TU ES RICHE DE TOUTES LES GOUTTES DE PLUIE de GÉRALDINE ANDRÉE

3401.jpgÀ la claire fontaine des mots

Géraldine Andrée met en relation l’eau et l’air à l’aide des fleurs et des feuilles, ces emblèmes du végétal pour, au gré de ses poèmes, tisser entre les éléments de précieuses correspondances. La goutte, par exemple, est aussi bien d’eau, de son, de temps ou de lumière…  En sachant que, chez elle, air et eau sont les vecteurs de la lumière, cette forme de feu.

Et le sang est dans le temps comme le temps nous traverse.

Ce n’est pas Moi qui traverse le Temps (…), non, c’est le Temps qui me traverse et vieillit / Et moi je reste à jamais intacte, / vivante.

Elle appréhende les éléments par ce qui les met en mouvement, ce qui révèle leur existence.

Mobiliser l’un des acteurs du système vivant, c’est mettre en branle une mécanique qui va toucher l’âme, remuer les sentiments, la sensation créant l’affect, ranimant le dur désir de durer cher à Eluard. 

On a l’impression que ces deux vers qui démarrent le Green de Verlaine, elle aurait pu les faire siens :

Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.

      Même si, par une sorte de pudeur ou souci de ne pas faire usage d'un mot trop        commun, elle n’emploie guère le mot cœur.

Géraldine pratique une poésie légère et grave à la fois. Dans le sens où elle atteint à une forme de gravité à force de légèreté (im)matérielle. Elle travaille l’à peine né / de la Pensée, le soupir comme le murmure, ce qui attente au silence, comme l’eau [qui] coule / dans la théière ou la cuillère [qui] tinte /  contre la tasse.

On devine un passé toujours présent, pesant mais près de s’effacer devant chaque instant nouveau car porteur d’avenir, d’une félicité qui laissera des traces si elle est saisie pleinement (dans un moment d’éveil), dans toutes ses composantes…
Le bonheur est un tout mais qui peut tenir dans des riens de l’existence, ainsi que ces brins de thym bleu [qui] étoilent l’eau du bouillon ou l’odeur des haricots  qui cuisent doucement dans l’eau, qu’elle collecte comme autant de trésors.

C’est une poésie zen, au sens fort du terme, qui n’attend rien de l’instant et qui pour cela est pure surprise. Jusque dans les chutes de ses poèmes, qui même si elles viennent dans une infinie douceur, font en nous vibrer une corde au diapason de la grâce.

Ces textes qui, jusque dans leur graphisme, tombent à la vitesse de l’attraction poétique opèrent une action de simultanéité entre l’écrivaine et son lecteur, de l’ordre du partage, de la communion… Comme si on lisait, comme si on percevait, ce qu’a éprouvé Géraldine au moment où elle l’a écrit. C’est une poésie sans intermédiaire, qu’on boit à la fontaine de l’écrit comme une eau bienfaitrice, identique et différente la fois, à laquelle on sait qu’on pourra toujours venir se ressourcer.   

Un premier recueil aussi parfait que possible jusque dans  la conception de couverture et le choix de son titre. 

Éric Allard 

Le livre sur le site des éditions Almathée

Commentaires

  • Merci beaucoup, Eric, pour cette superbe page, cette critique qui est elle-même un poème sur le poème !

  • Superbe commentaire sur l'oeuvre de Géraldine Andrée, commentaire tellement essentiel qu'il n'y a rien à ajouter sinon te saluer bien bas pour cette justesse de vue et cette habileté dans la transcription.

  • Quelle présententation judicieuse et alléchante pour une auteure que j'apprécie de plus en plus au fil de la lecture de ses poèmes.

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