LE BUNKER de THIERRY RADIÈRE

image165.jpgEnfermements

Une catastrophe nucléaire vient d’avoir lieu. Parmi d’autres personnes, une partie des artistes européens, au nombre de vingt-huit, un par pays, réunis dans un bunker pour promouvoir l’art européen, est sauve mais pour combien de temps ? Un écrivain apporte un premier témoignage. Il écrit depuis toujours ou presque. Et il continue, il continuera jusqu’à la fin. À l’encontre d’autres artistes, dévastés, qui ne croient plus, dans ces circonstances, à leur art. Quelques-uns des rescapés se découvrent croyants mais désormais ils sont comme incroyants en leur art qu’ils vénéraient tant avant la catastrophe.

Un d’eux se retranche dans une des pièces du bâtiment souterrain avec l’intention d’en finir et, avant, il gueule : On n’est pas allés assez loin dans nos œuvres , et ça, c’est regrettable!

Le témoin des lignes qu’on lit continue, imperturbable. Il écrit comme il respire. Il écrira même, les yeux fermés. La situation l’entraîne à encore plus de rigueur, mais non à renoncer à écrire: il se plongera dans ses souvenirs pour aiguiser davantage son regard et sa perception du monde.

Et pourtant, écrit-il, que de similitudes entre l’enfermement physique et celui qu’engendre la création !

Il note le commentaire d’un survivant sur ses livres : pas assez sensuel ! Mais la sensualité est-elle essentielle ? N’est-elle pas comparable à l’émotion, à la sincérité dont se prévalent tant d’artistes ? Ce qu’il décrit là, dans ces circonstances funestes, n’est pas sensuel : les crises de désespoir, les corps de plus en plus souillés, versant dans la mort, cette rixe sanglante qui oppose deux artistes… On peut avoir toujours écrit et s’être cependant trompé, écrit-il en substance, mais l’important, c’est de persister car la pire des choses serait de se croire arrivés.

Dans les écrits en prose de Radière, certaines circonstances poussent des Radi%C3%A8re-Thierry-e1406018153430.jpgquidams, souvent des taiseux, à prendre la parole, en écho à leur voix intérieure « toujours vivante, impossible à taire », et ils se mettent à parler, ils écrivent comme ils parleraient. Ce sont des voix qui sont données à entendre dans les livres de Radière.

À partir de cette situation de départ définie par l’éditeur Jacques Flament, d’autres auteurs vont donner la parole à d’autres témoins de cet événement.

Ce canevas, c’est du pain bénit pour Thierry Radière, écrivain du huis-clos et de l’enfermement, sur lequel il tisse une narration à hauteur d’homme qui rappelle aussi bien Le Terrier de Kafka que les Carnets du sous-sol de Dostoïevski. Mais certainement aussi Le lecteur inconstant de Carlos Liscano, cité dans le récit.

Et c’est vraisemblable ; on partage les visions et les interrogations de ce narrateur prisonnier plus encore de son besoin d’écrire que de la situation car, lit-on de la main de ce narrateur resté sans nom, la fiction appartient au réel, elle est une subtile excroissance de ce dernier et je pense sincèrement que nous n’inventons rien quand nous écrivons.

Depuis ce premier témoignage, deux autres sont parus, signés de Laurent Herrou et de Benoît Camus.

Éric Allard 

Thierry Radière sur le site des éditions Jacques Flament

Le bunker sur ce même site


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