DEAMBULATIONS SUR LA BUTTE

arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

 

Deux histoires truculentes et désopilantes, comme Le Dilettante en publie souvent, qui se déroulent toutes les deux sur les pentes de la plus célèbre butte de Paris. Un point commun géographique mais aussi message identique car, si l’ironie et la dérision sont les armes communes à ces deux textes, il ne fait aucun doute qu’elles sont tournées vers la même cible : la puérilité de notre société et la stupidité de ceux qui sont chargés de la faire fonctionner.

 

 

9782842638276.jpgPETITS PLATS DE RÉSISTANCE

PASCALE PUJOL

Un livre drôle et amusant qui raconte les tribulations picaresques et truculentes d’une bande de chômeurs chevronnés qui sévit sur les pentes de la plus célèbre butte parisienne, terrorisés par une employée cynique et zélée de l’agence Pôle emploi du quartier bien décidée à les remettre au boulot ou les radier des listes des allocataires. Champions de la débrouille et de l’embrouille, ils inventent les pires carambouilles pour améliorer leur quotidien, ou simplement survivre, sans succomber aux manœuvres de leur tortionnaire, la belle Sandrine, l’employée exemplaire de Pôle emploi.

La féroce fonctionnaire se laisse cependant attendrir par son plus fidèle chômeur, elle ne le radie pas, elle l’oblige à apprendre le métier de cuisinier, elle a une idée derrière la tête : elle n’envisage pas de torturer du chômeur toute sa vie, elle veut ouvrir un restaurant, elle est passionnée de cuisine, elle a besoin d’un chef. Cette faiblesse passagère va lui faire rencontrer le reste de la bande : un géant noir conseiller spécial des chômeurs égarés, un géant alsacien directeur d’un foyer d’hébergement en cours de cession, un Tamoul génie de la cuisine, une chroniqueuse en sexologie et quelques autres, ils constituent avec sa famille haute en couleur : un mari magouilleur, une belle-mère dévergondée, une fille surdouée et parfaitement amorale, un fils bellâtre efféminé, une micro société où la débrouillardise fait loi tout comme l’absence de scrupule tient lieu de morale.

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Cette petite troupe développe sa petite affaire tout en s’érigeant en défenseur de la morale et des plus démunis face aux investisseurs peu scrupuleux et très avides d’acquisitions immobilières dans ces rues qui s’embourgeoisent les unes

après les autres. Une façon de défendre l’identité de ce quartier populaire où le bourgeois s’encanaillait, en préservant des mœurs ancestrales et une certaine idée de la résistance aux dictats de l’administration.

Ce livre m’a amusé, j’ai bien ri, le style alerte, vif, enjoué de l’auteure valorise les images inventives et colorées, les raccourcis fulgurants, les formules lapidaires qu’elle distribue à longueur de pages. Mais toute cette gouaille sert aussi à montrer l’émergence d’une nouvelle société, fille de la crise, une société qui a appris à se débrouiller sans tendre la main, en allant chercher ce dont elle a besoin là où il est. Dans ce texte, la société trop réglementée semble avoir enfanté une nouvelle forme d’être et d’avoir.

 


ob_646358_33fd47d76fedbfddd2e566740568ec4dcd7def.pngDE L'INFLUENCE DU LANCER DE MINIBAR SUR L'ENGAGEMENT HUMANITAIRE

MARC SALBERT (1961 - ….)

Même si les minibars volent beaucoup moins gracieusement dans le ciel de Cannes que les papillons dans celui de la baie de Rio, ce roman ressemble étonnement à une démonstration du phénomène bien connu de l’effet papillon en expliquant comment un minibar largué par la fenêtre d’un hôtel cannois peut valoir au journaliste, auteur de cette défenestration, une disgrâce qui le conduit du service culturel de son journal à celui des informations générales où, dès son premier reportage, il rencontre malencontreusement la matraque répressive d’un CRS lors de l’évacuation d’un campement afghan sur la Butte Montmartre. Et l’enchaînement des événements ne fait que commencer, Arthur, le journaliste blessé, devient une icône pour tous ceux qui n’aiment pas les CRS et qui sont prêts à défendre toutes les causes qu’ils croient justes, il est entraîné dans une aventure dont il ne maitrise pas les péripéties.

Sous le prétexte de cet enchaînement d’événements fortuits, Marc Salbert tricote une petite histoire drôle, légère, cocasse qui contraste avec l’ambiance tristounette actuelle, tout en dressant un tableau à la fois acide et amer de la société actuelle, notamment du monde des médias et de l’engagement humanitaire. Il recourt avec adresse et finesse à l’ironie, à la dérision et même à la malice pour narguer ses concitoyens qui sont parfois ses collègues des médias, et dénoncer, comme le fait l’un de ses personnages : « le nivellement par le bas, le triomphe du rien, de l’égoïsme, de la sottise, des fausses valeurs, de l’égalitarisme forcené ».

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Dans ce texte contemporain écrit dans un langage actuel, avec tout ce qu’il faut d’anglicismes et de formules branchées pour être crédible, l’auteur joue les Modiano de Montmartre en entraînant le lecteur dans les rues, ruelles, escaliers, places, bars, restaurants et salles de spectacles de la célèbre butte en nommant à chaque fois les lieux comme pour l’inviter à les fréquenter. Une balade légère et primesautière qui masque mal la causticité de l’auteur envers tous les travers de notre société, aussi bien les brutalités stupides des forces de police que l’angélisme béat des milieux intellectuels, aussi bien la puérilité des petites querelles individuelles qui pourrissent la vie de chacun que les grandes injustices qui déstabilisent notre monde.

Une leçon de sérénité et d’optimisme puisée à la source de l’ambiance un peu surannée du rock and roll des années soixante dix, celles du hard rock et des punks mais surtout celles de Led Zeppelin, le groupe fétiche du héros.

                                                       

                                                            Le site du Dilettante

 

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