les monuments, comment se tressent les auréoles et se constituent la gloire, la notoriété et la postérité.

    On ne peut conclure sans souligner la montagne de notes, presque toutes en espagnol, et la profusion des sources bibliographiques ajoutées en fin de cet ouvrage qui semble être la destruction d’un mythe littéraire et peut-être la naissance d’un nouvel écrivain à ajouter parmi les fondateurs des lettres hispaniques qui aurait pu être aussi l’auteur du texte fondateur d’une nation créole au Mexique dès le XVI° siècle.

     

    163532-0.jpgLE GÉNÉRAL DELLA ROVERE

    Indro MONTANELLI (1909-2001)

    Difficile de parler de ce livre sans en dévoiler le contenu, de toute façon, la préface de ce livre explicite clairement l’énigme que l’auteur propose d’éclaircir. Ceux qui voudraient découvrir cet épisode de la libération de l’Italie veilleront donc à ne pas lire cette préface et le commentaire que je propose ci-dessous.

    Printemps 1944, un sous-marin anglais débarque le Général Della Rovere sur la côte méditerranéenne de l’Italie encore occupée par les Allemands. Il doit prendre, au nom de Général Badoglio, la tête de la résistance dans cette partie de la Péninsule. Mais ce débarquement a été éventé par la Gestapo qui attend le Général sur le rivage et l’exécute par maladresse se privant ainsi d’une source d’informations fondamentale. Pour pallier cette bévue, un colonel allemand remplace le général décédé par un sordide escroc qui soutire de l’argent aux parents des détenus des geôles allemandes en échange de quelques faveurs accordées par des occupants corrompus à leurs chers prisonniers.

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    L’escroc est interné dans une prison où il sert d’appât pour identifier lequel des détenus est un chef important de la résistance italienne, il se glisse avec une si grande aisance dans la peau du Général qu’il apparait vite très crédible aux yeux des détenus, au point qu’il devient lui-même prisonnier de son personnage et se mue progressivement en un véritable chef résistant qui catalyse toute l’énergie des autres détenus. Le Général se façonne ainsi, pour l’éternité, la réputation d’un véritable héros de la résistance à l’occupant, dans la peau d’un vulgaire escroc et gagne l’estime de tout un peuple alors que l’escroc restera pour chacun un vulgaire malfrat qui essayait de s’enrichir sur le dos de la mort et du désarroi. Il fait sienne la devise qu’il transmet à ses codétenus : « Quand on ne sait pas qu’elle est la voie du devoir, il faut choisir la plus difficile ».

    montanelli(1).jpgDans ce court texte, Montanelli essaie de réhabiliter ce pauvre malfrat qui a sublimé son rôle de pion dans le jeu de la Gestapo contre les résistants italiens, en transformant son personnage en un héros qu’il n’a jamais été et en restant, lui, parfaitement anonyme. L’auteur a lui-même croisé ce général/escroc quand ils étaient incarcérés tous les deux dans la même prison. La narration de cet épisode un peu rocambolesque de la guerre mondiale en Italie montre bien comment naissent les légendes et les héros et comment on écrit l’histoire dans des espaces géographiques et temporels où le pouvoir n’est que très provisoire et la manipulation souveraine. Une leçon que devrait méditer tous les historiens et érudits et tous ceux qui vénèrent volontiers les héros qu’on leur propose souvent un peu trop vite. Et aussi un hommage à la gloire de tous les véritables héros, ceux qui sont restés totalement anonymes, qui n’ont ni rue, ni monument, à leur mémoire. Le malfrat peut devenir le héros comme le blanc peut devenir le noir et le mal le bien, rien n’est jamais définitif, tout peu changer, l’espoir ne disparaît jamais.

    Ce texte est aussi un bel exercice littéraire sur le jeu du double, l’auteur conduit ses personnages avec une grande adresse pour dissocier les personnages des personnes quand il s’agit d’évoquer les faits et de les confondre quand il s‘agit d’évoquer les êtres.

  • RIEN DE MOI, de Véronique JANZYK

    images?q=tbn:ANd9GcQjwAjNHjJv5D8mKhZxDWWHSomqRX7xw7Q-bMifBubPlootTSWiAprès, je sais que je ne pense qu’à ça. Et que ça est tellement fort que toutes mes pensées et mes actes simultanément se catalysent sur autre chose. C’est une coexistence parfaite. Une superposition où l’un n’efface pas l’autre. Le premier a permis au second d’advenir. Le problème survient quand le premier perd de sa force. Il entraîne à sa suite, vers l’effacement, tout ce qui découle de lui. Je dois recommencer, un cran plus fort. Ça a commencé par une chaîne de vélo. Et un chien. Il a fallu la conjonction des deux. J’ai beau expliquer au gamin d’y aller mollo avec les vitesses, il n’anticipe pas l’effort à venir. Et pour mouliner, ça oui il se retrouve à mouliner. Il est tombé quelquefois. J’étais seul dans la cour de l’immeuble accroupi aux pieds de la bécane quand il s’est approché. Curieux de ma présence, de mes gestes. Confiant. J’ai tendu la main. Il a cru à une caresse future. J’ai fermé le poing et j’ai frappé. Ça m’est venu ainsi. Je suis resté le bras ballant, à côté de la mécanique tout aussi relâchée. Tout s’est ensuite passé assez vite. J’ai encastré la chaîne dans le dérailleur, actionné les pédales de la main. Marthe a passé la tête par la fenêtre. Elle a lancé l’infinitif du soir, « mangeerrr », son sourire habituel aux lèvres. A la réponse habituelle de mon corps, j’ai ajouté un petit signe qu’elle n’a pas pu voir, happée par l’appartement. A table, j’ai réexpliqué le principe de la chaîne à Paul, patiemment. Nous avons décidé de descendre faire une simulation une fois le repas terminé. « Quoi de neuf au boulot ? » j’ai demandé à Marthe. Elle embraie aussitôt Marthe. Elle évolue dans un réservoir inépuisable d’anecdotes on dirait. On est descendu avec Paul. Sans mal, il a remis le vélo en selle. Mes explications avaient sans doute été plus claires, ou mes gestes plus assurés. La nuit est descendue sur la cour. Là-haut, des fenêtres se sont éclairées dont la nôtre. La cour m’est apparue bien vide. J’ai pensé au chien. Je me suis demandé s’il avait retrouvé sa démarche confiante. Combien de temps il a pu se souvenir de mon geste. L’avait-il déjà oublié alors que moi je le voyais encore se dirigeant vers la sortie. Encore maintenant j’y pensais au chien. Les enfants et Marthe couchés, j’ai traîné devant la télé. Dimanche soir est un moment définitivement particulier. Un sentiment de fin et la promesse d’un recommencement auquel je ne m’habitue pas. Le dimanche, les possibilités déclinent c’est un fait, mais on précipite soi-même la fin en renonçant à la promenade, au livre, au bricolage, à l’amour l’après-midi. On mise sur le week-end prochain. On est pétri de déréliction et de projets. Lundi, je me suis levé en grande forme, comme si j’avais dormi un tour d’horloge. La faim au ventre, j’ai préparé des pancakes. J’ai pris le temps. Il était cinq heures trente quand j’ai quitté l’appartement parfumé, et j’avais l’impression d’avoir déjà vécu. Une vie de farine, de sucre, de lait, d’œufs, de blancs en neige. J’ai laissé un mot « à ce soir », peut-être parce que justement ça n’allait pas de soi de rentrer le soir. Que rien ne va de soi. Qu’un jour on peut décocher un coup de poing à une bête qui va comme ça. Tout est possible. Les possibilités de nos vies nous guettent. Je ne sais si c’est menace ou libération. Cette radio, je pourrais ne pas l’allumer. Mais je mets le son. Comme chaque matin. Sauf que ce matin j’ai l’impression de n’en rien savoir de l’actualité, de n’avoir rien suivi de ce qui se trame sur la surface du globe. Ce matin m’explose ce que je pressens, ce que je combats à coup de journaux, de visites sur le net, de lectures diverses : je ne sais rien. Ni sur l’Irak, ni sur Israël ni sur rien. Rien ni personne. Rien sur moi. A la station essence, j’ai été tenté, ça ne m’était plus arrivé depuis longtemps, d’allumer des voix. J’écoute les voix comme des oracles. J’ai entendu overdose et pénurie. Ça n’augurait rien de bon. Le soir, au moment où je traversais la cour, j’ai aperçu deux hommes sur la plateforme de l’immeuble. Drôle de moment pour faire une inspection. Une urgence peut-être. Rien de suspect dans leur attitude. Ils parlaient haut. L’un d’eux a ramassé une balle de tennis. Que faisait-elle là ? Qui avait pu la lancer si haut ? L’homme a lancé la balle vers moi. Je ne l’ai pas saisie. De si haut, j’aurais pu me blesser. J’ai tourné les talons. J’ai quitté la cour. Elle était là devant moi. Ses petits talons faisaient un bruit particulier sur les pavés. Elle a essayé d’accélérer. Pas facile ainsi chaussée. Sa cheville a flanché. Je l’ai rattrapée sans mal.

     

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    2da04596-96ee-11e3-b064-b3bba553e1d5_original.jpg.h380.jpgVéronique JANZYK est chargée de communication pour la Province de Hainaut. Elle est aussi journaliste indépendante. Elle a publié plusieurs livres à ce jour : Auto (éditions La Chambre d’Échos, France), La Maison (au Fram, Belgique) ainsi qu’un recueil de textes, Cardiofight, intégré dans Trois poètes belges, avec Antoine Wauters et Serge Delaive aux éditions du Murmure, en France. Elle est aussi l'auteur de Les fées penchées et de On est encore aujourd'hui, paru en numérique chez ONLIT Éditions (2013).

    LIENS UTILES (copier/coller les liens)

    Véronique Janzyk sur ONLIT Editions :

    http://www.onlit.net/collections/veronique-janzyk

    Le lit, un texte de Véronique Janzyk

    http://www.onlit.net/blogs/revue/13989257-veronique-janzyk-le-lit

    Véronique Janzyk interviewée par Jacques Dedecker dans l'émission Mille-Feuilles:

    http://video.lesoir.be/video/x13p2or

    Les fées penchéesla lecture de Denis Billamboz sur Benzine.mag

    http://www.benzinemag.net/2014/02/27/les-fees-penchees-veronique-janzyk/

  • DEUX HISTOIRES DE PEAU

    Peau éthique

    Cet homme donnait, pour les distinguer, des noms de personnages publics répudiés ou ridicules à ses ver-rues (Verrue Jean-François Copé, verrue Gilbert Collard, verrue Jean-Marc Nollet, verrue Marc Uytendaele…) et des prénoms d’actrices mythiques à ses points de beauté : Marilyn, Brigitte, Greta, Gina, Grace... Et, pour les plus foncés, des noms de chanteuses de r'n'b: Rihanna, Beyoncé, Alicia...

    À des taches de séborhée qui lui venait avec l’âge, il leur donnait des noms de Grecs anciens (Thalès, Pythagore, Platon, Onassis).

    À ses boutons de fièvre, des noms de maladie en er: Asperger, Alzheimer, Gilbert,  Crigler…

    À ses plaques d’eczéma, des noms de lacs gelés.

    À ses taches de rousseur, des noms d’étoiles.

    À ses poils, des lettres en pagaille.

    Quand il s’ennuyait entre deux patients de son cabinet de dermatologie, à l’aide d’un face à main, il parcourait l’étendue de sa peau pour un voyage dans l’espace tendre.

     

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    La boutonnée

    Cette femme possède une peau à (dé)boutonner. Quand on l’a déshabillée, on peut encore lui ouvrir la peau. Peu d’hommes s’y risquent après avoir écarté un morceau de chair et avoir constaté le fourmillement intérieur qu’ils craignent, entre nous soit dit, de désordonner avec la main lourde du désir. Ils font  semblant de rien comme ceux qui, par mégarde, ouvrent une porte qu’ils ne devaient pas. La femme se vexe, elle ne se sent pas satisfaite et rêve d’un homme qui aurait le courage de fourrager dans tous ses organes avec l’assurance d’un chirurgien émérite ou d’un serial killer délicat. 

     

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    Sur le même sujet:

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  • LECTURES D'ÉTÉ

    P.Leuckx.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

     

     

    61Q0GHt5wML._SL160_.jpg« MITEUX ET MAGNIFIQUES » d’Evelyne WILWERTH (MEO, 2014), entre roman et nouvelles, raconte des vies ordinaires, à Bruxelles, du côté du Canal et de la déchetterie. Des Marylin de faubourg, des ouvriers, des enfants, des amoureux trouvent là, dans ce décor hyperréaliste, des histoires à dimensions humaines : des bouts d’amitié, des rencontres, des échanges. La vie n’est pas facile, le bonheur est parfois dans un pique-nique partagé, on se perd de vue le temps de quelques années et l’on aurait mieux fait de garder l’adresse de ce nouvel ami. En petites phrases très elliptiques, gorgées de sensualité et d’humanité, Evelyne Wilwerth dévide les vies quotidiennes, laisse couler leur musique profonde. On se croise et il en restera toujours quelque chose d’essentiel. Une petite musique s’éveille à lire ces saynètes ancrées dans la réalité : une musique des sentiments vrais, non spoliés, non pourris par la vie.

     

    ***

     

    9782253161998-T.jpg« L'ENQUÊTE» de Philippe CLAUDEL (Stock, 2010) est un gros roman étrange, où le lecteur se perd, à la quête d’informations claires, à l’instar de son antihéros, l’enquêteur, arrivé une nuit dans une ville étrange et étrangère, chargé d’y mener une enquête qui ne débouchera que sur de plus âpres questions et si peu de réponses. Les personnages, glauques et anonymes à souhait, déambulent dans cet univers kafkaïen, pourvus de leur seule fonction : le Policier, la Géante… L’intrigue multiplie les pièges et les zones interdites et le malaise est profond. Où sommes-nous ? Sommes-nous assurés d’y voir un peu plus clair ? L’antihéros s’englue et nous aussi, dans une histoire qui, à la manière d’Huxley, nous dépasse, nous déborde. Le style de l’auteur n’est pas en cause ni son grand talent pour imposer des atmosphères, mais l’on ne retrouve pas l’humanité des personnages auxquels Claudel nous a habitué.

     

    ***

     

    51HGK5T0P6L._SY300_.jpg« LE TRAIN DU MATIN » de l’excellent et regretté André DHÔTEL (Gallimard, 1975) est l’un ces romans qui s’attachent à vous comme lierre et qui ont aussi l’étrangeté habituelle de ceux de leur auteur. On ne quitte pas la région favorite de Dhôtel, les Ardennes françaises, ni les intrigues où les personnages s’en donnent à cœur joie pour dénouer les mystères de l’existence banale, dans des petites localités où presque rien ne se passe. On suit ici avec intérêt les mésaventures de personnages oisifs et/ou vagabonds, qui passent le plus clair de leur temps au café ou le long des voies ferrées, à la quête de renseignements sur une affaire de disparition de bijoux et d’héritage. Gabriel, grand amateur de filles et glandeur inconditionnel, ses amis Alfred (étrange personnage presque muet), Rinchal et Paticart ; les filles, Jeanne et Isabelle, sollicitées par nombre de regards ; d’autres encore… Le talent de Dhôtel est de faire tenir tout cela, avec peu, dans une langue qui décrit plus qu’elle ne raconte, pleine de dialogues un peu surannés, et ce lyrisme modeste des meilleurs, qui s’attache aux fleurs cueillies le long des talus, à l’âpre beauté sauvage. On chemine beaucoup dans ce roman, on recherche, on s’évade du quotidien, on y parle de Grèce, on y trouve des personnages qui ont perdu leur identité et le mystère trouve voie en l’âme du lecteur.

     

  • CRISE D'ADOLESCENCE

    billamboz.jpegpar Denis BILLAMBOZ

    Deux textes qui prouvent bien que la fameuse crise qui est à l’origine de la seconde cause de décès chez les adolescents, en l’occurrence surtout chez les adolescentes, n’est pas un mythe. Même si Eric Pessan a choisi ce sujet plutôt comme prétexte à un exercice littéraire alors que Michèle Halberstadt l’a traité comme un phénomène social qui peut toucher n’importe quelle famille insuffisamment attentive à ce qu’une enfant devenant une jeune fille peut ressentir autour d’elle. En tout cas, deux textes qui, malgré leur différence, montrent bien l’étendue de la responsabilité des parents devant l’angoisse qui accompagne cette mue tellement délicate.

     

    92670417_o.jpgMUETTE 

    Eric PESSAN (1970 - ….)

    Avec ce texte, Eric Pessan raconte l’aventure, les mésaventures, d’une jeune fille à peine adulte mais encore très adolescente à la recherche de la place que ses parents ne lui ont pas réservée dans notre monde. Dans une campagne des Pays de Loire, Muette quitte sa maison, elle part, elle ne fait pas une fugue héroïque, pathétique, dramatique, comme au cinéma ou aux actualités télévisées, non elle part tranquillement comme si elle sortait pour une longue promenade. D’ailleurs, elle ne va pas loin, elle a une cachette que personne ne connait, où elle peut vivre toute seule comme une grande, loin des « fais pas ceci, fais pas cela, fais ceci, fais cela, tu obéis c’est tout » que lui assènent sans cesse son père et surtout sa mère.

    Muette a besoin d’exister en dehors du carcan familial, besoin d’une intimité pour prendre du plaisir sans rendre des comptes à quiconque, besoin d’être considérée pour autre chose qu’un encombrement, qu’une charge inutile, qu’une entrave pour sa mère. Elle culpabilise, elle est la source de tous les maux qui accablent ses parents, des paysans rustres, frustes, lourdauds, insensibles mais travailleurs ; elle n’était pas désirée, elle est arrivée beaucoup trop tôt, sa mère était encore très jeune, elle rejette sur sa fille toutes les difficultés qu’elle a rencontrées à cause de cette grossesse prématurée. Muette est hypersensible, elle est concernée, affectée même, par tous les drames rapportés par les médias, elle prend tout à cœur, trop à cœur. « Arrête un peu, ça ne sert à rien de se faire du mal pour des choses qui se déroulent de l’autre côté de la planète ».

    pessan-eric.jpgDans son repaire, Muette se retrouve seule, seule confrontée à elle-même, à son histoire, à son passé, à l’absence de ceux qu’elle voudrait interpeller par sa fuite. Dans ses rêves, elle se transforme en un faune, Artémis des bords de Loire, pour se fondre dans la nature, se soustraire au genre humain porteur de tous les maux et tous les vices qui polluent le monde et le conduisent à sa perte. Elle cherche l’authenticité, la vérité, l’humanité sous sa forme originelle, la sérénité. La mue de Muette : « Elle fixe si longtemps son reflet qu’elle ne reconnaît plus rien de son visage. Sous ses yeux s’ouvre un passage, et quelqu’un d’autre émerge peu à peu de derrière sa peau ». Elle s’émancipe, se libère, tente d’échapper à sa mère à qui elle ressemble trop, « tu es bien comme ta mère », elle craint de reproduire ses comportements qu’elle a déjà infligés à ses poupées quand elle était enfant.

    « Muette, c’est juste une question de silence, d’extrême retenue et de regard qu’il n’est jamais possible d’accrocher », juste une adolescente qui n’est pas totalement sortie de l’enfance et qui n’arrive pas à entrer dans le monde adulte ; juste un être pur et candide, un petit faune, qui veut croire encore en un monde qui n’existe que pour les animaux, pour ceux qui ne font jamais le mal par plaisir mais simplement par nécessité.

    « Muette » c’est aussi un texte épuré, dépouillé, concis, précis, un vocabulaire choisi, toujours très juste, un rythme régulier qui tient le récit sur le fil de l’intrigue et des émotions qu’il génère, un texte parsemé des lieux-communs, réflexions populaires qu’on emploie quand on n’a rien de plus intelligent à dire, que ses parents lui infligent pour seule conversation, pour seules explications, comme pour ramener sans cesse le lecteur à ce dialogue impossible entre les parents et leur enfant.

    9782226229717.jpgLA PETITE

    Michèle HALBERSTADT (1955 - ….)

    « J’ai douze ans, et ce soir, je serai morte ». Elle ne tourne pas autour du pot la petite mise en scène par Michèle Halberstadt dans ce court roman, on sait tout de suite dans quelle histoire elle nous entraîne. Mais ce n’est qu’un faux départ pour l’autre monde car on apprend très vite que la petite a raté son coup malgré toutes les précautions qu’elle a prises. Elle peut alors nous raconter ce qui a provoqué cette tentative, sa vie de gamine mal aimée qui ne trouve pas sa place dans la famille, « ceux d’en face » l’écrasent, la tiennent à l’écart ; sa sœur est toujours meilleure qu’elle, l’humilie, ses camarades l’ignorent et la délaissent. Elle ne se sent pas acceptée, pas à sa place dans ce monde. « Etre ou ne pas être comme tout le monde ».

    C’est l’histoire traditionnelle de l’adolescente qui n’arrive pas à assurer le passage difficile de la puberté, beaucoup moins romantique et enthousiasmant que ce qu’elle avait imaginé et écrit à son amie fictive dans son journal intime. C’est aussi un rappel aux parents qui ne sont pas toujours suffisamment attentifs aux adolescents qui se sentent souvent incompris, différents, pas conformes aux standards véhiculés par la société et qui n’ont pas l’impression de pouvoir faire partie un jour du grand jeu des adultes. Les enfants sont souvent plus grands, au moins dans leur tête, qu’on ne le pense. « A quoi bon vivre quand on craint à ce point d’être soi-même ».

    15171.jpgQuand son grand père adoré décède, elle perd non pas seulement le complice qui ne se prenait pas assez au sérieux pour la cantonner dans le monde des enfants mais elle est aussi reléguée en dehors du chagrin familial car elle ne doit pas voir ses parents pleurer. Alors, elle se referme sur elle-même et « à force de me retrancher en moi-même, j’avais éteins mes couleurs. Je me voulais invisible, j’étais désormais insipide ? »

    Une histoire hélas trop banale, trop vue dans les médias pour en faire un roman original même si ce texte est agréable à lire, bien écrit, dans un style simple et dépouillé qui met bien en évidence les tensions qui habitent la petite.

  • Ma nymphe du Net + Les taches de son, par Denis Billamboz

     Ma nymphe du Net

      

    Je ne suis pas net

    Qu’ils disent

    J’aime une nymphe du Net

    Une fille très belle

    Mais tout en pixels

    Une fille sans chair

    Qui me coûte cher

    Mais une fille sans voix

    Qui jamais n’aboie

      

    Parfois quelques octets

    Valent bien un mauvais caquet

     

    Nymphe_Gardienne.jpg

     

    Les taches de son

     

    Elle avait un front de porcelaine parsemé d’un pur semi d’étoiles miniatures, il avait les joues semées de semences de soleil, ils s’aimaient comme on s’aime à vingt ans quand on sème des promesses sous la voûte céleste. Il a semé la minuscule semence en son sein sans même savoir qu’il fécondait sa sœur, sa sœur de lait celle qui avait tété le même sein que lui. A la naissance, sur le front de l’enfant luisait un semi d’étoiles et ses joues étaient parsemées de son mais il ne vagissait pas, il n’avait pas le son.

    La semence de soleil peut séduire les semis d’étoiles mais cette insémination reste silencieuse car les tâches de son sont insonores.

     

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