IZOARD, JACQUES, POÈTE BELGE

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

apprenais-e-cc-81crire-e-cc-82tre-anthologie-jacques-izoard-56e6c87397790.jpgDe 1962 à 2008 (année de sa mort en juillet), le poète, né Delmotte, a publié une soixantaine de recueils de poésie.

De cette matière abondante, tôt reconnue, tôt primée, Gérald Purnelle de l'ULG et du Journal des Poètes a extrait nombre de poèmes significatifs pour constituer "J'apprenais à écrire, à être", cette anthologie de 272 pages, qui vient de paraître dans la collection patrimoniale "espace nord".

Une longue postface éclaire l'anthologie : marques biographiques, lecture signifiante des thèmes et des formes, impact du poète sur la génération suivante etc.

La féconde parution sert, je crois, d'abord les prestiges esthétiques d'un poète économe, qui, la plupart du temps, s'est servi des formes très brèves (du quintil au huitain) pour dire son monde. Et quel monde!

René de Ceccatty n'a pu s'empêcher, il y a quelques jours, présentant Sandro Penna dans "Les Lettres françaises", de citer dans les parages de l'auteur de "Une ardente solitude", cet "immense poète belge", dont il a accompagné, il y a cinq ans, l'édition de "La poudrière et autres poèmes", par une préface éclairante à un choix (déjà) de poèmes révélateurs d'un univers d'enfance et de mystère.

Puisque, il est vrai, Izoard, à l'instar de quelques-uns, rares, Supervielle (un de ses maîtres), Fargue, Cadou, Jacob, Penna cité supra, Falaise, réussit à inviter au coeur de ses textes poétiques, l'enfance avec ses abris, ses fantasmes, ses peurs, ses miracles, ses prodiges ordinaires ou autres beaux mystères.

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La perfection condensée de ces textes émerveille : en si peu de mots, affranchir les bleus de l'enfance, les dire, les heurter, les affronter dans une langue elliptique, énumérative, ponctuée, et harmonieuse cependant. L'érotisme, le sexe, le toucher de la langue et des corps, les blessures et les beautés intimes émergent, et s'il fallait une confrontation esthétique majeure, Izoard fait terriblement penser par le flux des images et leur originalité "élémentaire" à ce que Tarkovski crée par ses images de lait, de brume, de ciel voilé ou encore de matières vitreuses, presque irréelles à force d'éclater de réalité! Un même sentiment d'univers "sensationniste" : les premières impressions et sensations d'enfance.

Bashô, Ozu ne sont pas loin ni de l'un ni de l'autre.

De l'auteur, qui fut sans doute l'un des plus grands avec Chavée, Périer, Elskamp, Verhaeren, Schmitz, voici quelques vers :

"Je ne sais rien de l'ombre

aux ciseaux égorgés" (p.35)

"Se caresser soi-même

et tout est dit :

le buis frôle un oiseau,

le jardin détient

l'arôme et l'écume;

la maison, l'oeil-de-boeuf

ont juré le mutisme" (p.161)

"Ecoute! Je n'entends rien.

Le coeur est silencieux;

je l'ignore, il feint

de ne pas me voir" (p.190)

"L'eau charrie les paroles

des bavards et des sourds" (p.125)

"Et tout tremble soudain :

d'où vient la maison nue

et que sont ces doigts gourds?" (p.205)

Une précieuse édition, qui ne fera que des heureux.

 

Jacques IZOARD, J’apprenais à écrire, à être, anthologie, Espace Nord, 2016, 272p., 9€.

Le livre sur le site d'Espace Nord

JACQUES IZOARD par Yves Namur pour le Service du Livre Luxembourgeois 

 

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