• Un homme se coupe du monde pour fuir le puissant lobby des éditeurs

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    Maxime Verseau, 37 ans, a choisi de s’isoler dans un dôme de 10 mètres de diamètre au milieu de nulle part. Il n’aura plus de contact avec le monde pendant des mois et s’alimentera uniquement de nourriture déshydratée. Pour se prémunir de tout contact avec l’extérieur il portera aussi un scaphandre.

    A la veille de son aventure, Maxime Verseau a déclaré sur son blog : « J’étais la proie du puissant lobby des éditeurs qui voulaient absolument me publier même si je n’ai encore écrit aucun livre. Mais comme je n’exprimais aucune envie d’écrire et encore moins de publier, j’avais attiré leur attention en tant qu’objet de curiosité. Je précise ici que je ne donnerai aucune interview au risque que mes paroles fassent l’objet d’une publication. Mais le pire, je dois le reconnaître, c’était, à force de sollicitations intérieures comme extérieures, et un début de thérapie, le désir de plus en plus lancinant de m’auto-publier... »

    Fasciné depuis toujours par Mars et la conquête spatiale, Maxime rêve toutefois, nous a-t-il confié en secret, d’une publication sur la planète rouge.

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  • MÊME PAS PEUR #3 spécial RENTRÉE

    L'Ecole, il vaut mieux en rire qu'en pleurer. Ce qui n'exclut pas la réflexion. 
    A la veille de la ruée vers les savoirs (et les diplômes qu'ils délivrent), découvrez pour 3 € seulement le nouveau numéro du journal satirique belge.

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    MÊME PAS PEUR, le # 3 en vente partout dès le 29 août, un numéro spécial rentrée, réglons nos comptes avec l'enseignement !
    Mais on n'y parle aussi de l'accueil des réfugiés, des centrale nucléaires, de la dette grecque, du journalisme d'investigation, de Paul Magnette et les chroniques habituelles: Couille Molle a des choses à dire (André Clette), Les contes qu'on nous raconte (Sylvie Kwaschin), L'observatoire bruxellois du clinamen (Dr Lichic), la chronique de Dominique Watrin, Un peu d'honneur (Juste un doigt alors) de Louis-Denys Colaux, Le dico des mots qui fachent (Maz).
    Le tout sur un ton impertinent, voire carrément insolent... et des dessins qui ne le sont pas moins !
    Dans ce numéro des textes de: Manuel Abramowicz, Éric Allard, Thomas Burion, André Clette, Denis-Louys Colaux, Éric Dejaeger, Olivier Doiseau, Laurent d’Ursel, Georges Elliautou, Sylvie Kwaschin, Fabian Lecomte, Dr Lichic, O.Q. Paye, Théo Poelart, Jean-Philippe Querton, Mickaël Serré, Dominique Watrin.
    Des dessins, collages, photos, photomontages de: Thomas Burion, Bruno Carbonnelle, Philippe Decressac, Delescaille, Mehdi Dewalle, Kanar, Livingstone, Théo Poelart, Mickaël Serré, Samuel, Sondron, Sticki, Dominique Watrin.

    Extrait de l’éditorial de Thomas Burion

    (...) L’école est devenue cet incubateur du monde merveilleux du libéralisme économique, supposé former des avatars compétitifs, polyvalents, performants, jetables comme les futurs intérimaires qu’ils seront ! Et tant pis pour les filières supposées improductives comme les langues anciennes, les cours d’histoire ou d’arts plastiques (…) Et tant pis pour les filières techniques et professionnelles, bassins de décantation de l’échec scolaire dévolus aux loosers de l’enseignement général.

    Entre marketing scolaire et technophilie onéreuse, les objectifs fondamentaux de l’école passent au second plan : d’abord le fric, puis l’image et éventuellement un peu d’éducation au sens le plus humaniste du terme. Diriger une école ne nécessite plus d’être pédagogue, mais bien d’être gestionnaire. Un timonier de navigation à courte vue. Il faut gérer son image, compter ses sous ! Décrypter les décrets qui fleurissent chaque année ! Affronter les lobbies des parents-consommateurs, des représentants d’entreprises, et pire encore, se coltiner des syndicalistes jamais contents (à juste titre, en ce qui me concerne) ! Plus le temps ni les moyens d’avoir une vision, un projet à long terme. (....)

     

    Extraits:

    "Il y a trois sortes d'enseignants: ceux qui prennent des antidépresseurs, ceux qui picolent et ceux qui, les plus nombreux, ont changé de métier."
    Éric Dejaeger

    Dans les 20 sujets de formations continuées selon Dejaeger: 
    "Se faire insulter lors d'une réunion de parents tout en restant impassible (voire zen)"

    "Baffer un élève en classe sans laisser de trace et continuer, sans stress, à transmettre des savoirs."

    "Expliquer à l'inspection que votre avis de terrain est aussi bon que leur avis de bureau."

    ...

    Courts extraits de l'abécédaire de Denys-Louis Colaux

    U.L.M.: Université Libre de Mont-sur-Marchienne.

    Leçon: Séance d'enseignement furieusement accrochée à sa cédille.

    Grec (et latin): langues mortes menacées d'assassinat

    Littérature: Choix académique d'oeuvres faisant rempart aux vrais livres.

    Bulletin: oblitération du sujet scolaire, marquage du cheptel, faire-part de décès.

    ...

    Même pas peur, le site

    Même pas peur sur Facebook


  • AU GRÉ DU SORT

    88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Aujourd’hui, j’ai décidé de vous proposer deux textes qui évoquent le sort, ce fameux sort qui organise des coïncidences souvent bien utiles aux romanciers, notamment à certains auteurs de romans policiers, en panne d’imagination. Pascale Hugues a dévoilé tout ce que le sort a manigancé pour lui donner deux grands-mères nées et décédées la même année et dont la vie a connu d’autres similitudes. En feuilletant les éphémérides des événements extraordinaires, Didier Da Silva a, lui, constaté certaines coïncidences et en a tiré une réflexion toute personnelle sur le rôle que le sort peut jouer dans la vie. Alors le sort n’est-il qu’une forme du hasard ?

     

    51uHwc4vMUL._SX306_BO1,204,203,200_.jpgMARTHE ET MATHILDE

    Pascale HUGUES (1959 - ….)

    "Mes grands-mères s’appelaient Marthe et Mathilde. Leurs prénoms commençaient par les deux mêmes lettres. Elles étaient nées la même année, en 1902… elles moururent l’une après l’autre en 2001. A quelques semaines d’intervalle, tout au début du nouveau siècle et à la veille de leur centième anniversaire."

    Marthe et Mathilde traversèrent le XX° siècle côte à côte d’un bout à l’autre », à Colmar que Marthe ne quitta que pendant la deuxième guerre mondiale, elle était Alsacienne mariée à un ancien militaire français alors que Mathilde était la fille d’un Allemand installé en Alsace avec sa femme belge francophone. Quand elles étaient enfants, les deux femmes habitaient le même immeuble, elles firent connaissance à l’âge de six ans et le hasard qui fait si bien les choses, ne faillit pas à sa tradition en voulant que le fils de Marthe épouse la fille de Mathilde et qu’ils deviennent les parents de Pascale l’auteure de cette histoire de ses grands-mères.

    Tout ce texte ne serait qu’une accumulation de coïncidences plus surprenantes les unes que les autres si cette histoire ne se déroulait pas en Alsace où ces deux femmes furent successivement allemandes jusqu’en 1918 puis françaises de cette date à 1940, à nouveau allemandes l’espace de la guerre et de nouveau françaises depuis 1945 jusqu’à leur décès. Leur histoire échappe ainsi à la seule tradition familiale pour devenir le symbole de tout un peuple balloté de part et d’autre d’une frontière mouvante au gré des guerres qui ensanglantèrent la planète. Marthe se souvient comment les Allemands étaient, pendant la Grande, devenus durs et sévères avec les populations françaises, et Mathilde, elle, n’a pas oublié comment les Français avaient chassé, entre 1918 et 1921, les familles allemandes influentes.

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    Ce livre écrit pas une journaliste n’est peut-être pas très littéraire, il s’attache plus à faire vivre ces deux femmes au destin parallèle malgré des origines et des personnalités très différentes faisant de tout ce qui les séparait des atouts pour construire une part de vie commune. Il fallut beaucoup de tolérance à Marthe, la bonne provinciale simple et pragmatique, pour accepter les caprices et la supériorité intellectuelle de Mathilde à l’arbre généalogique riche de plusieurs nationalités et peuplé de personnalités importantes. Il fallut aussi beaucoup de résignation et de courage à Mathilde pour supporter son statut de « boche » et accepter de vivre dans une ville trop petite pour ses rêves de grandeur.

    Cette histoire qui n’est pas tout à fait parallèle car Mathilde y occupe plus de place que Marthe, sans doute que son rayonnement intellectuel a plus fasciné sa petite-fille que la simplicité bon enfant de

    Marthe, est un excellent rappel et peut-être même plus car dans nos écoles on ne nous a jamais parlé des expulsions en Alsace, de la francisation forcée, de l’interdiction de parler français ou allemand selon le lieu et l’époque, que certains enfants devaient parler une langue à la maison et une autre à l’école… La France s’est beaucoup glorifiée d’avoir ramené l’Alsace dans le giron de la patrie gauloise mais n’a pas tout dit sur les méthodes employées et sur les douleurs subies par les populations. Et certainement que les Allemands n’en ont pas dit plus quand ils ont rattaché l’Alsace à la grande nation germanique. Cette histoire est aussi un exemple de tout ce que les peuples installés aux marches des nations ont dû subir, subissent encore pour certains, lors des conflits armés entre ces nations : dans les Sudètes, en Silésie, dans le Memel land, etc… et aujourd’hui encore à l’est de l’Ukraine, en Moldavie à l’est du Dniepr, dans l’imbroglio caucasien…

    Ce texte nous rappelle qu’à cette époque, notre belle république auréolée de sa belle devise où trône fièrement l’Egalité, « classe ses enfants, il y a les légitimes, les tolérés, les adoptés, les rejetés et les Boches ». N’oublions jamais !

    DASILVA-COUVERTURE.jpgL’IRONIE DU SORT

    Didier DA SILVA (1973 - ….)

    Si ce livre n’était pas écrit par Didier Da Silva, je ne suis pas sûr que je l’aurais lu jusqu’au bout même si je suis habituellement plutôt persévérant et tenace. A la lecture des premières pages, j’ai eu un peu l’impression que l’auteur avait feuilleté une pile de vieilles éphémérides où il aurait relevé quelques coïncidences qui sont absolument incontournables quand on considère la population de la planète dans son ensemble. Mais les phrases bâties comme des châteaux classiques, tout en longueur, harmonieusement rythmées, où tout a une fonction architectonique, rien n’étant concédé à une quelconque décoration superflue, ces phrases que l’on ne peut mesurer qu’à l’aune de la page, m’ont séduit par leur rythme, leur musique, l’eurythmie qu’elle dégage. Cet Hardouin-Mansard de la phrase méritait bien une lecture attentive, il faut qu’elle le soit car son texte est un entrelacs d’événements très variés : créations artistiques remarquables (romans, poésies, symphonies, opéras, films, …), crimes les plus sordides, naissances, décès, rencontres,… de personnages célèbres ou appelés à le devenir, faits divers retentissants, grandes premières, innovations révolutionnaires, tout un entrelacs d’événements qui, pour un historien, constitue une part de la matière première de ses études. Son travail peut s’expliquer par celui qu’il prête à l’un de ses très nombreux héros :

    « … depuis que l’homme pense il rapproche des faits sans lien apparent et trouve le joint avec, le plus souvent, une facilité déconcertante, une fois configurées les données d’un système les signes s’attirent comme des aimants, pour ainsi dire spontanément : il faut seulement veiller à ne pas l’élargir trop, le système, car il perdrait à proportion de sa pertinence : à considérer le tout évidemment que tout se tient, la belle affaire, mais alors le charme se rompt, les coïncidences n’en sont plus et le trouble fait place à l’incompréhension. »

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    Même si je n’ai pas très bien compris l’objet de ce livre, si ce n’est la volonté de montrer la grande agitation qui anime perpétuellement l’humanité et la nature et le nombre incalculables de coïncidences qu’on pourrait déceler en épluchant méticuleusement les éphémérides, je considère, en ce qui me concerne, que ce texte est avant tout un grand exercice de jonglerie lexicographique, une savante construction d’un fastueux édifice littéraire, un paysage dessiné et aménagé par un Le Nôtre des jardins littéraires avec une foison de mots oubliés, savants ou banals artistiquement dispersés en des bosquets en forme de phrases longues comme les allées d’un parc.

    Ce texte est court mais très dense et le lecteur qui pensera en sortir en une heure ou deux de lecture risque fort de sérieusement se tromper car il est particulièrement dense, quelques paragraphes seulement pour l’ensemble du livre, et se réfère à un nombre impressionnant de sujets et de connaissances. Soit Didier Da Silva est le Pic de la Mirandole de notre époque, soit il a travaillé très sérieusement sa culture générale pour arriver à produire cette œuvre qui in fine m’a impressionnée tant par la qualité de sa rédaction que par l’encyclopédisme de l’auteur.

  • LE VIOLON PISSE SUR SON POWÈTE d'Eric DEJAEGER

    images?q=tbn:ANd9GcTYeIh_40eQ3e8tELt15eqoVFgVmbu_6gtmnNmzQGe9_DBBSkgxIQpar Philippe LEUCKX

     

     

     

    af1dc543.jpgJamais en retard d'une phrase incisive ni d'un aphorisme qui claque, Éric Dejaeger (1958, de nombreux livres depuis les années 90, fondateur de deux revues "Ecrits vains", puis "Microbe") poursuit son petit bonhomme de chemin de poète potache donnant la leçon à tous ces "powètes" qui ont le cou plus gros que leurs pauvres vers et se donnent vivants de fulgurants piédestals.

    En matière de pied-de-nez à la bienséance et d'insolences bien senties à l'adresse de ces auteurs-qui-s'y-croient-que-ça-n'en-est-pas-possible, le poète Dejaeger dégaine à petis jets continus de bien plates vérités (certain(e)s s'y reconnaîtront sans peine, opacifié(e)s dans leur satut privilégié d'auteurs pour public réduit (Dejaeger ne va pas pour eux au-delà de cinq présences aux soirées poétiques).

    Il faut lire ces petites rosseries qui ne lui feront peut-être pas que des amis (quoique). Cathalo et quelques autres ont déjà donné dans le genre, et, au fond, c'est salubre quand un vrai poète jette un oeilleton sur le genre qu'il pratique pour alerter des dérives.

    Un petit recueil salutaire, dont voici quelques pépites pour la route :

    "Le powète rêve d'être maudit,

    mais pas de son vivant"

    ou

    "Tout powète se sent de taille à écrire

    un powème-fleuve"

    ou encore

    "Quand le powète pète dans sa

    clarinette, ça ne fait que du vent"

    -------

    Éric Dejaeger, Le violon pisse sur son powète, Les Carnets du Dessert de lune, couverture (très belle) d'André Stas, 2015, 24p., 6€.

    Pour commander le livre

    Les Carnets du Dessert de Lune

    Le blog d'Éric Dejaeger

  • Variations sur LE COURS DE RIEN

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    Pour réussir au cours de rien, il suffira de ne pas connaître grand-chose.

     

    Les cours de remédiation au cours de rien se donneront pendant les heures creuses.

     

    Ceux qui échoueront au cours de rien seront des moins que rien.

    Ceux qui réussiront au cours de rien seront (évidemment) des bons à rien.

     

    Le cours de rien est un cours du degré zéro. 

    Le cours de rien est appelé à s'oublier très vite. À moins qu’on se remémore pendant longtemps son vide abyssal...

     

    Le cours de rien est à l'étude et le restera. 

     

    Le prof de cours de rien est toujours absent de la grille horaire.

     

    La chaise du professeur de cours de rien restera à jamais vide.

     

    Le cours de rien pourra  être donné par un sans cours fixe.

     

    Le cours de rien s’inscrit dans le cadre de l’Ecole de la faillite.

     

    La réussite au cours de rien donnera accès au cycle de cours de presque rien.

     

    L’enseignant qui réussira à motiver sa classe pendant cinq minutes au cours de rien sera nommé inspecteur à vie (sans possibilité de rétrogradation) et ministre de l'enseignement par intérim.

     

     

    Au programme du cours de rien, les vide-poches des cours de religion, morale et citoyenneté.

     

    Les professeurs de cours de rien devront attester de leur totale ignorance en la matière.

     

    Le local où aura lieu le cours de rien ne pourra exhiber aucun signe distinctif de savoir sinon une simple photo de Joëlle Milquet.

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    L’angoisse du professeur de cours de rien devant les pages blanches de son cahier de matières vues...

     

     

    Cours de rien EN CONSTRUCTION: risques d'ornières et de béances intellectuelles.

     

    Pourra-t-on suivre le cours de rien en horaire décalé?

     

    Les recours de rien n'aboutiront nulle part.

     

    S’ennuyer au cours de rien ouvrira peut-être des perspectives philosophiques ou poétiques…

     

    « Il y a une place dans chaque cerveau pour le cours de rien » (extrait du document pédagogique relatif au cours de rien en cours de rédaction révélé par Edward Snowden sur ordre de Moscou)

     

    Compétence 1: L’étudiant sera capable de dessiner un point sans faute d’orthographe avant de l’effacer sans qu’il demeure le moindre signe de ponctuation.

    Compétence 2 (en cours de rédaction): L’étudiant sera capable de…

     

    Se présenter au cours de rien sans matériel scolaire sera une obligation.

     

    Parler de tout au cours de rien sera gravement sanctionné.

     

    Au cours de rien, les épreuves écrites ne se distingueront pas des épreuves orales ; dans le grand vide de l’espace verbal du cours de rien, on ne distingue par la parole de l’écrit.

     

    PRÉREQUIS: Connaître par cœur la chanson On verra (« Rien à foutre de rien ») de Nekfeu.

    COMPÉTENCE FINALE : Suivre le cours de rien jusqu’à la source du vide. 

     

    Pourra-t-on dire que le cours de rien est vide d'intérêt?

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE: AQUALAND, le nouveau roman de Michel HOUELLEBECQ

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    Moins d’un an après la parution de Soumission, le nouveau roman de Michel Houellebecq met en scène un parolier de chanson qui décide d’en finir dans un parc d’Aqualand durant le mois de juillet. Il entre avec un cutter et envisage de s’ouvrir les veines au haut du Niagara, un toboggan frôlant la verticale, avant de se noyer dans une eau mêlée de son sang mais, la file d’attente étant trop longue, il est pris d’un besoin naturel. En se rendant aux toilettes, il glisse et est victime d’une commotion cérébrale. Semi-conscient, il revit les pires moments de sa vie tout en observant l’agitation propre à ce genre d'endroit entre le bain et les latrines...

    AFP - Michel Musso, cet auteur d’un livre aux éditions Horizontale seulement remarqué par la critique puis qui peine à se faire éditer et devient nègre de parolier pour Maître Gims, Kendji ou Zaz, c’est un peu le négatif de Michel Houellebecq ?

    Une possibilité de Michel Houellebecq, plutôt. Je n’ai rien contre les paroliers de chanson, on retient leurs œuvres plus longtemps que celles des écrivains… 

    AFP- Plusieurs de vos textes ont été mis en musique. Mais aimeriez-vous écrire des chansons pour un artiste ?

    Amélie Nothomb si elle chantait, je trouverais amusant qu’elle n'interprète pas ses propres textes. Ou Philippe Sollers qui a une très belle voix… J’aimerais faire chanter quelques actrices porno. Je rêve d’Ovidie susurrant un de mes textes avec un featuring de Beigbeder…

    AFP – Quand Michel Musso s’effondre dans les toilettes, personne ne lui vient en aide…

    S’il avait été terroriste, on l’aurait ranimé pour le faire parler. Un parolier de chanson qui s’effondre n’intéresse personne, il n’est plus dangereux. Il n’a plus rien à révéler… Il s’en va au son d’une ritournelle…

    AFP – Le Space navigator et autres toboggans du site font penser au grand toboggan de La Cité des femmes. D’ailleurs le couple de connaissances en vacances dans le Midi que rencontre sur place Michel Musso s’appelle aussi Snaporaz.

    M.H. - En effet, ce film de Fellini qui a été mal accueilli par les milieux féministes met en scène un homme déboussolé dans cette nouvelle donne sexuelle qui s’est mise en place dans les années 70… 

    AFP - Votre roman met en scène des gens demi-nus mais presque tous maladroitement tatoués avides d’eau et de soleil alors qu’un exhibitionniste handicapé est poursuivi par la sécurité dans une scène burlesque…

    M.H. - C’est le lieu de la glisse par excellence. Tout le reste est superflu, ou subordonné à l’action de glisser, de se fondre à l’élément aquatique, corps et âme. Et proprement. Sans excès. Les gens tatoués donnent des images basiques à voir qui se substituent au vide de leur peau qui les effraie…

    AFP – Etes-vous tatoué ? Quel sujet de tatouage aurait vos faveurs ?
    Une page d’Huysmans ou de Balzac. Cela dit, j’ai une lectrice qui s’est fait tatouer ma tête sur une fesse, c’est joliment fait, elle m’a envoyé la photo…

    AFP - Quel sera votre prochain livre ?
    Un recueil d’idées de roman tenant chacune en deux ou trois pages. L’idée de roman vous épargne de longues heures de lecture et du papier. Une prequel de L’histoire de l’œil de Georges Bataille me tente assez. Ou encore un recueil de mes interviews, certains disent que c’est ce que je fais de mieux…

    AFP- À Aqualand, quelle est votre attraction préférée?
    Je n’y suis jamais allé. L’idée même d’y mettre les pieds me fait avaler un Xanax. Dans un verre de Glenfiddich.

    Michel Houellebecq, Aqualand (Editions Flammarion), 156 pages, 14 €.

  • J'AI GAGNÉ AU TERCET!

    1.

    Tant que tu attendras d’autrui

    La félicité

    Elle ne viendra pas

     

    2.

    Où placer les mots

    Pour qu’ils rapportent

    Un poème ?

     

    3.

    Je joue sur ta joue

    En attendant

    Tes baisers

     

    4.

    Il ne suffit pas d’un souvenir

    Pour forcer le passage

    Entre passé et présent

     

    5.
    Je dissous ma peur de mourir

    Dans mon indifférence à vivre

    Mais il reste des morceaux

     

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    6.
    Le temps ne s’arrête pas chez nous

    Si nous n’avons pas préparé sa venue

    Et aussi son tombeau

     

    7.
    La pluie ramène les odeurs

    Qu’on croyait perdues

    Et que le temps emporte

     

    8.

    Nous sautons d’une cicatrice

    À l’autre

    Sans connaître la blessure.

     

    9

    Mes pleurs s’arrêtent

    Au bord du chagrin

    Plus loin je risquerais de me trouver

     

    10.

    Je me tue à dire tu

    Tue-moi !

    Manquerait plus que tu t’exécutes

     

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    11.
    L’œil dans les champs de vision

    Sauve des regards

    De l’absolue cécité

     

    12.

    J’oublie parfois que j’ai tué

    Quand je marche sur ton cadavre

    Comme sur un chemin d’espérance

     

    13.
    Dans le lit de la gare

    Dort un train

    Avec ses wagons de rêve

     

    14.

    Sous la pierre de chaque corps

    Du sang pourrit

    Dans la carrière humaine

     

    15.

    Sur quelles planète-lèvres

    Vis-tu donc pour croire

    Que les baisers disent l’amour ?

     

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    16.

    Je lis sur les lèvres

    Des femmes

    Les plus beaux livres

     

    17.

    J’ai fait prisonnier le quidam

    Qui voulait m’enfermer

    Dans le monde

     

    18.

    Qui craint les crabes

    Ne connaît pas les seiches

    Ni le peur de la page d’encre

     

    19.

    La petite boule du souvenir

    Réveille dans ma gorge

    Un mal de vivre insupportable

     

    20.

    Je m’allonge dans le sable

    Comme un rêve

    Dans la mer du sommeil

     

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    21.

    J’ai une vie qui rassure

    Avec des grands murs

    Et un gouffre au milieu

     

    22.
    Une odeur de ténèbres

    C’est la fête entre les jambes

    De la lumière

     

    23.

    Je prie pour que le vent

    Chausse des bottes

    Qui montent jusqu’aux nuages

     

    24.
    Dans l’herbe du petit jour

    Je pense à ton sexe

    Et je cueille l’orchidée de la nuit

     

    25.

    Sur le chemin de l’histoire

    J’ai déposé les petits cailloux

    De ma vie

     

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    26.

    Sans me le dire

    Tu as grandi dans mes yeux

    Jusqu’à ce que je ne voie plus que toi

     

    27.

    Une femme s’ouvre à l’oiseau

    De son besoin de voler

    Et l’oiseau enlève son déguisement d’oiseau

     

    28.

    Je vomis du vent, docteur

    Est-ce que c’est grave

    Pour le ciel et la terre ?

     

     29.

    Au haijin

    L’auteur de tercets montre 

    Son trois d’honneur

     

    30.
    A l’auteur de tercets

    Le haijin dit :

    Tu resteras toujours un couillon !

     

     

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     À suivre...

     

    E.A. 

  • CHOUCHOU suivi de SOLITAIRE par Denis BILLAMBOZ

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    CHOUCHOU

     

    Chouchou

    Je me douche

      

    Attends

    La mi-temps

     

    Chouchou

    Je me couche

      

    Un moment

    Juste un instant

      

    Chouchou

    Y a une mouche

     

    Fais du vent

    En chantant

     

    Chouchou

    Embrasse-moi sur la bouche

      

    Le temps

    De me laver les dents

      

    Chouchou

    Je me touche

     

    J’entends

    Je sens

     

    Oh mon petit chat

    Tu dors déjà

     

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    SOLITAIRE

     

    Joue contre-jour

    Jour après joue

    Joue après jour

    Jour contre joue

     

    Jouer pour jouer

    Jouer pour jouir

    Jouet pour jouer

    Jouet pour jouir

      

    Parée d’un bijou

    Elle a osé un jeu

    Avec son joujou

    Jeu pas pour deux

     

    Plaisir sans joie

    Plaisir dégoût

    Plaisir sans émoi

    A jeter à l’égout

  • EN FINIR AVEC EDDY BELLEGUEULE d'Edouard LOUIS

    images?q=tbn:ANd9GcQRP5_UmX4xjl_VU5ebmOG-iuliH_atxjb8qFj28zM5yGoEyQktErXthVkpar Philippe LEUCKX

     

     

     

    louis_eddybellegueule_345865328_north_607x.jpgVingt et un ans pour cet auteur qui sur la page de couverture fait coexister pseudonyme et patronyme réel.

    Un premier roman pour cet étudiant à Normale Sup, largement autobiographique et l’histoire en est assez effrayante.

    Eddy a des manières de fille, parle comme une fille, est très vite catalogué, moqué, molesté, frappé pour être différent. L’auteur a à son endroit toutes les appellations que d’autres lui ont gentiment appliquées : tapette, tapiole, tantouze, crouille…

    Bien sûr, le milieu n’est pas en reste : il n’y a pas que les petits pairs méchants, la famille, les voisins, les villageois de ce bled de Picardie, aussi, en remettent une fameuse couche. Bled où tout est sale, vieux jeu, rompu de réflexions traditionnelles et conventionnelles en matière de sexualité et de conformité.

    Le tableau est croquignolet, et serait assez caricatural s’il n’y avait cette âme d’enfant différent qui pointe ses ailes et essaie, expériences désastreuses après d’autres du même acabit, de se désengluer le corps de la poisse du réel : les rejets, les moqueries, la composition (faire comme si), la fuite, puisqu’à un moment, ce sera la seule solution : quitter cet univers d’enfermement…

    edouardlouis.jpg

    Des épisodes dramatiques ponctuent ce témoignage : entre autres, l’acharnement de deux garçons dans les couloirs retirés de l’école, qui soumettent le jeune Eddy à une violence régulière ; la difficulté incessante pour le jeune à s’intégrer dans le monde, tant il manque de repères affectifs…

    On louera la qualité quasi ethnographique des descriptions d’un milieu défavorisé, d’un malaise existentiel de l’enfance différente, l’écriture au scalpel de ce qui blesse, corrompt, outrage, incise. Là est sans doute l’essentiel de ce que le jeune auteur a souhaité transmettre.

    Le « roman autobiographique » a suscité nombre de polémiques journalistiques, et la famille décrite a renié en bloc les portraits peu flatteurs laissés par Edouard Louis de la famille d’Eddy Bellegueule, nom qu’il a renié. Pour en finir avec un passé trop lourd ?

    Edouard LOUIS, En finir avec Eddy Bellegueule, Seuil, 224p., 2014, 17€.

  • MAGDALENA SISTERS

    88957_300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    La littérature irlandaise a mis ses pieds dans les pas de Peter Mullan dont le film a connu un grand succès. Dermot Bolger et Claire Keegan ont ainsi choisi de traiter l’adoption dans les deux textes présentés ci-dessous, Bolger a franchement évoqué les fameuses Magdalena sisters et leur rôle dévastateur, en Irlande, à l’occasion des naissances adultérines, alors que Claire Keegan a choisi la manière plus allusive pour parler de l’adoption. Ces deux textes posent, à un moment où ce sujet fait débat, le problème de la paternité et de la maternité : la filiation génétique est-elle supérieure à la filiation affective ? Ces deux lectures permettront à tous ceux qui se posent cette question de trouver des éléments de réponse ou au moins d’ouvrir des pistes de réflexion.

     

    1640306_6_2eec_couverture-de-l-ouvrage-de-dermot-bolger-une_987c9ab0e462f9df7c0a130effc4545c.jpgUNE SECONDE VIE

    DERMOT BOLGER (1959 - ….)

    Ce livre écrit une première fois en 1993 est directement influencé, selon l’auteur lui-même, par le vote, en 1990, de la loi autorisant les enfants abandonnés et les mères privées de leur bébé à lancer officiellement des recherches pour retrouver qui leurs parents, qui leur enfant né hors mariage. L’auteur a croisé, alors qu’il allait poster son manuscrit, trois survivantes de la blanchisserie des Sœurs de la Madeleine, les fameuses Magdalena Sisters qui ont fourni le thème et le titre du célèbre film de Peter Mullan. Le thème central de ce livre est donc l’adoption, l’intrigue du roman se tisse autour de l’histoire d’une mère célibataire – qui pourrait faire partie de la longue liste des Magdalena Sisters - à qui on a arraché son bébé à la naissance et de celle de son fils, deux histoires, deux vies, comme deux lignes parallèles qui n’auraient jamais dû se croiser mais qu’un coup du sort, un accident totalement imprévisible, parfaitement aléatoire, a dévié de leur trajectoire respective rendant leur convergence possible.Dermot-Bolger-c.-Fran-Veale2.JPG

    A Dublin, Sean, un photographe, est victime d’un accident de voiture, son cœur s’arrête pendant un bref instant pendant lequel il est spectateur de la scène de l’accident et témoin d’autres événements surgis du fond de sa mémoire. Il revoit ainsi un visage qui le hante jusqu’au fond de ses rêves, jusque au bout de sa convalescence et même encore après. A Coventry, Lizzy, une vieille Irlandaise victime d’un cancer en phase terminale se souvient de la vie qu’elle a menée avant de fuir en Angleterre et d’y fonder une famille, une vie qu’elle a toujours gardée secrète, une vie douloureuse de mère adultère très jeune à qui on a arraché son enfant pour le confier à une famille adoptive. Ses filles et leur conjoint la croient folle car elle est convaincue que le garçon bleu, le bébé qui avait des yeux bleus, va venir la chercher.

    Son accident a changé la vie de Sean, il est hanté par ce qu’il a vu, par ces visages connus ou non qui semblent vouloir l’entraîner vers des lieux qu’il aurait fréquentés dans un autre temps. Il ne peut résister à cette attirance et comprend qu’il faut qu’il cherche sa mère génétique qu’il n’a jamais connue et qu’il a même cachée aux autres pour ne pas être le mouton noir, celui qui a été adopté. Tout le roman n’est que cette longue quête qui entraîne Sean sur les routes d’Irlande, sur les pas d’inconnus qu’il a cru reconnaître lors de son arrêt cardiaque, sur des pistes à peine esquissées par des indices infimes.

    Ce livre est, à l’image du film de Peter Mullan, un violent réquisitoire contre les pratiques irlandaises à l’endroit des mères adultères et de leurs enfants illégitimes. Il dépeint sans aucune concession la douleur ressentie aussi bien par les mères que par les enfants et l’hypocrisie cynique des familles et du clergé, principaux acteurs de ces drames atroces où violences et cruauté se disputaient la vedette. Il donne la parole aux victimes : aux mères écrasées par la honte, le remords et la culpabilité, et aux enfants stigmatisés, marqués au fer de la honte pour le reste de leurs jours. Il dit aussi l’impossibilité de parler, d’évoquer ce drame, l’obligation de vivre toute sa vie avec cette chape de plomb déposée sur leur tête sans vergogne par une société archaïque, cloîtrée dans son passé, terrorisée par sa religion. Il veut aussi rendre hommage à ces pauvres femmes qui souvent « s’étaient simplement trouvées en travers du chemin de leurs proches, sœurs trop laides pour être mariées ou tantes considérées comme bizarres… », des êtres traités moins bien que des animaux qu’il fallait cacher.

    Même si ce texte comporte quelques longueurs et que la quête du héros emprunte parfois des routes encore plus sinueuses que celles qui serpentent dans le comté de Laois, il dépeint bien cette Irlande qu’on aime pour sa magie mais aussi cette Irlande si souvent outrancière, cruelle et implacable qui a parfois si mal aimé ses enfants. Malgré toute cette douleur, l’auteur est allé, au bout de sa quête, de son calvaire, de l’émotion qui imprègne certains passages pour accepter son sort dans un grand élan de résilience. Un livre qui n’a certainement pas été réécrit, comme le précise l’auteur, par hasard, le film de Mullan est passé par là et le grand débat sur la filiation qui a eu lieu en France n’y est peut-être pas pour rien non plus même si la traduction date de 2012. Alors la filiation génétique prévaut-elle sur la filiation affective et éducative ? Chaque lecteur trouvera peut-être sa réponse dans ce livre.

    les-trois-lumieres-2579582-250-400.jpgLES TROIS LUMIÈRES

    CLAIRE KEEGAN (1968 - ….)

    Encore un bon texte venu d’Irlande où les belles feuilles poussent aussi drues que le trèfle dans les prairies, un texte un peu elliptique, allusif, qui décrit un monde en équilibre précaire, un moment de la vie d’une fillette où tout va basculer, à travers ce que voit et comprend cette gamine qui va, au cours d’un été, sortir de l’enfance. « La Pétale », comme l’appelle le mari de la famille où elle est accueillie, fait partie d’une nombreuse fratrie appartenant à un couple de pauvres fermiers irlandais qui parvient difficilement à nourrir toute sa marmaille, aussi quand un nouveau bébé s’annonce pour le début de l’automne, il décide de placer, pour la durée de l’été, une de leur fille chez d’autres fermiers plus fortunés qui n’ont pas ou plutôt plus d’enfant.ClaireKeegan.jpg

    La fillette qui n’est pas encore pubère au début de l’été, débarque dans cette famille comme un potache entre pour la première fois dans un pensionnat. Elle est très intriguée, elle découvre un confort qu’elle ne connait pas, elle essaie de ne pas mal faire pour ne pas déranger, pour être acceptée et pour ne pas infliger la honte à ses parents. Elle est surtout surprise de l’amabilité et de l’affection qu’elle reçoit de la part de ses hôtes, on comprend bien qu’elle n’est pas habituée à un tel traitement chez elle. Mais progressivement, ses sens s’éveillent, sa gêne et son appréhension s’effilochent, elle perçoit mieux se qui se trame autour d’elle, ce que personne ne dit ou ce qu’on évoque qu’à demi-mots sans jamais l’exposer réellement. Elle comprend, et nous avec elle, que cette famille en apparence si équilibrée, si attentive, si affectueuse, a elle aussi ses failles et ses secrets même si elle refuse de l’avouer. Quand viendra la fin de l’été, elle aura fait un grand pas vers la maturité, elle n’aura pas tout compris ce qui est tu dans cette famille mais elle aura découvert des sentiments et des comportements qu’elle ne connaissait pas jusqu’alors.

    C’est un tout petit livre que nous propose Claire Keegan, un roman pour l’éditeur, une grande nouvelle pour certains lecteurs, peu importe, c’est un joli texte que j’ai bien aimé car l’auteur s’est contenté de n’écrire que ce que la fillette ressent et c’est au lecteur, à partir de ce matériau, de reconstituer l’histoire qu’elle a vécue au cours de cet été qui l’a vue sortir de l’enfance pour devenir une adolescente. Il y a une grande finesse dans la manière dont l’auteure conduit son récit, elle nous donne juste ce qu’il faut, juste ce que la fillette peut comprendre, pour que nous construisions l’histoire qu’on pense avoir devinée. Nous n’aurons certainement pas tous bâti la même histoire mais peu importe, ce qui compte, c’est ce que la fillette a ressenti et ce qu’elle est devenue.

  • LES FEUX et autres poèmes

    LES FEUX

     

    A l’appel du miroir

    Je me vois te regarder 

    Venir dans le sillage

    D’un reflet

     

    Toute droite

    Dans une forêt de cyprès

    Sur l’escalier d’un tronc

    Monte la sève des images.

     

    L’air qui te remorque

    M’accroche à ta grâce

    Au cœur de la lampe

    L’ampoule te dessine

     

    Mes cils tournoient

    Dans l’orbite de l’œil 

    Tu renvoies le monde

    À son être obscur et lent

     

    Comme une myopie

    De baleine taupe échouée

    Seul ton corps encore grandit

    Dans le jour déclinant

     

    Qui adresse à ta peau

    Et son dedans d’organes 

    Des signes

    Comme des éclairs

     

    Allumant

    Tous les feux du visible

     

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    UNE NUIT

     

    Nul nuage

    A l’entour de ta bouche

    Pour couvrir

    Le bruit de l’eau

     

    Nul mot

    Né de la phrase

    Pour couper

    L’ombilic du silence

     

    Nulle marche

    Dans l’escalier

    Pour calmer

    La montée du temps

     

    Nulle porte

    D’hôtel défunt

    Pour nourrir

    La langue des morts

     

    Si ce n’est une nuit

    Pendue à tes dents

    Pour un ciel grand

    Comme un ossuaire

     

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    VERBES EMPLOYÉS AVEC POUR

     

    C’est pour découvrir

    L’envers du rêve

    Que des fous à lier

    S’arriment à tes lèvres

     

    C’est pour marquer

    Ta langue de baisers

    Que des pommes lourdes

    Chutent des arbres

     

    C’est pour narrer

    L’histoire de l’hiver

    Que des champs de silence

    Tombent dans le temps

     

    C’est pour compiler

    Des bouts de cire odorante

    Que des cierges roses

    Flambent dans ta chair

     

    C’est pour protéger

    Ton corps de la sourde chaleur

    Que des mains sans nombre

    Déroulent ta nudité

     

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    EN ALLANT

     

    De souffle en souffle

    Ton odeur

     

    De parfum en parfum

    Ta lumière

     

    De flamme en flamme

    Ta rivière

     

    De mer en mer

    Ton histoire

     

    De temps en temps

    Ta venue

     

    Pour faire comme si

    Exister se pouvait

     

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    CINQ ACTES SANS CONSÉQUENCE

     

    J’ai tiré ta prière

    Vers mes mains

    Quand l’aube à petits feux

    Alimentait le jour

     

    J’ai secoué ta fièvre

    Dans mes frissons

    Quand le vent fouettait

    L’arbre mort de tes os

     

    J’ai brisé tes cheveux

    Avec le fer du vent

    Quand les pierres de lune

    Dans le sang du soir coulaient

     

    J’ai caché tes fleurs

    Dans les bulbes des clochers

    Quand les bouquets vomissaient

    Leurs senteurs d’encens brûlé

     

    J’ai caressé tes heures

    Avec le frottoir du couchant

    Quand les fenêtres pour se soulager

    Cassaient des lumières avec du  verre

     

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    LA FABRIQUE DE PARAPLUIES

     

    Je ne m’autorise pas

    À parler du soleil

    Quand il fait brûlant

    Ni de l’amour

    Quand il est entre tes mains

     

    Quand je cherche le bonheur

    Entre tes jambes

    Mes paupières sont closes

    Et s’il pleut quelque part sur la terre

    Je ne veux pas le savoir

     

    Je l’apprendrai bientôt

    Tout en restant à l’abri

    En caressant ta chair

    Entre les astres et les nuages

    De ton ciel pleureur

     

    Dans ta fabrique de parapluies

    Je suis le contremaître

    Chargé de vérifier

    L’ouverture des baleines

    À la verticale du mât

     

    Tu me paies dûment, c’est vrai

    En averses roses et mauves…

    De ton anneau coulissant

    Le long de la tige

    Je suis fan, familièrement parlant

     

    Mais je ne m’autorise pas

    À parler du soleil

    Quand il fait brûlant

    Ni de l’état de ton désir

    En dehors de l’entreprise

     

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    L’HOMME OBJET

     

    Je suis l’homme objet

    De toutes les inattentions

    Mon corps pleure

    Au lieu de s’écarter

    Au lieu de s’espacer

     

    Trente mille

    Années-lumière au moins

    Ne m’ont pas séparé

    De l’astre

    Enfanteur de temps

     

    J’allège j’allège

    Dit le conducteur de carrosse

    À la reine qui ne cesse

    De se dévêtir sous les coups

    De badine de l’amant

     

    La lune, elle, espère

    Un rayon gamma

    Une gamme de sphères

    À la hauteur

    De son la

     

    Tant mieux

    Si personne ne voit

    Où je mets les doigts

    Pour atteindre

    L’atelier brûlant

    De tes joies

     

    Me consumer ?

    Ça non, pas avant

    Que j’aie pu voir

    Tes lignes chanceler

    Ta chair flamber

    Dans le bougeoir d’un baiser

     

    Je suis l’objet

    De toutes les inattentions

    Néanmoins quelques regards

    Se tournent en clignant

    Vers les cendres

    Qui pâlissent mes lèvres. 

     

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    VU DU TRAIN

    Du train je n’ai vu que

    Le tunnel

    Un mot par rail

    Une phrase par gare

     

     

    Un avion perdu

    Dans un port de guerre

    Une espèce de lettre

    En guise de voyage

     

    Une feuille de sucre

    Sur la voie ferrée

    Un navire de lait 

    Dans un café noir

     

    Un passage à niveau

    Gardé par des éléphanteaux

    Avec des barrières

    Aux allures de trompe

     

    Du train je n’ai vu que

    Le tunnel

    Un mot par rail

    Une phrase par gare

     

    Un roman entier

    Qui attendait sur le quai

    La locomotive d’un éditeur

    Avec ses wagons de lecteurs

     

    Et ma vie dressée

    Au garde-à-vous

    Quand l’étoile du berger

    Fait bouillir le ciel

     

    Et des livres de glace

    Pour conserver l’été

    Quand le poème est passé

    De l’ombre à la lumière

     

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    LA FOLIE

     

    La folie vient dans mes mots

    Dans mes tempes

    Elle écrit le livre de mes jours

     

    Elle repousse l’œil

    À la limite du regard

    Quand la lune allume les mémoires

     

    Tout s’assèche le désir

    Vire au désert

    Je m’amuse des mirages

     

    Au soir le ciel espère

    Un appel des étoiles

    Mais l’air sent la mer

     

    Avec mes ongles

    Je racle le sol d’un soleil

    J’ai du jaune dans la tête

     

    Du sable plein les paupières

    La raison ma folie sage

    La folie ma raison sauvage

     

    Elles disent mon nom

    A la neige qui va fondre

    A la rivière qui s’écoule

     

    À la branche et au feu

    A la braise et à la cendre

    Au temps sec qui reste et se fendille

      

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    À LA MER

     

    A la mer j’ai demandé le fleuve

    Au fleuve j’ai demandé la rivière

    A la rivière j’ai demandé la source

     

    Au temps j’ai demandé la vie

    A la vie j’ai demandé le rire

    Au rire j’ai demandé la joie

     

    A la sève j’ai demandé l’arbre

    A l’arbre j’ai demandé le bois

    Au bois j’ai demandé le feu


    Au ciel j’ai demandé l’oiseau

    A l’oiseau j’ai demandé l’aile

    A l’aile j’ai demandé l’envol

     

    Il suffisait de demander

      

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    E.A.

  • L'EMPREINTE IRONIQUE de PIERRE TRÉFOIS (éd. Gros Textes)

    l-empreinte-ironique-de-pierre-trefois.jpgLeçons de savoir-vivre et de savoir-écrire

    Les traits d’esprit de Pierre Tréfois sont irrigués par la culture latine, la peinture, la grande musique et la belle littérature, celle qui se mérite, et c’est ce qui fait leur force, leur spécificité. J’ai pensé notamment à Perros ou à Kraus en les lisant mais Tréfois cite aussi Chamfort, La Rochefoucauld, Schnitzler ou Cioran bien sûr.

    Ici,  le jeu de mots est subordonné au contexte et ne plane pas au ciel des Lettres comme un pantin désarticulé, en manque d’ancrage existentiel ou culturel. Les références sont nombreuses :  Marx, Musil, Montaigne, Marais, Bach, Beethoven, Bloch, Poussin, Monterverdi, Beckett, Claude Simon…

    Autrement dit, ces réflexions poussent dans une terre riche et elles portent loin,  profond. Ce sont des leçons de savoir-vivre et de savoir-écrire.

    Mes phrases partent au large, débonnaires trois-mots en route vers l’autre rebord du monde. C’est depuis 1492 qu’elles me font le coup, en revenant, de temps à autre, voir comment ça se passe ici…

    trefois.jpgPierre Tréfois fustige les paroles qui volent car sans poids et, par voie de conséquence, ceux qui écrivent comme ils parlent, aux écrits volatils. Pour se ressourcer au verbe, il se hisse, écrit-il, dès six heures dans le dictionnaire pour n’en redescendre qu’à la nuit tombée.

    Il fait aussi preuve d’une modestie qui n’est pas la face cachée d’un narcissisme, et même d’auto-dénigrement, mais comment pourrait-il en être autrement face aux œuvres qui nous dépassent et nous survivront quand on mesure ce qui nous en sépare. Mais elles sont aussi un onguent. On peut s’en couvrir contre les attaques des médiocres.

    Ses manques, ses propres défauts, il les pointe de manière si aiguë qu’ils deviennent piquants pour les autres.

    Chaque matin, mon miroir me reflète trouble.
    Sa vue baisse…

    Les mots comme on le voit le couvrent et le gardent d’un désespoir qui, autrement, pourrait lui être fatal. Il écrit dans l’ombre des phares (de la littérature et des arts)des pensées qui éclairent nos vaines destinées et repousent la nuit de nos insuffisances.

    La préface, excusez du peu, est signée Jean-Pierre Verheggen.

    Mais lisons et écoutons plutôt! 

    Les étoiles se plaignent régulièrement de pandémies d’astérisques.

     

    Je voudrais tant te voir en chair et en os.
    Pour la chair, je suis pressé.

    Pour les os, pas tellement.

     

    Je déteste les riches, les hôtels 4 étoiles, le caviar, les Roll’s Royce,…

    Bref, j’ai des dégoûts de luxe.

     

    On se remet d’une rupture, d’un décès.

    Mais d’une déception…

     

    Narcisse et ses fins de moi difficiles.

     

    D’homme à femmes, je suis devenu homme à fables.

    D’Eros à Esope : le changement dans la continuité.

     

    Mais arrêtons là et laissons-en pour ceux qui, en se procurant cet ouvrage, découvriront l’autoportrait d’un fin lettré qui écrit comme il vit, avec distinction.

    Éric Allard

    L'empreinte ironique, Gros textes, 2015, 64 pages, 8 €.

    Illustration de couverture: Michou Malagoli

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    Le livre sur Babelio

    Gros Textes le site

    Gros Textes le blog

    ROUGE RÉSIDUEL d'André DOMS & Pierre TRÉFOIS 

    TROPIQUE DU SURICATE de Pierre TRÉFOIS

  • SCÈNES ROMAINES (suite) de PHILIPPE LEUCKX

    IX

    Parfois, une cuisante nostalgie. De ne pas être là. D'être passé trop vite. D'avoir mal vu. Entre. Puisqu'il faut voir au-delà de ces grilles, de ces persiennes de la via Bodoni. Oui, c'était au 98 ou au 100, de toute façon presque identiques ces condominio. J'errais là, les après-midi, après avoir happé un peu d'air frais du côté du Mattatoio (Les anciens abattoirs du Testaccio). Ce sont des moments que je ne peux oublier. Ne pas oublier. La qualité de l'air. La lumière qui tombait sur les bancs dans la cour intérieure de l'immeuble. Le vert des persiennes. Je n'en revenais pas d'être là, à Rome, moi le petit paysan d'un bled à la frontière. De ces errances, il me reste, oui, la densité de l'air des méridiennes, quand le moindre souffle s'entend, quand la chaleur colle aux murs et que vous êtes là, dans un silence de témoin qui observe et tend à son cœur de petites choses banales, comme le ronflement d'une vieille, vous tombant dessus, parce que les persiennes penchées laissent venir à vous ces rumeurs de sieste. Parfois, oui, une trop cuisante mélancolie.

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    X

    Gare de Garbatella. Quartier excentré. La nuit enveloppe la petite place. Des cageots du marché traînent. Je vais rentrer à l'academia, parcouru des secousses implacables de la perte. Tu ne verras plus cette place, cette lumière, cette pauvre lumière, cette heure manquante, ce vide en toi qui la fait plus impérieuse. Toi, le promeneur indécis, vacant. Toi, l'errant stradale. Aucun touriste ne vient là et qu'y ferait-il, sinon s'engager à n'y voir que de pauvres murs. Ce jour-là, tu as repris un métro, puis le 95, ce fameux autobus qui va des partisans à Washington, pour t'abandonner au pied d'Omero, lorsqu'il va falloir dans le noir complet sinuer entre les arbres, avec ce cœur qui bat tout de suite un peu plus vite, cette petite peur du marcheur nocturne, aux pas pressés, embroussaillés de crainte.

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    XI

    Pour Gianluca Molinari, Bruno Bevacqua, Nero Christian Ledda , Muflone, Stefania Russo...

    Au 61 de via M*, j'étais accueilli comme un frère, un frère beaucoup plus âgé, venant là, dans l'étroite cuisine, discuter, échanger, boire un vin italien, humer le temps de Rome, fenêtre ouverte. Je nous revois, le soir, après un petit repas improvisé, les bonnes pâtes que nous étions, entre italien et français, au beau milieu de ma langue de l'autre, forcément baragouinée, avec les mots des partages, l'été, le juillet qui brûle encore le soir, et l'invite déjà à revenir parmi eux, et l'escalier que je descends pour rejoindre Buenos aires ou Margherita, reprendre le 3 vers Thorwaldsen, et cet escalier est présent dans le vide inouï qui me fait écrire huit ans après, dans l'exacte pression des mots et des émotions.

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    XII

    Passé le Gazomètre, on est tout de suite dans une autre ville. Ostiense. Centrale Montemartini. Où sont passés les touristes, qui filent par flopées devant la machine à écrire? Peu viendront jusqu'ici voir ce que sont devenus les grands marchés généraux, les avenues presque vides... Eppure... Les grandes statues au beau milieu des machines, ça vous offre pour sûr un vrai chambardement des idées toutes faites en matière de muséographie. Humer les petites mosaïques du Jardin de Salluste, là, dans ce musée où de rares visiteurs prennent la juste mesure - sans jeu de mot - de la grandeur de Rome.

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    XIII 

    Tu vas au Parco Mellini, tout au bout de Trionfale, quand tu te diriges vers le Monte Mario, et qu'il te semble quitter la Rome du centre, ses agitations, ses places à touristerie, quand pour trouver un belvédère éblouissant de magnitude, tu prends le bus qui monte, monte, tourne, tourne, passe devant des hôtels de choix, des demeures cossues, monte, grimpe jusqu'à atteindre ces parcs à chiens, puisque eux sont interdits de trottoirs donc de crottes, puisque, contrairement à nos villes sales de déjections, Rome parque ses chiens pour notre plus grand bonheur de sandales. Le Parc Mellini est une splendeur perchée, l’un des surplombs de choix avec le Gianicolo et le Pincio.

    Mais qui , sincèrement, va aussi loin, alors que la foule se masse à des endroits stratégiques : Colosseo, Vatican, Machine à écrire, Quirinale, Trevi et Navona… ?

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    Découvrez Les SCÈNES ROMAINES de I à VIII

  • ON SE CALME!

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  • BARRES, BOULES, BOLS & BULLES

    « Les gens, tout de même. »

     Jean-Philippe Toussaint (Monsieur)

     

    BARRES

    Cet homme très grand voyait des barres asymétriques partout.

    D’où son mode de déplacement alambiqué qui faisait la joie de enfants.

    Après une thérapie lourde, il ne vit plus que des barres parallèles, ce qui améliora considérablement sa démarche et son existence. Mais fit moins rire les enfants.

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    BOULES

    Depuis l’enfance, cet homme fait les yeux ronds devant toutes les boules.  De terre, de glace, de chair, de viande, de verre, de pétanque… Avant de les lécher.  

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    BOLS

    Cet homme aimait les bols qui ne sont au fond que des demi-boules. En céramique ou en plastique. Parfois en inox. Dans lesquels on boit, on pisse ou on régurgite. On peut aussi les faire servir de seins, de fesses ou de grandes oreilles. Cela dit, ils ne font pas longtemps illusion dans ces dernières fonctions.

    On peut les faire servir de porte-voix si on parle de loin, de saladier si on mange seul, d’instrument de coiffure ou de chant (écoutez le chant du bol tibétain !) si on fait une retraite. 

    On peut aussi boire la tasse avec pour diminuer l’amertume du breuvage, se dégoûter d’une chose en la servant à ras bord à défaut de bottes.

    Le bol frappé avec douceur attire la chance (et réjouit l’ouïe), il permet de prendre l’air avec modération. Il faut donc éviter d’en manquer.

    Voilà pour les bases d’une bonne connaissance des bols. 
    Mais cet homme aimait tant les bols qu’il poussa plus loin et entreprit un master en bologie. Il devint ingénieur bologiste et a tant à faire maintenant que parfois il se demande s’il n’aurait pas eu plus de bol à s'enticher des mugs.

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    BULLES

    Cet homme ingénieux autant qu’impécunieux espérait rallier la lune au moyen d’une simple bulle. Mais ou bien il était trop lourd ou bien il utilisait du mauvais savon. Si bien que pendant tout un temps il ne s’éleva pas plus haut que le plafond de sa salle de bain puis pétait. Du moins, son engin. Même à l’air libre, il ne dépassait pas le premier étage.

    Enfin, il se procura la recette pour fabriquer des super bulles (eau, liquide vaisselle & sucre).

    Un soir de vaisselle lavée, il décolla et monta haut, très haut…

    Mais c’était sans compter sur les chasseurs de bulles qui gardent la lune.

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    E.A.

  • ELEK BACSIK, guitariste et violoniste de jazz (1926-1993)

    415ty6l%2BoSL._SL252_.jpgELEK BACSIK est un guitariste et violoniste de jazz né à Budapest en 1926 et décédé à Glen Ellyn 1993 aux Etats-Unis. Sa fille vient de lui consacrer une biographie (Elek Bacsik, un homme dans le nuit par Balval Ekel, éd. Jacques Flament, 2015).  

     

    Voici une petite sélection de ses enregistrements disponibles sur le net.

    Avec Michel Gaudry et Serge Gainsbourg  en 1964, chez les parents de celui-ci, pour l'enregistrement d'une émission de la télévision belge.

    L'album de 1962

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    En 1964, pour l'émission Age tendre et tête de bois. Grâce à la méthode d'enregistrement audio de re-recording, Bacsik peut jouer de cinq instruments (contrebasse, batterie, violon et guitares). 

     

    En 1963, sur ce titre et tout l'album Gainsbourg confidentiel, un des meilleurs de Gainsbourg

    Laetitia 

    Elek Bacsik signe ici la musique

    L'album de 1963

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    En 1963, sur l'album"Elek Bacsik / Guitar Conceptions" avec  Elek Bacsik (g), Maurice Vander (org), Guy Pedersen (b), Daniel Humair (ds)

     

    "Cette chanson est restée inédite jusqu'à la parution en 1998 du pack 2CD "Pour vous ... Mes Plus Belles chansons" incluant ce morceau erronément intitulé 'La fermeture glissière". Titre probablement enregistré lors des sessions de l'album "12 nouvelles chansons de Bassiak" (1966) et laissée de côté.

    Écrite par Serge Rezvani, alias Bassiak. Avec Elek Bacsik à la guitare et Michel Gaudry à la contrebasse. Arrangements d'Elek Bacsik." 

     

    en 1964 avec Sacha Distel, Boulou Ferré et Baden Powel

      

    en 1974 au violon

    D'autres titres de 1963...

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     ELEK BACSIK sur WIKIPEDIA

  • ELEK BACSIK, UN HOMME DANS LA NUIT de BALVAL EKEL (éd. Jacques Flament)

    image164.jpgVoix à l’unisson

    En 2009, à quarante-six ans, l’auteure du livre découvre qu’elle est la fille d’Elek Bacsik. Elle découvre le nom du père dans les archives du Festival de Jazz de Juan-les-Pins à l’occasion duquel, sa mère, en vacances sur les lieux, l’a rencontrée et aimée. Elle apprend de la même façon son décès seize ans plus tôt, en 1993 aux Etats-Unis, alors qu’elle-même avait trente ans.

    Elle naît ce jour-là à elle-même car jusqu’alors elle a été déconsidérée, niée par sa famille en tant que le fruit d’un amour non légitime. Après avoir, comme elle le reconnaît, « par amour pour ses bourreaux forgé cette histoire, véritable cercueil de (sa) personnalité ».

    Elle écrit aussi de manière touchante: « Je ne suis pas très civilisée, j’ai toujours besoin d’appréhender le monde avec mon corps, peut-être parce que j’ai passé beaucoup de temps à m’autoriser des émotions plutôt que des sentiments. »

    Très vite, à des particularités physiques propres au père et à sa fille de quatre ans, elle reconnaît sa filiation avec le musicien hongrois d’origine rom.

    Elle se met auprès des gens qui l’ont connu, avec lesquels il a travaillé, en quête d’anecdotes et de photos. Elle alterne les chapitres consacrés à Elek avec ceux où elle rapporte ce que ce travail littéraire singulier change dans sa vie. On suit à la fois chronologiquement la vie du musicien et les transformations qui s’opèrent chez sa seule fille, celle qui raconte, qui rapporte comme une groupie, écrit-elle, ce qu’elle est devenue. Elle découvre le jazz et parle des disques de son père avec une maîtrise étonnante, celle du cœur certainement. Parce qu’elle ne s’intéressait pas avant à ce genre musical. Le jazz qu’elle définit comme suit : « Le jazz donne tous les plaisirs, celui de la familiarité avec le thème que l’on connaît déjà et celui de la découverte, de l’inattendu. Une musique brillante parce qu’elle est extrêmement élaborée, mais aussi un moment où le musicien devenu compositeur, se met en danger. » 

    Elek Bacsik apparaît aux côtés de Gillespie, Gainsbourg, Jane Moreau, Barbara ou Nougaro avant de s’exiler aux Etats-Unis où il jouera même dans l’orchestre d’Elvis Presley et sortira des disques sur son seul nom, comme il l’a aussi fait en France. C’est toute un époque qui défile et un milieu qui est dépeint avec justesse.

    Mais ce qui est doublement émouvant dans cette biographie pas comme les autres, c’est qu’on assiste à deux naissances en miroir.

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    Au moment où elle écrit sur son père, lui confère une existence à rebours, en reliant tous les points et toutes les époques de son parcours, l'auteure accède aussi à l’écriture qu’elle s’était jusque là refusée, à une exception près.

    Dans la relation de la vie d’Elek qu’elle fait, elle commence à la troisième personne, passe ensuite à la deuxième pour terminer, dans les derniers chapitres qui traitent à la fois de l’enfance et de la fin de vie du père, par dire je, par parler à sa place. Elle lui donne une voix après avoir retracé sa voie. Elle fait correspondre sa voix propre avec la sienne, de telle sorte qu’on ne sait plus bien à la fin du livre qui parle, qui écrit. C’est d’ailleurs le père qui achève le livre avec les mots que lui a prêtés sa fille.

    Rencontre manquée dans la vie réelle qui aura lieu vingt-deux ans plus tard après le décès du père dans les pages de ce livre qui apporte aussi à Miri, la fille de l’auteure, auquel le livre est dédié, un témoignage vibrant sur son grand-père maternel.

    Ce livre, recommandable à plus d’un titre, se clôt par les témoignages des proches consultés en guise d’épitaphe où tous s’accordent sur la gentillesse d’Elek et son talent.

    Éric Allard

    Balval Ekel, Elek Bacsik, un homme dans la nuit, Jacques Flament Editions, 196 pages, 15€.

    Le livre sur le site de l'éditeur

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  • DEBORDEMENT suivi de PAROLES EN L'AIR, par Denis BILLAMBOZ

    Débordement

     

    Je suis rempli de motsiinstallationurbaine_rivieredelivres_c_aliciamartinthumb_0.jpg

    Et je n’ai rien à dire

    J’ai trop de mots

    Ils m’étouffent

    Ils m’asphyxient

     

    Je les sue

    Je les pleure

    Je les bave

    Je les pisse

    Je les éjacule

     

    Je les jette sur la feuille

    Je les abandonne en vrac

    Je pisse de la copie

    J’écris un livre

    Un livre à succès

     

     

     

    Paroles en l’air

     

    Il a pris la parole2705399776_4.gif

                               Il pérore

    Ses mots s’envolent

                               Dans le désordre

    Ils carambolent

                               Comme lutins retors

    En folle farandole

                              Qui déborde

    Ils s’affolent

                             Se tordent

    Se dérobent

                             Sèment le désordre

    Propulsent la parabole

                             Dans le décor

    Déforment les paroles

                            Les dévorent

    Altèrent les symboles

                            Comme des butors

     

    Les membres n’ont rien compris

                            Les membres ont approuvé

    Les membres n’ont pas d‘avis

                           Les membres ont voté

    Il a pris la parole

                           Ils n’ont pas compris

    Il a péroré

                           Ils ont voté

    Ainsi va le monde

                           En une folle ronde

  • DU CÔTE DE CHEZ MAELSTRÖM : Ô BILLES OH POESIE

    images?q=tbn:ANd9GcQGymCFMRz1P7GYP_9eNrNsxB2X-airHgAeX5GNRBFLdNk_dLHVpar PHILIPPE LEUCKX 

    Diversifiant ses collections, Maelström propose, à côté de ses fameux « booklegs», une collection de « romans » aux couvertures colorées, une série « compact » sous format carnet, une autre en noir et blanc réservée à la poésie (grand format et volume plus épais).

    Parmi les dernières parutions, pointons deux écritures de jeunes poètes, assez originales dans la mesure où elles dérogent aux codes aujourd’hui en faveur dans nombre de poèmes contemporains : signifiant à tout crin, ressassement lexical, topiques saturés (exemple : l’anaphore), minimalisme desséchant, poésie « vaguement » philosophique, poésie parlée (avec des « ça » à pleuvoir !)…

    Et heureusement !

    Voilà deux livres de poésie, très différents pourtant.

    ***

    large.jpgL’écriture de Kenny Ozier-Lafontaine (Paul Poule sur les réseaux d’écriture) dans « billes » explore « le ciel blessé », métaphore d’une enfance douloureuse, puisque toutes les enfances le sont dans la mesure où , dit-il, « c’est mourir à tout bout de champ ». L’écriture, légère, tout en étant incisive, apprécie les brefs poèmes, les assertions poétiques, les maximes personnelles, quelques aphorismes vraiment bienvenus, un style entre haïku repensé et gouttes philosophiques de bon aloi :

    pour combler le vide

    entre la langue et le ventre-ciel

    il avait marché,

    il savait d’expérience

    qu’il était plus aisé de convaincre une lumière dans l’aube

    de rebrousser chemin

    que de dissuader le vent d’emporter

    quelques grammes d’oiseaux

     

    j’ai vu la neige venir recoudre la blessure de l’eau

     

    réapprovisionner

    le ciel en visages

    le ciel est la conséquence d’une étoile blessée au bleu…arton262.jpg

    Le ciel, les nuages, les couleurs, et surtout le silence des gestes, de l’écriture, de la perception du monde, sont au cœur de cette poésie aérienne, don d’images pures et tellement partageables !

    Aucune faute de goût, aucune lourdeur ne viennent déparer un très bel ensemble : on est surpris d’apprendre que ce livre est un deuxième recueil de poésie (après « Fils de la nuit », chez le même éditeur) tant la maîtrise du vers, des images, tant la souplesse et la fluidité de la petite musique de Kenny Ozier-Lafontaine coulent de source, à l’instar d’un corps libre.

    Kenny OZIER-LAFONTAINE, Billes, Maelström, 2015, 130p., 13€.

    Le livre sur le site des éditions Maelström

    ***

    374.2.jpgDéjà sept livres de poésie au compteur d’Arnaud Delcorte (1970). Après deux livres au Chasseur abstrait, trois à l’Harmattan, un livre cette année chez M.E.O. (un très beau « Méridiennes »), le voici avec « ô ».

    Un petit « maelström compact » de quatre-vingts pages pour en découdre avec les thèmes chers du poète : le voyage porteur et cet amour des hommes, la lumière « méridienne », le culte des titres brefs pour relayer sans doute cette pulsion des désirs, par pudeur contenue en tercets tressés de sèves et d’amours.

    Après « éden », « ogo », « écume noire », la brièveté des titres rejoint l’écriture, non contrainte, mais corsetée volontairement dans l’appareillage du bref. Dire beaucoup dans l’étroite mesure de versets ou de haïkus. Il y a, chez Delcorte, quelque chose de très oriental, et à la fois de très physique, dans ces écritures du désir (que peu peuvent nommer) sensuel, celui de l’autre miroir, très nu dans l’injonction faite au lecteur de partager sans complaisance sans voyeurisme ces instants suspendus dans l’effraction du plaisir :March%C3%A9+Po%C3%A9sie+2013+013.JPG

     

    La douleur du départ

    Un battement

    Et rien que tes traces dans le bleu

    Je préférerais mourir d’abstinence

    Que de traduire l’amour

    Sous d’autres latitudes

     

    Nos mains détiennent l’aveu de solitude

    Nos yeux

    D’intrigants lendemains

    Sous le ventre enceint des hommes

    Un nuage

    …ou promesse

    À accomplir

    Si le poète, et l’homme, réapprend « l’incandescence de ta chair », « la mer vouvoie nos errements », il lui faut « dériver dans le jour » pour asseoir le rythme, la marche, le goût des choses simples, « la bouche enivrée », une sensualité reconquise, où lèvres, regards, frémissements dessinent une carte du tendre, en toute liberté, sous la bannière de ces poètes orientaux, Tagore ou Mishima, convoqués pour la juste cause : dire dans le creux du poème « c’est là », « nous sommes » vivants , à « l’appel de l’instant ». Belle et juste philosophie un brin hédoniste.

    Dans une écriture, qui, de livre en livre, resserre ses enjeux, quel bonheur de lire :

    Mon amour dort

    Autour de nous

    Une couette de vent

    Bashô n’est pas loin.

    Arnaud DELCORTE, Ô, Maelström, 2015, 80 p., 8€.

    Le livre sur le site des éditions Maelström

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