• WE LOVE PATRICK JUVET !

    juvet_6.jpgAu printemps 2015 sortira chez Universal Music un album hommage à Patrick Juvet lactarisé par Benjamin Biolait et intitulé We love Patrick Juvet!

    De grands noms de la chanson française et même internationale revisiteront les titres les plus célèbres du Grand Suisse. 

    Pascal Nègre, directeur général d'Universal Music France, se réjouit déjà:" Il y avait trente ans que j'en rêvais. C'est en train de se réaliser. L'album sortira au printemps. Janis Joplin, Jimi Hendrix, Jim Morrison auraient aimé chanter ses chansons, j'en suis sûr. Paul McCartney a refusé, c'est un grand regret mais il sera sur l'album hommage à Mireille Mathieu (NDLR: il chantera Mille colombes). David Bowie a reconnu avoir été interpellé par l'influence qu'il a eue sur le jeu de scène du Suisse. Franck Sinatra aimait beaucoup La Musica et Mickaël Jackson avait enregistré une version de We love america, qu'on ne retrouve plus... Patrick est raviii. Dans la foulée il sortira un album de nouvelles chansons enregistrées avec ses amis de la Croisière Age tendre & Tête de bois: Michelle Mort, Hervé Leonard, Philippe Vilard, Jacques Charbi , Philippe Monty La Compagnie du Splendid et le Grand Orchestre Créole... J'espère qu'il pourra en vendre quelques centaines car c'est un peu le capitaine Fracasse de sa génération bateau."

    En exclusivité, voici les noms pressentis avec les titres qu'ils interpréteront.

    Charles Aznavour (avec Liza Minelli): Swiss Kiss

    Patrick Juvet avec Claude François pour un duo virtuel: Le Lundi au soleil

    Dave: Où sont les femmes?

    Hubert-Félix Thiéfaine: Rêves immoraux

    Patrick Bruel: Au même endroit, à la même heure

    Arthur H: La Musica

    Pascal Obispo: Sonia

    Thomas Fersen: Je vais me marier, Marie

    Alain Delon (avec Hélène Ségara): Toujours du cinéma

    Christophe: Les bleus au coeur

    Jean-Louis Murat: Rappelle-toi Minette.

    Gérard Manset: Faut pas rêver

    Alice Cooper: Au jardin d'Alice

    Céline Dion: Magic

    Lady Gaga: Lady Night

    Johnny Halliday, Eddy Mitchell & Dick Rivers: We love America

    Pour patienter, voici une sélection de quelques titres originaux...


    BONUS

  • DIALOGUE DE SOURDS + L'ÉNARQUE, par Denis BILLAMBOZ

    Dialogue de sourds

      

    - Tu as regardé la télé hier soir ? 

    - Oui, ils sont vraiment nuls 

    - Surtout celui qui a un nom de Boer dans l’équipe de Hollande 

    - Montebourg ? 

    - Non, un non de boer pas un nom de bled 

    - Je ne vois pas 

    - Ah, j’y suis Van der Nieuwenhuizen

    - Mais je ne le connais celui-là, il est ministre de quoi ? 

    - Il n’est pas ministre, il est ouvreur 

    - Ouvreur de quoi ? 

    - Mais tu as regardé quoi ?

    - Ben une émission politique, je ne sais pas son nom

    - Ah je comprends moi j’ai regardé le rugby

     

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    L’énarque

      

    Costume sombre

    Cravate stricte

    Lunette de notaire

    Il trône à la tribune

    Prêche la bonne parole

    Assène sa vérité

    Dicte sa morale

     

    Moi, j’ai perdu le fil

    De sa bonne parole

    Je n’écoute plus son blabla

    Ce discours formaté

    Je le connais par cœur

    Il n’y a rien de nouveau

    Dans la langue de bois

      

    Mais lui on l’écoute

    Il est énarque

    Il a toujours raison

      

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  • NOUVEAU MONDE

    88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Aujourd’hui, je propose deux textes très différents mais deux textes qui évoquent, chacun à sa façon, la création d’un nouveau monde dans les grandes plaines de l’Amérique centrale là où se sont rencontrés les Amérindiens et toute une flopée de «traîne-la-prairie », d’émigrants, fuyant chacun une misère ou cherchant un eldorado quelconque pour prospérer et faire fortune ou simplement pour survivre. Deux livres qui auraient pu servir de point de départ au scénario d’un des multiples westerns qui ont passionné toute une génération de cinéphiles éblouis par les exploits de cowboys mais peu réceptif au sort réservé aux Indiens. Il est donc bon de lire des livres comme ceux-ci sur ce sujet pour rééquilibrer la balance par trop défavorable aux Indiens considérés seulement comme « les mauvais » dans ce genre de films.

     

    9782743625832.jpgFAILLIR ÊTRE FLINGUÉ

    Céline MINARD (1969 - ….)

    Dans ce récit Céline Minard lance ses mots dans une chevauchée fantastique, une chevauchée héroïque, à la manière de John Ford lançant ses cowboys et ses indiens à la conquête de l’Ouest sur les traces d’Henry Hatahaway. Elle réinvente les westerns que j’ai connus quand j’étais adolescent, qui m’emportaient vers des horizons que je ne connaissais pas, vers un monde nouveau. Chaque page de ce livre fait surgir un cowboy aux airs de John Wayne ou de Robert Mitchum ou des Indiens sosies d’Anthony Quinn. Sous sa plume, la vaste plaine désertique s’anime, les cowboys se rencontrent, pactisent, échangent, se truandent, se dépouillent mutuellement, s’écharpent, s’entretuent,… , - il est souvent plus facile de suivre les bottes ou les chevaux que leur propriétaire car ils changent trop souvent - les indiens épient, observent, découvrent, s’entre-tuent eux aussi, se font rouler, se vengent …, la plaine est en effervescence, tout se petit monde a besoin d’un lieu pour se ravitailler, pour se reposer, pour se défouler, pour se ressourcer … le campement devient un caravansérail à la mode américaine, un agglomérat de cabanes, de bicoques, un ramassis de tous les vices de la planète, une ébauche de rue, les prémices dune ville.

    A travers sa geste épique l’auteure décrit comment la rencontre, avec les peuplades autochtones, de tous ces « traîne-la-plaine » fuyant tous quelque chose qu’ils n’avoueront jamais, ou cherchant satisfaire des appétits qu’ils n’ont pu combler ailleurs, constitue l’acte de naissance réel d’une nouvelle société, la civilisation du Far West, pas seulement le Far West des westerns mais aussi le Far West qui est encore inscrit dans les gènes des nombreux habitants de ces régions du centre de l’Amérique pour qui la carabine ou le pistolet est encore une prothèse indispensable. Elle nous montre comment les Indiens ont reçu cette culture envahissante : « Ils avaient acquis et adopté le cheval en moins de deux générations, ainsi que les armes à feu et tout ce qui était susceptible de leur simplifier la vie » sans savoir qu’ils recevaient en même temps des microbes que leur organisme ne connaissait pas. Le pragmatisme des Blancs, leur appétit, leur avidité ne s’étaient pas dilués dans les grands espaces, bien au contraire : « Il se mit à rêver au commerce, à la diversité des denrées et des objets qui passent de main en main, à la valeur qu’ils acquièrent en changeant de civilisation, aux désirs prétendument variés et innombrables qu’il faut satisfaire ». Le cadre était campé l’Ouest virginal pouvait entrer dans la civilisation de la Grande Amérique des marchands.

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    Avec ce récit, Céline Minard réinvente le western épique, celui qui existait avant que les Italiens renversent la bouteille de sauce tomate dans les bobines et me détournent définitivement du genre.

    Elle chevauche désormais aux côtés de Dorothy M Johnson ou de Jack Schaeffer dont les romans ont fourni la matière à de nombreux scénarios de grands westerns à succès. Si un jour, elle émigre en Amérique, elle sera vite classée dans la liste des écrivains des grands espaces, ceux qu’on appelle les écrivains du Montana qui pourrait être le cadre de ce récit. Le texte de Céline n’est pas seulement une folle épopée, frisant la parodie, dans les plaines du Far West comme le chantait Yves Montand, c’est aussi un texte d’une grande richesse littéraire, excellemment documenté, dont le rythme ne fléchit jamais courant les pages comme les chevaux courent la plaine même s’ils changent souvent de cavalier.

    Et si le roman avait encore un avenir ?

     

    9782253166603-T.jpgLA MALÉDICTION DES COLOMBES

    Louise ERDRICH (1954 - ….)

    Louise Erdrich fait partie des écrivains dits du Montana, ceux qui ont écrit sur les grands espaces américains à la suite des fondateurs de l’école de Missoula, elle a des origines indiennes Objiwé et son œuvre est fortement imprégnée d’indianité comme on peut le constater dans ce texte qui raconte la rencontre des pionniers et des Amérindiens dans le Dakota du Nord à la fin du XIX° siècle et la difficile cohabitation entre ces deux peuples malgré un métissage qui a réuni de nombreuses familles générant ceux qu’on a appelés « les bois-brûlés », métis indiens-français car les Norvégiens et les Allemands ne se mélangeaient pas.

    Le récit se déroule dans deux temps différents : à la fin du XIX° siècle quand les colombes envahissaient encore le pays, dévastant les récoltes et s’en prenant même aux individus dans une frénésie hitchcockienne, et à partir de la fin des années soixante quand la petite fille, Evelina, de Mooshum, l’ancêtre rescapé d’un lynchage d’indiens accusés à tort de l’assassinat d’une famille de pionniers, rapporte les différentes variantes des histoires plus ou moins réelles que son grand père lui raconte sur ces temps mémorables. D’autres narrateurs prennent le relais de la jeune fille relatant d’autres histoires, ou la même histoire sous un angle différent, pour, en assemblant tous ces récits, reconstituer l’aventure de cette poignée de familles qui a donné naissance à la petite ville de Pluto quelque part entre Fargo et Bismarck dans le Dakota du Nord, si elle existe ou a existé. Dans ce roman polyphonique, Louise Erdrich fait vivre quelques familles d’Indiens, de métis, et de pionniers, français principalement, qui ont participé à la fondation de cette petite ville, et qui, aujourd’hui, la voient disparaître peu à peu, mourir en marge de la civilisation.

    L’auteur décrit toutes les étapes de la création de cette ville qui pourrait être n’importe quelle autre ville de cette région : l’épopée héroïque, trop peut-être, la spoliation des indiens, la spéculation, l’exploitation des territoires, le mélange, le métissage, la création des réserves ghettos et finalement le déclin. La fondation d’un peuple rude, rugueux, violent, issu d’une sélection naturelle encore récente et accoutumé à la concurrence quotidienne pour survivre et s’enrichir.

    C’est aussi l’histoire de quelques individus profondément marqués par leurs origines mêlées et par le grand événement qui a marqué la région en 1896, le lynchage de quatre Indiens injustement accusés du massacre d’une famille de pionniers. Cet événement tragique concerne toutes les familles impliquées dans le récit, chacun a un lien de sang avec les coupables ou les victimes et même souvent avec les deux camps tant les arbres généalogiques emmêlement leurs rameaux.

    « Maintenant que certains d’entre nous ont mélangé dans la source de leur existence culpabilité et victime, on ne peut démêler la corde », celle qui a servi pour le lynchage et enserre encore tout le groupe dans ses nœuds.

    C’est aussi la confrontation entre deux peuples, les Amérindiens chassés de leurs terres et les pionniers blancs à la recherche de nouveaux espaces pour implanter des fermes, acquérir des terrains et spéculer sur la création de villes prospères. Les Amérindiens vivent très mal la perte de leurs terres. « J’ai vu que la perte de leurs terres était logée en eux pour toujours ». C’est une des parties de la question indienne que l’auteur met en exergue car, ayant elle-même des origines indiennes, elle évoque, dans ce texte, l’indianité : la culture, les croyances, les mœurs indiens et surtout la conception indienne de l’humanité très sensible au monde du rêve et de l’au-delà par opposition au pragmatisme des pionniers ne s’intéressant qu’à l’aspect réel et concret de ce qui peut satisfaire leur intérêt immédiat.

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    Pour être un bon roman, ce livre comporte peut-être trop d’actions, de digressions, de personnages, d’aventures, d’anecdotes, etc..., il ne laisse pas suffisamment de place, d’espace, pour les idées et la réflexion. Ce texte manque d’une véritable cohérence soutenant le thème général commun à tous les différents récits qui le composent en ne s’agrégeant, hélas, pas très bien. Par exemple, l’auteur aurait pu suivre plus fidèlement les tribulations du violon accompagnant une bonne partie de la fondation de ce peuple bâtard qui n’a jamais pu totalement résoudre le problème de ses origines mêlées et conflictuelles, et qui cherche dans un retour vers ses origines autochtones une solution à une certaine dégénérescence mercantile éloignant les individus de leur humanité fondamentale. Le lecteur aurait eu ainsi « un fil rouge » pour le guider dans ce texte un peu tortueux. Ce livre se présente donc plus comme une accumulation de récits un peu hétérogènes que comme une polyphonie constitutive de l’épopée d’un peuple, de la création d’une société originale née de la rencontre de deux ethnies très différentes, peut-être trop différentes pour en un faire un peuple uni, conquérant et prospère.

  • Pierrette PIERREQUIN publie son PREMIER APHORISME.

    ecrivain.jpgPierrette Pierrequin de Pont-de-Loup publie son premier aphorisme. Nous l’avons rencontrée.

    -         Vous écrivez depuis longtemps ?

    -          J’ai toujours écrit.

    -         Pourquoi publier seulement à l’âge de 22 ans ?

    -         Je ne me sentais pas encore prête. Je voulais proposer quelque chose d’abouti au lecteur.

    -         Votre recueil intitulé L’aphorisme comporte un seul aphorisme. Que raconte-t-il ?

    -         L’histoire d’un couple qui s’égare dans une ville à la nuit tombée. Chacun des protagonistes rencontre une femme dont il tombe amoureux. Quand ils se retrouvent au petit matin, ils se racontent leur rencontre et se persuadent qu’ils ont rencontré la même femme. En fait, cette femme…

    -    Tout ça en un aphorisme ?

    -         Oui.

    -         Vous avez mis combien de temps pour l’écrire ?

    -         Une minute et toute une vie.

    -         Vous l’avez écrit en résidence d’écriture ?

    -         Non, j’en avais fait la demande. Mais elle m’a été refusée. Au profit d’un candidat haïjin qui voulait écrire son premier haïku au Japon. Dommage, j’aurais aimé allé écrire mon premier aphorisme dans les pays de l’Est.

    -         Pourquoi l’Est ?

    -         C’est de là que vient le vent... 

    -         Je comprends.

    -         Alors, je l’ai écrit à Ostende. Ensor, Arno...

    -         Bien sûr.

    -         Des lectures sont prévues ?

    -         Oui, par Michel Riccoli à l’Intime Festival ?

    -         Michel Piccoli, vous voulez dire ?

    -         Non, Riccoli, c’est mon homme. Il est boucher mais il lit très bien. Pas de façon hachée (elle rit).

    -         Vous avez beaucoup d’humour.

    -   On me le dit souvent. Michel est un peu voyant aussi. Il lit dans la viande de cheval. Le Poète est Voyant, vous savez (elle prend un air inspiré). Oui, la viande de cheval renvoie bien l’avenir. Mieux que la viande de veau…

    -         Et il voit comment votre avenir ?

    -         Il le voit en Viandée (elle rit, il faut l’arrêter.) C’est l’intime festival tous les jours, nous nous aimons depuis que je suis petite.

    -         Vous vous êtes connus à l’école ?

    -   Comment vous avez deviné. Oui, il venait livrer la viande pour la cantine. Je suis tombée amoureuse de lui au premier regard. C’est lui qui m’a fait lire mon premier aphorisme.

    -         De Chavée, Scutenaire, Mariën ?

    -         Non, de Riccoli.

    -         Ah, il écrit ? Il a déjà publié ?

    -         Oh un petit livre il y a cinquante ans, au sortir de ses études. Je le relis souvent.

    -         On le trouve encore ?

    -         Uniquement aux Puces Électroniques.

    -         On va rappeler le titre de votre ouvrage et le nom de la maison d’édition.

    -         Oui, L’aphorisme aux éditions de L’aphorisme, c’est facile à retenir (elle rit).

    -         Un ouvrage de Pierrette Pierrequin.

    -         Un  pseudo, en fait. Je m’appelle Doriane Dostoïevski. Mais c’est trop difficile à retenir. 

     Un ouvrage à lire de toute urgence, entre deux pages d’un des longs romans de la rentrée.

  • LE TROU NOIR

    supermassive_black_hole.jpegMon frère a disparu dans un trou noir.
    Cela fait rire mon pharmacien qui ajoute toujours « Comme c’est troublant » en pastichant Louis Jouvet dans Drôle de drame.

    « Trou noir, trou noir, comme c’est troublant. »
    Pourtant c’est vrai, avant de disparaître, mon frère a écrit noir sur blanc : Je suis dans un trou noir ! Je me suis dit que le trou noir permettait encore d’écrire. Il doit comprendre une salle où on peut, comme qui dirait, transcrire ses dernières impressions.

    Depuis, des voisins qui voyagent partout dans le monde l’ont vu ici ou là. Suivant les positions du trou noir, il doit remonter à la surface du monde visible avant de disparaître à nouveau. Mais il n’a plus le temps de m’écrire…

    Comme je crains d’être l’objet du même prodige ou d’une malédiction familiale (maman et mon oncle ont fini, eux, par se perdre), je prends des anxiolytiques. Le trou noir me guette, je le sens bien. Je vais tomber dedans un de ces jours. Il n’y a qu’à la pharmacie où je me sens en sécurité ; tous ces médicaments qui m’entourent, me protègent… Et le rire du pharmacien, ses bons mots, sa bonne humeur coutumière…

    L’autre jour, il est mort, il s’est flingué.

    J’ai été en partie rassuré : « Au moins, il n’avait pas été absorbé par un trou noir. »

  • 10 HISTOIRES VRAIES de SOPHIE CALLE

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    Le nez

    J’avais quatorze ans et mes grands-parents souhaitaient corriger  chez moi certaines imperfections. On allait me refaire le nez, cacher la cicatrice de ma jambe gauche avec un morceau de peau prélevé sur la fesse et accessoirement me recoller les oreilles. J’hésitais, on me rassura : jusqu’au dernier moment j’aurais le choix. Un rendez-vous fut pris avec le docteur F., célèbre chirurgien esthétique. C’est lui qui mit fin à mes incertitudes. Deux jours avant l’opération il se suicida.

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    Le strip-tease

    J’avais six ans et j’habitais rue Rosa-Bonheur chez mes grands-parents. Le rituel quotidien voulait que je me déshabille tous les soirs dans l’ascenseur de l’immeuble et arrive ainsi nue au sixième étage. Puis je traversais à toute allure le couloir et, sitôt dans l’appartement, je me mettais au lit.

    Vingt ans plus tard, c’est sur la scène d’une baraque foraine donnant sur le boulevard Pigalle, que je me déshabillais chaque soir, coiffée d’une perruque blonde au cas où mes grands-parents qui habitaient le quartier viendraient à passer.

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    La lame de rasoir

    Je posais nue, chaque jour, entre neuf heures et midi. Et chaque jour, un homme assis à l’extrémité gauche du premier rang me dessinait pendant trois heures. Puis, à midi précisément, il sortait de sa poche une lame de rasoir et, sans me quitter des yeux, il lacérait méticuleusement son dessin.

    Je n’osais bouger, je le regardais faire. Il quittait ensuite l’atelier, abandonnant derrière lui ces morceaux de moi-même. La scène se renouvela douze fois. Le treizième jour, je ne vins pas travailler.

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    Les chats

    J’ai eu trois chats. Félix mourut enfermé par inadvertance dans le frigidaire. Zoé me fut enlevée à la naissance d’un petit frère que j’ai haï pour cela. Nina fut étranglée par un homme jaloux qui, plusieurs mois auparavant, m’avait imposé l’alternative suivante : dormir avec le chat ou avec lui. J’avais choisi le chat.

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    La cravate

    Je l’ai vu un jour de décembre 1085. Il donnait une conférence. Je le trouvai séduisant. Une seule chose me déplut : sa cravate aux tons criards. Le lendemain je lui fis parvenir anonymement une discrète cravate marron.

    Quelques jours plus tard, je le croisai dans un restaurant : il portait ma cravate. Elle jurait avec sa chemise. Je décidai alors de lui envoyer, tous les ans, pour Noël, un vêtement à mon goût.

    Il reçut en 1986 une paire de socquettes grises en soie, en 1987 un gilet noir en alpaga, en 1988 une chemise blanche, en 1989 des boutons de manchette, en 1990 un caleçon à motif de sapins de Noël, rien en 1991, et en 1992 un pantalon de flanelle grise. Le jour où il sera totalement vêtu par mes soins, j’aimerais le rencontrer.

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    Le cou

    Il souhaitait me photographier avec son Polaroïd. Lorsque l’image parut, une ligne rouge barrait mon cou. Je ne voulus pas que ce cliché finît en des mains étrangères. Je demandais à le garder et me tins sur mes gardes dans les jours qui suivirent. Deux semaines plus tard, la nuit du 11 octobre, un homme tenta de m’étrangler dans la rue et me laissa inanimée sur le trottoir.

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    Les seins miraculeux

    Adolescente, j’étais plate. Pour imiter mes amies, j’avais acheté un soutien-gorge dont je ne tirais évidemment aucun avantage. Ma mère, qui exhibait fièrement un buste resplendissant, et ne manquait jamais l’occasion de faire un mot d’esprit, l’avait surnommé soutien-rien. Je l’entends encore. Durant les années qui suivirent, tout doucement, ma poitrine prit du relief. Mais rien de bien excitant. Et subitement, en 1992 – la transformation s’opéra en six mois -, elle s’est mise à pousser. Seule, sans traitement ni intervention extérieure, miraculeusement. Je le jure. Triomphante mais pas vraiment surprise, j’ai attribué la performance à vingt ans de frustration, de convoitise, de rêveries, de soupirs.

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    L’amnésie

    J’ai beau regarder, jamais je ne me souviens de la couleur des yeux des hommes, ni de la taille, ni de la forme de leur sexe. Mais j’ai pensé qu’une épouse se doit de ne pas oublier ces choses-là. J’ai donc fait un effort pour combattre cette fâcheuse amnésie. Maintenant, je sais qu’il a les yeux verts.

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    La girafe

    Quand ma mère est morte, j’ai acheté une girafe naturalisée. Je lui ai donné son prénom, et je l’ai installée dans mon atelier.

    Monique me regarde de haut, avec ironie et tristesse.

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    La vue de ma vie

    La fenêtre de ma chambre donne sur une prairie. Dans cette prairie, des taureaux. Des pique-bœufs les accompagnent. Sur la gauche, les branches d’un saule pleureur. Au loin, une rangée de frênes et de tamaris. Des aigrettes, une cigogne parfois… Rien de remarquable, et pourtant, ce pré rayonne. Je ne saurais compter les heures passées à le regarder à travers la moustiquaire. Ce pré, cadré par la fenêtre, est l’image que mon regard aura le plus photographiée. La vue de ma vie.

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    Les textes sont tirés du livre DES HISTOIRES VRAIES de Sophie CALLE paru aux éditions ACTES SUD

    Les photos sont pour la plupart visibles dans le livre.

    Sophie CALLE est née en 1953 à Paris.

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  • CAMAR(A)DE de Yannick TORLINI

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

    ob_522037_is-couv-torlini.jpgPar glissements, par sens superposés, par glissades de sens, en de longues phrases qui portent sens, Torlini réussit à brasser ce que les deux thèmes du mot-valise-titre mettent en évidence : la mort au bout du compte pour tout être aimé, sensible.

    Par assauts de lucidité, le poète dévide une philosophie de vie qui le pousse à retenir toutes les aspirations, toutes ces « respirations » du monde, le vivre, le jouir.

    Les images, les domaines qu’elles soulignent, foisonnent, démultiplient la vision :

    camarade crasse ta semelle qui au dessin parcourt ton ombre crasse (l’ombre de ) camarade, ta semelle au vent de douleurs, ne cesse le trajet au vent ta fatigue extrêmisée jour finissant + attente

    Les ellipses, les ruptures de constructions sont nombreuses et sollicitent nos sens :

    et rien d’autre que la respiration : enfin la. respiration (pas de). ni ce désert que tu nommes cors arase. rien d’autre que : la respiration dans. la respiration, camarade.

    Cette poésie tire parti des silences, des blancs, des mots ressassés et d’un rythme très personnel, déjanté, déchiqueté pour dire, se dire.

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    Ce recueil annonce un beau travail sur la langue et la gravité de thèmes proches de l’auteur. Le poète fore, loin, répète, relaie, relie, ose des ponts sévères entre les mots et crée un réseau, certes difficile, complexe, où le lecteur se sent dans un risque de tous les instants, comme s’il redécouvrait sa propre langue, neuve, originale, décrassée des lieux communs.

    Yannick TORLINI, CAMAR(A)DE, éditions Isabelle Sauvage, 2014, 88p., 14€.

    Pour découvrir les éditions Isabelle Sauvage:

    http://www.lautrelivre.fr/editeur/isabelle-sauvage

  • UNE LIAISON FATALE

    Goldplated-Staples.jpgCet homme n’avait jamais ressenti un sentiment aussi fort. Ce n’était pas pour un animal ou pour une injustice, ou pour la misère d’autrui. Non, cet homme eut un coup de foudre pour une agrafe.

    Elle n’était pas à lui. On ne tombe pas amoureux de ce qu’on possède.

    Elle était si fine, si élégante, si stylée, pour tout dire. Il aurait tout donné pour elle mais il n’avait plus rien à donner. Elle reliait un tas de documents le concernant mais comment dérober cette agrafe, se l’approprier jusque dans sa chair ?

    L’homme, dans un élan incontrôlé, une poussée d’amour, brutalisa l’employé de police derrière son bureau de police et arracha l’agrafe à son bagne. Mais il ne réussit pas à franchir la porte du commissariat avec son butin, une suite de balles l’en empêcha qui le figèrent, comme qui dirait, à jamais.

    Six balles, tout un barillet, qui s’enfoncèrent dans plein d’organes encore sains, bousillant tout sur leur passage non annoncé.

    Il mourut rapidement, avec cette agrafe furieusement aimée qu’il tenait dans sa paume si fort serrée qu’elle resta accrochée à sa peau jusque dans la terre où on l’inhuma.

    Il en est ainsi des grandes et fugaces amours...

    Ses précédents coups de cœur pour des enclumes, marteaux, tenailles, couteaux de boucher… n’avaient été fatals que pour leurs propriétaires qui s’étaient idiotement interposés entre les objets de sa fougue et lui. 

  • TROIS POÈMES À CROQUER

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    Fraise

     

    Le mot fraise

    À lui seul

    Crée une île rouge

     

    Avec tes lèvres

    Pour unique radeau

    Cheminer sur l’eau

     

    Abattre la pirate

    Qui est en toi

    Pour gagner ta bouche

     

    Hisser le drapeau blanc

    D’un baiser 

    Lent comme un abordage

     

     

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    Manger

     

     Tu veux me manger

    Tu ne dis pas quand

    Ni dans quel restaurant

     

    Je vais te faire grossir

    J’ai beaucoup de calories

    Et la viande trop blanche

     

    A force de manque de soleil

    J’ai de la graisse

    Et je manque de grâce

     

    Sinon dans mes rêves

    Mes désirs de ballerine

    Enfouis dans mes cerfs-volants

     

    Aurai-je le temps de goûter tes lèvres 

    Je risque de passer bien vite

    De ton palais à ton œsophage

     

    Tu veux me manger

    Mais as-tu faim vraiment

    Ou c’est pour passer le temps

     

    Allez, je m’habitue à l’idée

    De m'étaler dans ton assiette

    A côté d’une belle serviette

     

    D’une table bien rangée

    Et j’imagine - tu es si délicate -

    D’un portrait de moi en pied 

     

    Tu veux me manger

    Tu ne dis pas quand 

    J’attends tes dents !

     

     

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    Les solidarités monstrueuses

     

    On a dû te dire

    Que la solidarité est sérieuse

    Entre gens de bonne compagnie

     

    Quand tu es entrée

    Dans la chambre aux plaisirs

    Un sourire au bord des lèvres

     

    Quel bonheur de lire Sade

    Entre les jambes d’une bayadère   

    Sans savoir rien de son trépas !

     

    On a dû te dire

    Que la solidarité est monstrueuse

    Entre gens de mauvaise compagnie

     

    Quand tu es sortie  

    De la chambre aux horreurs

    Un filet de sang au bord des lèvres

     

    Mais on va dans la vie

    Sans apprendre ce genre de choses

    Qu’aucune école n’en saigne

     

    Si bien que la mort vous cueille

    Toujours au seuil de l’innocence 

    Avec des rêves à peine ouverts

     

     

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  • EXPOSITION Salvatore GUCCIARDO à VILLE 2 à CHARLEROI

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    Salvatore GUCIARDO exposera une centaine de tableaux

    dans le centre commercial VILLE 2 de CHARLEROI

    du 15 au 27 septembre 2014.

     

    On pourra, de plus, découvrir le peintre au travail  les mercredi 17/9 - vendredi 19/9 - samedi 20/9 - mercredi 24/9 - vendredi 26/9 et samedi 27/9 entre 10 et 19 heures.

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     http://www.salvatoregucciardo.be/

    http://www.ville2.be/

  • MON QUARTIER + ENNUI ENNUIS de Denis BILLAMBOZ

     Mon quartier

      

    Il était beau mon quartier

    Il chantait des airs inconnus

    Il était brun, il était blond

    Il sentait bon l’aventure

      

    Il a perdu ses couleurs

    Il est triste, il est sombre

    Les corbeaux hantent ses rues

    Il pue l’intégrisme à plein nez

      

    Seule la blanche des dealers

    Accroche son sourire

    Dans ce monde obscur

    De la religion trop pure

     

    Tout le monde a peur

    Chacun se cache

    Sous une barbe

    Sous un voile

      

    Il était gai mon quartier

    Il est triste mon quartier

    Il était vivant mon quartier

    Il sent la mort mon quartier

     

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    Ennui ennuis

      

    Le temps passe

                lentement

    Se délasse

                       tranquillement

    Se prélasse

                    douillettement

     

    Je vois le ciel

       pâlir

    J’entends la pluie

                   S’enhardir

    Je m’ennuie

                A mourir

     

    Encore un jour

                 De grisaille

    Un autre jour

                 Sans travail

    Mon amour mon amour

                          Je suis sur la paille

      

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    Photos de Daniel Bouzard

    http://www.galerie-photo.com/daniel-bouzard.html

  • POLYNÉSIE PERDUE

    images?q=tbn:ANd9GcT_ddUXkAkJvfBlFHp20RLKL0hSoL621ZyrfNYbwvC0D9TCtbkJ6OLdfApar Denis BILLAMBOZ

    En 2011, au Salon du livre de Paris, l’année où l’Océanie était à l’honneur, j’ai acheté quelques livres de littérature polynésienne bien trop méconnue en Europe et notamment en France métropolitaine. J’ai déjà eu l’occasion de présenter quelques-unes de ces acquisitions, aujourd’hui, je voudrais consacrer ma publication à deux auteurs qui ont ardemment milité pour défendre leur culture et leurs traditions ancestrales sévèrement agressées par l’intrusion des mœurs et de la culture des colonisateurs et des puissances anglo-saxonnes Nous regardons toujours ces îles paradisiaques avec des yeux de touristes émerveillés, nous pourrions l’espace d’une lecture essayer de comprendre ce que ressentent les autochtones devant l’invasion des Occidentaux.

     

    Pambrun_5.jpgLE BAMBOU NOIR

    Jean Marc PAMBRUN (1953 – 2011)

    Ce livre a, pour moi, une petite histoire, je l’ai acquis au Salon du livre de Paris 2011 des mains mêmes de la fille de l’auteur décédé seulement une quinzaine de jours avant l’ouverture de cette manifestation. J’ai donc lu ce texte avec une émotion particulière. Il raconte environ vingt années de la vie d’un jeune Tahitien en neuf chapitres rapportant chacun un événement particulier dans un temps et un lieu à chaque fois différent.

    Ce jeune Tahitien a quitté son île pour découvrir le monde, s’ouvrir aux autres, rompre le confinement insulaire. Au Quartier Latin à Paris, à l’Ecole Nationale des Beaux Arts, il suit sans grande conviction des cours de dessin, il ébauche une esquisse qu’il ne sait pas terminer, il préfère refaire le monde avec ses amis ou l’amour avec la rousse Agathe puis avec sa compatriote Miri. Il est très engagé contre la France colonialiste, capitaliste et fabricante des bombes nucléaires testées dans sa région. La virulence de ses positions provoque la perte de sa bourse d’étude, il rentre donc au pays où il devient un architecte reconnu, viveur, qui s’écarte progressivement de son idéal. Il voulait que son pays ait une autre image que celle véhiculée par les agences de voyages et autres vendeurs de séjours de rêve et que ces concitoyens cessent de s’agiter dans une gesticulation revendicative qui ne faisait pas avancer leur cause. Lui défendait un retour aux valeurs originelles et authentiques à travers l’architecture des maisons traditionnelles pour retrouver l’art de vivre des anciens et le vrai lien qui unit le Polynésien à son sol.

    Le texte raconte la vie de ce héros qui s’écoule entre ses rêves prémonitoires et la transcription sur son esquisse des événements annoncés quand ils ont été vécus. Cette esquisse devient ainsi le fil rouge de sa vie et, quand elle sera devenue tableau, il aura trouvé le chemin de son existence. Mais avant de trouver ce chemin, il devra affronter sa destinée, ou ses convictions personnelles, seul contre tous, sa famille, son ami et employeur, ses collègues de manifestations, les pouvoirs publics et même Gaston Flosse et Oscar Temaru, les deux grands rivaux politiques du Territoire.

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    Un livre militant, politique, engagé jusqu'à la caricature, où l’on retrouve les messages habituellement diffusés dans presque tous les textes revendicatifs des indépendantistes de tous les territoires injustement occupés et des manifestants hostiles au nucléaire. Le héros est un combattant convaincu, prêt à tout sacrifier, y compris sa famille, pour défendre l’intégrité de son île mais un combattant hypersensible à la faiblesse lacrymale affirmée.

    Au bout de son engagement, il découvre la corruption institutionnalisée au plus haut sommet du Territoire par des hommes qu’il n’hésite pas à citer et que nous connaissons jusqu’en métropole. Par un long plaidoyer, il invite ses concitoyens qui acceptent sans vergogne aucune de brader leurs traditions et leurs valeurs ancestrales pour adopter un mode de vie importé par le pays colonisateur, à se méfier du temps qui défait tout : l’amitié, le couple, la nature, … quand on ne respecte pas le passé pour construire le futur. La vie n’est que ce temps entre le rêve prémonitoire et la transcription sur l’esquisse de l’architecte.

    Mais comment relier le héros, le narrateur et l’auteur ? Comme le narrateur cite nommément certains hommes politiques, on peut décemment penser qu’il est de connivence avec l’auteur dont les idées ne sont peut-être pas totalement étrangères à celles du héros. Mais comme Jean Marc Pambrun est décédé, il ne pourra plus jamais nous éclairer.

     

    Hiro_Isidore.jpgPOÈMES DU TEMPS

    Isidore HIRO (1947 - ….)

    Ce court recueil de poèmes est introduit par la généalogie et une biographie de l’auteur car « c’est notre façon traditionnelle de procéder : celui qui va parler se présente, dit d’où il vient, qui sont ses ancêtres, qui il est. Il n’y a pas d’anonymat chez nous (en Polynésie) ». Isidore Hiro nous rappelle ainsi le lien très fort qui unit l’homme à sa terre, on doit se présenter en disant d’où l’on vient et d’où viennent ses parents. Il n’écrit pas spécialement pour faire œuvre de littérature mais surtout pour rappeler aux Polynésiens, ceux de Moorea notamment, où il est né et où il est revenu pour terminer sa carrière et vivre sa retraite, qu’ils appartiennent à un peuple qui a une terre, une langue, une culture et qu’ils sont en train d’abandonner tout cela devant la modernité apportée par ceux qui se sont approprié cette terre qui ne leur appartient pas. C’est une leçon de bonne conduite polynésienne. « Puisse ces textes redonner courage et espoir à ceux qui luttent pour conserver leur identité et donner ou redonner à d’autres le goût de leur culture et de leur langue si précieuses et irremplaçables ».

    Le temps est aussi une grande préoccupation de l’auteur, « j’ai écrit pour parler du Temps : l’ancien temps, le temps présent et le temps à venir… » car le temps est immuable, seuls, les hommes changent et en Polynésie, ils ne changent pas pour la bonne cause, pour la défense de leur identité.

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    « Ô, toi le temps,

    Tu es toujours le même

    Dans les temps anciens,

    Hier,

    Aujourd’hui,

    Demain et après demain,

    Et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps. »

    La modernité a envahi la Polynésie comme elle a submergé le reste du monde et Isidore Hiro cherche à stigmatiser cette déviance :

    « C’est ainsi… C’est l’époque moderne.

    C’est le temps des bradeurs de terres, des voleurs de terres »

    C’est aussi le temps de l’inquiétude et de l’angoisse, le temps du désespoir mais peut-être aussi le temps de tout changer, de renouer avec la tradition de tout récurer pour que vive le peuple mäôhi.

    « Ma culture en train de sombrer dans l’oubli,

    Mon identité mäôhi en train de s’anéantir,

    Le nom de mes ancêtres en train de s’effacer,

    C’est l’époque du grand nettoyage. »

    Ce recueil a été écrit en 1999, publié en 2000 en langue tahitienne et réédité en 2009 en version bilingue tahitien et français. Je l’ai acheté au Salon du livre de Paris, l’année de l’Océanie.

  • SADE, SAND, SANDRA, SANDRARS...

    55916892.jpgCet écrivain qui ne savait pas lire recopia toute sa vie avec application et à l’exemple du Pierre Ménard de Borgès des manuels d’écriture complets. 

    Au bout de sa vie d’écrivain, sa bibliographie imposante comprenait, à côté de romans jeunesse fameusement niais, des Andriat, Anouilh, Andouille, Barthes, Bataille, Batman, Char, Charneux, Chardonne, Chardonneret, Camus, Carroll, Colette, Céline, Dion, Drillon, Dumas, Duras, Ducasse, Faulkner, Flaubert, Faudel, Djian, Giono, Gide, Ginette,  Janvier, Juin, Juliet, Kafka, Kessel, Kerviel, Lamartine, Lharmonica, Larbaud, Larbin, Maurois, Mauriac, Mauricette, Norge, Nothomb, Nizan, Néant, Ormesson, Orsenna, Onrmessa, Pascal, Pagnol, Panini, Ping, Ponge, Pons, Pilate, Proust, Prost, Ronce, Ronsard, Rousseau, Rosset, Roussette, Sartre, Sade, Sand, Sandra, Sandrars, Tardieu, Toulet, Tournier, Tour & Taxis, Vian, Vialatte, Violette, et j’en invente…

    Quand on l’attaquait sur le peu d'originalité, la légèreté de certains de ses modèles et l’éclectisme outrageant de sa propre oeuvre, il répondait que pour la  créativité, la fantaisie et l’improvisation, il avait bien assez avec sa vie de tous les jours.

  • LA POSITION DE L'AUTEUR au moment de la dédicace

     La certitude est le savoir du sot

    Georges Elliautou

     

    signing.jpgCet auteur en séance de dédicaces a le geste sûr. Ni trop appuyé, ni trop relâché. L’axe de la tête formant avec la ligne du buste un angle de 33°. Le geste du tireur à l’arc appliqué au livre ! Il sait où il va, il sait ce qu’il a à dire et comment le dire. C’est qu’il a l’habitude de dédicacer dans toutes les foires & kermesses, dans toutes les librairies & boutiques…

    On vient de loin pour le voir faire. On le prend en photo, on le filme, sous toutes les coutures, on veut l'angle de vue inouï pour le répercuter sur les réseaux sociaux. On lit religieusement ce qu’il a griffonné sans toujours comprendre son écriture de chiotte, ou de médecin, c’est selon. Ce n’est pas la graphie qui compte chez l’auteur en dédicaces, on l’a compris, mais la position, la façon de se positionner en tant qu’écrivain.

    Cette façon même de porter le regard sur le livre avant de s’en emparer, de tourner la couverture, d'effleurer sans prendre. Sans parler de son entrée sur l’aire de dédicaces, sa manière de plier la chaise à sa volonté de s’asseoir, cette façon de regarder par-dessus ses lunettes d'écriture entre bienveillance et mépris pour s’informer du prénom du dédicataire, ce sans livre qui n'a jamais dédicacé.

    On l’a même écrit : « Décomposition d’un geste parfait » s’est vendu à quelques centaines d'unités d’exemplaires. On a oublié de qui il était sinon qu’il portait sur l’auteur en dédicaces, tel qu'on est arrivé à le qualifier.

    Les ateliers d’écriture de cet auteur sont très courus. On y rencontre des écrivains confirmés mais qui doutent toujours, se demandant pourquoi on les lit, ainsi que des auteurs aspirants qui rêvent de dédicacer. Tous répètent et répètent, absorbés par leur projet un rien démesuré, trop vaste pour eux.

    Les esprits chagrins disent que les participants singent le geste du maître, qu’ils n’auront jamais son maintien pénétré, sa technique infaillible, son style inimitable et, pour tout dire, la classe de cet auteur en dédicaces que le monde littéraire envie.

    Non content d’être l’auteur en dédicaces le plus admiré de sa région, cet homme qui ne craint pas les défis toujours plus subtils a décidé de devenir l’auteur qui, en interview, déclare avec le plus de conviction – et sans rire: « mon livre, mon éditeur, mon œuvre, mon livre, mon éditeur, mon oeuvre… »

  • Agnes OBEL

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    Agnes OBEL est née au Danemark en 1980. Son premier album, Philharmonics, est sorti en 2010, le second, Aventine, en 2013.

    Influencée musicalement par Debussy, Ravel, Satie mais aussi par Joni Mitchell, Elliot Smith ou Roy Orbison, elle déclarait en 2010 à Télérama: "La musique orchestrale ou symphonique ne m'a jamais spécialement intéressée. J'ai toujours été attirée par les mélodies toutes simples, presque enfantines. (…) J'ai d'ailleurs mis longtemps avant d'écrire des textes, les airs que j'aime me semblent déjà raconter une histoire, projeter des images."

    Deezer session

    1. Run Cried The Crawling 

    2. Aventine à 5'26 

    3. Chord Left à 9'51 (instrumental)

    4. Fuel to fire à 12'20


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     http://www.agnesobel.com/

  • Sylvie GODEFROID & Salvatore GUCCIARDO à la BIBLIOTHÈQUE M. YOURCENAR de MARCHIENNE-AU-PONT

    Vendredi 5 septembre 2014 ont eu lieu les présentations de la romancière Sylvie GODEFROID pour L'Anagramme des Sens (éd. Avant-Propos) par Aurélien Herquel et Marie Desmet de même que la présentation de Salvatore GUCCIARDO par Serge Budahazi et moi-même.

    L'exposition des peintures récentes du peintre se tient jusqu'au 24 octobre 2014 pendant les heures d'ouverture de la bibliothèque.

    Du 15 au 27 septembre 2014, Salvatore Gucciardo exposera une centaine de toiles dans tout le centre commercial VILLE 2 de CHARLEROI

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    Photo de Derry Turla

     

    Présentation de Salvatore Gucciardo

    Voici quelques dates pour comprendre l’œuvre de Salvatore.

    Salvatore est né en Sicile en 1947.  Le père de Salvatore a travaillé dans les mines limbourgeoises dès 1948. Quand Salvatore a huit ans, en 1955, ses sept frères et sœurs, sa mère et lui-même rejoignent le papa à Waterschei.

    À la fin du service du père dans les mines, on est en 58, toute la famille vient vivre à Charleroi.

    Hommage a été rendu au père de Salvatore l’année passée à la Maison pour Associations de Marchienne et, il y a une semaine, à Waterschei même.

    Pour ces occasions, Salvatore a peint une toile en hommage à son père.

    Changement de lieu, de climat, de lumière, de langues en aussi peu de temps, cela marque indéniablement une enfance…

    Ici, je cite Daniel Charneux, romancier, qui a écrit ceci à propos de Salvatore : «  Au départ, cet enfant court sur les collines d’Agrigente, au début des années 50 que Nicolas de Staël est en train de peindre (…) Puis, c’est, poursuit Daniel Charneux, le long voyage bateau train, jusqu’à ce pays noir au ciel toujours gris, cette terre mouillée qui s’accomplit en boue. C’est l’immersion dans une autre langue, d’autres murs, d’autres visages. Plus de collines mais des terrils noirs. Plus de mer mais la pluie. Salvatore devient orphelin du soleil. »

    Orphelin du soleil, comme c’est bien vu.

    De cette perte de la lumière vive, l’enfant puis le jeune Salvatore en restera imprégné. Elle va figurer le but du chemin, ce chemin qu’on rencontre si souvent dans ses peintures.

    Mais aussi, comme le dit Salvatore, la lumière est ce qui permet le rêve.

    Qui dit rêve, dit nuit, mouvement des astres et sommeil des hommes, un sommeil tout relatif d’où l’esprit n’est jamais absent puisqu’il s’exprime dans et par les rêves.

    Qui dit rêve, dit aussi réveil, éveil aux sens et aux sensations nouvelles, voire dans le sens bouddhiste, ouverture à la totalité, à l’unité du monde.

    Mais qu’est-ce qu’on voit dans les tableaux de Salvatore ? 

    Des paysages lunaires ou extraterrestres.

    Des mers et des montagnes. Des collines et des lacs.

    Des volcans et des couchers de soleil. Des corps humains et des corps astraux : planètes, soleils, étoiles, comète…

    Pour Salvatore, l’homme est assimilable un extra-terrestre, un corps astral tombé du ciel, pour accomplir sa destinée.

    Ce n’est pas par hasard que le romancier et critique d’art Thomas Owen qualifia il y a longtemps Salvatore de peintre visionnaire. Quant à Anita Nardon, la critique d’art, elle a pour qualifier ces paysages imaginaires la jolie formule de géographie onirique.

    On y trouve donc des hommes et des femmes absorbés dans leurs rêves, aux paupières closes, exhibant leurs muscles pour les hommes – car ce sont des guerriers -, leur nudité pour les femmes… Au niveau des figures, ce sont des triangles et des cercles, subtilement agencés, emboîtés, qui dominent et dont on sait l’importance en géométrie, pour les grands philosophes et mathématiciens grecs - que furent Thalès et Pythagore.

    Les Grecs qui ont justement imprégné de leur culture la région de Sicile d’où est originaire Salvatore.

    Ainsi que tous les grands peintres, qui ne se satisfont pas, comme la plupart d’entre les peu voyants que nous sommes, de ce qu’ils voient, Salvatore éprouve le besoin de donner à voir autre chose, d’autres images…

    Il transforme, au sens propre, le monde.

    Mais un peu comme le prestidigitateur, le peintre montre pour mieux cacher, le spectacle qu’il propose dissimule autre chose. Jeu du visible et de l’invisible

    C’est particulièrement vrai chez Salvatore qui croit en des forces animant les êtres et les choses, les planètes comme les passions.

    Salvatore Gucciardo pratique une peinture fervente  mais pas sectaire, animée certes de forces de l’esprit, de forces cosmiques, si l’on veut, mais qui sont des forces vives, tournées vers la lumière. La lumière qui guide, pas celle qui aveugle.

    Anita Nardon encore, dans le livre qu’elle lui a consacré, écrit que « Salvatore Gucciardo a l’âme d’un chercheur et la nature d’un philosophe ».  

    Ces tours de passe-passe, il les réalise à l’aide de la poésie.

    La poésie, dit Salvatore, est présente sur la surface de la toile, c’est elle qui lui donne son attrait.

    C’est intéressant, cette distinction qu’il fait entre surface et profondeur, enfin ce qui n’est pas immédiatement visible, et ce qui va relier par des voies émotionnelles et intellectuelles le peintre au spectateur que nous sommes.

    Les éléments que je viens de citer et bien d’autres, cette poésie  présente dans son œuvre plastique, on la retrouve aussi dans son écriture.

    Même si aujourd’hui on ne s’attardera pas sur cet aspect de son travail, il faut savoir que Salvatore, depuis le début de sa carrière artistique, s’exprime, tant par la plume que par le pinceau.

    Il sortira bientôt un second recueil de poésie.

    Il se fait que, très vite, dès ses premiers travaux, Salvatore a été remarqué en tant que peintre. On est dans les années 70 et la peinture figurative n’a plus la cote depuis quelques décennies.

    La peinture abstraite, le pop art, les installations sont passées par là…

    Mais Salvatore choisit d’entrer dans le monde de l’art et de la peinture par son versant figuratif. Il commence par copier le portrait de Soutine par Modigliani. Deux peintres figuratifs atypiques, des émigrés comme lui.

    En Belgique un groupe artistique fait de la résistance depuis 1958, c’est le groupe Fantasmagie, bien nommé quand on connaît l’univers de Salvatore.

    Eh bien, cela n’échappe pas à Aubin Pasque, le fondateur du mouvement, qui l’intègre au groupe en 1975.

    Salvatore expose à Bruxelles puis à Paris pour ne citer que des lieux emblématiques.

    À Paris, ce sera d’abord au Louvre des Antiquaires, en 1984, aux côtés de grands noms de la peinture comme Leonor Fini.

    Il côtoie d’autres grands noms de l’art, critiques ou artistes, tels que Jacques Ransy, Marcel Delmotte, Thomas Owen, Jacques Collard pour n’en citer que quelques-uns.

    En 1989, Roland Villeneuve, une sommité dans le domaine de la démonologie, qu’il a rencontré quelques années plus tôt, le fait entrer dans son fameux Dictionnaire du Diable.

    Ce ne sera là qu’un des nombreux dictionnaires belges et internationaux dans lesquels son nom figurera.

    La suite des de distinctions dont il a fait l’objet finirait vite par lasser.

    Il a à son actif plus de soixante expositions personnelles et il ne s’agit pour la plupart pas d’expositions confidentielles mais d’expositions couvrant de grands espaces.

    Pour ne citer qu’un prix parmi d’autres, on signalera que Salvatore reçoit en 2007 à Paris le prix Européen des Arts Leopold Sedar Senghor pour l’ensemble de son œuvre.

    On a affaire à quelqu’un qui déborde - et le mot n’est pas trop fort - d’énergie créatrice, et d’énergie tout court. Ceux qui le connaissent le savent bien, c’est typique, dira-ton, d’un tempérament méditerranéen.

    Ce qui ne l’empêche toutefois pas d’être taiseux pendant de longues périodes, c’est qu’il médite alors la conception d’un nouveau tableau ou d’un nouveau poème.

    Belle opportunité, pour découvrir des œuvres récentes de Salvatore que cette exposition dans le cadre singulier et chaleureux de la Bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne, espace habité par l’esprit de l’écrivaine et animé de si vivante manière depuis plusieurs années déjà par Serge Budahazi, le conservateur - au sens artistique - des lieux.

    Cette dernière période artistique met justement en lumière les atouts et spécificités de Salvatore en relation avec ses problématiques de toujours.

    On avait déjà assisté depuis le nouveau millénaire à un éclaircissement de sa palette, avec des couleurs tendant vers les tons de base et à une simplification de ses formes. Pour tout dire à une mise en avant des qualités de géomètre subtil et de coloriste de Salvatore...

    Éric ALLARD

     

    Quelques photos de Jean-Jacques Richard

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    Une photo de Carine-Laure Desguin

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     Le reportage consacré à la mainifestation sur son blog: 

    http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-dans-l-espace-du-bourgeon-a-la-bibliotheque-de-marchienne-sylvie-godfroid-et-salvatore-gucciard-124515628.html

    L'album de la manifestation (par Derry Turla) est ici:

     http://www.flickr.com/photos/derryturla/14982317408/in/photostream/

    [copier/coller les liens]

  • Charles MICHEL: "Je vais arrêter la politique."

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    Charles Michel se sent « psychologiquement et physiologiquement épuisé. »

     

    « La politique, c’est usant, je suis un peu à bout, fatigué. C’est un métier qu’il faut faire avec enthousiasme, sinon ça ne marche pas, et là j’en ai marre. Pour moi, c’est devenu un travail…  »

     

    Le fils de Louis Michel, 38 ans, bourgmestre de Wavre, membre des Jeunes Réformateurs depuis l’âge de 16 ans, ministre pour la première fois à l’âge de 25 ans et président du Mouvement Réformateur depuis 2011, désire arrêter la politique. Il ne souhaite plus recevoir de dossiers pour le moment et veut se reposer.

     «  Dès la fin de cette année, j’ai bien l’intention de rester chez moi à Bruxelles et de ne rien faire d’autre que le tour de ma personne. Je vais prendre un long break pour rester dans mes pénates, pour bouquiner, pour me promener rue de La Loi et dans le Parc royal, peut-être prolongerai-je jusqu’à la Grand-Place quand il fait beau mais guère plus loin. Le week-end, j'irai peut-être voir Paul Magnette à l'Elysette. », a-t-il déclaré à Sudpresse

     

    Charles Michel n’a jamais aimé le monde de la politique qu’il connaît depuis l’enfance :

    « C’est papa qui m’a poussé, je voulais faire acteur comme Poelvoorde que j’aime depuis C’est arrivé près de chez vous, ou écrivain comme Alain Destexhe. Après avoir vu le film au moins trois fois, en visite pré-électorale chez une vieille dame, je lui ai fait si peur qu’elle est morte pour le MR et a fini par voter P.S. Encore un peu, et elle prenait sa carte au PTB. »

     

    «  La politique, je ne dis pas que c’est fini pour toujours… C’est une large parenthèse. J’en referai sûrement dans trois ou quatre ans… D’ici là, je me contenterai d’être Premier Ministre, c’est déjà bien suffisant ainsi. », a-t-il confié pour terminer l’entretien, visiblement très marqué avec sa barbe de plusieurs jours après deux mois de négociations éprouvantes en vue de constituer un gouvernement avec la NVA.

  • VERS LE BORD DE LA NUIT... et autres textes de Philippe LEUCKX

    Vers le bord de la nuit, quand la ville dort à peine, le long du fleuve, quand les rumeurs dernières flottent dans l'air chaud, quand le cœur n'est qu'un bond au travers des rues et que le calme apaise les voix éteintes, les ramène au vif des sens. La nuit peut commencer avec les ombres grasses et l'effeuillement des choses, vers les confins.

     

    *

     

    Une gare désaffectée, quelque part entre un village perdu et un bois oublié. Peut-être sommes-nous venu là, il y a longtemps, en fin d'été, lorsque la lumière et l'air sentent déjà la chute. Nous avons la mémoire d'un banc contre un mur vide. Un enfant s'oubliait le long d'une voie rouillée. Et au loin, la vie semblait si étrangère. Parfois le cœur renoue avec les franges du temps.

     

    *

     

    On sent venir imperceptiblement la fin de l'été, à la qualité de l'air, à son humide fraîcheur, à cette lumière qui n'est plus celle d'août, à ce rien d'inquiétant quand le soleil est moins chaud contre le mur.
    On se sent fléchir mais vers quoi?
    On sent quelque chose d'autre advenir, sans notre consentement ni notre approche.
    Peut-être, un rien de solitude ou d'effroi, puisque le temps presse sur les joues.

     

    *

     

    Que ferez-vous des rumeurs de l'été et des longs partages de lumière sur le port?
    Que serez-vous sans ces paroles d'êtres frôlés le soir quand l'air unifie et apaise?

     

    *

     

    On ne sait pas toujours où la lumière pose ses chagrins ni composer avec la nuit. 
    On est là appauvri, le corps fondu dans l'ombre.
    On vit, à demi confiné dans l'incertitude des heures.

     

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  • LECTURES D'ÉTÉ (II)

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

    Murakami dans « Le passage de la nuit » réussit à camper quelques personnages, dans le glissement des atmosphères nocturnes, dans une grande ville. La description des lieux et des personnages intrigue autant qu’elle charme. On retrouve là les qualités du romancier japonais pour un réalisme mâtiné d’insolite.

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    *

    Lire un classique comme Pouchkine, et un beau livre d’intrigues russes du XIXe comme « La dame de pique » nous plonge dans un temps où l’aristocratie et les bourgeois russes tenaient le haut du pavé. Les histoires contées là semblent sortir d’un imaginaire contrôlé et elles nous dépaysent totalement. Parfois, leur cruauté est aussi terrible qu’une annonce de catastrophe.

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    *

    Claude Lanzmann, icône cinématographique de « Shoah », interroge M. Rossel, représentant de la Croix-Rouge invité en 1944 à visiter le camp-modèle de Terenziestad. Les propos font tout l’intérêt de « Un vivant qui passe » : entre recherche documentaire et incompréhension, le stratagème des nazis est mis au jour et éclairé par deux consciences agissantes.

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    *

    Quelle merveille d’inventivité que ce « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » de Jonas Jonasson. Le délire est de tous les instants et l’ironie sautillante. Entre polar, récit échevelé et déjanté et description sociologique, ce roman suédois a toutes les qualités d’écriture pour capter l’attention d’un large public, émerveillé par les inventions constantes.

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    *

    « Hôtel atmosphère » de Bertrand Visage, publication ancienne (1998) est un merveilleux exemple de récit d’anticipation. Trois personnages illustrent les difficultés d’aimer dans une ville rongée par la guerre civile et les difficultés. On est dans un Paris réinventé du milieu du XXIe siècle et l’on y croit. Le romancier a l’art de brosser des « atmosphères » nocturnes et angoissantes.

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  • LES ENTERREMENTS

    Les enterrements

    Chaque jour, cet homme enterrait un mot à l'aide d'une brève formule : "Ici repose un mot aimé..." Tout le jour et une partie de la nuit, il choisissait le mot à ensevelir. Cela occupait tout son temps. Au fil des mots et des mois, il passa à la vitesse supérieure et ensevelit une phrase et, quand son humeur s’y prêtait, une page entière. Il comptait enfouir toute la littérature avant sa propre disparition. Il ne regrettait qu’une chose, ne s’être pas plus tôt dévoué à cette tâche louable plutôt que tenter de devenir un grand écrivain.

     

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    Le cimetière des images

    Chaque jour, il enterrait une image après l’avoir choisie dans sa banque. Elle criait certes quand on l’extrayait de son sommeil, elle se retenait aux barreaux du voir. Elle avait encore à faire dans ce monde, croyait-elle. Et il avait pitié d’elle : dans son éloge funéraire, il rendait hommage à ses qualités de composition et de couleurs, à son passé iconique. Puis avait lieu la cérémonie en présence des images proches, des photos cousines, de la grande famille des ombres. Beaucoup d’encre noire était versée. Pas sot, l’ouvrier des images funèbres savait que ce n’était qu’un tirage qu’on inhumait. Il pouvait à loisir revoir l’image morte quand il le désirait, en soulevant une plaque sensible.

     

  • APPRENDRE LE MICHEL DRUCKER À L'ECOLE

    2009_11_29_Drucker_Musee_grevin.jpgOn se souvient de ce projet de Vincent Peillon en juin 2013 qui avait divisé les divers opérateurs d'enseignement et les syndicats. Ceux-ci, en majorité, auraient préféré qu'on apprenne l'Alain Badiou, un animateur certes moins connu du grand public. Najat Vallaud-Belkacem, la toute nouvelle ministre de l’Education Nationale, vient de remettre ce projet à l'ordre du jour. Elle affirme qu'il pourrait être opérationnel fin septembre.

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    Retour en arrière. En visite début juin 2013 dans une école élémentaire, l'idéologue du parti socialiste faisait le constat troublant que des enfants de CM2 ne connaissent pas bien leur « Michel Drucker ». Vincent Peillon ayant pris la mesure de l’importance du net et des chaînes du câble, il comprit qu’il lui revenait de sauver la mémoire du plus grand animateur de télévision français tant que celui-ci était toujours en activité.

    « Dans 10 ans, avait-t-il confié au Parisien, on n’entendra plus parler de Michel Drucker si on ne fait rien. Alors que Michel Drucker, dans la lignée d’un Guy Lux ou d’un Léon Zitrone a marqué la télévision française, des Rendez-vous du dimanche dans les années 70 à Vivement dimanche en passant par le Champs-Elysées des années 80...  Lui vient alors à l’idée de mettre le présentateur au programme des cours de l’Ecole Élémentaire. Comptant sur la majorité que la Gauche possèdait (toujours) à l’Assemblée, il sait que l’adoption de la loi n’est qu’une question de semaines...

    images?q=tbn:ANd9GcQPMFympW3xInhiABYEPpmSrMiy371MYulBb89mKEispbNEw1AmWhR7bwMDans la même interview accordée au Parisien, il déclarait : « Le cours de Michel Drucker remplacera avantageusement le cours de religion. On peut se passer de religion pendant un certain temps ; on ne peut pas se passer longtemps de Michel Drucker. »   

    Mediapart avait découvert un documen portant sur le probable programme des élèves de l’enseignement élémentaire à raison de 1h/semaine (pour commencer). Nous le reproduisons ici, assurés qu'il ne subira pas de notables transformations. 

    CP : Les ascendants de Michel Drucker

    CE1 : La vie de Michel Drucker

    CE 2 : Les grandes émissions de Michel Drucker 1. Les émissions du dimanche après-midi 2. les émissions du samedi soir. 3. Les spéciales, les premières émissions etc.

    CM1 : Michel Drucker et les sports 1. Le football 2. Le cyclisme  3.L’hélicoptère

    CM2 : La descendance de Michel Drucker dans le domaine de l’information et des arts du spectacle 

    Des stages de formation au Michel Drucker seront donc organisés durant le mois de septembre à l’intention des futurs formateurs afin qu’ils soient opérationnels début octobre. Le Grand Quizz Michel Drucker aura lieu sur la chaîne du savoir du service public le samedi 4 octobre 2014 en prime time en guise de prétest. La date des examens télévisés n'a pas encore été fournie par le ministère (mais Mediapart enquête), elle devrait se situer en présence de l'animateur vedette à la fin juin 2015. Le gagnant sera l'invité du dernier Vivement dimanche de la saison.

    À noter que nombre de voix se sont élevées pour contester ce leadership, parmi lesquelles de très anciens participants d’Intervilles et des déçus de l’arrêt de Taratata. Un sondage commandé par le ministère de l'Education Nationale et portant sur un panel de 999 personnes interrogées sur leur portable et d’une personne sur le vieux fixe de la maison de repos a donné les résultats suivants en réponse à la question Quel est, pour vous, le plus grand animateur français de tous les temps ? 

    1. Michel Drucker (23%) 2. Guy Lux (18%) 3. Benjamin Castaldi (12%) 4. Nagui (8 %) 5. Cyril Hanouna (5 %) Puis viennent les Denisot, Pernaut, Ardisson, Zitrone, Foucault, Bellemare, Reichman etc. 

    Les étudiants des lycées et collèges pourront à raison de 3 heures/semaine  approfondir (en option seulement) leurs connaissances dans les spécialisations suivantes: L’écrivain (et les nègres de) Michel Drucker, Les chiffres & Michel Drucker, Michel Drucker & la nature, Michel Drucker &  les langues, Michel Drucker dans l’histoire contemporaine européenne...

    Dans le même ordre d’idée, et pour anticiper un futur cours Patrick Sébastien dans les années à venir, le texte de la chanson Les sardines ** (en raison des lectures philosophico-sociologiques qu’on peut en faire), qui in extremis a été préférée au Petit bonhomme en mousse (plus légère, il est vrai quoique plus populaire), dans la foulée de la mise au programme d’un examen du bac de J-J Goldman* (en attendant l’étude de la poésie de Christophe Maé et M. Pokora) cette année avec le baudelairien, assez indistinct et, pour tout dire, poétiquement primaire, Là-bas.

    Des initiatives, n’en doutons pas, qui feront l’unanimité, en tout cas chez ceux qui trouvent que l’école ne prend pas en compte les différents aspects de la vie actuelle.  

    http://www.rue89.com/2013/06/19/bac-pro-francais-cette-annee-chanson-bas-jj-goldman-243484

    ** Les sardines de Patrick Sébastien:http://www.youtube.com/watch?v=PA3P1-aSvKQ

     

    Le samedi 9 janvier 1988, 3 mois avant son décès, Pierre Desproges commente l'arrivée des artistes au programme de Champs-Elysées...