• RIVAGES INTIMES de Thierry RADIÈRE & Marc DECROS (éd. Jacques Flament)

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    Traité de savoir-écrire à l'usage de ceux qui doutent

    Les textes de ce livre parlent d’écriture en train de se faire, d’une communication tissée entre deux êtres qui s’aiment et se servent des mots comme de caresses. (« Mots après mots, nous nous caressons. »)

    On n’évite rarement, entre amis, entre amants, cette jalousie qui porte sur les productions artistiques, ce déni face, en l’occurrence, à l’écrit d’autrui qui traduit une part de son invisibilité. Il n’est pas question de ça ici.

    « J’ignorais, avant que cela ne m’arrive, que l’on puisse être autant attaché au manuscrit de la femme que l’on aime. »

    Et de donner une possible explication à ce sentiment:

    « Je crois qu’il était lié au plaisir de lire enfin la prose de tes gestes et paroles. »

     

    Le premier texte qui naît, qui lève sous nos yeux, à la faveur d’un printemps, est dirigé vers l’autre, dans une attention de tout instant à autrui qui aboutira, plus tard dans l’année, au texte voulu, rêvé, comme fabriqué ensemble, tel un enfant de papier.

    « Il faut que tu écrives toi aussi un livre sur tout ce que tu me dis… » 

    Double mouvement de l’écriture qui protège (« en écrivant on se sent moins piétiné ») et fragilise quand  « on sait que l’on va être lu ». Mais on écrit pour « faire de ses émotions des totems à toute épreuve. », pour se rendre moins vulnérable.Même si la partie n’est jamais finie, toujours à recommencer...


    Phrase après phrase, un premier texte avance (« À petits pas, nous avançons »), en soutien de la progression de l’autre, comme si la réussite totale ne pouvait être que mutuelle, conjointe. 

    « J’essaie de te redonner du courage en m’emboîtant dans ton désespoir. »

    Il faut plusieurs fois tomber à deux pour arriver à bon port dans une embarcation commune.

     

    Radi%C3%A8re-Thierry-e1406018153430.jpgTraité de savoir-écrire à l’usage de ceux qui doutent, de ceux qui luttent contre le doute, ce livre peut se lire comme un poème en prose, un journal d’écriture, un art poétique.

    Le narrateur incite sa compagne à ne pas se poser la question du style, « cette obsession bien française » qui peut rebuter le débutant, mais à poursuivre dans sa voie avec le seul but de l’honnêteté en point de mire.

    Ce livre au format carré fait se répondre sur des doubles pages texte et image. Des angles droits pour fixer le cadre où vont se rejoindre dans l’espace du texte mouvements intérieurs et agressions extérieures. Thierry Radière écrit de longues phrases qu’on imagine soumises au tumulte du monde. Elles vont jusqu’au bout de leur respiration contre vents et matières.

     

    J’ai fait l’expérience. Après lecture linéaire de l’ouvrage, je suis revenu picorer phrases (à gauche) et image (à droite). Les possibilités de combinaison et de réflexion sont infinies. Ils sont rares, les ouvrages de ce genre, à ménager de tels parcours entre rigueur et escapade.

    Les photos, parlons-en, en noir et blanc de rivages prises sur Decros-Marc.jpgdifférentes côtes européennes par Marc Decros sont magnifiques. Elles font, mais subtilement, écho au texte en regard. Mais qu’on les voie avant, pendant ou après la lecture des textes, elles les creusent dans le sens de la rêverie. Elles présentent souvent, dans une nature sauvage, un élément signalant un passage ou une présence vivante, mais non identifiable. Le photographe n’attente pas à l’intimité des personnes qu’il photographie. Comme si les images nous rappelaient, ce qui n’est jamais absent du récit qu’on est en train de lire, à la permanence des choses de la nature dont se nourrit le couple d’écrivains à l’œuvre.

     

    « Ecrire, et tu le sens déjà, c’est se rapprocher d’autrui dans une autre dimension que celle où vivre ne suffit pas. »

    C’est en ces termes que s'achève ce recueil singulier au titre convenant parfaitement aux deux formes d’expression rassemblées ici, pour un voyage intérieur qui emporte le lecteur dans son périple d’images et de phrases.

    Vers la fin, le narrateur note à l’intention de sa compagne: « Tu as écrit un texte atypique et c’est dans ce genre que tu excelles. »

    Et on pense que ce qu’on vient de lire, comme les autres écrits de Thierry Radière, est justement cela : atypique. Sans référence aux influences subies, forcément nombreuses, tellement l’auteur a malaxé la langue avec son intérieur pour produire une matière unique. Celle qui fait la marque des écrivains honnêtes au style propre.

    Éric Allard

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    Thierry Radière sur la page des éditions Jacques Flament (copier/coller le lien):

    http://www.jacquesflamenteditions.com/thierry-radiere/

  • L'ENFER DE L'APHORISME

    enfer-1.jpgMa femme a menacé de me quitter si je n’arrêtais pas d’écrire des aphorismes. Sa vie, notre vie était, selon ses propres dires, devenue un enfer. Je lisais des aphorismes à mes enfants pour les endormir. J’en lisais à mon pharmacien, ma boulangère, à mon coiffeur, au facteur, à mes collègues de travail qui en étaient venus à m’éviter.

    À la maison, à tout moment, je me ruais dans mon bureau pour noter une idée en cherchant mes Post-Styx, mon carnet noir. Je déconstruisais chaque vocable, chaque propos lu ou entendu. J’avais la tête pleine de mots en attente d’être accouplés, insérés dans une formule verbale dans le but d’un effet plaisant, surprenant, inédit. Je ne dormais plus.

    Quand ma femme a décidé de partir avec un jeune romancier vu dans un jeu de télé-réalité littéraire, j’ai promis d’arrêter, je me suis mis à l’écriture d’un roman, péniblement, longuement... Au bout d’un an, j’avais écrit une nouvelle de deux pages et, dans les marges, au moins deux mille pensées.

    Elle a mis sa menace à exécution. Depuis, elle vit avec son romancier qui lit à mes enfants ses écrits. Du coup, mes gosses mettent une éternité à s’endormir. Au matin, ils ont la tête pleine d’histoires...

    Je fréquente d’autres anciens auteurs d’aphorismes dans le même état pitoyable réunis dans un collectif. On se raconte nos manques, nos victoires sur le manque. Je revois ma femme depuis peu qui en a marre du roman et m’a avoué que parfois, très raroman, presque jamais, parfois, elle se remémore avec tendresse un de mes aphorismes…

  • L'AMOUR DES LIVRES ET LE GOÛT DE MA LISEUSE

    Le Premier Prix d’Automne de la littérature-entre-deux-portes sera remis un matin de novembre sur un Seuil venteux, dans un tourbillon de Lettres Mortes.

     

     

    On songe éternuement à m’attribuer le Prix Gros Poivre.

     

     

    Il se tousse que certains jurés du Prix Craché seraient tuberculeux. 

     

     

    Il n’y pas d’exemple de Prix de l’Evasion remis à un poète détenu. 

     

     

    Le Prix Dimanche est-il remis en semaine?

     

     

    Les jurés du Prix du Meilleur 100ème roman ont peu de livres à lire. 

     

     

    Lors des grands deuils littéraires, j’observe toujours une minute de science. 

      

     

    Régulièrement cet homme recouvre de ses textes le corps d’une femme avant de le découper en morceaux et de l’envoyer à différents éditeurs de polar. 

     

     

    Cet écrivain couru, en vacances d’hiver, écrivait en skiant des phrases bien calligraphiées qu’on pouvait lire des cabines téléphériques remplies d’éditeurs armés d’appareils photographiques à zoom puissant.

     

     

    J’ai rêvé d’un écrivain en place qui accepterait en première partie de ses livres des nouvelles de jeunes auteurs et qui, en cas de prix, partagerait avec lui. (Littérature fiction) 

     

     

    En parcourant la Foire du livre en tous sens, je ne retrouvai jamais le sens de la lecture.

     

     

     Je retrouve le goût de la lecture quand j’ai bien léché la peau d’écran de ma liseuse.

     

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    Tu t’es vu(e) quand t’as lu ! 

     

     

     

    J’aime mon libraire avec ses qualités et ses dépôts.

     

     

    Mon éditeur aime ma femme plus que mon livre et j’aime mon éditeur plus que ma femme… 

     

     

    Quand la maîtresse de l’éditeur est la femme de l’écrivain qui porte la maison, il y a péril en la demeure.

     

     

    Ma muse me trompe avec le facteur qui lui apporte ses lettres.

     

     

    Pour  faire publier  mon œuvre dramatique, j’ai demandé une aide à l’écriture d’une seule pièce. 

     

     

    Le Fonds des Lettres est troué, il laisse échapper les écrivains subsidiés. 

     

     

    Les vraies poétesses ne prennent jamais la prose.

     

     

    Certains écrivains passent à la postérité sans se soucier du feu vert de l’Académie. 

     

     

    Du seul livre publié par un écrivain, doit-on parler d’aubuscule ou de crépuscopuscule?

     

     

    Les vers ne sont pas des phrases toutes blettes.

     

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    Mon pharmacien est devenu éditeur, il publiera des recueils d’ordonnances. Mon boulanger continuera d’écrire sur la croûte du pain ses aphorismes enfarinés. 

     

     

    Certains  auteurs de brûlots ne devraient pas s’étonner d’être descendus au lance-flammes par la critique.

     

     

    Un préfacier qui accepte d’écrire une postface plutôt qu’un avant-propos se déconsidère-t-il ?

     

     

    C'est le propre de l'écrivain bidon de faire beaucoup de bruit. 

     

     

    Et dire que si Tzara avait autrement ouvert son dictionnaire, on parlerait de cacaïsme ou de babaïsme, mouvements qui, soit dit en passant, ont été inventés depuis. 

     

     

    On fait tout un fromage avec les films de Jean-Luc Gouda.

    Alain Tomme-Grillet a bien tourné L’Edam et après

     

     

    Cet écrivain torche à la vitesse de la lumière ses romans étoiles filantes.

     

     

    L’écrivain qui prend la mouche de l’édition papier pousse son éditeur dans la toile. 

     

     

    Les rats de bibliothèque ont-ils peur des chats pitres?

     

     

    L’écrivaine qui prend la bouche de son éditeur est assurée d’un livre-baiser.

     

     

    La compagnie des livres l’excitait. Plus il y avait de livres, plus il bandait. À coup sûr, son passage dans une bibliothèque ou une librairie se soldait par une éjaculation féroce.

     

     

    Cet auteur marron ne publie que ses chutes de feuilles. 

     

     

    Cette Ministre de la culture avait fait intituler avec humour son site de Promotion des Lettres : jehaislesécrivainsvivants.com en pastichant le titre de livre d’un écrivain bien vivant. Ce fut diversement apprécié.

     E.A.

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  • QUAND MÈRE LUT + ROUGEUR DU SOIR, par Denis BILLAMBOZ

    Quand mère lut

      

    Quand mère lut

    Que « Mona lisait »

    Le marchand livrait

    Tous les livres

    En bonne lectrice

    Elle acheta une lettre triste

    Comme le Bateau ivre

    Une lettre qu’on délivre

    Sous l’emprise du délire

    A ceux qui n’aiment pas lire

    A ceux qui ne lisent

    Que des sottises

    Leur carte d’électrice

    Ou leur facture d’électricité

     

    Elle adressa cette lettre

    Avec une odelette

    A son amie Odette

    Qui ne lisait que des recettes

     

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    Rougeur du soir

     

    C’était un soir

    Accoudée au comptoir

    Elle buvait un petit noir

    Son regard noir

    Disant ses déboires

     

    Son désespoir

    Faisait peine à voir

    Je l’invitai à s’asseoir

    Pour avec moi boire

    A un nouvel espoir

     

    Rouge prête à choir

    Elle osa me croire

    Elle était en mon pouvoir

     

    Rougeur du soir

    Espoir !

     

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  • LES OUBLIÉS

    88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    À l’occasion de la sortie du livre de Georges Magnane et de la relecture du recueil de nouvelles de Louis Pergaud, j’ai eu envie de mettre à l’honneur tous ces grands écrivains qui ont participé eux aussi à la construction du patrimoine littéraire français et qui sont désormais enfouis dans les oubliettes de l’histoire. Et pourtant, du talent ils en avaient beaucoup plus que certains qui vendent aujourd’hui des montagnes de livres, n’oublions pas que le recueil que je présente ci-dessous valu le Goncourt à Pergaud en 1910 et que Georges Magnane a été lui aussi sélectionné pour ce prix dans les années quarante quand les critères de sélection n’étaient dictés que par la qualité littéraire des textes.

     

    9782253163701-T.jpgDe GOUPIL A MARGOT

    Louis PERGAUD (1882 – 1915)

    J’ai exhumé ce recueil de nouvelles animalières, ce petit bestiaire, des rayons d’une étagère où il dormait depuis de longues années, j’aime lire la prose de Pergaud et comme il fait partie de la longue liste des écrivains fauchés par l’imbécile boucherie de la Grande Guerre, je voulais, en cette année commémorative, le remettre un peu à l’honneur car il est tombé dans les oubliettes de l’histoire littéraire depuis un bon nombre d’années malgré l’acharnement que certains réalisateurs mettent à massacrer périodiquement ses Gibus et autres garnements.220px-Louis_Pergaud.jpg

    Si Hugo nous a fait l’honneur de naître à Besançon et Colette d’y écrire quelques ouvrages, Pergaud est le véritable écrivain comtois de référence, avec ce recueil il a obtenu le Prix Goncourt 1910. Il doit être bien rare que ce prix honore un recueil de nouvelles. Dans celles-ci, l’auteur met en scène les petits animaux de la campagne, ceux qui sont rarement mis à l’honneur dans la littérature, excepté l’incontournable renard, taupe, fouine, écureuil, lièvre, grenouille… les représentants de la faune des plus faibles, ceux qui sont à la merci de nombreux prédateurs. Dans un langage riche, nourri de mots qui a l’époque étaient aussi rares qu’aujourd’hui et de vocables aujourd’hui disparus ou presque, il dépeint le petit monde de la forêt et des taillis qu’il a bien connu quand il était enfant dans un petit village du Haut-Doubs. Il décrit sans complaisance, mais sans concession non plus, la violence de la vie dans la nature, la suprématie inéluctable du fort sur le faible. Il n’y a ni morale, ni sentiment, dans ces récits, il n’y a que l’incontournable loi de la prédation qui régit le monde animal depuis l’origine du monde. Seul l’homme perturbe cet équilibre millénaire en introduisant dans ce monde bien hiérarchisé la cruauté qui semble être sa caractéristique principale.

    Quand il a écrit ses lignes, Louis Pergaud ne se doutait pas qu’il serait un jour un de ces petits êtres sans défense à la merci de la cruauté humaine, pris au piège comme Margot, Goupil, Fuseline ou Rana, victime innocente de l’imbécillité humaine.

     

    9782842637996.jpgLES HOMMES FORTS

    Georges MAGNANE (1909 – 1985)

    Belle idée qu’a eue Le Dilettante de réveiller cet auteur profondément endormi dans le cimetière des écrivains oubliés, aujourd’hui, tout le monde ou presque ignore qui était Georges Magnane, un homme de lettres prolifique, un traducteur de romanciers anglophones, un sportif accompli et éclectique, un chercheur au CNRS, un ami des grands intellectuels de son époque. Il a notamment écrit ce roman publié pendant les jours les plus sombres de l’occupation, en 1942, qui raconte la vie parallèle de deux amis qui ont un profil assez semblable au sien : brillant athlète et fin lettré.

    Le narrateur qui pourrait-être l’auteur tant il lui ressemble, rencontre au cours des joutes sportives scolaires un rival brillant, fort et beau comme un dieu grec, qui lui fait de l’ombre mais qui finit par devenir son ami. La vie les sépare, la vie les rapproche, chaque fois les retrouvailles se font dans la joie mais cette joie s’altère un peu plus à chaque rencontre depuis que son ami vit avec une jeune et belle femme qui ne laisse pas le narrateur indifférent. Un jour, alors que le huit était en passe de remporter un important championnat national d’aviron, le bel athlète craque et fait perdre son embarcation. Depuis ce jour, à chaque nouvelle rencontre, les deux hommes s’éloignent inéluctablement l’un de l’autre, le narrateur ressentant avec de plus en plus de gêne les signes de faiblesse de son ami qui confinent progressivement à de la lâcheté.AVT_Georges-Magnane_1442.jpeg

    Ce récit est un grand roman d’amour impossible, le narrateur ne peut décemment pas courtiser la belle qui le fait fondre car il ne veut pas trahir son ami et, quand la belle comprend que son mari n’est qu’un lâche qui la trompe sans vergogne, il ne peut pas se résoudre à n’être que la roue de secours de celui qu’il a tellement admiré avant de le décevoir à tout jamais. Un roman d’amour sous fond de pratique sportive, une vraie ode aux valeurs sportives à la mode à l’époque où l’hébertisme recommandait de fabriquer des hommes forts, utiles à la patrie. Georges Magnane était lui-même un sportif accompli et le regrettera en mourant dans la douleur d’un corps peut-être trop sollicité. On pourrait aussi se demander quel serait le regard de cet auteur qui a commis un ouvrage de référence sur la sociologie du sport, devant le spectacle offert aujourd’hui par les sportifs professionnels. Lui qui dresse le portrait du sportif humble pratiquant le sport pour le plaisir et la compétition saine en opposition à celui du champion infatué, imbu de sa personne et convaincu de sa prétendue supériorité.

    Pour publier en 1942, on se doute bien que l’auteur a dû slalomer entre les chicanes de la censure, il évite donc toutes les questions qui pourraient donner prétexte aux autorités pour rejeter son texte ou même pour lui chercher quelques noises. Toutefois, j’aurais tendance à croire que l’ami couard est un peu à l’image de tous ceux qui se sont couchés devant l’occupant, allant même jusqu’à l’accepter servilement. Quercy, le lâche, pourrait ainsi être la parabole du collabo trouillard caché sous le masque d’un flambeur courtisant les jeunes femmes.

  • EMILY HOYOS se fait attacher sur les rails pour arrêter un train

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    Il était 17 h 32 ce jeudi 23 octobre quand le train Bruxelles-Anvers démarra de la Gare du Nord avec des passagers heureux de rentrer chez eux à l'heure, pour la première fois depuis vingt-sept ans.

    C'était sans compter sur la dernière action des Écolos venus sensibiliser les usagers aux économies qui vont toucher la SNCB. La coprésidente était ligotée sur les rails et bloqua la voie pendant une heure et cinquante-deux minutes.

    Olivier Deleuze, qui s'était occupé d'attacher sa collègue, demeurait introuvable et les liens résistaient aux pinces coupantes. Les policiers en grève ne voulaient pas intervenir et des heurts survinrent entre passagers pro-Hoyos et passagers pro-mpts à lui rouler dessus.

    Finalement, Olivier Deleuze, contacté par GSM, consentit à libérer la captive si on l'assurait du poste de bourgmestre à vie de Watermael-Boitsfort, ce qui lui fut accordé, étant donné la situation qui empirait, par le ministre de l'Intérieur Jan Jambon qui, en uniforme d'officier nazi, s'apprêtait à rejoindre le souper de l’Amicale des Anciens Kapos de Breendonck.

    Bart de Wever, interrogé dans la soirée sur cet incident, reparla de "foutaises francophones".    

  • LIVRE COMME L'AIR

    livre-banc.jpgC’est un promeneur de livres. Cela fait des années qu’il ne lit plus. Mais il continue d’acheter des bouquins, d'en emprunter en bibliothèque pour les balader. Il ne supporte pas de voir des livres prisonniers d’une étagère, serrés comme des boîtes de conserve, en proie à des quantités d’acariens sans scrupule et sans culture. Quand les trois semaines réglementaires de prêt sont écoulées, plutôt que de les ramener, il préfère les brûler puis disperser leurs cendres...

    Il a fait l’acquisition d’une vieille poussette qui lui permet de charger quelques dizaines d’ouvrages. Au parc, il les étale sur un banc, il les ouvre, les feuillette, leur donne de la lumière. Le vent caresse leurs pages...

    À la maison, il n’a plus de place pour personne tant il y a de livres. Des voisins étonnés de ne plus voir sa parentèle ont fini par avertir la police qui a dressé le constat suivant : il avait fait disparaître les membres de sa famille qui n’avaient plus supporté sa passion.

    En prison, il s’occupe des livres, c’est le bibliothécaire des lieux. Plusieurs fois par jour, aux heures de préau, on le voit pousser sa vieille poussette (qu'on lui a autorisé d’introduire dans l’établissement). Les détenus l’encouragent de leurs cris quand il passe sous la fenêtre de leurs cellules. Il ne tourne pas la tête vers eux, il ne pense qu’aux livres, au bien qu’il leur procure.

  • CINQ HISTOIRES-BULLES

    Les rêves prémonitoires

    Chaque nuit, il rêvait de ce qui se passerait dans la journée suivante. 

    Une nuit, il rêva de rien. 

    Mais il ne réussit jamais à se réveiller. 

     

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    Le bruit de l’eau

    J’aime le bruit de l’eau qui fuit.

    Mais j’aime davantage le bruit de l’eau que je torture entre mes doigts pour tentative d’évasion. 

     

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    La bulle

    A quatre-vingt-six ans, cet homme découvrit, en prenant un comprimé effervescent, que ce qu’il aimait boire, ce n’était pas de l’eau pétillante mais de l’eau légèrement pétillante. Heureux comme un égaré qui dans le désert a trouvé une source, il vécut les derniers mois de sa vie comme dans une bulle.

     

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    Le départ

    Pour retenir son homme, cette femme redessinait les pièces de leur logement à coups de cloisons, repeignait les murs, changeait les installations sanitaire et électrique.

    Mais au fond d’elle, elle savait que son homme partirait.

    Elle nettoyait, elle récurait, elle faisait polir de la cave au grenier.
    Elle corrigeait la décoration du salon du sol au plafond.

    Elle ornait les murs de tableaux, de posters, de tapisseries.
    Mais elle savait que son homme partirait….

    Elle fit aménager une bibliothèque neuve,  un salon de musique, elle déposa un repose-pied devant la télévision, un repose-plat devant l’ordinateur.

    Mais elle savait que son homme partirait...

    Elle acheta un nouveau lit avec une literie bleue, sa couleur préférée, des peluches en forme de panthère, son animal préféré, et un oreiller ergonomique à ses initiales.

    Pendant trente ans elle avait fait toutes les transformations possibles en se fiant à son intuition d'épouse, de femme d'intérieur. 

    En sachant qu'un jour son homme partirait avec la maison.

     

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    L'infini

    Ce jour-là, au comble du bonheur, cette femme afficha un grand, un immense, un infini sourire. Dont, il faut bien dire, on ne vit jamais la fin. 

     

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  • PENSÉES COMPOSÉES de Gaëtan FAUCER

    Les fossoyeurs sont des techniciens de profondeur.

     

     

    Mieux vaut un bon demi qu’un demi bon.

     

     

    On ne se souvient pas de son avenir.

     

     

    Au musée de la chaise, il n’y avait plus une place pour s’asseoir.

     

     

    Notre planète terre est aussi notre planète mère…

     

     

    Oser le roser dosé !

     

     

    Elle fait des bêtises…la reine des connes.

     

     

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    Je préfère l’indifférence à la pitié.

     

     

    L’achat n’est pas la femelle du chat.

     

     

    Rose est là ?

     

     

    La pendule n’est pas la femme du pendu.

     

     

    Tous les maux ne s’écrivent pas.

     

     

    Mozart a eu très tôt de bonnes notes.

     

     

    Il y a souvent un truc qui cloche dans les églises…

     

     

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    Le ceinturon est rarement carré.

     

     

    C’est bien de jeter un pavé dans la mare…tant qu’on ne vise pas un canard !

     

     

    La gastronomie, c’est l’étude de l’univers culinaire.

     

     

    Les petites coupures provoquent parfois de grands saignements.

     

     

    Le chien est le meilleur ami de l’homme… et l’homme, qui l’aime ?

     

     

    Soupe et vin.

     

     

    La planète des songes.

     

     

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    «La roue tourne.», disait le bourreau à Cartouche.

     

     

    Après le nettoyage à sec, il y a les banques à sec.

     

     

    Nous les hommes savon pas assez…

     

     

    Les pompes à eau ne sont pas toujours des chaussures aquatiques.

     

     

    Après avoir écrit le Banquet, Platon eut une indigestion.

     

     

    Je préfère le bas tissé…au baptisé.

     

     

    Je crois, je crois, je crois…après on s’étonne qu’il termine sur une croix !

     

     

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    Vierge Marie…au moins, on connaissait son signe astrologique.

     

     

    «La profession de foi.»…Je ne connais pas ce métier.

     

     

    La télé est l’autel de la pensée unique.

     

     

    Je rêve de voir un arc en ciel gris.

     

     

    L’univers est si vaste que même Dieu s’y perd.

     

     

    L’actrice narcissique à son réalisateur : «Film et moi.»

     

    Mozart prenait pas mal de notes.

     

     

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     Gaëtan FAUCER est dramaturge, poète et nouvelliste. C'est surtout le théâtre qui l'inspire sous toutes ses formes. Plusieurs de ses pièces ont été jouées dans divers lieux théâtraux de Bruxelles.

    Sa pièce, Sous le pont, dans une mise en scène d'Amandine Carlier sera jouée à la Péniche Fulmar du jeudi 11 au samedi 13 décembre 2014.

    Sa page sur le site de l'AREAW (copier/copier le lien):

    http://areaw.org/gaetan-faucer/

  • DERNIÈRES LECTURES

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

    23022_1277968.jpeg"LE COEUR QUI COGNE" d’Yves NAVARRE (Flammarion, 1974)

    Qui parle encore de cet écrivain des années 80, fêté par un Goncourt (« Le jardin d’acclimatation ») et aujourd’hui sérieusement oublié ?Doc-E1-.jpg

    Dommage car il y a dans ses romans la vertu de la franchise et l’atout des analyses sociétales. Ici, la bourgeoisie est dépecée, ouverte à vif, au sein d’une famille qui se déglingue tout doucement, dans le jeu des envies, des jalousies, des héritages.

    On admire les portraits et « le cœur » cogne vraiment : pourquoi tant de détresse au lieu de la tendresse ?

    *

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    "TEMPÊTE" de Jean-Marie Gustave LE CLEZIO (Gallimard, 2014) réunit deux clezio_postcard.jpgnouvelles où les femmes sont mises à l’honneur. Ces « femmes de la mer » du Japon qui sont des pêcheuses d’ormeaux et qui plongent, depuis toujours, pour vivre. Les hommes, venus de loin, débouchent sur cet univers, avec les lourdeurs de leur sexe et les inquiétudes inhérentes aux personnages de l’auteur nobélisé.

    La description de la nature et des rapports humains, d’une vérité criante, nous plonge dans l’intimité de ces personnages de chair et d’âme.

    *

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    « ELÉCTRICO W» d’Hervé LE TELLIER (J.C. Lattès, 2011) est l’un de ces romans où Lisbonne éblouit, avec ses personnages en quête du passé et de l’amour. Deux amis, Vincent et Antonio, arpentent le Bairro Alto et d’autres rues de la Baixa, éclusent des sangres, en recherche de confidence. L’enquête est autant psychologique que policière, et nous suivons avec intérêt les déambulations des deux personnages dans cette ville devenue mythique, à force de port, de collines et d’électrico de l’enfance.

  • MARTIAL SAL de LUTGEN-LA-NEUVE N’A JAMAIS ÉCRIT DE SA VIE !

    auclairdelalune.gifMartial Sal, 37 ans, n’écrit pas, il n’a jamais écrit de sa vie. Nous l’avons rencontré chez lui.

     - Nous sommes à Lutgen-la-Neuve en compagnie de Martial ce 15 octobre 2029 dans la périphérie nord de la ville en pleine canicule automnale.

    Martial Sal, c’est un pseudonyme, je présume. 

     - Tout à fait. Je ne tiens pas à décliner ma véritable identité, c’est trop difficile à assumer au quotidien.

     - On vous comprend. Depuis quand n’écrivez-vous plus? 

    - Je n’ai jamais écrit !

    - Jamais ? Pas même une publication ?

    -   Aucune ! Pas le moindre aphorisme, le moindre haïku.

    -  Nous ne pensions pas que c’était si grave. Votre cas n’en est que plus intéressant. Vous êtes suivi?

    - Oui, médicalement et psychologiquement depuis qu’on s’est aperçu que je n’écrirais jamais.

    -   Une épreuve pour vos parents? 

    -    Oui, terrible. Maman est rentrée au couvent quand elle l’a appris, la veille de la parution de son cent quarante-troisième ouvrage.

    - Et votre père?

    - Papa avait écrit le premier tome de son autobiographie qui s’arrête à l’âge de ses quinze ans. Il n'a plus pu continuer, il n'imaginait pas relater ma naissance, le traumatisme de mon anomalie... Et il n'était pas doué pour la fiction, ou l'affliction, si vous voulez. Puis il n’a plus écrit que des préfaces : deux mille trois cent quarante-huit. Et une postface malheureuse. De son propre aveu, il n’était pas fait pour l’écriture de postface. De plus, il a tenu à ce que les titres des ouvrages préfacés figurent tous sur sa pierre tombale. Je ne vous dis pas le nombre de pierres tombales qu’il a fallu graver. Toute une allée.

    - Des frères et des sœurs?

    - Oui, tous poursuivent une brillante carrière littéraire commencée très jeune par des romans bébé. Un d'eux est pressenti pour le Nobelge. Ils ne veulent plus me voir.

    - On les comprend. Bien que vos parents n'étaient déjà plus une exception durant votre enfance, ne pensez-vous pas que le fait qu'ils écrivaient a pu vous éloigner de l’Écriture, de l’Art en général ?

    - Non, c’est congénital. Une grave maladie. La plupart des cas diagnostiqués dans le monde ont pu être soigné par des Résidences d’écriture au Grand Temple de la Poésie de Mandchourie ou sur la Côte Littérale Sud de Madagascar, des séances d’Atelier d’écriture intensifs avec les animateurs les plus réputés de la planète. J’ai reçu des éditeurs du monde entier qui m’offraient des ponts d’or. J’ai même été en Résidence d’écriture sur la Lune…

    - Et? 

    -  Même au clair de la Terre, pas le moindre mot au bout de ma plume.

    Pour tous nos lecteurs écrivains, pouvez-vous nous raconter la journée-type d’un non écrivain ?

    - Je me lève tous les jours à six heures. Je me douche à l’eau Google. Je prends mes deux cafés Clooneysso avec un toast à la gelée d’insectes. Je glisse dans mon bureau où, de 7 heures à 12 heures exactement, je n’écris pas. Les bons jours, après ma sieste, je recommence à ne pas écrire de 15 h à 17 heures. Et parfois, le soir, je n’écris pas aussi.

    - Fabuleux!

    - Et, de plus, vous n’êtes ni peintre, ni musicien, ni comédien ?

    - Non, rien de tout cela. Je n’en tire aucune fierté. C’est ainsi.

    - Certains ont pensé que vous étiez au service d’une puissance extra-terrestre, que vous communiquiez avec elle par des moyens supranumériques. Vous avez plusieurs fois été accusé de haute trahison à l’Etat Wallon par Fadila Laanan, la Présidente à vie ?

    Oui, j’ai fait douze ans d’internement en camp de redressement poétique.

    - Cela vous a fait du bien?

    -  Je passais mes journées à recopier les quatre mille sept cent cinquante-trois opuscules de la Grande Fadila.

    -  Qui ne vous ont pas guéri...

    - Pas du tout.

    - Les livres de La Grande Fadila ne sont pas écrits par elle, vous saviez , mais par des écrivains qu’elle soutient par des subventions à l’écriture massives… Au fond, elle est comme moi.

    - On ne veut rien savoir!

    - À une époque, c’étaient les anticonformistes, les rebelles qui écrivaient... Vous pensez que ce n’est plus le cas?

    - Ce n’est plus le cas depuis longtemps. Aujourd’hui, ce sont ceux qui n’écrivent pas, les insoumis.

    - Ce propos n’engage que vous. Nous nous désolidarisons d’un pareil propos, vous le comprendrez aisément. Parlons d’autre chose, de vos loisirs... Pendant la période des prix littéraires, que faites-vous ?

    Je pars en vacances.

    - Vous êtes autorisé à quitter le territoire réel?

    - Oui, j’ai un passe-droit depuis que je suis allé sur la Lune. Entre nous, les autorités favorisent la méthode douce en espérant encore… Moi non !

    - Vous avez pensé mettre fin à vos jours ?

    - Bien des fois.

    - Qu’est-ce qui vous a arrêté ?

    - L’amour…

    -  L’amour  d’un Transgenre, d’un Animal de compagnie, de la Terre-qui-se-meurt, de la Lutte-anti-Soda, de la culture bibliologique ?

    - Seulement l’amour de la non-écriture. 

     

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  • SQUELETTES AU HARAS de Jean-Philippe QUERTON (Cactus Inébranlable éditions)

    squelettes-couverture-26082014.jpg?fx=r_550_550Piquant-fondant

    Des aphorismes aux petits oignons qui m’ont fait penser à certains mets qui mêlent les saveurs et les valeurs, le croquant au moelleux... On parlera plutôt ici de piquant-fondant, de cru et de cuite.

    De tendresse sous une couche de mordant.

    La première partie du livre s’intitule Top chef et on n’oublie pas que Jean-Philippe Querton est l’auteur par ailleurs des Trésors de la cuisine du Hainaut mais aussi de quelques romans au titres alléchants comme Mortelle Praline ou Le poulet aux olives.

    Il écrit : En matière de cuisine asiatique, je suis riz thaï et je le reste.

    ou

    L’amnésique ne mange que des légumes oubliés.

    Avec un titre qui donne le ton, et des dessins de squelettes spirituellement légendés, on trouvera forcément du trépas dans ce recueil mais de la mort narguée, considérée plus en partenaire de vie qu’en adversaire.

    Je n’ai pas envie de mourir mais cela ne me déplairait pas de crever.

    Et des calembours joliment appelés variations homophoniques :

    On ne parle pas assez de l’embarras de l’anchois.

    Se faire cracher dessus, une déclaration de glaire ?

    Sans compter les sections Livrés à domicile, Pipeule ou le Tour du monde en 80 mots qui régaleront  les amateurs d’onomastique:

    Steve Jobs est mort. Mauvaise nouvelle pour les chômeurs.

    Si l’Empire ottoman, en qui peut-on avoir confiance ?

    La réflexion, le sens du monde comme il va infiltrent l’ensemble du bouquin, avec des coups de patte aux politiques et des signes de la main aux réprimés, aux laissés-pour-compte. De façon décalée, car nul pensum ici.

    Mais on peut par exemple méditer longtemps sur : Un pauvre, c’est forcément quelqu’un qui a été volé.SDC10029.jpg

    Ou sur :

     La faim dans le monde, c’est vraiment un problème de satiété.

    Squelette au haras comprend (c'est son côté Scarlett) sa part de sexe mais de sexe habile.  :

    En panne décence elle se balade nue.

    Quand elle dit qu’elle a des problèmes de pointe, ne jamais regarder ses seins.

    Des moments de tendresse aussi, comme des arrêts de suspension des hostilités : J’aimerais pouvoir consoler les saules pleureurs.

    Et un lot d'aphorismes désopilants, notamment ceux sur le gille de Binche ou le Mur des Lamentations…  

    J’ai aussi apprécié les neuf(s) Contes à la con (qui m’ont fait penser à certains textes de Raymond Roussel) amenant dans un fauteuil des phrases du genre : la traversée de la mangue à la nage, cinquante nuances de craie ou (mon préféré) l’amant d’Arine Napoléon.

    Ceux qui pensaient que l’auteur était en retrait derrière l’éditeur (du Cactus Inébranlable) en seront pour leurs frais. Beaucoup de délicatesse dans ce recueil, et des choix assumés : Le cactus pique et ne s’excuse pas.

    Pour terminer, il y a cette page touchante de remerciements aux personnes (une cinquantaine) qui feront l'honneur de festoyer le jour de ses funérailles... s'ils sont encore là, précise-t-il. Allez, promis, Jean-Philippe, on se fera semblant. 

    Éric Allard 

     90 pages, 7€

    Pour en savoir plus sur  ce titre, la collection des P'tits Cactus et les Cactus Inébranlable éditions (copier/coller le lien):  http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/pages/acheter-nos-livres/catalogue/squelettes-au-haras.html

  • GRAND CRU BIEN COTÉ d'Éric DEJAEGER (Cactus Inébranlable éditions)

    grand-cru-couverture-1.jpg?fx=r_550_550Le Dejaeger nouveau est arrivé!

    Le Dejaeger nouveau est arrivé. Et c’est un Grand cru bien coté.

    Entre mauvais esprit assumé, autodérision (la contrepèterie du titre, par exemple) et coups de griffe salvateurs contre ce qui, pour résumer, (s’)est institutionnalisé, nécrosé, on se dit que l’auteur porte bien et haut ses thèmes de prédilection ainsi que ses irréflexions - comme il les appelle.

    C’est lapidaire, rageur mais justifié.

    Et on rit souvent, pour ainsi dire une fois par page.  

    On applaudit aussi, des deux mains. Et ce n’est pas bien car ça ralentit notre lecture, il faut sortir de ce mauvais pas car on voudrait tourner la page, s’esclaffer à nouveau.

    Jugez plutôt.

    Hyperactif : fouteur de rien.

    Du neuf chez les SM : le fist de pute.

    Zoophilie : une bossue amoureuse d’un dromadaire.

    Plus j’avance en âge, plus je suis soul âgé.

    Oui, j’ai cinquante balais. Ca va encore plus vite pour faire le ménage.

    Une page sur deux est consacrée à des listes, qualifiées par ailleurs de potachères. Et j’ai trouvé que dans ce recueil touffu (80 pages bien fournies), couillu mais aussi pointu, Éric prolongeait par ces listes l’art de l’aphorisme.

    Les cycloperies (« le cyclope insomniaque ne ferme vraiment pas l’œil de la nuit ») et les animaux-valises valent le détour mais ce sont surtout ses listes de suffixes et préfixes (qu’on devrait faire lire à l’école) qui poussent la langue dans ses retranchements, dans ce qui la sous-tend peut-être, dans ses pulsions, dirait-on si on parlait un peu le Freud ou le Lacan.

    Dans ce qu’elle ne peut pas dire et qu’Eric révèle.
    Il y a des subtilités, des rémanences d’une liste à l’autre, elles assurent le liant, telles ces particules élémentaires qu’on retrouve avec plaisir d’une liste à l’autre : le nécron (particule disparue avant d’avoir existé), le théon (particule têtue qui tente de se créer sans jamais y parvenir), le cacon (particule irrécupérable), le le procton (particule découverte par un trouduc) et j'en passe.

    Quelques exemples d'autres trouvailles:image.jpg?w=620

    Fast fucking : coït éclair.

    Nécrotte : fèce devenue poussière.

    Hydramaturge : auteur de drames à l’eau de rose.

    Cacocola : soda imbuvable.

    Proctuor : ensemble de huit musiciens pétomanes.

    Enfin, une liste à ne pas manquer pour étudiants pressés, la liste de résumés de dix grands classiques de la littérature.

    ULYSSE de James Joyce: l’histoire d’un gars qui essaie de rentrer chez lui sans GPS.

    DON QUICHOTTE de Miguel de Cervantès: l’histoire d’un gars allergique à la farine.
    Il y a aussi MOBY DICK, L’ETRANGER, LES CHANTS DE MALDOROR…

    Allez, on essaie avec GRAND CRU BIEN COTÉ d’Éric Dejaeger : l’histoire d’un gars qui ne prend pas au sérieux la vie qu’on veut lui faire croire.

    Éric Allard

    90 pages, 7€

    En savoir plus sur le site des éditions du Cactus Inébranlable (copier/coller le lien):http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/

     

  • KYOTO + 3 SOEURS, par Denis BILLAMBOZ

    Kyôto

      

    Cerisiers en fleurs

    Jeune fille en fleur

    Kawabata bonheur

      

    Tradition bafouée

    Artisanat boudé

    Yasunari désabusé

      

    Temples rutilants

    Forêts luxuriantes

    Kawabata exubérant

      

    Touristes pressés

    Production banalisée

    Yasunari excédé

      

    Fêtes rituelles

    Kimono traditionnel

    Kawabata solennel

      

    Kyôto est à Kawabata

    Kawabata est à Kyôto

    Pour l’éternité

     

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    Trois soeurs

      

    Trois sœurs

    Trois cœurs

    Trois destins

    Trois chagrins

    Trois sœurs

    Trois malheurs

      

     Trois sirènes

    Trois écrivaines

    Trois talents

    Qui hurlent dans le vent

    Trois misères

    Pour Jeanne Eyre

     

    Trois jeunes fées

    Trois proies épiées

    Par la mort vorace

    Sans pitié pour leur grâce

    Trois statues de grès

    Pour Agnès Grey

      

    Charlotte, Emily, Anne

    Divines Brontë

     

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  • NOUVELLES LATINOS

    88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    A travers cette publication, je voudrais mettre en valeur deux auteurs latino-américains trop peu connus en Europe malgré toute l’étendue de leur talent. J’avais eu, avant la lecture de ces deux nouvelles, l’opportunité de lire un roman de chacun d’eux et j’avais apprécié la qualité de leur plume. Je voudrais aussi mettre en évidence un genre littéraire, la nouvelle, que je présente trop rarement, c’est un genre qui a ses exigences et un réel intérêt pour les lecteurs. Enfin, je voudrais saluer le travail de cette petite maison d’édition lyonnaise, Zinnia Editions, qui publie ces nouvelles dans des petits formats agréables à lire et faciles à transporter même dans la plus petite des poches. Des tout petits formats pour découvrir de grands auteurs.

     

    Image.ashx?imageID=-AHgVUAYI0Smlt9k4SAAuwBALLES PERDUES

    Alberto BARRERA-TYZKA (1960 - ….)

    Une petite maison d’édition lyonnaise, Zinnia Editions, a remarqué l’un de mes commentaires sur un livre d’Alberto Barrera Tyszka et m’a proposé la lecture de deux nouvelles de cet auteur. « Balles perdues » est la première de ces deux nouvelles, elle évoque la disparition d’un brave citoyen vénézuélien sans histoire lors d’une manifestation contre le pouvoir. C’est dans le journal télévisé que sa famille le voit tomber sous les balles de la police mais ne peut le retrouver ni à la morgue, ni dans les hôpitaux de la ville, il est introuvable malgré toutes les recherches qui sont entreprises. La télévision s’intéresse bientôt à cette disparition tant pour dénoncer les violences policières que pour accabler les contestataires qui manipulent son épouse pour discréditer le pouvoir.Alberto-Barrera.jpg

    Instrumentalisée par les médias, la famille implose, certains membres rallient la cause des insurgés, d’autres restent fidèles aux gouvernants mais quand les télévisons étrangères se manifestent avec des contrats fort lucratifs, les opposés se rejoignent. Alberto Barrera Tyszka nous montre, à travers le jeu pervers des médias, la faiblesse des êtres ayant acquis rapidement une grande notoriété, capables de se faire de l’argent sur le dos d’un des membres de leur famille dont on ignore s’il est mort ou disparu, son corps n’a jamais été retrouvé, il pourrait même être toujours en vie quelque part où personne ne serait aller le chercher. Une nouvelle comme une leçon de morale qui dénonce la faiblesse des hommes toujours prêts à marcher sur des cadavres pour accéder à une certaine reconnaissance, à un certain pouvoir, et les médias artisans de toutes les manipulations qui peuvent servir la cause de ceux qui les possèdent ou les financent.

    Une belle édition, une bonne idée, ces petits formats faciles à lire et à transporter dans une poche pour découvrir rapidement des auteurs inconnus et en l’occurrence des auteurs d’Amérique latine dont cette maison s’est fait la spécialité.

     

    taxi.jpgTAXI DRIVER SANS ROBERT DE NIRO

    Fernando AMPUERO (1954 - ….)

    Dans le joli catalogue de Zinnia Editions, j’ai trouvé cette nouvelle de Fernando Ampuero, l’auteur péruvien dont j’ai lu il y a déjà bien des années un roman que j’avais apprécié, « Caramel vert », elle raconte la vie d’un chauffeur de taxi qui est obligé de travailler de très longues heures pour payer les soins nécessaires pour son fils atteint d’une maladie invalidante. En maraude la nuit dans les rues de Lima, il rencontre un collègue qui lui propose une combine immorale pour gagner beaucoup plus d’argent sans faire beaucoup d’efforts. Son éthique lui interdit de telles pratiques mais nécessité fait loi, alors, pensant à son gamin handicapé, il plonge dans l’arnaque et gagne rapidement un peu plus d’argent qu’auparavant. Rongé par le remord et assailli par les scrupules, il décide d’abandonner cette combine bien peu recommandable mais la chance ne lui est pas favorable, son ami surgit à l’instant où il allait laisser filer une affaire trop facile à réaliser et le convainc qu’il est particulièrement doué pour ce genre d’embrouilles. fernando.jpg

    Ampuero est actuellement une des grandes voix de l’Amérique latine, avec cette nouvelle il montre une image des grandes villes latino-américaines, peut-être moins violente que celle de New-York exposée dans « Taxi Driver », il dénonce plutôt toute la misère de ce continent livré à la débrouillardise pour faire face à la maladie et à la misère en général. Et quand nécessité fait loi, l’immoralité et le cynisme prennent vite rang de valeurs.

    http://www.zinniaeditions.com/

  • NOTRE VIE et autres poèmes à effacer

    La mélancolie, c'est le bonheur d'être triste.

    Victor Hugo

     

    Notre vie

     

    Notre vie ne vaut pas les cent mille crayons

    qu’il a fallu tailler pour faire tenir sur sa pointe

    le capitalisme

     

    Je te gomme tu me ratures la banque efface

    toutes les traces

     de notre plèbe

     

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    L'inspiration

     

    L’inspiration descend du train

    on l’attend sur le quai

    avec des pelles et des marteaux

     

    pour lui faire oublier

    tous les retards

    de construction

     

    si elle avait su elle n’aurait jamais quitté

    son chantier

    mais il se peut toujours

     

    que sans crier gare

    on la ramène à la frontière 

    de la mélancolie 

     

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    La place des amours

     

    Ma mère sait bien où je cache mes amours

    derrière la porte du grenier par beau temps

    devant la cave à vin quand il pleut

     

    Mais jamais je ne dirai

    dans quel passé ma mère a remisé

    le souvenir de mon père

     

     

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    On n'écoute pas

     

    On n’écoute pas aux portes de l’affluence

    le bruit que fait la joie sourde

    en sautant sur une mine de solitude

     

    On repeuple la terre

    de présences passagères

    qui feront de l’amour

      

    un mode embarrassant du silence

     

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    L'escalier 

     

    la pie plie les pages

    le chien en fait des boules

    qu’il donne aux fourmis

     

    de la haute maison

     

    pendant que les mots roulent

    du grenier à la cave

    en faisant de chaque phrase

     

    un escalier en colimaçon

     

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    Le porte-manteau

     

    on n’accroche pas une femme

    au porte-manteau du désir

    sans l’avoir portée

    au moins une nuit

     

    il se peut qu’un étranger

    l’ayant entendue parler bas

    dépose sur toute sa chair

    l’étendue de son cri

     

     

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    Mes trous de nez

     

    Profitant du temps sec

    je me suis enfoncé

    dans mes trous de nez

     

    Deux trous de nez

    c’est grand bien plus grand

    qu’on ne le pense

     

    Je suis là depuis longtemps

    j’observe les allées et venues

    des uns et des autres

     

    J'attends maintenant

    avec une nasale impatience

    de m’éternuer

     

     

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    Mon corps

     

    mon corps me plonge

    dans le désarroi

     

    aucune reine en magasin

    pour exposer en vitrine

     

    mes morceaux de chair

    en couronne mortuaire

     

    aucune cliente pour se défaire 

    de l'idée de moi

     

     

     

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    Le beau travail

     

    le marteau frappe l’eau

    le clou enfonce la mer

     

    tant que dure 

    la ligne de l’horizon

     

    ensuite seulement l’ouvrier peut  

    se reposer sur son travail

     

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    Le départ

     

    Mon père marche sur la pointe des pieds

    de ma mère

     

    pour rejoindre en silence

    la chambre aux souvenirs

     

    où ils se remémorent à grands rires 

    l'instant précis d'où je suis parti

     

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    avant d'écrire

     

    avant d’écrire

    arrose ta prose

    et vérifie tes vers:

    on n’est jamais

    assez prudent!

      

    avant d’écrire

    prends l’air

    et rends le vent

    léger

     comme la plume:

    on n'est jamais 

    assez effacé!

     

     

     

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  • LES POÈMES de SUDPRESSE

    51VgJ3cN2NL._SY300_.jpgDans Structure du langage poétique (Flammarion, 1966), Jean Cohen montre que mettre en vers libre un entrefilet de journal, cela ne suffit pas pour faire de la poésie.

    Hier, sur la Nationale sept 
    Une automobile 
    Roulant à cent à l'heure s'est jetée 
    Sur un platane 
    Ses quatre occupants ont été 
    Tués. 

    Il s'en explique comme suit:

    « Evidemment, ce n'est pas de la poésie. Ce qui montre bien que le procédé à lui tout seul, sans le secours des autres figures, est incapable d'en fabriquer. Mais, affirmons le, ce n'est déjà plus de la prose. Les mots s'animent, le courant passe, comme si la phrase, par la seule vertu de son découpage aberrant, était près de se réveiller de son sommeil prosaïque. » 

    Il faut reconnaître que cela y ressemble et, même, ne diffère que très peu, sinon d'une certaine poésie, de certains poèmes cherchant à brouiller la frontière entre prose et poésie.

    Nous ne procéderons pas cette fois à l'exercice inverse qui consisterait à mettre en poésie de la prose au risque de constater la disparition de toute poésie.

    Les article sont tirés d'un site de SudPresse et couvre la période de ce début d'été 2014. Aucune modification autre que la mise en vers et en strophes (ou parfois l'introduction du marqueur poétique & en place du "et" d'origine) n'a été opérée au sein des articles. 

    E.A.

     

    MISE EN VERS D'ARTICLES

    de 

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    POÈME 1

     

    Vendredi vers 1h30 du matin,

    Ginny Griffith 

    a décidé d’en finir

    avec une araignée  

     

    Prenant son briquet,

    cette habitante de Hutchinson (Kansas)

    met le feu à des serviettes de toilette

    et balance le tout

    dans la tanière de la bête.

    La méthode a été radicale

    puisqu’un incendie s’est déclaré

    dans l’habitation.

     

    Il a fallu cinq camions de pompiers

    pour le maîtriser.

    Les pompiers ont prévenu la police

    qu’il y avait eu plusieurs départs de feu

    et donc

    qu’il pouvait s’agir d’un incendie criminel.

     

     

    *****************

     POÈME 2

     

    Vendredi,

    une professeur de l’école libre

    du Touquet,

    dans l’implantation de la Marlière,

    a décidé,

    sans l’aval de sa direction,

     

    soulignons-le,

     

    de coller,

    sur le pull d’enfants âgés de 4 à 5 ans,

    un papier

    sur lequel était spécifié

    que les parents avaient encore

    des factures impayées.

     

     

    ****************

    POÈME 3

     

    Le drame s’est joué à Motta Visconti près de Milan (Italie)

    samedi soir.

    Carlo Lissi a fait des galipettes

    avec son épouse sur le canapé familial

    tandis que les enfants dormaient

    dans la chambre.

    Puis il a pris un couteau dans la cuisine

    &

    a poignardé

    à de nombreuses reprises,

    finissant par l’égorger.

    Ensuite, il s’est rendu

    auprès de ses enfants

    &

    les a tués.

     

    Le père de famille s’est lavé

    & changé,

    puis il a rejoint

    un café

    pour assister

    au match Italie-Angleterre à la Coupe du Monde.

    En rentrant, il a appelé la police,

    expliquant qu’il venait

    de découvrir

    les trois cadavres.

     

     

    ****************

     POÈME 4

     

    Dimanche

    peu avant 11 heures du matin,

    Trois hommes encagoulés

     & munis d’armes de poing

    ont fait irruption

    dans le commerce

    en présence d’une soixantaine de clients.

     

    Les auteurs n’ont pas hésité

    à tirer un coup de feu en l’air

    & à faire coucher les victimes

    au sol

    afin de se faire remettre

    le contenu de la première caisse.

     

    Les truands ont pris la fuite

    à bord d’une Opel Astra

    conduite par un quatrième complice

    qui les attendait

    à l’extérieur du magasin.

     

     

    ************************

     POÈME 5

     

    La scène se déroule

    dimanche dernier.

    Alors qu’il se balade dans les rues d’Omaha,

    dans le Nebraska (Etats-Unis),

    en début de soirée, Tom White découvre sur le banc

     deux célébrités.

     

    À droite, le chanteur des Beatles Paul McCartney,

    en représentation dans la région ;

    à gauche, Warren Buffett,

    un homme d’affaires américain de la région

    & quatrième plus grosse fortune du monde.

     

    En tout, les deux hommes forment

    une fortune de plus de 60 milliards de dollars…

    Tom ne s’est donc pas privé d’immortaliser le moment

    en prenant un selfie devant le banc

    où les deux hommes étaient assis. 

     

     

    ********************

     POÈME 6

     

    En rentrant du travail hier,

    vers 18 heures,

    l’homme avait déjà bu

    quelques verres.

     

    Il se dispute avec son épouse

    à cause d’une machine à coudre

    & d’un tas de linge

    qui traîne au rez-de-chaussée.

     

    Plus tard dans la soirée,

    l’homme part avec ses filles

    pour faire un tour de voiture.

    En revenant, vers 23 heures,

    il monte dans la chambre et trouve sa femme

     

    «  tranquillement installée au lit

     en train de lire un bouquin  »

    alors qu’elle ne lui a toujours pas préparé ses tartines

    pour le lendemain.

    Ni une ni deux, l’homme attrape

    son épouse par les cheveux

    et la projette contre le mur.

     

    Il s’empare ensuite de son ordinateur portable

    & lui lance à la figure.

    L’épouse reste inconsciente

    jusqu’à minuit et, à son réveil, le menace

    de porter plainte.

     

    ****************

     POÈME 7

     

    Ashik Gaval, un Indien de 17 ans,

    avait depuis plus d’un an et demi

    des douleurs dans la bouche.

    L’adolescent avait tellement mal

    qu’il s’est décidé à quitter son village

    pour rejoindre la métropole la plus proche, Mumbai,

    en espérant trouver un médecin

    lui permettant de trouver la cause de son problème.

     

    Les médecins à l’hôpital JJ de Mumbai

    ont alors découvert une étonnante malformation :

    il souffrait en fait d’un « odontome complexe »,

    qui a causé la formation de multiples dents

    à partir d’une seule gencive.

     

    L’adolescent a donc dû être opéré

    et au moment où la gencive a été coupée,

    toutes les dents sont tombées

    les unes après les autres…

    Les dentistes en ont retrouvé 232 !

    Les médecins pensent même

    qu’il s’agit d’un record du monde…

     

     

    ****************

     POÈME 8

     

    Le certificat médical

    a donné la puce à l’oreille

    aux gardiens de prison.

    Selon ce document,

    André Silva de Jesus (35 ans)

    ne pouvait pas être passé

    aux rayons X

    car il est porteur d’un pacemaker.

     

    Ils l’ont donc fouillé

    avant de le laisser

    entrer dans l'établissement.

     

    Ils ont découvert dans son anus :

    deux téléphones portables,

    deux batteries,

    une pince,

    cinq clous,

    huit lames de scie,

    cinq clous et quelques autres babioles.

     

    Les gardiens de la prison de Ribeiro das Neves

     ont appelé

     leurs collègues de la police militaire

     pour immortaliser ce record.

     

    On ignore

    à quel détenu était destiné

    cette boîte à outils.

     

     

    **********************

    POÈME 9

     

    Dans la nuit du 21 au 22 mai dernier,

    le corps massacré d’un homme

    de 82 ans

    a été retrouvé dans son salon,

    avenue du Maréchal Foch à Longwy.

     

    Son épouse,

    Gezala, âgée de 71 ans

    errait, hagarde, devant la maison,

    couverte de sang et de lambeaux de peau.

     

    Gezala aurait assommé son mari à l’aide

    d’un pilon à épices,

    avant de lui arracher le cœur,

    le nez

    et les parties génitales.

     

    Comble de l’horreur :

    elle a cuisiné

    l’ensemble des restes de son mari

    avant de les jeter aux ordures.

    Elle ne les aurait toutefois

    pas consommé.

     

      

    **********************

     POÈME 10

     

    Lundi dernier

    Cet ouvrier de 54 ans

    affecté au magasin

    – il chargeait et déchargeait les camions –

    a pris son service

    le plus normalement

    du monde.

     

    Il était 6h30 lundi

    lorsqu’il est arrivé sur le site Browning

    appartenant à la FN.

    Là, il a déposé son sac

    avec son repas de midi

    à son poste,

    puis il s’est changé

    pour endosser

    sa tenue de travail.

     

    Comme chaque matin,

    il a échangé quelques mots

    avec ses collègues

    avant de se diriger vers le magasin

    où il a pris une arme de chasse

    et les munitions qui vont avec.

     

    Il est ensuite sorti de l’atelier

    en passant par le volet du quai de chargement.

     

    Un itinéraire qui a intrigué

    une de collègues.

    Cette dernière se dirigeait vers le volet pour vérifier

    que tout allait bien

    lorsqu’une détonation a retenti.

    Le quinquagénaire venait de mettre un terme

    à ses jours

    sur le parking réservé aux camions.

     

     

    ********************

     POÈME 11

     

    Devan Serpa (29 ans)

    qui rêve de faire carrière

    comme modèle et comme comédienne


    a été arrêtée par la police de Morgan City.

     

    Elle est suspectée

    d’avoir tiré à plusieurs reprises

    dans les rues de cette ville de Louisiane

     le 27 juin dernier.

     

    Deux véhicules avaient été endommagés.

    Une balle avait pénétré

    dans une maison,

    mais sans faire de victime.

     

    Alors qu’elle est au poste

    pour la prise d’empreinte,

    la photo d’identité judiciaire et la consultation de ses antécédents,

    Devan Serpa a dévoilé ses parties intimes

    au policier présent.

     

    Il l’a donc arrêtée à nouveau,

    pour obscénité cette fois.

    Depuis lors, elle croupit en prison. 

    et va pouvoir enrichir

    son book avec une nouvelle photo…

    celle de l’identité judiciaire.

     

     

    *********************

     POÈME 12

     

    Anne Doubler (30 ans)

    a été surprise en fâcheuse posture

    par son mari,

    rentré plus tôt

    avec leur fils âgé de 4 ans.

    La mère de famille a été arrêtée

    pour des faits présumés

    de pédophilie.

     

    En arrivant chez lui,

    cet habitant de Sioux Falls (Dakota du Sud)

    a découvert sa femme

    complètement nue…

    avec trois jeunes garçons dans la même tenue.

    Deux sont âgés de sept ans

    & le troisième

    a dix ans.

     

    Le mari a immédiatement

    prévenu la police.

     

     

    *********************

     POÈME 13

     

    La technologie

    était en test

    lors de la dernière Coupe des Confédérations :

    elle est encore balbutiante

    pour cette Coupe du monde

    mais les douze stades du Mondial 2014 au Brésil

     

    seront équipés

     

    de la technologie vidéo Goal-Control 4-D,

    qui doit permettre

    de savoir en temps réel

    si un ballon

    a franchi ou pas

    la ligne de but.

     

     

    *********************

     POÈME 14

     

    Lundi dernier,

    alors qu’il rejoignait

    son domicile,

     

    Anthony,

    un Bizétois de 21 ans

    s’est fait aborder par deux jeunes

     

    à vélo

    qui lui ont demandé

    une cigarette.

     

    Le jeune homme

    n’avait même pas

    encore eu le temps de répondre

     

    quand 6 autres jeunes

    ont approché de lui

    pour l’agresser sans raison.

     

     

    ********************

     POÈME 15

     

    Cette nuit vers 3h du matin,

    un camion a heurté la berme centrale

    de la E19,

     

    à hauteur de Nivelles (direction Bruxelles),

    renversant sur la route

     

    une importante quantité

    du gravier

    qu’il transportait.

     

    Le trafic est ce matin

    fortement perturbé :

    plus de 2 heures perdues

     

    dans des bouchons

    d'une vingtaine de kilomètres.

     

     

    ********************

     POÈME 16

     

    « Envoyez-nous au septième ciel ! »,

    c’est le message

    que David et Laurent

    ont voulu transmettre

    à nos Diables

    rouges.

     

    Et on peut dire

    qu’ils y ont mis les formes :

    les deux Liégeois membres

    du Skydive de Spa

    ont sauté dans le vide

    à 4.200 mètres d’altitude

     

    pour déployer

    un drapeau de la Belgique

    dans les airs !

     

     

    *********************

     POÈME 17

    Su Liyu  était en train

    de travailler  dans un champ.

    Lorsqu’une branche d’arbre

    gêne son passage,

    elle la repousse mais

    celle-ci vient s’enfoncer

    dans sa nuque.

     

    À 70 ans,

    elle marche

    10km

    jusqu'à l'hôpital

    avec une branche d'arbre

    enfoncée

    dans la nuque.

     

     

    ********************

     POÈME 18

     

    Le meurtrier cannibale

    était venu rendre visite

    à son ex-compagne

    et lui avait donné

    de l’argent

    pour qu'elle sorte 

    s'acheter de l'alcool

     

    A son retour,

    elle a hurlé

    en découvrant son nouveau compagnon,

    Mbuyiselo Manona, 62 ans,

    baignant dans son sang

    et son «ex» attablé en train

    de découper le cœur de la victime.

     

    Ce sont des voisins

    au comble de l’affolement et de l’horreur

    qui ont donné l’alerte et prévenu les policiers.

     «Sur place, ils ont trouvé le suspect,

    un Zimbabwéen, occupé

    à manger un cœur humain

    avec un couteau et une fourchette»

     

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  • D'ILS ET D'AILES de Pascal FEYAERTS

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    Titre : D’ILS ET D’AILES
    Auteur : FEYAERTS Pascal 
    Illustrations : Derry TURLA
    Préface : Eric ALLARD
    Format : 14 x 20 cm
    Nombres de Pages : 59 pages 
    4 illustrations couleur sur papier Canson 160 gr
    Prix TTC : 16 euros
    ISBN : 978-2-930498-50-8 
    Parution : septembre 2014

     

     

    DEUX EXTRAITS

    C’est une petite femme dans une robe trop grande avec des manches trop courtes et des rêves qui dépassent par endroits.  Seul le sable la devine. Elle porte en elle le poids des fenêtres qui l’habitent. Tout ce qui luit n’est pas dehors, elle ne le sait que trop. Elle nous regarde de l’intérieur de peur de nous rencontrer. Elle fuit le présent contigu et le futur imparfait, et craint la lumière comme le feu couvant une passion non assez instruite. Elle aime au ralenti car la lenteur la rassure.

    (L’inquiète)

    Je connais un ange qui a égaré ses ailes, et je sais l’oiseau dont le chant s’est rompu.  C’était un jour où le ciel en outrage de mille éclairs criait sa rage comme un homme hurle à l’amer. Si d’aventure vous rencontriez cet ange, dites-lui que j’ai retrouvé ses ailes et le chant de l’oiseau, qu’ils cohabitent comme on s’aime dans l’attente de cieux plus cléments.

    (L’Ange)

     

    Comment porter un « verbe de lumière » au-dedans de soi pour faire voir ce que l’on voit, et faire entendre notre voix ?
    Car, comme l’écrit Porchia, « personne n’est lumière de soi-même ». 
    À la limite, faible lueur...

    Les personnages que Pascal Feyaerts présente sont en attente d’un don de temps. Ils sont dans une antécédence d’être, prêts à (re)naître sous le regard d’autrui — ou de quelque chose.

    Ce qui fait le sel et la grâce de ces textes, c’est aussi leur écriture, avec les écarts apportés au déroulement attendu de la phrase, les infléchissements de son cours comme si les mots, par un effet de clinamen, rompaient l’ordre de la prose pour produire des étincelles de poésie. Sous l’écorce verbale affleure la sève des images.

    Pascal Feyaerts est un « homme de songe », selon la belle expression de Bachelard, un rêveur qui ausculte le monde depuis son intérieur percé d’ouvertures multiples. 
    Il porte ses regards loin et haut par l’embrasure des fenêtres pour mieux éployer ses paysages de mots.

    Ses petits poèmes en prose surprennent à chaque lecture, appelant à des revisites nombreuses. Comme des papillons, ils captent notre attention par l’un ou l’autre détail, une tournure de phrase ou de pensée, un charme indéfinissable. On tente alors de les saisir mais ils traversent nos filets aux mailles trop lâches.

    Ne reste de leur passage qu’un subtil frémissement d’ailes, comme un haussement de ton du réel, une augmentation d’être, un persistant éclat, une échappée hors des voix coutumières de l’Archipel Poésie...

    Extrait de la préface d’Éric ALLARD

     

    93bbc2_13b217bcf11f5a3fa479c6d1b2902e29.jpg_srz_195_270_85_22_0.50_1.20_0.00_jpg_srzPrésentation de l'auteur par Derry Turla

    L’auteur écrit pour diverses revues littéraires, et a publié un recueil de poèmes en prose en 2001.

    Il aime à fréquenter les cercles littéraires, et a notamment été membre du "Grenier Jane Tony" et du "Cercle de la Rotonde".

    Pascal a été repris dans l'anthologie "La nouvelle poésie française de Belgique" en 2009 (Le Taillis Pré). 2010 le voit finaliser un spectacle musico-poétique avec la violoniste et compositrice Marielle Vancamp : "Sur un nuage".

    En 2012 sort conjointement «L’amour en Lettre Capitale» et «Nouvelles en quête d'(h)auteur». Pascal Feyaerts est membre de l’Atelier ACG-ART, groupement artistique fontainois, et expose parfois ses dessins, essentiellement au fusain et à la craie.

    Toujours fidèle à son univers intimiste, complexe et ample, proche de la biographie, où la femme est portée ou transportée dans ses rêves selon ses propres critères, Pascal nous entraîne vers un questionnement de l’existence, sans conclusion aucune.

     

    185522_orig.jpgLIENS UTILES (copier/coller les liens)

    Le livre sur le site des éditions LE COUDRIER:

    http://lecoudrier.weebly.com/ils-et-dailes-d.html

    Un article de SudPresse:

     http://pascalfeyaerts.blogspot.be/

    Le blog de Pascal Feyaerts

    http://pascalfeyaerts.blogspot.be/

    Le blog de Derry Turla

    http://derry-turla.blogspot.be/

  • TROIS UNIVERS – PASOLINI – MALMSTEN – FAUCER

    leuckx-photo.jpgPar Philippe LEUCKX 

    (à paraître dans FRANCOPHONIE VIVANTE,

    trimestriel – mars 2015)

     

     

     

    9782757836163.jpgPasolini, qu’on ne présente plus - PPP : Pier Paolo Pasolini - né en 1922, assassiné en novembre 1975, a trouvé, au-delà de sa mort restée en large part inexpliquée, des thuriféraires de premier ordre : Laura Betti et Marco Tullio Giordana, en Italie, René de Ceccatty, en France. De Ceccatty a souvent traduit et/ou présenté l’œuvre de Pasolini. En outre, il lui a consacré, il y a quelques années, une biographie fameuse, dans la collection dirigée chez Gallimard par Gérard de Cortanze. Le voilà de nouveau au travail – précis, méticuleux, soucieux de l’original – de traduction d’inédits, tirés, nombreux de l’œuvre immense du poète. Selon René, la poésie de PPP est sûrement la branche maîtresse d’une production multiple en cinématographie, essai et critique, par ailleurs remarquable.

    Adulte ? Jamais rassemble, en 368 pages d’une présentation juxtalinéaire italien/français, de larges fragments d’onze recueils qui s’échelonnent de 1941 à 1953. Les poèmes traduits s’accompagnent d’une préface éclairante, qui resitue les enjeux de la poésie dans le contexte pasolinien, d’une belle photo-portrait de couverture (datant du festival de Venise en septembre 1962), enfin d’annexes chronologiques, bien utiles dans cette vie italienne bien remplie.

    La qualité du regard pasolinien, qu’il soit poète frioulan ou italien, est tissée d’observation du monde de l’humain, d’acuité, d’intelligence hypersensible, de cœur, sans jamais verser dans le pathos ni dans l’emphase ni dans le forcé. La voix est douce, généreuse, mais tout autant décapante sur un réel à restituer au plus juste. L’engagement est total : la prise de risque signifie pour lui perception vraie d’un monde, accueil et description, et analyse. L’émotion n’enlève rien aux atouts critiques, ethnographiques et esthétiques. Cette quadruple approche du monde romain, de l’enfance en terre frioulane, des populations laissées-pour-compte, dans l’univers impitoyable des borgate (lumpen-prolétariat que le poète découvre dès son arrivée à Rome en 1950, chassé de Ramuscello pour une affaire de mœurs) nous vaut de beaux poèmes, d’une inspiration « touchée par la grâce ». Jamais rien de pesant dans ces vers qui murmurent ou enchantent l’amour, dans ces textes qui relatent l’autobiographique sans le plomber, dans cette langue qui du journal intime tire les plus beaux accents de vérité.

    Et le titre de l’ensemble s’éclaire :

    Adulte ? Jamais. Jamais : comme l’existence

    Qui ne mûrit pas, reste toujours verte,

    De jour splendide en jour splendide.

    Je ne peux que rester fidèle

    À la merveilleuse monotonie du mystère.

    Voilà pourquoi, dans le bonheur,

    Je ne suis jamais abandonné. Voilà

    Pourquoi dans l’angoisse de mes fautes

    Je n’ai jamais atteint un remords véritable.

    Égal, toujours égal à l’inexprimé,

    À l’origine de ce que je suis. (p.257)

    « Talus plus âpres », « cheveux peignés au son des cloches », « dans un cœur tendre que j’arrache au rêve », autant d’images qui révèlent une âme, apte à saisir les lumières qui pleurent, qui blessent, qui peuplent les confins (l’un des titres de recueils).

    Évidemment, René a raison de hausser cet univers poétique au statut essentiel de l’opus incontournable. Le lyrisme est lucide, avec des éclats de pure beauté, d’ardeur décrite sans jugement moral, sans doute dans le même esprit d’accueil des réalités du monde d’un Saba, qui ne voyait aucune hiérarchie dans nos actes, nos comportements, dans nos jugements, comme si toutes les matières du réel, les plus « nobles », les plus familières, les plus triviales, les plus vitales, les plus secrètes étaient à égalité.

    Pier_Paolo_Pasolini2.jpg

    Le poète décline ses amours, ses solitudes, ses fêtes, les exclusions dont il fut victime, ses proches (ses croix : la mort du frère, véritable crucifié d’une trahison des communistes), ses regards : que de poèmes sur cette exploration préci(eu)se des Choses (autre titre) !

    « L’ombre heureuse des fêtes » plane sur ce beau recueil, qui résonne loin, qui ne s’épuise pas, qui favorise de multiples approches : sensitives, intellectuelles, paysannes, autobiographiques, esthétiques, éthiques… Ce qui ne nous étonne guère d’un auteur complexe, érudit, lyrique, imagier et moraliste (au meilleur sens du terme, c’est-à-dire, qui nous grandit), fidèle à la vérité à dire.

     

     

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    Electre_978-2-87505-167-7_9782875051677?wid=210&hei=230&align=0,-1%0ALes « frictions » que Rodrigo M. Malmsten publie chez Maelström sous le titre Auguste ou Jenny la Rouge sont une forme de théâtre renouvelé, hardi, ardent, d’une violence sans cesse au cœur des deux personnages, facettes complémentaires d’un être promis à un destin tragique.

    Deux figures qui se connaissent de longtemps (trente années de coexistence plus ou moins pacifique) et qui prennent le temps de se redécouvrir, portés au-delà d’eux-mêmes, pour inciser un réel décidément mal connu, mal torché. Se connaît-on jamais ? Peut-on décemment voir de l’autre autre chose qu’une vision déformée, déformante ?

    Le risque est là : la connaissance des âmes, des corps, des sexes n’échappe pas à certaines frontières, ces lisières où le plaisir, la chair et leurs contraires s’échangent, s’annihilent.

    Les dialogues mordent le réel, laissent au lecteur de noires « impressions » comme des taches d’existence.

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    Un vrai regard, certes. Celui d’un poète, d’un metteur en scène, d’un comédien, né en Argentine, habile à tresser, dans cet univers théâtral, les fluides essentiels de nos contradictions : quête et répulsion, amour et déchirement. Bergman, Ionesco ne sont pas loin : entre cris, absurdité et sens du tragique.

     

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    476550_1.jpegGaëtan Faucer (1975-) est essentiellement un dramaturge, mais il écrit aussi des scénarios et des poèmes.

    Plusieurs titres, « Off », « Divines soirées » ont été évoqués. Plusieurs éditeurs (Chloé des Lys, Novelas) ont accueilli ce théâtre assez noir, dont j’ai déjà dit tout l’intérêt, dans le juste fil d’une dramaturgie existentialiste sartrienne. « Huis-clos » a de toute manière influencé durablement le jeune auteur. Parmi la trentaine de pièces, quelques-unes ont connu de belles représentations à Bruxelles, et « Notre Saint-Valentin » reprend cette année la route des planches, après le beau succès de 2013 (Péniche Fulmar, e.a.).

     On ne connaissait pas le nouvelliste.

    Le noctambule suivi de Bandeau noir, un petit livre soigné , propose deux récits, que l’on verrait bien aussi adaptés au théâtre, tant les décors ont cette frappe scénographique. La première nouvelle nous mène dans un cimetière d’étoiles ou de tombes. Le narrateur s’y débat comme un poisson dans l’eau. Sa solitude trouve là un véritable dérivatif à de mornes moments. Ici, au milieu des tombes, il se sent vivre, revivre.

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    L’autre texte explore lui aussi un milieu marginal, pour tout dire interlope. Un comédien d’ImageX se retourne vers un son passé, sans doute guère glorieux de comédien X, mais quelle métamorphose s’annoncerait-elle ? Change-t-on de peau ? De corps ? Le passé serait-il un tag éprouvant, dont on ne peut se délester. À l’occasion d’une embauche, nouveau point de départ, l’antihéros se répand en réflexions amères…quoique l’espoir pointe aussi une nouvelle voie…Sait-on jamais ?

    Les deux nouvelles, en dépit de leur brièveté, consignent, une fois de plus, les mêmes préoccupations existentielles d’un auteur happé, entre beauté et noirceur, par les prestiges de la solitude et de la communauté espérée comme un baume.

    Bientôt un roman ?

     

    Pier Paolo Pasolini, Adulte ? Jamais, Points, 2013, 368 p., 11,20€.

    Rodrigo M. Malmsten, Auguste ou Jenny la Rouge, Maelström, compact 31, 2013, 56p., 6,00€.

    Gaëtan Faucer, Le noctambule suivi de Bandeau noir, Edilivre, 2014, 34p., 9,00€.

  • 400 000 VISITES

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    WIKIPEDIA nous apprend que les 400 000 articles ont été atteints avec "Neuropathie" le 27 novembre 2006 à 11 h 12. 

    Le Monde du 5 décembre 2013 nous dit que de l'ADN humain vieux de 400 000 ans a été reconstitué sur un os découvert sur le site préhistorique espagnol d'Atapuerca... 

    Sur LES BELLES PHRASES, les 400 000 visites ont été atteintes hier soir sur le texte SOS SOSIES.

    2550 billets divers pour 2070 jours de fonctionnement.

    MERCI au Visiteur Inconnu du blog (et surtout à son coach en communication et à son psychiatre) venu en moyenne 200 x PAR JOUR depuis la création du blog il y a 69 mois.

    Autrement dit, une fois environ toutes les 8 minutes. Quelle abnégation!

    Foin de chiffres, MERCI plus sérieusement aux auteurs invités, morts ou bien vivants - en espérant qu'ils le restent longtemps.

    Ainsi qu'aux fidèles CHRONIQUEURS LITTÉRAIRES DU SAMEDI, Denis BILLAMBOZ et Philippe LEUCKX qui récidivent chaque semaine et à tour de rôle depuis bientôt cinq ans. Ensemble, ils totalisent plus de 240 chroniques. 

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  • SOS SOSIES

    Paul%2BMcCartney%2BIn%2BWax.jpgJ’ai loué deux sosies de McCartney. On menaçait de les expulser du chômage. Deux pour le prix d’un Lennon.

    L’un ressemble au chanteur des Beatles première époque, l’autre, plus défraîchi, au McCartney de dans dix ans. Le plus jeune est Noir mais pas trop, une sorte de mixte de McCa et Michaël – j’ai l’impression de revoir Say Say Say.

    Je rebats les oreilles de l’un la journée (à propos des Fab Four, des Wings, de Linda, Stella ou du végétarisme), et, comme je suis insomniaque, je fais avec l'autre la nuit des blinds tests et des quiz spécial McCa.
    Je les entretiens aussi de Charleroi qu’ils découvrent au sortir de l'aéroport. Ils ont peur en se rapprochant du centre mais je leur dis qu’il n’y a plus de raison, et que, grâce à une équipe dynamique, la ville change. Les grands graffitis les rassurent ou pas. Je leur explique qu'il n’y a plus moyen de circuler, d'atteindre le centre, donc qu’on reste en dehors de la ville et qu’on l’aime d’autant plus. C'est le côté kafkaïen de la Cité.

    Je leur dis que c’est un peu comme Liverpool mais ils ne sont pas forts en géographie européenne, ils confondent avec Libramont. La foire agricole, les sosies de Benoît Lutgen…
    Un jour que je me baladais avec l’un d’eux, j’ai rencontré une échevine dont je ne retiens jamais le nom. On a sympathisé. Elle n’a pas reconnu tout de suite de qui mon compagnon était le sosie et je dois dire que, moi-même, j’ai mis du temps à remettre le sosie de Paul Magnette. 
    Elle a dit qu’à la Ville, on en a tout un stock, qu’on les sort à toutes les célébrations et le jour du conseil communal car le vrai, on ne le voit plus. On dit même que celui qui œuvre à Namur, c’est une contrefaçon.

    J’ai discuté d’un point du futur conseil relatif à la consommation d’eau des locataires fictifs de la Sambrienne.

    À ce stade, nos Paul n’y comprenaient plus goutte et ils sont restés à baragouiner entre eux voire plus si affinités.

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    J’ai invité l’échevine à mon appart' où elle a examiné dans le détail mon compteur d’eau mais pas seulement. Au matin, on a eu toutes les peines du monde à remettre la main sur les faux jumeaux. Ils étaient déjà à l’aéroport, prêts à rentrer au siège social de SOS SOSIES situé dans un paradis fiscal. On les a finalement laissé passer les contrôles en comprenant qu’on ne pouvait plus les récupérer, ils étaient trop loin…

    Quant au vieux sosie, il s’était aventuré dans le centre-ville pour faire la manche avec des semblants de Van Cau et de Cariat, d’autres pittoresques figures de l’histoire carolo, et il s’était fait ramasser par la police. Grâce à un copain flic avec lequel on a fait les cent coups dans notre jeunesse, j’ai pu le faire libérer.

    Je l’ai conduit à l’aéroport sans un mot, j'étais furax. Il paraissait encore dix ans de plus, si bien qu’il ressemblait davantage à Keith Richards qu’au moindre Beatle.

    Mon échevine extrayait, elle, de son 4x4 quatre sosies démagnétisés. On s’est fait un rapide signe de la main en souvenir de notre nuit hydraulique. Elle était pressée, elle avait conseil communal en soirée.

    Moi, j’avais réunion des McCaliques Anonymes. J’avais bien des choses positives à raconter...

    Bientôt, je pense, je pourrai me passer de sosies dans ma vie de tous les jours et chercher hyperactivement un emploi de chanteur des rues.

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