LETTRES D'OTRANTE de Geneviève BERGÉ

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513blog.jpgLes derniers livres de Geneviève Bergé disent assez son amour pour la chose italienne : son essai sur « Fra Angelico », son roman, « Le tableau de Giacomo » tout entier consacré à un peintre du sud. C’est dire que le lecteur qui la suit depuis longtemps ne sera pas étonné de la retrouver pour son dernier roman, du côté de la Péninsule.

Voici donc le neuvième livre de notre auteure.

D’Otrante, en pays salentin, Aafke, restauratrice d’art hollandaise, envoie à son ami Peter, diminué par la maladie, des lettres qui relatent son quotidien, sa logeuse, ses rencontres dans la belle ville à la cathédrale.

Elle est là pour restaurer, en ce bord de mer du sud, la mosaïque célèbre de Pantaleone, avec une petite équipe (Aldo, Angélique…).

C’est pour elle l’occasion de décrire par le menu son installation dans une maison visitée par les loirs, au grand dam de sa propriétaire, Simona.

C’est aussi l’heure de se raconter à ce destinataire, mutique, réduit par les circonstances à ne vivre que relié à des machines et tubes, à ne communiquer que par ordinateur. Mais que peut-elle bien confier à cet ami ? Au fil de longues lettres, émergent, d’une prose patiente, très descriptive, très vivante par ses faits divers et anecdotes, des amitiés pour les gens du lieu : Anita et sa fille Coca, venues d’Erythrée pour s’installer dans une petite boutique presque improbable à l’heure de la désertion d’Otrante par les touristes. Et la vie tout court, quand les bords de mer voient arriver des réfugiés, quand le petit café de Fabio s’anime des rumeurs et autres potins. La vie, avec ses doutes, l’âge qui préoccupe la narratrice, le travail de mosaïste au plus près d’une œuvre à sauver des piétinements de fidèles très peu soucieux du trésor qu’ils foulent au sein de la cathédrale.AVT_Genevieve-Berge_4346.jpeg

Bien sûr, la préoccupation majeure d’Aafke est la santé de Peter, dont elle nous dévoile la progression de la maladie, les parages de la mort que l’ami lointain flaire sans aucun doute, sans compter les silences, trop lourds…

Geneviève Bergé assure du relief, de la vie et beaucoup de sens, à cette histoire contemporaine qui donne à lire les efforts des uns et des autres pour s’offrir une raison de vivre et de travailler avec les autres.

Ses personnages ont la chair et l’esprit d’êtres que l’on aimerait croiser, et c’est avec beaucoup d’émotion qu’on les quitte, même ce petit visiteur du studio d’Aafke dont Coca s’éprend, un petit chat qui traverse l’histoire aussi léger que la plume de l’écrivaine.

Pleine d’érudition habilement cachée sous les ressorts narratifs, l’histoire romanesque cohabite avec la Grande, celle qui a marqué Otrante à certaines dates de son évolution.

L’Italie, majeure, culturelle, voyageuse, aimée, est certes le protagoniste de ce roman qui ne s’oubliera pas facilement, tant il attise en nous les prestiges d’un récit ordinaire en terre de beauté. 

Geneviève Bergé, Lettres d’Otrante, Luce Wilquin, 200p., 19€.

Le livre sur le site de l'éditeur

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