HISTOIRE D'IRÈNE d'ERRI DE LUCA

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41jPA0tCMyL._SX317_BO1,204,203,200_.jpgDe Luca (Naples, 1950) vient de connaître des mois difficiles, en raison d’une « affaire extralittéraire de sabotage d’un chantier public », suspicion dont l’auteur, soutenu, a été blanchi en 2015.

Le voilà, la même année 2015, avec un 26e livre, « Histoire d’Irène ». De l’auteur ancré à Naples, on se souviendra surtout du très beau « Montedidio » (2002) que révéla le Prix Femina étranger. Un subtil mélange de réalité sociale dans un quartier populaire napolitain et de fantastique presque mystique faisait de cet ouvrage une belle leçon d’humanité, et au cœur de l’histoire, une amitié entre un enfant et un vieux savetier juif. Ont suivi d’autres livres, souvent fort minces : « Le contraire de un », « Le jour avant le bonheur », « Le poids du papillon »…

La fable a pris dans ces petits ouvrages une place plus grande et l’auteur décline ses thèmes personnels : l’escalade, son sport favori ; le souci de l’autre, étrange, étranger ou exclu ; la nature (ah ! ce symbole du chamois solitaire et résistant).

Enfin, « Le tort du soldat », en 2013, posait encore les rapports filiaux (un vieux criminel nazi et sa fille) au centre de la fiction.

On retrouve dans « Histoire d’Irène » ses préoccupations. Le livre est constitué de trois parties brèves. Les trois nouvelles sont toutes marquées du sceau de la filiation. D’une orpheline muette, amoureuse des dauphins, et peut-être « mère » de l’un d’eux, en mer de Grèce, à ce vieil homme des bassi napolitains devant la mer (il a un fils, un petit-fils) sujet de « Une chose très stupide », et, au centre du livre : un récit qui tourne autour de la figure du père de l’auteur, le sous-lieutenant Aldo De Luca et un épisode de la seconde guerre mondiale, en 1943, lorsque les Allemands occupent l’Italie et organisent des rafles et des convois.

La religion, aussi, a sa présence discrète. On prie. On communie avec une nature qui est peut-être le dernier rempart pour l’homme d’aujourd’hui, décalé, perdu, égaré, « clandestin » comme l’épisode central « Le ciel dans une étable » le décrit, toujours fugitif ; toujours redevable de solidarité sinon d’amour. Le fantastique innerve le premier récit, et le lecteur se sent intrigué par cette relation étrange et marine entre un homme de plus de soixante ans, une fille qui seule comprend cet univers de dauphins.

On y parle de vie, de mort, de naissance et l’on ne peut s’empêcher de penser que de toujours l’écrivain de « Montedidio » s’est assuré le devoir en écriture de poser un regard singulier sur le monde, entre réalisme et imaginaire, de Naples à la Grèce, en passant par Auschwitz (Le tort du soldat).L’écriture, très belle – de toutes petites gouttes de phrases économes – emporte l’adhésion.

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Erri De Luca, Histoire d’Irène, Gallimard, coll. Du monde entier, 2015, 128p., 12,50€, traduction de l’italien par Danièle Valin.

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