• IBÈRES D'ANTAN

    88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    J’ai eu l’occasion de lire ces deux textes et j’ai eu l’idée de les rapprocher même s’ils sont très, très, différents, non pas pour faire un quelconque parallèle sur le plan littéraire mais seulement pour vous inviter à partager mon intérêt pour la littérature espagnole préfranquiste. Après la mort du Caudillo, une jeune littérature espagnole produite par toute une génération de jeunes écrivains tous plus talentueux les uns que les autres nous a un peu fait oublier qu’avant que la chape de plomb écrasant les lettres ibériques, il existait une très belle littérature espagnole que nous avons presque tous oubliée. C’est pour lui rendre hommage et pour rappeler son lustre que je publie aujourd’hui ces deux textes de deux très grands auteurs.

     

    dona_perfecta__roman_-9783746660165_xxl.jpgDONA PERFECTA

    BENITO PEREZ GALDOS (1843 – 1920)

    Encore un texte qui aurait pu servir de livret à un opéra dont Don José (eh oui) pourrait être le ténor qui aime la soprane, Rosarito, et qui essaie de l’enlever malgré tous les efforts déployés par le baryton, pour une fois en jupon, la mère de la belle, Dona Perfecta.

    Au XIX° siècle, Don José Rey, jeune ingénieur, se rend chez sa tante Dona Perfecta, dans une bourgade imaginaire perdue au fond de la Castille, pour faire la connaissance de sa belle cousine Rosarito avec laquelle son père et sa tante voudraient le marier. Mais bien vite, sous la pression du chanoine confesseur de la tante, le jeune ingénieur dévoile ses idées modernes et commet des maladresses dans les lieux de culte. La tante, très religieuse, va alors manigancer toutes les combines possibles pour écarter sa fille du jeune diplômé trop peu respectueux de la religion et des coutumes locales, à la grande joie du chanoine qui voit ainsi se libérer la voie d’un mariage entre la riche héritière et son propre neveu. « Il finit par se sentir si étranger, pour ainsi dire, dans cette ténébreuse cité de chicane, d’antiquailles, de jalousies et de médisance, … »

    Toutefois, le jeune homme ne désarme pas et mijote un plan machiavélique pour arriver à ses fins et enlever la belle qui est toute aussi amoureuse que lui. Mais ce plan déclenche des réactions en série qui provoquent la tragédie que tous les lecteurs attendent depuis le début. « Les gens ont ici les idées les plus arriérées sur la société, la religion, l’Etat, la propriété. »

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    Une histoire linéaire, simple comme une tragédie grecque, écrite dans une langue claire et précise avec un style très classique qui rend la lecture très aisée. Une histoire au romantisme un peu dégoulinant. Une histoire qui met en évidence l’obscurantisme religieux qui régnait à l’époque en Espagne, sous la double domination de relents de l’Inquisition (« Nous lui arracherons sa passion ou plutôt, son caprice, comme on arrache une jeune herbe qui n’a pas encore eu le temps de prendre racine… ») et de la persistance de certains us et coutumes hérités de l’étiquette imposée par les Bourbon. L’auteur a aussi voulu mettre en évidence le manque d’ouverture de la classe dirigeante espagnole qui n’a rien fait pour qu’il soit le titulaire du premier Prix Nobel de littérature, décerné en 1901, qui lui était apparemment destiné, et la collusion entre une administration partisane accrochée aux privilèges ancestraux et l’Eglise catholique attachée à l’image que la célèbre Isabelle lui avait fabriquée. Sans omettre la faiblesse humaine capable des pires manigances pour satisfaire ses ambitions et envies de pouvoir.

    Ce roman est également un avertissement sur la manipulation des foules qu’il est facile de mettre en émoi pour atteindre des objectifs personnels mais qu’il est ensuite moins aisé de maîtriser. Un avertissement prémonitoire, le livre a été écrit en 1876, que les Espagnoles ne semblent pas avoir entendu : « … l’Espagne, n’en doutez pas, va connaître des scènes pareilles à celles de la Révolution française, où des milliers de prêtres d’une grande piété ont péri en un seul jour… »

     

    Gomez-De-La-Serna-Ramon-Gustave-L-incongru-Livre-586722522_ML.jpgGUSTAVE L'INCONGRU

    RAMON GOMEZ DE LA SERNA (1888 – 1963)

    Pour présenter les quarante-trois brèves aventures cocasses, bizarres, absurdes qui constituent la vie de Gustave, Roger Lewinter, dans la quatrième de couverture, parle de roman cubique … où interviendrait la quatrième dimension, je lui fais totalement confiance car j’ignore complètement ce que peut-être un roman cubique. Je peux seulement confirmer que les bizarreries et autres absurdités et incongruités ne manquent dans ces brefs récits bien plus drôles que tragiques.

    Gustave est né prématurément dans une loge de l’opéra, premier signe d’une enfance et d’une jeunesse atypiques, carrément incongrues. Gamin précoce et débrouillard il est déjà le héros de mille situations cocasses et bizarres. Devenu adulte, il est très courtisé par les jolies femmes qui peuplent tous les récits et possède pour principal talent celui de se défiler devant des mariages ou alliances qu’ils ne jugent pas forcément bienvenus ou du moins trop précoces.

    Pour ce jeune rentier coureur de jupons qu’on dirait échappé de l’œuvre de Proust, la vie est beaucoup plus aisée que celle des héros proustiens, il se rapprocherait plutôt d’un autre optimiste béat qui se sort de toutes les situations scabreuses avec lesquelles il se retrouve aux prises ; il évoque sans conteste, Saïd Abou Nahs, l’optimiste d’Emile Habibi dans « Les circonstances étranges de la disparition de Saïd Habou Nahs, l’Optimiste ». Avec la différence toutefois que le personnage d’Habibi est plus pathétique, plus à prendre au second degré pour pénétrer les malheurs des musulmans chassés d’Israël. Gustave, lui, est un optimiste heureux et fort aisé de toutes les aventures incongrues qui lui arrivent. Il pensait : « Tout est ici bas aussi incongru que ma propre existence, mais les autres ne veulent point s’en persuader ni permettre qu’il en soit ainsi. Et pourtant y a-t-il rien de plus léger que l’incongruité, rien qui repousse davantage cette idée de responsabilité qu’ils se sont inventée ? »

    L’incongruité est la manifestation de son destin qui l’entraîne toujours dans des situations bien peu ordinaires qu’il subit toujours avec résignation, la vie n’est qu’incongruité, il ne lui arrive que des choses incongrues, bizarres, mais jamais dramatiques, que le hasard lui distribue avec une grande générosité. La vie n’est guidée que par ce hasard facétieux qu’il faut accepter avec bonne humeur. « Il était le dissolvant de toutes les lois de la vie qui se brisaient, se brouillaient, s’isolaient et se dénouaient sitôt que Gustave s’interposait ».

    C’est Valéry Larbaud qui a introduit Gomez de la Serna en France, qui l’a dit, je lui laisse donc la responsabilité de cette affirmation que je cite à mon tour même si elle parait incongrue à certains : « Les trois plus grands écrivains de ce siècle sont Proust, Joyce et Ramon Gomez de la Serna ».

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  • CHANTEUSES d'aujourd'hui & de demain (4): NATALIE PRASS

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    NATALIE PRASS est née en 1986 en Virginie. Elle a sorti cette année son premier album, Natalie Prass, produit par Matthew E. White avec lequel elle avait formé un groupe quand elle était au lycée.   

     

    Née en Virginie il y a 28 ans, Natalie Prass vit à Nashville, mais les fastueuses orchestrations de son premier album ressuscitent et citent la soul de Memphis et du label Stax, avec ses cuivres grandioses et ses cordes capiteuses. Ecoutez donc la ballade exquisément mélodramatique, "My Baby Don't Understand Me", ou l'ombrageuse rengaine "Bird Of Prey".

    Le disque de Prass est produit par l'hirsute Matthew E. White dont l'album "Big Inner" aux couleurs  country-soul-gospel avait séduit les amateurs, en 2012, par l'élégance de ses arrangements. Ici, le producteur virtuose se passe même quelques fantaisies kitchs. Certaines évoquent la période orchestrale de Scott Walker ("Christy"). D'autres rappellent les sucreries de Phil Spector sur "Death of a Ladies' Man" de Leonard Cohen. 

    Fabrice PLISKIN (Nouvel Obs)

     

    Après avoir achevé sa croissance les pieds dans l’eau à Virginia Beach, la chanteuse s’est installée pour ses études à Nashville (Tennessee), se rêvant encore en Dionne Warwick plutôt qu’en chanteuse country. A l’écoute de son album, on se demande où elle était passée toutes ces années, quand nous devions revenir vers Dusty Springfield ou Harry Nilsson pour panser les ruptures. Natalie Prass les écoutait beaucoup elle aussi, mais elle était simplement au service des autres, notamment au clavier pour Jenny Lewis. Enfin, elle a pris sous le bras ses bluettes parfois cruelles pour les travailler avec son ami songwriter Matthew E. White dans son studio à Richmond, en Virginie. (…)

    Dans la belle tradition soul, la douceur de sa voix apaise des textes qui atteignent parfois des sommets de violence émotionnelle («Brise mes jambes car elles veulent marcher jusqu’à toi»). Elle ne flirte jamais avec le ridicule, même sur un thème aussi rabâché et essentiel que les amours contrariées. L’implorant Why Don’t You Believe in Me se refuse au second degré, on n’y retrouvera pas le brin de cynisme airbag fréquent dans les textes d’autres auteurs. Ce titre convoque aussi une rythmique reggae, si bien qu’on croirait entendre un nouveau hit de la Jamaïcaine Susan Cadogan. Pour son premier concert à Nashville, Natalie Prass avait même fait monter sur scène à ses côtés un ensemble reggae devant un poster d’Isaac Hayes.

    Charline LECARPENTIER (Libération)

     

    Puissant et délicat, composé de pop-songs pétulantes (Bird of Prey), de ballades soul pigeonnantes (My Baby Don’t Understand Me) et de mélodies aériennes que l’on jurerait taillées pour des comédies musicales (Christy ou It Is You, déjà repérée par la pub), ce premier album est un ravissement qui assume pleinement son anachronisme : « Je suis insensible aux hallucinations de la mode, j’ai toujours rêvé de faire une musique intemporelle, j’écris surtout des chansons que j’aimerais écouter. »

    Christophe CONTE (Les Inrocks)


     

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  • MÊME PAS PEUR #2 spécial CONSOMMATION

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    Avec les contributions de…

    Pour les dessins, collages, montages, photo-montages Thomas Burion, Bruno Carbonnelle, André Clette, Gérard Collard, Benjamin Dak, Philippe Decressac , Éric Dejaeger, John Ellyton, Marc Fernandez, Karim Guendouzi, Stéphane Janlier, Kanar, Raphaël Livingstone, Théo Poelaert , Samuel, « Samuel, Dulieu et Sana », Sondron , Stiki, Vince, Dominique Watrin, Yakana , Yannick Brie.

    Pour les textes Manuel Abramowicz, Éric Allard, Massimo Bortolini, André Clette, Denys-Louis Colaux, Alessandra d’Angelo , Claude Demelenne , Nathalie Dillen, Olivier Doiseau, Christian Duray , Georges Elliautou, John F. Ellyton, Gaëtan Faucer, Bernard Hennebert, Florian Houdart, Sylvie Kwaschin , Dr Lichic, Meursault, Michel Majoros Jean-Loup Nollomont, Luca Piddiu, Jean-Philippe Querton, Mickael Serré, Laurent d’Ursel, Étienne Vanden Dooren, Dominique Watrin.

    Pour s’abonner à MÊME PAS PEUR : 

    Pour la Belgique : verser 20 € (pour les 5 prochains numéros) sur le compte IBAN BE28
    0017 5410 1520 au nom de MÊME PAS PEUR en précisant en communication : Abonnement MPP à partir du numéro ... + votre adresse.
     

    Pour la France : envoyer un chèque de 25 € (pour les 5 prochains numéros) à l’ordre de Jean-Philippe Querton à Cactus Inébranlable, 38 rue des Croisons - 7750 Amougies (Mont de l'Enclus) - Belgique. En précisant l’adresse d’envoi du magazine et le numéro à partir duquel vous souhaitez être abonné.

    Pour les autres pays, contact via memepaspeur.lejournal@gmail.com

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    Le numéro 2 est disponible dès le 27 juin 2015 chez tous les bons libraires !

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  • ON EST ENCORE AUJOURD'HUI de VÉRONIQUE JANZYK

    onlit_31BIS_2D_1024x1024.png?v=1420893139Comme au cinéma

    Ce n’est pas un récit de vie, mais un récit de deuil que nous donne à lire Véronique Janzyk, une histoire d’amitié et de regard, donc une histoire de cinéma, qui se prolonge par-delà la mort d’un des protagonistes.

    À la suite d’une rencontre avec un homme anxieux, ex-alcoolique, psychologue versé dans les récits de vie, la narratrice organisatrice de la conférence où  l’homme va intervenir se lie d’amitié avec lui. Rien de sexuel entre eux car l’homme est marié depuis peu. L’un et l’autre ont besoin d’une présence pour mieux voir, partager ce qu’ils ont vu, approfondir leur connaissance du cinéma et d’eux-mêmes.

    « Cela nous plaît infiniment de voir nos vies prises en tenaille entre littérature et cinéma. »

    Ils installent leur dispositif qui consiste, au début, à se voir une fois en semaine pour voir un film puis en parler autour d’un verre. Cet homme fait bientôt partie du quotidien de la femme. Il est associé aux films, à l’histoire du cinéma, à la vie des personnages et des acteurs.

    L’homme meurt, devant la télé, en famille, à la moitié du récit qui nous est rendu. Et la narratrice doit se démerder avec cela : les funérailles, sa vie propre, avec sa fille, et les tuiles, comme ce vol qui les prive de tout le matériel électronique d’enregistrement. Mais aussi les rencontres éphémères du quotidien qui sont autant de signes, ou d’interrogations sur ce qu’elle a vécu avec lui.  

    Il s’agit pour la narratrice de garder davantage le lien avec l’homme qu’une trace – qui va aller en s’estompant - mais l'espoir de le revoir, tout en continuant à vivre, aller voir des films, et, on le devine, à écrire. 

    L’homme, parfois, quand il a bu seul, erre dans la ville, il marche, il parle en marchant, il « perd la notion du temps jusqu’à ce que le temps se rappelle à lui sous la forme d’une question : On est encore aujourd’hui ? »

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    Comme à l’accoutumée, Janzyk pratique l’écriture avec une rare retenue ; ce qui l’intéresse dans sa vie et celle des autres, ce n’est pas l’anecdotique, les faits marquants, les pourquoi, les comment, les déballages et les introspections tapageurs, c’est l’entre-deux, ce qui ne se dit pas, ce qui est à la source, ce qui pousse de l’avant et parfois freine, et qu’elle découvre au hasard d’une journée, à l’improviste, puis qu’elle tente d’exprimer avec une rare délicatesse.

    Ce sont les tropismes chers à Nathalie Sarraute, ces "mouvements indéfinissables aux limites de notre conscience et à l'origine de nos gestes, de nos paroles, de nos sentiments", la sous-conversation, ce qu’on ne dit pas et qu’on ne dira jamais, ce qui se tient en-deçà du verbal, qu’elle travaille, puis qu’elle rend avec componction.

    Et c’est touchant à force de justesse, comme un « bon film », une œuvre principalement faite d’images, forte et fragile à la fois, comme en dehors du temps mais à la pointe du réel.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Onlit-éditions

    Interview Livres & vous: Véronique Janzyk

  • HICHAM IMANE DÉMISSIONNE DE LA PRÉSIDENCE DE LA SAMBRIENNE pour se lancer dans l'art contemporain

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    Fort du choc provoqué par la tranchée de la honte auprès de ses amis politiques qui font mine de s’indigner d’une situation qu’ils ont laissé perdurer, Hicham Imane, qui projetait depuis longtemps de se lancer dans l’art contemporain, franchit le pas et saute dans l’inconnu, chaussé de ses seyantes bottes vertes qui seront désormais sa marque de reconnaissance dans le monde artistique, où le paraître importe autant que l’être.

    Oui, j’ai toujours pensé faire de l’art comme on fait son jardin, creuser mon trou dans le domaine.... Christo, Arne Quinze sont mes modèles... Des ouvriers, des conducteurs d'engin de chantier courageux m’ont suivi dans ma première réalisation qui a connu le succès que l’on sait. Et me suivront désormais, où que j’aille, quoi que je fasse... Ils ont aimé contribué à une œuvre qui a du sens, une résonance dans les médias. D’habitude ils creusent pour creuser, sans appétit, sans qu’on leur porte le moindre égard; ici, pour la première fois, on s’intéresse à ce qu'ils font, à ce qu'ils pensent... Mais la politique trop longtemps m’a retenu dans les allées du pouvoir, hors des sentiers battus... Le goût de venir en aide à autrui, de lever les barrières entre les communautés, d'abriter le sans-abri… Le burn-out me menaçait…

    Nous lui avons demandé quels étaient ses projets immédiats, quels lieux il comptait maintenant ceinturer de tranchées.  

    La Ville Basse de Charleroi, où prend forme le projet Rive Gauche, j’y ai pensé, mais cela risque d’être pléthorique. Puis c'est très difficile d'accéder au centre-ville... Alors je mènerai mes pelleteuses en dehors de Charleroi, jusqu'à l’étranger. On me demande partout. Grâce à moi, Charleroi est à nouveau connu dans le monde! D'abord, il y aura le champ de bataille de Waterloo, qui rappellera ainsi les lieux de la Bataille de l’Yser. Puis ce sera le Parlement européen, le Parthénon, des lieux symboliques... Rien ne m’arrêtera, pas même Éric Massin... C’est fort, je me sens porté par une force souterraine vers de hautes destinées... Je vais être sans cesse sur les routes, pour rallier les destinations de mes futures performances, je vais connaître la vie des Gens du Voyage et le son des guitares manouches...

    C’est un homme visiblement heureux de quitter une vie ainsi qu'une activité où il était pris en tenaille entre ses aspirations artistiques et les contraintes de la realpolitik que nous avons laissé. En espérant qu’il pourra prendre son envol, sans chuter dans un de ses travaux, ce qui serait dommage pour tous les fidèles qui le suivent et croient en lui. 

  • C'EST LOUCHE suivi de ROUSSE, par Denis BILLAMBOZ

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    C’est louche

      

    Elle louche

    De la bouche

    C’est louche

      

    Elle prend sa douche

    En babouche

    C’est louche

      

    Pas farouche

    Elle ouvre sa couche

    C’est louche

      

    Elle découche

    Avec un manouche

    C’est louche

     

    Figé comme souche

    Je ne la touche

    C’est louche

     

    Fine mouche

    Elle fait la fine bouche

    Attend la bonne touche

     

    Le gars pas louche

    Qu’elle mettra dans sa couche

    Pour le bouche-à-bouche

     

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    Rousse

     

    Elle était rousse

    Comme la brousse

    Que le soleil éclabousse

     

    Elle projetait le feu

    De ses cheveux

    Aux yeux de tous les gueux

     

    Elle allumait le regard

    Des pauvres gars

    Qu’elle laissait hagards

     

    Elle attisait les braises

    Cachées dans leurs braies

    Pour qu’ils la baisent

     

    Elle était incendie

    Elle était envie

    Elle était la vie

     

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  • AUTOUR DE TROIS LIVRES

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

    Rien de commun entre ces trois lectures. Un classique de la littérature américaine de 1960. Le dernier Prix Plisnier. Des nouvelles d’un auteur que je découvre. Trois manières d’entrer en lecture.

    **

    33090_1532990.jpegNE TIREZ PAS SUR L'OISEAU MOQUEUR d’Harper LEE (1926) , que le Livre de poche publie sous le n°30617 (un volume de 448p., 6,60€), que couronna en 1961 le fameux Prix Pulitzer, a tout du roman qu’il faut avoir lu, commenté et aimé. C’est, par ailleurs, quasi le seul livre d’un auteur à qui on réclama sans cesse de s’exprimer, ce qui la lassa. Le thème, pour un roman de fiction de 1960, est brûlant, alors que la question des droits civiques et de la condition de la communauté noire agite les débats. Un avocat blanc, Atticus Finch, est chargé de défendre en Albama un Noir, accusé d’avoir violé une Blanche. L’histoire est relatée par sa fille Scout, âgée de neuf ans. Elle a un frère Jem et nous sommes dans les années 30. L’enfant narrateur, au cœur de l’enfance, de ses découvertes, de ses relations, de ses mystères, voit tout, enregistre les réactions d’une communauté marquée au sceau de la suspicion, du racisme, des préjugés. C’est aussi l’occasion pour les deux frère et sœur d’entrer littéralement dans ce monde interdit de ce qui n’est plus le foyer familial : la rue, la propriété de Radley, bien étrange et attractive, les mauvaises langues, la cour de justice où les enfants assistent illégalement au procès de Tom Robinson.

    Les personnages de Calpurnia , la servante noire des Finch, d’Atticus, décidé une fois pour toutes à braver les interdits, à honorer son métier d’avocat envers et contre tous (entre autres la famille de la victime et surtout la figure d’un père, Bob Ewel), des enfants, dotés d’une maturité exceptionnelle, donnent à ce roman fraîcheur, vérité et prolongent longtemps les plaisirs d’une lecture qui prend par la main le lecteur, en lui indiquant sans doute la voie éthique à suivre, puisque le monde est injuste, et que, décidément, il faut changer les choses .

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    L’Alabama de l’époque ne sort, certes pas, grandi de la narration : les pressions, les intérêts, les mentalités ancrées dans un déni d’égalité des citoyens, marquent très fort le destin des personnages et éclairent le fatalisme d’alors. A quoi bon s’enquérir de justice, quand il est si facile de maintenir le cap, les habitudes, le confort de pensée ? C’est peut-être aussi l’une des leçons du livre : on est toujours le sectaire d’un autre, victime, fragile, et la prise de conscience doit être sans cesse agissante, à l’instar de ces réactions humaines d’enfants écoeurés par une non-application du droit.

    ***

    victor_normal.jpgLES PROFONDS CHEMINS de Françoise HOUDART (un quinzième roman chez Luce Wilquin, 2013 ; honoré du Prix Plisnier 2014 ; 304p., 22€) deviendra sans doute un classique de la littérature belge francophone. Autour de la peinture d’un artiste bien vite oublié, et pourtant au talent fort, original, peintre, graveur, Victor Regnart (1886-1964), né à Elouges (Borinage), Françoise Houdart a construit un beau roman de mémoire et de restitution. Pourquoi un artiste perd-il aussi vite la réputation, la notoriété, alors qu’il a fréquenté les meilleures Académies, partagé le quotidien d’autres grands artistes ? Là est toute la question, que le roman tente d’éclairer de multiples façons, pour un artiste aux multiples facettes. La narration, dès lors, est tissée de plusieurs voix, qui vont, chacune, donner de l’artiste élougeois une « vision », « une lecture » de son parcours. Car il y a eu parcours, et quel parcours ! Avec ses pairs Louis Buisseret et Anto Carte, Regnart a, dès le début du siècle, été une figure artistique honorée, puisqu’en 1907, il obtient le Deuxième Grand Prix de Rome de gravure. Il deviendra professeur à l’Académie des Beaux- Arts de Mons, et même son directeur, en fin de parcours.

    Il a voyagé, peint en Bretagne, fait le voyage de Paris avec un autre grand ami, Arsène Detry, qu’il croise parfois dans le train qui le conduit d’Elouges à Mons.

    Regnart n’a qu’un seul modèle, Marie, cousine germaine qu’il a épousée, et les deux forment un couple indéfectible de loyauté, de bonheur intime. En effet, Victor n’aime guère quitter sa femme, son chez soi, sa mère Célénie. Les gloires parisiennes ne le tentent guère même s’il en gardé une image de femme, croisée lors d’une soirée très (trop) mondaine du Montparnasse des années vingt, Kiki.

    Le monde « profond » des chemins balisés par la patience, son art, son intimité qu’il protège des autres, son atelier discret, son amour pour Marie, entraîne Victor sur la voie tout doucement lucide pour lui qui comprend tout d’un délaissement certain auprès du public, de la critique, de l’histoire de l’art. Il aura vécu à l’ombre, parce que l’ombre lui convenait beaucoup mieux que la pleine lumière des reconnaissances, et ce, en dépit d’un grand talent de peintre, de graveur. Ses portraits, ses nus, ses paysages, sa lumière n’avaient sans doute rien à voir avec les bousculements de l’histoire de l’art pictural des années vingt. Le classicisme aussi avait davantage convaincu Regnart.

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    Si le roman est si sensible à nous lecteur, c’est sans doute parce que l’on sent très proche cette belle figure d’artiste honnête, soucieux de son art et de ne pas y déroger, quel que soit le motif. Les descriptions très naturalistes d’une époque (entre 1907 et 1932, début des grandes grèves minières), des courettes, si souvent peintes par Regnart, les voix et témoignages qui donnent de l’artiste un bel éclairage, font que ce roman échappe à toutes les ficelles narratives habituelles pour donner du personnage central une vision humaine, chaude, poétique d’un art si difficile. Un roman de mémoire restituée avec brio et vérité.

    ***

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    Les six nouvelles de François HARRAY, PETITES CRISPATIONS JUVÉNILES (Editions Traverse, 104p., 10€), frappent par leur caractère culotté sur des thèmes tels que le sexe, l’amour homosexuel, les initiations amoureuses. Ce nouvel auteur, par ailleurs versé en histoire de l’art et photographie, relate des chroniques sulfureuses et chaudes, ici ou ailleurs, dans un Maroc de « palmiers dansants » (c’est le titre de la dernière nouvelle). Sans fausse pudeur, ces nouvelles assez guibertiennes (« La mort propagande »), racontent par le menu les rencontres de Gabriel, ses ébats avec ses amants, ses déconfitures, sa soif de vivre et de brûler la vie à cent à l’heure. L’humour noir n’est pas absent, et l’un des récits, « Petite chronique d’un jeune tueur », entre littéralement dans la conscience ou l’absence de conscience d’un jeune homme délirant, qui a brisé tous les tabous. Un livre coquin, déjanté, bien écrit, à ne pas mettre entre toutes les mains, et s’il peut choquer, il a pour lui d’assumer par toute une série d’aspects une ethnographie de la vie amoureuse.

    Le site de François Harray

  • CHRISTIAN CLAVIER REFUSE DE FAIRE NAPOLEON à WATERLOO 2015 faute de place de parking pour sa Jaguar

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    Franck Samson, l'avocat français qui devait incarner Napoléon lors de la reconstitution grandeur nature de la célèbre bataille, jette l'éponge après un différend survenu hier avec un de ses généraux et la police belge. L'acteur Christian Clavier, qui tourne les Visiteurs 3, a été sollicité pour remplacer l'avocat au pied levé, fort du rôle de Napoléon qu'il incarna pour la télévision française il y a une dizaine d'années. Il a refusé en des termes peu flatteurs pour notre illustre contrée.

    J'en ai marre des terrils qui poussent un peu partout. Puis, quelle idée de planter un Lion au-dessus d'un d'eux. C'est môôôôccche! A Namur, j'ai craint à tout moment de voir surgir Le Gloupier et sa bande d'énergumènes. Je ne me déplaçais jamais sans mon parapluie, m'attendant à une pluie de tartes... Puis je n'aurai pas de place pour garer ma Jaguar XJ au pied de la butte. Et je ne tiens pas à marcher au milieu de tous ces  puants spectateurs avides de reconstitution historique, de costumes militaires d'époque et de bruits de canon... Pouaahhhhh!

    Par contre, on a appris que le comédien Pierre Richard, qui se trouvera dans la région pour faire déguster son vin, et qui ne se déplace qu'en bicyclette, a accepté bien volontiers d'incarner un des tombeurs de l'Empereur, le feld-maréchal von Blücher. 

     

  • Melchior Wathelet est l'auteur des divulgations des questionnaires d'examen

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    Dans la soirée, Melchior Wathelet s'est rendu au Parlement avec tous les questionnaires d'examen des épreuves certificatives externes. Il a confié aux journalistes avertis de sa venue, par une fuite, sans doute, qu'il s'ennuyait comme un humaniste mort à Xperthis, société active, comme on ne le sait pas, dans le domaine de l'informatique pour le secteur de la santé, où il est administrateur délégué depuis le 10 avril 2015.

    "Vous ne savez pas le bien que ça me fait de revoir le parlement et vos têtes de journalistes ébahis. Je me suis dit que c'était une façon de faire tomber Joëlle pour quelle me rejoigne à la direction de l'entreprise. Elle me manque, vous ne savez pas comment elle me manque... J'ai fait de la politique grâce à elle  et je veux qu'elle stoppe la politique grâce à moi."

    Un avion qui passait au-dessus de la rue de la Loi lui a tiré un large sourire. Maintenant qu'on l'a revu, avec sa barbe de trois jours et demi, on se rend compte combien il nous manque aussi, même si, il faut le reconnaître, on l'avait complètement oublié, Melchior Junior.

  • SCHOOL FICTIONS (IV)

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    Jours blancs... Des cours de sauvetage de l'Enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles seront organisés.

     

    L'examen de santé nerveuse de Joëlle Milquet ayant été divulgué, son parti a décidé de la supprimer.

     

     

    Une étude récente du Cécéf (Centre pour l'Egalité des Chances d'Evasion Fiscale) signale qu'une Ministre de l'Intérieur en charge des prisons qui devient Ministre de l'Education en charge des épreuves externes transporte immanquablement dans ses cartons le virus de la fuite.

     

     

    Dans cette école sponsorisée par Facebook, les élèves choisissent leurs questions par like. La réussite de l'étudiant à son examen se mesure au prorata des commentaires reçus. 

     

     

    A l'Ecole du Futur, il y a trente-trois salles consacrées aux nouvelles technologies mais pas une seule bibliothèque.

     

     

    Le robot-professeur peut-il accepter sur Facerobot ses élèves automates?

     

     

    La prof de langue m'écrit avec les lèvres.

     

     

    Au programme de musique populaire, le rockabilly sera obligatoire et non le punk au grand dam des quelques profs miraculeusement survivants du no future.  Les inspecteurs ne se sont pas encore prononcés sur le caractère nécessaire du mouvement hip hop hippie yé-yé.

     

     

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    Le professeur préféré

    Ce directeur accédait à toutes les demandes de son professeur préféré. Cependant, quand celui-ci décida de se faire héliporter sur le toit de l’établissement, le directeur tiqua. Quand il prépara un voyage de fin de cycle sur la lune, il lui tira la tête pendant une demi-heure. Quand il entreprit une excursion sur les lieux du Big Bang – qu’il avait identifiés précisément, à seulement dix-huit années lumières (une aubaine) du centre spatial scolaire  -, le directeur refusa catégoriquement. Alors, le professeur de sciences supranaturelles fit venir le délégué syndical en combinaison rouge fluo qui mit en avant le programme de cours en immersion dans les multivers de l’école concurrente et leur laboratoire en exploration de trous noirs: à moitié convaincu, le directeur accepta de mauvaise grâce.

     

     

     

    Ce professeur de retraitement des feuilles mortes d’examen réalise de délicates lampes de chevet qui servent à éclairer les étudiants de la deuxième session.  

     

     

     Tout désigné 

    Manque de pot, cet éminent professeur de physicomathbiochimianglaisnéerlatingrechinoiscreligionmoralecom-

    municationnelledelalittératurepsychologiqueetgestiondefichiersrelatifs-àlalégislationsocialesténographiqueetgalénique était tout désigné pour donner le futur cours de citoyenneté. Sauf qu’il n’avait pas la moindre notion de philosophie, confondait Nietszche avec une variété de chat sauvage acquise par le parc Pairi Daiza pour chasser les souris transgéniques, Hegel avec la dernière exoplanète transformée en neuroletptique spatial pour astronaute bipolaire et pensait que Sören Kierkegaard était le nouveau mannequin scandinave ayant enregistré Gigi l’amoroso en vieil anglais pour l’émission de téléréalité Les Enfoirés à Vérone.

     

     

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    À l’École du feu, les professeurs ont la flamme. Dans les autres écoles, ils ont la flemme.

     

     

    La prof de communication ne me dit plus rien.

     

     

    A l'Ecole de directeurs sportifs, le recteur est un ancien arbitre et son secrétariat, un groupe de go-go girls

     

     

     

    Les tapis de prière

    Cette école est encombrée de tapis de prière. Dans les classes, les couloirs, les salles de prof, au préau, au secrétariat et dans le bureau du directeur, on ne fait que prier…

    Les étudiants, pour que les professeurs donnent cours ; les enseignants pour que les apprenants reprennent goût à l’étude ; le secrétariat pour continuer à fonctionner, le directeur pour que jamais le P.O. socialiste n’apprenne la débauche religieuse dans laquelle est tombé son établissement.  

     

     

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    Cette prof d’histoire confond les dates de nos rendez-vous avec les batailles napoléoniennes, et je suis conduit à me présenter en bicorne au champ d’amour de nos luttes amoureuses.

     

     

     

    À l’Ecole de la grande vitesse, les savoirs filent dans tous les sens et les étudiants sont armés de filets à compétences électroniques qui retiennent (quand tout fonctionne bien) jusqu’à quinze pour cent des matières émises.

     

     

     

    A l’Ecole expérimentale, les professeurs sont à l’essai; les étudiants les testent.

     

     

     

    Dans ce temple silencieux du savoir, les professeurs se déplacent en chaussons.

     

     

     

    Fort étamé par des décennies d’enseignement, ce professeur fut désigné pour donner le cours de politesse.

     

     

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    A l’Ecole de l’apesanteur, les compétences astronautiques sont volages.

     

     

     

    Dans cette école, chaque enseignant possède son arbre à étudiants dont il prend grand soin de septembre à juin où a lieu la récolte pour qu'il puisse disposer durant les vacances d’un beau lot d’étudiants à croquer.

     

     

     

    Chaque année, le secrétariat affiche le nom du professeur le plus méritant, le plus proche de  la direction et, chaque année, sans surprise, c’est le délégué syndical qui a cet honneur. Ses collègues sont fiers d’avoir, à la majorité, choisi comme défenseur le meilleur enseignant du collège.

     

      

     

    A l’école de la prison, on apprend l’évasion. Dans la prison de l’école, on instruit l’enfermement.

     

     

    Cet enseignant, persuadé que ses étudiants savaient la matière qu’il devait enseigner, redoutait leurs questions à la façon d’un examen. Il traquait tant qu’à la moindre question tracassière il perdait tous ses moyens. Les jambes dans le coton, la face livide, les yeux révulsés, il fondait en larmes puis sortait en courant dans le couloir rejoindre le bureau de la directrice qui était par ailleurs sa mère.

     

     

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    Un enseignant qui passe son temps à patiner dans la cour a sa classe partie en vacances de neige.

     

      

    Dans l’Enseignement de Promotion Spatiale, les professeurs sont des ovnis.

     

     

     C de la phrase !

    La craie ne crisse que si on s’en sert.

    Le cri n’écrase que si on s’enterre.

    L’écrit ne crée que si on en tire un livre (et encore).

    La croix ne craque que si le bois est mort (et mal cloué, et Jésus lourd à porter).

    Les crocs canins ne craignent que les câlins crânes des chats crevés.

    Les cornes caprines ne font cocus que les boucs crochus.

    Le con de la couillonne ne crâne qu’au coin d’un cunnilingus à cran.

    L’écrou, lui, ne croît qu’autour du boulon qui visse et meurt (et ressuscite en microsillon qui crachote)… 

     

     

     

    Monsieur Le Directeur,

    Je comprends votre émoi après ce qui s’est passé. Et sachez combien notre honte est grande.

    Mais sachez aussi que je m’engage à payer tous les frais de blanchisserie des professeurs (non nommés) qui vous escortaient ce jour-là à la veille de votre émouvant discours de fin d’année dans votre beau complet lie-de-vin.

    Je ne sais pas quelle moustique a piqué Noël, d’habitude si courtois, si attentionné, si bon élève, surtout en cinéma d’auteur. C’est la faute à tous ces réseaux sociaux qui colportent de vilaines images et produisent un mauvais exemple sur notre jeunesse, nous qui avons lu tout BHL (et maintenant Michel Onfray).

    Je ne sais pas ce qui s’est passé dans la tête de cet enfant qui revoyait avec nous les anciens épisodes de Thierry La Fronde.  Pour sa peine, il lira chaque jour des vacances une page de BHL (et au moins un paragraphe d’Onfray et même une ligne rouge de Badiou) et il écrira dix mille fois au moins : Je n’entarterai plus mon directeur, ce grand homme de notre enseignement, le jour de la proclamation des prix, dans son beau costume lie-de-vin. 

    PS. Voudriez-vous bien nous faire parvenir par retour de courriel le texte du discours  que les circonstances nous ont empêché d'entendre. Il figurera en bonne place dans notre bibliothèque auprès des œuvres de BHL (et de Michel Onfray).

     

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    à suivre

  • FOLKEUSES/ROCKEUSES d'aujourd'hui et de demain (3): NADINE SHAH

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    Nadine SHAH est une chanteuse britannique de 26 ans qui a sorti 3 albums depuis 2012. Le dernier, sorti en avril 2015, s’intitule Fast Food.

     

     « Un chant vibrant digne de PJ Harvey, des incantations sorcières dans la veine de Patti Smith, un faux air de Frida Kahlo et des guitares vaudoues héritées de Nick Cave... Nadine Shah, 26 ans, évoque une pythie rock postmoderne. En 2013, cette songwriteuse virtuose dévoilait Love Your Dum And Mad, un premier album électrique, qui, comme son nom l'indique, traitait de la folie. Deux ans plus tard, elle distille sa poésie noire sur le voluptueux Fast Food « Des histoires d'amour Kleenex, instantanément gratifiantes, mais émotionnellement malsaines. » Ce disque ardent a vu le jour à Londres, à l'issue « d'une période d'écriture fiévreuse ». « Je me suis recluse dans ma chambre avec beaucoup de gin et ma guitare. » Ses grandes sources d'inspiration ? Scott Walker et Nina Simone, Emir Kusturica, Italo Calvino, Gustave Courbet et... Frida Kahlo (…) »

     Eleonore Colin (Télérama)

     

    A écouter ce rock à l’énergie brute et ce chant terriblement troublant, on pourrait croire Nadine Shah retranchée du monde, romantique perdue dans ses idées, confinée dans une médiathèque où Nick Cave côtoie PJ Harvey… Elle est tout le contraire : de Fool à Big Hands, de Nothing Else to Do à Stealing Cars, l’ensemble de ce Fast Food, dont la production de Ben Hillier (Depeche Mode, Blur) n’a rien de gras ou d’indigeste, touche au plus intime et prend possession de l’âme de l’auditeur.

    En dix compositions ambitieuses avec cordes et chœurs possédés, Nadine Shah exorcise en effet ses déboires sentimentaux et fait de ce deuxième album un carnet de souvenirs à la fois fragile et hautement séduisant, porté par une froideur de cathédrale et une mélodicité bien plus affirmée que sur le précédent Love Your Dum and Mad (2013).

    Maxime Delcourt (Les Inrocks)

     

     «  (…) A des fins pédagogiques, on stipulera que Nadine Shah est une musicienne et chanteuse basée à Londres, d’origines norvégienne (mère) et pakistanaise (père). Passées les manœuvres d’approche dans un club jazzy de la capitale britannique, elle marque ses premiers points en sortant deux EP qui lui valent divers avis laudatifs. Puis, sur les brisées d’iceux, ce Love Your Dum and Mad auquel on confesse une certaine addiction.

    Ménageant ses effets dans des tonalités sombres, l’objet exhale un lyrisme bridé, traversé par une douleur plus proche de la colère que du geignement, y compris lorsque la garde semble baissée (le vibrant Dreary Town). Parfois majestueuse (les cinq minutes imparables de Runaway), mais aussi bouleversante, l’affaire, produite par Ben Hillier (Depeche Mode, Blur), privilégie le piano et la guitare, que surmonte une voix grave s’imposant d’emblée comme un élément dramaturgique essentiel dans le dispositif. Et pour qui réclamerait des repères généalogiques, on glissera le nom des caryatides Marianne Faithfull et Patti Smith, plus celui assez évident de PJ Harvey («découverte a posteriori», jure l’infante, qui ne s’en déclare pas moins «fan absolue»). Conjugué au présent, son port noble la rapprocherait - au moins dans l’esprit - des Sophie Hunger, Sharon Van Etten ou Anna Calvi.

    Avant d’être attirée, adolescente, par les lumières de la ville, Nadine Shah a grandi dans une maison au bord de la mer «où il faisait bon jouer sur la plage». Mais à écouter aujourd’hui chanter celle qui dit chérir Scott Walker, Nina Simone, Frida Kahlo et Dostoïevski, on pressent que son regard était déjà plus fasciné par les rouleaux que par l’étale. (…) »

    Gilles Renault (Libération)

     

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    Fast Food

  • LUMIÈRE NOMADE de Philippe LEUCKX doublement primé.

    5f6034c6-e0fc-11e3-9861-5a72a6fd8fe4_web_scale_0.154321_0.154321__.jpg.h380.jpgLe Prix de Littérature Gauchez-Philippot est organisé par le Secteur Littérature de la Province de Hainaut et est décerné par la Ville de Chimay.
    Dimanche 14 juin, après la  traditionnelle dépose de fleurs au pied de la plaque commémorative de Maurice Gauchez, la Roulotte théâtrale proposera, en la salle des mariages de l'Hôtel de Ville de Chimay, un spectacle intitulé: "Maurice Gauchez, un poète dans les tranchées". La cérémonie officielle de remise du Prix sera suivie du verre de l'Amitié.

    Philippe Leuckx  est un écrivain et critique belge né à Havay (Hainaut), le 22 décembre 1955. Après des études de lettres et de philosophie, il a consacré son mémoire de licence à Marcel Proust avant d'enseigner au Collège Saint-Vincent à Soignies.

    Poète, critique, il collabore à de nombreuses revues littéraires francophones (Belgique, France, Suisse, Luxembourg) et italiennes. Il a publié aux Dossiers L sept monographies consacrées à sept poètes belges. Il tient des rubriques habituelles dans plusieurs revues (Poésie Panorama du Journal des poètes; Bleu d'encre; Francophonie Vivante; Diptyque; revues électroniques Sources et Encyclopédie de la Francophonie), et a préfacé des plaquettes aux éditions Clapàs (ouvrages de Kiesel, Counard, Roland), aux Editions Le Coudrier (Anne Bonhomme, Claude Donnay), M.E.O.(Arnaud Delcorte). Il a participé à diverses anthologies : Jeunes poètes francophones de Belgique, Mille poètes, mille poèmes brefs, Le Carnet et les Instants n°100, L'Arbre à paroles n°100, Le Non- Dit n°80, Piqués des vers, Espace Nord, La poésie française de Belgique/ Une lecture parmi d'autre, Recours au poème. Il commente la littérature et le cinéma sur des sites et blogues ( recours au poème, texture, pres loin, poezibao, la république des livres, clopineries,rien ne te soit inconnu, Les Belles Phrases...). En outre, on peut lire ses poèmes dans de nombreuses revues papier et sur différents blogues (lese-art reMue, etatscivils...).

    Lumière nomade (Poésie, 2014) est un recueil de 56 pages, préfacé par Monique Thomassettie. On y trouve la lumière, l’ailleurs, des impressions, des images de voyage avec Rome comme fil conducteur.  L’écrivain a déjà publié une vingtaine de recueils même s’il a débuté sur le tard. "J’écris des textes depuis l’âge de 8-9 ans. Mais j’ai été longtemps insatisfait de ce que j’écrivais. Ce n’est donc qu’à 38 ans que j’ai envoyé mon premier poème et naturellement j’en ai envoyé d’autres ensuite. Car je voulais que mes textes aillent plus loin que dans mes tiroirs."

    Françoise Delmez du Servive Littérature de  Dialogue@Hainaut

    Le même recueil avait déjà reçu l'an passé le Prix Robert GOFFIN.

    lumiere-nomade-1c.jpgQUELQUES LIENS

    Lumière nomade (+ Ce qu'ils en ont dit) sur le site des éditions M.E.O.

    La lecture de Joseph Bodson sur le site de l'AREAW

    La lecture de Lucien Noullez sur Recours au poème

    Ma lecture sur Les Belles Phrases

     

     

  • GRANDE MAISON

    88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Une grande maison, c’est l’immeuble où Alaa El Aswany rassemble les différentes composantes de la société locale pour expliquer comment l’Egypte est en train de se transformer en un pays de plus en plus radical où la liberté n’est plus qu’un vieux souvenir empreint de nostalgie. C’est aussi une grande propriété sur les hauteurs de Beyrouth où Charif Majdalani installe une famille de riches propriétaires qui connait le déclin au cœur des événements politico-religieux qui bouleversent le Moyen-Orient depuis des décennies. C’est dans les deux cas, une façon de raconter, à travers les heurs et malheurs d’une micro société, une tranche de l’histoire de tout un peuple et d'un pays en pleine ébullition.

     

    CVT_LImmeuble-Yacoubian_7523.jpegL'IMMEUBLE YACOUBIAN

    Alaa  EL ASWANY (1957 - ….)

    Sur la terrasse de ce vieil immeuble qui symbolise l’Egypte des temps heureux, avant la révolution des militaires, quand «l’Egypte ressemblait à l’Europe. (qu’) il y avait de la propreté, de l’élégance. (Que) les gens étaient polis, respectueux, (que) personne ne dépassait jamais les limites », El Aswany installe un échantillon de la population de l’Egypte actuelle pour dresser un tableau de ce pays en pleine dérive. Il y a là le vieux dandy, tout droit échappé d’un roman d’Albert Cossery, coureur de jupons, icône du quartier, qui représente l’Egypte d’avant la révolution, l’Egypte européanisée, carrefour des cultures et religions méditerranéennes ; des affairistes louches, trafiquants véreux, issus de l’environnement du pouvoir, prêts à tout vendre y compris leur âme et leur femme ; un jeune frustré, brillant mais rejeté parce qu’il n’est que le fils du concierge, qui incarne la radicalisation de la partie la plus pauvre de la population qui se réfugie dans un islam rigoriste et conquérant et quelques femmes aussi maltraitées que l’écrit Nawal El Sadawi, l’écrivaine féministe égyptienne, notamment dans « Ferdaous, une voix en enfer ».

    Ainsi à travers de courtes histoires qui font intervenir alternativement les différents protagonistes de ce roman, l’auteur nous montre comment fonctionne la société égyptienne avec toutes les corruptions possibles, les trafics d’influence, le népotisme, et toutes les combines imaginables sous l’œil intéressé du pouvoir central qui prend sa part au passage et garantit le sort de tous les affairistes véreux qui jouent honnêtement le jeu en versant une partie de leurs revenus douteux aux dirigeants corrompus.

    «Bien sûr, il y a des peuples qui se révoltent mais, de tout temps, l’Egyptien a baissé la tête pour manger son morceau de pain… Le peuple égyptien est le plus facile à gouverner de tous les peuples de la terre. Dès que tu prends le pouvoir, ils se soumettent à toi ». Mais une certaine partie de la population, celle qui se sent la plus humiliée, se réfugie dans les rangs des religieux dont le discours et les actes deviennent de plus en plus violents pour séduire cette jeunesse sans espoir qui ne rêve que d’abattre le pouvoir en place.

    Et, dans cette société tiraillée entre un pouvoir totalitaire acoquiné avec les mafieux et des religieux fanatisés, manipulés par des émirs aux ambitions illimitées, les femmes essaient de survivre en supportant le harcèlement sexuel au quotidien, les violences conjugales, les mariages de convenance et la répudiation à la première occasion. « On épouse une femme pour sa beauté, pour sa fortune et pour sa religion. Mais c’est la religion qui l’emporte », jamais par amour.

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    Le tableau peint par El Aswany est bien pessimiste et on comprend aisément qu’il a dû subir quelques pressions après la publication de ce roman. L’Egypte qu’il nous présente, à la croisée entre les reliques dépravées d’une Egypte au passé fastueux et l’Egypte violente et obscurantiste des combattants de l’islam, ne laisse que peu d’espoir à la jeunesse et confine ceux qui n’ont pas droit au gâteau de la corruption dans une vaine nostalgie d’un temps où le pouvoir n’appartenait pas à l’armée et où il n’était pas compromis avec les trafiquants et les affairistes douteux. « Abdel Nasser a enseigné aux Egyptiens la lâcheté, l’opportunisme, l’hypocrisie… » On sent bien que l’auteur a lui aussi la nostalgie de cette Egypte moins corrompue, plus libérale, plus tolérante où cohabitaient les religions et les nationalités, où l’amour, même homosexuel, était encore possible. Une société qui n’était pas fondée sur l’exclusion et la ségrégation : le pouvoir rejetant ceux qui ne sont pas de sa caste, la religion combattant ceux qui ne croient pas ou croient autrement, la population qui marginalise ceux qui sont différents et les habitants de la terrasse qui veulent protéger leur petit territoire sans réelles raisons, seulement parce qu’il faut bien avoir un pouvoir envers les autres.

     

    9782757800775.jpgHISTOIRE DE LA GRANDE MAISON

    Charif MAJDALANI (1960 - ….)

    L’histoire de Wakim, « intermédiaire », affairiste, de religion chrétienne orthodoxe, commence à la fin du XIX° siècle quand il fuit avec son frère Selim dans le Mont-Liban, ils quittent Marsad où ils ne sont plus en sécurité, les musulmans refusent de transiger à l’amiable et veulent en découdre avec le clan Nassar. L’origine du différent n’est pas très clair, Wakim traite de nombreuses affaires, la religion peut s’en mêler, à Beyrouth les conflits intercommunautaires ne sont pas rares. Il se réfugie, au milieu des fermiers maronites, dans la campagne proche, à Ayn Chir, où il va rapidement constituer une jolie fortune en introduisant la culture des orangers, et inventer, selon le narrateur, celle des clémentines, deux productions agricoles qui n’étaient pas encore pratiquées, à cette époque, dans cette partie du Liban. Après avoir connu une période particulièrement faste au début du XX° siècle, le clan Nassar connait des temps difficiles quand, en 1916, les Ottomans décident de bannir la famille de Wakin, pour sympathie avec l’ennemi, en expédiant Wakim avec son épouse et ses plus jeunes enfants en Anatolie où il vivra deux années très pénibles dans un milieu particulièrement hostile. Revenu à Ayn Chir en 1918, le clan reconstruira sa splendeur mais déclinera rapidement plus en raison de querelles intestines que de difficultés liées au contexte général.

    A partir de bouts de confidences, parfois arrachées aux membres de sa famille, de témoignages fragmentaires et aléatoires, de quelques documents, le narrateur tente de reconstituer son lignage en imaginant les zones restant incertaines, « rien ne dit que les choses ne se sont pas véritablement passées comme ça ». Cette saga familiale est en fait un condensé de l’histoire du Liban de la moitié du XIX° siècle à l’aube de la deuxième guerre mondiale, une façon de montrer comment un peuple pluriel composé de musulmans sunnites et chiites, de bédouins nomades, de chrétiens maronites ou orthodoxes de rite grec ou syriaque et de quelques autres peuplades comme les Juifs et les Européens, vivant côte à côte, dans un calme relatif, en échangeant de temps à autres quelques horions et mêmes quelques décharges de leurs vieilles pétoires, a pu prospérer sans difficultés majeures mais en laissant cependant apparaître les fractures qui allaient devenir des fossés entre ces diverses communautés. Une façon aussi de montrer que les lignes de fracture n’existaient pas qu’entre les communautés, qu’elles étaient déjà béantes au sein des clans où les appétits et les ambitions pouvaient provoquer des conflits brutaux et générer des haines pérennes.

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    L’auteur raconte plus qu’il écrit comme un conteur volubile, très volubile, construisant son récit avec de longues phrases coulant comme le Jourdain en période d’étiage, emportant le lecteur dans la légende du clan Nassar « encombrées d’histoires et d’anecdotes qui ne sont que des faits secondaires auxquels pourtant on attribue la cause d’événements graves, exactement comme, dans la mythologie, on attribue à l’enlèvement d’une femme les dix ans de la guerre entre Troie et la Grèce ».

  • DÉLICES DE CHLOÉ

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    KLÔ PELGAG, de son vrai nom, Chloé Pelletier-Gagnon, nous apprend Wikipedia, est née en 1990 au Québec. Elle a sorti en 2013 un album, L'alchimie des monstres, qui continue de faire des vagues en Francophonie.

    Sur Télérama, on peut lire ceci qui caractérise bien ses textes et ses interprétations: " Elle défend bec et ongles sa propre originalité, avec un mot d’ordre, presque une obsession, « ne pas faire de la chanson conventionnelle ».

    Tout est question de mots puisque, au fond, c’est d’abord et avant tout de la chanson qu’elle propose, avec ses histoires intrigantes, son piano mélodique, sa voix souple, sa façon de mettre les textes en scène et en musique. Sur scène, elle y ajoute une dimension théâtrale, entre tension dramatique et drôlerie absurde. Un univers fantasmagorique. Le personnage fait mouche, autant que les chansons. "

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    Le site de KLÔ PELGAG

  • IL N'Y A PLUS RIEN de Léo FERRÉ

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    Il n'y a plus rien figure sur l'album du même nom paru en 1973. C'est le premier album symphonique de Léo Ferré.

     

     

    Écoute, écoute... Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure, avec le sable qui se remonte un peu, comme les vieilles putes qui remontent leur peau, qui tirent la couverture.

    Immobile... L'immobilité, ça dérange le siècle.
    C'est un peu le sourire de la vitesse, et ça sourit pas lerche, la vitesse, en ces temps.
    Les amants de la mer s'en vont en Bretagne ou à Tahiti...
    C'est vraiment con, les amants.

    IL n'y a plus rien

    Camarade maudit, camarade misère...
    Misère, c'était le nom de ma chienne qui n'avait que trois pattes.
    L'autre, le destin la lui avait mise de côté pour les olympiades de la bouffe et des culs semestriels qu'elle accrochait dans les buissons pour y aller de sa progéniture.
    Elle est partie, Misère, dans des cahots, quelque part dans la nuit des chiens.
    Camarade tranquille, camarade prospère,
    Quand tu rentreras chez toi
    Pourquoi chez toi?
    Quand tu rentreras dans ta boîte, rue d'Alésia ou du Faubourg
    Si tu trouves quelqu'un qui dort dans ton lit,
    Si tu y trouves quelqu'un qui dort
    Alors va-t-en, dans le matin clairet
    Seul
    Te marie pas
    Si c'est ta femme qui est là, réveille-la de sa mort imagée

    Fous-lui une baffe, comme à une qui aurait une syncope ou une crise de nerfs...
    Tu pourras lui dire: "T'as pas honte de t'assumer comme ça dans ta liquide sénescence.
    Dis, t'as pas honte? Alors qu'il y a quatre-vingt-dix mille espèces de fleurs?
    Espèce de conne!
    Et barre-toi!
    Divorce-la
    Te marie pas!
    Tu peux tout faire:
    T'empaqueter dans le désordre, pour l'honneur, pour la conservation du titre...

    Le désordre, c'est l'ordre moins le pouvoir!

    Il n'y a plus rien

    Je suis un nègre blanc qui mange du cirage
    Parce qu'il se fait chier à être blanc, ce nègre,
    Il en a marre qu'on lui dise: " Sale blanc!"

    A Marseille, la sardine qui bouche le Port
    Était bourrée d'héroïne
    Et les hommes-grenouilles n'en sont pas revenus...
    Libérez les sardines
    Et y'aura plus de mareyeurs!

    Si tu savais ce que je sais
    On te montrerait du doigt dans la rue
    Alors il vaut mieux que tu ne saches rien
    Comme ça, au moins, tu es peinard, anonyme, Citoyen!

    Tu as droit, Citoyen, au minimum décent
    A la publicité des enzymes et du charme
    Au trafic des dollars et aux traficants d'armes
    Qui traînent les journaux dans la boue et le sang
    Tu as droit à ce bruit de la mer qui descend
    Et si tu veux la prendre elle te fera du charme
    Avec le vent au cul et des sextants d'alarme
    Et la mer reviendra sans toi si tu es méchant

    Les mots... toujours les mots, bien sûr!
    Citoyens! Aux armes!
    Aux pépées, Citoyens! A l'Amour, Citoyens!
    Nous entrerons dans la carrière quand nous aurons cassé la gueule à nos ainés!
    Les préfectures sont des monuments en airain... un coup d'aile d'oiseau ne les entame même pas... C'est vous dire!

    Nous ne sommes même plus des juifs allemands
    Nous ne sommes plus rien

    Il n'y a plus rien

    Des futals bien coupés sur lesquels lorgnent les gosses, certes!
    Des poitrines occupées
    Des ventres vacants
    Arrange-toi avec ça!

    Le sourire de ceux qui font chauffer leur gamelle sur les plages reconverties et démoustiquées
    C'est-à-dire en enfer, là où Dieu met ses lunettes noires pour ne pas risquer d'être reconnu par ses admirateurs
    Dieu est une idole, aussi!
    Sous les pavés il n'y a plus la plage
    Il y a l'enfer et la Sécurité
    Notre vraie vie n'est pas ailleurs, elle est ici
    Nous sommes au monde, on nous l'a assez dit
    N'en déplaise à la littérature

    Les mots, nous leur mettons des masques, un bâillon sur la tronche
    A l'encyclopédie, les mots!
    Et nous partons avec nos cris!
    Et voilà!

    Il n'y a plus rien... plus, plus rien

    Je suis un chien?
    Perhaps!
    Je suis un rat
    Rien

    Avec le coeur battant jusqu'à la dernière battue

    Nous arrivons avec nos accessoires pour faire le ménage dans la tête des gens:
    "Apprends donc à te coucher tout nu!
    "Fous en l'air tes pantoufles!
    "Renverse tes chaises!
    "Mange debout!
    "Assois-toi sur des tonnes d'inconvenances et montre-toi à la fenêtre en gueulant des gueulantes de principe

    Si jamais tu t'aperçois que ta révolte s'encroûte et devient une habituelle révolte, alors,
    Sors
    Marche
    Crève
    Baise
    Aime enfin les arbres, les bêtes et détourne-toi du conforme et de l'inconforme
    Lâche ces notions, si ce sont des notions
    Rien ne vaut la peine de rien

    Il n'y a plus rien... plus, plus rien

    Invente des formules de nuit: CLN... C'est la nuit!
    Même au soleil, surtout au soleil, c'est la nuit
    Tu peux crever... Les gens ne retiendront même pas une de leur inspiration.
    Ils canaliseront sur toi leur air vicié en des regrets éternels puant le certificat d'études et le catéchisme ombilical.
    C'est vraiment dégueulasse
    Ils te tairont, les gens.
    Les gens taisent l'autre, toujours.
    Regarde, à table, quand ils mangent...
    Ils s'engouffrent dans l'innommé
    Ils se dépassent eux-mêmes et s'en vont vers l'ordure et le rot ponctuel!

    La ponctuation de l'absurde, c'est bien ce renversement des réacteurs abdominaux, comme à l'atterrissage: on rote et on arrête le massacre.
    Sur les pistes de l'inconscient, il y a des balises baveuses toujours un peu se souvenant du frichti, de l'organe, du repu.

    Mes plus beaux souvenirs sont d'une autre planète
    Où les bouchers vendaient de l'homme à la criée

    Moi, je suis de la race ferroviaire qui regarde passer les vaches
    Si on ne mangeait pas les vaches, les moutons et les restes
    Nous ne connaîtrions ni les vaches, ni les moutons, ni les restes...
    Au bout du compte, on nous élève pour nous becqueter
    Alors, becquetons!
    Côte à l'os pour deux personnes, tu connais?

    Heureusement il y a le lit: un parking!
    Tu viens, mon amour?
    Et puis, c'est comme à la roulette: on mise, on mise...
    Si la roulette n'avait qu'un trou, on nous ferait miser quand même
    D'ailleurs, c'est ce qu'on fait!
    Je comprends les joueurs: ils ont trente-cinq chances de ne pas se faire mettre...
    Et ils mettent, ils mettent...
    Le drame, dans le couple, c'est qu'on est deux
    Et qu'il n'y a qu'un trou dans la roulette...

    Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir

    Te marie pas
    Ne vote pas
    Sinon t'es coincé

    Elle était belle comme la révolte
    Nous l'avions dans les yeux,
    Dans les bras dans nos futals
    Elle s'appelait l'imagination

    Elle dormait comme une morte, elle était comme morte
    Elle sommeillait
    On l'enterra de mémoire

    Dans le cocktail Molotov, il faut mettre du Martini, mon petit!

    Transbahutez vos idées comme de la drogue... Tu risques rien à la frontière
    Rien dans les mains
    Rien dans les poches

    Tout dans la tronche!

    - Vous n'avez rien à déclarer?
    - Non.
    - Comment vous nommez-vous?
    - Karl Marx.
    - Allez, passez!

    Nous partîmes... Nous étions une poignée...
    Nous nous retrouverons bientôt démunis, seuls, avec nos projets d'imagination dans le passé
    Écoutez-les... Écoutez-les...
    Ça rape comme le vin nouveau
    Nous partîmes... Nous étions une poignée
    Bientôt ça débordera sur les trottoirs
    La parlote ça n'est pas un détonateur suffisant
    Le silence armé, c'est bien, mais il faut bien fermer sa gueule...
    Toutes des concierges!
    Écoutez-les...

    Il n'y a plus rien

    Si les morts se levaient?
    Hein?

    Nous étions combien?
    Ça ira!

    La tristesse, toujours la tristesse...

    Ils chantaient, ils chantaient...
    Dans les rues...

    Te marie pas Ceux de San Francisco, de Paris, de Milan
    Et ceux de Mexico
    Bras dessus bras dessous
    Bien accrochés au rêve

    Ne vote pas

    0 DC8 des Pélicans
    Cigognes qui partent à l'heure
    Labrador Lèvres des bisons
    J'invente en bas des rennes bleus
    En habit rouge du couchant
    Je vais à l'Ouest de ma mémoire
    Vers la Clarté vers la Clarté

    Je m'éclaire la Nuit dans le noir de mes nerfs
    Dans l'or de mes cheveux j'ai mis cent mille watts
    Des circuits sont en panne dans le fond de ma viande
    J'imagine le téléphone dans une lande
    Celle où nous nous voyons moi et moi
    Dans cette brume obscène au crépuscule teint
    Je ne suis qu'un voyant embarrassé de signes
    Mes circuits déconnectent
    Je ne suis qu'un binaire

    Mon fils, il faut lever le camp comme lève la pâte
    Il est tôt Lève-toi Prends du vin pour la route
    Dégaine-toi du rêve anxieux des biens assis
    Roule Roule mon fils vers l'étoile idéale
    Tu te rencontreras Tu te reconnaîtras
    Ton dessin devant toi, tu rentreras dedans
    La mue ça ses fait à l'envers dans ce monde inventif
    Tu reprendras ta voix de fille et chanteras Demain
    Retourne tes yeux au-dedans de toi
    Quand tu auras passé le mur du mur
    Quand tu auras autrepassé ta vision
    Alors tu verras rien

    Il n'y a plus rien

    Que les pères et les mères
    Que ceux qui t'ont fait
    Que ceux qui ont fait tous les autres
    Que les "monsieur"
    Que les "madame"
    Que les "assis" dans les velours glacés, soumis, mollasses
    Que ces horribles magasins bipèdes et roulants
    Qui portent tout en devanture
    Tous ceux-là à qui tu pourras dire:

    Monsieur!
    Madame!

    Laissez donc ces gens-là tranquilles
    Ces courbettes imaginées que vous leur inventez
    Ces désespoirs soumis
    Toute cette tristesse qui se lève le matin à heure fixe pour aller gagner VOS sous,
    Avec les poumons resserrés
    Les mains grandies par l'outrage et les bonnes moeurs
    Les yeux défaits par les veilles soucieuses...
    Et vous comptez vos sous?
    Pardon.... LEURS sous!

    Ce qui vous déshonore
    C'est la propreté administrative, écologique dont vous tirez orgueil
    Dans vos salles de bains climatisées
    Dans vos bidets déserts
    En vos miroirs menteurs...

    Vous faites mentir les miroirs
    Vous êtes puissants au point de vous refléter tels que vous êtes
    Cravatés
    Envisonnés
    Empapaoutés de morgue et d'ennui dans l'eau verte qui descend
    des montagnes et que vous vous êtes arrangés pour soumettre
    A un point donné
    A heure fixe
    Pour vos narcissiques partouzes.
    Vous vous regardez et vous ne pouvez même plus vous reconnaître
    Tellement vous êtes beaux
    Et vous comptez vos sous
    En long
    En large
    En marge
    De ces salaires que vous lâchez avec précision
    Avec parcimonie
    J'allais dire "en douce" comme ces aquilons avant-coureurs et qui racontent les exploits du bol alimentaire, avec cet apparat vengeur et nivellateur qui empêche toute identification...
    Je veux dire que pour exploiter votre prochain, vous êtes les champions de l'anonymat.

    Les révolutions? Parlons-en!
    Je veux parler des révolutions qu'on peut encore montrer
    Parce qu'elles vous servent,
    Parce qu'elles vous ont toujours servis,
    Ces révolutions de "l'histoire",
    Parce que les "histoires" ça vous amuse, avant de vous intéresser,
    Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit qu'il s'en prépare une autre.
    Lorsque quelque chose d'inédit vous choque et vous gêne,
    Vous vous arrangez la veille, toujours la veille, pour retenir une place
    Dans un palace d'exilés, entouré du prestige des déracinés.
    Les racines profondes de ce pays, c'est Vous, paraît-il,
    Et quand on vous transbahute d'un "désordre de la rue", comme vous dites, à un "ordre nouveau" comme ils disent, vous vous faites greffer au retour et on vous salue.

    Depuis deux cent ans, vous prenez des billets pour les révolutions.
    Vous seriez même tentés d'y apporter votre petit panier,
    Pour n'en pas perdre une miette, n'est-ce-pas?
    Et les "vauriens" qui vous amusent, ces "vauriens" qui vous dérangent aussi, on les enveloppe dans un fait divers pendant que vous enveloppez les "vôtres" dans un drapeau.

    Vous vous croyez toujours, vous autres, dans un haras!
    La race ça vous tient debout dans ce monde que vous avez assis.
    Vous avez le style du pouvoir
    Vous en arrivez même à vous parler à vous-mêmes
    Comme si vous parliez à vos subordonnés,
    De peur de quitter votre stature, vos boursouflures, de peur qu'on vous montre du doigt, dans les corridors de l'ennui, et qu'on se dise: "Tiens, il baisse, il va finir par se plier, par ramper"
    Soyez tranquilles! Pour la reptation, vous êtes imbattables; seulement, vous ne vous la concédez que dans la métaphore...
    Vous voulez bien vous allonger mais avec de l'allure,
    Cette "allure" que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière,
    Et quand on sait ce qu'a pu vous coûter de silences aigres,
    De renvois mal aiguillés
    De demi-sourires séchés comme des larmes,
    Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer votre visage,
    Je me demande comment et pourquoi la Nature met
    Tant d'entêtement,
    Tant d'adresse
    Et tant d'indifférence biologique
    A faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères,
    Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaires
    Jusqu'aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire,
    Dans votre grand monde,
    A la coupe des bien-pensants.

    Moi, je suis un bâtard.
    Nous sommes tous des bâtards.
    Ce qui nous sépare, aujourd'hui, c'est que votre bâtardise à vous est sanctionnée par le code civil
    Sur lequel, avec votre permission, je me plais à cracher, avant de prendre congé.
    Soyez tranquilles, Vous ne risquez Rien

    Il n'y a plus rien

    Et ce rien, on vous le laisse!
    Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez,
    Nous, on peut pas.
    Un jour, dans dix mille ans,
    Quand vous ne serez plus là,
    Nous aurons TOUT
    Rien de vous
    Tout de nous
    Nous aurons eu le temps d'inventer la Vie, la Beauté, la Jeunesse,
    Les Larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles,
    Le sourire des bêtes enfin détraquées,
    La priorité à Gauche, permettez!

    Nous ne mourrons plus de rien
    Nous vivrons de tout

    Et les microbes de la connerie que nous n'aurez pas manqué de nous léguer, montant
    De vos fumures
    De vos livres engrangés dans vos silothèques
    De vos documents publics
    De vos règlements d'administration pénitentiaire
    De vos décrets
    De vos prières, même,
    Tous ces microbes...
    Soyez tranquilles,
    Nous aurons déjà des machines pour les révoquer

    NOUS AURONS TOUT

    Dans dix mille ans.

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    Pays-Âges de Léo Ferré, un beau site consacré à l'artiste

  • MON TRAIN DE VIE suivi de MA POUPÉE, par Denis BILLAMBOZ

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    Mon train de vie

     

    Mon train ralentit

    Il a perdu son élan

    Il ne sait que faire

    De son fer

    Il déraille

    Son cholestérol

    Sa triglycémie

    Débordent

    Il quitte sa voie

    Il a besoin de médicaments

    De repos

    Le pauvre TGV

    Est devenu TER

    Bientôt il sera bon

    Pour la voie de garage

     

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    Ma poupée

     

    Des yeux pétillants

    Un sourire attendrissant

    Des bras et des jambes

    Qui gigotent fébrilement

     

    Elle m’a conquis

    Ma petite poupée

    Elle m’a soumis

    En esclavage

     

    Demain elle sera femme

    Hôtesse otage

    Du monde infâme

    Que je lui laisse en héritage

     

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  • SCÈNES ROMAINES de Philippe LEUCKX

    I

    Il y a, dans "Fellini/Roma", une scène emblématique de la vie conviviale, en plein air (all' aperto) : à même la rue, accolées à des immeubles populaires, une série de tables dressées pour la cena, dans le brouhaha des tramways qui frôlent les convives d'un soir, des conversations qui s'entrechoquent, soudain l'apparition d'une beauté surmaquillée qui part en chasse au milieu des tables et guigne déjà sa prochaine victime consentante. Entretemps, le jeune provincial éberlué, tout frais arrivé dans ce quartier populaire, partage une table avec une famille époustouflante de réalisme : la mère prend d'assaut le jeunet timide, en suçant avidement ses coques, la fillette chante des refrains salaces, le mari plongé dans l'assiette joue les figurations...Roma, version 1938/1939...rappel de l'arrivée de Federico, venu de Rimini, pour s'installer dans la capitale et commencer son petit bout de chemin cinématographique (pigiste, scénariste...)


     

    II

    Les immeubles populaires (condominio, Ina-Case), HLM ou HBM, taudis (tuguri, catapecchie des borgate - banlieues - ) peuplent les films néoréalistes, et bien sûr, les premières réalisations de Bolognini, Fellini, Monicelli, Pasolini... "Le notti di Cabiria", "I soliti ignoti", "La notte brava" (littéralement "la nuit blanche", traduit par "Les garçons"), "La dolce vita", "Accatone", "Mamma Roma" jouent de ces décors, perdus dans des terrains vagues, blocs gris dans la nuit, perspectives sur des rues vides, pavées, aux confins de la grande ville, loin des quartiers bourgeois... Une séquence de "La dolce vita" découvre Anouk Aimée et Mastroianni obligés de passer sur des planches pour atteindre un immeuble non desservi par l'égouttage.


     

    III

    La caméra virevoltante. A la grue, Scola, dans la scène inaugurale de l'admirable "Una giornata particolare" (1977), donne de l'intérieur de l'immeuble populaire, sis entre via Baracca et Viale V. Aprile (quartier nord, du côté de Pza Bologna), une vision générale saisissante avant de s'approcher d'Antonietta, affairée dans sa cuisine. Procédé que son maître De Sica avait utilisé pour pointer, dans la foule anonyme des retraités manifestant, l'antihéros "Umberto D"(1951), tourné également dans les rues populaires de Rome.


     

    IV

    Le touriste ne connaît de Rome que ce que les guides peuvent lui intimer de voir. Je sais, les incontournables romains (Colosseo, San Pietro, Santa Maria Maggiore, Laterano, via Appia, B. San Clemente, Forums, Campidoglio, Mercati di Traiano...) Ira-t-il, jusqu'aux portes, jusqu'à la muraille d'Aurélien, jusqu'au cœur de Monte Mario? Poussera-t-il jusqu'à découvrir, en bus COTRAL, la Villa Adriana ou quelques banlieues lointaines (Val Melaina...)?

    Le Tibre vibre d'une lumière étrange, lorsque, soir venu, du Trastevere ou de Cairoli, ou du Pont Saint-Ange, le promeneur goûte une autre Rome que celle souvent montrée, plus familière, plus réelle sans doute que les chromos faciles, si souvent reproduits. Il ira flâner, à cette heure un brin mélancolique, entre chienne, louve, du côté de Coronari ou de Chiesa Nuova, à cette heure où les amateurs de skate ordonnent à l'église de prendre de moins grands airs, puisqu'il se fait tard et que les bus, plus rares, cinglent l'air romain en freinant soudain dans le soir.

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    V.

    "La giornata balorda" de Mauro Bolognini (1960, en français "ça s'est passé à Rome", que l'on eût pu traduire par la journée "bizarre", la "drôle" de journée, ou la "foutue journée") consacre une longue séquence initiale au dévoilement d'une cour intérieure d'achélème romain, avec galeries, escaliers, linges qui relient les travées...Un petit air de Corviale - avant la lettre, puisque Corviale date de bien plus tard -, vu en contre-plongée. Mauro, à deux reprises, dans "Bubu" (1971) et dans "Libera, mio amore" (1974), balaiera sa caméra sur des cours intérieures. Pour le deuxième titre cité, en une plongée presque abstraite sur un rectangle sombre, une souricière.


     

    VI

    Un souvenir de piazza Zama, tout près de la voie ferrée en contrebas, via Caulonia, où habitait alors mon ancienne élève, C.Bn devenue enseignante via Fea, à la Sapienza. Un vieil immeuble, un peu déglingué, comme on en voit dans tant de films italiens. Au deuxième étage, un carreau brisé. Si mon souvenir est bon, elle occupait un appartement au troisième.

    C. n'y était pas. J'avais marché depuis via Omero. Une bonne trotte, au-delà des portes. Mais quel plaisir de marcher dans Rome, léger, avec une clé en poche, un moleskine, quelques euros, sans but, rien que le plaisir de humer l'air du temps, la fatigue des chemins, la poussière des rencontres.

    Aux confins, la lumière est autre, et le dépaysement, pour moi venu des aires cossues des académies étrangères, entre Villa Giulia et Parioli, assuré de laisser mes pas sur des trottoirs moins bien entretenus d'une Rome plus familière, plus proche.

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    VII

    La quiétude s'apprend sans doute Villa Borghèse, Villa Giulia. Les promeneurs, venus de piazzale Flaminio et de viale Washington, ont suivi les petites allées qui montent vers via Omero, en surplomb sur la Galleria Nazionale d'Arte et au loin, sur quelques autres académies étrangères perchées dans Parioli, apprennent là à savourer quelque silence entre les arbres. Ici, après l'Egypte, juste avant l'Olendese et la Romania, l' Academia Belgica. Entièrement restaurée depuis 2005/2007, l'Academia offre sa façade en briques plates à la romaine, sa sobriété, et des jardins en pente.

    Plusieurs séjours dans cet endroit de rêve, pour qui veut flairer les humeurs de Rome, m'ont nourri pour longtemps d'images, de rencontres, d'heures paisibles où écrire va de soi, en vivant là, au milieu d'autres résidents et pensionnaires, en revenant là après tant de courses dans Rome : cheminements et découvertes.

    Je me souviens de la terrasse, le soir, ouvrant l'espace romain, affûté de pins parasols.

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    VIII

    Via Bodoni. Testaccio, magnifiquement évoqué par la Morante dans "La storia". Quartier du Mattatoio. Populaire en diable. Des rues très rectilignes, des immeubles à l'identique, à quatre étages, avec cour intérieure et persiennes vertes.Souvent, j'ai écrit sur l'un des bancs disposés, au 101, au 103, avec les rumeurs quotidiennes, les vélos déposés le long des murs, le linge étendu, les allées et venues, le ronflement de sieste d'une vieille, la vie d'un condominio, tout au bout de la ville.

     

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  • LA GIORNATA BALORDA ("Ça s'est passé à Rome") de Mauro BOLOGNINI

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    326360_poster_scale_188x250.jpgDixième film de Mauro Bolognini (1922-2001), « La giornata balorda » (« Ça s’est passé à Rome »), tourné en 1960, relate la journée d’un chômeur romain, Davide Saraceno, vingt ans, en quête d’un boulot pour subvenir aux besoins de sa « nouvelle famille » : il a eu, avec une très jeune fille de la cité, Ivana, un fils. Le voilà devant de nouvelles responsabilités, lui, le coureur invétéré. Le voilà donc dans les rues de Rome, à la recherche d’un mot, d’une recommandation. Le voilà, contraint à quémander des rendez-vous, à frapper aux bonnes portes. Entretemps, il retrouve des idylles, Marina, fait de nouvelles rencontres, Sabina, Freya. Reçoit un premier contrat qui le mène jusqu’à la mer…

    Tiré de « Racconti romani » de Moravia, le scénario de Pier Paolo Pasolini et du romancier déroule en trois unités classiques (une seule journée d’errance, de quête, dans un même lieu – une Rome élargie aux banlieues lointaines -) l’histoire de quelques personnages pour la plupart soumis à une vie précaire. Davide et Ivana, trop jeunes parents, loin de la ville, dans un grand ensemble gris.

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    Du matin au soir, de la chemise repassée par la mère à l’enfant prélevé de son couffin, Davide parcourt les rues, emprunte le bus, roule en camion, aborde les jeunes et belles filles, entretient l’idylle avec Marina, prête à tout pour lui porter assistance, et la journée passe…

    Bolognini aime les perspectives ouvertes : ces grandes étendues qui explorent les routes vers la mer, les bois bordant le rivage, ces ponts d’autoroute presque vide, ces rues boisées d’une Rome guère signalée comme urbs aeterna. A part le portique de Porta Portese, presque rien ne peut indexer qu’on est à Rome.

    Comme dans « La notte brava », réalisé l’année précédente, le maestro a réuni une kyrielle d’acteurs français et italiens : Jean Sorel tient le rôle de Davide, jean à l’américaine, dégingandé, souple comme une anguille ; Isabelle Corey ; Léa Massari, aussi belle que dans « L’avventura » joue de ses yeux et de sa silhouette ; Rik Battaglia, tout frais sorti des péplums les camionneurs ; Paolo Stoppa…

    L’entretien de Jean Gili avec Bolognini (in « Le cinéma italien », 10/18) révèle que le cinéaste a souvent manié la caméra seul et à l’épaule pour des prises de vues étonnantes (comme celles de la séquence inaugurale de La giornata balorda).

    Le noir et blanc, les thèmes sociaux et psychologiques, la mise en scène précise et rigoureuse font de cette œuvre un beau surplomb sur des années difficiles.

    Quelques séquences retiennent particulièrement l’attention : la scène d’amour sur les toits (vraiment la seule qui montre au loin « la machine à écrire » de Vittorio Emanuele) ; la bague du mort que Davide sans scrupule lui prélève ; la villa « riche » perdue dans les sables d’un rivage …

    L’un des grands films d’un cinéaste à qui l’on doit « La viaccia » (1961) ; « Un bellissimo novembre » (1969) ; « Metello » (1970) ; « Bubu » (1971) ; « Per le antiche scale » (1974) ; « Libera mio amore » (1975) ; « La grande bourgeoise » (1975) ; « L’héritage » (1976)…

     

    La bande-annonce 

    Un extrait 

    Le film complet (en version originale)

  • L'APPROCHE

    jpg_Peau.jpgCet homme approcha si fort cette femme qu’il ne la vit plus. Et dut soudain reculer, comme pris d’épouvante. Pour s’exalter ou reprendre ses esprits. Il était à la fois dans les airs et dans le désert, et il ne voyait plus qu’une plage de peau, ce mélange de sable et d’azur. Il lui aurait fallait cent  bouches au moins pour jouir de la merveille convoitée, tirer un profit immédiat sensuel, même si c’était là une vilaine pensée, égoïste, hyperbolique et bassement prosaïque. Mais était-ce un rêve ou un jeu télévisé, ou une rencontre programmée? Il ne savait pas faire marche arrière! Il était au cœur de la beauté et ne pouvait rien faire, rien. Alors, il battit des poings, des pieds, cracha, hurla, tonna, pesta et perdit en un éclair l’être qu’il avait mis toute une vie à approcher.