• SCHOOL FICTIONS (III)

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    Ce professeur de gifs animés donne inlassablement la même séquence de cours.

     

     

    Dans le bus pédagogique, je monte, je valide ! C’est-à-dire je cautionne la séquence d’enseignement qui m’est dispensée. L’avantage de ce type d’enseignement, c’est qu’on descend où on veut, après avoir actionné la sonnerie ou parfois l’alarme. Si je kiffe, je pousse jusqu’au dépôt. Si je superkiffe, je refais le trajet deux, trois fois sur la journée. Et tous les autres jours de la semaine… Je reçois bien évidemment un titre de transport pédagogique au terme d’une course réussie. 

     

     

    Ce professeur avait fait installer des plaques inclinées ornées de clous et autres dispositifs anti-étudiants dans sa classe. L'économe, averti, lui accorda le budget nécessaire pour parfaire son projet. 

     

     

    Ce professeur qu’on voyait errer dans les couloirs de son établissement avait choisi la recherche plutôt que l’enseignement : il était en quête de sa vocation d’enseignant perdue depuis longtemps…

     

     

    Les inspecteurs des robots-professeurs n’ont pas un programme à la hauteur.

     

     

    Cette prof promettait à l’étudiant qui avait bien travaillé de raconter en fin de cours un bout de sa vie. Beaucoup préféraient encore travailler mal… 

     

     

    Pendant son cours de géo, le prof ne supporte aucune histoire.

     

     

    Chaque année, au village, on organisait le concours du meilleur enseignant.

    Quelle ne fut pas sa surprise quand, consultant la page Facebook de SudPresse, ce directeur constata que le gagnant faisait partie de ses enseignants. Tout à sa joie, il appela sa secrétaire qui, dévisageant la photo du gagnant, fut bien obligée de tempérer le bonheur de son supérieur : « Ce n’est pas un de nos enseignants, Edmond [elle l’appelait par son prénom car c’était par ailleurs son mari]  mais le jardinier de l’école »

     

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    En guise de TFE, cet étudiant remit tout un roman : il rata son année mais entama une belle carrière d’écrivain. Que ses examinateurs relirent en poche au moment de leur - tardive - retraite (avant, ils ne faisaient que lire des TFE).

     

     

    Cet enseignant était comme absent dans une école inexistante et, quand il prenait les présences, pour apporter un peu de réel, il était bien obligé de constater qu’il n’y avait personne à ses cours pas plus que dans les couloirs vides de l’établissement fantoche.

     

     

    Avant, quand on voyait un prof en baskets et en short, avec l’air chagrin de quelqu’un qui a perdu son sport ou sa coupe, on savait que c’était le prof de gym. Maintenant on ne sait plus bien.

     

     

    Dans le grand théâtre du savoir, des passionnés  rencontraient des assoiffés de connaissances, chacun passait indifféremment de la scène à la salle. Aucun intermédiaire n’officiait entre eux, aucune circulaire, aucun programme, aucun horaire, aucun système d’évaluation, aucun directeur, aucun inspecteur, aucun ensemble articulé de compétences… Les cours étaient gratuits et la satisfaction d’apprendre comme celle de dispenser un modeste savoir constituait l’unique mais incomparable récompense.

     

     

    À l’École de l’air, le tableau n’est pas volant, non, ni les craies taillées dans les nuages, mais le professeur vise les étoiles et les étudiants ont des ailes.

     

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    Le prof de la géographie de Binche et le prof de l’histoire de l’orange dans le folklore local s’associent chaque année en février pour donner un module consacré au Carnaval.

     

     

    À l’École de la triche, il est interdit de ne pas tricher.

     

     

    La Journée Porte Fermées de cet établissement scolaire eut tellement de succès que le préfet décida de la prolonger indéfiniment.

     

     

    Le professeur d’aphorismes fait des phrases trop longues.

     

     

    Ce professeur de langues ne donne jamais cours en immersion plus de trois minutes sans protections auditives : au-delà de ce temps, le tapageur babillage entre les poissons peut causer des dommages irrévocables.

     

     

    L’école à eau

    Dans cette école, toutes les salles de cours ont été transformées en piscine. Les professeurs de maths, par exemple, donnent cours théorique sur les gradins mais n’ont  pas peur de se mouiller lors des séances d’aquamaths. Les couloirs ont été aménagés en canaux et les transferts d’une classe à l’autre se font à la nage.

    Le secrétariat se tient sur une plate-forme dans le hall en forme de fontaine.

    C’est une école-pilote diligentée par un staff de pédagogues en maillot alliés avec des ingénieurs en hydraulique étudiants les mécanismes d’un athénée à eau. Le préfet pratique la pêche sous-marine et il passe la majorité de son temps de bain sous l’eau habillé en homme grenouille à arpenter les couloirs de son établissement nautique.

     

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    -     Professeur de langues mortes, ça parle avec les morts ?

    -     Oui, les anciens morts.

     

      

    -        Le prof de chauffeurs de bus vient en train et le prof de conducteurs de trains vient en bus, c’est normal ?

    -        Il ne faut pas généraliser! le prof de maçonnerie, il ne vient pas en maison et le prof de plomberie, il ne vient pas en salle de bain!

    -        C’est vrai mais je n’ai jamais vu un prof de mécanique venir autrement qu’en voiture et un prof de menuiserie arriver sans au moins un meuble à faire réparer...

     

     

    Le professeur de religion scientifique et le professeur de morale mathématiques s’associeront à la rentrée prochaine pour donner le cours tant attendu de technicité des idées en champ d’opinions magnétiques.

     

     

    Dans cette école, la salle des profs se trouve dans la cave à vin de l’établissement.

     

     

    Dans cette autre école, tous les  professeurs ont dû suivre un stage de langue des signes : la directrice est sourde-muette.

     

     

    Le prof raseur s’étonne du bas niveau de sa classe.

     

     

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    Ce professeur qui, à l’instar du John Keating du Cercle des poètes disparus haranguait les étudiants lors de son cours de poésie de Michel Houellebecq se ramassa méchamment en montant sur un banc datant de l’époque du film. Il donne désormais cours en chaise roulante et doit reconnaître qu’il a auprès des jeunes générations d’étudiants plus de succès qu’en singeant Robin Williams. Maintenant on le prend volontiers pour le milliardaire handicapé d’Intouchables et on l’écoute à nouveau religieusement quand il entonne son Ô capitaine mon capitaine de Whitman ou lance du fond de son siège de lyriques Carpe diem. Comme quoi les mélos servent tout autant l’enseignement mainstream que les enseignants comédiens dans l’âme

     

     

    À l’Université du Quatrième âge, les étudiants sont interdits de tripoter leur déambulateur pendant les cours.

     

     

    Monsieur le Directeur,

    Pour compléter la collection de craies du professeur de l’histoire des espaces et de la géographie du temps, toute la famille s’est mobilisée. A chaque voyage dans l’espace-temps, nous lui rapportons du nouveau matos. Cela prend sur nos heures de sommeil et nos jours de congé. Mais depuis qu’il a démarré une collection de pécés du monde entier spatio-temporel, nous ne savons pas si nos moyens financiers déjà rabotés par les multiples collections mises en place par les enseignants passés et futurs nous permettront d’encore l’aider comme auparavant.

    Veuillez nous excuser par avance pour nos économies d’autant plus que cet enseignant modèle n’a pas manqué de signaler par une note dans le journal de classe que vous partagiez le même engouement pour ses collections bidons.

    Bien à vous.

     

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  • MES MOTS MOCHES suivi de LES MOTS REBELLES / Denis BILLAMBOZ

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    Mes mots moches

     

    Mes mots moches

    Je les dépose

    Au fond de ma poche

    Ils reposent

    Avant que je les décoche

    A ceux qui osent

    Comme des cloches

    Dire des choses

    Qui reprochent

    Qui imposent

     

    Dans ma sacoche

    Ils s’ankylosent

    Et s’effilochent

    Alors je les expose

    Aux fantoches

    Qu’ils indisposent

    Petites choses

    Dures comme roche

    Belles comme rose

    Fortes comme mailloche

     

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    Les mots rebelles

     

    Euh… euh…

    Les mots s’accrochent

    Euh… euh…

    Ils refusent le désordre

    Euh… euh…

    Ils font la grève du zèle

      

    Le propos est confus

    Le discours est touffu

    Le message est incompréhensible

    Les auditeurs sont insensibles

     

    Ils simulent l’attention

    Ecoute avec affectation

    Mais ils sont partis ailleurs

    Dans un monde meilleur

      

    Personne n’a suivi

    Tous partagent son avis

    Chacun lui donne son accord

    Il est midi, il est temps de clore

     

    Les mots sont têtus

    Pour être entendus

    Ils exigent le respect

    Et refusent l’à peu près

      

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    + de dessins de Thomas Broome avec des mots 

  • FIN DE VIE

    88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Un sujet incontournable en littérature comme dans de nombreux autres domaines, j’ai choisi, pour cette publication, de le confier à deux écrivains qui l’ont traité sous deux angles bien différents : Antonio Barrera-Tyzkabrillant auteur vénézuélien insuffisamment connu en Europe et Sophie Cadalen auteure française qui a abordé le sujet de façon très charnelle comme si la mort la dévorait elle-même. Barrera-Tyzka explore l’espace mal défini qui existe entre le médecin et son patient, au moment où le praticien doit affronter la dure réalité et la dévoiler à celui qui doit la subir. Sophie Cadalen situe son récit encore plus près de la mort, quand celle-ci a pris possession de l’être aimé et prive celui qui survivra de tout ce qu’il partageait avec celui qui s’en va. Deux textes qui nous mettent en face de notre devenir.

     

    31KPesIGTML._SY344_BO1,204,203,200_.jpgLA MALADIE

    Alberto BARRERA-TYZKA (1960 - ….)

    « Nous avons tous le droit de savoir que notre vie a un terme fixé, une date limite ; de savoir quand et comment nous mourrons ». Le docteur Andrès en a toujours été convaincu et, pourtant, lorsqu’il reçoit le résultat des analyses de son père, il a du mal à les accepter et n’arrive pas à lui dire qu’il à un cancer déjà bien installé et que sa vie est fortement hypothéquée. Andrès qui a perdu sa mère dans une catastrophe aérienne quand il n’était encore qu’un enfant, a fait longtemps des cauchemars sur la disparition de cette mère adulée. Et, pour lui faire oublier les affres de la mort, son père l’avait emmené pour un petit séjour sur une île, il projette alors de refaire ce voyage avec son père pour lui dire la vérité. Mais que cette vérité est dure à dire.

    Pendant ce temps, son assistante est harcelée par un hypocondriaque que le docteur ne veut plus voir, elle décide finalement de tenter de le rassurer, alors s’installe une relation épistolaire entre ce pseudo patient et cette assistante qui n’a aucune formation médicale. Cette correspondance électronique crée une sorte de parallèle entre la maladie qu’on ne peut pas révéler et la maladie qu’on ne peut pas faire admettre. Le dialogue autour de la maladie est bien difficile à construire et reste souvent un discours vide, un exercice d’hypocrisie.AVT_Alberto-Barrera-Tyszka_795.jpeg

    Ce livre d’une grande simplicité, n’élude rien de la maladie et de la mort, il énonce les choses avec vérité mais aussi avec sensibilité et pudeur, comme Le bateau-phare de Blackwater de Colm Toïbin, dans un style d’une grande fluidité. Il pose notamment cette question fondamentale du droit de savoir ou du droit de ne pas savoir, est-ce une règle ? Est-ce que ça peut faire partie d’un diagnostic propre à chaque malade ? Il semble facile d’énoncer des principes quand il s’agit de patients habituels mais il est beaucoup plus difficile de les appliquer quand il s’agit des siens.

    Barrera Tyszka, explore cet espace flou qui existe entre le malade et le médecin, cet espace où l’on est déjà, peut-être, dans la maladie mais pas encore dans la médecine ou plus dans la médecine mais déjà dans l’accompagnement à la fin de vie. Et, le docteur Andrès cherche sa place de médecin et de fils qui n’a pas dit tout ce qu’il voulait dire à son père, qui ne sait pas dire ce qu’il faudrait, peut-être, lui dire maintenant et qui regrettera certainement ce qu’il n’aura pas dit à ce père qu’il croyait connaître mais dont il ignore tant de choses. « La maladie détruit aussi les mots ».

    L’auteur n’élude ni la question de l’euthanasie, ni le problème du choix des malades qu’il faut soigner, ou non, selon leur espérance de survie et rappelle, surtout, au lecteur que « Ce qui différencie l’homme des autres espèces, c’est que l’homme est le seul animal qui sait qu’il va mourir. » Et, le docteur Andrès sait bien qu’après son père, il sera le premier sur la liste familiale à affronter la dernière épreuve de la vie. Même si on est médecin, il n’est pas facile d’aborder cette épreuve sans angoisse et avec sérénité

    « Pourquoi avons-nous tant de mal à accepter que la vie soit un hasard ? »

     

    tu-meurs-522773.jpgTU MEURS

    Sophie CADALEN (1966 - ….)

    Eros contre Thanatos, l’amour contre la haine, l’espoir contre la résignation, Sophie Cadalen réédite le livre qu’elle a publié en 2003 pour raconter l’épreuve que son héroïne, elle-même peut-être - « j’admettais être un charognard qui se servirait du moindre événement significatif, tragique ou poétique, pour en nourrir son imaginaire et en tirer quelque chose qui parfois s’appellerait un roman » - doit affronter quand son mari découvre qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau. « Celle qui y dit « je » était l’interprète de mon urgence, de mon impératif à consigner les derniers instants d’une vie qui disparaît, les progrès d’une maladie qui a gagné la partie ».

    Avec une écriture à la mesure de cette dramaturgie, dense, intense, riche qui court sur la page comme pour consigner dans l’urgence tout ce que cette femme ressent, tout ce qu’elle est en train de perdre, toutes les frustrations qui l’attendent et toutes celles qu’elle supporte déjà, Sophie Cadalen nous offre une grande page d’émotion, de douleur à partager, de compassion à offrir. C’est un très beau texte qui explore cet espace que la pudeur et l’inhibition empêchent toujours d’évoquer : toutes les frustrations qui attendent les femmes qui se retrouvent seules, privées de celui qu’elles ont aimé, de celui qui leur a donné le plaisir auquel elles ont droit et qu’elles n’éprouveront peut-être plus.photo-3-143211-XL-120652_L.jpg

    L’auteure évoque cette lutte implacable entre l’épouse légitime et l’autre, « L », la maîtresse, la tumeur, elle qui prend inexorablement possession de celui qu’elle aime, qu’elle ne veut pas perdre, qu’elle n’accepte pas de voir partir au bras de cette maîtresse implacable et déloyale. Elle est dans le refus, elle ne veut pas croire à une issue fatale, elle n’accepte pas la dégradation, elle reproche à son mari de la laisser, de l’abandonner. Elle se sent la victime de ce combat fatal avant de finir par accepter son sort, sa solitude, son abandon et de se muer en vestale gardienne de la dernière demeure de son mari en pleine décrépitude.

    Cette histoire m’a évidemment ramené à la mémoire ce livre du romancier espagnol Miguel Delibes, Cinq heures avec Mario, que j’ai lu il y a bien longtemps, il raconte la nuit qu’une femme passe aux côtés de la dépouille de son mari pour lui énumérer tous les reproches qu’elle a accumulés contre lui au cours de leur existence commune. L’héroïne de Tu meurs accable elle aussi son mari, elle lui reproche de l’abandonner, de ne plus lui donner le plaisir qu’il lui donnait avant, de se décomposer, de la laisser seule mais ce texte est aussi un grand roman d’amour parce que cette femme, à travers ce qu’elle reproche et regrette, met en évidence tout ce que son mari lui donne, lui a donné et pourrait encore lui donner s’il se débarrassait de l’autre, celle qui le phagocyte et l’emporte. « Mon amour tourne et rôde autour de ta mort, il fait mine de déguerpir, d’abandonner la partie, de se divertir d’un autre homme. C’est une feinte inutile. Je t’aime ».

    Difficile de croire que l’auteure n’a pas connu une aventure de ce genre car son texte est trop charnel, sa douleur trop palpable, sa frustration trop sexuelle et son désir trop brûlant. La mort a été sa compagne un jour ou l’autre, elle semble en connaître la réalité, « je les déteste, ces irruptions d’un monde à côté du nôtre, cette prétendue réalité qui fuit devant l’unique vérité : celle de la mort ».

  • D'UN SILENCE À L'AUTRE: ANTONIONI vu par HAENEL

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    LE SILENCE EST UNE FORME DE PENSÉE

    Dans l'église San Pietro in Vincoli, à Rome, où la statue du Moïse de Michel-Ange continue de lancer sur le monde ce regard de colère qui impressionnait tant Freud, lequel essayait à chacune de ses visites de « tenir bon face au regard courroucé et méprisant du héros » (et se repliait finalement dans la pénombre pour échapper à son jugement), il existe un écriteau, traduit en plusieurs langues. En voici la version française : « Il est interdit de stationner devant la statue de Moïse pour donner des explications au groupe. »
    Freud aurait sans doute apprécié l'ironie involontaire de cet écriteau. Au fond, il vaut mieux ne pas se trouver en face du Moïse, il ne faut surtout pas rester devant lui, et encore moins ouvrir la bouche. Cet écriteau, dans sa naïveté policière dit une vérité sur la statue : croiser le regard du Moïse vous coupe la parole.
    J'écoutais Moïse et Aaron, le grand opéra de Schoenberg sur l'aphasie, quand j'ai repensé à l'écriteau de San Pietro in Vincoli. Pour triompher de toutes les épreuves auxquelles la pensée est exposée, Moïse affirme qu'il faut un Dieu à Israël, mais Israël n'en veut pas, d'où sa colère. Je me demandais à quoi s'adresserait aujourd'hui la colère de Moïse, sinon à la destruction même de la pensée, à ce ravage qui destine les corps à l'inexistence politique.
    Si Freud redoutait tellement le regard du Moïse, c'était parce que Michel-Ange a sculpté dans le marbre l'instant où il découvre la vulgarité de son peuple : son regard semble bondir, il se jette, écrit Freud, sur la « populace » (dans la traduction de Marie Bonaparte, il s'agit de « racaille »).
    Et puis j'ai pensé au Regard de Michel-Ange, un film d'une quinzaine de minutes de Michelangelo Antonioni, où celui-ci vient regarder la statue du Moïse. Antonioni monte les marches de l'église pour dévisager la statue — pour « tenir bon » face à Moïse, comme disait Freud. Une série de champs-contrechamps silencieux concentre l'échange de regards : qui regarde qui ? — et depuis quel secret ? On sait qu'Antonioni, suite à un accident cérébral, avait perdu la parole. On sait que Moïse ne parlait pas : sa bouche était « lourde », dit la Bible. C'est un héros du silence : « Ma langue est raide, je sais penser mais non parler », dit le Moïse de Schoenberg. Ce que donne à voir ce film, c'est un transfert de silence.
    Alors, d'un silence à l'autre, qu'est-ce qui se passe ? De quelle nature est le passage entre le Moïse de Michel-Ange et son homonyme antonionien ? Est-ce le Moïse de Michel-Ange qui offre quelque chose à Antonioni, ou celui-ci qui fait de son mutisme une offrande ? La transparence inquiète de cet échange convoque dans sa mélancolie des figures immémoriales : sans doute Antonioni vient-il à la fois saluer la beauté et annoncer sa sortie, comme si, une fois son parcours artistique bouclé, il s'agissait encore de s'exposer au verdict de l'art, à la terrible endurance de son regard : rencontrer son propre silence dans le marbre, c'est se mesurer à l'énigme de la transfiguration.
    « Tenir bon » face au Moïse de Michel-Ange consiste ainsi à avoir parcouru l'expérience même de l'art jusqu'à extinction de ses possibilités, et — comme Lacan le dit du héros —, à ne pas céder sur son désir. Le face-à-face avec les œuvres est l'histoire même du temps : c'est le lieu de la transfiguration, c'est-à-dire du monde à venir — c'est la grande politique. Quand Freud pense à Moïse, il y pense contre la Loi. Quand Schoenberg pense à Moïse, il y pense contre Hitler. Quand Antonioni pense à Moïse, il y pense contre quoi ? Sans doute contre l'Italie — contre la dévastation politique et culturelle de l'Italie.
    L'aphasie d'Antonioni est historiale : c'est une manière d'endurer la destruction de l'Italie — de lui répliquer. Il n'y a plus rien à dire face au ravage organisé dans ce pays ; Antonioni en a vécu les conséquences de la manière la plus extrême : l'Italie lui a ôté la parole. Comme Moïse face à l'idolâtrie de son peuple, Antonioni, à la fin de sa vie — et d'une manière peut-être plus profonde encore que Pasolini, plus énigmatique — défie les Italiens. Son  silence est une forme de pensée : c'est un avoir-dit glorieux.
    On sait que le temps du regard est contrôlé par la société ; c'est par l'enregistrement que le contrôle s'exerce. La grande ironie d'Antonioni — la puissance de sa fragilité —, consiste à mettre son corps en travers de la surveillance ; car s'il existe quelque chose qui échappe à celle-ci, c'est le silence. Les sphinx sont le contraire des spectres. Les sphinx pensent, ils ne sont pas repérables.  
    Cette rencontre entre Antonioni et Moïse est un acte secret. En lui se concentre quelque chose de décisif, que Schoenberg avait entrevu : la parole, politiquement, ne tient plus ; ce qui doit se dire passera par le silence. Dans la rencontre entre Antonioni et Moïse, il en va ainsi de la transmission même de la pensée. La transmission de pensée s'accomplit en silence à travers le temps ; c'est la véritable histoire.

    Yannick HAENEL, texte repris en partie dans un chapitre de Je cherche l'Italie

    Les chroniques italiennes de Haenel sur le site de Philippe Sollers



    Le film sur Vimeo

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    Michelangelo Antonioni en 5 minutes chrono

     

    Rétrospective et exposition Antonioni à la Cinémathèque française, par Olivier Père

    CHER ANTONIONI, la lettre adressée au réalisateur par Roland Barthes et parue dans les Cahiers du cinéma de l'été 1980

    381652_300x300.jpegExtrait:  "Un autre motif de fragilité, c’est paradoxalement, pour l’artiste, la fermeté et l’ insistance de son regard. Le pouvoir, quel qu’il soit, parce qu’il est violence, ne regarde jamais : s’il regardait une minute de plus (une minute de trop), il perdrait son essence de pouvoir. L’artiste, lui, s’arrête et regarde longuement, et je puis imaginer que vous vous êtes fait cinéaste parce que la caméra est un œil, contraint, par disposition technique, de regarder. Ce que vous ajoutez à cette disposition, commune à tous les cinéastes, c’est de regarder les choses radicalement, jusqu’à leur épuisement. D’une part vous regardez longuement ce qu’il ne vous était pas demandé de regarder par la convention politique (les paysans chinois) ou par la convention narrative (les temps morts d’une aventure). D’autre part votre héros privilégié est celui qui regarde (photographe ou reporter). Ceci est dangereux, car regarder plus longtemps qu’il n’est demandé (j’insiste sur ce supplément d’intensité) dérange tous les ordres établis, quels qu’ils soient, dans la mesure où, normalement, le temps même du regard est contrôlé par la société : d’où, lorsque l’œuvre échappe à ce contrôle, la nature scandaleuse de certaines photographies et de certains films : non pas les plus indécents ou les plus combatifs, mais simplement les plus « posés »." R.B.

  • LECTURES PRINTANIÈRES

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    5121FTR2M5L._SY344_BO1,204,203,200_.jpgClaude LOUIS-COMBET, BLESSE, RONCE NOIRE

    (José Corti, Les Massicotés, 2004, 128p., 8€.)

    Un classique d’un des plus grands écrivains francophones vivants (avec Quignard, Michon, Ernaux, Lefèvre, Sallenave, Mauvignier, Enard, Adam…). Claude Louis-Combet, aujourd’hui un peu plus de quatre-vingts ans.

    Un livre de feu, urgent et incisif, incendiaire. Un récit fictionnel sur base d’une histoire bien réelle : la relation fusionnelle, incestueuse des frère et sœur TRAKL. Le grand public ne connaît que le poète Georg, décédé en 1914. Sa sœur Gretl achèvera son destin trois ans plus tard.Claude_Louis_Combet.jpg

    Dans une prose somptueuse (peu d’écritures aussi prégnantes, aussi atmosphériques dans le sens d’une description décantée de toute une série de lieux, d’aires de connaissance intime), Claude Louis-Combet cerne et serre cette relation interdite, cachée, clandestine, qui tournera à la catastrophe.

    Le titre, Blesse, ronce noire, est à l’aune de la violence incessante qui anime ces pages : violence de la relation, de sa description précise, de ses effusions. La quête amoureuse, sensuelle et sexuelle dans un bois qu’on traverse est un des sommets de la littérature érotique, par la charge émotionnelle, qui monte à l’instar de l’escalade des deux amants, à travers bois, feuillages et ronces. La ronce noire évoque, par ailleurs, le triangle de soie noire du sexe de Gretl.

     

    ginsburg_reference.gifNatalia GINZBURG, LA ROUTE QUI MÈNE À LA VILLE,

    (Denoël, coll. Empreintes, 2014, 128p., 11, 90€)

    Ce roman, paru la première fois en 1942, dont la brièveté pourrait paraître facile, concentre les atouts d’une littérature profonde, dense, proche de ce qui deviendra école néo-réaliste (avec des auteurs comme Pavese, Fenoglio, Cassola, Soldati), mêlant avec une rare maestria l’histoire locale, l’évolution des mœurs et la description hallucinante de réalisme d’un petit village, et d’une ville proche, lieu des mirages et des réalités.

    Le grand art de Natalia Ginzburg, résistante, envoyée avec son mari Leone en relégation comme Pavese, Levi, est de nous raconter l’histoire par le biais de son anti-héroïne Delia, amoureuse d’un petit-cousin, objet des convoitises d’un fils de bourgeois, éprise de liberté, ce qui donne à ce roman sans âge un parfum d’années bien postérieures, où la femme, la jeune fille accèdent à un certain rôle social – ce que ne connurent guère leurs devancières.

    Comme chez Pavese, le terreau social, rural brille par une description quasi ethnographique des usages, du qu’en-dira-t-on, des fausses et vraies rumeurs, de la mainmise d’une morale de préservation des filles…Natalia-Ginzburg.gif

    Nini, Giulio : deux noms d’homme pour cette Delia, deux parcours, celui de l’amour, de la clandestinité, celui aussi du devoir, de l’obligation sociale et des convenances.

    L’acuité de la vision familiale (Delia a une flopée de frères et sœurs, dont la libre Azalea, que l’on traiterait aujourd’hui de dévergondée duplice) ne débouche cependant pas sur une noirceur totale. La vie s’en va ainsi, difficile, illusoire, compromise, mais quelque porte s’ouvre dans les grisailles coutumières.

    Ce roman d’une jeune romancière, de vingt-cinq ans, est une totale réussite psychologique et sociale.

  • Petites HISTOIRES D'ÉCOLE (II)

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    A force de ne pas se faire voir, est-ce que l’inspecteur disparaîtra des mémoires scolaires ?

     

     

    A l'Ecole du suicide, quand tu t'effondres à l'examen, il vaut mieux que ce soit du haut du bahut.

     

     

    Mon fils veut devenir professeur :

    -      De quoi ? je lui demande 

    -      De rien, comme toi.

     

     

    On raconte que le directeur des programmes de cette télé du savoir est un ancien inspecteur.

     

     

    On ne voit plus cet enseignant en trous noirs, on craint qu’il ait changé d’orientation ténébreuse en cours de disparition.

     

     

    La vie privée du professeur, sa femme, sa belle-mère, ses enfants, sa maîtresse, ses ennuis domestiques, ses prochaines vacances n’intéressent, il faut le savoir, l’étudiant que dans la mesure où cela lui permet de passer une petite heure tranquille. 

     

     

    Cette prof fondait en larmes à chaque fin de cours à l'idée de la disparition de son public éphémère, d’autant plus quand les applaudissements avaient été nourris. Elle se consolait, cela dit, dans les cinq minutes avec l’arrivée des spectateurs de la séance suivante.

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    Enseignement transversal

    Quand il neige dans la classe, ce prof de maths requiert le calcul du nombre moyen de flocons tombant par minute. Le prof de français demande une description rapide d’un flocon de son choix. Le prof de langues vivantes traduit flocon, neige et classe pourrie dans la langue qui justifie son salaire. Le prof de couverture envisage son licenciement. Le prof d’électricité couvre les fils de raccordement...

     

     

    Ce professeur enseigne sur un nuage à des étoiles récalcitrantes. Parfois il descend avec la pluie pour dispenser un cours particulier à une pâquerette ou l’autre.

     

     

    Ce prof qui donne cours à des robots depuis trente ans les trouvait beaucoup plus intelligents et plus studieux au début de sa carrière.

     

     

     

    -         C’est quoi, professeur, papa ?

    -          Je cherche la définition depuis trente-cinq ans.

    -     Mais tu vas trouver, papa, c’est pour ça que tu es professeur...

     

     

    - Professeur d’anglais, c’est un professeur qui a traversé la Manche ?
    - Oui, et qui peut expliquer clairement aux habitants de la côte pourquoi il est aussi trempé même s’il n’a pas plu.

     

     

    -   Le prof de géographie, il n’a pas besoin de GPS ?

    - Non, pas à l’intérieur de l’école.

     

      

    -    Le prof de politesse, il dit bonjour à ses élèves en arrivant ?

    - Uniquement s’il a obtenu son diplôme avec une grande distinction.

     

     

    -         Quand on est professeur, c’est pour toute la vie ?

    -    Maintenant, oui.

     

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    Dans cette école de parents d’élèves, les réunions d’enfants ont lieu les mercredi après-midi.

     

     

    Un enseignant qui traîne dans les couloirs a peut-être perdu tout espoir de rencontrer l’élève idéal...

     

     

    Cet enseignant désignait au début de l’année un étudiant par classe pour chauffer la salle de cours avant sa prestation : applaudissements, gestuelle adaptée à la séquence d’apprentissage. Cris & rires accompagnaient ainsi tous les moments forts de la classe et amélioraient conséquemment l’image que cet enseignant se faisait de lui-même.  

     

     

    Cet enseignant criait son cours. Quelle idée aussi qu’avait eue ce conseiller en éducation de faire classe dans un dancing pour motiver les étudiants de terminale ! 

     

     

    Ce professeur de cinéma plantait toujours ses champ/contrechamp.

     

     

    Ce professeur jouait fort bien de la craie sur le tableau noir et les enfants étaient nombreux à venir se régaler de ses concerts de toutes les couleurs.

     

     

    Ce délégué syndical en burn-out  interdisait à ses étudiants  toute manifestation de bonne humeur.

     

     

    Ma mère vient toujours me reprendre à l’école. Après que j’ai donné mon cours, elle est là à m’attendre, et nous repartons main dans la main jusqu’à la maison. Même si mon cartable est plus lourd que lorsque j’avais cinq ans, elle tient toujours à le porter. 

     

     

    On a découvert dans l’ordinateur de ce prof de l’Université du Troisième âge des photos à caractère gérontopornographiques.


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    Ce directeur a naturellement désigné son professeur le plus vache pour donner le module consacré au lait (son débit, son beurre).

     

     

    Ce professeur de briquets-tempête a accepté de remplacer à brûle-pourpoint le professeur en lampes-torches parti précocement en fumée le week-end dernier.

     

     

     

    A l’Ecole de l’air, c’est deux heures de colle au sol par avion crashé. 

     

     

    Dans les nuages des tableaux noirs il m'arrive encore de voir mon père me faire la leçon.

     

     

    A l’Université du troisième âge, on ne peut pas redoubler plus de trois fois avant de mourir.

     

     

    Ce professeur donnait un cours parfait devant une classe parfaite dans un lieu parfait au sein d’une société parfaite. (J’ai été obligé d’écrire ça, pour rétablir l’équilibre mais j’ai peut-être exagéré.)

     

     

    Monsieur le directeur,

    Mon fils ne reconnaît pas son prof de maths de sa prof de français. L’un écrit des nombres en toutes lettres et l’autre, des lettres en nombre. Le prof de math écrit les chiffres de la crise en grec et la prof de français fait des phrases oblongues. Le prof de maths poétise la géométrie de la femme. La prof de français qui tient sa ligne verbalise le langage binaire de l’homme. Veuillez, je vous prie, mettre bon ordre à ce micmac avant que tout le monde ne souffre, comme moi, de synesthésie chronique.

     Bien à vous.

     

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    Toutes les photos, sauf la première, sont  des photographies de tableaux de labos de physique quantique. Elles ont été prises par le photographe Alejandro Guijarro. 

  • UN LIVRE PAR JOUR

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       Il y a cinq ans, au moment de son arrêt soudain, cet écrivain publiait deux livres par semaine. Son lectorat s’était accoutumé à ce tempo. Certains lecteurs avaient arrêté de travailler pour se consacrer à la lecture de ses livres ; d’autres, leurs études, trouvant superflu toute autre activité que celle de lecteur de cette œuvre ; d’autres encore, parvenant difficilement à suivre le rythme tout en poursuivant une existence sociale normale firent appel aux services d’un psy à distance, car se déplacer sur les lieux de son cabinet prenait par trop sur leur temps de lecture.

      L’étonnement, pour ne pas dire l’onde de choc, fut considérable quand du jour au lendemain sa décision tomba. On déplora une vague de suicides. Seul, finalement, un lecteur désoeuvré, ayant tenu quelque temps à coups de relectures, s’était fait brûler sur un bûcher composé des livres de son écrivain fétiche.

       Durant un mois, un effet comparable à celui que de son temps avait suscité Salinger ou Pynchon fut constaté. Puis, après six semaines, plus vite qu’on ne l’aurait espéré, on oublia cet écrivain dispensable. Jusqu’à ce qu’il y a trois mois, dans une relative indifférence, il se remette discrètement à publier un livre par mois, puis deux, puis trois… On redécouvrait ainsi la somme de ses anciens livres qui faisait impression, effet de masse, de manche, d’avalanche, poussant les nouveaux sur le devant de la scène littéraire, toujours avide de phénomènes de foire. Plus que de véritables écrivains, difficiles à lire, qui faisaient avancer la littérature. Aujourd’hui, il est revenu au rythme de parutions d’avant son arrêt.

       Lors de l’interview qu’il donnée à la faveur de son improbable retour, il a déclaré n’avoir pas, il y a cinq ans, pris toute la mesure de la cadence infernale de publications qu’il s’était fixée mais que, maintenant, après avoir eu le temps de recharger ses batteries, de renouveler son stock, comme la mer recule loin pour mieux revenir, il pourrait désormais, et dans un délai fort court, parvenir au tempo tacatacatact espéré de parution d’un livre par jour. Les éditeurs se frottent les mains et la courbe de la production éditoriale est repartie à la hausse.

  • RETOUR AUX OURS...

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    Le retour aux ours des abeilles ne s'est pas fait sans miel. 

    E.A.

    La chanson de l'ours / Charles Trenet

    Le massacre de la même chanson par... Salvatore Adamo

    BONUS

  • RÉFORME INFORME suivi de CHÔMAGE / Denis BILLAMBOZ

    Réforme informe

      

    Grande ébullition

    Les régions sont en fusion

    Vaines discussions

    Oiseuses démonstrations

    Folles élucubrations

    Grande confusion

    Totale incompréhension

      

    Dissolution

    Constitution

    Fusion

    Absorption

    Vaste question

    Dont nous débattions

     

    Bouillie de réflexions

    Infusion de région

    Improbable potion

     

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    Chômage

      

    Nez rouge

    Joues rouges

    Yeux rouges

    Litre de rouge

    Au fond d’un bouge

      

    Pas d’courage

    Plus la rage

    Débrayage

    Largage

    Chômage

     

    Sans envie

    Ramolli

    Avachi

    Détruit

    À vie !

     

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  • AMOURS CONTRARIÉES

    88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Thème tellement récurent en littérature que je n’ai pas pu le contourner éternellement, il a bien fallu que je le propose au moins une fois et, pour cette occasion, j’ai choisi des auteures peu médiatisées, des femmes venues des confins méridionaux ardus de l’Europe du sud, d’Albanie et de la Basilicate, des femmes qui ont connu ces civilisations austères, rigides, fermées qui ne réservaient aucune place aux femmes. Bessa Mytiu invite des femmes à raconter leurs histoires d’amours impossibles comme Silvana Minchella témoigne avec des femmes qu’elle a tirées de son histoire personnelle sans qu’elles aient réellement exister. Toutes ont été malmenées et n’ont pas pu vivre les amours dont elles rêvaient.

    Bessa-Myftiu.jpgAMOURS AU TEMPS DU COMMUNISME

    Bessa MYFTIOU (1961 - ….)

    Un hymne, une ode, une incantation à l’amour absolu celui qui emporte tout, embrase les cœurs et les corps sans se préoccuper de quelconques préjugés. Coincée par une grève à l’aéroport de Rome Fiumicino, trois Albanaises qui se rendent au mariage d’une amie commune, décident de se confier leurs histoires d’amour pour tuer le temps.

    Anila raconte son histoire de femme divorcée qui tombe amoureuse d’un beau Kosovar qui ne l’épousera jamais parce qu’au Kosovo un homme n’épouse pas une femme qui a déjà connu un autre homme, une femme non vierge. Elle séduit alors le frère que cet homme s’est donné selon la tradition balkanique et entame avec lui une longue histoire à rebondissements qui la poursuivra jusqu’en Allemagne. « Au Kosovo, c’est la famille qui prime. Au Kosovo, on respecte les poètes s’ils respectent les coutumes. Au Kosovo, l’individu n’est pas encore né. »

    Dina raconte ses relations avec ses amoureux qu’elle plaque pour ne pas souffrir, avant qu’eux la laissent tomber comme ses amants abandonnaient régulièrement sa mère. Elle ne peut cependant pas échapper à la séduction d’un beau jeune homme beaucoup plus jeune qu’elle qui ne veut pas l’épouser pour ne pas anéantir sa famille. « On finit toujours par trouver ce qui nous ressemble, si on suit la voix du cœur. »

    Monda raconte comment, à cinq ans, elle était déjà convaincue qu’elle épouserait son beau cousin mais qu’à l’adolescence on lui a fait comprendre que c’était impossible. Le beau cousin ne peut pas non plus épouser l’amie de sa cousine qui est affligée de l’opprobre de la bourgeoisie qui colle encore à sa famille. « Tu ne veux pas détruire ma carrière pour les yeux d’une fille pareille ! »1681e28a-3507-11e0-b2b7-e38cf01276be.jpg

    Des histoires d’amours tortueuses, rocambolesques, qui osent parler de sexe et de libération sexuelle, d’amour libre et du droit des femmes à disposer de leur cœur, de leur corps et de leur sexe. Des amours passionnels, absolus, magnifiques, violents, dévastateurs, comme on n’en écrit plus, des amours qui ne sont pas faits pour durer, seulement pour embraser. Des amours qui finissent toujours par rattraper ceux qui avaient succombé et qui croyait avoir oublié. « La mort même s’est retirée du champ de bataille, s’inclinant devant un amour qui avait résisté à tout : au régime politique, à la famille, à la maladie et au … temps. »

    Malgré le titre de l’ouvrage, Ce n’est pas le communisme le principal accusé, même s’il n’est pas pour rien dans toutes les difficultés que rencontrent ces amoureux, il est un élément de contexte comme un autre pouvoir, une religion, ou n’importe quelle croyance aurait pu l’être. Ce qui est mis en cause, à mon avis, c’est beaucoup plus la tradition balkanique ancestrale qui pèse, à cette époque, encore très lourdement sur les êtres et les familles, instaurant un code de convenances et de pratiques inflexibles et incontournables. Il est paradoxal de constater que ce pays, l’Albanie, premier pays officiellement athée au monde, est un pays où la morale est l’une des plus rigoureuses et des plus contraignantes. Le pouvoir a épousé les règles de la tradition, de la famille, du parti, pour définir les fameuses « convenances » qui régentent tout dans la société albanaise.

    Dans ce texte écrit directement en français - l’auteure réside désormais en Suisse – le narrateur n’hésite pas, dans un style vif, alerte, enflammé même, à allumer les feux de l’amour au risque de sombrer dans la grandiloquence plus que dans le lyrisme et le romantisme. Peu importe, ces amours tumultueux, dévastateurs, qui ne sont pas fait pour durer mais qui peuvent détruire, nous emportent dans un monde un peu fou. « Mais je trouve que les fous, ce sont les autres, ceux qui n’aiment rien ni personne ! »

     

    ob_9374d4_les-louves.pngLES LOUVES

    Silvana MINCHELLA

    Les Louves, des femmes qui ont souffert dans leur chair, dans leur corps, dans leur sexe, dans leur cœur et dans leur âme, se rebiffent sous la plume de leur chef de meute, la narratrice, qui n’est peut-être autre que la réunion des ses diverses femmes en un seule : une jeune Italienne du sud, mariée, trop tôt, de force par son père, à un homme âgé, un peu dérangé, moins pauvre que lui, qui honore sa jeune épouse comme un animal monte sa femelle, une femme habitée par ses contradictions cherchant ses émois de jeunesse dans le corps d’une jeune amoureuse récemment décédée, une femme qui croit en la réincarnation, une femme qui pense que notre monde se prolonge probablement ailleurs.

    A travers quatre récits très différents, qui peuvent, en s’assemblant comme les pièces d’un puzzle, raconter l’histoire des femmes, celles que Silvana aurait connues ? Probablement l’histoire de la femme qu’elle est aujourd’hui ? Peut-être aussi, l’histoire des femmes maltraitées, humiliées, considérées comme du bétail en Italie du sud, pas très loin du pays décrit par Carlo Levi. Un texte pour dire le malheur de ces femmes, leur triste condition, leur soumission de bêtes de somme et d’animaux reproducteurs dans une société patriarcale, superstitieuse, inculte, soumise à la religion et à l’aristocratie terrienne. Le Christ semble bien s’être arrêté à Eboli.minchellatete.jpg

    Mais la révolte sonne et les Louves montrent leurs crocs et leurs griffes, elles veulent sortir du cycle rituel : soumission, interdit, désir insatisfait, révélation hors des lois sociales, religieuses et familiales, punition, vengeance. Elles veulent avoir droit au plaisir et à la liberté de l’esprit, du cœur et du corps, elles sont prêtes à remonter le temps pour retrouver la jeunesse, l’effervescence des sens, en refusant le temps qui passe, l’échéance inéluctable. Elles croient en la réincarnation, la possibilité d’un autre monde, d’un monde ailleurs rendant la mort beaucoup moins définitive et laissant l’espoir de vivre encore … ailleurs … autrement.

    Un texte dur qui évoque l’Italie du sud, celle de Carlo Levi, avec ses sols rocailleux et son soleil accablant, un texte qui raconte un peuple austère, sévère, surtout avec les femmes, qui fait passer sa dignité et son image avant toute autre chose, un texte où la mort est omniprésente, inquiète, fait peur, mais les Louves la contournent en croyant à autre chose, à un autre monde où le droit au plaisir, le refus de toutes les conventions religieuses, sociales, ethniques, familiales… la liberté du cœur, du corps et de l’âme seraient les seules conventions.

    Entre le confort de la fidélité et l’extase du plaisir, entre la satisfaction du cœur et l’effervescence du corps, Silvana hésite, «cachant sa vulnérabilité sous un maquillage étudié », elle balance, mais elle ne veut pas croire au hasard, la vie est programmée, organisée, tout est prévu. Peut-être ? On dirait cependant que ce petit livre est empli d’une douleur longtemps tue, d’une frustration jamais oubliée. Silvana, l’eau de tes yeux, celle de l’aigue-marine, n’éteindra jamais le feu qui brûle dans tes mots.

  • C'EST LE MÊME DÉCOR de Carine-Laure DESGUIN

    C-est-le-meme-decor--couverture.jpgTrois nouvelles écrites par Carine-Laure DESGUIN à partir de trois phrases de Marguerite DURAS, à l'occasion du centenaire de l'écrivaine.

    Extrait de la quatrième de couverture:

          Dans une préface, presqu’une psychanalyse, Eric Allard dit de ces textes échos : « De Duras à Desguin…Quelque chose se passe…Carine-Laure Desguin assimile les mots à de la matière ductile qui n’engagent pas comme des paroles, qui ne sont l’instrument d’aucune idée…Il y a de la chanson, de la mélopée dans les histoires de Duras et les présents textes de Carine-Laure Desguin...

                ….A l’issue du second texte, on lit cette phrase: « S’il n’y avait ni la mer ni l’amour, personne n’écrirait des livres. » Et personne ne serait là pour les lire, pour prolonger, recommencer sans fin le cycle de l’écriture qui, de Duras à Desguin, dans l’intervalle de leurs textes, dans ce qui les réunit par-delà le temps dans le même décor, saisit le lecteur dans le cercle heureux, revivifiant des mots. »

    En savoir plus ici sur le blog de Carine-Laure

    On peut commander le livre en version numérique ou en version papier sur le site d'Edilivre

    En attendant un entretien autour Duras, voici une présentation du livre et de l'auteure sous forme de questions-réponses.

     

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  • LES ECLABOUSSURES et autres poèmes, illustrés par des encres de Didier GOESSENS

    Eric Allard                                             Didier Goessens   

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    Les éclaboussures 

    tombé dans l’œil
    un regard se noie
     
    sur les cils
    des gens voient
    sans pouvoir agir
     
    des éclaboussures 
    d’images

    Voir les autres poèmes avec les encres ici sur le blog de Denys-Louis Colaux - que je remercie vivement pour l'heureux appariement.

    Denys-Louis COLAUX1

    Denys-Louis COLAUX2

    Le blog de Didier GOESSENS

    Didier GOESSENS sur ARTactif

  • UNE ÉTUDE SCIENTIFIQUE LE RÉVÈLE : LES HOMMES POLITIQUES SE PARLENT!

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    Une récente étude scientifique diligentée par Philippe Mettens (qui a découvert la politique le week-end dernier) le démontre : les hommes politiques se parlent, à l’intérieur de leur parti et, même, d’un parti à l’autre. Aussi surprenant que cela puisse paraître, on a pu décoder leur message sibyllin pour le profane. Ils disent, en termes plus sommaires certes : Bonjour!... Quelle place occuperas par rapport à moi dans telle liste aux élections prochaines ?... Quelle chance a le Parti de participer aux prochains gouvernements ? Entre les élections, il leur arrive même d’échanger avec des politiciens d’’autres partis. Ils disent : Salut!... Quelles chances avons-nous de collaborer ensemble lors d’un prochain gouvernement?... Comment pourrons-nous évincer tel parti de la future coalition?

    Par ailleurs, leurs échanges n’ont pas encore pu être décryptés, tellement c’est confus, contradictoire, ambivalent et, pour tout dire, inepte.

    L'ex-chef de la politique scientifique a déclaré : Au state actuel de la Recherche scientifique, la science avoue son ignorance, elle est incapable de vérifier si les hommes et femmes politiques peuvent dire autre chose que ce que la ligne du parti leur impose. Même si ces fragments de langage expriment à coup sûr une forme de pensée sommaire, on ne peut pas savoir si l'homme et la femme politique sont capables d'une pensée élaborée, d'une autre action que de celle (se) représenter...

    Les partis actuels semblent aussi dans l’impossibilité de trouver de nouvelles idées : ils font ainsi appel à leurs militants, dans le même état général d’abêtissement, cherchant en permanence sur les réseaux sociaux des sujets sur lesquels s’indigner pour se forger une opinion... 

  • UN POÈME RISOTTO

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    Des Pâques à la kippa

    Sur un crâne d'oeuf

    Bien garni

      

    Et Zappa à la mandoline

    Qui râpe de la Mozzarella

    Dans un vase de Chine

     

    Des haricots princesse

    À la sauce moutarde qui monte

    Au nez du prince petit pois au raifort

     

    Marre reine sur son trente-et-un

    De roi d’étang épousseté

    De sa poussière de trente carpettes

     

    Du vent dans les sandales

    D’un Mandala tout dérangé

    Sur le chemin perdu de l’éveil

     

    Ma plume acide assise sur une punaise

    En chaise porteuse renversée

    Par un couple de marteaux piqueurs

     

    Et tous les cui-cui du zoo d’Anvers

    Qui font boui-boui près du porc

    Au groin-groin qui pousse au péché de mer

     

    Faire fi-fi du fric pour faire rebelle

    À la noix écrivain gaucho qu’on hue hisse

    À la place de l’académicien argentin à cheval

     

    Bla-bla et Belles lettres en carrosse

    Qu’on trempe porte dans le vain du sommeil

    Pour rivaliser (fenêtre) avec le royal rêve

     

    Pendant que des nuages tombent

          Des cimetières de pluie, de pattes et de pages femelles

          Dans un livre d’huîtres, d’ail et de rivières

     

    Tout ça pour faire semblant d’avoir

    Ecrit un poème risotto qui (peut-être) servira

    D’âme-son (et lumière) au prochain Téléappât 

     

  • PEDESTRIAN AT BEST and other songs / Courtney BARTNETT

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    "La côte d’amour pour l’Australienne Courtney Barnett n’a pas cessé de grimper vers de logiques sommets : la demoiselle est sans doute l’une des parolières et songwriter les plus drôles et les plus passionnantes à avoir surgi ces dernières années.
    Très nirvanesque, “Pedestrian At Best”, est sans doute la chanson plus musclée, la plus bruitiste d’un album excellent de bout en bout, de chanson en chanson, d’histoire en histoire." 

    Thomas Burgel (Les Inrocks)



    CourtneyB-2013.jpgCourtney Barnett, songwritrice de haut vol, par Christophe Conte 

    " (...) Musicalement, Courtney concède une admiration de principe pour les aînées Patti ou PJ, tout en évitant d’étalonner ses chansons sur les leurs, citant plutôt par protectionnisme les gloires locales que furent les Saints, Died Pretty et surtout The Go-Betweens, elle qui possède avec les derniers un goût des mélodies sucrées-acides (Don’t Apply Compression Gently) et économes en esbroufes inutiles.(...)  "

     

    Courtney Barnett, ballades rock d'une branleuse cool, par Stéphane Deschamps

    " (...) Courtney Barnett chante des ballades de branleuse et du rock’n’roll en tongs. On y entend l’influence du rock des sixties (les Kinks, le Velvet Underground, Neil Young), du proto-punk hippie des Modern Lovers (première période), et d’une multitude de groupes indés américains des années 90.

    Rien de nouveau, mais de la fraîcheur, de l’énergie solaire, des loopings mélodiques et une voix addictive de chipie laconique, qui évoque la fille cachée de Jonathan Richman et Chan Marshall, la fille qui habite en face, de l’autre côté de la rue, dans une petite ville près de la mer, où il ne pleut jamais. Dans le livret de son album, la facétieuse Courtney Barnett a dessiné et nommé neuf types de chaises. En oubliant les deux qui vont bien avec l’amour qu’on lui porte : la chaise haute et la chaise longue. "

    Le site de Courtney

     

  • TU ES RICHE DE TOUTES LES GOUTTES DE PLUIE de GÉRALDINE ANDRÉE

    3401.jpgÀ la claire fontaine des mots

    Géraldine Andrée met en relation l’eau et l’air à l’aide des fleurs et des feuilles, ces emblèmes du végétal pour, au gré de ses poèmes, tisser entre les éléments de précieuses correspondances. La goutte, par exemple, est aussi bien d’eau, de son, de temps ou de lumière…  En sachant que, chez elle, air et eau sont les vecteurs de la lumière, cette forme de feu.

    Et le sang est dans le temps comme le temps nous traverse.

    Ce n’est pas Moi qui traverse le Temps (…), non, c’est le Temps qui me traverse et vieillit / Et moi je reste à jamais intacte, / vivante.

    Elle appréhende les éléments par ce qui les met en mouvement, ce qui révèle leur existence.

    Mobiliser l’un des acteurs du système vivant, c’est mettre en branle une mécanique qui va toucher l’âme, remuer les sentiments, la sensation créant l’affect, ranimant le dur désir de durer cher à Eluard. 

    On a l’impression que ces deux vers qui démarrent le Green de Verlaine, elle aurait pu les faire siens :

    Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches
    Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.

          Même si, par une sorte de pudeur ou souci de ne pas faire usage d'un mot trop        commun, elle n’emploie guère le mot cœur.

    Géraldine pratique une poésie légère et grave à la fois. Dans le sens où elle atteint à une forme de gravité à force de légèreté (im)matérielle. Elle travaille l’à peine né / de la Pensée, le soupir comme le murmure, ce qui attente au silence, comme l’eau [qui] coule / dans la théière ou la cuillère [qui] tinte /  contre la tasse.

    On devine un passé toujours présent, pesant mais près de s’effacer devant chaque instant nouveau car porteur d’avenir, d’une félicité qui laissera des traces si elle est saisie pleinement (dans un moment d’éveil), dans toutes ses composantes…
    Le bonheur est un tout mais qui peut tenir dans des riens de l’existence, ainsi que ces brins de thym bleu [qui] étoilent l’eau du bouillon ou l’odeur des haricots  qui cuisent doucement dans l’eau, qu’elle collecte comme autant de trésors.

    C’est une poésie zen, au sens fort du terme, qui n’attend rien de l’instant et qui pour cela est pure surprise. Jusque dans les chutes de ses poèmes, qui même si elles viennent dans une infinie douceur, font en nous vibrer une corde au diapason de la grâce.

    Ces textes qui, jusque dans leur graphisme, tombent à la vitesse de l’attraction poétique opèrent une action de simultanéité entre l’écrivaine et son lecteur, de l’ordre du partage, de la communion… Comme si on lisait, comme si on percevait, ce qu’a éprouvé Géraldine au moment où elle l’a écrit. C’est une poésie sans intermédiaire, qu’on boit à la fontaine de l’écrit comme une eau bienfaitrice, identique et différente la fois, à laquelle on sait qu’on pourra toujours venir se ressourcer.   

    Un premier recueil aussi parfait que possible jusque dans  la conception de couverture et le choix de son titre. 

    Éric Allard 

    Le livre sur le site des éditions Almathée

  • CRASH / Régis JAUFFRET

      9782070355686FS.gif  Les avions de ligne ne tombent pas souvent. On pourrait piloter pendant dix siècles sans connaître de problème majeur. Mais, comme le deuxième moteur vient de prendre feu, je me dis que je vais finir ma carrière dans les eaux tièdes du Pacifique. Je tiens mollement le manche à balai, la moindre crispation risquerait de provoquer chez moi une crise d’angoisse ou de tétanie. Mon cerveau n’a jamais été si solide, je suis insomniaque depuis l’âge de sept ans, et je collectionne les dépressions nerveuses comme d’autres les voitures anciennes, ou les boîtes de Vache qui rit. La compagnie n’en a jamais su, elle ignore aussi que j’ai souvent envie de grimper tout en haut du ciel jusqu’à l’implosion dans la stratosphère, tant je rêve de quitter définitivement la Terre pour aller me saouler la gueule avec les anges. Mais avant le décollage j’ai pris des neuroleptiques, ce genre de fantasme ne me traverse pas l’esprit.

       De toute façon, l’avion perd de l’altitude. D’une voix rendue désinvolte, presque gaie, par mon accent chantant qui sent la garrigue, j’avertis les passager que la compagnie indemnisera leurs familles. Le copilote est pâle, le jeune navigateur pleure dans ses mains en coquille. La porte du cockpit est verrouillée, mais je vois sur l’écran de contrôle que de l’autre côté stewards et hôtesses se débattent avec les passagers en proie  la panique. Ils les supplient d’ouvrir les portes avant le crash, afin de tenter leur chance en se jetant dans le vide dès que l’appareil fera du rase-mottes au-dessus de l’océan. Pour partir la conscience tranquille, je m’emploie à les rassurer de mon mieux.

    -         Le personnel demeure à votre disposition.

    -         Une collation va vous être servie.

       Mais personne ne m’écoute. Tout le monde est compressé autour des hublots, et hurle en regardant la mer dont on distingue avec netteté l’écume des vagues.  J’abandonne les commandes, je m’empare de la bouteille de gin que j’ai achetée au free-shop, et je la vide précipitamment en éclaboussant les instruments de bord. A la réflexion, j’aurais volontiers vécu cinquante ans de plus, mais mourir tout de suite a quelque chose d’apaisant, un peu comme préférer au dernier moment se coucher tôt un 31 décembre, au lieu d’aller réveillonner avec des amis décidés à s’amuser coûte que coûte, âprement, jusqu’au matin.

     

    in Microfictions, Régis Jauffret (Gallimard, 2007), disponible en Folio (1040 pages): 

    AVT_Regis-Jauffret_130.jpegLivre monstre, Microfictions rassemble cinq cents histoires tragi-comiques comme autant de fragments de vie compilés. 

    "Sans parler de «nouveau roman» ou de «nouveau nouveau roman», je pense que la littérature ne doit pas avoir peur de faire évoluer les genres. Je pense aussi que chaque histoire prise individuellement n’est pas un cinq centième du livre, de même qu’une foule est plus que la totalité des individus qui la composent. C’est pour moi la définition du roman : à la base, la fiction, elle-même faite de personnages, dont l’ensemble forme une foule. Alors disons que Microfictions c’est une foule en particulier, qu’on aurait rencontrée un jour, par hasard, vers cinq heures du soir." Régis Jauffret

    Régis Jauffret: "La méchanceté, c'est la santé" (son entretien avec Jérôme Garcin à l'occasion de la sortie de son nouveau livre, Bravo, chez Gallimard) sur le site du Nouvel Obs 

    Pierre ARDITI lit Un vulgaire cancer d'ouvrier, extrait des Microfictions.

  • Quelques MOMENTS MUSICAUX...

    Un MOMENT MUSICAL est une pièce de musique généralement courte, pour un seul instrument (WIKIPEDIA) 

    Franz SCHUBERT (1797-1828) a composé 6 Moments musicaux entre 1823 et 1826

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    Le moment musical n°3 (Air Russe), allegro moderato, en fa mineur, interprété par David Fray

    Le moment musical n°3, Andantino, en la bémol majeur par David Fray

     

     

     Serge Rachmaninov (1873-1943) a composé 6 moments musicaux en 1896

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    Le moment musical n°4, presto, en mi mineur par Nikolai Lugansky

     

    Le moment musical N°2, allegretto, en mi bémol mineur, par Nikolai Lugansky

     

    Moritz Moszkowski (Breslau, 1854- Paris, 1925) a écrit 4 moments musicaux 

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    Le moment musical n°2 en fa majeur par Christopher Langdown

     

    D'autres compositeurs ont composé des moments musicaux, comme Jacques Castérède (né en 1925) - 3 moments musicaux d'après Corot -, Krystyna Moszumanska-Nazar (née en 1922 en Pologne) - un moment musical pour violoncelle seul -, Avner Dorman (né en 1975 à Tel Aviv)... 

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    Les mains de Serge Rachmaninov

  • LE SOURIRE et autres MOMENTS d'AMOUR

    Le sourire

     

    Tes lèvres s’étirent

    On dirait que c’est sans fin

    Aux commissures

    Je lis comme des rides

     

    Et tu continues de parler

    Comme si de rien n’était

    Comme si l’accident de regard

    N’avait fait aucune victime

     

    Dans cette blessure

    Qui découpe le visage

    Et lui fait verser

    Le sang d’un sourire

     

    Je veux déposer

    L’offrande d’un baume

    L’arrêter, quel affront !

    Mais la plaie est trop vive.

     

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    Le goût et la vue

     

    Tes yeux ne sont qu’yeux

    Tes lèvres ne sont que lèvres

    Dans cet entre-deux troublant

    Fait d’air et de givre

     

    Par-ci par-là un nez une frange

    Un front volontaire

    Où va la main le bras le corps

    Et la déroute de mes pensées ?

     

    Tes yeux sont des lèvres

    Tes lèvres sont des yeux

    À les observer

    Je me perds et désespère

     

    D’unir la bouche et le regard

    Les dents des images

    Avec la vue de ta langue, 

    D’écrire un poème à la hauteur

     

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    Tes seins

     

    Tes seins sont graves

    Ils me pèsent

    De les soulever

    Jusqu’à mes lèvres

     

    Je plaisante

    Ils sont si bien élevés

    Que dans mes mains

    Ils volent à mes baisers

     

    Et parfois s’envolent

    Ces lourds oiseaux zélés

    Sans que je puisse les garder

    À portée de mes jeux

     

    Je peine à les retrouver

    Où nichent-ils donc alors ?

    Dans la ramure d’un malandrin

    Dans la feuillée d’une bonne fée

     

    Dans le ciel des amours échappées

    Dan le jardin de ses prétendants ombreux

    Ou bien tout simplement 

    Dans la cage dorée de mon coeur épris ?

     

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    Dans l’air

     

    Je t’écris ce poème dans l’air

    Du temps

    Qui s’espace

    À mesure des heures

     

    Tu le déposes un instant

    Sur ton épaule

    Où il prend

    La bonne odeur de ta peau

     

    Puis l’horizon se fane...

    D’un juste pétale

    Je clos ta bouche

    Ouverte sur ma nuit

     

    Avant que tu ne répondes

    À ce que dit l’ombre

    À la forme parfaite

    Qui dans la lumière tombe

     

    Sans casser

    Ta beauté

    Dans la blancheur

    D’une âme

     

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    MOMENT D'AMOUR (essai de définition d’après le moment d’une force) : Le moment d’(un) amour par rapport à un instant donné est une grandeur sentimentale traduisant l’aptitude d’une sensation à faire tourner, (re)démarrer un système amoureux à partir de ce point, appelé pivot.