LES INNOCENTES d'ANNE FONTAINE

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ob_406a97_affichelesinnocentes.jpgAnne Fontaine (France, 1959), dans le cadre du FIFA 2016, a présenté son quatorzième film "Les innocentes". Le film est reparti avec une belle récompense : le prix coup de coeur du public montois.

On comprend aisément l'enthousiasme des cinéphiles tant l'oeuvre, par sa beauté, par son humanité et par l'interprétation des comédien(ne)s, brille d'un éclat singulier.

L'histoire et la violence font un ménage ressassant. Décembre 1945, les cloches résonnent dans un couvent polonais. Toutes les soeurs ont été violées par les troupes de libération russes. Mathilde, une jeune doctoresse française de la mission de la Croix-Rouge, installée à quelques kilomètres, découvre l'ampleur du désastre. Le secret doit être gardé.

Usant d'une lumière qui auréole les figures, rendant encore plus âpre le propos, le film dénonce des faits réels. En mars-avril 45, les Russes - "Une femme à Berlin" * de Marta Hillers (1911-2001) le rappelle avec effroi - avancent, libèrent, violent des centaines de milliers de femmes allemandes, polonaises...

Neuf mois plus tard, les premières naissances, et l'horreur pour de jeunes femmes et de moins jeunes, dans des conditions de sidération, de peur, de secret et de honte.

La mère abbesse, la seconde, Maria, Mathilde, l'ami médecin de la mission, parlementent dans un lieu figé par la règle, rendu inexorable par la tragédie imposée. La souffrance, le déni, la violence contrainte des corps sont montrés avec une acuité exceptionnelle.

La caméra de Fontaine s'exerce à décrire, sans une once de pathos, les vies multiples laissées en friche par la guerre, les privations, les frustrations. Des enfants abandonnés, des fermes glaciales où ne vivent plus que des femmes, des soldats soviétiques montrés comme des rapaces de chair, une mission casernée dans de pauvres locaux où l'on opère sans beaucoup de moyens, et parfois, au-delà de la dureté des temps, une petite éclaircie au sein des faits bruts, une petite chanson qui fait lever les coeurs et appelle aux confidences.

Le grand mérite du film, ne pas juger, ne s'en tenir qu'aux faits terribles, repose sur une conscience nue de la réalité : la cinéaste fait à la fois oeuvre d'historienne et d'ethnographe des vies communautaires. Les religieuses puisent l'eau dans une cour froide, récurent les sols, préparent la grosse soupe, chantent, prient, souffrent. En microcosme, le sort de tout un peuple.

Des séquences magistrales ordonnent cette fable d'une humanité retrouvée : le beau visage de Lou de Laâge, incarnant Mathilde, avec une lumière dans les yeux, la rectitude d'un geste, l'effronterie payante des mains et du coeur, toujours prête à enfiler la peur, fonçant avec son petit camion au milieu des terres désolées pour venir porter secours. Les deux soeurs, au même prénom d'actrice Agata, Buzek et Kulesza, Vincent Macaigne (dans le rôle du jeune médecin juif qui s'éprend de Mathilde, fille de communistes) complètent une distribution étonnante dont le jeu n'est jamais forcé, d'un naturel confondant.

Les enfants naissent, emmaillotés de la tête aux pieds, métaphore d'un monde âpre, peut-être un peu ouvert aux changements.

Des images d'enfants qui jouent , laissés à eux-mêmes, sur un cercueil, poussant des boîtes de conserve ou vendant au marché noir des clopes, ponctuent ce film lumineux, où le noir et blanc des soeurs martyrisées dans leur chair relaie la gravité du monde, sans aucun manichéisme, mais avec une transparence qui éclaire le spectateur, et lui laisse, en gage, une réflexion intense sur la beauté d'une aide, la tendresse d'un regard pour l'humain souffrant.

Un très grand film.

*Récit paru anonymement en 1953. Traduit pour folio par Françoise Wuilmart (sans nom d'auteur)

 

La bande-annonce

Une interview d'Anne Fontaine

Commentaires

  • Non,Mme Fontaine n'a pas écrit ce scénario......Il a été écrit par 2 jeunes filles:Sabrina Karine et Alice Vial!!!!!
    http://guildedesscenaristes.org/itw/prof-scenar_01

    http://www.ungrandmoment.be/interview-sabrina-b-karine-les-innocentes

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