• RACKETS DU TEMPS de RIO DI MARIA (éd. L'Arbre à Paroles)

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

    dimaria-rackets.gifLa violente métaphore du titre qui nous happe, après l’avoir fait de son auteur – poète belge, né en Sicile en 1946, arrivé en Belgique en 1957, auteur de sept recueils poétiques depuis 1973…- , est à coup sûr l’emblème d’une poésie lyrique, riche d’images, qui attaque en force cette érosion terrible par le temps de toutes les forces vives, jusqu’à éreinter les souvenirs et les figures parentales.dimariario.jpg

    Et pourtant, derrière les coups de poing, de colère, que de douceur aussi, et de tendresse, dans ces vers groupés, enchâssés, comme tenus en laisses par la bonté du poète ! Distiques, tercets, quatrains, quintils, sizains, quitte à voir toutes ces formes rassemblées dans certaines pages (30/31..) !

    Quatre sections ordonnent le livre copieux (Rackets du temps / Simuler-Dissimuler / Joue contre jour / Instants géniteurs).

    De « l’affolante solitude de Maman » à « une passante…dans la lumière », le poète dresse le portrait de nombre de visages, brossés à renfort d’images, de métaphores et d’adjectifs qui puissent en laisser tomber quelque incidente.

    Le temps, ce grand dévoreur, ne laisse rien en paix. Il érode lui-même ces images jaunies, ces coups de lumière sur des espaces et des périodes enf(o)uis.

    Mais l’écriture veille, l’écriture résiste :

    Comment traverser l’émouvante ligne

    qui distingue tout ce qui nous sépare

    Le chant que l’exil instille dans les textes est d’une vérité vibrante ; un « autre regard » s’est imposé à l’enfant, à celui qui signe, longtemps après, ces poèmes désenchantés et tout à la fois porteurs d’espérances.

    Peut-être que les chemins blessés

    les ont perdus !

    Le père, la mère : hautes figures tutélaires, à la fois cernés dans leur « solitude », et dotés « du vin libre des mystères et du pain dur » ; la misère est passée par là, résiduelle dans ces poèmes d’aujourd’hui.

    La langue signifiante porte trace des origines blessées : « briques malades », fenêtre d’où émigrent / graines d’îles à corriger la surface de la mer » et je pourrais souligner la lecture incessante des espaces insulaires : belle Sicile d’hier , traces de toute une vie où « les valises sont prêtes la maison soldée / ici plus rien ne m’appartient », ou « Toute vie possible est restée derrière la fenêtre ». Déchirants fragments d’un départ et sources, beaucoup plus tard, d’une renaissance, au bleu de l’écriture, au clavier : « naissance dans l’autre », dit le poète justement, puisqu’il s’agit de trouver des raisons d’espérer, dans ces champs de l’exil.

    Parfois, la réminiscence prend peau proustienne :

    J’ai appris à lire

    entre machine à coudre lettres interdites

    et enclume résistant à tous les coups

    de promesses abritées dans la déchirure des lèvres

    des livres jamais lus

    On comprend dès lors que Au bout des doigts déchirés / foisonnent les frissons de l’enfance / Les fleurs du secret…

    L’écriture allitérante assure à ces textes puisés au puits de l’enfance de n’être pas seulement des poinçons du passé mais surtout un chant fluide, apaisant, retissant sans cesse pour nous lecteurs d’anciens usages du temps, quand aujourd’hui résonnent au ventre, au cœur du

    poète « le temps / dans le pays qui se disloque » ou « les dernières limites de l’indicible ».

    Et puis, « tant de doutes habitent les lèvres » et « tout près de la main s’abat la fête des doigts fêlés » : langue nue s’il en est, déchirante.

    Un beau livre de mémoire.

    RACKETS DU TEMPS de RIO DI MARIA (L’Arbre à paroles, 2014, 128p., 12€.)

    Le recueil sur le site de L'Arbre à Paroles

  • DES MILLES FAçONS DE MOURIR suivi de TOURNE LA ROUE, par Denis BILLAMBOZ

    Des mille façons de mourir

     

    Courir à sa perte

                                          Une autre façon de mourir

    Pourrir de l’intérieur

                                         Une autre façon de mourir

    Partir pour toujours

                                            Une autre façon de mourir

    Sortir de la route

                                         Une autre façon de mourir

    Ecrire son testament

                                        Une autre façon de mourir

    Fourbir le couteau de l’assassin

                                       Une autre façon de mourir

    Sourire kabyle

                                      Une autre façon de mourir

    Pétrir une fesse défendue

                                      Une autre façon de mourir

    Revêtir un linceul

                                      Une autre façon de mourir

    Souffrir mille morts

                                    Une autre façon de mourir

    Subir un sort fatal

                                 Une autre façon de mourir

    Mourir pour mourir

                                  Une autre façon de mourir

     

    Mourir de rire

                                La plus belle façon de mourir

                     Les Mousquetaires de Charlie

                                    Vous m’avez fait mourir de rire

     

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    Tourne la roue

      

    Tourne la roue

    La roue de mes jours

    La roue de la vie

    La roue de la mort

    La roue de mon sort

      

    Elle dira ma vie

    Elle dira ma mort

    Ma vie sans lendemain

    Ma mort un jour lointain

    Ma fin peut-être demain

     

    Tourne la roue

    La roue de la vie

    La roue de la mort

    La roue de mes jours

    De mes jours comptés

     

    J’ai été

    Je suis encore

    Je serai peut-être

    J’aurai été

    Je serai à jamais

     

    Tourne la roue

     

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  • « Y A L'CUL ! »

    88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    N’en déplaise à « tous les trouble-fête, tous les « agélastes » et autres « caphards », « cagots » et « malagots » de profession » (Rabelais), la littérature n’est pas seulement tragédie, comédie, histoire et autres récits pontifiants et trop sérieux, ce n’est pas le taulier du site qui me contredira, elle est aussi plaisir, rigolade et même un brin perversité, comme dirait Maigros : « Pas oublier l’picole ! Et l’cul ! Sans l’cul, y a… », on le saura jamais, il ne l’a pas dit. En attendant, moi j’ai pioché chez Cactus inébranlable ces deux textes qui ne vous laisseront pas de marbre ou alors je suis très inquiet pour votre santé biliaire. Ne boudez pas votre plaisir, laissez-vous emporter par cette bande de flibustiers des lettres et des mœurs.

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    LA SAGA MAIGROS 

    Éric DEJAEGER (1958 - ….)

    Jarnidieu ! Quelle épopée ! Cette saga des temps modernes qui raconte la geste de l’inspecteur Maigros, flic à Charleroi plus par défauts que par qualités (« engager là où les cons sont facilement acceptés : la police »), et de son escouade de pochtrons qui s’évertuent de ne rien résoudre, se contentant seulement de ramasser un peu de monnaie en pactisant habilement, chaque fois que c’est possible, avec tous les malfaisants qui hantent la ville. L’arrivée d’une nouvelle commissaire divisionnaire carrossée comme Claudia Schiffer, rousse et baraquée comme un deuxième ligne du XV du Trèfle, pochtronne comme un bataillon de sapeur polonais, aussi prude que la majorité de la population des bouges de Pigalle et dotée d’un tarin fleuri des stigmates générés pas ses abus de boisson, va donner une nouvelle dimension à cette épopée « rabelo-bérurénne ».

    A travers cent chapitres bien formatés, comme les cent épisodes de la publication numérique qui a servi de base à ce roman, « Lauteur » raconte la geste paillarde et gaillarde de ce commissariat carolorégien qui a établi son PC opérationnel au « Lolotes’s bar » ainsi baptisé en l’honneur de l’antédiluvienne patronne et de ses bons et loyaux services rendus à la police locale. La méthode Maigros a fait ses preuves, elle est étudiée, l’inspection peut conclure : « si je comprends bien, dans votre service, c’est le tabac qui vous permet de fonctionner au mieux … - Ca et l’picole. Pas oublier l’picole ! Et l’cul ! Sans l’cul, y a… » (« Lauteur » ne dit pas la suite).

    Il n’est pas nécessaire de lire plus de quelques pages pour comprendre que « Lauteur » n’a pas écrit ce roman en hommage aux vertus de la police locale, ça sent le règlement de compte et l’intolérance congénitale à plein nez. Cette saga s’inscrit plutôt dans la droite ligne des œuvres des grands maîtres que furent François Rabelais, Frédéric Dard et Jean Marc Reiser, Maigros nargue le pouvoir comme Gargantua ou Pantagruel, Baffre et picole comme Bérurier et est aussi cradingue que le Gros Dégueulasse de Reiser. Mais même si ses bougres sont alcolos, dragueurs comme des « verrats en rut (verruts) », cradingues, fourbes et corrompus jusqu’au trognon, ils n’en dégagent pas moins une certaine tendresse, ils symbolisent la classe la plus délaissée, par l’argent et la culture, de la population d’une ville qui a pris la crise du charbon en plein dans la tronche. On sent bien que, malgré tout ça, « Lauteur » aime viscéralement son pays et ses habitants même si ce ne sont que des provinciaux attardés, snobés par les gens de la capitale.

    J’ai plongé dans cette saga, comme je m’immergeais jadis dans San Antonio ou Harakiri, je me suis bidonné comme « Lauteur » a dû se tordre en écrivant certains épisodes sur l’écran blanc de ses

    nuits blanches mais bien sûr tout le monde n’aimera pas, certains trouveront ça gras, sale, pornographique, libidineux, scandaleux, pervers, etc… Je ne vais pas vous infliger toute la liste des adjectifs qu’ils seraient capables d’accorder à ce texte, je me contenterai de pratiquer comme Rabelais « tellement désireux,…, de sauvegarder l’harmonie et la bienveillante complicité des « buveurs » qu’il a parallèlement exclu tous les trouble-fête, tous les « agelastes » et autres « caphards », « cagots » et « malagots » de profession ». Ainsi entre gens de bonne société nous pourrons rire et ripailler jusqu’à plus soif !

    jpeg.ac.cover.21-11-2013.jpg?fx=r_550_550ASSORTIMENT DE CRUDITÉS

    Collectif belgo-français

    Jean Philippe Querton maître éditeur mais aussi maître queux réputé a réuni une pléiade d’écrivains belges et français, tous plus polissons de la plume les uns que les autres, pour préparer ce bel assortiment de crudités. Il a mis quelques feuilles de salade, de Larouge, mais aussi de la Roquet, des Bourgeois de sapins, une belle tranche d’Allard, un Buisson de crevettes et un Stas d’autres trucs tous plus succulents les uns que les autres, avec un grand Siaudeau car tremper la plume donne soif paraît-il. Il en résulte un met goûteux à souhait, c’est coquin, libertin, salace, dégueulasse, gaillard, paillard, gouailleur, ripailleur, poétique, romantique, touchant, émouvant, vulgaire quand il le faut, trivial juste pour que ce soit crédible mais jamais grossier. Le tout largement assaisonné d’une bonne dose d’humour blanc et noir et même de couleur, d’un zeste de dérision, d’une pincée de cruauté et d’une pointe de finesse, séduit le lecteur le moins gourmand et ne lui laisse que l’envie d’en redemander une ration supplémentaire.

    Il faut féliciter tous ceux qui se sont réunis autour du piano pour concocter ce mets délicat, ils n’ont jamais été pudibonds, seulement un peu pudiques même s’ils n’ont jamais hésité à appeler une chatte une chatte ou un cul un cul. Avec eux, on est en bonne compagnie, entre adultes vaccinés qui savent se tenir à table sans jamais biaiser, sans rougir ni même rosir.

    Je laisserai ma conclusion à l’une des participantes, Hélène Dessavray, « l’amour est littérature, le sexe est poésie ». Et, comme elle, « j’aime les textes qui vont droit au but, je ne lis pas les avertissements au lecteur et je déteste les préfaces ». Il y a parfois de belles surprises bien crues pas recuites comme on nous en sert trop souvent.

    Le site de CACTUS INÉBRANLABLE Éditions

    La page Facebook consacrée à l'ASSORTIMENT DE CRUDITÉS (avec de nombreuses photos) 

  • BERNARD MARIS économiste humaniste

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    Bernard Maris, économiste reconnu, universitaire, écrivain, essayiste, journaliste, a été assassiné le 7 janvier avec plusieurs de ses amis de Charlie Hebdo. Il a été une personnalité marquante de la pensée économique contemporaine ; ses choix iconoclastes l’ont conduit à pourfendre inlassablement l’économie standard et à dénoncer ses impostures.

    Acteur et penseur de son temps, dans une société soumise à des évolutions très puissantes depuis les années 1980 et à une crise sans précédent depuis le milieu de la dernière décennie, il s’est attaché, sans relâche à participer à la tâche indispensable de l’examen des idées, des institutions, des pratiques, des discours. Son esprit critique s’accompagnait toujours de propositions fortes."

     

    La suite de l'article Bernard Maris, un humaniste, un penseur critique de l'idéologie dominante sur Le Monde.fr

     

    "Si quelques économistes ont grâce à ses yeux (Keynes, Sapir, Stiglitz, Méda, Krugman, ou encore Sen), Maris était plus qu’exaspéré par l’obsession des économistes pour le quantifiable et par leur fascination pour les équations. Il écrivait : «les équations lestent la raison raisonnante», et fulminait contre ces économistes-physiciens (Walras, Jevons, Pareto, Edgeworth, Fisher) qui ont donné naissance à l’économie classique en proposant une économie «positive» faite de «lois» et d’équilibres naturels. Bernard Maris oppose trois arguments majeurs à l’utilisation des mathématiques en économie : d’abord, l’économie est dominée par des phénomènes subjectifs, psychologiques, politiques et anthropologiques qui n’ont pas la permanence des phénomènes naturels ; ensuite, les mathématiques formalisent un discours logique dont le contenu, sous couvert de complexité et de technicité, est trop souvent un délire total ou une simple tautologie ; enfin, l’abus de mathématiques inutilement difficiles permet aux économistes de clôturer leur champ, de faire plus sérieux, et d’affirmer leur supériorité sur les «littéraires». «Qui n’a pas compris le côté ludique de l’économie mathématique n’a rien compris à l’économie», a écrit Maris. «Comme les échecs, l’économie «théorique» ne sert à rien, sinon à jouer». Ou encore, moins léger : «Le réel est sale. Il sent le bidonville et la souffrance. La pauvreté, pour tout dire. Les équations permettent de se boucher le nez». Tant pis si nous autres avons parfois besoin d’écrire quelques équations quand on cherche à comprendre où on veut et peut aller… Après tout, est-il légitime que les équations occupent une place énorme et captent notre attention au point d’en perdre le sens de la question elle-même ? Bernard Maris nous oblige donc à une grande discipline dans l’utilisation du formalisme, pour le meilleur !"

    L'intégralité de l'article d'Elise Huilery: Petite promenade dans la pensée vivifiante de Bernard Maris est sur le site de Libération.fr

      

     Bernard Maris il y a quelques mois au micro de Jean Cornil au sujet de la laïcité, Freud, Keynes, la Première Guerre Mondiale, Houellebecq, les djihadistes...

     

     

    Une interview datant de trois mois dans laquelle Bernard Maris présente Houellebecq économiste (Flammarion) en précisant que "faire de Houellebecq un économiste, c'est aussi honteux que d'assimiler Balzac à un psycho-comportementaliste."

     

  • JE SUIS CRAMIQUE

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      Depuis quelques jours, un fanatique du craquelin n'ayant pas supporté l'image de son pain préféré en vitrine de plusieurs commerces s'en prend à des pâtisseries. De nombreux éclairs et religieuses ont été écrasés. Une fournée de cramiques a été explosée, un Mont-Blanc s’est affaissé. En sortant d'un négoce, l’exalté s'en est pris à un homme avec une baguette et lui a fait une tronche de cake. L'unité de la baguette est définitivement rompue. Une chaîne de supermarchés a demandé en urgence l'appui de l'armée pour surveiller l’entrée de ses magasins. Le photographe de ces clichés discutables s'est mis à photographier des femmes nues avec des grosses  miches dont les photos génèrent, elles, beaucoup plus de likes sur Facebook.

       Les bouffeurs de cramique sont sur les dents. Les fabricants ont publié un communiqué: Jamais il n'a été question d'inclure des pépites de sucre dans la pâte du cramique, nous n'avons rien à voir avec ces regrettables incidents.

    Le président des boulangers du royaume a déclaré que la responsabilité de ce qui s'était passé était collective: Chacun doit se remettre en cause et bouffer des croissants ou de la brioche.

       L'origine de ces maux, a écrit l'éditorialiste du Journal du Pain, remonte à l'origine du blé. Un romancier célèbre a prétendu que la cause de ces drames découlait de la naissance du feu. Un quidam, ni écrivain ni journaliste, au risque de se prendre des beignets, a affirmé haut et fort que c’était la faute au Big Bang. Les milieux proches des Amis du Big Bang sont en émoi. On craint des détournements au profit du Big Crunch, des atteintes à la théorie de l’Atome primitif. Grichka et Igor Bogdanov ont menacé d’apparaître sous leur vrai visage (ce qui ne pourrait pas être pire, il faut en convenir).

       Plus grave, un journal populiste a préconisé à sa une que les détenus devraient être définitivement interdits de profiteroles. Aussitôt des associations de défense des droits d'ingurgiter n’importe quoi ont distribué des biscuits militaires aux visiteurs de prison. 

    L'image d'un cramique légendée Je suis cramique est en train de se répandre sur les réseaux de mie. Des puristes de la langue ont fait observer qu’il manquait l’article et que le relâchement des mœurs auquel on assiste de nos jours est dû à un retour nauséabond à la latinisation du français.

       Les spectateurs du Meilleur pâtissier sont dans tous leurs états, à tel point qu'ils ont cessé de regarder Cyril Lignac, ce colporteur de recettes haineuses. Ils grignotent plutôt des madeleines en réécoutant Joe Dassin chanter Les Petits Pains au Chocolat. Une grande marche boulangère est prévue pour dimanche prochain. J’ai personnellement arrêté de mâchouiller des oreilles de porc en écoutant mon chanteur mort préféré pour me prémunir des attentats dans ce secteur alimentaire sensible.

     

  • Gilles BRULET

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                                                                       à mon frère Cabu

     

    Les monstres ont trouvé 

    l'homme fondamental

    la tête du poème:

     

    le roi-enfant de la fourmillière

     

    Ils l'ont trouvé par hasard

    car les monstres sont ignorants

     

    - que le hasard soit maudit - 

     

    le roi-enfant ne se cachait pas

    il était sûr de sa lumière

    il dessinait comme personne

    sur le toit de son coeur

     

    aimé de la neige

    et de la liberté

     

    les monstres l'ont trouvé

    et ont fait gicler son sang

    comme celui d'un moustique

    sans savoir que c'était le roi-enfant

     

    et maintenant

    nous et les monstres

    sommes en grand danger de mort

     

    car la fourmillière

     

    c'est l'humanité toute entière

     

     

    Le site de Gilles Brulet

     

  • IL Y A DE L'INNOCENCE DANS L'AIR de DOMINIQUE SORRENTE

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     par Philippe LEUCKX

     

     

     

    cover_sorrente100.jpgSous ce titre léger, comme l’écriture de son auteur, se voient rassemblés des poèmes de résidences (celle d’Amay et d’autres lieux), liés aux voyages (le Tibet et ailleurs) et aux impressions qu’ils laissent, traces et lieux.

    Sensible aux atmosphères, garant des gens qu’il croise, le poète a le don de recueillir la poudre du réel, « la grammaire des brodeuses », à coup d’encre « sympathique », lui qui « lèche la paroi comme pour prendre langue ».

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    Il tutoie le silence, « se souvient », qu’il « neige sur Bruxelles », qu’il suive « cette rive imprononçable », il sait qu’un « vent oublié soudain revient vers moi et me demande :

    qui dira/ où poussent les théiers sauvages ? »

    Empruntant le style des notes de voyage, l’auteur délivre à la fois la brièveté des vues et la vérité des paysages perçus, sans lourdeur, sans effets d’écriture :

    Rien de bien visible dans l’air. Il semble que tous les plis ont été défaits.

    Apprendre aux mains à dormir, au regard à projeter son ombre, à la bouche à parler dans un trou d’eau.

    Je touche plus près que le plus près

    et plisse les yeux pour donner à la vue un autre usage.

    Sans doute percevra-t-on dans ces beaux textes une vertu ethnographique, celle de saisir au-delà des apparences « des formes en résonance », « ces gestes entendus », « calligrammes de vent ».

    Dominique SORRENTE, Il y a de l’innocence dans l’air, L’arbre à paroles, coll. Résidences, 2014, 118p., 10€.

    Le recueil sur le site de la Maison de la Poésie d'Amay

     

  • NOUS SOMMES CHARLIE

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    Des dénis et des délires, des convictions religieuses, politiques érigées en dogmes idéolologiques, religieux (je crois ceci/cela, donc je pense que), c'est ce qu'on aura beaucoup lu ces derniers jours sur Le Réseau social. Des petites constructions mentales, branlantes, indécentes vu les circonstances, pour abriter ses obsessions... 

    Entre (s)cène (biblique et de crime - les 12 premières personnes assassinées comme des porcs sur les lieux de Charlie Hebdo) et obscène - de certaines réactions, s'est posé le problème du voir et du non-voir. Le non-voir attaché à la figure du Prophète comme prétexte de toutes les exactions commises au nom d'une religion. Le vouloir-voir jamais rassasié des tenants des théories du complot. Montrez-moi ces visages que je ne saurais voir masqués, montrez-moi l'invisible, l'incroyable, le tréfonds de mon âme obscure. Le noir des terroristes et le noir des policiers du Raid et du GIGN confondus par certains que l'horreur de l'uniforme a transformé en épouvantails de leurs fantasmes.

    L'obscène aussi de ceux qui subrepticement ont laissé entendre et laissent encore entendre que Charlie Hebdo avaient stigmatisé une religion plutôt qu'une autre (alors que l'histoire du journal libertaire prouve le contraire, sauf qu'il y avait urgence en la matière et qu'on ne l'a pas assez compris, assez soutenu) et, donc, qu'ils auraient mérité le sort qui a été réservé à ses membres, dont une femme, psychanalyste et écrivaine.

    CHARLIE (et le large courant de sympathie qu'il a généré, déjà en proie ce 11 janvier à des interrogations d'un sous-genre shakespearien: être ou ne pas être Charlie?) a révélé les CHARLOTS de la pensée.

    Éric Allard, 11 janvier 2015 

    LES 17 VICTIMES DES TERRORISTES

    Jean CABUT, dit CABU: 1938- 7 janvier 2015 (75 ans)

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    Stéphane CHARBONNIER, dit CHARB: 1967- 7 janvier 2015 (46 ans) 

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    Georges WOLINSKI: 1932 - 7 janvier 2015 (81 ans)

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    Bernard VERLHAC, dit TIGNOUS: 1957- 7 janvier 2015 (57 ans) 

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    Bernard MARIS: 1946 - 7 janvier 2015 (68 ans)

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    Philippe HONORÉ: 1945 - 7 janvier 2015 (80 ans)

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                                 ElSA CAYAT, la victime féminine des terroristes

    Son portrait sur Elle.Fr

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    La liste complète des victimes de l'attentat perpétré contre le journal CHARLIE HEBDO.

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    Mais aussi Clarissa JEAN-PIERRE, la policière stagiaire de 26 ans tuée à Montrouge

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    Les 4 victimes de l'hyper casher: Yoav HATTAB (22 ans), Yohan COHEN (23 ans), Philip BRAHAM (45 ans), François-Michel SAADA (63 ans)

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    Les réactions de dessinateurs du monde entier

    Les réactions des collègues français 

    L'interview de LUZ, l'un des miraculés, à MEDIAPART  

    "On était tout seuls depuis un petit moment. Depuis la troisième affaire liée à Mahomet. Toutes ces histoires ont créé tellement de fantasmes sur la dangerosité de l’athéisme de Charlie, son islamophobie. On était juste de joyeux incroyants. Tous ceux qui sont morts étaient de joyeux incroyants. Et là, ils sont nulle part. Comme tout le monde." LUZ

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      Des clowns sans frontières ont été assassinés pour des dessins

    (dans cette vidéo: Charb, Cabu, Wolinski et Tignous)


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    http://www.charliehebdo.fr/index.html

  • EN VRAC, les aphorismes de Denis BILLAMBOZ

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    Comme dit mon pâtissier

    L’opéra ce n’est pas de la tarte

     

     

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    Il était clown baudruche

    Au cirque Plein d’Air

     

     

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    Rumeur

    Tumeur

    Des mœurs

    Douleur

    Des cœurs

     

     

    @@@

     

     

    Il voulait gagner des millions

    Il a joué à Bigmalion

    Il était le plus faible maillon

    Il resté comme un couillon

     

     

    @@@

     

     

    Il lui a imposé le voile

    Elle a mis les voiles

     

     

    @@@

     

     

    Elle l’a rencontré sur la Toile

    Il l’a mise dans ses toiles

     

     

    @@@

     

     

    J’ai envoyé ma lettre

    Au Père Noël

    Autant en emporte l’Avent

     

     

    @@@

     

     

    Chaque 1° novembre

    En mémoire des écrivains disparus

    Je lis un texte de Jean Philippe Toussaint

     

     

    @@@

     

     

    Au cinéma les hirondelles

    Vont toujours voir

    Le retour des six cognes

    Les poulets restent entre volatiles

     

     

    @@@

     

     

    Shocking !

    Il avait confondu l’Union Jack

    Avec l’oignon de Jacques

     

     

    @@@

     

     

    Cette cuillère à œuf

    N’est pas à eux

     

     

    @@@

     

     

    Elle était jeune

    Elle était belle

    Chaude comme la braise

    Elle cherchait un bel âtre

    Pour abriter sa flamme

     

     

    @@@

     

     

    Parole de canut :

    « Chacun pour soie ! »

     

     

    @@@

     

     

    Obtenir un blanc seing

    Ne donne pas toujours le droit

    De palper un sein blanc

     

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    @@@

     

     

    Il est né le rurbain

    Quand l’habitat urbain

    A rencontré l’Eugénie rurale

     

     

    @@@

     

     

    Une large aréole

    Comme l’auréole

    D’un saint

    Sur son sein

     

     

    @@@

     

     

    Dans sa boutique

    Il vendait

    Des objets antiques

    Mais en toc

     

     

    @@@

     

     

    L’artisanat dard

    Est souvent piquant

    Parfois vénéneux

     

     

    @@@

     

     

    Il voulait battre le record de l’heure

    Il surpassa surtout le record de leurres

     

     

    @@@

     

     

    Les corbeaux avaient déclaré

    La guerre des freux

     

     

    @@@

     

     

    Il était le héraut du comte

    Il portait son écu

    Il était le héros de la comtesse

    Il palpait son cul

     

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    @@@

     

     

    Rouge

    Il a vécu ce que durent les rouges

    L’espace d’un grand soir

     

     

    @@@

     

     

    Son gynéco lui a mis le pied à l’étrier

    … et même les deux !

     

     

    @@@

     

     

    Le burn out

    N’a rien à voir

    Avec l’exhibition

    De l’appareil génital

     

     

    @@@

     

     

    Elle voulait s’envoyer en l’air

    Sans léviter

    Il a préféré l’éviter

     

     

    @@@

     

     

    Il avait beaucoup d’admiration

    A son envers

     

     

    @@@

     

     

    Certains footballeurs

    Tirent plus souvent

    Aux putes

    Qu’au but

     

     

    @@@

     

     

    Pour certains l’eau mise au pastis

    C’est de l’homéopathie

     

     

    @@@

     

     

    Né devin il a fini en bière

     

     

    @@@

     

     

    Ils l’ont élu pour servir

    Il s’est copieusement servi

     

     

    @@@

     

     

    Son chevalier servant

    N’était qu’un chevalier errant

    Courant au devant

    Des plus beaux devants

     

     

    @@@

     

     

    Son détracteur était lent

    Mais puissant

    Il carburait au diesel

     

     

    @@@

     

     

    Elle était à tu et à toit

    Avec son couvreur

     

     

    @@@

     

     

    Elle était noyée

    Dans une histoire à dormir debout

    Il lui a proposé

    Une séance de couche à couche

     

     

    @@@

     

     

    Un pin peint

    Ne ressemble en rien

    A un pain peint

     

     

    @@@

     

     

    Si les Diables Rouges gagnent

    Ce n’est pas par hasard

    Seulement par Hazard

      

     

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  • PAPA et autres poèmes de Sylvia PLATH (1932-1963)

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    JE SUIS VERTICALE (28 mars 1961)

     

    Mais je voudrais être horizontale.

    Je ne suis pas un arbre dont les racines en terre

    Absorbent les minéraux et l'amour maternel

    Pour qu’à chaque mars je brille de toutes mes feuilles,

    Je ne suis pas non plus la beauté d'un massif 

    Suscitant des Oh et des Ah et grimée de couleurs vives,

    Ignorant que bientôt je perdrai mes pétales.

    Comparés à moi, un arbre est immortel

    Et une fleur assez petite, mais plus saisissante,

    Et il me manque la longévité de l'un, l'audace de l'autre.

     

    Ce soir, dans la lumière infinitésimale des étoiles,

    Les arbres et les fleurs ont répandu leur fraîche odeur.

    Je marche parmi eux, mais aucun d'eux n'y prête attention.

    Parfois je pense que lorsque je suis endormie

    Je dois leur ressembler à la perfection --

    Pensées devenues vagues..

    Ce sera plus naturel pour moi, de reposer.

    Alors le ciel et moi converseront à coeur ouvert,

    Et je serai utile quand je reposerai définitivement:

    Alors peut-être les arbres pourront-ils me toucher, et les fleurs m'accorder du temps.

     

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    ARBRES D'HIVER

     

    Les lavis bleus de l'aube se diluent doucement

    Posé sur son buvard de brume

    Chaque arbre est un dessin d'herbier - 

    Mémoires accroissant cercle à cercle

    Une série d'alliances.

     

    Plus de clabaudages et d'avortements,

    Plus vrais que des femmes,

    Ils sont de semaison si simple!

    Frôlant les souffles déliés

    Mais plongeant profond dans l'histoire -

     

    Et longés d'ailes, ouverts à l'au-delà.
    En cela pareils à Léda.

    Ô mère des feuillages, mère de la douceur

    Qui sont ces vierges de pitié?

    Des ombres de ramiers usant leur berceuse inutile.

     

     

     

     

     

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    ARIEL


    Un moment de stase dans l’obscurité.
    Puis l’irréel écoulement bleu
    Des rochers, des horizons.

    Lionne de Dieu,
    Nous ne faisons plus qu’un,
    Pivot de talons, de genoux ! ? Le sillon

    S’ouvre et va, frère
    De l’arc brun de cette nuque
    Que je ne peux saisir,

    Yeux nègres
    Les mûres jettent leurs obscurs
    Hameçons ?

    Gorgées de doux sang noir ?
    Leurs ombres.
    C’est autre chose

    Qui m’entraîne fendre l’air ?
    Cuisses, chevelure ;
    Jaillit de mes talons.

    Lumineuse
    Godiva, je me dépouille ?
    Mains mortes, mortelle austérité.

    Je deviens
    L’écume des blés, un miroitement des vagues.
    Le cri de l’enfant

    Se fond dans le mur.
    Et je
    Suis la flèche,

    La rosée suicidaire accordée
    Comme un seul qui se lance et qui fonce
    Sur cet œil

    Rouge, le chaudron de l’aurore.

     

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    DAME LAZARE

     

    Je l’ai encore refait

    un an parmi dix

    j’y suis arrivée -

     

    comme un miracle ambulant, ma peau

    brillante comme un abat-jour de nazi

    mon pied droit

     

    un presse-papiers

    mon linge juif,

    sans caractère, magnifique

     

    serviette enlevée

    o mon ennemi,

    est-ce que je fais si peur ?

     

    le nez, les orbites des yeux, toute la denture ?

    le souffle aigre

    s’évaporera en un seul jour.

     

    Bientôt, bientôt la chair

    le trou de la tombe sera mon chez moi sur moi

    et m’aura mangée

     

    Et je suis une femme tout sourire

    je n'ai que trente ans.

    Mourir

    Est un art, comme tout le reste.

    Je le fais vraiment très bien.

     

    Je le fais si bien que cela ressemble à l’enfer

    je le fais si bien que cela semble réel

    j’imagine que vous puissiez dire elle a un appel.

     

    C’est suffisamment facile de le faire dans une cellule

    C’est suffisamment facile de le faire et de rester sur place.

    C’est le théâtral

     

    retour en scène dans le vaste jour

    à la même place, avec le même visage, le même cri

    amusé et brutal :

     

    « Un miracle !"

    Cela me met K.O.

    Il y a une plainte

     

    pour mes cicatrices béantes, il y a une plainte

    pour l’audition de mon cœur -

    cela ira au bout.

     

    et il y a une plainte, une très importante plainte

    pour un mot ou un contact

    Ou une goutte de sang

     

    ou une parcelle de mes cheveux sur mes vêtements.

    Et oui, et oui, Herr Doktor,

    et oui, seigneur ennemi.

     

    Je suis ton opus,

    je suis ton objet précieux

    le bébé en or pur

     

    qui hurle en fondant en un cri perçant

    je me tourne et je brûle.

    Ne crois donc pas que je sous-estime ta grande préoccupation.

     

    Cendre, cendre -

    tu as fouiné et remué.

    Chair, os, il n’y a rien ici -

     

    un gâteau de savon

    un anneau de mariage,

    un plombage en or.

     

    Seigneur Dieu, seigneur Lucifer

    fais gaffe

    fais gaffe.

     

    Jaillissant de mes cendres

    je m’élève avec mes cheveux rouges

    et je bouffe les hommes comme l’air.


     

    LES DANSES NOCTURNES

    Un sourire est tombé dans l'herbe
    Irrattrapable 

    Et tes danses nocturnes où iront-elles
    se perdre. Dans les mathématiques ?

    De tels bonds, des spirales si pures --
    Cela doit voyager

    Pour toujours de par le monde, je ne resterai donc pas
    totalement privée de beauté, il y a ce don

    De ton petit souffle, l'odeur d'herbe
    Mouillée de ton sommeil, les lys , les lys.

    Leur chair ne tolère aucun contact.
    Plis glacés d'amour-propre, l'arum,

    Le tigre occupé de sa parure --
    Robe mouchetée, déploiement de pétales brûlants,

    Tes comètes
    Ont un tel espace à traverser,

    Tant de froid et d'oubli.
    Alors les gestes se défond --

    Humains et chauds et leur éclat
    Saigne et s'émiette

    A travers les noires amnésies du ciel.
    Pourquoi me donne-t-on

    Ces lampes, ces planètes
    Qui tombent comme des bénédictions, des flocons --

    Paillettes blanches, alvéoles
    Sur mes yeux, ma bouche, mes cheveux --

    Qui me touchent puis disparaissent à tout jamais.
    Nulle part.

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    MOUTONS DANS LA BRUME


    Les collines descendent dans la blancheur
    Les gens comme des étoiles
    Me regardent attristés : je les déçois.

    Le train laisse une trace de son souffle.
    O lent
    Cheval couleur de rouille,

    Sabots, tintement désolé--
    Tout le matin depuis ce
    Matin sombre,

    Fleur ignorée.
    Mes os renferment un silence, , les champs font
    Au loin mon coeur fondre.

    Ils menacent de meconduire à un ciel
    Sans étoiles ni père, ,une eau noire.

     

     

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    COQUELICOTS EN JUILLET

    Petits coquelicots, petites flammes d'enfer,
    Vous ne faites pas mal ?

    Vous tremblez. je ne sais pas vous toucher.
    Je mets les mains dans les flammes. Rien ne brûle.

    Et cela m'épuise de vous regarder
    Trembler comme ça, rouge vifs et froissés comme une bouche.

    Une bouche que l'on vient d'ensanglanter.
    Oh! petites jupes sanglantes !

    Il y a des vapeurs que je ne peux toucher.
    Où est votre opium, où sont vos capsules ecoeurantes ?

    Si je pouvais saigner, ou dormir!--
    Si ma bouche pouvait épouser une blessure pareille !

    ou vos sucs distiller pour moi, dans cette capsule de verre,
    Une stupeur, un apaisement.

    Mais pas de couleur. Pas de couleur.

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    LETTRE EN NOVEMBRE


    Mon amour, le monde
    Tourne, le monde se colore. Le réverbère
    Déchire sa lumière à travers les cosses
    Du cytise ébourrifé à neuf heures du matin.
    C'est l'Arctique,

    Ce petit cercle noir,
    Ses herbes fauves et soyeuses -- des cheveux de bébé.
    L'air devient vert, un vert
    Très doux et délicieux.
    Sa tendresse me réconforte comme un bon édredon.

    Je suis ivre, bien au chaud.
    Je suis peut-être énorme,
    Si bêtement heureuse
    Dans mes bottes en caoutchouc,
    A patauger dans ce rouge si beau, à l'écraser.

    Je suis ici chez moi
    Deux fois par jour
    J'arpente ma terre, je flaire
    Le houx barbare,
    Son fer viride et pur,

    Et le mur des vieux cadavres
    Je les aime.
    Je les aime comme l'histoire.
    Puis les pommes d'or,
    Imagine --

    Imagine mes soixante-dix arbres
    Dans une épaisse et funèbre soupe grise
    Occupés à retenir leurs balles d'or éclatant,
    Leur million
    De feuilles métalliques haletantes.

    Ô amour, ô célibat.
    Je suis seule avec moi,
    Trempée jusqu'à la taille.
    L'or irremplaçable
    Saigne et s'assombrit, gorge des Thermopyles.

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    LES ANNÉES


    Elles entrent comme des animaux venus de l'espace
    Cosmique du,houx aux feuilles épineuses
    Qui ne sont pas les pensées du yogi en moi
    Mais du vert et de l'obscur si purs
    Qu'elles gèlent et se figent.

    Ô Dieu, je ne suis pas comme toi
    Dans le vide de ta nuit
    Où se collent les étoiles, stupides confettis.
    L'éternité m'ennuie,
    je n'en ai jamais voulu.

    Ce que j'aime de toute mon âme c'est
    Le piston en action --
    A en mourir.
    Et les sabots des chevaux,
    Leur écume sans pitié.

    Et toi, grande Stase --
    Qu'y a-t-il de si ,grand dans tout ça !
    Est-ce un tigre cette année , ce qui rugit à la porte ?
    C'est un Christus
    L'atroce

    Mors-de-Dieu en lui
    Qui se languit de voler, d'en finir ?
    Les baies sanglantes sont elles-mêmes, parfaitement immobiles.
    Les sabots n'attendent pas.
    Au lointain bleu les pistons sifflent.

     

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    PAPA (12 octobre 1962)

    Ne fais pas, ne fais pas, 
    plus jamais, chaussures noires
    dans lesquelles j’ai vécu comme un pied
    pendant trente ans, pauvre et blanche,
    osant à peine respirer ou éternuer.

    Papa, j’ai dû te tuer. 
    Tu es mort avant que j’en ai eu le temps --
    Lourd comme marbre, un sac débordant de Dieu,
    grand comme un phoque de Frisco

    et une tête dans l’étrange Atlantique
    où se déverse grain vert ou bleu
    dans les eaux hors du si beau bateau Nauset 
    au se déverse grain vert ou bleu
    J’ai souvent prié pour te retrouver
    Ach, du. 

    Dans la langue allemande, dans la ville polonaise
    nivelé à ras par les rouleaux
    des guerres, guerres, guerres.
    Mais le nom de la ville est commun. 
    Mon ami polonais

    Me dit qu’il y en a une douzaine ou deux.
    Aussi je ne pourrais jamais raconter 
    où tu avais mis les pieds, tes racines.
    Jamais je ne pus te parler.
    La langue était coincée dans ma mâchoire.

    Cela coince dans le piège des fils de la barbe.
    Ich, ich, ich, ich, 
    je peux difficilement parler.
    Je pensais que tout Allemand était toi
    et la langue obscène.

    Une locomotive,une locomotive
    me déportant comme un juif
    Un juif de Dachau, Auschwitz, Belsen.
    Je commence à parler comme un juif.
    Je pense que je devrais bien être un juif.

    La neige du Tyrol, la bière légère de Vienne
    ne sont ni pures ni vraies.
    avec mes ancêtres tziganes et ma chance bizarre
    et mon sac de contrefaçon et mon sac de contrefaçon
    je dois être un morceau de juif. 

    Toujours je t'ai vénéré
    avec ta Luftwaffe, ton charabia
    et ta moustache si soignée
    et tes yeux d'aryen, d'un bleu d'acier 
    Panzer-man, panzer-man, O toi--- 

    Pas Dieu mais une croix gammée
    si noire qu’aucun ciel ne pouvait glapir au travers
    Chaque femme adore un fasciste,
    la botte sur le visage, la brute
    le cœur de brute comme une brute comme toi.

    Tu es devant le tableau noir, papa
    dans cette image que je garde de toi,
    une crevasse au menton au lieu de ton pied
    Mais pas besoin du diable pour cela, non pas moins
    que cet homme noir qui

    déchire en deux mon joli cœur rouge 
    J'avais dix ans quand ils t'ont mis en terre.
    À vingt ans j'ai tenté de mourir
    et de revenir en arrière, en arrière, en arrière vers toi.
    je pensais que les os le permettraient enfin.

    Mais ils m'ont chassé du sac
    et ils m'ont coincé en moi-même avec de la glue.
    Alors j'ai su que faire. 
    J'ai fait un modèle de toi
    un homme en noir avec l'apparence de Meinkampf 

    Et l'amour de la torture et de la baise
    et je me suis dit je le dois, je le dois
    Ainsi papa, je suis enfin au-delà.
    le téléphone noir est hors des racines,
    les voix ne peuvent plus se faufiler au travers.

    Si j'avais tué un homme, j'en aurai tué deux
    Le vampire qui dit qu'il est toi
    et buvait toute l'année mon sang.
    Sept ans, si tu veux vraiment savoir.
    Papa tu peux te recoucher maintenant

    Il y a un pieu dans ton cœur noir et gras
    et les gens du village ne t'ont jamais aimé
    Ils dansent sur toi et te piétinent .
    Toujours ils ont su que c'était toi.
    Papa, papa, toi salaud
    je suis passé au travers.



    Traduction des poèmes par Valérie Rouzeau 

    Place à Sylvia Plath par Éric Loret (sur Libération.fr) à propos de son Quarto Gallimard 

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    Pour découvrir la Sylvia PLATH nouvelliste, quelques très belles nouvelles dans la collection Folio 2€ 

    "Elizabeth Minton et son frère Henry, tous deux retraités, vivent une existence faite de rites et de répétition, dans la grande demeure familiale, au bord de l’océan. Henry est pragmatique et égoïste, tandis qu’Elizabeth, irrationnelle et rêveuse, métamorphose son quotidien par la force de son imagination. Cela suffira-t-il à lui procurer le vivifiant sentiment de libération auquel elle aspire ? Entre désespoir lancinant et humour féroce, Sylvia Plath explore avec une justesse qui fait mouche les faux-semblants des relations humaines." 51IY4tK5gtL._UY250_.jpg

     

    Une interview datant de 1962 

     

    La lune et le cyprès

     

    Cette lumière est celle de l’esprit, froide et planétaire,
    Et bleue. Les arbres de l’esprit sont noirs.
    L’herbe murmure son humilité, dépose son fardeau de peine
    Sur mes pieds comme si j’étais Dieu.
    Une brume capiteuse s’est installée en ce lieu
    Qu’une rangée de pierres tombales sépare de ma maison.
    Je ne vois pas du tout où cela peut mener.

     

    La lune n’offre aucune issue, c’est un visage morne
    D’une blancheur d’os effroyable.
    Elle traîne derrière elle l’océan comme un crime obscur ; elle est calme,
    Trou béant de désespoir total. J’habite ici.
    Deux fois tous les dimanches les cloches ébranlent le ciel −
    Huit langues puissantes annoncent la Résurrection.
    À la fin, seul vibre le son grave de leur renommée.

     

    Le cyprès se dresse alors, gothique.
    Aux yeux levés sur lui, il désigne la lune.
    La lune est ma mère. Elle n’a pas la patience de Marie. 
    Son vêtement bleu laisse échapper chauves-souris et hiboux.
    Je voudrais tellement pouvoir croire à la tendresse −
    Au visage de cette effigie, adouci par la lueur des cierges,
    Qui poserait sur moi son regard bienveillant.

     

    Je suis tombée de trop haut. Des nuages fleurissent,
    Mystiques et bleus, à la face des étoiles.
    Dans l’église les saints doivent être tout bleus,
    A frôler les blancs glacés de leurs pieds délicats,
    Et leurs mains et leur visage tout engourdis de sainteté.
    La lune ne voit rien de tout cela. Elle est chauve, elle est cruelle.
    Et le message du cyprès n’est que ténèbres – ténèbres et silence.

            in Ariel, trad. Valérie Rouzeau, Gallimard, 2009, p. 59 et 60

    Lecture par Jean-Jacques MARIMBERT 

     

    Sylvia PLATH sur Esprits Nomades

    230 POÈMES (en anglais) de Sylvia PLATH sont en ligne ICI 

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  • COMBAT FATAL

    88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Oui, oui, je sais, je vous ai déjà présenté le livre d’Oriane Jeancourt Galignani mais je ne peux pas passer à côté de ce qui est peut-être une première : reconstituer l’histoire, même si elle est un peu romancée, de Sylvia Plath à travers ces deux ouvrages dans une même publication. Lors de ma précédente publication, je terminais mon commentaire du livre d’Oriane Jeancourt Galignani par cette phrase : « Un texte dans lequel Oriane pourrait conjuguer son talent avec celui de Sylvia mais pour l’affirmer, il faut que désormais je lise « La cloche de détresse ». Donc j’ai lu « La cloche de détresse » et je suis désormais convaincu que les deux auteures peuvent additionner leurs œuvres pour écrire cette tragédie dans une belle page de littérature.

    plath-detresse.jpgLA CLOCHE DE DÉTRESSE

    Sylvia PLATH (1932 – 1963)

    « C’était un été étrange et étouffant. L’été où ils ont électrocuté les Rrosenberg », Esther Greenwood, l’auteure elle-même, une jeune fille de dix-neuf ans, débarque à New-York après avoir gagné, avec quelques autres lauréates, un concours de poésie organisé par un magazine de mode. Elle découvre alors la grande ville, les idoles, les élites, les étudiants des écoles prestigieuses, la vie facile, les soirées mondaines, les frivolités et entrevoit même la possibilité de faire carrière dans une compagnie prestigieuse. Parallèlement, elle se souvient de son enfance qui a basculé quand son père est décédé, de son adolescence, de ses premiers amours, de ses premières désillusions, et de ses premiers échecs.sylvia-plath.jpg

    Cette fille qui semble, comme l’auteure, avoir toutes les capacités et tout le talent nécessaires pour entrevoir une belle carrière et espérer un beau mariage sombre brusquement dans la déprime et commence alors un long chemin de croix d’asile psychiatrique en maison de soins plus sordides les uns que les autres. L’idée de la mort l’obsède de plus en plus, elle se sent inutile - « Je me sentais comme un cheval de course dans un monde dépourvu d’hippodromes » -, incapable, rejetée par tous, elle ne trouve pas sa place sur terre. L’idée du suicide germe dans son esprit un jour où elle fait du ski sur une pente trop dangereuse pour elle, « l’idée que je pourrais bien me tuer a germé dans mon cerveau le plus calmement du monde, comme un arbre ou une fleur », alors progressivement elle l’envisage, le prépare, l’essaie, l’élude au dernier moment mais finit tout de même par organiser une vraie tentative qui échoue de peu. Son récit s’arrête là, au moment où elle sort de l’hôpital après le long chemin qu’elle a accompli pour guérir de son suicide et de son désir de mort. Là où Oriane Jeancourt Galignani a repris le récit dans « La mort est un art, comme tout le reste » pour raconter, de manière certes un peu romancée, la longue désescalade qui a conduit Sylvia vers une ultime et fatale tentative de suicide.

    Ainsi, dans « La cloche de détresse », Sylvia Plath raconte la grande crise suicidaire qu’elle a traversée quand elle avait à peine plus de vingt ans, en 1953. Elle précise bien que ce texte n’est pas une biographie fidèle, ce n’est que le roman qu’elle voulait écrire depuis longtemps et qu’elle n’arrivait à coucher sur le papier. « Ce que j’ai fait c’est ramasser ensemble des événements de ma propre vie, ajouter de la fiction pour donner de la couleur… cela donne une vraie soupe, mais je pense que cela indiquera combien une personne solitaire peut souffrir quand elle fait une dépression nerveuse ». Ce livre publié en 1963 connait un beau lancement qui lui promet un joli succès, et c’est à ce moment que Sylvia met définitivement fin à sa vie à la grande surprise de ceux qui l’entourent et à l’incompréhension de tous. Elle n’avait pas trouvé la place qu’elle cherchait à vingt ans, sa vie n’était qu’une suite d’échecs, son mari l’étouffait, elle menait une vie difficile, démunie de tout.

    La vie de Sylvia est construite autour de deux grands objectifs qu’elle n’arrive pas à concilier, ni même à réussir individuellement, d’une part elle n’accepte pas d’exercer les métiers indignes d’elle qui lui sont accessibles mais refusent d’entreprendre les études nécessaires pour accéder aux métiers qui lui sembleraient supportables et correspondre à son talent. D’autre part, elle ne se considérera pas comme une femme tant qu’elle restera vierge, elle cherche donc l’homme qui la fera femme en étant aussi un mari acceptable, respectueux de sa carrière et de ses ambitions. Un ensemble de contraintes qui compromet sérieusement son avenir et complique la perception de sa vie. « Si c’est être névrosée que de vouloir au même moment deux choses qui s’excluent mutuellement alors je suis névrosée jusqu’à l’os. Je naviguerai toute ma vie entre deux choses qui s’excluent mutuellement». Sa névrose est certainement dans ces contradictions et son incapacité à se donner les moyens de ses aspirations et ambitions.

    Ce livre est le récit d’une tentative de suicide perpétrée en 1953 et du cheminement qui a conduit l’héroïne, et certainement l’auteure, à cette douloureuse extrémité, ce n’est surtout pas le récit du suicide de Sylvia Plath qui est survenu en 1963, mais on ne peut bien évidemment pas ignorer ce texte pour comprendre l’acte fatal commis par la poétesse. Entre 1953 et 1963 d’autres événements affecteront sa vie et contribueront certainement aussi à son suicide, notamment son mariage peu heureux avec un écrivain célèbre à l’époque qui ne lui permettait pas de valoriser son talent pour ne pas faire de l’ombre au sien. Déjà en 1953, elle manifestait des penchants féministes, au moins une volonté de voir les femmes s’assumer par elles-mêmes, réussir par leur propre talent, mener une vie aussi libre que celle des hommes : « Je n’acceptais pas l’idée que la femme soit obligée de rester chaste alors que l’homme lui peut mener un double vie, l’une restant pure, l’autre pas ». La suite est à lire sous la plume d’Oriane Jeancourt Galignani, il est bien difficile de dissocier les deux textes pour comprendre la vie et surtout la mort de Sylvia. On peut même penser que la publication de « La cloche de détresse » n’est pas pour rien dans sa décision finale.

    L’héroïne, comme l’auteure, ne s’est pas cantonnée dans une vie passive, elle ne s’est pas contentée de constater ses contradictions et d’évaluer ses envies, elle s’est souvent remise en question, a pris des décisions, s’est botté les fesses, « Tu n’arriveras jamais à rien comme ça ! » Elle le savait, elle se le répétait mais elle ne pouvait pas soulever la cloche qui l’enfermait dans son piège. Comme souvent les personnes atteintes de maladie neurologique, l’héroïne a une perception exacerbée et très perspicace de la vie et de tous les petits détails qui peuvent être interprétés pour donner des indications sur les intentions de ceux qui jouent un rôle dans leur existence. Elle sait ce qui l’attend mais ne sait pas l’empêcher, « Pour celui qui se trouve sous la cloche de verre, vidé et figé comme un bébé mort, le monde lui-même n’est qu’un mauvais rêve ».

    Et, hélas, on peut interpréter cette phrase prémonitoire comme une belle preuve de cette lucidité et la garder comme conclusion : « Cela me semblait une vie triste gâchée pour une jeune fille qui avait quinze ans de sa vie ramassé des prix d’excellence ».

     

    9782226245236g.jpgMOURIR EST UN ART, TOUT LE RESTE AUSSI

    Oriane JEANCOURT GALIGNANI

    En Angleterre, par une nuit glacée de février 1963, Sylvia Plath organise méticuleusement son suicide tout en prenant soin que ses enfants puissent trouver quelque chose à manger quand ils se réveilleront orphelins. Oriane Jeancourt Galignani prend cette histoire à bras le corps pour reconstituer à sa façon la mort de cette poétesse adulée des féministes, délaissée par son mari, humiliée plus souvent qu’à son tour, mais aussi pour expliquer comment une femme jeune, belle et talentueuse peut arriver à cette ultime extrémité. « Ce roman s’est accordé toute liberté…. S’appropriant l’existence de personnalités réelles ».

    En préparant son suicide Sylvia explore toutes les failles qui ont fissuré sa vie et qui se creusent de plus en plus la détruisant complètement : son avortement, l’accouchement de son fils, ses amours, son amour, son grand amour avec Ted Hughes, le poète chéri des médias, « imposteur en goguette », qui s’en va à vau l’eau. Ted conduit sa carrière au détriment de celle de sa femme qui accepte de vivre en retrait pour l’amour de son mari et de ses enfants. « Parce que ta vie restera l’officielle et la mienne l’officieuse ». Elle revoit aussi Bergman et son film, « Au seuil de la vie », sur l’accouchement, la maternité, l’avortement, la stérilité ; elle ressent encore l’humiliation qu’elle a éprouvée quand on lui a refusé ironiquement de publier « La cloche de détresse » ; elle ne peut oublier son père nazi à jamais, profondément antisémite, sa mère qui ne sait pas l’aimer, sa première tentative pour fuir vers un autres monde ; elle revit sa rupture avec la religion le jour des obsèques de son père, le jour du baptême des ses enfants ; elle n’arrive toujours pas à assumer ses origines allemandes, sa parentalité avec les auteurs de l’Holocauste. Toujours l’échec, l’humiliation, les hallucinations qui la pourchassent, elle ne croit plus en elle, elle se trouve laide, indésirable, incapable de séduire, mauvaise mère. Femme bafouée, poétesse dévaluée, mère accablée, fille hantée par les fantômes, sa vie ne vaut plus la peine d’être vécue.

    Oriane ne raconte pas la vie de Sylvia, elle la réinvente, elle s’infiltre sous la peau de la poétesse pour nous conduire au cœur du drame de cette femme mille fois humiliée car ce n’est pas seulement la folie qui a tué Sylvia mais surtout la somme des humiliations et des frustrations qu’elle a dû subir. Elle veut, par ce procédé, nous faire ressentir ce que cette femme a subi, ce qu’elle n’a pas pu supporter, ce qu’elle a fui. Sylvia Plath était bipolaire, selon le diagnostique actuel, mais Oriane insiste surtout sur sa vie de fille, sa vie de femme, sa vie d’épouse avec tous les échecs qu’elle a rencontrés dans toutes ses vies. Mais ce livre est avant tout, à mon sens, un grand texte qui se suffirait certainement à lui-même s’il ne fallait pas un prétexte pour assembler les mots, les accorder en musique funèbre, un requiem, pour toutes les femmes poussées vers l’extrême.

    Une écriture riche, travaillée, léchée, un récit très maîtrisé, vivant sensuel, agréable à lire, un beau texte, étayé de multiples citations de l’œuvre de la poétesse, qui réinvente une Sylvia acculée à la dernière extrémité, dans un récit cheminant au gré des pensées que la victime a pu avoir tout en ourdissant son ultime plan. Un texte dans lequel Oriane pourrait conjuguer son talent avec celui de Sylvia mais pour l’affirmer, il faut que désormais je lise « La cloche de détresse ».

  • BONNE ANNÉE précédé de PÈRE NOËL, deux textes de Denis BILLAMBOZ

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    Père Noël

     

    Rennes épuisés

    Traineau éculé

    Le Père Noël est désespéré

    Ses poches sont vides

    Les traits livides

    Il pense aux mains avides

    Qu’il ne pourra remplir

    Les enfants vont l’agonir

    Il préfère fuir

    Loin, très loin

    Car lui il sait bien

    Que c’est la fin

     

    Depuis bien longtemps

    Il ne croit plus Père Noël d’antan

     

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    Bonne année

      

                                      Encore une nouvelle année

                                      Une bonne année

                                             Avec de bonnes guerres

                                             Avec de belles arnaques

                                       Pleine de cruauté

                                       Pleine de cynisme

                                              Les forts triompheront encore des faibles

                                              Les riches ruineront encore les pauvres

     

     

                                       Encore une nouvelle année                                   

                                       Encore une bonne année

                                              Avec des paillettes

                                              Avec des flonflons

                                        Pour occulter la douleur

                                        Pour cacher la misère

                                               Les forts prospéreront encore

                                               Les riches flamberont encore

     

                                         Les pauvres espéreront une bonne santé

                                         Les pauvres rêveront d’être moins pauvres

     

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